‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 61 sur 105 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Invasion de la Gaule par Attila. — Il est repoon^ par Aétius et . les Tisigolhs. — Attila envahit et évacue l'Italie. — Mort d'Attila, d'AétiusJet de ValeoUaien

L'empereur Marcien pensait qu'il fallait éviter la guerre, lorsqu'on pouvait conserver honorablement une paix solide ; mais il pensait aussi que la paix ne pouvait être ni solide ni honorable, quand un souverain montrait pour la guerre une aversion pusillanime. Telles étaient les maximes qui dictèrent sa réponse au roi des Huns, lorsqu'il demanda insolemment le paiement du tribut annuel.

■ Procope, de Bell. Fondai., 1. 1, c. 4; Evagrius, I. m c. 1;Tfaéophane, p. 90,91; Novell, ad calcem. Code dt Théodose, t. vi, p. 30. Les louanges que saint Léon et lei catholiques ont prodiguées à Marcien ont été soigneusement transcrites par Baronius, pour reocouragement des princes futurs.

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< Ce n'est plus le temps , dit Marciea aux ambassadeurs, où l'on pouvait insulter impunément la majesté de l'empire en parlant de tribut; je récompenserai toujours avec libéralité mes fidèles alliés ; mais ceux qui entreprendront de troubler la paix, trouveront des soldats qui ne manquent ni de fer ni de courage pour les repousser. > Apollonius , envoyé au camp des Huns , y tint à peu près le même langage, refusa de remettre les présens avant d'avoir été admis à l'audience du monarque, et se conduisit avec une fermeté qu'Attila ne s'attendait pas à trouverdans les Romains dégénérés '. Le fougueux barbare menaça de châtier le successeur de Théodose ; mais il balançait en lui-même lequel des deux empires il attaquerait le premier. Tandis que les peuples de l'Orient et de l'Occident attendaient avec inquiétude que le formidable Attila eût fixé son choix, U fit partir des envoyés pour les cours deRavenne et de Constantinople; et ces ministres adressèrent aux deux empereurs la même harangue insultante : < Attila, mon maître et le > tien, t'ordonne de faire préparer sans dé- * lai un palais pour le recevoir*. > Mais comme le monarque des Huns méprisait ou affectait de mépriser les Romains de l'Orient, qu'il avait vaincus tant de fois, il déclara sa résolution de différer cette conquête facile, jusqu'au moment où il aurait achevé une entreprise plus importante et plus glorieuse. Dans les mémorables invasions de ;la Gaule et de l'Italie, les Huns furent naturellement excités par la richesse et par la fertilité de ces provinces ; mais on ne peut expliquer les motifs personnels d'Attila que par l'état de l'empire d'Occident sous le règne de Yalentiuien, ou, pour parler plus correctement, sons l'administration d'Aétius *.

' Voyez Priscus, p. 3d-n.

2 La Chronique d'Alexandrie ou Pasdi. , qui rend compte de cet ïDsolent message, peut avoir anticipé la date, en la plaçant sous le règne ou avant la mort de Théodose; mais ce grave annaliste n'aurait pas tronvé dans son imagination le style caractéristique d'Attila.

3 Le second livre de l'Histoire criUque de l'établistement de la monarchie française (t. i, p. 189-424) jette une grande clarté sur l'état de la Gaule, lorsqu'elle (Ut envaliie par Attila. Mais l'iDgénieus auteur, l'abbé Dubos , se perd trop souvent dans les systèmes et les conjectures.

PAR ED. GIBBOK. GH. XXXV

Après la mort de Boniface, son rival, Aétins s'était retiré prudemment dans le camp des Huns, et il était redevable à l'amitié des barbares de sa sûreté présente et de sa grandeur future. Au lieu d'employer le langage suppliant d'im exilé coupable, Aétius sollicita son pardon à la tête de soixante mille de ses protecteurs; et la résistance inutile de Placidie prouva qu'elle cédait plus à la crainte qu'à la clémence. L'impératrice se mit elle-même , ainsi que son fils Valentinieu et l'empire, sousla tutelle d'un sujet arrogant, et ne conserva pas même assez d'autorité pour protéger le gendre de Boniface, le fidèle et vertueux Sébastien, contre un ennemi implacable, dont la vengeance le poursuivit partout, jusqu'au momentoù ilperditobscurémentla vie au service des Vandales '. L'heureux Aétius, après avoir obtenu le rang de patrice et trois fois les honneurs du consulat, prit le titre de maître général de la cavalerie et de l'infanterie, et s'empara de toute l'autorité militaire. Les écrivains de son temps le nomment quelquefois le duc ou général des Romaint de l' Occident. Ce ne fut point à^la vertu d'Aétius, mais àsa prudence^ que le petit-fils du grand Théodose dut la conservation de la pourpre et du vain nom d'empereur. Valentinieu jouissait en paix des délices- de l'Italie, tandis que le patrice se montrait dans tout l'éclat d'un héro& et d'un patriote qui, durant vingt années, avait soutenu les ruines d'un empire prêt à s'écrouler. L'historien des Goths avoue qu' Aétius fut le sauveur de la république *; et le portrait suivant, quoique flatté, contient cependant plus de vérité que d'adulation. < Sa mère était italienne , d'une famille

