CHAPITRE PREMIER
Ëiendoe «t force mililaire d« l'Empire, dans le uéde de* AntoDins.
Dans le second siècle de l'ère chrétienne , Rome avait soumis à son empire les plus belles contrées de la terre , et comptait parmi ses sujets les peuples les plus civilisés. Le courage, la discipline, une réputation acquise par une longue suite de victoires , assuraient les frontières de cette immense monarchie. L'influence douce, mais puissante, des lois et des mœurs, avait insensiblement cimenté l'union de toutes les provinces : leurs habitans jouissaient et abusaient, au sein de la paix , des avantages du luxe et des richesses. On conservait cependant, avec un respect religieux, l'image d'une constitution libre. Le sénat romain possédait en apparence l'autorité souveraine, et les empereurs étaient revêtus de la puissance exécutrice. Pendant plus de quatre-vingts ans , l'administration publique fut dirigée par les talens et la vertu de Ttajan, d'Adrien et des deux Antonins. NoDS décrirons d'abord l'état florissant de l'empire dans cette heureuse période; nous rapporterons ensuite les circonstances les plus intéressantes qui en ont accompagné la décadence et la chute, depuis la mort de Marc Aurèle : révolution à jamais mémora-
ble, et qui influe encore maintenant sur toutes les nations du globe.
Les principales conquêtes des Romains furent achevées dans le temps de la république. Les empereurs se cx)ntentèrent, pour la plupart , de conserver ces domaines , dont l'acquisition était le fruit de la profonde sagesse du sénat, de l'émulation active des consuls et de l'enthousiasme militaire du peuple. Les sept premiers siècles n'avaient présenté qu'une succession rapide de triomphes; mais il était réservé à l'empereur Auguste d'abandonner le projet ambitieux de sid^juguer l'univers. Ce fut lui qui introduisit l'esprit de modération dans les conseils publics. Porté à la paix, autant par sa situation que par son caractère, il s'aperçut aisément que Rome , parvenue au faite de la grandeur, avait plus à craindre qu'à espérer en ambitionnant de nouvelles conquêtes. En eflet, dans la poursuite de ces guerres lointaines, l'entreprise devenait tous les jours plus difficile, le succès plus douteux, et la possession moins avantageuse. L'expérience d'Auguste vint à l'appui de ces réflexions salutaires. Au lieu de s'exposer aux flèches des Parthes, il crut foire assez pour sa gloire d'obtenir la restitution des drapeaux et des prisonniers qui avaient été enlevés à l'infortuné Grassus '.
« Dion Cassius ( I. mr , p. 736) , avec le» notes de Reymar , qui a ratsemblé tout ce que la Tanilé romaine cous
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
Ses généraux , dans les première* iniiéf s 1 hpnbeiir i I9 sagesse d'Auguste : les vices et de son règne, vonlurent subjuguer l'Éthio- ) la lâcheté deses successeurs assurèrent en-
pie et r Arabie-Heureuse : ils marchèrent l'es pace de trois cents lieues environ vers le midi du tropique; mais la chaleur du climat ar^ réta bientôt les conquérans, et protégea les faibles habitans de ces régions éloignées,'. Le nord de l'Europe semblait être à l'abri d'une invasion; des neiges et des frimats ne pouvaient dédominager l«s vai<iqi)eiirt de leurs dépepsef et de leurs %tig|ies, Couverte de bois et de marais , la Germanie nourrissait dans son sein des barbares courageux , qui méprisaient la vie lorsqu'elle était séparée de la liberté. Ils parurent à la vérité se soumettre d'abord à la puissance formidable de Rome ; mais ils se rétablirent bientôt dans leur indépendance. Le désespoir leur donna des forces, et ils imprimèrent dans l'esprit d'Auguste une idée terrible des vicissitudes de la fortune *. A la mort de ce prince, son testament fut lu publiquement dus le sénat : Auguste laissait à ses successeurs , comme la portion la plus utile de son hérir tage , l'avis important de resserrer l'empire dans les bornes que la nature semblait avoir elle-même tracées : à Foccident, l'océan Atr lantique; le Rhin et le Dnnube au nprd ; l'Euphrate à l'orient; et, vers le midi, les sables brûlans de l'Arabie et de l'Afrique*. Le genre humain était redevable de son
a laissé i cette occasion. Le marbra d'Agcyre, sur li»inel Auguste avait bit graver se; expiwls , oou; apprend que «et empereur l^irça les Parthes à restitua- les drapeaux de Crassns.
' Siraèon (1. xn, p. 780); PUne (Hisl. oalar.l. n, e. 32, 35 ), et Dion Cassius ( I. un, p. 723. «l L uv, P-TM), MHS ont laissé des deuils trés-<nirieBi de ces guenre». ùs Ronnains «e ren4irait maîtres de Mariaba ou Merab, ville de l' Arabie-Heureuse, bien connue des Orientaux (v. Abulfeda, et la Géi^raphie Bu^ienne, p. 52). lU pénélrèfent, après une marekedelmsjoqrs, iu6«i'ai| IW]f94i?ipr«duit letép|oes,priodpaloibijet4e leur invasion. » Par le massacre d« Varus et de ses trois légions. (V.Iepeenùer livre des Jnnales de Tacite, Suétone, I ,Vle d'Auguste, c. 33, et FaUius PtOercubu, 1. n, e. 1 IT , etc. ) Ai^uste ne reçut pas la nouveUc de cette débite avec toute la nodératioa pi tei|t« ^ renncté que l'on devait naturellement attendre de son ca«f 1ère..
