IV
Tandis que , dans la retraite , Julien employait son temps à s'instruire, Timpératrice , résolue d'achever sa généreuse entreprise , n'oubliait pas le soin de sa fortune. Par la mort du dernier César , Constance se trouvait chargé seul du commandement, et se sentait accablé du poids de ce vaste et puissant empire. Les plaies faites par la guerre civile n'étaient pas encore guéries ; la Gaule se trouvait inondée d^un dé^ luge ^e Barbares , et les Sarmates ne respectaient plus la barrière du Danube. Les sauvages isauriens , dont on avait laissé les ravages impunis , augmenxaUen «it taicut de nombre et d'audace. Ces brigands descenèMu». daient de leurs montagnes escarpées pour ravager les contrées adjacentes; ils avaient eu l'insolence d'assiéger, mais sans succès, l'importante ville de Séleucie, défendue par trois légions. D'un autre côté, le roi de Perse donnait en même temps des inquiétudes plus sérieuses ; enorgueilli par ses victoires , il menaçait dé nouveau les provinces de l'Asie, et la présence de l'empereur devenait également indispensable sur' les frontières orientales et sur les confins de l'Occident. Pour la première fois , Constance reconnut sincèrement que des soins si variés et si étendus étaient au-dessus de ses forces (i). En vain la voix de
sa fa^on de parler. D proteste cependant qu^il prévit dès < temps-là tous les malheurs de TEglise et de Tempire. Sali
'unum se
ce
*.y.^^Y^^^ *— -^« ...««a<^».<> «^ * ugMo^ ^K xjL^ A^empire. Saint Grégoire de Nazianze, oraU iv, p. 121 , 122.
(i) Succumbere tôt ruecessitatibus tamque crebris quod nunquam fecerat apertè démons trans, (Ammi
ipertè demonstrans. ( Ammien, 1. xv,
ses flatteurs voulut se faire entendre et lui persuader que ses yeitus toutes-puissantes , sa fortune appuyée de là faveur du ciel , continueraient à triompher de tout obstacle *, il prêta Toreihe avec complaisance aut avis d'Eusebia , qui satisfaisaient son indolence sans blesser sa vaiiitë. S'apercevant que le souvenir de Gallus donnait dqs craintes à Fempereur, cette princesse lui présentait avec adresse les caractères opposés des deux frères , • qu'on avait comparés dès leur enlance à ceux de Titus et de Domitien (i). Elle accoutumait son mari à considérer Julien eomme un jeune prince modeste et isans ambition , dont la pourpre assurerait la reconnaissance et la fidélité , et que ses .talens rendraient capable de remplir avec honneur une place au second rang, p.ù il soulagerait l'empereur d'une infinité de soins , sans jamais prétepdre à secouer Tautorité ou à obscurcirla gloire de son souverain et de son bienfaiteur. Après de longs et secrets efforts, Tascendant de Timpératrice 1^^-^ port% $ur Fopposition des eunuques favoris, et il* fut résolu que Julien irait, avec le titre de Cés^^r, gouverner les peuples au-delà des Alpes, dès qu'on aurait
c. 8. ) Il rapporte ensuite dans leurs propres termes les assurances flatteuses des courtisans.
(i) Tantàm à temperaiis morihus Juliani differens fratris, quantum interf^espasiànifiliosfiiit, Domitianumet Titum. (Ammîen, 1. jciv, c. 1 1 .) Les épreuves et réducation des deux frères eurent une si grande ressemblance , qu'elles fournissent un exemple frappant de la différence innée des ca-^. ractères.
célébré son mariage a?ec la princesse Hélène , sœor de Constance (i).
Quoique Tordre qui le rappelai! à la cour fût sans doute accompagné de quelque avertissement sur sa prochaine grandeur, Julien prit le peuple d'Atliènes pour témoin de sa douleur sincère et des larmes qu'il répandit quand on Tarradia ^ malgré lui , de sa re* traite chérie (s). U craignait pour sa vie, pour sa gloire, et même pour sa vertu. Toute sa confiance était dans la persuasion que Minerve dirigeait sans cesse sa conduite , et qu'il était sous la protection immédiate d'une légion d'anges invisibles, que cette déesse avait empruntée pour Itd au soleil et à la lune. Il n'approcha qu'avec horreur du palais de Milan ; jeune et sincère, il ne put cacher son indignation quajtid il reçut les respects perfides et serviles des as^ sassins de sa famille. Eusebia^ était enchantée d'avoir réussi dans ses bienveilUns projets. L'embrassant avec la tendresse d'une sœur, elle tâcha, par les caresses les ^lus flatteuses, de bannir ses craintes et d^ le réconcilier avec âa fortune. Mais la cérémonie de lui raser sa longue barbe, et son maintien emprunté quand il fallut troquer le manteau d'unpbilosophegrec pour Fhabit militaire. d'un prince romain , amusèrent
(i). AmmieD , 1. xv, c. Q; Zoziine, 1. m, p. 187, i38.
