‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 3)Chapitre 4 sur 42 · HISTOIRE DE LA DÉCADEISCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DÉCADEISCE

ruption sont presqueincommensurables. On put croire que le plus sublime et le plus vertueux des esprits avait été choisi pour animer l'être né de Marie et du Saint-Esprit (i) , que son humiliation était le résultat de son choix, et que l'objet de sa mission était d'expier non pas ses péchés , mais ceux du monde. A son retour au ciel, d'où il sortait, Jésus -Christ reçut le prix infini de sou obéissance , ce royaume à jamais durable du Messie, que les prophètes avaient prédit obscurément sous les images charnelles d'une paix, d'une conquête et d'une domination terrestres. Dieu pouvait proportionner les facultés humaines du Christ à l'étendue de ses célestes fonctions. Dans la langue de l'antiquité, le titre de Dieu n'était pas réservé exclusivement à celui dont émanent toutes choses, et son incomparable ministre, son fils unique, pouvait sans présomption demander au monde , son empire , uq culte religieux bien que secondaire. '

corps ; 3° on a pensé qu^elles tiraient leur origine de la souche primitive d^Adam , qui renfermait le germe spirituel et corporel de sa postérité ; 4° qu'au moment de la conception Dieu créé Pâme de chaque individu , et la destine au corps qui vient de s'ébaucber. Cette dernière opinion semble avoir prévalu parmi ]jes modernes; et notre histoire spirituelle est deyenue moins sublime , sans être plus intelligible.

(i) Oti ri rûM Swnjpo; ^^X" 9 " "^^^ A^btjx nv , est une des quinze hérésies imputées à Origène , et contestées par son apologiste (Photius, Bibliot., Cod, 117, p. 296). Quelques rabbins donnent une seule et même âme aux personnes d'Adam, de David et du Messie.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. g

IL Les semences de la foi , qui n'avaient germe J«u«que lentement au milieu du sol dur et ingrat de la «n Dieu Judée, furent transplantées en pleine maturité dans «apureië,

* * ^ selon

les climats plus heureux des gentils ; et les étrangers !« docètet, de Rome et de TAsie , qui n'avaient pas vu les formes humaines de Jésus-Christ, ne furent que plus dispo-^ ses à n'y voir qu'un Dieu. Le polythéiste et le philosophe y le Grec et le Barbare , étaient également accoutumés à admettre une longue éternité, une chaîne infinie d'anges ou de démons , de divinités ou d'seons ou d'émanations qui sortaient du trône de lumière ; et ils ne voyaient rien d'étrange ou d'incroyable à ce que le premier de ces aeons , le logos ou le verbe de Dieu , de la même substance que son père , descendît sur la terre pour délivrer le genre humain du vice et de l'erreur , et le guider dans le chemin de la vie et de l'immortalité ^ mais le dogme de l'éternité , et les idées de corruption inhérentes à la matière , infectèrent les premières Églises de l'Orient. Un grand nombre des prosélytes païens refusaient de croire qu'un esprit céleste , une portion indivise de la première essence , se fût trouvée personnellement unie à une massé de chair impure et souillée *, et , pleins^ de zèle pour la divinité de Jésus-Christ , leur dévotion les porta à ne plus reconnaître son humanité. Son sang fumait encore sur le mont Calvaire (i) , lorsque les docètes^ secte d'Asie nombreuse et sa-

■^1— ^^^M^l^^^^»^i^^^>— ^M^^^^^— m^l— ^I^^^PI^— ^Mi«^»M— I ■! ■ 1— 1— ^ll^M MM ■■ ■■ ^ , ■■III -M. ip !■■■■ i^^i^i^

(i) Apostolis adhuc in seculo supers titibus y apudJudœan^ Christi sanguine récente, phantasma domini corpus assere^

lo HIblOlKK DK LA nKC:\I>K>CF-

Viinli*, iiiveiilèriMil ;e >\^\rmK:Ja/ttu\ tique que propa^^t^M'ciU eii^uito Its mairionitcs , les manichéens et les ^nosû(|iies Je toutes les dcnominations (i). Us ne voulurent point admettre la vérité et Tautlienticité des £van<;iies , en ce (}ui a rapport à la conception de Marie, à la naissance de Jésus-Christ, et aux trente années qui précédèrent Texercice de son ministère. C'était sur les bords du Jourdain qu'il avait paru d'abord dans toute la perfection de la forme humaine; mais, disaient ces hérésiarques, ce n'était qu'une forme et non pas une substance ; c'était une simple fi£;ure humaine créée par le Dieu toutpuissant, pour imiter les facultés et les actions d'un homme , et faire une illusion continuelle aux sens de ses amis et de ses ennemis. Des sons articulés frappaient les oreilles de ses disciples; mais l'image qui se gravait sur leur nerf optique se refusait à la preuve plus positive du toucher -, et ils jouissaient de

ùatur, etc. (Saint Jérôme, Advers. Lucifer., c. 8.) L'épître de saint Ignace aux habitans de Srayme , et même TEvangile selon saint Jean , ont pour but de détruire Terreur des docètes , qui faisait des progrès , et qui avait obtenu trop de crédit dans le monde, (i . Jean , iv, i , 5.)

