‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 24 sur 37 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

La religion de Julien. Tolérance universelle. Ce prince veut re'tablir et réfojiner le paganisme. Il essaie de reconstruire le temple de Jérusalem. ArtiGce qull mit dans sa persëcution des chrétiens. Zèle et injustice des deux partis^

Religion Ï^E tî*''^ d'apostat a terni la réputation de ^^ulien;

de Julien. ^^ j^ fanatisnie , en cherchant à obscurcir ses vertus, a exagéré la grandeur réelle et apparente de ses fautes. On le regardé , d'après d'autres préventions, comme nu moûarque philosophe, qui voulait protéger également les factions religieuses* de l'empire, et calmer la fièvre théologique dont le peuple fut saisi depuis les édits de. Dioclétien jusqu'à l'exil de saint Athanase. Un çxamen pèus approfondi de son caractère et de sa conduite donnera une opinion moins favorable d'un prince qui n'échappa point à la contagion de son siècle. Nous avons l'avantage de pouvoir cotnparer les portraits que nous ont laissés dé lui ses admirateurs les plus zélés et ses ennemis les plus ardens. Un historien judicieux et plein de candeur, qui a été le spectateur impartial de sa vie et de sa mort , raconte avec fidélité ses actions. Les déclarations publiques et particulières de l'empereur lui-même confirment le témoignage unanime de ses contemporains;

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et ses.diTers écrits annoncent la teneur uniforme de ses opinions réli^eases, sur lesquelles la politique devait lui inspirer de la réserve plutôt que de Taffec^ tation. Un dévot et sincère attachement; pour les dieux d'Athènes et de Rome formait sa passion domina nte^ Des préjugés superstitieux (i) égarèrent et corrompirent en lui les facultés d'un esprit éclairé , et des fantômes qui n'existaient que dans l'imaginalion de l'empereur, eurent une iiifïuepce réelle et pernicieuse sur le gouvernement de l'empire. Le zèle véhémentdes chrétiens, qui méprisaient le culte et qui penversaient les autels de ces divinités fabuleuses ^ le mit dans un état de guerre à mort avec une partie nombreuse de ses sujets ^ le désir de la victoire et la honte de la défaite l'excitèrent quelquefois à violer les lois dé la prudence et même celles de la justice. Le triomphe du parti qu'il abandonna et qu'il combattit, a jeté une sorte d'infamie sur son nom, et un torrent de pieuses invectives ,, dont le signal fut donné par la trompette sonore (2) de Saint Grégoire de JSa-

(i) Je transcrirai quelques expression» d^un petit discours très - religieux que composa Peçnpereur pontife sur Pimpiété d*un cynique : A)X^ o^Miç outu ^ tc todç Oeouç ire^pixa, xcu fftkui y Ttài ffeSw , xat aÇo|xat, xat ttoç»^' ait\^ç ta rocoxira irao^ft» , ocTrgp otv rtç xat ota rrpoç a^9o\»ç ^«enroraç , wpoç ^t^ao"— xa)iooç , TTpoç TTOTEpaç, TTpoç Xîî^gpiovaç. Orû^. 7, page 212. La variété et Fahondance de la Ungue grecque semblent né pas suffire à la f erreur de sa dévotion.

(2) Cet orateur , dans un passage où il déploie quelque

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zianze (i), accable aujourd'hui Tapostat qui ne put accomplir ses desseins. Le règne très -court de ce monarque actif, offre une foule d'é^énemens de na-^ ture à inspirer un grand intérêt et k mériter un détail circonstancié. Ses motifs , ses conseils et ses ac*

' tions; surtout ^ans leurs rapport^ avec Thistoire de

la religion , seront le sujet de ce chapitre.

Son éiiuca- Qn Dcut attribucr la cause de son étrange et fu-

tioii el soa ' ^ . "

apostasie, ncstc apostasic à ses premières années , durant les^ quelles il fut abandonné aux assassins 4e sa famille. Les npms de Christ et de Constance , de religion et d'esclavage , s'associèrent.alors dans son imagination, susceptible des impressions les plus vives. On confia

éloquence , beaucoup d'enthousiaWne et encore f^lus de v^t* nité , adresse son discours Hu ciel ^t à la terre., aux hommes et aux an^es , aux y i vans et aux morts , et surtout au grand Constance ( s t tiç ai(TBri<rtç , expression païenne et bizarre). IL finit en assurant positivement quUl a élevé un monument aussi durable et plus • portatif que les colonnes d^Hercule. f^oyez saint Grégoire de Mazianze, orat, 3, p. 5o; 4) P* 1^4*

(i) Voyez cette longue invective , qu^on a mal à propos divisée en deux discours , dans les ouvrages de saint Grégoire de Nazianze, t. i, p. 49-134; Paris, i63o. Elle fut publiée par saint Grégoii'e et par saint Basile , son ami ( iv, p. 1 33 ) , environ six mois après la mort de Julien , loi^sque ses restes venaient d'être portés à Tarse (iv, p. I2q). Mais Jovien étçit encorç.surle trône (m , p. 54 ; iv, p. 117). J'ai profité d'une version française, publiée à Lyon en 1735, avec des remarques.

le soin de son enfance à Eus^e, ëvéque de Nicomédie (i), et son parent da côté de sa mère; jusqu'à l'âge de vingt ans, il reçut de àes précepteurs chrétiens Féducatiou, non pas, d'un héros, mais d'un saint. L'empereur, moins jaloux des couronnes du ciel que d'un trône de ce monde , se contentait du mérite imparfait de catéchumène , tandis qu'il procurait les avantages du baptême (2)- aux neveux de Constantin (3). On les admit aux fonctions subalternes de Tordre ecclésiastique , et Julien lut publiquement les Saintes-Écritures dans l'église de Nicomédie. L^étude de la religion , .dont ces princes s'occupèrent avec assiduité, sembla produire uj»e abondante récolte des fruits de la foi et de la dévotion (4). Us

(i) NicoineificB ah pusebio' educatus episcopo, quem ge^ nere longiiis contingebat. ( Ammien , xxii ,90 Julien ne montre nulle part aucune reconnaissance pour ce prélat arien ; mais il donne dçs éloges à son précepteur P^unuque Mardônius', et il décrit son système d^éducation y qui inspira au jeune élève une admiration passionnée pour le génie, et peut-être pour la religion d^Homère. Misopogon, p. 35i , 352.

(2) Saint Grégoire de Naziaoze 9 m , p. 70. Ou reproche à Julien d*ayoir voulu effacer cette sainte marque dans le sang y peut'<etre d^une hécatombe. Baronius , AnnnU eccles., A. D. 36ï.,no« 3, 4.

(3) Julien (epist, li, page 4^4) assure les habitans d'Alexandrîe qu'il avait été chrétien jusqu^à Tâge de vingt ans. Il voulait dire sans doute un chrétien sincère.-

(4) Voyez son éducation chrétienne et mêni<ç ecclésiastique, dans les écrits de saint Grégoire (m, p. 58), dcnk ceyLX de

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