‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 4 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

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5o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

ëprouTa bientôt la ▼érité de cette prédiction. Lorsque l'empereur eut sobjuguë on pacifie les Barbares da Danube, il avança à marches lentes vers VOrient ; et, après avoir douloureusement contemplé les ruines encore fumantes d' Amida , il forma , avec une puissante armée , le siège de Bezabde. L'effort des plus énormes béliers fut employé contre ses murs , et la place lut réduite à la dernière extrémité : mais rien ne put vaincre le courage patient et intrépide de la garnison ; l'approche de la saison pluvieuse obligea enfin l'empereur à lever le si^e , et à se retirer honteusement dans ses quartiers d'hiver à Antioche (i). La vanité de Constance et toute l'imagination de ses courtisans étaient fort embarrassées à trouver dans la guerre de Perse la matière d'un panégyrique , tandis que Julien , à qui il avait confié les Gaules , remplissait l'univers de sa gloire 9 par le récit simple et abrégé de ses exploits.

]n%asinn de Dans l'avcugle acharnement de la discorde civile , par' lei Gonstancc avait abandonné aux Barbares de la Germanie les contrées de la Gaule qui obéissaient encore à son rival. Un nombreux essaim de Francs et d'Al*

(i) Ammien, xx, 11. Omisso vano incepto , kiematurus Antiachia redit in Sjrriam arumnosam y perpessus et ulcerum sedet atracia, diiique deflenda. C'est ainsi que Jacifaçs Gronovius a rétabli un passage obscur ; et il pense qtre cette seule correction aurait mérité une nouvelle édition de son auteur , dont on peut à présent deviner le sens. J'espérais trouver quelques nouveaux écktireiâseniens dans les recke»- (^es^ récentes du savant Kmesti. (Leipsîg, 1773. )

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lemands forent invites à passer le Rhin, par des présens , des promesses, Tespoir du pillage et le don de tontes les terres qu^ls pourraient envahir (i). Mais reitipereur, qui, dans un embarras momentané, avait eOi Fimprudence d'exciter Tavidité de ces Barbares , sentit bientôt combien il était difficile de faire renoncer des alliés si dangereux à des contrées dont on leur avait fait connaître la richesse. Peu soigneux de distinguer les sujets fidèles des révoltés , ces brigands indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tons ceux des habitans de Tempire dont ils convoitaient les possessions. Quarante-cinq cités florissantes , Tongres , Cologne, Trèveâ , Worms , Spire, Strasbourg, etc. , sans compter un beaucoup plus grand nombre d'autres villes et villages , furent ravagées et la plupart réduites en cendres. Les Barbares de la Germanie, fidèles aux usages de leurs ancêtres , ne pouvaient consentir à se vmr renfermer entre des murs ^ ils leur prodiguaient les noms odieux de sépulcres , de prisons -, et , fixant leiirs habitations indépendai^s sur les bords des rivières du Rhin , de la Meuse et de la Moselle , ne connaissaient d'autres fortifications, dans les momens.de danger, que de grands arbres renversés et jetés à la hâte au travers

(i) On peut trouver dans les ouvrages de Julien iuimême {orat. ad S. P. Q. Athcn. , p. 277) le tableau des ravage» des Germains et de la détresse des Gaules. Dans Ammien , xv , i( ; Libanius , orat: 10; Zo2Îme, 1. ni, p. i4o; Sotomène, 1. m , c. i.