(2) Julien, a£^ S. P. Q. A., p. 276, 276; Libanins, orat. x, p. 268. JuHen ne Q,éda' point que les dieux ne lui eussent fait cannaître leur volonté par des visions et des présages* Sa piété lui défendit alors de leur résister.
pendant quelques jours la légèreté de la cour impériale (i).
Le& empereurs du siècle de Conslantin ne daignaient plus consulter le sénat sur le choix d'un collègue ; mais ils avaient soin de Êiire ratifier tear nomination par le consentement de Tarraée. Dans cette occasion solennelle , les gardes et Jtoutes les troupes qui étaient aux environs de Milan' parurent sous les armes ; Constancje moitta sur son triBunal , tenant par la main son cousin Julien^ qui accampli^aitée jour*là sa vingt -cinquième année (i). Dans* un discours préparé ,.dont le style noble était soutenu par la dignité du débit, l'empereur représenta le^ difFérens dangers qui menaçaient la prospéritéde ta république, la nécessité de nommer un César pour gouverner et défendre l'Occident, et son intention, de récompenser par la pourpre ,. s'ils y consentaient, les vertus qu'annonçait le neveu de Constantin. Les soldats témoignèrent leur approbation par un murmure respectueux : ils contemplèrent l'air mâle de Julien, et ils virent avec plaisir le feu de ses yeux t-empéré par la modeste rougeur qui s'élevait sur son fronts, offert
(i) Julien représente lui-même (p. 274)* d'une manière assez plaisante , les circonstances àe cette métamorphose , ses regards baissés , et son maintien embarrassé \ lorsqu^il se trouva transporté dans un monde nouveau , oii tout lui paraissait étrange et dangereux.
(2) Voyez Ammien-Marcellin ; 1. xv, c. 8; Zozime, 1. m , p. iSg-; Aureliùs-Vietor ; Victor lé jeune, in Epitom. ; Eutrope, X, 14. .
pour la première fois aux regards do monde. Dès que la cërëmonie de son investiture fut terminée , Constance, s'adressant à l;ai du ton d*autoritë que son âge et son rang loi permettaient de prendre, exhorta le nouveau César à mériter, par des exploits héroïques , ce nom immortel et sacré, et loi donna les. plus fortes assurances d^une amitié à laquelle ni le temps ni Fé- 'no^r^ loignement ne porteraient jamais atteinte. Après ce A. ^!*355 ^^^^^"^ y 1^< soldats frappèrent de leurs )K>ucliers sur 6 DOTemb. leurs genoiix , en signe d'applaudissemens (i) , et les officiers qui entouraient le tribunal exprimèrent avec une décente retenue leur estime pour le représentant de Constance.