1 Victor Vitensis (<te Persecul. Fondai., L i, c. 6, p. 8, édit. Ruinart) le nomme, acerconsUioetstrenuus in bello. Mais, quand il tomba dans l'inrortune, son courage ne tut plus considéré que comme l'aveuglement du désespoir, et Sébastien Ait Bwnoaaoé prceceps. (Sidon., ApoUinar., Carmen, a., 181.) Les Chroniques d'Idacius et de Marcellinus fbntune légère mention de ses aventures dans la Sicile, la Gaule, l'Espagne et l' Afrique. U était toujours accompagné, dans sa fUite, d'une troupe nombreuse , puisqu'il ravagea l'Heliespont et U Proponllde , et s'empara de la ville de Barcelone.

* • Reipublicae roman» siogulariler natus , qui super-

> biam Suevorum , Francorumque barbariem immensis

> csedibusservireimperioromanoeoegissel. • (Jornandès, de Rébus Geticis, c. 34 , p. 660.)

DECADENCE DE L'EMPIRE HOMAlN,

(450 dep. J.-C.)

* noble et opulente; et son père Gaudentius,

* qui tenait un rang distingué dans la province

> de Scythie , s'éleva graduellement d'un

* poste de domesticité militaire au rang de

> maitre-général de la cavalerie. Son fils ,

* placé dans les gardes presque dès son en-

> fance, fut donné comme otage , d'abord à

> Alaric, et ensuite aux Huns. II obtint suc- 1 cessivement les honneurs civils et militaires

> du palais, dont la supériorité de son mérite

* le rendait tout-à-fait digne. Il avait la figure » noble et agréable; sa taille était moyenne ,

* mais merveilleusement proportionnée ponr

> la force, la beauté et l'agilité. Il excellait

> dans les exercices militaires, tels que de ma-

* nier un cheval, de tirer de l'arc, et de lan- » cer le javelot. Patient dans ses entreprises, » il supportait sans murmurer les veilles et

> le manque de nourriture ; son corps et son

> âme étaient capables des plus pénibles ef- » forts. Aétitts méprisait les dangers et dé-

> daignait les injures , et il était impossible

> de tromper, corrompre ou intimider la no-

> ble fermeté de son âme '. > Les barbares qui s'étaient fixés dans les provinces de l'Occident s'accoutumèrent peu à peu à respecter la valeur et la bonne foi d'Aétius. Il calmait leur pétulance, caressait leurs préjugés, balançait leurs intérêts, et mettait un frein à leur ambition. Un traité conclu à propos avec Genseric arrêta les Vandales prêts à entrer en Italie ; les Bretons indépendans implorèrent son secours : l'autorité impériale fut ré' tablie par lui en Espagne et dans la Gaole ; et, après avoir vaincu les Suèves et les Francs, il les força d'employer leurs armes à la défense de la république.

Par politique autant que par reconnaissance, Aétius cultivait assidûment l'amitiédes Huns. Durant son séjour dans leur camp , comme otage ou comme exilé, il vécut familièrement avec Attila , neveu de son bienfaiteur; et ces célèbres adversaires semblent

1 Ce portrait est de Renalus Protatnrns Frigeridns, auteur eontemporain, couou seulement par (luelques extraits que Gi^igoire de Tours a conservés (I. ii, c. 8, t n, p. 163.) Il était sans doute du devoir, ou au moins de Vintértt de Renatus , d'exagérer les vertus d'Aétius ; mais il eOt été plus adroit de ne point parler de sa clémeiice.

