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34 HISTOIAE DE LA DÊCADEKCE
jusqu'aux extrémités de Tempire , la contagion de la controverse ; et du théâtre sonore sur lequel se trouvaient placés les combattans , leur voix retentit dans les cellules de la Palestine et de l'Egypte. 11 était du devoir de saint Cyrille d'éclairer le zèle et l'ignorance des innombrables moines soumis à son autorité épiscopale : l'école d'Alexandrie lui avait enseigné l'incarnation d'une nature, et il l'avait adoptée ; mais en s'armant contre un second Arius , qui , plus effrayant et plus coupable que le premier, se trouvait placé sur le second trône de la hiérarchie ecclésiastique, le successeur de saint Athanase ne consulta que son orgueil et son ambition. Après une correspondance de peu de durée, dans laquelle les prélats rivaux couvrirent leur haine du langage perfide du respect et de la charité, le patriarche d'Alexandrie dénonça au prince et au peuple, à l'Orient et à l'Occident, les coupables erreurs du pontife de Byzance. Les évêques d'Orient , et en particulier celui d'Antioche , qui favorisait la cause de Nestorius , conseillèrent aux deux partis la modération et le silence ; mais le Vatican reçut à bras ouverts les députés de l'Egypte. Céleslin fut flatté qu'on le choisît pour juge -, et l'infidèle version d'un moine détermina l'opinion du pape qui , non plus que son clergé latin , ne connaissait ni la langue, ni les arts, ni la théologie des Grecs. Célestin , à la tête d'un concile d'évêques italiens , examina les argumens de saint Cyrille ^ il approuva son symbole et condamna la personne et les opinions de Mestorius. U dépouilla cet hérétique de sa dignité
épiscopale, lui donna dit jours pour se rétracter et montrer son repentir, et chargea son ennemi de Texëcution de ce décret illégal et précipité. Mais tandis que le patriarche d'Alexandrie lançait les foudres célestes , il laissait voir les erreurs et les passions d'un mortel , et ses douze anathémes(i) désespèrent encore aujourd'hui la scrupuleuse soumission des ortho* doxes , qui veulent conserver leur vénération pour la mémoire d'un saint sans manquer à la fidélité due aux décrets du concile de Chalcédoine. Ces proposi** tions hardies conservent une teinte ineffaçable de l'hérésie des apollinaristes , tandis que les déclarations sérieuses et peut-être sincères de Nestorius ont satisfait ceux des théologiens de notre temps qui se distinguent le plus par leur sagesse et leur impartialité (a).
(i) Concit., t. III , p. 943. Ils n^ont jamais été approuvés directement par TEglise. (Tillemont, Mém, ecclésiast,, xiv, p. 368 — 872.) J'ai presque pitié des convulsions de rage et de sophisme dont Petau. paraît agité dans le sixième livre de ses Dogmata theologica.
(2) Je puis citer le judicieux Basnage {ad. t. i , f^ariar. Lection, Canisii in prœjat., c. 2 , p. n -28) et La Croze, savant universel [Christianisme des Indes, t. i, p. i6-2o, de l'Ethiopie, pag. 26, 27; Thesaur., epist., pag. 176, etc., 288-286). Son libre avis sur ce point est confirmé par celui de ses amis Jablonski {Thesaur. epist,, t. i , p. 198-201), Mosheim (m/., p. 804, Nestorium crimine caruisse est et mea sententia); et il ne serait pas facile de trouver trois juges plus respectables. Asseman , rempli de connaissances , mais modestement asservi aux autorités , peut à peine découvrir
Prenier L'empereuF et le primat' de TOrient n'étaient pas
coDctIe
d'tpbêfe. disposes à se soumettre au décret d un prêtre de jain-uct. l'Italie-, et Ton demandait de toutes parts un concile de rÉglise catholique, ou plutôt de TÉglise grecque, comme le seul moyen d'apaiser ou de terminer cette dispute ecclésiastique (i). Éplièse, où Ton arrivait aisément par mer et par terre , fut choisie pour le lieu de cette assemblée -, on la fixa à la fête de la Pentecôte : on envoya à tous les métropolitains des lettres de convocation, et Ton plaça autour delà salle de réunion une garde destinée à protéger et à emprisonner les pères du synode , jusqu'à ce qu'ils eussent déterminé les mystères du ciel et la foi des humains. Nestorius y parut, non comme criminel, mais comme juge : il comptait sur la réputation plutôt que sur le nombre de ses prélats ; ses robustes esclaves des bains de Zeuxippe étaient armés et prêts à le défendre , ou à attaquer ses ennemis ; mais l'avantage des armes temporelles et spirituelles était du côté de saint Cyrille, son adversaire. Celui-ci,
désobéissant à la lettre ou du moins à l'esprit de
{BibL orient,, t. iv, pag. 190-224) le crime et l'erreur des nestoriens.
