HISTOIRE DE LA DÉCADÏINCE
de Constantin v, Tûnion du pouvoir civil et du pou-^ voir ecclésiastique avait renversé l'arbre de la superstition , sans en extirper la racine. La classe d'hommes et le sexe les plus portés à la dévotion , chérissaient en secret le culte des idoles , car c'était ainsi qu'alors on considérait les images ; et l'alliance des moines et des femmes remporta une victoire décisive sur la raison et l'autorité. Léon rv soutint, quoique avec moins de rigueur, la religion de son père et de son aïeul; mais sa femme, la belle et ambitieuse Irène, était imbue du fanatisme des Athéniens , héritiers de l'idolâtrie plutôt que de la philosophie de leurs ancêtres. Pendant la vie de son mari , ces dispositions ne purent qu'acquérir plus de force par les dangers auxquels elles exposaient , et la dissimulation qui en fut la suite j elle put seulement travailler à protéger et avancer quelques moines favoris qu'elle tira de leurs cavernes , et qu'elle plaça sur les trônes métropolitains de l'Orient ; mais, du moment où elle commença à régner en son nom et en celui de son fils, elle s'occupa plus sérieusement de la ruine des iconoclastes ; et c'est par un édit général en foveur de la liberté de conscience , qu'elle prépara la persécution. En rétablissant les moines, elle exposa des milliers d'images à la vénération publique : alors on inventa mille légendes sur leurs souffrances et leurs miracles. Un évéque mort ou déposé était aussitôt
était un homme du monde et un savant , se laisse ga^er par cette odieuse contagion.
remplace par des hommes animes des mêmes vues qu'elle. Ceux qui recherchaient avec le plus d'ardeur les faveur3 temporelles ou célestes, allaient au devant du choix de leur souveraine , qu'ils ne manquaient pas d'approuver 5 et la promotion (Je Tarasius, son secrëfcaire, au rang de patriarche de Constantinople, la rendit maîtresse de l'Église "d'Orient. Mai^ les dé-n crets d'un concile général ne pouvaient être révoqués que par une assemblée de la même nature (i) : Jes iconoclastes qu'elle assembla, forts de leur possession actuelle, se montraient peu disposés à la discussion 5 et la faible voix de leurs évêques était soutenue par les clameurs beaucoup plus formidables des soldats et du peuple de Constantinople. On différa le concile d'une année -y durant cet intervalle , on forma des, intrigues, on sépara les troupes mal affection-^ nées 5 enfin , pour détruire tous les obstacles , on décida qu'il se tiendrait à Nicée , et, selon l'usage de la Grèce , la conscience des évêques se trouva encore une fois dans la main du. prince^. On ne donna que ^ . dix-^huit jours pour l'exécution d'un ouvragé si im- ^'^^'îljî^i *^'
portant : les iconoclastes parurent à l'assemblée, non **Sjyrc7e'!'^
Il «me
comme des juges, mais comme des criminels ou des ^iejtial?'
pénitens^ la présence des légats du pape Adrien et
(i) yoyez les Actes en grec et ea latin du second «oncile de Nicée , avec les pièces qui y sont relatives , dans le huitième volume des conciles (p. 64^1600). Une version fidèle, accompagnée de notes critiques, exciterait, selon la disposition des lecteurs , t)u un soupir ou un sourire.
oct.
