‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 6 sur 105 · I. LXXI · texte numérisé non relu

I. LXXI

* Tacite, AnaaI., ir, S. Cenx qni partent d'un eertatn nombre de tentanitts et de deux ibis autant de dieranx , ooaftmdent les auxiliaires des emperean avec les Maliens aUiés de la république.

s Végàee, n, 2 Arrien, danssadescriptiea de la marche et de b balaitte entre les Mains.

DECADENCE JME

petites , qui toutes lançaient , selon diverses directions , des pierres et des dards avec une violence irrésistible*.

Le camp d'une légion romaine ressemblait à une ville fortifiée'. Aussitôt que l'espace était tracé, les pionniers avaient soin d'aplanir le terrain et d'écarter tous les obstacles qui auraient pu nuire à la régularité parfaite du camp. La forme en était quadr^gulaire.ll est aisé d'imaginer qu'un carré , dont chaque face était d'environ deux mille pieds, suffisait pour-contenir vingt mille hommes , quoique maintenant un pareil nombre de troupes présente à l'ennemi nn front trois fois plus étendu. Au milieu du camp, on distinguait, par-dessus les autres tentes, le prétoire ou le quartier du général. La cavalerie, l'infanterie et les auxiliaires occupaient leurs postes respectifs. Les rues étaient larges et fort droites; et l'on ménageait de tous côtés un espace libre de deux cents pieds entre le rempart et les tentes. Le rempart était ordinairement de douze pieds de haut , défendu par de fortes palissades et entouré d'un fossé dont la largeur et la profondeur étaient de douze pieds. Les légionnaires eux-mêmes étaient seuls c4iargés de cet ouvrage important : la bêche et la pioche ne leur étaient pas moins familières que l'épée el le javelot. Rien ne sert peut-être mieux à prouver l'excellence de la discipline romaine. Le courage intrépide est souvent nn présent de la nature; mais une activité soutenue dans l'exécution des travaux, ne peut jamais être 'que le fruit de l'habitude et de la pratique '.

> Le chevalier Folard (dans son commentaire sur Polybe, tom. n, p. 233-290) a traité des anciennes machines avec beaucoup d'éruiUlion et de sagacité : il les préfère mime, à beaucoup d'égards , aux canons et aui mortiers que nous employons. Il fout observer que chez les Romains l'usage des machines devint plus commun à mesure que la valeur personnelle et les lalens militaires disparurent dans l'empire. Lorsqu'il ne fiil plus possible de troDver des hommes, il Mut bien ; suppléer par des instrumens de dilTérente espèce. V. V^èce, a , 25 , et Arricn.

2 « Viuversa quteia guogue beUi génère necesscaia

> eue ereduntur, seeum legio débet ubique portare; * in ^tovit loco fixent castra, armatamfaciat eivi-

> totem. > C'est par ces mots onphatiquesque Végèce ermine son second livre et la description de la l^on.

J Pour la castraméiation des Romains , voyez Poljrbe ,

L'EMPIRE ROMAIN , (50 dep. J.-C.)

A peine la trompette avait-elle donné le signal du départ , que le camp était levé ; et les troupes se plaçaient à leurs rangs , sans retard et sans confusion. Les légionnaires , outre Jeurs armes dont ils sentaient à peine le poids , étaient encore chargés de leurs instrumens de cuisine , des outils nécessaires pour les fortifications , et de provisions pour plusieurs jours '. Malgré un fardeau si considérable , qui accablerait la délicatesse d'un soldat moderne , les Romains étaient accoutumés à marcher d'un pas régulier, et à faire près de sept lieues en six heures*. A l'approche de l'ennemi, ils se débarrassaient de leur bagage, et, par des évolutions aisées et rapides , l'armée , qui marchait sur une ou sur plusieurs colonnes , se formait en ordre de bataille*. Les frondeurs et les archers escarmouchaient à la 4éte ; les auxiliaires formaient la première ligne, et ils étaient soatenus par les légions : la cavalerie couvrait les flancs; enfin on plaçait derrière le corps d'armée les machines de guerre.

