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femme , lui amenait , d'après ses pressantes invitations , des bords du Danube sur ceux du Tibre , et qui s'étaient frnyé un passage, avec un peu de perte et de difficulté, à travers un nombre bien supérieur des troupes de l'empire. Un chef victorieux, qui joignait à l'audace d'un barbare, l'art et la discipline d'un général romain, se trouvait à la tête de cent mille combattans, et le nom formidable d'Alaric inspirait dans toute l'Italie un sentiment de terreur et de respect '.
Après une révolution de quatorze siècles , nous devons nous contenter de raconter les exploits militaires des conqucrans de Rome, sans prétendre discuter les motifs de leur conduite politique. Alaric sentait peut-être , aM milieu de sa prospérité, quelque faiblesse cachée , quelque vice intérieur qui menaçait sa puissance, ou peut-être sa modération apparente ne tendait-elle qu'à désarmer les ministres d'Honorins en trompant leur crédulité. Alaric déclara plusieurs fois qu'il voulait être l'ami de la paix et des Romains, Trois sénateurs se rendirent, à sa requête , comme ambassadeurs à la cour de Ravenne , pour solliciter l'échange des otages et la ratification d'un traité ; et les conditions qu'il proposa clairement durant le cours des négociations, ne pouvaient faire soupçonner sa sincérité que par l'excès de leur modération. Alaric aspirait encore au rang de maître général des armées de l'Occident. Il stipula un subside annuel en grains et en argent, et choisit les provinces de Dalmatie , de Norique et de Vénétie , pour l'arrondissement de son nouveau royaume , qui l'aurait rendu maître de la communication importante entre l'Italie et le Danube. Alaric paraissait disposé,, en cas que ces demandes modestes fussent rejetées, à renoncer au subside pécuniaire, et à se contenter même de la possession de la Norique , province dévastée , appauvrie et continuellement exposée aux incursions des Germains*. Mais l'espérance de la paix fut anéantie par l'obstination aveu-
< Le traité entre Alaric et les Romains , etc. , est tiré de Zosime ( 1. r , p. 354 , 355 , 358 , 359 , 3C2 , 363). Le reste des circonstances n'est pas assez intéressant pour exiger d'autre citation.
2 Zosime, 1. t, p. 367, 368, 369.
DECADENCE DE L'EUPIRE ROMAIN
(408 dep. J.-C.)
gie , ou par les mes intéressées du ministre Olympins. Sans écouter les sages remontrant ces du sénat , il renvoya les ambassadeurs avec mie escorte militaire , trop nomln'ease comme siùte d'honneur, et trop faible comme armée défensive. Six mille Dalmatiens , la fleur des légions impériales , marchèrent de Ravenne à Rome à travers un pays ouvert , occupé par des myriades de barbares. Ces braves légionnaires payèrent de leur vie l'imprudence du ministre : Valens, leur gé> néral, échappa du champ de bataille snivi de cent soldats; et un des ambassadenrs, qui n'était plus autorisé à réclamer la protection de la loi des nations, se vit réduit à racheter sa liberté an prix de trente mille pièces d'or. Cependant Alaric , au lieu de s'offenser de cette hostilité impuissante, renouvela ses propositions de paix ; et la seconde ambassade dn sénat romain , à laquelle Innocent donnait du poids et de la dignité par sa présence , évita les dangers de la route par U protection d'un détachement de l'armée des baritares*.
Olympius* aurait peut-être encore insnlté long-temps au juste ressentiment d'un peuple qui l'accusait hautement d'être l'auteur des calanûtés publiques; nais les intrigues secrètes do palais minaient sourdement sa puissance. Les eunuques favoris confièrent le gouvernement d'Honoriiis et de l'empire à Jovius , préfet du prétoire , serviteur indigne et méprisable , qui ne compensa point par la fidélité de son attacliemeat les fautes et les malheurs de son ^dministation. L'exil ou la fuite du coupable Olympius l'exposa à de nouvelles vicissitudes de fortune; il mena quelque temps la vie errante d'un aventurier, remonta ensuite au faite des grandeurs, tomba une seconde fois dans la disgrâce , eut les oreilles coupées et expira sous les coups de fouet , à la grande satisfaction des amis de Stilicon , qui regardèrent son supplice ignominieux comme le plus doux des
I Zosime, I. v, p. 360, 361, 362. L'évêque évita, en restant à Rarenne , les cdamités dont U ville ftit la victime. (Orose, 1. VII, c. 39, p. 573.)
* Rdativement anx aventures d'Ol^npios et de ses successeurs au ministère, voyez Zosime (1. v, P- 334, 365, 366) ; et Olympiodore (j^. Fkot., p. 180, 181).