celle des patriarches d'Orient ajoutèrent à l'éclat de cette scène (i). Tarasius, qui présidait ïe concile, rédigea le décret, lequel fut confirmé et ratifié par les acclamations et la signature de trois cent cinquante évêques. Ils déclarèrent d'une voix unanime que le culte des images est conforme à TEcriture et à la raison , aux pères et aux conciles ; mais ils hésitèrent lorsqu'on voulut déterminer si ce culte est relatif ou direct , si la divinité et la figure de Jésus-Christ sont susceptibles de la même forme d'adoration. Nous avoas les actes de ce second concile de Nicée; monument curieux de superstition et d'ignorance , de mensonge et de folie. Je rapporterai seulement le jugement des évéques sur le mérite comparatif du culte rendu aux images , et de la moralité dans les actions de la vie. Un moine était convenu d'une trêve avec le démon de la fornication, à condition qu'il cesserait de faire ses prières de chaque jour devant une image suspendue aux murs de sa cellule. Ses scrupules Je déterminèrent à prendre l'avis de son abbé, a II vaudrait mieux, lui répondit le casuiste , entrer dans tous les mauvais lieux et voir toutes les prostituées de la
(i) Les légats du pape qui assistèrent au concile étaient des messagers envoyés par hasard , des prêtres sans mission spéciale , et qui furent désavoués à leur retour. Les catholiques persuadèrent à des moines vagabonds de représenter 1 es patriarches d^Orient. C^est Théodoré Studite , Fun des plus ardens iconoclastes de son siècle , qui révèle cette curieuse anecdote. Epist» i, 38, in Sirmond, 0pp., t. v, p. iSiQ.
lisse-
ville , que de vous abstenir d'adorer Jésus-Christ et sa mère dans leurs saintes images (i). »
11 est malheureux pour l'honneur de l'orthodoxie , éuMis du moins celle de l'Église romaine , que les deux déû^ii^Ue» princes qui ont convoqué les deux conciles de Nicée, paHimpése soient souillés du sang de leurs fils. Irène approu- Théodora. va et fit exécuter despotiquement les décrets de la seconde de ces assemblées ,> et elle refusa à ses adversaires la tolérance qu'elle avait d'abord accordée à ses amis. La querelle entre les iconoclastes et ceux qui soutenaient le culte des images , dura trente-huit ans, ou pendantdnq règnes consécutifs, avec la même fureur, bien qu'avec des succès différens 5 mais mon intention n'est pas de revenir en détail sur des feits pareils à ceux que j'ai déjà racontés. Nicéphore accorda sur ce point une liberté générale de discours et de conduite , et les moines ont indiqué la seule vertu de son règne comme la cause de ses malheurs en ce monde et de sa damnation éternelle. La superstition et la faiblesse formèrent le caractère de Michel i" \ mais les saints et les images , auxquels il rendait des hommages si assidus, ne purent le soutenir sur le trône. Lorsque Léon arriva à la pourpre ,
(i) lu^cpspsi de (TOI iiYi xara^tTrstv ev m TroXst ToiiT»! Tropvetov etç o ftm staù^Çy ri iva (xpvvjoT] to Trpooxuvstv tov xvpiov iQpûV xat Oiov I)](rouv XptoTov pisra ty]ç iSlolç aurou lunrpoç sv etxovt. Ces visites ne pouvaient pas être innocentes, puisque le AaifAow Tropvstaç (le démon de la fornication) sTroXsfxsi de ourov.... ev piia ouv o); eTrexeiTo auTOi) c^odpa. Actio iv, p. log; Actiov, p. io3/.
avec le nom d'Arménien il en adopta la religion ; les images et leurs séditieux adhérens furent de nouveau condamnés à Texil. Les partisans des images auraient sanctifié, par leurs éloges, le meurtre d'un tyran impie ^ mais Michel ii , son assassin et son successeur, était attaché dès §a naissance aux hérésies phrygiennes ^ il voulut interposer sa médiation entre les deux partis, et Tesprit intraitable des catlioliques le fit pencher peu à peu de Tautre côté delà balance. Sa timidité le maintint dans la modération ^ mab Théophile , son fils, également étranger à la crainte et à la pitié , fut le dernier et le plus cruel des iconoclastes. Les dispositions générales leur étaient alors très-défavorables , etles empereurs qui voulurent arrêter le torrent ne recueillirent que la haine publique. Après la mort de Théophile, une seconde femme, Théodora , sa veuve , à qui il laissa la