(i) On trouve des détails sur l'origine et les progrès de la controverse de Nestorius , jusqu'au concile d'Éphèse , dans Socrate(l. vu, c. 32), dans Evagrius (1. i , c. 1,2), dans Libéra tus (^rc^'., c. i-4) , dans les Actes originaux {Concil., t. m, p. 551-591, édit. de Venise^ ^728), dans les Annales de Baronius et de Pagi , et dans les fidèles Recueils de Tillemont {Mém. ecclés,, t. xiv, p. 283-377).
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l'ordre de l'empereur , s'était fait accompagner de cinquante évêques égyptiens, qui attendaient d'un signe de leur patriarche l'inspiration du Saint-Esprit. 11 avait contracté une étroite alliance avec Memnon, évêque d'Éphèse , primat des Églises d'Asie qu'il gouvernait avec un pouvoir absolu , et qui mettaient à sa disposition les voix de trente ou quarante évêques : une troupe de paysans, esclaves de l'Église, avaient été dispersés dans la ville pour y appuyer, par des cris et des violences, les argumens métaphysiques de leur suzerain, et le peuple Soutenait avec zèle l'honneur de la vierge Marie , dont le corps reposait dans les murs d'Éphèse (i). La flotte qui avait amené saint Cyrille était chargée des richesses de l'Egypte ; elle débarqua une bandé nombreuse de gens de mer, d'esclaves et de fanatiques, enrôlés sous la bannière de saint Marc et celle de la mère de Dieu, et disposés à la plus aveugle obéissance. Cette troupe guerrière intimida les pères et même les gardes du
(i) Les chrétiens des quatre ppemiers siècles ne connaissaient ni le lieu de la mort ni celui de la sépulture de Marie. Le concile dent nous parlons ici confirme la tradition d^Ephèse, qui croyait posséder son corps. (EvOa o 950X070; luavvnç, xai m Gsoroxoç 7rap0svoç ri a^ia Mapta. Concil., t. m, p. 1102.) Au reste, 'Jérusalem, qui a formé les mêmes prétentions , a fait oublier celles d'Ephèse : on y montrait aux pèlerins le sépulcre vide de la Vierge; c'est de là qu'est venue l'histoire de sa résurrection el de son assomption, pieusement adoptée par les Eglises grecques et latines. Ployez ^divomus {Ann,. eccles , y A. D. 48, n'6, etc.), et Tillemont {Mém, eccles., t. i, p. 4^7-477)-
concile. Les adversaires de saint Cyrille et de Marie furent insultés dans les rues ou menacés dans leurs maisons. L'éloquence et la libéralité du prélat égyptien augmentaient chaque jour le nombre de ses adhérens; et il put bientôt compter sur deux cents ëvé({ues prêts à le suivre et à le soutenir (i) ; mais Fauteur des douze anathémes prévoyait et redoutait l'opposition de Jean d'Antioche , qui , avec une suite peu nombreuse , mais respectable, de métropolitains et de théologiens , arrivait à petites journées de la capitale de FOl-ient. Saint Cyrille , dont l'impatience s'irritait d'un délai qu'il traitait de volontaire et de coupable (21) , fixa Touverture du concile au seizième jour après la Pentecôte. Nestorius, comptant sur la prochaine arrivée de ses amis de l'Orient , persista , ainsi que saint Qirysostôme, son prédécesseur, à décliner la juridiction de ses ennemis et à refuser d'o- — ' ... Il I Il ,1 ■
(i) Les Actes du concile de Ghalcédoine {Concil., t. iv, p. i4o5-i4o8) montrent bien l'aveugle et opiniâtre soumission des évéques 4'Égypte à leur patriarche.
