‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 15 sur 85 · partie de l'Allemagne et de la Pologne s · texte numérisé non relu

partie de l'Allemagne et de la Pologne s

Les travaux des hommes expliquent suffisamment les causes de la diminution du froid.

Ces bois immenses, qui dérobaient la terre

aux rayons du soleil * ont été détruits. A

mesure que Ton a cultivé les terres et desséché les eaux, la température du climat est dé-

lit

I {timbre de Sicile , 1. v , p. 340, Mit. Wessel. Herodien, a>,n,Sv 23t. Jontadt3,c.tt. Sur lesnvesduDaiiv.be le Tinétaût saneUgeté, et on l'apportait a table en gros mortram. Fnata vvii. Ovide, epist, ex ponto.l. », 7,9, 1 D ; VtfgHc , Géarg. 1. ni , 3*5. Ce Ml M confirmé par m •tansar, tsNtt et philosophe, rai avait senti kIMa ri-oamndetaTbf»«.(Voy«tSeo(n*en, retraite des Dr» Ha> , l m , ». s» , édtt. HntcMaHthJ

i BoIRai , Btot. art., tea. xn, p. T» , tM.

>Cé«r, df gtll.gatl. vi, », etc. Les Germains ne " utptslesdwnteresBmltesdeeettetortt,!^»!- «ni ftdt pftn de Mhanlc jMuroée* de ebeœln.

• Ctârttr f GwrtoaJtia a/iaqua, t. m, e. 47) recherche de tous côtés les pins petit* restes de la torêt tEercynterree.

venue plus douce. Le Canada nous présente maintenant une peinture exacte de L'ancienne Germanie. Quoique située sons lanterne Latitude que les pins belles provinces de U France et de l'Angleterre, cette partie du nouveau monde éprouve le froid le phu> rigoureux. Le rente y est commun : La tente, reste ensevelie sous une neige profoud» et, impénétrable. Le fleuve Saint- Lauréat est régulièrement gelé dus un temps où Les eaux de la Semé et de la Tamise sont, ©rdûuire-ment débarrassées des glace» '.

.On a- souvent examiné l'influence dujUimat sur les corps et sur le& esprits des Germains. Il est plus facile d'en exagérer le* effets que de Les dètermÎBet' avec préusioo. Quelques écrivains ont supposé, et Us croient pour la plnpart, quoique peut-être sans ancas* preuve suffisante., que le froid rigoureux du nord contribuait à la longue vie des habtttna et favorisait U propagation de l'es-. pècojo^e Les kH«aunesa>«ftcoot«w étaient plus propres, à lagénéraùoa, et Les femme» plus fécondes que dus I» dimH* chauds ou tempérés *. ,

Nous pouvons avancer avec plus d'a*su> rance que tes peuples du septentrion avaient reçu delà nature de grands corps, ai «su vigueur inépuisable, et qu'il» avaient eu général sur ceux du midi L'avantage d'une, taiUe élevée ». L'air âpre de la Gemmante douait aux naturels use sorte de force plue laiM pour les exercices viole*» que pour un travail soutenu. U leur mesurait m* istrépiditô qui résultait de leurs libres et de leur organisation particulière. Eu tempe de guerre ces hardis enfans du Nord * sentaient à petite les rigueurs d'un hiver qui glaçait le courage du soldat romain. Incapables a leur tour de résister aux grondes chaleurs, ils éprouvaient pendant l'été une Langueur et dés- maladie* mortelles ; et toute leur fougue se dissipait

I Charievoti , Ftèst. du Canada.

lOlMisRuéVekaMnravt'n Mdeftsftamm wtert ou douze enftna , et quelquefois vingt ou trsaU ) sauf raaterite de Rasseoie est II fil — f»U

3 In hes ttriiis , in haa cerpara , pu» PMfci—T IT eresewt Tacite, Gem.3, ». Chiïier.L i .«. H.

* Plulnrqoe, fie de Marius. Le» Cùnbns n'iqmiiil «sevent à descendre , w leur» larges aewtkni, A» MM>

(242 dep. J.-C.)

sous les feux brùlans du soleil de l'Italie '.

. En parcourant la surface du globe, il n'est point de partie considérable où l'on ne décourre des baba tans ; et partout l'histoire se .Uàt-sur la manière dont ces pays ont d'abord été peuples. En vain l'esprit philosophique examine soigneusement l'enfance des grandes sociétés ; il n'aperçoit que des ténèbres, et notre curiosité se consume en efforts inutiles- Lorsque Tacite considère la pureté du sang des Germains et l'aspect affreux de leur patrie, il eat disposé à déclarer ces barbares indigènes. 11 est peut-être vrai qu'ils n'ont point tiré leur origine de quelque colonie d'étrangers «nia déjà par Les liens de la politique et du gouvernement *. Ce qnî parait le plus probable, c'est que les sauvages en-ans de la forêt Hercynienne, rassemblés d'abord en petit nombre, auront insensiblement formé un grand peuple eonnu tons le nom de nation germanique. Si l'on osait prétendre ensuite que ces sauvages fussent enfans de la terre qu'ils foulaient aux pieds , un pareil système serait condamné par la religion, et 1» raison ne fournirait aucune arme pour le défendre.

Ces doutes sensés sont bien opposés aux notions de la vanité nationale. Parmi les peuples qui ont adopté l'histoire de Moïse, l'arabe de Noé est devenue ce que le siège de Treie avait été pour les Grecs et pour les Romains. Sur la base étroite de la vérité, l'imagination a placé l'immense colosse de la Jable. Écoutez l'orgueilleux Irlandais * : il

' Les Romani* Manant la guerre dans tous les climats ; partout leur rigueur et leur santé se soutenaient, en grande partie, parleur discipline excellente. On peut remarquer que l'homme est le seul animal qui puisse vivre et se reproduire dans tontes les contrées, depuis l'équateur Jusqu'aux pOIes. Le cochon semble approcher le plus de notre espèce pour cette faculté.

ITaeite.Genn. 2, 3. Les Gaulois, dans Imrs migrations , suivirent le cours du Danube , et se répandirent dans la Grèce et en Asie. Tacite n'a pu découvrir qu'une très-petite tribu qui conservât quelques traces d'une origine gauloise.

3 Selon le docteur Kealing (Hist. d'Irlande , p. 13, 14), le géant Parlholanus, qui était Bis de Seara,fllsd'£sra, fils daSrn, Os de Framant, fils de Fathaclan , fils de Magog , fils de Japhet , 01s de Noc , débarqua sur la cBle deMuQsterlel4mai de l'année du inonde 1978. Quoiqu'il réussit dans cette grande entreprise , la conduite déréglée

peut, aussi bien que le sauvage des déserts de la Tartane ■' , vous montrer dans un fils de Japhet la tige d'où sont sortis ses ancêtres. Le dernier siècle a produit une foule de savans d'une érudition profonde et d'un esprit crédule quj, guidés par la lueur incertaine des légendes , des traditions, des conjectures et des étymologies, ont conduit les enfans et les petitS-fils de Noé, depuis la tour de Babel jusqu'aux extrémités delà terre. Deions ces critiques si judicieux, celuiqui mérite le plus d'être remarqué, est Olaus Rudbeck, professeur de l'université d'Upsal *■ Ce zélé citoyen fait de son pays natal le théâtre de toutes les merveilles que la fable et l'histoire ont célébrées. Sa patrie lui parait une contrée délicieuse , dont les anciens ne nous ont laissé qu'une idée imparfaite- C'est de la Suède que les Grecs ont tiré leur alphabet, leur astronomie, leur religion. La Suède est l'Atlantique de Platon, le pays des Uypecboréens, les Iles Fortunées, le jardin des Hespérides, et même les Champs-Elysées.

Un climat si favorisé de la nature ne pouvait rester long-temps désert après le déluge. En peu d'années la famille de Noé, composée d'abord de huit personnes, compte vingt mille rejetons. Alors le savant Rudbeck les sépare en petites colonies , et les disperse sur toute la terre pour en couvrir la surface, Le détachement germain ou suédois, commandé, si je ne me trompe, par Askenaz, fils de Corner, Gis de Japhet, se conduisit dans cette grande entreprise avec une activité extraordinaire. Bientôt le Nord envoie de nombreux essaims en Europe, en Asie et en Afrique; et, pour me servir de la métaphore de l'auteur, le sang se porta des extrémités au coeur de l'univers.

Mais tous ces systèmes savans d'antiquités

de sa femme le rendit très-malheureux dans sa vie domestique, et l'irritai nn tel point qu'il tua un lévrier qu'elle aimait beaucoup. Selon la remarque judicieuse du savant historien , ce fut le premier exemple de fausseté et d'infidélité parmi les femmes, que l'on vit alors en Irlande.

■ Histoire généalogique des Tartares , par Âbuhjhazl Bahadur-Khan.

i Sou ouvrage , qui a pour titre AUantlca sive Vanheim, etc., est singulièrement rare. Bayle en a donné deux extraits Tort curieux. ( Rép. des lettres, janvier et terrier 1685.)

(ws dep. j.-c.)

gennaniqties Tiennent se briser contre un seul (ait trop bien attesté pour donner lieu au moindre doute , et d'une espèce trop décisive pdar qu'il soit possible d'y répondre. Les Germains, du temps de Tacite, n'avaient peint l'usage des lettres ', connaissance précieuse qtâ distingue principalement un peupfe civilisé d'une borde de sauvages plongés dms'ks* ténèbres de l'ignorance, ou incapables de réflexion. Privé de ce secours arti- Bctef, Taomme perd le souvenir ou altère la nature des idées qu'il a reçues. Bientôt les modèles s'effacent , les matériaux disparaissent, le jugement devient faible et inactif, nmagtuitiou reste languissante; on, si elle veut prendre l'essor, elle n'enfante que des chimères. Enfin l'urne abandonnée à ellemême méconnaît insensiblement l'exercice de ses1 plus nobles facultés. Pour nous convaiu re de cette vérité importante, considérons féfat actuel delà société. Quelle distance inïmense entre l'homme instruit et le paysan entièrement privé de la connaissance des lettres! L'un, livré à des méditations sn> hBraes-, ou éclairé par les productions du génie, multiplie sa propre existence; il parcourt «rat l'univers ; il se transporte dans, les siècles les plus éloignés. L'autre , attaché à li glèbe qui l'a va naître, végète pendant quelques aimées. Son intelligence surpasse à peiné l'instinct de cet animal tranquille qui partage ses travaux. Ou trouvera une différence encore plus grande parmi les nations une parmi les individus. N'eu doutons point, sans une méthode propre à exprimer les pensées par des figures, un peuple ne conservera jamais de monumens historiques. Inca-

l Tacite, Ctm. a t19, LUterarumseeretaviri pariter tu: femimt ignorant. KouS pouvons nous contenter rie celte autorité décisive , sans entrer dans des disputes Htweures, concernant l'antiquité des caractères ruaiféiéà. '.Setoa fc savant Celsius, Suédois, qui joignit Tfrmttieai i la pmlosophie , ces caractères n'étaient autre dte4e,ajé'fcs''Te\trts romaines , avec les courbes changées éufigfces droites pour la facilité de la gravure. Voyez HrOoutîé- , n&toirc des Celles , I. n , c. 1 1 ; Dictionnaire ilfhpiiili)|iir. liïir i p. 223. Nous pouvons ajouter que tes pins 'fuifirnues inscription- runlques sont supposées t^.c^tbtsit^sSèelç.elqueleplus ancien écrivain qui ait jMfKd^càraetèreS ru niques est Venanlius Fortunatus (Cad»- vn , 18), qui vivait vers la On du sixième siècle. Jlarbara p-axinm pingatur nina tabeliit.

pable de percer dans les sciences abstraites, jamais il ne pourra cultiver avec succès les arts utiles et agréables de la vie.

