PAR £0. GIBBON. GH
jadi» jelérancre'. G«tte révolation contribua encore à rendre l'accè» de Ravenae plus diflt> cite et le peu de profondeur des eaux suffisait pour arrêter les raisseaux des ennemis.
Ces fortiications naturelles étaient perfeo tionnées par les trataux de l'art : et, dans la vtngtièïne année de son âge, l'empereur de l'Occident, uniquement occupé de sa sûreté personnelle , se confina pour toi^oars entre les murs et les marais de Ravenne. Les faibles successeurs d'Honorias imitèrent son cxeoij^e. Les ro'is desGotbs et les exarques, qui depuis occupèrent le trône et le palais des empereurs, firent de Ravenne, jusqu'au DMtieu dn huitième siècle, le siège du gou- Ternenent et la capitale de l'Italie '.
Les craiatesd'Uonorins étaient fondées, et ses précautions nécessaires. Tandis que l'Italie se réjouissait d'élre délÏTréc des Gotbs , il s'élevait une tempête violente parmi les nations de la Germanie. Elles cédèrent à l'impulsion irrésistible qui parak s'être comrauniqaée successivement depuis l'extrémité orientale du contioent de l'Asie. Les annales de la Chine, dont l'indusirieuse érudition de ce siècle nous a donné connaissance, peuvent aider utilement à découvrir les causes secrètes et éloignées qui entraînèrent la chute de l'empire romain. Après la fuite des Huns, les Sienpi victorieux occupèrent leur vaste territoire au nord du grand mur. 'fantôt ils se répandaient en tribus indépendantes , et tantôt ils se rassemblaient sous un seul chef, jusqu'à l'époque où, sous le nom de Topa on de maîtres de la terre, ils.acquirentune consistance plus solideet une puissance plus formidable. Les Topa forcèrent Inentôt les nations pastorales du désert oriental à reconnaître la sitpériorité de leurs armes. Us envahirent la Chine dans un moment de faiblesse et de discorde intestine; et ces heureux Tartares,
< La bbltde Théodose et d'HoDoria, que Dryden a tirée de Boecaee et traitée si supérieurement (Giornata, in, noveli. 8), se passait dans le bois de Chiaai, corruption du Bol Claùu, itatiOB BaTalequi, arec la route OH le Auboorg intermédiaire, b via Cauaris, composait la triple cité de Ravenne.
2 Depuis l'année 404, les lois du Code Théodosien aoDl teniours datées de Constaotinople ou de Ravenne. (Voyei Godeftoy, Chronologie des lois , 1. 1, p. 148, etc.)
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•dbpjuuit les lois et les mœws du peuple vaincu, fondèrent une dynastie impériale qui régna près de soixante ans sur les provinces septentrionales de cettemonarchie. Quelques générations avant qu'ils se fussent «nparés du trône de la Chine, un des princes Topa avait enrôlé dans sa cavalerie un esclave nommé Mk)ko, renommé par sa valeur, mais qui, pour éviter quelque punition, déserta ses drapeaux et s'enfonça dans le désert, suivi d'une centaine de ses compagnons. Cette troupe de brigands proscritSr journellement recrutée par d'autres, forma d'abord un camp, ensuite une tribu, et enfin un peuple nombreux, connu sons le nom de Geougen; et leurs chels héréditaires , descendans de l'esclave Moko , prirent rang parmi les monarques de la Scythie. La jeunesse de TouluB, le plus célèbre de ses successeurs , fut formée à l'école des héros, ou de l'adversité. Il détruisit U puissance orgueilleuse des Topa, devint le législateur de sa nation, et le conquérant de la Tartarie. Ses troupes étaient distribuées en bandes de cent et de mille guerriers. Les lâches périssaient par le supplice de la lapidation , et la valeur obtenait pour récompense les honneurs les plus magnifiques. Toulun , assez instruit pour mépriser l'érudition chinoise, n'adopta que les arts et les institutions favorables à l'esprit militaire de son gouvernement. Il campait durant l'été dans les plaines fertiles qui bordent le Sélinga, et se retirait àFapprocbe de l'hiver dans des contrées méricÛonales. Ses conquêtes s'étendaient depuis la Corée jusque fort au-delà de la rivière ktis. 11 vainquit, au nord de la mer Caspienne, la nation des Huns ; et le surnom de Khan ou Cbagaa annonça l'édat et la puissance qa'il tira de cette victoire mémorable *.
Depuis le passage du Volga jusqu'à celui de la Vistule , la chaîne des événemens S9 trouve interrompue , ou du moins cachée dans l'intervalle obscur qui sépare les dernières limites de la Chine de celles de la géographie romaine. Cependant le caractère de ces barbares, et l'expérience des émigra-
' Voyez M. de Guignes, 99; t. il, p. 293-334-338.
Uist. desUuns,t. i,p. 179-
ri0
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
tîons précédentes autorisent à croire qae les Huns, après avoir été vaincus par les Geougen, qnitlèrent bientôt le voisinage des vainqueurs. Des tribus de leurs compatriotes occupaient déjà les environs de l'Euxin ; et leur fuite , qu'ils changèrent bientôt en une attaque hardie, dut naturellement se diriger vers les plaines fertiles qui bordent la Yistule , jusqu'à l'endroit où elle se jette dans la mer Raltique. L'invasion des Huns doit avoir encore alarmé et agité le Nord ; et les nations qu'ils chassaient devant eux , ont sans doute reflué avec violence sur les confins de la Germanie '. Les habitans des régions on les anciens placent les Suèves, les Vandales et les Bourguignons , purent prendre la résolution d'abandonner aux Sarmates fugitirs leurs bois et leurs marais, ou du moins de rejeter le superflu de leur population sur les provinces de l'empire romain *. Environ quatre ans après que le victorieux Toulun eut pris le titre de khan des Geougen , un autre barbare, le fougueux Rhadagaste ouRadagaise*. marcha, de l'extrémité septentrionale de la Germanie, presque jusqu'aux portes de Rome, et laissa eu mourant les restes de son armée, composés d'une multitude de Suèves, de Vandales et de Bourguignons, pour achever la destruction de l'empire d'Occident. Les Alains ajoutèrent un corps formidable de cavalerie légère à la pesante infanterie des Germains ; et les Goths indépendans joignirent les drapeaux de Radagaise en si grand nombre que quelques historiens lui ont donné le titre de roi des Goths. L'avant-garde était conduite par un corps de douze mille guerriers distingués par leur naissance et par
• Procope (de Bell, vandal., 1. 1 , c. 3, p. 182) a foit mention d'une émigration desPalus-Méolides, qu'il atUIbue i une famine. Mais ses idées sur l'histoire ancienne sont étrangement obscurcies par l'erreur et par l'ignorance.
* Zozime (1. t, p. 331) se sert de la qnaliBealion générale des nations au-delà du Danube et du Rhin. Leur situation gé(^raphique , et par conséquent leurs noms, sont ladles à deviner, ne fût-ce que par les épithètes que chaque auteur ancien leur donne dans l'occaiiion.
3 Is nom de Rhadagast était celui d'une divinité locale desObolribes (dans le Mecklenbourg). |Un héros pouvait prendre le nom de sa divinité tulélaire ; mais il n'est pas probable que les barbares adorassent un héros malheureux. (Voyez Mascow Hist. des Germains, vin, 14,)
leurs exploits ' ; et l'armée entière, forte de deux cent mille combattans, peut s'évaluer , en y ajoutant les femmes et les enfans, à quatre cent mille personnes. Cette efl'rayante émigration descendait de cette même côte de la mer Baltique, d'oii des myriades de Gmbres et de Teutons avaient fondu sur Rome et sur l'Italie dans les temps glorieux de la république. Après le départ de ces barbares, leur pays natal, où ils laissaient des vestiges de leur grandeur, de vastes remparts et des moles gigantesques*, ne fut, durant plusieurs siècles, qu'une immense et efl'rayante sditude. Le genre humain s'y renouvela pea à peu, et les déserts se remplirent de nouveaux habitans. Les nations qui occupent aujourd'hui une étendue de terrain qu'elles ne peuvent pas cultiver trouveraient bientôt du secours dans la pauvreté industrieuse de leurs voisins, si les gonvememens de l'Europe ne défendaient pas les droits du souverain et la propriété des particuliers.
La correspondance entre les nations était si imparfaite et si précaire dans ce siècle, que la cour de Ravenne putignorer les révolutions du Nord jusqu'au moment où la tempête, formée sur les côtes de la mer Raltique, vint éclater avec violence sur les bords da haut Danube. Le monarque de l'Occident, si ses ministres daignèrent lui faire part du noaveau danger, se contenta d'être l'objet et le spectateur de la guerre '. Rome confia sa sûreté à la valeur et au génie de Stilicon. Hais tels étaient la faiblesse et l'épuisement de l'empire , qu'il fut impossible de réparer les fortifications du Danube, ou de prévenir l'invasion des Germains par un effort vigoureux'.
t O\ympioàort (apud Phocitan, p. 180) se sert di mot grec Oom/mToi , qui ne donne pas nue idée claire. J'imagine que cette troupe était composée de princes, lie nobles et de leurs fldèles compagnons, des cîievalien et de leurs écuyers, comme on aurait pu les dénommer qadques siècles plus tard.