(2) Les affaires civiles ou ecclésiastiques retinrent les évéques à Antioche jusqu'au 18 mai. D'Antioche à Ëphèse on comptait trente journées ; et ce n'est pas trop de supposer que des accidens ou, le besoin de repos leur firent perdre dix jours. Xénophon , qui fit la même route , compte plus de deux cent soixante parasanges ou lieues; et j'éclaircirais cette mesure d'après les Itinéraires anciens et modernes, si je connaissais bien la proportion de vitesse d'une armée , d'un concile et d'une caravane. Au reste, Tillemont luimême justifie Jean d'Antioche, quoique avec un peu de répugnance. Méni. ecclés., t. xiv, p. SSô-SSg
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bëir à leurs sommations : ceux-ci hâtèrent le jugement, et son accusateur présida le tribunal. Soixantehuit évéques , vingt - deux desquels avaient le rang de métropolitains, le détendirent par une protestation décente et modérée ^ on les exclut des délibérations. Candidien demanda, au nom de l'empereur, un délai de quatre jours -, ce magistrat profane fut insulté et chassé de l'assemblée des saints.
Cette grande affaire fut accomplie tout entière condamna. dans l'espace d'un jour d'été : les évéques donnèrent NeMoriut. leur opinion séparément-, mais l'uniformité du style "*° **' indique l'influence ou la main d'un chef qu'on accuse d'avoir falsifié les actes et les signatures (i). Ils déclarèrent d'une voix unanime que les Épîtres de saint Cyrille contenaient les dogmes du concile de Nicée et la doctrine des pères; des imprécations et des anathémes interrompirent la lecture de l'extrait peu fidèle qu'on avait fait des Lettres et des Homélies de Nestorius. Celui-ci fut dégradé du rang d'évêque et de ses dignités ecclésiastiques. Le décret oii on le qualifiait malignement de nouveau Judas , fut proclamé et affiché dans les carrefours d'Éphèse : lorsque les prélats fatigués sortirent de l'église de la Mère de Dieu, on les salua comme ses défenseurs ;
( i ) Ms^opsvov ^ri TuxxoL to ^6oy Ta £y £f sco) (ruvTg9)9v/zi tiTroptvyjpara TravovpYta ^s xai Ttvi aôed^JM r.atvoTopia KvptXXou Ts;^a^ovToc. (Evagrius, 1. i, c. ^.) Le comte Ire née (t. m, p. 1249) lui faisait le même reproche ; et les critiques orthodoxes ont un peu de peine à défendre la pureté des copies grecques el latines des actes de ce concile.
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et, durant toute la nuit, des illuminations et des chants céliîbrèrent tumultueusement sa victoire. »iKMiiion Le cinquième jour, l'arrivée et Tindignation des Ori^îT ëvéques d'Orient troublèrent ce triomphe. Dans une chambre de l'hôtellerie où il venait de descendre , et avant, pour ainsi dire, d'avoir essuyë la poudre de ses souliers , Jean d'Ântioche donna audience à Candidien, ministre de l'empereur; celui-ci lui raconta ses vains efforts pour prévenir ou rendre nulles les violences précipitées de saint Cyrille. Avec la même précipi^tion et la même violence , un synode de cinquante évéques d'Orient dépouilla saint Cyrille et Memnon de leur qualité d'évéques, déclara que les douze anathémes renfermaient le plus subtil venin de l'hérésie des apollinaristes , et peignit le primat d'Alexandrie comme un monstre né et nourri pour la destruction de l'Église (i). Son siège était éloigné et inaccessible ; on résolut du moins de faire jouir surle-champ le peuple d'Éphèse du bonheur d'être gouverné par un pasteur fidèle. Mais par les ordres de Memnon les églises furent fermées, une garnison nombreuse fut jetée dans la cathédrale. Les troupes marchèrent à l'assaut sous les ordres de Candidien ^ les gardes avancées furent mises en déroute et pas-
(i) G ^g «tt' oXgOpcj Twv eToO.gfftwv Top^Ogt; xat rpacpetç. Après la coalition de saint Jean et de saint Cyrille , les invectives furent réciproquement oubliées. De vaines déclamations ne doivent pas tromper sur l'opinion que des ennemis respectables entretiennent de leur mérite réciproque ( Conc, t. m , p. 1244).
