‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 52 sur 105 · p. 208, ao · texte numérisé non relu

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2 Zosime, I. v, p. 368, 369. J'ai adouci les expressions d'Alaric, qui s'étend Uop pompeusement; sur l'histoire de Rome.

3 Voyex Suétone (in Ctaud., e. 20); Dion Cassius, (I. u, 949, édit. Reimar), et la descripiion de Juvénal {Satir. su, 76, etc.). Dans le seizième siècle, Undis que les restes du port d'Auguste étaient encore visibles , les antiquaires en esquissèrent le plan (Voyez d'Anville, Mém. deTAtad. des Inscript., t.30, p^ 198); et ils déclarèrent avec enthousiasme que tous les monarques de l'Europe réunis ne parviendrai«nt point à exécuter un pareil ouvrage. (Bo-gio', Hist. des grands chemins des Romains, t. Il, p. 356.)

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quels ia subsistance précaire de la capitale était exposée , suggérèrent au premier des Césars un dessein qui s'exécuta sous le règne de l'empereur Claude. Le môle artificiel, qui en formait la passe étroite, s'avançait dans la mer et repoussait victorieusement-la violence des vagues; tandis que les plus gros vaisseaux étaient en sûreté à l'ancre dans trois bassins vastes et profonds , qui recevaient la branche septentrionale du Tibre à environ deux milles de l'ancienne colonie d'Ostie '. Le port des Romains devint insensiblement une ville épiscopale», où l'on déposait les grains de l'Afrique dans de vastes greniers pour l'usage de la capitale. Dès qu'Alaric se fut rendu maitre de cette place importante , il somma les Romains de se rendre à discrétion, en leur déclarant que sur leur refus, ou môme sur leur délai , il ferait détruire les magasins dont la subsistance de leur ville dépendait. L'orgueil du sénat fut contraint de céder aux clameurs du peuple et à la terreur de la famine. Il consentit à placer un nouvel

' Oslia Tyberina (voyez Cluver., Italia Jntiq., I. in, p. 870-879). Les deux bouches du Tibre étaient séparées par rUe sacrée, triangle équilatéral dont les deux calés étaient évalués à la distance d'environ deux milles. |ja colonie d'Oslie fut fondée entre la branche gauche ou méridionale de la rivière, et le port au-dessus de la branche droite ou septentrionale; et la distance entre leurs restes, selon la carte de Cingolani, est d'un peu plus de deux milles. Du temps de Slrabon, le sable et la vase avaient presque obstrué le port d'Ostie; le progrès de cette même cause a augmenté l'étoidue de l'tle Sainte , et insensiblement Ostie et le port se sont trouvés à une distance considérable du rivage. Les canaux à sec, flumi morti, et les vastes excavations, stagna di ponenU , di levante, marquent les retraites de la rivière et les elTbrts de la mer. Consultez l'excellente carte de l'élat ecdésiaslique par les mathématiciens de Benott xnr, une vue de l'état présent des ^gi-o romano en six cartes par Cingolani , qui contient cent treize, mille huit cent dix-neuf rubbia, environ cinq cent soixante-dix mille acres, et les huit cartes topographiques d'Ameti.

î Dès le troisième siècle (L.ardner , Vérités de l'Evangile, part. 2, vol. 3, p. 89-92), ou du moins dès le quatrième {Carol. a saneto Paulo, Notit. Ecelet., p. 47), le port de Rome étail devenu une ville épiscopale, qui a été démolie, à ce qu'il paraît, dans le neuvième siècle, par le pape Grégoire nr, an temps où les Arabes (Irisaient leurs incursions. Elle se trouve aujourd'hui réduite à une auberge , une église , et une maison ou palais de l'évéque, qui est un des six cardinaux de l'élise romaine. (Voyez Eschinard, Descràione di Roma, et dell' Agro Rofnflto, p. 328.)

empereur sur le trône du méprisable Honorius, et le suffrage du victorieux Alaric donna la pourpre à Attale , préfet de la ville. Ce monarque reconnaissant nomma son protecteur mahre-général des armées de l'Occident. Adolphe, avec le rang de comte des domestiques, obtint la garde de la personne du nouvel empereur; et les deux nations semblèrent réunies par l'alliance et [par l'amitié *.

Les portes de la ville s'ouvrirent, et Attale se rendit, environné d'un corps de barbares, au palais d'Auguste et de Trajan. Après avoir distribué à ses favoris les honneurs civils et militaires, le nouveau monarque convoqua une assemblée du sénat, où il annonça, dans un discours pompeux, le dessein de rétablir la majesté de la république , et de réunir les provinces de l'Egypte et de l'Orient, auxquelles Rome avait si long-temps donné des lois. Ces promesses extravagantes, faites par un usurpateur sans expérience et sans talens pour la guerre , excitèrent le mépris de tons les citoyens sensés , qui regardaient son élévation comme l'injure la plus humiliante que l'arrogance des barbares eût encore osé faire à la république. Mais la populace applaudissait , avec sa légèreté ordinaire, à ce changement de maitre, et le mécontentement public favorisait le rival d'Honorius. Les sectaires, persécutés par ses * édits , espéraient trouver nn peu plus d'indulgence chez un prince né en lonie, élevé dans la religion païenne, et qui avait reçu le baptême des mains d'un évéque arien *. Les commencemens du règne d' Attale s'annoncèrent d'une manière favorable. On envoya un officier de confiance avec un faible corps de troupes, pour assurer l'obéissance de l'Afrique. Presque toute l'Italie se soumit ^ la puissance des barbares ; et, malgré la résistance opiniâtre de Bologne, le peuple de

1 Relativement à l'élévation d' Attale, consultez Zosiiac (1. Ti, p. 377-380), Sozomène (1. ix, c. 8, 9), Olympiodore (ap. Phot., p. 180, 181) , Pbilostorge (I. xn, c 3) , et Godefroy {Dissertât., p. 470).

2 Mous pouvons admettre le témoignage de SozomèM relativement au baptême «rien d' Attale, et celui de Pbilostorge relativement à son éducation paSenne. Lajoia visible de Zosime et le mécontentement de la famille Anicienne dont il rend compte, ne font pas présumer fiivof*blemenl du crhisUanisme du nouvel empereur.

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Milan , irrité peut-être de l'absence d'Honorius, accepta le choix du sénat. A la tête d'une année formidable, Alaric conduisit son captif couronné presque jusqu'aux portes de Ravenne; et une ambassade des principaux ministres, de Jovius, préfet du prétoire, de Yalens, maître de la cavalerie et de l'infanterie, du questeur Potanaius et de Julien, chef des notaires, se rendit au camp des Goths. lis consentirent, au nom de leur souverain , à reconnaître l'élection de son compétiteur pour légitime, et à partager les provinces de l'Italie et de l'Occident entre les deux empereurs. Leurs propositions furent rejetées avec mépris ; et Attale, affectant une clémence plus insultante que le refus , daigna promettre que, si Honorius avait la sagesse de renoncer volontairement à la pourpre , il lui permettrait de passer tranquillement ie reste de sa vie dans quelque lie éloignée '. La situation du fils de Théodose paraissait si désespérée à ceux qui connaissaient le mieux ses forces et ses ressources , que Jovius et Valens, son ministre et son général , trahirent sa confiance , désertèrent honteusement le parti de leur bienfaiteur, et passèrent an service de son rival. Effrayé de cette trahison, Honorius tremblait à l'approche de tous ses serviteurs , craignant sans cesse de rencontrer des ennemis dans sa capitale, dans son palais, et jusque dans sa chambre; il tenait des vaisseaux prêts dans le port de Ravenne , pour le transporter au besoin dans les états de son neveu , l'empereur de l'Orient.

Mais il existe, dit l'historien Procope, une Providence • qui protège la faiblesse et la sottise; et elle ne pouvait raisonnablement refuser son secours à Honorius. Au moment où , incapable d'une entreprise sage ou hardie, il prenait dans son désespoir le parti d'abandonner ses états , Un renfort de quatre mille vétérans entra dans le port de Ravenne.

< Il porta l'insolence jusqu'à déclarer qu'il ferait mutiler Honorius avant de l'enroyer en exil. Mais cetU asseï^ tion de Zosime est contredite par le témoignage plus impartial d'Olympiodore. n impute cette proposition odieuse au perlide Jovius, et assure qu'elle (Ut absolument rfgelée par Allalc.

2 Procop., de Bell Fandal., 1. 1 , c. 2.

L'empereur confia la garde des murs et des portes de la ville à ces braves étrangers, dont la fidélité n'était point corrompue par les intrigues de cour; et son âme timide se tranquillisa sur le danger dont le menaçaient ses ennemis domestiques. Les nouvelles favorables qui arrivèrent d'Afrique changèrent l'opinion publique et l'état des affaires. Les troupes et les officiers , envoyés par Attale dans cette province, furent défaits et massacrés. Le zèle actif d'Héraclien maintint l'obéissance des peuples soumis à son gouvernement. Il envoya une somme d'argent considérable pour assurer la fidélité des gardes impériales. Par sa vigilance à arrêter l'exportation d'huile et de grains, Rome éprouva la famine, et le mécontentement du peuple fit naître le tumulte et les séditions. Le mauvais succès de l'expédition d'Afrique devint la source de plaintes mutuelles et de récriminations entre les partisans d'Attale. Son protecteur se dégoûta insensiblement d'un prince qui manquait de talens pour commander, et de docilité pour obéir, il adoptait les mesures les plus imprudentes sans en donner connaissance à Alaric, ou même contre son avis ; et le refus que le sénat fit d'admettre cinq cents barbares au nombre des troupes qui s'embarquèrent , annonça une méfiance imprudente dans la circonstance. Jovien , nouvellement élevé au rang de patrice, enflamma par ses artifices le ressentiment du roi des Goths , et voulut ensuite excuser cette double perfidie en assurant qu'il n'avait feint d'abandonner le service d'Honorius que pour détruire plus facilement le parti de son rival. Dans une vaste plaine, auprès de Rimini, et en présence d'une multitude de Romains et de barbares. Attale fut publiquement dépouillé de la pourpre et du diadème. Alaric envoya ces omemens de la royauté au fils de Théodose, en signe de paix et d'amitié *. Les officiers qui rentrèrent dans le devoir reprirent leurs em-

< Voyez la cause et les drconstanoes de la chute d'Attale, dans Zosime (1- ▼<• p. 380-383), Sazomène (I. n, c. 8), Philostorg. (I- xn, c. 3). Les deux amnisties (Cod. Tbëod., I. u, tu. 38, loi 11, 12) qui fUrent publiées le 12 de février el le 8 d'aoQl (A. D., 410), sont évidemment relatives à cet usurpateur, . . .

plois, et le repentir le plus tardif ne resta point sans récompense. Hais l'empereur dégradé, moins sensible à la honte qu'au désir de conserver sa vie', demanda la permission de se mettre à la suite du roi Gotb'.

La déposition d'Attale faisait cesser le seul obstacle réel qui pût s'opposer à la conclusion de la paix; et Âlaric s'avança jusqu'à trois milles de Ravenne, pour fixer l'irrésolution des ministres impériaux, dontle retour de la fortune avait ranimé l'insoience. Il apprit avec indignation que Sarus, un des chefs des Goths, ennemi personnel d'Adolphe et le rival héréditaire de la maison des Balti, était reçu dans le palais. A la tète de trcHS cents guerriers, ce fougueux barbare sortit des portes de Ravenne, surprit et tailla en pièces un nombreux corps de Goths, rentra dans la ville eu triomphe, et obtint la permission d'insulter son adversaire par an héraut, qui annonça publiquement que le crime d'Aiaric le rendait irrévocablement indigne de l'alliance et de l'amitié de l'empereur '. Les calamités de Rome expièrent, pour la troisième fois , les fautes et l'extravagance de la cour de Ravenne. Le roi des Goths ne dissimulant plus le désir du pillage et de la vengeance , parut sous les murs de Rome à la tète de son armée, et le sénat se prépara, sans espoir de secours , à retarder du moins la destruction de la capitale. Mais leurs soins furent impuissans contre la perfidie de leurs esclaves et de leurs domestiques, que la naissance ou l'intérêt attachait au parti des barbares. A mioait , ils ouvrirent sans bruit la porte Salarienne, et les habitaus se réveillèrent au bruit redouté de la trompette des Goths. Onze cent soixante-trois ans après la fondation de Rome, cette cité impériale, qui avait soumis et policé la plus grande partie de la terre ,

*Jn hoc, JUtrtau, imperatore, faeto, inf^to,

r^leeto, m itfe^o MmimiItU, et buùtm spec-

twU impeiii. (Orose, 1. m, c. 42, p. 682.)

