‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 18 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

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peut-être l'empereur, et ils redoutaient une marche pénible , les traits des Persans , et les déserts brûlans de TÂsie. Ils regardaient comme leur patrie le pays qu ils avaient sauvé , et s'excusaient de leur défaut de zèle snr le devoir plus sacré de défendre leurs parens et leurs ajnis. D'un autre côté , les habitans du pays voyaient avec effroi le danger inév^tabledont ils étaient menacés ; il^ soutenaient qu'aussitôt qqe les Gaules n'auraient plus de forces respectables à leur opposer, les Germains rompraient un traité que la crainte seule leur avait &it accepter, et que., malgré la valeur et les talens militaires de Julien, le général d'une armée dont il n'existerait plus que le nom , accusé des malheurs publics , "se trouverait bientôt , après une vaine résistance , prisonnier dans le camp des Barbares, ou retenu en criminel dans le palais de Constance. En obéissadt , Julien souscrivait à sa propre destruction et à celle d'une nation qui méritait son attachement. Mai& un refus positif était un acte de rébellion et une déclaration de guerre. L'inexorable jalousie de pouvoir qui dominait l'empereur, son ordre absolu et peut-être insidieux , ne laissaient ni excuse ni interprétation, et l'autorité préciaire du jeune César lui permettait à peine le délai ou la délibération. Dans cette situation difficile, Julien se trouvait livré à lui-même; les artificieux eunuques avaient éloigné Salluste, son sage et fidèle ami. 11 n'avait pas même , pour donner quelque force à ses représentations , l^appui de ses ministres, qui auraient été effrayés ou honteux d'approuver la des-

truction des Gaules. On avait choisi Ije ni^ment où Lupicinus(i), général de la oavalene , était occupé en Bretagne à repousser les iq^rsious dea Pietés «et de$ Ecossais ; et Florentins était allé à Vienne poup y recueillir les tributs. Ce dernier, vil et 4rasé politique ^ craignant de se charger , en cette occasion , d'une responsabilité dangereuse , éludait leS lettres pressantes et réitérées par lesquelles Julien lui représentait qu^, dans toutes les affaires importantes , le préfet devait indispensàblement se trouver au conseil. D'un autre côté , les messagers de l'empereur persécutaient le César de leurs insolentes sollicitations : ils osaient lui fairç entendre qu'en attendant le retour de ses ministres, il se trouverait coupable du délai , et leur . donnerait tout le mérite de l'obéissance. Hors d'état de résister , ne' pouvant se décider à obéir , Julien exprimait, dans les tenues les plus positifs , son désir et même son intention de quitter la pourpre qu'il ne pouvait plus porter avec gloire, mais à laquelle il ne pouvait renoncer sans danger.

Après un combat -pénible , Julien fut forcé de s'a- Leur vouer que le devoir du sujet le plus élevé en dignité "îcment"

(ly Ammien , xx, i. Il reconnaît la valeur et les talens militaires de Lupicinus ; mais , daps son langage affecté , il le représente comme életfant les cornes de sçn orgueil, mugissant d'un ton terrible, et laissant douter' qui remportait en lui de Pavarice ou de la cruauté. Les Pietés et les.JScossais menaçaient si sérieusement la Byetagn&y fue Julien fut un instant tenté d'y passer lui-même.