Tels furent les moyens dont les empereurs se servirent pour défendre leurs vastes domaines , et pour conserver l'esprit mUitaire dans un temps où les progrès du despotisme avaient étouffé toute autre vertu. Si nous considérons maintenant le nombre des troupes romaines , nous verrons combien il est difficile de l'apprécier avec une certaine exactitude. Il parait cependant que la légion était un corps de douze mille cinq cents hommes, parmi lesquels on comptait six mille huit cent trente-un Romains : le reste comprenait les auxiliaires. Adrien et ses successeurs, qui n'avaient d'autre vue que de faire fleurir la paix dans leurs états, entretinrent trente de ces brigades redoutables. Ainsi, selon toute apparence, leurs forces se montaient à trois cent soixante-quinze mille hommes. Loin de se j'fufermer dans des villes fortifiées , qui

I. n, avec Juste lipse, de MilUUt romona; Joseph, de Bel. Judaîc.,l m, c. 5; Végèce, i, 21-25, m, 9; et Mémoires de Guichard.'Xom. i, e. 1.

' acéron , Tuscul. n , 37 ; Joseph , de Sel. Judaie. I. in, 5; Fronlin,lv,l.

2 Végèoe ,1,9. Voyez Mémoires de l'Académie desin»criptions , tome xxv , p. 187.

3. Ces évolutions sont admirablement expliquées pv M. Guicliard, Nouveaux mémoires, tome 1 , p. 141-^.

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PAR ED. GIBBON. CH. I

tl

n'étaient aux yeux des Romains que le refuge de la faiblesse et de la lâcheté , les légions restaient toujours campées sur les bords des grands fleuves ou le long des frontières des barbares. Gomme elles changèrent rarement de place, nous pouvone nous former une idée de la distribution des troupes dans tout l'empire. Trois légions suffisaient pour la Bretagne. Les principales forces étaient employées sur le Rhin et le Danube , et consistaient en seize légions, distribuées de la manière suivante : deux dans la Basse-Germanie et trois dans là Haute, une dans la Rhétie, une dans le Norique, quatre dans la Pannonie, trois dans la Mœsie et deux dans la Dacie. L'Euphrate avait pour sa défense huit légions , dont six étaient placées en Syrie , et les deux autres dans la Cappadoce. Comme le siège de la guerre se trouvait bien éloigné de l'Egypte , de l'Afrique et de l'Espagne, une seule légion maintenait la tranquillité dans chacune de ces provinces. L'Italie même ne manquait pas de troupes. Environ vingt mille hommes choisis, connus sous le nom de cohortes de la ville et de gardes du palais, veillaient à la sàreté du monarque et de la capitale. Ces soldats prétoriens ont joué un si grand rôle dans les révolutions de l'empire, qu'ils sont dignes de toute notre attention : ils occuperont bientôt une place considérable dans notre histoire. Letu^ armes et leurs institutions n'avaient rien qui les distinguât des légions ; seulement il parait que leur discipline était moins rigide , et leur extérieur plus pompeux'.

La marine des empereurs répondait peu à la grandeur de Rome; mais elle suffisait pour remplir toutes les vues du gouvernement. L'ambition des Romains ne s'étendait point au-delà du continent : ce peuple guerrier n'était pas animé de cet esprit entreprenant des Tyriens, des Carthaginois et des habitans de Marseille , qui avait porté ces hardis navigateurs à reculer les bornes du monde et à découvrir les côtes les plus éloignées. L'Océan

* Tadte (Anml., nr, S) nous a donné lui état des légioM sousTiMre, et Dion (1. tv, p. 794) sous Alexandre Sérère. J'ai tâché de praiidre un Juste milieu entre ces deux périodes. Voyez aussi Jnste-Lipse, de Magnituttiae romand, 1. 1, c. 4, 5.

était plutôt pour les Romains unpbjet de terreur que de curiosité'. Après la ruine de Carthage et la destruction des pirates, toute l'étendue de la Méditerranée se trouva renfermée dans leur empire. La politique des empereurs n'avait pour but que de maintenir en paix la souveraineté de cette mer, et de protéger le commerce de leurs sujets. Guidé par ces principes de modération, Auguste ordonna que l'on tiendrait toujours deux flottes équipées dans les ports les plus convenables de l'Italie, l'tme à Ravenne sur la mer Adriatique, Fautre à Misène dans la baie de Naples. L'expérience semblait enfin avoir convaincu les anciens que leurs galères étaient plus propres à une vaine pompe qu'à un service réel, lorsqu'elles avaient plus de deux ou trois rangs de rames : Auguste lui-même, à la bataille d' Actium , s'était aperçu de h supériorité de ses frégates légères, appelées Libumicnnes,sur les citadelles élevées et massives de son rival*. CesLiburniennes lui servirent à former les deux flottes de Ravenne et de Misène, destinées à commander, l'une dans la partie orientale, l'autre dans l'occident de la Méditerranée ; et il les fit monter par un corps de plusieurs milliers d'hommes. Outre ces deux ports , où les Romains avaient établi leur principale marine , ils entretenaient encore un grand nombre de vaisseaux à Fréjus sur les côtes de Provence. Le Pont-Euxiu était gardé par quarante voiles et par trois mille soldats. A toutes ces forces, il faut ajouter la flotte qui assurait la communication entre la Gaule et la Bretagne , et une infinité de bâtimens qui couvraient le Rhin et le Danube pour harasser les pays ennemis, et intercepter le passage des barbares'. Cette description peut nous donner une idée générale des forces de l'empire sur mer et sur terre : cependant, si nous voulons faire l'énumération de toutes les troupes employées dans les

