IV
avec renlhousîasme d*uii missionnaire, qoe qaand même il aurait rendu chaque individu plus opulent que Midas , et cha<|ue ville plus grande que Babylone j il ne se croirait pas le bienfaiteur du genre humain , à moins d*avoir fait cesser en même temps la révolte impie de ses sujets contre les dieux immortels (i). Un prince qui étudiait la nature humaine et qui possédait les trésors de Tempire romain , adaptait sans peine à toutes les classes de chrétiens ses argumens , ses promesses et ses récompenses (a) ; et le mérite d'une conversion bien placée suppléait, dans son esprit, aux défauts du candidat, ou même expiait le délit du criminel. Comme les armées sont Tagent le plus irrésistible de Tautorité absolue, Julien eut un ^oin particulier de corrompre la religion de ses troupes. Toutes ses mesures, si dles ne s^y prêtaient pas de bon cœur, devenaient dangereuses et inutiles \ la disposition naturelle des soldats rendit
faire des prosélytes. Le mot et Tidée paraissent être tombés en désuétude en France ; puissent^ils ne s'introduire jamais en Angleterre !
(i) Voyez les expressions énergiques qu'emploie Libanins ; c'étaient vraisemblablement celles de Julien loi— même. Orat. parent., c. 69, p. 285.
(2) Lorsque saint Grégoire de Nazianze vent faire valoir la fermeté chrétienne de son frère Gesarius , médecin de la cour impériale, il'avoue que Cesarius disputait avec un adversaire formidable. IIoXiiv sv oirXotç , xsu ftryov tv \ifrfwà ^cvorviru Dans ses invectives il accorde à peine de l'esprit et du courage à l'apostat. /
cette conquête aussi aisëe qu'elle était importante. Les légions de la Gaule se dévouèrent à la foi ainsi qu'à la fortune de leur chef victorieux , et , même avant la mort de Constance, il eut la satisfaction d'annoncer à ses amis qu'elles assistaient, avec une dévotion fervente et un appétit vorace , aux hécatombes de bœufs gras qu'il offrait continuellement dans son camp(i). Les armées de l'Orient, accoutumées à marcher sous l'étendard de la croix et sous celui de Constance , exigèrent une méthode plus adroite et plus dispendieuse. Aux fêtes solennelles , l'empereur recevait l'hommage et récompensait le mérite de ses guerriers. Les enseignes militaires de Rome et de la république environnaient son trône; on avait effacé du labarum le saint nom du Christ ; et les emblèmes de la guerre , de la majesté du prince et de la superstition païenne, se trouvaient si habilement confondus , que le sujet fidèle encourait le reproche d'idolâtrie lorsqu'il saluait respectueusement la personne ou l'image de son souverain. Tous les soldats passaient en revue, et chacun recevait de la main de Julien un don proportionné à ^on rang et à
(i) Julien, epist, 38; Ammien, xxii , 12. Adeoutindies penè singulos milites carnis distentiore saginâ victitantes incidtiiu , potûsque at^iditate correpti, humeris impositi trans-^ cuntium pcr plateas y ex publicis œdibus..,, ad sua diuersoria portarentur. Le prince dévot et Vl^istorien indigné décrivent la même scène , et les mêmes causes durent produire les mêmes effets à Antioche que 'dans lllly rie.
ses services?^ tnais on exig«îait îiupatavïint qu'il jetât des grains d'encens dans le feu qui brûlait sur Tautel. Quelques chrétiens résistèrent, d'autres se Tepentiveht^ mais le plus grand nombre, séduit par la vue de l'or, et intimidé par la présence de l'empereur, contractait l'eiigàgeraent criminel, et tontes les considérations possibles de devoir et d'intérêt assuraient pour l'avenir leur persévérânoe dans le culte des dieux. Julien-, en usant souvent de ces artifices, et en prodiguant des sommes qui auraient payé le service de la moitié des peuples de la Scy thie , obtint à son armée la protection imaginaire des dieux, et s'acquit plus réellement le ferme appui des légions romaines {i). 11 est d'ailleurs plus que vraisemblable que le rétablissement du paganisme et la faveur qu'on lui accordait firent connaître une multitude de prétendus chrétiens qui, dans des vues temporelles, s'étaient soumis à la religion du règne précédent, et retournèrent ensuite, avec la même flexibilité de conscience, au culte qu'embrassèrent les successeurs de Julien.