Les deux princes retournèrent au palais dans le même char ; et pendant la marche lente de ce cortège, Julien se répétait à lui-même un vers d'Homère , son poëte &voii, qui pouvait également s'appliquer à ses craintes et à sa fortune ('a). Les vingt - quatre jours qu'il passa dans le palais de Milan après son in-
(i) MUitares omnes korrendo /ragore scuta genibus Uli^ dentés , quod est prosperitatis indicium plénum ; nam contra cùm hastis cljrpeiferiiintûr, irœ documentum est et dotons.... Ammien ajoute par une subtile distinction : Eumque, ut potiori ret/erentid seivaretur, nec suprà modum laudabant , nec injrà quàm decebat,
(a) E^aCc TTop^peoç Oavocroç xat poipa^3^arac)2. Le mot pourpre , dont Homère fait usage comme d^une épitkète vague , mais, qui servait communément à désigner la mort, fut appliqué très -justement par Julien à la nature et au motif de ses craintes.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XIX. aS
vesliture, et les premiers mois de son règne dans les Gaules , ne furent autre chose qu'une pompeuse mais sévère captivité. Les honneurs qu il avait acquis ne compensaient pas la perte de sa liberté (i). On surveillait ses pas , on interceptait sa correspondance , et il était obligé , par prudence ,. de refuser la visite de ses plus intimes amif. On ne lui laissa que quatre de ses anciens domestiquBa ; deux pages , son médecin et son bibliothécaire ; ce dernier était le gardien d'une pré*cieuse collection de livres reçus ^n présent de l'impératrice y aussi attentive à sa.tisfaire les inclinations de son ami*, qu'à défendre ses intérêts. Au lieu de ses fidèles serviteurs, sa maison fut composée convenablement à sa dignité de César, mais remplie d'une foule d'esclaves dénués et peut-être incapables d'attachement pour leur ftouveau maître , auquel ils étaient, pour la plupart ,.ou inconnus ou suspects. Son défaut d'expérience pouvait exiger un conseil d'hommes sages et intelligens; mais l'étiquette minutieuse qui réglait le service de sa table et la distribution de ses heures convenait plus à tin adolescent encore sous la discipline de ses instituteurs , qu'à un prince au-
(i) n peint de la manière la plus pathétique (p. 277) les peines cruelles dé sa nouvelle situation. Cependant sa table était servie avec tant de luxe et db profusion ,• que le jeune philosophe la rejeta avec dédain. Quàm Ugeret liheUuin assidue, quem Constantius ut prwignum ad studia mittens manu suâ conscripserat , prœlicenter disponens quid in convivio Casaris impendi dcberet, phasianum , et vuU^am et sumen exigivetuit etinferri, Ammien-Marcellin ,1. xvi, c 5.
qud OR confiait la edndiiite d^une gaerre importante . Aspirait-il à mériter Festime des peuples , U était ar* rêté par la crainte de déplaire au souverain. Les fruits de son inariage périrent par les jaloux artifices d'Eusebia (i) elle- même, -qui, en cette seule' occasion , parut oublier la sensibilité de son sexe et sa générosité ns^turelie. Le souvenir de son père et de ses firères avertissait Julien de. son propre danger, et ses craintes étaient encore augmentées par Finjuste et récente condamnation de Sylvanns. Pendant Tété' qui avait précédé l'élévation de Julien , le général Sylvanus avait été choisi pour délivrer les Gaides de Toppression des Barbares : il eut bientôt lieu de s^apercevoir que ses plus dangereux ennemis étaient restés à la cour impériale. Un -délateur adroitement perfide, soutenu par plusieurs des principaux ministres.
(i) Si nous nous rappelons que Constantin , père d^Hé— lène, était mbrt plus de dix-huit ans auparavant , dans un âge trè$-4iyancé , il paraîtra probable que la fille , quoique viei^e, n^éUiit pas fort jeune au Qioment de son mariage. Elle accoucha bientôt d^un fils , qui mourut immédiatement après être venu au monde. Quôd obstetrix , corrupta mer^ cède, mox natuniy prœsecto plus quàm corn^enerat unihilico , ntcavit. Elle accompagna Tempereur et l'impératrice dans
leur voyage à Rome , et la dernière quasitum venenum
bibere p^r fraudem Ulexit, ut quotiescunque concepisset^ immaturumrabjiceret partum. (Ammîeu, 1. xVi,c. lo.) N09 médecins décideront si un tel poison existe. Quant à moi , j'incline à croire que la méchanceté du public imputait des accidens naturels aux crimes supposés do Timpératrice Eusebia.
ayant obtenu de lui quelques lettres de recomman* dation, en effaça tout, excepte la signature , et remplit à son gré le parchemin des preuves d'un complot criminel delà plus. haute importance. L^adresse et le courage des amiis du général firent bientôt découvrir la fraude. Un conseil composé d'officiers civils et militaires reconnut publiquement Finnocence de Sylvanus , en présence de Tempereur. Mais la découverte arriva trop tard v 1^ bruit de la^^lomnie et la saisie de ses biens avaient déjà excité ce chef indigné à la révolte i^ont on Tavait si injustement accusé. Sylvanus prit la pourpre à Cologne, où était;3on quartier-général. Son activité semblait menacer d'envahir Tltalie et d'assiéger Milan. Dans cette circonstance , Ursicinns , général du même rang , regagna par une trahison la faveur qu'il avait perdue par d'éminens services rendus dans l'Orient. Feignant avec toute Vraisemblance l'indignation que pouvaient lui inspirer des injures du genre de celle qu'on avait faite à Sylvanus, il se hâta de. le joindre avec quelques cavaliers, et de trahir son crédule ami. Après un règne de vingt-huit jours , Sylvanus fut assassiné ^ et les soldats qui , sans aucune intention criminelle, avaient suivi aveuglément l'exemple de leur général, rentrèrent aussitôt dans l'obéissance (i). Les flatteurs de Constance célébrèrent la sagesse et le bonheur du prince , qui venait
(i) Ammien (xv, 5) était parfaitement informé de la conduite et du sort de Sylvanus. Il fat lui-même un de ceux qui suivirent Ursicinus dans sa dangereuse entreprise.
a8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
d'ëleindre une guerre civile sans courir le hasard d^une bataille.
