CHAP. XXXI
blés , la perte de leur patrimcûne. Mais les légionnaires d'Auguste semblent avoir surpassé l'injustice et la violence des barbares qui envahirent la Gaule sous le règne d'Honorins. Vii^ile eut bien de la peine à sauver sa vie des fureurs du centurion qui s'empara de sa ferme de Mantoue ' ; et Paulin de Bordeaux reçut du Goth qui s'établit dans sa maison une somme d'argent qu'il accepta ,, avec autant de joie que de surprise, quoiqu'elle fût très-inférieure au prix de son bien. La violence se déguisait sous le masque d» la modération et de l'équité *. Le nom redoutable de conquérans se changeait dans la dénomination plus douce d'hôtes des Romains; et les barbares de la Gaale, particulièrement les Goths , déclaraient constamment qu'ils étaient attachés aux peuples par les liens de l'hospitalité , et à l'empereur par ceux du devoir et de l'obéissance militaire. On reconnaissait, on respectait encore le titre d'Honorius et de ses successeurs ; leurs lois et leurs magistrats civils étaient reconnus dans les provinces de la Gaule cédées aux barbares; et les rois, qui exerçaient une autorité indépendante sur leurs sujets, sollicitaient comme un honneur le rang de maître-général des armées de l'empire*, 'felle était la vénération involontaire que le nom de Romain inspirait aux farouches guerriers qui avaient pillé le Capitole.
Tandis que les Goths ravageaient l'Italie, et que de faibles usurpateurs opprimaient suo cessivement les provinces au-delà des Alpes, l'Ile de la Grande-Bretagne secoua le joug du gouvernement romain. Ou avait retiré peu à
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Voyez la neuvième églogue tout entière , avec le eemmentaire de Servius. On assigna aux vétérans quinze milles du territoire de Mantoue, avec une réserve de trois milles autour de la ville en faveur des habitans. Alfenus Varus, Hameuxjurisconsulle, et l'un des commissaires nommés pour cette occasion , parvint à diminuer la réserve en y faisant comprendre huit cents pas d'eau et de marais.
2 Voyez le passage remarquable de V EueharisUeon de Paulin , 575, <ip. Moscou, 1. vin, c. 42.
3 Cette importante vérité est prouvée par Tillemont (His(. des Emper.), et par l'abbé Dubos (ilistoirede l'établissement de la monarchie iïançaise dans les Gaules, 1. 1, p.259). .
pea toutes les forces régulières qui gardaient cette province éIoigBée;etl» Grande Bretagne se trouvait abandonnée sans déJEense aux pirates saxons et anx sauvagesde la Calédonle. Les Bretons, réduits à cette extrémité. Décomptèrent plus sur le secours tardif et douteux d'une monarchie expirante. Ils prirent les armes , repoussèrent les barbares, et se réjouirent d'avoir essayé si heureusement leurs propres forces '. Les mêmes calamités inspi" nèrent le même courage aux provinces armoricaines, qui comprenaient, sons cette dénomination , les côtes maritimes de la Gaule entre la Seine et la Loire *. Les habitans chaS' sèrent les magpatrats romains qui commau" daient sous l'autorité de l'usurpateur Constantin , et établirent un gouvernement libre cbes un peuple qui obéissait depuis si longtemps au de^[>otisme d'un maître. Honorios, empereur légitime de l'Occident, conflrma l'indépendance de la Bretagne et de l'Ârmorique; et les lettres que le fik de Théodose écrivit à ces nouveaux états, et dans lesquelles il les abandonnait à leur propre défense, peuvent être considérées commenne renonciation formelle aux droits et à l'exercice de la sou» veraineté. L'événement justifia , en quelque swte, cette interprétation. Lorsque tous les usurpateurs eurent succombé, l'empire reprit la possession des provinces maritimes; mais leur soumission fut toujours imparfaite et précaire. Le caractère vain et inconstant de ces peuples, et leurs dispositions turbulentes, étaient également incompatibles avec la servitude et avec la liberté *. L'Armorique
) Zo^iiie(l. n, p. 37frâ83)rao(Mileenp««deinoU la rérolte de la Bretagne et de rAraoriqae. Nm antiquaires, et le grand Camden Ini-méme, ont été entraînés dans de grandes erreurs, liiute d'une connaissance suffisanle de l'histoire du continent.
> WA. de Valois et d'Anville , géographes nationaux , fixent les limites de l'Annorique dans leurs Notilia de l'andenne Gaule. Le pays connu sous ce nom eut d'abord une grande étendue et plus tard elle en eut une beaucoup moins considérable.
I CoiihrtcrgemtBOiaotliiliiucbnidnaraanM, AmorleaH priiia nicri eogaoniiie dicta.