303 HISTOIRE ÙE LA. ttÊCADENC^.

était d'obéir, et que le souverain devait sent décider de Tintérét public. IL donna les ordres nécessaires pour Texécudon des comaiandemens de Temperenr, et une partie des troupes se mit en marche vers les Alpes. Les détacheniens des diflfiérentes garnisons s'avancèrent vers les lieux de rassemblement qui leur étaient indiqués. Hs perçaient avec peine la foule des citoyens tremblans et constellés qui cherchaient à exciter leur pitié par un morne désespoir et de bruyantes bmentations. Les femmes des soldats accouraient, portant leurs enfans dans leurs bras, reprochant à leurs maris de les abandonner , et mêlant dans leurs plaintes Texpression de la douleuc, de la tendresse et de Tindignation. Cette scène de désolation affligeait la sensibilité .de Julien. Il accorda un nombre suffisant de chariots pour 'transporter les femmes et les enfans (i) , tâcha d'adoucir les rigueurs qu'il était obligé d'exercer, et, par le plus louable de tous les moyens politiques, il augmenta sa popularité en même temps qu'il enflammait le mécontentement des soldats qu'on bannissait loin de lui. La douleur d'une multitude année se change aisément en fureur; les murmures, qui acquéraient d'heure en heure plus de hardiesse et de force , parcourant

(f ) Il leur- a>:Gorda la permissiDn de se senrîr dé ce que Fon nQininait currus clavularis ou claèuiaris. Ces chariots de poste sont souvent cités dans le code, et passaient pour porter ckaeutt quinze cents livres pesant. Vojrez Valois y ad j4intn., xx, ^.

rapidement toutes les tentes , préparèrent les. esprits' àla>plu3 audacieuse sëditi(Hi« Lestribuûs favorisèrent la circulation d'un libelle qui peignait des plus vives couleurs la disgrâce du César, les malheurs de Varmée et les vices niëprisâblés du tyran de FAsie. Le progrès de cette rumeur frappa de crainte et d'étonuement les messagers de Constance. II3 preœèrent le prince de bâter le départ de Tarm'ée -, mais ils reje-. tèrent imprudemment Favis plein de sagesse et de loyauté que leur donna Julien de ne pas faire passer les troupes par la ville de Paris ^ en leur faisant pressentir rinconvénient de les exposer à la tentation que pourrait leur faire naître une dernière entrevue avec leur général. ' .

Aussitôt qu on annonça Tarrivëe des légions, Ju- Julien est lien alla au devant d'elles > et monta sur un tribunal empereur. qu'il avait fait élever devant lesportesdela ville. Après avoir donné des louanges particulières aux officiers et aux soldats qui méritaient cette distinction ,. Julien s'adressa ^ dans un discours étudié , à la généralité des troupes qui l'enviroimaient. Il vanta leurs exploits avec reconnaissance, lés exhorta à accepter l'honneur de servir soùs les yeux d'uft- monarque puissant et généreux j et le^ avertit qu'ils devaient aux ordres d'Auguste une obéissance prompte et volontaire. Les soldats , ne voulant ni offenser leur général par des clameurs indécentes, ni démentir leurs sentimens par des acclamations fausses et mercenaires , gardèrent un morne silence, et, quelques instans après, furent renvoyés' dans leurs quartiers. Jt^lien traita

les principaux of&cîers , et leur téftwigha , dans les termes de la plus, vive afFèction, le chagrin de iie pouvoir récompenser comme il le désirait les braves compagnons de ses victoires. Ils se retirèrent de cette fête pleins de douleur et d'injcértitude , et déplorèrent les rigueurs du destin qui ,- en les arrachant de leur pays natfti, les séparait d'un général si digne de leur affection. Un seul expédient pouvait le leur conserver t on le discuta hardiment; il fut adopté. Le mécontentement ^e la multitude s^était insensiblemeut tourné en conspiration régtilière \ le^ esprits échauffés exagérèrent de justes sujets de plaintes , èl le vin échauffa encore les esprits.' Le soir qui précéda leur départ, les, soldats avaient eu la liberté de se livrer aux excès d'une fête. A minuit, cçlté impétueuse multitude, armée d'épées , de torches et de bouteilles, s'élança dans les faubourgs, environna le palais (i),

(i) Probablement le palais des Bains ( Tkef'marum) dont il subsiste encore une salle dans la rue de la Harpe, Les bâ^ timens occupaient une grande partie du quartier conqu aujourd'hui sous le nom de quartier de l'université; et les jardins, so^s les rois mérovingiens, communiquaient avec Fabbayé Saint— Germain— * des -Prés. Les injures du temps et- les i^v^ges des Normands ont réduit en un tas de ruines , dans lé douzième siècle , ce palais antique , dont Tintérieuv obscur avait caché les excès de la débauche.

