CHAPITRE XX
Les motifs, les progrés et les effets de la cooTersion de Coiistântin. Ktablisseraent légal et constitation de l'Église chrëtieniie oa catholique.
L^ÉTABLissEMEriT publicde la foi chrétienne peut être regardé comme une de ces importantes révolutions intérieures qui excitent la curiosité la plus vive , et qui offrentla plus utile instruction. L'état de TEurope ne se ressent plus de Tinfluence des victoires et de la politique de Constantin, mais une portion considérable du globe conserve les impressions qu'elle a reçues par la conversion de cet empereur 5 et les institutions ecclésiastiques de son règne sonf encore liées, par une chaîne indissoluble, avec les opinions , les passions et les intérêts de la génération présente.
En réfléchissant sur un sujet que Ton peut discuter paie de i;f avec impartialité , mais qu on ne peut examiner avec <ie indifférence, il s'élève d'abord une difficulté d'une espèce singulière, celle de fixer l'époque réelle et précise de la conversion de Constantin. L'éloquent Lactance ; au milieu de la cour impériale (i), paraît
(i) La date des Institutions diuines de Laciance a été savamment discutée; on a proposé les difficultés et les solu-
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impatient d'annoncer au monde le glorieux exemple do souverain des Gaules , qui , dès lés premiers jours de son règne « reconnut et adora la majesté du vrai et seul Dieu de Tuiiivers (i). Le savant JEusèbe attribue la foi de Constantin au signe miraculeux qu'il aperçut dans le ciel lorsqu'il préparait son expédition d'ItalieX^). L'historien Zozime assure malicieusement que l'empereur avait trempé ses mains d^s le sang de son fils aîné, avant de renoncer publiquement aux dieux de Rome et de ses ancêtres (3), Constantin
tlouSy et imaginé Texpédient de deux éditions originales, Tune publiée durant la persécution de Dioclétien , et Tautrc pendant la persécution de Licinius. Voyez Dufresnoi, P/vface, p. 5; Tillemont, Mém. eceUs,, tome vi, p. 4^5-470} Lardner, Crédibilité, etc., part. a,. tome vu, 78-86. Quant à moi , je suis presque convaincu que Lactance a dédîé ses Institutions au souverain de la Gaule, dans le temps ou Galère , Maximin et même Licinius , persécutèrent les chrétiens, c^est-à-dire , entre les années 3o6 et 3ii.
(i) Lactance, </fVm. Instit,, 1. i, vit, 27. Le premier et le plus important de ces passages est omis à la vérité dans vingtr-buit manuscrits } mais il se trouve dans dlx-fie«f. Si ^nous.balanqons Fautorité respective de ces manuscrits, nous pouvons citer en faveur du passage un manuscrit^de neuf cents ans , qui est dans la bibliothèque du roi de France ; mais ce même passage ne se trouve point dans le manuscrit correct de Bologne , que le père Montfaiicon suppose écrit dans le sixième ou septième siècle ( Z)ûin<M» italic. , p. 4^)- La plupart des éditeurs , excepté Isée , ont reconnu lé style de Lactance. Voyez Lactance , éd. Dufresnoi , t. i , p. 596.
(2) EuSèbe, in vit» Constant,, 1. i, c. 27-32.
(3) Zozime, 1. 11, p. 104.
a donné liep lui- même, par sa condoite, aux doutes que font nsutre ces différentes autorités. Selon Ja rigueur du langage ecclésiastique, le premier des empereurs chrétiens ne mérita ce nom qu au moment de sa mort , puisque ce fut dajis sa dernière maladie que*, comme catéchumène , il reçut l'imposition des mains (t), et qu'on Fadmit ensuite au nombre des fidàles par la cérémonie initiatoîre du baptême (^î)! Le christianisipe de Constantin doit être pris dans-un sens plus yagu^ et moins rigoureux f et Ton a besoin de la plus sévère attention pour silivre le fil des gra* dations lentes et presque imperceptibles qui ont con-' duit le monarque à se déclarer le protecteur , et enfin
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(î) On observait toujours cette cérémonie en faisant un catéchumène. Voyez les Antiquités deBinghfim, 1. x, c. i, p. 4 19 9 àova Chardon, ffist, des Sacremens, t. i , p. fiz; et (Constantin sy sonmit i^ourlà première fois, immédiatement avant son baptême et sa mort. Ëusèbe , in vit. Constant. ^ 1. IV, c. 61. D'après la liaison de ces deux faits, Valois (ad ioc. Euseb. ) tire une conclusion que Tillemont adqiet avec répugnance (/^lJ^ des Emper. , t. iv,p. 6a8); etMosheim la réfute par 'des argumens très «faibles, p. 968.
