IV. y
gS HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
daigné soaflfrir (i). Mais il fallait qn^il fût parvenu i^ vaincre les préjugés de sa propre éducation , et à mépriser ceux de ses sujets , quand it fit élever au milieu de Rome sa statue portant une croix dans la main droite , avec une inscription qui attribuait sa victoire et la délivrance de Rome à la vertu de ce signe salutaire , le véritable symbole de la forcé et de la valeur (a). L'empereur sanctifia, parce même symbole, les armes de ses soldats. La croix brillait sur leur casque. Elle était gravée sur leurs boucliers et tissue dans leurs étendards. Les emblèmes sacrés dont Tempereur se décorait lui-même, n'étaient distingués que par le fini du travail et par la richesse des omemens (3). Le principal étendard qoi attestait le triom-
(i) f^ojrcz Aurelius-Viclor, qui regarde celte loi comme une preuve de la piétc de Constantin. Un ëdit si honorable pour le christianisme méritait de tenir une place dans le Gode de Théodose , au lieu d^étre cité d'une manière indirecte, et simplement par Tallusion qui semble résulter de la comparaison des cinquième et dix -huitième titres du neuvième livrc;^
(2) Eusèbe, in Vit, Constant., 1. i, c. 4^. Cette statue, on du moins la croix et Tinscription , peuvent être attribuées avec plus de probabilité à la seconde ou même à la troisième visite que ConAantin fit k Rome immédiatement après la défaite de Maxence. L^esprit des sénateurs et celui du penpie n'étaient pas encore suffisamment disposés à recevoir un pareil monument. "■ • • ^
(3) y4gnoscaa regina libens mea signa necesse est y ^ In quibus effigie* crircis aut gemmata refuiget ,
Aut longis soitdo ex aun^ prœferlur in haslis. Hoc signo invictu* ^ transmissis Alpibtis uftor
phe de la croix , éJiBÎi connu sous la dénomination de labarum (i), nom fameux, mais dont le sens est inconnu , et dont on a cherché vainement l'étymo- Ipgie dans presque toutes les langues du monde. Le labarum est dépeint comme une longue piqueP croisée par une barre transversale {^). Sur l'étoffe de soie qui pendait de la traverse , on voyait le portrait de Tempereur et celui de ses fils , travaillés avec soin. La tête de la pique était surmontée d*une couronne d'or qui renfermait le monogramme mystérieux présentant à la fois la figure de la croix et les lettres initiales du nom du Christ (3). Cinquante gardes d'une valeur et d'une fidélité éprouvées veillaient à la su-
Servitium,soltfit miserahile Constantinus :
Christus piirpureum ^emmanti textus in àuro Signahai labarum , clypeorum insignia Christus Scripserat; ardehat summis crux aâdita cristis.
Prudbkt. , in Sjrmmachum, 1. 11 , 4^4'4^*
(i) L^origîne et le sens du mot labarum ou lahorum, qu'eipploient saint Grégoire de Na2iaiize , saint Ambroise et Prudence 9 sont encore inconnus , malgré les efforts qu'on a faits inutilemeijt pour lui extraire une étjipologie du latin , du grec , de Fespagnol , des langues celtique , teutonique , ilfyrîque, arménienne, etc., etc. y oyez Ducange, in, Gloss, med, ei infim, latinitat. , sub voce labarum; fit Godefroj , cul Cod, Tkeodos.j t. II, p. 143.
(2) Eusèbe, in Vit, Constant,, 1. 1, c. 3o* 3i ; Baronius {Annal, eccles,, A. D. 3i2 , n® 26) a fkit graver une représentation du labarum. >
(3) Transwersâ X litterd, summo capite circumfleœo, Chris-' tum in scutis notât. Gaecilius, «^ M. P. , c. 44- ^uper {ad
lOO HISTOIRE DE LA DECADENCE
rcté da labarum ; ce poste de distiqctioii était accom* pagiië d'une paye considérable ; et des événemens heureux servirent à persuader que les gardes du labarum étaient invulnérables dans Texercice de leurs fonctions. La seconde guerre civile apprit à Licinius a connaître et à craindre Tinfluence de cet étendard sacré , dont la vue avait animé les soldats de Constantin d*un enthousiasme invincible au moment du
danger , et avait porté en même temps le désordre et la terreur dans les rangs des légions opposées (i). Ceux des empereurs chrétiens qui respectèrent Texemple de Constantin , déployèrent Tétendard sacré de la croix dans toutes leurs expéditions militaires; mais quand les successeurs dégénérés de Théodose eurent cessé de paraître en personne à la tête de leurs armées , le labarum fut déposé dans le palais de Constantinople comme une relique vénérable , mais inutile (2). Les médailles de la famille Flavienne attestent
M. P. in edit. Lactani, > t. 11 , p. 5oo) et Baronîus (A. D. 3i2 , n° 25) ont fait graver, diaprés les anciens monumens, plusieurs figures de ces monogrammes , qui devinrent très à la mode dans le monde chrétien .
(i) Eusèbe , m f^it, Consthnt, , 1. 11, c. 7, 8, 9. D parie du labarum comme existapt avant Texpédition d^Italie ; mais son récit semble indiquer qu*il ne parut k la tête des armées que pkis de dix ans après , lorsque Constantin se déclara Pennemi de Licinius et le libérateur de TEglise.
(2) yayez Cod. T^eod,, 1. vi, lit. 25; Sozomèneyl. i, c. 2; Tbcopb., Chronograph., p. 1 1. Tbéopbane vivait vers la fin du huitième siècle , près de.cinq cents ans après Constantin. Les Grecs modernes ne furent point disposés à déployer
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encore les honneurs qu'on lui rendait. Leur pieuse reconnaissance a placé le monogramme du Christ au milieu des enseignes de Rome. Les imposantes expressions de sûreté de la. république , gloire de l'armée, restauration dur bonheur public, sont appliquées aux trophées religieux, comme aux trophées militaires. Il existe encore une médaille de l'empereur Constance , où l'étendard du labarum est accompagné de ces paroles mémorables : par ce signe tu vain-
CÈiS (l).
3L^ Dans les dangers et dans les calamités , les chrétiens avaient coutume de fortifier leur corps et leur esprit par le signe de la croix. Cette pratique leur était familière dans les cérémonies de l'Église et dans toutes les occasions particulières de la vie. Ils s'en servaient comme d'un préservatif infaillible pour éloigner toute espèce de maux spirituels ou temporels (^). L'autorité de l'Église aurait suffi pour justi-
daos la plaine Fétendard de l'empire et du christianisme ; prêts à fonder sur toutes sortes d'idées superstitieuses l'espoir de la défense f ils auraient trouvé que c'était une fiction trop hardie que de se promettre la victoire,
(i% L'abbé du Voisin (p. io3, etc.) parle de différentes médailles, et cite une dissertation sur ce sujet , du père Grainville, jésuite.
(2) Tèrtullien y de Coronâ, c. 3; saint Athanase , t. i, p. ICI. Le savant jésuite PetSiu {Dogmata tJieolog.., 1. xv , c. 9, 10) a rassemblé sur les vertus de la croix beaucoup de passages semblables , qui ont fort embarrassé les, ar^umentateurs protestant du dernier siècle.