Tacite, Annal. 1. 11 ; Dion Cassius, I. lvi, p. 833, «t le Discours d'Auguste lui-m&ne, dans la Satire des Césars. Ce dernier ouvrage est fort éclairci par les savantes notes de son traducteur firaiiçais . M. Spanbeim.
core la tranquillité de l'empire. Les premiers Césars, plongés dans la mollesse, ou engagés dans l'exercice de la tyrannie, se montraient rarement aux provinces et à la tète des armées. Jaloux de la valeur et des succès de leurs lieutenans, ils ne purent consentir à les voir jouir des honneurs du triomphe dont leur indolence les repliait indignes. La répnt(|tiQp aagitajr» d'il* 8uja| devint m ^tl^ntat à ta dignité ioipéNak. Lee généraix $e contentaient de garder les frontières qui leur avaient été confiées : leur devoir et leur intérêt leur défendaient également d'aspirer à des conquêtes qui ne leur auraient pas été moins fatales qu'aux nations vaincues '.
La Bretagne fut la seule province que les Romains ajoutèrent à leurs domaines dans le premier siècle de notre ère. Les empereurs crurent alors devoir plutôt marcher sur les traces de César que suivre les maximes d'Auguste. La situation (f une Ue voisine de la Gaule leur inspira le dessein de s'en rendre maîtres : leur avidité était encore irritée par l'espoir agréable, quoique incertain, d'y trouver des perles*. La Bretagne semblait être an monde séparé; ainsi cette conquête formait à peine une exception au plan généralement adopté pour le continent. Après une guerre d'environ quarante ans*, entreprise, soutenue et terminée par les plus stupides, les plus dissolus et les plus lâches de tous les princes, une grande partie de l'tle subit le joug des Romains*. Les différentes tfibus qui compo-
i Gmnanicus, Suetonius Paidiniis et Agrieola furent travo-sés et rappelés dans le cours de leurs victoires. Corbulon (Ut mis à mort. Le mérite militaire , commeVTacile l'exprime admirablement, était réellement ùnpenitoria virtus.
3 César n'allègue point un pareil motif, mais Suétone en bit mention, c. 47. Au reste, les pwles delà Bretagne eurent peu de valeur à raison de leur couleur obscure et livide. Tacite observe que c'était nn défaut inhérent (Vie d'Agricola, c 12). < Ego facUiùs crediderim naturam > margarUis déesse , quàm nobis avaritucm. >
3 Sous (es règnes de Claude, de Néron et de DonilicQ. Pempoojus Mêla, qui écrivait sous le premier de ces Princes , espère (1. m , c. 6) , qu'à la feveur du succès des armes romaines l'ile et ses sauvages habitans seront bientôt mieux connus. Il est assez amusant de lire de pareils passages au milieu de Londres.
* Voyez l'admirable abrégé que Tadte nous a donné
PAR ÉD. GIBBON. CH. I
(160 av. I--C.)
«aknt la nation britannique avaient na oout^e sveugle : paséioonées pour la liberté , cftts igttomieM les avantage» d'une union ^ui {Miavaiil 8«u)e iei f^vdre inttoeibles ; ces penf>]ès hicoBdtans prenaient les armes avec florté ; toot-'à-conp ils les déposaient , on n'en faisaieM nsageque pour s'entre-dëtruire.Au listt de se ligner contre l'ennemi csnimon, ils «sombattirent séparément, et ils furent 8U^»> gaés : ai la bravoufe éé Caractacos , ni le déseipoirde Boadieea, ni le fanatisme des drwklet , ne j^nreat «oust raite. leur patrie à FeAclatage. Les Bretons fanent incapables de résister sttx progrès consterna des générant de rentplre qui sotttemtient la gloife nationale , tandis qve la majesté diu trône était avilie par le criine et p:^r la bassesse. Dans le temps que le faroucfae DomHien, renfermé dans son palais , ressentait lui-même la ter-» rfinr qtf'A inspirait, ses légions, sous le corn» maitdement du vertaeux Agrieeia, dissipaieM, aux pieds des monts deGràttpie, les fofces réunies des Calédoniens; et ses flottes , malgré les dangers d'une navigation incou' WEie, déployaient autour de l'Ile les étendards de Rome. Déjà la Bretagne pouvait être regardée comme soumise : Agricola se proposait d'en achever la conquête, et d'assurer ses succès par la. réduction de Flrlande. Une seule légion et quelques troupes auxiliaires In paraissaient suffisantes pour Pexécution de son dessein ' . La possession de cette lie occidentale aurait pu devenir très-avantageuse , et les Bretons auraietaf porté leurs chaînes avec Moins de répugnance, si la tue et Fexen^de de la liberté eussent été entière* ment âolgnés de leitrs regards.
Mais le mérite supérieur d' Agricola le fit bientêc rappela de son gouvernement de Bretagne : alors lé plan de conqBéte, qu'il avait formé avec tant de prudence, fut pour jamais détruit. Avant son départ , Agricola pourvut à la s4r^ du pays qu'il était forcé d'idKiadonner : il avait observé que nie est
dans la Vie d' Agricola. Ce mjet, malgré les recbeitheg de nos anm anUqoaires , Camden et Horsley , est bien Iobi d'être épuisé.
