‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 7 sur 37 · IV. ' G · texte numérisé non relu

IV. ' G

oieune religiofi (i); et la conduite qui 9 dans la cour de Nicomëdie, avait pu être lootivëe par ses .craiâtes, * devait être regardée dans le souverain des Gaules comme Teffet de son penchant ou de sa politique. Il rétablit les temples des dieux , et les enrichit de ses libéralités. Les médailles frappées daus les monnaies impériales étaient toujours empreintes des figures et des attributs de Jupiter et d'Apollon, d'Hercule et de Mars ; et sa piété filiale augmenta^ le conseil de rOly mpe par Fapothéose solennelle de son père Constance (a). Mais Constantin avait une dévotion particulière pour le génie du Soleil , rApoUon/^de la mythologie grecque et romaii^e. Il aimait à sç voir représenter avec les symboles du dieu de la lumière et de la poésie. Les flèches redoutables de cette divinité , le feu dç ses regards ^ $a couronne de lauriers, sa beauté immortelle, et ,1a noble élégance de sesat*tributs , semblaient la désigner pour le protecteur d'un jeune héros. Les autels d'ÂpoUon furent souvent

(i)'Tbéodoret (1. i, c. 18) insinue qu^Hélène fit élever son fils dans la religion chrétienne ; mais nous pouvons certifier , d^apicéç Pautorité: plus respectable d^Eusèbe ( in svit. Constant., 1. m, c. 47)> (|u^Hélène elle-même n^ent connaissance du christianisme que par les soins de Gon^ tantin.

(2) Voyez les médailles dç. Constantin dans Ducange et Banduri. Gomme peu de villes avaient conservé le privilège d^avoir un coin particulier, presque tontes les médailles sortaient de la monnaie qui était immédiatement sous Tautorité impériale.

ip^

DE L'EMPIBfi ROMAW. CHAP. XX. 85

couveillK lies offrandes votives de Constanlin% Là multitude crédale se- laissait persuader que Tempereiir avait ea rhonneur de contempler la majestë ^visible de ce dieu tufëlaire, et que, soit éveille, soit dans les visioHS d'un songe, il en avait reçu Theuréux présage d'un règne long et victorieux. On adorait universellement le Soleil comme le guide et le protecteur invincible de Constantin *, et les païens pou* vaient raisonnablemept croire que le dieu outragé poursuivrait de son implacâUe vengeance Tingratitilde et rimpiété de son favori (i).

Tant que Constantin n'eut dans les Gaules qu'un. Constantin pofuvoir limité, ses sujets chrétiens furent protégés ^7hJLnr

de

par l'autorité, et peut* être par les lois d'un prince laCauie.

qui laissait sagement aux dieux le soin de venger leur 3o6 Si'a. injure. Si nous pouvons en croire Constantin lui-même, il avait été témoin, avec indignation, des horribles cruautés exercées par les soldats roumains sur des citoyens dont la religion faisait.tout le crime (2). Dans l'Orient et dans l'Occident , il avait été à même

(i) Le panégyrîc[ue d^Eumène (vu, interPanegyr. vet.)^ qui fut prononcé peu de mois ayant la guerre d^Italie , contient une foule de preuves incontestables de la superstition païenne de Constantin , et de»sa vénération particulière pour Apollon on le Soleil, à laquelle Julien fait allusion {Orat. 7, p. 228, ofTO^TTO» <ny f^oyezXes Commentaires deSpanheim sur les Césars , p. 817.