* Tacite, de Moribus Gcrmanorum, c. 37.
3 Cnliu ignidl
SpecUlar Tel caua M.
Claudien, vi Consul. Heitor.,43». TdestleBOde* langage d'Honorius en parlant de la gœrre des Golbs qill avait vue d'un peu plus prés.
* Zosime (1. t, p. 331) transporte la guerre et la victoire de Stilicon an-ddi du Danube; étrange errenr qa'M répare imparfaitement en lisant hptu pour lr^>. (Til*-
PAR ED. GIBBON. CH. XtX.
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Tonte Tautorité du ministre d'Honorias se tourna vers la dëfense de l'Italie. Il abandonna une seconde fois les provinces , rappela les troupes, pressa les nouvelles levées, exigées à la rigueur, et éludées avec pusillanimité, employa les moyens les plus efficaces pour arrêter ou ramener les déserteurs , et otTrir la liberté et deux pièces d'or à tout esclave qui consentait à s'enrôler '.Ce fut à l'aide de ces ressources humiliantes, que Stilicott parvint à rassembler, parmi les sujets d'un grand empire, une armée de trente ou quarante mille hommes, que les senls citoyens de Rome auraient fournis volontairement * dans les temps de Scipion ou de Camille. A ces trente légions, le général romain ajouta un corps nombreux d'auxiliaires. Les fidèles Alains lui étaient personnellement affectionnés, etiajalousieanimaillesGoths, qui, sous la conduite de leurs princes légitimes , Huldin et Sarus, avaient pour but de s'opposer aux entreprises et aux succès deRadagaise. Le roi des Germains confédérés passa sans résistance les Alpes, le Pô et l'Apennin, laissant d'un côté le palais inaccessible d'Honorius , et de l'autre le camp de Stilicon qui avait pris ses quartiers à Ticinum ou Pavie , et qui évitait probablement une bataille décisive, jusqu'à ce qu'il eût rassemblé les forces éloignées qu'il attendait. Un grand nombre des villes de l'Italie furent détruites ou pillées ; et le siège de Florence ' par Radagaise est un des premiers événemens rappor-
mont, Hist. des empereurs, t. r, p. 807.) Nous sommes forcés, en bonne politique , de nous servir de Zozime quoique nous ne lui accordions ni esUme ni confiance.
< Code Théodos., I. m, tit. 13, loi 16). La date de celte loi (A. D.406, mai 18) obtient ma confiance comme elle a obtenu celle de GodeTroi (t. n , p. 387) ; et je la regarde comme la véritable époque de l'invasion de Radagaise. Tillemont, Pagi et Muralori préfèrent l'année précédente; mais ils ne peuvent se dispenser d'un peu de respect et de reconnaissance pour saint Paulin de Noie.
2 Peu de temps après que les Gaulois se furent emparés de Rome , le sénat leva dix légions, trois mille hommes de cavalerie, et quarante mille hommes d'infanterie, effort que la capitale n'aurait pas pu faire du temps d'Auguste. (Tile^^ive, vu, 25.) Celte assertion peut étonner un antiquaire ; mais Montesquieu ai explique clairement la raison.
3 Machiavel a expliqué, au moins en philosophe, l'origine de Florence , que les bèiéficeg du commerce entrat- Bèrent insensiblement des rochers de Fxsule aux bords
tés dans l'histoire de cette fameuse république, dont la fermeté arrêta quelque temps^ la maladroite impétuosité des barbares. Quoiqu'ils fussent encore «à cent quatre-vingta milles de Rome , le peuple et le sénat se livraient à la terreur , et comparaient en tremblant le danger dont ils venaient d'être délivrés', avec celui qui les menaçait. Alaric était chrétien, et conduisait luie armée disciplinée ; il connaissait les lois de la guerre , et respectait la foi des traités ; il s'était souvent trouvé familièrement avec les sujets de l'empire dans leurs camps et dans leurs églises. Mais le sauvage Radagaise n'avait pas la moindre notion des mœurs, de la religion, ni même du langage des nations civilisées du midi; une superstition barbare ajoutait à sa férocité naturelle; et on croyait généralement qu'il s'était engagé, par un vœu solennel, à réduire la ville en cendres , et à sacrifier les pins illustres sénateurs sur l'autel de ses dieux, que le sang humain pouvait seul apaiser. Le danger pressant, qui aurait dû éteindre toutes les animosités intestines développa au contraire la manie incurable des factions religieuses. Les adorateurs de Jnpiteret de Mercure respectaient, dans l'implacable ennemi de Rome, le caractère d'un païen zélé; ils déclaraient hautement craindre moins ses armes qne ses sacrifices , et se réjouissaient secrètement d'une calamité qui détrairait le culte de leurs adversaires '.
Florence fut réduite à la dernière extrémité, et le courage épuisé de ses citoyens n'était plus soutenu que par l'autorité de saint Ambroise qui leur annonça en songe leur prompte délivrance *. Peu de jours après, ils aperçurent, du haut de leurs murs.
del' ArDO(VoyezrHistolre de Florence, t. i,l.u, dans notre collection). Les triumvirs envoyèrent une colonie à Florence, qui, sous le règne de Tibère (Tacit. Jnnal., i> 79), mérita le nom et la réputation d'une ville florissante. (Voyeï Cluverius, ItcU.Jntlquit. 1. 1, p. 507, etc.)
< Cependant le Jupiter de Radagaise , qui adorait llior et Woden, était fort différent des Jupiters Olympique ou Capitolin. Le caractère conciliant du polythéisme pouvait s'accommoder de tout» ces divinités difRirentes; mais les véritables Romains abhorraient les sacrifices humains de la Gaule et delà Germanie.
2 Paulin (^in vit. Ambros., c. 50.) raconte celte histoire qu'il tient de Pansophia , pieuse matfMie de FloreDce. Ce-
DECADENCE DE L'EMPIRE RQBIAIN
les étendards de Stilic<Mi, qui s'avançait à la tête de toutes ses forces réunies, au secours de la ville, et qui rendit bientôt ses environs célèbres par la défaite des barbares.
Sans faire beaucoup de violence à leurs «^inions respectives , on peut concilier aisément les contradictions apparentes des écrivains qui ont raconté différemment la défaite de Radagaise. Orose et Augustin , intimement liés par l'amitié et par la dévotion , attribuent cette victoire miraculeuse à la protection du ciel , bien plus qu'à la valeur des hommes '. Ils affirment qu'il n'y eut ni combat, ni sang répandu; que les Romains, oisifs dans leur camp, oîi ils jouissaient de l'abondance, virent les barbares affamés expirer lentement sur les rochers de Ftesule qui dominent la ville de Florence. Il serait ridicule de croire que l'armée chrétienne ne perdit pas un seul soldat, et qu'aucun d'eux ne périt de la main des barbares ; mais le récit d'Orose et d'Augustin s'accorde avec les drconstances et avec le caractère de Siilicon. Convaincu qu'il commandait La dernière armée de la république, il n'eut pas l'imprudence de l'exposer aux hasards d'une bataille décisive; mais, se servant avec habileté du moyen qu'il avait déjà employé deux fois avec succès contre le roi des Goths, le général enferma ses ennemis dans une forte ligne de circonvallation. Le moins instruit des Romains ne pouvait ignorer l'exemple de César et les fortiBcations de Dyrrachium, qui, liant ensemble vingt-quatre forts par un fossé et un rempart de quinze milles de cireonféroace, présentaient k modèle d'un retranchement susceptible de contenir et d'affamer la plus nombreuse armée *. Le» troupes romaines n'avaient pas^autant perdu de
pendant rarcherCque cessa bietUdt de se mdcr des aflisdres de ce moode, et ne derint iamais un saint populaire.
< Augustin, de cùnttUe Dei, t, 23; Oroëe, 1. vii, c. 37, p. 567-571. Les deux amis écrivirent en ATlrique dix on doue ans après la victoire, et leur autorité est implicit» ment suivie par Isidore de Séville (.ira Chron., p. 713, édtt. Grot,). Combien de faits intéressans Orose aurait pu i»r térerdans l'espace qu'il remplit de pieuses inutilités!
t nm(ulir iMDta, pl«a«mq»rcranhu Cnar Dodl 0|«u ; pandit fossa-, turrlUKiiie niBmla DtartHitt cuteUa |uR>>i magnoque recesafl Aarlam biei : aaltni naHrouqw teaqaa Et qrWai, tiMvm MM MH«M dandlt.