Gontuoce La défeuse des frontières rhëliennes et la persëcu-
ir« h Rome. «iii».!!. • ^
A. p. 357. lion de la foi catholique retinrent Constance en Italie plus de dix«huit mois après lé départ de Julien. Avant de retourner dans TOrient, Tempereur satisfit son orgueil et sa curiosité en visitant Tancieiine capitale (i). Il alla de Milan à Rome par les voies Émiflienne et Flaminieniie \ et quand il en fut à quarante milles , ce prince , qui n*avait jamais vaincu un ennemi étranger, imita la pompe et tous les attributs d'une marche triomphale ; son brillant cortège était composé de tous les ministres de son luxe ; mais, quoiqu'en pleine paix , il était envirpnné de nombreux escadrons de ses gardes et de ses cuirassiers. Leurs étendards de soie , embossés d*or et taillés en forme de dragons , flottaient autour de l'empereur. Cons^ tance était assis seul dans un char très^élevé, incrusté d'or et de pierres précieuses. Excepté lorsqu'il baissait la tête pour passer sous la porte des villes , il affectait dans son grave maintien une roideur inflexible qui même lui donnait, pour ainsi dire, l'apparence d'une insensibilité totale. Les eunuques avaient introduit dans le palais impérial U sévère discipline
(i) Relativement aux particularités de la visite que Constance fit à Rome , vofez Ammien , 1. xvi, c. 10. Nous ajouterons seulement que Themistius fut nommé député de Gonstantinople, et que ce fut h Tocçasioii de celte cérémonie qu^il composa sa quatrièjoae harangue.
de ]a jeunesse persane , et Fempereur s*ëtait si bien conformé aux habitudes de patietv^e qui en résultent, que , pendant une marche lènte, par une chaleur insupportable , on ne le vit jamais porter ses mains à son visage , ni même tourner les yeux à droite et à gauche. Les magistrats et le sénat de Rome reçurent TempereuT, qui s'occupa avec beaucoup d'attention des différentes dignités conférées jadis par la république , et des portraits consulaires des familles distinguées. Les rues étaient bordées d'un peuple immense^ des acclamations répétées annonçaientsa joie de posséder la personne aacr^e du souverain , après en avoir été privé pendant trente-deux ans ; et Constance exprima , sur un ton de plaisanterie*, son étonnement prétendu de ce que tout le genre humain se trouvait, disait-il, réuni en un instant dans lé mente lieu. Le fils de' Constantin fut logé dans Fancien palais d'Auguste ; il présida le sénat , harangua le peuple de la tribune où Cicéron était si souvent monté , assista aux jeux du cirque avec une complaisance extraordinaire , et accepta les couronnes d'or et les panégyriques présentés par les.députés des villes principales. 11 ne resta à Rome que trente jours , qui furent employés à visiter les monumens de l'art et de la puissance répandus sur les sept cbllines et dans les vallées qui les séparent. Il admira l'imposante majesté d\} Capitole , la vaste étendue des bains de Caracalla et de Dioclétien, la sévère simplicité du Panthéon, la massive grandeur de l'amphithéâtre de Titus , IWchitecture élégante du théâtre de Pompée et du temple
de la Paix , et par-dessus tout Timposante stnicture du forum et de la colonne de Trajan ; avouant que la renommée , si sujette à inventer et à amplifier , ne vantait point assez la métropole du monde. Le voyageur qui a contemplé les ruines de Fancienne Rome , peut concevoir une idée imparfaite de Timpression que la vue de ses monumens devait faire éprouver quand ils élevaient leurs têtes superbes dans toute la splendeur de leur première beauté.
