‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 62 sur 105 · Subito cum nipU UmvUa · texte numérisé non relu

Subito cum nipU UmvUa

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Gepida trux lequitnr ; ScTnun Borgondlo eogit : Cbninia , Bellaaabu , Nninis , Butmu , TsriagK», Bructenu , uItou tcI qDem Moer ablult nniUi Prorumplt Fnacat. Cecidlt ello aeeta bipniil Hcnn>* i° lintm, et Rlieniiiii texnU al«a. Et |«n lerrUcU <Uinidcnt ÀttiU tumis

la cwBpoa K Belga toM

Panegfr. Àvlt., 319, «le.

2 On trouve dans Jornandès le rédtle plus authentique et le mieux détaillé que nous ayons de cette guerre ( de Rebiu Geticù , c. 36-41 , p. 662-672). Il a quelquefois abrégé et quelquefois transcrit littéralement l'histoire 4te Casstodore. Nous dirons une fois pour toutes, que Grégoire de Tours (1- «• c. 5, 6, 7), les chroniques d'idacius, Isidore et les deux Prosper, peuvent servir à corriger et à éclairdr Jornandès. Toutes les anciennes autorités sont rassemblées et insérées dans les Historiens de France ; mais le lecteur doit se mettreen garde contre un extrait supposé de la Chronique d'idacius, parmi les firagmens de Frédégaire (t. n, p. 462), qui contredit souvent le véritable texte de l'év^e gaulois.

3' Les andoines légendes méritent quelqne considération ai ce qne les fobles s'y trouvent liées à l'histoire du temps. (Voyez les ries de saint Loup, de saint Anian, les évoques de Metz, sainte Generiève , etc.. dans les Historiens de France (t. 1, p. 645, 644, 649; t. ui, p. 369).

saial Servat de ce inonde , pour lui éviter la douleur de coatempier la ruine de Tongres ; et les prières de sainte Geneviève détournèrent Attila des environs de Paris. Mais les Huns assaillirent et emportèrent un grand nombre de villes qui ne pouvaient leur opposer ni saints ni soldats; et le trtsle sort de Metz'attestequecesbarbarescomorireotdans }a Gaule toutes les atrocités qu'ils regardaient comme le droit de la guerre. Ils massacrèrent, sans distinction, les prêtres à l'autel et les enfans an berceau ; lesftunmes dévorèrent et détruisirent la ville ; et une petite chapelle solitaire , dédiée à saint Etienne, estle seul bâtiment qui existe aujourd'hui, sur le terrain que Metz occiqMiit alors. Des bords de la Moselle, Attila s'avança dans le coeur de la Gaulç , passa 1» Seine à Auxerre et campa , après une longue marche, sons les murs d'Orléans. Il voulait assurer ses conquêtes par la possession d'un poste avantageux, qui le rendit maître du passage de la Loire; et il se fiait à l'invitation de Sangiban, roi des Alaias, qui lui avait promis de trahir les Romains, de lui livrer ,1a ville et de passer sous ses drapeaux. Mais on découvrit heureusement cette conspiration. Les fortifications d'Oriéans avaient été nouvellement réparées et augmentées, et les soldats qui défendaient )9 place repoussèrent «onrageusenent tous les assauts des barbares. L'évoque Anianus, prélat également recommandable par sa prudence consommée et par sa sainteté, employa tontes les ressources de la politique religiense pour soutenir le courage des habitans jusqu'à Tarrivée du secours qu'il attendait. Après un sîége opiniâtre , les béliers commencèrent à ébranler les murs; les Huas occupaient déjà les faabourgs , «t ceux qui

t On ne peut concilier les doutes du comte de Bual avec aucuns principes de raison ou desaiqe critique. Grégoire de Tours n'affirme-t-il pas la destruction de Metz en termes positif^ ? Est-il possible qu'à peine un siècle après l'événement Grégoire et tout le peuple se trompassent sur le sort d'une ville où résidaient alors leurs souverains, h% souverains d'Austrasie ? Le savant comte, qui semble avoir mtrepris l'apologie d'Attila et des baiitares, en appdle au faux Idacius pareens clvUalibtu Germanùe et GaUiae , et oublie que le véritable Idadus a clairement ainrnié , pluriinœ civitatts effi-actte , au nombre des*|uelles il compte Metz.

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n'étaient point en état de porter les armes étaient prosternés dans les églises. Anianus , qui comptait les jours et les heures , envoya sur le rempart un homme de confiance examiner s'il n'apercevait rien dans l'éloignement. Le messager revint deux fois sans lui rapporter la moindre e^érance ; mais à la troisième, il déclara qu'il avait cru entrevoir un faible nuage à l'extrémité de l'horizon. < C'est le secours de la Providence ! > s'écria le prélat d'un ton de confiance; et le peuple répéta après lui : < C'est le secours de la Providence > L'objet éloigné sur lequel tous les yeux se fixaient s'agrandissait à chaque instant , et devenait plus distinct. On aperçut enfin les étendards des Goths et des Romains ; et, un coup de vent ayant dissipé la poussière, oflrit clairement à la vue les escadrons d'AéUus et de Théodoric , qui accouraient au secours d'Orléans.

La politique insidieuse d'Attila servit autant que la terreur de ses armes à le faire pénétrer sans obstacle dans le cœur de la Gaule. La dureté de ses déclarations publiques était adroitement adoucie par des assurances particulières. Il les caressait et les menaçait tour à tour. Les Romains et les Goths et les cours de Ravenne et de Toulouse, se méfiant réciproquement l'une de l'autre , attendaient avec indifférence l'approche de l'ennemi commun. Aétius veillait seul à la sàreté de la république ; mais ses plus sages mesures étaient déconcertées par une faction qui dominait dans le palais depuis la mort de l'impératrice Placidie. La jeunesse de l'Italie tremblait au bruit des armes, et les barbares qui penchaient pour Attila , par crainte ou par inclination, te^ naient une conduite équivoque en attendant l'issoe -de ta guerre. Le patrice passa les Alpes avec nn corps de troupes qui méritait à peine le nom d'armée '. Mais en arrivant à Arles ou à Lyon, il apprit que les Visigoths refusaient d'entreprendre la défense de la Gaule, et qu'ils étaient résolus d'attendre sur leur territoire Fenncmi qu'ils alTcclaient de

vu lliutrat Alpo

Aciiut, tma«, et mvm sine milite diiceiu nobur , in aiitlllli Getiaim nule (K4ulns agmen Incanm proi>rlU rronanei» tilftira raorit.

Panégfr. ÀvU. ,3K, etc.

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mépriser. Atterré par cette nouTelle, le général romain eut recours au sénateur Avilus, qui, après avoir exercé honorablement l'office de préfet du prétoire, s'était retiré dans ses domaines en Auvergne. Le ministre consentit à se charger d'une ambassade à la cour de Toulouse, et l'exécnta avec soccès. Il représenta à Tfaéodoric qu'on ne pouvait résister au tyran ambitieux qui voulait tout envahir, qu'en réunissant ses forces par une alliance solide et sincère. Avitus anima le ressentiment des Goths par la description de tous les manx que les Huns avaient fait souffrir à leurs ancêtres, et de la fureur avec laquelle Ms poursuivaient leur postérité depuis le Danube jusqu'aux Pyrénées. Il leur représenta que tous les chrétiens devaient contribuer à sauver les églises et les rel'iques des saints; qu'il était de l'intérêt personnel de tous les barbares fixés dans la Gaule de défendre, coiure les p&tres de la Scytbie, des lerres et des vignes cultivées à leur profit. Théodoric se rendit à l'évidence de la vérité, adopta les mesures les plus sages et les plus honorables, et déclara quc^ comme fidèle allié d'Aétioset des Romains, il était prêt à exposer sa Tie et ses états pour la déleBse<le la Gaule '. Les Yisigoths, enoi^ueiilis de leurs derniers succès, prirent les armes^avec joie, ets'assem* blèreot sous l'étendard de leur «nonarque , qui résolut de conunander luit-méme sa valeureuse armée avec les deux aisés de ses fils, Torismond et Théodoric. L'exemple des Goths détermina des tribus et des nations qui balançaient encore entre les Huns et les lUmains. L'infatigable Aétius rassembla les guerriers de la Gaulé et de la Germanie, qui, après s'être long-temps reconnus sujets et soldats de la république, prétendaient alors AU rang d'alliés indépendans, et réclamaient

t Lepanëgyriqned'Avilusâle56' chapitre de Joniandès donnent une idée imparraite delà poliUqued'AtlUa, d'Aéthis, et des Visigoths.Le poète et l'historien se laissent ^■initner l'un et l'antre par leurs préji^és peraonnels et ■atiaaaux. LepranierMalletenériteet les actions d'Avitns:

Orbi», MU, uins, etc.

et l'autre s'attache à présenter la conduite des Goths sous |e jour le plus avantageux. Cependant, eu les interprétant exactement, leur accord est sonvent une preuve d« leur véracilé,

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les récompenses dues à un service volontaire. Les Lseii, les Armoricains, les Bréooes, les Saxons, les Bourguignons, les Sarmates ou AJaios, les Ripuaires, et les Francs qui obéissaient à Mérovée : telle était la composition de l'armée, qui, sons la conduite d'AétiuBetde Théodoric, s'avançait pour délivrer Orléans, «t livrer bataille à la muhitttde formidable accourue avec Attila '.