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l'habileté que de la valeur de leurs ancèlres; et , si les travaux serviles et pénibles blessaient la vanité des soldats, ki Toscane poi< vait fournir des milliers de paysans plus disposés à travailler qu'à combattre pour le salut de Leur patrie. Le manque de sabtistance, les horreurs de la famine , servirent sans doute plus que l'épée des Romains à détruire la mukitnds d'hommes etde cbevaax endos par Stilicon '; mais, durant le progrès d'une fortification si étendue, les Romains turent exposés aux fréquentes aitaquesdes ennemis. Les barbares affamés firent sans donte les plus vioiens efforts pour arrêter on détruire les travaux commencés. Stilicon céda peut-être quelquefois à l'ardeur de ses braves auxiliaires, qui demandaient à grands cris l'assautdu camp des barbares; et ces entreprises réciproques ont pu donner lieu aux combats sanglans et opiniâtres qui ornent le récit de Zozime et les chroniques de Prosper et de Harcellin*. Florence reçut un secours d'hommes et de provisions; et l'oi^ueillenx Radagaise, le chef de tant de nations belliqu«ises, après avoir vu languir et périr une parue de ses meilleurs guerriers , fut réduit à se fier à la foi d'une capitulation ou à la clémence de son vainqueur *. Mais la mort de cet illnstre captif, ignominieusement décapité, déshonora le triomphe de Rome et du christianisme ; ei le court délai de son exécutimi suffit pour flétrir le général victorieux de l'accusation de cruauté réfléchie *. Les Germains
Cependant le simple récit de la vérité (Cëur, deBdL civil. , lu, 44) est fort au-dessus des amplifications de Ucain iPharsal., 1. vi, 28-63).
i Les exprcKions d'Orose : • in arido et asftn » montisjugo, » « tn unum etparvum verUcem, > m conviennent guère an camp d'une grande armée. Miisli quartier général de Radagaise pouvait être placé i Fxsali ou Fiésole, à trois milles de Florence, et devait Un <>■ vironné par les fortifications des Roumos, comnw li reste de l'année.
2 Voyez Zorime, 1. v, p. 331 , et les Cbrsaiqnes * Prosper et de MarceUin.
3 Olympiodore ( opiul Phoeitan, p. 180) emploie l'apression de ■rptri'm/Mtmlt , qui semble aanoncer onedllanee solide et amicale, et rendrait SltUcoB oieare flM coupable. Le ptuiUtper detenUu , detrutè tuterfluta d'Orose, est d^à suffisamment odieux.
^ Orose, dévotemeol barbare, sacrifle le nri et le peofk, AgBg et les AmaléeUes, sans le moindre BouveaMnl * oompassen. Le brigand qui eommet un crime mefani
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qui échappèrent à la fureur des auxiliaires, furent vendus comme esclaves au vil prix d'une pièce d'or par tête. Mais la différence de climat et de nourriture fit périr le plus grand nombre de ces maibenreux étrangers; et les inhumains qui les avaient achetés , au lieu de profiter du fruit de leurs travaux , eurent à payer les frais de leurs funérailles. Stilicon informa l'empereur et le sénat de ses nouveaux succès , et mérita une seconde fois le titre glorieux de libérateur de l'Italie '.
La renommée de cette victoire, et plus particulièrement de ce miracle, a fait croire assez généralement que l'armée entière, ou plutôt toute la nation des Germains, descendue des côtes de la mer Baltique, avait été anéantie sous les murs de Florence. Tel fut effectivement le sort de Kadagaise , de ses braves et fidèles compagnons et de plus d'un tiers de la multitude de Saèves, d'Aiains, de Vandales et de Bourguignons qui suivaient les drapeaux de ce général *. La réunion d'une pareille armée pourrait nous surprendre ; mais les causes de la séparation sont claires et frappantes : l'orgueil de la naissance , la fierté de la valeur, la jalousie du commandement, l'impatience de toute subordination, et le conflit opiniâtre des opinions, des intérêts et des passions, parmi tant de princes et de guerriersaussi peu disposésàcéder qu'àobéir. Après la défaite deRadagaise, deux des parties de l'armée germaine, qui devaient composer plus décent mille combattans, étaient encore sousies armes entre les Alpes étles Apennins, ou entre les Alpes et le Danube. On ne sait point s'ils cherchèrent à venger la mort de leur général ; mais il paraît certain que Stilieon usa de son activité ordinaire pour arré-
moins odieux que l'écriTain qui l'approure dans le calme de la réflexion.
1 Et la mnse de Claudien , qn'ëtait-elle derenue? dormait-elle, ou avait-elle été mal récompensée 7 II me semble que le septième consulat d'UoDorius (A. D. 407) aurait pu fournir le si^et d'un beau poème, avant qu'on eilt découvert qu'il n'était plus possible de sauver l'état. Stilicon , aprèsRomulus, Camille et Marins, aurait pu être surnommé le quatrième fondateur de Rome.
2 Un passage lumineux des Chroniques 'de Prosper, • m très partes, per diversos principes, divisus exereitus,' réduit un peu le miracle, et lie ensemble l'histoire de l'Italie , de la Gaule et de la Germanie.
PAR ED. GIBBON. CH, XXX
ter leur marche dévastatrice et favoriser leur retraite. Le grand objet du général d'Honorius était de sauver Rome et l'Italie, et il sacrifiait avec trop d'indifférence les richesses et la tranquillité des provinces éloignées *. Les barbares acquirent de quelques déserteurs pannoniens la connaissance du pays et des routes ; et l'invasion de la Gaule , projetée par Aiaric, fut exécutée par les restes de l'armée de Radagaise *.
Cependant , s'ils avaient conçu l'espérance d'obtenir le secours des Germains qui habitaient les bords du Rhin , elle ne se réalisa pas. Les Allemands conservèrent strictement la neutralité , et les Francs firent briller leur valeur et leur zèle pour la défense de l'empire. Stilicon s'était occupé avec attention des moyens d'assurer l'alliance de cette nation guerrière, et d'éloigner les ennemis ir> réconciliables de la paix et de la république. Marcomir, un de leurs rois , ayant été publiquement convaincu, devant le tribunal du magtstratTOmain, d'avoir violé la foi des traités, fut exilé dans la province de Toscane; et cette dégradation de la royauté excita si peu le ressentiment de ses sujets , qn'ils punirent de mort le tni4>ulent Sunnon , qui voulait entreprendre de venger son frère, et obéirent avec fidélité au prince placé sur le trône par le choix de Stilicon *. Lorsque l'émigration septentrionale arriva sur les con-
< Orose et Jérôme l'aecnsent d'avoir suscité l'invation, « Excitatce à SUUchone gentes , etc. » Leur intenlion était sans doute d'ajouter indirectement. II saura l'ilalie eu'sacriflantla Gaule.
> Le comte de Buat assure que l'invasion de la Gault se fit par les deux tiers restant de l'armée de Radagaise. (Voyez l'histoire ancienne des peuples de l'Europe, t. vn, p. 87-121. Paris, 1772); ouvragesavant que Je n'ai eu l'avantage de lire que dans l'année 1777.) Dés 1771, j'ii trouvé la ni£me idée dans une ébauche de mon histoire, et depuis dans Mascovr (viii, 15) ; un pareil concert de sentiment sans communication peut donner un peu de valeur à notre opinion commune.
s PrMlKla Btttoi
Exfdkt aftiu taee*, film FrancU regct Qaot dederU.
Claudien (i Consul. Stilicii., 1. 1, 2-3â, etc.) est clair et satisfaisant. Ces rois des Francs sont inconnus à Grégoire de Tours; mais l 'auteur des G esta Franeorutn parle de Sunnon et de Marcomir, et désigne le dernier comme pire de Pharamond (t. ii, p. 543). Il semble avoir écrit d'après de bons guides qu'il ne comprenait pai.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
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fins de la Ganle et de la Germanie, les Francs ( ëlëgantes et de fermes bien cnltivées; et, si
attaquèrent avec impétuosité les Vandales, qui , oubliant les leçons de l'adversité , s'étaient encore séparés de leurs alliés. Ils payèrent cher leur imprudence, dont Godi- .gisclus, leur roi , et vingt mille guerriers furent les victimes. Toute la nation aurait probablement été détruite , si les escadrons des Alains ne fussent pas accourus à son secours. L'infanterie des Francs, ne pouvant tenir contre les efforts de cette impétueuse cavalerie, ^t sa retraite après une honorable résistance. Les alliés victorieux continuèrent leur route ; et le dernier jour de l'année , dans une saison où les eaux du Rhin étaient probablement glacées , ils entrèrent sans oppo- .sition dans le» provinces de la Gaule. Ce passage mémorable des Suèves , des Vandales , -des Alains et des Bourguignons, qui ne se jretirèrent plus de cette contrée, peut être considéré comme la chute de l'empire romain dans les pays au-delà des Alpes; et, dès ce moment, les barrières qui avaient séparé si long-temps les peuples sauvages des nations civilisées furent anéanties pour toujours '.