< Les écrivains iriandals , jaloux d« la gloire de leur patrie, sont extrèmeaieBt irrités à cette occasion conti-e Tactte et contre Agricola.
presqoe divisée en deux parties inégales par éevx golfes opposés : il construisit des redouta le kmg de la petite langue de terre qui les sépare : cette fortification prit une forme plus régulée sous le i'ègne d' Antoninlé-Pieux, qui y fit élever un rempart de gazon , dont tes fondatkms étaient en pierres '. Cette muraille, bâtie un peu au-delà d'Edimbomrg et de Glasgow, servit de Umile à l'empire. Les Calédoniens conservèrent leur indépendance dans la partie septentrionale de l'Ile : leur pauvi^té, autant que leur valeur , leiff procura ce précieux avantage. Ils feisaieitt souvent des incursions, mais ils étaient ausaitêt repousses et punis. Cependant leur pays ne fut jamais subjugué* : les souverains des climats les plus tisBOà et les plus fertiles du gldbe ûe regardaient qu'avec mépris des montagne* exposées aux fureurs des tempêtes, des laos couverts débrouillards épais, ei des vsbé^ inenltes où Ton voyait te cerf timide fuir à l'approche d'une troupe de barbares nus et hidBUX*.
Les successeurs d'Auguste étaient restés constamment attachés à ses maximes politiques : tel était , dirais sa mort , l'état des frontières de l'empire, lorsque Trajatt monta sur le trôaé. Ce prrace vertueux et rempli d'activité avait r«;il l'éducation d'un soldat, et possédait les taleas d'un général*. Le système paisible de ses prédécesseurs fut tontà-«oupi inftenknnpn par des guerres et par des eouquétes. Après un long intervalle , les légion» virent enfin paraître à leur tête un empereur capable de les commander. Trajan se signala d'abord contre les Daces, nation beliiqneuse qui demeurait au-delà du Danube , e< qui , sous le règne de Domitien , avait in- ' suite avec impunité la majesté de Rome*. A la
' Voyez Srilaitnia Rotnand , par Horsley , 1. 1, c. 10.
> Le peCle Badianan eélèWe , «rec bemiéoup d'es|»ril et d'élégance (v. ses Sylva, v), Ifl liberté dont les aaciem Écossais ont toujours Joui. MaissileseatténeigBage de Richard dé Cirecenstef saffit poar eré^ «ne prdviMe ronaine aa nord de 1» tiutaiHe , cette indéporince se trouve renfermée dans des limites trés-étroites.
3 V«yez Appien {in PfoaUi.) et lés descriptions «Hlformes des peé^ erses qni , dans teintes lés hypafhèses , «nt été composées par un Calédonien.
* Voyez le paaégyrique de Pline, «pri parait être appuyé surdeshito.
i Dion Cassius, 1. uni.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
force et à l'intrépidité des barbares , les Daces ajoutaient un mépris pour la vie, que leur inspirait une persuasion intime de la transmigration et de l'immortalité de l'âme' . Décébale , leur roi, n'était pas un rival indigne de Trajan : il ne désespéra de sa fortune et de celle de sa nation qu'après avoir , de l'aveu même de ses ennemis , épuisé tontes les ressources de la valeur et delà politique '. Cette guerre mémorable dura cinq années sans presque aucune interruption; Trajan, qui pouvait disposer à son gré de toutes les forces de l'empire , demeura vainqueur, et soumit entièrement les barbares. La Dacie', qui faisait une autre exception aux préceptes d'Auguste, avait environ quatre cents lieues de circonférence : les limites naturelles de cette province étaient le Niester, le Teiss ou Tibisque , le Danube et le Pont-Euxin. On voit encore aujourd'hui les vestiges d'un chemin militaire depuis le Danube jusqu'auprès de Bender, place fameuse dans l'histoire moderne, et qui sert maintenant de frontière à l'empire Ottoman et à la Russie*.
Trajan brûlait du désir de se faire un nom. Tant que le genre humain continuera de mettre ses destructeurs an premier rang, et d'accorder à ses bienfaiteurs un moindre tribut d'éloges , la soif de la gloire militaire sera toujours le défaut des caractères les plus élevés. Les louanges d'Alexandre, chantées par les poètes et les historiens les plus célèbres, avaient allumé dans l'âme de Trajan une émulation dangereuse. L'empereur romain entreprit , à l'exemple du roi de Macédoine , d'enchainer les nations de l'Orient ; mais il soupirait en faisant réflexion que son âge avancé ne lui laissait pas l'espoir d'égaler la réputation du fils de Philippe". Cependant les exploits de Trajan , quoique de peu de durée,
« Hérodote, 1. iv, c. M; Julien dans les Césars, avec les obseiTations de Spanheim.
2Plme.épit.»ni, 9.
3DionCasMus,l.Lxnn, p. 1123, 1131; Jnli«i,Mi CasarOm; Entrope, nn.î, 6; AureUus Victor, m SpUom. .
* Voyez un niëmoiredeM.d'AnTine,8arlaproTioee de Dade , dans le Reeudl de l'Académie des inscriptions , toni.xxTm, p. 444-168.
» Les septimeos de Trajan sont représentes au naturel , et d'une manière fort agréable, dans les Césars de l'empereur Julien.