Ger la dévoUoa de ConsUnlin , qui , par des gradations prudentes , reconnut la vérité et adopta les symboles de la un chrétienne. Mais le témoignage d*un auteur contemporain donne à la piété de cet empereur un motif plus sublime et plus imposant Dans un traité destiné ii défendre la cause de la religion , il affirme , avec la plus parfaite confiance « qae , dans la nuit qui précéda la dernière bataille contre Maxence, Constantin reçut dans un songe Tordre de peindre le signe céleste de Dieu, le sacré m<»io* gramme du Christ , sur le bouclier de ses soldats , et que sa pieuse obéissance aux commandemens du ciel fut récompensée par la victoire décisive qui con^ ronna sa valeur sur le pont Milvius. Quelques ré^ flexions pourraient faire soupçonner de manque de discernement ou de véracité un rhéteur dont la plume s'était, dévouée par zèle ou par intérêt au service de la faction dominante (i). 11 parait qu'il a publié à Nicomédie son ouvrage sur la mort des persécuteurs de rÉglise, environ trois ans après la victoire de
(i) GxciliuA, de M. P,y c. 44- ^ ^^ certain <pie cette déclamation historique a été composée et publiée lorsque Licinius , souverain de lH)rient , io\dssait encore de Tamitié de Constantin et de la faveur des chrétiens. Tout lecteur doué de goût doit apercevoir que le style est fort différenjt et fort au-dessous de celui de Lactance ; et tel est le juge-* ment de Le Clerc et de Lardner (Biùlioth. ancienne et mod. , i. ni, p. 438; CrédibU, de l'Émngile, etc., part, ii, vol. vu , p. 94)* Les partisans de Lactaqce ont produit trois argumens tirés du titre de ce livre , et des noms de Donatus et
DE L'EMPIRJE ROMAIN. CHAP. XX. io3
Constantin. Mais la distance de plus de mille milles et rintervalle de trois, ans ont laissé une ample lati* tude aux inventions d'une foule de déclamateurs , avidement reçues par une crédulité partiale ^ et approuvées tacitement par l'empereur, qui pouvait écouter sans indignation un conte dont le m'erveilleux ajoutait à sa gloire et servait ses dess<eins/ Le ntéme auteur a eu soin de sejpourvoir d'une vision du même genre en faveur de Licinius , qui dissimulait encore son animosité contre les chrétiens. Un ange lui prés^ita une formule de prière qui fut répétée par toute l'armée avant d'engager le combat contre Maximin. La fréquente répétition des miracles irrite l'esprit quand elle ne subjugue pas la raison (i); mais si l'on considère séparément le songe de Constantin , on peut l'expliquer naturellement f)ar sa politique ou par .son' enthousiasme. A. la veille d'un jour qui devait décider du destin de l'empire , si sa vive in-
de Caecilius. Voyez le père Lestocq, tonie n, p. 46-60. Chacune de ces preuves est en elle-même faible et défectueuse * mais leur ensemble est d^un graud poids. J^ai souvent flotté dans mon opinion; je sui^Tai docilement le MS. de Colbert, et j^appellerai Tauteur , quel qu^il soit , Gxcilius.
(i) Caecilius, de Mofi, pers, , c. 46* Voltaire parait fondé dans son observation (OExwres , tome xiY , p. 807) , lorsqu^il a(jpibue aux succès de Constantin la renommée de soiï labarum , et sa supériorité sur Fange de Lioinius. Cependant rapparitîbi) de cet ange est adoptée par Pagi,'Tillemojit , Fleury y etc. , qui paraissent jaloux de multiplier les miracles.
quiétude fut suspendue par quelques instans d*un sommeil agité, il n*est pas étonnant que la forme yénérable du Christ et les symboles connus de sa reli* gion, se soient présentés à Timagi nation tourmentée d'un prince qui révérait le nom et implorait peutêtre en secret le secours du Dieu des chrétiens. Un politique habile pouvait également se servir d'un stratagème militaire , d'une df ces fraudes pieuses que Philippe et Sertorius avaient employées avec adresse et succès (i). Toutes les nations de Taptiquité admettaient l'origine surnaturelle des songes , et une grande partie de Tannée gauloise était déjà disposée à placer sa confiance dans le signe salutaire de la religion chrétienne. L'événement pouvait seul contredire la vision secrète de Constantin, et le héros intrépide qui avait passé les Alpes et les Apennins était capable de considérer, avec l'indifférence du désespoir, les suites d^une défaite sous les murs de
(l) Outre ces exemples très-K:onnus , Tollius (Préface à la traduction de Longin, par Boileau) a découvert une. vision d^Antigone , qui assura ses troupes qn*il avait vu un pentagone (le symbole de la sûreté) avec ces mots : Par ceci tu obtiendras la victoire; mais Tollius est inexcusable de n^avoir pas cité son autorité, et sa réputation en morale, aussi bien qu^en littérature, n^est point exempte de reproche, {f^oy^» Cfaauffepié, Dictionnaire critiq., t. iv, p. ^Sfft) En outre du silence de Dîodore , IHutarque , Justin , etc. , on peut observer que Polyaenus , qui a rassemblé dix-neuf stratagèmes militaires d'Antigone dans i^n chapitre séparé ^ 1. IV , c. 6, ne parl^ point du tout de cette vision.
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Rome. La pïus vive allégresse s'empara du peuple et du sénat. Ils se félicitaient également d'avoir éehappé à un tyran détesté ; mais , en avouant que Jia victoire de Constantin surpassait le pouvoir des mortels , ils n'osèrent pas insinuer que l'empereur en était redevable au secours des dieux. L'arc triomphal qui fut élevé environ trois après , annonce en ttriiies obscurs que Constantin avait sauvé et vengé Rome par la grandeur de soii propre çQurage et par une secrète • impulsion de la Divinité (i). L'orateur païen qui avait saisi le premier l'occasion de célébrer les hautes vertus du conquérant , suppose que l'empereur était admis seul à un commerce intime et familier avec VÉtre suprême , qui confiait le reste des humains au soin des divinités kiférieures. Il donne, par ce moyen, aux sujets, un motif plausible pour se défendre res^pectueusement d'en4)rasser la nouvelle religion (^a).
3^ Le philosophe', qui examine avec un doute Apparition tranquille les songes et les présages, lés miracles et danUe*cTeï! les prodiges de l'histoire profane , et même ceux de l'histoire ecclésiastique, conclura probablemeni que , si la fraude a quelquefois trompé les yeu j des spectateurs, le bon sens des lecteursr a été bien plus sou-
(i) Instinctu DivinitatiS , mentis magnitudine. Tout Voyageur curieux peut encore voir rinscription de l'arc de triomphe de Constantin, copiée par Baronius, Gruter , etc.
