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récompense proportionncSe à son mérite et à ses
services.
RègM H Le surnom de Grand a été souvent accordé, et iTchari*. quelquefois avec justice; mais il ny a que Charte- T'a' magne pour qui cette belle épithète ait été jointe
7tiMi4.
au nom propre d'une manière indissoluble. Ce nom a été placé dans le calendrier de Rome parmi ceux des saints; et, par un rare bonheur , ce saint a obtenu les éloges des historiens et des philosophes d'un siècle éclairé (i). La barbarie du siècle et de la nation du milieu desquels il s'est élevé , ajoute sans doute à son mérite réel; mais les objets tirent aussi une grandeur apparente An la petitesse de ceux qui les environnent, et les ruines de Palmyre doivent beaucoup de leur éclata la nudité du désert. Je puis sans injustice faire remarquer quelques taches sur la sainteté et la grandeur du restaurateur de l'empire d'Occident. La continence n'est pas la plus brillante de ses vertus morales (a) : au reste , neuf femmes ou concubines,
(i) Mably ( Observ. sur VHisL de France)^ Voltaire {Hist. générale)^ Robertson {Hist. de Charles^Quint) et Montesquieu {Espr. des Lois, 1. xxxi, c. 28) ont donné de grands ëloges à Charlemagne. M. Gaillard a publié en 1782 l'histoire de ce prince (4 vol. in- 12) , qui m'a été fort utile , et dont j'ai usé librement. L'auteur est judicieux et humain, et son ouvrage est élégant et soigné. Au reste , j'ai examiné aussi les monumens originaux des règnes de Pépin et de Charlemagne dans le cinquième volume des Historiens de France.
(2) La vision de Weltin , composée par un moine , onze
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d'autres amours moins relevées et moins durables^ la multitude de ses bâtards, qu'il plaça tous dans • l'ordre ecclésiastique., le long célibat et les mœurs licencieuses de ses filles (i), qu'il semble avoir trop aimées, peuvent n'avoir pas eu de conséquences réellement funestes au bonheur public. A peine vou* dra-t-on me permettre d'accuser l'ambition d'un conquérant; mais, dans un jour de rétributions , les fils de Carloman son frère , les princes mérovingiens d'Aquitaine, et les quatre mille cinq cents Saxons qu'il fit décapiter au même endroit, auraient bien quelque chose à reprocher à la justice et à l'humanité de Charlemagne. Le traitement qu'essuyèrent les Saxons (a) fut un abus du droit de la victoire. Ses ■ ■ ■ *■ ■ ' ■ . .■ ■ II. I ... y , Il ■ ■■
ans après la mort de Charlemagne , le montre dans le pur« gatoire , où un vautour lui déchire Porgane de ses criminels plaisirs , en respectant toutes les autres parties de son corps, emhlême de ses vertus. Voyez Gaillard, tom. ii , pages 817-360.
(i) Le mariage d^Ëginhard avec Emma , fille de Gharle-» magne , est , selon moi , assez réfuté par le probrum et le suspicio jetés par lui sur ces belles filles , sans en excepter celle qu'on lui donne pour épouse (c. 19, p. 98-100 , cum notis Schmincke); c'eût été pour un mari avoir l'âme trop forte que de remplir si bien les devoirs d'un historien.
(^) Outre les massacres et les transmigrations qu'essuyèrent les peuples de la Saxe , Charlemagne soumit à la peine de mort les crimes suivans : 1 ° le refus du baptême ; 2® ceux qui , pour éviter ce baptême , se diraient baptisés^, 3* le retour à l'idolâtrie ; 4° le meurtre d'un prêtre ou d'un évêque ; 5® les sacrifices humains; 6** ceux qui mangeraient de la viande pendant le carême; mais tous les crimes étaient ex-
34o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
lois ne furent pas moins sanguinaires que ses armes ^ et dans Texamen de ses motifs, tout ce qu'on ne donne pas à la superstition doit s'imputer au caractère. Le sédentaire lecteur est étonné de l'activité infatigable de son esprit et de son corps ^ et ses sujets n'étaient pas moins frappés que ses ennemis des subites apparitions par lesquelles il les surprenait lorsqu'ils le croyaient dans les parties de l'empire les plus éloignées. 11 ne se reposait ni durant la paix ni durant la guerre, ni l'hiver ni l'été ^ et notre imagination ne concilie pas aisément les annales de son règne avec les détails géographiques de ses expéditions. Mais cette activité était une vertu nationale plutôt qu'une vertu personnelle : un Français passait alors sa vie errante à la chasse , dans des pèlerinages ou des aventures militaires , et les voyages de Charlemagne n'étaient distingués que par une suite plus nombreuse et un objet plus important. Pour bien juger de la réputation qu'il a obtenue dans le métier des armes , il faut considérer quels furent ses troupes, ses ennemis et ses actions. Alexandre fit ses conquêtes avec les soldats de Philippe-, mais les deux héros qui avaient précédé Charlemagne, lui avaient It^gué leur nom, leurs exemples et les compagnons de leurs victoires- C'est à la tête de ces vieilles troupes supé-
