‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 21 sur 85 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Rigne de Dioctétien et de bps trois aiiodés. Maximien, Galère cl Constance. — Rétablissement général de l'ordre et de la iranquillilé. — Guerre de Perse. — Victoire et triomphe des empereurs romains. — Nouvelle forme d'administration. — Abdication de DiocM-

Gomme Dioctétien surpassa tous ses prédécesseurs par l'éclat de son règne, sa naissance fut aussi moins illustre et plus obscure. Les titres puissans du mérite et de Ea violence avaient souvent renversé les prérogatives idéales de la noblesse; mais il existait toujours une ligne de séparation entre les hommes libres et ceux qui vivaient dans la servitude. Les parens du prince qui succéda aux fils de Carus avaient été esclaves dans la maison d'Anulinus, sénateur romain. Le nom qui servait à distinguer Dioctétien lui venait d'une petite ville de Dalmatie, d'où sa mère tirait son origine *. Il parait cependant

' Eulrope marque sa situation avec beaucoup d'exactitude. Cette ville était antre MotuAartustl Fiminiacum. M. d'Anville (Géographie ancienne, tom. i, p. 304) place Margus à KaslolaU en Servie, un peu au-dessous de Belgrade et de Semeudrie.

J Hisl. Aug. , p. 254; Eulrope, n, 20; Aurai. Victor; Victor, inEpit.

JEutrope, is, i9; Victor, inEpit. La ville paraît avoir été nommée Doclia, d'une petite tribu d'illyriens (Voyez Ccllariua.GéogT.ant. , tom. i ,p. 393). Le premier non da Ineurau esclave fut probablement Doctes.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (285 dep. J.-C.)

que son père, après avoir obtenu la liberté,

exerça le métier de scribe , emploi réservé communément aux personnes de son état1.

Des oracles favorables, ou plutôt l'impulsion d'un mérite supérieur, éveillèrent l'ambition de son fils, l'engagèrent à suivre la profession des armes, et lui annoncèrent une fortune brillante. Le hasard et son propre génie contribuèrent à son élévation. Ce serait un spectacle très-curieux d'observer l'enchaînement des circonstances qui lui fournirent les moyens de remplir ses hautes destinées, et de développer aux yeux de l'univers les talons qu'il avait reçus de la nature. Dioctétien obtint successivement le gouvernement de la Mœsie, les honneurs du consulat, et le commandement important des gardes du palais. Il se distingua par son habileté dans In guerre de Perse. Enûn, après la mort de Numérien, au jugement et de l'aveu de ses rivaux , l'esclave fut déclaré le plus digne du trône impérial. La malignité dn zèle religieux, qui n'a pasépargné la férocité sauvage de Maximien son collègue, s'est efforcée de jeter des soupçons sur le courage personnel de l'empereur Dioclétien *. Nous croirons difficilement a la lâcheté d'un soldat de fortune, qui mérita et qui sut conserver l'estime des légions, aussi bien que la faveur de tant de princes belliqueux. Cependant la calomnie ne manque pas de sagacité pour découvrir et pour attaquer le côté le plus faible. Dioctétien eut toujours le courage que sou devoir ou l'occasion exigeait ; mais on ne voit pas en lui cet esprit entreprenant, cette intrépidité d'un héros qui , brûlant du désir de se faire nn nom, brave les dangers, dédaigne l'artifice, et force ses égaux à reconnaître sa supériorité. Des qualités moins brillantes qu'utiles; une àme forte, éclairée par l'expé-

il l'allongea ensuite pour lui donner an son convenable à l'harmonie KTecque, et il s'appela Diodes; enfin il en fit Diodelianus ( Dioclélien) , qui répondait mieux à la majesté romaine. 11 prit le nom patricien de Valcrius, et c'est ainsi qu'Aurelius Victor a coutume de le désigner.

' Voyez Darier sur la 0» satire du in livre d'Horace; Corn. Nepos , vie d'Euméncs , e*. i.

> Laclance (ou l'auteur, que! qu'il soil , du petit traité de Mortibus perstcutoram) , accuse en deux endroits Dioclétien de timidité. Dans le chapitre ix, il dit de lui'. • Erat in omni tumultu meticulosus et aninii disjcctius. >

dbyGoogle

<285dep.I.-C.) rieuce et par nue élude approfondie de l'humanité.; de la dextérité et de l'application dans les affaires ; un mélange judicieux d'économie et de libéralité , de sévérité et de douceur; une dissimulation profonde, cachée sous le voile de la franchise militaire; de la constance pour parvenir à son but; de la flexibilité pour varier ses moyens; et, pardessus tout, le grand art de soumettre ses passions et celles des autres à l'intérêt de son ambition , et de colorer son ambition des prétextes les plus spécieux de justice et de bien public : tels sont les traits qui forment le caractère de Dioctétien. Comme Auguste, il jela en quelque sorte les l'ondemens d'un nouvel empire. Semblable au fils adoptif de César, il se distingua plutôt par les talens d'homme d'état, que par ceux de guerrier; et jamais ces priuces n'employèrent la force toutes les fois qu'ils pouvaient réussir par la voie de la politique.

Dioclétieu usa de sa victoire avec une douceur singulière. Depuis long-temps les Romains applaudissaient à la clémence du vainqueur lorsque les peines ordinaires de mort, d'exil et de confiscation, étaient infligées avec quelque degré de modération et de justice; ils furent agréablement .surpris de voir une guerre civile dout la rage ne s'étendait pas au-delà du champ de bataille. L'cmpciv ur donna sa confiance au principal ministre de la maison de Carus, Aristobule. Il respecta la vie, la fortune, la dignité de ses adversaires; et même les serviteurs de Cariu ' Conservèrent pour la plupart leurs emplois. La prudence contribua vraisemblablement à l'humanité de l'artificieux Dalmatc. Parmi tous ces officiers, les uns avaient acheté sa faveur par une trahison secrète; il estimait dans les autres les sentimens de fidélité et de reconnaissance qu'ils avaient inoutrés pour un maître infortuné. Aurélien, Probus et Carus, princes habiles, avaient placé dans les dilférens départemens de l'étal et de l'armée des sujets d'un mérite reconnu,

' Dans cet éloge , Auretius Vidor paraît censurer avec raison, quoique d'une manière indirecte , la cruauté de Constance. On voit, par les Fastes, qu'Arislooule resla préfet de la ville , et qu'il finit avec Dioclétieu le consulat qu'il avait commença! avec Caria.

dout l'éloignement serait devenu nuisible au service public, sans servir à l'intérêt du prince. Au reste, une pareille conduite donnait à l'univers romain les plus magnifiques espérances. L'empereur eut soin de fortifier ces impressions favorables en déclarant que, de toutes les vertus de ses prédécesseurs, il se proposait surtout d'imiter la philosophie de Marc-Aurcle '.