(les routes qu'ils voulaient fermer. Les Allemands s'étaient fixés dans les contrées qui forment actuellement r Alsace et la Lorraine; les JFrancs occupaient rtle des Bataves et une grande partie du Brabant, connue alors sous le nom de Toxandrie (i), €ft qu'on peut regarder comme le berceau de la monarchie française (a). Des sources du Rhin jusqu'à son embouchure, les conquêtes des Germains s'étendaient vers l'ocddent de cette rivièrç environ sur quarante milles de pays occupé par des c<^iiies de leur nation et portant le même nom \ mais les pays qu'ils avaient dévastés étaient trois fois plus étendus que leurs conquêtes. Jusques à une distance beaucoup plus

(i) Ammîen (xviy 8). Ce nom semble dérivé des Toxanrdri de PUne , et on le trouve fréquemment répété dans les histoires du moyen âge. La Toxandrie était un pays de bois et de marais , qui s^étendait depuis les environs de Tongres- jusqu'au confluent du Yahal et du Rhin. Voyez Valois, Nodt, Galliar., p. 558.

(2) Le paradoxe du père Daniel , qui prétendait que les Francs n'avaient jamais obtenu d'établissement fixe sur ce coté-ci du B.bin avant le règne de Glovis , est réfuté trèssavamment ^ et avec beaucoup de bon sens , par M. Biet , qui a démontré , par une longue suite d'autorités , que. les Francs ont possédé sans interruption la Toxandrie pendant cent trente ans avant l'avènement de Glovis. La dissertation de M. Biet a été couronnée par l'académie de Sotssons, en ii^Jô , et semble avoir été préférée avec justice au discours de son célèbre concurrent , l'abbé Le Boeuf ,. antiquaire dont le nom exprime assez heureusement le genre de talent.

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éloignée , toutes les villes ouvertes des Gaulois étaient désertes, et les habitans des villes* fortes, qui, se confiant dans leurs remparts et leur vigilance , n'avaient pas abandonné leurs demeures , ne pouvaient plus recueillir de grains que sur les terfçs encloses dans Teuceinte de leurs murs.Xes légions, diminuées, sans paye et sans vivres , sans armes et saiis discipline, tremblaient à rapproche et même au seul nom des Barbares.

Ce fut dans ces temps malheureux qu'on choisit condnife

> ' . / • 1 #1* . dv Julien.

un jeune prince sans expérience pour délivrer et gouverner les provinces de la Gaule; ou plutôt, comme Julien le dit lui-même, pour y étaler la vaine image de la grandeur impériale. Son éducation scolastiqué et solitaire Tavait beaucoup plus' familiarisé avec les livres qu'avec les armes , avec les auteurs de l'antiquité qu'avec les mœurs des hommes de son siècle. Il ignorait parfaitement la science pratique de la guerre et du gouvernement. Quand il répétait gauchement quelque exercice militaire qu'il ne pouvait se dispenser d'apprendre , il s'écriait en soupirant : « 0 TIaton ! Platon ! quelle occupation pour un philosophe ! » Cependant cette philosophie spéculative, que sont trop disposés à mépriser les hommes livrés aux affaires , avait rempli Timagination de Julien des exemples les plus respectables, et son âme des préceptes les plus généreux. Elle y avait empreint Tamour de la vertu ^ le désir de la gloire et le mépris de la .mort. L'habitude de la tempérance et dé la frugalité , si recommandées dans les

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iksoleSy est bien plos essentielle encore dans la discipline sëvère d'Mn camp. Julien ne prenait de la nourriture et du sommeil que ce qu^exigeaient les besoins de la nature. Rejetant avec dédain les mets délicats destinés pour sa table , il satisfaisait son appétit avec la ration grossière que recevait le moindre des soldats. Dans la plus grande rigueur des bivers de la Gaule y il ne souffrait jamais qu'on allumât du feii dans la chambre où il couchait. Après un sommeil court et interrompu , il se levait souvent au milieu de la nuit de dessus un tapis étendu sur le plancher, soit pour une dépêche pressée , pour visiter ses rondes , on pour ménager un moment à ses études favorites (i). Les préceptes d'éloquence qu'il appliquait précédemment à des sujets de pure imaginuliony furent employés plus utilement à exciter ou à calmer les passions d'une multitude armée ; et quoique l'é- ^udit de la littérature et les habitudes de sa jeunesse l'eussent plus familiarisé avec les beauté^ de la langue grecque, il avait cependant acquis une connaissance suffisante de la langue latine (7). Julien n'ayant

(1) La vie privée de Julien dans )a Gaule et là discipline sévère à lacpielle il s^assujettit , sont rapportées par Julien lui -> même Qt par Ammten (xvi, 5), qui professe une grande estime pour cette conduite, que Julien affecte de tourner en ridicule {Misopogon, p. 240), et qui effectivement, dans un prince de la maison de Constantin, avait droit de surprendre le mondé.