(a) Habes profectà aliquidcum iUâ mente dwinâ secretum; quœ, delegatâ nostrâ Siis minoribus cura, uni se tibi dignatur ostendere, Panegyr. vet. , ix, 2. •
].o6 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
vent insulte par les Gctions des écrivains qai ont attribué inconsidérément à Faction immédiate de la Divinité tous les événemens ou les accidens qui semblaient s'éloigner du cours ordinaire de la nature. La multitude épouvantée a sguvent prêté une forme et une couleur , un mouvement et la voix à des météores singuliers qu'elle voyait traverser les airs (i). Nazarius et Eusèbe sont les deux plus célèbres orateurs quif dans leurs panégyriques étudiés, se soient appliqués à relever la gloire de Constantin (%). Neuf ans après sa victoire » Nazarius a décrit une armée de guerriers célestes qui semblaient tomber des cieux. U parle de leur beauté -, de leur courage, de leur taille gigantesque , du torrent de lumière brillanl^ qui sortait de leurs armures divines , et de Tindulgenee qu ils avaient de se laisser voir aux mortels et de converser avec eux ; enfia il rapporte leur déclaration qulls étaient venus des cieux au secours de Constantin. L'orateur païen , en parlant aux Gaulois , les cite eux-mêmes comme témoins de ce prodige, et
(i) M. Freret {Mémoires de VAcad, des Inscript, , t. iv , p. 4ii''4^7) explique par des cause» physiques un grand nombre des prodiges de Tautiquité ; et Fftbricius , ridiculisé par les deux partis , essaie en vain de placer la croix céleste de Constantin parmi les taches ou Cercles du soleil. BibUojth. grœc, tome vi, p. 8-29. '
{^) Nazarius inier Panegjrr, vet.j x, i4) i5. Il cstinutik de nommer les auteurs modernes dont Tavide et grossière crédulité s^est laissé prendre méwe*. à Tappât des idées païennes de Nazarius.
semble espérer qu'un ëvënement si récent et si public forcera les incrédules à croire aux anciennes appà<ritions (i). La fable pieuse d'Eusèbe , mieux inventée et plus élpquemment écrite, parut vingt -six ans après le songe qui peut lui en avoir donné Tidée. Il raconte que Constantin, étant en marche à la tête de son armée, vit de ses propres yeux, dans les airs, le signe lumineux de la croix, accompagné de cette^ëgende :* Sois vainqueur par ce signe ^^ Cette surprenante apparition étonna toute l'armée et l'empereur }ui-méme,,qui était encore incertain sur le choix d'une religion. Mais la vision de la nuit suivante fit succéder à son étonnement une foi sincère. Le Christ Ijii app^irut; et, déployant le même signe céleste qu'il avait vu dans les cieux , il daigna dire à Constantin de représenter la croix sur un étendard, et de ©archer avec confiance à la victoire contre Maxence et contre tous ses ennemis (2). Le savant évêque de Césarée paraît sentir que la tardive découverte de cette
(i) Les apparitions de Castor erPollux, et particulièremen^ celle qui ayait pour but d^annoncer la victoire des Macédoniens , sont attestées par 1^ historiens et par des monumens publics, y^of. Cicéron, de Naturâ Deorum, 11, 2 ; III , 5,6; Florus , 11 , 1 2 ; Valère-Maxime ,1. i , c. 8 , n° i . Cependant le plus récent de ces miracles est omis et même nié indirectement par Tite-Live , xlv , 1 .
(2) Eusèbe, 1. I, c. 28 , 29, 3o. Le silence de ce même Eusèbe , dans son Histoire ecclésiastique , a fait une profonde impression sur ceux des partisans de ce miracle qui me sont pas tout-à-fait aveugles.
Io8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
anecdote merveilleuse pourrait exciter quelque surprise et quelque méfiance parmi les plus dévots de ses lecteurs» Cependant, au lieu de rassembler et de rapporter les témoignages de tant de personnes encore existantes, et sous les yeux desquelles s'était opéré cet étonnant miracle ; au lieu de fix^r les dates précises de temps et de lieu qui peuvent également seiVir à déconcerter le mensonge et à établir la vérité (i), Eusèbe se contente de rapporter un singulier témoignage, celui de Constantin lui-même, qui ne vivait plus alors, et qui, {rfusieurs années après cet événement, lui avait raconté en conversation cet extraordinaire incident de sa vie , dont il loi avait attesté la vérité par le serment le plus solennel (2). La prudente reconnaissance da docte évéque ne lui permettait pas de sotipcomier la véracité de son vic-^ torieux souverain ; mais il donne clairement à entendre que toute autre autorité lui aurait paru insuffisante pour constater un fait aussi miraculeux. Ce motif de confiance devait naturellement disparaître avec la puissance de la famille Flavienne , et ce signe
(i) Le récit de Constantin semble indiquer qu^il aperçut la croix dans le ciel ayant de passer les Alpes , lorsqu^il poursuivait Maxence. La vanité patriotique a placé la scène à Trêves , à Besancon , etc. Fojrez Tillemont , Histoire des Emper., tome iv, p. 573.
(7) Le pieux Tillemont (Mém. eeclés., tome vu , p. i3i7) rejette, en soupirant, les actes bien utiles d^Artemius, vétéran et martyr , qui atteste que ses propres yeux ont été témoins de la vision de Constantin.
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céleste, que les infidèles auraient tourné en dérision (i), fut négligé par les chrétiens du siècle qui suivit la conversion de Gonstafttin (2). Mais les Églises catholiques de TOrient et de l'Qpcidejit ont adopté un prodige qui favorisé ou semble favoriser le culte populaire de la^ croik. La vision de Constantin conserva une place distinguée dans la légende des superstitions-, jusqu^au moment où Tesprit éclairé de la critique osa rabaisser le triomphe et apprécier la véracité du premier empereur chrétien (3).
Les protestans et les philosophes de ce siècle se- La converroirt^isposés à croire qu'au sujet de sa conversion , Constantin Constantin soutint une fourberie préméditée par un «mcère.
(1) Gelasiu» Cyzjic. , iii Act, conciL Nicen,, 1. i, c. 4» (2} Les partisans de la vision ne peuvent produire en sa faveur un seul témoignage des pères des quatriènie et cinquième siècles , qui tous ont célébré dans leurs volumineux écrits le triomphe de TËglise et celui Se Constantin. Gomme ces vénérables personnages n^avaient aucune antipathie pour les miracles , nous pouvons soupqonuer qu'aucun d'eui6 n^eut connaissance de la vie de Côlistantin par Eusèbe , et ce soupçon est confirmé par Pignorance de saint Jérôme. Cet ouvrage fut retrouvé par les soins de ceux qui traduisirent ou continuèrent THistoire ecclésiastique , et qui ont représenté la vision de la, croix sous ^dififéren tes formes.