< Les Romains essayèrent de cadier leur ignorance et leur terreur sous le voile d'un respect religieux. Voyez Tacite , Moeurs des Germains , c. 34.

> Plutarque , vie de Marc-Antoine ; et cependant , si nous en croyons Orose , ces énormes citadelles ne s'élevaient pas de plus de dix pieds au-dessus de l'eau, n, 19.

3 Voyez Juste Lipse, de Magnitudine romand, 1. 1, c. 5. L^ seize derniers chapitres de Végèce ont rapport à la marine

l^giops, les auxiliaires , les gardes du palais e^ la marioe , nous verrons que leur nombre n'ei^cédera pas quatre cent cinquante mille hommes. Quelque formidable que paraisse cette puissance, le dernier siècle a vu avec éionnement des forces semblables , entretenues par un monarque dont les états étaient renfermés dans une seule province de i'emr pire romain'.

Kous avons essayé de développer les ressorts du gouvernement sous les règnes d'Adrien et des Antonins ; tâchons maintenant de décrire avec clarté et précision ces méme^ provinces réunies autrefois sous un seul chef, et maintenant divisées en un si grand nombre d'états indépei^dans et ennemis les uns des autres.

Située à l'extrémité de l'empire, de l'Europe et de l'ancien monde, l'Espagne a conservé d'âge en Âge ses limites naturelles : les monts Pyrénées, la Méditerranée et l'océan Atlantique. Cette grande péninsule , aujourd'hui partagée si inégalement entre deux souverains, avait été divisée par Auguste en trois provinces : la Lusitanie, la Bétique et la Taragonaise. Les Portugais habitent les mêmes contrées où les braves Lusitaniens se sont autrefois distingués par leurs exploits : leur royaume a gagné vers le nord le terrain qui lui avait été enlevé du côté de l'Orient.La Grenade et l'Andalousie ont à peu près les mêmes confins que l'ancienne Bétique; le reste de l'Espagne, la Galice, les Asturies, la Biscaye, la Navarre, le royaume de Léon, les deux GastiUes, la Murcie, le royaume de Valence, la Catalogne et l'Aragon formaient la troisième province romaine : c'était en même temps la plus considérable , et on l'appelait Taragonaise, du nom de sa capitale *. Parmi les naturels du pays , les Celtibériens étaient

'Voltaire, siècle de Louis XIV, c 19. Il ne finit étendant pas onblier que la France se ressrat encore de crt effort extraordinaire.

t Voyec Straboi, 1. n. D est asia naturel étaafposer ift'jiragon vient de TaraeonensU : plusion antenrs modernes, qui ont écrit en latin, se serrent deces denx mots comme synonymes. Il est oepeadant certain que l'Aragon , petite rMire qui tombe des Pyrénées dans lïbre , donna d'akord son nom à nne province , et ensuite i on royaume. Voyez d'AavilIe, géographie du moya Age, p. lg|.

DECADENCE DE L'ELIRE ROMAIN

(60 dep. J.-C.)

les plus puissans : une opiniâtreté invincible distinguait surtout les Asturiew et les Cantar bres. Sûrs de trouver un asile dans leurs montagnes , ces peuples furent les derniers qui se soumirent aux armes de Rome ; et , quelques siècles après , ils secouèrent les premiers le joug des Arabes.