(2) Constantin., orat. ad sanctos , c. 25; mais il serait faeile de prouver que le traducteur grec a amplifié le sens d« Toriginal latin ; et Tempereur , dans sa vieillesse , pouvait

de connaître les différons effets de rinda]§||iee et de la sëvërité. L'eitémple de Galère, son implacable émiemi, lui rendait la dérnièçe plus odieuse, et il était invité à la première par l'autorité de $on père ^ qui, au moment de sa mort, lui en avait récommandé l'imitation. Le fils de Constance suspendit immédiatement ou annula les édits de persécution 5 tous ceur qui «'étaient déjà déclarés membres de4'Églifie obtinrent le libre ex^rciqe de leurs cérémonies religieuses -, et ils eurent bientôt lieu de compter également sur la faveur et sur la justice de leur souverain, qui commençait à sentir secrètement un tesp'ect sincère pour le nom de Christet pour le<lieu des chrétiens (i).- Édit Environ cinq mois après la conquête de l'Italie ,

\. D."' l'empereur fit de ses sentimens une déclaration sor lennelle et authentiqua par le fameux édit de Milan ^ qui rendit la paix à l'Église catholique. Dans l'entrevue des deux princes de l'Occident , Constantin^ par l'ascendant de sa puissance et de sori {^énie, obtint l'approbation .de Licinius-, leurs noms et leur autorité réunis désarmèrent la fureur de Maximin ^ et , après la mort du tyran de l'Orient , l'édit de Milan

3i3 , mars.

se rappeler, la persécution de Dioclétien avec une horreur plus vive qu'il ne Tavait sentie lorsqu'il était jeune et pro» fessait encore le paganisme.

(i) F'ojrez ^M&èhe ^ Hùt. ecclés., 1. vin,,i3; L 1^,9; et dans la f^iede Canstantin , 1. i, ci 6, 17; Lactaace, dii^in. Instit., 1. I ; CaecUius, de Mort, pers., c/25.

DE L'EMPIRE RaWLAIN. CHAP. X%. 85

fut reconnu pour une loi fondamentale dans tout le monde romain (t). La sagesse des deux empereurs pouTTut à la restitution des droits civils et religieux dont on avait si injustement prive les chrëtiens. On ordonna que sans discussion, sans délais et sans frais, ils seraient remis en pleine possession de leurs ëgli* ses et des terres qui leur avaient été confisquées. Cette injonction rigoureuse fut adoucie par la promesse d'indemniser, du trésor impëlrial , ceux d'entre • les acquéreurs qui auraient payé ces objets à leur valeur réelle. Les sages réglemens relatifs à la future tranquillité des fidèles, sont fondés sur les grands principes d'une tolérance égale pour tous •, et cette égalité devait être regardée, par une secte nouvelle, Gomûie une distinction avantageuse et honorable. Les deiKX empereurs déclarent à l'univers qu'ils at;cor-. deniraux chrétiens et à tous autres la liberté de suivre et de professer la religion qu'ils préfèrent , que leur cœur leur dicte , ou qu'ils trouvent plus conforme à leur inclination. Ils expliquent soigneusement tous les mots susceptibles .d'ambiguité ,. rejettent toute exception^ et d-donnent aux gouverneurs des provinces de se conformer strictement au sens clair et simple-de l'édit, par lequel ils prétendent étabtr et assurer , sans aucune restriction , les droits de la

(i) Gaecilius {de Mort, persec, c. 48) a conservé Toriginal latin , et Eusèhe (Hist. ecclés, , l. x ^ c. 5) a doAné une traduction greccru^ de cet édit perpétuel , qui renvoie à des réglemejis piforvisoites.

liberté religieuse. Ils daignent s^expliqàer sur les deux puissans motifs de cette tolérance universelle , le désir bienfaisant de rendre îe peuple heureux et tranquille , et le pieux espoir d'apaiser par cette conduite et de rendre propice la cUwriité qui siège dans

le ciel. Les empereurs déclarent avec reconnaissance qu'ils ont déjà reçu des preuves signalées de la faveur divine , et espèrent que la mêtne Providence continuera d'assurer , par sa protection , la prospérité du prince et des sujets de l'empire* Ces expressions vagues de piété donnent lieu à trois suppositions, qui, bien que d'une nature bien différente , ne sont pas incompatibles. L'esprit de Constantin flottait peutêtre encore entre la religion païenne et celle des chrétiens. En suivant les complaisantes opinions du polythéisme , il pouvait reconnaître le dieù des duré* tiens pour Y une des nombreuses divinités qui composaient la hiérarchie céleste , ou peut - être adoptait-il cette idél philosophique et séduisante que, malgré la différence des noms , des rites et des cérémonies , tous les hommes adressent également leur hommage au père et au créateur unique dé l'univers (i).