(i) Vers Tan 200 de l'ère chrétienne, saint Irénée et llippolyte réfutèrent les trente-deux sectes -nj; ■{»Êu^wvyuoç 7v&>(7eri)C, qui s'étaient multipliées , du temps de saint Epiphane, jusqu'au nombre de quatre-vingts. (Phot., Bibl., Cod, 120, 121, 122.) Les cinq livres d'Irénée n'existent plus qu'en latin barbare ; mais on retrouverait peut-être l'original dans quelque monastère de la Grèce.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. ii

la présence spirituelle et non pas de la présence corporelle du fiils de Dieu. Les Juifs exercèrent en vain leur rage sur un fantôme impassible, et les scènes mystiques de la passion et de la mort, de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ , furent représentées sur le théâtre de Jérusalem pour l'avantage du genre humain. Si Ton représentait aux docètes qu'une pareille farce, qu'une supercherie si continuelle , étaient indignes du Dieu de vérité , ils se justifiaient par la doctrine des fraudes pieuses , reçue chez un si grand nombre de leurs frères orthodoxes. Dans le système des gnôstiques , le Jehovah d'Israël, le Créateur de ce monde sublunaire, fut un esprit rebelle ou du moins ignorant. Le fiils de Dieu est venu sur la terre pour abolir le temple et la loi de Jehovah ^ et pour arriver à ce but salutaire , il s'est habilement emparé des espérances et des prédictions d'un messie temporel.

L'un des champions les plus subtils de l'école manichéenne a fait valoir le danger et l'indécence d'une supposition d'après laquelle le Dieu des chrétiens , d'abord sous la forme d'un fœtus, serait sorti du sein d'une femme après neuf mois de grossesse. La pieuse horreur qu'excita sa proposition parmi ses adversaires les porta à désavouer toutes les circonstances charnelles de la conception et de l'accouchement , à soutenir que la Divinité avait pénétré dans le sein de Marie comme un rayon du soleil à travers une glace, et que sa virginité demeura intacte, même au moment oii elle devint mère de Jésus-Christ. Mais la témérité

l4 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

et laissait son esprit sans aucun objet visible de foi et de dtivotion (i).

^ doBkie 30 j^jj furent les systèmes values et indécis dont

latnre de ~

lériathe. gg coHiposa riiérésic des docètes. Cérinthe d'Asie (2), qui osa combattre le dernier des apôtres , imagina une hypothèse plus substantielle et plus compliquée. Placé sur les contins du monde juif et du monde fjentil , il s'efforça de réconcilier les gnostiques et les ébionites , en reconnaissant dans le Messie Tunion surnaturelle de i'homme et de la Divinité ; CarpocrateSy Basilide, Yalentin (3) et les hérétiques de

(i) Ita est in oratione senex mente confusus eo quod illam ovOpcjTropop^v imaginem deitatis, quam proponere sibi in ora^ tione consacrât aboleri, de suo corde sentiret, ut in amarissimos Retus y crebrosquc singultus repente prorumpens, in ter— ram prostratus cum ejulatu validissimo proclamaret « heu me miserum! tulerunt à me Deum meum, et quem nunc teneam non habeo, vel quem adorem, aut interpellem jam nescio, » CassieD , Collation, x , 2.

(2) Saint Jean et Gcrinthe (A. D. 80; Leclerc, Hist. eccles., p. 49^) se rencontrèrent par hasard dans les bains publics d'Ephèse ; mais l'apôtre s'éloigna de l'hérétique , de peur que l'édifice ne tombât sur sa tète. Cette sotte histoire» que rejette le docteur Middleton {Miscellancous ff^orks, vol. 2) , est racontée toutefois par saint Irénée (m , 3) , sur le témoignage de Polycarpe , et elle se trouvait probablement d'accord avec la connaissance qu'on avait de l'époque où vécut Cérinthe et du lieu qu'il habitait. Cette version de saint Jean ( iv , 3 ) Xt»et tov Irivoxtv , tombée en désuétude , quoiqu'elle paraisse être la vraie , fait allusion à la double nature qu'enseignait l'hérétique Cérinthe.