L'ancienne Gaule, qui comprenait tout le pays situé entre les Pyrénées , les Alpes, le Rhin et l'Océan, était beaucoup plus étendue que la France moderne. Aux domaines de cette puissante monarchie, et à l'acquisition récente qu'elle a faite de la Lorraine et de la l'Alsace, il faut encore ajouter le duché de Savoie, les cantons de la Suisse, les quatre électorals du Rhin, le pays de Liège, le Luxembourg, le Hainaut, la Flandre et le Brabant. Après la mort de César, Auguste eut égard, dans la division de la Gaule, à l'établissement des légions , au cours des rivières et aux distinctions déjà connues dans ce pays, qui renfermait plus de cent états indépendans avant que les Romains s'en fussent rendus maîtres*. La colonie de Narbonne donna son nom au Languedoc , à la Provence et au Dauphiné. Le gouvernement d'Aquitaine s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à la Loire. Entre ce fleuve et la Seine, était situé la Gaule celtique, qui reçut bientôt une nouvelle dénomination delà fameuse colonie de Lyon. Au-delà de la Seine était la Belgique, iKtrnée d'abord seulement par le Rhin ; mais, quelque temps après le siècle de César, les Germains, profitant de la supériorité que donne la bravoure , s'emparèrent d'une partie considérable de la Belgique. Les empereurs romains virent avec joie un événement qui flattait leur vanité ; et la frontière du Rhin, qui s'étendait depuis Leyde jusqu'à BAle, fut décorée du nom pompeux de haute et basse Germanie*. Telles étaient, sous les Antonins, les six provinces de la Gaule ; la Narbonnaise, l'Aquitaine, la Celtique on Lyonnaise, la Belgique et les deux Germanies.

t Cent quinze cités paraissent dans la notice delà Gaule : on sait que ce nom était donné , non-seulement ft la Tille capitale , mais encore an territoire entier de diaqneétat. nutarque et Appim font monter le Mabreta tribus i trois on quatre cents.

iD'AnTiUe, Notice de FancienBe Gaole.

(50 dep. J.-C.)

PAR ED. GIBBON. CH. h

Noos avon» d^ parlé de l'étendue et des bornes de la province romaine en Bretagne : elle renfennait toute l'Angleterre , le pays de Galles et la partie d'Ecosse qui s'étend jusqu'à Danltarton et Edimbourg. Avant que U Bretagne e4t perdu sa liberté , elle était divisée en trente tribus de barbares , dont les plus considérables étaient : les Belges à l'occidoit, les Brigantes au nord, les Silures au midi du pays de Galles , et les Icéniens daps les comtés de Norfolk et de SufTdk'. Autant qa'il est possible de s'en rapporter à la ressemblance des mœurs et des langues , il est probable que l'Espagne , la Gaule et la Bretagne avaient été petqilées par la même race de sauvages , hardis et entreprenans. Ils dispotèrent souvent le champ de bataiUe aux Romains, et ilsnefnrent subjugués qu'après avoir livré une infinité de combats, Enfin , lorsque ces provinces eurent été soumises , elles formèrent la division occidentale de l'empire en Europe , qui s'étendait depuis le mur d'Antoniu jusqu'aux colonnes d'Hercule, et depuis l'embouchure du Tage jusqu'aux sources do Ehia et du Danube.

Avant les conquêtes des Romains , la ^mbar^e ne faisait point partie de l'Italie. D^ Gaulois avaient fondé une colonie puissante le long des rives du Pô , depuis le Piémont jusque dans la Ron^agne : ils avaient porté leurs armes et leurs npms dans les plaines b<NPnées par les Alp^ et les Apennins. Les Liguriens habitaient les rochers où «'est élevée la république de Gènes. Veqise n'exi^ tait point encore ; mais la partie de cet éta^ située à l'orient de l'Adige était occupée par les Yenètes*. Le milieu de l'Italie, cpii compose mmntenant le duché de Toscane et l'état Ecclésiastique, était l'ancienne patrie des Etrusqa^ et des Ombriens. Les Etrusques, célèbres dans l'histoire des arts , furent les premiers qui adoucirent les mœurs grossières da« Bâtions voisine^, et qui contribuèrent à le* cmUser*. Le Tibre roulait ses mules aux

I ffisMndeMaiHtester.par WIiitaker,*ol.1,e. 8.

s II» VoJtM d'IWie, qnoiciw toureot confondat ■Tce les Gaulois , étaient probablement lUyriens d'orism- Vorez H. Fnret.Uéffloires de l'Acadihiùe d«s inscriptions, toma fna.