Explicat aulasinusy mànteruque amplectltur alis ;. ' . MullipUci latebrd scelerum lersura ruborem.

..,..., Pereuntds sœpè pudoris

^Celatura nef as , f^eneriiqùe accommoda Jurtts,

Ces vers sont tirés de VArchUrenius (1. iv, c. 8), ouvrage

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXII. agS

et, oubliant les dangers auxquels elle s'exposait, fit retentir la place du cri fatal et irrévocable de Julien- Auguste. Ce prince , dont les tristjes réflexions avaient été interrompues par leurs acclamations tumultueuses, fit barricader ses portes, et, aussi long- temps qu'il lui fut possible, il déroba sa personne et sa dignité aux évéhemens d'un désordre nocturne. Mais au point du jour , les soldats , dont le zèle était- irrité par sa résistance , entrèrent de force dans le palais , et, saisissant l'objet de leu£ choix Sivéc une respectueuse violence , le portèrent sur son tribunal, le placèrent au milieu d'eux , et , l'épée à la main , traversant ainsi les rues de Paris, le saluèrent comme leur empereur, en répétant à grands cris les mots de Julien-^ Auguste. La prudence et la, fidélité lui ordonnaien t également de résister à leurs coupables desseins, et de ménager à sa vertu l'excuse- de la violence. S'adressant alternativement à ]a multitude et à quelques officiers, tantôt il les suppliait de ne pas le perdre , tantôt il leur.exp rimait toute son indignation, il les conjurait de ne pas souiller la gloire immortelle de leurs victoires. Enfin il alla jusqu'à leur promettre

poétique de Jean de Hauteville pu Hauville, moine 'de Saint- Albans, vers Tan ii^o. V^oyez V Histoire de la poésie an~ glaise, par Warton , v. i , dissert. 2. ) Dp pareils vols étaient moins funestes à la tranquillité du g^re humain que les disputes théplogiques que la Sorbonnea agitées depuis sur le même terrain. Bonamy, Jlfe/». de VAcad., t. xv, pages 678-682.

2g6 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

que , s'ils rentraient à îinstant daxis le devoir , il tâcherait non - seulement d'obtenir pour eux de l'empereur un pardon plein et sincère, mais encore de faire révoquer les ordres qui avaient excité leur mécontentement. Mais les soldats connaissaient toute rétendue -de leur faute, et comptaient plus sur la reconnaissance .de Julien que sur la clémence de Constance. Leur zèle se chàtigea en impatience, et leur impatienc^e en 'fureur. L'inflexible César résista jusqu'à la troisième heure du jour à leurs instances , à leurs reproches et à leurs menaces; il ne céda qu'aux clameurs réitérées, qui lui apprirent qu'il &llait ou mourir ou régner. On l'éleva sur lin bouclier , aux acclamations de toute l'armée. Un riche collier militaire qui se trouva là par hasard lui tint lieu de diadème (i) -, la promesse d'une modique gratification (a) termina la cérémonie-, et le nouvel empereur, accablé d'une douleur ou réelle ou simulée , se retira dans l'intérieur de ses appartemens secrets (3).

(i) Même dans ces ipomensde tumulte , Julien ne négligea pas les soins de la superstition , et il refusa obstinément de se servir, comme de mauvais augure, d'un collier de {ertijaie ou d'uû ornement de cheval, dont les soldats impatiens voulaient qu'il fît usage faute de diadème.

(2) Une somme proportionnelle d'or et d'argenft, cinq pièces d'or et une livre d'argent : le tout montait à peu près à la valeur de cinq livres -sterling et dix schellings.