spectacles. Après la retraite d'CMynpios, dont on des vices était le fanatisme religieux» les hérétiques et les païens furent délivrés de la proscription impolitique qui les exolnait de toutes les dignités de l'état. Le brave Gennerid , soldat d'extraction barbare' , qui suivait encore le culte de ses ancêtres , avait été forcé de qnitter le baudrier militaire ; et quoique l'empereur l'eût assuré plusieurs fois lui-même que les hommes de son rang et de son mérite ne devaient point se regarder comme compris dans la loi , il r^usa toute dispense particulière, et persévéra dans oue disgrâce honorable , jusqu'au moment où M arracha un acte de justice générale à l'embarras du gouvernement romain. La conduite de Gennerid dans la place importante de maitre-général de la Dalmatie, delà Pannonie , de la Norique et de la Rhétie , à laquelle il fut élevé , et qu'il avait peut-être occupée Iprécédemment , sembla raniaier la discipline et l'esprit de la république. Les troupes oisives et manquant de tout , réprirent leurs exercices et eurent une snbsistanee assurée; et sa générosité sufqrféa souvent aux récompenses que l'avarice- ou la pauvreté de la cour 'de Ravenne leur refusait. Les barbares voisins redoutaient la valeur de Gennerid. Il défendit efficacement la frontière d'niyrie , et ses soins vigilans procurèrent à l'empire un renfort de dix miOe Huns, qui vinrent des confins de l'Italie, suivis de troupeaux de bœufs et de moutons , en si grand nombre, qu'ils auraient suffi non-seulement pour la marche d'une armée , mais pour l'élablissem^t d'une colonie. La conr et les conseils d'Honorius offraient toujours le spectacle de la faiblesse', de l'ignorance , de la corruption et de l'anarchie. Les gardes, excités par le préfet Jovius , se révoltèrent, et demandèrent la tête de deux généraux et
< Zosime (L 5, p. '364) raconte cette drconstaBoe avec une salisracUon visible , et célèbre le caractère de GcDoerid, conime le dernier qui fit honneur au paganisne expirant. Le concile de Carlhage n'était pas de cette opinion, lorsqu'il députa quatre évêques à la cour de RaTenne pour se plaindre d'une loi nouveUement publiée, qui esigeail que toutes les conversions au christianisme Autent libres et volontaires. (Voyez Baronius, Annal. Eodés., A. D., 409, n° 12; A. D., 410, n" 47, 48.1
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des' deux principaux eunuques. Les généraux, trompés par une promesse perfide de leur sauver la vie, s'embarquèrent, et furent exécutés secrètement, tandis que les vils eunuques obtinrent la sûreté dans un exil commode à Blilan et à Gonstantinople. L'eunuque Elusèbe et le barbare Allobich succédèrent au commandement de la chambre et des gardes, et ces ministres subordonnés périrent tons deux victimes de leur jalousie mutuelle. Par les ordres du comte des domestiques, le grand-chambellan expira sous les coups de bâton en présence de l'empereur étonné ; et, lorsque peude temps après Allobich futassassiné au milieu d'une procession publique, Ho- Dorius fit paraître pour la première fois quelques lueurs de courage et de ressentiment. Avant de succomber, Eusèbe et Allobich coutribuèrent à la chute de l'empire, en arrêtant la conclusion du traité que Jovius avait négocié avec Alaric, par des motifs personnels et peut-être coupables, dans une entrevue sous les murs de Rimini. Durant l'absence de Jovius, l'empereur voulut prendre un ton de hauteur et de dignité qui ne convenait ni à sa situation ni à son caractère. Il fit expédier en son nom au préfet du prétoire une lettre, qui lui accordait la permission de disposer des richesses publiques , mais par laquelle Honorius refusait dédaigneusement de prostituer les honneurs militaires de l'empire au chef orgueilleux des barbares. On communiqua imprudemment cette lettre à Alaric ; et le roi des Goths , qui s'était comporté avec décence et modération durant tout le cours de la négociation , exhala, dans les termes les plus outrageans, la violence de son ressentiment de l'insulte faite si gratuitement à. sa personne et à sa nation. Les conférences de Rimini cessèrent immédiatement, et le préfet Jovius se vit forcé, à son retour de Ravenne, d'adopter et même d'encourager les opinions favorites de la cour. Entraînés par Son avis et par son exemple , les principaux officiers de l'état et de l'armée jurèrent que, sans égard aux circonstances , sans écouter aucune condition de paix , ils continueraient une guerre perpétuelle et implacable contre l'ennemi de la république. Gette convention imprudente mit un obstacle insurmontable à
toute nouvelle négociation. On entendit déclarer aux ministres d'Honorius que, s'ils n'avaient invoqué dans leur serment que le ' nom de la divinité , ib pourraient encore consulter l'intérêt d« la sûreté publique et se confier à la miséricorde du Tout-Puissant; mais qu'ayant juré par la tête sacrée de l'empereur, qu'ayant touché de la main, dans une cérémonie solennelle, le siège auguste de la sagesse et de la majesté, ils s'exposeraient, en violant leur engagement, aux peines temporelles du sacrilège et de la rébellion'.
Tandis que l'orgueil aveugle de l'empereur et de la cour se soutenait à l'abri des fortifications et des marais impénétrables de Ravenue, ils abandonnaient Rome sans défense au ressentiment d' Alaric. Le prince barbare,, conservant encore une modération réelle ou afiectée , envoya , tout en conduisant son armée sur la voie Flaminienne , plusieurs évêques des villes d'Italie, conjurer l'empe* reur de sauver Rome et ses habitans de la fureur des barbares*. La ville évita cette af> freuse calamité, non pas par la sagesse d'Ho> norius , mais par la prudence ou par l'buma-nité du roi des Goûis, qui se servit, pour s'emparer de Rome , d'un moyen plus doux, mais non moins efficace. Au lieu d'assaillir la capitale , il dirigea ses. efforts contre le port d'Ostie, un des plus étonnans ouvrages de la magnificence romaine'. Les accidens aux^
< Zouiae, 1. T, p. 387, 368, 360. Cet iuag»d« jurtr p»r la tête, la vie, la sûreté ou le génie du souverain, était très-ancien en Egn>ie et en Scylhie. (Genèse., zu, 15.) L'adulation le flt bientôt passer chez les Césars; et TertuUien se plaint de ce que, dans son temps, ce serment était le seul pour lequel les Romains conservaient du respect. Voyez l'élégante dissertation de l'abbé Uassieu sur les serraens de l'anliquilé (Mém. de l'Acad. desloscr.,