IV
3d6 RISTOiaE DE LA DÉCAOENGE
dant plusieurs mois, de Paris à Antioche, une nëgo* ciation inutile, ^yant bientôt que sa respectueuse modération ne servait qu'à irriter Torgueil de son implacable rival , Julieii résplut courageusement de confier sa fortune et sa vie aux hasards d'une guerre civile. II donna une audience. publiqu| et militaire au questeur Lëonas, et on lut à, la multitude attentive la lettre impérieuse de Constance^ J ulien protesta, avec la plus flatteuse déférence, qu'il était prêt à quitter le titre d'Auguste , si ceux qu'il reconnaissait comme les auteurs dé son élévation voulaient y consentin Cette proposition, faite aveo«peu- de chaleur, fut repoussée par une clameur générale; et ces mots : t( Julien- Auguste, continuez à régner pjar la volonté dis l'année, du peuple et de l^tat que vous avez sauvés, » éclatèrent avec le bruit du tonnerre de tous^ lès points delà plaine,. et pénétrèrent de terreur le pâle ambassadeur de X^onstance. On conti^ nua la lecture de la lettre , dans laquelle l'empereur se plaignait de l'ingratitude de Julien , qu'il avait revêtu des honneurs de la pour|)re après Favoir élevé avec soin et avec tendresse, avoir protégé son enfance lorsqu'il se trouvait oTphelin et sans secours. « Orphelin i s'écria Julien, qui^ pour justifier s[a cause, se livrait à scm resse)itiment : Tassassin de mon père, de mes frérés, et de toute ma famille, me reproche que je suis resté orphelin ! 11 me force à venger des injures que je tâchais depuis long-temps d'oublier. » L'assemblée se sépara; et Léonas, qu'il av^it.étë difficile de mettre à l'abri de la fureur du peuple.
DE I.TEMPIRE ROMAIN. CHAP, XXII. Soy
retourna vers son mtiître avec une lettre, dans laquèUeJulien pçignait à Constance , avec toute l'énergie de f éloquence enflammée par la colère, les sentijmen's de haine et de mépris qu*vine dissimulation forcée, envenimait dépuiis vingt ans dans son âme. Après ce message,, qui équivalait h, la déclaration d'une guerre implacable , Julien , qui , quelques scr maines auparavant, avait célébré la fêtç de l'Épipîianie(i), déclara publiquement qu'il coïifiait le soin de sa vie aux dieu? immortels , et fenonca avec la même publicité à la religion et à l'amitié de Constance (si). '
La. situation de Julien demandait des mesurés
(i) Feriarum die quem célébrantes mense januari6\ Ckrif^ tiani Epiphauia dictitant, progressas in eorum eccle^iam, solemfiiter numine orOfto, discessit. Amni., xxi, 2. Zonare observe que c'était la fête de la Nativité ; et cette ^ssertioi^ ne contredit pas le passage préoédenf , puisque lés Églises d'Egypte , d'Asie , et peut-être delà Gaule, célébraient le >. même Jour , le 6 janvier , la nativité et le baptême de Jésus^- Cbrist. Les Romains, aussi ignoraiis que leurs confrères, de la véritable date de sa naissance , fixèrent là fête- au 7.5 décembre, les bmmalûi ou solstice d'hiver, époque à laquelle lés païens célébraient tous les aii& la nadssemce du Solcfil. Koyez Bin^bam^ Antiquités de P Église chrétienne, 1. x^9 c. 4» 6t B'eausobre, ffist» crit. du, Manichéisme y t. xi ,
p. 6go*-7oo.