tutelle de l'empire, acheva le triomphe définitif des images. Elle prit des .mesures audacieuses et décisives. Pour rétablir la réputation et sauver l'âme de son mari , elle eut recours à la supposition d'un repentir tardif. La punition des iconoclastes , qui consistait à perdre la vue , fut commuée en une fustigation de deux cents coups de fouet j les ^éques tremblèrent, les moines poussèrent des cris de joie, et l'Église catholique célèbre chaque année la fête du triomphe des images. Il ne restait plus qu^une question à discuter, savoir si elles ont une sainteté qui leur soit propre et inhérente : elle fut agitée par les Grecs dit onzième
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siècle (1)5 et cette opinion est si parfaitement absurde , que je suis étonné qu'elle n'ait pas été adoptée d'une manière plus positive. Le pape Adrien reconnut et proclama en Occident les décrets du concile de Jïicée, que les catholiques révèrent aujourd'hui comme*le Septième des conciles œcuméniques. Rome et l'Italie furent dociles à la voix de leur père spirituel 3 mais la plupart des chrétiens de l'Église latine demeurèrent , à cet égard , fort en arrière dans la carrière de la superstition. Les Églises de France, d'Al- Repugnanlemagne, d'Angleterre et d'Espagne, se frayèrent une Franc» eide^ route entre l'adoration et la destruction des images magne. que ces peuples admirent dans leurs temples, non etc. comme dés objets de culte , mais comme des moyens propres à rappeler et à conserver le convenir de quelques événemens qui intéressent la foi. On vit paraître , sous le nom de Charlemagne , un livre de controverse écrit du ton de la colère (2). Un concile
(i) Voyez les détails sur cette cootroverse dans TAlexis d'Anne Comnène (1. v, p. 129), et dans Mosheim {Instit, Hist, eccles,, p. 3^1, S^a).
(2) Nous voulons parler ici des Libri Carolini (Spanheim, p. 443-529), composés dans le palais ou les quartiers d'hiver de Charlemagne à Worms (A* D. 790), et envoyés par Engebertau pape Adrien i", qui, en les recevant , écrivit une grandis et verbosa^ epistola, ( Concil., t. vin, p. i553. ) Ces Carolines proposent cent vingt objections contre le concile de Nicée , et voici des échantillons des fleurs de rhétorique qu'on y trouve : Dementiam priscœ gentilitatis*,. obsoletum errorem,,,, argumenta jinsanissima et absurdissima,... derisione dignas nœnias, etc.
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de trois cents évec|ue$ s*asserobU à Francfort , sons lautorité de ce prince (i) : ils blâmèrent la fureur des iconoclastes ; mais ils censurèrent avec plus de s(!'vérité la superstition des Grecs et les décrets de leur prétendu concile, qui fut long-temps méprisé des Barbares de TOccident (2). Le culte dl^^mages ne fit parmi eux que des progrès silencieux et imperceptibles ; mais leur hésitation et leurs délab furent bien expiés par la grossière idolâtrie des siècles qui ont précédé la réforme , et par celle qu'on voit régner dans les différentes contrées, soit de l'Europe ou de l'Amérique, qui se trouvent encore enveloppées dans les ténèbres de la superstition. LffspapM Ce tut après le second concile de Micée et sous le **enûâ79 règne de la |iieuse Irène , que les papes, en donnant fi*o!àrnu l'empire à Charlemagne , beaucoup moins orthodoxe, 774' 800. détachèrent de l'empire d'Orient, Rome et Tltalie. 11 fallait opter entre deux nations rivales ] la religion
(1) Les assemblées que convoqua Charlemagne avaient rapport à Tadministration ainsi qu^à PEglise ; et les trois cents membres (Nat. Alexander, sec, 8, p. 53) qui siégèrent et donnèrent leur voix à rassemblée de Francfort, devaient comprendre noiwtealement les évêques , mais les abbés et les principaux laïques.
(2) Qui supra sanctissima patres nostri {episcopi et saceP' dotes) omnimodis serpitium et adorationem imaginum renueti" tes, contempserunt y atque consehtientes condemnat^erunt. ( ConciL, t. IX, p. 10 1 , canon 2, Francfort). Il faudrait avoir le cœur bien dur pour ne pas prendre en compassion les (ffibrts de Baronius, de Pagi, d^Alexandre et de Maimbourg, etc. , pour éluder cette malheureuse sentence.