» Zodoie (1. n, p. 384), Sozomtae (I. nt, c. 9), PhUoslofge (1. xn, c. 3). Dans cet «droit le texte de Zosime se Ixtme BdliU , <( mus «tods perdu le reste de son sixième «t denkr Un«, qui flniasût par le sae de Rome. Quoique cethistMicB pdue être aeouéde partiidilé et de crMuhW^noos n« dms «n rayons point privés sans qndque ngret.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

fut livrée à la fureur des Scythes et des Germains*.

Cependant, avant d'entrer dans la ville Alaric fit voir qu'il n'était point dépourvu des sentimens de religion et d'humanité. 11 recommanda à ses soldats d'épargner la vie des citoyens désarmés , et de respecter les églises des saints apôtres, de saint Pierre et de saint Paul , comme des asiles et des sanctuaires inviolables. Au milieu des horreurs d'un tumulte nocturne, plusieurs Goths firent admirer le zèle de leur conversion récente; et les écrivains ecclésiastiques rapportent et exagèrent peut-être un grand nombre d'exemples de leur piété et de leur modération *. Tandis que les barbares parcouraient la ville pour satisfaire leur avidité, un de leurs chefs força la maison d'une viei^e âgée , qui avait dévoué sa vie au service des autels. Il lui demanda, sans lui faire aucune insulte, tout l'or et l'argent qu'elle possédait, et fut étonné de la complaisance avec laquelle cette vierge le conduisit à un trésor plein de métaux précieux et de. bijoux du travail le plus exquis. Le baiitare, saisi de joie et d'admiration , contemplait en silence la riche proie qu'il venait d'acquérir; mais la vénérable gardienne l'avertit que ces vases consacrés appartenaient à saint Pierre, c Si vous y

> touchez, lui dit-elle, c'est sur vous que

> tombera le sacrilège : quant à moi, je n'ose

> point garder ce que je ne suis pas en état » de défendre. > Le capitaine des Goths,

< Jdest jilarieiu, trepidam Bomam obsiiet, turbot, irrumpit. (Orose, 1. ra, c. 39, p. 573.) 11 raeooteeeléfénement en sept mots; mais il remplit des pages enlkfts de la dévotion des Golhs. J 'ai tiré, d'une histoire doutens* de Prooope, les circonstances qui m'ont paru les plus prolMJ)les. (Proeop., de Bell. Fondai., 1. 1 , c. 2.) D suppose que la ville tut surprise tandis que les sénateurs dM<. maient après leur dtner ; nais Jérôme assure que ce ftit dans la nuit : Nocte Moab capta est; nocte cecidit inunuejiu. (T. i, p. 121, eut Principiam).

I Orose (1. vn, c. 39, p. 673-576) applaudit i la piété des Goths dirétiens, sans réfléchir que le plus grand nond>re était de la secte d'Anus. Jomandés (c. 30, p. 653) et Isidore de Séville {Chroiu, p. 714, édiL Gral.), qui étalent fort attachés au parti des Goths, ont répété el embelli ces histoires édifiantes. Selon Isidore, on oitendU dire à Alaric lui-même qu'il faisait la guerre aux Romains et non pas aux saints apôtres. Td était le sljrle du sepUèmesiède. Deux, cents ans pUis tôt, le mérite et la gloire étaient altrihués au Christ et non pas à ses apôtres.

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frappé d'étonnement et de respect, fit savoir à son roi ce qu'il venait de découvrir, et Alaric Ordonna de transporter sans dommage et sans délai tous les vases et tous les omemens consacrés dans l'église de saint Pierre. Un nombreux détachement deGoths escortèrent en ordre de bataille leurs pieux compagnons, qui portaient sur leurs têtes les richesses du saint apôtre ; et cette espèce de procession, où les cris de guerre étaient mêlés à la psalmodie religieuse, marcha dévotement depuis l'extrémité du mont Quirinal jusqu'au quartier du Vatican. Une foule de chrétiens sortait des maisons voisines pour suivre cette édifiante cérémonie , et des fugitifs de tout âge, de tous les rangs, et peut-être de tontes les sectes, eurent le bonheur de se sauver dans le sanctuaire du Vatican. Saint Augustin composa son savant ouvrage sur la Cité de Dieu , pour justifier les moyens dont la providence s'était servie pour détruire la puissance des Romains. 11 célèbre avec une complaisance particulière ce mémorable triomphe du Christ, et insulte ses adversaires, en les provoquant à lui citer un exemple d'une ville prise d'assaut , où les divinités fabuleuses de l'antiquité aient pu se sauver elie-mémes, ou protéger leurs crédules prosélytes '. En niéme temps que les barbares se livraient au pillage, ils donnèrent quelques exemples de vertu dignes d'être admirés. Mais l'enceinte duVatican et les églises des apôtres ne pouvaient contenir qu'une petite portion dupeuple romain. Des milliers de soldats, et principalement les Huns, qui suivaient les drapeaux d' Alaric, ne connaissaient ni la foi, ni peut-être le nom du Christ ; et nous pouvons présumer, sans manquer à la charité , que les Goths chrétiens ne se conduisirent pas tous selon les préceptes de l'Évangile, dans ces momens de licence et de désordre, ou les passions enflammées avaient la force et le droit de se satisfaire. Les écrivains les plus disposés à exagérer leur clémence , avouent qu'un grand nombre de Romains furent massacrés *, et que les rues

• Voyez saint Augustio {de CivUate Dei, 1. 1 , c 1-61 . Il cite les exemples de Troie, de Syraense et de Tarente.

2 Jérftme, 1. 1, p. 121, eut Principiam, H applique au sac de Rome les expressiODs éDetgiqMS de Virgile.

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étaient remplies de cadavres qui restèrent sans sépulture jusqu'à la fin du tumulte. Le désespoir des citoyens se changeait quelquefois en fureur; et lorsque les barbares éprouvaient la moindre résistance , le châtiment s'étendait jusque sur le faible et sur l'innocent. Quarante mille esclaves exercèrent leur vengeance personnelle sans pitié et sans remords , et lavèrent dans le sang de leurs maîtres les injures et les mauvais traitemens qu'ils en avaient reçus. Les matrones et les vierges de Rome essuyèrent des insultes plus affreuses, auxyeux de la chasteté, que la mort; et l'historien ecclésiastique raconte, pour l'édification de la postérité , la manière courageuse avec laquelle une de ces femmes sut défendre sa pudeur*. Une dame romaine, d'une dévotion fervente et d'une grande beauté , avait enflammé par sa vue les désirs impétueux d'un jeune barbare, que Sozomène a grand soin de nous faire connaître pour un prosélyte zélé de l'arianisme. Irrité de sa résistance , il lira son sabre, et lui fit au cou une blessure légère. L'héroïne vit couler son sang, mais n'en continua pas moins à braver le ressentiment et à repousser les entreprises de son ravisseur, qui, frappé d'admiration pour son courage et sa vertu, cessa ses efl'orts criminels, et la conduisit respectueusement dans le sanctuaire du Vatican : il donna même six pièces d'or aux gardes de l'église, et leur commanda de la rendre à son mari sans lui faire la moin-

QnU cMem UUu loctts, qali taatn tmit, ExpUcet, etc.

Procope (1. 1 , c. 2) affirme que les Goths mastaerireBl UD grand nombre de Romains. Augustin (fie CivU. Dei, 1. 1, c. 12, 13) oITre. aux chrétiens des motil^ de se consoler de la mort de ceux dont les cadavres , multa corpora, restèrent sans sépulture, m tantd strage. Barooius a tiré des écrits de dilTérens Pères de l'élise, quelques lumières sur le pillage de Rome. (Annal. Ecdës., A. D., 410, n" 16-44.)

< Sozomène, I. ix, c. 10. Saint Augustin (de CivU. Dei, 1. 1, c. 17) assure que quelques vierges ou matrones se donnèrent la mort pour éviter d'être violées ; et, quoiqu'il admire leur courage, les opinions Ihéologiques le Ibrceot à blâmer leur présomptueuse imprudence. Peut-être le bon évéque d'Hippone crut-il trop ractlement i des actions d'héroïsme qu'il blâmait avec trop de sévérité. Les vingt vierges .. supposé qu'elles aient existé, qui se (elèrent dans l'Elbe lorsque Magdebourg fut pris d'assaut , ont été multipliées au nombre de douze cents. (Voyez t*Hiit(4re de Gustave Adolphe', par Harte, t. i, p. 306.)

dre insulte. Ces traits de courage et de générosité ne furent pas sans doute très-nombreux. Les féroces soldats satisfirent leurs appétits sensuels sans s'embarrasser des devoirs et de l'inclination de leurs captives, et les casuistes agitèrent sérieusement une question assez singulière. Il s'agissait de décider si les victimes violées, malgré leurs efforts pour s'en défendre, avaient perdu la glorieuse couronne de la virginité par un crime commis sans leur consentement '. Les Romains essuyèrent des pertes d'une autre espèce et d'un intérêt plus générai. On ne peut pas supposer que tous les barbares fussent continuellement disposés au crime du viol ; et le manque de jeunesse, de beauté, ou de chasteté mettait beaucoup de Romaines à l'abri de la violence. Mais l'avarice est une passion universelle et insatiable, dont les succès peuvent procurer toutes les sortes de jouissances que les hommes sont susceptibles de désirer. Dans l« pillage de Rome , l'or et les diamans obtinrent une juste préférence, comme contenant une pins grande valeur que tous les autres objets relativement au poids ou au volume. Mais lorsque les plus diligens eurent enlevé ces richesses portatives, les autres se partagèrent tous les meubles et les ornemens des palais. Ils empilaient dans le même chariot l'argenterie et les robes de pourpre et de soie , brisaient et morcelaient les chefs-d'œuvre de l'art , fondaient les vases et les statues , ou les rompaient avec leurs haches d'armes. L'acquisition de ces richesses en- Qammait l'avarice des barbare^, et ils employaient les menaces et les tortures pour forcer les citoyens à découvrir l'endroit qui recelait leurs trésors *. Une maison riche-

< Voyez saiBt Angustin, de Civit. Dei, 1. 1 , c. 16-18. Il traite ce si^et avec beaucoup d'attenlioD, et, après avoir admis qu'il ne peut point y avoir de crime sans consentement, il ajoute : • Sed quia non solum quod ad dolorem ,

> verum etiam quod ad libidinem perlinet, in corpore » alieno perpetrari polest, quicquid taie ractum fUerit, et » si retentam constaotissimo anlmo pudicitiam non excu-

> tit, pudorem tamen iocutit, necredatur faclumlcum » mentis etiam voluntate, quod fieri Torlasse sine^camis

> aliquàvoluplalenon potuil. > Dans le chapitre svni, il fait quelques distinctions curieuses entre la Tirgioilé inorale et physique.

2 Marcel1a,Romaine dgalemeni distinguée par son rang.

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ment meublée leur faisait supposer une grande fortune, et ils attribuaient l'apparence de la pauvreté à l'avarice ou à l'économie. L'obstination avec laquelle quelques Romains avaient souffert les traitemens les plus cruels avant de trahir le dépôt de leur richesses, devint funeste à des malheureux que les barbares faisaient expirer sous les coups de fouet, pour les forcer à déclarer des trésors imaginaires. Les Goths détruisirent ou mutilèrent quelques édifices de Rome; mais le dommage a été fort exagéré. En entrant par la porte Salarienne , ils mirent le feu aux premières maisons , pour éclairer leur marche et distraire l'attention des citoyens. Les flammes, que personne ne s'occupait d'éteindre, consumèrent pendant la nuit des bàtimens publics et particuliers ; et les ruines do palais de Salluste ' ofl'raient encore, du temps de Justinien, un triste monument des fureurs et de l'incendie des Goths *. Cependant un historiendece siècle a remarqué que le feu pouvait difficilement consumer des couvertures et des poutres de cuivre massif, et que leseliortsdes hommes étaient insuffisans pour détruire les fondemens des anciens édifices. Peut-être sa dévote assertion n'estelle pas tout-à-fait dénuée de vérité, lorsqu'il affirme que la colère du ciel suppléa à

par son âge, et par sa piété, fut renversée i terre et inbumainement battue et fouettée : Cœsam fUstibu* ttagellisque, etc. (Jérôme, 1. 1, p. 121 , ad Prinelpiam.) Voyez saint Augustin {de Civitat. Dei, 1. 1, c. 10). Le moderne Sacco di Borna (p. 208) donne une idée des dirrérentes tortures que l'on taisait souffrir aux prisonnien pour découvrir leur trésor.