(â) Le détail d^ négociations publiques et secrètes entre Constance et Julien., peut être tiré, avec quelque précaution^ ^e Julien lui-même, Orat, ad S^ P, Ç, Athen., p. 266; de Libanius, Orat, parent., c. 5i, p. 276; d'Ammien^ xx,
5o8 HISTOIRE DE LÀ DÉCADEltCE
Julien promptes et .vigoureuses. Il avait découvert, par dès
se prépare à ^' *«»«.-
attaquer lettres interceptées , que son rival , sacrifiant rintérêt
Gonstanti- , i '--i-ni
nopie. de l'Etat à celui du monarque , excitait les Barbares à envahir les provinces de FOccident. La position de d'eux magasins, l'un sur les bords du lac de Constance , et Faiilre au pied des Alpes €otti^iines , semblait indiquer la marche de ,deux armées , et six cent mille muids de -blé ou plutôtde farine contenus dans chacun de ces magasins (i), annonçaient les forces /€t le nombre effrayant des ennemis qui se préparaient à renviroriner. Mais les légions impériales étaient encore loin de la Gaule dans leurs quartiers d'Asie ; le Danube était faiblement gardé ; et , si Julien pouvait s'emparer par une incursion rapide des importantes provinces de l'IUyrie, îi y avait lieu de présiumer qu'une foule de soldats suivraient ses dra'peaux , ' et . que les riches mines d'or et d'argent de cette province l'aideraient à soutenir les frais de la guerre civile. Il convoqua ses troupes, et leur proposa cette anda* ciéuse entreprise. 11 sut leur inspirer une juste confiance en elles -mêines' et dans leur général*, les ex-
9 ; de Zozime , 1.. m , p. 1^54 ; et même de Zonare (t. ii , l^ XHi,*p. 2o, 2i,%2), qtii' semble avoir trouvé et employé dans cette occasion quelques bons matériaux.
(i) Trois cents myriades ou trois millioiis de medûnni, mesure de gi:aiï)s en usage chez les Athéniens , et qui contenait six modii romains. Julien explique en soldat et en politique le danger de sa situation , et la nécessité et Tavantage d^une guerre offensiv'e (ad S, P. Q. Âthen., p» 286-' 287).
DE L'£MPI|iE ROMAIN. GHAP. XXIL 3o^
hjDrla à soutenir, là Tiépatation qu'elles avaient acquise d'être terribles pourJes ennemis ^ douces avec leurs concitoyens, et dociles à leurs officiers. Son discours, rempli dô force, fut reçu avec les plus vives\acçlamalions \ et les mêmes troupes qui venaientde prendre les armes contre Constance, parce qu'il ^vait voulu les fdire sortir de la Gaule , déclarèrent cpiVlle^ ëtaijent prêtes à suivre Julien aux extrémités ^e VEvh roj>eon de TAsie. Les soldats firent le sermeut de fi^délité^ frappant à grand bruit sur. leurs boucliers, et tournant la pointe de leurs épées nues contre leur poitrine, ils, se dévouèrent , av^c d'horribkts imprécations, au .service du libérateur de la Gaule et du vainqueur des , Germains (i). *Get engagement solennel , qui semblait dicté par rafiection plutôt que pfar le devoir , ne rencontra , d'opposition que de la part de Nebridius, récemiîjent reçu préfet du prétoire. Ce fidèle ministre, sans autre secours que son courage, défendit les droits de Constance au milieu des armes, d'une multitude irritée , dont il aurait été la victime honorable et inutile san3 la protection de celui qu'il avait offensé. Après avoir perdu une de ses mains d'un: coup d'épée, il se prosterna aux pieds de Julien, qui le couvrit de son mantean impérial, lui sauva la vie et le renvoya cjjez lui avec moins de considération peut-être que n'en m'éritait la vertu
(i) F'o/ez sa liarangue et- la conduite d«s troupes dans Ammien , xxi ,5.
3lO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
d'un ennemi (i). Sallaste remplaça Nebridio^ dans le poste ëmitient de prëtet du prétoire; et les Gaules, soulagées dés taxes qui les accablaient , respirèrent sous Tadministration douce autaht qu'équital)le de l'ami de Julien, libre alors de pratiquer les vertus qull avait inspirées à son élève (2).
dês^borîu • * ^*^^^®^ comptait moins sur lanomb^re dé seé troupes du Rhin ea q^jjg 5^^ j^ célérité de ses mouvemens. Dans l'exécution d'une entreprise hasardeuse , ce prince n'ouUiait au<3une des précautions que la prudence pouvilit lui suggérer •, et quand la prudence ne pouvait plus rien, il se fiait du reste à sa valeur et à sa fortune.. U-aséiembla son armée et la divisa dans les environs de Bâle(3). Nevitta , général de- la cavalerie , conduisît un corps de dix mille hommes à travers le cœur deé provinces de la Rhéde et delà Norique* Une autre division,
^ (]) II. refusa durement sa main au préfet suppliant, et le fit partir pour la Toscane. Ammîen*, xxi , 5» Libânius , avec une fureur digne d'un sauvage^ insulte Ncbrîdias, approuve les soldats , et blâme presque lljumanité de Julien. Orat, pttrçntaL, c.5^ ^ f. 3i']S. * . • . (2) Amm., xXi , 8..Da])S cette promotion , Julien' obéissait à la- loi qu'il s'était publiquement imposée. Neqjie cwiUs quisquam judex, nec mÙitaris rectbr ^ alio quodam prœler inerita sujffragante , aâ^potiorem veniat gradum. Ammien, îi, 5. L'abstnce ne diminua point son estime pour Salluste, et il honora le consulat en y nommant son ami. A. D. 363. . ,' .