> Voyez Haffln , rerona iUiutrata , i. i.

pieds des si^>erbes collines de Rome; et> depuis cette rivière jusqu'aux frontières de Naples , le pays des Sabins , des Latins et des Yolsques, servit, pendant plusieurs siècles, de théâtre aux victoire de la république, Ce fut dans cette contrée si renommée que les premiers consuls méritèrent des triomr phes ; leurs successeurs l'embellirent par la magnificence de leurs palais : maintenant on n'y aperçoit que des couvens élevés par les descendans de ces anciens héros*. Gapoue et la Campanie possédaient le territoire immédiat de Naples. Le reste de ce royaume était habité par plusieurs nations belliqueuses; les Marses, les Samnites, les Apuliens et les Lucaniens. Enfin, les côtes de la mer étaient couvertes des colonies florissantes des Grecs. L'Istrie était au nombre des onze régions qui par^geaient l'Italie du temps d'Auguste; et cette petite province se trouvait jointe au siège de la souveraineté romaine *.

Les provinces de l'empire en Europe étaient défendues par le Rhin et le Danube. Ces deux beaux fleuves prennent leur source à une très-petite distance l' un de l'autre. Le Danube, dans un cours de plus de trois cents Ueues de long, reçoit le tribut de soixante rivières navigables , et va se perdre ensuite par six emr l^chures dans la mer Noire, qui , malgré nn^ pareille augmentation, porte une si petite quantité d'eau à la Méditerranée '. Les province$ qu'arrose le Danube étaient généralement connues sous le nom d'IUyrie ou de frontière Illyrienne * : c'était une pépinière de guerriers. Mais elles méritent bien que nous les considérions dans leurs principales divisions : la Rbéc tie, le Norique , la Pannonie , la Dalmatie, I9 Uœsie , la Thrace^ la Macédoine et la Grèce.

La province de Rhctie , habitée autrefois par les Vindélicien$, s'étendait depuis les

1 Le premier contrwte M observa pw les andiCDS. (VoyezFlonu, 1,11). Le second doit flréppertoutiQOjrageur moderne.

2 Pline (Hist. nat., I.m) suitladiTbion de l'Italie par l'anpereur Auguste.

3 Toamefort, Voyage en Grèce et en Asie mineure, lettre xyin. Voyez M. de BuITon, Hist. nat., lom f , p. 41 1 .

* Le nom d'IUyrie appartenait originairement aux côtei delà mer Adriatique. L^ Romains l'ét^direntpar. degrés, depuis les Alpes jusqu' au Pont-EiJoin. Voyez Séverine Pannonia,\.i,c.3.

DECADENCE DE l/EMPIUE ROMAIN,

(50 dep. J.-C.)

Alpes jusqu'aux rives du Danube , et depuis la source de ce fleuve jusqu'à son confluent avec rinn. La plus grande partie de celte contrée obéit à l'électeur de Bavière; la ville d' Augsbourg est sous la protection de l'empire d'Allemagne; les Grisons vivent en sûreté dans leurs montagnes ,et le Tyrol est au rang des nombreux états qui appartiennent à la maison d'Autriche.

Toute l'étendue de pays comprise entre le Danube , l'Inn et la Save , l'Anstric , la Stirie , la Carinthie , la Carniole , la basse-Hongrie et l'Esclavonie , étaient connues par les anciens sous les noms de Norique et de Pannonîe. Dans leur premier état d'indépendance, les fiers babitans de ces provinces étaient étroitement liés entre eux; ils restèrent fréquemment unis sous le gouvemementdes Romains ; et de nos jours Ils sont devenus le patrimoine d'une seule famille. Leur souverain est un prince d'Allemagne , qui prend le titre d'empereur des Romains, et dont les états forment le centre et la force de la puissance autrichienne. Si nous en exceptons la Bohème, la Moravie, l'extrémité septentrionale de l'Autriche , et cette partie de la Hongrie qui est située entre le Teiss et le Danube , les autres domaines de cette puissante maison étaient renfermés dans les limites de l'empire romain.

La Dalmatie, ou Illyrie proprement dite, était ce pays long, mais étroit, qui se trouve entre la Save et la mer Adriatique. La partie maritime a conservé le même nom : c'est une province de la dépendance de Venise. On y voit aussi une faible image de la liberté, que la petite république de Raguse a conservée au milieu des barbares qui l'entourent. Dans l'intérieur, la Croatie est soumise à un gouverneur autrichien, et la Bosnie obéit à un pacha turc. Mais toutes ces régions sont sans cesse ravagées par des nations féroces, qui exercent leur brigandage au milieu des limites incertaines des puissances chrétiennes et mahométanes'.