1 L'historien Salluste, qui pratiquait utilement les vices qu'il a censurés avec éloquence, employa les dépouilles de ta Numidie à embellir son palais et ses jardins sur le mont Quirinal. L'endroit où il était situé est occupé ai^ourd'hui par l'église de Sainte-Snsaone, séparée par une seule rue des bains de Dioclélien , et peu éloignée de la porte Salarienne. Voyez Nardini (Homa anUea, p. 102, 193), et le grand plan de Rome moderne, par NoUi.

> Les expressions de Procope sont claires et modérées (de Bell. Fondai., 1. 1, c. 2). La chronique de Marrtilin parait exagérée, partem, urbis Borna erenuwU; et les expressions de Pbilostorge, n tfiitioit tt ne iroxtte xtijuna: (I. xii, c. 3) donnent une idée busse et gigantesque. Bargxus a composé une dissertation particulière, pour prouver que les édiGces de Rome ne furent point détruits par les Cotbs et par les Vandales.

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la faiblesse des barbares, et que la fondre réduisit en poussière le Forum de Rome et les statues dont il était décoré '.

. Quel que puisse être le nombre des citoyens de toutes les classes qui perdirent la vie dans le massacre de Rome, on assure qu'un seul sénateur périt par le fer des barbares *. Mais il n'est pas aisé de calculer la multitude d'hommes qui, d'un état aisé et honorable, furent réduits en un instant à la situation cruelle de captifs et d'exilés. Comme les barbares avaient 'plus besoin d'argent que d'esclaves, ils fixèrent à un prix modique la rançon de leurs prisonniers indigens; leurs amis, .et souvent des étrangers, la payaient par bienfaisance '. Des captifs vendus en plein marché ou par convention auraient ainsi repris légalement leur liberté, qu'un citoyen ne pouvait ni perdre ni aliéner *; mais comme on sentit qu'en usant de ce droit les Romains courrateulle risque delà vie, et quelesGotbs, en perdant, l'espoir de vendre des prisonniers qui leur étaient inutiles, pourraient être tentés de les massacrer, un règlement sage dans la circonstance ordonna qu'ils seraient esclaves durant cinq ans pour acquitter par

< Orose, I. n, c. 19, p. 143. Il semble dësapprourer toutes sortes de statues; vel Deum vel hominetn mentiuntur. Elles représentaient les rois d'Albe et de Rome depuis Enée, les Romains qui s'étaient illustrés par les armes on par les arts, et les Césars qu'on arait mis au rang des dieux. Le nom de Forum, dont il se sert, est un peu équivoque'; puisqu'il en existait cinq principaux; mais, comme ils étaient tous contigus les uns aux autres ^ns la plaine qui est environnée par les monts Capitolin , Qnirinal, Esquilin et Palatin, on peut les regarder comme oe Ciisant qu'un seul forum. (Voyez la Borna Jntica de Donat, p. 162-201, et la Roma Jntica de Nardini, p. 212-273.) La première est plus utile pour les anciennes descriptions, et la seconde pont la topographie actuelle.

* Orose (I. n, c. 19, p. 142) compare la cruauté des Gaulois à la clémence des Golhs. Ibi vix guemquam inventum senatorem qui vel absens evaserit; hU: vix quemquam requiri, qui farté ut lalens perierit. Mais cette antithèse n'a point un air de vérité; et Socrale (I. Tn, c. 10) affirme, peut-être tout aussi faussement, qu'un grand nombre de sénateurs furent massacrés après avoir souffert les plus cruelles tortures.

» Multi ehrisHani in captivitatem dueti

sunt (saint Augustin, de Civitate Dei, \.\i, c. 14) ; et les chrétiens n'éprouvèrent aucun mauvais traitement.

* \oyei Heineccius, AntiquUat. Juris Roman., 1. 1, p. 96.

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leurs travaux le prix de leur rançon'. Les nations qui envahirent l'empire romain avaient chassé devant elles en Italie une multitude de provinciaux affamés et tremblans qui redoutaient plus la famine que l'esclavage. Les calamités de Rome et de l'Italie dispersèrent les habitans dans les refuges qui semblaient les plus sûrs, parce qu'ils étaient les plus solitaires. Tandis que la cavalerie des Goths répandait la terreur et la dévastation sur les côtes de la Campanie et de la Toscane, la petite ile d'Igilium , séparée par un canal étroit du promontoire Argentarien , repous sait 'ou éludait les attaques; et, à une si petite distance de Rome, un grand nombre de citoyens trouva sa sûreté dans les forêts de ce canton écarté *. Les vastes patrimoines qu'un grand nombre de sénateurs possédaient en Afrique offrirent un asile à ceux qui eurent le temps et la prudence de s'éloigner de la scène de désolation. La plus illustre parmi ces fugitifs fut la noble et pieuse Proba', veuve du préfet^Petronius. Après la mort de son mari, le plus puissant cuj«t de Rome, elle resta à la tête de la famille Anicienne, et défraya de sa fortune particulière les dépenses du consulat de ses trois fils. Ijors-

I Appendix, Cod. Théod. xti, in Sirmond. Opéra, 1. 1, p. 735. Cet édil fut pubUé le 11 décembre (A. D., 408) et annonce plus de sagesse qn'on ne pouvait en attendre des minisires d'Honorius.

2 Emlnus IgUU sjlrosa oacnmiu miror;

Qnein frvudare ncfts landis honore sux.

Bac proprios no|ier toUU est iiuub Hltu;

Sire locl Ingenio , un Domlat genio.

Gorgite aun modko Tictrldbiu obstiUt aridt,

Taaqnam lODginquo dl&MciaU mari.

Xiax multos laceri ftoBcepit ab urtc rugatos',)

Hic ^Mtia po6ilo certa Umore sala».

Plurlma terreno popolaverat xquora bello, !

Contra ■atnran dauc timendna equo, UDvm, mira Odes, rarlo dlscrimlDe portent ",

Tam propi nomaoli, lam procol esw Gctia.

RnUlIna, in Itinerar., I. i, JIS. - L'île est connue aujourd'hui sous le nom de Giglio. (Voyez Cluver., Ital. Antiquit., 1. ii, p. 502.)

-1 Comme les areiiiurcs de Proba et de sa famille sont liées avec la vie de saint Augustin, Tillemont s'empresse d'en rendre compte (Mém. Ecdés., t. xin, p. 620-635). Quelque temps après leur arrivée en Afrique, Demélrias prit le voile, et fit vœu de virginité. On regarda cet événement comme très-intéressant pour Rome et pour le monde chrétien. Tous les saints écrivirent à Demétrias des lettres de félicilalion. Celle de saint Augustin existe encore. C'est un mélange de raisonnemens faibles, de déclamations véhémentes, et de Riits assez curieux, dont quelques-uns sont relatifs au siège et au pillage de Rome.

DECADENCE DE L'EMPIRE R0MA1N> (4e9 dep. J.-C.)

que les Goths assiégèrent et emportèrent la capitale, Proba, supportant avec résignation la perte de ses richesses immenses, s'embarqua dans un petit vaisseau, et vit, en naviguant, les flammes qui consumaient son magnifique palais. Elle se réfugia sur la côte d'Afrique, accompagnée de sa fille Lœta et de sa petite-fille, vierge célèbre, connue sous le nom de Demétrias. La générosité avec laquelle cette respectable matrone distribua les productions et les revenus de ses domaines, adoucit l'infortune des exilés et des captifs. Hais la famille de Proba ne fut point à l'abri de l'oppression du comte Héraclien, qui vendit les plus illustres des jeunes Romaines aux désirs ou aux vues intéressées des marchands de Syrie. Les Italiens fugitifs se dispersèrent dans les provinces le long des côtes de l'Egypte et del'Asie.jusqu'àConstantinople «t Jérusalem ; et le village de Bethléem , résidence solitaire de saint Jérôme et de ses nouvelles converties, se trouva rempli d'illustres mendians des deux sexes et de tous les âges qui excitaient la compassion par h; suuTCnir do

leur ancienne opulence '. L'affreuse catastrophe de Rome répandit dans tout l'empire la <;rainteet la douleur. Le contraste touchant de ^la grandeur et de la misère disposait le peuple ■à exagérer le malheur de la reine des cités. Le «iergé, qui appliquait aux événemens récens les brillantes métaphores de la prophétie orientale , était quelquefois tenté de confondre la destruction de la capitale avec la dissolution du gU^.

Il existe chez tous les hommes un penchant à se grossir les malheurs du temps où ils vivent, et à s'en dissimuler les avantages. ■CependantI, lorsque le calme fut un peu rélaÛi , les contemporains savans et judicieux estimèrent le dommage réel fait par les GoilHtfori au-dessousde celui que Romeavait souffert dans scm enfance, lorsque les Gaulois s'en étaient emparés*. L'expérience de onze

1 Voyez les lamentations pathétiques de saint JérOme <t. T, p. 400) dans sa préface au second line de ses comnentaires sur le propiiète Ezéehid.

2 Orose établit cette comparaison tans pouvoir cependant se dépouiller de toute partialité tliéologlque (I. ii, c. 19, p. 142 -,1. TU, c. 30, p. 575). Mais, dans l'histoire 4e la prise de Rome par les Gaulois, tout «stiocerlain et

siècles a fourni à la postérité un parallèle bien plus singulier, et elle peat affirmer avec confiance que les ravages des barbares qu'Alaric conduisit des bords du Danidte |en Italie, furent beaucoup moins désastreux qne les hostifiiés exercées dans cette même ville par les troupes de Chaiies-Quint, qui s'intitulait prince catholique et emperenr de» Romains *. Les Goths évacuèrent la viHc an bout de six jours ; mais Rome fut , durant neuf mois, la victime des impériaux, et chaque jour, chaque heure était marquée par quelque acte de cruauté , de débauche ou de rapine. L'autorité d'Alaric mettait des bornes à la licence des barbares^, qui le reconnaissaient pour leur chef et leur monarque; mais le connétable de Bourbon perdit la vie à l'attaque des «nrs, et la mort du général anéantit tonte idée de discipline dans nne armée composée de trois nattons différentes, d'Iuliens, d'Allemands et d'Espagnols. Au commencement du seizième siècle , les mœurs de l'Italie présentèrent le tableau frappant de la corruption dn genre humain, en y voyait les crimes sanguinaires des nations sauvages unis aux vices qni naissent de l'abus du luxe et des arts. Les aventuriers qui , oubliant tons les sentimens de religion et de patriotisme, assaillirent Iç palais diji pontife romain, doivent étrecMuidérés comme les plns'scélérats des Italiens. A cette taème époque, les Espagnols étaient la terreur de l'ancien et du nouveau monde ; mais l'avarice et la cruauté ternissaient l'éclat de leur valeur. Infatigables à poursuivre l'or et la renommée, ils avaient perfectionné, par la pratique, les méthodes les plus féroces de torlo-

peut-être Tabuleni. (Voyez Beaufort, sur rincerUtnde, etc. de l'histoire romaine, p. 359, et Mdot, Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. xj, p. 1-21.)

< Le lecteur qui désire connaître les circonstances de et fameux événement peut lire l'exoellenl récit du doctenr Hobertson (lUsl. de Charles t, toI. i, de notre édilioD) ;m consulter gU Jnnali (TJtaUa, du savant Mnralori (L xn, p. 230-244, édit. in-S°). S'il vent examiner les ori^aox, il peut avoir recours au dix-huitième livre de la grande histoire de Guieciardini. L'ouvrage qui mérite le mieux le litre d'authentique et d'original est no petit livre irlitalé : Il Saceo di Roma, composé environ un mois apeès le pillage de la ville, par le ft-ére de l'historioi Guieciardini, qui parait avoir été magistrat habile <| écrivain impartial.

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rer leurs prisonniers, rarmi le» Castillans qni pillèrent Rome, il se trouvait sans doute des familiers de la sainte inquisition, et peutêtre qoelques volontaires nouvellement arrivés du Mexique. Les AUemandsétaîent moins corrompus que les Italiens, et moins cruels que les Espagnols; et l'aspect sauvage de ees guerriers nltramonlains déguisait souvent un caractère doux et compatissant. Mais, dans la première ferveur d'une réformation récente, ib avaient adopté la fougue en même temps que les préceptes religieux de Luther. Les Allemands se plaisaient à insulter les. catholiques, et à détruire les objets consacrés aux cérémonies de leur religion; ils se livraient sans remords et sans pitié à leur haine contre le clei^é de toutes les classes et de toutes les dénominations, qui compose une si grande partie des habitaus de Rome moderne; et leur zèle fanatique aspirait peut-être à renverser le tr6oe de l'antecfarist, pour puriGer par le fen et par le sang les abominations de la Babylone spirituelle *.