Mais les résolutions des prittcess sont plus ordinai-

(i) Un panégyrique de Constantin , prononcé sept ou kuîtmoid après Tédit de Milan (voj-, Godefroy, -Ckronolog. Legum, p., 7 ; et Tillemont , Hist. des Emper., t. iv, p. 246) , se sert de Texpréssion suivante et remarquable : Summe remm sator, cujus tôt nomma sunt, quot linguas genlium

rement dirigées par des avantages temporels ^ue par des considérations abstraites sur des ventes spéculatives 5 et Ton peut raisonnablement croire que l'estime de Constantin pour le caractère moral des chrétiens, et la persuasion où il était que la propagation de l'Évangile amènerait l'exercice de toutes les vertus , servirent bientôt J^augmenter la faveur qu'il accordait à ses prosélytes. Quelque liberté qu'un mo-, narque absolu puisse se permettre dans sa conduite , quelque indulgence qu'il veuille conserver pour ses propres passions,* il est évidemment de son intérêt d'iiîspirer à tous ses sujets une respectueuse obéissance pour les lois naturelles et pour les engagemens civils de la société. Mais l'influence des meilleures lois est faible et précaire 5 elles inspirent rarement la vertu , elles n'aitêtent pas toujours le vice. Leur autô'rité ne. s'étend pas à prohiber tout ce qu'elles condamnent, et elles ne peuventpas toujours punir les actions qu'elles ont prohibées. Les législateurs de l'antiquité avaient appelé à leur secours la puissance de l'éducation et de l'opinion ; mais tous les principes qui avaient jadis maintenu la grandeur et la pureté de Sparte et de Rome , s'étaient anéantis depuis long- ^ temps dans la décadence d'un empire despotique. La philosophie exerçait encore son doux empire sur

esse volùisti, quem enlin te ipse dicl velis , s cire non possu-^ mus, (Pan^yr. vet. , ix, 26.) En rendant compte des progrès de Constantin dans la foi chrétienne , Mosbeim (p. 97 î , etc. ) est ingénieux , subtil et prolixe. ►

les esprits ; mais la cause de la vertu tirait un faible secours de la superstition des païens. Dans ces circonstances décourageantes, un sage magistrat pouvait voir avec plaisir le progrès d'une religion qui répandait parmi ^es peuples une morale pure , bienfaisante, applicable à tous le^ devoirs et à toutes les conditions de la vie, prescrite comme la volonté suprême de la Divinité, et soutenue par Tattentedes récompenses ou des châtimens éternels. L'histoire des Grecs et d^ Romains ne pouvait apprendre à l'univers à -quel point la révélation divine influerait sur la réforme des mœurs nationales-, etConstantin pouvait prétei^cpiel^ que attention et quelque- confiance aux assurances flatteuses et raisonnables de Lactance. Cet éloquent apologiste paraissait convaincu , et osait presque promettra que l'établissement de la foi chrétienne ramènerait l'innocence et la félicité du premier âge^ qne 1-e culte du vrai Dieu anéantirait les guerres et les dissensions parmi les hoiQmes, qui se régarderaient tous comme les enfans d'un niéme père ; .que tout désir impur, toute passion haineuse ou personnelle, seraient contenus par la connaissance de l'Évangile 5 et que les magistrats n'auraient plus besoin du glaive delajustice chez un peuple dont la sincérité, l'équité, la piété, la modération^ la concorde et une bienveillance universelle , dirigeraient tous les sentira ei|j|(i).

(1) y oyez l'élégante description de Lactance {dwin, Ins^ tit. , y , 8. ) Il est beaucoup plus clair et plus affirmatif quUl ne convient à la discrétion d'un prophète.

passive.

