IV. i
défendirent toujours sa cause ai^ec intrëpiditë. Ainsi qu auraient pu le ]ui prescrire Forgueil et la politique, Atbanase visitait son diocèse, depuis les' bouches du * Nil jusqu'aux confins de TÉthiopie : il conversait fa- «lilièremeat avec les derniers du peuple , et sakiait avec humilité !es ermites et les saints du désert (i). Ce n'était pas senlemoit dans les assemblées ecdiésiastiques, parmi ceux dont le rapprochaient une éducation et des habitudes semblables , qu Athanase Jififait sentir Tascéndant de son génie : il se présentait dans la cour des princes avec une aisance fermo et respectueuse \ et, dans les vicissitudes d$ sa bonne et de sa mauvaise fortune , il ne perdit jaoïai^ ni la . confiance de ses amis ni Festime de ses adversaires* Persécution Daus sa jcunessc , le primat d Egypte résista à Cons- A.D.330. tautm leGrai^d,qui loi avait ordonné plusieurs lois d'admettre Arius à la communion catholique (a). L'empereur respecta l'inflexible opposition d' Atbanase ,
, (i) Voyez V Histoire des Pères du Désert, publiée par Rosweide ; et Tiliemont ( Mém. ecclés. , t. vu ) ^ dans les vies de samt Antoine , saint Pachôme , etc. Saint Athanase laimême , qnt ne dédaigna pas d^écrire la vie de son ami saint. Antoine , a soigneusement observé que ce saint moine avait souvent annoncé et déploré les désordres de l'hérésie arienne.
(2) Constantin , dans les commencemens , menaça de
. paroles ; mais dans ses lettres il avait recours à la prière ,
xoii aypauff^ç fxsv rimùiij ypafbivâk, «iÇtou. Insensiblement .elles
prirent le ton mena^*aht. Mais en même temps qu'il exigeait
que TEglise fût ouverte à tous y il évitait de spécifier le nom
et semblait disposé à la lui pardonner i la faction qui le regardait comme son plus formidable ennemi , fut forcée de dissimuler sa haine , et de préparer de loin une attaque indirecte. On répandit des soupçons et des bruits calomnieux ; on représenta Tarchevéque comme un tyran orgueilleux ; on l'accusa hautement d'avoir violé le traité conclu dans le concile de Nicée avec les'dispiples schismatiques de Mélèce (i). Saint Âthanas/e avait ouvertement désapprouvé cette paix ignominieuse-, et Tempereur se laissa persuader que le primat abusait de son srutorité civile -et ecclésiastique, pour persécuter des sectaires qui lui étaient odieux ; qu'il avait brisé d'une main sacrilège un calice dans une dé leurs églises de Marseotis ^ qu'il avait fait fouetter où mettre en prison six de leurs évêques, et qu'il avait poussé la cruauté jusqu^à assassiner ou mutiler de sa propre main Arsène, autre prélat du même parti (2). Ces accusations attaquaient l'honneur
odieux d'Arius. Saint Athanase , en poliljque habile , indique soigneusement ces nuances (t, i, p. 788), qui lui four« nirent quelques moyens d'excuse et de délai.
(i) Lesmélétiens d'Egypte, de même que lesdonatistes d'Afrique , prirent naissance dans une querella épiscopale , produite par l'esprit de persécution Je n'ai pas le loisir de suivre une controverse obscure , cflU semble avoir été défigurée par la partialité de saint Athanase et l'ignorance de saint Ëpiphane. P^ojr. VHist. génér. de l'Egl, , par Mosheim, vol. i , p. 201. (trad. angl. )v
(2) Sozomène (1. 11, c. 25) détaille. la manière dont les six évêques furent traités. Mais saint Athanase , si abon-
228 ttlSTOIRE DE LA DECADENCE
et la vie d^Athanase ; Constantin les remit à son frère Dalmatius le Censeur , qui résidait à Antioche. On assembla successivement des synodes à Tyr et à Césarëe , et les ëvéqut^s de TOrient eurent ordre de juger le primat avant de procéder à là consécration de la nouvelle église de la Résurrection à Jérusalem. Atba* nase pouvait être sûr de sa propre innocence; mais , persuadé que la haine qui avait dicté l'accusation, dicterait aussi les procédures et la sentence , il. récusa prudemment le tribunal de ses ennemis , méprisa les ajournemens du synode deCésarée, et après de longs délais , habilement concertés , ne se soumit enfin qu'à Tordre absolu de l'empereur, qui menaçait de punir sa désobéissance s'il refusait de comparaître devant A. D. 325. le concile de Tyr (i). Athanase , avant de quitter Alexandrie , à la tête de cinquante prélats d'Egypte , s'était sagement assuré le secours des méléliens ; et Arsène lui-même,. la prétendue victime et l'ami secret du primat, était caché dans son oartége. Eusèbe de Césarée déploya dans le concile de Tyr, qu'il dirigeait, moins de prudence et plus de passion qu'on n'aurait dû en attendre de ses lumières et de son ex-
dlunt'surle sujet d* Arsène et du calice, ne fait pas la moindre réponse à cette grave accusation.
(i) Saint Athanase, t. i, p. ^88; Socrate, 1. i., c. 28; Sozomène , L 11 , c. 25. LVmpereur, dans sa lettre 'de convocation (Euseb., m F^it, Constant.,.!, iv, c. 4^), semble }uger d^av'ance quelques membres du clergé ; et il était plus que probable que les évêques du synode appliqueraient ces reproches à saint Athamase.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. 22a
périenee. Sarnombreuse faction faisait retentir la salle des noms d'homicide et de tyran , et les damenjrs étaient encouragées par la patience apparente d' Atha*nase , qui attendait en silence, le moment de répondre d'une manière décisive en faisant paraître au milieu de l'assemblée Arsène plein de vie et sans blessure. Il ne piOuvait pas répondre d'une manière si évidente et si victorieuse «ux autres accusations : cependant l'archevêque était en état de prouver que dans le village ou on l'accusait d'avoir brisé un calice , il n'avait jamais existé ni église, ni autel , pi calice^ Les ariens, résolus dç trouver leur ennemi coupable et de le condamner, essayèrent cependant- dé déguiser leur injustice souS une apparence de formalités judiciaires. Le synode chargea six évêques de faire des inf ormations sur les lieu* \ et cette mesure , à laquelle s'opposèrent rigoureusement les évêques d'Egypte, ouvrit le champ à de nouvelles scènes de violences et de parjures (i). Lorsque les députés furent revenus d'Alexandrie, la majorité du concile prononça contre Athauase une sentence définitive d'exil et de dégradation. Après avoir dicté un décret plein de fiel , de fureur et de perfidie, qu'ils présentèrent à-l'empe-
(1) , F^ofcz particulièrement la seconde apologie de saint Athanase, tome i, p. 763-808'; et ses Épures aux moines", p. 808-866. Elles sont appuyéeè siyr des docamens originaux et authientiques. Elles inspireraient cepe^idant plus de confiance s'iî s'y montrait moins innocent , «t ses ennemis moÎDS absiirdes.
nase.
25o HISTOIRE DE LA. DÉCADENCE
reur, et qu'ik pablièrent dans Téglise catholique , les prélats reprirent le maintien dëvot qui contenait an pèlerinage du Satnt-Sëpalcre (i)«
rauTAtba- ' ^^^ Athanase , loin de se soumettre à Tinjuste arrél*de ses juges , n*avait pas même voulu y donner quelque poids par sa présence ; et , sans attendre sa sentence , Tintrëpide primat , ré^lu d^apprendre , par une dangereuse expérience, si le trône était inaccessible à la voix de la vérité , se jeta dans une barque prête à partir pour la ville impériale. Craignant que Tempereur ne refusât on n*éludât une audience s*il la lui demandait, il tint son arrivée secrète ; et, épiant le moment où Constantin , revenant d^une maison de campagne voisine , rentrait à cheval dans la ville , Tarchevéqué , au milieu de la principale rue de Constantinople^ se présenta hardiment devant son souverain irrité. Surpris et indigné de cette étrange apparition , Constantin donna ordre à ses gardes d*é* lotgner Timportun; mais un respect involontaire arrêta son ressentiment, et la hauteur du monarque se sentit subjuguée parle courage et réloquence d^un évêque qui réclamait sa justice et réveillait sa conscience (a). Constantin écouta les plaintes d' A thanase avec une attention impartiale et même bienveillante :
(l) Euseb., m yU, Constant. , h iv, c. 41*47- (a) Saint Athanase , t. i , pu 804. Dans une églbe dédiée à saint Athanase , le tableau de cette circonstance de sa vie aurait été plus intéressant que la plupart des miracles et 4es martyres.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. 2:3ri
il fit sommer les juges de lui rendre compte de leurs proqédés-, et les auftiâlii de la ûctioù d'Eoisèbe auraient été confondus, si une adroite calomnie tie fut venvÊ aggraver les charges portées contfe le primat , en y ajoutant la supposition d-uncrime impardonnable. On l'accusa du coupable projet de retenir à Akxandrie la flotte chargée de grains pour l'approvisionnement de Constantinople (i). L'empereur jugea qu'il était prudent d'assutfer la paix de TÉgjipte f^ar l'absence d'un chef factieux 5 mais il refusa de nommer;à son archevêché -, et la sentence qu'il prononça / après avoir hésité long - temps ^ fut plutôt un ostracisme jaloux ^'un exil ignominieux. Âthanase passa vingtfhuit mois dans la province reculée de la Gaule , mais à la cour hospitalière de Trêves. La mort de Constantin changea la face des affaires. L^iiïdulgenee - Restaurad'un nouveau règne rétablit Athanase sur son siège nasc. archiépiscopal , et l'hl^^orable édit que donna à cette
(i) Saoït Athanase , t. i, p. 72g. Eunape(//i f^it. Sophist., p. 36-37, édit. Coinmelîn) a raconté un singulier trait de la crédulité et de la cruauté de Constantin dans une circonstatice semblable. L^éloquenl Sopater, philosophe syrien, était aimé de ^empereur; mais il eut le malbiii^r de déplaire à Ablavius, préfet du prétoire. La ftotte chargée d^ grains, faute d'un vent du midi , ne put arriver, et le peuple de Constantinople murmura. Sopater eut la tête traechée , pour avoir, disait la senteneç , arrêté les vents par une puissance magique. Suidas ajoute que Constantin voulait prouver par cette .exécution qu^il avait absolument renoncé à la superstition des gentils.
2Sa HISTOIRE DE LA DECADENCE
occasion le jeune Constantin , exprime un sentiment profond de Tinnoctnce et dumëriie«de Thôte respectable qu^il avait reçu dans sa cour (i). 'soniecood La mort de ce pénce exposa le primat dIÉ|ypte A. D. '341. à une seconde persécution; et le faible Constance , souverain de TOrient , devint bientôt le complice secret du partiM'Eusèbe. Quatre-vingt-dix évéques de cette secte , on plutôt de cette faction , s'assemblèrent à 4ntioche, sous le prétexte spécieux de dédier la cathédrale. Ils composèrent une profession de foi en termes obscurs , mêlés d une teinte de aemi-^aria^ nisme, et vingt -cinq canons qui servent encore de règle à la disdipline des Grecs orthodoxes (2). On décida , avec une apparence d'équité , .qu'un évéque dépossédé par un synode ne pouvait élre remis en possession de son évéché que par un^second synode composé du même nombre d'ecclésiastiques ; et on appliqua immédiatement cette loi à la cause d^Âthanase. Le concile d'Antioche prononça ou plutôt confirma sa dégradation : un étranger, nommé Grégoire, prit possession de son^ archevêché; et Phifaigrins,
(j) En revenant , il vit deux fois Const<ince à yîmînîacum et à Césarée en Cappado'ce. ( Saint Atfaanase , t. i, p. 676.) Tillemont prétend que Constantin le présenta à ses deux frères dans la Pannonie. \Mém. eeeiés,, t. viii , p. 69.)