Ltrsjuif». Tandis que -le zélé monarque s'occupait sans relâche du rétablissement et de la propagation de la religion de ses aïeux, il forma l'extraordinaire projet de relever le temple de Jérusalem. Dans une épître
(i) Saint Grégoire, orat. 3, p..749 T^», 83-86; et Libaîiius, Orat. parent., c. 81,82, p. 3o7, 3o8. Uspi Tavmv -mv ffTTov^Vîv, oux ypvoyp.at î:).byTOv ayTi^wcGat ^.g^av. Le sophiste avoue et justiGe les dépenses de ces conversions militaires.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXIII. SSg
adressée aux Juifs.(i) disperses. dans les provinces de l'empire, il plaint leur infortune, condamne teurs oppresseurs, loue leur constance, dëclare qu'il les protégera , et se flatte de cette pieuse espérance qu'à son retour de la guerre de Perse , il lui sera permis d'adorer avec reconnaissance le Tout-Puissant dans sa sainte ville de Jeirusalem. La superstition aveugle et la servitude abjecte de ces infortunés proscrits pouvaient exciter le mépris d'un empereur philosophe : mais leur haine implacable pour les disciples du Christ leur valut l'amitié de Julien. La stérile synagogue abhorrait et enviait la fécondité de l'Église rebelle 5 le, pouvoir des Juifs n'égalait pas leur méchaneeté^ mais leurs plus graves rabbins approuvaient le meurtre secret d'un apostat (2), et leurs clameurs séditieuses avaient souvent éveillé: l'indolence des magistrats païens. Devenus, sous le règne
(i) Cette épître de Julien est la vingt-cinquième. Aide (P^enet. i49g) la traite deefyvijfftoç; mais Pétau et Spanheira^ qui sont venus après lui, font disparaître avec raison. cette flétrissure. Sozomène (1. v, c. 22) parle de celte lettre; et la teneur en est confirmée par saint Grégoire {orat, 4> p. 1 1 1 ) ,,^ et par Julien lui-même {Fragment,, p. sgS).
(2) La Misnah prononçait la peine de mort contre ceux qui abandonnaient la religion judaïque. Marsham {Canon, Chron,, p. 161 , 162, éd. in^fol, Londres, 1672) et Basnage (Hist. des Juifs , t. vin, p. 120) expliquent comment on jugeait du zèle. Constantin fit une loi pour protéger ceux des Juifs qui embrasseraient le christianisme. Cad. Thcodos. , 1. XVI, tit. 8, leg. i; Godefroy, t. vi, p. 2i5.
SgO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
de Constantin, sujets de leurs enfans révoltes, ils ne tardèrent pas à éprouver toute la dureté de la tyrannie domestique. Les princes chrétiens annulèrent peu à peu les immunités civiles que leur avait accordées ou assurées Sévère, et une émeute imprudente, qui s'éleva parmi ceux de la Palestine (i) , sembla justifier lesT vexations lucratives qu^inventèrent les évéques et les eunuques de la cour de Constance. Le patriarche juif, qui exerçait toujours une juridiction précaire, résidait à Tibérias (2); et les autres villes de la Palestine étaient habitées par les restes d'un peuple tendrement attaché à la terre promise. Mais on renouvela l'édit d'Adrien , on lui donn^ une nouvelle force ^ ils virent de loin les murs de la sainte cité profanés à leurs yeux par le triomphe de la croix et la dévotion des chrétiens (3).