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sëes au fil de Tépée ; mais les postes étaient imprenables, les assiégeant se retirèrent 5 et, poursuivis par ceux qui étaient dans la cathédrale , ils perdirent leurs chevaux , et plusieurs des soldats lurent grièvement blessés à coups de pierres et de massue. Des cris forcenés et des actions de fureur , la sédition et le sang, souillèrent la ville de la sainte Vierge. Les synodes rivaux s'accablèrent réciproquement d'anathèmes et d'excommunications , et les récits contradictoires des factions de Syrie et d'Egypte embarrassèrent le conseil de Théodose. L'empereur, qui voulait apaiser cette querelle théologique , employa durant trois mois toutes sortes de moyens , excepté le plus efficace de tous , celui de l'indifférence et du mépris. 11 voulut écarter ou intimider les chefs au moyen d'une sentence qui aurait également acquitté ou condamné les uns et les autres ^ il revêtit de pleins pouvoirs ses représentans à Éphèse , et leur donna des forces militaires capables de les soutenir. Il manda huit députés des deux partis pour conférer Ubrement et légalement aux environs de la capitale , loin de la frénésie populaire, toujours contagieuse ; mais les Orientaux refusèrent d'obéir à cet ordre 5 et les catholiques , enorgueillis par leur nombre et par l'appui des Latins , rejetèrent toute espèce d'union ou de tolérance. Théodose pousse^ à bout , malgré sa douceur naturelle , prononça en colère la dissolution de ce synode tumultueux, qui, à la distance de treize siècles , se présente à nous maintenant sous le respectable nom de troisième concile œcuméni-
q:io ^i\ u Dieu m'est témoin, dit ce prince religieux, qiîe je n'ai aucune part à ce désordre. La Providence discernera et punira les coupables. Retournez dans vos provinces , et puissent vos vertus privées réparer les maux et les scandales qu'a produits votre réunion ! » Les évéques retournèrent en effet chez eux -, mais les passions qui avaient troublé le concile d'£phèse se répandirent dans tout l'Orient. Jean d'Antioche et saint Cyrille d'Alexandrie, après trois campagnes où ils se combattirent avec opiniâtreté et avec des succès pareils , voulurent bien s'expliquer et faire la paix; mais on doit attribuer leur apparente réconciliation à la prudence plutôt qu'à la raison , à une lassitude mutuelle plutôt qu'à la charité chrétienne.
Le pontife de Byzance avait donné à l'empereur des préventions sur le caractère et la conduite du prélat égyptien son rival ; saint Cyrille reçut , avec Tordre de se rendre de nouveau à Éphèse , une lettre de menaces et d'invectives (îi) , où il était traité de
(i) Voyez les Actes du synode d^Êphèse dans rortginal rree et dans une version latine , qu^on publia presque eu inùme temps {Concil,, t. in, p. 991 — 1^39) avec le Srnodicon advenus tragctdiam Irenœi, l. iv, p. 235—497- ^^^yaussi 1WI4^ ecclés. de Socrate (1. vu , c. 34), Evagrius ^1. 1 , chap. 3, 4> 5), le Brci^iairc de Liberatus \in Concii., t. vi, *|g. 4l9~4^> ^- ^1 ^) ^t les Mcm, cccUs. de Tilleiuont
mi. XIV, p. 377-487).
•(2) Ta^oiynv (dit Théodose ou phrases coupées) r'j 75 iw
prêtre intrigant, insolent et envieux, dont les opinions troublaient la paix de TÉglise et de TÉtat, et dont la conduite artificieuse à Tëgard de la sœur et de la femme de l'empereur, auxquelles il s'était adresse séparément, manifestait l'espoir téméraire de faire naître ou de rencontrer dans la famille impériale des germes de désunion et de discorde. Cyrille , obéissant à cet ordre impérieux , s'était rendu à Ëphèse : les magistrats , favorables à Nestorius et aux évéques d'Orient , résistèrent à ses anathémes , le menacèrent et l'emprisonnèrent^ ils rassemblèrent ensuite les troupes^le la Lydie et de l'Ionie, pour contenir la suite fanatique et désordonnée de ce patriarche. Cyrille , sans attendre la réponse de l'empereur à ses plaintes, se sauva des mains de ses gardes ^ il s*embarqua précipitamment , abandonna le synode qui n'était pas encore fermé , et se retira à Alexandrie , asile tutélaire de son indépendance et de sa sûreté. Ses adroits émissaires, répandus à la cour et dans la capitale, Tyirent à bout d'apaiser le ressentiment de l'empereur même , et de rétablir Cyrille dans ses bonnes grâces. Le débile fils d'Arcadius était gouverné alternativement par sa femme et par sa sœur,- par les eunuques et par lés femmes du palais *, la superstition et
o^UQQ 7rpc7rotfff>2ç poXXov n oy^iêsioç...'. xou noatùJLOLç iicùXov tovtcov nfuv opxouoTiç mtep aTrXoriiTOc..... Yrovroç fxaXXov ri ispsuç..... ra T8^ T6>y sxx^ffwv, ra ts T6»v paurùscùv {asXXeiv '^oapi^iiv ^ouXseri^ai, a>ç ovx 0U071C oLfopuYiç sTcpaç 6u^oxt|x>:a-Eci>ç. Je serais curieux de savoir combien Nestorius paya des expressions si mortifiantes pour son rival.