A leur arrivée, le roi des Huns leva le siège, et fit rappeler une partie de ses troupes qtii pillaient uue ville voisme ' dans laquelle elles étaient déjà entrées. Attila, don la valeur était toujours guidée par la prudence , sentit ce qu'il aurait à craindre s'il essuyait une dcAtite au cœur de la Gaule. Le roi des Huns repassa la Seine, et attendit les ennemis dans les plaines de Qiàlcms, où sa nombreuse cavalerie pouvait manœuvrer avec avantage. Mais, dans sa retraite précipitée, l'avant-garde des Romains et de leurs alliés pressait et attaquait fréquemment les troupes qui formaient l'arrière-garde d'Attila; et un combat sanglant des Francs et des Gépides, dims lequel quinze mille barbares ' perdirent la vie , fat le prélude d'une action générale et décisive. Les champs Catalauniens *, qui environnent la ville de Chàbns, s'étendent, selon la mesure vague de Jornandès, à cent cinquante milles en longueur,

1 Jomandès (c. 36, p. 664, édit.Grol., t. n, p 23), des Wsteriens de France, et les notes de l'éditeur bénédictin , donnent le détail de l'arméed' Aétius. Les Ltett ëtricntnne race mêlée de barbares nés eu naturriisés^ns la Gaule. Les Ripaires ou Ripuaires tiraient leur nom du lieu de leur résidence sur les rives des trois rivières, le Khin , la Meuse et la Moselle. Les Armoricains occupaient les villes indépendantes entre la Seine et la Loire. Il y avait une colonie de Saxons dans le diocèse de Bayeux; les Boarguignons habitaient la Savoie, et les Bréones élnent une tribu desRhétiensàrorient du lac Constance.

2 Aurd'umensis urbis obsidio, oppugnatio, irrupUo^ nec direpOo, ( t. v, Sidon. Apolliaar, 1. vni, £pt«f. 15, p. 246.) Il était facile de oonvo-tir la délivrance d'Oriéant, en miracle obtenu et annoDoé par le pieux évoque.

3 On trouve dans la plupart des éditions xch ; mais, (tous avons l'autorilé de qudqnes numuRrits, et toute autorité est presque snfflflanle pour Ihire donner la préfet renceau nombre de xvm.

* Châlons, ou Duro Calalaumim, et depuis Catalamili avait hit précéd«nHnem partie dn territoire de Reims, (Voyez Vales., Nottt. GaU.,f. 136; d'AnriHe.Wotice de l'ancienne Gaule, p. 212,279.)

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et à cent milles en largeur, dans le pays connu aujourd'hui sons le nom de Champagne *. Dans cette vaste plaine il se trouvait cependant qnelque inégalité de terrain, et les deux généraux se disputèrent une éminence qui commandait le camp d'Attila. Le jeune et vaillant Torismond s'en empara le premier, et les Goths en précipitèrent les Huns qui montaient du côté opposé. La possession de ce poste avantageux donna aux généraux et aux soldats une espérance fondée de victoire. Attila inquiet consulta les aruspices ; on assure qu'après avoir examiné les entrailles des victimes, ils lui annoncèrent sa défaite et la mort de son plus redoutable ennemi, et que le barbare, en acceptant cette compensation , témoigna involontairement son estime pour le mérite supérieur d'Aétius ; mais le découragement qu'Attila aperçut parmi les Huns l'engagea à user de l'expédient si familier aux généraux de l'antiquité, d'animer leurs troupes par une harangue militaire; et il leur parla comme un héros qui avait souvent combattu et vaincu à leur tête *. Le roi des Huns leur représenta leurs anciens exploits , le danger présent , et leurs espérances pour l'avenir. La même fortune qui leur avait fait ouvrir les déserts et les marais de la Scythie , presque sans combats, et qui les avait fait triompher de tant de nations guerrières, leur réservait la joie de cette journée mémorable comme complément de leurs victoires. Il peignit habilement les précautions de ses ennemis, leur ferme alliance, les postes avantageux dont ils s'étaient assurés, comme l'effet de la crainte, et non pas de la prudence. Les Visigoths faisaient, disait-il, toute la force de leur armée, et les Huns n'avaient rien à craindre des' timides Romains, dont les bataillons serrés

t Grégoire de Tours cite souvent le nom de Campania ou Cbanpagne. Cette grande province, dont Reims était la capitale, était sous le commaDdeiDait d'un duc. (Vales., JVcfit.p. 12l>-123.)

2 Je ne me disùmule pas que la plupart de ces harangues sont composées par les historiens. Cependant les anciens Ostrogotbs qui avaient servi sous AUila ont pu rendre son discours à Cassiodore. Les idées et les expressions ont une tournure barbare; et j'ai peine à croire qu'un Italien du sisiénie siéde ait imaginé Imjus certaminis gauditt.

annonçaient la frayeur, et qui ne savaient supporter ni les fatigues ni les dangers d'une bataille. Le monarque barbare se servit habilement de la doctrine de la prédestination, si favorable à la vertu marUale. < Les gner- » riers protégés par le ciel , disait-il , sont

> invulnérables au milieu des combats , et le » destin saisit ses victimes au sein d'une paix

> sans gloire. Je lancerai le premier dard, et » le lâche qui refuserait d'imiter son souve- » rain est dévoué à une mort inévitable. » La présence et la voix d'Attila ranimèrent le courage des barbares, et l'intrépide général, cédant à leur impatience, rangea son armée; A la tête de ses braves et fidèles Huns, il conduisit le corps de bataille. Les nations dépendantes de son empirci les Rugiens, les Hernies, les Thuringiens , les Francs et les Bourguignons couvraient des deux côtés la vaste plaine catalaunienne. La droite était commandée par Ardaric, roi des Gépides ; et les trois frères qui régnaient sur les Ostrogoths étaient placés sur la gauche pour s'opposer aux tribus des Visigoths sortis de la même race qu'eux. Les alliés avaient fait des dispositions différentes. Singiban , l'inGdèlé roi des Alains, éuit placé au centre, oii l'on pouvait veiller sur tous ses mouvemens et punir à l'instant sa perfidie. Aétius prit le commandement de l'aile gauche, et Théodoric de la droite, tandis que Torismond continuait à occuper les hauteurs qui s'étendaient sur le flanc et peut-être jusque sur les derrières de l'année d'Attila. Toutes les nations depuis le Volga jusqu'à l'Atlantique étaient rassemblées dan? les plaines de Châlons; mais une partiedeces nations avait été divisée par les factions, par la conquête on par des émigrations, et la ressemblance des enseignes et des armes des deux armées présentait l'image d'une guerre civile.

