UISTOIEE DE LA DECADENCE
se proloo^eaicot depuis T Afrique jusqu'à llnde, et il reçut des ambassadeurs de ce prince une tente, une horlo;;e d'eau, ua éléphant, et les clefs du saintsépulcre. Il u est pas aisé de concevoir Tamitié personnelle d'un Français et d'un Arabe qui ne s'étaient jamais vus , et qui avaient une langue et une religion si diirérentes ; mais quant à leur correspondance publique, elle était fondée sur la vanité, et Téloignement où ils étaient Tun de l'autre ne permettait pas que leurs intérêts pussent se trouver en concurrence. Les deux tiers de l'empire que Rome avait possédé en Occident se trouvèrent soumis à Charlemagne , et il était bien dédommagé de ce qui lui en manquait, par sa domination sur les nations inaccessibles ou invincibles de la Germanie; mais, dans le choix de ses ennemis , il y a lieu de s]étonner qu'il ait préféré si souvent la pauvreté du Nord aux richesses du Midi. Les trente- trois campagnes qu'il fit d'une manière si laborieuse dans les bois et dans les marais de la Germanie, auraient suffi pour chasser les Grecs de l'Italie et les Sarrasins de l'Espagne , et lui donner ainsi tout l'empire de Rome. La faiblesse des Grecs lui assurait une victoire facile; la gloire et la vengeance auraient excité ses sujets à une croisade contre les Sarrasins, la religion et la politique l'auraient
pondance (le Charlein<igne avec Haroun-al-Raschîd ; et les Orientaux ont ignore ]*amitié du calife pour un chien de chrétien, expression polie quVmployait Haroun en parlant de l'empereur des Grecs.
justifiée. Peut-être , dans ses expéditions au-delà du Rhin et de l'Elbe, avait-il pour objet de soustraire sa monarchie à la destinée de Ferapire romain, de désarmer les ennemis des nations civilisées , et d'anéantir les germes des migrations futures. Mais on a sagement observé que , pour être utiles , les conquêtes de précaution doivent être universelles , puisqu'en s'élargissant , le cercle des conquêtes ne fait qu'agrandir le cercle des ennemis dont on environne ses frontières (i). L'asservissement de la Germanie écar,ta le voile qui avait si long-temps caché à l'Europe le continent ou les îles de la Scandinavie. 11 réveilla la valeur endormie de ses barbares habitans.
Ceuit: des idolâtrés de la Saxe qui avaient le plus d'énergie échappèrent au joug de l'oppresseur chrétien , et cherchèrent un asile dans le Nord-, ils couvrirent de leurs corsaires l'Océan et la Méditerranée , et Charlemagne vit avec douleur les funestes progrès des Normands qui , moins de soixànte-dix ans après , hâtèrent la chute de sa race et celle de sa monarchie.
Si le pape et les Romains avaient rétabli la constitution primitive, Charlemagne n'aurait joui que pendant sa vie dés titres d'empereur et d'Auguste , et à chaque vacance, il aurait fallu qu'une élection for-
Ci) M. Gaillard, tom. ii, pag. 33 1-365, 47 '-47^, 49^- Je lui ai emprunté ses remarques judicieuses sur le plan de conquête de Charlemagne , et la distinction non moins judicieuse qu'il a faite de ses ennemis de la première et de la seconde enceinte (t. ii, p. 184, Sog, etc.).
Ses succès* seurs*
Â. D. 8i4< 887 en Italie,
911 eoGer manie , 987 en France.
V}/i HISTOIHE DE LA DÉCADENCE
mclle ou tacite plaçât sur le trône chacun de ses successeurs ; mais, en associant à Tempire son fils Louis le Débonnaire, il étalilit ses droits indépendans comme monarque et comme conquérant ; et il parait qu'en celle occasion il aperçut et prévint les pré- A. D. 8i3. tentions secrètes du clergé. Il ordonna au jeune prince de prendre la couronne sur Tautel , de la placer lui-même sur sa tête comme un don qu'il tenait de Dieu, de son père et de la nation (i). Ensuite lorsque Lothaire et Louis ii furent associés à Tempire, on répéta la même cérémonie, mais d'une manière moins marquée : le sceptre carlovingien se transmit de père en fils durant quatre générations ^ et Tambitioii des papes fut réduite à Finfructueux honneur de donner la couronne et Fonction royale à ces princes héréditaires , déjà revêtus du pouvoir et en posses- Uuit le sion de leurs États. Louis le Débonnaire survécut à A. I).' ses frères , et réunit sous son sceptre tout Tempire de Charlemagne ; mais les peuples et les nobles , ses évêques et ses enfans , découvrirent bientôt que la même âme n'inspirait plus ce grand corps, et que les fondemens étaient minés au centre, tandis que la
(i) Thegan, le biographe de Louis, raconte ce couronnement ; et Baronius a eu la bonne foi de le transcrire (A. D. 8i3, n" i3, etc.; i)oj<;ib Gaillard, tom. ii, pag. 5o6, 507, 5o8), quoiqu^il soit bien contraire aux prétentions des papes, y oyez, sur la suite des princes carlovingiens , les historiens de France, dltalie et d^Allemagne, Pfefiel, Schmidt, Yelly, Muratori , et même Voltaire , dont les tableaux sont quelquefois exacts et to.ujours agréables.
surface extérieure paraissait encore intacte et brillante. Après une guerre ou une bataille où périrent cent mille Français, un traite de partage divisa Tempire entre ses trois fils , qui avaient violé tous leurs devoirs de fils et de frères. Les royaumes de la Ger- Uihaire manie et de la France furent séparés pour jamais ; a. d. Lothaire , à qui on donna le titre d'empereur, obtint l€s provinces de la G,aule situées entre le Rhône et les Alpes , la Meuse et le Rhin. Lorsque sa portion se partagea ensuite entre ses enfans , la Lorraine et Arles, deux petits royaumes établis depuis peu et dont l'existence fut de peu de durée, devinrent le partage de ses deux plus jeunes fils. Louis ii, l'aîné , se contenta du royaume d'Italie , patrimoine naturel et suffisant d'un empereur de Rome. U mourut sans laisser d'enfans mâles : alors ses oncles et ses cousins se disputèrent le trône ) et les papes saisirent ha* bilement cette occasion de juger les prétentions ou le mérite des candidats , et de donner au plus soumis ou au plus libéral la dignité impériale d'avocat de l'Eglise de Rome. On ne retrouve plus dans les misérables restes de la race carlovingienne aucune apparence de vertus ni de pouvoir, et c'est par les ridicules surnoms de Chauve , Ae Bègue , de Gros et Aè Simple, que se distinguent les traits ignobles et uniformes de cette foule de rois , tous également dignes de l'oubli. L'extinction des branches maternelles fit passer l'héritage entier à Charles le Gros, dernier empereur de sa famille : la faiblesse de son esprit autorisa la défection de la Germanie , de