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ne fut pas le seul motif de leur choix : dissimulant les fautes de leurs amis , ils ne voyaient qu'avec inquiétude et répugnance les vertus catholiques de leurs ennemis -, la différence de langage et de mœurs avaitperpétuéFinimitiédesdeux capitales, etsoixantedix ans de schisme les avaient totalement aliénées l'une de l'autre. Durant cet intervalle , les Romains avaient goûté de la liberté, et les papes de là domination -, en se soumettant ils se seraient exposés à la vengeance d'un despote jaloux, et la révolution de l'Italie avait montré en même temps l'impuissance et la tyrannie de la cour de Byzance. Les empereurs grecs avaient rétabli lés images, mais ils n'avaient pas rendu les domaines de la Calabre (i) , ni le diocèse d'IUyrie (2) , que les iconoclastes avaient enlevés aux successeurs de saint Pierre 5 et le pape Adrien les menaça de l'excommunication, s'ils n'abjuraient
(i)Théophane (p. 343) indique les domaines de la Sicile et de la Calabre , qui donnaient un revenu annuel de trois lalens et demi d'or (peut-être sept mille livres sterl.). Luitprand fait une plus pompeuse énumération des patrimoines de TEglise romaine dans la Grèce , la Judée , la Perse , la Mésopotamie , la Babylonie et la Libye , injustement retenus par l'empereur grec. Légat, ad Nicephorum , in Script, Rerum itaL, t. 11 , part, i , p. 481.
(2) Il s'agit ici du grand diocèse de l'Illyrie orientale avec la Pouille, la Calabre et la Sicile. ( Thomassin , Discipl. de VEgl., t. I , p. 145. ) De l'aveu des Grecs, le patriarche de Constantinople avait détaché de Rome les métropolitains de Thessalonique , d'Athènes , de Corinthe , de Nicopolis et de Patras(Luc. Holsten. , Geograph. sacra, p. 22); et ses
pas cette hérésie pratique (i). Les Grecs élaient alors orthodoxes ^ mais le monarque régnant pouvait infecter leur reli(;ion de son souffle : les Francs se montraient rebelles^ mais un œil pénétrant pouvait démêler qu'ils passeraient bientôt de Tusage au culte des images. Le nom de Charleraagne portait la tache du fiel polémique répandu par ses écrivains ; mais, quant à ses opinions personnelles , le vainqueur lO conformait, avec la souplesse d'un homme d*État, aux diverses idées de la France et de Fltalie. Dans sei quatre pèlerinages ou visites au Vatican, il avût para uni avec les papes d'aOection et de croyance ^ il s'était agenouillé devant le tombeau et par conséquent devant Hmage de saint Pierre , et avait pris part sans scrupule à toutes les prières et à toutes les procès- * sions de la liturgie romaine. La sagesse et la reconnaissance ne s'opposaient-elles pas à ce que les pontifes de Rome s'éloignassent de leur bienfaiteur?
conquêtes spirituelles s^étendaient jusqu^à Naples et Amalfi.. Giannone, Istor. ciV. di Napoli, t. i, p. 5i7-Sra4; Pagiy A. D. 780, n" 1 1.
(1) /n hoc ostenditur, quia ex uno capitulo ab errort rwet^ sis y in aliis duobus, in eodem (était^-ce le même? ) perma-
néant errore de diocesi S. R. E., seu de patrimoniis iterum
increpantes commonemus, ut si ea restituere noluerit, hart' ticum eum pro hujus modi errore perseçerantiâ decememus. {Epis t. jédrianipapœ adCarolum Magnum, in Concil,, t. vin, p. 1 $98. ) Il ajoute une raison directement opposée à sa conduite; il dit qu^il préfère aux biens de ce monde périssable, le salut des âmes et la règle de la foi^
avaient-ilsledroitd' aliéner l'exarchat qu'ils en avaient reçu ? avaient-ils le pouvoir d'abolir à Rome son gouvernement? Le titre de patrice ëtait au-dessous du mérite et de la grandeur de Charlemagne *, le seul moyen pour eux de s'acquitter de ce qu'ils lui devaient ou d'assurer leur position , était de rétablir l'empire d'Occident. Cette opération décisive allait anéantir à jamais les prétentions des Grecs -, Rome allait sortir de l'humiliant état de ville de province pour reprendre toute sa majesté ; les chrétiens de l'Église latine allaient être réunis, sous un chef suprême, dans lent ancienne métropole, et les vainqueurs de rOccident allaient recevoir leur couronne des successeurs de saint Pierre. L'Église romaine acquérait un défenseur %élé et imposant ^ et, sous la protection de la puissance carlovingienne , l'évêque de Rome pourrait désormais gouverner cette capitale avec honneur et sûreté (i).