La discipline et la tactique des Grecs et des Romains formaient une partie intéressante de leurs m«eurs nationales. L'étude air tentive des opérations militaires de Xénophon, de César ou de Frédéric, quand elles sont décrites par le même génie qui lésa conçues et exécutées, peut tendre à perfectionner ( si jamais un tel perfectionnement peut être désirable ) l'art funeste de détruire

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l'espèce humaine; mais la bataille de ChûloQS ne peut exciter notre curiosité que par la grandeur de l'objet , puisqu'elle fut décidée par l'aveugle impétuosité des barbares, et a été transmise^à la postérité par des écrivains partiaux, que leur profession civile ou ecclésiastique éloignait de toute connaissance de l'art militaire.Cassiodore a cependant conversé familièrement avec des Goths qui s'étaient trouvés à cette, bataille ; et ils la lui représentèrent comme sanglante, opiniâtre, et telle qu'on n'en avait point vu ni depuis ni dans les siècles précédens. Le nombre des morts monta, selon les uns, à cent soixantedeux mille, et, selon d'autres, à trois cent mille *. Ces exagérations p^u croyables supposent toujours une assez grande perle, pour prouver, comme le remarque judicieusement un historien, que des générations entières peuvent être englouties dans un jour par l'extravagance des souverains. Après la décharge mutuelle et répétée des flèches et des javelots, dans laquelle les archers de la Scythie purent signaler la supériorité de leur adresse, la cavalerie et l'infanterie des deux armées se joignirent, et combattirent corps à corps. Les Huns, animés par la présence d'Attila, percèrent le centre des alliés, séparèrent les deux ailes, et, se tournant sur la louche avec rapidité, dirigèrent tous leurs efforts contre les Visigoths. Tandis que Théodoric galopait devant les rangs pour animer ses soldats , il tomba de son cheval mortellement blessé d'un javelot lancé par Andage, Ostrogoth d'une naissance illustre. Le monarque blessé fut abandonné dans le tumulte, et foulé aux pieds des chevaux de sa propre «avalerie; et sa mort servit à justiGer l'oracle ambigu des aruspices. Attila comptait déjà sur la victoire, lorsque le vaillant Toris-

< Les expressions de Jomandès, ou plutôt de Cassiodore «ont très-rortes. • Bellum atrox, mulliplex, immaiie, per- » tinax ; eui simili nulla osquam narrai antiquilas : ubi

• talia gesta referuntur , ut nihil esset qnod in tita sua

• «onspicere potuisset egregîus, qui liujus miraculi priva- » retttf aspectu. • Dubos ( Hist. crit., 1. 1, p. 392, 393) tâche de concilier les 162,000 hommes de Joroandès avec les 300,000 d'Idacius et d'Isidore , en supposant que le plus fort de ces deux nombres comprenait tous ceux ^i avaient péri dans celte guerre , soldats ou citoyens, etc., par les armes , les maladies , les Migues , etc.

mond descendit des hauteurs , et réalisa le reste de la prédiction. Les Visigoths , qui avaient été mis en désordre par la fuite ou la désertion des Alains, reprirent peu à peu leur ordre de bataille; et les Huns furent évidemment vaincus, puisque Attila fut forcé de se retirer. Il s'était exposé avec la témérité d'un soldat ; mais les intrépides barbares qui composaient son corps de bataille dépassèrent de beaucoup le reste de la ligne ; n'étant point soutenus, leurs flancs se trouvèrent à découvert, et ils furent assaillis de tous côtés. L'approche de la nuit sauva les conquérans de la Scythie et de la Germanie d'une défaite totale. Ils se firent un rempart de leurs chariots. La cavalerie mit pied à terre, et ^ prépara à un genre de combat qui ne convenait ni à ses armes, ni à ses habitudes. . L'issue du combat était incertaine; mais At> tila s'était assuré une dernière et honorable ressource. H fit faire une pile funéraire des selles et des riches harnais des chevaux, et l'intrépide barbare résolut, si son camp était forcé, d'y mettre le feu, de s'y précipiter , et de priver les ennemis de la gloire d'avoir Attila en leur puissance, ni durant sa vie, ni après sa mort '.

Hais ses enuemis ne passèrent pas la nuit plus tranquillement. La valeur imprudente de Torismond lui .fit continuer la poursuite jusqu'au moment où Use trouva avec un trèspetit nombre des siens au milieu des charriots des Scythes. Dans le tumulte d'un combat nocturne, il fut jeté en bas de son cheval, et le fils de Théodoric aurait éprouvé le sort de son père, si sa vigueur et le zèle de ses soldats ne Teusseut tiré de cette dangereuse situation. Sur la gauche, Aétius, séparé de ses alliés, incertain de la victoire, et inquiet de leur sort , rencontra et évita des troupes d'ennemis répandues dans la plaine de Ghàlons. Il atteignit enfin le camp des Goths , qu'il ne put garnir que d'un petit nombre de

> Lecoirte deBuat (Hist. des Peuples, t. m , p. 554- 573 ), s'a rapportant toujours n fiwx Idacius, et rqetant louyours le Téritable , a prélendu qu'AltlIa avait M déftit dans deux grandes batailles, l'une près d'Orléans, et l'autre dans les plaines de Champagne ; que dan* l'oBe Théodoric perdit la vie , et que dans l'aulrt il tkit vengé.

soldats, en attendaut le point du jour. Le général romain ne tarda pas à être certain de la défaite d'Attila, qui restait enfermé dans ses retranchemens; et, en contemplant le champ de bataille, il aperçut avec satisfaction qne la plus forte perte était du côté des barbares. On trouva le corps de l1iéodoric percé d'honorables blessures sous un monceau de cadavres. Ses sujets le pleurèrent comme leur roi et comme leur père; mais leurs larmes étaient mêlées des chants de la victoire, et ses obsèques furent célébrées à la face d'un ennemi vaincu. Les Goths , en faisant retentir leurs armes , élevèrent sur un bouclier son fils aîné Torismond , à qui ils attribuaient avec raison tout l'honneur de la journée ; et , en recevant la couronne de son père, le nouveau roi cou' tracta solennellement l'obligation de le venger. Cependant les Goths hésitaient à attaquer leur intrépide adversaire. Leur historien a comparé le roi des Huns à un lion dans sa caverne , environné de chasseurs effrayés à son aspect. Les rois et les nations qui auraient pu songer à l'abandonner au jour du malheur, savaient bien que le plus imminent et le plus inévitable des dangers pout eux était de s'exposer à déplaire à leur maître. Tous les instrumens de musique militaire faisaient sans cesse entendre des sons de défiance et de guerre , et les premières troupes qui entreprirent de forcer ses retranchemens essuyèrent de tontes parts une grêle de traits qui les arrêta on les anéantit. On résolut, dans un conseil de guerre, d'assiéger le roi des Huns, d'intercepter ses convo'is, et de le forcer à accepter ou uù traité honteux , ou un combat inégal ; mais l'impatience des barbares dédaigna la lenteur de ces mesures , et le prudent Aétius craignit que la destruction des Huns ne rendit l'orgueil et la puissance des Goths trop redoutables. Il employa l'ascendant de la raison et de l'autorité , pour arrêter l'entreprise que Torisnond regardait comme un devoir. Le patrice lui représenta du ton de l'amitié le danger de son absence, et lui conseilla de déconcerter , par un prompt retour à Toulouse, les desseins ambitieux de ses frères , qui pouvaient usurper son trône et s'empa-

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rer de ses trésors '. Après le départ des Goths et la séparation des alliés, Attila fut surpris du profond silence qui régnait dans la plaine de Gbâions. La crainte de quelque stratagème le contint plusieurs jours dans l'enceinte de ses chariots, et sa retraite au-delà du Rhin attesta la dernière des victoires remportées au nom de l'empereur d'Occident. Mérovée et ses Francs , se tenant à une distance prudente, et cherchant à ajouter à l'idée qu'on pouvait avoir de leurs forces par les feux nombreux qu'ils allu' maient chaque nuit, continuèrent à suivre l'arrière^rde des Huns jusqu'à ce qu'elle eût atteint les confins de la Thuringc. Les Tburingiens servaient dans l'armée d'Attila ; ils traversèrent le territoire de» Francs dans leur marche et dans leur retour; et ce fut peut-être alors qu'ils exercèrent les horrible» cruautés dont quatre-vingts ans après le fil» de Clovis tira vengeance. Les Thuringien» massacrèrent leurs otages et leurs prisonniers ; dans leur rage insatiable , ils firent périr deux cents jeunes fiUes dans les tortures les plus atroces ; ils firent écarteler le» unes par des chevaux sauvages, et écraser les autres sous le poids des chariots , et leurs membres épars sur la route servirent de pâture aux chieus et aux vautours. Tels étaient nos ancêtres féroces dont les vertus imaginaires ont obtenu les louanges et excité quelquefois l'envie des siècles civilisé» *.