(3) Le système des valentiniens était compliqué et près-

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. i5

l'école égyptienne, adoptèrent cette doctrine mystique , à laquelle ils ajoutèrent plusieurs détails de leur invention. Dans leur opinion, Jésus de Nazareth n'était qu'un simple mortel , fils légitime de Joseph et de Marie ^ mais c'était le meilleur et le plus sage des humains , choisi comme un digne instrument pour rétablir sur la terre le culte du vrai Dieu. Au moment de son baptême dans le Jourdain , le Christ, le premier des aeons, fils de Dieu lui-même, descendit sur Jésus sous la forme d'une colombe, pour remplir son esprit et diriger ses actions durant la période de son ministère. Quand le Messie fut livré aux Juifs, le Christ, être immortel et impassible, abandonna sa demeure terrestre ; il retourna dans le P/eroma, ou monde des esprits, et laissa Jésus, seul et abandonné, souffrir, se plaindre et mourir. Mais on peut contester la justice et la générosité de cette désertion \ le sort d'un innocent martyr , d'abord exalté et ensuite délaissé par l'esprit divin qui l'accompagnait, dut exciter la pitié et l'indignation des

que incohérent, i® Le Christ et Jésus étaient des œons, mais dont la vertu n^était pas au même degré ; Tun agissait comme l^âme raisonnable, et Pautre comme Tesprit divin du Sauveur. 2® Au moment de la passion , ils se retirèrent l'un et Tautre , et ils ne laissèrent qu'une âme sensitive et un corps humain. 3® Ce corps même était éthéré et peut-être seulement apparent. Tels sont les résultats qu'indique Mosheim après beaucoup de peine ; mais je doute beaucoup que le traducteur latin ait entendu saint Irénée , ou que saint Ircnée et les valentiniens se soient entendus.

iG HISTOIRE DE LA DECADENCE

profanes. Les sectaires qui adoptèrent et modifièrent le double système de Cërinthe apaisèrent de différentes manières les murmures excités par ces opinions. On dit que lorsque Jésus avait été attaché à la croix, il s'était trouvé doué d'une miraculeuse apathie d'esprit et de corps , laquelle le rendit insensible aux douleurs qu'il paraissait souffrir. D'autres assurèrent que le règne temporel de mille ans, réservé au Mes^ sie dans son royaume de la nouvelle Jérusalem, le dédommagerait amplement de ses angoisses réelles , mais passagères. Enfin , on laissa entrevoir que s'il souffrit, il avait mérité de souffrir (i) , que la nature humaine n'est jamais absolument parfaite , et que la croix et la passion purent servir à expier les transgressions vénielles du fils de Joseph avant son union mystérieuse avec le fils de Dieu.

Ladwîna 111. Tous ceux quî cmbrasscut la noble et séduid'Apoiii- santé idée de la spirituanté de l'âme, doivent avouer , d'après l'expérience , l'incompréhensible union de l'esprit et du corps. 11 est aisé de concevoir que le corps peut être uni à un esprit qui a des facultés in-

(i) Les hérétiques abusèrent de cette exclamation douloureuse de Jésus-Christ : u Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m^as-tu abandonné?» Kousseau , qui a fait un parallèle éloquent, mais peu convenable, de Jésus-Christ et de Socrate, oublie que le philosophe mourant ne laisse pas échapper un mot d'impatience et de désespoir. Ce sentiment peut n'être qu'apparent dans le Messie , et on a dit avec raison que ces paroles si mal sonnantes n'étaient que l'application d'un psaume ou d'une prophétie.

tellectuelles beaucoup plus grandes , ou même qui possède ces facultës au plus haut degré possible *, et rincarnation d'un œon ou d'un archange, le plus parfait des esprits crées, n'est ni contradictoire ni absurde. Durant l'époque de la liberté religieuse, à laquelle mit des bornes le concile de Nicée, chaque individu mesurait la divinité de Jésus-Christ d'après la règle indéfinie de l'Écriture , de la raison ou de la tradition^ mais lorsqu'on eut établi sa divinité sur les ruines de l'arianisme , la foi des catholiques se trouva suspendue sur les bords d'un précipice d'où elle ne pouvait s'éloigner, où il était dangereux de se tenir, et près duquel un faux pas devait effrayer. Le sublime caractère de leur théologie aggravait encore les divers inconvéniens de leur symbole. Us hésitaient à prononcer que Dieu lui-même , la seconde personne d'une Trinité égale et consubstantielle, se fut manifesté dans la chair(i); qu'un être qui remplit l'univers eût été emprisonné dans le sein de Marie 5 que les jours , les mois et les années de l'existence

(i) Cette expression énergique peut être justifiée par un passage de saint Paul ( Tim,, m , 16) ; mais les Bibles modernes nous trompent. Le mot (lequel) fut changé à Gonstantinople , au commencement du sixième siècle , en 6eoç {Dieu), La véritable version évidente, d'après les textes latin et syriaque , existe encore dans les raisonnemens des pères grec& et des pères latins ; et sir Isaac Newton a très— bien relevé cette fraude, ainsi que celle des trois témoins de saint Jean, ( Vo>y. ses deux Lettres, traduites par M. deMissy, dans \q Journal Britannique, tom. xv, p. 148-190, SSi-Sqo.) J'ai examiné les raisons alléguées de part et d'autre, et je souscris IX. ">•

