HISTOIRE OE LA DÉCADENCE
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ritalie et de la France : il fut dépose dans une diète, et réduit h mendier sa subsistance journalière auprès des rebelles dont le dédain lui avait laisse la liberté et la vie. Les gouverneurs, les évéques et les seigneurs s'emparèrenl , chacun selon sa force, de quelque fragment de Tempire tombant en ruines ; il y eut quelques préférences pour ceux qui descendaient deCharlemagne par les femmes ou par les bâtards. Le titre et la possession de la plus grande partie de ces compétiteurs étaient également douteux , et leur mérite se trouvait analogue au peu d'étendue de leurs domaines. Ceux qui purent se montrer aux portes de Rome avec une armée, furent couronnés empereurs dans le Vatican ; mais leur modestie se contenta le plus souvent du titre de roi ditalie: Ton peut regarder comme un interrègne Tespace de soixantequatorze ans qui s'écoula depuis l'abdication de Charles le Gros jusqu'à l'installation d'Othon i*'.
Othon (i) était de la noble maison des ducs de Saxe, et s'il descendait réellement de Witikind, ennemi et ensuite prosélyte de Charlemagne , la posté-
(i) Il était fils d^Othon, fils de Ludolpli, en faveur duquel avait été institué le duché de Saxe, A. D. 858. Ruotgerus, le biographe de saint Bruno (BibL Bunavianœ Catalog,, t. ni , vol. 2 , p 679) , peint la famille de ce prince sous les traits les plus brillans : Atayprum atavi usque ad honUnum memoriam omnes nobilissimi; nulliis in eorum stirpe ignôtttSy nulius degener facile reperitur. {j4pud Sinxyium ^ Corp. Hùft. german. , p. 216.) Cependant GundHng (i/iHenr. Aucupe) nVst pas persuadé qu^il descendit de Witikind.
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rite du peuple vaincu régna enfin sur les conquérans. Henri l'Oiseleur, son père , choisi par le suffrage de sa nation, avait sauvé et fondé sur des bases solides le royaume de la Germanie. Le fils de Henri , le premier et le plus grand des Othons, recula de tous côtés les bornes de ce royaume (i). On réunit à la Ger- ^manie cette portion de la Gaule qui s'étend, à l'ouest du Rhin, le long des bords de la Meuse et, de la Moselle, et dont les peuples, dès le temps de César et de Tacite, avaient avec les Germains de grands rapports de langage et de complexion. Les successeurs d'Othon acquirent entre le Rhin, le Rhône et les Alpes, une yaine suprématie sur les royaumes de Paris ,. de Bourgogne et d'Arles. Du côté du nord , le christianisme fut propagé par les armes d'Othon, vainqueur et apôtre dès nations esclavonnes de l'Ëlbe et de l'Oder : il fortifia , par des colonies d'Allemands, les marches de Brandebourg et de Schleswig ;, Je roi de Danemarck et les ducs de Pologne et de Bohême se reconnurent ses vassaux et ses tributaires. 11 passa les Alpes à la tête d'une armée victorieuse, subjugua le royaume d'Italie, délivra le pape , et attacha pour jamais la couronne impériale au nom et à la nation des Germains.^ Ce fut à compter de cette époque mé-
(i) P^o/ez le traité de Conring {de Finihus imperii ger^ maniciy Francfort, 1680, iii-4°). Il rejette les idées extravagaates qu'on a voulu nous donner sur Pétendue des empires de Rome et des.Garlovingien^i il discute avec mo— déi^ation les droits de la Germanie , ceux de ses vassaux et de ses voisins.
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morabic, que s'établireiil deux maximes de jurispradence publique, introduites par la force et ratifiées par le temps : i"que le prince élu dans une diète d'Allemagne acquérait au même instant les royaumes subordonnés de Tltalie et de Rome; a"* mais qu'il ne pouvait pas légalement se qualifier d'empereur et d'Auguste, avant d'avoir reçu la couronne des mains du pontife de Rome (i).
TnaMc- Le nouveau titre de Charlemagne fut annoncé en
j« i-Mipir* Orient par le changement de son style; le titre de •I d« c«!oi père, qu'il accordait aux empereurs grecs, fit place au nom de frère, symbole d'égalité et de familiarité (2). Peut-être, dans ses rapports avec Irène, aspirait -il au titre d'époux : ses ambassadeurs à Constantinople parlèrent le langage de la paix et de Tamitié; et peut-être le but secret de leur mission fut -il de négocier un mariage avec cette princesse ambitieuse, qui avait abjuré tous ses devoirs de mère. Il est impossible de conjecturer quelles eussent été la
(i) La force de l'usage m'oblige à placer Conrad i*' et Henri 1*' TOiseleur, au nombre des empereurs, titre que ne prirent jamais ces rois de la Germanie. Les Italiens, Muratori , par exemple , sont plus scrupuleux et plus exacts, et ils ne comptent que les princes -qui furent couronnes à Rome.
(2) Tnvidiam tamen suscepti nominis C. P, imperatoribus super hoc indignantibus magnd tulit patientiâ, victique eorum contumaciam — Mittendo ad eos crebras legaiiones , et in epUtolis fratres eos appellando. (Eginhard, c. 28, p. 128.) Ce fut peut-être à cause d'eux qu'à l'exemple d'Auguste il affecta quelque répugnance à recevoir l'empire.