(3) Godefroy fut le premier qui, dans Tannée i&^3 {Not, €UL. P kilos torgium , 1. i,c. 6,p. 16), osa montrer du doute sur un miracle défendu avec un zèle égal par le cardinal Baronius et par les centuriateurs de Magdebourg. Depuis ce moment plusieurs critiques protestans ont incliné vers le
no HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
parjure solennel* Us n*bësiteront point à prononcer que ses desseins ambitieux le guidèrent seul dans le choix d'une religion , ' et que / suivant lexpression d'un poëte profane (i), il pt servir les autels de mar^ chepied au trône de Tempire. Ce jugement hardi et absolu ne se trouve cependant pas ju^Gë par la connaissance que nous avons du cœur humain , du caractère de Constantin et de la foi chrétienne. Dans les temps de ferveur religieuse , on a vu communément les plus habiles politiques éprouver une partie de Tenthousiasme qu'ils tâchaient d'inspirer , et les personnages les plus pieux et les plus orthodoxes s^accorder le dangereux privilège de soutenir la cause
doute et la méfiance. M. Chanfiepié a présenté des objections d^une grande force ( Diction, crii. , tome vi, p. 6-11); et dans Tannée 1 7^4 1 l'abbé du Voisin y docteur en Sorbonne , a publié une apologie dont on ne peut «trop louer rérudition- et la modération.
(i) Lors ConstaDtin dit ces propres p arolct :
Tù. renverse le culte des idoles ; ^
Sur les de'brif de leurs temples famans , •}
Au Dieu du ciel j^ai prodigue Fencensj Mais tous mes soins pour sa grandeur suprême N^curent jamais d*autre objet que moi-même. Les saints autels notaient à mes ref;ards Qtl^n marchepied du tr6ne des Césars; L^ambition, la fureur, les de'liccs, Etaient mes dieux , ayaient mes sacrifices j ÏjOT des chrétiens, leurs intrigues, leur sang. Ont cimenté ma fortune et mon rang.
Le poème d^où sont tirés ces vers peut être lu avec plaisir, mais la décence défend de le nommer.
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de la vérité par la ruse et le mensonge. L'intérêt personnel est souven|: la règle de notre croyance aussi bien qae celle de nos actions -, et les motifs d'avantages temporels qui déterminaient Constantin dans sa conduite pubHqxie, pouvaient disposer insensiblement son esprit à embrasser une religion Êivorable à sa gloire et à sa fortune. Il aimait à se croire envoyé du ciel pour régner sur la terre ^ cette idée flattait sa vanité ; ce droit divin en vertu duquel il s'était prétendu appelé au trône, avait été justifié par la victoire, et ses titres étaient fondés sur la vérité de la révélation chrétienne. On voit souvent des applaudissemens peu mérités faire naître une vertu réelle 5 ainsi la piété apparente de Constantin , en supposant qu'elle ne fût d'abord qu'apparente, peut insensiblement, par l'influence des louanges , de l'habitude et de l'exemple, avoir acquis la consistance d'une dévotion fervente et sincère. Les évêques et les prédicateurs de la secte nouvelle , dont les moeurs et le costume semblaient peu propres à l'ornement d'une cour , étaient admis à la table de Fenipereur. Ils l'accompagnaient dans ses expéditions 5 et les païens attribuaient à la magie l'ascendant que l'un d'entre eux, Égyptien (i) ou
(i) Ce favori était sans doute le grand Oâius, évl&que de Cordoiie , qui préféra le soin pastoral de toute l'Église à celui d'un diocèse particulier. Saint Atlianase (t. i, p. 708 ) peint xnagnifiquement son caractère, quoique d'une manière concide. ( Voy, Tillem. , Mém, ecclés, , t. vn, p. 524-56i.) Osius fût accusé , peut-être injustement , de s'être retiré de la cour avec une grande fortune.
Espagnol, acquit sur Fesprit de Constantin (i). Ce prince vivait dans la Ëuniliaritë la plus intime avec Lactance , qui avait orné de toute Tëloquence de Cicëron les préceptes de TÉvangile (a) , et avec £usèbe, qui a consacré Térndition et la philosophie des Grecs au service de la religion (3). Ces habiles maîtres de controverse se trouvaient ainsi à portée d'épier ayec patience le moment où Tesprit , favorablement disposé, cède facilement à la persuasion, et d'employer alors les argumens les mieux appropriés à son caractère et les plus proportionnés à son intelligence. Quelque avantageuse qu'ait pu devenir à la foi l'acquisition d'un pareil prosélyte , Constantin se distinguait par la pompe , beaucoup plus que par le discernement et la vertu , des milliers de ses sujets qui avaient embrassé la doctrine chrétienne ; et il n'est point du tout incroyable qu'un soldat ignorant ait adopté une opinion fondée sur les preuves qui , dans un siècle plus éclairé , ont satisËiit ou subjugué la raison d'un Grotius, d'un Locke et d'un Pascal. Oc-
(0 y^oyczlLvLsèhe y in P^U. Constant, pas sim; etZozime, 1. II , p. io4*
(2) La piété de Lactance était plus morale que mystique. Erat p^nè rudis , dit ^^orthodoxe Bull , disciplinœ christirnianœ, et in rhetoricâ meliiLs quàm in thealogiâ versatus* Befen&ia fidei Nicenae, sect. 2 , c. i4*
(3) Fabriçius a rassemblé, avec le soin qui lui est ordinaire une liste de trois ou quatre cents auteurs cités dans la Préparation évangélique d'Eusèbe. Yoy. Biùlioth. grac, , 1. V, c. 4 > tome Yi , p. 07-56.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XX. ji5
cupé tQut le jour du soin de son empire , Constan-* tin employait ou aflRg|ctaît d'employer une partie de la niiit à lire les saintes Ecritures et à composer des discours thëologiques , qu'il prononçait ensuite devant des assemblées nombreuses , dont Tapprobation et les applaudissement étaient toujours unanimes. Dans un très - long discours qui existe encore , l'auguste prédicateur s'étend sur les différentes preuves de la sainte religion ^ mais il appuie avec une complaisance particulière sur les vers de la sibylle (i) et sur la quatrième ^logue de Virgile (2). Quaranle ans avant la naissance de Jésuà-Christ, le chantre de Mantoue, comme s'il eût été inspiré par la muse céleste d'isaïe , avait célébré , avec toute la pompe de la métaphore orientale , le retour de la Vierge , la chute du serpent , la naissance prochaine ^uh enfant divin , né du grand Jupiter , qui effacerait les crimes des mortels, et gouvernerait en paix l'univers avec des vertus égales à celles de son père. Il avait annoncé l'élévation et la manifestation d'une race *cé-
(,1) f^ojr. CoDstant. , oraf. cui Sanctos, c. ig, ^o. Il se fonde ^principalement sur un acrostiche iSystérteux y composé, dans le sinème siècle après le déluge, par la sibylle Erythrée, et traduit en latin par Cicéron. Les lettres initiales des trepte** quatre vers grecs forment ce^^é sentence prophétique : Jésus-Chaist , Fils de Dieu , Sauveur du monde.