l8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

liumaine, eussent marqué les époques de son éternelle durée ; que le Tout-Puissant eût été battu de ver^ ^es et crucifié -, que son impassible essence eût éprouvé la douleur et les angoisses; que cet être qui sait tout ne fût pas exempt d'ignorance^ et que la source de la vie et de l'immortalité eût expiré sur le mont Calvaire. Ces inquiétantes conséquences n'effrayaient point l'inaltérable simplicité d'Apollinaire (i), évéque de Laodicée, et Tune des lumières de L'Église. Fils d'un savant grammairien, il était versé dans toutes les sciences de la Grèce ^ il dévoua humblement au service de la religion l'éloquence , l'érudition et la philosophie qu'annoncent ses ouvrages. Digne ami de saint Athanase et digne adversaire de Julien , il lutta courageusement contre les ariens et les polythéistes-, et quoiqu'il affectât la rigueur des démonstrations géométriques, il exposa dans ses Commentaires le sens littéral et le sens allégorique des Ecritures. Ses funestes soins réduisirent sous une

h rnutorité du premier des philosophes , qui était très-versé dans les diftcussions critiques et théologiques.

(i) yoyez sur Apollinaire et sa secte, Socrate (l. ii, c. 46; I. III, c. i6), Soïoinène (l. V, c. i8; 1. vi, c. 26-27), Théodorol (1. y, 3, 10, ii ) , Tilleniont (Mém, ecclés, , tom. vu, p. ()oa-638, not. p. 789-794, m-4**> Venise, 1732). Les saints qui vécurent de son temps parlaient toujours de révoque de Lnodicéc comme d^un ami et d^un frère; le style des historiens plus réceus porte le caractère de Pai— gnnir et de Tininiitié. Cependant Philostorge le compare (1. vtti, c. I i-i5) k saint Basile et à saint Grégoire.

DE L'EMPIRE ROMAIW. CHAP. XLVII. ig

iorme technique un mystère qui avait flotté longtemps dans le yague de Topinion populaire ^ et il publia pour la première fois ces paroles mémorables : a Une seule nature incarnée en Jésus-Christ*, » paroles qui retentissent encore comme un cri de guerre dans les Églises d'Asie , d'Egypte et d'Ethiopie. Il enseigna que la divinité s'était u^ie ou mêlée avec 1^ corps d'un homme , et que le logo^ou l'éternelle sagesse avait tenu en Jésus la place et rempli les fonctions de l'âme humaine ^ mais , comme s'il eût été lui - même épouvanté de sa hardiesse, on l'entendit murmurer quelques mots d'excuse et d'explication. Il admit l'ancienne distinction qu'avaient établie les philosophes grecs entre l'âme raisonnable et l'âme sensitive de l'homme ^ il réservait ainsi le logos pour les fonctions intellectuelles, et il employait le principe humain subordonné à celui-ci, aux fonctions moins relevées de la vie animale. Il révérait, avec les plus modérés d'entre les docètes, Marie comme la mère spirituelle plutôt que comme la mère charnelle de Jésus - Christ , dont le corps était Venu dux^iel impassible et incorruptible, ou bien avait été absorbé ^t transformé en l'essence de Dieu. On vit le système d'Apollinaire vivement combattu par les théologiens d'Asie et de Syrie, dont l'école st'honore des nom^ de saint Basile , de saint Grégoire et de saint Chrysostôme , et rougit de ceux de Diodore, de Théodore et de Nestorius : mai^ on n^attenta point à la personne , à la réputation ou à la dignité du vieil évéque de Laodicée-, ses rivaux, qu'on ne peut soiipçonner de s'être laissés aller à la faiblesse

de la tolérance , furent peut-être étonnés de la nou* veau té de ses argumens , et craignaient la décision que prononcerait enfin l'Église catholique. À la fin , elle se détermina en leur faveur : l'hérésie d'Apollinaire fut condamnée, et les lois impériales proscrivirent les diverses congrégations de ses disciples; mais l^s monastères de l'Egypte continuèrent à suivre en secret ses principes , et ses ennemis éprouvèrent la haine de Théophile et. de saint Cyrille, qui se succédèrent sur le trône d'Alexandrie.

acquiesce. IV. La doctrinc matérielle des ëbionites et les dogwthodoxes mes fantastiques des docètes étaient proscrits et ou- 3e rÉgiiae bliés ; le zèle que venaient de montrer les catholiet dispute' ques contre les erreurs d'Apollinaire les força à se

ur les mots ' *

ariesqaeis rapprochcr cu apparence de la double nature de xpriineraîi Cérinlhc. Mais , au lieu d'une alliance passagère , ils

ce dogme. ^ i . i

établirent et nous adoptons encore l'union substantielle , indissoluble et à jamais durable , d'un Dieu parfait avec un homme parfait , de la seconde personne de la Trinité avec une âme .raisonnable et un corps humain. Vunité des deux natures était la doctrine dominante de l'Église au commencement du cinquième siècle. Les deux partis convenaient que nos idées et nos langues ne pouvaient ni représenter ni exprimer le mode de leur coexistence -, toutefois il existait une animosité secrète, mais implacable, entre ceux qui craignaient le plus de confondre et ceux qui avaient le plus de frayeur de séparer la divinité de l'humanité de Jésus-Christ. Des deux côtés une religieuse frénésie repoussait avec le sentiment