Jérusalem. Jérusalcm , placéc au milieu d'un pays stérile et plein de rochers (4), renferme dans ses murs les deux montagnes de Sion et d'Acra, et forme un ovale
(i) Etintereà (durant la guerre civile de Magnence) Ju^ dœorum seditio, qui patricium nefarie in regai speciem siiS" tulerunt, oppressa. (Aurelius-Yictor, in Constantio , c. ^n,) Voyez Tillemont , Hist des Emper., t. iv, p. 879, i/i-4®*
(2) Reland décrit la ville et la synagogue de Tibérias {Palest., t. II, p. io36-io42),et sa description est curieuse.
(3) Basnage a très-bien éclair ci Pétat des Juifs soqs Constantin et ses successeurs (t. viii , c. 4? P* ^ ' 1—1 53).
(4) Reland {Palest., 1- i, p- 809, 3io; l. m , p. 838) décrit d'une manière savante et claire Jérusalem et Taspect du pays adjacent.
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d'environ trois milles d'Angleterre (i). La partie supérieure de la ville et la forteresse de David se. trouvaient au sud, sur la pente escarpée de la montagne de Sion *, au côté septentrional , les bâtimens de la ville basse se montraient sur le sommet spacieux du mont Âcra^ le temple majestueux de la nation juive couvrait une partie de la colline qu'on nommait Mpriah, et que l'industrie de l'homme avait aplanie. Après la destruction totale dû temple par les armes de Titus et d'Adrien , la charrue passa en signe d'interdiction sur le terrain sacré. La montagne de Siou fat abjkndonnée , et l'emplacement de la ville basse fut rempli par les édifices publics et privés de la colonie iËlienne , qui se répandit sur la colline adjacente du Calvaire. Des monumens d'idolâtrie souillèretit ces lieux révérés : et , soit à dessein , soit par hasard , on dédia une chapelle à Vénus , à l'endroit même qu'a-r yaient sanctifié la mort et la résurrection de Jésus^ Christ (2). Environ trois siècles après ces étranges
(i) J'ai consulté un traité rare et curieux de M. d' Anville (sur Tancienne Jérusalem; Paris ^ ^747» P- 75). La circonférence de Pancienne ville (Eusèbe , Préparation éç^angélique, 1. ix , c. 36) était dé vingt -sept stades ou deux mille cinq cent cinquante toises. Un plan levé sur les lieux n'en donne que dix-neuf cent quatre-vingts à la ville moderne. Des bornes naturelles, qu'on ne peut enlever ou qu^on ne peut confondre avec d'autres objets , en déterminent le circuit.
(2) Voyez deux passages curieux dans saint Jérôme (t. 1 , p. 102; t. VI, p. 3i5), et les nombreux détails de Tille-
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événemens, la profane chapelle de Venus fut démolie par ordre de Constantin, et le déblaiement de la terre et des pierres amassées en ce lieu découvrit au monde le saint-sépulcre. Le premier empereur chrétien éleva sur ce terrain mystique une magnifique église, et sa pieuse libéralité s'étendit sur tous les lieux qu'avait consacrés la présence des patriarches, des prophètes et du'fils de Dieu (i).
Pèlerinages. Lc désir passiouué de contempler les' monumens de notre rédemption, amenait à Jérusalem une foule successive de pèlerins qui venaient dés bords de l'océan Atlantique et des pays de l'Orient les plus éloignés (2)-, leur piété s'autorisait de l'exemple de l'impératrice Hélène , qui paraît avoir réuni la crédulité d'un âge avancé à la ferveur d'une nouvelle convertie. Les sages et les héros qui ont visité le théâtre de la sagesse et de la gloire des anciens , ont senti que le
mont {Hist, des Emp,, tom. i ,- p. Sôg; tom. n , pag. 28g- 294 , éd. 1/1^4°).
(i) Eusèbe, in Vit, Constant, ,]. iif, c. 25-47, ^*-53. L^empereur bâtit aussi des églises à Bethléem , sur la montagne des Oliviers et près du chêne de Mambre. Sandys ( Trai^els y p. 1 25-1.3.3) décrit le saint-sépulcre; Le Bruyn ( Voyage au Levant, p. 288-296) l'a dessiné avec soin.
