‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 11 sur 85 · VI · texte numérisé non relu

VI

ville d'Alexandrie en Egypte. Posté dans un lieu sûr du temple de Sérapis, il ordonnait et contemplait, avec un plaisir barbare, le massacre de plusieurs milliers d'hommes, citoyens et étrangers, sans avoir aucun égard au nombre de ces infortunés, ni à la nature de leur faute. Il disait froidement, et il écrivit même au sénat, que, de tous les habitans de cette grande ville, ceux qui avaient péri, et ceux qui s'étaient échappés, méritaient également la mort '.

Les sages instructions de Sévère ne firent jamais aucune impression durable sur l'âme de son fils. Avec de l'imagination et de l'éloquence, Caracalla manquait de jugement; ce prince n'avait aucun sentiment d'humanité * { il répétait sans cesse t qu'un souverain de;

> vait s'assurer l' affection de ses soldats» et

> compter pour rien le reste de ses sujets *. • Dans tout le cours de son règne , il suivit constamment cette maxime dangereuse et bien digne d'un tyran. La prudence avait mis des bornes à la libéralité du père ; et une autorité ferme modéra toujours son indulgence pour les troupes. Le fils ne connut d'antre politique que celle de prodiguer des trésors immenses. Son aveugle profusion entraîna la perte de l'armée et de l'empire. Les guerriers, élevés jusqu'alors dans la discipline des camps, perdirent leur vigueur dans le Inxe des villes. L'augmentation excessive de la paie et des gratifications * épuisa la classe des ci-

■ Dion,]. uim,p. 1307; HéroiUen ,1. rv[ p.l.iS. {«premier représente ce massacre comme nn acte do oniaulé; l'autre prélend qu'on y employa aussi de la perfidie. 11 parait que les Alexandrins avaient irrite le tyran par leurs railleries, et peut-être par leurs tumultes.

ï Dion, 1. lxxvii, p. 1196.

■i Dion , 1. Lxxut , p. 1264. M. Wolton (Uisloirede Rome , p. 330 ) croit que cette maxime fut inventée par Caracalla , et attribuée à son père.

* Selon Dion (1. Lxxvni, p. 1343), les présent) extraordinaires que Caracalla faisait à ses troupes se montaient annuellement isoUante-dh millions de drachmes, environ cinquante-quatre millions de notre monnaie. H existe, louchant la paie militaire , un autre passage de DiOn , qui serait infiniment curieux, s'il n'était pas obscur , imparfait , et probablement corrompu. Tout ce qu'on peut y découvrir, c'est que les soldats prétorien» recevaient par an douze cent cinquante drachmes , neuf cent vingt livres (Dion, I. Lisxii, p. 1307). Sous lerègue d'Auguste, ils avaient par jour deux drachmes ou deniers, sept cent vingt par an (Tacite , Annal., i, 17) -Donatien, qui anf>

toyens pour enrichir l'ordre militaire. Ou ignorait qu'une pauvreté honorable est le seul moyen qui puisse rendre tes soldats modestes dans la paix, et capables de défendre l'état eu temps de guerre. Caracalla, fier et superbe au milieu de sa cour, oubliait avec ses troupes la dignité de son rang ; il encourageait leur insolente familiarité, et, négligeant les devoirs essentiels d'un général , il affectait l'habillement et les manières d'un simple soldat.

Le caractère et la conduite de Caracalla ne pouvaient lui concilier ni l'amour ni l'estime de ses sujets ; mais il n'eut point à redouter les dangers d'une rébellion, tant que ses vices furent utiles aux années. Une conspiration secrète, qu'il avait allumée par sa jalousie, lui devint fatale. Deux ministres partageaient alors la préfecture du prétoire. Adventus, brave soldat, mais sans expérience, avait le département militaire. L'administration civile était entre les mains d'Opilhis Macrin, qui devait cette place importante à sa réputation et à son habileté pour les affaires. La faveur dont il jouissait variait selon le caprice du tyran ; et sa vie dépendait du plus léger soupçon on de la moindre circonstance. La méchanceté ou le fanatisme inspira tout-ù-coup un Africain qui passait pour être profondément versé dans la connaissance de l'avenir : cet homme annonça que Macrin et son fils régneraient un jour sur l'empire romain. Le bruit s'en répandit aussitôt dans les provinces;et, lorsque le prophète futenvoyé chargé de chaînes dans la capitale, il soutint en présence du préfet de la ville la vérité de sa prédiction. Ce magistrat, qui avait reçu des ordres précis de rechercher les successeurs de Caracalla, s'empressa do communiquer cette découverte à la cour de l'empereur, qui résidait alors en Syrie. Mais, malgré toute la diligence des courriers publics, un ami de Macrin trouva le moyen de l'avertir du danger qu'il courait. L'empereur conduisait un

m«U fa paie des troupes d'un quart , a do porter celle des ])rei9rwD5 à neuf cent soixante drachmes (Gronovius, dcpecunùt veleri, 1, m, c 2). Ces augmentations sueeessirea minèrent l'empire ; car le nombre des soldais s'accrut aTee leur paye. Les prétoriens seuls, qui n'étaient d'abord tôt dix mine pommes , furent ensuite de ùd quant* mille.

L'EMPIRE ROMAIN, (213 dep. J.-C.J

chariot de course lorsqu'il reçut des lettres de Rome. 11 les donna sans les ouvrir à son préfet du prétoire, en lui recommandant d'expédier les affaires ordinaires , et de lui faire eusuite le rapport des pins importantes- Macrin apprit ainsi le sort dont il était menace : résolu de détourner l'orage, il enflamma le mécontentement de quelques officiers subalternes, et se servit de la main de Maniai, soldat déterminé , qui n'avait pu obtenir le grade de centurion. L'empereur était parti d'Édesse pour se rendre en pèlerinage à Carrhes, dans un fameux temple de la lune : il avait à sa suite un corps de cavalerie; mais, ayant été obligé de s'arrêter un moment sur la route, comme les gardes se tenaient par respect à quelque distance de sa personne, Maniai s'approcha de lui et le poignarda. L'assassin fut tué à l'instant par un archer scythe, de la garde impériale. Telle fut la fin d'un monstre dont la vie déshonora la nature humaine, et dont le règne peut nous donner une idée delà patience des Romains1. Les soldats reconnaissans oublièrent ses vices, ne pensèrent qu'à sa libéralité, et forcèrent les sénateurs à prostitner la majesté de leur corps et celte de la religion , en le mettant au rang des dieux.

Lorsque cet être divin vivait parmi les hommes, Alexandre-le-Grand était le seul héros qu'il jugeait digne do son admiration. Caracalla prit le nom et l'habillement du vainqueur de l'Asie, forma pour sa garde une phalange macédonienne, persécuta leadisciples d'Aristote, et déploya, avec un enthousiasme puéril , le seul sentiment qui marquait quelque estime pour la gloire et pour la vertu. Charles Xll , après la bataille de Nerva et la conquête de la Pologne, pouvait se vanter d'avoir épié la bravoure et la magnanimité du flls de Philippe, quoiqu'il n'eût aucune de ses qualités aimables. Mais l'assassin de Géta, dans toutes les actions de sa vie, n'a pas la moindre ressemblance avec le héros de Macédoine; et s'il peut lui être comparé", ce n'est que pour avoir versé le sang d'un grand nombre de ses amis et de ceux de son père.

1 Dion,'. Lxxvm,p.1SI2. Hérodion,!. r p. 168. 1 La passion de Caracalla pour Alexandre parait encore sur les médailles du fds de Sévère. Vcye* S "

(217 dep. J.-C.)

Après la chute de Caracalla, on n'eut point recours à l'autorité d'nn sénat faible et éloigné : les troupes seules donnèrent un maître à l'univers. Le choix de l'armée fut d'abord suspendu ; et comme il ne se présentait aucun candidat dont le mérite distingué et la naissance illustre pussent fixer les regards et réunir tous les suffrages, l'empire resta sans chef pendant trois jours. L'influence marquée des gardes prétoriennes enfla les espérances de leurs commandans : déjà ces ministres redoutables se croyaient en droit d'occuper le trône dès qu'il devenait vacant. Cependant Adventus, le plus ancien des préfets, ne fut point ébloui par l'éclat d'une couronne: son âge, ses infirmités, une réputation peu éclatante, des talens médiocres, l'engagèrent à céder cet honneur dangereux à an collègue adroit et entreprenant. Quoique les troupes, trompées parla donleur affectée de Macrin, ignorassent la part qu'il avait a la mort de son maître ', elles n'aimaient ni n'estimaient son caractère. Elles jetèrent les yeux de tous cotés pour découvrir un autre concurrent, et se déterminèrent enfin avec peine en faveur de leur préfet, séduites par des promesses d'une libéralité excessive et d'une indulgence sans bornes. Peu <lo temps après son avènement, Macrin donna le titre impérial à son fils, figé seulement de douce ans, et le fit appeler Antonin, nom si cher au peuple. On espérait que la figure agréable du jeune prince , et les gratifications extraordinaires dont la cérémonie de son couronnement avait été le prétexte, pourraient gagner la faveur de l'armée, et assurer le trône chancelant du nouvel empereur.

Le séoatet les provinces avaient applaudi au choix des troupes, et s'étaient empressés de le ratifier. Il ne s'agissait pas de peser les vert us du successeur de Caracalla : la chute imprévued'untyran abhorré excitait par tout des transports de joie et desurprise.Lorsqueces premiers mouveroeits furent apaisés, le mérite de Macrin se trouva soumis à une recherche sévère , et n'échappa point à l'œil perçant de

usu If umismat., iissert.Tii. Hérodien(l.iv,p.i54) avait vu un tableau ridicule, représentant une ligure qui ressemblait d'un cûlé à Alexandre, et de l'autre a. Caracalla.. ■ IfeoJiw,.!. iy.P- tW.llisl.Au6., p. U4.

la critique. On blâma bientôt la précipitation de l'armée. Jusqu'alors l'empereur avait été tiré de l'assemblée la plus auguste de la nation. Il semblait que la puissance souveraine, qui n'était pins exercée par le corps entier du sénat , devait toujours être déléguée à l'un de ses membres. Cette maxime , sontenue par une pratique constante , paraissait être un des principes fondamentaux de la constitution. Macrin n'était pas sénateur*. L'élévation soudaine des préfets du prétoire rappelait encore l'état obscur d'où ils étaient sortis; et les chevaliers avaient toujours été en possession de cette place importante , qui leur donnait une autorité arbitraire sur la vie et sur la fortune des plus illustres patriciens. On ne pouvait voir sans indignation la première couronne dn monde posée sur la tête d'un homme sans naissance ', qui ne s'était même rendu célèbre par aucun service signalé, tandis que l'empire renfermait dans son sein une foule de sénateurs illustres , descendus d'une longue suite d'aïeux , et dont la dignité personnelle pouvait relever l'éclat de la pourpre impériale. Dès que le caractère de Macrin eut été exposé aux regards avides d'nne multitude irritée, il fut aisé d'y découvrir quelques vices et un grand nombre de défauts. Le choix de ses ministres lui attira souvent de justes reproches; et le peuple, avec sa sincérité ordinaire , se plaignait à la fois de la douceur indolente et de la sévérité exson souverain *.