Le mauvais succès de l'expédition de la Gaule n'altéra ni les forces, ni le courage, ni même la réputation d'Attila. Dans le prin-

* iora»Bit»,de Kebus GeUcis, e. 41,p.671.Lapolili- (pie d* Aétius et I» conduite de Torismond paraisse*! Ibrt naturdes -, et le patricien , seion Grégoire de Tours CI- h, G. 7, p. 163), renvoya le princedes Francs, en lui inspirant la même crainte.Le faux Idacius prétend qu'Aéiius fll dans la DUJtune visite au roi des Huns et à celui des Visigolhs, et qu'ils lui donnèrent cbacun une bourse de dix mille pièces d'or pour ne pas les inquiéter dans leur retraite.

2 Ces cruautés , que Théodoric , fils de Ctovi» , dé' plore (Grég. de Tours, I. in , c. 10 , p. 190), paraissent convenir au temps et aux circonstances de l'invasion d'Attila. Son séjour dans laThuringe a été long-temps attesté par la tradition populaire, et l'on prétend qu'il y tint un courottttai ou diète dans les environs d'Eisenaeh. (Voyes Mascou, IX, 30, qui décrit avec la plus scnipulease attention l'ancienne Thuringe , dont il assure que le noni est dérivé desThervinges, tribn desGoHis.)

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temps suivant, il fit une seconde demande de la princesse Honoria, et des trésors qui lui appartenaient. Sa demande fut encore rejetée on éludée ; et le fougueux amant reprit les armes, passa les Alpes, envahit l'Italie, et assiégea Aquilée avec une armée aussi nombreuse que la première. Les barbares n'entendaient rien à la conduite d'un siège , qui même chez les anciens exigeait quelque théorie, ou au moins quelque pratique des arts mécaniques; mais les travaux de plusieurs milliers de provinciaux et de captirs , dont on sacrifiait la vie sans pitié , pouvaient exécuter les ouvrages les plus pénibles et les plus dangereux ; et les artistes romains vendaient peut-être leur secours aux destructeurs de leur pays. Les Huns se servirent contre les murs d' Aquilée des béliers , des tours roulantes , et des machines qui lançaient des pierres, des dards et des matières enflammées •• Le roi des Huns employait tour .à tour l'influence de l'espoir, de la crainte, de l'émulation, et de l'intérêt personnel, pour détruire la seule barrière qui retardât la conquête de l'Italie. Aquilée était alors une des plus riches, des plus populeuses et des plus fortes villes maritimes de la côte de la mer Adriatique. L'intrépidité des Goihs auxiliaires , commandés par leurs princes nationaux, Alaric et Antala, se communiquait aux citoyens qui se rappelaient encore la glorieuse résistance de leurs ancêtres contre le barbare inexorable qui avait déshonoré la majesté de la pourpre romaine. Après trois mois d'un siège inutile , le manque de subsistances et les clameurs de l'armée contraignirent Attila de renoncer à son entreprise , et il donna à regret l'ordre du départ pour le lendemain ; mais , tandis que

1 Machinis constructis, omnïbusque tormentorum generibiu atUUbUis.iioraaikdis, c 42, p. 673). Dans le 13« siide, lesMongous se servirenl, pour renverser les murs des villes de la Chine , de machines conslruites par les mahomélans ou les chréliens qui servaient dans leur armée. Ces machines lançaient des pierres qui pesaient de cent cinquante à trois cents livres. Les Chinois employèrent pour leur défense la poudre à canon et même des bombes, plus de cent ans avant qu'elles fussent connues en Europe, et cependant toutes ces armes célestes, ou plutôt infernales, ne purent sauver une nation pusillanime. (Voyez Gaubill. mu. des Mongous, p. 70, 71, 153-155, etc.)

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le monarque des Huns contemplait avec indignation les murs d' Aquilée, il aperçut une cigogne qui, suivie de ses petits , s'envolait d'une tour et semblait abandonner son nid. Saisissant en habile politique 1' occasion que le hasard lui présentait : « Cet oiseau do-

> mestiqne, s'écria-t-il , ne quitterait point

> son ancien asile, s'il n'était pas destiné à

> être bientôt détruit'. » Cet heureux présage inspira l'assurance de la victoire ; on re' commença le siège, et il fut poussé avec vigueur. Les Huns assaillirent la partie du mur d'où la cigogne avait pris son vol, ouvrirent une large brèche , s'y précipitèrent avec une furie irrésistible, et la génération suivante pouvait à peine découvrir les ruines d' Aquilée *. Après cette affreuse vengeance , Attila continua sa marche, et réduisit en cendres Altinnm, Padoue et Concordia. Yicence , Vérone et Bergame éprouvèrent le même sort. Pavie et Milan se soumirent sans résistance à la perte de leur puissance et applaudirent à la clémence inusitée qui sauva des flammes les bàtimens publics et particuliers et épargna la vie- d'une multitude de captifs. Les traditions populaires de Comum, Turin et Modène, paraissent suspectes ; mais elles concourent avec des autorités plus authentiques à prouver qu'Attila étendit ses ravages jusquedanslesplainesdela Lombardie , qui sont séparées par le Pô, et bornées par les Alpes et l'Apennin '. En entrant dans le palais de Milan, le monarque barbare aperçut avec indignation un tableau qui représentait l'empereur des Romains assis sur son trône, et les princes de Scythie prosternés à ses pieds. La vengeance que prit Attila de ce monument de la vanité romaine fut ingénieuse et inofTensivc.

« Jomandès cl Procope (de Bell. Mandai., I. i, c. 4, p. 187 , 188) racontent la même histoire , et il n'est pas aisé de décider lequel des deuxest l'original. Mais l'historien grec a commis une erreur inexcusable en plaçant le siège d'Aquilée après la mort d'Aétias.

2 Jornandès, environ un siècle après le siège, atOmie qu' Aquilée était si complètement détruite ,Uautvix ejus vestigia, ut appareant, reliqueriiU. (Voyez Jomandès, (le Reb.\Getieis , c. 42 , p. 673 ; Paul Diacre , 1 , ii, c M , p. 785; Luitpraod, Hist., I. in,c. 2.) On donnait quelque fois le nom d'Aquilée au Forum Julii, Cividad del Friuli, la capitale plus moderne de la province vénitienne.

> Dans la description de cette guerre d'AUUa. si Euneute

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

ïlfit venirun peintre, lui ordonna d'effacerce atbleau, et dépeindre sur la même toile le roi de Scythie sur son trône *, et les empereurs romains s'en approchant d'un air humble, pour déposer à ses pieds des sacs d'or, symbole du tribut auquel ils s'étaient assujettis '. Les spectateurs approuvèrent sans doute la vérité du changement, et se rappelèrent peut-être à cette occasion la dispute de i'bomme et du lion ».

II était digne de l'orgueilleux Attila de dire que l'herbe ne croissait jamais où son cheval avait passé. Cependant ce destructeur sauvage donna involontairement naissance à une république, qui ranima en Europe, dans le siècle de la féodalité, l'esprit et l'art du commerce et de l'industrie. Le nom célèbre de Venise ou Venelia comprenait autrefois une vaste et fertile province de l'Italie, depuis les frontières de la Pannonie jusqu'à la rivière de l'Adda , et depuis le Pô jusqu'aux Alpes Rhétiennes et Juliennes. Avant l'irruption des barbares, cinquante villes vénitiennes jouissaient de la paix et de la prospérité. Aquilée était une des plus magnifiques ; mais l'agriculture et les manufactures soutenaient l'ancienne dignité de Padmie ; et les possessions de cinq cents citoyens quijoois- ^ient du rang de chevaliers romains s'éle-

etsiimparraitemeDtconoue.j'ai pris pour guides deux savans llaliens qui oui traité ce sujet avec quelques avantages particuliers, Sigonius ( de Imperio Oceidenlati, 1. xni, dans ses ouvrages, 1. 1 , p. 495-5(Q) , et Mnratori lAnnaU d'Jtalia, t. iv, p. 229, 236, édition-8°).