La première action considérable de son règne semblait nn garant de sa modération et de sa sincérité. 11 prit pour collègue Maximien, et il lui accorda d'abord le titre de césar, ensuite celui d'auguste*. Marc-Aurèln avait déjàdonné un pareil exemple; mais, en couronnant un jeune prince livré à ses passions, il avait sacrifié le bonheur de l'état pour acquitter une dette de reconnaissance particulière. Les motifs de Dioctétien et l'objet de son choix furent d'une nature entièrement différente. En associant un ami, un compagnon d'armes aux travaux du gouvernement, il pourvoyait à la défense de l'Orient et des provinces occidentales, lorsque la république serait menacée de quelque danger. Maximien , né paysan comme Aurélien, n'avait eu aucune éducation. Sans lettres1, sans égard pour les lois, la rusticité de ses manières décela toujours, dans le rang le plus élevé , la bassesse de son extraction. II ne connaissait d'autre science que celle de la guerre. Il s'était distingue pendant plusieurs années de service sur toutes les frontières de l'empire; et quoique ses talens militaires le rendissent plus propre à obéir qu'à commander, quoique peut-être il n'eut

' Aurelius Victor appelle Diode lien parentem potiu.i quam dominum. (Voyez Hist.Aug. , p. 30.)

'Les critiques modernes ne s'accordent pas sur le temps où Maximien reçut les honneurs de césar et d'auguste ; et cette question a donné lieu à un grand nombre de disputes savantes. J'ai suivi M. de Titlemont ( Hîsl. des Empereurs, tout. 4, p. 500-505), qui a pesé les difficultés et les difTeren tes raisons avec l'exactitude scrupuleuse qui lui est propre.

* Dans un discours prononcé devant luifPaues. vel.n, 8),Haiuertin duulesi son héros, en huilant la conduite d'Annibal et de Scipion,ajamaisenlcudu prononcer leurs noms;- d'où nous pouvons conclure que Maxim ira ambitionnait plus la réputation de soldat que celle d'homme de lettres. C'est ainsi que l'on peut souvent tirer la vérité I du langage infinie de û Batterie.

dbyGoogle

jamais l'habileté d'un général consommé, sa valeur, sa fermeté et sou expérience le mirent en état d'exécuter les entreprises les plus dilueiles. Ses vices môme ne fureut pas inutiles à son bienfaiteur. Insensible a la pitié, prêt à se porter aux actions les plus violentes, sans en redouter les suites, Maximien était toujours l'instrument des cruautés que son rusé collègue savait ù la fois suggérer et désavouer. Dès qu'un sacrifice sanglant avait été offert à la nécessité ou à la vengeance, Dioctétien, par une prudente intercession, sauvait le petit nombre de ceux qu'il n'avait jamais eu intention de punir. Il reprenait avec douceur la sévérité de son impitoyable associé; et il jouissait de l'amour des peuples, qui ne cessaient de comparer à l'âge d'or et au siècle de fer des maximes de gouvernement si opposées.

Malgré la différence des caractères, tes deux empereurs conservèrent sur le troue l'amitié qu'ils avaient contractée dans une condition privée. Maximien , dont l'esprit allier et turbulent lui devint par la suite si fatal et troubla la tranquillité publique, était accoutumé à respecter le génie deDioclétien, qui avait sur lui l'ascendant de la raison sur la brutalité '. La superstition ou l'orgueil engagèrent ces princes à prendre les titres, l'un de Jovîus, l'autre d'Herculius. Tandis que la sagesse clairvoyante de Jupiter (tel était le langage des vils orateurs de ce siècle) , imprimait le mouvement à l'univers, le bras invincible d'Hercule purgeait la terre des monstres et des tyrans *.

Mais la toute-puissance de Jovius et d'Herculius n'était pas capable de supporter le fardeau de l'administration publique. Le sage Dioctétien découvrit que l'empire , assailli de tons côtés par les barbares, exigeait de tous

i Lactance, d» Mort, pertec, c. a ; Aure). Victor. Coma» parmi les panégyriques nous trouvons des discours prononcés !i la louange de Maximien , et d'autres qui naîtrai ses adversai res & ses dépens , ce contraste sert A nous donner quelque connaissance de ce prince.

3 Voy ea le second et le troisième panégyrique , et particulièrement in , 3,10, 14. Hais il sérail ennuyeux de copier les expressions diffuses et afTeetéca de celle fausse éloquence. An sujet des litres, voy.Aurel. Victor, [jactance, de Mort, pertec., c 52; Spaubena, dclitti au matum, etc., dissert. mj, 8.

(288 dep. J.-G.} côtés la présence d'une armée ci. d'un empereur. Il prit donc la résolution de-diviser encore une fois cette masse énorme de pouvoir, et de donner, avec le titre inférieur de césar, une portion égale d'autorité souveraine à deux généraux d'un mérite reconnu ' . Son choix tomba sur Galère, dont le nom d'Arme» tarins "rappelait l'état de pâtre qu'il avait d'abord exercé, et sur. Constance, nommé Chlore \ par allusion à la pâleur de son teint. En décrivant la patrie, l'extraction et les mœurs d'Herculius, nous avons déjà fait connaître Galère, qui fut souvent, et avec raison, appelé Maximien le jeune, quoique dans plusieurs occasions il ait montré plus de talons et de vertus que le prùice de ce nom. L'origine de Constance était moins ob*> cure que celle de ses collègues. Eulrope, son père, tenait un rang considérable parmi les nobles de Dardanie ; et sa mère était nièce de l'empereur Claude ». Quoique Constance eût passé sa jeunesse dans les armes, il avait un caractère doux et aimable. Depuis longtemps la voix du peuple lo jugeait digne du rang qu'il avait enfin obtenu. Pour resserrer les liens de la politique par ceux de l'union domestique, les empereurs adoptèrent les césars, et leur donnèrent leurs filles en mariage *, après les avoir forcés de répudier leurs femmes. Dioctétien fut père de Galère, Maximien de Constance. Ces quatre princes se distribuèrent antre eux la vaste étendue de l'empire romain. La défense de la Gaule, de l'Espagne s et de la Bretagne, fut confiée à

« Aurai. Victor ; Victor, inEpit.; Ealrope, k, 32 1 Lactance , de Mort, pertec. , c 8 ; saint Jérôme, in Ckron.

î C'esl seulement parmi les Grecs modernes que M. de Tillrmoiit a découvert ce surnom de Chlore. Le moindre degré remarquable de pdleur semble ne' pouvoir s'affler arec la rongeur dont 11 est question dam les panégrriqoetO.l»).

3 Julifu , petit-Bis de Constance, se glorifie de tirer son origine des Maliens belliqueux. (Misopogon, p. 348.) Les Dardaniens habitaient sur la lisière de la Mœsie.

* Galère épousa Valérie, fille & Dioctétien.* Pour parler avec exactitude, Tbéodora, femme d« Constance, était IHle seulement de la femme de Maximien. (Spaiheim, dissert, xi, 2.)

» Cette division s'accorde avec nulle des quatre préfectures. Il y a cependant quelque raison de douter si l'Espagne ii VLait pas une province de Maximien. (Voyex l'iilciuoul, lom. it , p. 517.)

Constance. Galère resta campé sur les rives du Danube, pour veiller à la sûreté des provinces d'Illyrie. L'Italie et l'Afrique formèrent le département de Maximien. Dioctétien se réserva la Thrace , l'Egypte et les contrées opulentes de l'Asie. Chacun régnait en souverain dans les provinces qui lui avaient été assignées; mais leur puissance réunie s'étendait sur tout l'empire. Ils se tenaient tons préparés à voler an secours d'un collègue, ou à l'aider de leurs conseils. Les césars, dans le poste élevé qu'ils occupaient, révéraient la majesté des empereurs; et les trois princes qui devaient leur fortune a Dioctétien conservèrent toujours le souvenir de ses bienfaits, et lui restèrent invariablement attachés. La jalousie du pouvoir n'altérait point une union si parfaite. On comparait cet accord singulier à un choeur de musique, dont la main habile du premier artiste règle et entretient l'harmonie '. •

L'élection des deux césars n'eut lieu que six ans environ après l'association de Maximien. Dans cet intervalle, il se passa plusieurs événemensmémorables; mais, pour mettre de la clarté dans notre narration, nous avons préféré décrire d'abord la forme la plus parfaite du gouvernement établi par Dioctétien, et rapporter ensuite les actions de son règne, en suivant plutôt l'ordre naturel des faits que les dates d'une chronologie fort incertaine.