Tandis que la fidélité des Francs et la neutra- Jité des Allemands semblaient assurer la paix de la Germanie, iessujets de Rome, sans méfiance des calamités quiallaientrondresureux, jouissaient d'une douce sécurité , à laquelle la Gaule était peu accoutumée. Leurs troupeaux paissaient librement sur le terrain des barbares, et les chasseurs s'enfonçaient sans crainte et sans dangers dans l'obscurité de la forêt hercinienne'.Les bords du Rhin étaient, .comme ceux du Tibre , couverts de maisons
< Voyez Zoeime, I. vi, p.373; Orose, I. vn, c 40, p. S76, et les Chroniques. Grégoire de Tours (1- n> e. 9, p. 16S , dans le second volume des historiens de France) a eooservé un fragment précieux de Renatus Proftiturus Frigeridus, dont les trois noms annoncent le chrétien, le siùei romain, et le demi-barbare.
3 Claudien (I Cons. Stilieh., 1. 1, 221, et t. n, 186) (kit le tableau de la paix et du boohear des (Irontières de la Gaule. L'abbé Dubos (Hist. crit., etc., 1. 1, p. 174 ) voudrait substituer Jlba (ruisseau inconnu des Ardennes) au lieu ii'jilbis , et appuie sur les dangers que les troupeaux de la Gaule auraient courus en paissant sur les bords de l'Elbe. La remarque est sufflsamment ridicule. En style poétique, l'Elbe ou ta forêt Hercinienne signiQent tous les boh ou rinères de la Germanie. Claudien n'est pas de 0»rce Jk supporter le rigoureux examen de nos antiquaires.
un poète eût descendu cette rivière , il aurait pu demander lequel des deux côtés appartenait aux Romains '. Cette scène de paix et d'abondance fut tout-à-coup changée en on désert, et l'affreux aspect des raines funuuites distinguait seul la désolation de l'homme de la désolation de la nature. La florissante ville de Hayence fut surprise et détruite , et des milliers de chrétiens furent inhumainement égorgés dans l'église. Worms succomba après un long siège; Strabourg, Spire, Reims, Tournai, A rras, Amiens, éprouvèrent tonrà tour les fureurs des Germains; et le fea dévorant de la guerre s'étendit des bords di Rhin dans les dix-sept provinces de la Ganle. Les barbares se répandirent dans cette vaste et opulente contnée jusqu'à l'Océan, aoi Alpesetaux Pyrénées : chargésdes déponilles des maisons et des autels , ils chassaient devant eux les hommes, les filles, les évêques et les sénateurs *. Les ecclésiastiques , qui nous ont laissé la description vague des calamités publiques, saisirent cette occasion poD exhorter les chrétiens à se repentir des péchés qui attiraient la vengeance du Tout-Puissant, et à renoncer aux jouissances précaires d'on monde trompeur et corrompu. Mais, comme la controverse de Pelage * , qui prétend sonder le mystère de la grâce et de la prédestination, devint bientôt la plus sérieuse aiïaire du clei^é latin, la Providence, qui avait o^ donné , prévu ou permis cette suite de calamités , fût citée audacieusement au tribnnal de la raison ; la faible et trompeuse intelligence des mortels osa juger les décrets iacompréhensibles du créateur de l'anivors. Les peuples, aigris par les oialheurs, cooparaient leurs souffrances et leurs crimes i
t GcBlutqne Tiator
Q» itdat rifu <!<■* •» conuu rcqalnL
î Jérôme, 1 1 , p. 03. ( Voyez le premier votuDc te historiens de France, p. 777-782; les extraits eiarts * Ceurm. de Provid. divin. ; et Salvien.) Le poète aD00i«< était lui-même captif avec son érêqueet ses conciloyeBS.
3 La doctrine de Pelage, qui fut discutée pour la pf^ mièrefois (A. D. 405), fulcondamnée, dans un inlirtillf de dix ans, à ta fois à Rome et à Carthage. Saint Augnsla combatUt et triompha. Mais l'église grecque fut favora* à son adversaire ; et , ce qui est assez particulier, le peoffc ne prit aucune part à une dispute qu'il n« comfwwiail p»
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PAR ED. GIBBON. CH. XXX
cenx de lears ancêtres, et blâmaieot la justice diviae, qui souffrait que la destruction générale s'étendit sur la faiblesse et sur l'in- Bocence , qui n'en préservait pas même les enfans. Ces raisonneurs aveugles oubliaient que les lois invariables de la nature ont attar ché la paix à l'innocence, l'abondance à Vish dustrie, et la sûreté à la valeiu*. La politique timide de la cour de Ravenne pouvait railler les troupes palatines pour la protection de l'Italie. Le reste des troupes siationnairesaurait été sans doute insuflSsant pour la défendre , et les auxiliaires barbares pouvaient préférer la licence illimitée du brigandage, à la rétribution modique d'une paie régulière; mais lesprovinceade la Gaule étaientrempliesd'une race nombreuse d'hommes jeunes, robustes et hardis, qui, s'ils avaient osé braver la mort, auraient mérité de vaincre en défendant leurs maisons, leurs fanùUes et leurs autels. La connaissance du pays leur aurait constamment fourni des obstacles insurmontables à opposer aux progrès des usurpateurs; et les barbares , manquant également d'armes et de discipline , ôtaient aux Gaulois le seul prétexte qui pourrait excuser leur soumission à une armée si inférieure en nombre. Lorsque Charles-Quint fit une invasion en France, il demanda d'un ton présomptueux à un prisonnier combien on conqrtait de journées de la frontière à Paris : I douze au moins , » lui répondit fièremmt le soldat, « si votre majesté l«s compte * par les batailles '. > Telle fut la réponse liardie qui rabattit l'orgueil de ce monarque ambitieux. Les sujets d'ilonorius et ceux de François I" étaient animésd' un esprit biendifféreat. £n moins de deux ans, les sauvages des côtesde la mer Baltique, dont le nombre paraîtrait méprisable s'il était bien connu, pénétrèrent sans combattre jusqu'aux pieds des Pyrénées, quoiqu'ils eussent divisé leurs troupes. Dans les premières années du règne d'Honorius, la vigilanee de Stilicon avait défendu avec succès l'Ile de la Grande-Bretagne contre ses ennemis perpétuels, de l'Océan, des montagnes et de la côte d'Irlande *. Mais ces bar-
> Voyez les Mémoires de Guillanme du BcHay, I. n.
2 Oaudien, i Cons. StUieh., I. n, 2S0. On «appose qaeles Ecossais, alors flxés en Irlande, firent uneioTasion par mer, el occupèrent tonte la c4tc ocddentale de lUe de GIBBON , I.
bares inquiets ne négligèrent pas l'occasion de la guerre des Goths , dès que les troupes romaines eurent abandonné la province. Lor»< que quelque légionnaire obtenait la liberté de revenir die l'expédition d'Italie, ce qu'il racontait de la cour et du caractère d'Honorius devait naturellement affaiblir le sentiment du respect et de la soumission, et enflanuner le caractère séditieux de l'armée bretonne. La violence capricieuse des soldats ranima l'esprit de révolte qui avait troublé le règne de Galien, et les candidats infortunés et peut-être ambitieux, qu'ils honoraient de leur choix fatal , devenaient les instrumens et enfin les victimes de leurs fureurs '. Marcus eut le funeste avantage d'être le premier qu'ils placèrent sur le trône, comme légitime empereur de la Bretagne et de l'Occident. Les soldats violèrent bientôt, en lui donnant la mort, le serment de fidélité qu'ils s'étaient imposé volontairement, et leur prompt repentir est favorable à la mémoire de Marcus. Gratien. fut le second qu'ils revêtirent de la pourpre et du diadème ; et , moins de quatre mois après, Gratien éprouva le sort de son prédécesseur. Le souvenir du grand Constantin , que les légions de la Bretagne avaient donné à l'église et à l'empire, donna lieu à la troisième élection. Elles découvrirent dans leurs rangs un simple soldat qui portait le nom de Constantin , et leur enthousiasme impétueux le plaça sur le trône, avant d'avoir aperçu son incapacité à soutenir La gloire d'un si beau nom *. Cependant Constantin eut une
la Bretagne; et on peut acoorderqmlqne ooaQaoee oéoM àNnaios et aux traditions irlandaises. (Carte, Uidoire d« l'Angleterre , vol. i, p. 169 ; Histoire des Bretons , par Witaker, p. 109.) Les soixante-six vies de saint Patrice, qui existaient dans le neuvième siècle, devaient contenir autant de milliers de mensonges. Cependant Bons pouvons croire que, dans une de ces excursions des Irlandais, le tkiturapMre ftitemmeDé captif. (Vi\Kt,JntiqiUt> Eecia. Britan. , p. 431 , et Tillemont, Mém. Eodés., t, xvi . p. 456-782, eu.)