Ces arts forent entièrement inconnus aux habrtans du Nord. Les Germains passaient leurs jours dans un état de pauvreté et d'ignorance, que de vains déclamateurs m sent pin à décorer du nom de vertueuse simplicité. On compte maintenant en Allemagne environ deux mille trois cents villes ' entourées de murs. Dans une étendue de pays beaucoup plus considérable, Ptolémée n'a pu découvrir que quatre-vingt-dix places. Elles ne méritaient sûrement pas le titre pompeux que leur donne ce géographe '. Selon toutes les apparences , tes forêts de la Germanie ne renfermaient que des fortifications . grossières , élevées sans art , pour mettre les femmes, les enfiins elles troupeaux à l'abri d'une invasion subite, tandis que les guerriers marchaient à la rencontre de l'ennemi*. Tacite rapporte comme un fait certain que de son temps ces barbares n'avaient aucunes villes *. lis affectaient de mépriser les ouvrages de l'industrie romaine; toutes ces enceintes redoutables leur paraissaient plutôt une prison qu'un lien de sûreté ". Leurs maisons isolées ne formaient aucun village régulier*. Chaque sauvage fixait ses foyers indépendans sur le terrain auquel un bois, un champ, une fontaine l'engageaient a donner la préférence. Là on n'employait ni pierres, ni Iniques; ni tuiles '. Tontes ces habitations n'étaient réel-

■ Recherches, philosophiques sur les Américains, loin. ■u , p. 228. L'auteur de cet ouvrage curieux est Allemand.

i Le géographe d'Alexandrie est souvent critiqué par l'exact Cluvier.

3 Voyez César et le savant M. Whitaker , dans son Histoire de Manchester , tom. i.

* Tacite, Genn., 15.

» Lorsque les Germains ordonnèrent aux Chiens, habitansdeCoIogne, de secouer le Joug des Romains, et de reprendre, avec leur nouvelle liberté, leurs anciennes moeurs, ils exigèrent d'eux qu'ils démoliraient immédiatement les murailles delà colonie • Postulamus i vobts

• inuros colonie, munimeuta servit!! detrahalls; eliaqi

• fera animalia , si dausa teneas , valut is obllviscuntur. » Tacite, HUt., iv, 64.

«Les maisons dispersées, qui forment 'un village en Sîlésle, s'étendent sur une longueur de plusieurs milles. (Voyez Cluvier , 1. 1 , c 13.)

T. Cent quarante ans après Tedte, quelques bltlmeu

. lement q«e de petites cabanes de figure circulaire, construites on bois informe, couvertes de chaume et percées vers le haut pour laisser un passage libre» la fumée. Duos : l'hiver le Germain n'avait pour se garantir du froid le plus rigoureux qu'un léger manteau : fait de la peau de quelque animal. Les tribus du nord portaient des fourrures, et les femmes filaient elles-mêmes une sorte de toile grossière dont elles se serraient '. Le gibier de toute espèce, dont les forêts étaient rempiles , procurait a ces peuples une nourriture abondante et le plaisir de la chasse*. De nombreux troupeaux, moins remarquables il est vrai par leur beauté que leur utilité ', fermaient leurs principales richesses.' Leur contrée ne produisait que du blé; ou n'y voyait ni vergers, ni prairies artificielles; et comment l'agriculture se serait-elle perfectionnée dans un pays où tous les ans une nouvelle division des terres labourables causait un changement universel parmi les propriétés, et dont les habitans, pour éviter toute dispute en suivant cette coutume singulière, laissaient en friche une grande partie de leur territoire *?

I L'argent, l'or et le fer étaient extrêmement rares en Germanie. Les naturels n'avaient ni ia patience ni le talent nécessaires pour tirer du sein de la terre ces riches veine» d'argent, qui depuis ont récompensé si libéralement les soins des souverains de Saxe et de Brunswick. La Suède , dont le fer est si estimé, ignorait également ses trésors. A voir les armes des Germains , on jugera facilement qu'ils avaient peu de fer , puisqu'ils ne pouvaient en employer beaucoup à l'usage qui devait paraître le plus noble aux yeux d'un peuple belliqueux. Les guerres et les traités avaient introduit quelques espèces romaines, d'argent pour la plupart.chéz les nations qui habitaient les bords du Rhin et du Danube; mais les tribus les plus éloignées n'avaient aucune idée de la

| piMrtgulmifureuttONSlruilsprèalesborilsduRhiiietiJii Danube. Bérodien,l. vn,p. 234.

iTteile, Genn.,17.

ï Tacite, Genn, 5.

a César, de Bel. gai., n, 21.

* Taeite, Gara., 20. «or, n, 22.

EMPIRE ROMAIN, (242 dep. J.-C.)

monnaie. Leur commerce borné consistait dans l'échange des marchandises, et de .simpies vases d'argileleur paraissaient aussi précieux que ces coupes d'un riche métal dont Rome avait fait présent à leurs princes et à leurs ambassadeurs '.

Ces faits principaux instruisent mieux un esprit capable de réflexion que tout le détail minutieux d'une foide de circonstances particulières. La valeur de la monnaie a été fixée d'un consentement général pour exprimer nos besoins et nos propriétés, comme les lettres ont été inventées pour rendre nos pensées. Ces deux institutions , en augmentant la force de la nature humaine , et en donnant à nos passions une-énergie plus active, ont contribué à multiplier les objets qu'elles devaient représenter. L'usage de l'or et de l'argent est en grande partie idéal ; mais il serait impossible de calculer les services nombreux et importans que l'agriculture et tous les arts ont retirés dn fer , lorsque ce métal a été épuré par le feu et façonné par une main adroite. En un mot, la monnaie est l'attrait le plus universel de l'industrie humaine, le fer en est l'instrument lé plus puissant. Otez à tin peuple ces deux moyens ; qu'il ne soit ni excité par l'un, ni secondé par l'autre, il ne pourra jamais sortir de la barbarie la plus grossière *.

Si nous contemplons un peuple sauvage, tme quiétude indolente, une profonde insensibilité sur l'avenir nous paraissent formerla partie dominante de son caractère. Dans unétat civilisé, l'âme tend àse développer; toutes ses facultés sont perpétuellement exercées, et la grande chaîne de la dépendance mutuelle embrasse et resserre les individus. La portion la plus considérable de la société est constamment employée à des travaux utiles.

Quelques-tins, placés parla fortune au-dessus de cette nécessité, peuvent cependant occuper leurs loisirs en suivant l'intérêt ou la gloire, en augmentant leurs biens, en perfectionnant

« Tacite, Gêna. 6.

1 On prétend que les Mexicains el les Péruviens , sans connaître l'usage de la monnaie ou du Ter , ont lait de grands progrès dans les arts. Ces arts , et les monumens qu'ilsonlproduils, ont £l<! singulièrement exagérés. (Voyez Iesrecberche9SurlesAjnéricaûis,lom.iitp. 153, etc 0

(Mîtfep, J«»a)

ÏH

"leai* intelligence, ou an se livrant aux devoirs, anx plaisirs, aux folies même de la vie sociale.

Les Germains n'avaient aucune de ces ressources. Ils abandonnaient aux vieillards, aux gens infirmes, aux femmes et aux esclaves , les détails domestiques, la culture .des terres et le soin des troupeaux i Privé de tous les arts qui pouvaient remplir son loisir, le guerrier fainéant satisfaisait ces appétits sensuels qui confondent l'homme avec la brute. 11 passait les jours et les nuits à manger et àdormir. Et cependant, combien la nature ne diffèrc-telle pas d'elle-même 1 Selon la remarque d'un Écrivain qui en avait sondé toute la profondeur, les mêmes sauvages étaient tour a tour les plus isdolens et les plus impétueux detous les hommes. Ils aimaient l'oisiveté, ils détestaient le repos '.Leur ûtne languissante, accablée de son propre poids, cherchait avidement quelque sensation nouvelle, quelque objet capable de lui donner des secousses. La guerre et ses horreurs avaient seules des charmes pour ces caractères féroces. Dés que le bruit des armes se Taisait entendre, le Germain transporté sortait tout-ûcoup de son engourdissement : il volait aux combats ; il se précipitait au milieu des dangers. Les violens exercices du corps et les mouvemens rapides de l'âme lui donnaient ■a sentiment plus vif de son existence. Dans les sombres intervalles- de la paît , ces bar* bares bavaient immodérément, et se livraient avec excès À la passion du jeu. Ces deux occupations, dont l'une enflammait leurs désirs, et l'autre éteignait leur raison, contribuaient ainsi, par desmoyens différons, à les délivrer de la peine de penser. Ils mettaient lenr gloire à rester à table des journées entières. Souvent ces assemblées tumultueuses étaient souillées du sang de leurs parens et de leurs' amis *. Ils payaient avec la plus scrupuleuse exactitude les dettes d'honneur ; car ce sont eux qui nous ont appris à désigner ainsi les dettes du jeu. L'infortuné qui dans son désespoir avait risqué sa personne et sa libellé au hasard (L'un coup de dé , se sou-

'Tscfle, Gcrtt., 15.

meltuitpaliemment à la décision' du serti Garrotté, exposé aux traitement Isa plut dura , quelquefois même vendu cwaine esclave dons les paya étrangers, il obéissait sans murmure a uvmaltre plus faible» mais plus heureux \

Une bière faite sans an avec du froment eu -de l'orge, liqueur farte qui pouvait en quelque sorte tenir lieu de via, auflisa.it aux babitans de la Germanie peur leurs parties ordinaires de débauche. Mai* ceux quiavaient goûté les vins délicieux, de l'Italie et delà Gaule soupiraient après une espèse d'ivresse plus agréable. Ils* ne songèrent cependant pas, comme on l'a exécuté depuis aveo tant de Succès , i planter des vignes sur les bords du Rhin et du Danube | et l'industrie ne leur procura jamais de matières pour ira commerce avantageux. La nation aurait rougi de devoir k un travail pénible ce qu'elle pouvait obtenir par les armes'1. Le goutûamodéré des Germains pour les liqueurs fortes les engagea souvent à envahir les réglons comblée» des présent, si enviés de l'ait ou de la nature. Le Toscan, qui livra l'Italie aux Celtes, les attira dans sa patrie en leur, montrant les excellera fruits et les vins précieux que produisait un climat plus fortuné1. Ce fut ainsi que, durant les guerres du seùtième sièole, les Allemands accoururent en France pour piller les riches coteaux de la Bourgogne et de la Champagne*. Ches un peuple a peinecivilisé, l'ivrognerie, le plus bas, mais non le plus dangereux de nos vices, peut ocoaslotter Une bataille, une guerre ou une révolution.