(2) Dans s,a paraphrase de Virgile , l'empereur ajoute fréquemment au sens littéral du texte latin, f^oj^. Blondel , *les S ih files, 1. 1 , c. i4^ i5, 16.
el privilège*
de CuD>lanlin«
ri4 HISTOIRE PE LA DÉCADENCE
leste, nation primitive répandue dans le monde €ih tier , et le rappel de Tinnocence el de$ fifiieitës de rage d'or. Le poëte ignorât t>eut- être le sens mystérieux et Tobjet de ses sublimes prédictions , qu'on a ignoblement appliquées au iils nouveHement né d'un consul ou d'un triumvir (i). Mais si cette in* terprétation plus brillante et vraiment spécieuse de la quatrième églogue a contribué à la conversion de Constantin , Virgile mérite d'obtenir un rang distin* gué parmi les plus habiles missionnaires de l'Évangile (a).
On cachait aux étrangers , et même aux catéchu* mènes, les mystères imposans du culte et de la foi des chrétiens, avec un soin affecté qui excitait leur étonnement et leur curiosité (3). Mais les règles de discipline sévère , introduites par la prudence des
(t) Les différentes applications qui en ont été faites à un fils aîné ainsi qu^à un second fils de PolUon , à Julie , à Dru«us, à Marcellus, sont jugées incompatibles avec la chronologie , rhistoi{e , et le bon sens de Virgile.
(2) yoyez Lowth , dt Saerd poesi Hebrœorum prœlect. , XXI , p. 289-293. Dans Texamen de la quatrième églogue, le respectable évéque de Londres a déployé une érudition , un goût y une candAir et un enthousiasme modéré', qui exalte son imagination sans aveugler son jugement.
(3) La distinction, entre le culte public et secret du ser*vice divin , missa catechuméhorum , et missa fideUuun, et le voile mystérieux que la piété 6u la politique avait jeté sur la dernière , se trouvent judicieusement expliqués par Thier$ , Exposition *du Sainl~Sacrement, 1. i', c. 8-12, p. Sg^^i. Mais comme, relativement à ce sujet, ou peut raisonnable-
Dfî L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XX. i t5
évéqties , farent relâchées par la même prudence en feveur d'un prosélyte couronné qu'il était si important d'attirer par une indulgente condescendance dans le sein de l'Église. Constantin jouissait, au moins par une permission tkcite, d*un grand nombre êés prit iléges attachés au christianisait , avant d'avoir contracté aucune des obligations du chrétien. Au lieii de quitter l'église quand la voix du diacre avertissait la multitude profane qû'ell%4cvait se retirer, il priait avec les fidèles, disputait avec les évéques, prêchait sur les- sujets les plus sublimes et les plus abstraits de la théologie, célébrait les cérémonies sacrées dfe la veille die Pâques , et , ne se contentant pas de participer aux» mystères. de la foi chrétienne, il se déclarait en quelque Êiçon le prêtre et le pontife dfe ses autels (i). L'orgueil de Gonstautin exigeait sans doute cette distinction extraordinaire , et les ^rvices qu'il avait rendus' aux chrétiens là méritaient peutêtre. Une sévérité mal placée aurait pu dessécher , dans leur première croissance, les fruits de sa conversion ', et si les portes de l'Église eussent été rigoureusement fermées au prince qui avait déserté les
meot se méfier des papistes , an lecteur protestant s'en rapportera plus volontiers au savant Bingbam .{Antiqwiés y 1. X , c. 5 ).
(i) Voyez Eusèbe , in Vit, Constant,, 1. iv , c. iS-Sa, et toute la teneur du sermon de Gonstailtin. La foi et la dévo^ tion de Tempereur ont fourni à Baronius un ar^^ment spécieux en faveur de son baptême antieipe.
ll6 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
autek des dieur, le souverain de l'empire auiail privé de Fexercice de tous les cultes religieux. Dans son dernier voyage à Rome , il renonça et insulta (fteusement aux superstitions de ses ancêtres , en refusant de conduire la procession militaire de Tordre équestre, et d'oflQrîr des vœux à Jupiter Capitolin (i). Long -temps avant son baptême et sa mottj il avait annoncé à Tunivers que jamais à l'avenir sa personne ni son image ne paraitjpient dans Tenceinte d'un temple de Fidolâtrie. 11 fit en même temps distribuer dans toutes les provinces de l'empire des médailles et des peintures où il était représenté dans la posture humble et suppliante de la dévotion chrétienne (a). Roiuûirde On ne peut pas aisément ejLpliquer ou excuser •a mrm^! IVorgucil <iui fit refuser à Constantin la qualité de caléchumène ; mais on explique aisément le retard de son baf tême par les maximes et la pratique ecclésiastiques de l'antiquité. Les évêques administraient régulièrement eux-mêmes le sacrement du baptême (3), avec l'assistance de leur dergé, dans la cathédrale de leur diocèse, durant les cinquante
(i) Zozîme, 1. II, p. io5.
(2) Euseb. , wi P^it. ConMani. , 1. iv, c. i5, 16.
(3) La théorie et la pratique de Tantiquité relativement au sacrement de baptême ,- ont été expliquées très au long par dom Chardon , Hist, des Sacremens, t. i , p. 3— 4o5 ; par dom Maijtenne , ik Ritihus EccUs. anttquis , t. i ; et par Bitigham, dans les dixième et onzième livres de ^e» Antiquités chrétiennes. On peut observer une circonstance dans laquelle les Églises modernes diffèrent essentiellement de la coutume
de ta morl.
jours qui séparent la fête de Pâques de celle de la Pentecôte -, et cette sainte saison faisait entrer un grand nombre d'enfans et de personnes adultes dans le giron de TÉglise. La sagesse- des parens suspendait souvent le baptême de leurs enfans jusqu'au moment où ils étaient en état d'apprécier les obligations que leur imposait ce sacrement : la sévérité des évéques exigeait un noviciat de deux ou trois ans des nouveaux convertis, et les catéchumènes eux-mêmes, par différens motifs, soit temporels, soit spirituels, s'empcessarent rarement d'acquérir 1^ perfection du caractère sacré de chrétien. Le sacrement du baptême assurait l'expiation absolue de tous les péchés ; il réintéjgrait les âmes dans leur pureté primitive , et leur donnait un droit certain aux promesses d'une* éternelle félicité. Parmi les prosélytes de la foi chrétienne , un grand nombre regardaient comme très-imprudent de précipiter un secours salutaire qu'on ne pouvait Décevoir qu'une fois, et de pea^dre un privilège inestimable qu'il était impossible de reci(Hivrer. Au moyen dfe ce retarfl , îk se livraient sans inquiétude aux plaisirs de ce monde et à la voix de leurs passions , en conservant toujours les moyens de se procurer une absolution facile et sûre (i). La sublime
ancienne. Le sacrement du baptême était» immédiatement suivi de la confirmation et de la sainte communion, même lorsqu^on Padministrait à des enfans.