1 Les usurpateurs bretons sont dtés par Zosime (!• ▼(> p. 371-376) , Orose (I. vn, c. 40, p. 576, 677), OMfiniM*- 4ore {apud PhoOum, p. 180, 181), les historiens eedésiastiqHes, «t les Chroniques. Les Latins ne parlent point de Marcus,
2 Cùm in Conslantuio inconslantlam execrarcntttr ! (Sidonius Appollinaris, I. v,épît. 9, p. i3S,edU. secund. Sii-mond. ) Cependant Sidonius a pu être tenté de saisit
DECADENCE DE L'EBfPIKE ROMAIN, (408 dep. J.-C.)
autorité moins précaire et pins de succès qu« ses deux prédécesseurs. Les exemples récens de l'élévation et de la chute de Marcus et de Gratien, lui firent sentir le danger de laisser ses soldats dans l'inaction d'un camp deux fois souillé par la sédition et le sang , et il résolut d'entreprendre la conquête des provinces de l'Occident. Après avoir traversé le canal, Constantin prit terre à Boulogne, suivi d'un petit nombre de troupes ; il somma les villes de la Gaule, échappées au jong des barbares , de reconnaître leur souverain légitime; et elles obéirent sans résistance. L'abandon de la cour de Ravenne les relevait suflBsamment du serment de fidélité. Leur triste situation les disposait à accepter sans crainte ton« tes changemens, et les peuples pouvaient espérer que les troupes, l'autorité, ou même le nom d'un empereur romain qui fixait sa résidence dans la Gaule, défendraient le pays dq la fureur des barbares. La voix docile de l'adulation exagéra tes premiers succès de Constantin contre quelques partis de Germains; mais l'audace des ennemis les réduisit bientôt à leur juste valeur. A force de négodatious, il obtint une trêve courte et précaire; et si quelques tribus des barbares, séduites par ses dons et ses promesses , consentirent à entreprendre la défense du Rhin , ces traités incertains et ruineux, au lieu de rendre la sûreté aux frontières de la Gaule , ne servirent qu'à avUir la majesté du souverain , et à épuiser les restes du trésor public. Enorgueilli toutefois par ce triomphe imaginaire, le soi-disant libérateur de la Gaule s'avança dans les provinces méridionales , pour parer è un danger plus pressant et plus personnel. Sarns, le Goth, reçut l'ordre d'apporter la tête de Constantin aux pieds de l'empereur Honorius; et cette querelle intestioe consuma les forces de la Bretagne et de l'Italie. Après la mort de ses deux plus braves généraux, Jusiinien et Nevigastes, dont le premier perdit la vie sur le champ de bataille, et l'autre par trahison dans une entrevue , le nouveau monarque d'Occident se retira dans les fortifications de Vienne. L'armée impériale l'attaqua sept jours de suite sans succès, et fut honteu-
ceUe occasion pour noircir un prince <|ut avait dégradé «on grand-père.
sèment forcée de payer aux brigands et anx aventuriers des Alpes la liberté de se retirer avec précipitation '. Ces montagnes séparaient alors les états des deux monarques rivaux; etlesfortificationsdesdenx frontière» étaient gardées par les troupes de l'empire , qniaunùent été employées plus .utilement] à chasser les Scythes et les Germains des provinces romaines.
Du côté des Pyrénées , la proximité dn danger pouvait justifier l'ambition de Constantin ; mais sa puissance se trouva bientôt affermie par la conquête , on plutôt par la soumission de l'Espagne, qui se laissa aller anx habitudes de la subordination , et reçut les lois et les magistrats de la préfeaure de la Gaule. La seule opposition qu'éprouva son autorité ne vint ni des gouverneurs ni des peuples, mais du zèle et de l'intérêt personnel de la famille de Théodose. Quatre frères *,parens de l'empereur défunt, avaient obtenu , par sa faveur, un rang honorable et d'amples possessions dans leur pays natal ; et ces jeunesgens reconnaissans étaientdéterterminés h employer ses bienfaits au service de son fils. Après des efforts inutiles pour repousser l'usurpateur avec le secours des troupes stationnées en Lusitanie, ils se retirèrent dans leurs domaines, où ils levèrent et armèrent à leurs dépens un corps considérable de paysans et d'esclaves, avec lesquels ils s'emparèrent des passages et des postes fortifiés des Pyrénées. Le souverain de la Gaule et de la Bretagne , alarmé de cette révolte , soudoya une armée de bari)ares auxiliaires , pour achever la conquête de l'Espagne. On les distinguait par la dénomination d'Honoriens, qui semblait devoir leur rappeler la fidélité due au souverain légitime'; et
< Bagaud£et6t\ewm(iwZoàiae leur donne; peutêtre en méritaint-Us un moins odieux. (Voyei Dubos, Histoire Critique, 1 1, p. 203; et ceUe Histoire, vol. i, p. 429, troisième édition.) Nous aurons encore occasion d'en parler.
2 Verinianus, Didyme, Théodose et Lagodius,'<iui. dans nos cours modernes, seraient décorés du [titre de princes du sang, n'étaient distingués Ui par le rang, ni par les privilèges, au-deteus de leurs concitoyens.
3 Ces BonorUmi ou HonoHaci coasistaient en deux bandes d'Ecossais ou'^t&icotti, deux de Maures, deux de Harcomans, les rietores, XetAscarii, et les GaUicanU
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si l'on peut supposer que les Écossais furent entraînés par un sentiment de partialité pour an prince breton , les Maures et],les Marcomans n'avaient pas cette excuse; mais ils cédèrent aux profusions de l'usurpateur, qui distribuait également aux barbares les honneurs civils et militaires de l'Espagne. Les neuf bandes d'Honoriens n'excédaient pas le nombre de cinq mille , et cependant cette force peu redoutable suffit pour terminer une guerre qui avait menacé la puissance et la sûreté, de Constantin. L'armée rustique de la famille de Tbéodose iiit cernée et détruite dans les montagnes des Pyrénées. Deux des frères eurent le bonheur de se réfugier par mer en Italie ou en Orient. Les deux autres perdirent publiquement la vie à Arles, après quelque délai. Si Honorius pouvait être insensible aux calamités publiques, il ne dut pas sans doute voir avec indifférence les malheurs particuliers de sa généreuse famille. Tels furent les faibles moyens qui décidèrent de la possession des provinces occidentalesde l'Europe, depuislemurd'Antonin jusqu'aux colonnes d'Hercule. Les événemens de la guerre et de la paix ont sans doute été tronqués par l'ignorance des écrivains de ces temps, qui ne connaissaient ni les causes ni les effets de ces importantes révolutions. Hais l'anéantissement des forces nationales avait détruit la dernière ressource du despotisme, et le revenu des provinces épuisées ne pouvait plus acheter II service militaire d'un peuple pusillanime et mécontent.
Le poète adulateur qui a attribué les victoires de Pollentia et de Vérone à l'intrépidité des Romains , représente Alaric fuyant hors de l'Italie, et poursuivi par une armée de spectres imaginaires, tels que pouvait les enfanter l'esprit troublé des barlrâres, exténués par les fatigues*, la famine et les maladies qui sont les suites. Dans le cours de cette
en
expédition malheureuse , le roi des Goths dut
éprouva une perte considérable ; il lui fal-
(Ifotitia imperii, sect. 38, édit. Lab.) Ils disaient partie des soixante-cinq auxiOa palatina , et sont propreineiitdéiiominés «tti ai>x»«a^>ic parZosime, I.ti, p.374.
I CoBltator «ininn
l'allor, et aira luta; et taucia lltldiu ora LucUit; et lalernl tttidcntn agmine morbl.