Depuis Cbarlemagne, dix siècles de travaux ont adouci le climat «fertilisé le soldé la Germanie. Un million d'ouvriers et de laboureurs mènent à présent une vie aisée. et agréable dans un pays où cent mille guerriers paresseux trouvaient à peine de quel subsister'. Les Germains destinaient leurs im-

1 ld. 21. Les Germains avaient peut-être tiré leurs jeux des Romains ; mais la passion dû Jcù est Singulier emtnl attachée à l'espèce humaine.

* Tacite, Gcrm.'R

a Plutarque , Vie de Camille. Tile-Ll vc , r, M.

' Dubos, llisî. dp la Monarchie Française, 1. 1, p. 193.

s La nation halvétienue , qui sortit du pays appelé1 maiittenanl la Suisse , conlenait trois cent soliante-hiùt

DECADENCE DE LTEMMtE ROMAIN.

(fttîty/XtQ

menues forêts an plaisir de la chasse. Ile employaient en pâturage la plus grande partie de leurs terres, et ils en cultivaient nneirèspotif* portion d'an» manière fort imparfaite. Comment ne se seraient-ils pas plaints de l'aridité et de 1* sécheresse d'une contrée qui refusait de nonrrirses habitais t Lorsqu'une famine cruelle venait les convaincre de ta nécessité des arts, ils n'avaient souvent alors d'autre ressource qœd' envoyer au dehors ht troisième, on peut-être la quatrième partie do leur jeunesse'. Une possession et une jouissance assurées s«Bt les liens qui attachent nn-penple à sa patrie. Hais les Germains portaient arecoux ce qu'ils avalent de puis cher; et, dé» qu'ils voyaient briller l'espoir d'une -conquête ou d'un riche butin, ils abandonnaient la vaste solitude des bois, et marchaient anx combats avec leurs troupeaux, leurs femmes et leurs enfans. Les nombreux essaims qui sortirent, ou qui partirent sortir de la grande fabrique dt\ nation*, ont été multipliés par l'effroi des vaincus, et par la crédulité des siècles suivons. fies faits ainsi exagérés ont insensiblement établïnne opinion quede très-habiles écrivains ont soutenue. On s'est imaginé que, du temps de César, et de Tacite , le nord était infiniment pins peuplé qu'il ne l'est de nos jours*. fies recherches plus exactes sur les causes de la population semblent avoir convaincu les philosophes modernes de la fausseté, de l'impossibilité même de cette hypothèse. Aux noms de Mariana et de Machiavel*, nous pouvons eti opposer d'aussi respectables, ceux de Hume et de Robertson*.

Mille ptrsaunM de M âge et 4e tout «ne. (César, de BeL gai., i, 39,} Aujourd'hui le sombre des habitais du pays de Yaud (petit district situé rar le bord du lai! de Genève) se monte à cent dôme mille cinq cent quatre- *tagKW7e. (Voyez une excellente dissertation de M. Murel, dans les Mémoires de la société de Berne.)

< Paul Diacre, 1. t , 2, 3. Davila, Machiavel , et le reste de ceux sut ont suivi Paul Diacre , s'ont peint assez mbm la nature ée ces migrations , lorsqu'ils la ont représentées comme des entreprises concertées et régulière».

1 Le chevalier Temple et le président de Montesquieu s'abandonnait sir ce sujet a la vivacité ordinaire de leur Imagination.

» Machiavel, Hist. de Florence, liv. t; Marteau, Histoire •"Espagne, 1. t, cl.

* Rolwruon, Hist. de Chsrle*-Quûu.Hujne,E«s«is polit.

Va peuple guerrier qo) n'a point de vîfles, qtti néglige tous le» arts, et qui ne connaît l'usage ni des lettres ni de 1» monnaie, possède cependant qnehvnesavantages. l/eclat de la liberté fait disparaître à ses yeux les traits grossiers de la barbarie. Tels' étaient les Germains : leur pauvreté assurait leurin> dépendance. En effet, nos possessions et nos désirs sont les chaînes les pins fortes da despotisme, t Les Suéones, dit Tacite ', bono-

> rent les richesses : aussi sont-ils soumis à ». un monarque absolu. Les armes ne sont pas

• parmi eux, comme cher les autres peuples

> germaniques, entre les mains de tout le

• monde. Le roi les tient en dépôt sous la

* garde d'un homme de confiance, et cet i hoiame n'est pas citoyen ; ce n'est pnsméme » un affranchi, c'est un esclave. Les voisins

> des Suéones, les Sitones, sont tombés au-

* dessons de la servitude; ils obéissent a tra*

> lenuDe*.) En faisant cette exception, Tacite reconnaît la vérité du principe général que nous avons exposé sur la théorie du gouvernement. Nous sommes seulement et» peine de concevoir par quels moyens les richesses et le despotisme ont pénétré dans une partis du Nord si éloignée, et ont pu éteindre' les feux dont étaient embrasées les contrées voisines des provinces romaines. Comment les ancêtres de ces Norvégiens et de ces Danois, si connus depuis par leur caractère indomptable , se sont-ils lais.se enlever le sceau de la liberté germanique1? Quelques tribus- des bords de la Baltique reconnaissaient l'autorité1 des rois, sans avoir abandonné les droits de

> TraducUoB de l'abbé de la Metterie,

* Tacite , Germ. 44, 45. Freinshemius , qui a dédié Bon Supplément de Tite-Lirea Christine, reine de Suéde, croit devoir paraître très-fâché contre le Romain qui traite avec si peu de respect les reines du Nord.

3 Ne pouvons-uous pas imaginer que la saperstittoo enfanta le despotisme? Les descendons d'Odin, dout la raee existait encore eu 10CO, régnèrent, dit-on, en Suéde plus de mille ans. Le temple d'Upsal était l'ancien siège de la rengton et de l'empire. Bn 1153, je trouve une lot singulière qui défendait l'usage et la profession des armes à toute personne , excepté aux gardes du roi. N'est-ll pas vraisemblable que cette loi fut colorée par le prétexte de faire revivre uneancienne iuslstutieii P Voy. l'bbtoirtde Suéde, par Dalin, dans ta Bibuot. raisonnes ,'lom. n etitv.

(^dejajj^,)'

rhénane ', Mais dans presque toute la Gerroanie la forme du. gouvernement était une démocratie tempérée,, il est vrai , et modérée moins par des lois -générale» et positives que par il ascendant momentané de !a naissance ou de la valeur, de l'éloquence onde la superstition*

Les-goeveroemana civils ne sont, dans leur première, origine, que des associations volontaire* formée* par des motifs de défense réripreejue. Pour parvenir à ce but désiré, il est absolument nécessaire que chaque individu..se :creie. essentiellement obligé de soumettre ses opiBMflfret ses actions particulières an jugeâtes* do plus grand nombre de ses associés, lies Germains se contentèrent de cette lébanobe; informe, mai» hardie, de laso- Ciéléi peanquet Dés qu'un jeune homme, né de. parti» l&res , avait atteint l'âge viril , on j'itrqdaùank dans le conseil générai de la natiQa>r«#lui donnait solennellement la lance et-le benctteti II prenait aussitôt place parmi us compatriotes , et il devenait membre de k république utilitaire.

Lca guerriers de la tribu s'assemblaient en i .temps fixes, on dans des occasions ta. L'administratiou de la justioe, t'éleetioB des magistrats, et les grands intérêts de. la guerre ou de la paix se décioaieed/aar le suffrage libre de tous les citoyens. A la vérité «n corps choisi des grands ou des cfcefct de la nation préparait quelquefois et propeeak. les- affaires les plus importantes '. Les magistrats pouvaient délibérer et persuader ;■ le. peuple seul avait le droit de prononcer et d'exécuter. La promptitude et la violence caractérisaient presque toujours les résolutions des Germains. Ces barbares , qui firôaiém eanaister la liberté à satisfaire la passion du moment , et le courage à braver les dangers , rejetaient en frémissant les canseita timides de la justice ou de la politique. Lcnf Indignation éclatait alors par un sombre murmure. Biais lorsqu'un orateur plus populaire , leur proposait de venger quelque

» CaÏBnj rawir n— aaaawitwi1 é* Hauts , ptrtrœ-

aaa*a»i $mmumm,- Cette corrantoa «a opfcmcrnt jaste cl ingénieuse.

PAR KD. GÏBBON. CH. IX. 4tt

injure, de briser même tes fers-dn dernier des citoyens; lorsqu'il appelai* -sua «oropatriotes à la défense de l'honneur national ou à la poursuite de quelque entreprise pénible et glorieuse, un choc terrible d:épées:etde boucliers exprimait les transports et les applaudi&semens de toute l'assemblée. Le Germain ne se montrait jamai* que couvert de ses armes, et, au milieu des délibéraiions las plus sérieuses, on avait tout à enaindne du caprice aveugle d'une multitude féroce qu'enflammaient l'esprit de discorde et l'usage des liqueurs fortes, et toujours prèle À soutenir par la violence des résolutions- priées au sein du tumulte. Combien defoisawais^nous vu les diètes de Pologne teintes de sang, elle parti le plus nombreux forcé, do. «éder à la faction la pins séditieuse * ?

Lorsqu'une tribu avait a redouter qeelque invasion, elle se choisissait un général.. Si le danger devenait plus pressant, et qu'il menaçât l'état entier, plusieurs tribus conconraieet à l'élection du même général. C'était au .guerrier le plus brave que l'on confiait le sein important de mener ses compatriotes sur >fe champ de bataille. 11 devait leur "donner l'exemple plutôt quedes ordres; mais-cette autorité, quoique bornée, était toujours odieuse. En temps de paix les Germains ne reconnaissaient aucun chef suprême*. L'assemblée générale nommait cependant des primée* pour administrer la justice ou pkiifit pouf, accommoder les différens s dans leurs districts respectifs. En choisissant ces magistrats, on avait- autant égard à la naia&anae. qu'au me. rite *. La nation leur accordait ù chacun une garde et un conseil de cent personnes. 11 parait que le premier d'entre eux» jouissait, pour le rang et pour les honneurs, d'une prééminence qui engagea quelquefois les Romains a les décorer ^u, titre, de rop, Pour se représenter tout le système des

rancirai parles»** d'Angteerrc; ]GïtaDn9<mporUieBtunfliTUHti0n,moftispaFte!wiB*rt des ww(joep«r «loi iieimrssrarmssnn&:

a CM , de Bel gai.,- W, 23.