La retrsutedes Goths victorieux, qui quittèrent Rome le sixième jour *, pouvait être motivée par la prudence; mais elle ne fut pas probablement l'effet de la crainte *. A la tét« d'une armée chargée de dépouilles riches et pesantes, Alaric s'avança le long delà voie Appiemro dans les provinces méridionales de rÙalie, détratsanttoiu ce qui s'o|^posait à son passage, et se contenunt de piller le pays qui ne lui résistait pas. Nous ignorons quel fut le sort de Capoue , capitale de la Gampanie qui, qtioique fort déchue de son ancienne grandeur, passait encore pour la huitième ville de l'empire*; mais Noia, située dans ses en-

< Bossuet (Hùt. des varUtioas des églises pratestantes, I. 1, p. 20-36) a attaqué TigoureiuMMiit le fougueux espritde Luther, thiilde son tempérament et de l'enthou- 8iasme;el Sediendorf (Commentaire du Luthéranisme) l'a déreiiduftdbleBeM(l.i, n<>78,p, iaO,etl.ui,nM22,p.ââ6).

iMaredlin, dans ta dmoiqne. OroseO- vn, «. 30, p. SUS) asswe i|u'il quitta hum» le troisièoM jour; mais ««Ite différence peut aisènent «treeoneiliée par les mou- VMBens SMcessife des ditUress corps d'une grande armée.

3 So<rate (I. vn, p. 10) prétend, sans aucune apparence de vdrilé ou de raison, qu'Abim se retira i la hâte en apprenant qne les armées de l'empire d'Orient étaient «■ pnrdie pew venir l'attaquer.

< XuMNiius.ife Claris «rM6iM,p.233, édit Toll. Le luxe de Capoue arail surpassé celui de S/jinn. (V. AUm-

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virons ', a été illustrée dans cette occasion par la sainteté de Paulin ', qui passa sucessivement du rang de consul à l'obscurité monastique , et enfin à la dignité de l'épiscopat. A l'âge de quarante ans, il renonça aux richesses et aux honneurs, pour embrasser une vie de solitude et de pénitence ; et les applaudissemens du dergé l'encouragèrent à mépriser les reproches de ses amis, qui attribuaient une conduite si extraordinaire à quelque indisposition du corps ou de l'esprit '. Son ancien attachement pour la ville de Mola le détermina à fixer son humble résidence dans ses fanboui^, près de la tombemiraculeuse de saint Félix, que la dévotioa publique avait dé|à environnée de cinq églises vastes et peuplées. Paulin dévoua les. restes de sa fortune et de son intelligence au service du glorieux martyr. Il ne manquait jamais de célébrer le jour de sa fête par unehymne. H fit construire une sixième égliseplus magnifiqueque les autres, et ornée d'un, grand nombre de tableaox dont le sujet .était tiré de fancien et xtn nouveau Testament. Un zèle si assidu luiassura la faveur de ce saint *>. ou au moins celle du peuple.. Après quarante ans de retraite, on força le consul romain à accepter l'évéché de Nola , peu de mois avant l'époque où cette ville ait investie par les troupes d'Alaric. Durant le- siège, quelques dévots se persuadèrent qu'ils avaient aperçu en songe ou en vision U figure divin9^-

nœus, Deiphnostphist., L i|i,p. 528, édit. CaSMibon.)

* Quarante-hiiU ans après la fondation de Rome , enriron huit cents ans avant l'ère dirétienne, les Toscans bâtirent Capoue et Nota', à la distance de tingt-lrols milles l'une de l'antre ; mais ta dernière ne sortit Jamais de la médiocrité.

* Tillemont (Mém. Eedés., t. siv, f. 1-146) a compilé avec son activité ordinaire tout ce qui a rapport à la vie on aux écrits de Paulin , dont la retraite est célébrée dans ses propres écrits, et par les touanges desiâit Ambroise, saint JérAme, saint Augustin, et Sulpioe Sévère, ses contemporains et ses amis.

3 Voyez les Lettres d'Ausone (éptt. 19-25, p. 650^ 0B8, édiL Toll.) à aen collègue, son ani et son disciple Paulin. La religion d'Ausone est encore un probièoe' (Voyez les Mém. de l'Aead. des Insoript., t. xt, p. 123-138.) Je crois qu'eue n'était pas moins on problème durant sa vie, etcenséquemment qu'il éUit païen dans le coeur.

* L'humble Paulin eut une fois la présomption d'avouer qu'il croyait être aimé de saint Félix, au moins comme un homme aime sou petit dtiea

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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de leur saint protecteur. Cependant l'événement prouva que Félix manquait on de pouvoir ou de volonté pour sauver son ancien troupeau. Nola essuya sa part de la dévastation générale ', et son évoque captif ne dut son salut qu'à sa réputation d'innocence et de pauvreté. Depuis l'invasion d'Italie par AJaric jusqu'à la retraite volontaire des Goths sous la conduite d'Adolphe son successeur, ils furent, durant plus de quarante ans, les maîtres de l'Italie , et régnèrent despotiquement sur un pays qui, au jugement des anciens, réunissait tous les avantages de la nature et toutes les perfections de l'art. Le degré de prospérité auquel l'Italie était parvenue dans le siècle heureux des Antonins avait , à la vérité , décUné avec la gloire de l'empire. Les fruits d'une longue paix périrent sous la main destructive des barbares, peu susceptibles de goûter les jouissances 'du'Iuxe efféminé des habitans de l'Italie. Tout soldat réclamait une ample portion de grain, de troupeaux, d'huile et de vin , qu'on arrachait tous les jours aux malheureux provinciaux ; les chefs de troupe allaient piller les maisons de campagne et les jardins situés sur la délicieuse côte de Campanie, précédemment habitée parLucuIlus ou par Cicéron. Leurs captifs tremblans, fils et filles des sénateurs romains , versaient le vin deFalerne aux barbares; dans des vases d'or enrichis de pierreries, tandis qu'ils reposaient à l'ombre des platanes * entrelacés, pour se garantir du soleil. Telles étaient leurs plus douces jouissances. Le souvenir de leurs dangers et de leurs travaux, la comparaison avec les pays stériles et rigoureux de la Scythie et les bords glacés de l'Elbe, les faisait jouir délicieusement du climat de l'I-

« Voyez Jornandès (de Reb. Get.,c 90, p. 653); PWlostorge 0- xn, c 3); Augustin (de Civitat. Dâ, 1. 1, c. 10); Baronius (Annal. Ecclés., A. D., 410, n" 45, 46).

» Le platane ou plane était l'arbre favori des andens ; tl8 le multipU«reDt, à raison de son ombrage, depuis l'Orient jusque dans la Gaule. Pline (Hist. Nalur., xn, 3,4, 5) en cite plusieurs d'une taille énorme , un, entre autres, dans une maison de campagne impériale à Velitrae, que Calignla appelait son nid. Ses branches mettaient k l'abri une vaste table et toute la suite de l'empereur, que Pline nomme finement pars umbra, expression qui pouvail aussi bien convenir à Aluie.

talie '. Quel qu'ait été l'objet d'Alaric , la gloire, la conquête, ou les richesses, il le ponsuivit avec une ardeur infatigable, sans se rebuter des revers ou se laisser amollir par les succès. A peine eut-il atteint l'extrémité de l'Italie , qu'il tourna ses regards sur l'ile fertile et paisible qui en est voisine. Le roi des Goths ne considérait cependant la possession de la Sicile que comme le premier pas vers l'expédittou qu'il méditait déjà contre l'Afrique. Le détroit de Messine * a douze milles de longueur, et environ nn mille et demi de largeur dansle passajgeie plus étroit, les monstres fabuleux, les rochers de Scylla , et le gouffre de Charybde, ne pouvaient effrayer que les plus timides et les plus ignorans des marins. Cependant, après l'embarquement de la première division des Goths, il s'éleva une tempête qra dispersa et engloutit une partie des bâtimens de transport. Les dangers de ce nouvel élément étonnèrent le courage des barbares ; la mort prématurée d'Alaric, après une courte maladie, déconcerta l'entreprise et termina ses conquêtes. Les Goths se livrèrent à' toute leur férocité dans les honneurs funèbres qu'ils rendirent à un héros dont ils célébrèrent la valeur et les succès par leurs applaudissemens lugubres. A force de travaux, leurs nombreux captifs détournèrent le cours du Busenlin , petite rivière qui baigne les murs de Consentia. Après avoir constrait an milieu de son lit, mis à sec, le sépulcre de leur général , orné des dépouilles et des trophées de Rome, ils y firent rentrer les e«ax; et, pour que l'endroit qui recelait le corps du victorieux Alaric fût à jamais un secret, ib

i The proMntt lontb to Um dotrortr yleMi

Bcr boaited UUcs, aid kcr goUn IMib :

Wltli grim deUgU Itae brw>4 of ?riDter Tiew A brigUter day, and skies of azurc hue; Sont tlK Ben ft-agrancc oT Uk opeslDg raae, ABd qnair Um peadent Tlauga m II gram.

(Voyez les poèmes de Gray, publiés par M. ftlasseo, p. 197.) Au lieu de comiriler des tables chronolog;iqiMs d d'histoire naturelle , pourquoi M. Gray n'«-t-il pas employé son génie i achever ce poème philosophique, dMl il nous a laissé un si délicieux échantillon ?

* La meilleure description du détroit de Messine, 4e Cbarybde e( de Scylla, se trouve dans Chnier {Ital. JnL, 1. IV, p. 1293; et SMl. Jntiq., 1. 1, p. 60-76.) 11 a soigneusemenl étudié les anciens, et examiné l'ëtat du pays avec exactitude.

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nv

massacrèrent iiilramainement tous les prisonniers qa'ils avaient employés à Texécntion de cet ouvrage '. L'embarras dn moment suspendit les animosités personnelles et les rivalités héréditaires des barbares ; ils placèrent, d'une voix unanime, le brave Adolphe sur le trône de son beau-frère Alaric. Rien ne peut donner au lecteur une idée phis juste du caractère et du système politique de ce nouveau roi des Goths, que sa conversation avec un des premiers citoyens de Marbbnne , qui, dans un pèlerinage qu'il 6t à la Terre- Sainte, la rapporta à saint Jérôme en présencedeThistorienOrose. € Encouragé par la » valeur et la victoire, dit Adolphe, j'ai conçu

> autrefois le projet de changer la face de » l'univers, d'en effacer le nom des Ro-

> mains, d'élever le royaume des Goths sur

> leurs ruines, et de devenir, comme Auguste, » le fondateur d'un nouvel empire. Mais l'ex-

* périencc m'a peu à peu convaincu qu'il faut

> des lois pour maintenir la constitution d'un » état , et que le caractère indocile et féroce » des Goths n'est point susceptible de se sou- » mettre à la contrainte salutaire d'un gou-

> vemement civil. Dès ce moment, je me

> suis fait un autre plan de gloire et d'ambi-

> tion, et j'ai aujourd'hui le désir sincère de

* mériter la reconnaissance de la postérité ,

> en employant la valeur des Goths, non pas » à renverser, mais à défendre l'empire ro-

> main et à maintenir sa prospérité *. > D'après ces vues pacifiques, le nouveau monarque des Goths suspendit les opérations de là guerre, et négocia sérieusement un traité d'alliance avec la cour impériale. Les ministres d'Honorius, qui se trouvaient dégagés de leur vœu absurde par la mort d' Alaric , avaient le plus grand intérêt à délivrer l'Italie de l'oppression des Goths, qui consentirent avec joie à servir contre les tyrans et les barbares dont les provinces au delà des Alpes étaient infestées '. Adolphe, devenu gé-

i Jornandès , de Reb. Get., c. 30, p. 654.

1 Orote, I. vn, c. 43, p. 584, 585. Sainl AugusUa l'eBToya, en 415, d'AlHque en Patestiae, visita' saint Urème , et le consulter relativement à la controverse de Pélage<

3 Jornandès suppose, sans beaucoup de probabilité, qu'Adolphe revint à Kome, et la piUa une seconde fois, more locustantm eratit..U convient cctteudanlavec

néral des Romains , dirigea sa marche de l'extrémité de la Campanie vers, les provinces méridionales de la Gaule. Ses troupes occupèrent de gré ou de force les villes de Karbonne, de Toulouse , et de Bordeaux; et,' quoique repoussées des murs de Marseille' par le comte Boniface , elles étendirent bientôt leurs quartiers depuis la Méditerranéejusqu'à l'Océan. Les provinciaux se plaignaient avec raison que ces prétendus alliés leur enlevaient le peu qui était échappé à la cupidité des ennemis. Cependant on ne manquait jamais de quelque prétexté spécieux pour pallier ou même pour justifier les violences des Goths. Les villes de la Gaule qu'ils attaquaient pouvaient être considérées comme rebelles au gouvernement d'Honorius. Adolphe avait toujours pour excuse de ses usurpations apparentes les articles du traité ou les instructions secrètes de la cour impériale; et on imputait à l'indocilité indisciplinabledes bari)ares les actes d'hostilité irrégulière qui n'étaient point légitimés par le succès.. Le luxe de ritalie avatr nrobre SBTvr à adoucir la férocité des Goths, qu'à amollir leur courage ; ils avaient adopté les rices des nations civilisées, sans en imirer les arts ou les institutions '.

