V|6 HISTOIRE DR LA DÉCADENCE
étaient les derniers descendans de Clovis et les héritiers lej^itimes de sa couronne par une branche cadette descendue d'un frère de Dagobert. Leur ancien royaume se trouvait réduit au duché de Gascogne, aux comtés de Fésenzac et d'Ârmagnac , situés au pied des Pyrénées \ leur race se propagea jusqu aa commencement du sixième siècle , et ils survécurent à leurs oppresseurs les Carlovingiens, pour éprouver Finjustice ou les faveurs d'une troisième dynastie. Par la réunion de l'Aquitaine , la France acquit retendue qu'elle conserve aujourd'hui , en y ajoutant Etpagat. les Pays-Bas jusqu'au Rhia. a"" Les Sarrasins avaient été chassés de la France par le père et le grand-père de Charlemagne ; mais ils demeuraient les maîtres de la plus grande partie de l'Espagne , depuis le rocher de Gibraltar jusqu'aux Pyrénées. Dans leurs dissensions civiles, un Arabe, l'émir de Saragosse, se rendit à la diète de Paderborn pour y implorer la protection de l'empereur. Charlemagne passa en Espagne-, il rétablit l'émir, et, sans distinguer les croyances, il écrasa les chrétiens qui voulurent résister, et récompensa l'obéissance et les services des musulmans. Il établit ensuite , en s'éloignant , la Marche espagnole (i), qui s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à
(i) Les gouverneurs ou les comtes de la Marche espagnole levèrent , environ vers Pan 900 , Pétendard de la révolte contre Charles le Simple; et les rois de France n''en ont recouvré qu'une faible partie ( le Roussillon) en 1642. (Longuerue, Description delà France, t. i, p. 220— 222.) Au reste, le Roussillon contient cent quatre— vingt «huit mille neuf
la rivière de TEbre : le gouverneur français résidait à Barcelone-, il donnait des lois aux comtés de Roussillon et de CatalagnCy et les petits royaumes à^ Aragon et de Nas^arre étaient soumis à sa juridiction. 3° En qualité de roi dés Lombards et de patrice de Rome , Charlemagne gouvernait la plus itaUe. grande partie de l'Italie (i) , formant, depuis les Alpes jusqu'aux frontières de la Calabre , une étendue de mille milles. Le duché de Bénés^ent , fief lombard , s'était agrandi aux dépens des Grecs sur tout le pays qui compose le royaume actuel de Naples. Mais le duc alors régnant, Arrechis, ne voulut point partager la servitude de son pays \ il se qualifia de prince indépendant , et il opposa son épée à la monarchie carlovingienne. Il se défendit avec fermeté \ sa soumission ne fut pas sans gloire, et l'empereur se contenta d'exiger de lui un tribut modique , la démolition de ses forteresses , et l'engagement de reconnaître sur ses monnaies la supériorité d'un suzerain. Grimoald , fils d' Arrechis , tout en flattant Charlemagne et lui donnant adroitement le nom de père , n'en soutint pas moins sa dignité avec prudence , et Bénévent s'affranchit peu à peu du joug
cents habitans , et il paie deux millions six cent raille livres d^impôt (M. Necker, Administration des Finances , t. i ^ p. 278, 279); c'est — à -dire qu'il renferme peut— être plus, d'habitans et rapporte sûrement plus d'impôts que toute la Marche de Cbarlemagne.
(i) Schmidt y Hist. des Allemands, t. 11 , p. 200 > etc.
AiiriMgM. (les Français (i). 4*^ Cliarleiiia^ue esl le premier qui ait réuni la Germanie sous le même sceptre. Le nom de France orientale s'est conservé dans le cercle de Fianconie, et la conformité de la religion et du {gouvernement avait récemment incorporé les liabitans de la liesse et de la Thuringe à la nation des vainqueurs. Les Allemands , si formidables aux Uomains, éuient les fjdèles vassaux et les confédérés des Francs \ et leur pays comprenait le territoire de' \ Alsace, de la Souabe et de la Suisse. Les Bavarois, à qui on laissait aussi leurs lois et leurs mœurs y souiTraient un maître avec plus d'impatience : les trahisons multipliées de* leur duc Tasille légitimèrent Fabolitiou de la souveraineté héréditaire , et le pouvoir des ducs fut partagé entre les comtes chargés à la fois de garder cette importante frontière et d'y exercer k's fonctions de juges. Mais la partie du nord de FÂllemagne , qui s'étend du Uhin au-delà de FElbe, était toujours ennemie et païenne : ce ne fut qu'après une guerre de trentetrois ans que les Saxons embrassèrent le christianisme et furent soumis à Charlemagne. On détruisit les idoles et leurs adorateurs : la fondation des évécliés de Munster , d'Osnabruck , de Paderborn , de Minden , de Brème, de Verden, de Hildesheim et d'Halberstadt , marque des deux côtés du Weser les bornes de Vancieime Saxe : ces évêchés formè-
(i) F'oyez Giannoae , t. i , p. 874 , B^S ; et les Annales de MuFatori.