Un ouws" Constance fut si satisfait de ce voyage , qu'il eut iwrté * Fambition de faire aux Romains un présent qui per-
i Rome par , .
rortiredc- pétuât Ic souvcnir de sa reconnaissftnce et de sa ^énérosité. Sa première idée fut d'imiter la statue équestre et colossale qu^l avait vue dans le forum de Trajan ; mais quand il eut mûrement pesé les difficultés de Texécution (i) , il préféra d'embellir la ville par le don d'un obélisque d'Egypte. Dans les siècles reculés, mais déjà policés, qui semblent avoir précédé l'invention de l'écriture alphabétique , les anciens sou-
(i) Hormisdas , prince réfugié de la Perse, fit observer à Tempereur que sMI faisait construire un pareil cheval, il lui faudrait aussi une semblable écurie , faisant allusion au forum de Ttajan. On «apporte un autre bon mot d^Hormisdas. La seule chose qui lui avait déplu , disait^l , c^étaît de voir que les hommes mouraient à Rome tout comme î/flleurs. Si nous adoptons dans le texte crAmmien displi-^ cuisse y au lieu de placuisse, nous pouvons regarder cette plaisanterie comme un reproche qu^il faisait aux Romains de leur vanité. Le sens contraire serait la pensée d*un misanthrope.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XIX. 3l
verains d'Egypte élevèrent un grand nombre de ces obélisques dans les villes de Thèbes et d'Hëliopolis. Us espéraient sans doute que la simplicité de leur structure et la dureté de leur substance les mettraient à Fabri des injures du temps et dé la violence (i). Plusieurs de ces extraordinaires colonnes avaient été transpcM^tées à Rome par Auguste et par ses successeurs , comme les monumens les plus durables de leur puissance et de leur victoire (2). Mais il restait un de ceç obélisques qui , soit qu'il parût plus res-* pectable ou plus difficile à transporter, avait échappé long - temps à Forgueilieuse avidité des conquérans. Constantin , le . destinant à embellir sa nouvelle cité (3) , le fit déplacer de dessus son piédestal qui était posé devant le temple du Soleil à Héliopo-* lis, et descendre sur le Nil jusqu'à Alexandrie. La mort de Constantin suspendit l'exécution de ce projet , et son fils résolut de faire présent de cet obé-
(i) Lorsque Germanicus visita les anciens monumens de Thèbes , le plus ancien des prêtres lui expliqua le sens des hiéroglyphe^ , (Tacite, Ann,, 11 , c. 60. ) Mais il paraît probable qu'avant l'invention de Falphabet , ces signes arbitraires ou naturels servaient de caractères aux Egyptiens. y oyez Warburlon,. Législation divine de Moïse, tome m, p. 69 , îi43.
(2) Voyez Pline, Hist. nat., 1. xxxvi, c. i4, i5.
(3) Ammien— Marcellin , I. xvii , c. 4» H donne une. interprétation grecque des hiéroglyphes , et Lindenbrogius , son commentateur, ajoute .une inscription latine, qui, en vingt vers du siècle de Constance , contient une histoire abrégée de l'obélisque.
3a HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
lîsque à randeime capitale de Tempire. On conslniisit un Taisseaa d'ane grandeor et d'une force convenables pour transporter des bords du Nil à ceox da Tibre cette niasse énorme de granit , d'environ cent quinze pieds de longueur. L'obélisque de Constance fut débarqué à peu près à trois milles delà ville, et élevé, . à force d'art et de travail , dans le grand cirque de Rome (i)« Guerr* Gonstauce apprit une nouvelle alarmante qui lui QuadMet * fit quitter Rome avec précipitation. Les provinces sormatn. dlllyric étaient dans le danger le plus pressant. Les déchiremens de la guerre civile et la perte irréparable qu'avaient éprouvée les légions à la bataille de Mursa , avaient exposé ces contrées presque sans défense aux courses de la cavalerie légère des Barbares, et particulièrement aux incursions des Qaades, nation puissante et féroce, qui semblaient avoir échangé les coutupies de la Germanie contre les armes et les connaissances militaires des Sarmates, leurs alliés (a). Les garnisons de la frontière ne suffisaient pas pour
(1) Voyez Donat, Romu antiqua, 1. m, c. i4 ; l* iv, c. 12 ; et la dissertation savante , quoique obscure , de Bargaeus sur les (dN^lisques \ insérée dans le quatrième volume de Grœvius, Antiquités romaines , p. 1897-1936. Cette dissertation est dédiée au pape Sixte-Quint , qui éleva Tobélisque de Constance dans la place , en face de Péglise de Saint- Jean-de-La tran .
(2) Les événemens de, la guerre des Sarmates et des Quades sont racontés par Ammieni xvi, 10; xvii, 12, i3;