(i) f^oyez Beveridge, Pandect., t. i , p. 4^9^^^ ; et t. 11, Notes, p. 182 ; Tillemont, Mém» ecclés, , t. vi , p. 3io-324- Saint Hilaire de Poitiers a parlé de ce synode d^Antiocbe d^une manière beaucoup trop favorable et trop respectueuse. H y compte quatre-vingt-dix-sept évéques.
pcéi'et d'Égypt«(i), eut ordre de soutenir rautoritë du nouveau primat de toute la puissance civile et militaire de la province> Victime de la consp^ation de9 pipélats de TAsie , Athanase se retira d'Alexandrie, Qt pendant trois ans, exilé et suppliant (a), il assiégea le trônepontifical du Vatican. Pajr son ardente assiduité à s'instruire dans là languelatine , il se m^t bientôt en état de négocier avec le clergé d'Occident (3). L'or-
(i) Saint Grégoire de Nazianze fait un grand éloge (t. i , orat,' m^ p. Sgo , 3^i) de ce magistrat si odjieux à sslint Atbanase :
Sœpè premente Deofirt Deus aUer opem. •»
J*aime à trouver, pour 1-honneur du genre humain , quelques' bonnes qualités cbez les hommes que la faction opposée.jeprésentaiiconnBe de^ tjsans et. des monstres.
(2) Valois ( O^jerf/. ad calcem,\, ii ; Hist, ecclés,, 1. i, c. 1-5) et Tillemont {Mém- ecclés,, t. viii, p. 674, etc.) ont discuté avec soin les doutes chronologiques qui obscurcissent la question de la résidence de saint Athanase a Rome. J'ai suivi Thypothèse de Valois , qui n'admet qu^un seul voyage aprèa ^intrusion de Grégoire.
(3) Je ne puis résister à l'envie de transcrire une observation judicieuse de Wetslein.( Profe^o/ne/i. N. T. , p. 19). Si tamen Historiam ecclesiasticam velimus cônsulerey pâte— hitjam ùtde à seculo quarto ^ càm, ortis controt^ersiis , JEcch'siœ Grœciœ doctores in duas partes scinderentur, ingenit^ elo-* quejitiây numéro t^ntàm non œquales y eam partent quœ vincere cupiebat Romam confugisse , maj^statentque pontificis , ccrmiter coluisse^ eoque pactàoppressis per pontificem et epis" copos latinos adifersariis prœ^aluisse y atque orthodoxidm in concUiis stabiliwsé, Eam ob causam Athanasius y non sine comitatu, Romam petiit , pluresque annos i^i kœsit.
a34 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
gueilleax Jules se laissa séduire par ses flatteries délicates ^ et diriger par ses conseils; Athanase persuada au pontife romain que la gloire de son si^e était intéressé à recevoir son appel. Son innocence fui unanimement reconnue dans un concile composé de dnquante évéques d'Italie. Au bout de trois ans, le primat fugitif revint à Milan, à la sollidlation de Constans , qui conservait au milieu de ses dérégiemens un zèle sincère pour la ibi orthodoxe. L'or vint à Tappui de réqQité(i), et les ministres de Constans conseillèrent à leur souverain de (spnvoquer une assemblée ecclésiastique qui put agir comme représen- A. o. 346. tant ^'Église catholique. Quatre-vingt-quatorze évéques de rOccident et soixante - seize de TOrient se trouvèrent ensemble à Sardica , sur les coaj(ins des deux empires , mais dan^ 1^ États 4^ protecteur d'Athanase. Leurs débats 6rent bientôt place à des mesures hostiles* Les évéques d\)rient, se croyant en danger, cherchèrent précipitamment leur sûreté à Philippopolis dans la Thrace, et les deux conciles foudroyèrent réciproquement leurs ennemis , qu'ils appelaient pieusement les ennemis du vrai Dieu. Leurs décrets furent publiés et ratifiés dans leurs pro-
(i) Philostorgius, 1. m, c. .12. En supposant quç saint AtKanase ait employé des moyens de séduction en faveur de la religion , on pourrait justifier ou au moins excuser sa conduite par Texemple de Caton et de Sidney, dont le premier est accusé d^avpir payé , et Tautre d^avoir été payé pour défendre la liberté publique.
DE L'EflPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. u55
vinçes respectives. Athajaase était en même temps révéré comme un mini dans Tûccident, et abhorré comme un scélérat dans TOrient (i). Le concile xle Sardica découvrit les premiers symptômes de schisme' et de discorde «ntre les Églises- grecque et latine, séparées, d'abord par une dissidence accidentelle dans leurs opinions religieuses , et ensuite parla différence permanente de leur langage.
Durant son second exil en Occident , Athanase fut seconde
restauration
souvent admis en présence de l'empereur dans les a Athanase.
T 1*1 1 tT A. D. 349.
différentes villes de Capoue , Lodi , Milan , Yéroiîe , Fadoue , Aipilée et Trêves. L'évéque du diocèse l'accompagnait ordinairement dans ces entrevues , et le f^rand-maître des offices restait toujours devant le voile ou rideau qui masquait l'appartement du spuveraîtaL. Le {MÎnmten appelle à ces témoins respectables de sa constante moaération dans ces entretiens (2). La prudence devait suffira pour luifaireconserver le re8{>ect et ce ton de tlouceur qui convient à un sujet
(i) Le canoQ qui accorde Pappel aux pontifes romains , a presque* élevé le «ynode de Sardica au rang des conciles généraux, et on a confondu, ou par adresse ou par ignorance, ses actes avec ceux du eoQcile de Nicée. F^oy, Tiïiemont , tome viii , p. 689 ; et le Traité de Geddes , vol. 11 , p. 419-460.
/ (2) Comme saint Athanase répandait secrètement, des invectives contre Constance (^voyez V Epure aux moines) ^ tandis qu'il l'assurait personnellement de son profond res-* pect, i^ous pourrions raisonnablement nojis défier des protestations de l'archevêque , t. i , p.. 677.
aSG HISTOIRE DE LA DÉCAOtlNCE
eià un ëvôque. Dans ces conversations Êiniilières avec le monarque de TOccident , Athamse se bornait sans doute à déplorer raveuglement de Constance; niab, ne ménageant ni les eunuques ni les prélats ariens , qu'il diargeait hardiment de la division de FÉglise et du danger auquel la foi catholique se trouvait exposée , il excitait Constans à imiter le zèle et à mériter la gloire de son père. L'empereur dédara. qu^il étsnt résolu d^einployer les forces militaires et les trésors de l'Europe à soutenir la foi orthodoxe , et fit savoir k son frère Constance, dans une lettre courte et impérative, que s'il ne consentait pas à remettre immédiatement Âtbanase en possession de sa place et de ses droits y il irait lui-même , suivi d'une flotte et d'une armée y l'installer sur son siège archiépiscopal d'Alexandrie (i). Mais la condescendant de Constance prévint cette guerre religieuse qui eût fait horreur â la, nature, et Tempereur. d'Orient daigna faire des avances de réconciliation à un de ses sujets qu'il avait injustement persécuté. Athanase, usant d'une noble fierté, ne se rendit qu'après trois lettres consécutives de son souverain. Elles étaient remplicss de protestations d'estime, d'assurances de protection et de bienveillance, et l'invitaient à se rendre dans son ar-
(i) Malgré le silence de saint Atbana«e et la fausseté manifeste dé }a lettre insérée par Socrate , ces menaces se trouvent constatées par le témoignage de liucifer de Cagliari et de Constance lui-même. /^o/« TiUemont ^ t. vni, p. 693.
cheT4chë. Conslancé ajoutait rbumîliante précaution de faire attester par ses mimstres la siucërité de ses intentions ). il la manifesta d^une manière .plus éclatante par les- ordres positifs qui furent envoyés en Egypte pour . rappeler tous le& amis et les adhërèns d'Âthanase , leur rendre leurs privilèges , publier leur innocence , et faire disparaître des registres publics les arrêts illégaux arrachés par le crédit de la&ction d'Eusèbe. Après avoir obtenu toutes les sûretés et toutes les satisfactions que pouvaient demander- la justice et l'honneur, Tarchevéque traversa lentement les provinces de la Thrace , de TAsit et de la Syrie , et reçut dans sa route, de la bassesse des évéques orientaux, des hommages qui excitaient son mépris sans tromper sa pénétration (i). Il vit à Antioche l'empereur Constance, reffctavec uiie as^rance-inodeste les embrassemens et les protestations de son maître, et éluda la proposition d'accorder une église particulière aux ariens d'Alexandrie, ^^n demandant une égale tolérance pour ceux de son parti dans les autres villes de Tempire. Cette réponse aurait pu paraître juste et modérée dans la bouche d'tin prince
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(i) J^aî toujours eu des doutes sur la rétractation d'Ur— sace et de Valens («aint Athan. , t. i, p. 776); leurs ëpîtres à Julius, évêque de Rome^ et à saint Athanase, ont uiie tournure et un style si difierens , qu'elles ne peuvent sortir de la mên^e source : Pane parle le langage de criminels qui confessent* leur crime et leur infamie, et Ti^utre celui d'ennemis qui . demandent à se réconcilier sous des conditions honorables.
indépendant. L*entrëe de TarcheTéque dans sa capi* laie fut une procession tHomphale. Son absence et ses malhaurs Tavaient rendu cher aux habitans d'Alexandrie. L'autorité qu'il exerçait avec rigueur se trouva plus solidement établie , et sa gloire se répandit dans tout le inonde chrétien , depuis TÉtfaiopie jusque dans la Bretagne (i).
nestemi. Mais le sujet qui force son souverain à dissinmler CoiloanrV nc doit pas compter sur une réconciliation sincère et durable. La mort Iragique de Gonstans priva bientôt Athanase d'un protecteur puissant et généreux. La guerre civile entre l'assassin et le dernier frère de Gonstans déchira pendant trois ans l'empire , et donna quelques instans de repos à l'Église c^olique. Les deux rivaux ménagèrent l'amitié d'un piélat qui , par son autorité personnelle , pouvait fixer la résolution incertaine d'une province importante. Il donna audience aux ambassadeurs de Magnence , avec lequel on l'accusa depuis d'avoir conservé une correspondance secrète (tx) , et Constance assura le
(i) Les circonstances de ce second retour peuvent se tirer de saint Athanase lui-même, t. i, p. 769, 822,843; Socrate, 1. 11, c. 18; Sozomène, 1. m, c. 19; Théodoret, 1. II, G. II, 12; Pfailostorgins, 1. m, c. 10.
(2) Saint Athanase (t. I9 p« 677, 678) défend son innocence par des' plaintes pathétiques, des assertions solennelles et des argumens spécieux. Il convient qu'on a fôi^ des lettres en son nom ; mais il demande qu'on questionne ses secrétaires et ceux du tyran , 'et que Pon constate si les uns les ont écrites , et si les autres le» ont reçues.
DE L»E1V1PIRE ROMAIN. CHAP. XXI. 2'5g
vénérable Âthanase*, âon père chéri , que, malgré les faux bruits débités par leurs ennemis communs, il avait hérité das sentimens aussi bien que des États de sonfrère(i). La reconnaissance et Thumanité auraient pu sans doute disposer rarchevéque à déplorer la fin prématurée de Gonstans, et à détester le crime de Magnènce; mais comme Âthanase était convaincu que lé^ cramtes de Constance étaient son unique sauvegarde^ cette idée refroidissait peut-être uû peu la ferveur des prières qu*il adressait au ciel pour le succès de la cause la plus juste. En effet , Athanase dut bientôt attendre sa ruihe, non plus des complots et de la haine obscure 'de quelques évêques superstitieux ou irrîtés , abusant de l'autorité d'un maître crédule, mais des efforts de l'empereur, qui, laissant éclater un ressentiment long-temps confenu , déclara la' résolution de venger §es iftjures personnelles (yt); et le premier hiver qu'il passa à Arles, après sa victoire , fut employé à assurer son triomphe sur un ennemi plus odieux que le tyran qu'il venait de vaincre. •
Si le caprice du souverain eût exigé la mort du condiM citoyen le plus illustre et le plus vertueux de la ré- eideMUan. publique, la violence ouverte de ses satellites et 353-355.
(i) Saint Athanase , t. i , p. 825-^44-
(2) Saint Athanase, tomei, p.' 861 ; Théodoret , 1. 11^ c. 1 6* L'empereur déclara qu'il arait plus à cœur de dompter saint Athanase , qu'il n'avait désiré de vaincre Magnence ou Sylvanriis.