■ Un Toyageur vénitien , l'abbë Fortis , nous a donné récemment une descriplion de ces contrées obscures. Mais noos ne pouTons attendre la géograpliie el les antiquités de l'IUyrie occidentale que de la munificence de rempcreur, souverain de cette contrée-

Le Danube prenait le nom d'Ister, après avoir reçu les eaux du Teiss et de la Save'. H séparait autrefois la Mœsie de la Dacie, province conquise par Trajan, et la seule qui fût située au-delà de ce fleuve. Si nous voulons jeter les yeux sur l'état présent de ces contrées, nous trouverons, sur la rive gauche du Danube, Temeswar et la Transylvanie, annexés à la couronne de Hongrie, après un grand nombre de révolutions , tandis que les principautés de Moldavie et de Valachie reconnaissent la souveraineté de la Porte Ottomane. Sur la rive droite , la Mœsie gémit sous le despotisme des Turcs, qui se sont rendus maîtres des royaumes barbares de Servie et de Bulgarie.

Les Turcs, en donnant le nom de Bomélie à la Macédoine , à la Thrace et à la Grèce , semblent reconnaître que ces contrées faisaient partie de l'empire romain. La Thrace, habitée par des nations belliqueuses , avait pris, sous les Antonins, la forme d'une province qui s'étendait depuis le mont Hœmns et le Rhodope , jusqu'au Bosphore et l'Hellespont. Malgré de nouveaux souverains et une religion nouvelle, la ville bâtie par Constantin est toujours la capitde d'une grande monarchie. La Macédoine avait retiré moins d'avantages des brillantes conquêtes d'Alexandre, que de la politique des deux Philippe. L'Épire et la lliessaiie étaient sous sa dépendance. Ainsi ce royaume comprenait tout le pays situé entre la mer Egée et celle d'Ionie. Lorsque nous pensons à la réputation immortelle de Thèbes, d'Ai^os, de Sparte et d'Athènes, nous avons peine à nous persuader que tant de républiques si célèbres aient été confondues dans une seule province de l'empire romain. L'influence supérieure de la ligue Achéenne , dans le temps où la Grèce luttait contre la puissance de Rome, fit donner à cette province le nom d'Achaïe.

Tel était l'état de l'Europe sous les empereurs. Les provinces d'Asie , sans en excepter les conquêtes passagères de Trajan, se trouvaient toutes renfermées dans les limites de la puissance des Turcs. Mais, au lieu desui-

• La Save prend sa source près des confins de TlSlrie. Les Grecs des premiers âges regardaient ce fleuve c<hbdi« la principale branciie du Danub^-

(50 dep. J.-C.)

PAR ED. GIBBON, eu. I.

vre les divisions arbitraires imaginées par l'ignorance et par le despotisme, prenons une route plus sûre, et en même temps plus agréable pour nous : observons les caractères inefTaçables de la nature. On apelle Asie mineure cette péninsule qui, bornée par l'Euphrate du côté de l'orient, s'avance vers l'Europe entre le Pont-Euxin et la Méditerranée. Les Romains avaient donné le titre exclusif d'Asie au pays situé à l'occident du mont Taurus et du fleuve Halis. Cette province renfermait les anciennes monarchies de Troie, de Lydie et de Phrygie, les contrées maritimes des Lyciens, des Pamphiliens et des Cariens, et les colonies grecques fondées en lonie et non moins célèbres dans l'histoire des arts, quoiqu'elles eussent dégénéré de la gloire militaire de leurs ancêtres. Les royaumes de Pont et de Bithynie occupaient tout le nord de la péninsule , depuis Constantinople jusqu'à Trébizonde. A l'extrémité opposée, la Gilicie était bornée par les montagnes de Syrie. Les provinces intérieures, séparées de l'Asie romaine par le fleuve Halis , et de l'Arménie parl'Euphrate, avaient autrefois formé le royaume indépendant de Cappadoce. La souveraineté des empereurs s'étendait jusqu'au nord du Pont-Euxin; ces princes eurent toujours soin d'y envoyer des garnisons, et ils exigeaient des tributs des habitans de ces contrées sauvages, connues maintenant sous les noms de Budziack, de Tartarie-Grimée, de Grcassie et de Mingrélie*.