■ Cette anecdote se trouve dans deux dilTérens articles fftttKa.1111 et ic«i>vK9c de la compilation de Suidas.

2 teo Ksponiltt : hamaiia bot pktum manu ; Vider» iMiiiiiMin drleetum, si plngcre IcoOM KlNOt

AffoMx ad Phœdrum, (aUe «»«.

Dans Phèdre, le lion en appelle assez gauchement du tableau aux amphithéâtres, et j'aiobservé avec plaisir que le goât naturel de La Fontaine lui a fait r^eler celte mauvaise condusioD.

3 Paul Diacre ( de Gestis Langobard., 1. n , c. 4 , p. 764), donne la description des provinces de l'Italie environ v^rs la On du huitième siècle. Fenetia non solum. in paitcis intuUs quas nune Veneticu dicimus , constat ; ted ejiu terminus A Pannonùr finibus usque Aéduâm flttvium proletatur. L'histoire de cette provinee jusqu'au siècle de Chariemagne forma la première et la plus intéressante partie de ferona iUustrata ( p. 1- 388), dans laquelle le marquis Scipion Maffeys'est montré éfjiAesaaA capable des plus grandes vues et des détails les plut minutieut.

(451 dep. J.-C.)

valent, à lopins faible évaluation, à un million sept cent mille livres sterling. Un grand nombre des familles d' Aquilée , de Padoue et des villes desenvirons, après avoir échappé à la fureur des Huns, trouvèrent un humble mais sûr asile dans les îles voisines •. A l'extrémité du golfe où les marées de TOcéan se font faiblement sentir dans la mer Adriatique, on trouve une centaine de petites îles séparées du continent par des eaux fort basses, et défendues contre les vagues par la pente du terrain , où les vaisseaux pénètrent par des passes fort étroites •. Jusqu'au milieu du cinquième siècle, ces Iles à peine habitées restèrent sans culture et presque sans nom ; mais les mœurs des VéniUens fugitifs, leurs arts et leur gouvernement prirent peu à peu une forme régulière dans leurs nouvelles habitations ; et on peut considérer une des épîtres de Cassiodore, dans laquelle il décrit leur situation ' comme le premier monument de république. Le ministre de Théodoric les compare, dans son style déclamatoire et de mauvais goût, à des poules d'eau qui ont fait leur nid au milieu dçs vagues. € Un grand nombre de familles nobles habitaient, dit-il, autrefois dans les provinces vénitiennes ; mais'elles sont aujourd'hui toutes réduites à l'égalité par la misère. On ne s'y nourrit que de poisson : le sel fait toute la richesse ; les habitans le tirent de la mer, et le portent dans les marchés voisins.

1 Cette émigration n'est attestée par aucun contemporain; mais le fait est prouvé par l'événement , et la tradition a pu en conserver les circonstances. Les citoyens d'Aquilée se retirèrent dans llle de Gradus , ceux de Padoue à Rivus Altus où Riallo , où la ville de Venise a .été .bâtie dans la suite , etc.

2 La topographie et les antiquités des Iles vénitiennes depuis Gradus jusqu'il Clodia ou Chioggia sont exactement décrites dans la dissertation géographique </e/faUain«dii auiyf, 151-155.

3 Cassiodore, FaHar., I. xn, éptL 24. MaffcyCfVrona iUustrala, part, i, p. 240-254), a Uvduitet expliqué cette lettre curieuse avec le génie d'un savant antiquaire et d'un sujet Adèle qui regardait les Vénitiens comme les seuls descendans légitimas delà repuhliqueromaine.il fixe la date de l'éptlre , et par conséquent de la prédMiare de Cassiodore, A. D. 523; et l'autorité du marquis a d'autant plus de poids ; qu'il avait préparé une édition de ses ouvrages, et a'publié une dissertation sur la vérttal>le orthographe de son nom. Voyez Ossen-asioni LUterarie,

1 I. Il, p. 290, 339.)

(*5I (lep. J^C.)

au lieu d'or ou d'argent. Uo peuple dont les habitations semblaient flotter dans la mer se familiarisa bientôt avec cet élément; et les désirs de l'avarice succédèrent à ceux du besoin. Les insulaires, qui depuis Grado jusqu'à Chiozza vivaient ensemble dansla plus grande intimité , pénétrèrent dans le cœur de l'Italie par la navigation pénible, mais peu dangereuse, des canaux et des rivières. Leurs vaisseaux, dont ils augmentaient continuellement le nombre et la grandeur, visitaient tous les ports du golfe ; et Venise a contracté dès son enfance le mariage qu'elle célèbre tous les ans avec la mer Adriatique. Gassiodore, préfet du prétoire, adresse son épitre aux tribuns maritimes, et les exhorte à ranimer le zèle de leurs compatriotes pour le service public. Il s'agissait de transporter les magasins de vin et d'huile de la province d'Istriedansla ville de Ravenne. ()n sait par u-aditîon que le peuple élisait tons les ans douzede ces tribuns ou juges dans les douze lies principales. L'existence de la république de Venise sous le gouvernement des roisGoths de l'Italie est constatée par la même autorité qui anéantit ses prétentions à une indépendance originaire et perpétuelle '.

Les Italiens, qui avaient renoncé depuis long-temps au métier des armes, apprirent avec terreur, après quarante ans de paix, l'approche d'un barbare. formidable, qu'ils abhorraient comme l'ennemi de leur pays et de leur religion. Au milieu de la consternation générale, le seul Âétius conservait son sang-froid. Mais, malgré sa valeur et ses talens , Aétius, seul et sans secours, ne pouvait exécuter aucun exploit digne de sa réputation. Les barbares qui avaient défendu la Gaule refusaient obstinément de marcher en Italie , et les secours de l'empereur d'Orient étaient éloignés et peu certains. Le patrice, à la tète de ses troupes domestiques , continuait à tenir la campagne , fatiguant et

• Voyez dans le second volume d'Amelot de la Houssaye, Histoire du gouTernement de Venise, une traduction do ftmeux Squittinio. Ce livre, dont on a fait un éloge beaucoup trop pompeux, trahit à chaque ligne le manque de sincérité et l'esprit de parti; mais on y trouve les preuves pour et contre, le vrai et le f^ux, et le lecteur les discernera <!acilement.

PAR ED. GIBBON. CH. XXXV

retaitlant sans cesse la marche d'Attila, et il ne se montra jamais plus grand qu'au moment où un peuple ignorant et ingrat blâmait hautement sa conduite '. Si l'âme de Valentinien :eât été susceptible de quelques sentimens généreux, il aurait pris ce brave général pour exemple et pour guide. Mais le timide peiit'fils de Théodose, au lieu de partager le danger, fuyait le bruit des armes; et sa retraite précipitée de Ravenne à Borne , d'une forteresse imprenable dans une ville ouverte et sans défense, annonçait clairement l'intention d'abandonner l'Italie dès que l'ennemi s'approcherait assez pour menacer sa sûreté personnelle. Cependant l'esprit de doute et de délai qui règne toujours dans les conseils des lâches et en neutralise parfois la preoiière tendance, suspendit cette honteuse abdication. L'empereur de l'Occident , le sénat et le peuple de Rome embrassèrent la résolutiofi salutaire d'apaiser la colère d'Attila par une ambassade.

On chargea de cette commission importante Avienus, qui , par sa naissance et ses richesses , sa dignité consulaire , le nombre de ses cliens et ses talens personnels, tenait le premier rang dans le sénat de Rome. Le caractère artificieux d'Avienus • convenait parfaitement à une négociation d'intérêt public ou particulier. Son collègue Trigelius avait occupé la place de préfet du prétoire en Italie et Léon , évéqne de Rome , consentit à hasarder sa vie pour sauver son troupeau. Léon a exercé et déployé son génie * dans les

< Sirmond (Not. ad Salon. JpolUnar., p. 19) a publié nn passage curieux tiré de la Chronique de Prosper.

• Attila, redintegralis viribus, quas in Gallia amiserat,

• Italiam ingredi per Pannonias intendil ; nihil duce nostro

• Aetio secundum prions belli opéra prospicienle.etc. > Il reproche A Aelius d'avoir négligé la garde des Alpes, et d'avoir eu le dessein d'abandonner l'Italie. Mais cette accusatioffest au moins contrebalancée par les témoignages favorables d'Isidore et d'Idacius.