, L'obëis^anc&passive, qui plie sans rësi^tajace sous le Théorie

"1 11 . / : A 1 1* . ®t pratique

joug de 1 autorité et même de ioppression ,.parut sans d^obéissance doute à un monarque absolu la plus utile, et la plus estimable des vertus ëvangéliques (i). Les premiers chrétiens ne croyaient pas que l'institution primitive du gouvernement civil eût été fondée sur le conseûtement des peuples -, ils attribuaient son origijie aux décrets de la Providence. Quoique l'empereur régnant eût usurpé le sceptre parle meurtre et par la perfidie, il prit immédiatement le titre sçicré de lieutenai^t de la Divinité, 11 ne devait compte qu'à elle de l'abus de sa puissance, ef. ses sujets se trouvaient indissoluble^ ment liés, par levir serment de fidélité, à un tyran qui avait violé les loi» sociales et celles de la nature. Les humbles chrétiens étaient envoyés dans ce monde comme des brebis au milieu des loups ; et puisqu'il leur était défendu d'employer la violence, même pour la défense de leur religion , il leur ^tait encore moins permis de répandre le sang humain pour la conservation de vains privilèges, ou pour les misérables intérêts d'une vie transitoire. Fidèles à la doctrine de l'apôtre qui prêchait , pendant le règne de Néron, une soumission aveugle, les chrétiens des trois premiers siècles ne souillèrent* la pureté de leur conscience^ ni par des révoltes , ni par des conspirations,

(i) Le système pdlitique des* chrétiens est expliqué par Grotius, de Jurej^i et pacis, 1. i , c. 3, 4- Grotius était républicain et exi]é; mais la douce\ir dé son caractère le disposait à soutenir Pautorité établie.

et ils soaflHrent les plus craelles persëcntions sans essayer de s'en défendre en prenant les armes contre leurs tyrans , ou de les éviter en fuyant dans quelque coin reculé du globe (i). On a &it une comparaison odieuse de la conduite opposée à celle des premiers chrétiens qu*ont tenue les protestans (i) de la France, de FAUemagne et de T Angleterre , quand ils ont dé- ^du avec intrépidité leur liberté civile et religieuse* Peut-être, au lieu de reproches, devrait-on quelques louanges à la supériorité d'esprit et de courage de nos ancêtres , pour avoir senti les premiers que la .religion ne peut pas anéantir les droits inaliénables de la nature humaine (3). Peut-^étre faudrait- il attribuer la patience de la primiiiVe Église autant à sa faiblesse qu'à sa vertu. Une secte composée de plé-

(i) Tertuliien , Apolog., c. 32, 34» 35, 36. tamen nun' « quam Albiniani, nec Nigriani, vel Cassiani im^eniri poiuerunt Chris tiani. Ad Scapulam , c. 2. Si cette assertion est strictement rrale , elle exclut les chrétiens de ce siècle de tons les emplois ci?ib et militaires , qui poirraîent les fon^ à servir activement leurs gouvememens respectif». VoytiL les ouvrages de Mojle, t. ii, p. 349*

(2) Voyez Tadroit Bossuet {^HisU desvanatwfH des Eglises protestantes, t. m, p. 2io*>258), et le malicieux Bajle , t. II , p. 620. Je nomme Bayle , parce qu'il est certainement Fauteur de VAi^is q,ux Réfugiés. Consultez le Dictionnaire . critique dé Ghauffepié, t. i, part, n^ jp- i4^*

(3) Buchanan est le premier, ou au moins le plus célèbre des réformateurs , qui ait justifié la théof îe de la résistance. Vojr, son dialogue tie Jure regni apudScotos, t. il, p. 28-3o, edit,foL Auddiman.

bâens timides , sans chefis , sans armes et sans places fortes , aurait ëlë iuévitafaiement détruite, s'ils avaient hasarde une imprudente et inutile résistance contre le maître dés légions romaines ; mais les chrétiens , soit qu'ils cherchassent à calmer la colère de Ejtioclé* tien on à obtenir la faveur de Constantiti , pouvaient avancer, avec la confiance qufe dotine la véritéi^ qu'ils regardaient l'obéissance passive tomme un de* voir, et que pendant trois siècles leur conduite avait été conforme à leurs principes. Us pouvaient ajouter que le trône des Césars deviendrait inébranlable , si tous leurs sujets , en recevant la foi chrétienne , ap^ prenaient à souffrir ainsi qu'à -obéir.