' (3) Ammien <Jtxi, 8) prétend qu'Alexandre et d'autres généraux célèbres se Conduisirent de .même , diaprés le même raisonnement.
DE X'EMPIRE' ROMAm. GHAP. XXII. 5l I
SOUS les ordres de Joyien et de Jovin , suivit les chemins toitueut qui tcaversenties Alpes ef les frontières septentrionales de lltàlie. Des instructions claires et précises enjoignaient à ces généraux de marcher avec diligeiilll^ et en tolonnes serrées., qui pussent toujours se changer en ordre de bataille selon les dispoâtions du terrain ; de se défendre des surprises nocturnes par des postes avancés et par des gardes vigilantes, de prévenir la résistance par une «irrivée imprévue, d'éviter par de prompts départs qu'on eût le temps de les reconnaître, de répandre l'opinion de leurs forces et la terreur du nom de Julien , ^ de joindre le plus tôt possible leur empereur sous le^ murs de Sirmiun^ Julien s'était réservé la tâche là plus difficile et la plus brillante ; suivi de trois niill^ volontaires braves et agiles , et qui avaient renoncé , comme leur chef, à tout espoir de retraite, il s'enfqnça dans l'épaisseur de 1^ forêt Marcienne qu forêt Noire,qui recèle les sources du Danube (i); et pendant bien des jours, le sort de .Julien fut ignoré de l'univers. Le secret de sa marche, sa diligence et sa vigueur, surmontèrent tous lès obstacles; Q pénétrait à travers les montagnes et les ma]:ais , s'emparait des ponts ou traversait les rivières à la nagé , et suivait toujours
(i) Ce )}ois faisait partie de la forêt Hercyniejine , qui, du temps de César, s^ étendait depuis le pays des Ravraci (Bâle) jusque dans les contrées les moins connues du Nord. f^oj, Cluvier, Germania antiqua , l, jkii ^ c. 47- •
3aa HISTOIRE DE LA DÉXADENÇE
soa chemin en ligne directe (i), sans examiner s'il traversait le. territoire des. Romains ou celui des Barbares. Il parut enfin entre tienne et Ratisbonne , dans repdroit où il se. proposait d'embarquer son armée sur le Danube. Par^un stratagème bîen-^oncerté ; il s'empara d'une flottille de brdgantins(2) qui étaient ài'ancce, et d'une provision de* vivres grossiers, mais suffisais pour satisfaire Tappétit vqrace et peu délicat d'une arméç de Gaulois qui s'abandonnèrent auda*
(i) Compare^Libanius {Orat. parent,, ç. 53, p. 278, 279) (ayec saint Grégoire de PTazîanze orat. 3, p. 68). Le saint est forcé d*admîrer lé secret et la rapidité, de cette marche. Un théologien moderne pourrait appliq]|^er à Julien des vers iai.ts. pour un autfe apostat.
. . i . . . . ^ • 1^0- eagerfy ihe fiehd f • •
0*er hogf orsteepf through strait, rough, dense., or rare, ff^ith head; hands, wings , or f cet , pursues his way,' And swimSj or sikhs , or wades, or creeps , orjlies»
Avec la même ardeur le prince des enfers Tente mille moyens , mille die^ins divera; De sea mains, de ses ^ieds<^ de sa superbe tête ^ . Il combat, il J&ranohit Touragan , la tempête, Les défiles étroits , les gorges , les yallons , L*air pesant ou léger, ou la plaine ou les monts , Les rocs , .le noir limon qu'un flot dormant détrempe , Va gueant ou nageant, court, gravît, Yole'ou-ratnpe.