(a) Eusèbe , in vit. Constant. ,1. iv , c. 61 , 62 , 63. La légende du baptême de Constantin à Rome , treize ans avant sa mort , a été fabriquée dans le huitième siècle , pour servir de^ motif à sa donatièn. Tel a été le progrès graduel des luy mièi^ss , qu'une histoire que le cardinal fiaronius n'a pas eu honte d'affirmer {Annal, ecclés. , A. D. 824 i n°* 4^-49) > passe aujourd'hui po*ur peu certaine , mêine dans l'enceinte du "Vatican. Vojrezles Antiquités chrétiennes , t. 11, p. 232. Cet ouvragé a été publié à Romenvec six approbations dans l'année 1751 , par le père Mamachi , savant dominicain.
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le prosélyte de FÉglise. Il lui &llut du temps pour renoncer aux habittides et aux préjugés de son éducation , pour reconnaître la divine toute-puissance du Christ , et pour comprendre que la vérité de sa révélation était incompatible avec le culte des dieux. La peine qu'il eut sans doute à vaincre ses pttxpres sentimens, lui apprit à préparer avec circonspection l'imporlant changement du culte national , et il découvrit insensiblement ses nouvelles^ opinions à mesure qu'il vit plus de jour à leur donner deFinfluence et de Tautorité. Pendant tout le cours de son règne ia foi chrétienne se répandit par. une progression douce, quoique accélérée -, mais elle fîit quelquefois passagèrement arrêtée dans sa marche, et quelquefois détournée de sa tendance générale ^^ par des circonstances politiques, par là prudence , et peut-être par le caprice du souverain. Il permettait à ses différens ministres d'annoncer ses ordres dans le style qui convenait le mieux à leurs principes (i); et il balançait avec art les craintes et les espérances de ses sujets , en .publiant dans la même année deux édits, dont Tun recommandait d'observer solennellement le di-
lA*.
(f) Le questeur-Du secrétaire qui a rédigé la loi du Code Théodosien, fait dire à son maître avec indi£féreiice i^ltorminibus supradictœ retigionis (xvi, t. 2, leg. i ). Le ministre des affaires ecclésiastiques écrivait d^un stjle plus respectueux et .plus dévot : tuç cvOsai^ou xae aycttrarqc xaO^kniç OpKowaç 'y le Ugalet très-saint culte catholique. Voy. £usèbc , Hist.eccUsiast, , 1. x , <;. 6.
DE L*EMPIRE ROMAIN. CMAF. XX. 8l
maiiche(i) , tandis cfae l'autre ordonnait de consulter régulièrement les aruspices (2). Incerlains dans l'atr tente de cette importante révolution y les chrétiens et les païens examinaient la conduite de Conslantiti avec une égale anxiété, mais avec des dispositions bien différentes : les uns, par zèle et par vanité, exagéraient les marques qu'ils recevaient de sa faveur et les témoignages de sa foi ; les autres, au contraire, jusqu'au moment où leurs craintes se changèrent en désespoir et en ressentiment, tâehèreiit de cacher au public et de se dissimuler à eux-mêmes que les dieux, de Rome ne pouvaient plu« compter le chef de Fempire au nombre de leurs adorateurs. Conduits par des passions et des préjugés de la même nature , les écrivains du temps , selon le parti qu^ils suivaieiit , ont fixé la profession de foi de Constantin à la plus brillante ou h la plus honteuse -époque de son règne.
Quelques indices que les discours ou les actions sapersiuson de Constantin aient pu donner de sa piété chré- ffsuniin*. tienne, il n'en persévéra pas moins jusqu'à l'âge d'environ quarante ans dans la pratique de l'an-
(i) Cod. Theod, ,1. li , tit. 8 , leg. i ; code de Just, , 1. m , tlt. 12, leg. 3. Constantin appelle le jùur du Seigneur dies SoHs. Ce no'm ne pouvait pas blesser Foreille de ses sujets païens.
(2) Cod. Theod., 1. xvi, tît; 10, Teg. i. Godefroy , en qualité de commentateur, tâche (tome vi, p. 257 ) d'excuser Constantin ; msfis Baronius , plus zélé ( Annal, ecclesiast. , A. D. 321, n* 18), blâme avec justice et sévérité cette conduite profane.