1 Dion , I. Lzxxnn , p. 1350. Elagabale reprocha a. son prédécesseur d'avoir osé s'asseoir sur le trône, quoique, comme préfet du prétoire, il n'eut pas la liberté d'entrer dans le sénat, dés que le public avait ordre de se retirer. La faveur personnelle de Pnutien et de SéjaB les avait mis au-dessus de toutes les lois. A la vérité ils avaient été lires de l'ordre équestre; maie île conservèrent la prefeclure avec le rang de sénateur, et même avec le consulat.

* 11 naquit a Césarée, dmglaEvBBiîdie, et H tut d'abord employé dam la maison de Plautien , dont il rat sur le point de partager le sort malheureux. Ses «menue ont avancé que, né dans l'esclavage , il avait exercé plusieurs professions infâmes , entre autres celle de gladiateur. La coutume de noircir l'origine et La condition d'un adversaire parait avoir duré depuis le temps des orateurs grecs jusqu'aux savans grammairiens du dernier siècle.

3 Dion et Hérodien parlent des vertus et des vices de Macrin avec candeur et avec impartialité. Mais l'auteur de sa vie , dans l'Histoire Augustinc , pareil avoir egale-

L'ambition avait porté Macrin à un poste élevé, où il était bien difficile de se tenir ferme, et duquel l'on ne pouvait tomber, sans trouver aussitôt une mort certaine. Nourri dans l'intrigue des cours, et entièrement livré aux affaires dans les premières années de sa vie, ce prince tremblaiten présence de la multitude fière et indisciplinée qu'il commandait. Il n'avait aucun talent pour la guerre} et marne on doutait de son courage personnel. Son fatal secret fut découvert ; on se disait dans le camp que Macrin avait conspiré contra son prédécesseur. La bassesse de l'hypocrisie ajoutait à l'atrocité du crime, et la haine vint mettre le comble au mépris. D ne fallait, pour soulever les troupes, et pour exciter leur fureur, qu'entreprendre de rétablir l'ancienne discipline. La fortune avait placé l'empereur sur le trône dans des temps si orageux, qu'il se trouva forcé d'exercer l'office odieux et pénible de réformateur. La prodigalité de Caracalla fut la source de tous les maux qui désolèrent l'état après sa mort. S'il eût été capable de réfléchir sur les suites naturelles de sa conduite, la triste perspective des calamités qu'il léguait à ses successeurs, aurait peut-être en de nouveaux charmes pour cet indigne tyran.

Macrin usa d'abord de la plus grande circonspection dans une réforme devenue indispensable : ses mesures paraissaient devoir fermer aisément les plaies de l'état, et rendre, d'une manière imperceptible, aux armées romaines leur première vigueur. Contraint de laisser aux anciens soldats les privilèges dangereux et la paie extravagante que leur avait donnés Caracalla , il obligea les nouveaux à se soumettre aux établissemens plus modérés de Sévère ; et il les accoutuma par degrés a la modestie et à l'obéissance '. Une faute Irréparable détruisit les effets salutaires de ce plan judicieux. Au lieu de disment copié quclijues-uus de ces écrivains dont ta plume vénale , vendue i l'empereur ÉLagabale , a noirci la mémoire de ses prédécesseur!.

■ Dion.l. Lnxm, p. 1336. Le sens de l'auteur est aussi clair que l'intention du prince ; mais M. Wotlon n'a compris ni l'un m l'autre en a pplîqu an Ua distinction, non aux vétérans et aux recrues, mais aux anciennes et aux nouvelles légions. Histoire de Rouie , p. 347.

(217 dep. JMX) perser immédiatement dans différentes provinces la nombreuse armée que le dernier empereur avait assemblée en Orient, Macrin la laissa en Syrie pendant l'hiver qui suivit Bon avènement. Au milieu des plaisirs d'un camp où régnaient le luxe et l'oisiveté, les troupes s'aperçurent de leur nombre et de leur force redoutable, se communiquèrent leurs sujets de plainte, et soupirèrent après une autre révolution. Les vétérans , loin d'être flattés par des distinctions honorables, croyaient voir dans les premières démarches de l'empereur le commencement de ses projets de réforme. Les nouveaux soldats entraient avec une sombre répugnance dans un service devenu plus pénible, et dont les récompenses avaient été diminuées par un souverain qu'ils accusaient d'avarice : des clameurs séditieuses succédèrent aux murmures; et les soulèvemens particuliers, indices certains du mécontentement des troupes, annonçaient une rébellion générale. L'occasion s'en présenta bientôt à des esprits ainsi disposés.

L'impératrice Julie avait éprouvé tontes les vicissitudes de la fortune : tirée d'un état obscur, elle n'était parvenue à la grandeur que pour sentir toute l'amertume d'un rang élevé. Elle fut condamnée à pleurer la mort de l'un de ses fils, et à gémir sur la vie de l'autre. Le sort cruel de Caracalla, qu'elle avait prévu depuis long-temps, épuisa la sensibilité d'une mère et d'une impératrice. Malgré les égards respectueux de l'usurpateur pour la veuve de Sévère, il était bien dur à une souveraine d'être réduite à la condition de sujette.. Bientôt Julie mit fin, pnr nne mort volontaire, à see chagrins et à son humiliation1. Julie Mœsa, sa sœur, reçut ordre de quitter Antioche et la cour : elle se retira dans la ville d'Émèseavec une fortune immense, fruit de vingt ans de faveur. Cette princesse y vécut avec ses deux filles, Soœmias et Mammée , toutes les deux veuves , et qui n'avaient chacune qu'un fils.

Bassianus, fils de Soœmias, exerçait les fonctions augustes de grand-prêtre du soleil.

■ Dion , 1. i.TïTin , p. 1330. L'abrégé de Xtphillg , quoique moins rempli de particularités , est iet plus ctadr que

l'original

plMep.l.-C.)

Cet état, que la prudence du la superstition avait fait embrasser au jeuue Syrien, lui fraya le cheminau trône. Une légion campait alors prèsdes murs d'Émèse. Les troupes, forcées de passer l'hiver sous leurs tentes, supportaient avec peine le poids de ces nouvelles fatigues, traitaient de cruauté la discipline sévère de Hacriu, et brûlaient du désir de se venger. Les soldats, qui se rendaient en foule dans le temple du soleil, contemplaient avec une satisfaction mêlée de respect les grâces et la figure charmante du jeune pontife: ils crurent même reconnaître, en le voyant, les traits de Caracalla, dont ils adoraient la mémoire. L'artificieuse Mœsa s'aperçut <le leur affection naissante , et sut en profiter, file rougissant pas de sacrifier la réputation de sa fille à la fortune de son petita'Is, Plie fit courir le bruit que Bassianus avait pour père le dernier empereur. Des sommes excessives , distribuées par ses émissaires, détruisirent toute objection; et la prodigalité prouva suffisamment l'affinité, ou du moins La ressemblance de Bassianus avec CaracaHa.

Le jeune Antouin (car il prit et souilla ce nom respectable), déclaré empereur par les soldats d'Émèse, résolut de faire valoir les droits de sa naissance, et invita hautement les trompes, à suivre les étendarts d'un prince généreux qui avait pris les armes pour venger la mort de sou père , et délivrer les troupes da l'oppression '.

Tandis que des femmes et des eunuques conduisaient avec vigueur une entreprise concertée aveu tant de prudence , Hacrin flotuût entre la crainte et une fausse sécurité. Il pouvait, par un mouvement décisif, étouffer la conspiration dans son enfance : l'irrésolution le retint à Antioche. Un esprit de révolte s'était emparé de toutes les troupes

'S«tonlJ«pr«te(Hist.AMg.,p.i35),Ali3anilre-Sévère Ttau vitgt-waf ans trois mois et sept jours. Connue il nit tu* le 19 mars 235 , il but fixer sa naissance au 12 décembre 205. Il avait alors treize ans , et son cousin environ dii-wpt. Cette supputation cannent mieux a l'histoire de ces dro* Jeune» princes que cette d'Hérodien , qui les tait de trois ans plus jeunes (I. t, p. 181). D'un autre <d»t,cciuteati)bmaededeux années le règne d'ÊLagatufc. On peut ïoir ks détails delà conspiration dans Dion, l.iiurm.p. 1339 et dans Hérodien, I. v , p. 181.

PAR ÉD. GIBBON. CH. Vt.

campées en Syrie, ou en garnison dans celte province. Plusieurs détachemens, après avoir massacré leurs officiers ' , avaient grossi le nombre des rebelles. La restitution tardive de la paie et des privilèges militaires, par laquelle Macrin espérait concilier tous les esprits, ne fut imputée qu'à la faiblesse de son caractère et de son gouvernement.

Enfin, l'empereur prit le parti de sortir d'Àntiocbe pour aller au-devant de son rival, dont l'armée pleine de zèle devenait tous les jours plus considérable. Les troupes de Macrin, au contraire, n'avaient aucune ardeur; elles ne se présentèrent qu'avec répugnance sur le champ de bataille. Mais dans la chaleur du combat1, les prétoriens, entraînés presque par une impulsion naturelle, soutinrent la réputation de leur valeur et de leur discipline. Déjà les rangs des révoltés étaient rompus, lorsque la mère et l'aïeule du prince de Syrie, qui, selon l'usage des Orientaux., accompagnaient l'armée dans des chars couverts, en descendirent avec précipitation, et cherchèrent, en excitant la compassion du soldat, à ranimer son courage. Antonio lui-! même qui, dans tout le cours de sa vie, ne se conduisit jamais comme un homme, se montra un héros dans ce moment de crise. Il monte à cheval, rallie les fuyards, et se jette, l'épée à la main, dans le plus épais de l'ennemi; tandis que l'eunuque Garni) s, dont jusqu'alors les soins du sérail et le luxe efféminé de l'Asie avaient fait l'unique occupation, déploie les talens d'un général habile et expérimenté. La victoire était encore incertaine, et Macrin aurait peut-être été vainqueur, s'il n'eût pas trahi sa propre cause en prenant honteusement la fuite. Sa lâcheté ne servit qu'à prolonger sa vie de quelques jours, et à imprimer à sa mémoire une tache qui fit oublier ses malheurs. Il est presque inutile de dire que son fils Diadumenianus fut enveloppé dans le même sort.

> En vertu d'une proclamation funeste du prétendu Antouin , tout soldat qui apportait la tête de son officiel pouvait hériter de son bien , et être revêtu de son grade militaire.

3 Dion, 1. liiïiii, p. 1345 ; Hérodien , I. v, p. 186. La bataille se donna près du village d'Imnia , environ à sept lieues d 'Antioche.

Dès que les braves prétoriens eurent appris qu'ils répandaient leur sang pour un prince qui avait eu la bassesse de les abandonner, ils se rendirent à son compétiteur; et les soldats romains, versant des larmes de joie et de tendresse, se réunirent sous les étendards du prétendu fils de Caracalla. Antonin était le premier empereur qui fût né en Asie : l'Orient vit avec transport un de ses enfans assis sur le premier trône du monde.

Macrin avait daigné écrire au sénat pour lui faire part de quelques légers troubles, excités en Syrie par un imposteur; et aussitôt le rebelle et sa famille avaient été. déclarés ennemis de l'état par un décret solennel. On promettait cependant le pardon à ceux de ses partisans abusés qui le mériteraient en retournant immédiatement à leur devoir. Vingt jours s'étaient écoulés depuis la révolte d'Antonin jusqu'à la victoire qui la couronna : durant ce court intervalle, qui décida du sort de l'univers, la capitale et les provinces, surtout celles de l'Orient, furent déchirées par les craintes et par les espérances des factions, agitées par des dissensions intestines , et souillées par une effusion inutile du sang des citoyens, puisque l'un des deux concurrens, qui remporterait la victoire en Asie, devait être le maître de l'empire.