24o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
la perfide complaisance des magistrats se seraient empressées à Tenvi de le satisfaire. Les précautions, les lenteurs avec lesquelles tt fut obligé de procéder à la condamnation et au châtiment d'un évéque aimé dvi peuple, les difficultés qu'il y trouva, apprirent à l'univers que les privilèges de l'Église avaient déjà ranimé, dans le gouvernement romain, le sentiment de Tordre et de la liberté. La sentence pi^noncée par le synode de Tyr, et souscrite par .la majorité deis évêques d'Orient , n'avait pas été formellement annulée, et l'autorité qu'Athanase exerçait dans son diocèse, quoique dégradé par ses confrères , pouvait être regardée comme illégale et même criminelle. Mais Constance voulut d'abord ôter au primat la ressource puissante qu'il avait trouvée dans l'attacbement du clergé d'Occident, et s'assurer le consentement des évéques.latinSf avant de hasarder l'exécution de la sentence. Deux années se passèrent en négociations ecclésiastiques -, la cause de l'empereur contre un de ses sujets fut solennellement débattue dans le synode d'Arles et , peu de temps après , dans le concile de Milan (i), en présence de trois cents
(i) Les écrivains grecs ont raconté avec si peu de clarté ou de fidélité les affaires du concile de Milan , que noue sommes fort heureux d^avoir pour ressource quelques lettres d'Eusèbe , tirées par Baronius des archives de Tcglise de Yercelles^ et une ancienne vie de Denys de Milan , publiée par Bollandus. Voyez fiaronius, A. D. 355, et TiU'eniont , t. vu, p. i4i5. •
évéques. Leur probité se laissa sédaire peu à peu par les argumens de la faction arienne, par les artifices des eunuques et par les pressantes sollicitations d'un souverain c[m sacrifiaitsa dignité à sa veiuœance , et manifestait ses propres passions en dirigeant celles du clergé. 11 employa avec succès la corruption, le plus sûr indice d'une liberté constitutionnelle -, des prësens, des honneurs et des priviléges,.furent le prix oSert et accepté des suffrages des évéques (i), et il représenta adroitement l'expulsion d^ primat^ comme le. seul moyen de pacifier et de réunir TÉglise catholique. Les amis d'Âthanase ne manquèrent c&r pe(i4ant ni à leur chef, ni à la cause qu'ils avaient embrassée. Avec une véhémence que la sainteté de leur caractère rendait mo^ns dangereuse , ils défendirent la cause de la justice et de la religion, dans les débats publics et dans leurs conférences particulières avec l'empereur. Us lui déclarèrent que ni l'espoir de sa faveur ni la crainte de sa colère ne les feraient consentira condamner un confrère absent, innocent et respectable (2). lia affirmaient, avec une appa-
(i) Les honneurs, les présens et les fêtes qui séduisaient tant de prélats , sont mentionnés avec indignation par les évéques dont la probité ou la fierté n^avait point succombé à ces tentations. Nous combattons, disait saint Hilaîre, évêque de Poitiers, contre Cdnstahce l'antechrist, qui caresse'le ventre au* lieu de flageller les épaules, gui non dofsa cœdit, sed venirem palpât, (S. Hil. contra Constant,, c. 5, p. 1^4^.) ' '
(2) Ammien, qui n'avait qu'une cohnaissance Irès-obs- IV. 16
rence de raison, que le décret illégal du concile de Tyr ëtait aiinulé depuis long-temps par les ëdits de Femperéur lui-même, par la 'réinstallation honora* ble de Taiichevéque d'Alexandrie, et par la rétractation ou le silence de ses plus bruyans adversaires. Ils alléguaient que son innocence avait été unanimement attestée par tous les évéques de FÉgypte , et reconnue, dans les conciles de Rome et de Sardica (i), par la sentence impartiale de TÉglise latine ; et ils déploraient la destinée rigoureuse d'Athanase , qui , après avoir joui si long-teinps de sa dignité, d'une grande réputation et de la conBance apparente dç son souverain, se trouvait exposé de nouveau à sç justifier d'accusations fausses et extravagantes. Leurs raisons paraissaient justeis et leur conduite était' respectable*, mais dans ce débat long et opiniâtre, qui fixait- tous les yeux de l'empire sur un seul évêque ,
cure et très-^superficielle de Phistoire ecclésiastique, dit quelque chose de cette opposition (xv, 7). Ldberius.... per^. seç^cranter renitebatur, nec visum hominem , nec àuditum damnare nef as ultimum sœpè exclamans ; apertè scilicet re^ calcitrans imperatoris arbitrio. Id enim ille Athanasio.semper infestus', etc.
(i) Ou plutôt par le parti orthodoxe du concile de Sardica. Si les évéques avaient donné de bonne foi leurs suffrages , la division se serait trouvée de.quatre-vingtK{uatorze à soixante-seize. M. de Tillemont ( t. viii, p. 11 47-11 58) est étonné, avec raison, qu^une si faible Inajorité ait procédé avec tant de vigueur contre ses adversaires ^ dont le principal fut immédiatement déposé.
les deux factions ecclésiastiques étaient réciproquement disposées à sacrifier la justice et la vérité à leur principal objet, qui était d'écalrterou de soutenir l'intrépide défenseur du symbole de Nicée. Les ariens jugeaient prudent de déguiser encore, sous un langage ambigu , leurs vrais sentimens et leurs projets réels \ mais les 4véques orthodoxes , soutenus de la faveur du peuple et du décret d'un concile général , insistèrent dans toutes les occasions , et particulièrement à Milan , sur la tache d'hérésie dont leurs adversaires devaient nécessairement se laver avant d'être reçus à juger la conduite de grand Athanase (1).
Mais la voix de la raison , en supposant qu'elle fût conaamdu côté d' Athanase, fut réduite au silence par les ihaLTse. a"
clameurs d'une majorité factieuse et vénale 5 et l^s conciles d'Arles et de Milan ne se séparèrent qu'après avoir solennellement condamné et déposé l'archevêque d'Alexandrie par la double, sentence du clergé d'Orient et de celui d'Occident. On requit les évêques opposions de la souscrire et de s'unir en une seule communion religieuse avec les chefs suspects de leurs adversaires. Des messagers d'État portaient un$ formule de consentement aux évêques absens : et l'em- .pereur, sous le prétextç d'exécuter les décrets de l'Église catholique , bannissait immédiatement ceux qui refusaient de soumettre leur opinion 'particulière à la sagesse inspirée des conciles d'Arles et de Milan. Parmi ces évêques confesseurs qui subirent l'hono-
(i) Sulp. -Sever. , in Hist. sacra, 1. 11, p. 4^2.
24 f HISTOIKE DE LA DÉCADENCE
rable peine de Texil , on distingue particulièrement • Liberius de Rome, Osius de Cordoue, Paulin de Trêves, Denys de MHan, Eusèbe de Vercelles, Lncifer de Cagliari , et Hilaire de Poitiers. Le rang distingue de Liberius , qui gouvernait la capitale de Tempire , le mérite personnel et la longue expérience du vénérable Osiiis , Tancien favori du grand Constantin , et le père de la foi de Nicée , plaçaient ces évéques à la tête de rÉglise latine, €t leur exemple, soitile résistance ou de soumission, pouvait entraîner une foule de prélats. Mais toutes les tentatives de Tempereur pour séduire ou pour intimider les évéques de Rome et de Cordoue furent long-temps inutiles. L^Espaguol déclara qu'il était prêt à souflTrir sous Constance ce qu'il avait éprouvé soixante ans avant sous son grand -père Maximien. Le Romain soutint, en présence de son souverain , Tionocence d'Athanase , et la liberté de sa- propre conscience. ' Lorsqu^on Texila à Bérée dans la Thrace, il renvoya une somme considérable d'argent qui lui avait été offerte pour fournir aux besoins de son voyage, et se permit d'insulter la cour de Milan, en observant que Tempereur et ses eunuques pourraient avoir besoin de cet or pour acheter des soldats et des évéques (i). La fermeté d'Osius et de Liberius ne tint cependant pas contre la gêne et les incommodités de leur exil. Le
(i) Ammicn (xv, 7) parle de l'exil de Liberius. Voyez Théodoret, 1. 11, c. 16; saint Athanase , t. i, p. 834-837 j saint Hilaire , Frtigment, 1 .
poBtife romain acheta son retour p^r des concessions critiiinelles , qu'il expia ensuite par un juste repentir. On employa successivement la persAasion et la violence pour arracher la signature de l'ëvéque de Cordoue , vieillard centenaire , dont les forces étaient épuisées, et dont le grand âge avait probablement affaibli les faculté^ intellectuelles. Quelques membres 4ë rÉglise orthodoxe, irrités du triomphe insultant des ariens, ont jugé avec une sévérité cruelle la réputation ou plutôt la mémoire d'un vieillard infortuné à qui le christianisme même avait de si grandes obligations (i).
La faibfesse de Liberius et d'Ôsi-us donna encore plus d'éclat à la fermeté des évêques qui restèrent fidèles à la cause d'Athanase et de leur conscience. L'ingénieuse malveillance de leurs ennemis , pour les priver des consolations et des conseils qu'ils pouvaient recevoir lés tins des autres , avait dispersé ces illustres exilés dans les provinces les plus éloignées. En les séparant les uns des antres , on avait eu sein de lés placer dans les cantons les plus inhabitables dé ce grand empire (a). Mais ils éprouvèrent bientôt
(i) Tillemont (tome viii , p, 5^4*56 1) a recueilli la vie d^OsiuS*. G^est avec des expressions également extravagantes qu^il commence par Texalter, et finit par le condamner. Dans leurs lamentations sur la chute de Tévêque de Cord(5ue , il faut distinguer la prudence de çaint Athanase du zèle' aveugla et indiscret de saint Hilaire.
^2)' Les confesseurs de POccidflnt fureilt successivement bannis dans les désertsr de TArabie et de la Tbéhaïde , entre
Exiles.
qtie les déserts de la Libye et les recoins les plus barbares de la Cappadoce étaient moins inhospitaliers que ces villes dans lesquelles un évéque - ariën pouvait satisfaire impunément les ressentimens envenimés de sa haine théologique (i). Ils trouvaient leur consolation dans la droiture de leur conduite, dans leur indépendance , dans les «applaudissémèns , les visites , les lettres , les aumônes libérales de leUrs partisans (i), et dans les dissensions qui ne tardèrent pas à diviser les adversaires de la foi de Nicée. Telles étaient les capricieuses délicatesses de la dévotion de Constance , et sa facilité à s'offenser de la plus légère déviation de là règle de foi qu'iL avait imaginée, qu'il persécutait avec un zèle égal ceux qui affirmaient la consubstantialité , ceux qui croyaient à la parité de substance , et ceux qui niaient la similitude du
le& rochers du mont Taurus , et dans les cantons les plus sauvages de la Phiygie , occupés par les impies montanistes. iEtius rhéré tique ayant été trop bien reçu à Mopsueste en Gilicie , où il était exilé, Acace le fit transporter à Ambla^a , dont les environs, habités par des sauvages,, étaient en proie aux hçrreurs de la guerre et de la peste. Philos torg., 1. V, c. 2.
(i) Voyez le traitenlent cruel qu'éprouva Eusèbe , et son étrange obstination , dans ses propres lettres , publiées par Baronius, A. D. 35G , n°' 92-102.
(2) Cœterum exules satis. constat, totius orbis studiis cele^ bratos, pecuniasque eis in sumptum affatim conge3tas^ legO" tionibiis quoque eos plebis catholiccé ex omnibus ferè proifin^^ dis frequcntatos , Sulp. ^ Scver. , Hist, sacray^. ^i^\ saint Athanase, t. i, p» 836-48o.
DE L'EMPIRE ROiMAIN. CHAP. XXI. 247
père et du fiU^ Il eût étë possible que trois évéques dégrades et bannis pour des ûpinioos contraires , se rencontrassent dan» lf;méflie lieu d'exil, et chacun d'eux, selon son caractère, aurait pris en pitié ou tourné en ridicule l'aveugle enthousiasme de ses adversaires, qui SQ condamnaient dans ce^monde à des souffrances dont ils ne recevaient pas la récompense dansTautre.
La disgrâce et l'exil des évêques orthodoxes de Troisième
, , bannisse-
1 Occident n'étaient que lea moyens préparatoires de mem d'Ala chute d'Athanase (i). Vii^gt-rsix mois s'étaient écou- ^' ^56. lés durant lesqt^els la cour impériale aVait mis en usage toutes sortes d'artifices pour l'éloigner d'Alexaiidrie et le -priver des secouii qu'il recevait de la libéralité dès citoyens. Mais quand 1^ primat d'Egypte , abandonné et Condamné par le clergé latin , se trouva dépourvu de tout secours étranger. Constance fit partir deux de se^ secrétaires chargés verbalement d'annoncer le bannissement d'Athanase , et de le faire exécuter. Corrime la justice de cette sentence était publiquement reconnue par tout le parti,
(i) On peut trouver dans les ouvrages de saint Athanase luimême d'«iinples niflériaux pour Phistoire de cette nouvelle persécution, i^ojez VApologie très-bien fait^ qu'il adressa à<Constance , 1. 1 , p. 6^3 ; -la première Apologie de^a fuite, p. 701 ; sa prolixe Epître aux solitaires, p. 808; et l'original de^ protestations des Alexandriens contrée les violences commises par Syrianus, p^ 866. Sozomène (1. ly, c. 9) a inséré dans son récit deux ou trois circonstances lumineuses et importantes.