Les protestations d'Adolphe étaient probablement sincères, et l'ascendant qu'une princesse romaine prit sur le cœur et sur l'esprit du monarque des Goths devint un garant de sa fidélité pour les intérêts de l'empire. Placidie*, fille du grand Théodose et de sa seconde femme Galla , avait été élevée dans le palais de Constantinople ; mais les événemens de sa vie se trouvent liés avec les révolutions qui agitèrent l'empire d'Occident sous le règne de son frère Honorius.

Orose, que le roi des Goths conclut un traité avec Honorius. (Voyez Orose, 1. vn, c. 43, p. 584, 585; Jornandès, de Reb. Get., c. 31 , pi 654, 655.)

t La retraite des Goths hors de l'Italie, et leurs prcr, mières opérations dans la Gaule, sont obscures et dou-, teuses. J'ai tiré beaucoup de secours de Mascou (Uist. des anciens Germains, I. vni, c. 29, 35, 36, 37). Il a éclaire^ et lié les chroniques interrompues et les nragmens de ce^ temps-là.

2 Voyet le portrait de Placidir âaos Ducange (F<im. Bxzant. , p. 7'2), et Tillemonl (Hisl. des Empereurs, iV y, l p. 2C0-386, etc., t. vi, p. 240).

Lorsqae Rome fut iavestie pour la première fois par Alaric, Placidie, &gëe d'eaviron vingt aiis , habitait la capitale ; et la fadlité avec laquelle cette princesse consentit à la mort de Sérène, sa cousine, pourrait la faire soupçonner d'ingratitude et de cruauté '. Les barbares retinrent la sœur d'Hcmorius en captivité ou en otage '. Mais , quoique forcée de parcourir' l'Italie avec l'armée des barbares, elle fut toujours traitée avec les égards et le respect dus à son sexe et à son rang. Jomandès fait l'éloge de la beauté de Placidie ; mais le silence des courtisans de cette princesse peut faire douter raisonnablement des grâces de sa figure. Cependant sa haute naissance , sa jeunesse et l'afTabilité de ses manières , firent une impression profonde dans le cœur d'Adolphe ; et le monarque des Goths eut l'ambition de devenir le Â^re de l'empereur. Les ministres d'Honorius rejetèrent dédaigneusement la proposition d'une alliance si honteuse pour la vanité romaine, et exigèrent la liberté de Placidie pour premier artiolo Au. traité de paix< Mais la fiUe de Théodose se soumit sans résistance aux désirs d'un conquérant jeune et intrépide, qui , ne le cédant à Âlaric que par la taille et la force du corps, l'emportait sur sou prédécesseur par les avantages séduisans des grûces et de la beauté. Le mariage d'ÂdoJ^e et de Placidie * fut consommé avant que les Goths évacuassent l'halie; et ils célébrèrent la fête ou peut-être l'anniversaire de leur union dans la maison d'Igenuus , un des plus illustres citoyens de Narbonne. La princesse, vêtue comme une impératrice, s'assit 'sur un

< ZMtne, I. T, p. 3S0.

sZo8iiiie,l.*i,p. 383; Ontse.Lvn, c 40, p. 570. Les dironiqucs de RUrcdlin et d'idatias semblent supposer que les Gotbs n'emmenirent Placidie qa'*près le dernier àigt et le sac de Rome.

3 Voyex les portraits d'Adolphe et de Placidie, et le détail de leur mariage dans Jomandès , de Keb. Get. , t. nxi, p. 664,655. Quant i l'endroH où cette union fut contradée, célébrée, ou consommée, les MSS. dé Jornandès ne sont point d'accord, et ils nomment deux villes Toisines l'une de l'autre, Forti et Imela, Fonm liTii et Forum ComeliL ^U est aisé de concilier l'historien des Goltas avec Olympiodore. (Voyez Maseoa, 1. vm, c 36). Mais TiDemont praid de l'humeur, et prétend ^'11 est innffie de diercher à oendlier Jomandis arec des auteurs dignes de.foL

déCaidence de uempire romain.

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tr6ne; et le roi des Goths, hdbillë dans œtie cérémonie i la romaine, se plaça à c6té d'eUe sur on siège moins élevé. Les dons qu'il devait présenter à son épouse, selon l'usstge des barbaress, étaient composés des plus magnifiques dépouilles du pays de Placidie ' . Cinquante jeunes hommes de la plus belle figure, et vêtus de robe« de soie, portaient un bassin dans chaque main ; l'un était renapli de pièces d'or, et l'autre de diamans d'aaevaleur inestimable. Àttale , si long-temps le jouet de la fortune et des Goths, c<MidiiisBtl le chœur des musidens. Les barbares joua»saient de leur triomphe , et les provinciaux se féficitaient d'une alliance qui semblait adoucir, par llnfluence de l'amour et de la raison, la fierté du conquérant S

Les cem bassins remplis d'or et de dîamaas que Placidie reçut lors de la fête nnpUale, n'étaient qu'nnetrès-petite partie des trésors des Gohts sur lesquels l'histoire des successeurs d'Adolphe offre quelques particularités assez extraordinaires. On trouva dans leur palais de Narbonne, lorsque les Francs le piUèrent dans le sixième siècle , soixante gobelets ou calices, quinze patènes pour l'usage de la communion, vingt boites ou coffi-es pour conserver les saintes écritures, tous d'or massif, enrichis de pierres d'un grand prix. Le fils de Glovis distribua ces richesses sacrées ' aux églises de ses états; et sa pieuse

1 Les VitigMkB, sQjelft d'Adolphe, nrinat «épate des bonws i ta prodigiditéde ramo«r eoniugal. Un mari ■» pouvait pas légalement bire des dons ou des constitutions au pro6t de sa femme dans la première année de son marbge, et sa libéralité ne pouvait, dans aucnn lenp^ pssser la fixtcme partie de sat Ibrtune. LesLoaibatds ttareat m peu plus iadulgeas. Bs permeUaient le morgingeap le lendeaiain de la consommation du mariage ; et ce don , la récompense flatteuse de la virginilé , pouvait ftre du quart de ta fortune du mari. Quelques épousées prenaieut à la vérité ta préeautioa de Stipaltr la veille mû présent qu'ettes savaicBl ne pas mériter. (Voycr MoDlesquien,EspritdesLois,l. xn, c 26 ;Muratori, délie JnUchUa IlaUane, i. i, disserUuion. xz, p. 243)

2 Nous devons le détail de ceUe (tte nupUale i l'historien Olympiodore (pp. Photùun, p. 185-lWf).

s Voyez dans U grande eoUeetim des historiens de Ffùtt, par doffl BMMpiet, t. n; Grégoire de Tours, I. m, e. 10, p. 191 -, Getta K^grnn PraneonPH , c 23, p. S57. L'écrivain anonyme suppose, avec ne ignomce d^e da son sMcle, que «es ins&umns du culte des «hréUéMmaieat appartnm ad temple de Sfllomaa.

(400 dep. J.-G.)

I%éralité semble mcnlper les Gotbs de quelque sacrilège. Ils conservèrent avec moins de remords le fameux mi$»orium, plat d'âne grandem> extraordinaire, d'or massif, du poids de cinq cents livres, desdné à l'usage delà sainte table, et d'âne valeur inestimable par la main-d'œuvre et les diamans dont il était incrusté , et par la tradition qni le faisait regarder comme un présent du patrice iGtius, offert à Terismond, roi des Goths. Un des successeurs de Torismond acheta le secours du roi des Francs par la promesse tle ce don magnifique. Lorsqu'il eut pris possession du trône d'Espagne, le priuce goth le remit aux ambassadeurs de Dagobert, mais le fit reprendre sur la route; et, après avoir long-temps négocié pour convenir d'une rançon , il donna la somme, relativement très-modique, de deux cents livres d'or, et conserva le missorium comme le plus glorieux ornement de son trésor •• Lorsque les Arabes conquirent l'Espagne et pillèrent ce trésor, ils trouvèrent une curiosité encore plus précieuse qui les frappa d'admiration; c'était une table fort grande, formée d'une seule]émeraude *, entourée de trois rangs de perles , soutenue par soixante-cinq pieds d'or massif, incrustée de diamans, et estimée à la valeur de cinq cent mille pièces d'or '. Une partie des trésors du roi des Goths pouvait provenir des dons de l'amitié on des tributs de l'obéissance ; mais la prin-

I ConniUa les lénoigmgag origimuix dans les hUt»riois de France, l. u. FrtdtgarU Se/tolattiei Chron,, c 73, p. 441 ; Fredegar Fragment., va, p. 463; Gttta rcifu ^ago^erti, , c. vas., p. 587. L'acccscion de Sise- BWd au Udae de l'Ëspagoe d»te A. D. 031. Di^obert tmthf» les deux «eut saiUe pUees d'or & la Caadtf ioo de l'Oise de Saiot-DeoU.

> Le président Goguet (Origine des Lois, etc., L h, p. 339) pense que ces (isKrandes d'me grandeur si extraordinaire, les statues et les colonnes que l'antiquité prétend avoir existé en Egypte, à Cadix , et à ConalantlBople , n'étaient que des compositions de cristal coloré. Le fiMoeux pbt d'émerande que l'on montre à Gènes senl>Ic appnyer ce senpçoo.

) BImadn, Mit. Saraeeniea, 1. 1, p. 85 ; Roderle de Toièdp, Jfist. AraJb. , e. ix ; Cardone, Hist. de l'Arriqne et de l'Espagne sons les Arabes,, 1. 1, p. 83. On l'appelait la table de Salomon, sdon la coutume des Orienljiux, qui attribuent à ce prince tous les ouvrages savans ou magnifiques de l'antiquité.

PAR ED. GIBBON. OH. XXXL

cipale avait sans doute été le fruit de la guerre, et consistait en dépouilles arrachées à l'empire et peut-être à Rome.

Lorsque les Goths eurent évacué l'Italie, quelque ministre s'occupa, au milieu des factions du palais, de soulager les maux des provinces dévastées. Un règlement sage * alTranchit pour cinq ans la Campanie , la Toscane, le Picenum ou Pisan, le Samnium, rApulie ou la Ponille, la Calabre, le Bnittiun et la Lncanie on Basilicate. On réduisit fe tribut ordinaire à un cinquième, destiné à rétablù* et à défrayer l'institution utile de» postes publiques. Une autre loi accorda avec une diminution de taxe , aux voisins ou anx étrangers qui voudraient les occuper, la possession des terres restées sans culture et sans habitans, et on les mit à l'abri des réclamations Aitures des propriétaires fugitifs. A peu près dans le même temps, les ministres dllonorius publièrent en son nom une amnistie générale qni abolissait la mémoire de toutes les offenses involontaires cojnm>««e par les^ sujets duKînnes'^sbrdres'et les calamités publiques. On travailla particulièrement à rétablir la capitale, en encourageant les citoyens à reconstruire tes édifices détruits ou endommagés par l'incendie , et en faisant venir des secours extraordinaires de grains des côtes de l'Afrique. L'espoir de l'abondance et des plaisirs rappela bientôt la foule qui s'était sauvée des mains des barbares. Albinns, préfet de Rome, instruisit la cour qu'il avait pris note dans un seul jour de l'arrivée de quatorze mille étrangers*. En moins de sept ans, il ne resta presque plus de vestiges de l'invasion des Gotlis, et Rome avec la tranquillité reprit son «neieane splesdeur; elle replaça sur sa tête la couronne de

I Ces trou lois sont insérées dans le Code de Tbéodose (I. XI, Ut. 28,loi7;l. xm.tit. 11 , loi 12; I. xv, tit. 14, loi 14). Les expressions de la dernière sont d'antant plus refflarqnaMes , qn'dles contiennent non-seulement m pardon, mids mie apologie.