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nature, la durée et les suites d'une pareille union entre deux empires si éloignés et si étrangers l'un à Tautrej mais le silence unanime des Latins doit faire penser quelebruit de cette négociation de mariage fut inventé par les ennemis d'Irène , afin de la charger du crime d'avoir voulu livrer l'Église et l'État aux peuples de l'Occident (i). Les ambassadeurs de France furent témoins de la conspiration de Nicéphore et de la haine nationale , et ils manquèrent d'en être les victimes. Constantinople fut indignée de la trahison et du sacrilège de l'ancienne Rome^ chacun répétait ce proverbe , « que les Français étaient dé bons amis et de mauvais voisins •, » mais il était dangereux de provoquer un voisin qui pouvait avoir la tentation de renouveler, danô l'église de Sainte-Sophie , la cérémonie de son couronnement. Les ambassadeurs de Nicéphore, après un pénible voyage, de longs détours et de longs délais, trouvèrent Gharlemagne dans son camp, sur les bords de la Saal; et, pour confondre leur vanité, ce prince déploya dans un village de la Franconie toute la pompe, ou du moins toute la morgue du palais de Byzance ('2). Les Grecs
(1) Théophane parle du couronnement et de l'ouclion de Charles, Kapoi>»kOç (fihronograph, , p. 899), et de son traité de mariage avec Irène ( p. 4^2) , qui est inconnu aux Latins. M. Gaillard rapporte les négociations de ce prince avec l'empire grçc (t. 11, p. 446-4^8).
(2) M. Gaillard observe très- bien que tout cet appareil n'était qu'une sorte de farce convenable seulement à des enfans, mais que c'était devant et pour de grands enfans qu'avait lieu cette représentation.
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traversèrent quatre salles d'audience : dès la première , ils allaient se prosterner devant na personnage magniliquement vêtu, et assis sur un siëge ëlevë , lorsqu'il leur apprit qu'il n était que le connétable ou le maître des chevaux, c'est-à-dire un des serviteurs du prince. Ils firent la même méprise et reçurent la même réponse dans les trois pièces où se trouvait le comte du palais , l'intendant et le grandchambellan. Leur impatience s'étant ainsi accrue peu à peu , on ouvrit enfin la porte de la chambre où était Charlemagne *, et ils aperçurent le monarque, environné de tout l'étalage de ce luxe étranger qu'il méprisait, et de l'amour et du respect de ses chefs victorieux. Les deux empires conclurent un traité de paix et d'alliance, et il fut décidé que chacun garderait les domaines dont il se trouvait en possession ^ mais les Grecs (i) oublièrent bientôt cette humiliante égalité, ou ils ne s'en souvinrent que [pour détester les Barbares qui les avaient forcés à la reconnaître. Tant que le pouvoir et les vertus se trouvèrent réunis, ils saluèrent av^c respect V auguste Charlemagne , en lui donnant les titres de basUeus et
(i) Comparez, dans les textes orignaux recueillis par Pagi(t. III, A. I). 812, n" 7J A. D. 824, n» iq, etc.), le contraste de Charlemagne et de son fîls. Lors<pie les ambassadeurs de Michel (lesquels, il est vrai , furent désavoués) s^adressèrent au premier, more suo, id est, linguâ gracâ laudes dixerunt, imperatorem eum et Pol^CUol appeUantes , et ils appliquèrent au dernier ces expression^ : Vocato imrperatori Francorum, etc.
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d'empereur des Romains. Du moment où Tëlévation de Louis le Pieux eut sépare ces deux attributs , on lut sur la suscription des lettres de la cour de Byzance, « au roi y ou , comme il se qualifie lui-même , à l'empereur des Français et des Lombards. » Lorsqu'ils n'aperçurent plus ni pouvoir ni vertus,^ ils dëpouillèrent Louis ii de son titre l^rëditaire 5 et , en lui appliquant la dénomination barbare de rex ou rega,, ils le reléguèrent dans la foule des princes latins. Sa réponse (i)annonce sa faiblesse : il prouve avec assez d'érudition que , dans l'histoire sacrée et l'histoire profane , le nom de roi est synonyme du mot grec basileus : il ajoute que si, à Constantinople, on lui donne une acception plus exclusive et plus auguste, il tient de ses ancêtres et du pape le juste droit de participer aux honneurs de la pourpre romaiue» La même dispute recommença sous le règne des Othon, et leur ambassadeur peint sous de vives couleurs l'insolence de la cour de Constantinople (2). ■ ■ I ■ ■ ..... ■ . I ,111, . , I
(i) F'oyez celte lettre, dans les Para/ipomena de Pauteuc anonyme de Salerne {Script, ItaL ,.t. 11, p. 243-254, c. gS- 107 ) , que Barônius (A. D. 87 1 , n°' 5i-7 1) a pris par erreur pour Erchempert , lorsquMl l'a copié dans les Annales. .
(2) Ipse enim vos, non imperatorem, id est, pao'iXca sua LiNGUA, SEJ) OB INDI6NATI0NEM pîQya, id est, rcgem nostrâ vocabat, (Luitprand , in Légat, in Script, ItaL, t. 11 , part, i , p. 479') Le pape avait exhorté Nicéphore, empereur des Grecs, à faire la paix avec Othon, auguste empereur des Romains, Qjjm inscriptio secundàm Grœcos peccatoria et temeraria,,,, Imperatorem inquiunt , universalem , Roma-
NORUM, AUGUS'rtJM , MAGNDM, SOLUM , NiCEPHORUM (p. 4^6 )..