Sons les successeurs d'Alexandre, la Syrie devint le siège de l'empire des Séleucides , qui régnèrent sur toute la Haute-Asie , jusqu'à ce que la révolte des Parthes eût resserré les domaines de ces monarques entre l'Eupheate et la Méditerranée. Lorsque cette province fut soumise par les Romains, elle servit de frontière à leur empire du côté de l'orient; ses limites étaient , an nord la Gappadoce , et vers le midi l'Egypte et la mer Rouge. La Phénicic et la Palestine se trouvèrent quelquefois annexées au gouvernement de la Syrie ; dans d'autres temps elles en furent séparées. La première de ces deux provinces

* Voyez le Périple d'Airien. Cet auteur avait examiné les cotes du Ponl-Eaxiii, lorsqu'il Aait gouremeur de la Cappadoce.

est une suite de rochers , une lisière étroite entre la mer et les montagnes ; l'autre pourrait être comparée au pays de Galles, pour son étendue et pour sa fertilité. Cependant leur nom passera d'âge en âge jusqu'à la postérité la plus reculée, puisque l'Europe et le nouveau monde doivent à la Palestine leur religion, età la Phénicie la connaissance des lettres* . Depuis l'E uphrate jusqu'à la mer Rouge, la Syrie n'est bornée que par des sables et des déserts. La vie errante des Arabes était inséparablement liée à leur indépendance : toutes les fois qu'ils voulurent former des établissemenssur un terrain moins stérile que le reste de leurs habitations, ils devinrent aussitôt esclaves des Romains*.

Les géographes de l'antiquité semblent avoir été incertains sur la partie du globe à laquelle appartenait l'Egypte*. Située dans la péninsule immense de l'Afrique , elle n'est accessible que du côté de l'Asie, dont elle-a reçu la loi dans presque toutes les révolutions. Un préfet romain occupait le trône pompeux des Ptolémées ; maintenant le sceptre de fer des Mameluks est entre les mains d'un pacha turc. Le Nil arrose cette contrée dans un espace de deux cents lieues, depuis le tropique du Cancer jusqu'à la Méditerranée; les inondations périodiques de ce fleuve font toute la richesse du pays, sur lequel il répand la vie et la fécondité. Cyrène, située vers l'occident, avait été d'abord une colonie grecque; elle devint ensuite une province d'Egypte : elle estaujourd'hui ensevelie dans les déserts deBarca.

De Cyrène jusqu'à l'Océan, la côte d'Afrique a plus de cinq cent cents lieues de long : elle est cependant si resserrée entre la Méditer-

> Le progrès de la rettgion est bien connu. L'usage des lettres s'introduisit parmi les sauvages de l'Europe , environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, et les Européens les portèrent en Amérique , environ quinze siècles après la naissance du Sauveur.

L'alphabet phénicien fUt considérablement altéré dans une période de trois mille ans, en passant par les mains des Grecs et des Romains.

2 Dion, Lxvm, p. 1131.

3 Selon Ptolémoe , Strabon et les géographes modernes, l'isthme de Suez est la borne de l'Asie et de l'Arrique. Denis, Mêla, Pline, Salluste, Hirtius et Solin, en étendant les limites de l'Asie jusqu'à la branche occidentale du Nil , ou même jusqu'au grand Catabathmus , renferment dans celle partie du monde, non-seulement l'Egypte, mais encore presque toute la Libye.

DECADENCE DE

ranëe et les déserts de Sahara, que sa Itrgear excède rarement trente lieues. C'était à la partie orientale qae les Romains avaient principalement donné le nom de provittee d'Afrique. Avant l'arrivée des colonies phéniciennes, cette fertile contrée était habitée par les Libyens, les plus sauvages de tous les pen- •ples de la terre : elle devint le centre d'an commerce et d'un empire très-étendns, lorsqu'elle fut gouvernée par les Carthaginois . Les faibles états de Tunis et de Tripoli se sont élevéssurles ruines de cette républiquefameus*. Le royaume de Massinissa et de Jugnrtha est soumis à la puissance militaire des Algériens. Bu temps d'Auguste , les limites de la Numidie avaient été fort resserrées, et les deux tiers an moins de cette contrée avaient pris le nom de Mauritanie-Césarienne. La véritable Mauritanie , ou la patrie des Maures, s'appelait Hngitane, de l'ancienne ville deTingi ou Tangier : elle forme aujourd'hui le royaume de Fez. Salé, sur l'Océan , cette retraite des pirates, était la dernière ville de l'empire romain. Les connaissances géographiques des anciens s'étendaient à peine au-delà. On aperçoit encore des vestiges d'une cité romaine prés de Méquinez, résidence d'un bari}are que nous voulons bien appeler l'empereur de Maroc : mais il ne paraît pas que les états méridionaux de ce monarque, ni même Hatoc, aient jamais été compris dans la province romaine. L'occident de l'Afrique est coupé par différentes chaînes du moût Allas, nom tendu célèbre par les fictions des poètes *, mais que l'on donne maintenant à l'immense océan qui roule ses eiux entre le Nouveau- Monde et l'ancien continent*.