Le premier exploit de Maximien, dont les monumens imparfaits de ce siècle ne parlent qu'eu peu de mots, mérite, par sa singularité, de trouver place dans une histoire destinée à peindre les mœurs du genre humain. Il délivra la Gaule des paysans qui , sous le nom de Baguiulcs *, désolaient celte province ; ce soulèvement général peut être comparéà ceux qoi dans le quatorzième siècle déchirèrent le sein de la France etxlel' Angleterre1. Plusieurs des institutions que nous avons coutume de

■ Jafien, in Cvtsarib, ,p. 315. Noies de Spanhdmi la traduction française, P. 122.

'Le nom général de Bagaudes, pour signifier rchelles, hit employé en Gaule jusque dans le cinquième siècle. Qurlques-11115 k tirent du mot celtique Bagad , assemblée Uinmllneiise. (Scaliger, ad Eustb. ;Dmanf,c, Glossaire.)

aCtu-onJnoedeFroissard, vol. 1,p. 375 et suit, de la 2e cdîL de Boàssarl donnée par J.-A.-C.Bnchon. La naïveté de

lit

rapporter au système féodal paraissent venir originairement des barbares celtes. Lorsque César subjugua les Gaulois, celle grande nation se trouvait déjà divisée en trois ordres: le clergé, la noblesse et le peuple. Le premier gouvernait par la superstition , le second pur les armes ; le troisième , entièrement oublié, n'avait aucune influence dans les conseils publics. Des plébéiens , accablés de dettes ou exposés à des injures continuelles, devaient naturellement implorer la protection de quelque chef puissant, qui disposai de leurs personnes et de leurs propriétés avec une autorité semblable a celle qu'un ^naître exerçait sur ses esclaves ' parmi les Grecs et les Romains. La plus grande partie de la nation , insensiblement réduite eu esclavage, et condamnée à des travaux perpétuels dans les terres des nobles, éprouva la servitude de la glèbe, et gémit sous le poids réel des chaînes, ou sous le joug puissant et non moins cruel des lois. Durant les troubles qni agitèrent la Gaule depuis Le règne de Gallicn jusqu'à celui de Dioctétien, la condition de ces paysans esclaves avait été singulièrement misérable ; ils subirent à la fois la tyrannie de leurs maîtres, des barbares, des soldais et des officiers du fisc *.

Ces vexations les jetèrent enfin dans la désespoir. De tous côtés ils se soulevèrenten foule, armés des mstramens de leur profession, et guidés par une fureur capable de tout renverser. Le laboureur devint un fantassin. Les bergers montèrent à cheval. Les villages abandonnés, les villcsouvcrte&fnrent livrées aux flammes; elles paysans commirent autant de ravages que le plus terrible ennemi ' . Ils réclamaient les droits naturels de l'homme; mais ils réclamaient ces droits avec la cruauté la plus farouche. Les nobles gaulois, redoutant ajuste titre leur vengeance, cherchèrent un abri dans les villes fortifiées, et quittèrent des campagnestqui ne présenretle histoire est perdue dans nos meilleurs ouvrages modernes.

■ César de Bel. Gai. n, 13. Orgetorïi , de la nation helvélienne, pouvait armer pour sa défense un corps do dit mille esclaves.

3 Kuméne convient de leur oppression et de leur mlsert (Panëgvr. vi, 8). GclUai efferatat injurii*.

s Panegyr. vet. n. 4. Aurd. Victor.

(aient phis qu'un théâtre affreux do confusion et d'anarchie. Les paysans régneront sans obstacle. Deux de leurs chefs eurent tneme la folie et la témérité de prendre les ornemens impériaux '. Leur puissance expira bientôt à l'approcho des légions. L'union et la discipline obtinrent une victoire facile sur une multitude confuse et licencieuse * . On punit sévèrement les paysans qui furent trouvés les armes à la main. Les autres effrayés retournèrent à leurs habitations; et leurs efforts, inutiles pour la liberté, ne servirent qu'a appesantir leurs chaînes. Le cours des passions humaines est si impétueux et en même temps si uniforme, que, malgré la disette des matériaux, nous aurions pu décrire les particularités de relie guerre. Mais nous ne sommes pas disposés à croire que les principaux chefs de la révolte, .Liiaims et À maudits, aient été chrétiens ', ni que leur rébellion, ainsi qu'il arriva du temps de Ltilher, ait éié occasionéc par l'abus des principes bienfaisaus du christianisme, qui tendent a établir la liberté naturelle de l'homme.

Maximien n'eut pas plus lot arraché la Gaule aux paysans de cette province, qtio l'usurpation de Carausius lui enleva la Bretagne. Depuis l'heureuse témérité des Francs sous le régne de Probtis, leurs hardis compatriotes avaient construit de légers brigantins, et ravageaient continuellement les contrées voisines baignées par l'Océan *. Pour repousser leurs incursions, il parut nécessaire de créer Une marine ; ce sage projet fut exécuté avec vigueur et avec prudence. L'empereur fît équiper une IlollcàGcssoriacum ou Boulogne, situé sur le dcirolt qui séparait la Gaule de la Bretagne. II en confia le commandement à Carausius, Ménapicn de la plus basse origine",

■ ^Elisnus clAmandus. !Nous3Vons les médailles qu'ils ont fait Frapper. (Goltzius.fti thés. B. A., p. 117, 121.) * * Levibtu pra/Ut domuit. (Eulrope, a, 20.) . 3 a la vérité, Cebit est appuyésur une faible autorité, la vie de saint Baboliu , qui est probablement du septième siècle. (Voyez Duchcsnc , Scriptores rer. frtwcicar.,\. t,

* Aurel. Victor les appelle Germains. Eulrope (ix, 21) leur doute le nom de Saxons; mais Eulrope vivait dans le siècle suivant et parait avoir employé te langage de son temps.

* Les trois expressions d'Eu trop*, d'Aurelius Victor et

(287 dep. J.-C.) qui avait long - temps signalé son habileté comme pilote , el son courage comme soldat. L'intégrité dn nouvel amiral ne répondit pas à ses talens. Lorsque les pirates de la Germanie sortaient de leurs ports, il favorisait leur passage ; mais il avait soin d'intercepter leur retour , dans la vue de s'approprier une partie considérable des dépouilles qu'ils avaient enlevées. Les richesses que Carausius amassa par ce moyen parurent avec raison la preuve de son crime. Déjà Maxïmieh avait ordonné sa mort. Le rusé Ménapîcnavait prévu l'orage ; il sut se dérober à la sévérité de son maître. Les officiers de la flotte, séduits par la libéralité de leur commandant , lui étaient entièrement dévoués. Sur de n'être pointinquiétépar lesbarbaresi il partît de Boulogne pour se rendrfl en Bretagne , gagna la légion et les auxiliaires qui défendaient l'Ile; et, prenant fièrement avec la pourpre iiflpérîale le titre d'anguste, il défia la justice et les armes du souverain qu'il insultait ".