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furent brillans et rapides : il mit en déroute les Parthes, dégénérés et affaiblis par des guerres intestines. Il parcourut en triomphe les bords du Tigre, depuis les montagnes d'Arménie jusqu'au golfe Persiqne. Ce prince navigua le premier sur cette mer éloignée; et, de tous les généraux romams, il est le seul qui ait jamais joui de cet honneur : ses flottes ravagèrent les cfttes de l'Arabie. Enfin, Trajan se flatta qu'il touchait déjà aux rivages de l'Inde' . Chaque jour le sénat étonné entendait parler de noms obscurs et de nonveaux peuples qui reconnaissaient la puissance de Rome : il ne put apprendre sans la plus grande surprise que les rois du Bosphore, de Colchos, d'Ibérie, d'Albanie, d'Oshroène, que le souverain des Parthes lui-même tenaient leurs diadèmes des mains de l'empereur; que les. Mèdes et les babitans des montagnes de Carduchie avaient imploré sa protection , et que les riches contrées de l'Arménie, de la Mésopotamie et de l'Assyrie étaient réduites en provinces *. Ces images magnifiques disparurent à la mort de Trajan, et l'on eut tout lieu de craindre que des nations si éloignées ne secouassent le joug , puisqu'elles n'avaient plus à redouter la main puissante qui le leur avait imposé.
On rapportait que, lorsque leCapitoIe avait été fondé par un des anciens rois de Rome, le dieu Terme, seul parmi les divinités inférieures, avait refusé décéder sa place à Jupiter même. Ce dieu présidait aux limites, et, selon l'usage de ces temps grossiers, il était représenté sous la forme d'une pierre. Les augures avaient interprété cette obstination du dieu Terme de la manière la plus favoraUe : c'était, selon eux, un présage certain que les bornes de la puissance romaine ne reculeraient jamais*. Cette tradition s'était toujours conservée; et, comme il arrive d'ordinaire, la prédiction, pendant un grand nombre de siècles, en assura l'accomplissement. Mais, quoique le dieu Terme eût résisté à la ma-
< Eutrope A Sextus Rufus ont voulu porpéluo- celte illusion. Voyez une dissertation très-ingénieuse de M. Freret,dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, tom. xxi.p. 55.
* Dion Cassius, 1. ucvni, et les abréviateurs 3 Orid. Fast. 1. ii, t. 667. Voy« Tile-Ove et d'Halicarnasse , au r^ne de Tarquin.
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{esté de Jnpiter, il fut obligé de se soumettre à Tautorité d'Adrien * : cet empereur commença son règne par renoncer aux nouvelles conquêtes de Trajan. Les Parthes recouvrèrent le droit d'élire leur souverain, et les troupes romaines abandonnèrent les places oii elles étaient en garnison en Arménie, en Assyrie et dans la Mésopotamie. Adrien reprit le système d' Auguste; et l'Euphrate servit de nouveau de frontière à l'empire'.L'envie, qui ne manque pas de censurer les actions publiques et les vues particulière» des princes, s'est eiîorcée d'attribuer à des motifs de jalousie une conduite qui peut-être était dictée par la prudence et par la modération.Ce soupçon parait être fondé sur le caractère singulier d'Adrien, capable tour à tour des sentimens tes plus bas et les plus élevés : cependant it ne pouvait faire briller avec plus d'éclat la supériorité de son prédécesseur , qu'en s'avouant lui-même trop faible pour conserver les conquêtes de Trajan.
Le genre martial et ambitieux de l'un formait un contraste singulier avec la modération de l'autre : la tranquillité douce d' Antonin-le-Pieux ne paraîtra pas moins remarquable , si on la compare avec l'activité infatigable de son prédécesseur. La vie d'Adrien ne fut presque qu'un voyage perpétuel : ce prince aimait la guerre , cultivait les lettres et possédait les talens d'un homme d'état ; il satisfît tous ses goûts en se livrant aux soins de son empire. Insensible à la' différence des saisons et des climats, il marchait à pied et tête nue dans les neiges de la Calédonie et dans les plaines embrasées de la Haute-Egypte.Eufin, lorsqu'il futsur le trâne, il n'y eut pas une province qui ne fût honorée delà présence du souverain*, au lieu qu'Antonin passa des jours paisibles dans le sein de
I S. Augustin prend beaucoup de plaMr à rapporter cette preuve de la lïiblesse du dieu Terme et de lannité des augures. Voyez de Civitate Dà , ir , 29. - s Voyez l'Histcdre AugusUne, p. 5, la chronique de S. Jértaie et tons les épitomes. Il est assez singulier que cet événement mémorable ait été omis par Dion ou plutôt parXiphilin.
s Dion, I. via, p. 1158, Hist. Aug. , p. S, 8. Si tous les ouvrages des historiens étaient perdus, les médailles, les insciiplions et les autres monumens de ce siècle sufBraient pour nous faire connaître les voyages d'Adrien.
PAR ED. GIBBON. UH. L
l'Italie. Pendant les vingt-trois années que ce prince, si digne d'être aimé, tint les rênes du gouvernement, ses plus longs voyages furent de Rome à Lanuvie , où il se retirait pour goûter les douceurs.de lacampagne'.
Malgré cette différence dans leur conduite personnelle, Adrien et les deux Antonins ne s'écartèrent,pas du systèmegénéral embrassé par Auguste. Us persistèrent dans le projet de maintenir la dignité de l'empire, sans entreprendre d'en reculer les.bMnes : on vit même ces princes employer toute sorte de moyens honorables pour gagner l'amitié des barbares. Leur but était de convaincre le genre humain que Rome, renonçant à toute idée de conquête, n'était plus animée que par l'amour de l'ordre et de la justice : le succès couronna pendant quarante-trois ans cette politique respectable; et, si nous en exceptons un petit nombre d'hostilités, qui ne servaient qu'à exercer les légions répandues sur la frontière, l'univers fut en paix sous les règnes fortunés d'Adrien et d'Antonin-le-Pieux*.Le nomromain étaitrespecté parmi les nations de la terre les plus éloignées; souvent les barbares les plus fiers soumettaient leurs différends à la décision de l'empereur; et, selon le témoignage d'un historien contemporain, des ambassadeurs, qui étaient venus solliciter àRome l'honneur d'être admis au rang de citoyens, s'en retournèrent sans avoir pu obtenir cette distinction'.