avoir été liés d'une intimité qu'ils conirmèrent dans la suite par des présens mutuels et par de fréquentes ambassades. Carpilion, fils d'Aétius, fut élevé dans le camp d'Attila. Par des protestations d'attachement et de reconnaissance, le patrice cherchait à déguiser ses craintes à un conquérant dont les armées formidables menaçaient les deux empires. Il satisfaisait à ses demandes , ou tâchait de les éluder. Lorsqu'il réclama, comme dépouilles d'une ville prise d'assaut, quelques vases d'or frauduleusement détournés, les gouverneurs de la Norique furent aussitôt envoyés pour lui donner satisfaction ' ; et il est évident, d'après leur conversation avec Maximin et Priscus dans le village royal , qne la prudence et la valeur d'Aétius n'avaient pas pu éviter aux Romains de l'Occident la honte d'un tribut. Sa politique adroite prolongeait les avantages d'une paix nécessaire ; et il employait à la défense de la Gaule une nombreuse armée de Huns et d'Alains, qui lui étaient personnellement attachés. Il avait judicieusement placé deux colonies de ces barbares sur les territoires de Valence et d'Orléans *, et leur cavalerie active gardait fidèlement les passages du Rhône et de la Loire. Ces alliés sauvages étaient à la vérité presque aussi redoutables ponr les sujets de Rome que pour ses ennemis. Ils prirent possession du canton qui leur avait été accordé avec toute ia violence Ucenciense de la conquête, et les provinces où ils passaient éprouvaient toutes les calamités d'une invasion '. ludifférens pour Fem-

I L'ambassade était composée du comte Romulus , de Promolus, président de la Norique, et de Romanus, di^ militaire : ils étaient accompagnés de TatuUus , illustre citoyen de Petorio , &ns la même province , et père d'Oreste , qui avait épousé la flUe du eomte Romulus. ( Voya Priscus , 57-65.) Cassiodore (Fariat., i, 4) fait mention d'une autre ambassade, composée de son père d de Carpilion, flls d'Aétius; et, comme Attila n'existait plus, il pouvùt exagérer impunément l'intrépidilé de leur conduite en présence du rai des Huns.

1 Déserta Falentiiue urbis rura Jlemis parttenda traduntur. (Prosper, lyronit Chroniq., dans les historiens de France, t. i, p. 639.) Quelques Kgnes après. Prosper observe qu'on assigna des terres aux Alains dans la Gaule ultérieure. Sans admettre la correction de Dubos (t. I, p. 300), la supposition très-probable de deux colonies ou garnisons d'Alains confirmera sesargumens et détruira sesobJectioBS.

» Voyei Prosper Tyro, p. 639. Sidonios {Panegxr.

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pereur et pour l'empire , les Alains de la Gaule étaient aveuglément dévoués à servir l'ambitieux Âétius ; et, quoiqu'il pût craindre que dans une guerre contre Attila ils ne repassassent sous les drapeaux de leur monarque national , le patrice travailla plus à calmer qu'à exciter leur ressentiment contre les Goths , les Francs et les Bo'ui^uignons.

Le royaume fondé par les Visigoths dans les provinces méridionales de la Gaule avait insensiblement acquis de la force et de la solidité ; et la corduite de ces ambitieux barbares , en temps de paix et en temps de guerre, exigeait la vigilance continuelle d'Âétius. Après la mortdeWallia, Théodoric, Gis du grand Alaric, hérita du trône *, et un règne heureux de plus de trente ans sur un peuple inconstant et indocile autorise à penser que sa prudence était soutenue d'une vigueur extraordinaire de corps et d'esprit Resserré dans des limites trop étroites, Théodoric aspirait à la possession de la ville d'Arles, centre du commerce et siège du gouvernement , mais l'approche d'Aétius sauva la place ; et le roi des Goths, après avoir levé le siège avec quelque perte et un peu de honte, consentit, moyennant un subside convenable, à diriger la valeur de ses sujets contre l'Espagne. Cependant Théodoric guettait et saisit habilement l'occasion de renouveler son entreprise. Les Goths assiégèrent Narbonne, taudis que les Bourguignons faisaient une invasion dans les provinces belgiques, et l'intelligence évidente des ennemis de Rome

JvU., 246) se plaint au oobi de l'Auvei^iie, sa patrie.

Lftofins st7th*eos equlta tanc forte sabaeto Cdnu Armorlco, geticuin raptebit In aftmen Per terras, Avcmc, tnaa, qui proxima qnseqne DlKursa, flammls, Tcrro, ferltatc, rai>lDU Udckant; radt rallenles nomen laatu.

Un autre poêle, Pauliu du Périgord, confirme celte plainte.

Mail sodum vlx rerre ipie» <|iil dnrior boflc

Voyez Dttbos, 1. 1, p. 330.

< Théodoric ii , fils de Théodoric premier , déclare à Avilus sa résolution de réparer ou d'expier la faute que son grand-père avait commise.