(2) L'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem fut composé çn 333 pour l'asage des pèlerins , parmi lesquels saint Jérôme (t. I , p* 126) compte des Bretons et des Indiens. Wesseling , dans sa judicieuse et savante Préface , discute les causes de cette mode superstitieuse. Itinér., pages 537-
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génie de ces lieux les inspirait (i)-, et le chrétien qui s'agenouillait devant le saint -sépulcre attribuait la vivacité de sa foi et la ferveur de sa dévotion à l'influence plus immédiate de l'esprit ede Dieu. Le zèle, peut-être la cupidité du clergé de Jérusalem, excitait et multipliait ces utiles voyages. D'après une tradition qu'on dit incontestable, les prêtres indiquaient l'endroit où s'était passé chaque événement digne de souvenir. Us montraient les instrumens de la passion de Jésus -Christ; les clous et la lance qui avaient percé ses mains » ses pieds et son côté ^ la couronne d'épines qu'on avait placée sur sa tête; la colonne où il fut battu de verges , et particulièrement cette croix où il expira , qu'on avait tirée du milieu des décombres sous le règne de l'un des princes qui placèrent le symbole du christianisme sur la bannière des légions romaines (2). Les miracles qui semblaient nécessaires pour expliquer comment elle s'était si extraordinairement conservée et comment on l'avait
(i) Cicéron {de Finibus , t. i) a exprimé d'une manière heureuse ce sentiment commun à tous les hommes.
(2) Baronius {Annal, eccles., À D. 826, n° 4^-5o) et Tillemont {Mém, ecclés,,i, vu, p. 8—16) racontent et défendent V intention miraculeuse de la croix sous le règne de Constantin. Parmi les témoignages qu'ils produisent , les plus anciens sont ceux de Paulin , de Sulpice— Sévère , de Rufin , de saint Ambroise , et peut-être de saint Cyrille de Jérusalem. Le silence d'Eusèbe et de l'Itinéraire de Bordeaux , en éclairant ceux qui pensent , embarrasse ceux qui croient. F^oy. les Remarques judicieuses de Jortin, vol. n, p. 238-248.
dëcouverte si à propos, se propagèrent par degrés et sans opposition. L'évéque de Jérusalem avait la garde de la vraie croix; il la montrait solennellement le jour de Pâques , et la dévotion curieuse des pèlerins, que lui seul avait le droit de satisfaire, obtenait de hii de petits morceaux de ce bois qu'ils garnissaient d'or et de pierreries , et qu'ils portaient en triomphe dans leur patrie. Mais comme cette branche de commerce si lucrative se serait biientôt épuisée , on crut devoir supposer que le bois merveilleux avait une force de végétation secrète, et que sa substance, diminuée chaque jour, demeurait toujours entière (i). On serait peut-être tenté de croire que Vinfluence des lieux et la conviction d'un miracle perpéjtuel durent avoir de salutaires effets sur la morale ainsi que sur la foi du peuple. Toutefois les plus respectables des écrivains ecclésiastiques se sont vus contraints d'avouer que non -seulement on voyait dans les rues de Jérusalem le tumulte des affaires et des plaisirs (2), mais que les habitans de la cité sainte
(i) Paulin assure que cette reproduction avait lieu {épis t. 36. P^oj-ez Dupin, Biblioth. ecclés,, t. m, p. i49)' U paraît avoir déduit un fait réel d'une fleur de rhétorique de saint Cyrille. Il faut que le paêrne miracle se soit renouvelé en faveur du lait de la sainte Vierge (Erasmi Opéra, t. i , p. 778. Lugd. Baiav., n^^J ^^ Colloq. de Peregrinatione religionis ergo) j des têtes de saints, et d'autres reliques qui se trouvant multipliées dam» un si grand nombre d'églises différentes.
(2) Saint Jérôme (t. 1 , p. io3 ) , qui résidait à Bethléem ,
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étaient familiarisés avec tous les crimes , avec Fadultère, le vol, l'idolâtrie, le meurtre et l'empoisonneineiit(i). La richesse et la prééminence de l'église de Jérusalem excitèrent l'ambition des candidats à Tépiscopat, soit ariens, soit orthodoxes 5 et les Vertus de Cyrille, qu'on a depuis honoré du nom de saint, brillèrent plus dans l'exercice des fonctions de son ministère (^) que dans les moyens qu'il avait employés pour y parvenir.