La terreur des armes romaines ajoutait de la dignité à la modération des souverains, et la rendait plus- respectable. Ils conservaient la paix , en se tenant perpétuellement préparés à la guerre; et,.tant que l'équité dirigea leur conduite» les nations voisines s'aper-
> Voyez IVistoire Angustine et les épitomes. -
s 11 ne faut cependant pas oublia' que, sous le règne d'Adrien, le fanatisme arma les Juib, et excita une rébdlion Tioloite dans une province de l'empire. Pausanias (1. Tin, c. 43) parle de deux guerres néc^sfires, terminées heureusement par lesgénà^ux d'Antonin-le-Pieux; l'une contre les Maures vagabonds qui nirent dusses dans les déserts du mont Atlas; l'autre contre les firigantes de Bretagne , qui avaient envahi la province romaine. L'Histoire Augustioine fait mention, p. 19, de ces deux guerres et de plusieurs Mitres hostilités.
> Appien d'Alexandrie, dans la préltoe de son Histoire des Guerres romjqne*.
é d£c;adën<}& oë L'Mpi&e bomain.
çtrébt ttieti ^aUs étaient aussi t>étt dî«pesés âieââttaqaet qa'à fkife de iloavelles oon' quêtes. Marc Aor^ empl<ïya contre les Ger* m^iiak et les l*afthes ces forces redo«ftdble» qu'Adrien et âon sticcessenr s'étaient éoiih tèkih de déployer antonr de letirs frtnitières. Lés àttaqties des barbare^ émiffent le reMe»' timènt oe ce prince pfaik»o]^ i forcé de prendre les armées pour se défe»éb« , Mare Attrële remporta, avee ses gédéMtrie, (dnslèurâ victoires t^gnsAées sur l'Ettpkrste et sur le Danube '. HxattAtioRi tnaintenant le» étad^lissemens niilhatre^ de renrpire roMaki;,' Il est ittiportant d'o/bserter comment ils en ont assuré pendant sîIong-teit)ps< la tranquillité et les succès.
Dans les beatfx âges de 1» répub^qoe, Tusage des armes étart réserté à cette dâsse de citoyens qui aimaieift lenr patrie, qoi avaient on patrimoine à défendre, et q»i, participant à l'établissement des loi», étaieM intéressés à les faire respecter. Mars, à mesure que rétendue des conquêtes aiïa%Ht la liberté ptd>Iiqtie , ceux qui se destinaient à la profession des armes insensiblement fétodiërent comme une science, et Texercèreat comme un métier*. On snpposait tonjours qae lés légions, quoique sotnrent levées dans les provinces les pins ébignées, n'étaient for^ usées cependant qoe de citoyens romaiM.
Stâtant la rigueur des lois, on y adhoettait seulement ceux qni jouissaient d^A du droit de bonrgeoisiie; et si qnelqaefoison enrôlait dès étrangers, ce privilège leur était accord comme la distinction de lear état,, ëa comme la récompense de leurs services^; mai$ par k suite on s'attaeba plus panicidi<MiNe»t'«tt mérite essentiel de l'âge, de la force et dd^ la taille militaire". Dans toutes les levées de
1 Dion, I. txn, IBstotre AagtMiÉe bttÊiitie». LM tiototres remportées sor les Pwthet oM Mt naltn «■«Mde de rdations dont les aatews MftiBMt» ont élé santés de l'oaUi, ettrantës en fWaiic «tau vtm ttUn M«ingMease de Lnica.
* Le plus pauvre soldai pe«Mdt fU» it Mal eeôl»]^ très (béais d'IMeamasse, rr, 17), unuM ••■mUnMe dam itn temps où l'espèoe était si rare , ^'nae oiM d'argent valait 70 livres pesaM d'iàrda. La pepulaofr, i|Bi araitétéexclnedu servie» nâiitatrepar l'aMeDMeoBsUl»tion, (Ut indifréreamentadatee'tiar Marias. f'tywSalluste, guerre de Jogorâta, e. 91.
> César composa une de ses légion (BOiDiiée aMada ,
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u puyea, on accordait pvec rùMn k. préféraac* MndiaMts du nord snr ceux dn nûdî: on chereiutt, dwaka campagnm plutât que dans les ville* « des honunes nés pour les. anbM : il était i présumer qae les trataux péniUes des diarpeatiers, des forgerons et dea chasseurs « daaaeraient plus de vigtieur et de feree qae les oocopatioBS sédentaires qni contry»«eat au taxe'. Lorsque le droit depropriété se fut plus un titre pour être aaptoyédans les armées, les troupes des empereurs romains furent commandées par des efliGiers de Baissance, élevés à la cour; mais les seldats* semblables aux troiq>es mereenairEs de i'Eurc^ moderne, étaient tvéa de k dasse la plus vile et souvent la plus^ eerreoapne.