Les lettres spécieuses dans lesquelles le jeune conquérant annonçait a un sénat toujours soumis la chute de son rival, étaient remplies de protestations de vertu , et respiraient la modération. 11 se proposait de prendre pour règle invariable de sa conduite les exemples brillans d'Auguste et de Marc- Aurèle. Il appuyait surtout, avec une vaine complaisance, sur la ressemblance frappante de sa fortune avec celle d'Octave, qui, dans le même âge, avait, par ses succès, vengé la mort de son père.

Eu se qualifiant Marc-Aurile, fils d'Anionin et petit-fils de Sévère, il rédamait tacitement les droits de sa naissance; mais il blessait la délicatesse des Romains, en prenant les titres de tribun et de proconsul, sans attendre que le sénat les lui eût solennellement.conférés. 11 faut attribuer cette innovation dangereuse et ce mépris pour les lois fondamentales de l'état A l'ignorance de ses

(218 dep. J.-C.) courtisans de Syrie, ou au fier dédain des guerriers qui l'accompagnaient '.

Le nouvel empereur partit de Syrie pour se rendre à Rome : comme toute son attention était dirigée vers les amnsemens les plus frivoles, son voyage, sans cesse interrompu par de nouveaux plaisirs , dura plusieurs mois. Il s'arrêta d'abord à Nicomédk, où il passa l'hiver qui suivit sa victoire; et il ne fit que l'été d'après son entrée triomphale dans la capitale. Cependant, avant son arrivée, il y envoya son portrait, qui fut placé par ses ordres sur l'autel de la Victoire, dans le temple où le sénat s'assemblait. Les Romains purent dès lors se former une idée juste du prince que la fortune leur avait donné. Il était revélu de ses habits pontificaux : sa robe d'or et de soie flottait à la mode des Phéniciens et des Merles. Une tiare élevée ornait sa tête; et des pierres d'un prix inestimable rehaussaient l'éclat des colliers et des nombreux bracelets dont il était couvert. On le voyait représenté avec des sourcils peints en noir; et il était facile de découvrir sur ses joues un mélange de blanc et de rouge artificiels ■. Quelle dut être, à la vue de ce tableau , la douleur des graves patriciens ! Après avoir gémi long-temps sous la sombre tyrannie de leurs concitoyens, ils avouaient en soupirant que Rome, asservie par le luxe efféminé du despotisme oriental, éprouvait le dernier degré d'avilissement.

On adorait le soleil dans la ville d'Emèse, sous le nom d'Eiagabale ', et sous la forme d'une pierre noire taillée en cône, qui, selon l'opinion vulgaire, était tombée du ciel sur ce lieu sacré. Antonin attribuait, avec quelque raison, sa grandeur à la protection de cette divinité tulélaire. Il ne s'occupa, pendant le cours de son règne, qu'à satisfaire sa reconnaissance et sa superstition. Son zèle et sa vanité l'engagèrent à établir la supériorité du culte d'Emèse sur tontes les religions de la terre : il voulait que son dieu triomphât des

<Dion,l.Lxm,p. 1353.

ï Dion, 1. inn , p. 1963; Hërodien.l. V, p. 189.

3 Ce nom rient de deux mots syriaipeu, êla , dieu , et gabal, former : te dieu formant ou plastique , dénomination juste et mente heureuse pour le soleil. WoOon , Hist.de Rome, p. 378.

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(118 dep. JM1:)

antres divinités. Comme son premier pontife ci comme l'un do ses plus grands favoris , il adopta lui-même le nom d'Elagabale, nom sacre qu'il préférait à tous les titres de la puissance impériale.

Dus une procession solennelle qui traversa (es nies de Rome , le chemin était parsemé de poussière d'or. On avait placé la pierre noire, enchâssée dans des pierreries de la plus grande valeur, sur un char tiré par sis chevaux d'une blancheur éclatante et richement caparaçonnés. Le religieux empereur tenait lai-même les rênes; et supporté par ses ministres, il se renversait en arrière, pour avoir le bonheur de jouir perpétuellement de l'auguste présence de la divinité. On n'avait rien épargné pour embellir le temple magnifique, élevé sur le mont Palatin, en l'honneur du «lien Elagabale. Au milieu des sacrifices les pins pompeux , les vins les plus recherchés coulaient sur un autel entouré des pin» 'rares victimes, et où l'on brûlait les phi précieux aromates. De jeunes Syriennes Sgurmenules danses lascives au son d'une musique barbare, tandis que les premiers personnages de l'état, revêtus de longues tu- ■MjOM phéniciennes , exerçaient les principales fonctions du sacerdoce avec une vénérai»» affectée et une secrète indignation ' .

L'empereur, emporté par son zèle, entreprit de déposer dans ce temple, comme dans le centre commun de la religion romaine , les ancîtles , le palladium * et tous les gages sacrés du culte de Huma. Une foule de divinités inférieures remplissaient des places différentes auprès du superbe dieu d'Emèse cependant il manquait à sa cour une compagne d'un ordre supérieur qui partageât son Ut. Panas fut d'abord choisie pour être son épouse; mais on craignit que son air guerrier n'effrayât un dieu accoutumé à la mollesse efféminée de l'Orient. La Inné , que les Africains adoraient sous le nom d'Astarté , parut convenir mieux au soleil. Limage de

'Bérodien.l.v.p. 190.

5 D força le sanctuaire de Vista, et il en emporta une statue qa'a croyait être le palladium; mais les vestales se WttMBt d'avoir, par une pieuse fraude , trompé le sacrilège en toi présentant «ne fausse image de la déesse. Bist. Aug. ». 193.

cette déesse et les riches offrandes de son temple, qu'elle donnait à son mari, furent transportées de Garthage a Rome avec la plus grande pompe; et le jour de ces noces divines fut célébré généralement dans la capitale et dans tout l'empire *.

L'homme sensuel, qui n'est point sourd à la voix de la raison, respecte dans ses plaisirs les bornes que la nature elle-même a prescrites : la volupté lui parait mille fois plus séduisante, lorsque, embellie par le charme de la société et par des liaisons aimables , elle vient encore se peindre à ses yeux sous les traits adoucis du goût et de l'imagination. Hais Elagabale (je parle de l'empereur de ce nom) corrompu par les prospérités, par les passions de la jeunesse et par l'éducation de son pays, se livra, sans aucune retenue, aux excès les plus honteux : bientôt le dégoût et la satiété empoisonnèrent ses plaisirs. L'art et les illusions les plus fortes qu'il peut enfanter furent appelés au secours de ce prince. Les vins les plus exquis, les mets les plus recherchés, réveillaient ses sens assoupis, tandis que les femmes s'efforçaient, par leur lubricité, de ranimer ses désirs languissans. Des raflînemens, sans cesse variés, étaient l'objet d'une élude particulière. De nouvelles expressions et de nouvelles découvertes dans cette espèce de science, la seide qui fût cultivée et encouragée par le monarque ', signalèrent son règne, et le couvrirent d'opprobre aux yenx de la postérité. Le caprice et la prodigalité tenaient lieu de goût et d'élégance ; et, lorsque Elagabale répandait avec profusion les trésors de l'état pour satisfaire à ses folles dépenses, les flatteurs élevaient jusqu'aux cieox le génie et la magnificence d'un prince qui surpassait avec tant d'éclat tous ses prédécesseurs. 11 se plaisait principalement à confondre l'ordre des sai-

' Dion, l. rrax,p. 1300; Hérodlen, 1. v, p. 103. Les sujets de l'empire furent obligés de faire de riches présens aux nouveaux époux. Staminée, dans la suite, érigea des Romains tout ce qu'ils avaient promis pendant la vie d'Elagabale.

> Ij découverte d'un nouveau mets était magnifiquement récompensée; mais, â'it ne plaisait pas, l'inventeur était condamné à ne manger que de son plat , Jusqu'à ce qu'il en eût imaginé un autre qui CatUt «arantage le palais de l'empereur. Hisl. Aug., p. lit.

DÉCADENCE RE L'EMPIRE BOMAtN,

toBB et des climats ' , à se jouer des. sentitnens et des préjugés de sou peuple, et à fouler aux pieds toutes les lois de la nature et de la décence. Il épousa une vestale, qu'il avait arrachée par force du sanctuaire *. Le nombre de ses femmes, qui se succédaient rapidement, et la foule do concubines dont il était entouré, ne pouvaient assouvir ses passions. Le maître du monde avait pris le beau sexe pour modèle dans son habillement et dans sa conduite. Préférant la quenouille au sceptre, il déshonorait les principales dignités de l'état en les distribuant à ses nombreux amans : l'un d'eux fut même revêtu publiquement du titre et de l'autorité de mari de l'empereur, ou plutôt de l'impératrice, pour nous servir des expressions de l'infâme Elagabale *.

Les vices et les folies de ce prince ont été probablement exagérés par l'imagination , et noircis par la calomnie4. Cependant bornonsnous aux scènes publiques dont tout un peuple a été témoin , et qui sont attestées par des contemporains dignes de foi. Aucun autre siècle n'en a présenté {le si révoltantes, et Rome est le seul théâtre où elles aient jamais paru. Les débauches d'un sultan sont ensevelies dans l'ombre de son sérail. Des murs inaccessibles les dérobent a l'œil de la curiosité. Dans les cours européennes, l'honneur et la galanterie ont introduit des raffinemens dans le plaisir, des égards pour la décence, et du respect pour l'opinion publique. Hais dans une ville où tant de nations apportaient sans cesse des mœurs si différentes, les ci-

i II ne mangeait jamais de poisson que lorsqu'il se trouvait à une grande distance de la mer : alors il en distribuait aux paysans une immense quantité des plus rares espèces , dont le transport coûtait des frais énormes.

3 Dion , 1. Lxnx, p. 1358; Hérodien, I. v, p. il».

■ Hiérodfe eut cet honneur; mais il aurait été supplanté par un certain Zoticus , s'il n'eût pas trouvé le moyen d'affaiblir son rival par une potion. Celui-ci Ait chassé honteusement du palais, lorsqu'on trouva que sa force ne répondait pas A sa répulation ( Diou , |. lixix , p. 136J-1381). Un danseur fut nommé préfet de la cité; on cocher, préfet de la garde, un barbier, préfet des proiisions. Voyez, sur ce qui rendait recoin manda Mes ces trois ministres et plusieurs autres officiers inférieurs, l'Hisl. Aug., p. 105.

* Le crédule compilateur de sa vie est lui-même porté à crolreque ses vices peuvent avoir été exagérés. Hist. Aug., p. 111. *

(J18 dtp. J.-C.) toyens riches et corrompus adoptaient tous les vices que ce mélange monstrueux devait nécessairement produire ; sûrs de l'impunité, insensibles aux reproches, ils vivaient sans contrainte dans la société humble et soumise de leurs esclaves et de leurs parasites. De sou coté l'empereur regardait tous ses sujets avec le même mépris ; et la puissance souveraine lui donnait les moyens de développer ses vices sans aucune retenue.