J ittbuatnl èontrwertùu /eipwtsfcm ttï*ti**rtO* &e Céar.

* Iteges «o nûbilitàfe; âttees HxttirtiiU sirmunt. T«dle , Germ., 7.

s Ctartw, Garni, «at.; 1. 1, *: sa.

Ml

DECAftSNOB PB L'EMPIRE ROMAIN,

(Mïdep. J,»G.)

} Germains , il suffit de comparer deux branchés remarquables de l'autorité de leurs princes. Ces magistrats disposaient en* fièrement de toutes les terres de leur district, et ils en faisaient chaque année un nouveau partage '. D'un autre coté, la-loi leur défendait de punir de mort , d'emprisonner , de frapper même un simplecitoyen'. Deshommes si jaloux de leurs personnes, si peu occupés de leurs propriétés, n'avaient certainement aucune idée des arts ni de l'industrie; mais ils devaient être animés par un sentiment élevé de l'honneur et de l'indépendance.

Les Germains ne connaissaient d'autres devoirs que ceux qu'ils s'étaient eux-mêmes imposés. Le soldat le plus obscur dédaignait de se soumettre à l'autorité du magistrat. « Le jeuue guerrier de ta naissance la plus

* illustre ne rougissait pas du titre de cômi pagnon. Chaque chef renommé avait une

> troupe de gens qui s'attachaient a lui et qui

> le servaient. Il y avait entre eux Une émula-i tionslngulièrepourobtenirquèlquedistlnc*

* tion auprès du prince, et une même émula-

> tion entre les princes sur le nombre et la i bravoure de leurs compagnons. C'est la di- » gnité, c'est la puissance d'un chef que d'être i toujours entouré d'Un essaim déjeunes i gens que l'on a choisis ; c'est un ornement

* dans lapaix.c 'estun rempartdans la guerre.

> On se rend célèbre dans sa nation et chel i les peuples voisins , si l'on surpasse les j autres par le nombre et par le courage » de ses compagnons; on reçoit des présens,

> les ambassades viennent de toutes parts.

> Souvent la réputation décide de la guerre.

> Dans le combat il est honteux ail prince » d'être inférieur en courage ; il est honteux » à la troupe de ne point égaler la valeur du » prince. C'est une infamie1 éternelle de lui

> avoir survécu. L'engagementle plus'sacré,

> c'est de le défendre. Si une cité est en paix, » les princes vont chez celles qui font la » guerre , «'est par là qu'ils conservent un t grand nombre d'amis. Ceux-ci reçoivent

> d'eux le cheval du combat, et le javelot » terrible. Les repas, peu1 délicats, mais » grands , sont une espèce de solde pour

f eux; lo prince ne soutient ses libéralités > que par les guerres , par les rapines * et par les présens volontaires de Ses » amis1. •

Cette institution, qui affaiblissait le pou* vernement des différons états de lo Germanie, donnait un nouveau ressort au caractère général des nations qui l'habitaient. Elle développait parmi elles le germe de toutes les Vertus dont les barbares sont Susceptibles. C'est du même foyer que sont sortie» longtemps après la valeur, la fidélité, la courtoisie et l'hospitalité, qui distinguèrent nos anciens chevaliers. Un célèbre écrivain de nos jours aperçoit dans les dons honorables accordés par le chef a ses braves compagnons, l'origine des fiefs que les seigneurs barbares, après la conquête des provinces romaines, distribuèrent à leurs vassaux , en exigeant pareillement d'eux l'hommage et le service militaire'. Ces conditions cependant sont entièrement contraires aux maximes ded Germains, qui aimaient a faire des présens, mais qui auraient rougi d'imposer ou d'accepter aucune obligation'.

Dans les siècles de chevalerie, au moins si l'on en croit les vieux romanciers, tons les hommes étaient braves, tonte» les femme» étaient chastes. La dernière de ces vertus, quoique bien plus difficile à acquérir et a conserver que la première, est attribuée presque sans exception aux femmes des Germains. La polygamie' avait lieu seulement parmi les princes, encore ne se la permettaient-ils que pour multiplier leur» alliances. Les divorces étaient défendus par les mœurs plutôt que par les lois. On punissait l'adultère comme un crime rare et impardonnable, fit l'exemple, ni la coutume ne -pouvaient justifier la séduction*. Il paraît que l'Ame

> H. 13, 14. TradudiOB daHMlwnuwi, Esp. de» lois, 1. xxx, c 3.

s Esprit des lois, 1. kï,c. 3. Au reste, l'imagina ligii brillanti! de Montesquieu est corrigée par 1« logique exacte de M. l'abbé da Mablv. Odhtv. sur l'hûl. de France, 1. 1, p. 356.

) Gtmdent mtineribus , $ed lux data imputant , ace aetmpm oMtgantur.TMàl*, Géra., 21.

< La nantie ransasM aVadulUrc était RNMiMt ta» \mH

levutage. HibricbeMeni la b*tuUB*poutii«t«tHeï

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(242(Jep.J.-C.) hounêtode Tacite se plaisait a contempler le contrante de la vertu des barbares avec la conduite dissolue des dames romaines ; cependant son récit renferme plusieurs circonstances frappantes, qui donnent un air de vérité ou du moins de probabilité à la chasteté et à la, foi conjugale des Germains.

Les arts ont certainement mis un frein aux passions les plus violentes de la nature humaine; mais leurs progrès semblent avoir été nous favorables à la chasteté , dont le principal ennemi est la mollesse de l'âme. Les raffioemens de la vie , en répandant des charmes sur le commerce des demi sexes, en altèrent la pureté. Le physique de l'amour devient plus dangereux, lorsque le sentiment lui imprime un plus grand degré d'énergie, ou plutôt lorsqu'il le déguise. Les grâces, la politesse, l'élégance des vétemens donnent un lustre à la beauté et enflamment les sens par la voie de l'imagination. Ces divertissemens, ces danses , ces spectacles , où les mœurs sont si peu respectées , sont autant de pièges tendus à la fragilité des femmes , et leur présentent une foule d'occasions dangereuses'. Heureux les sauvages grossiers qui habitaient le septentrion! la pauvreté, la solitude et les soins pénibles de la vie domestique garantissaient leurs femmes de ces dangers. Le chaume qui laissait leurs cabanes ouvertes de tons cotés à l'œil de l'indiscrétion ou de la jalousie , était pour ia fidélité conjugale un rempart plus sur que les mors, les verrosx et les eunuques d'un

A, cette cause on peut en ajouter une plus honorable. Les Germains avaient pour leurs femmes de l'estime et de la confiance. Ils les consultaient dans les occasions les plus importantes, et ils se plaisaient a croire que leur Sine renfermait une portion de sainteté et de sagesse snmaWréllesi Quelques-unes de ce» interprètes du destin , telle que Velleda dans la guerre des Bataves, gouvernaient, au nom

« eomsurân , ni lui procurer un second mari. Tsdte, Germ, ta,»,

■ OrtsefKpioiBssnasBUventcitcraerlataMlroiu ta pis» awwÉtsi* romsr. Il wpriemmwk BNsW mmmaHWmtotmrnfto* tmâtmietUa Mm* de Rome , «t i. leur inspirer la tendresse et la sensualité.

de la divinité, les plus fières nations germaniques1; sans être adorées comme déesses > les autres jouissaient de la considération que méritaient les compagnes libres de soldats , «t dont la cérémonie du mariage les rendait encore plus digues , en les associant à une vie de fatigues, de travaux et de gloire1. Dans les grandes invasions , les camps des barbares étaient remplis d'une multitude de guerrières qui, fermes au milieu du bruit des armes, regardaient avec intrépidité le spectacle effrayant de la destruction, et les blessures honorables de leurs fils et de leurs époux *. Des armées en déroute ont été plus d'une fois ramenées à la victoire par le désespoir généreux des femmes, qui redoutaient bien moins la mort que la servitude. S'il ne restait plus de ressource , elles savaient se dérober à l'insolence du vainqueur *, et elles s'immolaient avec leurs enfans sur les débris de la liberté expirante. Dépareilles héroïnes ont des droits à notre admiration; mais nous ne croirons sûrement pas qu'elles aient été aimables ni propres a inspirer de l'amour. Elle* ne pouvaient imiter les vertus fortes de l'homme sans renoncer a cette douceur attrayante.dans laquelle consistent principalement le charme et la faiblesse séduisante de la femme. L'orgueil apprenait aux Germaines à étouffer tout mouvement de tendresse qui aurait porté la moindre atteinte a l'honneur, et l'honneur du sexe a toujours été In chasteté. Les sentimens et la conduite de ces respectables matrones sont à la fois une cause, un effet et une preuve dn caractère général de la nation. Le courage des femmes, quoique produit par le fanatisme, ousoutenu par l'habitude, n'est qu'une image faible et imparfaite de la valeur qui distingue les hommes d'un siècle ou d'une contrée.

tT*dle,Hûl.,iv,ei,tJ5.

i Le présent de ma riage était des bœufs, des chevaux et des inM. Géra., e. 11. Tuile est eu *u«l<lw> tort* trop Heurt en traitent ce sujet.

3 Le changement do exlgefe en exugere est une exc*t> lente correction,

< Tacite , Germ., T. Plularque , vie de Marin*. Lee An* mes de* Tentons , avant de se tuer et de mau-arer leurs eSBUM, itsMI offert de se rendre, A condition qu'élit* seraient reçues comme esclaves des Vestales,

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Le système religieux des Germains, si l'on ■peut donner ce nom aux opinions grossières d'une nation sauvage, avait pour principes leurs besoins, leurs craintes et leur ignorance*. Ils adoraient des objets visibles et les grands agens de la nature : le soleil et la lune, la terre et le feu. Ils avaient en même temps imaginé des divinités qui présidaient, selon eux , aux opérations les plus importantes de la vie humaine. Ces barbares croyaient pouvoir découvrir la volonté des êtres supérieurs par quelques pratiques ridicules de divination; et le sang des hommes, qu'ils immolaient aux pieds des autels de leurs dieux, leur paraissait l'offrande la plus précieuse et.la plus agréable. On s'est trop empressé d'applaudir à leurs notions sur la divinité, qu'ils ne renfermaient pas dans l'enceinte d'un temple, et qu'ils ne représentaient sous aucune forme humaine. Rappelons-nous que les Germains n'avaient pas la moindre idée de la sculpture et qu'ils connaissaient à peine l'art de bâtir : il nous sera facile d'assigner le véritable motif d'un culte , qui venait bien moins d'une supériorité de raison que d'un manque de génie. Des bois antiques consacrés par la vénération des siècles étaient les seuls temples des Germains. Là résidait la majesté d'une puissance invisible. Ces sombres retraites, en ne présentant aucun objet distinct de crainte ou de culte réel , inspiraient un sentiment bien plus profond d'horreur religieuse1, et l'expérience avait appris à des prêtres grossiers tous les artifices qui pouvaient maintenir et fortifier des impressions terribles , si conformes à leurs intérêts.