Paradis perdu, liv. 11. fTrad. de Delille.)
(2) Dans cet intervalle,* la Notitia place deux ou trois flottes, la Laurlacensis àLauriacum ou Lorch , VArlapensis, la Maginensisy et fait mention à,^ cinq légions ou cohortes de Liburnarii, qui devaient, être des espèces de marins. Sect. Lyjii| édit. Labb. '
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXlf. 5i5
cieusement au cours du Danube^, La vigueur active des rameurs i aidée d*un vent favorable, porta 'la flotte à sept cents milles en onze jours (i); et Julien débarqua ses troupes à Bononià , qui n*est éloignée de Sirmium que de dix - lieuf milles , avant 'qUe les ennemis pussent avoir aucun avis cettain de son départ de la Gaule. Dans le cours de sa longue et rapide navigation, Julien ne s*écarta jamais de son objet principal; Il reçut les- députalions âe quelques villes qui s^empressèrent de mériter sa faveur par une soumission volontaire ; mais il passa devant les postes enpemis qui bordaient le Danube, sans être tenté de faire preuve d'une valeur inutile et déplafcée. Une foule de spectateurs rassemblés sur les deux bords du fleuve, contemplaient la .pompe militaire, aiitici- , paient sur la réussite de l'entreprise , et répanâaierit dans les pays voisins la gloire d'un jeune héros qui s'avançait avec une rapidité plusqu^humaine à la tête des forces innonibrablés de l'Occident. Lucilien,- général de la cavalerie , qui commandait Jeg forces militaires de rillyrie, fut alarmé et étourdi des rapports qu'il n'osait révoquer en doute , et qu'il avait cependant peine à croire. Il avait déjà pris quelques mesures lentes et incertaines pour rasseftibler ses trou-
(i) Zozime est le seul qui rapporte cette circoTi|fance intéressante. Mgmçrtin (in Paneg, vet. , xi,'6, 7, 8), qui accompagnait Julien comme comte des sacrées larg(?sseâ , décrit ce voyage d'un stylé fleuri et d'une manière pTltOFCsque y défie Triptolème, les argonautes , etc.
3l6 HISTOIRE DE tA DÉCADENCE*
avaient abandonnées reconnurent pour leurémperéur un prince qui, unissant les qualités d'un soldat à celles d'un philosophe , se faisait également admirer dans les camps sur le Danube et dans les académies de la Grèce. De son palais, ou, pour mieuic dire, de son quartier général de Sirmiumet dé Naissus, il fit distribuée dans les principales villes. de l'empire iine adroite apologie de- sa conduite, dàn^ laquelle il eut' soin d'insérer les dépêches secrètes de Cojistance , et de soumettre au jugement du public le choix de deux princes, dont l'un chassait les Barbares, tandis que l'autre les appelait (i). Julien, profondément btessq du reproche d'ingratitude , n'était pas moins empressé de défendre sa cause par la force des argumens que par celle des armés , et voulait paraître aussi supérieur par ses t^lens d'écrivain que pïir son habileté dans l'art de la guerre. Dans sa lettré adressée au sénat et au peuple d'Athènes (2), il; semblé qu'animé
(i) Julien {ad S. P. Q. Athen,, p. 286) aSîwire positiveinent qu^il intercepta les lettres de Constance aux Bsirbares; et liibanius aâirme quUl les lut aux troupes et dans lés yillvs, où i^ passait. Cependant Ammieù (x^i, 4) ^n^pioi^ l'expression du doute': SifamxB. solius admlttenda estfides. Il cite pourtant une lettre interceptée de Ya^domair à Gons- *tance , qui anx^once une correspondance intime : Omsar tuus disciplinam non habet,
(2) Zozime fait mention de ses épître^ aux Atlténiens, aux Corinthiens et ,aux Lacédémoniens. La substance de toutes était pi;obablemettt la même y quoique \ selon ceux auxquels elles étaient adressées, il pût y avioi'r quelque, différence
DE L'£MPIB£ ROMAIN. CHAP. XXII. 5lj