Tempereur ne pouvait avoir d'autre mo^poulrne pas donner ses ordres par ëcrit que la crainte de l'év^nenrent, et le danger auquel li^oonde ville de Tempire et une de ses plus florissantes provinces pouvaient se trouver exposées, si le peuple s'obstinait.à défendre parla force des armes Timiocence de son père spirituel. Cette excessive précaution fournit au primat un prétexte spécieux pour nier respectueuse-ment la vérité d'un ordre qu'il ne pouvait accorder avec l'équité, non plus qu'avec les. précédentes déclarations de son bienveillant souverain. Les magis.trats ne purent lui pers^ade^ de quittée la ville ; et> se trouvant trop faibles pour l'y contraindre, ils firent une convention aveu les chefs dupeupla , par laquelle il fut stipulé que toute hostilité serait suspendue» jusqu'au moment où l'empereur ferait comiaitre plus évidemment sa volonté. Cette apparence de modération plongea les catholiques dans une fausse et fatale sécurité, tandis que , selon des ordi«^s se^retà-, les légions de la Haute-Egypte et de la Libye s'avançaient à grandes, journées ,. pour assiéger ou surprendre une capitale accoutumée aux séditions et enflammée dé l'enthousiasme religieux (i). La position d'Alexandrie
(i) Saint A^Jbanase avait mandé récemiùenl saint Antoine et quelcfues moines choisis de son couvent ; ils descendirent de leurs montagpnes, annopcèrei^t aux Alexandriens la saîn— teté d'Athanase , et furent honorablement reconduits par r^rchevêque jusqu^à la. porte j^e la ville. Saint Athanase*, t. II, p. 491, 49^' ^/' aussi Rii6n, in, 16^^^ in yU, Pair., p. 59.4*
entre la mer et le lac Marëôtis facilitait l'approche et l'entrée des troupes, et elles se trouvèrent introduites dans la ville avant qu'on eût pu' faire aucun njiouveinent pour fermer les portes ou pour occuper les postés susceptibles de défense/ Environ - à minuit , vingt-trois jours après la signature delà convention, Syrianus , duc d'Egypte , à k tête de cinq mille soldats armés et ptéparéa comme pour un assaut, iave4i4; inopinément l'église de Saint-Théona^ , où rarehev.êque , avec une ]itartie de Sjm clergé , célébrsyjl , en présence du peuple ,. des dévotions nocturnes* Les portes de l'édifica sacré cédèrent à l'impétupsité de cette attaque , qui fut suivie de tout ce que présentent de plus horrible le tumulte et le carnage-, mais les ôadavres des morts, et les fragmens d'armes bridées , demeurés entre les mains des catholiques, prouvérent incontestablement, le lendemain, que l'entreprise devaitétre considérée comme une irruption faite avecsuccès, plutôt que comme une-conquéte définitive. Les autres églises de la ville furent profanées par les mêmes violences , et durant 'quatre moi^,, au moins, Alexandrie fut^ïi proie aux insultes d'une armée licencieuse, excitée par les ecclésiastiques du parti opposé. Un grand nombre, de fidèles perdirent Ift vie, et purent mériter le nom de martyrs, s'ils n'ont pas. provoqué leur sort, ou s'il n'a pas été vengé. Des évêques %t des prêtres essuyèrent les traiteYnens les plus ignominieux. Des vierges consacrées furent dépouillées , fustigées et violées. Les n^aisons des riches citoyens furent pillées, et, sous le masque du zèle
25o HISTÔIAE DE LA DÉCADENCE .
religieux, la débauche, la cupidité, la haine et la vengeance , exercèrent leurs fureurs avec impunité , et même avec éloge. Les païens d'Alexandrie, qui formaient encore un parti nombreux et iftécontént, consentirent sans peine à abandonner un évêque qu'ils estimaient et redoutaient également. L'espëjpanee de quelques grâces particulières , et la crainte d'être enveloppés dans le châtiment de la révolte , les engagèrent à promettre de soutenii: le successeur désigné d'Athittiase , le fameux Gifeorge de Cappadoce. L'usurpateur, après avoir été consacré dans le synode arien, fut placé sur le siège archiépisco|S»l par le bras de Sébastien, nommé comte d^Égypté pour exécuter cette expédition. Dans l'exercice comme dans l'acquisition de sa puissance , George méprisa les lois de la ï*eligion, de la justice et d^ l'humanité^, lèt scènes de scandale et de violence qui avaient eu-lieu dans la capitale ; se répétèrent dans plus de quatre-vingt-dix villes épiscopales de l'Egypte. Constance, encourage par ce succès , se hasarda enfin à appi'ouver la con^ duite de ses ministres. 11 fit publier une lettre pleine de violence, dans laquelle ^-après s'être félicité d'avoir délivré Alexan^Jrie d'un tyran dangereux qui séduisait le peuple par la magie de son éloquence , il exalte les vertus et la piété du très-vénérable George^ le nouvel évêque, et aspire, comn^é patron et bienfaiteur de la ville ^ à surpasser la gloire et Fa renommée d'Alexandre. Mais il dé^clare l'inébranlable résolution de poursuivre par le fer et le feu les adhérens d'Alhanase, ce maudit qui a suffisamment constaté
ses forfaits en se dérobant à là justice et à la mort ignominieuse qu'il a si souvent mëritëe(i).
Saint Âthanase s'était mis à l!abri du danger le plus Conauiie pressant ^ et les aventures de cet homme extraordinaire méritent de fixer un instant uotre attention. Dans la nuit fatale où Syrianus , à la tête de ses troupes, avait investi Téglise de saint Athanase^ Tarchevéque, assis sur son siège , y attendait la mort avec une dignité calme et inébranlable. Tandis que des cris de rage et de terreur interrompaient les cérémonies xle la dévotion publique, Athanase encourageait son clergé tremblant à exprimer sa pieuse confiance par le chant d'un psaume de David qui célèbre le triomphe «du Dieu d'Israël 'sur le tyran impie de l'Egypte. Les portes f aident enfin brisées, une grélè de traits vint fondre sur le peuple (2). Les sordats s'élancèrent répée à la main jusque dans le sanctuaire. Leurs armes , frappées de la lumière des cierges qui brûlaient autour de l'autel, réfléchissaient uiie effrayante clarté. Les prêtres pressaient l'archevêque de sauver une vie qui leur était si précieuse ; mais le courageux prélat refusa de quitter son siège avant qu'ils se fussent tous
(i) Saint Athanase , t. i , p. 694- A. travers le ressentiment de Pempereur ou, de ses secrétaires ariens , on voit percer la crainte et Testime que leur inspirait saint Athanase.
(2) Ces détails soiit curieux, parce- qu'ils sont transcrits littéralement , et tirés des protestations qui furent présentées pùbliqueûient , trpis jours après , par les catholiques d'A* lexandrLe. frayez saint Athanase , t. i , p. 867.
mis en sûreté. Le tilmulte et Fobscurité de la nuit favorisèrent jsa fuite. Perçant avec -peine une foule effrayée qui Técrasait, jeté à terre, foulé aux pieds, et quelque •temps privé de sentiment, il retrouva promptement son indomptable courage , et sût tromper Fardente recherche des soldats , à qui leurç chefs
ariens avaient persuadé que latéte d'Athanase serait le présent le plus .agréable à l'empereur. De'puis ce moment, le primat de TÉgypte disparut aux yeux de ses ennemis, et resta-six ans couvert d'une obscurité impénétrable (i).
Retraite La puissaucc despotique de son implacable ennemi A. io^'asel s'étendait dans toi^t le mondé romain, et le monarque furieux, écrivit une lettre pressante aux princes chrétiens d'Ethiopie , pour fermer ^ Atbanase les parties les plus reculées de la terre* Des comtes^ des fyréfets, des tribuns et des armées entières, furent successivement employés à poursuivre un évéque fugitif-^ ét'de nombreux édits animèrent la vigilante activité desx)(ficiers civils et militaires.-On promit de %r.tes réjcompen&es à celui qui livrerait Âthanase mort ou vif, et Ton içenaça des châtiraens les plus sévères ceux qui protégeraient l'ennemi public (2). Mais les
(i) Les jansénistes ont souvent compaxé saint Athanase «t Arnauld , et se sont étendus avec satisfaction sur la foi , le zèle, le mérite et l'exil de ces célèbres docteurs. L'abbé de La Bletterie a très-adroitement conduit ce parallèle, (^i de Jouien, t. i, p. i3o.)
(2) Hincjamtoto orheprojfugus Athanasius , nec uUus ei
DE L'EIVÎPIRE ROMAITV. CHAP. XXI. 253
déserts de la Thëbaïde* étaient alors peuplés d'une race de fanatiques sauvages et dévoués^ qui respectaient plus le5 ordres de leur abbé que ceux deFempereur. Les nombreiix disciples d' Antoine et de Pachôme reçurent Atbanase comme leur père. Ils ad*miraientla patience et rhûiûilité avec lesquelles le primat suivait strictement les règles austères de leur institution, et ils recKillaient toutes ses paroles comme les émanations de la sagesse divine. Les dangers qu'il courait pour défendre l'innocence et la vérité , leur paraissaient pluft^méritoires qiie les prières , les veilles et les jeûnes (i). Les monastères de l'Egypte étaient situés dans des cantons déserts et isolés , sur les sommets des montagnes et (lans les îles du Nil, et le son
connu de la trompette sacrée de Tal^enne rassemblait en un instant des milliers de moines robustes et déterminés, autrefois cultivateurs, pour la plupart, des pays circonvoisins. Lorsque des forces militaires , auxquelles il leur était impossible de résister, entraient dans leurs retraites obscures, ils tendaient là tête en silence ab fer de leurs bourreaux-, etj fidèles au caractère de leur nation, ils bravaient les tortures et la mort, sans se laisser arracher le secret qu'ils
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tutus ad latendum supererat locus. Tribuni, prcefecti, comités, exercitus quoque, âd pen^estigandum eum moyentàn edictis iniperialibàs : prœmia delatoribus proponuntur, si quis eum vii^um, si id minus, caput certè Athanasii detulisset. Rufin ,1. i , c. i6.
(i) Saint Grég. Naz. , orat. 21, p. 384, 385. Voyez Tillemont, Mém, ccclcs.^ t. vu, p. 176-4^®? 820-880.
avaient résolu de ne point trahir (i). L'archevêque d'Alexandrie ëtait confondu dans une multitude d'hommes , vêtus de la même manière , soumis à la même discipline , déterminés à le défendre au péril de leur vie. Quand le danger devenait trop pressant , les moines le transportaient rapidemeint d'une retraite dans une autre, et il parvint à ces formidables déserts que la somiire et crédule superstition a peuplés de démons et de monstres féroces. Âthanase fut obligé ' de se cracher jusqu'à la mort de Constance , et passa la plus grande partie de ce temps parmi les moines qui lui servirent, avec la plus exacte fidélité, de gardes, de secrétaires et de messagers. Mais dès que l'activité des poursuites fut un peu ralentie, l'envie d'entretenir une liaison plus intime avec le parti catholique le ramena dans Alexandrie , où il confia sa personne à la discrétion de ses amis et ^e ses adhérens. Ses différentes aventures fourniraient la matière d'un roman intéressant. Il resta caché une fois dans uùe citerne qui était à sec, et dont il venait à peine de sortir lorsque le secret de cette retraite fut trahi par une fille esclave (a). Âthanase choisit une fois un asile
{i) Et nulla tormentorum vis inveniri adhuc potuit, quœ obdurato illius tractas latroni invito elicere potu>it, ut nomen propriiun dicat. Ammien, xxii , i6; et Yalois, ad locum.