Ceux qui déshonorent le plus par leur conduite la nature humaine , ne craignent pas de condamner dans les autres les mêmes désordres qu'ils se permettent. Pour justifier cette partialité, ils sont toujours prêts a découvrir quelque légère différence dans l'âge, dans la situation, et dans le caractère. Les soldais indisciplinés qui avaient élevé sur le trône l'indigne (ils de Caracalla rougissaient de ce choix ignominieux , et détournaient en frémissant leurs regards à la vue de ce monstre , pour contempler le spectacle agréable des vertus naissantes de son cousin Alexandre, fils de Staminée,

L'habile Hœsa, prévoyant que les vices d'Elagabale le précipiteraient infailliblement du trône, entreprit de donner à sa famille un appui plus assuré. Elle profita d'un moment favorable, où l'ame de l'empereur, livrée a des idées religieuses, paraissait plus susceptible de tendresse : elle lui persuada qu'il devait adopter Alexandre , et le revêtir du titre de -césar, pour n'être plus détourné de ses occupations célestes par les soins de la terre-. Placé au second rang , ce jeune prince s'attira bientôt l'affection du peuple, et il excita la jalousie du tyran, qui résolut de mettre fin à une comparaison odieuse, en corrompant les mœurs de son rival, ou en lui arrachant la vie. Les moyens dont il se servît furent inutiles. Ses vains projets , toujours découverts par sa folle imprudence, furent prévenus par les fidèles et vertueux serviteurs que la stige Mammce avait placés auprès de son fils. Elagabale voulut exécuter par la force ce qu'il n'avait pu obtenir par les voies détournées. Une sentence despotique, émanée de la cour, dégrada lout-à-coup Alexandre du rang et des honneurs de césar. Le sénat ne répondit aux ordres du souverain que par nn profond

(228 dep. J..C.) PAS ED. GIBBON. GH. VI.

silence. Dans le camp , en vit s'élever aussitôt un furieux orage. Les gardes prétoriennes jurèrent de protéger Alexandre , et de venger la majesté do trône indignement violée. Les pleurs et les promesses d'Elagabale, qui les conjurait en tremblant d'épargner sa vie, et de le laisser en possession de son cher Hiéroclès, suspendirent leur juste indignation. Us chargèrent seulement leur préfet de veiller aux actions de l'empereur, et à la sûreté du fils de 31a minée '.

Une pareille réconciliation ne pouvait durer long-temps : il eut même été imposable au vil Elagabale de régner à des condition» si humiliantes. Il entreprit bientôt de sonder, par une épreuve dangereuse, les dispositions des troupes. Le bruit de la mort d'Alexandre excite dans le camp une rébellion; ou se persuade que ce jeune prince vient d'être massacré. Sa présence seule et son autorité rétablissent le calme. L'empereur, irrité de cette nouvelle marque de mépris pour sa personne, et d'affection pour son cousin, osa livrer au supplice quelquesuns des chefs, de la sédition. Cette rigueur déplacée lui coûta la vie, et entraîna la perte de sa mère et de ses favoris. Elagabale fut massacré par les prétoriens indignés. Son corps, après avoir été traîné dans toutes les rues de Rome, et déchiré par une populace en foreur, fut jeté dans le Tibre. Le sénat dévoua sa mémoire à one infamie éternelle. La postérité a ratifié ce juste décret '■

'D»n,l. MExn,p.lM5ilMr»dMU,l. », p. 19MÛ1 ; fliit. Ane-, p. 105. Lo dentier de cet trois historiens sembfcawsuiri les meittrare auteurs dans U récit de la rénWtt.

>I>'èpOfjH de la mwt d'Elagabale et de l'avènement d'Alexandre a tiercé l'érudition et la sagacité de Pagi , de rillemonl.deValsecdu, deVignolietde Torre, Mqna d'Adria. Ce point d'histoire est eertainmnwl tres-obeeur ; ■M je m'a» tirai a l'autorité de Pion, dont le calcul est évident , et dont le texte ne peut être corrompu , puisque Xiptnui , Zonare et Cedrenus s'accordent tous avec lui. Ëagaitsleréguatroisans neuf mois et quatre Jours depuis aaTklcdresurMacrin.etithtttaele 10 mm 2fl. Mais qae dâront-uous en Usant sur des médaille» authentiques U cinquième année de sa puissance Iribuni tienne? Nous rés*îtjaer*ai, avec le savant Valsecchi, que l'on n'eut aucun égard à l'usurpation de Maerin, et que le Mis de CaracaBa data un règne de la mort de son père. Apres avoir résolu cette p*ade «malle, il estait* de délier ou découper les autres nœuds de la question.

Les prétoriens mirent ensnite Alexandre sur le trône. Ce prince tenait au même degré que son prédécesseur à la famille de Sévère, dont il prit le nom. Ses vertus et les dangers qu'il avait courus l'avaient déjà rendu cher aux Romains. Le sénat, dans les premiers monvemens de son zèle, lui conféra, en un seul jour, tous les titres et tous les pouvoirs de la dignité impériale '. Alexandre, âgé seulement de dix-sept ans, joignait à nne grande modestie une piété vraiment filiale; il abandonna les rênes dn gouvernement à Hammée sa mère, et k son aïeule Hœsa. Celle-ci mourut bientôt après l'avènement d'Alexandre; et Hammée resta seule chargée de l'éducation de son fils, et de l'administration de l'empire.

Dans tous les siècles et dans toutes les contrées, le plus sage, ou du moins le plus fort des deux sexes, s'est emparé de la puissance suprême, tandis que les soins et les plaisirs de la vie privée ont toujours été le partage de l'autre sexe. Dans les mouarchies héréditaires cependant, et surtout dans celles de l'Europe moderne , les lois de la succession et l'esprit de chevalerie n ous ont accoutumés à une exception singulière. Nous voyons souvent une femme gouverner en souveraine un grand royaume, où elle n'aurait point été jugée capable de posséder le plus petit emploi civil ou militaire. Mais, comme les empereurs romains représentaient toujours les généraux et les magistrats de la république, leurs femmes et et leurs mères, quoique distinguées par le nom à'Augtttta, ne furent jamais associées à leurs dignités personnelles. Un sceptre tenu par la main d'une femme aurait paru un phénomène inexplicable aux yeux de ces premiers Romains, qui se mariaient sans amour, pu qui n'en connaissaient ni [es tendres égards , ni la délicatesse*. La superbe

i Hist. Aug-, p. 114. En se conduisent avec nne précipitation si peu ordinaire , le sénat avait intention de détruire les espérances des pretendans , et de prévenir les factions des armées.

i • Si la nature eût été assez bienfaisante pour nous > donner l'existence sans le secours des femmes , nous ■ serions débarrassés d'un compagnon tres-importun. • C'est ainsi que s'exprima Metellus Numidiais le censeur , devant le peuple romain ; et il ajouta que l'on ne devait

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Agrippine voulut, il est vrai, partager les honneurs de l'empire , qu'elle avait fait passer sur la tête de son fils ; mais elle s'attira la haine de tous les citoyens qui respectaient encore la dignité de Rome ; et sa folle ambition échoua contre les intrigues et la fermeté de Sénèque et de Btirrlius '. Le bon sens ou l'indifférence des successeurs de Néron les empêcha de blesser les préjugés de leurs sujets. Il était réservé à l'intime Elagabale d'avilir la' majesté du premier corps de la nation. Sous le règne de cet indigne prince, Soœmias, sa mère, prenait séance auprès des consuls, et souscrivait comme les autres sénateurs aux décrets de l'assemblée législative. Mammée refusa prudemment une prérogative odieuse, et en même temps inutile. On rendit une loi solennelle, pour exclure à jamais les femmes dn sénat , et pour dévouer aux divinités Infernales celui qui violerait par la suite la sainteté de ce décret *. Mammée ne s'attachait point aune vaine image; la réalité dit pouvoir était l'objet de sa mâle ambition. Elle conserva toujours sur l'esprit d'Alexandre un empire absolu ; et la mère ne pouvait souffrir de rivale dans le cœur du fils. Ce prince avait épousé, de son consentement, la fille d'un patricien. Le respect qu'il devait a son beau-père, et son attachement portr la jenne impératrice, furent incompatibles avec la tendresse ou les intérêts de Mammée. Bientôt le patricien , accuse de trahison, périt du dernier supplice; et la femme d'Alexandre , après avoir été chassée ignominieusement du palais , fat reléguée en Afrique '.

Malgré cet acte cruel de jalousie, malgré l'avarice que l'on a reprochée quelquefois à Mammée, en général son administration fut

considérer le mariage que comme le sacrifice d'un plaisir particulier a un devoir public. Aulu-Oelle, i, 6.

' Tacite, Annal., mi, 5.

*Hlïl. Aug.,p. 102, 107.

■Onu, L wo, p. 1389 ; Hérodien, 1. n, p. 306; Hlst. Aug., p. 131. Selon Hétodkm, le patricien était innocent. L'Histoire Augustin* , sur l'autorité te De lippus , le condamne comme coupable d'une conspiration contre la vie d'Alexandre. Il est impossible de prononcer entre eux. Hais Won est un témoin irréprochable de la jalousie et de h cruauté deMamœce envers la jeune impératrice, dont Alexandre déplora la cruelle destinée , sans avoir la force de s'y opposer.

(222dep.J.-C.) également utile à son fils et à l'empire. Le sénat lui permît de choisir seize des plus sages et des plus vertueux de ses membres, pour en composer un conseil perpétuel. Toutes les affaires publiques de quelque importance étaient discutées et décidées devant ce nouveau tribunal, qui avoil pour chef le fameux Ulpieh, aussi célèbre par son respect pour les lois de Rome que par ses profondes connaissances en jurisprudence. La fermeté et la sagesse de cette aristocratie contribuèrent à rétablir l'ordre et l'autorité du gouvernement. Les vils monumens élevés sous le dernier règne au luxe étranger et à la superstition asiatique subsistaient encore au milieu de la capitale : on commença par détruire tout ce qui pouvait rappeler le caprice et la tyrannie d'ÉIagabale. Les nouveaux conseillers éloignèrent ensuite de l'administration publique les indignes créatures de ce prince, et leur donnèrent pour successeurs, dans chaque département, descitoyens vertueux et habiles. L'amour de la justice et la connaissance des lois servirent seuls de recommandation pour les emplois civils, et les commandemens militaires devinrent le prix de la valeur et de l'attachement à la discipline *.

Mais le soin le plus important de Mammée et de ses sages conseillers fut de former le caractère du jeune empereur, dont lesqua- ■ lités personnelles devaient faire le malheur ou la félicité du genre humain. Un sol fertile produit de bons fruits presque sans culture. Alexandre était né avec les plus heureuses dispositions : doué d'un excellent jugement, H connut bientôt les avantages de la vertu , le plaisir de l'instruction et la nécessité du travail. Une douceur et une modération naturelles le mirent à l'abri des assauts dangereux des passions, et des attraits séducteurs du vice. Son respect inviolable pour sa mère, et l'estime qu'il eut toujours pour le sage Ulpien , garantirent sa jeunesse du poison de la flatterie.

i Hérodien, 1. vi, p. 203 ; Hist. Aug., p. 119. Selon ce

dernier historien, lorsqu'il s'agissait de faire une loi, on admettait dans le conseil ries jurisconsultes habiles et des sénateurs expérimentés , qui donnaient leurs avis séparément, et dont l'opinion était mise par écrit.

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{222 clep. J.-C.)