(3) On peut consulter, sur le récit détaillé de cette révolte, les ouwages originaux et authentiques de Julien lui-même , ad S. P. q. Athen., pag. 282 , 283, 284; Libaoius.,

La douleur de Julien pouvait venil' de son inno- ses prote»cence 5 mais son lûnocsnce paraîtra- douteuse (i j a nocence. ceux q.ui connai^ent assez le caractère général des princes pour -se méfier de leurs motifs . et de. leurs protestations. Son âme active et- véhémente était susceptible de différentes impressions , de la crainte et de Tespoir , do la reconnaissance et de la vengeance , du devoir et de Tambition , de Tamour de la gloire et de la crainte du reproche. Mais il est impossible de calculer le degré d'ipfluence que put obtenir alors chacun de ces sentimens, et de prononcer positivement sur des motifs qui échapp&ent peut-être à celui même dont ils dirigeaient ou plutôt prépipi- ^ taient les pas. La méchanceté de ses ennemis avait excité le mécontentement des soldats^ la révolte de ceux-ci était l'effet naturel de leur inquiétude et de leur ressentiment. Et, en supposant que, sous les apparences d'un hasard , Julien eût cherché à cacher

Orat, parental,, c. 44*'4^ > dans Fabricius , Siblioth. ^rœc, t. VII, pages 269-278; Ammien, xx, 4> ^t Zozime, 1. i;i, p. i5i, i52, 1 53, qui, pour le règne de Julien, semble aroir suivi rautorité plus respectable d^Ëunape. Avec de pareils guides , nous avons pu nous passer des Abrégés et de VHiitùire ecclésiastique.

(l) Eutrope, témoin irrécusable, se sert de cette expression vague, consensu militum, x, i5. Saint Grégoire de Nazianze , dont. Vignorance pourrait excuser le fanatisme , accuse Papostat de présomption , d^extravagance , et lui donne ré]pithète de rebelle impie, auOa^sia , aTrovota, oè«6s(a, •rat. 3, p> 67.

des desseins secrets, il se serait donné, sans nécessité , et probablement san9 réussir à tromper personne, tous les embarras de la plus profonde hypocVisie. Il déclara solennellement, en présence de Jupiter, du Soleil, de Mars, de Minerve et de toutes les autres divinités , que jus()u'à la fin du jour qui précéda celui de son élévation, il ignora le dessein.de Tarmée (i) , et il serait peu généreuxde révoquer en doute Fhonneur d'un héros et la véracité d'un philosophe. Cependant une conviction superstitieuse que Constance était l'ennemi des dieux dont il se flattait d'être lui-même lé favori , put le pousser à désirer , à solliciter , à hâter même l'heureux, moment de son règne marqué pour le rétablissemenjt de l'ancienne religion du genre humain. Lorsqu'il eut été averti de la conspiration , il se résigna et prit quelques instans de sommeil ; il a depuis raconté à ses amis qu'il avait vu le génie de l'empire à sa porte, demandant avec quelque impatience à entrer, et lui reprochant son défaut de courage et d'ambition (2). Surpris et agité, il s'était mis en prières 5 et le grand

(i) Juliea, ad S. P: Q. Athen,, p. 26'4* Le pieux abbé de La Bletterie ( yie de Julien, p. iSg) paraît tenté de respecter les pieuses protestations d^un païen.

(2) Ammien , xx , 5 , avec la note de Lindenbrog sur le génie de Pen^pire. Julien lui-même, dans une lettre confidentielle à Oribase, son médecin et son ami (epist, xvii , p. 384 )f P^rle d'un songe antérieur à Tévénement , et dont il fut frappé ; d'un grand arbre renversé, et d'une petite plante qui poussait en terre une racine forte et profonde. L'imàgî-

Jupiter, à qui illes adressait, lui avait sur44e-champ intimé, par un signe clair et manifeste , Tordre de se soumettre à là volonté des dieux et aux désirs de l'armée. Une conduite qui ne peyt être jugée par les maximes ordinaires de la raison excite nos soupçons, et échappe à nos recherches. Quahd l'esprit du fanatisme^ à la fois si crédule et si artificieux, s'est introduit dans une âme généreuse, il y détruit insensiblement .le germe de la vérité et de toutes les vertus.