Lorsque la Bretagne eut été démembrée de l'empire, son importance fut pins vivement sentie , cl sa pêne sincèrement déplorée. I^s Romains célébrèrent et exagérèrent petitétre l'étendue de cette Ile florissante pourvue de tous côtés de ports commodes , la température du climat et la fertilité dn sol , également propre à produire des vignes ou du blé, les minéraux précieux dont le pays estrempiî, ses riches pùlurages couverts de troupeaux, innombrables, et ses bois où l'on n'avait point à redouter |a bete sauvage ni le serpent venimeux. Ils regrettaient surtout le revenu considérable de la Bretagne, et ils avouaient qu'une pareille province méritait bien de devenir le siège d'un royaume indépendant *.

d'Etimcne, • vilissimt notas » • BatavUr alumnm • et • jVenapia civis », nous font connaître d'une manière tort incertaine la naissance de Carausius. Le dor.lenr Stnkcly cependant' (llisl. de Carausius, p. 62) prétend qu'il était né à Saint-David , et qu'il était prince du sang royal de Bretagne, Il en a trouvé la première idée dans iiiehard de Cirecensler, p. 41.

1 La Bretagne alors était garantie par sa situation , et elle n'était que faiblement gardée, (l'anegyr., v, 12.)

ïFaneg. ,vct. v, il; vn, 9. Euntone voudrait élever la gloire du héros (Constance) en vantant l'importance de 1» conquête. Malgré notre louable partialité pour notre pays natal , il est diflclle de concevoir qu'au commencement du

dbyGoogle

(292 dep. J.-C.) PAR ÉD. GIBBON. CH. XIII.

Elle fat, pendant sept ans, entre les mains de Carausius; et, durant cet intervalle, la fortune favorisa une rébellion soutenue par le courage et par l'habileté. Le souverain de la Bretagne défendait les frontières de ses domaines contre les Calédoniens du nord; il attirail du continent an grand nombre d'exrcllens artistes. Plusieurs médailles qui nous sont parvenues attestent encore son goût et sou opulence. Né sortes confins de la patrie dcsFraBes.il rechercha l'amitié de ce peuple formidable, en imitant Leur habillement et leurs manières ; il enrôla les plus braves de leur jeunesse dans les. troupes de terre et de mer; et, pour reconnaître les services que lui procurait une alliance si utile, il leur enseigna la science dangereuse de l'art militaire et de la navigation. Carausius resta toujours en possession de Boulogne et de son territoire. Ses flottes triomphantes couvraient le détroit, commandaient les bouches du Rhin et de la Seine, ravageaient Les côtes de l'Océan, m répandaient la terreur de son nom au-delà des colonnes d'Hercule. Sous son administralion, la Bretagne, destinée à posséder l'empire des mers, avait déjà pris son rang naturel de puissance maritime, qui devait un jour la rendre si respectable '.

En s' emparant de la Hotte de Boulogne, Carausius enlevait à l'empereur les moyens de le poursuivre et dese venger. Lorsqu'aprèa un temps considérable et des travaux immenses on mit en mer une flotte *, Les troupes impériales , qui n'avalent jamais porté les armes sur cet élément, furent bientôt défaites

iiuairiùiuc siècle l'Angleterre méritât tous ces éloges. Un siècle et demi ^vant cette époque , les revenus de cette lie avaient à peine su ftl pour l'entretien des troupes qui y él.iicnl en garnison. (Voyez Appien, in Prœm.)

■ Comme il nous es) parvenu un grand nombre de médailles frappées par Carausius , cet usurpateur est devenu l'objet favori de la curiosité des antiquaires ; les moindres particularités de a vie et de ses actions ont été recherchées avec le soin le plus exact. Le docteur Slukely, en particulier, a consacré un volume considérable à l'histoire de l'empereur breton. J'ai tait usage de ses matériaux et j'ai rejeté la plupart de ses conjectures imaginaires.

* Lorsque Hamerlin prononça son premier panégyrique, le* préparatifs de.MAximien, pour, son expédition navale, ùiaieul achevés , et l'orateur annonçait une victoire certaine. Sun silence, dans le second panégyrique, aurait pu sf*l MMfcaopt eadre 1ue l'expédition n'avait pas réussi.

parles matelots expérimentésdel'usurpateur. Cet effort inutile produisit un traité de paix. Dioctétien et son collègue, qui redoutaient avec raison l'esprit entre prenant de Carausius, lui cédèrent la souveraineté de la- Bretagne, et admirent, quoique avec répugnance, un sujet rebelle aux honneurs de la pourpre *'.

Mais l'adoption des césars rendit une nouvelle vigueuraux armes romaines. Tandis que Maximien assurait par sa présence les frontières du Rhin, son brave associé Constance prit la conduite de la guerre de Bretagne. Sa première entreprise fut le siège de l'importante place de Boulogne. Une immense jetée, qui fermait l'entrée du port , ne laissait aucun espoir de secours. La ville se rendit après une résistance opiniâtre; et la plupart des vaisseaux de Carausius tombèrent entre les mains des assiégeans. Constance se disposa ensuite à la conquête de la Bretagne. Pendant les trois années qui furent employées à la construction d'une flotte , il s'assura des côtes de la Gaule , envahit le pays des Francs , et priva l'usurpateur de l'assistance de ces puissans alliés.

Les préparatifs n'étaient point encore terminés, lorsque Constance apprit la mort du tyran. Cet événement parut un présage certain des victoires du césar. Les amis de Carausius imitèrent l'exemple de trahison qu'il avait donné; il fut tué par Àllectus.son premier ministre, qui hérita de sa puissance et de ses dangers. Mais l'assassin n'avait pas assez de lalenspour exercer l'autorité souveraine, ou pour surmonter les obstacles. II contemplait avec effroi les rives opposées du continent, déjà couvertes d'armes, de troupes et de vaisseaux. En effet, Constance avait prudemment divisé ses forces, afin de diviser pareillement l'attention et la résistance de l'ennemi. Enfin, l'attaque fut faite par la principale escadre, qui , sous le commandement du préfet Asclépiodotus , officier d'un mérite distingué, avait été assemblée à l'embouchure de la Seine. L'art de la navigation était alors

■ Aurel. Victor, Eulrope et les médailles (PaxJugg), naus (bot connaître cette réconciliation momentanée. Miûs je me garderai bien de rapporter les articles du traité, comme l'a tait le docteur Stnkely, dans son histoire métallique de Q

dbyGoogle

si impartait, que les orateurs ont célébré le courage intrépide des Romains, qui osèrent mettre à la voile un jour d'orage et avec le vent de côté. Le temps concourut au succès de leur entreprise. À la faveur d'un brouillard épais, ils échappèrent à la flotte placée parAllectus à l'Ile de Wight, pour observer leurs mouvemens, descendirent en sâreté sur la cote occidentale, et montrèrent aux Bretons que la supériorité des forces navales ne défendrait pas toujours leur patrie d'une invasion étrangère. A peine Asclépiodotus futil débarqué qu'il brûla ses vaisseaux , et, comme la fortune seconda son expédition, cette action héroïque fut universellement admirée. L'usurpateur attendait aux environs de Londres l'attaque formidable de Constance, qui commandait en personne la flotte de Boulogne. Mais la descente d'un nouvel ennemi demandait la présence d'Allectus dans la partie occidentale de l'Ile. Sa marche fut si précipitée, qu'il parut devant le préfet avec un petit nombre de troupes harassées et découragées. Le combat fut bientôt terminé par la défaite totale et par la mort d'Allectus. Une seule bataille, comme il est souvent arrivé, décida du sort de cette Ile importante. Lorsque Constance débarqua sur la cote de Kent, il la trouva couverte de sujets soumis. Le rivage retentissait des acclamations unanimes des habitans. Les vertus du vainqueur nous portent à croire que leur joie fut sincère ; ils se félicitaient d'une révolution qui, après dix ans, réunissait la Bretagne à la monarchie romaine'.