2 Voyez les portraits originaux d'Avienus et de son rival Basile, dans les épît. 1, 9, p. 22, deSidonius. Il avait étudié le caractère des deux chefs du sénat, et it s'attacha à Basile comme l'ami le plus sincère et le plus désintéressé.

* On peut découvrir le caractère et les principes de Léon dans cent quarante-une de ses épttres originales, qui expliquent toute l'histoire ecclésiastique de son long pontificat, depuis A. D. 440 jusqu'en 461. (Voyez Dupin, Biblioth. Ecclés., t. ui, part. 2, p. 120-165.)

DECADENCE DE LEMPIUE ROMAIN

(453 dep. J.-C.-)

calamités publiques, et il a méi-ité le nom de Grand par. le zèle heureux avec lequel il parvint à établir ses opinions sous les noms révérés de foi orthodoxe et de discipline ecclésiastique. Attila était campé avec sa cavalerie à l'endroit où le Mincius an cours lent et tortueux vient se perdre dans les ondes fumantes du lac Benacus ', et foulait aux pieds, de ses chevaux les fermes de Catulle et de Virgile *. Il reçut les ambassadeurs romains dans sa tente, et les écouta avec attention et même avec faveur. La délivrance de l'Italie fut achetée au prix de l'immense rançon ou douaire de la princesse Honoria. L'état où était son armée contribua sans doute à faciliter le traité, et à hâter sa retraite.'Les jouissances du luxe et la chalenrdu climat avaient énervé leur valeur. Les pâtres du nord, dont la nourriture ordinaire consistait en lait et en viandes crues, s'étaient livrés avec excès au luxe du pain , du vin , et de la viande préparée et assaisonnée à la manière des Romains, et les progrès de cette maladie commencèrent la vengeance de l'Italie '. Lorsque Attila déclara sa résolution de conduire son armée victorieuse aux portes de Rome , ses amis et ses ennemis concoururent à l'en détourner , en lui rappelant qu'Alaric n'avait pas survécu long-temps à la conquête de la ville Étemelle. Son âme intrépide.

.... Tardlsingeunbllexibatemt UlDcios, et tpQcra prxteill aruDdioe ripas

ÀDne iKos taoKM , te Larl mulme , tei|iie Floctibos, et rremltu a&surgens Beaacc marlno.

2 Le marquis Mafrei {Ferona Illustrata, part, i, p. 95-129-221; part, u, p. 11, 6) a expliqué avec beaucoup de goût et d'érudition son intéressante topographie. U place l'entrevue d'Attila et de saint Léon près d'.4riolica ou Ardelica, aujourd'hui Peschiera, au conflux du lac et de la rivière Mincius. U marque l'endroit qu'occupait la maison de Catulle , dans la péninsule de Sirmione , et découvre les Andes de Virgile, dans le village de Bandes, précisément où se subducere colles incipiunt, où les hauteurs du Véronèse s'abaissent dans la plaine de Mantoue.

3 , Si statim infesto agmineurbem petiissent, grande

> discrimen esset : sed in Venelia quo Tere tractu Italia

> moUissima est, ipsa solis cxlique clemeatia robur elan-

> guit. Ad hocpanisusu carnisque coctae, et dulcedine • viui mitigatos , etc. > Ce passage de Florus est plus applicable aux Huns qu'aux timbres, et il peut servir de rommcntaire à la peste envoyée du ciel , dont Idacius et Isidore prétendent que les soldats d'Attila furent attaqués.

que les dangers réels n'avaient pu émouvoir, ne fut pas à l'abri d'une terreur imaginaire; et il n'échappa point à l'influence de la superstition dont il s'était habilement servi pour le succès de ses desseins '. L'éloquence pressante de Léon, son aspect majestueux, et ses habits pontificaux , inspirèrent an prince barbare un sentiment de vénération pour le père spirituel des chrétiens. L'apparition des deux apôtres saint Pierre et saint Paul, qui menacèrent le conquérant d'une mort subite s'il rejetait la prière de leur successeur, est une des plus belles légendes de la tradition ecclésiastique. Le destin de Rome pouvait mériter l'interposition du ciel , et on doit quelque indulgence à une fable qui a été représentée par le pinceau de Raphaël et par le ciseau d'Algardi *.

Avant de quitter l'Italie, le roi des Huns menaça d'y revenir plus terrible encore , si on ne remettait pas la princesse Honoria entre les mains de ses ambassadeurs avant le terme convenu par le traité. U consola toutefois ses tendres anxiétés , en ajoutant à U liste sans fin de ses épouses une jeune beauté, nommée Ildico ^. Après avoir célébré son mariage dans le palais du village royal audelà du Danube, par toutes les fêtes et les pompes usitées chez ces peuples barbares. Attila , accablé de vin et de sommeil , quitte fort tard les plaisirs de la table pour

' L'historien Priscus a positivement afOrmé l'efTet que cette représentation flt sur l'esprit d'Attila. (Jornaodès, c. 42, p. 673.)

2 Le tableau de Raphaël est dans le Vatican , et le basrelief d'Algardi sur un des autels de Saint-Pierre. (Voys Dubos, KÉQexions sur la poésie et sur la peinture, t. ■ , p. 519, 520.) Baronius (AnnaL Ecdés., A. D. 452, n" 57, 58) soutient hardiment la vérité de l'apparition , qui est rejetéc toutefois par les plus savans et les plus pieux catholiques.

3 • Attila, ut Priscus historicus refert, extinctionts sux > tempore , puellam Ihiico nomine, decoram valde , sibi » malrimonium post innuaierabiles uxores.... socians. • (Jornandès, c. 49, p. 683, 684.) Il ajoute ensuite (c. 50 , p. 686) : filU Mliltg , quorum per Iwentiatn libidinis pane populus pût. Dans tous les siècles la polygamie fut admise chez les Tarlares. Le rang des épouses parmi le peuple dépend de leur beauté; et la matrone surannée arrange sans murmurer le lit destiné à sa jeune rivale. Mais parmi les princes , les fils nés de la fille du khan ont le premier droit à la succession de leur père. (Voy. l'histoire goncalogique, p. 406, 407, 408.)

(453 dep. ;.-G.)

se livrer à ceux de l'amour. Dans la crainte de troubler ses plaisirs ou son repos, ses domestiques n'osaient entrer le lendemain dans son appartement; mais, la plus grande partie du jour s'étant passée sans que ceux qui attendaient à sa porte entendissent le moindre bruit, l'inquiétude l'emporta sur le respect ; leurs cris répétés n'ayant pas réussi à éveiller le monarque, ils se prédpitèrent dans la chambre nuptiale, et trouvèrent sa nouvelle épouse assise à côté du lit, le visage couvert de son voile , déplorant le danger de sa propre situation et la perte d'Âtlila. Une de ses artères s'était rompue pendant la nuit , et, comme il était couché, le sang qui ne pouvait trouver une issue par les narines avait engoi^é les poumons et l'estomac , et l'avait étouffé '. On exposa son corps au milieu de la plaine, sous un pavillon de soie, et des escadrons de Huns en firent plusieurs fois le tour en cérémonie et en chantant des hymnes funéraires en l'honneur d'un héros invincible jusqu'à sa mort, père de son peuple^ fléau de ses ennemis, et terreur de l'univers. Suivant leur coutume nationale, les barbares coupèrent une partie de leurs cheveux, se déchirèrent le visage par de hideuses blessures, et honorèrent leur vaillant chef d'une manière appropriée à ses habitudes, non pas par les larmes , mais par le sang des guerriers. Le corps d'Attila, renfermé dans trois cercueils, le premier d'or, le second d'argent, et le dernier de fer, fut mis en terre sans pompe pendant la nuit. On ensevelit dans la même tombe les dépouilles des nations qu'il avait vaincues. Les captifs qui ouvrirent la fosse furent impitoyablement massacrés ; et les Huns terminèrent cette scène de douleur en se livrant autour du sépulcre à tous les excès de la joie et de la débauche. On prétendit à Gonstantinople que ,

PAR ED. GIBBON. CH. XXXV. 887

dans la nuit de sa mort, Marcien avait vu en songe l'arc d'Atlila se briser. Cette tradition pourrait servir à prouver que le roi des Huns occupait souvent l'imagination des empereurs romains '.