Le nouvel empereur employa les premiers jours de son ambassoli règne à modérer le zèle de son parti , à sauver là taminopie. vie à ses ennemis (i), et.à déconcerter, en les méprisant,, les entrefprises formées contre sa personne et son pouvoir. Qiioique déterminé à conserver le titre qu'il veiiait de prendre , il aurait voulu éviter au pays qu'il gouvernait les calamités, d'une guerre civile, ne pas se commettre contre les forces supérieures de Constance, et conserver une réputation exempte du reproche d'ingratitude et de perfidie. Décoré des ornemens impériaux et environné d'une pompe militaire, il se montra dans le Ch^mp-de-Mars aux soldats, ^ui contemplèrent avec enthousiasme, dans leur em-

nation de Julien était sans doute agitée de craintes et d^espérances jusque dans son sonuneil. Zozime (1. m) a rapporté un songe postérieur.

(i) Tacite {Hist., i, 8o-85) peint éloquemment la situation dangereuse du prince d'une armée rebelle ; mais Othon était plus coupable et moins habile que Julien.

3oo HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

pereur, leur élève, leur général et leur ami. Il récapitula leurs victoires, se montra sensible à leurs peines, enflamma leurs espérances , contint leur impétuosité, et ne rompit TassemUée qu'après leur avoir fait solennellement promettre, si Temp^reur de l'Orîctnt consentait à un traité équitable, de renoncer à* toute conquête, et de se contenter de la paisible po3session des Gaules. D'après cet arrangement, il écrivit, au nom de Tarmée et au sien , une lettre adroite et modérée (i). Deux ambassadeurs, Penladius, grandmaitre des offices, et Eutherius, grand -chambellan, furent chargés de la remettre à Constance , d'examiner ses dispositions, et de rapporter sa réponse. La lettre de Julien est signée modestement du nom de César; mais il réclame positivement, quoique avec respect , la confirmation du' titre d'Auguste; et, en avouant l'irrégularité de son élection , il excuse à un certain point le mécontentement et la violence des soldats qui ont arraché son consentement. Il reconnaît la supériorité de son frère Constance, et s'engage à lui envoyer annuellement un présent -de chevaux d'Espagne, à recruter tous les ans son armée d'une troupe choisie de jeunes Barbares, et à recevoir de ^a main un préfet du prétoire d'une prudence et d'une fidélité reconnues *, inais il se réserve la nomination'

(i) A cette lettre ostensible il en ajouta, dit Ammien , de particulières , oljurgatorias et mardaces , que Thistorien n'a pas vues , qu'il n'aurait pas publiées , et qui n'ont peut-être jamais existé.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXII. 3oi

de tou§ les autres officiers civils et militaires, le commandement des armées , les revenus et la souveraineté des provinces au-delà des Alpes. Il invite Constance à consulter les lois de la justice, à se méfier des flatteurs qui ne subsistent que de la discorde des princes , et à accepter la proposition^ d'un traité honorable , également avantageux pour les peuples et pour la maison.de Constantin. Dans cette négociation, Julien ne réclamait que ce qtf il possédait d'avance. La Gaule , l'Espagne et la Bretagne , reconnaissaient , sous le nom indépendant d'Auguste , l'autorité qu'il exerçait depuis long -temps sur ces provinces , avec le titre subordonné de César. Les soldats et les peuples se félicitaient d'une révolution qui n'avait pas» même ^té teinte du Kang de ceux qui s'y étaient opposés. Florentins avait pris la fuite , Lupicinus était prisonnier-, on s'était- asâuré des personnes mal intentionnées pour le nouveau gouvernement; et les places vacantes avaient été accordées au mérite et aux talens par un prince qui méprisait les intrigues de la' cour et les clameurs des soldats (i)^ • •