Clandlen , in vi Corn. Honor., 331, etc.
lut du temps pour recruter ses soldats hO' rassés, et pour ranimer leur confiance. L'adversité avait donné autant d'éclat que d^exercice au génie d' Alaric, et la renommée de sa , valeur amenait sous ses drapeaux les plus braves guerriers des barbares , qui , d^pui» les bords de l'Euxin jusqu'à ceux du Rhin , étaient enflammés du désir de la conquête et du brigandage. Alaric avait mérité l'estime de Stilicon , et accepta bientôt son amitié. Renonçant au service d'Arcadius, il conclut avec la cour de Ravenne un traité de paix et d'alliance, par lequel l'empereur le déclarait maître-général de toute la préfecture dlllyrie, telle que le ministre d'ilonorius la réclamait selon les limites anciennes et véritables*. L'irniption de Radagaise semble avoir suspendu l'exécution de ce dessein ambitieux, stipulé ou au moins sous-entendu dans les articles du traité; et l'on pourrait comparer la neutralité du roi des Goths à l'indifférence de César, qui, dans la conjuration de Catilina , refusa son secours et pour et contre l'ennemi de la république. Après la défaite des Vandales, Stilicon renouvela ses prétentions sur les provinces de l'Orient, nomma des magistrats civils pour l'administration de la justice et des finances, et déclara qu'il lui tardait de conduire l'armée des Romains et des Goths réunis aux portes de Constantinople. Cependant la prudence de Stilicon , son aversion pour les guerres civiles , et sa parfaite connaissance de la faiblesse de l'état , portent à croire que sa politique avait plus en vue de conserver la paix intérieure que de faire des conquêtes, et que son but principal était d'éloigner les forces d'Alaric de l'Italie. Ce dessein n'échappa pas long-temps à la pénétration du roi des Goths, qui, continua d'entretenir une correspondance suspecte ou peut-être perfide avec là cour de Constantinople, et en mercenaire mécontent laissa languir ses opérations en Épire et dans la Thessalie , et revint promptement demander des récompenses extravagantes pour des services imaginaires. De son camp, près d'Œ*
I Le comte de Buat a examiné ces transactions obscures ( Hist. des Peuples de l'Europe, t. »ii, c. 3-8, p. 69-203 ) et sa labori(»se exacUtud* peut fallgwcr qucIqucToii un lecteur superBcid.
DECADE^CE DE h'
iRona ' sur les frontières de l'Italie, il fit passer à l'empereur de l'Occident une longue liste de pnmestes, de dépenses et de demandes, exigea une prompte satisfaction sur ces objets et fit sentir nettement les conséquesces du refus. Cependant, si sa conduite était hostile, ses expressions étaient décentes etrespectnetues. Alaric se déclarait l'ami de Stilicon , le soldat d'Honorius, offrait de marcher sans délai à la tête de toutes ses ,troiq>es contre l'usurpateur de la Gaule , et sollicitait pour sa nation quelque canton vacant dans les provinces de l'OiMsident. *
Les négodations de deux habiles p<ditiques, qui cherchaient à se tromper réciproquement et à imposer au public, auraient été enveloppées d'un voile impénétrable, et enterrées dans le secret du cabinet, si les débats de l'assâoiUée nationale n'eussent pas jeté quelques rayons de lumière sur la corresp<»dance d'Alaric et de Stilicon. La nécessité de soutenir par quelque expédient un 'gouvernement qui, à raison non pas de sa modération, mais de sa faiblesse, se trouvait réduit à traiter avec ses propres sujets, avait rammé insensiblement l'autorité du sénat de Rome ; et le ministre d'Honorius consulta respectueusement le conseil législatif de la république. Stilicon assembla les sénateurs dans le palais des césars, représenta dans un discours étudié l'état actuel des afifaires, exposa les propositions du rm des Gotbs , et soumit à leur décision le choix de la paix ou de la guerre. Les pères conscrits , comme s'ils se fussent réveillés d'une léthai^ie de quatre cents ans, parurent inspirés dans cette importante occasion plutôt par le courage que par la sagesse de leurs prédécesseurs. Ils déclarèrent avec une fierté unanime, soit par des discours âaborés,soit par des acclamations tumultueuses, qu'U était indigne^de la majesté de Rome d'acheter une trêve honteuse d'un roi barbare, et qu'un peuple magnanime devait toujours préférer le hasard de sa destruction à
' Voyez Zosime, I. v. p. 334, 335. Il suspend son récit peu satisfilisant pour raconter la fable d'OEmona et du vaisseau d'Argos, qui fut traîné sur terre jusqu'à la mer Adriatique. Sozomèfle (I. Tin, c. 25; I. a, c. 4), et Socrale (1. vu, c. 10} Jettent une fiuble lundire; et Orose (I. vn, c. 38, p. 571) est horriblement partial.
EMPIRE. ROMAIN, (408 dep. J.-C.)
la certitude du déshonneur. Le ministre, dont l«s intentions pacifiques n'étaient approuvées que par quelques-unes de ses vénales et servi- Les créatures, essaya de calmer la fermentation générale par l'apologie suivante de sa propre conduite et des demandes d'Alaric. i Le paie-
> ment du subside , qui semble exciter l'in-
> digaation de celte auguste assemblée , ne
> devrait pas être considéré , disait-il , sous
> l'aspect odieux d'im tribut ni d'une rançon
* arrachée par les menaces d'un ennemi bar-
> bare. Alarie a fidèlement soutenu les jus-
* tes prétentions de la république sur les
* provinces usurpées par les Grecs de Con- » stantinople. Il ne demande qu'à stipuler t une récompense de ses services; «t, s'il
* s'est désisté de poursuivre son entreprise,
* sa retraite est une nouvelle preuve de son
> obéissance aux ordres particuliers de l'em-
* pereur lai-môffie; et je ne dois point dissi-
* mu 1er que oœ ordres contradictoires ont
* été obtenus par l'intercession de Sérène»
* La discorde des deux augustes frères aflec-
> lait vivement son âme', et les seatimens
> de la nature l'ont emporté , trop facikment » peut-être , sur ceux de l'intérêt public. > L'autorité de Stilicon appuya des raisons spécieuses qui déguisaient faiblem^it les intrigues obscures de la cour de Ravenne, et, après un long débat , il obtint du sénat une sanction accordée avec répugnance. La voix du courage et de la liberté fut étouffée, et l'oa vota sous le nom de subside une somme de quatre mille livres d'or, pour assurer la paix de l'Italie et conserver l'alliance du roi des Goths. Le seul Lampadius, un des plus illustres membres de l'assemblée , persista dans son refus, et après s'être écrié avec véhémence : c €eci n'est point un traité de
> paix, mais un pacte d'eâdavage ', > il évita le danger d'une si audadense opposition par une retraite précipitée dans le sanctuaire d'une église chrétienne.
Mais le règne de Stilicon tirait à sa fin , et le ministre orgueilleux pouvait apercevoir les premiers symptômes de sa disgrâce pro-
' ZoFime, 1. t, p. 338, 339. Il répète les expressions de Lampadius dans la laague «i elles Cur«it proooncées: « A'ort est istapax, sedpacUo servitutU; • H eosaile il les traduit en grec, pour la commc>dité de ses lecteurs.
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chaiae. Oa avait a<kmré la résistance coorageuse de LampadUis , et le sénat, quoique résigné depuis long-temps à la servilôde, rejetait avec dédain une m>erté honteuse et imaginaire. Les troupes qui, sous le nom de légions romaines , en possédaient encore les privilèges , voyaient avec colère la prédilec' tion de StiUcon pour les barbares, et le peuple imputait à la politique odieuse du ministre les malheurs dont sa propre corruption était la suite naturelle. Cependant Stilicon aurait pu continuer à braver les clametirs dn peuple, et môme des soldats, s'il eût conservé soigneusement la coniiance de son auguste pupille. Mais le respectueux atlacbement d'Honorins s'était changé en crainte, en soupçons et en haine. Le perfide Olympius', qni cachait ses vices sous le masque de la piété chrétienne, avait sourdenaent déchiré le bienfaiteur dont il tenait sa place dans le palais impérial. L'indolent Honorius , qui accomplissait sa vingt-cinquième année, apprit d'Olympius avec élonnement qu'avec le nom d'empereur il n'en possédait ni l'autorité ni la considération. Le courtisan ruséalarma adroitement la timidité de son maître par im tableau animé des desseins de Stilicon, qui méditait, disait-il, la mort de son souverain, dans l'espérance de placer le diadème sur la tête de sou fils Eudiérius. Le nouveau favori engagea l'empereur à prendre le ton de l'indépendance et,de la dignité ; et le ministre vit avec surprise adopter à la cour et dans les conseils des desseins opposés à ses intérêts ou à ses intentions. Au lieu de rester dans le palais de Rome , Honorius déclara qu'il voulait se renfermer dans sa forteresse de Ravenne. Dès qu'il apprit la mort de son frère ArcadiuB, il résolut de partir pour Constantinople, et d'administrer, en qualité de tuteur, les provinces de Théodose encore dans l'en-
< H venait de la côte de l'Euxio, et exeffail un emploi
diStiogué, \a.fiirf(ic ii epuTiuLt n Tùit |8<c«Xu«i( <tfi»-
/<>>«<. Ses actions justi&eot le caractère que lui donne Zaàmt, qui semble le dilTamer avec satisbction. Augustin révérait la piété d'Olympius, qu'il appelle un vrai flls de l'église. (Barouius, Annal. Ëcclés. A. D. 408, n° 19, etc.; Tillemont, Mém. Ecoles., t un, p. 467. 468.) Mais les louanges que le saint d'Arrique prostitue si mal à propos venaient peut-être autant de son ignorance que de «on adulation.
fance '. Des représentations sur les dépenses et sur la difliculté de cette expédition lointaine réprimèrent cette étrange saillie d'activité ; mais il suivit obstinément le projet de se montrer aux troupes romaines du camp de Pavie, toutes composées des ennemis de Stilicon et de ses auxiliaires barbares. Justinien, célèbre avocat de Rome et confident du ministre, pressa son protecteur de détourner un voyage si dangereux pour sa gloire et pour sa sûreté ; mais Olympius triompha de tous ses efforts , et le prudent jurisconsulte abandonna son patron , dont k mine lui paraissait inévitable.