La révolution qui détruisit l'empire des Huns assura la gloire du monarque qui seul avait pu soutenir un édifice si vaste et si peu solidement assemblé. Après sa mort , les chefs les plus intrépides aspirèrent au rang de rois; les rois les plus puissans refusèrent de plier sous un maître, et les fils, qu'ils avait eus de tant de mères différentes, se divisèrent, et disputèrent , comme la succession d'un particulier , le commandement des nations de la Scythie et de la Germanie. L'audacieux Ardaric comprit et fit comprendre la honte de ce partage. Les Gépides, ses sujets, et les Ostrogoihs, sous la conduite de trois vaillans frères, encouragèrent leurs alliés à revendiquer le» droits de l'indépendance de la royauté. Dans une bataille sanglante et décisive, sur les bords de la rivière de Netad en Pannonie, on vit la lance des Gépides, l'épée des Goths, la flèche des Huns , l'infanterie des Suèves , les armes légères des Hérules et les glaives pesans des Alains se confondre et s'entrechoquer pour s'attaquer et se détruire les uns les autres. La victoire d'Ardaric coûta trente mille hommes à ses adversaires. EUac, l'ainé des fils d'Attila , perdit la couronne et la vie dans la mémorable bauiille de Netad. Sa valeur et la victoire l'avaient placé fort jeune sur le trône des Acatzires , peuple de Scythie , qu'il avait subjugué ; et Attila , qui aimait la gloire, aurait rendu hommage au mérite ou envié la mort de son fils Ellac *. Son frère Dengisich , suivi d'une armée de Huns, encore formidable après sa défaite, se

< La nouvelle de son crime passa bientôt jusqu'i Constantinople, où on lui donna un nom fort différent, et MaroeUin observe que l'usurpateur de l'Europe fut assassiné dam la nuit par la main et par le couteau d'une femme. Conieille, qui a suivi dans sa tragédie la vérité de l'histoire , décrit l'hémorragie de son sang, et fait dire à Attila avec une fureur ridicule :

S'il ne vent •■«nrfter ,

•' (DU-U) OB ne piira et qu'U <■ m'tn colur.

1 Jomandès (c. 49, p. 684, 685) raconte les circonstance sinléressanles de la mort et des (Unérailles d'Atlila, et il y a lieu de croire que Priscus les a copiées.

2 Voy. Jomand., de Reb. Getic., c. 50, p. 685 , 68C, 687, 688. Sa distinction des armes nationales est trés-cnrieuse. • Nam ibi admirandum reor fuisse spectacuhira ,

> ubi cemere eral cunctis pugnantem Gothum ense Ai- » rentem, Gepidam in vulnere suorum cuncta tela flnin- » gentem, Suevum pede, Hnnnum sagitta prsesumere,

> Alanum gravi , Henilum levi armatura , aciem ins- • truere. • Je ne sais point avec précision où la rivière de Nclad est située.

DECADENCE DE

défeodit durant quinze années sur les bords du Danube. Le palais d'Attila et l'ancienne Dacie, depuis les montagnes Carpatbiennes jusqu'à la mer Noire, devint le siège d'une nouvelle puissance, fondée par Ardaric, roi des Gépides. Les Ostrogotlis occupèrent les conqu^es faîtes en Pannonie , depuis Vienne jusqu'à Sirminm ; et les divers établissemens de tribus, qui venaient de reconquérir aussi vaillamment leur liberté , furent irrégulièrement distribuées , chacune en proportion de sa force. Environné et opprimé par les esclaves de son père, Dengisich ne possédait d'autre empire que l'enceinte de ses cbariots ; son courage déterminé le porta à envahir l'empire d'Orient ; il perdit la vie dans une bataille , et sa tête, exposée dans l'hippodrome, amusa la curiosité du peuple de Constantinople. Attila s'était superstitieusement persuadé qu'Irnac , le plus jeune de ses fils, était des- ■ tiaé à soutenir la gloire de sa race. Le caractère de ce prince , qui tâcha vainement de modérer l'impétuosité de son frère Dengisich, convenait mieux à la cbancelaote fortune des Hims. Iruac, suivi des hordes qui loi obéissaient, se retira dans le cœur de la petite Scythie. Ils en furent bientôt chassés par une multitude de barbares qui suivirent le même chemin que leurs ancêtres avaient découvert. Les Geougen, ou Avares, que les écrivains grecs placent sur les côtes de l'Océan, poussèrent les tribus voisines jusqu'à ce qu'enân les Igours du Nord , sortant des régions glacées de la Sibérie , se répandirent dans le désert jusqu'au Borysthène et à la mer Caspienne , et détruisirent totalement l'empire des Huns '.

Cette révolution aurait pu contribuer à la sûreté de l'empire d'Orient , si le monarque eût su se concilier l'amitié des barbares sans se rendre indigne de leur estime. Mais le faible Yalentinien , parvenu à sa trente-ciuquiènae , année, sans acquérir ni jugement ni courage, abusa de sa sécurité apparente pour saper les fondemens de sa propre puissance , en

i Deux bisloriois modernes ont jeté une grande lumière sur la ruine et la divigion de l'empire d'AltUa. H. de Buat (t. vm, p. 3-31.484M), par tes recherches exactes, et M. de Guignes, par sa connaissance de la langue et des auteurs clÙDois. (Voyez llist. des Huns, t. u, p. 315-319.)

L'EMPiaE ROMAIN, (464 dep. J.-C.)

assassinant de sa propre main le patrice Aétius. Il baissait, par un instinct de basse jalousie, le héros qu'on célébrait universellement comme la terreur des barbares et le soutien de l'empire; et l'eunuque Héraclius, son nouveau favori, tira l'empereur d'une ictbargie qui, durant la vie de l'impératrice, pouvait se déguiser sous le nom de respect filial *. La réputation brillante d' Aétius , ses richesses, ses dignités, la troupe nombreuse et guerrière de barbares dont il était toujours suivi, ses créatures, qui remplissaient tous les emplois civils , et les espérances qui s'attachaient à l'avenir de son fils Gaudentius, déjà fiancé à Eudoxie, fille de l'empereur, relevaient au-dessus du rang d'un sujet. Les desseins ambitieux dont on l'accusa secrète» ment excitèrent la crainte et le ressentiment de Yalentinien. Aétius lui-même , encouragé par le sentiment de son mérite , de ses ser^ vices , et peut-être de son innocence , semble s'être conduit avec une imprudente hauteur. Le patriee offensa son souverain par une déclaration hostile ; et il aggrava l'offense en le forçant à ratifier par un serment solennel un traité d'alliance et de réconciliation. Aétius proclama ses soupçons, et négligea sa propre sûreté. Persuadé que son ennemi était incapable même d'un crime qui demandait de la hardiesse, il se rendit imprudemment au palais de Rome. Tandis qu'il pressait l'empereur, peut-être avec trop de véhémence, de conclure le mariage de son fils, Yalentinien, tirant pour la première fois son cpce, la plongea dans le sein d'un général qui avait sauvé l'empire. Ses eunuquesetsescourtisans s'empressèrent d'imiter leur maître, et Aétius, percé de coups, expira en sa présence. Au mértie instant, on assassinait Boëthius, préfet du prétoire; et, avant que la nouvelle pût en être répandue, les principaux amis du patrice furent mandés au -palais, et massacrés

> Placidie mourut i Rome le 27 Bovembre (A. D.450); on l'eoterra è Ravenne, où son sépulcre et mfime son corps , assis sur une chaise de bois de cyprès, a été couserré durant plusieurs aècles. Le dergé orthodoxe complimenta souvent l'impératrice et saint Pierre Chrysologue , et l'assura que son zèle pour la Sainte-Trinité avait été récompensé par une auguste trinité d'enfans. (Voyez TillemoDt, Histoire des Empereurs, t. vi, p. 2^10.}

(434 (lep. J.-C.)