piés par le baptême ou par une pénitence (Gaillard, t. ii p. 241-247), et les chrétiens saxons devenaient les égaux et les amis des Français. Struv., Corpus Hàt. germanicœ page i33. '
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rieures en nombre qu'il accabla des nations sauvages ou dégénérées, incapables de se réunir pour leur sûreté commune , et jamais il n'eut à combattre une armée égale en nombre, ou qui pût se comparer à la sienne pour les armes et pour la discipline. La science de la guerre a été perdue , et s^est ranimée avec les arts de la paix ; mais ses campagnes n'ont été illustrées par aucun siège ou aucune bataille bien difficile ou d'un succès bien éclatant, et il dut voir d'un œil d'envie les triomphes de son grand-père suf les Sarrasins. Après son expédition d'Espagne, son arrière - garde fut défaite dans les Pyrénées ; et ses soldats, qui voyaient leur situation sans remède, et leur valeur inutile, purent en mourant accuser le défaut d'habileté ou de circonspection de leur général (i). C'est avec respect que je toucherai aux lois de Charlemagne, tant louées par un juge si respectable. Elles ne forment pas un système , mais une suite d'édits minutieux publiés selon les besoins du moment pour la correction des abus, la réforme des mœurs, l'économie de ses fermes, le soin de sa volaille et même la vente de ses œufs. 11 voulait perfectionner la législation et le caractère des Français ,
(i) Le fameux Rutland, Roland, Orlando, fut tué dans cette action cum compluribus aliis. La vérité se- trouve dans Ëginhard (c. 9, Hist. de Charlemagne , p. 5i-56), et la fable, dans un supplément ingénieux de M. Gaillard (t. m , p. 474)' Les Espagnols sont trop fiers d'une victoire que les monumens historiques attribuent aux Gascons, et les l\omains aux Sarrasins.
et ses tentatives, malf^rë leur faiblesse et leur im-* perfection , méritent des éloges : il suspendit ou il adoucit par son administration les maux invétérés qui pesaient sur son siècle (i)^ mais dans ses institutions j*aperçois rarement les vues générales et Timmortel esprit d'un législateur qui se survit à lui-même pour le bonheur de la postérité. L'union et la stabilité de son empire dépendaient de sa seule vie : il suivit le dangereux usage de partager son royaume entre ses enfans, et, après ses nombreuses diètes, laissa tous les points de la constitution flotter entre les désordres de Tanarchie et ceux du despotisme. Il se laissa entraîner, par son estime pour la piété et les lumières du clergé , à remettre entre les mains de cet ordre ambitieux des domaines temporels et une juridiction civile; et lorsque Louis son fils fut accusé et déposé par les évoques, il put avoir quelque droit de l'imputer à l'imprudence de son père. Il enjoignit par ses lois le paiement (le la dime , parce que les démons avaient proclamé dans les airs que c'était pour ne l'avoir pas payée qu'on venait d'éprouver une disette de grains (2). Son goût pour les lettres est attesté
(i) Cependant Schmidt fait coanaître, diaprés les meilleures autorités , les désordres intérieurs et la tyraunie de son règne. Hist, des Allemands , t. 11, p. 4^49*
(2) Omnis homo ex sud proprietate legitimam decimam ad Ecclcsiam conférât. Expérimenta enim didicimus , in anno, quo valida illa famés irreps it, ebullire vacuas annonas à dot" monibus devoratas , in voces exprobrationis auditas. Tel est le décret et l'assertion du grand concile de Francfort (Ca-
par les écoles qu'il établit , par les arts qu'il introduisit dans ses États, par lés ouvragesqui parurent îous son nom, et par ses relations familières avec ceux .de ses sujets et des étrangers qu'il appela à sa cour, afin de travailler à son éducation et à celle de s*n peuple. Ses études furent tardives , laborieuses et imparfaites; s'il parlait le latin et s'il entendait le grtc, il avait appris dans la conversation plutôt que daiB les livres ce qu'il savait de ces deux langues , et c^ ne fut qu'à un âge mûr que le souverain de l'empire d'Occident s'efforça de se familiariser avec l'art le l'écriture , que tous les paysans connaissent aujoud'hui dès leur enfance (i). On ne cultivait alors la granmaire et la logique, l'astronomie et la musique, que pour les faire servir à la. superstition; mais li curiosité de l'esprit humain doit à la fin le perlecjonner, et les encouyagemens accordés aux science composent les rayons les plus purs et les plus dax de la gloire dont s'est environné le carac^
non XXV t. ix, p. io5). Seiden {Hist. of Tithes ; Works, V. III, prt. 2 , p. II 46) et Montesquieu {Esprit des Lois , 1. XXXI, t 12) représentent Charlemagne comme le premier auteur Irai de la dîme. Les propriétaires lui ont une grande oligation !