(i) Les pères de TËglise qui ont blâmé ce délai criminel , ne pouvaient ni#r cependant Tefficacité du baptême , même
1 18 iriSTOlRE DE LA DECADENCE
théorie de TÉvangile avait fiiit moins d'impresâoa sur le cœur de Constaotin qaesurson esprit; il pour suivit le grand objet de son ambition ^k travers les sentiers obscurs et sanglans de la guerre et de la politique, et après ses victoires il abusa sans modération de sa puissance. Loin de fiiire éclater la supériorité de ^&è vertus chrétiennes sur Théroïsme imparfait et la philosophie profane de Trajan et des Antonins , Constantin perdit, dans la maturité de son âge, la réputation qu'il avait acquise dans sa jeunesse. Pli\s il s'instruisait dans la connaissance des saintes mérités, moins il pratiquait les vertus qu'elles recommandent, et dans la même année on le tit assembler le concile de Nicée , et ordonner le supplice ou plutdt le menr-
au lit de la mort. La rhétorique ingénieuse de saitit Cbrfs time ne put trouver que trois argumens contré la prudence des chrétiens qui différaient leur baptême : i* que nous devons aimer et pratiquer la vertu pt^ amour pour elle , et non pas pour en obtenir la récompense ; a^ que la nuNrt peut nous surprendre au moment où nous n^vons aucune possibilité de nous procurer le baptême ; 3** que , quoique placés dans le ciel, nous n^ paraîtrons que comme de faibles étoiles auprès de ces soleils de justice qui auront fgumî avec succès et avec gloire une carrière marquée par les travaux. Saint Gbrfsostôme , inEpist. ad Hebraos, homU. i3; a^iM^ Charbon , Hist, des Sacremens , t. i, p. 49- ^^ croîs que ce délai du baptême , quelque la source des abus les plus pernicieux , n'a jamais été condamné par aucun concile général ou pro* vincial , ni par aucune déclaration authentique de l'Eglise. Le zèle des évéques s'enflammait plus facilement ponr des objets beaucoup moins importons. ^
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP: XX. ng
tre de son fi)s. Cette date seule suffit pour réfuter les malignes et fausses insinu^ions de Zozime (i), qui affirme qu'après la mort de Crispus , les remords de son père acceptèrent des ministres de l'Évangile l'expiation qu'il avait en vain sollicitée des pontifes du paganisme. Lorsque Crispus mourut, l'empjereurne pouvait plus hésiter sur le choix d'une religion ; il ne pouvait plus .ignorer l'infaillibilité du remède que possédait l'Eglise , quoiqu'il ait différé de s'en servir jusqu'au moment où l'approche de la mort le mit à l'abri de la tentati(5n et du danger d'une rechute. Les ëvéques qu'il rassembla pendant sa dernière maladie, dans son palais de Nicomédie , forent édifiés de la ferveur avec laquelle il demanda et reçut le sacrement du baptême, du serment qu'il fit dé se montrer jusqu'à sa' mort digne de«la qualité d*u h disciple du Christ, et de l'humilité pieuse avec laquelle il reïupa de reprendre la pourpre et les ornemens royaux , après avoir revêtu la robe blanche d'un néophyte. L'exemple et la réputation de Constantin semblèrent autoriser l'crtnge de retarder la cérémonie du baptême (2). Les tyrans qui vinrent nprès lui s'accoiitu-
(i) Zozime ,1. 11 , p. io4* Cette insigne fausseté lui a mérité et attiré les expressions les plus dures de la pai% de tous les écrivains ecclésiastiques, excepté le cardinal Baronius (A. D. 324, n"* i5-28), qui trouvait ainsi occasion d'employer Finfidéle contre Tarien Eusèbe.
(2) Eusèbe ( l. IV , c. 61 , 62 , 63 ) , Tévêque de Ccsarêe , annonce avec la plus grande confiance. le salut éternel de Constantin.
120 histoike.de la bégadenge
mèrent à penser que le sang des innocens qulls auraient versé durant un long règne, serait lavé en uninstant par les saintes eaux de la régénération : ainsi Tabus de la religion sapait dangereusement lésiondémens de la morale.
Propagation La reconnaissanco de TÉglise a excusé les &iblesses nisme. et précouîsé les vertus de son généreux protecteur, qui a placé la foi chrétienne sur le trône du monde romain *, et les Grecs , qui célèbrent la fête du saint empereur, prononcent rarement le nom de Constantin , sans y ajouter le titre d'égat aux apôtres (i). Cette comparaison, si elk portait sur le caractère sacré de ces divins missionnaires , ne pourrait être attribuée qu'à Textravagance d'une adulation impie ; mais si ee parallèle ne fait allusion qu'au nombre de leurs victoires évangéliques ,, les succès de Constante en ce genre ont peut-être égalé ceux des apôtres. Ses édits de tolérance firent disparaître les dangers temporels qui retardaient le progrès du christianisme, et les ministres actifs de la foi chrétienne furent autorisés et encouragés à employer en sar faveur tous les argumens qui pouvaient subjuguer la raison ou exciter la piété. La balance ne fiit qu'un instant égale entre les deux religions -, l'œil perçant de l'avarice et de l-ambition découvrit bientôt que la pratique de
(i) Voyez Tillemont, HUt, des Emper,, tome iv, p. 429. Les Grecs , les Kusses , et , dans des temps plus éloigoés , les Latins eux-mêmes , ont voulu placer le nom 'de Constantin dans le catalogue des saints.
la religion dirétienne contribuait autant au bonheur du présent qu'à eelui de Favenir (i). L'espoir des richesses et des honneurs ^ Texemple de l'empereur , ses exhortations , le pouvoir irrésistible du souverain, répandirent rapidement le zèle et la conviction parmi la foule seryile et vénale qui remplit constamment les appartemens^'un palais. On récompensa par des privilèges municipaux et par des dons agréables au peuple, les villes qui signalaient l'empressement de leur zèle par la destruction volontaire de leurs temples ; et la nouvelle capitale de l'Orient s'enorgueillissait de l'avantage singulier âe n'avoir jamais été profanée par Inculte des idoles (a). Partout les dernières classes de la société se conduitent à l'imitation des.%ands , et la conversion des citoyens distingués par leur naissance , par leurs richesses , ou par leur puissance , fut bientôt suivie de celle d'une multi-» tude dépendante (3). Le salut du peuplé s'achetait
(i) Voyez le troisième et le quatrième livre de sa vie. Il avait coutume de dir^ que , soit que la foi du Christ fût prêchée du cœur ou seulement des lèvres , il s^en réjouirait toujours. L.'iii , c. 58.
(2) TillemoQt {Hist, des Emper, ; t. iv , p. Z*i^-&i&) a défendu avec force et stvec courage la pureté de Gonstanti— nople contre quelques Insinuations malignes du païen Zozime.