Quie aotur peceavlt avus, quem ftiacat id unnnif

Qnod te , Roma , rapil.

sidon., Penegfr. Jvlt., SOS.

CeUe drconslance, qui D'est applicable qu'au grand Alaric, établit la fllialion des rois des Golhs, et on avait jusqu'à présent néglige celte obserraliou.

PAR ED. GIBBON. CH. XXXV

menaçait de tontes parts sa sûreté. L'activité d'Aétius et sa cavalerie scythe opposaient partout une résistance insurmontable. Vingt mille Bourguignons périrent les armes à la main ; et le reste de cette nation accepta humblement un petit canton dans les montagnes de la Savoie '. Les béliers ébranlaient déjà les mursdeNarbonne, et les habitans étaient réduits à la plus cruelle famine, lorsque le comte Litorius, approchant en silence avec un corps nombreu» de cavalerie , dont chaque homme portait deux sacs de farine sur sou cheval, pénétra dans la ville à travers les retranchemens des ennemis. Les Goths levèrent le siège, et perdirent huit mille hommes dans une bataille, dont la victoire décisive est attribuée aux dispositions et h la conduite personnelle d'Aétius. Mais, dans l'absence dn patrice, que quelque affaire publique on particulière rappela précipitamment en Italie , le comte Litorius succéda au commandement , et sa présomption fit bientôt sentir qu'il ne suflGt pas de savoir conduire un corps de cavalerie, pour diriger habilement les opérations d'une guerre importante. A la tète d'une armée de Huns , il avança imprudemment jusqu'aux portes de Toulouse , sans daigner prendre de précautions contre un ennemi dont les revers avaient éveillé la prudence, et que sa situation pouvait réduire au désespoir. Les prédictions des augures inspiraient à Litorius une confiance profane. Convaincu qu'il devait entrer en vainqueur dans la capitale des Goths, il refusa tontes les offres de paix que les évéques vinrent plusieurs fois lui faire au nom de Théodoric. Le roi des Goths montra dans cette circonstance dangereuse le contraste édifiant de la piété chrétienne et de la modération , et ne quitta la haire et les cendres que quand tout fut préparé pour le combat. Ses soldats, enflammés d'un pieux enthousiasme, assaillirent le camp de Litorius. Le combat

* On trouve dans Ammien Maroellin le nom de Sapaudia, dont cdui de Savoie esl dérivé; et la Notitia constate l'existence de deux postes militaires dons celle province. Une cohorte était placée à Grenoble , en Dauphioé; el il jr avait à Bbredunum, ou Iverdun, uue (li:tte de petits vaisseaux qui défendaient le lac de Neurchàlel. (Voyez Valesius, NotU. GalUatum, p. 503; d'AnvUle, Notice de l'ancienne Gaule, p. 284-779.)

DECADENCE DE L'EBIPIRE ROMAm,

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fut opiniâtre, et la perte considérable des deux côtés. Après une défaite totale, dont il ne pouvait accuser que son ignorance et sa témérité, le général romain traversa les rues de Toulouse, non pas en conquérant, comme il s'en était flatté, mais prisonnier, à la suite de son vainqueur; et la misère qu'il éprouva, dans sa longue et ignominieuse captivité, excita même la compassion des barbares '. Une perte si considérable, dans un pays dont les finances et le courage étaient épuisés depuis long-temps, pouvait difficilement se réparer; et les Goths, animés par l'ambition et par la vengeance, auraient planté leurs étendards victorieux sur les bords du Rhône, si le retour d'Aétius n'eût pas rétabli les forces et la discipline^des Romains *. Les deux armées attendaient le signal d'une action décisive; mais les généraux, qui se craignaient réciproquement , remirent prudemment leur épée dans le fourreau sur le champ de bataille, et leur réconciliation fut sincère et durable. Il parait que Théodoric, roi des Yisigoths , mérita l'amour de ses sujets , la confiance de ses alliés , et l'estime'de ses ennemis. Six vaillans fils environnèrent son trône. Leur éducation n'avait pas été bornée aux exercices militaires; les fils de Théodoric firent leurs études dans les écoles de la Gaule; l'éuide de la jurisprudence romaine leur fil connaître, du moins|par théorie , la justice et les lois; et la lecture de l'harmonieux Virgile contribua sans doute à adoucir la rudesse de leurs mœurs nationales '. Les

* Salvien a essayé d'expliquer le gouvernement moral de la Divinité , tâctie lrès-(ïcile à remplir, en supposant que les ealamilés des méchaDS sont des cbâtimens, et que les malheurs qui assiègent l'homme vertueux sont des épreuves.