La même ignorance qui rend les barbares incapables de concevoir ou d'adopter l' empire utile des lois, les livre nus et sans défense aux terreurs aveugles de la superstition. Les prêtres germains profilèrent de cette disposition de leurs compatriotes, et ils exercèrent

■ Tacite a mité cet obscur sujet en peu de mois , . et CIuYier en cent vingt-quatre pages. Le premier aperçoit en Germanie les dieux de la Grèce el de Rome. L'autre assure positivement que, souslcs emblèmes du soleil, delà lune, et du feu, ses pieux ancêtres adoraient la irinilé.

! Le bois sacré , décrit par Lucain avec une horreur si sublime élaildausïe voisinage de Marseille; mais il y en araft pluiieurt de U même espèce en Germante.

EMPIRE ROMAIN, (Ul dep. J.-C.]

même dans les aflairw temporelles ûm «Monté que le magistrat n'aurait osé prendre.

Le lier guerrier se soumettait patiemment à la verge de la correction, lorsque la main vengeresse tombait sur lui, pour exécuter, non (a justice des hommesj mais l'arrêt immédiat du dieu de U guerre1.. Seuwealla puissance ecclésiastique réparait lesdéfeuus de l'administration civile. L'autorité divine intervenait constamment dans tes assemblées populaires pour y maintenir l'ordre .et k silence ; et quelquefois elle s'occupait d'objets plus importons au bien de .l'état On faisait en certain temps une proceasio» solennelle dans le pays de Mecklenbourg et-depowér*nie. Le symbole inconnu de la déesse HcrUe (la terre), couvert, d'un voile épais» sortûitafK pompe de l'Ile de Rugen , aa résjdenoe ordinaire; pincée sur un char ttainé par. d.eux.gûpîsses, elle visitait de cette iiiaiûère,fU$ieiw tribus de ses adorateurs. Pendant sa manche, les querelles étaient suspendues , le* cris de guerre étouffés; le Germain belliqueux opposait ses armes ; il pouvait goûter alors,: les douceurs de la paix et de la tranqui)liié'.iîi trêve, de Bien, si souvent et .si inUilemeat proclamée par le clergé du onzième siècle, ne fut qu'une imitation de cette ancienne coutume1.

Mais la religion avait bien plus de force pour enflammer que pour modérer les passions violentes des Germains. L'intérêt et le fanatisme portaient souvent les urètres à sanctifier les entreprises les plus audacieuses et les plus injustes , par l'approbation dit ciel et par l'assurance du succès. Les étendards, tenus long-temps en, dépôt, dans Je» bois sacrés, brillaient tout-à-coup, .sur le champ de bataille1; on dévouait l'armée en* nemie, avec de terribles imprécUioas,aui dieux de la guerre et du tonnerre,*. Dans, b religion du soldat, la lâcheté est le plus grand des crimes. Elle paraissait telle au*

< Tacite, G«rm.,ï.

3Rob*rts«, aWoire-teGliari«JhQunrt.«

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(242 dep. Ï.-C.)

yeux des Germains. L'homme courageux se rendait àignextea faveurs « de la protection des divinités tutélaires. aLe malheureux qui avait perdu son bouclier était banni à jamais de tome»1 les. assemblées civiles et religieuses; Quelque»- tribus du Nord semblent avoir embrassé la doctrine de la transmigration1. •D'sowes-ltvaient imaginé un paradis grossier o* les héros s'enivrent pendant toute l'éter- 'Wté*. Elles convenaient toutes qu'une vie passée dans les combats et qu'une mort glorieuse -pouvaient seuls assurer un avenir heureux (taue ee nwwde-ci ou dans l'antre: 1 ' 1/ Immortalité , que la superstition présenuiit"B<l héros du Nord comme une récompense cVses vertus, lui était en quelque atutté 'conférée par les bardes. Cette classe 'd'hommes- singuliers a mérité l'attention de -tous1 ceux qui ont étudié les antiquités des utiles, 'des Scandinaves et des Germains. ■IJes recherchea exactes ont Tait connaître le génieet le caractère des bardes :'on sait combien leurs emplois importons inspiraient de vénération pouf leurs personnes. - Il est plus ■dffiicflfc d'exprimer, de concevoir même cette fureur pour tes armes, cet enthousiasme Militaire qu'ils allumaient par leurs chants dans le cœur de leurs compatriotes. Chez un peuple civilisé, le goût de la poésie est plutôt un amusement de l'imagination qu'une passion de-1'ante; et cependant, lorsque, dans lecohnede la retraite, nous lisons les combats décrits par' Homère ou par le Tasse, insensiblement la fiction nous séduit; nous ressentons quelques feux d'une ardeur martiale. Hais que peut sur un esprit tranquille le silence de l'étude? Si elle excite quelques sensations, combien seront-elles froides et amorties? C'était au moment de la bataille , c'était a a milieu des le* tes de la victoire , que les Bardes célébraient les exploite des anciens hérosVet qu'ils faisaient revivre les ancêtres

1 César, Diodore et Lucain paraissent attribuer cette doctrine aux Gaulois; mais H. Pellouuer (Hist. des Cdlcs , 1. m , c, 18) travaille à réduire ; à un sens plus orthodoxe.

*ta traduction curieuse de ce lim, donnée parti lUM. Itttod.

de ces peuples belliqueux qui écoutaient avec transport des chants barbares, mais animés '. La poésie tendait à inspirer la soif de la gloire et le mépris de la mort; et ces passions, enflammées par le bruit des armes et par la vue des dangers, devenaient le sentiment habituel de l'habitant du Nord.

Telles étaient la situation et les mœurs des Germains. Le climat, l'ignorance de ces barbares, qui ne connaissaient ni les lettres , ni les arts,ni les lois, leurs notions sur l'honneur, sur la galanterie et sur la religion , le sentiment qu'ils avaient de la liberté, leur inquiétude dans la paix , leur ardeur pour la guerre, tout contribuait a former un peuple de héros. Pourquoi, pendant les deux siècles et demi qui s'écoulèrent depuis la défaite de Varus jusqu'au règne de l'empereur Dèce , ces guerriers formidables ne se distinguèrent-ils par aucune entreprise importante? Pourquoi firent-ils à peine impression sur les faibles habitansdes provinces de l'empire, asservis par le luxe et par le despotisme? Si leurs progrès furent alors arrêtés, c'est qu'ils manquaient à la fois d'armes et de discipline , et que leur fureur fut détournée par les discordes intestines , qui, durant cette période, déchirèrent le sein de leur patrie.

I. On a raison de dire que la possession du fer assure bientôt à une nation celle de l'or. Hais les Germains , également privés de ces métaux précieux, ne les durent qu'à leur courage, t Le fer n'est pas en abondance chez

> ces peuples, autant qu'on en juge par

> leurs armes. Peu font usage de l'épée on » de la pertuisanc. Ils ont des lances, ou fra-

> mées, comme ils les appellent, dont te fer • est étroit et court , mais si bien acérées et

> si maniables, qu'elles sont également pro- » près à combattre de près ou de loin. Leur

> cavalerie n'a que la lance et le bouclier.

< Tacite, Germ., 3. Diodore de Sicile, 1. v. Strabon, Lw, p. 197. On peut se rappeler le rang que Demodocus tenait a h cour du roi des Pbéàciens, ef-rardeuf que Tyrtés inspira aux Spartiates découragés. Cependant il est peu waisemblBble que les Grecs et les Germains fussent le même peuple. Nos antiquaires s'épargneraient beaucoup d'érudition frivole, s'ils se donnaient la peine de réfléchir que des situations semblables produiront nalurejtecenl des mœurs semblables.

* Chaque fantassin a déplus un certain nom-

* bre de javelots. Alerte, parce qu'il est sans » habits, ou couvert d'une simple saye, il i les pousse à une distance incroyable '. Ces » guerriers ne se piquent d'aucune magntfl- ■ cence, on plutôt ils n'en connaissent d'au-

> tre que d'embellir leurs boucliers des » plus brillantes couleurs. Il est rare qu'ils

> aient des cuirasses. Ou volt à peine un ou

* deux casques dans toute une arme*e. Leurs

> chevaux ne sont remarquables ni par la

> vitesse , ni par la beauté , ni dressés à » tourner en tous sens comme les nôtres '. • Plusieurs de leurs nations se rendirent cependant célèbres par leur cavalerie; mais, en général, la principale force des Germains consistait dans une infanterie* redoutable, rangée en différentes colonnes , selon la distinction des tribus et des familles. Trop impétueux pour s'accommoder des délais et pour supporter les fatigues , ces soldats à peine armés s'élançaient sur le champ de bataille sans aucun ordre, et en poussant des cris terribles. Quelquefois la fougue d'un courage naturel renversait les efforts de l'art, et triomphait de la valeur plus calme des mercenaires romains. Mais, comme les barbares jetaient tout leur feu dès le premier choc , ils ne savaient ni se rallier ni faire retraite. Un premïeréchee assurait leur défaite ; une défaite entraînait presque toujours une destruction totale.

Lorsque nous nous rappelons l'armure complète des Romains , les exercices, la discipline et les évolutions de leurs troupes , leurs camps fortifiés et leurs machines de guerre , nous ne pouvons trop nous étonner que des sauvages nus, et sans autre secours que leur valeur , aient osé se mesurer contre des légions formidables et les différens corps d'auxiliaires qui secondaient leurs opérations, 11 fallut, pour balancer les forces, quele luxe eût énervé la vigueur des Romains, et qu'un

i JVtsstlia spargunt. Tacite, Gcrm., 6. Soit que cet historien ait employé une «pression vague , soit <rn1l ait voulu dire que ces dards étalent lancés au hasard.

* Traduction de l'abbé de ta Btetterie.

l Celait en quoi les Germains étaient principalement "iHsungnés des Suantes , qui combattaient {inégalement achevai.

(242 dep. J.-C.)

esprit de désobéissance et de sédition eût relâché cette discipline fameuse qui avait subjugué l'univers. Rome perdit elle-même de sa supériorité en recevant dans ses années des barbares auxiliaires ; démarche fatale qui leur apprit insensiblement les arts de la guerre et de la politique. Quoiqu'elle les admit en petit nombre et avec la plus grande circonspection, l'exemple de Civitis aurait dû lui apprendre qu'elle s'exposait à un danger évident, et que ses précautions n'étaient pas toujours suffisantes1. Durant les discordes intestines qui suivirent la mort de "Néron , cet adroit et intrépide Batave , que ses ennemis ont daigné comparer avec Annîbal et avec Sertorius», forma le noble projet de briser les fers de ses compatriotes, et de rendre leur nom célèbre. Huit cohortes dont le courage avait été éprouvé dans les guerres de Bretagne et d'Italie , se rangèrent sous son étendard. Il introduisit au sein de la Gaule nie armée de Germains. A son approché , Trêves et Langres, cités importantes, furent forcées d'embrasser sa cause. 11 défit les légions, détruisit. leurs camps fortifiés , et employa contre les Romains les talens et la science militaire qu'il avait acquis en serrant avec eux. Lorsque enfin, après une défense opiniâtre. Il fut contraint décédera la puissance de l'empire, il assura sa liberté et cette de sa patrie par un traité honorable. Les Bataves restèrent toujours en possession de 111e du Rhin*, comme alliés, et non comme sujets de la monarchie romaine.