(2) Rufin , 1. I, c. 18; Sozomène, 1. iv, c. 10. Cette histoire et la suivante paraîtront impossibles si nous supposons que saint Athanase habita toujours Tasile quMl avait ou choisi ou accepté par hasard.
encore plus extraordinaire , ]a maison d'une vierge , âgée au plus de vingt ans, et célèbre dans toute la ville par sa béante. A minuit , comme elle le raconta plusieurs années après, elle aperçut avec surprise Tarchevêque vêtu très-négligemment, qui s'avançait vers eljè avec précipitation.' 11 la supplia de lui accorder rbdspitalité qu'une vision céleste l'avait averti de venir chercher dans sa maison. La pieuse vierge accepta, et conserva soigneuseiiient le dépôt sacré que le ciel daignait confier à sa prudence et à son courage. Sans en faire part à qui que ce fût, elle conduisit Âthaïiase dans sa chambre la plus secrète, et veilla sur la sûreté du prélat avec la tendresse d'une amie et l'exactitude d'une esclave. Tant que le danger dura-, elle lui fournit des vivres et des livres , lui lava les pieds, lui servit de secrétaire, et sut adroite-* ment cacher aux yeux perçans du soupçon un commerce familier et solitaire entre un saint dont le caractère exigeait la chasteté la nluspure, et une jeune fiUe dont les chaïunes pouvaient exciter les plus dangereuses émotions (i). Durant six années d'exil et de persécution , Athanase rendit plusieurs visites à sa
(i) Palladius, HisU Lausiac,, c. i36, in. Vit, Patrum^ page 776. L'auteur de cette histoire avait conversé avçc cette demoiselle, qui se rappelait encore avec plaisir, dans sa vieillesse, cette pieuse et honorable intimité. Je ne puis partager la délicatesse d& Baronius , de Valois , de Tillemont^ etc., qui rejettent , cette anecdote comme indigne de la gravité de l'histoire ecclésiastique.
belle et (idèle compagne-, el la dëclaratian IprmeUe qu'il fait lui-iméine, d'avoir vu lès conciles de Rimini et de Séleucie , nous oblige à croire que dans le temps de leur convocatiott , tl se trouvait en secret au lieu où ils furent rassembtiés(i)<r L'avantage dé négocier en pers.onne avec se& amis, d'observer et de fomenter les divisions de ses adversaires ,'peut justifier, 4Ans un politique habile , IVudacieuse entreprise d'^thanase. Alexandrie , l'entrepôt du commercoet.de la navigation, entretenait des relations avec tous les. ports de la Méditerranée. Du fond de sa retraite inaccessible , 1 intrépide primat faisait sans cesse une guerre offensive au protecteur des ariens *, et ses, écrits publiés à propos, diligemment répandus et lus avec avidité , contribuaient k réunir .et animer le parti orthodoxe. Dans les apologies publiques qu'il adressait a l'empereur, il affectait quelquefois de préconiser la Qiodération, tandis que, se livrant lui-même en secret aux plus violentes invectives , il représentait Constance cpmm« un prince faible et corrompu^ le l^ourreau de sa famille, le tyran de la république, et l'àntechri^t.de l'Eglise. Au faîte de la prospérité , 1^ monarque victojieux qui avait puni l'audace de Gallus et éteint la révolte de Sylvanus,'qui avait arraché le diadème du front de Vetranio et vaincu en bataille rangée la formidable armée de Magnence, recevait 'd'une main
, (i) Saint Athanase, t. l^.p.'SGg. Je crois avec Tilleniont (t. VIII, p. 1197 ) que ces expressions' annoncent qu'ilvisita les synodes, sans doute secrètement.
(i) L'Epître de saint Âthanase aux moines est rçmplie de reproches dont le pjablic*doit sentir la vérité (vol. i, J>. 834-856); et, par égard pour ses lecteurs, il se sert de la Comparaison de Pharaon, d'Acbab et de Belshassat*, etc. La hardiesse de saint Hilaire Texposait à moins de dangers, s^il est vrai qu'il publia ses -invectives dans la Gaule , après la révolte' de Julien ; mais Lucifer envoya ses libeUes à Constance, et semblait rechercher Fho'nneùr du martyre. Voy, Tillemont , t. vu , p. 906.
(2) Saint Athanase (t. i, p. 811) blâme en général cette pratique, dont il cite ensuite un exemple (p-. 861) dans' la prétendue élection de Félix : trois eunuques représentaient le peuple romain , et trois -prélats qui suivaient la cour &* rent les fonctions des évêques des provinces. '
anens.
DE L'EMPIRE ROMAIN^ CHAÇ. X^Xi. aSy
invisible des blessures qu'il ne pouvait ni guérir ni. venger; et le fils de Constantin fut le premier des princes chrétiens qui éprouvât la force de ces principes qui , en matière de religion , résistent aux plvi& puissans, efforts de Tantprité civile. (i).
La persécution de. saint Athanase et 4^ tant d'évé- é^êque» ques respectables qui ont souffert pour la cause de la vérité, ou du moins pour les sentimens de leur conscience , enflammait de colère et d'indignation tous les chrétiens qui n'étaient pas aveuglement dévoués à la faction.de rarianisme. Les fidèles regrètrtaieûtla perte de leurs saints pasteurs, dont le bannissement était jordinairement suiyi de l'intrusion d'un étranger dans la chaire pontificale {2). Ils se^ plaignaient hautement de ce qu'on avait violé les droits d'élection , et de ce qu'on les obligeait d'obéir à des
a?8 HISTOIRE DE LA DÉCADIlNCK
usurpateurs mercenaires, dont la personne leur était DîTitioat. inconnue et les principes suspects. Les catholiques avaient deux moyens de prouver qu'ils ne participaient pas à riiërësie de leur dief ecclésiastique , en faisant une opposition publique, ou en se séparant absolumentde sa communion. Ântiochedonnarexemple du premier, et le succès en répandit Tusage- dans toute la chrétienté. La doxologie, ou hymne sacrée qui célèbre la ^oire de la sainte Trinité, est susceptible de beaucoup d'inflexions très -délicates, mais trèfr-iroportantes , et la substance d*un symbole orthodoxe ou hérétique peut s'exprimer par la difi*érence d'une particule eopulative ou disjonctive. Flavius et Diodore. deux laïques dévots, actifs et trè&-attacbés à la £bi ae Nicée , introduisirent des réponses alternatives et une psalmodie plus régulière (i). Sous leur conduite , un essaim de moines sortit du désert voisin *, des troupes de chanteurs bien instruits remplirent la cathédrale d'Antioche. La gloire du père , nu FILS ET DU SAINT-ESPRIT , fut célébrée par un chœur général de voix triomphantes (^n) ^ et les catholiques
(i) ThornsL^sin {Dùcipline de l'Eglise, t. i, 1. ii, c. 72, •y 3, p. 966-984). a rassembla des faits curieux relatifs à Torigine et atix progrès du chant des églises dans FOrient et dans rOccident.
(i) Pkilostorgius , l. m, c. i3. Godefroy a examiné ce sujet avec beaucoup d^exaotitude (pag. 147, etc.)* H J avait trois formules hétérodoxes : Au Père par le Fils , et dans le Saint-Esprit;.... au Père et au Fils dans le Saint-Esprit;... au Père dknsle Fils et le Saint-Esprit.
insultèrent , par la pureté dé leur doctrine , Févéque arieii qui avait usurpé le siège du vénérable Eustathe. Le même zèle qui inspirait ces chants engagea les membres les plus scrupuleux de TÉglise orthodoxe à former des assemblées particulières , qui furent gouveméôs par des prêtres jusqu'à ce que la mort de leux pasteur exilé pei:mît d'en élire et d'en consacrer un autre (i). Les révolutions de la cour multipliaient le nombre des prétendans , et sous le règne de Constance , deux , trois pu quatre évéques se disputèrent souvent le gouvernement spirituel d'une ville. Ils exerçaient leur juridiction religieuse sur leurs partisans, perdaient et regagnaient alternativement les possessions temporelles de l'Église. L'abus du christianisme fît naître dans l'empire romain de nouveaux sujets de tyrannie et de sédition. Les violencel des factions religieuses rompirent tous les liens de la société civile ^ et le citoyen obscur qui pouvait Regarder avec inâifférence la chute ou l'élévation des empereurs , imaginait et éprouvait que sa vie et sa fortune se trouvaient liées avec les intérêts du chef ecclésias-
(i) Après l'exil d'Ëustathe, sôus le rè^e de Constantin, le parti le plus rigide dès orthodoxes se sépara des autres , et forma enfin un schisme ()ui dura quatre -vingts ans. ( y oyez Tillemont , Mém. eccUsiast. , tome vu , pag. 35-54, ii37-ii58; t. VIII, p. 578-682, i8i4-i832. ) Dans beaucoup d'églises,' les ariens et les homoousiens , qui rejetaient réciproquement la communion les uns dés autres , continuèrent cependant quelque temps à prier ensemble.- Philostorg., l. m, c. i4-
26o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
tique qu^il avait choisi. L'exemple des deux capitales, Rome et Constantînople, peut servir à nous donner * uhe idée de l'état de l'empire , et du caractère des hommes sous le règne des fils de Constantin. Rome. I. Les pontifes romains, auâsi long- temps qu'ils
se tinrent à leur rang et conservèrent leurs principes, furent gardés par le zèle et l'attachement d'un grand peuple, et purent rejeter avec dédain les prières, les menaces etrles offres d'un prince hérétique. Quand les eunuques eurent -secrètement ordonné l'exil de Liberius , les craintes fondées d'tine révolte les obligèrent à n'entreprendre l'exécution de cette sentence qu'avec les plus grandes précautions. On investit la ville de tous côtés , et le préfet reçut ordre de se saisir de l'évêque par force ou par adresse. Il obéit. Liberius/^avec bien delà peine,^ut enlevé précipitamment à minuit, et éloigné des Romains avant que la fureur eût succédé à leur consternation. Dès qu'ils eurent appris que leur évêque était telégué au fond de la Thrace , on convoqua une assemblée générale , et le clergé de Rome s'engagea , par un serment public et solennel, à ne jamais abandonner le parti de son évéque , et à ne jamais reconnaître Félix , qui , par l'influence des eunuques , avait été irrégulièrement élu et consacré dans Fenceinte d'un palais prQ^ne. Au bout de deux ans , cette pieuse obstination subsistait encore dans toute sa force ^ et lorsque Cons* tance visita Rome , les sollicitations du peuple Tassaillirent de tous côtés^ Les Romains • conservaient encore, pour tout reste de leur ancienne liberté , le
DE L'EMPIRE AOMAIKï. CHAP. XXI. :i6l
droit de traiter avec leurs einpei^eur.s dans les termes d'une familiarité insolente. Les femmes d'un grand nombre ée sénateurs et de citoyens distingués, après avoir pressé leurs maris d'intercéder en faveur de Liberius, pensèrent que cette commission serait moins dangereuse entre leurs mains, et peut - être * miçux accueillie de leur part. Constance reçut avec politesse ces députés femelles, dont les habits et la parure magnifiques attestaient le rang et l'opulence. 11 fut frappé de la ferme résplution qu'elles annoncèrent de suivre leur vénérable pasteur jusqu'à l'extrémité de la terre , et il consentit que les deux évéques Liberius et Félix gouvernassent en paix chacun leur congrégation. Mais des idées de tolérance étaient si opposées à là pratique et même aux i vlinations de ces temps , que lorsqu'on lut publiquement la réponse de Constance dans le cirque de Rome , ce projet d'accommodement raisonnable ^'excita, que lé mépris , et fut rejeté unanimement. Cette véhémence de passion qu'avaient coutume de manifester, au moment décisif, les spectateurs d'une course de chevaux , se trouvait maintenant dirigée vers des objets bien diQ(érens. Le cirque retentit des cris répétés de : « Un Dieu , un Christ , un évêque.» Le zèle du peuple romain pour la cause de Liberius ne s'^en tint pas à des paroles. La dangereuse et sanglante sédition qui éclata peu de temps après le départ de Constance , détermina ce prince à recevoir favorablement la soumission du prélat, .ei,à lui rendre sans partage le gouvernement de la capitale. Après une résistance faible et inutile, le rival
de Liberius fut expulse de la tille avec le consentement de l'empereur et par la force du parti opposé. Les partisans de Félix furent inhumainement égorgés dans les rues , dans les places publiques , dans les bains, dans les églises même-, et Rome, au retour d'un évêqué chrétien , présenta de nouveau l'hdrrible spectacle des massacres de Marins et des proscriptions de Sylla (1).