(3) L'auteur de V Histoire politique et philosophique des Deux-^Indes (t. i , p. 9 ) condamne une loi de Constantin , qui donnait la liberté à tous les esclaves qui embrassaient le christianisme. L'empereur publia efiFeclivement une loi qui
à .bon mardié , s'il est vrai que* dans une année douze mille hommes et un ncmibre proportionné de femmes et d'en£ans furent baptisés à Rome , et qu'il n'en cmta qu'une robe blanche et vingt pièces d'or pour chaque converti (i). La finissante influence de Cons* tantin ne tut pas circonscrite dans les limites étroites de sa vie ou do ses États. L'éduca||pn qu^il donnait à ses fils tt à ses neveux, assura «à l'empire une race de princes dont la foi était d'autant plus vive et phis siocèro , qu'ils s'étaient pénétrés , dès leur plus tendre jeunesse , de l'esprit ou du moins de la doctrine du christianisme : Ife commerce et la guerre répan** daient la connaissance de TÉvangilé au - delà de» provinces roiliaines ^ %t les Barbares , qui avaient dédaigné une secte proscrite et humiliée , respectèrent ui^ re^
défendait aux Juifs de circoncire , et peut-être de garder aucun esclave chrétien. ( V^oyez Eusèbe , in f^it. Constant, y i. IV, c. 27 ; et le Cod. Théod. , 1. xvi , tit. 9 , avec les Comr» mentaires de Godefroy, t. vi , p. 247* ) Mais cette exception ne regardait que les Juifs ; et la généralité des epelaves qui appartenaient ou à des chrétiens ou à^des païens , ne chan-^ geaient point d^état en changeant de religion. JUgnore par quelle autorité Pabbé Rajnal a été induit en erreur, et le manque t<^tal,Ae notes et de citations est un défaut impardoniiiJ»le de son intéressant ouvrage.*
(i) Y oyez jicta sancti S ihfes tri ^ eiVHist. ècdés,, Nicéph. Callist. , 1. Viii , c. 34 ; dp' Baronium , j4nn, eccles.^ A. D. 3^4 , n°* 67 , 74* C®^ autorités ne sont pas bien respectables ; mais les circonstances sont tÀ probables en elles-mêmes , que le savant docteur Howell {Hist, du Monde, vol. m, p. i4) n'a pas hésité à les adopter.
DE L'EJtfPlRE ROMAIN. CHAP. XX. i 25
ligian adoptée par le plus puissant monarque et par les peuples les plus civilises du monde (i). Les Goths et lies Germains qui s'enrôlaient sous les drapeaux de Tempire , révéraient la croix qui brilkit à la tête d^s légions , et répandaient parmi leurs sauvages et fiers compatriotes des principes de religion «t d'hu* aianité. Les rois dlbérie et d'Arménie adoraient le Dieu de leur protecteur. Leurs sujets , qui ont invaliaUement conservé le nom de chrétiens , ibrinèrent bientôt une alliance perpétuelle et sacrée avecles catholiques romains. On accusa les chrétiens de la Perse, pendant la guerre , de préférer les intérêts de leur religion à ceux de leur pays; mais tant que h paix subsista entre les deux empires , Tesprit persécuteur des mages fut toujours contenu par l'interposition de Constantin (2). La lumière de VÉvangile brillait sur les côtes des Indes. Les colonies de Juifs
(i) Les écriyaîng ecclésiastiques ont célébré la conversion des Barbares sous le règne de Constantin. ( Voy* Sozoméne, 1. II , c. 6; et Théodoret , 1, i, c. 23 , 24. ) Mais Rufin, le traducteur latin d^Eusèbe , doit être considéré comme une autorité respectable. Il a tiré son rapport d'un des compa* gnons deTapôtre d'Etbiopie, et de Bacurius, prince ibérien, et en même.teûips comte des domestiques. Le père Jttamacbi a donné , dans lès premier et second volumes de son grand et défectueux ouvrage, une ample compilation dç8 faits relatifs aux progrès du cbristiauisme.
(2) Voyez dans Eusèbe ( in Vit. Constant* y 1. iv, c. 9) la lettre pressante et pathétique de Constantin en faveur de*ses frères chrétiens de la Perse.
qui avaient pënëtrë dans TArabie et dans lIÈtliio* piç (i) , s*opposaîent aax progrès de la foi chrétienne; mais la connaissance de la révélation mosaïque facilitait en quelque £aiçon les travaux des missionnaires; et TAbyssinie révère encore la mémoire de Frumentins, qui dévoua sa vie^ do temps de Constantin, à la conversioa de ces pays éloignés. Sous lé règne de Constance son £ls, Théophile (a), Indien d'extraction , reçut la double dignité d'évéque et d'ambassadeur. 11 s^embarqua sur la mer Rouge avec deux cents chevaux de la meilleure race de Cappadoce^ que Fempereur envoyait au prince- des Sabéens ou Homérites. Théophile était chargé de beaucoup d'autres présens utiles et curieux, au moyen desquels on espérait exciter Tadmiration et se concilier l'amitié des Barbares. Le nouvel évéque fit avec succès, pendant
(i) Voy» Basnage, Hist, des Juifs, t. vu, p. 182 ; t. yiii, p. 333 ; t. IX, p. 810. L^activité infatigable de cet écrivain poursuit les Juifs jusqu^à Textrémité du globe.
(2) Théophile avait été donné en otage , pendant son enfance , par les habitans de VWe de JDi va , ses compatriotes , et avait été instruit par les Komains dans les sciences et dans la foi chrétienne. Les Maldives , dont Malé ou Diva est pro* bablement ] a capitale , forment un amas de dix -neuf cents ou deux mille petites tles dans Tocéan Indien. Les anciens ne connurent qu'imparfaitement les Maldives ; mais elles sont décrites dans les voyages de deux mahométans du neuvième siècle, publiés par Renaudot. Geograph, Nubiensis , p. 3o, 3i ; D^Herbelot, Bibliothèque orientale , p. 704; His^ toire générale des f^ojrages , t. \in.
nale.
DE L'EMPIftE ROMAIN. CHÀP. XX. i sS
plttsieuTâ années, des visites pastorales aux Égtises de la zone torride (i). .
La puissance irrésistible dçs empereurs romains se changemanifesta dans Fimportante et dangereuse opération iTJioanaii^ de changer la religion nationale.» La terreur qu'inspirait une force militaire imposante , réduisk au silence les faibles murmures des païens sans appui , et on avait lieu de compter sur la prompte obéissance que le devoir et la reconnaissance obtiendraient du cler^ et du peuplfî chrétiens. Les Romains avaient adopté depuis long -temps, comme une maxime fondamentale de leur constitution , que tous les citoyens , quels que fussent leur rang et leurs dignités , devaient également obéir aux lois , et que les soins et la police de la religion appartenaient aux magistrats civils. 11 ne fut pas aisé de persuader à Constantin et à ses successeurs qu'ils avaient perdu , parleur conversion, une partie des prérogatives impériales , et qu'il ne dépendait plus d'eux de faire *la loi à une religio^i qu'ils vivaient protégée, établie et professée. Les eraperBurs continuèrent à jouir de la juridiction suprême sur l'ordre ecclésiastique ^et le seizième livre du Code a. d 312. de Théodose détaille souè un grand nombre de titres l'autorité qu'ils exerçaient sur l'Eglise catholique.
L'esprit indépendant des Grecs et des Romains
(i) Philostorgius , 1. m , c. 4 ^ 5 , 6 , avec les Observations du savant Godcfroy. Le récit historique fait bientôt place à des recherches sur la situation géographique du paradis , sur des monstres extra-erdinaîres ^ etc. , etc.