Dans l'ordre habituel de la Providence fies princes Droit dmn et les tyrans sont considérés comme les ministres du consuatm. ciel, chargés par lui de conduire ou de châtier les nations ; mais l'histoire sacrée prouve , par un grand nombre d'exemples fametix , que la .Divinité a souvent interposé son autorité d'une manière plus im* médiate en &veur de son peuple chéri. Elle a remis le sceptre^t l'épée dans les mains de Moïse , dé Josué, de Gë||ébn, de David et des Machabées *, les vertus de ces héros furent ou le motif ou l'effet de la faveur divine. Leurs victoires avaient pour objet d'accom-r plir.la délivrance ou le triomphe de l'Église. Si les juges d'Israël étaient dès magistrats passagers, les rois de Juda tiraient de l'onction royale de leur grand aïeul un droit héréditaire et indélébile , qui ne pouvait être effacé ni par leurs, propres vices ni par le caprice de leurs sijyets. Cette même Providence

ga HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

extraordinaire , qui n'éuit plus circonscrite dans les limites étroites de la Jadëe, pouyatt choisir Constantin et sa famille pour les protecteurs du monde chrétien, et le dévot Lactance annonce d'un ton prophétique la gloire future , la longueur et Funiversalité de son règne (i). Galère et Maximin, Licinius etMaxence, pii:tag^rent avec le' favori du ciel les provinces* de Tempire *, la mort tragique de Galère et de Maximin satisfit biëntât le ressentiment des chrétiens , et remplit leurs plus confiantes espérances. Les succès de Constantin contre Licinius et Maxence le débarrassèrent <le deux puissans compétiteurs , qui retardaient le triomphe du second David; et sa cause semblait avoir droit aux secours particuliers de la Providence. Les vices du tyran tles Romains dégradaient la pourpre et la nature humaine ; quoique les chrétiens semblassent obtenir momentanément sa Êtveur , ils n'en étaient pas moins exposés*, comme le reste de ses sujets, aux effets.de son extravagante et capricieuse cruauté. La conduite de Licinius découvrit promptement la répugnance avec laquelle il avait adopté les sages et pacifiques dispositions de Tédit de Mîltn. 11 défendit dans ses États la convocation des synodes provinciaux ) il renvoya ignominieusement tous ceux de ses officiers qui professaient la foi chrétienne ^ et quoiqu'il évitât le crime ou plutôt le danger d'une

(i) Lactance, dwin. Itut. , 1. i, c. i. Eusèbe, dans 'sou histoire, dans sa vie eldan^s ses harangues , târhe continuellement de prouver le droit divirt de Constantin iVrcmj|irc.

DE L'EMPIRÉ ROMAIN. CHAP. XX. qS

persécution i^^énérale, ses vexations partielles n'en étaient pas moins une odiejuse infraction d'un engagement solennel et volontaire (r). Tandis que TOrient, selon l'énergique expression d'Eusèbe, était enveloppé dans les ombres de J'obsçurité infernale , les rayons favorables d'une lumière céleste éclairaient et éçhaaifaient 1q3 heureuses contrées de l'Occident. La piété de Constantin était regardée comme une preuve incontestable de la justice de sa cause , et l'usage qu'il fit de la victoire déinontra facilement aux chrér tiens que leur héros était conduit et protégé par le Dieu des armées. La conquête de l'Italie amena un édit général de tolérance ; et ,. dès que }a défaite de Licinius eut donné à Constantin la souveraineté enr tière de l'empire, il e^orta tous ses sujets, par des lettres circulaires , ^ imiter sans délai l'exemple de leur souverain . et à recevoir les divines vérités de la foi chrétienne (;^. • •