(n) jéderai iaiinè quoque disserenti suffieiens sermo. Amm. , XYi , 5. Mais Julien , élevé dans les écoles de la Grèce , ne

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jamais été destiné k occ«[i^ ni la place d'un jiage ni celle d'un législateur , il est probable qu'il s'était peu attaché à Télude de la jurisprudence romaine : mais ses études philosophiques* lui avaient dopué un respect inflexible pour la justice, que tempéraient ses dispositions à la démence , la connaissance des prin* cipes'gé^raut d'évidence et d'équité, et la iacuké de démêler avee patience les questions les plus sèches et les plus embarrassantes. Le succès de ses desseins polkiques et de ses opérations militaires dépendait .des circonstances, et du génie de ceux auxquels il «avait affaire. L'homme instruit qui manque d'expérience est souvent :embi)rra$së dans l'application de la ipeilleure théorie ; ^maisU acquit cette science indispensable par la yigueur active dé son propre génie , et par la sage expérience de Salluste , officier ,d*un rang di^ngué, qui bientôt s'attacha tendrement à ^n prince si digne de son amitié , et; qui à la plus incorruptible intégrité joignait le talent de faire entendre les vérités les plus sévères ssms jamais blesser la délicatesse de l'oreille d'un souverain (i^.

regarda jamais le langage des Romains que comme un idiome vulgaire et étranger , dont seulement il pourrait être obligé de se servir en certaines occasions.

(i) Nous ignorons la place qu'occupait alors cet excellent ministre , à qui Julien donna depuis la préfecture de la Gaule. L'esprit soupçonneux de l'empereur l'engagea bientôt à rappeler Salluste; et nous avons encore un discours fait avec sensibilité , quoique d'une manière pédantesque (p. 24o-'252) y. dans lequel Julien déplore la pert^ d'un ami

Première Dès que Jolien ent revêtu la pourpre à Milan, on de"]?i?ên l^envoya ilans la Gaule avec une faible suite de trois \et GauiM. cent soixante soldats. Durant Thiver qu'il passa à Vienne dans une situation pénible et inquiétante , au milieu des ministres que Constance avait chargés de diriger la conduite de son cousin, il apprit le siège et la délivraiice d'Âutun : cette ville ancienne £t vaste , avec des murs en ruine et une garnison sans courage , fut sauvée par Tintrépidité de quelques vétérans qui reprirent les armes pour défendre leurs foyers. En partant d'Autun pour traverser les provinces gauloises , Julien saisit la première occasion de signaler son courage. A la tête d'un petit corps d'archers et de cavalerie pesante, il choisit de deux routes la plus courte , mais la plus dangereuse , et , tantôt en évitant, tantôt en repoussant les Barbares qui étaient maîtres de la campagne, il atteignit, après une marche, honorable autant qu'heureuse, le camp près de Reims , où les troupes avaient ordre de s'assembler. La présence du jeune prince -ranima le courage expirant des soldats , et ils marchèrent de Reims à la poursuite de l'ennemi avec une confiance qui pensa leur être fatale. Les Allemands , qui connaissaient parfaitement le pays , rassemblèrent leursforces dispersées , et, profitant d'une nuit obscure et pluvieuse, attaquèrent av6c impétuosité l'arrière -garde des Romains. Avant d'avoir pu réparer le désordre

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si précieux , auquel 11 se reconnaît redevable de sa réputation, f^o^ez La Blelterie , Préface delà vie de Jolien, p. 20.