d'enthousiasme pour la patrie des lettres , il soumette sa conduite et ses motifb à cette nation dégénérée , avec une déférence aussi respectueuse que s'il eût plaide , du temps d'Aristide , devant le tribunal impo-' sant de Tarëopage. Sa démarche auprès àfy sénat de Rome , à qui Ton permettait encore de ratifier les élections des empereurs, était conforme aux usages de la république expirante. Tertullas, préfet de la ville , convoqua une assemblée. On lut la lettre de Julien , et comme il était pour lé moment le maître de ritalie, sa demande fut admise à l'unanimité. Mais les sénateurs n'approuvèrent pas également ses censures indirectes des innovations de Constantin , non plus que ses violentes invectives cont,re Constance. Ils s'écrièrent tout d'une voix, comme si Julien eût été présent : « Ah! respectez, de grâce, l'auteur de votr,e fortune (i). » Cette exclamation équivoque était susteptible d'être expliquée comme un reproche d'ingratitude si l'usurpateur succombait; eX, dans le cas contraire , elle pouvait signifier qu'en contribuant
dans la forme. L'Épître aux Athéniens existe encore , pag. 268^287, et nous y avoils puisé des instriïctions intéressantes. EUe a mérité les éloges de Tabbé dé La Ble^terie, Pré^ face a l'Histoire de Joçien, p. ^4 y ^^> ®t est un des meilleure manifestes qui existent dans aucuiïe langue:
(i) jiuctpri tuo, reçerentiam rogamus, Âilimien,'xxi, lo. Il est assez amusant d'examiner la conduite des sénateurs^ -qui flottai/ent entre la crainte et l'adulation. Voyez Tacite, Hist. , 1 , 85.
de guerre.
à rëlëvatioii de Julien, Constance avait suffisamment réparé toutes ses &utes.
Préparatifs Coustauce fut infoTmé de Féntreprise et des succès de Julien au moment où Is^ retraite de Sapor suspendait la guerre de Perse et permettait de s'occuper des rebelles. Déguisant Tangoisse de son âîne sous Textérieùr du mépris-, le fils de Constantin annonça son retour en Europe et le dessein dé donner la chasse à Jûlién^car cen'étâit jamais que comme d'une partie de chasse qu'il parlait de cette expédition (i)-) et quand il eu fit part à Tarmée dans le camp d'Hiérapolis , il ne fit mention que très «- légèrement du crime et de l'imprudence de Julien , et assura ses soldats que,, si les mutins de la Gaule avaient l'audace de paraître devant eux en plaine , ils ne supporteraient pas le feu de leurs yeux, et seraient renversés du seul bruit de leurs cris de gueAe. L'armée d'Orient applaudit au discours de l'empereur; et Théodote, président du conseil d'Hiérapolis , demanda avec xles larmes d'adulation que la tête du rebelle Julien devînt un des omemens de sa ville (2)» Un détachement choisi
(i) Tanquam vénuticam pratlam eaperet s hoc ênim ad leniendum' quorum metum subindè pradicohat, Ammîen , XXI, 7. '
(2) Voyez la haran^e et les préparatifs dans Ammien , XXI , I S. Le lâeli€ Théodote implora dans la sttîte et obtint son pardon de là clémence du vainqueur , qui déclara qu^A voulait diminuer le nombre de ses» ennemis , et àu^enter celui de ses amis (xxii, i4)-
DE t'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXII. 5ig '
partît dàns4es chariots de poste pour occuper, s'il en était temps encore, le passage deSucci. Le& recrues, les cheyaux, les armes et les magasins destinés pour les frontières de la Perse , forent employés contre les Gaulois; et le succès que Constance avait eu dans toutes les guerres civiles , laissa se;s courtisans ^ans inquiétude. Un magistrat tiommé Gaudentius, s' étant assuré des provinces d'Afrique au nom de Constance, arrêta les approvisionnemens destinés pour Rome,ve^ cette ville manqua de subsistances. L^embarras de Julien fut encore augmenté par un ëvéncMnept imprévu qui aurait pu avoir les suites les plus funestes. Deux légions et une cohorte d'archers., cantonnées auprès de Sirmium, s'étaient enrôlées sous ses drapeaux; mais, avec. raison, il comptait peu 9fXT la fidélité de ces troupes que l'empereur avait distinguées d'une manière particulière ; et , sous le prétexte de défendre les frontières de la Gaule , il les éloigna du théâtre d'une, guerre active, l%<pliis importante ][iour }ui. Ce petit corps d'armée avança en murmurant jusqu'aux frontières de l'Italie. Mais bientôt la crainte des fatigues d'une longue marche, celle que leur inspirait la férocité des Germains qu'ils allaient combattre, achevèrent d'aliéner les -soldats.