de l'aversion Terreur vers laquelle penchait le parti contraire, et qui de toutes leur paraissait la plus funeste à la vëritë ainsi qu'au salut. Les deux partis montraient la même inquiétude, la même ardeur à maintenir et défendre l'union et la distinction des deux natures , et à inventer les formules et les symboles de doctrine les moins susceptibles de doute ou d'équivoque. Arrêtés par la pauvreté des idées et celle du langage , ils mettaient à contribution l'art et la nature pour leur fournir tputes les comparaisons possibles , et chacune de ces comparaisons employées à représenter un mystère incomparable , devenait pour leur esprit la source d'une nouvelle erreur. Sous le microscope polémique, un atome prend la taille d'un monstre, et les deux partis se montraient habiles à exagérer les conséquences absurdes ou impies qu'on pouvait tirer des principes de leurs adversaires. Afin d'échapper Les uns aux autres , ils se jetaient en des routes obscures et détournées , jusqu'au moment où ils apercevaient av^c eOroi les horribles fantômes de Cérinthe et d'Apollinaire, qui gardaient les issues opposées du labyrinthe théologique. A peine entrevoyaient - ils la lumière ençoi^e douteuse d'une explication, prê.te à les faire tomber dans l'hérésie, qu'ils tressaillaient ; on les voyait revenir sur leurs pas et se précipiter de nouveau dans les ténèbres d'une orthodoxie impénétrable. Afin de se disculper du crime ou du reproche d'une coupable erreur , ils expliquaient leurs principes,^ ils en désavouaient les conséquences , ils s'excusaient de leurs indiscré-

lions, et prononçaient d'une voix unanime les mots de concorde et de foi. ftlais une ëtincelie presque imperceptible demeurait cachée sous la cendre de la controverse *, les préjugés et la passion en firent bientôt sortir une jQamme dévorante , et les disputes des sectes d'Orient, sur les expressions (i) dont elles se servaient dans l'exposition de leurs dogmes, ébranlèrent les fondemens de TÉglise et de FÉtat.

c^riiu ^® ^^^ ^® Cyrille d'Alexandrie est fameux dans

patriarche lliistoirc dc la coutroversc , et son titre de saint

d Alezan- ^

k d"%i2 ^^"^^^^^ m^^ ses opinions et son parti finirent par k^ii &k triompher. Élevé dans la maison de l'archevêque jaio27. Théophile son oncle, il avait contracté dans cette 4^ducation orthodoxe l'habitude du zèle , l'amour de la domination , et avait employé d'une manière utile cinq années de sa jeunesse dans les monastères de la Nitrie, voisins de sa résidence. Sous la tutelle de l'abbé Sérapion, il s'était adonné aux études ecclésiastiques avec une ardeur si infatigable , que dans une nuit il lut les quatre éyangiles , les épîtres ca-

(i) Deux prélats de TOrient , Grégoire Abulpharage , primat jacobite de cette partie du monde , et Elie , métropolitain de Damas , attaché à la secte de Nestorius (vojrez Asseman. , Bibl, orient, ,t, ii, p. 291 ; t. ni, p. 514? etc. ), avouent que les melchites, les jacobites, les nestoriens, etc., étaient d^accord sur la doctrine, et ne difieraient que sur V expression, Basnage, Leclerc , Beausobre , La Croze , Mosheim et Jablonski , inclinent vers cette opinion charitable ; mais le zèle de Petau est véhément et plein de colère , et Dupin 09e à peine laisseï^ entreVoîr sa modération.

tholiques, et Tépîtreaux Romains. Il détestait Origène, mais il parcourait sans cesse les écrits de saint Clément et de saint Denis, de saint Athanase et de saint Basile* La théorie et la pratique de la dispute affermissaient sa foi et aiguisaient son esprit : il cornmencait à tendre autour de sa cellule les fils déliés et fragiles de la théologie scolastiqué , et préparait ces ouvrages d'allégorie et de métaphysique, dont les restes , recueillis en sept in-foUo verbeux et diffus , dorment en paix à côté de leurs rivaux (i). Saint Cyrille priait et jeûnait dans le désert; mais ses pensées, selon le reproche que lui adresse un de ses amis (2), étaient toujours, fixées sur lé monde, et l'ermite ambitieux n'obéit que trop prômplement à la voix de Théophile, qui l'appelait à la vie bruyante des villes et des synodes. Du consentement de son oncle, il se livra aux travaux de la prédication, et obtint bientôt la faveur populaire. Sa figure agréable ornait la chaire -, sa voix harmonieuse retentissait dans la cathédrale. Ses amis étaient placés de ma-

(i) La Groxe {Hist. du Christianisme des Indes , tome i, p. 24 ) avoue son mépris pour le géuie et les écrits de saint Cyrille. « De tou3 les ouvrages des anciens, dit-il , il y en a peu qu^on lise avec moins d^ utilité. » Et Du pin {Bibl. écoles., t. IV, p. 4^^^^) nous apprend à les mépriser, quoiqu'il en parle avec respect.