Avant même la ruine du paganisme , la concurrence qui s'élevait pour le riche évêché de Rome avait souvent produit des émeutes et des massacres.
(i) Fontanini ne voit dans les empereurs que les avocats de l'Eglise, advocatus et defensor S. R. E. {Voy. Ducange, Ghss, lat. , t. I, p. 97.) Muratori , son adversaire, ne fait du pape que l'exarque de l'empereur. Selon l'opinion plus impartiale de Mosheim ( //tj^i^. Hist, eccles., p. 264, 265), les papes tenaient Rome en qualité de vassaux de l'empire , et comme possédant la plus honorable espèce de fief ou de bénéfice : au reste , ces détails premuntur noctc cali-^ ginosâ !
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A. D. 8^, ééc. 25.
A Tëpoque dont nous parlons, le peuple était moins nombreux , mais les mœurs étaient plus sauvages , la conquête plus importante j et les ecclésiastiques ambitieux qui aspiraient au rang de souverain , se disputaient avec fureur la chaire de saint Pierre. La longueur du règne d'Adrien i*' (i) surpassa celle du règne de ses prédécesseurs et des papes qui vinrent après lui ('i) : l'érection des murs de la ville de Rome, le patrimoine de l'Église , la destruction des Lombards, et l'amitié de Charlemagne, tels furent les trophées de sa gloire \ il éleva en secret le trône de ses successeurs, et, sur un théâtre peu étendu, il déploya les vertus d'un grand prince. On respecta sa mémoire *, mais lorsqu'il fallut le remplacer, un prêtre de l'église de Latran , Léon m , fut préféré à son neveu et à son favori, qu'il avait revêtus des premières dignités de l'Église. Ceux-ci, sous le masque
(i) Une épitaphe de trente-huit yen, dont Charlemagne se déclare- Tauteur ( Co/iciY. ^ t. yiii, p. 52o), rend compte de son mérite et de ses espérances.
Post patrem lacrymans Carobu hœc camUna scripêi.
Tu mihi dulcis amor, te modo plango pater
IV^omina jungo simul titulis y clarissime, nostra : Adrianus , Carolus , rex ego , tuque pater.
On peut croire qu^AIcuin fit ces vers , mais que ce glorieux tribut de larmes venait de Charlemagne.
(2) On dit à chaque nouveau pape : Sancte pater, non videbis annos Pétri, vingt -cinq ans. En examinant la liste des papes , on voit que le terme moyen de leur règpie est d'environ huit ans ; terme bien court pour un cardinal ambitieux.
de la soumission ou de la pénitence , dissimulèrent durant plus de quatre ans leurs horribles projets de vengeance ^ enfin , dans uue procession , une bande de conspirateurs furieux , après avoir disperse une multitude désarmée , se jeta sur la personne sacrée du pape, qu'ils accablèrent de coups et de blessures. Ils en voulaient à sa vie ou à sa liberté ^ mais , soit trouble , soit remords , ils manquèrent leur entreprise. Léon, laissé pour mort sur la place , étant revenu de l'évanouissement causé par la perte de son sang , recouvra la parole et la vue \ et sur cet événement naturel , on a fabriqué l'histoire miraculeuse de la restauration de ses yeux et de sa langue , dont l'avait privé deux fois le fer des assassins (i). 11 s'échappa de sa prison et se réfugia au Vatican \ le duc de Spolette vola à son secours \ Charlemagne fut indigné de cet attentat^ et, soit invité par lui, soit de son propre mouvement , le pontife de Rome alla le trouver dans son camp de Paderborn en Westphalie. Léon repassa les Alpes avec une escorte de comtes
(i) Anastase (t. m,. p. 197, 198) le dit positivement, et quelques annalistes français le croient aussi ; mais Eginhard et d^autres écrivains du même siècle sont plus raisonnables ou de meilleure foi. Unus ei oculus paululum est lœsus , dit Jean , diacre de Naples ( yit. episcop, NapoL, in Scrip^ tores Muratori, t. i, part. 11, p. 3i2 ). Un contemporain , Théodulphe , évêque d'Orléans , obseiTe avec prudence (1. III, carminé 3 ) :
Reddita sunt? mirum est : mirum est auferre nequisse. Est tamen in dubio , hinc mirer an inde magis.