Dans le passage de l'empereur à Bologne , Stilicon apaisa une sédition des gardes que sa politique l'avait engagé à exciter sourdement. 11 annonça aux soldats la sentence qui les condamnait à être décimés , et se fit nn mérite vis-à-vis d'eux d'en avoir obtenu la révocation. Lorsque ce tumulte eut cessé, Honorius embrassa pour la dernière fois le ministre qu'il ne considérait plus que comme un tyran, et poursuivit sa route vers Pavie, où il fut reçu aux acclamations de toutes les troupes rassemblées pour seconrir la Garde. Le quatrième jour, le monarque prononça , en présence des soldats, une harangiie militaire,composée par Olympius, qui les avait disposés d'avance à exécuter sa sanglante expédition. Au premier signal , ils massacrèrent les amis de Stilicon, qni étaient les officiers les plus distingués de l'empire, les deux préfets du prétoire de l'Italie et de la Gaule, les denx maîtres-généraux de la cavalerie et de l'infanterie, le maître des offices, le questeur, le trésorier et le comte des domestiques. Un grand nombre de citoyens perdirent la vie, beaucoup de maisons furent pillées, et le tumulte dura jusqu'à la nuit. Le monarque épouvanté, qn'on avait vu dans les rues de Pavie, sans diadème et Têtu comme un particulier, dbéit à ses favoris, condamna. la mémoire des victimes, et reconnut publiquement l'innocence et la fidélité des assassins. La
< Zosime, 1. T,p. 338,339-, Sozoméne,!. ix, c. 4. StiUcon ofTIrit de faire le voyage de Constantinople, pour détour» ner Honorius de cette vaine entreprise. L'empire d'Orient n'aurait point obéi, et il n'était pas en état d'en lUre la conquMe.
nouvelle du massacre de Pavie remplit l'âme ileSliitcon de tristes et Justes appréhensions. Il assembla sur-leM;hampdansle camp de Bologne un conseil des chefs confédérés, attachés à sa personne et exposésà partager son sort. Ils crièrent tons impétueusement : Aux armes! à la vengeance! et voulurent marcher sans délai sous les étendards d'un héros qui les avait si souvent conduits à la victoire, pour surprendre, saisir et exterminer le perfide Olympius et ses méprisables Romains, peut-être pour placer le diadème sur la tête de leur général. Au lieu d'exécuter une résolution qui pouvait être justifiée par le succès , Stilicon hésita jusqu' au moment où sa perte devint inévitable. Il ignorait encore le sort de l'empereur, se méfiait de son propre parti , et considérait avec horreur le danger d'armer iine multitude de barbares indisciplinables contre les soldats et les peuples de l'Italie. Les chefs, impatientés de ses doutes et de ses délais , se retirèrent frappés de crainte et enflammés d'indignation. A minuit, Sarus, guerrier de la nation des Goths, et renommé, même parmi eux , par sa force et par son jatrépidité, entra dans le camp de son bienfaiteur à la tête d'un corps nombreux et déterminé, pilla le bagage , tailla en pièces les fidèles Huns qui lui servaient de gardes , et pénétra jusque dans la tente oik le ministre , inquiet et pensif, réfléchissait aux dangers de sa situation. Stilicon échappa avec difficulté à la fureur des assassins, et , après avoir fait publier un généreux et dernier avis à toutes les villes d'Italie de fermer leurs portes aux barbares, sa confiance ou son désespoir le conduisit à Ravenne, déjà occupée par ses ennemis. Olympius, qui exerçait déjà toute l'autorité de l'empereur, apprit bientôt que son rival avait embrassé en suppliant l'autel d'une église chrétienne. Également incapable deremords et de compassion, ilconserva son caractère d'hypocrisie, et tâcha d'éluder les privilèges d'an asile qu'il feignait de respecter. Le comte Héraclien, suivi d'une troupe de soldats, parut au point du jour devant les portes de l'église , et l'évêque se contenta du serment par lequel le comte aOBrma que l'empereur ne lui avait ordonné que de s'assurer de la personne de Stilicon; mais, dès que
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (408 dep. J.-C.)
l'infortuné ministre eut passé le seuil de la
porte, le commandant perfide montra sa sentence de mort. Sdlicon souffrit avec tranquillité les noms injurieux de traître et de parricide, réprima généreusement le zèle inutile de sa suite prête à mourir pour le sauver, et tendit le cou au glaive avec une fermeté digne du dernier général des Romains',
La foule servile du palais , qui avait si long-temps adoré la fortune de Stilicon, affecta d'insulter à son malheur; et la liaison la pluséloignéeavec le grand-mattre de l'Occident, considérée peu de jours avant comme un titre pour parvenir^, devint un motif d'exclusion on même de persécution. Sa famille , unie par une triple alliance à cdie de Tbéodose, se voyait réduite à envier le sort du citoyen le plus obscur. Son fils Eocberius fut arrêté dans sa fnite, et la mort de ce jeune homme innocent suivit de près le divorce de Tbermantia, qui avait pris laplace de Marie, et qui conserva comme elle sa virginité dans le lit impérial *. L'implacable Olympius persécuta tous les amis de Stilicon échappés au massacre de Pavie , et employa les plus cruelles tortures pour leur arracher l'aveu d'une conspiration. Ils moururent en silence. Leur fermeté justifie le choix ' de leur protecteur, et prouve peut-être son innocence; et le despotisme qui, après lui avoir ôté la vie sans examen , a flétri sa mémoire sans preuves , n'a aucun droit au suffrage impartial de la postérité *. Les services
1 Zosime (1. v, p. 336-345) a trèg-loi^;aeiient, mais très-obscurément, raconté la disgrftce et la mort de^Stilicon. Olympiodorus {apud Phot., p. 177.), Orose (L »»», e. 38, p. 571 , 572), Sozomène ( 1. ix, c. 4)|eiiniilo8torge (I. n, e.3; 1. ni, c. 2) y suppléent un peu dans leurs diFférens passages.
2 ZosUne, I. t, p. 333. Le mariage d'un prince diréliai avec deux soeurs scandalise TiUemont (Hist. des Empereurs, t. V, p. 557), qui prétend que le pape InnoceLt I aurait dû tûn quelque démarche relative à une dispense on à une opposition.
3 Zosime parle honorablemoit de deux de ses amis (1. T, p. 346), Pierre, chef de l'école des notaires, et le grand-Kdiambellan Deuterius. Stilicon s'était assuré un reftige dans la chambre à coucher, et il est étonnant 4|ue, sous un prince ftiible , cet asile ne l'ait point sauvé.
* Orose (1. vn, c. 38, p. 571, 572) semble copier le* manifestes faux et violens que la nouvelle administration répandait dans les provinces.
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de Stilicon sont grands et manifestes ; ses crimes , vaguement énoncés par la voix de kl haine ou de l'adulation , sont obscurs et peu probables. Quatre mois après sa mort, un édit publié au nom d'Honorius rétablit entre les deux empires la communication si long-temps interrompue par l'ennemi public*. On accusait le ministre , dont la gloire et la fortune étaient liées avec la prospérité publique, d'avoir livré l'Italie aux barbares qu'il vainquit successivement à Pollentia, à Vérone et sous les murs de Florence. Son prétendu dessein de placer le diadème sur la tète de son fils Eucherius ne pouvait pas se conduire sans complices et sans préparations ; et un père ambitieux, avec de semblables vues, n'aurait pas laissé jusqu'à sa vingtième année, dansleposteobscurde tribun des notaires, un jeune tomme destiné à l'empire. Pour rendre la mémoire de Stilicon complètement odieuse, Olympius le fit accuser d'irréligion; et le clergé, «n célébrant dévotement le jour heureux qui en avait délivré presque miraculeusement l'église , assura que si Eucherius eât régné, le premier acte de sa puissance aurait été de rétablir le culte des idoles etde persécuter l'église. Le fils de Stilicon avait cependant été élevé dans le sein du chris tianisme,dont son père s'était toujours montré le pros^yte et le zélé défenseur *. Le magnifique collier de Sérène venait de la déesse Yesta ', et les païens abhorraient la mémoire d'un ministre sacrilège qui avait livré aux flanunes les livres prophétiques de la sibylle *. La puissance et
^ Voyez Cod. Thëod., 1. vn, tit 16, loi 1 ; 1. ix, lit 42, loi 22. Stilicon «t désigné p*r le nom de pneda publiais, qui emploTait ses richesses ad omnem dUandam, inquietandamque barbariem.