1 Olynipioderas, apudPhoHum, p. 188. PMkMtorge (I. zn , e. 5) observe qne, quand Ronerius lit son entrée triom|Âale, il eneonragea les Romains de la maio H de la Toix , i(,"P' '"" y*-'"'"» > A rebttir leur cHé et la Chronique de Prosper hit l'éloge d'Héradien, qtà in Romma urbis reparationem ttrmuam athibueral minitterium.

lauriers qu'elle avait perdue pendantle tumultcdelaguerrc.et, écoutant avec confiance de vames prophéties, fît, jusqu'au moment de sa chute, des projets de vengeance, de victoire et de domination '.

La révolte du pays dont Rome dépendait ))Our sa subsistance troubla bientôt cette apparence de tranquillité. Héraclien, qui semblait avoir donné des preuves évidentes de sa fîdélité pour Ilouorius dans les circonstances les plus critiques, démentit, dans l'année de sou consulat, sa conduite précédente , prit audacieusement le caractère de rebelle et le titre d'empereur , et se prépara à envahir l'Italie à la tète de toutes les forces maritimes qu'il put rassembler dans les ports de l'Afrique. Lorsqu'il jeta l'ancre à l'embouchure du Tibre, sa flotte surpassait celle de Xercès et d'Alexandre, s'il est vrai que ses bàtimens fussent au nombre de trois mille deux cents , en y comprenant depuis la galère qu'il montait jusqu'aux plus faibles bateaux *. Cependant cet armement, capable de renverser ou da rétablir la pins vaste empire de l'univers, ne procura que de faibles succès à l'usurpateur de l'Afrique. Dans sa marche, depuis le port, sur la route qui conduit aux portes de Rome, les généraux de l'empire l'attaquèrent et le mirent en fuite. Le chef de cette puissante armée désespéra de sa fortune, abandonna ses amis, et disparut avec un seul vaisseau'. Lorsqn'Héraclien aborda dans le port de Carthage, la province, pleine de mépris pour un chef si pusillanime,

< La date du voyage de Clandius Rutilius Numatianus est cbargëede beaucoup d'obscnrités; mais Scaliger prétend prouver par des caractères astronomiqiies qu'il quitta Rome le 24 septembre, et s'embarqua à Porto le 9 octobre, A. D. 416. (Voyez TiUemont , Hist.des Emp. L T, p. 820.) Dans cet itinéraire poétique , Rutilius ( 1. 1, 115; etc.) adresse à Rome ses félicitations.

Erige crlmlM laoro», mlnaqne ncnU Vartidt ta Ttriilei, Roma, racUfc niBtt, etc.

2 Orose composa son histoire en Afyique , deux ans après rèréneraent. Cependant l'improbabilité suffit pour contrebalancer son autorité. La Chronique de Marcellinus •uppose i Héraclien sept coïts bàtimens. de trois mille hommes. Ce dernier nombre est ridiculement altéré, mais

. le premier me paraît beaucoup plus raisonnable.

3 la Chronique d'Idacius affirme, sans la plus légère apparence de probabilité , qu'il s'avança jusqu'à Orticlum

. dans l'Umbrie. et qu'il Ait défiait dans une bataille avec perte de dnqoanle mille hommes.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, ( 409 dep. J.-€.)

était rentrée sons l'obéissance d'Honorias. Le rebelle eut la tète tranchée dans ranôen temple de la Mémoire ; son consulat fut aboli * , et on accorda le reste de sa fortune , qui ne montait qu'à quatre mille livres pesant d'or, au brave Constantius , qui défendait déjà le tr6ne qu'il parvint depuis à partager avec son faible souverain. Honorius regardait avec indilTérence les calamités de Rome et de l'Italie *; mais les révoltes d'Attale et d'Héraclien, qui attaquaient sa sûreté personnelle, le tirèrent pour un moment de son indolence habituelle. Il n'était probablement informé ni des causes ni des événemens qui l'avaient délivré de ces dangers ; et l'Italie, se trouvant débarrassée de ses ennemis étrangers et do> mestiques, il végétait paisiblement dans le palais de Ravenne, tandis que ses lieuteuaos poursuivaient les usurpateurs, et remportaient des victoires au-delà des Alpes et au nom de l'indigne fils du grand Théodose '. Occupé d'un récit intéressant et compliqué, il serait^ possible que j'oubliasse d'annoncer l'époque de sa mort; et je prendrai d'avance la précaution d'avertir qu'il ne survécut qu'environ treize ans au dernier siège de Rome.

L'usurpateur Constantin , revêtu de la pourpre par les légions de la Bretagne, avait eu des succès qui semblaient devoir être durables. On reconnaissait sa puissance depuis le mur d' Aotonin jusqu'aux colonnes d'Her-

< Voyez Code Théod., L xv, tit. 14, loi 13. Les actes les plus réguliers de son autorité ftirenl déclarés nuls , (t jusqu'à la manumission des esdares qu'on obligea à se bdreaflhinchir une seconde fois.

' J'ai dédaigné de raconter une histoire absurde tt probablement fausse. Prooope (de Bell. Fondai., 1. 1, e. 2) assure qulfonorius Ail darmé dejla perte de Rome jusqu'au moment où il s'assura qu'il ne s'agissait poial d'un pigeon tnoti auquel il donnait ce nom, mais qu'il n'était question que de la capitale de son eminre. Cependant oc conte prouve l'opinion publique.

3 J'ai tiré tous mes éclaircissemens sur la tie de ces différens usurpateurs de six historiens contemporaiot, deux latins et quatre grecs, Orosc(l. vu, c. 42, p. 581, 582 , 583) , Renalus Profutums Frigeridus {e^ud GngOT. Twron., 1. n, & 9) dans ^es Historiens de France, t.u,p. 165, 166) Zosim^(I. vi, p. 370,371); Oly»plodore(ap««i ^^o*-. P- 180, 181, 184, 185) -, Soiomen, (1. Ti, e. 12, 6); Dissertations de Godefiroy (p. 477-481); et les quatre Chroniques de Prosper Tyro, Prosper d'Aquitaine, Idacius,et Maroellin.

cule; et, an milieu des désordre» publics, il partageait le jMUage de la Gaule et d^ l'Espagne avec les barbares, dont les «areprises n'étaiest plus arrêtées ni par le Rhin ni par les Pyrénées. Taché du sang d'un parent d'Honorius, il <d)tint de la cour de Ravenne, avec laquelle il tenait une correspondance secrète, l'approbation de son crime et de ses prétentions. Constantin , s'étant engagé par serment à délivrer l'Italiedes Goths, s'avança jusqu'aux rives du Pô; et après avoir donné plus d'alarmes que de secours à son allié pusillanime, il se retira précipitamment dans le palais d'Arles poiu* célébrer par un luxe déréglé son triomphe inutile. Mais sa prospérité passagère fut bientôt troublée et détruite par la révolte du comte Geroutius , le plus brave de ses généraux, qui, durant l'absence de son fils Gonstans, iM*ince déjà revêtu de la pourpre impériale, commandait dans les provinces de l'Espagne. Au lien [de se placer lui-même sur le trône, Gerontius, par des raisons dont nous ne sommes pas instruits , disposa du diadème en faveur de son ami Maxime, qui fixa sa résidence à Tarragone , tandis que son général traversait les Pyrénées pour surprendre les deux empereurs, Constantin et Gonstans, avant qu'ils fussent préparésà se défendre. Le fils fut pris à Vienne et aussitôt mis à mort; et ce jeune infortuné eut à peine le loisir de déplorer La funeste élévation de sa famiUe, qui l'avait pressé ou forcé de commettre un saerilége, en quittant la paisible obscurité de la vie monastique. Le père s'enferma dans Arles et y soutint un siège; mais la ville aurait infailliblement été prise par Gerontius, si une armée d'Italie ne fût pas promptement venue à son secours. Le nomd'Honorius et la proclamation del' empereur légitime effraya également les deux rebelles ennemis. Gerontius, abandonné de ses troupes, s'enfuit sur les frontières d'Espagne, et sauva son nom de l'oubli, par le courage tout romain qu'il fit paraître dans ses derniers momeus. Au milieu de la nuit, un corps de ses soldats perfides attaquèrent sa maison , qu'il avait fortement barricadée. N'ayant avec lui que sa femme, un intrépide Alain de ses amis et quelques esclaves fidèles, il se servit avec tant de courage et d'adresse d'une pro-

G1BB0N, I

PAR ED. GifiBON. CH. XXXI.

vision de dards et de flèches, que trois cents des assaillans perdirent la vie. Au point du jour, toutes les armes étant épuisées , ses esclaves prirent la fuite. GeronUus aurait pu les suivre , s'il n'eût été retenu par l'amour conjugal. Les soldats , irrités d'une défense si opiniâtre , mirent lé feu aux quatre coins de la maison. Dans cette extrémité funeste , il se rendit aux pressantes instances du brave Alain son ami, et lui abattit la tête. La femme de Gerontius le supplia de la délivrer d'une vie de misère et d'ignominie, et présenta la poitrine à son glaive. Cette scène tragique fut terminée par la mort du comte, qui, après s'être frappé trois fois de son épée, tira son poignard et se l'enfonça dans le cœur'. Maxime, abandoonédeson protecteur, n'eut obligation de la vie qu'à sa Câiblesse et à son incapacité. Le caprice des barbares qui ravageaient l'Espagne plaça use seconde fois ce fantôme impérial sur le trône ; mais ils l'abandonnèrent bientôt à la vengeance d'Honorûis; et l'usurpateur Maxime, après avcdr servi de spectacle à la popiilaff» d« Ravuif" -o«-<^^tTi»n<>, fut exécuté publiquement.

Le ^néralConstawUus, dont l'approche-fit lever le siège d'Arles et dissipa les troi4>e8 de Geroatiw , était né romain. Cette observation prouve que les sujets de l'empire avaient bien d^néré de leur ancien esprit militaire. Sa force et son air majestueux le faisaient regarder par un peuple timide comme digne du trône , oit il monta par la suite'. Ses manières étaient affables dans la société ; il se livrait volontiers à la gaité , et ne dédaignait pas de jouter, dans la joie d'un fesUn, ovec les pantomimes les plus célèbres ; mais quand la trompette guerrière l'appelait aux arme», lorsque, penché sur le cou de son cheval, Constantius parcourait rapidement

1 Les louanges que Sozomène a données à cet acte de désespoir sont déplacées dans la bouche [d'un ecclésiastique. 11 observe (p. 379) quela femme de Gërontias était chrétienne, et que sa mort (M digne de sa rdigion «t de la gloire âemdle.

ï nifoc «fM» tufd.nii»e est l'expression d'Olympiodore, qu'il panôl avoir tirée i'Eole, tragédie d'Euripide , dont les fragmens existent encore. (Euripid. Bames, t. u, p. 443, vers 38.) Cette allnsion annonce que les Greei du dnquitaie siècle lisaient encore les anciens poètes tragiques.

Ht

D£a\D£lNG£ DE L'EMPIRE ROMAIN,

(4tidep.J.-C.

la plaine, la fierté de son maintien et le fen de ses regards semaient la terrear dfez ses ennemis , et ses soldats encoaragés ne doutaient plus de la victoire. La cour de Ravenne l'avait chargé de faire rentrer les provinces rebelles tle l'Occident dans la soumission ; et l'usurpateur fut assiégé une seconde fois dans sa capitale par un ennemi plus formidable. Cependant l'intervalle de ces deux sièges lui donna le temps de négocier un traité avec les Francs et les Allemands; et Edobic, son ambassadeur, revint bientôt à la tête d'une armée pour délivrer Arles et l'empereur prétendu. Le général romain, au lieu d'attendre qu'on l'attaquât dans ses lignes , se détermina hardiment et peut-être sagement à passer lé Rhône et à prévenir les barbares. Ses dispositions furent conduites avec tant 'de secret et d'intelligence , que , tandis que l'infanterie de Constantins les attaquait en tête, son lieutenant Ulphilas, qui avait gagné en silence un poste avantageux sur leurs 'derrières , les environna avec sa cavalerie , -en fit un grand carnage «t «Mtraisit toute leur armée. Les restes de cette armée sauvèrent leur vie par la faite ou par la soumission, et leur général Edobic trouva la mort dans la maison d'un ami perfide , qui se flatuil d'obtenir 'du général de l'empire un présent magnifique pour récompense de sa traliison. Constantius se conduisit dans cette occasion avec la magnanimité d'un vrai Romain. Dédaignant tout sentiment de jalousie, il reconnut devant l'armée le mérite et le service Important dlllphilas; mais il détourna ses regards avec horreur de l'assassin d'Edobic et ordonna d'un ton sévère que Ton fit surle-champ sortir de son camp tm misérable qui avait violé les lois de l'honnetu* et de l'hospitalité. L'usurpateur, qui , du haut des murs d'Arles, voyait anéantir sa dernière espérance , résolut de confier sa vie à un vainqueur si généreux. Après avoir exigé sûreté pour sa personne, et s'être fait donner, par l'imposition des mains, le caractère sacré d'ecclésiastique, il ouvrit les portes d'Arles. Mais Constantin éprouva bientôt que les principes d'honneur et d'intégrité qui dirigeaient la conduite ordinaire de Constantius «taient subordonnés aux préceptes flexibles

de la moralité politique. Le général rom:\in dédaigna de souiller ses lauriers du sang d'un rebelle ; mais il fit partir, sous une forte garde, Constantin et son fils Julien pour l'ftalie; et, avant d'arriver à Ravennes ils rencontrèrent les ministres de la mort.