L'exposition seule de ses occupations journalières nous le représente comme un prince accompli ' ; et, en observant la nuance différente des mœurs, ce beau tableau mériterait bien de servir de modèle aux souverains modernes. Alexandre se levait de grand matin; il consacrait les premiers momens du jour à des devoirs de pieté, et sa chapelle intérieure était remplie des images de ces héros qui ont mérité la reconnaissance et la vénération de la postérité , par le soin qu'ils ont pris de former ou de perfectionner la nature humaine. Mais l'empereur, persuade que les services rendus à ses semblables sont le culte le plus pur aux yeux de l'Etre suprême , passait la plus grande partie de la matinée dans son conseil , où il discutait les affaires publiques, et terminait les causes particulières avec une prudence au-dessus de son âge. Les charmes de la littérature Taisaient bientôt disparaître la sécheresse de ces détails. Alexandre donna toujours quelques heures au commerce des muses. Il aimait passionnément la poésie , l'histoire et la philosophie. Les ouvrages de Virgile et d'Horace, la République de Platon, et celle deCicéron, formaient son goût, éclairaient son esprit et lui donnaient les idées les plus sublimes de l'homme et du gouvernement. Les exercices du corps succédaient à ceux de l'aine; et le prince, qui joignait a une taille avantageuse de la force et de l'activité , avaitpeu d'égaux dans la gymnastique. Après le bain et un léger dîner, il se livrait avec une nouvelle ardeur aux affaires du jour; et jusqu'au souper, le principal repas des Romains, il travaillait avec ses secrétaires, et répondait à cette foule de lettres, de mémoires et de placets , qui devaient être nécessairement adressés au maître du monde. La frugalité et la simplicité régnaient à sa table ; et, lorsqu'il pouvait suivre librement sa propre inclination, il n'invitait qu'un petit nombre d'amis choisis, tous d'un mérite et d'une probité reconnus, et parmi lesquels Ulpien tenait le premier rang. Leur conversation, tou-

f Voyez sa tie dans l'Histoire \ugustine. Le compilateur a rassemblé , sans aucun goût , une roule de drconsUnens triviales dans lesquelles ou déajèle un petit uomitta d'anecdotes intéressantes.

jours modérée et instructive, était quelquefois interrompue par des lectures intéressantes, qui tenaient lieu de ces danses, de ces spectacles, et même de ces combats de gladiateurs, que l'on voyait si souvent dans les maisons des riches citoyens '. Simple et modeste dans ses habiliemens , Alexandre avait des manières polies et affables. Tous ses sujets pouvaient entrer dans son palais à do certaines heures de la journée ; mais on entendait en même temps la voix d'un héraut qui prononçait, comme dans les mystères d'Eleusis, cet avis salutaire : < Que personne

> ne pénètre dans l'enceinte de ces murs sa- » crés, à moins qu'il n'ait une conscience

> pure et une anie sans tache *. >

Un genre de vie si uniforme, dont aucun instant ne pouvait être occupé par le vice ni par la folie, prouve bien mieux U sagesse et l'équité du gouvernement d'Alexandre, que tous les détails minutieux rapportés dans la compilation de son biographe Lampride. Depuis l'avéncment de Commode, l'univers avait été exposé pendant quarante ans aux fureurs de quatre tyrans. A la mort d'Elagabale, il goûta les douceurs d'un calme de treize années. Les provinces, délivrées des impôts excessifs inventés par Caracalla et par son prétendu fils, goûtèrent les avantages de La paix et de la prospérité. L'expérience avait appris aux magistrats que le plus sûr et l'unique moyen d'obtenir La faveur du monarque était de mériter l'amour de ses sujets. Tandis que l'on mettait quelques bornes au luxe insolent du peuple romain, le prix des denrées et l'intérêt de l'argent diminuaient tous les jours par l'effet des soins paternels d'Alexandre, dont la sage libéralité savait, sans étouffer l'industrie, subvenir aux besoins et aux amusemens* de la populace. La dignité , la liberté , l'autorité du sénat furent rétablies. Enfin, un citoyen vertueux ne redoutait plus la présence du souverain , et pouvait paraître devant lui, sans avoir à rougir à son aspect. Le nom d'Antonie, ennobli par les vertus de Marc-Aurèle et de son prédécesseur, avait passé par adoption au jeune Vents, et parle droit de la naissance, à l'empereur Commode,

< Vov. la xiiie satire de Juvenal.

l Hist. àug., p. 1J9,

Après avoir été la distinction la plus honorable des fils de Sévère , il fut accordé à Diadumenianus, et enfin souillé par l'infamie du grand-prêtre d'Émèse. Alexandre, malgré les instances étudiées ou peut-être sincères du sénat, refusa noblement d'emprunter l'éclat de ce nom illustre, tandis que par sa conduite il s'efforçait de rétablir la gloire et le bonheur du siècle des véritables An tonins1.

Dans l'administration civile, la' sagesse de ce prince était soutenue par l'autorité. Le peuple, témoin de la félicité générale, vantait les bienfaits du monarque, et le chérissait comme un père. 11 restait encore une entreprise plus grande , plus nécessaire , mais plus difficile à exécuter : la réforme de l'ordre militaire. A la faveur d'une longue impunité, les intérêts et les dispositions des soldats les avaient rendus insensibles au bonheur de l'état, et leur faisaient supporter impatiemment le frein de la discipline.

Lorsque L'empereur voulut exécuter sou projet, il eut soin de paraître rempli d' affection pour l'armée, et de loi dérober les craintes qu'elle lui inspirait. La plus rigide économie dans toutes les autres branches de l'administration lui fournissait les sommes immenses qu'exigeaient la paie ordinaire et les gratifications excessives accordées aux troupes.

Il les dispensa dans les marches de porter sur leurs épaules des provisions pour dixsept jours; elles trouvaient de vastes magasins établis sur toutes les routes; et, dès qu'elles entraient en pays ennemi, elles étaient accompagnées d'une longue file dechameaux et de mulet». Comme Alexandre ne pouvait espérer de corriger le luxe des soldats, il essaya du moins de le diriger vers des objets d'une pompe guerrière, et de substituer & des ornemens inutiles de beaux chevaux, des armes magnifiques et des boucliers enrichis d'or et d'argent. Il partageait les fatigues qu'il était obligé de prescrire, visitait en personne

' La dispute qui s'élwai ce sujet, entre Alexandre et le sénat, se trouve extraite des registres de cette compagnie dans l'Histoire Augustin*, p. 110, 117. Elle commença le 6 mars, probablement fan 233, temps où les Romains avaient gâûté pendant près de dame mois les douceurs du nouveau règne. Avant que la dénomination d'Antonio eût été offerte an prince conane ou titre d'honneur, le sent lut propos*, de la prendre comme a non de Jauni*.

(XB dep. J.-C.) les blessés et les malades, et tenait un registre exact des services de ses soldats, et des récompenses qu'ils avaient reçues. Enfin il montrait les plus grandségards pour un corps dont la conservation, comme il affectait de le déclarer, était si étroitement liée à celle de l'état'. Ce fut ainsi qu'il employa les voies les plus douces pour inspirer à ces âmes Gères des idées de devoir, et pour faire revivre au moins une faible image de cette discipline à laquelle la république avait été redevable de ses succès sur tant de nations aussi belliqueuses et plus puissantes que les Romains. Mais ce sage empereur vit échouer tous ses projets. Son courage lui devint fatal ; et tous ses efforts ne servirent qu'à irriter les maux qu'il se proposait de guérir.

Les prétoriens étaient sincèrement attachés au jeune Alexandre ; ils l'aimaient comaue an tendre pupille qu'ils avaient arraché à la fureur d'un tyran* et placé sur le trdne impérial. Cet aimable prince n'avait point oublié leurs services ; mais, comme la justice et la raison mettaient des bornes à sa reconnaissance, les prétoriens furent bientôt plus mécontens des vertus d'Alexandre, qu'ils ne l'avaient été des vices d'Élagabale. Le sagelllpien, leur préfet, respectait les lois , et avait gagné l'amour des citoyens ; il s'attira la haine des soldats, qui attribuèrent tous les plana de réforme à ses conseils pernicieux. Un léger accident changea leur mécontentement en fureur. Ils tournèrent leurs armes contre la peuple qui voulait défendre la vie du ministre, et Rome fut exposée pendant trois jours à toutes les horreurs d'une guerre civile.

Enfin, la vue de quelques maisons embrasées et les cris du soldat, qui menaçait de réduire la ville en cendres, effrayèrent les habitai», et les forcèrent d'abandonner, en soupirant, le vertueux Utpien à son malheureux sort. Le préfet, poursuivi par ses propres troupes, se réfugia dans le palais impérial, et fut massacré aux pieds de son maître, qui s'efforçait en vain dele couvrir de la pourpre et d'obtenir son pardon de ces coeurs féroces.

i L'empereur avait coutume de dire : • Se milites

• magis tavart quant seipncm, qaod scilus pttblica in

• Ait euef. > ffiit. Aug., p. 1».

(«S dep. *.-€.)

La faiblesse du gouvernement était si déplorable, que l'empereur ne put venger la mort de son ami et l'insulte faite à sa dignité, sans avoir recours à la patience et à la dissimulation. Epagatlm, le principal chef de la sédition, ne s'éloigna de Rome que pour aller exerceren Egypte l'emploi honorable de préfet. On le fit insensiblement descendre de ce haut rang au gouvernement de Crète; et; lorsqu'enim le temps et l'absence l'eurent effacé du souvenu- des gardes; Alexandre lai fit subir la peine que méritaient ses crânes*.

Sous le règne d'un prince juste et vertueux, les plus fidèles ministres se trouvaient exposés aune cruelle tyrannie, et couraient risque de perdre In vie) dès qu'on les soupçonnait de vouloir corriger lea désordres intolérables de l'armée. L'historien Dion Cassius, qnî commandait les légions de Pauuonie, avait suivi les maximes de l'ancienne discipline. Les prétoriens, intéressés à soutenir la licence militaire, embrassèrent la cause de leurs frères campés sur les bords dn Donube, et demandèrent la tète dn réformateur. Cependant, an lieu de céder à leurs clameurs séditieuses, Alexandre montra combien il estimait les services et le mérite de Dion, eu partageant avec lui le consulat, et en le défrayant, de son trésor particulier, des dépenses qu'exigeait ce vain honneur. Mais, comme on avait tout lien de craindre que, si le nouveau magistrat paraissait en public revêtu des marques de sa dignité, cette vue ne ranimât la furewr des troupes, il quitta, à la persuasion de l'empereur, une ville où il n'exerçait qu'un pouvoir idéal, et il passa la plus grande partie de son consulat dans ses terres en Campanie ■.

La douceur du prince autorisait l'insolence des soldats. Bientôt les légions imitèrent l'exemple des gardes-, et soutinrent leurs

i Quoique l'auteur de la rie d'*leiandr< (Mis. Ans;., p. 132) parle de h «Mftion des soldais contre I.'lpien , il passe nom sitetiee la caunintphe qui p*uvxit être «ne marte* de MMeese dis) rWmirrirtrolioB de son héros. D'après une pareille omission , nous pouvons juger de ta fidélité de cet auteur et de ta ronflante qu'il mérite.