les nas après les autres. L'empereur, déguisant celte action atroce sous le nom de justice ou de nécessité , en fit part à ses soldats , à ses sujets et à ses alliés. Les nations étrangères an destin d'Aétias, ou qui le redoutaient comme ennemi, déplorèrent généreusement son sort. Les barbares qui avaient été personnellement attachés à son service dissimulèrent leur douleur et leur ressentiment; et te mépris public, dont Valentinien avait été si long-temps l'objet, se convertit en une horreur profonde et universelle. Ces sentiroens osent rarement se montrer à découvert dans les palais ; cependant l'empereur fut forcé d'entendre , avec confusion , la réponse ferme d'un Romain , dont il n'avait pas dédaigné de solliciter l'approbation. < J'ignore, * lui dit-il, quels ont été vos griefs, mais je

> sais que vous avez agi comme un homme

> qui se sert de sa main gauche pour eouper » sa main droite '. >

Les plaisirs de Rome semblent avoir attiré les visites longues et fréquentes de Valentinien, qui, par cette raison , était pins méprisé à Rome qu'en aucun autre endroit de ses états. Les sénateurs, dont l'autorité et même les secours devenaient nécessaires au soutien d'un gouvernement faible, avaient repris insensiblement l'esprit républicain ; les manières impérieuses d'un monarque héréditaire offensaient leur vanité, et les plaisirs de Valentinien troublaient la paix et blessaient l'honneur des familles les plus distinguées. La naissance de l'impératrice Endoxie était égale à celle de son mari ; sa tendresse et ses charmes méritaient de recevoir les preuves d'amour que l'inconstance de l'empereur offrait chaque jour à quelque nouvelle beauté. Petroniiis Maximus , riche sénateur de la famille Ânicienne, qui avait été deux fois consul , possédait une femme jeune et belle. Sa résistance ne servit qu'à irriter les désirs de Valentinien, qui résolut de les satisfaire par force ou par stratagème. Le gros jeu était un des vices de la cour.

< Aetium Placidus mactavU semivir amens, dit Sidonius (Panegyr. Avit., 359). Le poète n'était point dispesé à flatter un minisire qui avait insulté ou disgracié Aritus et Majorien, dont Sidonius i fait successivement le panégyrique.

PAR ED. GIBBON. CH. XXXV

L'empereur, par hasard ou par quelque arii- Gce, gagna une somme considérable à Maximus, et, lui ayant demandé indélicatement sa bague en gage, il l'envoya à sa femme par un messager sûr, et lui fit ordonner de la part de son mari de se rendre sur-le-champ auprès de l'impératrice. L'épouse de Maximus, n'ayant aucun soupçon de la supercherie, se fit conduire dans sa litière au palais impérial. Les émissaires de son amant l'introduisirent dans une chambre solitaire , où Valentinien viola sans remords les lois de l'honneur et de l'hospitalité. A son retour, ses larmes, sa douleur, et ses reproches à son mari, qu'elle regardait comme complice de sa honte, enflammèrent Maximus du désh* d'une juste vengeance ; et ce désir de vengeance reçut de son ambition un nouvel aiguillon. Maximus pouvait raisonnablement espérer que les suffrages du peuple et du sénat le porteraient sur le trône d'un méprisable et odieux rival. Valentinien, qui, jugeant d'après son cœur, ne croyait ni à l'amitié ni à la reconnaissance, avait imprudemment conservé parmi ses gardes des domestiques et des soldats d'Âétins. Deux de ces barbares se laissèrent aisément persuader qu'ils rempliraient un saint et honorable devoir en ôtant la vie à l'assassin de leur ancien maitre, et leur courage intrépide n'attendit pas longtemps un moment favorable pour l'exécution. Tandis que Valentinien s'amusait dans le champ de Mars du spectacle de quelques jeux militaires, ils s'élancèrent sur lui, immolèrent le coupable Héraclius , et plongèrent dans le sein de l'empereur leurs épées encore fumantes du sang de son favori, sans la moindre opposition de sa suite qui parut mémo se réjouir de la mort du tyran. Tel fut le sort de Valentinien ', le dernier empereur

> Relalivenicnl à la cause et aux circonstances de la mort d'Aélius et de Valentinien, nous n'avons que des renseignemens obscurs et imparfaits. Procope {tle Bell. Fondai., 1. 1, c. 4, p. 186, 187, 188) raconte bbnleusement tout ce qui est antérieur à son siècle; il est donc indispensable d'y suppléer, et de le corriger par le secours de cinq ou six chroniques dont aucune n'a été composée i Knme ni en Italie, et qui ne peuvent rendre compte que des bruits publics à mesure que les nouvelles vraifs on fausses arrivaient en Espaf^e, en Afrique, à Conslanlinople , ou à Alexandrie.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (454 dep. J.<C.)

de la famille de Théodose. Il eut tonte la faiblesse de son cousin et de ses deux oncles, sans y joindre la douceur, la pureté et l'innocence qui font tolérer en eux le manque de courage et d'intelligence. Valentinien était moins excusable, puisqu'il avait des passions sans le contrepoids d'aucune vertu. Sa religion même était suspecte ; et, quoiqu'il n'ait jamais embrassé les erreurs de l'hérésie , les chrétiens furent scandalisés de son attachement pour les pratiques profanes de la magie et de la divination.

Dès le temps de Cicéron et de Yarron, les augures romains prétendaient que les douze vautours aperçus par Romulus représentaient les douze siècles fixés par le destin pour la durée de sa ville '. Cette prophétie, qui , dans les siècles de vigueur et de prospérité, paraissait peut-être méprisable, inspirait des alarmes sérieuses au moment où allait expirer le douzième siècle marqué par tant de calamités ' ; et la postérité n'a pas pu sans doute se défendre de quelque surprise, en voyant vérifier par la chute de l'empire d'Occident l'interprétation arbitraire' d'une circonstance accidentelle ou fabuleuse. Mais cette chute fut annoncée par des présages plus clairs et plus sûrs que le vol des vautours. Le gouvernement romain devenait tons les jours plus odieux à ses sujets ', et moins formidable à ses ennemis. Les impôts se multipliaient avec les malheurs publics; plus l'économie devenait nécessaire, plus on

t CeUe interprétation de Veltius, célèbre augure, fut citée par Varron dans le dix-huitième lirre de ses antiquités. (Censorinus, de Die natali, c. 17, p. 91 , édit. Havefcamp.)

1 Selon Varron , le douzième siècle devait expirer, A. D. 447 ; mais l'incertitude de l'époque véritable de la rondalion de Kome peut permettre un peu de délai ou d'.inlicipation. Les poètes du siècle allesleiit ceUe opinion populaire, et leur témoignage n'est pas récusable.

Jam nfoum anix», Inttrceptoqoe voUta Viillurls, Inciihiiit properaUs saxula meUa.

Jam propë rata loi bissenas vuUnrla alaa Implehaal ; sds namqnc toos , scis , noma^ laborcs.

(Vofcz Uinot, 1. 1, p. 3M-34C.)

3 Le premier livre de Salvien est rempli de lamentations pathétiques et d'invectives véhémentes. Sa liberté hardie prouve (paiement la faiblesse et la corruption du gouvernement romain. H publia son livre après la perte de l' Afrique (A. D. 439) et avant la guerre d'Attila (A. D. 451).

la négligeait; les riches rejetaient leur Eardeau sur le peuple , et le privaient de tontes les douceurs qui auraient pu alléger passagèrement sa misère. L'inquisition sévère qoi confisquait leurs biens, et exposait souvent leurs personnes aux tortures , décida les sujets de Valentinien à préférer la tyrannie moins compliquée des barbares, à se réiiigier dans les bois et dans les'montagnes , oa à embrasser 4'état avilissant de la domesticité mercenaire. Ils rejetaient avec horrear le nom de citoyen romain , si respecté, si envié de leurs ancêtres. Les provinces armoricaines de la Gaule et la plus grande partie de l'Espagne, entraînées par la confédération des Bagaudes , vivaient dans un état d'indépendance et d'anarchie; et les ministres impériaux employaient inutilement des troupes et des lois de proscription à réduire des nations qu'ils avaient jetées dans la révolte et dans le désespoir '. La destrucUon totale des barbares n'aurait pas suffi pour rétablir l'erapùv d'Occident. Rome existait encore; mais elle survivait à sa liberté, à son honneur, et à sa vertu.

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