L'aneiame vertu du patriotisme prend sa source dans la ferme conviction que notre intérêt est intimement lié à la cooseryatioa et à la prospérité de l'état dont nous sommes, membres. Une tell* persuasion avait rendu les légions de la république romaine presqa'iaviBciUes; mais elle ne pouvait faire qu'nne bien faible impression sur les esclaves raeremaires d'un prince despotique. Ce principe une fois détruit, on y suppléa par d'autres m»tifsd'iMenatBre bien différente, mais dont k force était prodigieuse : la reli^on «t l'hdBaeur. Le paysan ou le citadin s'imaginait qu'en prenant les armes il exerçait une lurefeBsion noble, dans laquelle son avancenmu et sa réputation dépendaient de son courage ; et, quoique les exploits d'un simple soidat échappent souvent à k renommée, il s'ignorait pas qu'il était en son pouvoir de couvrir de gloire ou de honte la compagnie, k légion, l'armée même dont il partageait les triomphes. A peine éuit-il entré au service qu'on exigeait de lui^ avec k plus grande pompe, un serment solennel. Il jurait de ne jamais quitter son étendard, de soumettre sa propre volonté aux ordres de ses. commandans , et de sacrifier sa vie pour 1» . Sûreté de l'empereur et de l'empire*. L'atl»-
oê fiançais VaUnitOéjàt Gaulob et d'étrangers, mais ee Alt pendant la licence des guerres dviles; et, après ses vietoires, il loir donna pour récompense le droit de citofeti lonain.
« V^«i Végèce, de Se mOitari, 1. 1, c. 2-7.
> Le ferment de fidélité, ooe l'empereur edgaait des
<âO dep. J.-G.)
cheaent des troupes Totoaion à Itnrs peaai kor était inspiré p«r fiafimnee rémifi de la r«UgioB et de ffaoBsepp. L'aigle dorée, qtû forillaitàla t^tede la iégioa, était l'dbjet du culte le plus sacré : c'était se eouvriv d'ignoraiiiie , et se reatkpe coupable de sacrilège, «pie d'abandonner, a« moment dn danger, ce signe respectable*. Ces motifs, qui tiraient leur force de l'imagination , étaient sontenus par des espérances pins réelles : nne payerégulièFe, des gratifications, me récompense assurée après 1« temps limité da service , eaoourageaint les soldats à supporter les fatigues delà vie militaire*. D'unautre c6té, la lAcbeté et la désobéissance ne pouvaient éebappw aux plus sévères châtimens. Les eentwions avaient le droit de frapper les coupables , et les générauv de les punir de mort. Les troupes, élevées dans la discipline romaine, avùent pour maxime iuvariable que tout bon soldat devait beaucoup plus redouter son officier que l'ennemi. Des institutions aussi sages contribuèrent à fortifier les années et à leur inspirer une docilité que ne purent jamais acquérir des barbares impétueux , qui ne connaissairat pucune discipline.
La valeur n'est qu'une vertu imparfaKe sans la science et sans la pratique. Les Romains étaient si persuadés de cette vérité , que le nom d'une armée , dans leur langue , venait d'un mot qui signifiait exercice *. En efiet, les exercices militaires étaient l'objet
Immpes, était kdoutcU Uns les ans le preaiief de ]aiina.
> Tacite appelle les aigles romaines , beUorum deos. Pbcéesdanguaeel^apelleau milieu du camp, elles étaient adorées parles soldats comme les autres dirinités.
1 Voyez GronoTias,de Pecunid vetere, 1. m, p. 120, etc. Lcnpereor Domilien porta la paye annuelle des l^ionnairesi douze pièces d'or, environ deux cent quarante li- Tres. Cette paye s'augmenta insensiblement par la suite , selon le progrès du gouvernement militaire et la richesse de l'état. Après vingt ans de serriee, le vétéran recevait •trois mille deniers, environ deux mille trois cents livres, on une portion de terre de la valeur de cette somme. La paye des gardes était double de celle des légionnaires, et en général les gardes jouissaient de privil^esbien plus considérables.
3 Exercitus, aJb exereitando : Varron , de LinguH latmd, I. ir, Cieéron, TusenI I. n, 37. On poumdt donner an oavrage bien intéressant en examinant le rapport qvi existe entre la langue et les moeurs d'une natioD.
PAR ED. GIBBON. CH. L
le plm knportnt de lew ^teeipfiiw : (tétr «t aadn, les Jeunes soldats se tenaient *m-> stamment spus les armes ; et les vét^tuis , malgré leur âge, malgré une connussancè prof<mde de leur art, répétaient tons Xos jours ce qu'ils avaient appris dès leur pMi tendre jeunesse. Lorsque les troupes étaient en quartier d'faiver , on élevait de vastes galeries, aln que les exercices militaires né fussoit point interrompus par les riguenré de la saison. Dans ees imitations de la guerre^ on avait soin de prmdre des armes deux (bis plus pesantes que celles dont on se servait dans uneaction réeUe*. Une description exacte des exercices des Romains n'entre point dans le plan de cet ouvrage : no«s remarquerons seulement qu'ils eubraseaient tout ce qui peut iyouter de la force au corps, de la souplesse aux membres et de la grâce aux mouvemens. On apprenait soigneusement aux soldats ii marcber, à courir, à sauter, à nager, à porter de lourds fardeaux , à manier toute sorte d'armes offensives et défensives, à former un grand nombre d'évolutions, et à exécuter, au son de la flâte, la danse pyrrbique ou militaire*. An sein de la paix, les troupes romaines se fomiliarlsaient avec la guerre : si l'on en croit un ancien historien, qui avait combattu contre elles, l'effusion du sang était la seule différence que l'on remarquait entre un champ de bataille et uji champ d'exercice'. Les plus habiles généraux, les empereurs même, encourageaient, par leur présence et par leur exemple, ces études militaires ; souvent Trajan et Adrien daignèrent instruire les soldats les moins expérimentés, récompenser les plus habiles, et quelquefois disputer avec eux le prix de la force ou de l'adresse*. Sops le règne de ces princes, la tactique fut cultivée avec succès;
< Végèce, 1. n, et le reste de son premier livre.