L'Ile n'avait pins à redouter que des ennemis domestiques. Tant que les gouverneurs conseryèrent lenr fidélité, et les troupes leur discipline, les incursions des Écossais ou des Irlandais n'altérèrent jamais sensiblement la tranquillité de là province. Lu paix du continent et la défense des grands fleuves qui servaient de limites à l'empire étaient des objets beaucoup plus difficiles et d'une plus grande importance. La politique de Dioctétien, qui dirigeait les conseils de ses associés, pourvut à la sûreté de l'état en semant la discorde

i Juuajct 4ê te mu**» de la BMsffM , Aurd. Vietor et Eutrope nous fournissait quelques tumteres.

E9CPIBF, ROMAIN, (298 dep. J.-C.)

parmi les barbares, et en augmentant les fortifications des frontières romaines. En Orient, il traça une ligne de camps depuis l'Egypte jusqu'aux domaines des Perses. Chaquecamp fut rempli d'un certain nombre de troupes stationna ires, commandées par leurs officiers respectifs, et fournies de toutes sortes d'armes qu'elles tiraient des arsenaux nouvellement établis dans les villes d'Antioche, d'EmèseetdeDamas1. L'empereur ne prit pas moins de précautions contre la valeur si souvent éprouvée des barbares de l'Europe. De l'embouchure du Rhin à celle du Danube, les anciens camps, Les villes et les citadelles furent réparées avec soin, et on construisit de nouvelles forteresses dans les lieux les plus exposés. La plus exacte vigilance fut introduite parmi les garnisons des frontières. Enfin, on n'oublia rien pour assurer et pour mettre à l'abri de toute insulte cette longue chaîne de fortifications1. Une barrière si respectable fut rarement forcée, et les nations ennemies, contenues de tomes parts, tournèrent souvent leur rage les unes contre les autres. Les Goths, les Vandales, les Gépides, les Bourguignons, les Allemands, détruisaient leur propre force par de cruelles hostilités ; quel que fût le vainqueur, ie vaincu était un ennemi de Borne. Les sujets de Dioctétien jouissaient de ce spectacle sanglant, et ils voyaient avec joie les barbares exposés seuls alors à toutes les horreurs de la guerre civile*.

Malgré la politique de Dioctétien, il ne lui fut pas toujours possible de maintenir une paix constante, pendant un règne de vingt ans, le long des frontières de ses vastes domaines. Quelquefois les barbares suspendaient leurs animosités domestiques. La vi-

•Jean Mfllala.ù» Chrtm. JnHoeh.,\. 1, p. 408, 40%

iZethae,!. i, p.3.Cethistori«i partial semble célébrer

la rieikura de Dioctétien dans la me de mettre au jour

1* négligence de Constantin. Voici cependant leseipres-

■iam d'ut orateur : < Nain quid ego aUrum et cohortnini

• castra pereeneean, loto Hbeni, et Islri, et Eaphratia

• lirai te reatituta.* (Paneg. «t. , ir, 18.)

» • Rnunt omnes in saaguiaem snnm populi , quunu > Bowoutigil este Rouuim , obatlnabeque feriiatis pœ-

• ■MauwcBpoiileperwJrunl." (l'anegyr. iet. m,16).Mn- ■crdn explique le (ail par t'eieoipto de presque toutes-ka nattoordu monde.

(296 dep. J.-C.)

pjJance de» garnisons cédait quelquefois a l'adresse ou à la force. Lorsque Les provinces étaient envahies, Dioclétien se conduisait avec celte dignité calme qu'il affecta toujours, ou qu'il possédait réellement. Se réservant pour les occasions dignes de sa présence , il n'exposait jamais sa personne ni sa réputation à d'inutiles dangers. Après avoir employé tous les moyensque dictait ta prudence pour assurer sas succès, il usait avec ostentation de s;i victoire. Dans les guerres plus difficiles et dont l'issue paraissait plus douteuse, il se servait du bras de Maxîrnien, et ce soldat lidcie attribuait modestement ses exploits aux sages conseils et à l'heureuse influence de son bienfaiteur. Mais, après l'élection des deux césars , les empereurs, préférant un théâtre mains agjté , confièrent à leurs fils adopiîfs la défense du Rhin et du Danube. Le vigilant Galère ne fut jamais ré7 duit à la nécessité de combattre les barbares sur le territoire de l'empire '. Constance, si counu par sa bravoure et par son activité, délivra la Gaule d'une terrible invasion des Allemands. Vainqueur- à Vindonesse et à Langres, où il courut lyi grand danger, il développa les taiensd'un général habile. Comme il traversait le pays avec une faible escorte, il se trouva tout-à-coup environné d'une troupe d'ennemis supérieurs en nombre , et ce ne fut qu'avec peine qu'il gagna Langres. Les habitans, dans la consternation générale, refusèrent d'ouvrir leursportes, et le prince blessé fut tiré -par une corde au-dessus des murs. A cette nouvelle , les troupes romaines volèrent de toutes parts à son secours : avant la lin de la journée , Constance satisfit à la fois sa vengeance et son honneur par le meurtre de sis: mille Allemands *. Les nionumens de ce siècle nous feraient peut-être connaître .plusieurs autres victoires remportées sur les Germains et sur les Sarmates ; mats la description de ces exploits exigerait

< Il s* plaint non areeTincTérité bien inacte, jam ftttvisse aruws qutndtelm in gai/tus in JUiryco, ad r/paat Danubii reûgatus, cum gtntibui barbari* tucOart (Luttante, <ie fltort.persec. , r. 18).

a Dans le tnle grec d'Ensèbe , on lit sii mille. J'aiprArécd'Ce timbre* «lui dé soixante mille, <nii seireave dans taint Jffo»;, Orose, Butrtpe cl son traductenr prec Pasun.

PAR ÉD. GIBBON. CH. Xttl. 21Q

de» recherches dont l' ennui ne saurait être compensé par le plaisir ni par l'instruction.

Dioclétien et ses collègues suivirent , pour la dispersion des vaincus , la conduite qu'avait adoptée l'empereur Probus. Les barbares captifs, échangeant la mort contre l'esclavage, furent distribues parmi les habitans des provinces, et fixés dans les pays que les calamités de la guerre avaient dépeuplés. Dans la Gaule , les territoires d'Amiens , de Beauvïûs, de Cambray, de Trêves , djp Langres et deXroves sont particulièrement spécifiés1. Ces esclaves furent employés utilement à garder les troupeaux et à cultiver les campagnes. Us n'avaient la permission de porter les armes que lorsqu'on jugeait à propos de les (aire entrer au service militaire. Les barbares qui sollicitaient la protection de Borne obtinrent des terres à des conditions moins serviles. Les empereurs accordèrent un établissement à différentes colonies de Carpiens, de JBastarnes et de Sarmates, et ils eurent l'imprudence de les laisser en quelque sorte retenir leurs moeurs et leur indépendance naturelle *. Cependant Jes campagnes prirent bientôt un aspect riant. Quel triomphe pour les habitans des provinces de voir les sauvages du Nord , si long-temps un objet de terreur , défricher leurs terres, mener leurs troupeaux dans tes marchés publics, et contribuer par leurs travaux ù l'abondance générale I Ils félicitaient leur maître d'un accroissement si utile de sujets et de soldats ; mais Us ne réfléchissaient pas que l'empire nourrissait dans son sein une foule d'ennemis secrets, dont les uns étaient devenus insolens par la faveur, tandis que l'oppression pouvait précipiter les autres dans un désespoir funeste *.