L'ambition et la vanité pouvaient inspirer à Julien le désir de rendre au temple de Jérusalem (3) son antique gloire. Les chrétiens étant fermement convain-
Julîcn
essaie de re-
Lâlir le
Icmple de
Jérusalem.
village voisin , décrit la corruption de Jérusalem diaprés son expérience personnelle.
(i) Saint Grégoire de Nysse, apud Wesseling ^ p. S3q. L^épître entière, qui condamne la pratique ou Pabus des pèlerinages religieux , fait de la peine aux théologiens catholiques , tandis que les polémiques protestans la citent avec complaisance.
(2) Il abjura Tordination orthodoxe qu'il avait reçue; il officia comme diacre, et fut ordonné une seconde fois par des prêtres ariens. Mais il changea ensuite avec les temps, et eut la prudence de se conformer au symbole de Nicée. Tillemont(^em. ecclés., t. Vm), qui montre de rattachement et du respect pour.sa mémoire , a placé ses vertus dans le texte , et ses fautes dans les notes , dans une obscurité décente , à la fin du volume.
(3) Imperii sui memoriam magnitudine operum gestiens propagure, (Ammien, xxiii , i.) Le temple de Jérusalem avait été célèbre même parmi les gentils. Les païens avaient plusieurs temples daus chaque ville (on en comptait cinq à
eus qu'un arrêt de destruction avait à jamais frappé tout l'édifice de la loi de Moïse , il voulait tirer du succès de son entreprise un argument spécieux contre la foi due aux prophéties etla"véritéde la révélation (1). Le culte spirituel de la synagogue lui déplaisait-, mais il approuvait les institutions de Moïse, qui n'avait pas dédaigné d'adopter plusieurs des rites et des cérémonies de l'Egypte (2). Un polythéiste qui ne cherchait qu'à multiplier le nombre des dieux , adorait sincèrement la divinité locale et nationale des Juifs (3)-, et telle était l'avidité de Julien pour
Sichem , huit à Gaza , et quatre ceut vingt-quatre à Rome); mais la richesse et la religion du peuple juif se trouvaient concentrées dans un seul endroit.
(i) Le dernier évêque de Glocester,le savant et dogmatique Warhurton, a révélé les intentions secrètes de Julien. Il traice avec l'autorité d'un théologien les motifs et la conduite nécessaire de l'Etre suprême. Son discours , intitulé Julien (deuxième édition, Londres, i^ôi), est fortement empreint de toutes les singularités qu'on reproche à son école.
(2) Je puis me retrancher ici derrière Maimonides , Marsham, Spencer, Le Clerc, Warburton, etc. , qui ont franchement tourné en ridicule les craintes, la sottise et les mensonges de quelques théologiens superstitieux. Voyez Légation dii^ine, t. iv, p. 20 , etc.
(3) Julien {Fragment. , p. agS) la nomme respectueusement pg^aç 0goç , et il en parle ailleurs {epist. 63) avec encore plus de vénération. Il condamne doublement les chrétiens pour avoir cru et pour avoir reuoncé à la religion des Juifs. Il croit que leur Dieu est un Dieu véritable, mais toon pas le seul. Apud saint Cyrille , l. ix , p 3o5-3o6.