Excités par un de leurs tribuns , ilss'arrêtèrent à Aqùilée , et arborèrent les drapeaux de Constance sur les murs de cette ville imprenable. Julien aperçut d'un coup d'œil toute l'étendue du danger, et la nécessité 4*y remédier *avfec promplitudç, Jovin retourna par ses ordres en Italie avec une partie de l'armée ; il
' 320 . HISTOIRE DE ItA .DtCABlËÈCE
commeaça immédiaiement le siège d'Aqmlëe et ||p poursuivit avec la plus grande v*»gaeur; Mais ces légionuaires , qui avaient semblé renoncer à toute discipline j défendirent la plaqeavec autant d'habileté que de constance, invitèrent toute l'Italie à. imiter leur courage et leur fidélité^ et menacèrent de couper la retraite de JuJien s'il était forcé de céder à la supé« riorité du nombre des armées d'Orient (i). Monde Détruire ou périr, telle. était la cruelle alternative A^D^i^ qui^'offrait à l'humanité de Julien, et qu'il déplore 3 nov. gj pathétiquement. Mais il n'y fut pas» réduit , et la mort de Constance , arrivée à propos, préserva •Ferapire romain des calamités d'une guerre civile. Pressé d'^n désir de vengçance auquel ses favoris n'avaient osé s'opposer, il était parti d^Aiitioche malgré l'approche de l'hiver , avpc une petite fièvre causée sans ^ doute par l'agitation de son çsprit. Les fatigttes de la Toute l'au^entèrent, et Constance fut obligé de s'ar* réter dans la petite ville de Mopsu.crène ,. douze milles en deçà de Tarse, où il expira après une cburte maladie , dans la quarante^cinquièine année de son âge ,
(i) Ammi^n, xxi, ^,' ii, 12. Il raconte .avec une exactitude assez inutile les opérations du siège ^''^quî^^^y qui conserva dans cette occasion la réputation d'imprenable. Saint Crrégoire de Naziaifze '(prat. 3, p. 68) attribue cette révolte accidentelle à la sagesse de Constance , dont il ati'- •nohce d^avknce la victoire. Consfantio quem c^edebat procul dubio fore victorem : nemo enim omnium tùnc ab hâc con^ stanti sententiâdiscrepebat, Ammien', xxi, ^.
DE L^MPIRE ROMAIN. CHAP. XXII, 32 f
et la vingt - quatrième de son règqa (i). Son carac* tère j que nous avons suffisamment £siît connaître dans le récit des événemens civils et ecclésiastiques , était un composé de faiblesse et d'orgueil, de superatition et de cruauté. Un long abus de sa puissance en avait fait un objet redoutable aux yeux de ses contemporains \ majis comme le mérite personnel a seul le droit d'intéresser la postérité, nous nous borne-" rons à remarquer que le dernier des fils de Constantin hérita de tous les défauts de spn père sans aucun de ses talent. On dit qu'avant, de mourir il nomma Julien pour son successeur ^ et il paraîtrait assez probable que son inquiétude pour une jeune épouse qu'il aimait tendrement , et qu'il laissait enceinte , l'eût emporté, dans les derniers momens de sa vie, sur des sentimeus de haine et.de vengeance. Eusèbe et ses coupables associés firent une faible tentative pour prolonger le règne des eunuques par l'élection d'un autre empereur 5 mais leurs intrigues furent rejetées avec dédain par une armée à qui toute idée de
(i) Amraîen fait un tableau fidèle de sa mort et de son caractère (xxi, i4> 1 5, 16); on ne peut se défendre d'un sentiment de haine et de mépris en lisant la calomnie absurde de saint;, Grégoire {orat. 3, p. 68), qui accuse Julien d'avoir tramé la mort de son bienfaiteur. Le repentir que Tei^pereur montra dans le particulier , d'avoir épargné et élevé Julien (p. 69, et orat, xxi , p. 89), est assez probable, et n'est point incompatible avec, son testament verbal et public, que des raisons de prudence peuvent lui avoir dicté dans les derniers instans de sa vie. '