Tavance étaient leurs passions dominantes, et les chefs orthodoxes avaient soin d'alarmer Tune et de satisfaire l'autre. Constaniinople et les faubourgs étaient sanctifiés par de nombreux monastères; et les pieux abbés Dalmatius et Eutychès (i) s'étaient dévoués avec un zèle inébranlable à la cause de saint Cyrille , au culte de la Vierge et à Tunité du Christ. Depuis qu ils avaient embrassé la vie monastique, on ne les avait pas revus dans le monde et sûr le terrain profane de la capitale. Mais , dans ce moment terrible du danger de TÉglise , un devoir plus sublime et plus indispensable leur fit oublier leur vœu. Ils sortent de leur couvent, et se rendirent au palais à la^tête d'une longue file de moines et d'ermites , qui tenaient à la main des flambeaux allumés, et qui chantaient les litanies de la mère de Dieu. Ce spectacle extraordinaire édifia et échauffa le peuple; et le monarque effrayé écouta les prières et les supplications de ces saints personnages , qui déclarèrent hautement qu'il n'y avait point d'espoir de salut pour ceux qui fe s'attacheraient point à la personne et au symbole du successeur orthodoxe de saint Athanase. En même temps on répandit l'or dans toutes les avenues du trône. Sous les noms décens d'eulogies et de béné^
(i) Saint Cyrille donne à Eutychès , à l'hérésiarque Eutychès , les noms honorables de son ami , de saint , de zélé défenseur de la foi. Son frère Dalmatius est également employé à circonvenir Tempereur et tous ceux qui servaient près de sa personne ,' terribili conjuratione. Synodic.,^ c. 2o3, in Concil., t. iv, p. 4^7.
dictions, on paya les courtisans des deux sexes, chacun selon la mesure de son pouvoir ou de sa capacité. Les nouyelles demandes qu'ils formaient chaque jour eurent bientôt dépouillé les sanctuaires des églises de Constantihople et d'Alexandrie , et l'autorité du patriarche ne put imposer silence aux murmures de son clergé, indigné qu'on eût déjà contracté une dette de soixante mille livres sterling pour soutenir les frais' d'une corruption scandaleuse (i). Pulchérie, qui soulageait son frère du. fardeau du gouvernement, était le plus ferme appui de la foi orthodoxe; et les foudres du synode étaient si bien secondés par les secrets manèges de la cour, que Cyrille eut la certitude de réu3sir, s'il parvenait à déplacer l'eunuque en faveur pour en substituer un autre à sa place. Cependant il ne put se vanter d'une victoire glorieuse et décisive. L'empereur montrait en cette occasion une fermeté qu'on ne lui avait jamais vue ; il avait promis de protéger l'innocence des évê-
( I ) Clerici qui hic sunt contristantur, quodEcclesia Alexari' drina nudata sit kujus causa turbelœ .• et débet prœter illa quœ hinc transmissa sint auri libras miile quingentas. Et nunc ei scriptum est ut prœstet; sed de tua Ecclesiâ prœsta a\^cCritiœ quorum nosti, etc. Cette lettre originale et curieuse de Tarchidiacne de saint Cyrille à sa créature , le nouvel évêque de Constantinople , s'est conservée, sans qu'on puisse dire par quel hasard^ dans une ancienne version latine. {Sjrnodicon, c. 2o3 , Concil., t. iv, p. 465—4^8.) Le masque est presque tombé , et les saints parlent ici le langage de Tintérêt et de l'intrigue.