Dans un temps oii l'on convenait générale'^ ment qu'il se trouvait à peine un seul citoyen dans tout l'empire dont le mérite personnel ne fût pas supérieur à celui du prince que le hasard de la naissance avait placé sur le trône, une foule d'usurpateurs se succédaient rapidement, sans réfléchir sur le sort de leurs prédécesseurs. Ce désordre se faisait particulièrement sentir dans les provinces de la Gaule et de l'Espagne , où les ravages de la guerre et l'esprit de révolte avaient anéanti tous les principes d'ordre et d'obéissance. Darant le quatrième mois du siège d'Arles , avant que Constantin eût quitté la pourpre, on apprit dans le camp impérial que Jovinns, couronné à MayeucedanslaHaate^ermanie, à l'instigation de Goar, roi des Alains, et de Guntiarius, roi des Bourguignons, s'avançait des bords du Rbàn vers ceux du Rhône à la tête d'une nombreuse armée de barbares.

La courte histoire du règne de Jovinus est extraordinaire et obscure dans toutes ses circonstances. On devait naturellement supposer qu'un général habile et courageux , à la tête d'une armée victorieuse , saurait làire valoir sur te champ de bataille les droits légitimes d'Honorius. On pourrait peut-être justifier par de fortes raisons la retraite précipitée de Constantius ; mai» il abandonna sans nécessité la possession entière de la Gaule; et Dardanus, préfet du prétoire , est cité comme le seul nia^^strat qui refusa de se soumettre à l'usurpateur '. Lorsque les Goths , deux ans après le siège de Rome, établirent leurs quartiers dans la Gaule , on

' SidoniiuApoilinaris, I. v, epitt 9, p. 139; et les Notes de Sinnond, p. 58. Aprte avoir raillé l'tRconstance et la docilité de Jovinus, et la perfldie de Geronlins, il remarque que les vices de tous ces usurpateurs se Irouvaient réunis dans la personne de Dardanus. Cependant ee préfet conserva une r^utation honorable dans le monde et ni£me dans l'église. Il entretint une pieuse cor- ' respondance/«vec saint Jérdme et avec saint Augustin ; et le premier lui donna les épilhètes de eluistUmontm nobilissime et -de nobilium ohristianissime.

(411 dep.J.-C.)

PAR ED. GIBBON. CIL XXXÎ

|»onvait croire que leurs affections ne seraient partagéesqn'entre l'empereur Honorins dont ils étaient récemment devenus les alliés, et Attale , monarque dégradé, qu'ils réservaient dans leur camp pour y jouer, selon l'occasion , le personnage d'empereur ou de musicien. Cependant, dans un moment d'humeur dont on ne découvre ni la date ni la «anse, Adolphe entra en pourparler avec l'usurpateur de la Gaule , et chargea Attale de ta commission humiliante de négocier un Vnàté qui confirmait sa propre ignominie. Kous lisons encore avec étonnement, qu'au Keu de considérer l'alliance des Golhs comme le plus ferme appui de son trône, Jovinus fit une réponse obscure et and>iguêà l'officieuse importunité d' Attale ; que, méprisant les avis de son puissant alUé, il revêtit son frère Sébastien de la pourpre, et qu'il accepta très-imprudemment les services de Sarus, lorsque ce brave soldat d'Honorius quitta , dans un mouvement de colère , la cour d'un prince qui ne savait ni punirni récompenser. Adolphe > élevé parmi une race de guerriers qtii regardaient la vengeance comme le plas •doux des plaisirs et le plus sacré des devoirs, s'avança, suivi de dix miUe Goths , à la rencontre de l'ennemi héréditaire de la maison des Balti, et le surprit, accompagné pour tonte escorte d'une vingtaine de ses intrépides compagnons. Unie par l'amitié , animée par le désespoir et écrasée par la multitude , cette petite troupe de héros mérita l'estime de sesennemis, sans obtenir leur compassion; et dès que le lion fut pris dans les filets, on lui arracha la vie '. La mortde Sarus rompit l'aU liance incertaine qu'Adolphe- entretenait avec les usurpateurs de la Gaule. Il écouta la voix de r<amour et de la prudence, et promit au frère de Placidie de lui porter bientôt à R-avenne les têtes de Jovinus et de Sébastien. Le roi des Goths exécuta sa promesse sans délai et sans difficulté. Les deux frères sans amis et sans mérite personnel virent déserter tous

> On pent prendre l'expression presque à la leUre; Olympiodorca dit :^9Xi( racuotc t^my furtn. ZcxKoc ou rjucsc peut signifier un 8*c ou un habit flottant-, et cette manière d'embarrasser un ennemi, ou de s'en rendre maître, se pratiquait soflTenl chez les Huns. (Ammien , xxn, 2.) Il rut pris vivant avec des fllels; c'est ainsi que le traduit Tillemont (Hist. des emper., t. r, p. 608). I

leurs auxiliaires barbares ; et Valence , une des plus belles villes de la Gaule, expia , par sa ruine , sa courte résistance. L'empereur choisi par le sénat de Rome , après avoir été., successivement élevé sur le trône, dégradé,, insulté , rétabli et dégradé une seconde fois avec ignominie, fut enfin abandonné à sou triste sort. Lorsque le roi des Goths lui retira totalement sa protection , le mépris ou la pitié l'empêcha de faire aucune violence au malheureux Attale. Ce fantôme d'emperenr, sans alliés et sans sujets , s'embarqua dans un port de l'Espagne , pour se réfugier dans quelque retraite solitaire ; mais il fut pris en mer, traîné en présence d'Honorius, conduit en triomphe dans les rues de Rome et de Ravenne et publiquement exposé sur la seconde marche du trône aux regards de la multitude. Attale subit le châtiment dont on l'accusait d'avoir menacé Honorius dans ses. jours de prospérité. Après lui avoir coupé deux doigts de la main, on le condamna à un exil perpétuel dans l'île de Lipari, où il reçut dii gouTcnicment itire-lioiiuétc subsistance. 11 n'y eut plus de révolte durant le reste du règne d'Honorius ; et on peut observer que, dans le court espace de cinq ans, sept usurpateurs avaient été terrassés par la fortune d'un prince, également incapable d'agir et de commander.

La situation de l'Espagne , séparée de tous, côtésdes ennemis de Rome par des mers on, des montagnes et par des provinces intermé^. diaires , avait conservé long-temps sa tran-, quillité, et nous pouvons remarquer, comme, une preuve de son bonheur, que , durant un espace de quatre siècles, l'Espagne a fourni, très-peu de matériaux à l'histoire de Tenu pire romain. Le retour de la paix effaça rapidement les traces des barbares qui franchirent les Pyrénées sous le règne de Galien , et dans le quatrième siècle de l'ère chrétienne on comptait les villes d'Eméritia ou Mérida , de Cordoue , de Bracara et de Séville , au nombre des plus belles et des plus riches du monde romain. L'habileté d'un peuple industrieux employait aux usages de la vie, . et dans ses nombreuses manufactures, sos belles races d'animaux et les richesses végétales cl minérales de soft sol fécond; et l'a-.

vantage particnlîer des prodactions nécessaires à la marine continuait à sontenir na commerce lucratif et très-ëtendu'. Les art» et les sciences florissaient sons la protection des empereurs ; et le coarage des Espagnols, un peu affaibli par rhabitade de la paix et d« la servitude , sembla se ranimer lorsque les Germains répandirent ta .terreor depnis la bords du RÛn jusqu'aux Pyrénées. Tant que la fidèle milice du pays conserva la garde de ces montagnes, ils repoussèrent avec succès tontes les entreprises des barbares. Mais dès que les troupes nationales furent forcées de remettre leurs postes aux bandes Honoricnnes qui combattaient pour Constantin, ces troupes perfides livrèrent les barrières de l'Espagne aux ennemis, environ dix mois avant le sac de Rome par les Gotbs *. Coupables de rébellion contre leur souverain légitime, affamées de pillage, les gardes mercenaires des Pyrénées appelèrent, après la mort de Constantin , les Snèves , les Alains et les Vandales , et, se mêlant à ces bordes de barbares , eUes semèrent le ravage et la mort depuis les frontières de la Gaule jusqu'à la mer d'Afrique. Un des plus éloquens historiens de l'Espagne a décrit les malheurs de sa patrie dans un cRscours concis , où il a rassemblé tes déclamations violentes et peutêtre exagérées des auteurs contemporains *. « L'imiplion de ces peuples fut suivie des » pins affreuses calamités. Les barbares pil- > iaient et massacraient indifféremment les * Romains et les Espagnols , et ravageaient »• avec la même foreur les villes ei les eampa-

■ Sans recourir à des auteurs plus anciens. Je dterai trois lémoignages respectables du quatrième et du septièni3 siéde : Expositio totius mundi, p. 16, dans le troin«iiie volume des Géographes de Budsoa; Ansone, de Claris VHiibui, p. 242, édiU Toll.; Isidore de SéviUe, Prérace de la Chronique, op. GroUum, Bist. Goth., p. 707. On peut trouver beaucoup de particularités relatives au commerce d'Espagne dans Nonnius {Hispania Uluttrata) ; et dans Haet (K^. du eommeree des Anciens, c. 30. p. 22a-234).

2 La date eslOxée soigneusement dans les Fa»U et dans les Chroniques d'Idacius. Orose(l. vii, c. 40, p. 578) assure que la trahison des Honoriens livra l'Espagne ; mais S«zomine (I. it , c. 12 } ne les accuse qoe de négHgeoee.

s Idadus voudrait appliquer les prophéties de Daniel à ces calamités publiques, et il tâche d'arranger les événemens d'une manière conforme au\ termes de la prédiction.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (411 dep. J.-C.)

gnes. La famine réduisit les malheureux

habitans à se nourrir de chair humaine ; «t les animaux sauvages qui se multipliaient sans ot>stacle, rendus plus furieux par l'habitude du sang et par la faim, poursuivirent les hommes pour les dévorer. La peste , saile inévitable de k famine, vint bientôt mettre le comble à k désolation; la pfais gnmde partie des habitans en fat la victime , et la vue des moarans n'excitait que l'eavie de eeux qvi leur survivaient. Enfin les barbares, rassasiés de meurtres et de brigandages, et atteints eux-mêmes de tsi maladie contagieiise dont ils étaient les funestes auteurs, se renfermèrent dans le pays qu'ils avaient dépeuplé. Les Snèves et les Vandales se partagèrent l'anciffline Galice', où le royaume de la Vieille-Castille se trouvait endavé. Les Alains se répandirent dans les provinces de Cartbagène et de Lusitanie , depuis la Méditerranée jusqu'à l'océan Atlantique. I>es Selinges, branche de la nation des Vandales, c'emparèrentda territoire fertile de la Bétique. Après avoir réglé ce partage , les con. qaérans contractèrent avec leurs nouveaux sujets quelques engagemens réciproques d'obéissance et de protection. Les viÙes etlcs villages se remplirent peu à peu d'un peuple de captifs, et les terres furent insensiblement cultivées. Une partie des Espagnols préféra la misère de sa nouvelle situation aux anciennes vexations du gouvernement romain ; mais un grand nombre, et particuËèrement dans les montagnes de la Galice, refusèrent de se soumettre au joug des barbare^ '. > La mort de Jotiass et de Sébi»tien et la soumission de la Gaule avaient démontré l'attachement d'Adolphe pour son beau-frère Honorius. La pait était incompatible avec le caractère dn monarque des Goths; il twcepta avec joie la proposition de tourner ses armes victorieuses contre les barbares de l'Espagae,

' Mariana , de Rébus Hispemieis, I. t,c i, 1 1 , p. 4ti fag. ComU., 1773. 11 avait lu dans Orase (I. m, c. 41, p. 579) que les barbares avaient quitté l'épée pour ee*duire la charrue , et qu'une grande partie des provinciaux prétëraienl inter barbarospaiq>eremUbertatan,qu«m inter Romanos (ributarUun toUieitudinem wstinen.