'Panegyr. rat., vu, 2t.

1 Les Sarmates iraient dans le voisinage de Trêves un établissement que ces barbares foui can s paraissent avnir abandonné. Ansone en parle dans son poème sur la Mc-

11 y avait une ville de Carpi dans la basse Moetle. s Voyelles ftlidtanus d'Eumene, écrites en strie de rhéteur (Pantgfr.yrH.v).

dbyGoogle

Pendant que les césars exerçaient leur valeur sur les rives du Rhin et du Danube , l'Afrique exigeait la présence des empereurs. Du Nil an mont Atlas tout était en armes. Cinq nations maures', sorties do leurs déserts, avaient réuni leurs forces pour envahir des provinces tranquilles. Julien avait pria la pourpre à Cannage", Achillée dans Alexandrie. Les Blemmyes môme renouvelaient ou plutôt continuaient leurs hostilités dans la Haute-Egypte. Il reste à peine quelques détails des exploits de Maximien dans l'occident de l'Afrique. Il parait, par l'événement, que les progrès de ses armes furent rapides et décisifs, qu'il vainquit les plus fiers barbares de la Mauritanie, et qu'il les força de descendre de leurs montagnes, dont la force inaccessible leur inspirait une confiance aveugle, et les accoutumait à une vie de rapine et de violence'. De son coté, Dioclétien ouvrit la campagne en Egypte par le siège d'Alexandrie. Lorsqu'il eut occupé les aqueducs destinés à porter les eaux du Nil dans toutes les parties de cette ville immense* et qu'il eut mis son camp en état de résister aux sorties des assiégés, il pressa les attaques avec précaution et vigueur. Apres un siège de huit mois, Alexandrie, ruinée par le fer et par le feu, implora la clémence du vainqueur; mais elle éprouva toute sa sévérité. Plusieurs milliers de citoyens furent massacrés, «presque tous les coupables en Egypte subirent la peine de mort, ou Au moins de l'exil". Le sort de lSusjris et de Coptos fut encore plus déplorable que celui d'Alexandrie. Les armes et l'ordre sëvèi-e de Dioctétien détruisirent entièrement ces villes", la première fa-

■ Sealiger (animad. ad Euscb. p. 243} Ji'dde à sa manière ordinaire que les quinquegentiani, un cinq Millions africaines, étaient les cinq grandes villes. In penlapole de la faillie province de Crrene.

3 Apres sa défaite , Julien se perça d'un poignard , et se jeta aussitôt dans les flammes. (Victor, m KpU.)

a Ta firocissimot Mauritania populos inaccessù, montiuinjugis, et naturali munilUme Intentes, cxpugtuuti, retepisli, trawtulitti- {Pane*;, vol., u , 8.)

* Voyez l.i description u'Aleiaudrie dans Hirtius ( de fl<rf.^/«r.,c.5).

sfcutmpe, », 24 ; Orose, vu, 25 ; Jean Malahi , ira Citron. dni.p.409,410. Cependant, guniénc nous assure que l'ligypte fut pacifiée par la clénwuce de Uiodélien.

g Eusebc (in citron,) pbce leur «talrudiuu quelques

296 dep. J.-C.) meuse par son antiquité, l'autre enrichie par le passage des marchandises de l'Inde.

Le caractère de la nation égyptienne, insensible à la douceur, mais extrêmement susceptible de crainte, peut seul justifier cette rigueur excessive. Les séditions d'Alexandrie avaient souvent altéré la tranquillité de Rome elle-même, qui tirait sa subsistance des fertiles contrées arrosées par le Nil. Depuis l'usurpation de Firtnus, la Haute-Egypte, en proie à des factions continuelles, avait embrassé l'alliance des sauvages de l'Élluopie. Les Blemmyes, répandus entre l'île de Meroé et la mer Rouge, étaient en très-petit nombre. Sans inclination peur la guerre, ils se servaient d'armes grossières et peu redoutables '. Cependant, au milieu des désordres publics, ces peuples, que l'antiquité choquée de la difformité de leur figure avait presque exclus de l'espèce humaine, osèrent se mettre au nombre des ennemis de Rome *. Tels étaient les indignes alliés des rebelles de l'Egypte; et leurs incursions incommodes pouvaient troubler le repos de la province, pendant que l'étal se trouvait engagé dans des guerres plus sérieuses. Dans la vue d'opposer aux Blemmyes un adversaire convenable, Dioctétien engagea lesNobates, ou peuples de Nubie, à quitter leurs anciennes habitations dans les déserts de la Libye, et il leur céda un pays considérable, mais inutile, situé au-delà de Syène et des cataractes du Nil, en exigeant d'eux qu'ifs respectassent et défendissent à jamais la frontière de l'empire. Le traité subsista long-temps ; et , jusqu'à ce que l'établissement du christianisme eût introduit des notions plus rigides de culte religieux, on ratifiait tous les ans ce traité par un sacrifice solennel offert dans l'Ile d'Elépltantine, où les Romains et les barbares se rassemblaient pour adorer les mêmes puissances visibles ou invisibles de l'univers s.

armées plus tôt et dans un temps où l'Egypte elle-même était recollée contre les Humains.

■ Slrabon, l.ivn.p. 1, 172; I'omp. Mêla , 1. 1 , c. 4. Ses mots sont eu ri, ui.-ljil.ni, sicriiJerc libet^ix Iiomines, • magUque seiuilcri; Acgipuues, et Iltemniyes, et Sa- ■ tyri.»

î Ausus sese insérera foviunw, et prmocare arma

î Voyez \'meu$.,de Bel.pcrs., 1. 1, c. 19,

dbyGoogle

(296 dep. J.-C.)

Dans le temps que Dioctétien punissait les '■cimes de l'Egypte, il assurait le repos et le bonheur futur de cette province par plusieurs sages règlemeus qui furent confirmes et perfectionnés sous le règne de ses successeurs '. in éc lit très- remarquable de ce prince, loin de paraître l'effet d'une tyrannie jalouse, doit rire applaudi comme an acte de prudence et «l'humanité. « On rechercha soigneusement

• par ses ordres tous les anciens livres qui

> traitaient de l'art admirable de faire de l'or

> et de l'argent. Dioclétien les livra sans pitié

> aux flammes, craignant, comme on nous

• l'assure, que l'opulence des Égyptiens ne

• leur inspirât l'audace do se révolter contre

• l'empire *. • Mais s'il eût clé convaincu de la réalité de ce secret inestimable, au lieu de l'ensevelir dans un éternel oubli, il s'en serait servi pour augmenter les revenus publics. II est bien pins vraisemblable que ce prince sensé connaissait l'extravagance de res prétentions magnifiques, et qu'il voulut préserver la raison et la fortune de ses sujets d'une occupation funeste. On peut remarquer que ces ouvrages anciens, attribués si libéralement à Pytbagore, a Salomon ou au fameux Hermès, avaient été composés par des adeptes plus modernes, qui en imposaient à la multitude en prenant ces noms illustres. Les Grecs ne s'attachèrent ni à l'abus ni à l'usage de la chimie. Dans ce recueil immense,, où Pline a consigné les découvertes, les arts et les erreurs de l'esprit humain, il n'est point parlé île la transmutation des métaux. La persécution de Dioclétien est le premier événement authentique dans l'histoire de l'alchimie. La conquête de l'Egypte par les Arabes répandit cette vaine science surtout le globe. Née de la cupidité, l'alchimie fut étudiée à la Chine comme en Europe, avec la même ardeur et avec un succès égal. L'ignorance du moyen ûge favorisait toute espèce de chimère. La renaissance des lettres ouvrit de nouvelles espérances à la

' Il fixa la distribution publique du blé à deux millions de medimmi, environ trois millions deux ccnl mille boisseaux. (Chronicon Paschalc, p. 276; l'rocope, llisi. arran.,r.26).