î On petit TOir, dans la Un tronquée de l'Histoire de Dion fl.to*,^.i37l)i «niellai -le sort d'Ulpien , et a quels dangers Dion fut exposé.

privilèges usurpés avec une opiniâtreté aussi violente. L'administration d'Alexandre luttait en vain contre la corruption de son siècle; L'IUyrie, la Mauritanie, l'Arménie; In Mésopotamie et la Germanie voyaient- tous les jours se former dans leur sein de nouveaux orages. Les officiers de l'empereur étaient -massacrés,* on méprisait Bon autorité; enfin Î1 devint lui-même la victime de l'animosîté des troupes '.

Ces caractères intraitables se soumirent cependant une fois à l'obéissance, et rentrèrent dans leur devoir. Ce fait particulier niérite d'être rapporté ; il peut nous donner une idée des dispositions de l'armée. Lorsque Alexandre, dans son expédition contre les Perses i séjournait à Antîocbe, la punition de quelques soldats, surpris dans le bain avec des femmes»' excita une révolte dans la légion à laquelle ils appartenaient. A celte nouvelle, l'empereur monte sur son tribunal; et, avec une contenance ferme à la fois et modeste, il représente à cette multitude armée sa résolution inflexible et la nécessité absolue de corriger les vices introduits par son infâme prédécesseur, et de maintenir In discipline, dont le relâchement entraînerait la ruine de l'empire. Des clameurs interrompent ces douces représentations. * Retenez vos cris, dit

> aussitôt l'intrépide monarque , vous n'êtes

> pas en présence du Perse, du Germain

> et du Sarmate. Gardez le silence devant

> voire souverain, devant votre bienfaiteur,

> devant celui qui vous distribue le blé, i'ar-

> gent et les productions des provinces. Gar-

> des le silence, sinon je ne vous donnerai

> plus le nom de soldats; je ne vous appel-

> lerai désormais que bourgeois1, si même

> ceux qui foulent aux pieds les lois de Rome

> méritent d'être ranges dans la dernière

> classe du peuple. > Ces menaces enflamment la fureur de la

légion ; déjà les soldats tournent leurs armes contre sa personne. « Votre courage, reprend

> Alexandre d'un aîr encore plus fier, serait

l Janotation. Reyinar, ml Dion, I. lui, p. 1309. i Jules-César avait apaisé une sédition par le même

mot Qmrîtcs, qui, opposé a celui in soldats, étaïtun terme de mépris , et réduisait les coupables à la condition moins hononble de bourgeois. Tacite, Annal., 1 , 43.

■ manifesté bien pins noblement dans un » champ de bataille. Vous pouvez m'ôter la » vie : n'espérez pas m'întimidcr. Le glaive » de la justice punirait votre crime et venge- > rah ma mort.» Les cris redoublaient, lorsque l'empereur prononça à haute voix la sentence décisive, < Bourgeois, posez les armes, * et que chacun de vous se retire dans sa » demeure. >

La tempête fut à l'instant apaisée. Les soldats , consternes etcoaverts de honte, reconnurent la justice de leur arrêt et le pouvoir de lut discipline, déposèrent leurs armes et leurs drapeaux , et se rendirent en confusion, non dans leur camp, mais dans différentes auberges de la ville. Alexandre eut le plaisir de contempler pendant trente jours leur repentir; et il ne les rétablit dans leur grade qu'après avoir puni dn dernier supplice les tribuns, dont la connivence avait occasioné la révolte. La légion, pénétrée de reconnaissance , servit l'empereur, et le vengea après sa mort '.

En général, un moment décide des résolutions de la multitude , et la caprice de la passion peut également déterminer une légion & déposer ses armes aux pieds de son maître , ou à les plonger dans son sein. Peutêtre découvririons-nous les causes secrètes de l'Intrépidité du prince et de l'obéissance forcée des troupes, si le fait extraordinaire dont nous venons de parler était soumis à l'examen d'un philosophe. D'un autre côte, s'il eût été rapporte par nu historien judicieux, la connaissance du caractère d'Alexandre expliquerait peut-être naturellement cette action, que Von a jugée digne de César, et lui itérait tout son éclat. Les talons dn fils de Hammée ne paraissent pas avoir été proportionnés à la difficulté de sa situation, ni la fermeté de sa conduite égale à la pureté de son ame. Ses vertus sans énergie avaient contracte, aussi bien qne les vices de son prédécesseur, une teinte de faiblesse dans le climat efféminé de l'Asie , où il avait pris naissance; il est vrai qu'il rougissait d'une origine étrangère, et qu'il écoutait avec une vaine complaisance les généalogistes, qui le

' Ui*t. Aug-, P- 132.

EMPIRE' ROMAIN, (222 dop. J.-C.)

faisaient descendre dé l'ancienne noblesse de Rome '. Son régne est obscurci par l'orgueil et par l'avarice de sa mère. Mammëé, en exigeant de lui, lorsqu'il fut d'un âge mûr, la même obéissance qu'il lui devait dans sa plus tendre jeunesse, couvrit de ridicule son caractère et celui de son fils propre '.

Les fatigues de l'expédition contre les Perses irritèrent le mécontentement des troupes. Le succès malheureux de cette guerre fit perdre à l'empereur sa réputation comme général, et même comme soldat. Chaque cause préparait, chaque circonstance hâtait une révolution qui déchira l'empire , et le livra,' pendant long-temps ,' en proie aux horreurs des guerres civiles. ' '

La tyrannie de Commode, les discordes intestines dont sa mort fut'ïpriginè, et" les nouvelles maximes de politique introduites par les princes de la maison de Sévère, contribuèrent toutes à augmenter la puissance dangereuse de l'armée, et ù effacer les faibles traces que les lois et la liberté laissaient encore dans l'âme des Romains. Nous avons tâché d'expliquer avec ordre et avec clarté les changemens qui arrivèrent dans les parties intérieures de la constitution, et quï en minèrent sourdement la base. Les caractères particuliers des empereurs, leurs lois, leurs folies, leurs victoires, leurs exploits, ne nous intéressent qu'autant que ces objets se trouvent liés à l'histoire générale de la décadence et de la chute de la monarchie. Occupés constamment de ce grand tableau, il ne nous a pas été possible de porter nos regards sur

«Des MeleTkis, Hist. Aug-, \>. 119. Le chois «ait heureui. Dans une période de douze mis, les HeMJw obtinrent sept consulats et cinq triomphes. Voy « VeUeins Paterculus , u , Il , et les Fastes.

i La rie d'Alexandre, dans l'Histoire Augustin*, présente k modèle d'un prince accompli ; c'est une MMe copie de la Cfropédie de Xecephcu. La description de son régno, lefle «ne nous l'a demee Herodien , est sensée, et cadre avec l'histoire générale du siècle. Quelques-uns des traits les plu* condamnables qn'eUe renferme sont ejrale- ■ant rapfDfU* dans les fraganens de Dkn. Cependant la ptapsrt de nos ectirainsaniedetnes, aveuglés par le préjuge , déflgareM. Herodien , et copient servilement l'Histoire Augustine. Voyez MM.deTilleaontetU'onon. L'empereur Mien «n contraire (inCxsdriMa, p. .11 ) prend plaisir i peindre la faiblesse OlMMiKta Sjrfen / et l'avarice ridicule de m more.

(m dep. J.-C) PAR ÉD. GIBBON. CH. VI. «7

no édit bien important d'Anteuin Caracalla , à compensés. De si belles errances ne furent

qui donna le nom et les privilèges de citoyens romains a tous les sujets libres de l'empire. Cette faveur extraordinaire ne prenait cependant pas, sa source dans les sentimeas d'une aine généreuse. Elle fut dictée par une avarice sordide. Quelques observations sur les finances des Romains , depuis les beaux siffles de la république jusqu'au règne d'A- Ipiandre Sévère, prouveront la vérité de celte remarque.

La ville de Yeïes en Toscane ne fut prise qu'au bout de dix ans. Ce fut bien moins la force de la place que le peu d'expérience des assiégeant, qui prolongea ce siège, la première entreprise considérable des Romains. Il fallait, aux troupes les plus grands encouragemens pour les engager à supporter les fatigues extraordinaires de tant de campagnes consécutives, et a passer ainsi plusieurs hivers autour d"uuc ville située à sept lieues environ de leurs foyers '. Le sénat prévint sagement les plaintes du peuple, en accordant aux soldats une paie régulière, à laquelle les citoyens contribuaient par une taxe générale établie sur les propriétés *.

Apres la prise de Voies, pendant plus de deux cents ans, les victoires de la république augmentèrent moins les richesses que la puissance tic Rome. Les états d'Italie ne payaient leurs tributs qu'en service militaire; et dans les guerres puniques les Romains entretinrent seuls à leurs frais, sur mer et sur terre, ces forces redoutables dont ils se servirent pour subjuguer leurs rivaux. Ce peuple généreux (et tel est souvent le noble enthousiasme de la liberté) portait avec joie les fardeaux les plus lourds, dans la juste confiance que ses travaux seraient bientôt magnifiquement ré-

'5**Mr«rtI)«Bisa'U»lkaniassc,U ville eilc-m&ra r. que lie cent stades, environ

leadre plu taiaskMott dal'Ëtrark. Martini a combattu, 4n$MUaU»Mtia>i<w,ru|Nni<Hi reçue et l'autorité de nf «mi Hâtaient Voies i Civita-Casiellaaa. Ce iiie—e «iBt était àtxtte jm M I apa*lNk,a nuiW tjheab dcKoaeei

1 V«?« km- ir* « t< livres éeîite-Lire. Dus k cet» e»Bjimimi,Utwmn«é, toprtsnncc *t la taxe étaient épksMt pwportionûée*.

trompées : en peu d'années les richesses . de Syracuse, de Cannage, delà Macédoine ' et de l'Asie, furent apportées à Rome en triomphe. Les trésors de Persée montaient . seuls à plus de quarante-cinq jnillious; et le peuple romain, roi de tant de nations, se trouva pour jamais délivré d'impôts '. Le revenu des provinces conquises parut suffTsa|| pour (es dépenses ordinaires de la guerre et du gouvernement. On déposait dans le temple de Saturne ce qui restait d'or et d'argent; et ces sommes étaient réservées pour quelque événement imprévu *.

L'histoire n'a peut-être jamais souffert de perte si grande, ni si irréparable, que celle de ce registre curieux, hjguepar Auguste au sénat, et dans lequel ce prince expérimenté balançait avec précision les dépenses et les revenus de l'empire '. Privés de ceUe.esûraation claire et étendue, nous sommes réduits a rassembler un petit nombre de traits épars dans les ouvrages des anciens, qui se sont quelquefois écartés de la partie brillante de leur narration, pour s'attacher à des considérations plus utiles. Nous savons que les conquêtes de Pompée portèrent les tributs de l'Asie de cinquante à cent trente-cinq millions de drachmes, environ cent millions de notre monnaie *. Sous le faible gouvernement des Ptolcmées, le revenu de l'Egypte montait à douze mille cinq cents talcns; somme bien inférieure a celle que les Romains tirèrent ensuite de.ee royaume par une ferme administration, et par le commerce de l'Ethiopie et de l'Inde '.

L'Egypte devait ses richesses au commerce; celles que recelait l'ancienne Gaule étaient le fruit de la guerre et du butin- Les tributs qnc payaient ces deux provinces paraissent avoir été à peu près les mêmes ". Rome pro-

< Pline , Hist. liât. 1. xsxm , c 3. Cieéron, de O/ficiû, 11 , 22. Plularque , Vie de Paul-Ëmile , p. 275.

