‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 17 sur 37 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Julien est déclaré empereur par les légions de la Gaule. Sa marche et ses succès. Mort de Constance. Administration de Julien.

Tandis que les Romains laiigmssaient sous la hori- Jalousie teusé tyranniedes eunuques et des évêques, tout l'em- Consunce

/ 1 1 ' t A • • 1 contre Ju-

pire , excepte le palais deGonstance , retentissait .des Uen. louanges de Julien. Lés Barbares de la Germanie redoutaient le jeune César dont ils avaient éprouvé la valeur. Ses soldats partageaient Thonneur de ses succès. Le* province^ heureuses et tranquilles jouissaient avec reconnaissance des bienfaits de son règne. Mais ses vertus blessaient les favoris qui s -étaient opposés à son élévation. Ils regardaient avec raison Fami du peuple comme le plus dangereux jennemi de la cour. Jusqu'au moment où sa gloire leur imposa silence , les bouffons- du palais , dressés au langage de la satire^ essayèrent contre lui le pouvoir de cet art qu'ils avaient si souvent exercé avec succès. Ils avaieiit aisément remarqué que sa simplicité n'était pas exempte d'aflfëctation , et ils ne désignaient le philosophé guerrier que par les sobriquets insultans desdus>age vehc, de singe revêtu delà pourpre. Ses mçdestés dépêches étaient tournées en ridicule comine les récits mensongers d'un Grec bavard , d'un soldat

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sophiste qui avait ëtudié l'art de la guerre dans les jardins de Tacadémie (i). L'éclat de ses victoires et les acclamations du peuple étoufièrent la voix de cette absurde malignité. Le vainqueur des Francs et des Allemands ne pouvait plus^être repl-ésenté comme un objet de mépris, et l'empereur lui-même eut la vile anïbition de dérobera son lieuttenant Tbonorable récompense de ses travaux. Dans le$ lettres ornées de lauriers qu'il était d'usage, d'adresser aux provinces, on omit exprès le nom de Julien. Elles annonçaient que « Constance avait fait en .personne les disppsitions du combat, et signalé sa valeur dans les premiers rangs. La victoire était le fruit de sonântelligence, et le roi captif des Barbares lui avait été présenté sur le champ de bataille, » dont il était cependant à plus de quarante jours de marche au moment dû combat (i). .Une fable si ridicule ne pouvait

(i) Omnes qui plus paterarvt in palatio , adulundi projes'soresjam docti^ rectè consulta, prosperèque compléta verte^ hant in deridiçulum c talia sine modo strepentes insulsè, in odiufn vend cum victoriis suis ^ capelta, non homo ; -ut hir^ sutum Julianum carpentes, appeilantesque loquacém talpam, et purpurdtam simiam , et litérionem grœcum : et kis eôn^ gruentia plurima , atquè vernacula principi résonantes ; nur' dire hœc tcdiaque gestienti, ,'ûirtutes ejus obruere ^erbis im— prudentibus x:onabantur , ut segnem incessentes et timidum et umbratUem , gestaque secus'verbis comptioribtis exomantem. Ammien , xvii, ii.

(2) Ammien, xti, 12. L'orateur Themistius croyait à tout ce que contenaient les lettres impériales- adressées au

cependant ni tromper le public , ni satisfaire la vaûitë de l'empereur. Secrètemenf convaincu que la* gloire de Julien Jui avait acquis la faveur et le vœu des Romains, Fespritinquiet du faible Coastance se trouvait disposé à recevdir les impressions de cessycophantes artificieux qui cachaient leurs desseins perfides cous rextéri€ur de rattachement et de la fidélité pour leur souverain (i). Loin de dissimuler les brillantes qualités de Julien, ils reconnaissaient et même exagéraient Téclat populaire de son nom , la supériorité de ses taleipis , l'importance, de ses service^^, mais en insinuant obscurément que le brave et vertueux César pouvait devenir un ennemi criminel* et dangereux , si le peuple inconstant sacrifiait son devoir à son enthousiasme , *ou si le désir de la vengeance et d'une autorité indépendante venait tenter la fidélité du général d'une armée victorieuse. Le cohseil crainies et de Constance décorait les cra.intes personnelles du consiance.

sénat de Constantînople. Aurelius-Yictor, qui a publié son Abrégé dans la dernière année du règne ^e Constance , attribue les victoires remportées sur les Germains au génie de l'empereur et à la fortune du jeune César. Cependant cet historien fut, bientôt après , redevable à Testime ou à la protection de Julien ,'des hopneurs d'une statue de cuivre, et des importaptes dignités de consulaire de la seconde Pannonie , et de préfet de la ville. Ammien, xxi, 10.