. La persuasion où étaient les chrétiens que Ja gloire Fideiu^ de Constantin servait d'instrument aux décrets de la " pru " Providence, imprimait dans leur imagination deux idées qui,^ar des moyens très-différens, servaient également à faire réussir la prophétie. Leur fidélité active et pleine de zèle épuisait en sa faveur toutes

(i) Nous n^avons qu^une connaissance imparfaite de la persécution de Licinius , tirée d^Eusèb'e { Hist. ecclésiast. , \. X, c. 8 y yU. Const,, L I , c. 49, 56 ; 1. li, c. 1,2). Aure^ liu9-Yictor parle en général de sa cruauté.

(2) Eusèbe j in vit. Constant., 1. 11 , c. 24, 4^,, 4^, 60.

g4 HISTOIRE DE LA DÉGADERCE

les resaonrces de Ftndustrie hamaine ; et Us étaient intimeinent convaincus que le ciel seconderait Icnrs constans efibrts par uq secours miraculeux. Les ennemis de Constantin ont atigbuë à des motifs intéressés FaUiance qu^ifforma «insensiblement arec TÉglise catholique, et qui semble avoir contribué aux succès de son ambition. Au commencement du quatrième siècle j les chrétiens composaient encore un bien petit nombre relatrvem^it à la population de l'empire ; mais parmi d|ss peuples dégénérés, qui regardaient la chute ou Télévatiou d*un nouveau maître avec une indifférence d'esclaves, le courage et l'union d*nn parti religieux pouvaient contribuer aux succès da chef auquel ses adhérens dévouaient , par principes de conscience, leur fortune e^leur vie (i). Constantin avait appris , par l'exemple de son père , à estimer et à récompenser le mérite des chrétiens ; et dans la distribution des offices publics, iU avait l'avantage d'affermir son gouvernement par le choix de ministres et de généraux sur la fidélité desquels il pouvait justement se reposer avec une confiance sans réserre.

(i) Au commencement du dernier siècle , les papistes de TAngleterre ne composaient qu'aune trentième partie , et les protestans de la (rance ne formaient qae la quinzième partie des grandes nations pour lesquelles leur puissance et leur courage étaient un continuel objet de crainte. Voyez les Relations que Bentiroglio, alors nonce à Bruxelles, et de* puis cardinal , a envoyées à Rome. {Relmone, t. n , p. ai i- 241.) BentiToglib était extct et bien informé ; mais il est un peu partial.

DE L'EMPII^Ë ROMAIN. CfiAP. XX. ^5

L'influence de missionnaires si distingues devait mul^ tiplier les prosélytes de la nouvelle doctrine à la cour et dans les armées. Les Barbares de la Germanie, qui remplissaient les rangs des légions , acquiesçaient sans résistance et par pure indifférence à la religion de leur commandant; et on peut ralsonnablllîment supposer que quand elle^ passèrent les Alpes, un grand nombre de soldats avaient déjà consacré leur épée au service du Christ et de Constantin (i). fe'habitude générale et le z^le de la religion diminuèrent insensiblement Thorreur que les chrétiens avaTent si long -temps conservé^ pour la guerre et pour Teffusion du. sang. Dans les conciles qui s'assemblèrent sous ia protection bienveillante de Constantin , les évéques ratifièrent, par leur autorité, l'obligation du serment militaire, et infligèrent la peine d'excommunication aux soldats qui quittaient leurs ^rmes durant la paix de l'Église (^i). En même temps que Conjstantin augmentait dans ses États le nombre et le zèle de ses fidèles partisans , il se procurait une facr^ tioii puissante dans les provinces qui obéissaient en- .