3 Voyez une belle description de cet trésors accumulés , diiBlaPbamledeLaeatD,l.in,v. IW.ete. *

3 Tacite, AauLi, II. D parait que ce registre caftait dn temps .d'Appiea.

< Plntarque, Vie de Pompée , p. W2.

s StratMn , I. xvn , p. 799.

o Vetleius Palercolos , 1. n , c. 39. Cet auteur semble donner la préférence an revenu de la GMIe.

fila Lien peu de sa supériorité ', eu n'exigeant des Carthaginois vaincus que dix nulle talens - phéniciens *, ou environ quatre-vingt-dix millions, et en leur accordant cinquante ans pour les payer. Celle somme ne peut, en aucune manière, cire comparée avec les taxes qui furent imposées sur les terres et sur les personnes des habitons de ces mêmes contrées, lorsque les fertiles côtes de l'Afrique eurent été réduites en province ".

Par une fatalité singulière, l'Espagne était le Mexique et le Pérou de l'ancien monde. La découverte des riches contrées de l'Occident par les Phéniciens, et la violence exercée contre les naturels du pays, forcés à s'ensevelir dans leurs mines, et a travailler pour dés étrangers , présente le même tableau que l'histoire de l'Amérique espagnole *. Les Phéniciens ne connaissaient que les côtes de l'Espagne. L'ambition et l'avarice portèrent les Carthaginois et les Romains à pénétrer dans le cœur de cette contrée; et ils découvrirent que la terre renfermait presque partout du cuivre, de l'argent et de l'or. On parle d'une mine près de Carthagène qui rapportait par jour vingt-cinq mille drachmes d'argent, mi près de sept millions par an '■ Les provinces d'Asturie, de Galice et de Lusitanie donnaient annuellement deux cents quintaux d'or ".

Nous n'avons point assez de loisir, et nous manquons de matériaux , pour continuer ces recherches ruineuses, et pour connaître les tributs que payaient tant d'états puîssans, qui furent confondus dans l'empire romain. Nous ■pourrons cependant nous Tonner quelque idée du revenu des provinces, dans le sein desquelles d'immenses richesses avaient été

1 Lra talens cuboïques, phéniciens et alexandrins pesaient le double des talens allumes. Voyez tiopper , sur fespoidsct mesures des anciens, p. iv,c. 5. Il est probable que le même talent fui porté de Tyr à Cartbage.

îPolybe,!. xv, e. 2.

3 Àppf en, in Pïmto'î, p. 84.

'Diofarede Sicile, 1. v. Cadix lut bâti par les Phéniciens , un peu pkis de mille ans avant la naissance de Jésus-Christ. Voyet VeHeins Paterculus ,i, 2.

«Slrabon,!. m , p. 14e.

*Pmie, HUL irai., 1. ttxnt.c. 3. H parle aussi d'une mite* -d'argent ra Da-lmalie , qui fournissait p«t jour cinquante litres 4 l'État.

(222 dep. J.-C.) déposées par la nature ou amassées par l'homme, si nous portons nos regards sur des contrées arides et solitaires, où les tributs étaient levés avec la plus grande sévérité. Auguste reçut une requête des habitans de Gyarc, qui le suppliaient humblement de les exempter d'un tiers de leurs impôts. Toute leur taxe ne se montait qu'à cent cinquante drachmes, environ cent doute livres; mais Gyare était une petite lie , ou plutôt un roc baigné par les flots de la mer Egée, où l'on ne trouvait ni eau fraîche, ni aucune des nécessités de la Vie, et qui servait de retraite à un petit nombre de malheureux pécheurs '. Éclairés par la faible lumière de ces rayons épars et incertains, nous serions portés à croire ; 1° qu'en admettant tous les changerions occasionés par les temps et par les circonstances, le revenu général des provinces romaines montait rarement à moins de trois cent cinquante ou de quatre cent cinquante millions *; 2° que cette somme considérable devait entièrement suffire à tomes les dépenses du gouvernement institué par Auguste, dont la cour ressemblait à la maison d'un sénateur particulier, et dont l'établissement militaire avait pour but de défendre les frontières de l'empire , depuis que Rome, renonçant à toute idée de conquête, ne redoutait plus aucune invasion.

Malgré ces probabilités , la dernière de ces deux conclusions est positivement contraire au langage et à la conduite d'Auguste. 11 n'est point aisé de décider si ce prince voulut agir comme le père commun de l'univers , ou comme l'oppresseur de la liberté; s'il désira d'adoucir le sort des provinces, ou d'appauvrir le sénat et l'ordre équestre. Quoi qu'il en soit, à peine eut-il pris- les rênes du gouvernement, qu'il affecta souvent de parler de l'insuffisance des tributs, et de la nécessité où il se trouvait de faire supporter à Rome et à l'Italie une partie des charges publiques. Il procéda d'une manière fort adroite dans

■Strabon.l.x.p. 46a* Tacite, Annal, ut, 69, «* rf , 30. Voyei dans Tournefort (Voyage au Levant, lettre VIII ) , une vire peinture de la misère actuelle de Gyare.

i Juste-Lipse ( de Magnitudine Romand, 1. n , c 3), lait monter le revenu à cent cinquante millions d'écas d'or; mais tout sou ouvrage, quoique tagiinieui et rempli

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(222 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. VI.

l'exécution de son dessein ; et il examina soigneusement toutes les voies qui pouvaient le faire réussir sans le rendre odieux. L'introduction des douanes fut snivie de l'établissement <Tnn impôt snr les consommations ; et le plan (Time imposition générale s'étendit insensiblement sur les propriétés réelles et personnelles des citoyens romains, qui, depuis pftis d*nn siècle et demi, avaient été exempts' (le tonte espèce de contribution.

I. Dans uri empire aussi vaste que celui de Rome , la balance naturelle de l'argent devait s'étabfiV d'elle-même par degrés. Comme les richesses' des' provinces étaient attirées vers la capitale par Talion puissante de la conquête W deTaiitorité souveraine, une partie de ces ntftnét riebésses refluait vers les provinces nidustrienses , où elles étaient portées par faroiè donce du commerce et des arts. Sous hé tfeghc d'Auguste et de ses successeurs, on avait iriis des droits sur chaque espèce de marchandise,' qui, parmîlle canaux différens, abordait ait centre commun de l'opulence et Hn lirs* ; et quelque interprétation que l'on put donner â la loi, la taxe tombait toujours sur raChctéUr romain, et non sur le marchand provincial ' . Le taux de la taxe variait depuis la quarantième jusqu'à la huitième partie de la Talèrft' des effets. Cette variation, n'en doutons point , fut dirigée par les maximes inaltérables de la politique. Les objets de luxe pavaient nn droit pins fort que ceux de première nécessité; et l'on favorisait plus les manufactures de l'empire que les productions île l'Arabie et de l'Inde '. Il était bien juste que Ton préférai l'industrie des citoyens à tm commerce étranger, qui ne pouvait être avantageux à l'État. Il existe encore une liste étendue; mats imparfaite, des marchandises de l'Orient sujettes aux droits sous le règne d'Alexandre Sévère. Elles consistaient en cannelle ,' ntyrrhe , poivre et gingembre, en aromates de toute espèce, et dans une grande

d'érudition, est le fruit d'une imagination tres-èchaufTée.

» Tacite , Annal, xin , 31 .

zVo^tfluK-tHùt. natTï.vi,c. 23; Lm,e.M); il observe (pie les marchandises de l'Inde se vendaient a Rome cent fois, leur valeur primitive. De là nous pouton* nous (^npér Quelque, idée du produit des douanes, puisquVc^ Vatafr primifÎYe se montait à plus de dix-huit minions. **"

variété de pierres précieuses , parmi lesquelles le diamant tenait le premier rang pour le prix, et l'émeraude pour la beauté l. On y voyait aussi des peaux de Perse et de Babylone, des soies écrites et apprêtées, de l'ivoire, de l'ébène et des eunuques •. Remarquons icique l'usage et le prix de ces esclaves efféminés suivirent les mêmes progrès que la décadence de l'empire,

II. L'impôt sur les consommations fut établi par Auguste après les guerres civiles. Ce droit, quoique extrêmement modéré, était général. II passa rarement un pour cent; mais il comprenait tout ce que l'on achetait dans les marchés ou dans les ventes publiques; et il s'étendait depuis les acquisitions les pins considérables en terres ou en maisons , jusqu'aux plus petits objets, dont le produit ne peut devenir important que par leur nombre infini et par une consommation journalière. Une pareille taxe , qui portait sur le corps entier de la nation , excita toujours des plaintes. Un empereur, qui connaissait parfaitement les besoins et les ressources de l'État, fut obligé de déclarer par un édit public que l'entretien des années dépendait en grande partie du produit do cet impôt *.

III. Lorsque l'empereur Auguste eut pris le parti d'avoir toujours sur pied un corps de troupes destinées à défendre son gouvernement contre les attaques des ennemis étrangers et domestiques, il réserva des fonds particuliers pour la paie des soldats, pour les récompenses des vétérans, et pour les dépenses extraordinaires de la guerre. Les revenus immenses de l'impôt sur les consommations , quoique employés spécialement à ces objets, ne furent pas trouvés suffisons. Pour y suppléer, l'empereur imagina une nouvelle taxe de cinq pour cent sur les legs, et sur les héritages. Les nobles de Rome,

i Les anciens ignoraient l'art de tailler le diaauut- 1 M. Bouchaud , dus son traite de fias* char tes Romains, a transcril celte liste, qui se trouva dans k Digeste ; et il a voulu réclaircir par uu coomeataire breaprolke.

s Tacite, Annal., 1, 78. Deux aos après , l'empereur Tibère, qui venait de réduire le roraïuue de C*PP*4oae, diminua de moitié l'impôt sur les <XBt$amutiow ; mais l cet adoucissement ne fut pas de longue dont. -

DECADENCE Bfi't!EMftHtB(^pMAÎN,

(2Utiwls-(L)

étaient l^auooup plm; attachés à <leurs biens qu'à leur liberté, Auguste écouta leurs murmures ii vçc sa modération ordinaire. H renvoyât de. bonne ibi l'affaire au sénat, l' exhortant à (rpuyer quelque autre expédient utile et i^oinj* ,ot|îeuï.. Comme l'assemblée était divisée et indécise,' l'empereur déclara aux a.cflaleMT* que. leur opiniâtreté le forcerait à proposer uu,e.capilation et une taxe générale sur, le,s, terres,; aussitôt ils souscrivirent en silence; ji celle qui les avait d'abord indignés '. Cependant l'impôt sur les legs et sur les.hé-

3 'tagçs .(ut adouci par quelques restrictions. n'avait.. lieu que lorsque l'objet était d'une certaine yalpuPj comme, de cinquante ou cent pièces tî'pr ■; et «8 ne pouvait en exiger le paiement du parent .le plus proche du coté

, du p^re1. Lorsque les droits de la nature et ceux de la pauvreté sont ainsi assurés, il est juste qu'un, étranger ou un parent éloigné qui

, obtient un accroissement imprévu de fortune en consacre la vingtième partie a l'utilité publique *.