(414 dep. J.-C.)

PAR ED. G1BB0^. CH. XXXI

Les troupes deConstantius luicoupèrenttoute comaQuaication avec les ports de la Gaule , et bâtèrent sa marche vers les Pyrénées. Il franchit ces montagnes, et s'empara de Barcel<Mie au nom de l'empereur '. Le temps et la possession ne diminuaient point la tendresse d'Adolphe pour Pladdk , et la naissance d'un fils qu'il nomma Théodose , par vénération pour son illustre aieul , semblait lier son intérêt avec celui de l'empire. La mort de cet enfant, inhumé dans une église auprès de Barcelone, fut un sujet d'afflic' tion pour ses parens ; mais les soins de la guerre parvinrent aisément à distraire le roi des Goths de sa douleur, et une tralùson do* mestiqne mit bientôt nn terme à ses victoires. Il avait imprudemment reçu à son service na des compagnons de Sarus. Cet audacieux barbare cherchait secrètement l'occasion de venger la mort de son général , et son nouveau maître réveillait sans cesse son ressentiment, en le plaisantant sur la petitesse de sa taille. Adolphe fat assassiné dans le palais de Barcelone. Une faction tumultueuse viola les lois de la succession *; un prince d'une maison étrangère. Singerie, frère de Sarus, s'empara du trône d'Adolphe et de son diadème. 11 commença son régne par le meurtre inhumam de six enfans que son prédécesseur avait eus d'un premier mariage, et qu'il arracha sans pitié des bras d'un vénérable évéque '. L'infortunée Placidie, au lieu de k respectueuse compassion qu'elle avait droit d'attendre , essuya des traitemens barbares et ignominieux. lia fille de l'empereur Théodose, confondue dans une foule de vils captifs, fut forcée de faire à pied un trajet de plus de douze milles, devant le cheval d'un barbare , assassin de son mari qu'elle avait toujours tendrement aimé *.

* Ce mélange de force et de pemiasioB acquiert me forte prolMdkilité par lacomparaiwa d'Orose d de Joraandès , historims , l'un des Gotbs , et l'autre des Romains.

3 Selon le système de Jomandès (c. xmn , p. 660), le véritaMe droit liéréditaire au sceptre des Goths passait danla maison des Amali; mais «es princes, vassaux des Hum , commandaient les tribus des OstrogoUis dans qndqite canton de la Germanie on de la Scythie.

* Oiymplodere raconte le meurtre, mais le nombre des enUas est tiré d'une épilaphe suspecte.

* On céléhra à Constanlinople la mort d Adolphe par

Mais Placidie ne tarda pasà jouir du plaisir de la vengeance. Les indignités qu'on lui faisait souHrir irritèrent peut-être les barbares contre leur nouveau monarque. Quoi qu'il en soit , après sept jours de çëgne , Singerie éprouva le sort d'Adolphe ; et 1» choix libre de la nation plaça sur le trône Wallia, dont le caractère hardi et ambitieux donna dans les commencemens beaucoup ^inquiétude à l'empire. Il conduisit sou armée de Barcelone aux côtes de l'océan Atlantique, que les anciens révéraient et redoutaient comme les bornes de l'univers. Mais, quand il fut arrivé au promontoire méridional de l'Espagne ', et que, du haut du rocher où Gilbraltar est situé aujourd'hui, il eut contemplé les côtes fertiles de l'Afrique, Wallia reprit le projet de conquête que la mort d'Alaric avait suspendu. Les vents et les vagues s'opposèrentencore à l'entreprise des Goths, et ce nouvel essai , suivi de tempêtes et de naufrages, en détourna des peuples livrés à la superstition. Le successeur d'Adolphe écouta les propositions de l'ambassadeur romain, et se laissa détermi'ner par la nouvelle de l'approche réelle ou supposée d'une armée conduite par Coastantius. Le traité fut conclu, et Placidie retourna dans te palais de son frère. Les Goths* reçurent six cent mille mesures de grains, et Wallia fit le serment de n'employer ses armes qu'au service de l'empire. Dans ces circonstances, une guerre sanglante éclata entre les barbares de l'Espagne. On prétend que les princes rivaux écrivirent à l'empereur d'Oecident, et lui envoyèrent des ambassadeurs et des otages, pour l'engager à ne point se mêler de leur querelle, dont l'isr sue ne pouvait qu'être avantageuse aux

une exhibition des jeux du cirque et une illumination. (Vofez Chron. AlexandrinO On ne sait pM bien si les Grecs forent excités dans cette occasiOB par la haine des barbares on des Latins.

I QBOd TâruuiMli tnu taatw Vallla territ Vndidlcu birauH, «t lanctt Martii Alani» Sttavlt et «xidiuiii tnCrt aititt* Calpe».

(Sidon. Apollinaris , in Panegyrie. Jnthem., 363, p. 300,édit.Sirmond.)

2 Ce seconrs leur était trèa-nécessaire. Les Vandales dé FEspagne donnaient aux Gottis l'épiHiète insultante de Turli , parce que, durant la disette , ils araient donné une (Hèoe d'or pour une turla , enriron nne deml-ttrre de farine. (Olympiodor., ap. Phot., p. 161^.)

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(4l5dcp.J.-C.)

Bomains, par le massacre et l'afTaiblisseinent de leurs ennemis '.La guerre d'Espagne continua durant trois campagnes avec fureur et avec des succès variés ; et Wallia y acquit la réputation d'un héros. U exterminales Silinges, qui avaient ruiné la fertile province de la Bétique on Andalousie ; il taa de sa propre main le roi des Alainsdans une bataille; et les Scythes errans, qui échappèrent au fer du vainqueur, au lieu de choisir un nouveau chef, se réfugièrent sous les drapeaux des Vandales, avec lesquels ils restèrent confondus. Les Vandales eux-mêmes et les Snèves cédèrent tiox efforts irrésistibles des Goths. Les restes de tons ces barbares furent forcés dans leur retraite, et chassés jusque dans les montagnes de. Galice, où ils continuèrent à occuper le coin d'un canton aride, et à se livrer à leurs querelles et à leurs fureurs. An faite de la gloire et de la prospérité, Wallia n'oublia point ses engagemens. Il remit ses conquêtes d'Espagne sous l'obéissance d'Honorius ; et la tyrannie des officiers de l'empire fit bientôt regretter aux peuples le joug des barbares. Tandis que l'événement de la guerre était encore douteux, les premiers succès de Wallia engagèrent les ministres de Ravenne à décerner les honneurs du triomphe à leur faible souverain. Il entra dans Rome comme les anciens conquérans ; et si les vils monumens de la flatterie n'avaient pas été ensevelis depuis long-temps dans l'oubli qu'ils méritent, nous trouverions sans doute encore en vers et en prose les ouvrages des poètes, des orateurs , des magistrats et des évêques qui applaudirent à la fortune, à la sagesse et au courage invincible d'Honorins *.

Ce triomphe aurait pu être décerné avec

3 Orose donne une copie de ces lettres fHrëtendues. « Tu, cnm oomibus fattm tube, omniumque obsides > acdpe ; nos nobis confligimus , nobis perimus, tibi vin- » dnius;iniinortaUs veroquxstus erat relpublie» tuse, ■ si utrique pereamus. > L'idée est juste , mais je ne puis pas croire qu'elle ait été sailie et avouée par les barbares.

« Ronuimtriumphans ingreditur. Telle est l'expression de Prosper dans sa Chronique. Les faits relatif^ à la mort d'Adolphe et aux exploits de Wallia se trouvent dansOljrmpiodore {apud Pliot., p. 188); Orose (1. vn, c. 43, p. 584-587) ; Jomandès {de Reb. Get., c. 31, 32); et dans les Chroniques d'Idadus et d'Isidore.

justice à l'allié de Rome, si Wallia eût anéanti les semences de la guerre d'Espagne avant de repasser les Pjrrénées. Ses Goths victorieux, quarante>trois ans après avoir passé le Danube, obtinrent, conformément aux articles- du traité , la possession de la seconde Aquitaine, province maritime entre la Loire et b Garonne, et soumise à la jurisprudence civile et ecclésiastique de Bordeaux. Cette capital^ avantageusement située pour le commerce de l'Océan , était bâtie sur un pian régulier, et ses habitans nombreux se distinguaient du reste des Gaulois par leurs ricbes' ses, leur érudition, et l'affabilité de leurs manières. Tout le pays des environs- jouit d'un sol fertile et d'un climat tempéré. On rencontrait partout les inventions de l'art et les fruits de l'industrie; et les Goths, se reposant de leurs travaux glorieux, se rassasiaient délicieusement des excellons- vins d« l'Aquitaine ' . Leurs limites ^ s'éteadirent- par le don de quelques diocèses voisia»; et les sucesseurs- d'Alaric fixèrent: la résidence de leurcourà Toulouse, qui comprenait dans l'enceinte de sas murs cinq villes ou quartiers très-peuplés. A peu près au même temps, et dans les dernières années du règne d'Honorins, les Goths, les Francs et les Bonrgai> gnons obtinrent un établissement fixe et indépendant dans les provinces de la Gaule. L'empereur légitime confirma la concessio» de l'usurpateur Jovinus aux Bourguignoa»

ses alliés. Les terres de la Première oa de b Haute Germanie devinrent lapropriélë de cet barbares formidables, qui occupèrent insessiblemcnt, par droit de conquête ou par convention, les deux provinces connues depsb sous le nom de duché et de comté de Boa^ gogne *. Les Francs, ces vaillans et fidèks

* \usone (de Claris Vrbibiu, p. 2S7-262) Mt réloge de Bordeaux avec tout l'enlhousiasnie d'ua âl«T(* qui célèbre sa Tille natale. Voyez dans (Saliien, de G»hem. Dei,f. 228, Paris, 1608) une description âoqwale des provinces d'Aquitaineetde ftovempopulanie.

> Orose (L vn, c. 32, p. &âO) fait l'éioge de U doMor et de la modération des Bourguignons, ^ Iraitaioit Vem sujets gaulois comme des Mrts chrétiens. MascM » éclairci l'origine de leur royaume , dans les quatre fKmières notes qui se trouvent à la fin de soa Histoire en anciens Germains. (Vol. ii, p. 565-572 de la iradatlii* anglaise.)

(4I& dep. J.-G.) PAR ED. GIBBON.

alliés de Rome , se laissèrent bientôt tenter d'imiter les usurpateurs auxquels ils avaient résisté sicourageusement. Leurs tribus indépendantes pillèrent la ville de Trêves, capitale de la Gaule; et la faible colonie qu'ils conservaient depuis si long-temps dans le district de Toxandrie, enclavée dans le Brabant, se multiplia peu à peu sur les bords de la Meuse et de l'Escaut, anpoint qu'ils occupèrent toute l'étendue de la Seconde ou Basse Germanie. Ces faits sont sufisamment prouvés par le témoignage de l'histoire; mais la fondation de la monarchie française par Pharamond, ses conquêtes, et même son existence, ont été révoqués en doute avec justice par la sévérité impartiale des critiques modernes '.

On peut dater la mine des plus riches provinces de la Gaule du moment oii elle devint la résidence de ces barbares , dont l'alliance était dangereuse «t oppressive, et qui ne respectaient jamais la paix publique, lorsque leur intérêt ou leur caprice les disposait à la troubler. Ils exigèrent une forte rançon de tous les provinciaux dont ils épargnèrent la vie, s'emparèrent des terres les plus fertiles et des demeures les plus commodes pour leurs familles , leurs esclaves et leurs troupeaux. Les malheureux habitans s'éloignaient en soupirant , et cédaient sans résistance à ces avides étrangers leurs biens et leurs maisons patemeUes. Les Romains avaient exercé la mène injustice, non-seulement sur leurs conquêtes, au temps de leur oi^neil et de leurs victoires , mais sur leurs propres sujets dans les circonstances funestes de leurs discordes civiles. Les triumvirs proscrivirent dix-huit colonies florissantes, toutes situées en Italie, et distribuèrent les terres et les maisons aux vétérans qui vengèrent la mort de César , et donnèrent des fers à la république. Deux poètes, dont la réputation est bien différente, ont déploré , dans des circonstances sembla-

* Voyez Maseeu, I. vni, p. 43, 44, 4$. A l'nceptiea d'une ligne suspecte de UChrosique dePro6per(t. i, p. 638), on ne trouve nulle pari le nom de Pharamond avant le septième siMe. L'auteur des Gesta Francorum ((.II, p. 543) suppose, avec assez de probabilité, que Marcomir, père de Pharamond , exilé en Toscane, engagea les Francs i bire choix de son flte ou du moins d'un roi. *

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