(i) Cette hiditférence des Germain^ se manifeste dans rhistoire de la conversion de toutes leurs tribus Les légions 4e Constantin étaient recrutées de Germains (Zozime, 1. n, p. 86) , et la cour même de son père avait, été rempjie de chrétiens. Voyez le premier livre de la Vie de Constantin, par Eusèbe.-

(^) De his qui arma projiciuht ,ùi pace ; plaçait eos absti^ nere-à oammunione. (Qoncile d^ Arles, canon m.) Les plus sa vans critiques rapportent ces mc^s à la paix de UEgUse,

g6 UISTOIRE DE LA DÉCADENCE

core à ses rivaux. Une méfiance et on mécontentement secrets se répandaient parmi les sujets chrétiens de Maxenoe et de Licinius ; le ressentiment que ce dernier ne cberéha point à cacher., tie servit qii*à augmenter leur attachement pour son compétiteur. La correspondance régulière qu^entretenaient les évéques des provinces les plus éloignées , leur donnait la facilité de se communiquer leurs désirs et leurs desseins , et de faire passer sans danger des avis utiles ou des contributions pieuses à Constantin , qui avait déclaré publiquement qu*il ne prenait les armes que pour la liberté de l'Église (i). «

L'enthousiasme des troupes , que Tempèreur partageait peut-être , animait leur courage et satisfaisait leur conscience. Elles marchaient au combat , convaincues que ce Dieu qui avait ouvert un passage aux Israélites h travers les eaux dii Jourdain, qui avait fait tomber les murs de Jéricho au son des trompettes de Josué , déploierait sa puissance et sa majesté visible en faveur de Constantin. Tous les témoignages

(i) Eusèbe considère toujours la seconde guerre civile contre Licinius comme une sorte de croisade religieuse. Diaprés l'invitation du tyran, quelques officiers chrétiens avaient reifris leurs échàrpes , on ^ en d'autres termes, étaient Centrés dans le service militaire. Leur conduite a été cen* surée par le douzième canon du concile de Nicée , si Toi. peut s'en rapporter à cette interprétation particulière , ai lieu du sens obscur- et géuéral des traducteurs grecs SSalsa mon, Zonare et Alexis Aristène. yojrez Boveridgc, PanUed eccles, grœc, t. i , p. 72^ t. 11, p. 78, note.

de Thistoire ecclésiastique se rassemblent pour affirmer que ces espérances furent justifiées par le miracle frappant auquel on attribue unanimement la conversion du premier empereur chrétien. La cause réelle ou imaginaire de cet événement demande et mérite toute l'attention de la postérité^ 3e tâcherai d'apprécier impartialement la vision de Constantin, en considérant l'un après l'autre l'étendard, le songe et le signe céleste , en séparant l'historique , le naturel et le merveilleux confondus avec tant d'art dans cette histoire extraordinaire, pour en composer le brillant et fragile édifice d'une preuve spécieuse.

i^ L'instrument d'un supplice que l'on n'infligeait LeUbarnm qu'aux esclaves et aux étrangers , était devenu un étendard de objet d'horreur pour les citoyens de Rome; et à l'idée d'une croix était inséparablement liée celle de crime, de souffrance et d'ignominie (1). La piété de Constantin plutôt que son humanité abolit dans ses États le supplice que le Sauveur du monde avait

(i) Nomen ipsum crucîs ahsit non modo à corpore cmum romanomm, sed etiam à cogitatione, oculîs, auribus, (Gicéron, pro Rabirioy c. 5.) Les écrîvaips du christianisTne , saint Justûi , Minutius-!Félix , TertuUien , saint Jérôme , et Maxime de Turin , ont cherché avec assez de succès la figure ou la forme de la croix dans presque tons les objets de la nature et de Part , dans Fintersection de Téquateur et du méridien , dans le visage humain, dans un oiseau qui vole, dans un homme qui nage, dans un mât de vaisseau et. sa vergue, dans une charrue , dans un étendard , etc. Voyez Lipse ,•£/« Cruce, 1. I, c. 9.

Page 1