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inévitable dans cette surprise , Julien perdit deux légions, qui forent taillées en pièces ^ et il apprit, par sa propre expérience , que jfM vigilance et la circo&spection sont les deux plus imporians préceptes de Tart de la guerre. Une seconde action plus lieureuse rétablit et àssufa sa réputation militaire*,' mais comme Fagilîté des Barbares.les mettait à Tabri delà poursuite , sa victoire ne fut ni sanglante ni décisive. 11 s'avança cependant jusqu'aux bords du Rhin, contempla les ruines de Cologne, se convainqiiit des difficultés de cette guerrie , ^à Fapproche de l'hivei: , se retira mécontent de la cour, de son armée, et de ses propres succès (i). La puissance do Fennemi était encore entière. A peine Julien SLVSâtnil séparé ses troupes et pris ses quartiers à Sens, dans le centre de la Gaule, qu'il fut environné et assiégé par une nombreuse armée de Germains. Réduit , dans cette extrémité, aux ressources de son propre génie, il suppléa, par sa prudente intrépidité , à la faiblesse de la ville et de la garnison-, et, après trente jours de siège , les Barbares se retirèrent irrités de leur peu de succès.

Fier et satisfait de ne devoir sa délivrance qu'à son seconde épée , Julien ne pouvait cependant sans amertume ZYÛ\f^n, se voir abandoimé et trahi de ceux qui, obligés par ^* ^•^^• les lois de l'honneur et de la fidélité à le défendre ,

(i) Ammien (xvi, 2,3) pasaît pla^ content des succès de cette première campagne que Julien lui — même, qui avoue naïvement qull n% rien ej:écuté d^important, et qu^il a été fotcé de fuir devant les ennemis.

mëditaieat peut-être secrètementja destruction. Marcellus , maître général de la cavalerie dans les Gaules, interprétait à la rigueur les ordres d'une cour ombrageuse. Indifférent à la dangerc^iae situation de Julien , il avait défendu aux troupes qu'il commandait de donner aucun secours à la ville de Sens. Si Iç César eût souffert en silence une insulte si dangereuse , sa personne et son autorité seraient devenues Tobjet du mépris général ; et si cette action criminelle n'eût pas été punie , l'empereur aurait confirmé des soupçons qu'avait troj^l^tprisés sa conduite passée envers les princes de la maison Flavienne. On rappel^ Marcellus , sans user contre lui d'aucune aur tre mesure de sévérité (i)i et le commandement de la cavalerie fut donné k Sévère , qui à la fidélité joignait la valeur et l'expérience. Capable Clément de copseiller avec respect et d'exécuter avec a^le, il se soumit sans répugnance à l'autorité suprême que, par les soins de sa protectrice Eusebia , Julien parvint enfin à obtenir sur les armées de la Gaule (a). On adopta pour la campagne suivante un plan sage

(i) Amm. , xvi, 7. Llbanius parle en des termes- plutôt avantageux que défavorables des talens militaires de Marcellus (orat. 10 , p. 272) , et Julien fait entendre que Tempereur ne Paurait pas rappelé si légèrement , s'il n'j avait pas eu à la cour d'autres griefs contre lui ( p. 278).

(2) Sefferus, non diseors , non arrogans, sed longâ mUitiœ frugalUate compertus^ eteum recta prœeuniem secuturiu , ut ducior^m mongerus miles, Amm» , xvi 9 1 1 ; Zozime , 1. m , p. i4o.