(2) C'est Isidore de Péluse qui lui fait ce reproche (1. i , epist. 25, p. 8). Comm^ la lettre n'est pas très-authentique, Tillemont, moins sincère que lés bollandistes , affecte de douter si ce Cyrille était le neveu de Théophile ( Mémoires ecclés.y. t. XIV, p. i68).

lUD

uière à pouvoir diriger et seconder les applaudissemens de la congrégation (i) , et des scribes recueillaient à la hâte ses discours , qui dans leurs effets , mais non pas dans leur composition , peuvent être comparés à ceux des orateurs d'Athènes. La mort de Théophile agrandit et réalisa les espérances de son neveu. Le clergé d'Alexandrie était divisé. Les soldats et leur général portaient l'archidiacre 5 mais les clameurs et les violences de la multitude firent nommer le candidat qu'elle chérissait, et saint Cyrille monta sur le siège qu'avait occupé saint Athanase trente-neuf années auparavant (2).

Le prix n'était pas indigne de son ambition. Loin {ç"«- de la cour et à la tête d'une immense capitale, le 4'4 patriarche d'Alexandrie (car c'est ainsi qu'on le nommait) avait usurpé peu à peu l'existence et le pouvoir d'un magistrat civil. Il était le dispensateur des charités publiques et privées de la ville ; sa voix excitait ou calmait les passions delà multitude : un grand nombre de fanatiques parabolani (3), familia-

(i) Socrate (liv. vu , i3 ) appelle un grammairien ^taTrupoç de oxpoaTviç rou gTrierxoTrov Kvpc^ov xa6eoT&)ç , xat ?rspi to xpoTOVç ev

(2) Socrate (1. vu, c. 7) et Kenaudot {Hist, patriarck, j4lexand,^ ^. 106-108) racontent la jeunesse de saint Cyrille et sa nomination au siège d^ Alexandrie. L'abbé Kenaudot a tiré ses matériaux de Phistoire arabe de Sévère , évêque d'Hermopolis Magna ou Ashmunein, au dixième siècle , auquel on ne peut jamais ajouter foi , à moins que les faits ne portent en eux— mêmes les caractères de Tévidence.

(3) Les parabolani d^ Alexandrie étaient une corporation

risés dans leurs fonctions journalières avec des scènes de mort , obéissaient aveuglément à ses ordres , et la puissance. temporelle de ces pontifes chrétiens intimidait ou irritait les préfets d'Egypte. Saint Cyrille, plein d'ardeur contre les hérétiques , commença son pontificat par opprimer les novatiens , les plus innocens et les plus tranquilles de tous les sectaires. L'interdiction de leur culte religieux lui parut un acte juste et méritoire , et en confisquant leurs vases sacrés , il ne crut pas encourir le reproche de sacrilège. Les lois des Césars et des Ptolémées , et une prescription de sept siècles écoulés depuis la fondation d'Alexandrie, assuraient la liberté du culte et même les privilèges des JuiÊ, qui s'étaient multipliés jusqu'au nombre de quarante mille. Sans aucune sentence légale , sans aucun ordre de l'empereur ,^ le patriarche, à la tête d'une multitude séditieuse ^ vint au point du jour attaquer les synagogues. Les Juifs , désarmés et attaqués à l'improviste , ne purent faire aucune résistance : on rasa les lieux où ils se réunissaient pour prier , et l'évéque guerrier , après.

de charité , établie durant la peste de Gallien , pour visiter les malades et enterrer les morts. Ils se multiplièrent pea à peu; il^ abusèrent et trafiquèrent de leurs privilèges. LUnsolence qu^ils montrèrent sous le pontificat de saint Cyrille détermina Tempereur à priver le patriarche du droit de les choisir, et à réduire leur nombre à cinq ou six cents; mais ces restrictions furent passagères et ineificaces. Voy. le Cod, Théodos. , 1. xvi, t. ii ; et Tillemont , Mém. ecclés., t. XIV, p. 276^178.

avoir accordé à ses troupes le pillage de leurs biens, chassa de la ville le reste de cette nation de raëcréans. Il allégua peut-être l'insolence de leur prç^érité et leur haine mortelle pour les chrétiens, dont ils avaient versé depuis peu le sang au milieu d'une émeute excitée, soit par hasard, soit à dessein. De pareils crimes méritaient Tanimàd version du magistrat*, mais dans cette agression les innocens se trouvèrent confondus avec les coupables , et Alexandrie perdit une colonie riche et industrieuse. Le zèle de saint Cyrille l'assujettissait aux peines de la loi Julia ^ mais , dans un gouvernement faible et un siècle superstitieux , il était sûr de l'impunité et pouvait même compter sur des éloges. Oreste, préfet de l'Egypte, se plaignit 5 les ministres de Théodose oublièrent trop promptement ses justes réclamations , et un prêtre qui , aâbctant de lui pardonner, continuait à le haïr, ne s'en souvint que trop. Un jour qu'il passait dans la rtlé, une bande de cinq cents moines de la Nitrie attaquèrent son char -, ses gardes prirent la fuite devant ces bêtes féroces du désert; il protesta qu'il était chrétien et catholique -, on ne lui répondit que par une grêle de pierres qui couvrirent son visage de sang. De bons citoyens volèrent à son secours. Il sacrifia sur-le-champ à la justice et à sa vengeance le moine qui l'avait blessé, et Ammonius expira sous les verges du licteur. Saint Cyrille fit recueillir le corps d' Ammonius, une procession solennelle le transporta dans la cathédrale; on changea son nom en celui de Thaumasius, le Merveilleux ; son tombeau

