HISTOIRE DE LA DECADEISGE
avait à dessein néglige son éducation , et son ambitieuse mère dénonçait à la censure publique les vices qu'elle avait nourris et les actions qu'elle avait secrètement conseillées. Le divorce et le second mariage de Constantin blessèrent les préjugés des ecclésiastiques , et il perdit par sa rigueur imprudente TaOection des gardes arméniennes. Il se forma une puissante conspiration pour le rétablissement d^Irène^ et ce secret , bien que confié à un grand nombre de personnes , fiit fidèlement gardé plus de huit mois. L'empereut, à la fin , commençant à soupçonner le danger qu'il courait, se sauva de Gonstantinople avec le dessein de réclamer le secours des provinces et des armées. Cette brusque évasion laissa Irène sur le bord du précipice : toutefois , avant d'implorer la clémence de son fils, elle, adressa une lettre particulière aux amis qu'elle avait placés autour de la personne du prince, et les menaça, s'ils manquaient à la parole qu'ils lui avaient donnée , de révéler à Tempereur leur trahison. La crainte les rendit intrépides; ils saisirent l'empereur sur la côte d'Asie, et l'amenèrent au palais dans l'appartement de porphyre , celui où il avait reçu le jour. L'ambition avait étouffé dans le cœur d'Irène tous les sentimens de l'humanité et ceux de la nature ^ il fiit décidé., dans son conseil sanguinaire, qu'on mettrait Constantin hors d'état de régner : ses émissaires se jetèrent sur le prince au moment où il dormait ; ils enfoncèrent leurs poignards dans ses yeux avec iine telle violence et une telle précipitation , qu'on ejit dit; qu'ils
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voulaient lui donner la mort. Un passage équivoque de Théophane a persuade à l'auteur des Annales de l'Ëglise qu'en effet l'empereur expira sous leurs coups. L'autorité de Baronius a Irompé ou subjugué les catholiques , et le fanatisme dejs protestans n'a pas voulu, sur ce point, douter de l'assertion d'un cardinal disposé à favoriser la protectrice des images \ mais le fils d'Irène vécut encore plusieurs années , opprimé par la cour et oublié du monde. La dynastie isaurienne s'éteignit dans le silence , et le souvenir de Constantin ne fut rappelé que par le mariage de sa fille Euphrosyne avec l'empereur Michel II.
Les plus fanatiques d'entre les catholiques ont Irène. justement détesté une mère si dénaturée, qu'elle ne août 19. trouve guère d'égale dans l'histoire des forfaits. Une obscurité de dix-sept jours, durant laquelle plusieurs vaisseaux perdirent leur route en plein midi , fut regardée , par la superstition , comme un effet de son crime -, comme si le soleil , ce globe de feu si éloigné et d'une si grande dimension , sympathisait dans ses mouvemens avec les atomes d'une planète qui fait sa révolution autour de lui. Le crime d'Irène demeura 'cinq ans impuni 5 l'éclat environnait son règne, et à moins que sa conscience ne prit le soin de l'avertir , elle pouvait ignorer ou mépriser l'opinion des hommes. Le monde romain se soumit au gouvernement d'une femme 5 et lorsqu'elle traversait les rues de Constantinople , quatre patriciens , marchant k pied , tenaient les rênes de quatre chevaux
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blancs attelés au char brillant d'or sur lequel se faisait porter leur reine \ mais ces patriciens étaient communément des eunuques , et. leur noire ingratitude justifia en cette occasion la haine et le mépris qu'ils inspiraient. Tirés de la poussière , enrichis et revêtus des premières dif^nités de l'État , ils conspirèrent lâchement contre leur bienfaitrice : le grand trésorier, nommé Nicéphore, fut secrètement revêtu de la pourpre; le successeur d'Irène fut établi dans le palais, et couronné à Sainte-Sophie par un patriarche qu'ils avaient eu soin d'acheter. Dans la première entrevue avec le nouvel empereur, Irène récapitula avec dignité les révolutions qui avaient agité sa vie ; elle reprocha doucement à Nicéphore sa perfidie , laissa entrevoir qu'il devait la vie à sa clémence peu soupçonneuse, et, pour la'dédommager du trône et des trésors qu'elle abandonnait , elle sollicita une retraite honorable. L'avare Nicéphore refusa cette modeste compensation, et l'impératrice, exilée dans l'île de Lesbos • n'eut pour subsister que le produit de sa quenouille.
Nicéphore Sans doute il y a eu des tyrans plus criminels que A. D./8oa, Nicéphore, mais il n'en est peut-être aucun qui ait excité plus universellement la haine de son peuple. Trois vices méprisables, ITiypocrisie, l'ingrafitude et l'avarice, souillèrent son caractère : des talens ne suppléaient pas à son défaut de vertu , et il n'avait point de qualités agréables qui rachetassent «on défaut de talent. Malhabile et malheureux à la guerre, il fut vaincu par les Sarrasins et tué par les Bulgares;
et sa mort fut regardée comme un bonheur qui, dans Topinion publique , compensa la perte d'une armée romaine. Stauracius, son fils et son héritier, né- suuraeius chappa du combat qu-avec une blessure mortelle^ juiuetas. mais six mois d'une vie qui ne fut qu'une agonie prolongée suffirent pour démentir la promesse agréable au peuple , mais indécente en elle-même , qu'il avait faite d'éviter en tout l'exemple de son père. Lorsqu'on vit qu'il lui restait peu de jours à vivre, toutes les voix , soit dans le palais , soit dans la ville , se réunirent en faveur de Michel , grand-maitre du palais, et mari de Procopia , sa sœur. 11 ne manqua à Michel que celle de son envieux beau-frère. Obstinément attaché à retenir un sceptre qui s'échappait de ses mains , celui-ci conspira contre la vie du successeur qu'on lui désignait , et se laissa séduire à l'idée de faire de l'empire romain une démocratie ; mais ces desseins irréfléchis ne servirent qu'à enflauimer le zèle du peuple et à dissiper les scrupules de Michel. Il accepta la pourpre , et avant de descendre dans la tombe, le fils de Nicéphore implora la clémence de son nouveau souverain. Si Michel fût monté dans un j^j^^^j ^^ ^ temps de paix sur un trône héréditaire , il aurait pu iî**D.^Vi', être chéri et regretté comme le père de son peuple 5 ^^^'^ *• mais ses paisibles vertus convenaient surtout à l'obscurité de la vie privée , et il ne fut pas en état de réprimer l'ambition de ses égaux , ou de résister aux armes des Bulgares victorieux. Tandis que son défaut de talens et de succès l'exposait au mépris des soldais, le mâle courage de sa femm^ Procopia excita