CoDsunti- H, Quoique les chrétiens se fussent rapidement mitltipliéssous le gouvernement de la race flavienne, Rome, Alexandrie et les autres grandes villes de l'empire contenaient encore une nombreuse et puissante faction d'infidèles, qui enviaient la prospérité de l'Église chrétienne, et se moquaient publiquement sur leurs théâtres des queâti#ns théologiques. Const^tinople jouissait seule de l'avantage d'être née dans le sein de TÉglise , et de n'avoir jamais été souillée par le culte des idoles-, tous ses habitans avaient fortement embrassé les opinions, les vertus et les passions qui distinguaient les chrétiens de ce siècle de tout le reste de l'univers. Après la mort d' Alexandre, Paul et Macedonius se disputèrent le siège épiscopal. Ils en étaient dignes l'un et l'autre par leur
(i) Voyez, pour la révolution ecclésiastique de Rome, Ammien, 9V, 7; saint Athanase, t. i, p. 843-86 1; Solo— mène, 1. iv, c. i5; Tlièodoret , 1. 11, c. 17; Sulpice-Sévère, HisU Sacra y\, 11, p. 4' 3; sairit Jérôme, Chronique; Marcellîn et Faustin, LibelL, p. 3, ^ ; Tûlemont ^*Mém. ecclésiast.y t. vi, p. 336.
zèle et par leurs talens-, et si Macedomus remportait par la pureté des mœurs , son concurrent avait sur lui Tavai^tage d'une élection antérieure et d'une doctrine plus orthodoxe. L'inviolable attachemenVà la foi de Nicée ^ qui Ta placé au rang des saints et des martyre, Texpos^ au ressentiment des ariens. Dans Tespace de quatorze ans , il fut cinq fois chass^ de son siège , et réinstallé plus souvent par la révolte du peuple que par la permission du souverain. La mort de Paul pouvait seule assurer à Macedonjus la possession tranquille de son évéché. On traîna Tinfortuné Paul, accablé sous le poids des chaînes, depuis les déserts sablonneux de la Mésopotamie jusqu'aux plus affreuses habitations du mont Tauruâ (i). On le tint en&rmé dans, un donjon obscur, où il resta six jours sans subsistance , et fut enfin étranglé par l'ordre de Philippe, un des principaux ministres de Constance (2). La première fois que le ^ang coula dans la nouvelle capitale^ ce fiit pour des démêlés ecclésiastiques^ et
(r) Gucusus fut son decnier séjour; il y trouva la mort et la fin de ses souffrances. La position de cette ville solitaire, sur les «oïlfins de laGappadoce, de la Cilicie et de la petite Arménie, a occasipné quelques dâutes géographiques; mais la voie romaine de "Gésarée à Anazarbe.tious donne la position certaine, ^oj^ Cellarius , Géograph, , t. II, p. 21 3; Wesseling, aditiner,, p. 179^ 1^^' .
(2) Saint Athanasé (t. i, p. 708, 81 3, 81 4) affirme que Paul fut assassiné, et en appelle non- seulement àTopinion publique, mais au «témoignage irrécusable dePhjlagre, un deis persécuteurs ariens. Cependant il ayoue que les .héré-
un grand nombre -de citoyens des deux partis perdirent la Tie dans des émeutes vî^entes et opiniâtres. Hermogènes, maître général de la cavalerie, avait été. chargé de mettre à exécution la sentence qui condamnait Paul au bannissement; icette commission lui devint fatale. Les catholiques accoururent à la défense de leur évêque; ils réduisirent en cendres le palais d'Hermogènes , traînèrent par les talons ce premier officier militaire de Fempire dans toutes les rues de Ck)nstantinople -, et, lorsqu'il eût perdu la vie , son corps inanimé demeura . exposé à tous les outrages d'une populace en fureur (i). Le malhesr d'Hermogènes servit d^ \^çon à Philippe, préfet du prétoire, et lui apprit à sa conduire avec plus de circonspection dans la même entreprise. Il fit demander à Paul , dans les termes les plus honorables , une entrevue. amicale dans les bains de Zeuxippe, qui communiquaieut au palais et à l^^mer. Entraîné dans un vaisseauqui attendait au bas de Tescalier dn jardin, tout prêt à mettre à 1^ voile, le prélat était déjà en rou>e pour Thessalonique , et le peuple ignorait encore ce projet sacrilège. Il vit bientôt, avec autant
tiqiies/ prétendirent que Tévéque de. Gonstantimople ^tait mort de maladie. Spcrate (1. ir, c^oB) çppie servilemenf saint Athanase ; mais Sozomèn^ , d^n esprit pkis indépen^ dant (I. IV, c. 2 ), os& laisser percer quelque» doutes.
(1) Ammien (xiv, lo) nous renyoie à son propre récit de cet événement tragique ; mais nous n^avons plus, cette partie de son histoire.
de surprise que d^ridignation , les portes du palais s'ouvrir , çt l'usurpateur Macedonius assis à côté du préfet , danjs un char élevé , en sortir accompagné d'un nombreux cortège de gardes , Tépée nue à la main. Cette procession militaire- s'avançait vers la cathédrale ; les catholiques et les ariens se précipi^^ tèrent en foule pour s'en emparer. Cette sanglante émeute coûta la vie à trois mille cent cinquante habitans de ConBtanidnople ; et Macedonius, soutenu par des troupes r^ulières, remporta la victoire ; mais son gouvernement fot continuellement troublé par des séditions et des clameurs. Dès objets qui n'avaient aucua rapport au foâd de la dispute", suâSisaient pour nourrir et enflammer la discorde. La chapelle dans laquelle on avait dépose le corps de Constantin le Grand tombait en ruines ; fe prélat fit transporter les vénérables restes de l'empereur dans l'église de Saint-: Acace. Cette pieuse et sage * précaution passa pour une profanation odieuse aux yeux du parti qui suir vait la doctrine de Yhomoousion. Les deux factions prirent les armes -, le terrain consacré servit de champ de bataille ^ et un historien ecclésiastique a observé comme un fait réel, et non pas par figure de rhétorique, que la fontaine aîtuée en face de l'église fut remplie du saiig qui en débordait et coulait dans les cours et dans les portiques des environs. L'historien qui n'imputerait ces- fureurs qu'aux principes religieux, annoncerait bi^npeù de connaissance du cœur humain : il faut avouer cependant que le motif qui aveuglait le zèle, et le prétexte qui déguisait le dé-
des
anens.
règlement des passions, éteignaient le remords qui , en toute autre occasion, aurait succédë.aux transports furieux, des chrétiens de Constantiiiople(t). crhauies Gonstancc, dont' les inclinations crueUes et despotiques n'attendaient pas toujours, pow se mon* tr*ér, le crime ou la résistance, fut justement irrité du tumulte de sa capitale et de Taudace d^une faction qui insultait la religion et Tautorité de son souverain. Ce fut sur elle que tombèrent les peines de mort, d'exil, de confiscation^ et les Grecs révèrent encore la mémoire de deux cleiacs , d'un lecteur et d un sous - diacre qui , accusés du meurtre d'Eermogènes , eurëni la tête tranchée aux portes de Constantinople. Par un édit contre les catholiques , qu'on n'a pas cru digne de tenir une place dans le Code de Thépdose , Gonistance ooiidamna tous cetix qui refuseraient de communier des lùdins d'un évéque arien , et particulièrement de Macedonius', à perdre les privilèges d'ecclésiastiques et les drpits de chrétiens. On les ohassa de leurs églises , et on leur défendit sévèrement de s'assembler dans la ville. Le soin de faire exécuter cette loi injuste dans la Thrace et dans l'Asie-
(i) Voyez Socrate, 1. 11, c:6, 7, la, iJ, i5, ifi^ ?6, ay, 38; et Spzo'mène , 1. in^ c. 3, 4? 7? 9»*1* l'v^» c 1 1', ai . Les actes de saint Paul de Goiistantînople , dont Photius a fait un extrait (Phot:, Biblioth,, p. 1419^14^0), sont une assez mauvaise copie! de ces historiens. .Mais uil Grec moderne, qui a pu écrire- la vie.d^un saint sans y ajouter des fiables et des miracles , mérite quelques éloges.
DE li'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. ^6-/
Mineure , fut confié au ^e de Macedonius. Les ministres de la puissance civile et militaire eurent ordre de lui obéir 9 et les horribles cruautés que ce tyran semi -arien exerica sous le prétexte* de isoutenir la foi homoiousienne , déshonorèrent le règne de Constance dont elles dépassèrent les ordres. On administrait de force les sacremèns à ceux qui s'en défendaient /et qui abhorraient les principes de Macedoiiius. On arrachait les femmes et les enfans des bras de leurs parens et de leurs amis, pour leur conférer le baptême: On tenait la bouche ouverte aux communians avec des bâillons , et on leur enfonçait le pain çon-* sacré dans le gosier. On brûlait le sein des jeunes vierges avec des coquilles d'œn& rougies au feu, où bien on le serrait inhumainement entre deux planches aiguës et pesantes (i). Le ferme attachement des novatiens de Constantinople et des environs pour la doctrine homoousienne ^ leur mérita d'être confondus avec les catholiques. 'Macedomus , iiiformé qu'un canton considérable de la Paphlagonie (s) était pres-
(i) Socrate, 1. ii, c. 27, 38; Sozomène, I. iv, c. 21. Macedonius eut poDr principaux aides, dans lés travaux de la persécution , les deux évéques de Nicomédie et de Gjzique , dont oii,e8timait généralement les vertus , et surtout la charité. Je ne puis m^èmpêcher de rappeler au lec-. teur que la différence de. Vhomoousion à Vhomoiousion est presque imperceptible, même atix yeux de la plus fine théologie.
(2) Nous ignorons la position exacte • de' Mantimum. Ei» parlant de ces quatre troupes de légionnaires y Socrate , So-
que enlièrement habité par ces sectaires , rësolat de les convertir ou de les exterminer; et comme il comptait peu, dans cette occasion, sur Tinflucnce d'une mission ecclésiastique , il fit marcher contre les re^ belles un corps de quatre mille légionnaires, et leur ordonna de soumettre tout le territoire à son obéissance spirituelle. Les paysans oovatiens , animés par le désespoir et la fureur religieuse , marchèrent hardiment contre ceux qui venaient envahir leur pays , et une multitude d'hommes sans discipline , et sans autres armes que des haches et des pelles , Vengèrent la mort d'un grand nombre de leurs compatriotes par le massacre de quatre mille soldats , dont un trèspetit nombre sauvèrent leur vie par une foite ignominieuse. Le successeur de Constance a peint d'une manière énergique et concise une partie des malheurs dont les querelles théologiques affligèrent l'empire , et principalement les provinces orientales, sous le règne d'un prince esclave de se» propres passions et de celles de ses eunuques. « On emprisonnait, on. persécutait et Ton bannissait les citoyens *, on a égorgé, particulièrement à Cynique et à Samosate, des troupes entières de ceux qu gn appelle hérétiques. : en Paphlageiiie , en Bithynie , en Galatie , et dans beaucoup d'autres provinces , on voyait des villes et
zomène et Fauteur des Actes de saint Patul , se itervent des' termes vagues de opiOpioi, faXxyyc;, Ta^ixara, que Nîcéphere traduit, avec beaucoup f[e raison y par milliers. Yalois , ad Socrat., 1. H , c. 38.
DE L'EMPIilE ROMAIN! CHAP. XXI. 269
des villages entier^san^ habitans et tout -à -fait àér ,
tniits .(i). » '
Tandis que la fureur des disputes de rarianisme ïuroue h déchirait le cœuf de l'empire , des ennemis partjçu- donaustes liera désolaient leâ provinces de TAfriqua^ sous le nons. a. d. nom de cirq^ncellions. Ces fanatiques féroces étaient à la ibis la force ^t la honte du parti des donatistes (a). L'exécution sévère des lois de Constantin avait excité Tesprit de mécontentement et de révolte 5, et la haine mutuelle, première cause de la séparation, s'était enveniipée par les eflforts assidus de'son fils Constans pour opérer la réunion de, l'Église. Les moyens de force et de corriiption employés parles commissaires impériaux i Paul et Macaire , fournissaient aux schi^fnatiques le.prétexte d'un contraste odieux entre les maximes des apôtres et la. conduite de leurs prétendus successeurs (3). Les villages de. Numidie. et de
(i) Julien. Epis t. y 1. 11 , p« 4^6, édit. SpaDheim.
(2) F^oy, Oplat de Milève , m , 4 ^t VHist, des Donatistes par Dupin, avec les pièces originales à la. fin de Pédition. Les détails qne saint Augustin donne sur 1^ fureur des circoncellioiis conjtre les autres et contre eux-mêmes, oiit été recueillis par Tillemont {Mém.ecçUs,, t. vi, p. 147i65); et il a soXiyent rapporté sans dessein les insultes qui enflammaient la colère de ces fanatiques.