rent les premières ëcoles et les premières villes de cette terre sauvage -, et la religion et Fhumanité qu'on sut inspirer aux enfans , expièrent en quelque sorte le massacre des pères. Au-delà de l'Elbe, les Slaves ou Sclavons , peuplç de mœurs uniformes, bien que sous diflfërentes dénominations , occupaient le territoire qui forme aujourd'hui la Prusse , la Pologne et la Bohême^ et quelques marques passagères d'obéissance ont engagé les historiens français à prolonger l'empire de Charlemagne jusqu'à la Baltique et à la Vistule. La conquête ou la conversion de ces pays est plus récente 5 mais on peut attribuer aux armes de ce prince la première réunion de la Bohême au corps germanique. 5° Il fit souffrir aux Avares ou Hongrie. Huns de la Pannonie les calamités dont ils avaient accablé les nations. Le triple effort d'une armée française qui entra dans leur pays par terre et par les fleuves , en traversant les monts Carpathes , situés le long de la plaine du Danube , renvers.a les fortifications de bois qui environnaient leurs districts et leurs villages. Après une sanglante lutte qui dura huit ans, le massacre des plus nobles d'entre les leurs vengea la mort de quelques généraux français 5 les restes de la nation se soumirent. La résidence royale du chagan fut dévastée et totalement détruite ; et les trésors amassés pendant deux siècles et demi de rapines enrichirent les troupes victorieuses ou ornèrent les églises de l'Italie et de la Gaule (i).
(i) Quot prœlia in eo gesta, quantum sanguinis effusum
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Après la réduction de la Paiinonie , lempire de Charlcmagne ne se trouva plus borné que par le confluent du Danube ^ de la Teyss et de la Save ; il accpiit sans peine et sans beaucoup d*avantages les provinces d*lstrie , de Liburnie et de Dalmatie \ et ce fut par un etlet de sa modération qu*il laissa les Grecs possesseurs réels ou titulaires des villes maritimes. Mais Tacciuisition de ces pays éloignés ajouta plus à sa réputation qu'à sa puissance, et il n'osa point y risquer d'établissement ecclésiastique pour tirer les Barbares de leur vie errante et de leur idolâtrie. U ne fit que de faibles eflbrts pour établir quelques canaux de communication entre la Saône et la Meuse, le Rhin et le Danube (i). L'exécution d'un semblabie projet aurait vivifié Tempire , et Charlçmagne prodigua souvent à la constniction d'une cathédrale plus
^il^ testatur vacua omni habttatione Pannonia, et locus in quo rrgia Cagani fuit ita desertus , ut ne vestigium quidem humana habitaiionit appareat, Tota in hoc bello Hunnorum nobilitas pcriit, tota gloria decidit, omnis pecunia et congesti ex iongo tempore thesauri dirtpti sunt,
(i) Il n^entreprit la jonction du Rhin et du Dauube que pour faciliter les opérations de la guerre dePannonie. ( Gaillard, yie de Charlemagne , t. ii , p. 3i2-3i5). Des pluies excessives , des travaux militaires et des frayeurs superstitieuses, interrompirent ce canal, qui nWrait eu que deux lieues de longueur, et dont on voit encore quelques vestiges dans la Souabe. Schxpflin, Hist.de VAcad. des Inscript. , t. XVIII, p. 256; Molimina flui'iorum f eXc . , Jungendorum , pag. 59-(>:%.
d'argent et de travaux que n'en aurait coûté cette entreprise.
Si on rapproche le? grands traits de ce tableau sc» voisins
1 • « , Cl SCS
géographique , on verra que l'empire des Français enaemis. se prolongeait, entre l'orient et l'occident, de rÈbre à l'Elbe ou à la Vistule; entre le nord et le midi, du duché de Bénévent à la rivière d'Eyder , qui a toujours séparé FAUemagne et le Danemarck. L'état de misère et de division où se trouvait le reste de l'Europe augmentait l'importance personnelle et l'importance politique de Charlemagne. Une multitude de princes , d'origine saxonne ou écossaise , se disputaient les îles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande •, et après la perte de l'Espagne, le royaume des Goths chrétiens , gouvernés par Alphonse le Chaste , se trouva borné à une chaîne étroite des montagnes des Asturies. Ces petits souverains révéraient la puissance ou la vertu du monarque carlovingien^.ils imploraient l'honneur et l'appui de son alliance : ils le nommaient leur père commun , seul et suprême empereur de l'Occident (i). Il traita plus également avec le calife Haroun-al-Raschid (2) , dont les États
(1) Voyez Éginhard (c. 16) et M. Gaillard (t. n, p. 36i- 385), qui rapporte, sans trop dire sur quelle autorité, la correspondance de Charlemagne et d'Egbert , le don que Tempereur fit de son épée au prince saxon , et la modeste réponse de celui— ci. Cette anecdote , si elle est véritable, aurait été un ornement de plus pour nos histoires d^Angleterre.
(2) Les Annales françaises parlent seules de cette çorres»