De vigoureux préparatifs de guerre accompagné- ^^^"èine rent et soutinrent ses propositions de paix. Les der- . *.*.

r r ^ r cinquième

niers désordres de l'empire aidèrent à recruter et à expéditions

* au-deladu

augmenter l'armée que Julien tenait prête à. marcher. ^2^'.^^'

(i) yoyez les premières transactions de son règne, in Julian.yad S. P, Q. Athen,, p. 285, 286; Aramien, xx ^ 5, 8; Liban., Orat. parent., c. 49? 5o, p. 273-275.

5o3 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

La craelle persécution exercée contre la faction de Magnence avait formé dans la Gaule des bandes nombreuses de voleurs et de proscrits. Ils acceptèrent avec joie une amnistie générale, promise par un prince auquel ils pouvaient se fier, se soumirent à la discipline militaire , et ne retinrent de leurs fureurs qu'une haine implacable pour la personne et le gouvernement de Constance (i). Aussitôt que la saison permit à Julien d'entrer en campagne , il se mit à b tête de ses légions , jeta un pont sur le Rhin auprès de Clèves, et courut châtieT la perfidie des Attuaires, tribu des Francs,' qui avait cru pouvoir profiter des dissension^ de l'empire pour ravager impunément les frontières. La gloire et la difficulté de cette expédition consistaient dans unq marche dangereuse et pénible , et Julien fut vainqueur dès qu'il eut pénétré dans un pays que plusieurs princes avaient jugé inaccessible. Après avoir accordé la paix aux Barbares, l'empereur visita soigneusement les fojrts le long du Rhin, depuis Clèves jusqu'à Bâle, et examina avec une attention particulière les cantons d'où il avait expulsé les Allemands.* 11 passa par Besan-

(i) Liban., Oral, parent. y c. 5o,.'p. 2^5, 276. Etrange cléso{dre, puisqu'il dura pendant plus de sept ans. Dan^ les factions dés républiques grecques, les exilés montèrent au nombre de vingt mille ; et Isocrate assure sérieusement Philippe, qu'il serait plus aisé de former une armée des vagabonds, que des habitans des villes. Ployez les Essais de Hume, t. I, p. 426-427.

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çon(i) qu'ils avaient cruellement saccage , et marqua son quartier à Vienne pour l'hiver suivant. Après avoir répare les fortifications de la barrière /les Gaules, et en avoir ajouté de nouvelles*, il se flatta que les Germains seraient contenus , pendant son absence , par le souvenir de ses victoires et par la terreur de son nom. Vadomair (2) était le seul prince des Allemands qui méritât Testime de Julien , et qui pût lui donner de Tinquiétude.. Tandis que le rusé Barbare feignait d'observer fidèlement les traités , le* progrès de ses opérations militaires menaçait d'ufie guerre dont les circonstances augmentaient U danger* Dans cette situation critique, Julien ne. dédaigna point d'imiter la conduite de son ennemi. Au milieu d'une fêle où Vadomair s'était rendu imprudemment comme ami, sur l'invitation des gouverneurs romains-, il fut saisi et envoyé prisonnier dans le fond de l'Espagne. Sans attendre que les Barbares sortissent de leur étonnement, l'emperçur parut sur les bords du Rhin à la tête de^son grmée, et, après l'avoi^^ traversé, il re-

(i) Julien {epist. xxxviii, p. ^i^)àonuevLrïe description abrégée de Vesontio ou Besançon , une péniiisule pierreuse presque envîtonnée par le Doubs*, jadis ville magnifique , remplie de temples, et réduite actuellement à une petite ville qui sort de ses ruines.