fut orné des symboles du martyre , et le patriarche monta en chaire pour célébrer la grandeur d'âme d'un assassin et d'un rebelle. De pareils honneurs durent exciter les fidèles à combattre et à mourir sous les bannières du saint ^ et saint Cyrille encouragea bientôt ou accepta le sacrifice d'une vierge qui professait la religion des Grecs, et qui avait avec Oreste des liaisons d'amitié. Hypatia , fille du mathématicien Théon (i), était versée dans les sciences cultivées par son père 5 ses savans commentaires ont jeté du jour sur la géométrie d'Apollonius et de EKophante , et elle enseignait publiquement à Athènes et à Alexandrie la philosophie' de Platon et d'Aristote. Celte fille modeste, joignant à tout l'éclat de la beauté toute la maturité de la sagesse , se refusait aux prières des amans et se bornait à instruire ses disciples. Les personnages les plus illustres par leur rang et par leur mérite la recherchaient avec empressement ; et saint Cyrille voyait d'un œil jaloux la troupe pompeuse de chevaux et d'esclaves qui environnaient la porte de son académie. On répan-

(i) Voyez sur Tbéon et sa* fille Hypatia, Fabricius {BibL, t. vm , p. 210, 211 ). Son article dans le Lexicon de Suidas est fort curieux et très-original. Hesj'chius {Meursii opéra , t. VII, p. 295, 296) observe que cette fille fut persécutée ^ta TTiv DTTgpSa^^ouo'av vo^tav^ et une épigramme de Fantho— logie grecque (1. i, c. 76, p. iSg, édit. Brodaeî) vante ses lumières et son éloquence. L'évéque pbilosopbe Sjnèse, son ami et son disciple, en parle d^une manière honorable {Epist. 10, i5, 16, 33, 80, 124, i35^i53).

dit parmi les chrétiens que la fille de Théon ëlait le seul obstacle à la réconciliation du préfet et de Farchevéque, et on eut bientôt écarté cet obstacle. L'un des saints jours du carême, Hypatia, qui rentrait chez elle, fut arrachée de son char, dépouillée de ses vétemens , traînée à Téf^lise , et massacrée par Pierre le Lecteur et une troupe d'impitoyables fanatiques ^ ils découpèrent son corps avec des écailles d'huîtres (i) et livrèrent aux flammes ses membres encore palpitans. De l'argent donné à propos arrêta l'enquête juridique qui suivit ce forfait ; mais le meurtre d'Hypatia a souillé d'une tache ineifaçable le caractère et la religion de saint Cyrille d'Alexandrie (2).

Nestorius, La superstition pardonnera peut-être plus facileiTcouun- ment le meurtre d'une jeune fille que le bannissement à!' 0^428, d'un saint. Saint Cyrille avait accompagné son oncle à l'odieux synode du Chêne. Lorsque la mémoire de

(i) OffTpaxotç avct^ov , xai ^uknioit êiavnatTocrKç y etc. Les coquilles d^huîtres étaient répandues en grand nombre sur le rivage de la mer en face de Césarée. Je préfère donc de m^en tenir ici au sens littéral , sans rejeter la version métaphorique de tugulœ, tuiles, qu adopte M', de Valois ; j'ignore si Hypatia vivait encore , et il est probable que les assassins ne s'embarrassèrent pas de ce point.

(2) Socrate (1. vu, c. i3, i4? i5) raconte ces exploits de saint Cyrille ; et le fanatisme est forcé , malgré sa répugnance , à copier les expressions d'un historien qui appelle froidement les meurtriers d'Hypatia av^psç ro opovyjjxse evOcppioe. Je remarque avec plaisir que ce nom si outragé fait rougir Baronius lui-même (A. D. 4' 5», n» 48)-

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. 2g

saint Chrysostôme eut été réhabilitée et consacrée, le neveu de Théophile, qui se trouvait à la tête d'une faction expirante , s'obstina à soutenir que ce prélat avait été condamné justement *, et ce ne fut qu'après de longs délais et une résistance opiniâtre qu'il se soumit au décret de l'Église catholique (i). C'était par intérêt et non par passion qu'il se montrait l'ennemi des pontifes de Byzance (2). Il leur enviait l'avantage de 'briller au grand jour de la cour impériale ^ il redoutait leur ambition qui opprimait les métropolitains de l'Europe et de l'Asie , envahissait les provinces d'Alexandrie et d'Antioche, et essayait de donner à leur diocèse les bornes de l'empire. La longue modération d'Atticus, qui usait avec douceur de la dignité qu'il avait usurpée sur saint Chrysostôme, suspendit Tanimosité des patriarches de l'Orient ; mais saint Cyrille fut enfin réveillé par l'élévation d'un rival plus digne de son estime et de sa haine. Après le court et orageux pontificat de