Après avoir parcouru toutes les provinces de l'empire romain, nous pouvons remarquer

1 La longue étendue, la taanteur modérée, et la pente dooce du mont Atlas (Voy. les Voyages de Shaw, p. 5.) ne s'accordent pas avec lldée d'une montagne isolée , qui cache sa t£te dans les nues , et qm paraît supporter le ciel. Le pic de Ténérife, au contraire, s'élire à plus de deux mille deux cents toises au-dessus du niveau de la mer ; et, comme O était fort connu des liiénitieps , peutêtre a-t-il donné lieu aux Actions des poètes grecs. (Voy. BuRbn, ffist. nat., tom. i, p. 312; Hist. des Voyages, tom. n.)

î M. de Voltaire, tMn. xir, p. 297, donne trop géné- 'reusement aux Romains les Ues Canaries. Il ne parait pas qu'elles leur aient jamais appartenu.

L'EMPIRE ROMAIN, (66 dep. J.-C.)

que l'Afrique est séparée de l'Espagnepar un détroit de quatre lieues environ , qui sert de communication à la Méditerranée avec la mer Atlantique. Les colonnes d'Hercule , si fameuses parmi les anciens, étaiielit deux montagnes qUi paraissent avoh* été séparées avec violence dans quelque convulsion de la nature. La forteresse de Gibraltar est bfttie au pied de celle qui est située en Ewope. Toute la Méditerranée, ses côtes et ses Iles, étaient renfermées dans lei vastes domaines de l'empire. Les Baléares , aujourd'hui Marque et Minorque, ainsi nommées à cause de leur grandeur respective, appartiennent, l'une aux Espagnols, et l'autre à la Grande-Bretagne*. Il serait plus facile de déplorer le sort des Corses que de décrire leur condition actuelle. La Sardaigne et ta Sicile ont été érigées en royaumes en faveur de deux prilKes d'Italie. Crète ou Candie, Chypre, et la plupart des lies de la Grèce ou de l'Asie, obéissent aux Turcs , tandis que le petit rocher de Mahe brave toute la puissance ottomane, et est devenu à jamais célèbre sous le gouvernement d'un ordre religieux et militaire.

Cette longue énumératiou des provinces d'un empire dont les débris ont formé tant dé royaumes si pnissans, ne doit pas bous faire oublier l'ignorance on la vanité des anciens. Éblouis par l'autorité inf mense, par là force irrésistible , par la modération lîéelle oin affectée des empereurs , ils se croyaierit permis de mépriser ces contrées éloignées oà les barbares jouissaient d'une heureuse indépendance; souvent même ils affectaieÉtd'en méconnaître le nom. Insensiblement il s'acoottmèrent à confondre la monarchie romaine avec le globe de la terre*. Mais ces idées vagues et peu exactes ne conviennent pas à un historien moderne : guidé par des connaissances plus sûres, il est en état de présenter à ses lecteurs un tableau mieux proportionné, en leur faisant observer que l'empire avait

< Nous M mentionnons pas en note les diverses mutations géographiques survenues depuis l'époque où Gibbon a écrit son histoire, notre but étant de ne reproduire ici que ce qui est de lui et ce qui doit rester, mdépendamment de fréquentes variaUons qui paivent se modifier encore

(iVote de VétUteur.)

> Bergier,inst. des grands chemins, I. m, c: 1, 2, 3, 4, ouvrage rempli de recherches très-utiles.

(50 dep. J.-G.)

plus de six cents lieues de large depuis le mur d'Antonin et les limites septentrionales de la Dacie jusqu'au mont Allas et jusqu'au tropique du Cancer, et qu'il s'étendait en longueur dans nn espace de plus de mille lieues depuis l'Ëuphrate jusqu'à l'océan Occidental. Il était situé dans le plus bel endroit de la zone tempérée, entre le 24« et le 56« degré de latitude nord. Enfin il renfermait environ cent qnatre-vingt mille lieues carrées, dont la plus grande partie consistait en terres fertiles et très-bien cultivées '.

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