Torra, ftroi, natou, v^ai, incanta, rebdlU, IiKonsUDi , dlsparqui! ilbi DOYitaUs amon ; rrodlga lerboma , Md nao et KxUga IkciL
(Errieu8Monach.,tnv/f.«ancti GermatU, 1. t, ap. F*Us., Nota. GcUiarum, p. 43). Valo'is rapporte, pour confirmer ce caractère, plusieurs témoignages aui
DECAN^NGE DE L'EMPIRE ROUAIH, (4U dep. L-C.)
ne pat pas consorver long-temps la forme
d'une république ' ; mais elle fut sans cesse agitée de révoltes et de factions, et la Breugne fut perdue sans retour '. Mais, comme les empereurs consentirent sagement à l'indépendance de cette province éloignée, la séparation n'entraîna le reproche ni de rébellioD, ni de tyrannie; et les services volontnresde l'amitié nationale succédèrent anx devoirs de l'obéissance et de la protection *.
Cette révolution détruisit tout l'édifice du gouvernement civil et militaire, et, durant «ne période de quarante ans , la Bretagne se gouverna jusqu'à la descente des Saxons, sons l'autorité du dergé, des nobles et des villes municipales *. i" Zosime , le seul qui ait coo' serve la mémoire de cette transaction , remarque que les lettres d'Honorins étaient adressiées aux villes de la Bretagne *. Quatre-vingtdix cités considérables avaient pris naissance dans cette vaste province sous la protecti<Hi des Romains; et, dans ce nombre, trente-trrà jouissaient de privilèges très-avantageux *.
quels j'ajouterai celui du prêtre ConslantiD , A. D., W. Dans la vie de saint GaraiaiB , il ai^eUe les Annoriqoes rd>elles • mobiiem et indûeipliiuUum populum. > (Voyez les Historiens de France , 1. 1 , p. 643.)
■ J'ai cm deroir faire ma protestation contre cette pa^ tie du tysltaiede l'abbé Dnbos, contre lequd Montesquieu s'est élevé u fortonesl. Voya l'Esprit des Ltit (1, XXI, c. 24.)
sont les expressions de Procope {de BeU. Fondai., 1. 1> c. 2, p. 181, édit. LouTre) dans un passage qui a élétnf o^gygé. Bèdelui-mêrae {Bist. GeiU. jùtgUe., 1. 1, c. 12, p. 50, édit. Smitii ) convieiit que les Romains abaodoonèrent tout-à-(ait la Bretagne sous le régne d'Honorios. Cependant nos historiens modernes et nos antiquaires W sont point de cette opinion ; et quelqoes-uns préteodent qv'il ne se passa que peu de mois entre la retraite des Romains et l'invasioii des Saxons.
3 Bédé n'a point omis le secours passager des U&OBt contre les Pietés et les Ecossais; et nous présenterons, comme une prenre plus authentique, la levée de dnuic mille hommes que les Bretons indépendaas fonmlNit i l'empereur AnUiemius pour la guerre de la Gaule.
4 Je me dois i moi-même et à la vérité de l'histoire 4e dédarer que quelques cireonatances de «e paragraphe ne sont fondées que snr des analogies et des coajectwes^
i nf*t rit n BxTAirfi» itt\ut. (Zasime, I. n, p. 383.) * Denx villes de la Bretagne étaient munieipia, mh^ eolorUes, dix laHi jure donatet, douze stipendian<v. Ce déUU est tiré de Richard de Cirencester (.de situ BritauUœ, p. 36) ; et, quoiqu'on puisse douter qii1l ait écrit d'après le MSS. d'un général romain , il montre
(4tS dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON
Chacune de ces villes formait, comme dans les autres proTÏnces de l'empire , une administration municipale qui réglait la police intérieure , et l'autorité de ce gouvernement se partageait entre des magistrats annuels , un sénat choisi et l'assemblée du peuple, conformément au modèle de la constitution romaine*. Ces petites républiques administraient le revenu public, exerçaient la juridiction civile et criminelle, etdécidaiast[sur les intérêts politiques ; et lorsqu'elles défendaient leur indépendance, la jeunesse de la ville et des environs accourait sous l'étendard du magistrat. Mais le désir aveugle d'obtenir ions les avantages de la société civile, sans s'asservir à aucune des charges qu'elle impose, est une source inépuisable de troubles et de discorde ; et nous ne pouvons pas raisonnablement supposer que l'indépendanoe de la Bretagne ait été exempte de tumulte et de factions. Les citoyens méconnaissaient fréquemment la supériorité du rang et de la fortune ; les nobles se plaignaient d'être devenus les sujets de leurs anciens serviteurs * , et regrettaient souvent le gouvernement arbitraire des empereurs. 2" Les possessions territoriales des sénateurs leur donnaient sur le pays voisin une autorité, qui maintenait la juridiction de la ville. Les villages et les propriétaires des campagnes reconnaissaient l'autorité de ces républiques naissantes, a6n d'y trouver, dans l'occasion, leur sûreté. Mais les seigneurs héréditaires de vastes possessions, qui n'étaient point gênés par le voisinage d'une grande ville, aspiraient au rang de princes indépendans, et exerçaient les droits de paix et de guerre au gré de leur caprice ou de leur intérêt. Les jardins et les maisons de campagne, dans lesquels on cherchait à imiter l'élégance italienne, se convertirent bientôt en forteresses, où les habitans des environs se réfugiaient dans les momens de danger '.