H. Les Germains auraient paru bien redoutables, si toutes leurs forces réunies eussent agi dans la même direction. La vaste étendue de leur contrée pouvait contenir environ unmîllion de guerriers, puisque tous ceux qui étaient en Age de porter les armes désiraient de s'en servir. Mais cette fière

i La relation de cette entreprise occupe une grande partie du quatrième et du cinquième livre de l'histoire de

Tacite, qui a traité ce sujet avec plus d'étoqueat» ijite de clarté. Le chevalier Sarlue a ébattre- data aa narratle*

* Tacite, Hist , tv, 13. Comme-eui 11 avait smala «n eaO,

> Cette tte était renfermée entre les énas anetewes

binette* du Rhin , leHee (ju^anw snamMaiaajt «mavaue-h

(ace dfl p*yw eut été changée par fsrtrt pw ht numte.

CVoj. Qurier, Germ. ant., L t», e.m>,3? .)

(2« dep. J.rC.)

multitude, incapable de concevoir ou d'exécuter une grande entreprise, te laissait entraîner par une foule d'intérêts , souvent funestes à la gloire de la nation. La Germanie renfermait plus de quarante états indépendant, et même, dans chaque état, les différentes tribus qui le composaient ne tenaient entre elles que par de faibles liens, Ges barbares s'enflammaient aisément. Ils ne savaient pas pardonner une injure, encore moins une insulte. Dans leur colère implacable, ils ne respiraient que le sang. Les disputes qui arrivaient si fréquemment dans leurs parties tumultueuses de chasse ou de débauche suffisaient pour provoquer des nations entières. Les vassaux et les alliés d'un chef puissant partageaient ses unimosites. EuJtrer les dépouillasd'un rival faible, ou pus> Js superbe, étaient autant de causes de guerre. Les plus "formidables états de la Germanie affectaient d'étendre autour de leurs territoires d'immenses solitudes et des frontiéresdé vastes. Ladistancéqu'ilsobservaient ertre eux et leurs voisins imprimait la terreur de leurs armes, et les mettait eu quelque Aorte à l'abri du danger d'une invasion

< Lee Bruetères ne sont plus (c'est main-

> tenant Tacite * qui parle) ; leur hauteur

> insupportable, le désir de profiter de leurs » dépouille», ou peut-être le ciel , prolecteur

• de noire empire, a réuni contre eux les peu- » pies voisins \ qui les ont chassés et dé-

• traits. Les dieux nous ont ménagé jusqu'au

> plaisir d'être spectateurs du combat. Plus

* 4e soixante mille hommes ont péri, non » sois l'effort des armes romaines, mais, ce

* qui est plus magnifique, pour nous servir

> de spectacle et d'amusement. Si les peuples ■ étrangers ne peuvent se résoudre à nous

• aimer, puissent-ils du moin» se haïr too-

* jours! Dans cet état de grandeur4 ott les

PAR ED. GIBBON. CH. IX, Ut

> destins de Rome nous ont élevés, la for-

> tune n'a plus rien a faire que de livrer nos i ennemis à leurs propres dissensions1. • Ges sentimens, moins dignes de l'humanité que du patriotisme de Tacite , expriment les maximes invariables de la politique de ses concitoyens. En combattant les barbares, une victoire n'aurait été ni utile ni glorieuse ; il paraissait bien plus sur de les diviser. Les trésors et les négociations de Rome pénétrèrent dans le ccaur de la Germanie, et les empereurs employèrent avec dignité toute aorte de moyens pour séduire des peuples séparés de leurs états par le Rhin ou par le Danube, et dont l'amitié pouvait être aussi avantageuse que leur inimitié eut été fatale. On flattait la vanité des principaux chefs par des présens de peu de valeur, qu'ils recevaient comme objets de luxe , ou comme marque de distinction. Dans les guerres civiles, la faction la plus faible cherchait à se fortifier eu formant des liaisons secrètes avec les gouverneurs des provinces frontières. Toutes les querelles des Germains étaient fomentées par les intrigues de Rome, tous leurs projets d'union et de bien public renversés par l'action puissante de la jalousie et de l'intérêt particulier *.

Sous le règne de Marc-Àurèle, presque tous les Germains, des Sarmates même, entrèrent dans une conspiration générale qui glaça l'empire d'effroi. Quel motif pouvait rassembler tout-à-coup tant de nations différentes , depuis l'embouchure du Rhin jusqu'à celle du Danube »? 11 nous est impossible de déterminer si ce fut la raison , la nécessité ou la passion qui les réunit. Nous devons seulement être assurés que les barbares ue furent ni attirés par l'indolence, ni provoqués par l'ambition de l'empereur romain. Une inva-

» Tnfectiou de l'abbé de la Relief le,

s Kanrhis, Amroien, Claudien , «te., en (but Mention Sss»b^ntbTSfcBM«té^Hl«<ip«ilesieûecteoainmB d'une Mba irFnstt. (Voy. Chrder, Gemj. «al. I m, c. 12.)

* Ont t—weàémft luçentibuf; mais le bon sent, *- U»ss, « foriqaes isanuscrlt*,* Mareat pour vtr-

i Tsdle, Germ., 33, I* «vol *bbd 4e 1» Blctterie, Iri*irrilé contre Tacite , parle du diable qui /Ut homicide dis le commencement, etc. |

ï On peut voir dans Tacite et dans Dion plusieurs traces de celle politique -, et l'on peut juger , en considérant les principes de la nature humaine, qu'il eu existait bien davantage.

s eut. Aug.,' p. 31. Anuniea Harcdlui, 1. nu , e. $. Aurel. Vieuw. L'empereur Marc-Aurele fut r**ûl à Tendre le» meubles magnifiques du calais , ejt i eurWer 1" esclaves et les malnùteun .

sion si dangereuse exigeait toute la fermeté et toute la vigilance de Marc-Aurèle. 11 confia plusieurs postes importuns à d'habiles généraux, et il prit en personne le commandement de ses armées dans la province du haut Danube, ou sa présence paraissait plus nécessaire. Après plusieurs campagnes sanglantes, où la victoire fut souvent disputée, il détruisit les forces des barbares. Les Quades et les Mnrcomans ', qui avaient donné le.signal de la guerre, en furent les principales victimes. Ces peuples demeuraient sur les rives du Danube. L'empereur les força de se retirera deux lieues au-delà de ce fleuve*, et de lui livrer la fleur de la jeunesse , qui fut aussitôt envoyée en Bretagne , où elle pouvait servir d'otages et devenir utile comme soldats '. Les fréquentes rébellions des Quades et des Marcomans avaient tellement irrité Marc-Aurèle, qu'il se proposait de réduire leur pays en province. La mort l'en empêcha. Cette ligue redoutable , la seule dont l'histoire fasse mention dans les deux premiers siècles de l'empire, fut entièrement dissipée; et il n'en subsista aucune trace parmi tes peuples du Nord.

Jusqu'à présent nous nous sommes bornés aux principaux traits des mœurs de la Germanie, sans essayer de décrire ou de distinguer les différentes tribus que cette contrée renfermait au temps de César, de Tacite et de Ptolémée. Nous parlerons en peu de mots de leur origine, de leur situation et de leur caractère particulier, à mesure qu'elles se présenteront dans la suitede cette histoire. Les nations modernes sont des sociétés fixes et permanentes , liées entre elles par les lois et parle gouvernement; les arts, l'agriculture, les ouvrages de l'industrie les tiennent constamment attachées à leur pays natal. Les

' < Les Marcomans, colonie qui, sortie des rives du Ruai , occupait h Bohême et ht Moravie , avaient , dans

s'étaient rendus formidables soog leur roi Haroboduus. (Voyez Strabon.l. vu. Vellcius Paterculus, u, 105. Tacite, An. n, 63.)

'H. Wotton (Hitt. de Home, p. 166) prétend qu'ils nitm ordre de wretirerdii toi» plus tors. Son raisonnemal est spérieux sa» tire «Mtttt Qui Brilhs nAsuent pour une barrière fortifiée.

'Mon,!, ira et mu.

(242 dep. J.-C.) tribus germaniques étaient des associations volontaires et mouvantes, composées de soldats, je dirais presque de sauvages. .Le même territoire, exposé à un reflux perpétuel de conquêtes et de migrations, changeait plus d'une fois d'habitans dans un court espace de "temps. Lorsque plusieurs communautés s'unissaient pour former un plan d'invasion oa de défense, elles donnaient un nouveau titre à leur nouvelle confédération. La dissolution d'une ancienne ligue rendait aux tribus indépendantes les dénominations qui leur étaient propres, et qu'elles avaient oubliées pendant long-temps. Un peuple vaincu adoptait souvent le nom du vainqueur. Quelquefois des flots de volontaires accouraient de tous cotés se ranger sous les étendards d'un chef renommé. Son camp devenait leur patrie; et bientôt quelque circonstance,, particulière servait à désigner toute la multitude. Les traits distinctifs de ces peuples féroces éprouvaient de leur part une altération perpétuelle, et ils étaient sans cesse confondus par les sujets consternés de l'empire romain '.

Les guerres et l'administration des affaires publiques sont les principaux sujets de l'histoire. Mais le nombre des personnages qui remplissent la scène varie selon les différentes conditions du genre humain. Dans les grandes monarchies, des millions d'hommes condamnés à l'obscurité se livrent en paix a des occupations utiles. L'écrivain et le lecteur n'ont alors devant les yeux qu'une cour, une capitale, une armée régulière, et les pays qui peuvent être le théâtre de la guerre. Mais au sein des discordes civiles, chez un peuple libre et barbare, ou dans de petites républiques \ les situations deviennent bien plus intéressantes; presque tous les membres de la société sont en action, et méritent par conséquent d'être connus. Les divisions irré-

' Voyez HDe-exeeilente dissertation sot l'origine et sur tes migrations des toupies dans les Mémoires de l' Académie des Inscriptions, ton. iïiii, p. 48-71. Il estiiiea rare que l'antiquaire et le philosophe se trouvent si heureusement réunis.

i Croirions-nous qu'Athènes ne contenait que vingt-ctun mille dtOTens, et Sparte trente-neuf mille seulement t (Vnyei Hume et Vailaçe , SOT la, population des temps aneieni et modernes.)