(3) n est assez amusant de comparer le langage des différentes factions, quand elles parlent du même tomme «ou des mtoes événeii^ens. Gratus > évêque de Garthage , commence ainsi les acclamations d^un synode orthodoxe, : Qratias Deo omnipotenti et CMri^to Jesu qui imperavit reli-
Mauritanie étaient peuples d'june race d'hommes féroces, peu soumis à Tautorité des lois romaines et imparfaitement convertis à la foi chrétienne , mais enflammés d'un zèle aveugle et d'un enthousiasme violent peur la cause de leurs prédicateurs donatistes. Us voyaient avec indignation leurs évéi|ues* exilés , leurs églises démolies , et leurs assemblées interrompues. Les vexations des officiers de justice, soutenues le plus souvent par une garde militaire , étaient quelquefois repôussées avec violence , et la mort de plu«sieurs ecclésiastiques en possession dé la faveur populaire qui furent massacrés dans des émeutes , enflammait ces féroces prosélytes du désir de venger leurs martyrs. Les ministres de la persécution succombaient souVent victimes de leur propre imprudence et de leur cruauté, et le crime d'un tumulte accidentel précipitait les coupables dans le désespoir et dans la révolte. Chassés des villages où ils avaient pris naisf-* sance, les 'pay sans donatistes s'assemblèrent en trou-
giosissimo Constanti imperatqri., ut njotum gereret unitatis, et mitteret ministros sancti operis, famulos Dei , Paulum et Macarium. Monument, yet. adT caloem Optàtî , p. 3i3. Ecce subito (dît Paùteur dônatiste de la passion de Marca-*
lus) de Constantis r^is .tjrrannicd domo pollutum ma»
carianœ p^rsecutionis murmur increpuit; et duabus bestils ad Africain missisj eodem scilicet Macario et Paulo, exe^ crandum prorsùs ac dirum Ecclesiœ certamen indictum .est ; ut populus èhristianus ad uniontm cum trûditoribus facien— dam , nudatis militum gladOs et draconum prœsenlibus stgnis, et tubarum vocîbas cogeretur. Monument. , p. 3o4. •
pes formidables sur les confins des déserts de Gëttilie. Ils abandonnèrent volontiers les travaux d'une vie pénible pour se livrer à Toisivetë, et au brigandage qu'ils exerçaient au liom de la religion , et que leurs docteurs condamnaient faiblement. Les dhefs descirconcellions prenaient le titre, de capitaines dgs saints. Peu fournis de lances el d'ëpëes , ils* se servaient ordinairement.d'unie i'orte massue qu'ils appelaient une isrflélitey et leur cri ^ guerre bien connu , loué suit Dieu y répandait la consternation dans toutes \q% provinces désarmées . de l'Afrique. Le manque de 'subsistances fut le prétexte de leurs preiqières déprédations*, mais leupsdévastations excédèrent bientôt leurs besoins I et, s'abandonnant à la débauche et ^ la cupidité, ils incendièrent les villages après les avoir pillés , et régnèrent en ty tans sur toute la campagne. L'agriculture et l'administration de la justice étaient inte**rompues : comme les circoncellioQS prétendaient rétablir l'égalité primitive du genre humain et réformer les abus delà société civile , ils offraient un asile aux exclaves et aux débiteurs qui accouraient en foule sous leurs drapieaux sacrés. Lorsqu'on ne leur résistait pas, ils se contentaient ordinairement de piller ; mais la moindre opposition était suivie de violences et de meurtre^, et Us firent souffrir les tortures les plus aÇreuses à quelques prêtres catholiques qui avaient voulu signaler imprudemment leur zèle. Les circoncellions n'avaient pas toujours affaire à des ennemis, désatmés \ ils attaquèrent spuvent et mirent quelquefois en fuite les, troupes militaires de la pro-
viiice. A la sanglante atlàire de Ba^i, ils tombèrent , avec impétuosité, mais sans succès, ail milieu d'uuQ plaine, suf un détachement delà cavalerie impériale. On traitait en bêtes, féroces les donatistes pris lès armes à la main , et ils le méritèrent bientôt par leurs forfaits-, on les faisait périr par Tépée, par la hache ou parle feu. Ils Aiouraient sans pousser un murmure, et leurs sanglaptes représailles ,. ea aggravant et multipliant les horreurs de la-révd|[e, ne laissaient point d'espoir. de réconciliation. Au commencement de liotre siècle, on a yu se renouveler les scènes -d'horreur de la guerre dçs circoncejlions , d^ns la persécution, l'intrépidité j, les crimes etl'entboasîasme des çamisards ; et si le$ fanatique^ du Languedoc surpassèrent ceux de la Numidie en t'alens militaires , les A^icains soutinrent leur féroce indépendance avec plus, de courage et de fermeté (i).
r.eurs De tels désordres sont les effets naturel^ de la' tyligieux. ranuie reli£;ieu$e: mais la fureur. des donatistes était enflammée pai* une frénésie d'une espèce-extraordinaire, et dont il n'y a jamais eu d'exemple dans aucun temps et dans aucun pays, s'il est Vrai qu'ils l'aient poussée au d^egré d'extravagance qu'on leur attribue. Une partie de ces fanatiques détestaient la vie et désiraient vivement de recevoir k: martyre. IL leur importait peu par quel supplice ou par c^ielles mains
(i) L^Histoire des Camisards (en trois volumes. i«- 1-2, VUlefranche ^^ 1760) est exacte et igipartiale. Oti af[uelque peine à découvrir la religion de l'afiteur.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. 2yZ
ils périssaient, pourvu que leur mort fût sanctifiée par rintention de se dévouer à la gloire de la vraie foi et à l'espérance d'un bonheur éternel (i). Ils allaient quelquefois insulter les païens au milieu de leurs fêtes, et jusque dans leurs temples, dans l'espérance d'exciter les plus'zélés idolâtrés à venger l'honneur de leurs diviiiités. D'autres se précipitaient dans les lieux où se rendait la justice , et forçaient les juges effrayés à ordonner leur prompte exécution. Ils arrêtaient souvent lés voyageurs sûr les grands cliemins , et les forçaient à leur infliger le martyre, en leur promettant une récompense s'ils consentaient à les immoler, et en les menaçant de leur donner la mort s'ils leur refusaient ce singulier service. Lorsque toutes ces ressources leur manquaient, ils annonçaient un jour où, en présence de leurs amis et de leurs parens , ils se précipiteraient du haut d'un rocher -, et on montrait plusieurs précipices devenus fameux par lé nombre de ces suicides religieux. 'Dans la conduite furieuse de ces enthousiastes , admirés par un parti comine les martyrs de la foi, et abhorrés par l'autre comme les victimes de Satan , un. philosophe impartial découvre aisément l'influence ou l'abus de l'inflexil]|ilité d'esprit puisée dans le caractère et les principes de la nation juive.
Le simple récit des divisions intestines qui troublé-
(i) Les donatistes alléguaient , pour justifier leurs suicides, Texemple de Raziàs, qui est rapporté dans le quator* zième chapitre du deuxième livre des Macchal)ées. IV. i8
Caractère rciit la paîx cle TÉglise et déshonorèrent son triotnslcurchré- phe , confirmera k remarque dVin historien païen , D* 3°ir-36i! et justifiera les plaintes d'un respectable évêque. L'expérience avait convaincu Ammienque les chrétiens, dans leurs mutuelles anîmosités , surpassaient en fureur les bêtes féroces que doit le plus redouter l'hom* me (1)5 et saint Grégoire de Na:feianze se plaint pathétiquement de ce que le royaume de Dieu , en proie à la discorde, présente l'image du chaos .(2), d'une tempête nocturne , 6a même de l'enfer. Les fougueux écrivains de ce temps, dont la partialité ne reconnaît que des vertus à leurs partisans et charge leurs adversaires de tous les crimes , semblent, dans leurs récits, peindre la guerre des anges contre les démons ; mais notre raison plus calme rejette également l'idée de ces prodiges de sainteté et de ces monstres de vice : nous demeurerons persuadés , en la consultant , que les factions qui s'accusaient mutuellement d'hérésie^ et prétendaient chacune être la seule orthodoxe , ont également, bu du moiûs indistinctement, déployé des vices et des vertus. Elles avaient été élevées dans la même religion , dans la même société civile^ dans les mêmes craintes et les mêmes espérances, pour cette vie et pour celle qui doit la suivre* De quelque côté que fût Terreur, elle pouvait être innocente dans les deux
(i) Nullas infestas kominibus bestias , ut sunt sibiferales plerique christianorum experîus, Ammien , xxïi , 5.
(2) • Saint Grégoire de Nazianze, orat. i, p. 33. Fojrez Tillemont, t. vi, p. 5oi, édit. m-4*.
opinions. La foi pouvait être sincère , et la pratique vertueuse ou corrompue. Les passiçnsdes deux partis étiaient excitées par les mêmes objets ^ ils pouvaient alternativement abuser de la faveur de la cour ou de celle du peuple. Les opinions métaphysiques des disciples d'Arius ou de saint Âthanase ne changeaient pas leur caractère moral, et ils étaient également animés par Tesprit d'intolérance que le. fanatisme a su tirer ^es maximes pures et simples de TÉvangile.
L'auteur moderne d'une histoire, qu'avec une juste confiance il a honoré du titre de politique et philo- ^'f*i"^"" sophique.(i),accuseMontes^uieu d'une réservetimide, parce qu'au nombre des cauises qui ont entraîné la décadence de l'empire, il n'a pas compris une loi de Constantin qui supprimait absolument le culte des païens, et laiisisait une grande partie de ses peuples sans prêtres, sans temples, et sans religion publique. Le zèle de cet écrivain philosophe pour les droits de l'humanité, J'a fait acquiescer au témoignage équi-voque des ecclésiastiiques qui ont trop légèrement attribué à leur héros favori le mérite d'une persécution générale (2). Au lieu de donner foi à une loi ima-
(i) Histoire politique et philosophique des établissemens des Européens dans les Deux-Indés.^ t. i, p. 9.
(2) Selon Eusébe {in F'it, Const., 1. u, c. 4^), l'empereur défendit dans les villes et dans les campagnes les pratiques
abominables d'e Pidolâtrie , Ta fAucapa rn^ et^wXoXorpetizç.
Socrate (1. i, c. 17) et Sozomène (1. li, c. 4, 5) ont représenté la conduite de Constantin avec la vérité qui côu—
Uolio.
ayG HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
ginairc, qui , si clic eût existe, se placerait avec orgueil en tête des codes impériaux , nous pouvons nous en rapporter à la lettre originale de Constantin , que cet empereur adressait aux sectateurs de Tancietine religion dans un temps où il ne déguisait plus sa conversion , et où son trône était àflermi par la chute de pjrCoiui. tous ses rivaux. Il invite et exhorte dans les termes les plus pressans tous les sujets de Tempire romain à imiter l'exemple de leur souverain; mais il déclare que ceux dont Taveuglement résistera à la lumière céleste jouiront en paix de leurs temples et du culte de leurs dieux imaginaires. La suppression totale des cérémonies du paganisme est formellement démentie par Tempcreur lui-même , qui motive sagement sa modération sur ce qu'il croit devoir accordera Tempire invincible de Thabitude , des préjugés et de la superstition (i). Sa'ns violer sa promesse, sans alarmer les païens, le monarque adroit minait lentement et avec précaution le bizarre et ruineux édifice du
vient à Thistoire; mais elle a été fort négligée par Thé«>doret, 1. V, c. 21, et par Orose, vu, 28. Tum deinde, dit le derQÎer, primus Constantitius justo ordine et pio vicem vertit edicto; siquidem staiuit citra ullam hominum cœdem, paganorum templa claudi,
(i) f^oy. Eusèbe, in yit. Constant,, l. 11, c. 56-^o. Dans le sermon que PenlÇereur prononça devant rassemblée des saints, lorsque sa dévotion fut confirmée par les années , il déclare aux idolâtres (c. 11) qu'il leur permet d'ofifrir leurs sacrifices et d'exercer librement toutes les pratiqués de leur religion.
polythéisme ; quoique son zèle jpour la foi chrétienne fût sahs doute le motif secret de la sévérité qu'il exerçait dans des occasions particulières , il avait sçin de la colorer d'un prétexte plausible de justice et d'utilité publique, et il attaquait secrètement les fondemens de l'ancienne religion sous le prétexté d'en réformer les abus. A l'exemple de ses plus •'Sages prédécesseurs , il condamna à des peines rigoureuses l'art impie de la divination^ qui donnait des .espérances illusoires et encourageait .quelquefois les entreprises criminelles d'hommes inquiets ou mécontens de leur état. Il condamna à un silence ignominieux les gracies , dont on a^ait reconnu publiquement là fraude ébl^ fausseté ,. et supprima ks prêtres efFéininés du Nil. Constantin remplit les devoirs d'un ceilseur romain, quand il fit démolir les temples de Phénîcie, dans lesquels on pratiquait dévotement, en plein jour, toutes les espèces de prostitution en l'honneur de Vénus (i)- La ville impériale de Constantinople s'éleva ,'en quelque façon , aux dépens des temples de la Grèce* et de l'Asie , et s'embellit de leurs riches dépouilles :on confisqua leurs possessions, et des mains irrévérentés et grossières transportèrent les statues dés dieux et des héros chez un peuple auquel , déchues des honneurs du culte , elles n'offrirent plus
(i) /^oj. Eusèbe, in f^it. Constant, ^ L m, c. 54-58; et 1. IV, c. 23, 25. Ces actes d'autorité peuvent se comparer à la suppression des Bacchanales , et .à la démolition du temple d'Isis par les magistrats de llome païenne.