> M. le Beau a donné des édaircissemens sur la danse pynliique dans le Recueil de l'Académie des inscriptions, tom. XXXV, p. 262, etc. Ce savant académicien a rassemblé, dans une suite d'excellens mémoires, tous les passpges des andens qui concernent la légion romaine.
> Josèpbe de Bello Judaico, I. m, c. 5. Nou9 sommes redevables à cet écrivain Juif de quelcfues détails trés-culienx sur la discipline romaine.
* Panégyrique de Pline, c. 13-, Vie d'Adrien dans tHIstoireAugttstiôe.
et, tant qne rempire conserva quelque vigueur, leurs institutions militaires furent respectées comme le modèle le plus parMt de la discipline romaine.
Keuf siècles de guerre avaient insensiblement introduit plusieurs changemens dans le service, et l'avaient perfectionné. Les légions décrites par Polybc ' et commandées par les Scipions différaient essentiellement de celles qui contribuèrent aux victoires de César, et qui firent respecter le nom d'Adrien et des Antonins. Nous rapporterons en peu de mots ce qui constituait la légion romaine*. L'infanterie, qui faisait la principale force', était divisée en dix cohortes et eo cinquante-cinq compagnies, sous le commandement d'un pareil nombre de tribuns et de centurions. Le poste d'honneur et la garde de l'aigle appartenaient à la première cohorte, composée de mille cent cinq soldats , l'élite de l'armée pour la valeur et pour la fidélité. Les neuf autres cohortes en avaient chacune cinq cent cinquante-cinq; et tout le corps de l'infanterie légionnaire montait à six mille cent hommes. Leurs armes étaient uniformes et admirablement adaptées à la nature de leur service : ils portaient un casque ouvert, surmonté d'une aigrette fort élevée, une cuirasse ou une cotte de mailles et des bottines , et ils tenaient à leur bras gauche un large bouclier d'une forme ovale et conbave , long de quatre pieds, lai^e de deux et demi, fait d'un bois léger, couvert d'une peau de bœuf, et revêtu de fortes plaques de bronze. Outre un dard léger, le soldat légionnaire balançait dans sa main droite ce javelot formidable, appelé en latin pilum, dont la longueur était de six pieds, et qui se terminait en une pointe d'acier de dix-huit pouces, taillée en triangle*. Cette arme était bien inférieure à nos armes
> Voyez, dans le sixième livre de son histoire, une digression admirable sur la disdpline des Romains.
î Végèce, de Re militari, I. n , c. 4 , etc. Une partie considérable de son abrégé est prise des règlemens Je Tr^an. La légion, telle qu'il la décrit, ne peut convenir à aucun autre siècle de l'empire romain.
3 Végèce, de re militari, 1. n, c. 1. Du temps de Cicéron et de César, le mot miles se bornait presque à l'inbnterie. Dans le bas-empire et dans les siècles de chevalerie, il désigna partieulièremoit les gens-d'armes quicombattjdent achevai.
* Du temps de Polybe et de Denis d'Halicamasse (I- v,
DECADENCE DE L'EMPIftE ROMAIN,
modernes, puisqu'elle ne pouvait servir qu'une seule fois, et à la distance seulement de dix on douze pas. C^endant, lorsqu'elle était lancée par une main ferme et adroite, il n'y avait point de bouclier en état de résister à sa force; et aucune cavalerie n'osait se tenir à sa portée. A peine le Romain avait-il jeté son javelot, qu'il s'élançait avec impétuosité sur l'ennemi, l'épée à la main. Cette épée était une lame d'Espagne, courte, d'une trempe excellente, à double tranchant, et également propre à frapper et à percer : mais le soldat préférait cette dernière façon de s'en servir, persuadé qu'il était moins exposé, tandis qu'il faisait à son adversaire une blessure plus dangereuse < . La légion était ordinairement rangée sur huit lignes , et les files , aussi-bien que les rangs , étaient toujours à la distance de trois pieds '. Un corps de troupes accoutumées à conserver nn pareil ordre, disposées sur un lai^e front, et prêtes à courir avec rapidité à la charge, pouvait exécuter tout ce qu'exigeaient les événemens de la guerre et l'habileté du général. Le soldat avait un espace libre pour ses armes et pour ses divers mouvemens ; et les intervalles étaient ménagés avec tant d'art, que les secours arrivaient toujours assez têt pour soutenir les combattans épuisés '. La tactique des Grecs et des Macédoniens avait pour base des principes bien dififérens : la force de la phalange consistait en seize rangées de longues piques étroitement unies entreelles *. Mais la réflexion et l'expérience pro avèrent que cette masse immobile était incapable de résister à l'activité de la légion".
c 43), la pointe d'ader du pilum semble avoir été beaucoup plus longue. Dans le siècle où Végèce écrivait, elle ftit réduite à un pied, ou même à neuf pouces. J'ai pris un milieu.