HISTbIRE DE LA DÉCADENCE
i^trilaelle
•tla
poÎMance
lemporelle
DiBtioeiMNi 11 avait jamais connu la distinction entre la puissance P^mwe spirituelle et la piibsance temporelle (i); mais elle fut introduite et confirmée par l'établissement légal de la religion chrétienne. La dignité de souverain pontife, toujours exercée , depuis Nnma j|^u*à Angusle, par les plus illustres des sénateurs , fut enfin unie à la couronne impériale. Le premier magistrat de la république faisait lui-même les fonctions sacerdo* taies , toutes les fois que la superstition ou la politique les rendait nécessaires (a); et il n'existait ni à Rtme, ni dans les provinces, aucun ordre de prêtres qui réclamassent un caractère plus sacré que le si^i , ou qui prétendissent à une communication plus intime avec les dieux. Mais dans l'Église chrétienne , qui confie le service des autels à une succession de ministres consacrés , le souverain , dont le rang spirituel est moins vénéc^ble que celui du moindre diacre, se trouvait placé hors du sanctuaire, et confondu avec le peuple des fidèles *(3). On pouvait regarder l'em-
(i) yoyfez rËpître d^Osiiu, apud S. Athanas, , vol. i, p. 840. La remontrance publique qu'il fut forcé d'adresser au fils, contenait les mêmes principes de gouvernement civil et ecolésiastique qu'il avait secrètement tâché d'inspirer à son père.
(2) M. de La Bastie {Mémoires de VAcad, des Inscriptions, t. XV, p. 38-61 ) a prouvé, avec évidence, qu'Auguste et ses successeurs ont exercé en personne toutes, les fonctions sacrées de souverain pontife ou grand-prétre de l'empire romain.
(3) Quelques pratiques contraires s'étaient déjà iniro-
DE L'EUfPIRE ROMAIN. CHAf>. XX. 127
pereur comine li père de ses' sujets ; mais il devait ua respect et un^obéîssanee filiale«u père de FÉglise ; et la vénération que Gonstantiii n'avait pu refuser am^ vertus des saints et des confesseurs,* fut bientôt exigée comme un droit, par Torgueil de Tordre épiscopal (i). Le conflit secret des juridictions ecclésiastiques et civiles , embarrassait les opérations du gouvernement romain ^ et la piété de l'empereur s'^frayait à Fidée criminelle et dangereuse de porter une main profane sur Tarche d'alliance. La dîstinc* tion des laïques et du clergé avait eu lieu , à la.vérité, chez beaucoup de nations anciennes* Lés prétt es dès Iodes, de la Perse, de TAssyrie, de la Judée, de rÉthiopie , de TÉgypte et de k Gaule , prétendaient
hJi I
duites dans TËgli^ de Constantinople ;• mais le sévère saint Ambroise ordonna à Théodose de se retirer du sanctuaire , et lai fit sentir la différence d^un monarque à un prêtre. /^o^€z Théodoret , 1. v, c. 18.
(i) A la table de Temp^reur Maxime, saint Martin, évêque de Tours , reçut la coupe de celui qui la présentait , et la remit au prêtre dont il était accompagné, ayant de permettre qu'elle passât dans les mainâ de l'empereur. L'impératrice SjBrvit saint Martin à table. ( Sulpice-Sévère , m f^it, sancH Martini , c. 23, et le dialogue 11 , 7. ) Cependant on ne sait si ces honneurs extraordinaires étaient rendus à la qualité de saint ou à celle d'évêque. On peut troijver dans les Antiquités de Bingham (1. 11, c. 9) et dans Yalois ( ad Théodoret , 1. Vf , c. 6 ) lès honneurs accordés aux évêqués. Voyez l'étiquette hautaine à laquelle Léonce , évêque de Tripoli , soumit l'impératrice, Tillemont , Histffire dès Empereurs, t. iv, -p. 754; Patres apostolat , t. n , p. 17g.
tous tirer d'tme origine cëlBste leurfRiissance et leurs possessions temporelles , et ces respectables Institutions s'étaient insensiblement adaptées aux mœurs et au gouverDCment de ces difTérens peuples (i). IViiis la discipline de la primitive Église était fondée sur une ré^stance dédaigneuse à Fautorité civile. Les chrétiens avaient été obligés d'élire leurs propres magistrats , de lever et de distribuer un revenu particulier, et»de faire, pour régler la police intérieure de leur république, un code de lois ratifié par le consentement du peuple et par une pratique de trois cents uns. Lorsque Constantin embrassa la foi des chrétiens, il sembla contracter une alliance perpétuelle avec une société indépendante , et les privilèges accordés ou confirtnés par cet empereur et par ses successeurs, furent acceptés, lion pas comme des grâces précaires de la cour, mais comme les droits justes et inaliénables de Tordre ecclésiastique. Éiat L'Église catholique était gouvernée par la juridîc-
* *sortr7cr' tion spirituelle et légale de dix-huit cents évéques (2) , *d!r*u«n«! dont mille étaient répandus dans les provinces grecques , et huit cents ,daus les provinces latines de
(i) Plutarque nous apprend, dans son Traité d'Isis et c^Osiris, quW initiait les rois d'Egypte, aussitôt après leur élection, dans Tordre sacerdotal, lorsqu'ils n'étaient pas déjà prêtres.
(2) Aucun catalogue original , aucun ancien écrivain , ne fixent leur nombre , çt les listea partielles -des Eglises de rOrient sont re]a$iven]i£nt très-modernes. La patiente acti<*
Tempire. L'ëtendoe et les bornas de ienm difiëren» diocèses dépendirent d'abord du succès des missionnaires, et variaient relativement à ces Succès , au zèle des peuples et à la prôpagfttÎGin de rÉvangiïe. Les églises épiscopales étaient |)lacées très- proche les unes des autres sur les rives du Nil , sur les côtes de TÂfrique, dans le proconsulat de TÂsie, et dans toutes les provinces orientales de lltalie. Les évéques de la Gaule et de l'Espagne , de la Thrace et du Ponf, gouvernaient un vaste territoire, et envoyaient leurs suffragans dans les campagnes, pour remplir les fonctions subordonnées du devoir pastoral (i). Un diocèse clnétien jSouvait comprendre toute une province , ou être réduit à un village 5 mais tous les évêques avaient un r^g égal et un caractère indélébile. Ils étaient tous censés successeurs des apôtres^ le peuple et les lois leur accordaient à tous les mêmes privilèges.
vite de Chaires Âe Saint-Paul , de Lucas Hobtenîus et de Bingbam , a laborîeuseoient recherclié tous les sièges épîscopaux de PEglise catholique, qui comprenait presque tout l'empire romain. Le ix* livre des Antiquités chrétiennes est une carte très-exacte de la Géographie ecclésiastique, ' (i) Au sujet. des évêques de campagne ou chorepiscopi , qui votaient dans les synodes et conféraient les ordres inférieurs, vojrez Thomassin , Discipline de l'Église, tomeT, p. 44?» ®^^* > ^^ Chardon, Hist. des Sacrem., t. v, p. SgS, etc. On n'eii entend point parier avant le quatrième siècle j et ce caractère équivoque, qui avait excité la jalousie de^ prélats , fut aboli avant la fifi du dixième siècle dans TOrient et dans rOccident.»