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que des objets de curiosité. L'or et l'argent rentrèrent daïis la circulation 5 et les magistrats , les évéques et les eunuques , saisirent l'heureuse occasion de satisifaire à la fois leur zèle , leur avarice et leur vengeance. Mais ces déprédations n'attaquaient qu'une Irès-petite . partie du monde romain , et les provinces étaient accoutumées dçpuis long-temps à supporter ces rapines sacrilèges de la* part des princes et des proconsuls , auxquels on ne pouvait soupçonner le dessein de détruire la religion qu'ils professaient (i). Et Ms fils. Les fîk de Constantin suivirent avec plus de zèle et moins de discrétion les traces dé leur père; et mul-^ tipUèrent les prétextes de vexation et de rapine (%}. Dans leurs procédés les plus illégaux, les chrétiens étaient toujours, sûrs de l'ind^Jgence 5 le moindre
(i) Eusèbe, in F'it, Constant. , 1. m ^ c, 54 ; et LiBaaius , Orat, pro têmptis',' ^,Qy 10^ édît.' Go^efroy. Ils racontent tous deux le pieux sacrilège de Constantin , qu^ils voyaient SOU& un jour fort différent. Le dernier déclare {)oàitivement M qu'il se saisit de FargeDit et des richesses sacjrées^ mais quMl né toucha point au culte des temples , qui furent à la. vérité appauvris, ma^ où Ton ne célébrait pas moins les cérémonies ordinaires de Pancienne religion. » Témoigna-ges juifs et païens. Lardner , vol. iv, p. i4o.
(2)'Amii|^ien parle de quelques eunuques de cour qui ïuTeni spoliis templorum pasti, Libanius dit (Orat protemp., p. 23). que Pempereur faisait souvent présent d'un temple comme il aurait pu faipe d'un chien , d'un cheval , d'an esclave ou d'une coupe d'or; mais le pieux philosophe a grand soin d'observer que ces favoris sacrilèges finissaient presque toujours malheureusement.
doute servait de, preuve contre les /païens ^ et Ton célébra la démolitipn de leurs temples comme un des événemens les plus heureux du règne de Constance et de Constans (i). Nous trouvons l'e nom de Constance à la tête d'une loi concise qui semblait devoir rendre superflue toute défense subséquente. « Mous ordonnons expressément que dans toutes les villes et lieux de notre euipire tous les. temples soient immér diatement fermés et gardés avec soin , afin qu'aucun de nos slijets n'ait ,roccasioi^ de s'y rendre coupable; nous leur ordonnons également à tous de s'abstenir de sacrifices , et si quelqu'un d'eux continuait à e.n faire malgré notre défense , nous voulons qu'il périsse par le glaive et que ses biens soient confisqués au profit du public. Nous condamnons aux mêmes peines les gouverneurs des provinces qui négligeront de punir les criminels (2).» Mais nous avons de fortes
(i) Ployez Goàeîroj y Code Tkeod^^ïJyi^ p. 262*; Liban., Orat. parental,^ û, 10; m Fabric, Biblioth. grœc, , t.' y 11 , page 235.
(2) Placuit omnibus lacis atque urbibus ,unii^ersis claudi protiniis templa, et acçessti vetitis omnibus licentiam delin^ quendi perditis abnegari, f^olumus etiafn cunctos à sacrifia eus abstinere^ Quod siquis aliquid forte kufasmodi per^ petrauerity gladio sternatur : facultates etiam pereinpti fisco decemimus vindicari : et simUiter adfligi redores prot^incior' rum , si^facinôra vindieare heglexerint, (God. Theod., L XVI, tit. 10, leg. 4*L^" * découvert une contradiction chronologique dans la daté de cette loi extravagante, la seule peut-être qui ait jamais puni la négligence des ma-
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raisons poar croire que ce formidable édit n a point été publié , on du moins qn^il n'a pas en d'exécution. Des &its connus et des monnmens de enivre -et de marbre qui existent encore, prouvent que durant tout le règne des fils de Constantin la religion païenne eut son culte public. On laissa subsister un grand nombre de temples dans les villes et dans les campagnes de rOrient et de FOccldent ^ et la multitude dévote put ejieore jouir de la pompe des sacrifices , des fêtes et des processions, sous la protection ou par Findulgence du gouvernement mvil. Quatre ans ap;*ès la date supposée de ce sanglant édit, Constance visita les temples de Rome -, et un auteur païen célèbre la conduite détente du souverain dans cette occasion, comme un exemple digne d'être imîtépar ses successeurs. « Cet empereur, dit Symmaque, resipecta les privilèges des vestales. Il conféra les dignités sacerdotales aux nobles de Rome , accorda les sommes ordinaires pour les frais des fêtes et des sacrifices publics : et, quoiqu'il eût embrassé uue nouvelle religion, il n'entreprit jamais de priver les sujets de l'empire du culte sacré de leurs ancêtres (i). » Le
gistrats par la mort et la confiscation de leurs biens. M. jde La Bastie ^Mém. deVAcad,, tome xv, p. 98)/Con}eeture, avec une apparence, de raison , que cette loi préjtendue n^était«réellemënt qu^un projet de loi , qui fut trouvé parmi les papiers de Constantin , et inséré depuis coitime un heurçux modèle dans le Codé ,dè Théôdose.
(i) Symmaque, epist, x, 54»
sénat conservait Tusage de consacrer, par des décrets publics , la mémoire {Uyirêe des empereurs^ et Censtantin.lui-n)éme lut associé, après sa mort, aux dieux qu'il avait, désavoués çt insultés durant sa vie. Sept empereurs chrétiens acceptèrent sans difficulté le titre, les décorçitions et les privilèges de l'office de grand pontife, institué par Numa > et adopté par Auguste. Ces princes eurent une autorité plus absolue sur la religion qu*ils avaient abandonnée que sur cçlle qu'ils pcofiessaient (i).
. Les divisions d^ chrétiens suspendirent la ruine du paganisme (a). Les princes et les évêques , effrayés
(i)La quatrième dissertation de M. de La Bastie, sur 'le souverain pontificat des empereurs romains , dans les Mém* de VAcad., xv, 7#-i44> ^^^ très -savante et très-judicieuse. £llç présente l^état du paganisme depuis tj'onstantin jusqu'à Gratien , et prouve que durant cette période il jouit du bienfait de la tolérance. L'assertion de Zozime', que Gratien fut le premier qui refusja la robe pontificale , est prouvée démonstrativem€nt ; et les murmures de la bigoterie à ce sujet Sont presque réduits au silence.
(2) Comme je me suis servi librement , par anticipation , des mots àe païens et àe paganisme y je vais donner an lecteur UB exposé des révolutions singulières qu'ont éprouvées dans leur signification des expressions^ si connues. 1° Ilayyj en dialecte dorique ^^ familier aux Italiens, signifiait une foptaine ; et leà campagnards du voisinage qui visitaient la fontaine, en tiraient la dénomination générale àe pagiis et paganû (Fesinèsub voce; et Servi us ac/ p^irgil. Géorgie. 11, 382.) 2** Par une extension du lûot, païen et campagnard devinrent presque* synonymes. (Plin. Hist. natur., xxyiUy
des crimes et des révoltes de leur parti , ^ous^aient moins vigoureusement >leut sainte guerre conlreJes infidèles. Les principes d'intolérance établis alors
5. ) Ou douna ce nom au bas {Peuple des campagues , et il a été cliaugé dans celui de paysans par les nations modernes de PEurope. 3** L'augmentation excessive de Tordre milirtaire amena la nécessité d'une dénoi^in^tion corrélative {Essais de Hume, vbl. r, p. o55), et tous ceux qui ne s'enrôlaient point au service du prince étaient désignés par l'é— pithète dédaigneuse de païens. (Tacit., Hist,, m, 24 9 4^y 77 J Juvénal, Satyr. xvi; Tertujliea, de Pallio, c. 40 4*^ Les chrétiens étaient. les soldats de Jésus-Christ; leurs adversaires , qui refusaient le sacrement ou le serment militaire du baptême , pouvaient mériter la dénomination métaphorique de païens ; et, cette expression populai;^ de reproche fut introduite dès le règne de Yalentinien ^ A,.D^ 365, dans les' lois impériales ÇCod. Theo^.^ 1. xvi, tit. 11^ leg. 18) et dans les écrits théologiques, 5® Les villes de l'empire furent peu à peu remplies d^ chrétiens. L'ancienne religion , du temps de Prudence {adt^ersus Symmachujm y L I, ad fin., et Orose, in Prœjat, hist») se retirait et languissait dans les villages. Le mot -à^ païen, avec sa nouvelle signification , retourna à sa; première origine , et les. païens devinrent des paysans. 6°. Depuis l'extinction du culte de Jupiter et de ^a famille, on a donné le nom de païens à tous les idolâtres ou polythéistes anciens et modernes. 7? Les chrétiens latins le donnèrent sans âerupule à leurs ennemis mortels les mahoQiétàns , et ainsi lés uni— tairesles plus purs n'échappèrent point au reproche injpste de paganisme et d'idolâtrie, ^o^cz. Gérard— Vossij^s, J^^mologicon linguœ latinœ , dans ses ouvrages, toute- 1, page 4^0 ; Commentaire de . Godefroy sur le Gode de Théodose , t. VI, p. 25o;et Ducange, Mediœ et infimœ latinitatis Glossar.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. hiJS
eussent pu justifier là destruction de Tidolâtrie (i)-, mais les sectes ennemies , qui dominaient alternativement à la cour, craignaient toujours d'aliéner et de pbusser àbout une faction encore puisçante, quoique affaiblie. Tous les motifs de mode , de raison et d'intérêt, combattaient alors en faveur du christianisme ; mais deux ou .trois générations s'écoulèrent' sans que leur influence victorieuse se fît généralement sentir. Un peuple nombreux , plus attaché à ses ancieimés^ habitudes qu'à des Qpinions spéculatives, révérait encore une religion depuis si long-temps établie et si récemment encore dominante dans tout l'empire romain. Constantin et Constance distribuèrent indifféremment à tous lears sujets les honneurs civils et militaires, et parmi ceux qui professaient le polythéisme , il se trouvait beaucoup d'hommes savans ,
(i) Dans le langage pur de Plonie et d^ Athènes, 6t^fii>Xov et Xoerpsia étaient des mots anciens et familiers. Le premier signifiait une ressemblance, une apparition {Odjrss, d'Hom,, XI, 60 1), une représentation ,• une image inventée par l'art ou par l'imagination. Le second désignait toute espèce de ^eivice ou d'esclavage. Les Juifs de l'Egypte qui traduisirent les écritures hébraïques , restreignirent l'usage de ces. mots {Exod,, XX, 4 > 5) au culte religieux d'une image. L'idiome particulier des hellénistes' ou juifs greci a été adopté par les historiens ecclésiastiques et sacrés ; et le reproche d'' idolâtrie ( et^wXoXarpita ) s'est att(iché à cette sorte de su»perstition matérielle et grossière que certaines sectes de chrétiens ne devraient pas trop se presser d'imputer aux polythéistes de la Cfèce et de Rome.
riches et courageux. Les superstitions du sénateur et du paysan , du poëte et du philosophe , avaient une source diffërente *, niais ils se réunissaient tous avec une égale dévotion dans les temples de leurs dieux. Le triomphe insultant d'unesecte prosfcrite enflamma peu à peu leur zèle, et leur espoir se ranima par la confiance bien fondée que. l'héritier présomptif de l'empire, le jeune et v^llai>t héros qui avait délivré la Gaule des l^arbares , avait secrètement embrassé la religiou de ses ancêtres.