3 . . . . Capto tfmrnm damna patebant IJlorio, la RbodamiB proprias producere floes, Tbciidorldx fixum; Dec erat pugoare Deceaac, Seil mlgrareGcUs; rabldam troxaajxrat iram Vldor; qnod senslt Scrthiciun sob ncealbiu hostCB Imputât , et nihil «st gravins , si iorsUan uiiqiiam

VlDMK (onUogat, trepido

Pantçyr. JvU., 300, etc.

Sidonius eootinne ensuite son rôle de panégyriste, en attribuant tout le mérite d'Aétius à son ministre Avitus. 3 Théodoric ii révérait dans Avitus son ancien précepteur.

Mllil Boonl* 4adm

Per te tara placent; panumque edis<a« )iusll Ad tua Terba pater dodii quo prisca MaronU Carminé molUnl K)lhleM mlhl pagina mores.

Sidoo., Panegyr. évU., 49S, de.

deux filles du roi des Goths épousèrent les fils aines du roi des Suèves et de celui des Vandales, qui régnaient en Espagne et en Afrique. Hais ces alliances illustres furent fécondes en crimes et en discordes. La reine des Suèves eut à pleurer la mort de son mari assassiné par son frère, et la princesse des Vandales éprouva le traitement le plus odieux du tyran auquel elle avait donné le nom de père. Le barbare Genseric soupçonna la femme de son fils du dessein de l'empoisonner pour placer son mari sur le trône. Sur ce seul soupçon il lui fit couper le nez et les oreilles; etla fille infortunée de Théodoric fut ignominieusement renvoyée à son père dans cet état affreux. Le spectacle de cette horrible cruauté, qui parait incroyable à un siècle civilisé, arracha des larmes de tous les yeux; mais Théodoric, éprouvant à la fois la douleur d'un père et l'indignation d'un monarque, résolut de tirer vengeance de cette injure irréparable. Les ministres impériaux , intéresses à fomenter les discordes des barbares, auraient fourni au roi des Goths de l'or, des armes et des vaisseaux pour porter la gaerre en Afrique, et la cruauté de Genseric lui serait peut-être devenue fatale , si l'artifideux Vandale n'eût pas réussi à se procurer le secours formidable des Huns. Ses présens et ses instancesenflammèrentl'ambition d'Attila, et l'invasion de la Gaule arrêta l'entreprise d'Aétius et de Théodoric '.

Les Francs, dont la monarchie était eneore renfermée dans les environs du Bas-Rhin , avaient sagement accordé à la noble famille des Mérovingiens le droit exclusif de succéder à la couronne'. On élevait ces princes

> Nos autorités pom- le règne de Théodoric f* sont, Jornandés {de Rébus Getieis, c. 34-36) , les Chroniques d'idarius et les deux Prosper, insérés dans les historiens de France (t. i, p. 612-640), et en outre Salvien {de GubernationeDei, ï.yuy p. 243, 244, 245), et le panégyrique d' Avitus par Sidonius.

2 Reges erinitos se ereavisse déprima, et, ut ita dicam, nobiliori suorumfamilia. (Grég.,de Tours, I. ii, c. 9, p. 166, du second des Historiens de France.) Grégoire ne Tait pas mention du nom de Mérovingien; mais jusqu'au commencement du septième siècle ce nom paraît avoir été la dénomination dislinclive de la Itimille royale, et mime des monarques firançais. Un critique ingénieux a fait descendre les Mérovingiens du grand Maroboduus ; et il a prouvé avec évidence que ce prince qui donna son

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sur un bovdier, symbok du commandement militaires et les longs cheveux étaient la inarqnede la naissance et de la dignité royale. Leur chevelure blmide , qu'ils peignaient et arrangeaient avec grand soin, flottait en boucles sur leurs épaules. La loi ou l'usage obligeait le reste de la nation à se raser le derrière de la tête , à relever les cheveux sur le front , et à se contenter de deux moustaches". La hautetailledesFrancset leurs yeux bleus annonçaient leur origine germaine; leurs habits serrés laissaient Voir la forme de leurs membres ; ils portaient une épée pesante suspendue à un large baudrier, et un grand bouclier qui les couvrait presque tout entiers. Ces barbares apprenaient dès l'enfance à courir, à sauter, à nager, à lancer le javelot ou la hache d'armes , à attaquer sans hésiter un ennemi supérieur en nombre, et à soutenir jusqu'à la mort la réputation invincible de leurs ancêtres'. Clodioa, le premier de leurs rois chevelus dont l'histoire fasse connaître le nom et les actions d'une manière authentique, faisait sa résidence à Dispargum*, village ou Torteresse dont on peut assigner la position entre Bruxelles et Louvain.

nom à la première race, était plus anden que le père de Childéric. (Voyez les Mém. de l'Acad. des Inscript., t. n, p. 52-90; U m, p. 557-587.)