(2) Vadomair entra au service des Romains , et d'un roi barbare ils firent un duc- de Phénicie. Vadomair conserva toujours la duplicité de son caractère (voyez Ammien , XXI, 4)) mais, sous le règne de Yalens, il signala sa valeur dans la guerre d'Arménie.

3o4 HISTOIRE QE LA DÉCADENCE

I nl>uvela dans leur pays lïmpressioii de terreur et de

respect quMl y avait répandue par ses quatre expë- • ditions précédentes (f). '

j Le traite Julieu avaît ordonné à ses ambassadeurs d'exécuter

j est rejeté, •

et la guerre leur commisslon avec la plus grande diligence. Mais

ueciaree* > ■

les gouverneurs d^Italie et d'IUyrie inventèrent diflTérens prétextés pour retarder leur marche. On les conduisit à petites journées de Gpnstantinoplé à Césarée en Cappadoce*, et lorsqu'ils . furent enfin admis en présence de Constance , les dépêches de ses propres i officiers Tavai^nt déjà instruit et prévenu défavora-

I blement contre Julien et contre l-armée de la Gaule.

L'empereur écouta la lecture de la lettre avec impatience , et renvoya les ambassadeurs tremblans avec indignation et avec mépris-, ses regards, ses gestes et ses discours emportés , attestaient le désordre de son âme. Le lien de famille qui aurait pu contribuer à rapprocher lë frère et le mari d'Hélène, venait d'être dissous par la mort de cette princesse : après plusieurs couches toujours fatales à ses enfans, elle venait de périr elle-même dans la dernière (a)-, et depuis

(i) Ammien, xx, i.o; xxi, 3, 4» Zozîme, liv. lu, pa^ i5.5. . .

(2) Ses restes furent envoyés à Rome, et; enterrés près de sa sœur Constantina, dans le faubourg de la.F'ia Nomentana. (Ammien , xxi , i .) Libanius a composé une apologie trèsfaible pour justifier son héros d'une accusation très -absurde , d'avoir epipoisonné sa femme , et récompensé son médecin en lui donnant les bijoux de sa mère. F^ojrez la

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la nmrt de TimpëratricQ Eusebia , qui avait conservé jusqu'au derniermoment pour Julien la tendre amitié qu'elle poussait jusqu'à la jalousie, et dont la douce iaflu^nce aurait pu modérer le ressentiment de son époux , l'empereur était abandonné à ses propres passiens et aux artifices de ses eunuques.. Mais le danger pressant xl'une invasion étrangère lui fit suspendre le châtiment de son ennemi personnel. Il continua de marcher vers les frontières de la Perse , et crut qu'il suffisait de dicter à Julien et à s.es coupables partisans les conditions qui pourraient leur, obtenir la clémence de leur souverain. Il exigeait que le présomptueux Géàar renonçât imipédiatement au titre et au rang d'Auguste^qu'il avait accepté des rebelles, et cpi'il redescendit au poste de ministre docile et aubordonné \ qu'il rendit Içs emplois civils et militaires aux officiers choisis par la cour impériale , et qu^il se fiât de sa sijireté aux assurances de pai:don qui lui seraient* donijiées par Épictète, évéque arien de la Gaule, et l'u^n des favoris de Constance. Les d^ûx empereurs^ à trois mille milles rnii de l'autre, continuèi:ent pen-

septième des dix -sept nouvelles, hàraoguesr publiées à Ye^ nise, 1754, d'après up manuscFit de la. bibliothèque dç Saint-Mare, p. 117—127. Elpidius^ le préfet du prétoire de rOrient , au témoignage duquel Taccusateur de Julien en appelle , est traité par Libauius d'efféminé et à' ingrat ; cependant saint Jérôme a loué la piété d'EIpidius (tome i*, page ?43), et Ammien a fait Téloge de son kumapité

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