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(KO dep. J.-C.)

gulières des Germains , et l'impétuosité de leurs mouvemens éblouissent notre imagination. H semble que leur nombre se multiplie. Cett« énumération prodigieuse de rois et de guerriers , d'armées et de nations , ne doit pas nous faire oublier que les mêmes objets ont sans cesse été représentés sous des dénominations différentes, et que les dénominations les plus magnifiques ont été souvent prodiguées aux objets les moins impor-

Lei empereoY* Dèce, Gallua, Emilien, Voléiien et Gailien. — Irruption générale de» barbares. — Les trente

Depuis les jeux séculaires célébrés avec tant de pompe par Philippe jusqu'à la mort deTempemir Gallîen, vingt ans de calamités désolèrent l'univers romain. Durant cette période désastreuse , dont tous les instans furent marqués par la honte et par le malheur, les provinces restèrent exposées aux invasions des barbares, et gémirent sous le despotisme des tyrans militaires; l'empire s'affaissait de tous côtés, ce grand corps semblait loucher au moment de sa ruine. La confusion des temps, et le manque de matériaux, présentent d'égales difficultés à l'historien qui voudrait mettre tin ordre suivi dans sa narration. Entouré defragmens imparfaits, toujours concis, souvent obscurs, quelquefois contradictoires, il est réduit à conférer, à comparer, à conjecturer; et, quoiqu'il ne lui soit pas permis de ranger ses conjectures dans la classe des faits, il peut suppléer, au défaut de monumens historiques, en étudiant la nature humaine et le jeu des passions, lorsque, n'étant retenues par aucun frein , elles exercent toute .leur violence.

Ainsi l'on concevra, sans difficulté, que les massacres successifs de tant d'empereurs durent relâcher tous les liens entre les princes et ses sujets ; que les généraux de Philippe étaient .disposés a imiter l'exemple de leur maître, et que le caprice des armées, accoutumées depuis long-temps à de sanglantes révolutions , pouvait élever sur le trône le GIBBOfl I,

dernier des soldats. L'histoire se contente d'ajouter que la première rébellion contre l'empereur Philippe éclata parmi les légions de Mœsie , dans l'été de l'année deux cent quarante-neuf. Le choix de ces troupes séditieuses tomba sur Marinus, officier subalterne '. Philippe prît l'alarme. II craignait que ces premières étincelles ne causassent un embrasement général . Déchiré par les remords d'une conscience coupable , et tremblant à la vue du danger qui le menaçait, il fit part au sénat de la révolte des légions. Le morne silence qui régna d'abord dans l'assemblée attestait la crainte, et peut-être le mécontentement général. Dèce, prenant un caractère conforme à la noblesse de son extraction , osa montrer plus de fermeté que le prince. 11 parla de la conspiration comme d'un soulèvement passager etdigne de mépris, et il traita Marinus de vain fantôme, qui serait détruit en peu de jours par la même inconstance qui l'avait créé. Le prompt accomplissement de la prophétie frappa l'empereur. Rempli d'une juste estime pour celui dontles conseils avaient été si utiles, il le crut seul capable de rétablir l'harmonie et la discipline dans une armée dont l'esprit tumulteux n'avait pas été entièrement dissipé après la mort du rival de Philippe. Dèce refusa long-temps d'accepter cet emploi. Il voulait faire entendre au prince combien il était dangereux de présenter un chef de mérite à des soldats animes par lo ressentiment et par la crainte. L'événement justifia encore sa prédiction. Les légions de Mœsie forcèrent leurjtige à devenirleur cornplice. Elles ne lui laissèrent que l'alternative de la mort ou de la pourpre. Après une démarche si décisive , il n'avait plus à balancer. Il mena ou fut obligé de suivre son armée jusqu'aux confins de l'Italie; tandis que Philippe, rassemblant toutes ses forces pour repousser le compétiteur redoutable qu'il avait lui-même élevé, marchaità sa rencontre. Les troupes impériales étaient supérieures eu! nombre *; mais les rebelles formaient une

> L'eipnHtiea de* m «ervsut Zoùme et Zduk peut féguifler fœ Mïtimi* eooattitétttaiMceirtarie.iuwc»*

(sort* , oa une légion.

» II raquit àB-jbarie; petit village de h Pannonie. (Eu- Iroj*, ut. Victor UiCœsarib. et Epitome.) Celte cirant.

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iu

armée de vétérans commandés par un général habile et expérimente. Plùlippe fut ou tué sur le champ de bataille ou mit à mort quelques jours après à Vérone. Les prétoriens massacrèrent dans la capitale son fils qu'il avait associé ù l'empire. L'heureux Dèce, moins criminel que les usurpateurs de ce siècle , fut universellement reconnu par les provinces et par le sénat. On dit qu'immédiatement après avoir cnj forcé d'accepter le titre d'auguste, il avait, par un message particulier, assuré Philippe de sa fidélité et de son innocence, déclarant solennellement qu'à son arrivée eu Italie il quitterait les uniemens impériaux et reprendrait le rang d'un sujet soumis. Ses protestations pouvaient être sincères; mais, dans la situation où la fortune l'avait placé, il lui aurait été difficile de recevoir ou de donner le pardon '.

Le nouvel empereur avait à peine employé quelques mois au rétablissement de la paix et à l'administration de l.\ justice, lorsqu'il fut tout-à-coup appelé sur les rives du Danube par des cris de guerre et par l'invasion des Goths. C'est ici lu première occasion importante où l'histoire fasse mention de ce grand peuple, qui bientôt après renversa la monarchie romaine , saccagea le Capitole , et donna des lois à la Gaule, ù l'Espagne et à l'Italie, Ses conquêtes en Occident ont laissé des traces si profondes, que même encore aujourd'hui on se sert, quoique fort improprement, du nom de Goths pour désigner tous les bar* bures grossiers et belliqueux.

Dans le commencement du sixième siècle, les Goths, maîtres de l'Italie, et devenus souverains d'un puissant empire, se livrèrent au plaisir de contempler leur ancienne gloire et l'avenir brillant qui s'offrait à leurs yeux. Tout leur désir se bornait alors à perpétuer

sutnec, i moins qu'elle ne soit produite par ua accident, semble détruire l'opinion qui faisait remonter l'origine de ce prince aux Dédits. Six cents ans d'illustration avaient ennobli celle famille; mais les Déchu n'avaient d'abord été que des plébéiens d'un mérite distingué. On les voit paraître parmi les premiers qui partagèrent le consulat avec, les superbes patriciens. Plebeiœ Decionunaninue, etc. (Ju vmal , sal. nu, 254J Voyelle beau discours de Détins dans TUe-Uvc,!, S, 10.

■ Zosime , 1. 1, p. 20; Zonare, l xu, p, m , édition du boum.

'EMPIRE ROMAIN, (Î60 dep. J.-C.)

le souvenir de leurs ancêtres, et à transmettre leurs propres exploits aux siècles futur». Le savant Gassiodore, principal ministre de la cour de Ravenne, remplit les vœux des conquérans. Son histoire des Goths consistait en douze livres; elle est maintenant réduite a l'abrégé imparfait de Jornandes '. Ces écrivains ont eu l'art de passer avec rapidité sur les malheurs de la nation, de célébrer son courage, lorsqu'il était secondé par la fortune, et d'orner ses triomphes de plusieurs trophées érigés en Asie par les Scythes. Sur la foi incertaine de quelques poésies, les seules archives des barbares, ils font venir originairement les Gotha de La Scandinavie '. Cette vaste péninsule, située à l'extrémité septentrionale de l'ancien Continent, n'était pas inconnue aux conquérons de Rome. De nouveaux liens d'amitié avaient resserré les premiers nœuds du sang. On avait vu un roi Scandinave descendre de san trône rustique , et se rendre à Ravenne poar y passer tranquillement le reste de ses Jours au milieu d'une cour brillante '. Des vestiges qui ne peuvent être attribués à la vanité nationale attestent l'ancienne résidence du Goths dans les contrées au nord de la Baltique. Depuis le géographe Ptolémée , le midi de la Suède semble toujours avoir appartenu à la partie la moins entreprenante de la nation, et même aujourd'hui un pays considérable est divisé en Gothie orientale et occidentale. Depuis le neuvième siècle jusqu'au douzième, tandis que le christianisme s'avançait à pas lents dans le septentrion, les Gotha et les Suédois formaient dans le même royaume deux branches différentes, et quelquefois ennemies *. Le dernier de ces deux noms a prévalu sans anéantir le premier. Les Suédois , assex grands par eux-mêmes pour

i Voyez les préfaces de Cassiodore el de J( est surprenant que U dernière ait été osaise 4aM l'emellente édition des Écrivains gothiques donnée pat Grotius.

*. D'après l'autorité d'Abumus, Janundea cite quelques anciennes chroniques des Goths composée» envers. ( De reb. Gtûcls, «. i. )

> Jornandes , c 3.

' Voyez leseïlraus usez étendus des outragea d*A4tai de Brème el de Saxon le grammiti rien , qui se trouvent dans les protégometies do Gnrtius. Adam de BrAne écrivait en 1077, etSiion le granuasirfca «en l'Hâta \W>.

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{a»dep.jr.-c.)

tir

m contenter de leur réputation dans les armes, ont toujours réclamé l'ancienne gloire des Goths. Dans an moment de ressentiment contre la cotrr de Rome, Charles XII fit entendre que ses troupes victorieuses n'avaient pas dégénéré de lenrs braves ancêtres, dont la râleur avait autrefois subjugué la reine du n>nde '.

Le célébra temple d*Upsal subsistait encore a tn in* du onzième siècle , dans cette sffle, 1» pats considérable de celles des Goths «t des Suédois. L'or enlevé par les» Scandinaves dans leurs expéditions maritimes, «a faisait le prindpa! ornement; et b superstition y avait consacré, sons des formes grossières, les trois principales divinités, le die» de lt guerre, la déesse delà génération, m le dieu du tonnerre. Dans la fête générale <j*o Ton célébrait chaque neuvième ■«et» neuf animaux de tomeespeee, sans en ueepter fwpèce humaine , étaient immolés avec la phw fraude cérémonie, et leurs corps ««sanglâmes suspendus dans le bois sacré qm" tenant au temple ■. Les seules traces (pi subsistent maintenant de ce culte barbare, soM contenues dans l'Edda, système de mvtbologie compilé en Islande vers le UTsuème siècle, et que les savans de Snède et de Danemark ont étudié comme le reste ht plus précieux de leurs anciennes traditions.

Malgré l'obscurité mystérieuse de l'Edda, a" est facile de distinguer deux personnages célèbres confondus sons le nom d"Odin ; le dieu de la guerre et le grand législateur de *■ Scsjùdœavie. Celui-ci est le Mahomet du Nord. Ce ntlui qui institua une religion adaptée aacftnatetau peuple. Les nombreuses tribus des bords de la Baltique furent subjuguées par la' valeur invincible d'Odtn, par son

' V«MntlGdoiN de CbuitaXJl .l.iti. Lorsque les uUMaaal aaaaaUcat du «aman a Rome contra Gusi**e-A*>iptt, iti ne attaquaient Jamais de représenter <• «UH)u^ra*t<wauMle9Mte«»nir<iir«c( d'Alaric. (Harte., toat-4*Gta*«e,foLu, p. 123.)