I Cet uMien usage dea Germains, dont on peut suivre la trace depuis Tacite jusqu'à Grégoire de Tours, fut euiln adopté par les empereurs de ConstantiDople. D'après un manuscrit du dixième siècle, Monttïucon a représenté une eérémoDie semblatrie, que l'ignorance du siède appliquait à Dand. ( Voyez UonunoM de la mooarohie flrançaite, 1. 1, Discours préliiBinaire.)

' Ccesaries prolixa crinium flagelUs per

terga dimissis, etc. (Voyez la préface du troisième volume des historiens de France, et l'abbé le Boeuf, Disso^. , I. m, p. 47-79.) Cet usage particulier des Mérovingiens est constaté par les écrivains nationaux et étrangers ; par Priscus (t. I, p. 608), par Agattiias (t. u, p. 49) et par Grégoire de Tours (1. m, 18; vi, 24; vm, 10; t. ii, p. 196- 278-316.)

3 Voyez UD portrait original 4e la figure, de llMbillement, des armes et dn caractère des ancieas Francs, dans Sidooius Aponioaris ( Panegyr. de Msgorien, 238-254 ). De tels portraits ont une valeur réelle quoique grossièrement dessinés. Le père Daniel (Histoire de la Milice Française, 1. 1, p. 2-7) a éclairci cette description.

* Dubos, Hist. erit., etc., t. i, p. 271, 272. QuelqDes auteurs ont placé Dispargum de l'autre c6té du Rbin. (Voyez une noie des éditeurs bénédictins aux Historiens de France, t ii, p. 166.)

I>AR ED. GIBBON. CHAP. XXXV

Le roi des Francs apprit par ses espions que la seconde Belgique était presque sans défense , et qu'il lui serait facile de s'en empa' rer. 11 pénétra audacieusement à travers les bois et les marais de la forêt Carbonnaire * , s'empara de Cambrai et de Tournai, les deux seules villes qui existassent dans te cinquième siècle, et étendit ses conquêtes jusqu'à la rivière de SotHUie dans un pays désert, dont la culture et la population sont les suites d'une industrie plus moderne *. Tandis que Clodbn campait dans les plaines de l'Artois % et célébrait afvec une sëcurité imprudente un mariage, sans doute celui de son fils , l'arri' vée d'Aétius , qui avait passé la Somme à la tète de sa cavalerie légère, interrompit désagréablement la fête nuptiale. Les tables dressées derrière une montagne, sur le bord éwo ruisseau, furent impétveusemeiit renversées } les Francs n'eurent le temps de reprendre ni leur" rangs , ni leurs armes, et leur valeur leur devint funeste. Les Romains se saisirent des chariots qui suivaient l'armée. La nouvelle épouse, ses compagnes et leurs snivaiH tes se soumirent aux lois de la guerre avec docilité. Cet avantage, âà à l'activité d'Aétius, obscurcit on peu la gloire militaire de Clodion ; mais le roi des Francs répara bientôt sa faute, et rétablit sa réputation en se main» tenant dans la possession de ses états depuis les bords du Rhin jusqu'à ceux de la Somme*. Trêves , Mayence et Cologne éprotivèrent sous son règne, et probablement par l'esprit

< La forêt Carbonnaire ou Carbonnienne était cette partie de la grande forêt des Ardennes , qui est située entre l'Escaut , et la Meuse. (Vales., Wotit. GaU., p. 126.)

î Grég. de Tours, I. n, c. 9, t. n, p. 166, 167; Fredegar., Epitom., c. 9, p. 395; Geste , Reg. Francor., c. 5, t. n, p. 544; Fît. sanct, Remig. ah ffincmart t. m, p. 373.

3 Francns qoa Qoio palenlcs

Atrebaliui terras perraKral

Panegyr. Malorlan., ta.

L'endroit exact était une ville ou nn village appelé Hcus ffetena', et des géographes modernes ont découvert le nom et la place à Lens. (Voy. Vales., iVotit GalL, p. 246; Longuenie, Description de la France, t. n, p. 88.)

* Voyez un récit vague de celte action dans Sidonius , (Panég. de Maiorien, 212-230.) Lee critiques français, impatiens d'établir leur monarchie dans la Gaule, ont tiré UB argument très-ftirt du silence de Sidonius, qui ne dit point que les Francs aient été forcés de repasser le KUn après leur défMe. (Onbos, 1. 1 , p. 322.)