les sacrifices , qu'il est possible que son émulation ait été excitt5e par la piété de Salomon , qui , lors de la dédicace du temple, immola vingt -deux mille bœufs et cent vingt mille moutons (i). Ces considérations purent influer sur ses desseins -, mais la perspective d'un avantage important et immédiat ne permit pas à l'impatient monarque d'attendre l'événement éloigné et incertain de la guerre de Perse. Il résolut d'élever sans délai , sur la colline de Moriah, qui surpassait les autres en hauteur, un temple magnifique qui éclipsât la splendeur de l'église de la Résurrection, placée près de là sur le Calvaire , de créer un ordre de prêtres qui fussent intéressés à dévoiler l'artifice et à arrêter l'ambition des chrétiens leurs rivaux , et d'y établir une nombreuse colonie de Juifs dont le fanatisme opiniâtre serait toujours prêt à seconder et même à prévenir les mesures hostiles du gouvernement païen. Parmi les amis *de l'empereur, si toutefois les noms d'empereur et d'ami peuvent aller ensemble , la première place était assignée par Julien lui-même au savant et vertueux Alypius (2). Une justice rigoureuse et une mâle fer-
(i) Premier Iwre des Kois , vin, 63; second des Chroni-^ queSf VII , 5; Joscphe, Antiq. judaïq., 1. vin , c. 4 ? P* 4^'? éd. d'Havercamp. Comme le sang et la fumée de tant d'hécatombes devait être incommode , Lightfoot , rabbin chrétien , les fait disparaître au moyen d'un miracle. Le Clerc {adloc) ose douter de la fidélité des nom{>res.
(2) Julien, epist, 29, 3o. La Bletterie a négligé de traduire la seconde de ces épîtres.
meté tempéraient rhumanité d'Alypius 5 et, tandis qu'il exerçait ses talens dans Padministration de la Bretagne, il imitait dans ses compositions poétiques ]a douceur et l'harmonie des odes de Sapho. Ce ministre, à qui Julien communiquait sans réserve ses fantaisies les plus légères et ses desseins les plus graves , fut chargé de rebâtir le temple de Jérusalem et de lui rendre sa beauté primitive. Alypius demanda et obtint un ordre qui enjoignait au gouverneur de la Palestine de lui donner tous les secours possibles. Au signal donné par leur puissant libéraleur, les Juifs accoururent de toutes les provinces de l'empire sur la montagne sainte, et leur triomphe insolent alarma et irrita les chrétiens qui se trouvaient à Jérusalem. Le désir de reconstruire le temple a toujours été , depuis sa destruction , la passion dominante des enfans d'Israël. Dans ce fortuné moment, les hommes oublièrent leur avarice, et les femmes leur délicatesse. La vanité des riches se servit de bêches et de pioches d'argent, et on vit porter des décombres dans des manteaux de pourpre et de soie. Toutes les bourses s'ouvrirent-, chacun prit part à ces pieux travaux , et un peuple entier exécuta avec enthousiasme les ordres d'un grand monar-
l/cntrpprise qUC (l).
pas. Mais, dans cette occasion, les efforts réunis du
(i) Voyez le zèle et TimpatieDce des Juifs dans saint Grégoire deNazîanze, orat, 4? P- l'^î et dans Tbéodoret , 1. III, c. 20.
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pouvoir et de l'enthousiasme demeurèrent infructueux, et remplacement du temple juif, occupé aujourd'hui par. une mosquée musulmane (i) , présenta toujours l'édifiant spectacle de la ruine et de la désolation. L'absence et la mort de l'empereur , les nouvelles maximes d'un règne chrétien , expliquent peut-être l'interruption d'un ouvrage difficile , commencé seulement six mois avant la mort de Julien (2) ; mais les chrétiens devaient naturellement se flatter de la pieuse espérance que , dans cette lutte remarquable, un miracle signalé vengerait l'honneur de la religion. Des contemporains dont le témoignage est d'ailleurs imposant, attestent, avec quelques différences dans leur récit, que des tourbillons de vent et de feu renversèrent et dispersèrent les nouveaux fondemens du temple (3). Cet événement a été décrit
(i) Cette grande mosquée a été bâtie par Omar, le second calife, qui mourut A. D. 644* ^U® couvre tout le terrain de l'ancien temple des Juifs, et forme presque un carré de sept cent soixante toises , ou d'un mille romain de circonférence. Voyez la Jérusalem de d'Anville , p. 45.
(2) Ammien indique les consuls de l'année 363 , avant de rapporter les censées de Julien . Templutn., . instaurare sump^ tibus cogitabat immodicis, Warburton a le secret désir de faire remonter ce dessein plus haut ; mais il aurait dû comprendre , d'après les exemples précédens , que l'exécution d'un pareil ouvrage demandait plusieurs années.