(i) Callido nocendi artificio y accusatoriam diritatem laudum titulis peragebant, . . . Ha vocesfuerunt ad inflammanda odia probris omnibus potentiores - Voyez Mamertin , in Ac-^ tione gratiarum, in vit, Panegyr,, xi , 5, 6.

Avril.

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souverain du nont respectable de sollicitude paternelle pour la tranquillité publique , taîidis qu'eirpartîcuiier, et peut-être vis-à-vis de lui-même, Tempereur déguisait, sous l'apparence d'une crainte moins odieuse que ses sentimens réels , l'envie et la liaine qu*aVaient imprimées dans son^ cœur cejs vertus de Julien qu'il ne savait pas imiter; Le» La tranquillité apparente des Gaules et les dangers

'k *Gauie qui menaçaient les provinces (Je l'Orient , "offraient léMaanlin aux ministres impériaux un* prétexté spécieux pour oHenTales exécu^er Ic dcssciu qu'ils avaient adroitement con- A. d"^36o' perte. Ils résolurent de désarmer le César, de lui enlever les troiipes fidèles , sûreté de sa personixe et soutien de sa dignité, et d'employer dans une guerre éloignée contre le roi de Perse le$ intrépides vétérans qui'venaient de dompter, sur les bords du Rhin, les plus belliqueuses nations de la Germanie. Tandis que Julien , dans ses quartiers d'hiver à Paris , dévouait ses heures laborieuses à l'administration du .pouvoir, qui était paur lui l'exercice du bien , il vit ayec étonnement arriver en toute diligence un tribun et un secrétaire impérial, chargés d'ordres positifs de Tempereur t^ui lui défendait de s'ojpppser à ce. qu'ils exécutassent la commission' dont ils étaient spécialement chargés. Quatre légions entières , les Celtes, les Hérules, lés Pétulans et les Bataves, devaient immédiatement quitter les drapeaux de Julien , sôus lesquels ils avaient marché à la gloire et s'étaient formés à la discipline, et on faisait dans toutes les autres un choix de trois cents des plus jeuhes.et des plus vigou-

reux soldats. Ce nombreux dëtachement , la force de rarmée de$ Gaules, était sotnmé de se mettre en marche sans perte de temps, et d'useï^ de la plus grande diligence pour arriver sur les frontières de la Perse avant l'ouverture de la campagne (i). Le César prévit et déplora les suites de cet ordre funeste. La plupart des auxiliaâres s'étaient engagés volontairement, sous la condition expresse .qu'on ne leur ferait jamais traverser les Alpes. La foi publique et l'honr neur personnel de Julien avaient été les garans de ce traité militaire. Une si tyrannique perfidie ne. pouvait que. détruire la confiance et irriter les guerriers des Germains indépéhdaiis , qui regardaient la bonne foi comme la.première des vertus, et la liberté comme le bien le.plns précieux. Les légionnaires , qui jouissaient du nom et des privilèges dç Romains , étaient enrôlés pour servir partout à la défense de la république ', mais ces soldats mercenaires entendaient prononcer avec indifférence les noms de Rome et de république. Attachés, pstr la naissance ou par l'habitude aux mœurs et au climat des Gaulois, ils chérissaient et respectaient Julien j ils méprisaient et haïssaient

. (i) Le court iàtervalle que Pou peut supposer entre Vhieme aduttâ et le primo vere d^Ammien (xx , i-4)> i^i^ de suffire. à une marche de trois mille milles , ferait paraître les Ordres de Constance aussi extra va gans quMls étalent injustes. Les troupe^ de la* Gaule n'auraient pas pu arriv<cr en Syrie avant la fin de Pautomne. Il faut que la mémoire d^Aramien ait été infidèle , ou qu'il se soit mal expliqué.

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