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

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entreprenant de ses sujets, tout ce que l'avarice et la cruauté peuvent inspirer à des vainqueurs. Cologne eut le malheur de rester sous la puissance de ces barbares , qui évacuèrent les ruines de Trêves ; et Trêves , qui, dansunespace de quarante ans, avait été quatre fois prise et pillée, ctiercliait encore à ottbHer ses anciennes calamités dans les vains amusemens du cirque*. Après un règne de vingt ans, la mort de Clodion livra son royaume à la discorde de deux fils ambitieux.'. Mérovée , le plus jeune , implora la protection de Rome. Valeulinien le reçut comme son allié et le fils adoptif du patricc Aétius; il le renvoya dans son pays avec des présens magnifiques et les plus fortes assurances de secours et d'amitié. Tandis qu'il >était absent, son aîné avait sollicité avec non mmns d'ardeur la formidable assistance d'Attila; et le roi des Huns accepta avec plaisir une alliance qui lui facilitait le passage du Rhin , et fournissait un prétexte honorable à l'invasion qu'il projetait de faire dans la Gattle^

Lorsqu'Atlila annonça publiquement la résolution de secourir les Francs et les Vandales , ce héros sauvage , saisi comme d'un esprit de chevalerie , se déclara aussi l'amant de la princesse Honoria. La sœur de Valentinien avait été élevée dans le palais de Ravenne; et, comme le mari d'Honoria aurait pu donner de l'inquiétude à l'empire, on éleva

< Salvien {de GiAertuU. DeL, I. n) a raconté en style v^;ue et déclamatoire les calamités de ces trois villes , qui sont distinctement constatées par le sarant Mascou (HLst. des anciens Germains, ix, 21).

2 Prisais, en racontant la contestation, ne nomme pas les deux frères dont il avait tu un à Rome, et qu'il dégeint comme un adolescent, sans barbe et avec de longs cheveux Oottans. (Historiens de France, 1. 1, p. 607, 608.) Les éditeurs bénédictins penclient à croire qu'ils ^ient les flls de quelque roi inconnu des Francs, dont le royaume était situé sur les bords du Necker; mais les albumens de M. 4e Fonoemagne (Mém. de l'Académie, t. tui, p. 464) semblent prouver que les deux Sis de Clodion disputèrent sa succession, et que Mérovée, le plus jeune, fut le père deChildéric.

* Sous la race mérovingienne, 4e trdoe était héréditaire ; mais tous les fils du monarque défuat éUimt autorisés «gaiement à partager ses trésors et ses états. (Voyez les DisserUtiofls de M. de Fwicemagiie dans les sixième et baitième volume* des Mém. de l'Académie.)

la princesse au rang d'augusta ', pour anéantir l'espérance des sujets les plus présomptueux. Mais la belle Honoria avait à peine atteint l'âge de seize ans , qu'elle détesta la grandeur importune , dont l'orgueil insensé prétendait la priver pour toujours des douceurs d'un amour légitime. Une pompe insipide et monotone ne satisfaisait point son cœur; elle obéit à la voix impérieuse de la nature , et se jeta dans les bras d'Eugène son chambellan. Des signes de grossesse trahirent bientôt ce que> dans l'absurde langage d'un sexe impérieux, on appelle son crime et sa honte, et le public en fut instruit par l'imprudence de l'impératrice Placidie, qui fit partir sa fille pour Constantinople, après l'avoir tenue long-temps dans une captivité ignominieuse. La malheureuse Honoria passa douze ou quinze ans dans la triste société des sœurs de Théodose et de leurs chastes compagnes. La fille de Placidie ne pouvait plus prétendre à leur mérite , et se conformait avec répugnance aux pratiques pieuses des prières, des jeûnes et des vigiles. L'impatience d'un célibat qui lui paraissait tous les jours plus insupportable lui fit entreprendre la démarche la plus extraordinaire. Le nom redouté d'Attila se représentait à chaque instant dans les conversations familières des habitans de Gonstantinople ; et ses ambassades fréquentes entretenaient une correspondance presque continuelle entre son camp et le palais impérial. Sacrifiant les préjugés et la décence aux plaisirs de l'amour ou à celui de la vengeance , la princesse offrit (k se remettre elle-même dans les bras d'un prince barbare dont elle ignorait le langage , qui avait à peine la figure humaine, et dont elle abhorrait les mœurs et la religion. Par le moyen d'un eunuque de confiance , elle fit remettre à Attila une bague pour garant de sa foi , et le conjura de la réclamer comme sa légitime épouse , avec laquelle il avait été uni secrètement. Le monarque reçut avec dédain ces avances indécentes, et continua de multiplier le nombre de ses épouses

> Il existe encore une médaQIe de la belle Honoria ; die porte le titre d'augnsta , et sur le revers on lit la légende , assez déplacée , deSalits Heipublieee, autour du monogramme du Christ. (Voyex Ducange, Famil. Bt-xantin., p. 67-73).