(3) Les témoins postérieurs , Socrate , Sozomène , Théo— doret, Philostorgius , etc., ajoutent des contradictions à ce récit, plutôt qu'ils ne lui donnent un nouveau poids. Comparez les objections de Basnage ( /Tw/. des Juifs, t. viii ,
4oO HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
par saint Ambroise, évéqiie de Milan (i), dans une lettre à l'empereur Théodo&e , qui doit provoquer toute Tanimadversion des juifs 5 par l'éloquent saint Chrysostôme Qa) , qui pouvait en appeler aux souvenirs des vieillards de son église d'Antioche 5 et par saint Grégoire de Nazianze (3) , qui publia une relation du miracle avant la fin de la même. année. Le dernier déclare hardiment que les infidèles ne contestaient pas cet événement surnaturel 5 et quelque étrange que paraisse son assertion, elle est confirmée par le témoignage irrécusable d'Ara mien -Marcellin (4). Ce guerrier philosophe, qui aimait les vertus
p. 157-168) aveclesréponswdeWarburton( Julien, p. 174- 258). L'évéque a ingénieusement expliqué , par les effets naturels de Péclair, et l'exemple d'un fait semblable, les croix miraculeuses qu'on crut voir sur les vêtemens des spectateurs.
(i) Saint Ambroise, t. 11, epist. 4o, p. 94^9 édit. des bénédictins. H composa cette épître fanatique (A. D. 388) pour justifier un évêque qui avait brûlé une synagogue , et qui avait été condamné par le magistrat civil.
(2) Saint Cbrjsostôme , t. i , p. 58o , adiferfius Judœos et Génies, t. 11, p. 547 ' ^^ ^* Babilâ, édit. deMontfaucon. J'ai adopté la supposition commune et naturelle; mais le savant bénédictin qui assigne à c^s sermons la date de 383 , est persuadé qu'ils ne furent jamais prononcés.
(3) Saint Grégoire de Nazianze, orat. 4»?' no— ii3. To 5'g ouv TTgpt êoJjTov Traffi Gaupia xat od^ê TOtç aOeatç outoiç aTreorov-
(4) Ammien, xxxiii, i. Cùm itaque rei fortiter instaret Alypiits , jui^aret que prowinciœ rector, metuendi globi flam"
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXHI. ^Ol
de son maître sans adopter ses préjugés , a raconté , dans Thistoire judicieuse et pleine de candeur qu'il nous a donnée de son temps , les obstacles extraordinaires <{m arrêtèrent le i;;étab1issement du temple de Jérusalem. <c Tandis qu Alypius, dit-il , aidé du gouverneur de la province, pressait les travaux avec ardeur, de redoutables globes de feu sortirent du milieu des fondemens*, ib éclatèrent fréquemment sur les ouvriers *, ils les blessèrent , ils leur rendirent quelquefois le terrain inaccessible ^ et ce feu vainqueur continuant à s'élancer avec opiniâtreté sur les travailleurs , comme s'il eût été résolu à les éloigner , on abandonna l'entreprise. >> Une pareille autorité devrait satisfaire le croyant et étonner l'incrédule ; mais le philosophe demandera de plus le témoignage authentique d'un spectateur intelligent et impartial. Au milieu de cette crise importante, tout phénomène singulier de la nature prenait l'apparence et produisait les eifets d'un véritable prodige (i). Le
marujn, propè fundamentatrebris assultihus erumpentes fe^ c€re locum exustis aliquoties operantihus inaccessum, hoeque modo elemento destinatius repellente , cessoi^it inceptum. Wai^ burton s*efforce (p. 60-90) d*arracher un aveu du miracle de la bouche de Julien et de celle de Libanius , et il cite le témoignage d'un rabbin qui vivait au quinzième siècle. De pareilles autorités ne peuvent être admises que par un juge très-favorablement prévenu.
(i) Micfaaè'lis a donné une explication ingénieuse et assez probable de ce fait singulier, que le témoignage positif d'Ammien , contemporain et païen , ne permet guère de révo-