< Pour les armes des légionnaires, voyez Juste-Lipse, de Militid romand, 1. m, c. 2-7.
2 Voyez la belle comparaison de Virgile, Géorg. n , v.279.
s M. Guichard, Mémoires militaires, 1. 1, c. 4, et Nouveaux mémoires, t. i, p. 293-311, a traité ce si^et ta homme instruit et en officier.
* Voyez la tactique d'Arrien. Cet auteur grec, passionné pour les institnlionis de sa patrie, a mieux aimé dédire la phalange, qu'il connaissait seulement par les écrits des anciens, que les légions qu'il avait commandées.
* Polyb. 1. xra.
(60 dep. J.-C.)
PAR ED. GIfiBON. GH. I.
La cavalerie , saas laquelle la force de la légit» senài restée imparfaite', était divisée en dix ^cadrons : le premier , ccnnme compagnon de la première cohorte, consistait en cent trente*dâa hommes, et les nenf autres cfaacBB en soîxante-six : ce qui faisait en tout , pour nous servir des expressions modernes, sq>t cent vingt-six chevaux. Qnoiqnc iwturellemeat attaché à sa légion respective, chaque régiment de cavalerie en était séparé, suivant les occasions, pour être rangé en ligne, et faire partie des ailes de l'armée*. Sous les empereurs, la cavalerie était bien difiiérente de ce qu'elle avait été dans stm origine. Ou temps de la république, elle était composée des jeunes gens les plus distingués de Rome et de l'Italie , qui , en remplissant ce service mflitaire , se préparaient à acquérir les dignités de sénateurs et de consuls , et s'«fforçaieBt, par leurs exploits, de gagner les nfliragesde leurs concitoyens*. Hais, après la révolatioD arrivée dans les mœurs et ^ns le gouvernement , les plus puissans de l'ordre éqwestre se consacrèrent à l'administratiùn delaJQSticeet à la perception des revenus pi^&s*. Geux qui embrassaient la profession des âmes étaient aussitôt revêtus du cMpnandement d'une cohorte ou d'un escadnm'. Tr^an et Adrien tirèrent leur cavalerie des mêmes provinces et de la même dasse de lenrs sujets qui fournissaient des hommes aux légions : on faisait venir des chevaux d'Ëispagne et de la Cappadoce. Au lieu de cette armure complète ,dans laquelle la caval^e des Orientaux était commeemprisonnée, les Romains portaient un casque, un bouclier ovale, de petites bottes etunecottede maille; une jardine et une kurge épée étaient leurs piiwnpales armes offensives. II parait qu'ils
< Végète, de Be militari, 1. n, c 6. Son témoignage poàtîr, qui pourrait être appuyé par des circonslaoces évidentes, devrait bten imposer silence à ces critiques qui reftKent à la légion impÂiale son corps de cavalerie.
> Vo;«z TUe-Uve presque partMt; et spécialement
Kil,«l.
3 Pline, HisU nat. szxm, 2. Le véritable sens de oe fkMigetrés->«ariaix« été ^couvert d éeblrd par H. de Beaulbrt,Rép. Romaine, I. u, c. 2.
'Bmee et A^iotta nous en domient un exemple. U parait qoecette coutume était un vice dans U disdpline rNuiae. Adrien csnya d^f remédier, en ftxaiil l'âge qu'il Mbit noir pour être tribun.
avaient emprunté des barbares l'usage des lances et des massues de fer '.
La sûreté et l'honneur de l'empire étaient confiés principalement aux légions; mais Rome, par politique, consentit à adopter tout ce qui pouvait lui étr&4itile à la guerre. On faisait régulièrement des levées considéra'^' blés dans les provinces dont les habitans n'a* valent point encore mérité la distin<^H» honorable de citoyra. Les princes et les états voisins étaient tenus au service militaire; ils ne conservaient leur liberté qu'à cette txmdition*. U arrivait même souvent que les plus braves d'entre les barbares, transplantés tout-à*coup , par force ou par persuasion , dans des climats éloignés, faisaient servir au bien tite l'empire ime valeur qui aurait pu lui être funeste*. Tous ces diCTér^is corps étaient connus généralement sous le nom d'auxiliaires. Quoique leur nombre variât selon les temps et les circonstances , il était rar^nent inférieur à celui des légions*. Les plus courageux et les plus fidèles de ces auxiliaires étaient placés sous le commandement des préfets et des centurions, et élevés dans la disdplioedes Romains; mais ils retenaient, pour la plupart, les amtes qu'ils avaient appris à manier dans leur patrie, de» leur plus tendre jeunesse; «t, comme les auxiliaires étaient distribués sous diaque légion, les armées romaines reafermairat toutes les diverses espèces de troupes, et elles avaient l'avantage d'oj^oser à chaque nation la même disdpline et les mêmes armes qui la rendaient formidable*. La légion n'était pas dépourvue de ce que l'on pourrait appeler , dans nos langues modernes, un train d'artillerie; elle avait toujours à sa suite dix machines de guerre de la première grandeur, etdnquante-dnqfdas
< Voyez la tactique d'Arrien.
3 Tel était en paiticuUer l'état des BaUrei. Taeit«, Moeurs des Gomains, c. 29.
s Marc-Awrèle, après avoir Tainen tes Quades «t les Marconans, les obligea de hii foondrnn corps de tronpea eonàdéraMes,' qu'il envoya anssitAt n Brciagne. Oiân ,