(A&O dcp. J.-G.)

PAR ED. GIBBON. CHAP. XXXV

jusqu'au moment où l'avarice et l'ambition afTaibiii'entsa passion pour tes plaisi^s de l'amour. Avant d'entrer dans la Gaule , il voulut justifier son invasion, en demandant qu'on lui remit lu princesse Honoria, et sa part du patrimoine impérial. Ses prédécesseurs , les anciens Tanjous , avaient souvent demandé les princesses de la Chine avec la même arrogance , et les prétentions d'Attila n'étaient pas moins offensantes pour la majesté de Rome. On fit à ses ambassadeurs un refus ferme, mais sans aigreur. Malgré les exemptes récens de Pulchérieet de Placidie, on déclara que les femmes n'avaient aucun droit à la succession de l'empire; et, à la demande quil fit d'Honoria , on opposa les engagemens indissolubles qu'elle venait de contracter'. Dès le moment où l'on avait eu connaissance de sa correspondance avec lë roi des Huns , la coupable Honoria avait été enlevée de Con- Stantinople, comme un objet d'horreur, et reléguée an fond de l'Italie. On lui avait fait grâce de la vie , mais on lui avait imposé les conditions d'un mariage avec un homme obscur, qui ne fut mari que de nom, et on l'enferma dans une prison perpétuelle , pour pleurer des crimes et des malheurs auxquels elle eût pu échapper, si elle ne fût pas née la fille d'un empereur *;

Un Gaulois contemporain, lé savant et éloquent Sidonius, qui occupa dèpuià le siège épiscopal de Glermont , s'était engagé vis-àvis d'un de ses amis à écrire l'histoire de la guerre d'Attila. Si là modestie de Sidonius ne feût pas détourné d*nn ouvrage si intéressant *, l'historien aurait exposé avec la simplicité de la vérité les faits mémorables dont le poète ne traite que d'une manière concise,

< \9yts1 Piiscus, p. 39, 40. On pouvait alléguer que, si les femmes avaient eu des prétenltoos au Mne, Valentinien, qui était l'époux de la flUe et de l'héritière de Tbéodose-le-Jeune, aurait réclamé ses droits sur l'empire d'Orient.

2 Jornandès (de saecettioite Begn. , .c. 97, tl de M>. GeOe., c. 42,.674),.les Chroniques de Prosper, et Marcellin, racontent très-imparfailemçBt les ayentures d'Honoria ; mais il est impossible de les rendre croyables ou probables, à moins de séparer par un intervalle de temps et de lieu son intrigue avec Eugène de son invitation à Attila.

3 • Exegeras mihii ut promilterem tibi, Atiifae bdlum • stylo me posteris tnlimaturum Cxperiim scribere,

vague et métaphorique'. Les rois et les nations-de la Scythie et de la Germanie, depuis le Volga jusqu'au Danube, accouraient aux ordres d'Attila. Du village royal dans les plaines de la Hongrie, ses étendards s'avancèrent vers l'Occident, et, après une marchedeseptou huit cents milles, il arriva au confluent du Rhin et du Necker, où il fut rejoint par les Francs , qui obéissaient à l'alné des fils de Clodion. Une troupe de barbares alertes-, et conduits par l'espoir du butin , aurait peut-être préféré l'hiver, afin de pouvoir traverser le fleuve sur les glaces. Mais l'innombrable cavalerie des Huns exigeait des fourrages et des provisions qu'il était impossible de se procurer dans cette saison. On trouva dans la forêt Hercinienne les bois nécessaires pour construire un pont de bateaux , et cette effrayante multitude se- précipita sur les provinces belgiques*. La consternation fut universelle dans la Gaule ; et la tradition, qui nous a transmis l'histoire de ses malheurs ^ n'a' peint oublié les miracles et les martyrs dont furent honorées plusieurs de ses villes '. Troyes dut sa conservation aux mérites de saint Loup. La Providence enleva

> sed operis arrepti bsce pospecto, Iseduit inchoasse. » (Sidon, Apoll. , 1. vin, épit. 15, p. 246.)

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