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d'opératious. Julien lai -même, à la léte du reste des vëtërans et de quelques nouvelles leyëes t]ue k cour avait permises, pënëtra hardiment dans les cantonnemens des Germains ; il rëtablit avec "soin les fortifications de Saveme,. dont k position avantageuse pouvait ëgalement arrêter les incursions et interc^ter la retraité de Tënnemi. D^un autre c6të , Barbatio , gënëral d'inianterie, s'avançait de Milan avec une' armëe de trente mille hommes , et, après avoir passe les montagnes ^ se préparait à jeter un pont sur le Rhin aux environs de Bâle. On devait s'attendre que les Allemands, serres des deux cotes par les armëes romaines , seraient bientôt forces d'évacuer les provinces de la Gaule , et s'empresseraient de marcher au secoure de leur pays natal; mais l'espoir de la campagne fut perdu par l'ineapacitë, la jalousie , ou par l'effet des instructions secrètes qu'avait reçues Barbatio , qui se comporta comme s'il eût ëtë l'ennemi du Cësar et l'allie secret des Barbares. On peut attribuer à son manque d'intelligence' militaire la facilite avec laquelle il laissa passer et repasser une troupe de bandits presque devant les portes de son camp -, mais la perfidie qui lui fit brûler un grand nombre de bateaux et toutes ses provisions superflues , dont l's^rmëe des Gaules avait le plus grand besoin, prouva évidemment ses criminelles intentions. Les Germains méprisèrent un ennemi qui semblait ne pas pouvoir ou ne pas vouloir les attaquer , et la retraite ignominieuse de Barbatio priva Julien d'un secours 6Uf lequel il avait compté* 11 se vit

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abandonné à lui - même dans une position où il ne pouvait rester sans danger, et dont il était difficile de sortir sans honte (i).

Bataille d« Les Allemands, .délivrés de la crainte d^une inva- A?D.357', sion, se préparèrent à châtier le jeune Romain qui prétendait leur disputer la possession d'un pays auquel ils avaient droit par des traités précédés de la conquête. Ils employèrent trois jours et trois nuits à transporter leur armée sur le Rhin. Le féroce Chnodomar, agitant la pesante jâveUne d^nt il s'était victorieusement servi contre le frère de Magnence, conduisait Tavant- garde des Barbares , et modérait , par son expérience , Tardeur martiale qu'il inspirait par son intrépidité (2). 11 était suivi de six autres rois , de dix princes d'extraction royale , d'une nombreuse troupe de vaillante noblesse , et de trente-cinq mille des plus braves soldats de la Germanie. La confiance qu'ils avaient en leurs propres forces , fut augmentée par la trahison d'un déserteur, qui déclara que le César occupait, avec une Ëiible armée de treize mille

(i) Relativement à la jonction projetée et non exécutée de Barbatio avec Julien , et à la retraite de ce général , vojrez Ammien^xYi, 11; et-Libanius, orat, 10, p. 273.

(a) Ammien (xvi, 12) àéerit avec son éloquence am— poulée la figure et le caractère de Chnodomar. Audax. et fidens ingenti robore lacertorum, ubi ardor prœlu sperahatur immanis, equo spumante, sublimior, erectus injaculumfor-' midandœ vastitatis, armorumque nilçre conspicuus : antea

strenuus et miles et lUUis prœter cateros ductor Decenr-

tium Casarem superaçit œquo marte congressus.

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hommes , uii poste environ à vingt - un milles de leur camp de Strasbourg. Avec ces forces inférieures , Julien résolut de chercher et d'attaquer les Barbares. Le hasard d^me action générale lui parut préférable à Tincertitude fatigantje d'une multitude de combat$ séparés, avec les différens corps de Tarihée allemande. Les Romains marchèrent serrés sur deux colonnes, la cavalerie à droite , et Tinfanterie à gauche. Le jour était $i avance quand ils aperçurent les ennemis, que Julien proposa de digérer la bataille jusqu'au lendemain, pour donner le temps aux soldats de réparer, par la nourriture et le repos , leurs forces épuisées. Cédant néaiHnoins avec répugnance à leurs clameurs^ et même à l'avis de son conseil , il exhorta ses trou^ pes à justifier par leur valeur l'indocilité de leur impatience, qui, si elles étaient vaincues, passerait pour de l'imprudence et de la présomption. Les trompettes sonnèrent , le cri de guerre fit retentir la plaine, et les deux arnl8e$ s'élancèrent Tune contre l'autre avec une égale impétuosité. Le. César, qui conduisait lui-même l'aile droite, avait mis sa confiance dans Tadresse de ses archers et dans la force massive de ses cuirassiers 5 mais ses rangs furent rompus par un mélange coç^us de cavalerie et d'infanterie légère , et il eut la douleur de voir fuir six cents (Je ses meilleurs cuirassiers (i). Julien, oubliant le soin de sa