Une, pareille taxe, dont le produit est îmtiense dans tout état riebe, se trouvait admirablement adaptée à la situation des Romaine, qui pouvaient, dans leurs testamens arbitraires,! .suivre, la raison pu le caprice, sans être enchaînés, par des substitutions et par (les conventions matrimoniales. Souvent même la tendresse paternelle perdait son influence sur les rigides patriotes de la république, et sur ;les nobles dissolns.de L'empire ; et'i lorsqu un, père laissait à son fils la quatrième partie de son bien , pn ne pouvait former aucune plainte légale contre une semblable disposifioi),*. A^ssi un riche vieillard qui n'avait, point,, d'enfaps était-il un tyran domestique; son autorité , croissait avec l'âge et lés infirmités. Une, fouje de vils courtisans, parmi lesquels, il comptait spuvept des préteurs et des' consuls, briguait ses .faveurs,

■ Dion,!, lv. p. 7M;1. in, p. SIS.

3 La somme u'est fixée «pie p»r joqn|«cluj.e, . .

3 Pendant plusieurs *ièti« que le droit romain subsista. Ifs cognitti ou parens du coté, de ù mère il 'étaient point ■poêlés» la sueeewion. Cette loi cruelle Ait UjMiKUile- Metit détruite par piumauil4,.f,V .«"iu «fcoUe par Juslinin. ', ' , m> ,.,., , |, ,. 11É

«plme.Pat^'.'ci'lîï., .""",'., „'.,,. ., -,

»Voi«Heiji«du«,^^/ivi'*flftUt,(L,u,,, , . ,.

flattait s*» a varies* ,»aj»pr((udiflKriti«(deti folies» servait «esipaHioss, ea^e*ttcah.saii»eit<av«e impatience. Jjr'arï de, In i complaisance ot'dè. fa flatterie, devint, une, science itràtt-lunraiûej ceux quija proEaBsaiejitifwfati.csantnisous une nouvelle .déaffwiltlHW ttt tonte -i»i*îU*v selon les vive* description»: de la -satire , -se trouva divisée ea deux- parties .ileiiiMai et les cltaitGvrt '- • ...... »■» -t-n«- t-*;*inï'

Tandis que la ruse faisait signepà.Jfi falip tnnf de tesfirraens injustes m extim'vagans » ton en v,«> ait .cependant un petit, qomfare'xdictcf par une,psûmerais<WHe^Mpnfv«nsivertii«nei reconnaissance. Cioéeon, .dwitiilVloquenc* a,vart,si:souvont1défe»(«i.il(i wie(ei .toifoiMWs depes.çoflcito^enç, ■cfiiré&tijpwnippàS'dequatfP.miUwps de, : .legs '..iJlpflraifciqueites amis do PUnç^erJcune *'«# pps^|l«oîn$ généreux i?p,v«rs s& ittope. www.'-iQwl* que fussent, les .moUf* *b.i,|WslatRW»] lfl *ÎSftR«'. clamait . sans distinction, la, rvingtiftp* ifftftie' des biens légués ; et, dans, le cpu^d^-dswdM) trois générations, .tm4e$!lefttprppffjqM%iftai sujets deva^nt.passer.jwspq#ÂW»«n)i<lMKim.

coffres du prince- , ,i 1. 1„, ,, ni, •i||ietu:.

Néron, dans les premières awv&Siide-sfn règne, porté par le ..désir de,se,re«4m|Wflulaire, ou peut-être enmlné.par qp. moMienment aveugle de bienfaisance* vipnlut, .abolir les douanes et l'impôt sur tescansoinsoatiojis. Les plus sages sénateurs. Appla.ud*r,8pi,,à|s* générosité; mats ils le déljDtirjuèren^dci'oKt*-, cution d'un projet qui aurait d(!iiwt,}a.tproc et les ressources de- la répubJjque.VS'fl au* été possible de réaliser cette f hîmètre*, rios, princes tels que Trajan et les. :A«nuûn-. .-sur raient sûrement eaùVaw&aYSc.AfcpI&s-vûio ardeur l'occasion glorieuse d&i^ndrëw.ser* vice si important augcnre.liit«aiBl.»ls*filcDn.. tentèrent d'alléger le fardeau i.prtiliei, annsi entreprendre <taJ'ote*\tRulrà-l#it.|fea d*rt^<e»r et la précision de leurs .lois.dtilQiim^Mipot! la. ■

i Home, 1. n , Sal. v; WtfOBe', c.'Vrt'.'ele. niné'.t à Jet. 20.

îCicérpu,PhUip.u,q. (Ç- -, ■.:.., .-mr.'l-J *•>:■' ■' ' ■ 3 Voj-ei ses lettres. Tous *& .taslania* .(«Î 4»Ç*WWl h cfceasicm de df^skffper.WR. res^i^,,lesji*t*rf*i!» justice pour les divans. On peut coir la nw&Mtoit.fla» ewi*rôil,epwF» unJb^an^tW^sWrlWjWB;/»,!»*»

(V.l). | ,• if - Mj-llU.-lnHl.lil4'

. 'Tsrlle, AudoI., *n^.;,&p»U.^i^loW|uï-Jfo

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lèghrar*» MesOTBMlImpetviÊf «livrent tous kweirtjeiis-à'lfdbri'flèSimwpi^tiriOHs afbittaite»-, -chsH-irfcrtsmniloiife injustes1," ei en wiotio»i*(«KO(eaws''rfps'fet-iille«'!pubHc3 '. ht»ttibma-ptvprikamn^ti' -if étaient point aCtnnfe n))'-et'M.eM'fitfig>«n«r[qtte dans tous te sièoles'le*r ptussiges et les meilleurs priMBfcwifthtwtfjoars' conservé (a méthode dangereuse de percevoir les douanes et les prirtjpaws impôt*. - '

■l*»i«»otimWis'<JeGaroPaHu n¥wlem pas leVitoij^i<qoe^'cnux;'idè8' AtiMfllu '", ef Ce pfiwtisetNMrfttil réellement dans' uncposî- *Miï»(*tMnff4reii(e. 'Nullement occupé, on ptatte<*daetnidu tiiénpdbllcv il'ite-'jMutalt s«>«spfcifl*r'ldi*ysowvîi> l'acidité insatiable q«t1-|*tatt<M'tai&ne 'atlniflée-'dariW le cttBr *«' mlâ*ts:<m fans tes" Intptas' étaibl& -par1 AbKttfie'.-W É'éW «ibtttft pas de pins- «CeAon et dentl tS pWWiWr ttf 'plus considérable que le WngtWWià'MHrii) legs: ef sur les héritages. OHnMieJcelté'Wte n'était pas particulière ans ba^ftS'îïtf'Bomeiii à'ceux de l'Italie, elle attgmeiit*" f*ttlÎBnë!lerftënt OTee l'extension graduelle du droit de bourgeoisie.

-iKS'héttVennx citoyens, quoique soumis èjralw»eflt'"'iUix notiteanx impôts , dont ils avatar1 été ''Mempts comme sujets, se rroyaTeÉf'WMplement dédommagés par le rmg eV^l*' tes 'prrrBéges qu'ils obtenaient, eTpar^ttH*1 ■perspective brillante d'honneurs « d«rortdtte; '^Ui'Se présentait tout-à-coup à leur" ariiMtibni Bais tonte distinction fut dé- • trukd pfc> ï'êdh du fils de Sévère. Loin d'être uwïav%Ht\"ld vafn tHr* de citoyen devint une charge ¥6ette/iinposée aux habUans des provimesi'l/kvMe CaracaH» ne se contenta pas (irstasestptl'ïivateitt para suffisantes a ses pnMécefeseiif*.' Itnjimta un vingtième à celui qa-'mr leVait idéjà sur1 tes Iors et sur les liéftogeti! ■ Wprôs «a mort on rétablît fanc*tin*pw»po«kni^ mais; pendant son règne, loutes .LeSjMj^ei de, l'administration gémi-

i Yoyei le Puegfrique de ttiae, VHisl. Augnstine H

*B*^'lârtoft(**eés-tt(rtrtnt Matent plusieurs

a ttfteWffttf'WÏ'irtaMiiil el%ê»srlsl tHs^eiactt-1 Beat décrite pu- Pline ( Panegyr. e. 37 , 38 , 39) | Trajan FdUftWMtrtt^Rv^t&u'wi';' '

)AlOpXrî*D.'/<ilBBem. CH. VI.

rent sous le poids dé sa croellc' tyrannie *, ' Lorsque tous les habitans dès provinces forent soumis aux impositions particulières des citoyens romains; fis semblaient 'devoir légitimement être exempte des tributs qu'Us avaient d'abord payés cri qualité de sujets. Caracalla et son prétendu fih ■ n'adoptèrent pas de pareilles maximes; nV ordonnèrent que les taxes , tant anciennes qùè nouvelles, seraient levées a ta fois dans tous leurs domaines. Il était réservé auveitucux Alexandre de délivrer le* provinces de Cette op'pres-' ston criante. Ce prince rédfaisit'les tribùts'à la trentième partie de la sommé1 qu'ils produisaient a son avènement'*.' Nous IgrJorons par quels motifs il laissa subsister de si faibles restes do mat public.' Ces rameaux nui-' slbles, qui n'avaient point été 'tout-à-fait arrachés, Jetèrent de nouvelles racines, s'elc- Vèrent'à une hauteur prodigieuse, et dans le shkle suivant répandirent une ombre mortelle sur l'univers romain. Il sera souvent question, dans le cours de celte histoire,' de la taille, delà capîtation et des contributions onéreuses de blé, de vin, d'huile et d'animaux, que Von exigeait dés provinces pour l'usage de la cour, de l'armée et de la capitale. Tant que Rome et l'Italie forent regardées comme le centre du gouvernement, lès anciens citoyens conservèrent tin esprit national, que les nouveaux adoptèrent insensible-, ment. Les principaux cotnmandemêns de ' l'armée étaient donnés a des hommes' qui ' avaient reçu de l'éducation, qui connaissaient les avantages des lois et des lettres, 'et qui avaient marché ù pas égaux dans ta carrière des honneurs , en passant par tous lès grades civils et militaires' V Cest principalement à' leur influence et à leur ' exemple que nous devons attribuer l'obéissante et la modestie des légions, durant les deux' premiers siècles. de l'empire. ' ''

i Dion,l. uxrtt.p.'it^i' '"'' ""'"'" ' "'■''■u"-<] * * Celui qui «Stutt ttrtà à '^iiiutrei, le tribut ordinaire, .,

ne pava plus que fe ttèft iTun àutt.a'&, et Alexandre^ ,

ep conséquence frapper de1 nouvelles pièces d'or,'. Hisl,| , .

Aug.p. m-, «eekatotanletitalreÈdcSaiimaise. '"' ' 3 Voyez l'Histoire d'Agrieob, de Vejpaslen , dt Tra.Kui.'

de Severe , de ses trois competileurs,'ei^éoéralemênt d«

Mu les bonunei Uhatrw tk Yekplre.

Mais lorsque Caracalla eut forcé le dernier rempart de la constitution romaine, à la distinction des rangs succéda par degrés la séparation des états. Les habitons des provinces intérieures, où l'éducation était plus cultivée, furent les seuls propres à être employés comme jurisconsultes, et a remplir les fonctions de la magistrature. La profession plus dure des armes devint le partage des paysans et des barbares nés sur les frontières, et qui, ne connaissant d'autre patrie que leur camp, ni d'autre science que celle de la guerre , méprisaient ouvertement les lois civiles, et se soumettaient a peine à la discipline militaire. Avec des mains ensanglantées, des mœurs sauvages et des dispositions féroces, ils défendirent quelquefois le trône des empereurs, et plus souvent encore ils le renversèrent.

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