‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 3)Chapitre 7 sur 42 · HISTOIRE DE LA DÉCADEI^CE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DÉCADEI^CE

monde, il fut encore poursuivi par les fureurs du fanatisme et celles de la guerre. Une tribu errante de Blemmyes ou de Nubiens envahit sa solitude : Nestorius fut au nombre des captifs inutiles qu'ils laissèrent aller en se retirant. Mais se voyant sur les bords du Nil, et près d'une ville romaine et orthodoxe, il regretta sans doute sa servitude chez les sauvages. Sa fuile ftit punie comme un nouveau crime j l'esprit de Cyrille respirait dans toutes les autorités civiles et

ecclésiastiques de l'Egypte ^ les magistrats, les soldats et les moines, tourmentèrent dévotement l'ennemi du Christ et de saint Cyrille , et l'hérétique fut tour à tour traîné sur les confins de l'Ethiopie ou rappelé de ce nouvel exil , jusqu'à ce qu'épuisé déjà par la vieillesse il se trouvât hors d'état de résister aux fatigues et aux accidens de ces voyages multipliés. Cependant ison esprit conservait encore sa fermeté et son indépendance : ses lettres pastorales intimidèreot le président de la Thébaïde \ il survécut au tyran catholique d'Alexandrie, et le concile de Chalcédoine , touché d'un exil de seize ans , allait peutêtre lui rendre les honneurs ou du moins la communion de l'Église. Il y était mandé, et se préparait avec joie à obéir, lorsque la mort le prévint (i). La nature

3o rOasis méridionale où Nestorius.fut exilé , et qui se trouvait a trois journées seulement des confins de la Libye. Vojrez une savante Note de Michaelis [ad Descript, jEgypt., Abulfedae, p. 21— 34).

(1) L'invitation qui appelait Nestorius au concile de Chalcédoine est rapportée par Zacharie, évèque de Malte

de sa maladie donna lieu à ce bruit odieux , que sa langue, organe de ses blasphèmes , avait ëtë mangée par les vers. Il fut enterré dans une ville de la Haute- Egypte , connue sous le nom de Chemnis , ou Panopolis, ou Akmim (i); mais Tacharnement des jacobites a continué , pendant plusieurs générations , à insulter son sépulcre , et à publier ridiculement que la pluie du ciel , qui tombe également sur les fidèles et sur les impies (2) , n'arrosait jamais le lieu où il se trouvait placé. L'humanité peut verser une larme sur la destinée de Nestorius ; mais , pour être juste , on doit observer que s'il fut victime de la persécution ,

(Eyagrius,l. 11, c. 2; Asseman, Bihl. orient., t. 11, p. 55)^ et par le fameux Xenaias ou Philoxène, évêque de Hieropolis (Asseman , Bibl. orient,, t. 11 , p. 4^ 9 etc. ) , niée par Ëvagrius et Asseman, et fortement soutenue par La Groze {Thesaur. epistoL, tom. m , pag. 181 , etc.). Ce fait n'est pas invraisemblable ; mais il était de l'intérêt des monophysites de répandre ce bruit odieux. Ëutjchius (tom. ir , p. 12) assure que Nestorius mourut après un exil de sept ans , et par conséquent dix années avant le concile de Ghalcédoine.

(i) Consultez d' An ville (itfem. sur V Egypte, pag. 19 0> Pococke {Description de l'Orient, vol. 1, p. 76), Abulféda {Descriptio j^gypti, p. i4)' Voyez aussi Michaelis, son commentateur {Not., p. 78-83 ), et le géographe de Nubie (p. 4^) j ^i *^i*® *^ douzième siècle les ruines et les cannes à sucre d' Akmim.

(2) Eutjchius {Annal., t. 11, p. 12) et Grégoire Bar- Hebraeus ou Abulpharage (Asseman, t. 11, p. 3i6) nous donnent une idée de la crédulité du dixième et du treizième siècle.

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