et d'ëvéqaes qui devaient défendre sa personne et prononcer sur son innocence; et ce ne fut pas sans regret que le vainqueur des Saxons diflTéra jusqu'à Tannée suivante d*aller lui-même remplir à Rome ce pieux devoir. Charlemagne se rendit en effet à Rome pour la quatrième et dernière fois ; il y fut reçu avec tes honneurs dus au roi des Francs et an patrice de cette capitale. Léon eut la permission de se disculper par le serment des crimes qu'on lui imputait; ses ennemis furent réduits au silence, et Ton punit trop doucement par Texil les sacrilèges assassins qui avaient voulu attenter à sa vie. Le jour de Noël de la dernière année du huitième siècle , Charlemagne se rendit à la basilique de Saint -Pierre : pour satisfaire la vanité des Romains , il avait changé le simple habit de sa nation contre celui de patrice de Rome(i). Après la célébration des saints mystères, Léon plaça tout à coup sur la tête du prince une couronne précieuse (a), et Téglise retentit de cette
(i) Il se montra deux fois dans Rome, à la requête d^Adrien et de Léon , longâ tunicâ et chlamjrde amictus, et cal' ceamentis quoque romano more formatU, Ëginhard (c. 23, p. lo^i i3) décrit, à la manière de Suétone, la simplicité de son habit , tellement reçu en France, que lorsque Charles le Chauve revint en France avec un habillement étranger, on voyait les chiens patriotes aboyer après lui. Gaillard, f^ie de Charlemagne, t. iv, p. log.
(2) yoy, Anastase (p. 199) et Eginhard(c. 28, p. 124- 128). Théophane (p. 399) parle de Fonction; Sigonius (d'après rOr^o romanus ) du serment; elles jénnales Berti-
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acclamation : a Longue vie et victoire à Charles, très - pieux Auguste , couronné par la main de Dieu , grand et pacifique empereur des Romains ! » On répandit l'huile royale sur sa tête et sur son corps* D'après l'exemple des Césars , il fut salué ou adoré par le pontife. Le serment de son couronnement renfermait la promesse de maintenir la foi et les privilèges -de l'Eglise 5 de riches offrandes déposées sur le tombeau du saint apôtre furent le premier fruit de cette promesse. L'empereur protesta, dans des entretiens familiers, qu'il n'avait pas connu le dessein de Léon ] que s'il en avait été instruit , il l'aurait déjoué par son absence ; mais les préparatifs de la cérémonie devaient en avoir divulgué le secret, et le voyage de Charlemagne annonce qu'il s'attendait à ce couronnement (i) : il avait avoué que le titre d'empereur était l'objet de son ambition, et un synode tenu à Rome avait prononcé que c'était la seule
niani ( J'crtp^. Muratori , t. ii, part, ii, p. 5o5) de l'adoration du pape , more antiquorum principum,
(i) Ce grand événement delà translation ou restauration de l'empire d'Occident est raconté et discuté par Natalis Alexander {seculum g. Dissert, i, p. 890-397), par Pagi (t. ni, p. 4'^)» P^"* Muralori {Annali d'Italia, tom. vi, p. 339-352), par Sigonius {de Regno Italiœ, 1. iv, 0pp., t. II, p. 247-^^ 0> par Spanheim {de fictâ Translatione imperii) , par Giannone (t. i, p. 395-4o5), par Saint- Marc {Abrégé chronologique, t. 1, p. 438-45o), et par M. GsiiL[ïkTà{Hist. de Charlemagne, 1. 11, p. 386-44^)- Presque tous ces modernes ^oiit soumis à quelques préventions religieuses ou nationales.