(i) Il ne voulut point écouter les prières d'Atticus de Constantinople et d'Isidore de Péluse; et si l'on en croit Nicéphore (1. xiv, c. 18), il ne céda qu'à l'intercession de la Vierge. Au reste, dans ses dernières années, il murmurait encore que Jean Chrysostôme avait été condamné justement. Tillemont, Mém, ecclés,, t. xiv, p. 278-282; Baron ius , AnnaL eccles., A. D. 4^^» n®» 46-64'

(2) F'oyez des détails sur leurs caractères dans l'Histoire de Socrate (1. vu , c. 26-28) , et sur leur autorité et leurs prétentions , dans la volumineuse compilation de Thomassin ( Discipl. de l'Église, t. i , p. 80-91 )•

5a HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

la controverse d'Anus, Un ami du patriarche, et ensuite le patriarche lai-méme , prêchèrent à diverses reprises, du haut de la chaire de Constantinople, contre Tusage et Tabus d*un mot (i) méconnu des apôtres , non autorisé par TÉglise , capable d'alarmer les fidèles timorés, d'égarer les simples, d'amuser les profanes , et de justifier par une apparente ressemblance la généalogie des dieux de l'Olympe (i). Dans

des animaux ovipares ou vivipares. Il n^est pas aisé de fixer l'époque où on inventa ce mot , que La Groze ( Christian, des Indes, t. I, p. i6), attribue à Eusèbe de Césarée et aux ariens. Saint Cyrille et Petau produisent des témoignages orthodoxes {Dogmat. theolog., t. v, 1. v,c. i5, p. 254^ etc.); mais on peut contester la véracité de saint Cyrille ; et Tépithète Ogoroxoç a pu se glisser de la marge dans le texte d'un manuscrit catholique.

(i) Basnage, dans son Histoire de TEglisc, ouvrage de controverse ( t. i, p. 5o5), justifie la mère de Dieu par le sang {Actes, xx, 28, avec les différentes leçons de Mill); mais les manuscrits grecs sont loin d'être d'accord ; et le style primitif du sang du Christ s'est conservé dans la ver^ sion syriaque y même dans les copies dont se servent les chrétiens de Saint-Thomas sur la côte de Malabar (La Croze, Christian, des Indes , t. i, p. 347 )• ^^ jalousie des nesto* riens et des monophysites a conservé la pureté de leur texte.

(2) Les païens de l'Egypte se moquaient déjà de la nouvelle Cybèle des chrétiens (Isidore , 1. i , epist. 54)- On fabriqua au nom d'Hypatia une lettre qui tournait e^i ridicule la théologie de son assassin. {Synodicon, c. 216, dans le quatrième t. ôoncil., p. 4^4* ) ^ l'article Nestorius, Bayle exprime sur le culte de la vierge Marie quelques principes d'une philosophie un peu relâchée.

ses momens de calme , Nestorias avouait qu'on pou** vait le tolérer et l'excuser par Tunion des deux natures et la communication de leurs propriétés (i); mais, irrité par la contradiction, il en vint à rejeter le culte d'un Dieu nouveau -né, d'une divinité dans l'enfance , à tirer des associations conjugales et civiles de la vie humaine les similitudes imparfaites dont il se Servait pour expliquer ses opinions , et à représeftter. l'humanité du Christ comme le vêtement, l'instrument et le temple de sa divinité. Aux premiers sons de ces blasphèmes , les colonnes du sanctuaire furent ébranlées. Ceux dont Félévation de Nestorius avait renversé les espérances, se livrèrent au ressentiment que leur inspirait la religion ou la jalousie ; le clergé de Byzance se voyait à regret gouverné par un étranger 5 tout ce qui porte le caractère de la superstition ou de l'absurdité a droit à la protection des moines , et le peuple s'intéressait à la gloire de la sainte Vierge sa protectrice (a). Des clameurs séditieuses troublèrent les sermons de l'archevêque et le service des autels^ des congrégations particulières abjurèrent son autorité et sa doctrine : bientôt le souffle de l'esprit de parti propagea de tous côtés ,

(i) JjocjriSoviç des Grecs, c'est-à-dire un prêt ou une translation mutuelle des idiomes ou des propriétés d'une nature à l'autre, de l'infinité à l'homme, de la passîbilité à Dieu, etc. Petau établit douze règles sur cette matière extrêmement délicate ( Dogmat. theolog. , t. v, 1. iv, c. 14 , i5, p. 209, etc.).

(2) /^o^ez Ducange , C. P. Chrùtiana, 1. i, p. 3o, etc.

Page 1