(i) Après la bataille, Julien essaya de rétablir Tancienne discipline dans toute sa rigueur, en exposant les fuyards aux risées du camp , habillés en femmes. Ces troupes rele-

Ga HISTOIRE DB LA DtCADENCE

propre vie, se jeta aa devant d'eox, et, en leor rappehnt leur ancienne gloire , en leor peignant Tiniamie dont ils allaient se couvrir, il parvint à les rallier et à les ramener contre les ennemis victorieux. Le combat entre les deax Ugnes d'infanterie était sanglant et obsUnë. Les Germains avaient la supërio* rite de la force et de la taille; les Romains , celui de la discipline et du sang -froid : mais comme les Barbares qui combattaient sous les drapeaux de Temptre réunissaient tous ces avantages, leurs redoutables efforts , dirigés par un cbef habile , décidèrent le succès de la journée. Les Romains perdirent quatre tribuns et deux cent quarante-- trois soldats dans la mémorable bataille de Strasbourg , si glorieuse pour le jeune César (i), et si heureuse pour les provinces opprimées de la Gaule. Six mille Allemands perdirent la vie , sans compter ceux qui furent noyés dans le Rhin, ou percés de dards tandis qulls tâchaient de le passer à la nage (i). Chnodomar lui-

vèrent noblement leur honneur dans la campagne suivante. Zozîme , 1. III, p. 142.

(i) Julien lui-même {ad S, P. Q. Atken. , p. 279) parle de la bataille de Strasbourg avec cette modestie que donne le sentiment intérieur du mérite : tfULj(iva^^ ùxnt oaàM^Çj ttfbic vML i(ç u^c afixrro ri toiout^ fuixn. Zozime la compare à la victoire d^ Alexandre sur Darius , et cependant nous n*avons pu découvrir aucun de ces traits frappa ns du génie militaire d'un général*, (fui Axent Pattention de la postérité sur la conduite et le succès d'une bataille.

(2) Amniien, xvi,.i<2. Liban îus augmente de deux mille

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même fat entoure et pris avec trois de ses braves com-pagnons d'armes qui avaient fait vœu de partager le sort de leur chef, et de ne pas lui survivre. Julien le reçût avec une pompe militaire au milieu du conseil composé de ses officiers, et, lui montrant une pitié généreuse , il dissimula le mépris intérieur que lui donnait la basse soumission de son captif. Au lieu de donner le roi vaincu des Allemands en spectacle aux villes de la Gaule , le jeune César fit un l'espectueux hommage à l'empereur de ce trophée de sa victoire. Chnodomar reçut un traitement honorable -, mais Fimr patient Barbare ne put survivre long- temps à sa dé* faite, à sa captivité et à son exil'(i).

Lorsque Julien eut repoussé les Allemands des juiien provinces du Haut^Rhin, il tourna ses armes contre leTîvanrs les Francs, situés plus près de l'Océan sur les confins de la Gaule et de la Germanie , que leur nombre et plus encore leur valeur intrépide faisaient considérer

subj ugue es Francs.