2 Jean d'AnlMKfie, in Excrp.; Val., p. 834.; Suidas,

crédulité, et lui fournît des moyens plus spécieux. Enfin la philosophie, aidée de l'expérience, a banni l'étude de l'alchimie; et le siècle présent, quoique avide de richesses, se contente de les chercher par les voies moins merveilleuses du commerce et de l'industrie '.

La réduction de l'Egypte fut suivie île la guerre de Perse. La fortune avait réservé au règne de Dioclétien la gloire de vaincre cette puissante nation, et de forcer les successeurs d'Artaxerxès à reconnaître la supériorité de l'empire romain.

Nous avons déjà dit que les armes et la perfidie des Perses avaient subjugue l'Arménie, et qu'après l'assassinat de Cosrocs, Xiridatc son Gis , encore enfant , sauvé par des amis fidèles, avait été élevé sous la protection des empereurs. Tiiïdale tira de son exil des avantages qu'il n'aurait jamais pu se procurer sur le trône de ses pères. Il apprit de bonne heure à connaître l'adversité, le genre humain et la discipline romaine. Ce prince signala sa jeunesse par des actions de bravoure; il déploya une force et une adresse peu communes dans tous les exercices militaires, et même dans les combats moins glorieux des jeux olympiques *. Ces qualités furent mieux employées à la défense de son bienfaiteur Liciuiua*. Cet officier, dans la sédition qui causa la mort de Probus , avait couru les plus grands dangers. Les soldats furieux étaient sur le point de forcer sa tente ; le bras seul du prince d'Arménie les arrêta. La reconnaissance de Tirida te contribua bientôt après à son rétablissement. Licinius avait

' Voyez une petite Histoire et une Réfutation de l'alchimie, dans les ouvrages du compilateur philosophe LoMolhe-le-Vayer , 1. 1 , p. 327-353.

2 Voyez l'éducation et la force de Tiridate dans l'histoire d'Arménie, de Moyse de Chorene, 1. h, C. 76. Il pouvait saisir deux taureaux sauvages par les cornes qu'il brisait de ses mains.

3 Si nous nous en rapportions a Victor le jeune , Licinius qui , selon lui , était seulement Agé de soixante ans , en 323, pourrait i peine être la même personne que le protecteur de Tiridate. Mais une meilleure autorité (Eusebe , llist. eeclés., !. x, c. 8) noua apprend que I.itfnius avait alors atteint le dernier période de la vieillesse. Seize ans avant il esl représenté avec des cheveux sris cl comme contemporain de Galère. (Voyez Laclanee, c. 32. LicÛMOS était né probablement vers l'awwe 250.)

toujours été l'ami et le compagnon de Galère; et le mérite de celui-ci, long-temps avant qu'il parvint au rang de césar, lui avait attiré l'estime de Dioctétien. La troisième année du règne de cet empereur, Tiridate obtint l'investiture du royaume d'Arménie. Cette démarche, fondée sur la justice, ne semblait pas moins avantageuse à l'intérêt de Rome. Il était temps d'arracher à la domination des Perses une contrée importante, qui , depuis le régne de Néron , avait toujours été gouvernée sous la protection de l'empire par la branche cadette de la maison des Arsacîdes '.

Lorsque Tiridate parut sur les frontières de l'Arménie, il fut reçu avec des prolestalions sincères de joie et de fidélité. Durant vingt-six ans , ce royaume avait éprouvé les malheurs réels et imaginaires des contrées soumises à un joug étranger. Les monarques persans avaient orné leur nouvelle conquête de batimens magnifiques ; mais le peuple contemplait avec horreur ces monuntens élevés ù ses frais, et qui attestaient la servitude de la patrie. L'appréhension d'une moite avait inspiré les précautions les plus rigoureuses. L'insulte aggravait l'oppression, et le vainqueur, chargé de la haine publique, prenait, pour eu prévenir l'effet , toutes les mesures qui pouvaient la rendre encore plus implacable. Nous avons déjà remarqué l'esprit intolérant de la religion des mages. Les statues des souverains de l'Arménie placés au rang des dieux , et les images sacrées du soleil et de la lune furent mises en pièces par le zèle des Perses. Ils érigèrent sur la cime du mont Bagavan * un autel où brûla le feu perpétuel d'Ormusd. Une nation irritée par tant d'injures devait naturellement armer avec ardeur pour la défense de sa liberté , de sa religion et de la souveraineté de ses monarques héréditaires. Le torrent renversa tous les obstacles; et les Perses, incapables de ré-

' Voyez Dû» Cassius , ). un et utnt.

»MoysedeChorène,Hlst. d'Arménie, l.n, c. 74. Les statues «raient été érigées par Valaraaces qui régnait en Arménie environ cent trente ans avant J.-C.; il fui le premier roi de la fouille d'Arsace. ( rojez Moyse , Hisi. d'Arménie , 1. n, 2,3). Justin (n.i, 5) et Ammieo MàrcdtûKxxm, 6) ont pari* de la

(290 Jcp. J.-C.)

sîster à son impétuosité , prirent la fuite avec précipitation. Les nobles d'Arménie accoururent sous les étendards de Tiridate, tous vantant leurs mérites passés, oltrant leurs services pour l'avenir, et demandant au nouveau roi les honneurs et les récompenses qu'on leur avait dédaigneusement refuses sous un gouvernement étranger '. On nomma , pour commander l'armée , Artavasdès , lils de ce sénateur fidèle qui avait sauvé Tiridate dans son enfance , et dont la famille avait été victime de cette action généreuse. Le frère d' Artavasdès obtint le gouvernement d'une province. Un dos premiers grades militaires. lut donné au satrape Otas, homme d'un courage et d'une tempérance singulière. Il présenta au roi sa sœur' et un trésor considérable , qui , renfermé dan» une citadelle, avait échappé à l'avidité des Perses. Parmi les seigneurs d'Arménie parut on allié dont la destinée est trop remarquable pour être passée sous silence. Il se .nommait Maingo, et il avait pris naissance en Scythie. Fort peu d'années auparavant , la horde qui lui obéissait campait sur les confins de l'empire chinois ■ , qui s'étendait alors jusqu'au voisinage de la Sogdianc *. Ayant encouru la disgrâce de son maître, Mamgo, suivi de ses partisans, se retira sur les rives de l'Oxus, et

< La noblesse d'Arménie était nombreuse et prfsnnie. Moyse parle de plusieurs boulet qui te distinguera t sous le règne de Valarsaees ( I. n, 7) , et qui subsistaient encore de son temps, vers le milieu du cinquième siècle. Voyez la préface de ses éditeurs.