1 Vsra Adam de Brème, dan* les prolégomènes de Gratins, p. iot. u temple d'Upsal fut détruit par logo, ntaa.8aaa>,«Bl mon» sur le Irtne en 1075; et environ ■mima vmtf i «ni ajah on mm» toi a» raine» une église ndlttifMi, Toye» l'Hatoiwde Suéde par Patin , dam la

éloquence persuasive et par sa réputation d'habile magicien. Pendant le cours d'un» vie longue et heureuse, il ne s'était occupé qu'à propager sa religion. Il y mit le sceau par une mort volontaire. Redoutant les approches ignominieuses des maladies et des infirmités, il résolut d'expirer comme il convenait a un guerrier. Dans une assemblée solennelle des Suédois et des Goths , il se fit neuf blessures mortelles. * Je cours, disait- » il, en rendant le dernier soupir, préparer • le festin des héros dans le palais du dieu de » la guerre '. »

La patrie d'Odin est connue. On sait qu'il venait originairement i'Atgard. L'heureuse conformité de ce nom avec Ai-bourg ou Àtof, mots dont la signification est la même , sert de base à un système historique si ingénieux , que nous souhaiterions qu'il fut vrai. On suppose qu'Odin était le chef d'une tribu ' de barbares qui habitaient les bords des Palus-Méotides, jusqu'à ce que la chute de Mithridateet les armes victorieuses des Romains firent trembler le Nord pour sa liberté. Odin, trop faible pour résister à un pouvoir si formidable, ne céda qu'en frémissant; forcé de quitter son pays natal , il conduisit sa tribu depuis les frontières de la Sarmatie asiatique jusqu'en Suède, avec le projet véritablement grand de former, dans des retraites inaccessibles à la servitude, une religion et on peuple qui pussent servir un jour sa vengeance immortelle , lorsque ses invincibles Goths , animés par l'enthousiasme de la gloire, sorti" raient en nombreux essaims des environs du pôle pour châtier les oppresseurs du genre humain1.

i Millet, Introd. s 1TBit. de Danemark,

iMallet(cir,p.55) a tire de Slrabon , de PUne , de Ptolémée et d'Etienne de Byzince , les vestiges de ce peuple et de cette ville.

î II est difficile d'admettre comme un tait authentique l'expédition merveilleuse d'Odin, qui pourrait fournir le sujet d'un beau poème épique , en faisan t remonter a une époque si mémorable l'inimitié des Goths et des Romains. Selon le rems le plus naturel de l'Edda , et fimerpréUtlon des plus habiles critiques , As-gard n'est point réellement une ville de la Sarmalk asiatique ; c'est le nom du séjour mystérieux des dieux, c'est l'Olympe de la Scandinavie. Le prophète était supposé en descendre , lorsqu'il vint annoncer sa nouvelle religion a la nation des Gotas , qui cUieatdcj»éUbusdsnslaparl«i8eTldioaataasUStt*te,

as

. Si tant de générations successives ont été capablea.de conserver quelques faibles traces de l'origine des Goths, il ne faut pas demander à des: barbares sans lettres un détail exact des temps et des circonstances de leurs migrations. Le passage de la Baltique était une entreprise facile et naturelle. Les habitans de la Suède avaient un nombre suffisant de vaisseaux à rames1, et depuis Carlscroon jusqu'aux ports les pins proches de la Prusse et de la Poméranie, la distance n'est que de trente-quatre lieues environ. Du moins en remontant jusqu'à l'ère chrétienne*, au plus tard jusqu'au siècle des Aiuosins1, nons voyons les Goths établis à l'embouchure de la Vistule, et dans cette fertile province où long-temps après furent bâties les villes commerçantes de Thorn, d'EIbing, de Kooisberg et de Dantzik *. A l'occident de ces contrées les nombreuses tribus des Vandales se épandirent le long des rives de l'Oder, et des côtes maritimes de Mecklenbourg et de la Poméranie. Une ressemblance frappante de mœurs, de traits, de religion et de langage, semble indiquer que les Vandales et les Goths étaient originairement une grande et même nation*. Ceux-ci paraissaient avoir été divisés en Ostrogoths, Visigoths et Gépides*.La distinction des Vandales fut plus fortement

voyages de Prthéas de Marseille , Il faudrait convenir que letGoUw «aient passé la mer Baltique ni moins troia cents an» saint Jésus-Car Isi aploUaafo.Lji,

* Par les colonies allemandes qui suivirent les armes des chevaliers teuto niques. Ces aventuriers terminèrent, dans le treizième siede, la conquête et la conversion de la Prusse.

■■■ Pliue ( Hist. nat., rr, i4) a Protope ( in Bell, valut., l.i.t.l) ont suivi la même opinion. Ces deux auteurs vivaient dans dis siècles éloignes , et ils employèrent dirftrentes voies pour chercher la vérité.

• LesOstropthectlesVisisoths.oulesGolhiorienlaui etocaidtalaux, avaient été ainsi désignés, lorsqu'ils habitaient la Scandinavie. Par la suite, (Uns toutes leurs marches et dans tous leurs éUblissemens ils conservèrent avec leurs uonft la même situation rtspeclive qui les leur avait bit donner. La première loi* f«'ûs sortirait de Suéde, U eakwie, dan* sou enfance, était contenue dans tretivaisseaK. Un de ces batlmens , qui n'était pas si hou veiller que les deux autres, lut retardé dans sa mute ; et Vé«Utp«fe, eau tonna ensuite une grande aation , reçut |e nom de Gépidct OS Tratnesrs. ( Jonwmdes, c 17.)

(250dep.J.^.) marquée par les noias ind^pemiaûS-d'Hérules, de Bourguignons, de Lombards et d'une foule d'autres petits états qui formèrent pour la plupart, dans les siècles suivant., de puissantes monarchies.

Dans le siècle des Antoains, les Goths habitaient encore la Prusse. £éjài:50u& le régne d'Alexandre Sévère, leurs hostilités et leurs incursions fréquentes avaient annoncé leur voisinage aux Romains de la Dacie1. Cet intervalle, qui est d'environ soixanterdix «s, est donc la période où nous devons placer la seconde migration des Goths «lorsqu'ils se portèrent de la Balliqueau Pont-Euxia., Mais il est impossible d'en démêler la cause au milieu des différons ressorts qui . .faisaient mouvoir des Barbares errans. La peste ou la famine, une victoire ou une défaite, un oracle des dieux ou l'éloquence d'un chef .entreprenant, suffisaient pour les attirer dan& les climats plus tempérés du. midi. Outre. L'influence d'une religion guerrière, Leur nombre et leur intrépidité aplanissaient devant -eux. les plus grands dangers. Leurs? boucliers ronds et leurs épées courtes les pendaient formidables, lorsqu'ils en venaieatauxjnainE. Ils avaient des rois héréditaires, etieatr obéissance donnait à leurs conseils une,. union *t une stabilité peu communes*. Amaiu.le héros de ce siècle, le dixième aïeul, de Tliéodoric, roi d'Italie, était digne de les eonuaander. Ce chef illustre soutenait, pwl'influencedumérite personnel, la nobLesie-cVune naissance qu'il tirait des dinars eu UenH-dieilx de la nation1. ,.<-,■•

Dès que la renommée eut semé> chu tas Germains le bruit d'une grande. entreprise , les plus braves Vandales voulurent eu partager la gloire, et ils combattirent sous l'été»dard des Goths4. Les conquérons se rendi-

' Voyei « fragment «a Pierre Patrie», dans l'o«irage intitulé , Exoerpta Ugationum; et peur (a data, vey. Tillemonl (Histoire des Empereurs, Low. ut, p. 3*6).

* Omnium harvmgudiuM WMigne, rotwut* eeuta, brwes glwlii, et erga jv&v abstquùm.Çiaàlc, Gêna. 13.) Le commerce de l'ambre procava MaiMmlriafcli i ni du 1er à la nation des Cotas.

»Joniandte,<- 13,14. ■

< Les Hernies et les Bourguignons son* partisuber*nenl notuatés. (Vorei rtliilnliii ilim Piiniiiiii. [un Ma cou, l.v.)Ufl passagederaisloiro Augustin, p.38,paj«Jt

(M6 dep. J.-C.) PAR ED.

rent tfabord sur les rives dn Prypec, rivière que («anciens ont universellement regardée comme ta branche méridionale du Borystène '. Ce grand fleuve, qui arrose les plaines de la Pologne et de la Russie, servit de direction ans Barbares, et leur procura pendant toute leur marche une provision constante d'eau erd'excellens pâturages pour les nombreux troupeaux qui les accompagnaient.

Guidés par* leur bravoure, ils pénétrèrent (tans des contrées inconnues, sans songer aux puissances qui auraient pu s'opposer à leurs progrès. Les Bàstarnes et les Vénèdes furent les premiers qui se présentèrent. La Beur de leur jeunesse prit parti de gré ou de force data farinée des Goths. Les Bàstarnes occupateutletorè desmonts Grapaeks. L'immense «Mires <pn séparait ces peuples des sauvage* n> Finlande, était habitée ou plutôt dévastée-'par (es Vénèdes'. Selon toutes les apparences, lefe Bàstarnes, qui se distinguèrent «ans la gttnre de Macédoine3 et qui formèrent ««suite ces tribus redoutables de Peurîns , «Je Boraus , deCarpieus, etc. , tiraient leor origine delà Germanie. Nous sommes mieux' fondes à placer dans la Sarmatie le brreeMades Vénèdes qui devinrent si fameux dans temoyen-ttge*. Biais le mélange du sang et des mœurs , sur la frontière douteuse de ces deux vastes régions, embarrasse souvent l'observateur le puis exact1. En s'avançant plas près du Ponl-Euxin, les Goths rencoutrèrent-desv raees plus pures deSarmates:les Jaiiges, les Alan» et les Roxolans. Les Goths forent vraisemblablement les premiers Germain* qni aperçurent les bouches du Tanaïs et du BorystUne. Il est facile de connaître ce qui distiuguaît particulièrement les peuples de la Germanie et de la Sarmatie. Des

bre allusion a celte grande migration. La guerre des Marmmaa Mt . oeafitooée en partie par la pnattn des tri bis i*rt«T**;«r*i tayaient devant le* mus de barbares

<ff»j|*«fc,<i*^iwphiea«««nie, «lia troisième partie *wnlnwuM*nMertrte d'Europe.

riM», Sem.«. '

' Chnier , Genn. anl , 1. m , e. 13.

* Les Vénèdes, ks SUioea, et les Aates, étaient trois tT*ndW Wbéufti atèm aajsjnfc (Jornandes, t. M.)

» TUtUefUttntt) eeitihUMenl ce titré ; et Même son tarevtiinVprMrertiJrttuetede set recherches. \

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