2 Augustin lui-même est satisfait des lois promulguées par Stilieon contre les hérétiques et les idolâtres, lesqndlet existent encore dans le code. Il s'adresse à Olympius seulement pour en obtenir la confirmation.* (Baronius , Annal.Ecclés., A. D., 406, n" 19.)
*Zo8ime,l. v, p. 351. Nous pouvons observer comme une preuve du mauvais goût de ce siède les omemens dont ils décoraient leurs statues.
'* Voyez Rulilius Niimantianus (Itinerar., 1. n, 41-60), i qui l'enthousiasme religieux avait dicté quelques vers él^ns et expressifs. Stilicon dépouilla aussi les portes du Capitole des lames d'or dont elles étaient ornées , et lut une sentencej qui était gravée au-dessous. Ces histoires sont ridicules ; cependant l'accusation d'impiété peut aider
PAR ED. GIBBON. CH. XXX
l'orgueil de Stilicon firent tout son crime. Sa généreuse répugnance à verser le sang de ses concitoyens a contribué au succès de son indigne rival ; et la postérité ne pouvait pas donner une plus forte preuve de son mépris pour le caractère d'Honorius, qu'en dédaignant de remarquer sa basse ingratitude pour le fidèle gardien de sa jeunesse et le soutien de son empire.
Dans le nombre de ses protégés, dont le rang et la fortune ont mérité l'attention de leur siècle , nous ne pouvons nous défendre d'un mouvement de curiosité pour le célèbre poète Glaudien, qui, après avoir joui delà faveur de Stilicon , fut entraîné dans la chute de son bienfaiteur. Les titres de tribun et de] notaire lui donnaient un rang à la cour impériale. Par la puissante influence de Serêne, il épousa une héritière opulente d'une province d'Afrique ' ; et la statue de Glaudien, élevée dans le Forum de Trajan , atteste le goût et la libéralité du sénat de Rome *. Lorsque l'éloge de Stilicon devint un crime, Glaudien se trouva exposé à la vengeance d'un courtisan puissant , qui ne pardonnait pas à l'esprit du poète de s'être exercé à ses dépens. Il avait comparé dans une épigramme les caractères opposés de deux préfets du prétoire de l'Italie , et fait contraster le repos innocent du philosophe qui donne quelquefois au sommeil , ou peut-être à l'étude , des heures consacrées aux affaires publiques , avec l'activité funeste d'un ministre avide et infatigable dans l'exercice de sa rapacité. < Que les peuples de l'Italie, dit Glaudien, se-
à obtenir la confiance pour l'élc^e que Zosime semble {tire involontairement des vertus de ce ministre.
> Aux noces d'Orphée Çla comparaison est modeste), tontes les parties de la nature animée contribuèrent de quelques dons ; et les dieux eux-mêmes enrichirent leur fïivori. Glaudien n'avait ni troupeaux , ni vignes , ni oliviers. L'opulente héritière possédait tous ces biens. Mais il porta en Afrique une lettre de recommandation de bi part de Sérëne, sa Junon, et il obtint l'héritière et sa fortune. (Eptt. 2, ad Serenam.)
2 Glaudien a pour cet honneur la sensibilité d'uu homme qui le mérite (/n prcefat. Bell. Get). L'inscription sur marbre UA b««vée à Home dans le quinzième siècle et dans la maison de Pomponius LoHus. La statue d'un poète infiniment supérieur à Glaudien aurait dû être élevée , durant sa vie , par les hommes de lettres ses compatriotes et ses c3nlempoi[aias, c'était un noUe dessein .
• rateatbenreux,siMalltu»veiliaUsan8ee8se,
* etsiAdriea dormait toujours ^ ! > Cette plalsaaterie amicale ne troubla point le repos de Jtfalliiis ; mais la vigilance d'Àxlrien guetta l'occasioB de se venger, et obtint sans peine des ennemis de Stilicon le faible sacrifice d'an poète indiscret. Clai^lien se tint caché durant le tumulte de la révolution ; et, consultant plus les règles de la prudence que les lois de l'honneur, il env«ya au préfet offensé un humble et suppliant désaveu en forme d'épitre. Claudiea déplore tristement son imprudente folie, et, après avoir présenté pour exemples à son adversaire les actes de clémence des dieux, des héros et des lions, il ose espérer que le magnanime Adrien dédaignera d'écraser un infortuné obscur, suffisamment puni par la disgrâce et la pauvreté, «t profondém«nt affiigé de l'exil, des tortures et de la mort de ses amis les plus intimes *, Quel qu'ait été le succès de cette prière humiliante, ou les aoddens de sa vie future, peu d'années établirent l'égalité du tombeau entre le ministre et le poète. Mais le nom d'Adrien est presque inconnu, et on lit encore Glaudien avec plaisir dans tons les pays qui ont conservé ou acquis la connaissance de f idiome latin. Après avoir balancé son mérite et ses déÊints avec impartialité, nous devons avouer que Claudien ne satisfait ni ne subjugue notre raison. Il serait difficile de trouver dans ses œuvres un passage qui mérite l'épithète de sublime ou de pathétique. On n'y rencontre point de ces vers qui pénètrent l'âme ou agrandissent l'imagination. Nous chercherions en vain, dans les poèmes de Clauâien,' l'invention heureuse , ou la conduite ingénieuse d'une fable intéressante, ou la peinture juste et frappante des caractères
1 Voyez Epigramme 30.
HaUtiu Indulgct lonno notteuine tUctqne:
iDftomnt» Pharlaft ucni, proCana, raplt Omltas, koc, lulx geiUet, «xpoKltG TMi*;
HalUna ni TigOet, 4»raiUt »t Phwtiu.
Adrien était un pharien d'Alexandrie. (Voyez sa vie dans GodeGroy.Cod. TlHktd., t vi, p. 364.) Mallius ne dormait pas toujours; il a coin|)oeë des dialogues écrits avee âégance sur les STSlèmes grecs daw les sdences Batnreltes. (Claud., UiMaU. Theodor. ConsiU.,%\-\n.)
* Voyez la première éplire de Claudieo. £Ue traUt la répugnanee qu'il voudrait cacher. L'ironie et l'indignatioa icmblenl percer dans quelques pa^ssfjea.
DECADENCE TSE. L'EMPIRE ROMAIN, (406 dep. J.-C.)
et des situations de la vie réelle. Il poUia, en faveur de Stilicon, beaucoup de panégyriques et de satires, et le dessein de ces corn positions servilea le faisait toujours sortir des bornes de la vérité et de la nature. Ces imperfectioos teirtefois sont compensées p«r les lalea» peé> tiques de Claudien. Il avùt l'art d'evaoWir le sujet le plus ignoble, d'onier le plus sec, cl de varier le plîis monotone. Son coloris , sai>> tout dans les descriptions, est brillant et doux; etil éch^^rarentent l'occasiondedéirioyer, souvent même jusqu'à l'abus, les avaotaiges d'un esjNrit orné, d'une imagination féconde , d'une expression facile et quelquefois poissaate,et»ifin d'une versification barmoaieuse. A cet éloge , indépendant des accidens de temps et de lieu, nous devons s^oitter le aaérite particulier d'avcnr su vaincre les circonstances déËtvorabies de sa naissance. Clandiea était né en Egypte ' , dans le déclin des arts et de l'empire. Après avoir reçu une éducation grecque, il acquit dans la maturité de son âge la connaissance familière et Fusage de la langue latine*, s'éleva au-dessus dr ses faibles contemporains, et se plaça, après un intervalle de trois cents ans, au noo^ie des poètes de l'ancienne Rome '. ■
< La ranité aaitiaaale en a fliit un FloreBiin m h EspagnoL Mais U premi^e épttre de Claudien attesk qu'il est né à Alexandrie. (Fabricius, Biblioth. Latin., l. m, p. 191-202, édil.'Ernfsl.)
! Ses premiers vers latins ftirrat composés soos le cMtsuiat de Probinus, A. D., aSâ.
Romiiot blkiaiu primm, l^ eoi^le, toRtn Et latla nuit Grala Tbalb togar.
Outre ses épigrammes qui existent encore, le paéfe latin a composé en grec les antiquités de Tkarse, d'Aaizarbe, de Beryte, et de Nice, etc. Il est {dus aisé de rbplacer la perte d'une belle poésie, qde odie d'nae hislwf authentique.
3 Strada {ProlusUni, v, n) le plaee en OMMamas entre Lucrèce, Virgile, Ovide, Lucaiu, et StatÏH. IWthasar Castiglione est son grand admistcur. Ses pazIiMM sont trds-Domhreux A (brt passîMinés; cepeâdinl la critiques sévères lui reprochent une abctndaoee de Hébphores , d'ornemeas et de fleurs de riiétorique , pea ct»veaalde au dialecte latin .
(408 dep. J.-C.) PAR ED.