le nombre des morts (orat. lo, p. 274); mai^ ces faibles différences sont peu de chose en comparaison de soixante mille Barbares que Zozime sacrifie à la gloire de son héros (1. in y p. i40' Nous pourrions acëuser de cette extravagance la négligence des copistes , si cet historien crédule ou partial n'avait pas converti Parmée dès Allemands , qui n'é« tait que de .trente-cinq mille comhattans , en une multitude innombrable de Barbares , irknQaç onntpoy pap6apb>y. Nous serions coupables , d'après cette découverte , de donner trop légèrement notre confiance à de semblables récits* ^i) Ammien, xvi , 12; Libanius,- ôrat, 10, p. 2^6.

comme ks plus formidables des Barbares (i). Quoiqu'ils se laissassent aller volontiers à Tattrait du pillage, ils aimaient la guerre pour la guerre*, ils la regardaient com.me Tbônneur et la fëlicitë suprême du genre humain. Leurs âmes et leurs corps étaient si parfaitement endurcis par une activité continuelle , que, selon la vive expression d'un orateur, les neiges de Thiver avaient autant de charmes pour ^ux que les fleui's du printemps. Dans le mois ébb décembre qui suivit la bataille de Strasbourg, Julien, attaqua six cents guerriers de cette nation , qui s'étaient jetés dans deux châteaux sur la Meuse (2). Au milieu ,de cette dure saison, ils soutinrent avec une constance indomptable un siège de cinquante- quatre jours. Épuisés par ja faim , et convaincus que la vigilance avec laquelle l'ennemi rompait les glaces de la rivière ne leur laissait aucun espoir de s'échapper, les Francs consentirent, pour la première fois, à déroger à l'ancienne loi qui leur ordonnait de vaincre ou de mourir. Julien envoya immédiatement ses captifs à la cour de Constance^ l'empereur les accepta comme

(i) Libanius {orat. 3, p. 157) donne un tableau trèspiquant des moeurs des Francs.

(2) Amroîen, xvii, 2; Libanius,- orat. 10, p. 278. L'orateur grec , interprétant mal un passage de Julien , représente les Francs comme une troupe de mille combattans; et comme il avait la tête' remplie de la guerre du Pélopo— nèse , il les compare aux Lacédémoniens qui furent assiégés et pris dans Tîle de Spbactérie.

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un présent précieux (i), et se réjouit de pouvoir ajouter cette troupe de hérosàTélite deà gardes de son palais. La résistance/opiniâtre de cette poignée de.Francs fit prévoir à Julien les difficultés de Texpédîtion qu'il se proposait d'^entreprendre, au commencemeot du printemps ^ contre le corps entier de la naliçn. Sa rapide diligence surprit et déconcerta Tactivîté des Barbares-, orclonnant à ses soldats de s rapprovisionner de biscuit f^our vingt jours, il vint soudainement placer son camp ^auprès de Tongres, taa4is que les ennemis le croyaient encore à Paris dans ses quartiers d'hiver , et dans Tattente des convois qui ' arrivaient lentement de l'Aquitaine. Sans donner aux Francs le temps de se réunir ni de délibérer^ il étendit sagçment ses légiops depuis Cologne jusqu'à l'Océan^ et, par la terreur autant que par Je succès de ses armes , il réduisit bientôt les tribus sup^ pliantes à implorer la clémence et à subir la loi de leur vainqueur. Les Ghamaviens se jr«tir^rent docile^ ment dans leurs anciennes habitations au - delà du Rhin 9 mais on permit aux Saliens de conserver leur nouvel établissement dans la Toxandrie, comme su-

(i) Julien, ad S. P. Q. Athen., p. 280; Libanîus, orat. 10, page 2>^8. Selon l^expression de Libanîus, Fempereur ^pâ wfùjMÛC/t , ce que La Bletterie ( F^ie de Julien, p. i iS) regarde comme un aveu géncreux ; et Yalois {ad Ammian. , XVII, 2), comme un vil dé.tour pour obscurcir la vérKé. Dom Bouquet {Hist, de France, t. i, p^ 7 33), en substituant u*i mot evo^i9e , évite la difliculté en Hétruisant le sens du passage. • *

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