(1) Egihard'(c. 25, p. 119) affirme clairement: teniar-
bat et scri^re sed parum prospère successit labor prœpos'
terus et ^e> inchoatus. Les modernes ont perverti et corrigé le sens natreLde ces paroles, et le titre seul delà dissertation deM.jaillard (t. m, p. 247-260) laisse apercevoir sa partialité.
tère (ie Charlema^iie (i). Sa figure majestueuse (ti), la lon;;ueur de son rè^ne, la prospérité de ses armes, la vi*;ueur de son administration, et les hommage!^ que lui rendirent les nations éloignées, le distinguea de la foule des rois : et le renouvellement de Fempin d'Oecident rétabli par lui , a commencé pour rEuro|e une nouvelle époque.
Éieadac Cet empire était digne de son titre -, et le priice tnpira Ml qui , par droit d'héritage ou de conquête (3), régiait à la fois sur la France, sur TEspagne, sur 1 Itaie, TAllemagne et la Hongrie , pouvait se regaxler
(i) Voy, Gaillard, t. m , p. 138-176, et Schmidt t. 11, •p. 121-129.
(2) M. Gaillard (t. m, p. 872) fixe la taille de «barlemagnc {voyez une dissertation de Marquard Freher/z^ caU cem Kginhard, p. 220 , etc.) à cinq pieds neuf paces de France, c*esi — à-dire à environ six pieds un poue et un quart , mesure d'Angleterre. Les romanciers lui on donné huit pieds; ils attribuent à ce géant une force et u appé* tit extraordinaires : d'un seul coup de sa bonne pée, la joyeuse, il partageait en deux un cavalier et son aeval; il
mangeait dans un seul repas une oie, deux voldles, un quartier de mouton , etc.
(3) Voyez un ouvrage concis, mais exact et oriînal', de M. d'An ville {Etats formés en Europe après la chuide VEntr pire romain en Occident, Paris, ^11 ^f i""4**) > ^^^ ^* carte renferme tout l'empire de Charlemagne. Les difie^ntes parties sont éclaircies , relativement à la France, ar Valois ( Notifia Galliarum) , relativement à l'Italie , ht Berelti {Dissertatio chorographica) , et relativement à 'Espagne , par Marca {Marca Hispanica), J'avoue que j'apeu de matériaux sur la géographie du moyen âge de l'Atmagne.
comme possesseur de la plupart des plus beaux royaumes de TEurope (i). i*' La province romaine de la Gaule était devenue la monarchie de France ; mais, dans le déclin de la ligne des Mérovingiens, ses limites furent resserrées par l'indépendance des Bretons et la révolte de l'Aquitaine. Charlemagne poursuivit les Bretons jusqu'au bord de l'Océan , resserra sur les côtes cette tribu féroce , dont l'origine et la langue sont si éloignées de celles des Français, et pour punition lui imposa des tributs , en exigea des otages, et la contraignit à la paix. Après une longue querelle , la province d'Aquitaine fut confis-^ quée, et ses ducs perdirent la liberté et la vie. C'eût été punir bien rigoureusement des gouverneurs ambitieux, coupables seulement d'avoir voulu trop fidèlement imiter les maires, du palais *, mais une chartre découverte depuis peu (2), prouve qu'ils
(ï) Eginliard, après avoir raconté brièvement les guerres et les conquêtes de Charlemagne ( yit. CaroL, c. 5-i4), récapitule en peu de mots ( chap. i5 ) les diverses contrées soumises à son empire. Struve {Hist. german., p. 118-149) a inséré dans ses notes les textes des anciennes chroniques.
(2) Une chartre accordée au monastère d'Alaon(A.D. 845) par Charles le Chauve, donne cette généalogie. Je ne sais si dans cette chaîne tous les anneaux des neuvième et dixième siècles sont aussi solides que le reste. Cependant la généalogie est approuvée et défendue en entier par M. Gaillard (t. Il, p. 60-81, 2o3-2o6), qui assure que la famille de Montesquiou (non pas celle du président de Montesquieu ):,. descend , par les femmes , de Clotaire et de Clovis : prétention innocente.^