* Elle s'appelait Chosotdachtn, et elfe n'avait point l'as patulum, comme les antres tetnseB. (HisL d'Aot,). u, c. 19). J» n'entend* pas celle expression,

■'Dans l'Histoire d'Arménie (I. u. 78), aussi bien que dans la géographie (p. 3G7), la Chine est appelée Zenia ou Zenailan. Ce pays est caractérisé par la production de la soie, par l'opulence deshibitans et par leur amour pour la paix, en quoi ils surpassent toutes les autres nations de la terre.

* Vou-Ti, te premier empereur de la septième dynaslie, qui regnaitalorsen Chine, avait des relations politiques a»ee Fergsna, province delà Segdiafle , et l'on préleml qu'il reçut une ambassade romaine. (Hist. des Huns, 1. 1. p. 38). Dansées siècles les Chinois tenaient unegarufc'"1 aKasbfrar; et, du temps de ïrajsn, uud« leurs génertax s'avsneajusqu'a la mer Caspienne. Au sujet des liaisons éo Àa Chine avec tes contrées occidentales, ou peut voir un*

mémoire Iriveurieui de M. ileGuignes, AuisrAcsdiimie des Inscription (t.uni.p.Siô). '

dbyGoogle

(296dep.J.-C.)

PAR ED. CfflpV. CH. XIII.

implora la protection de Sapor. L'empereur chinois réclama le fagitif, en alléguant les droits de souveraineté. Les lois de l'hospitalité furent respectées par le monarque persan, qui, pour éviter uns guerre, promit, après quelque difficulté, de bannir Mamgo a l'extrémité de l'Occident, i punition, disait-il, non moins terrible qnela mort même. » L' Arménie fut choisie pour. le lieu de l'exil, et on assigna aux Scythes un territoire considérable où ils pussent nourrir leurs troupeaux, et transporter leurs tentes d'une place à l'autre, selon tes différentes saisons de l'année. Ils curent ordre do repousser l'invasion de Tiridate; mais leur chef, après avoir pesé les obligations et les injures qu'il avait reçues dn monarque persan, résolut d'abandonner son parti. Le prince arménien, qui connaissait le mérite et la puissance d'un pareil allié, traita Mamgo avec distinction; et, eu l'admettant à sa confiance, il acquit un brave et fidèle serviteur, qui contribua très-efficacement a le faire remonter sur le trône de ses ancêtres '.

La fortune sembla favoriser pendant quelque temps la valeur entreprenante de Tirîdate. Non-seulement il chassa del' Arménie les ennemis de sa famille et de son peuple ; mais encore, animé du désir de se venger, il porta ses armes on du moins fit des incursions dans le cœur de «l'Assyrie. L'historien quia s; de l'oubli le nom de Tiridate célèbre, avec l'enthousiasme national, sa valeur personnelle; et, suivant le véritable esprit des romaus orientaux, il décrit lesgéans et les éléphaos qui tombèrent sous son bras invincible. D'autres monumens nous apprennent que le prince arménien dut une partie de ses avantages aux troubles qui déchirèrent la monarchie persaue. Des frères rivaux se disputaient alors le trône. Hormuz , après avoir employé toutes les ressources, implora le secours dangereux des barbares qui habitaient les bords de la mer Caspienne '. Au

'flisl. d'Arménie. I. u.c. 81.

* Ipios Perses ipswnque regem ascitis Saccis , et RttsstictGeUis, petit, frater Omîtes. {V»aèç,yr. vel. m, I). les Saœs étaient une Dation de Scythes vagabond» qui campaient ventes soureeade l'Oius et du Jaxartes. Les Gelli étaient les pabiiaiu du Chilan le long de la mer Cas-

reste, la guerre civile fut bientôt terminée, •oit parla défaîte d'un parti, soit par un accommodement ; et Narsès, universellement reconnu roi de Perse , tourna toutes ses fortes contre l'ennemi étranger. La Victoire ne pouvait être disputée; la valeur du héros fut incapable de résister à la puissance du monarque. Tiridate, obligé de descendre une seconde fois dn trône d'Arménie, vint encore se réfugier à la cour des empereurs. Narsès rétablit bientôt son autorité dans la province rebelle ;et , se plaignant hautement de la protection accordée par les Romains à des séditieux et à des fugitifs, il médita la conquête de l'Orient '.

Ni la prudence ni l'honneur ne permettait aux souverains de Rome d'abandonner fa cause du roi d'Arménie. La guerre de Perse fut résolue. Dioctétien, toujours ferme dans sa conduite, Gxa sa résidence à Antioche, d'où il préparait et dirigeait les opérations militaires *. Le commandement des légions fut confié à l'intrépide valeur de Galère, qui, pour cet objet important , se transporta des rives du Danube à celles defEuphrate. Les armées se rencontrèrent bientôt dans les plaines de la Mésopotamie, et se livrèrent deux combats où les succès furent douteux et balancés. La troisième bataille fut plus décisive. Les troupes romaines essnyèrent une défaite totale, attribuée généralement à la témérité de Galère, qui osa attaquer avec un petit corps de troupes l'armée innombrable des Perses *. Mats on peut trouver une autre cause de cet échec, si l'on considère le pays qui fut le théâtre de cette action. Le même terrain, où Galère fut vaincu, avait

pSenne. Ce furent eux qui, sous le nom de Dilemites , Infestèrent si long-temps la monarchie persane. (Voyez dTïerbetot, BÎMiot. orientale).

< Morse de Chorene pane sous silence celte seconde rtvohillOB que j'ai été obligé de lirer d'un passage d" A m- ■uen Marcellm (1- «"')■ ï-actanee parle de l'ambition de Nurses. • Conàlatns doneslidt exempta ari «il Sapc- • ni ad oceupandu» OiieateB magiû» copia) uûuabat. • (De Mort, pars., c.0.)

î Nous pouvons croire sans difficulté qut Laclanee alt tibue à la timidité la conduite de Dioctétien. Julien, dans son discours , dit que ce prince resta avec toutes les forces de l'empire : expression tres-hyperbilique.

'Nos cinq abrtriateun, ËuUrope, Fettus, les deux

été célèbre par la mort de Crassiis el par le massacre de dix. légions. C'était une plaine de plus de vingt lieues, qni, s' étendant depuis les hauteurs de Carrhes jusqu'à l'Euphrate, présentait une surface unie et stérile de déserts sablonneux, sans éminence, sans arbre, sans aucune source d'eau fraîche1. L'infanterie pesante des Romains, accablée par la chaleur et cruellement tourmentée de la soif, ne pouvait espérer vaincre, ni rompre ses rangs, sans s'exposer aux plus grands périls. Dans cette extrémité, elle fut successivement environnée de troupes supérieures en nombre, harassée par les évolutions rapides de la cavalerie des barbares, et détruite par leurs flèches redoutables. Le roi d'Arménie avait signalé sa valeur sur le champ de bataille, et s'était couvert de gloire au milieu des malheurs publics. Il fut poursuivi jusqu'aux bords de l'Euphrate. Son cheval était blessé , et il ne paraissait pas pouvoir échapper à son ennemi victorieux. Aussitôt Tiridate embrasse le seul parti qui lui reste à prendre : il met pied à terre, et s'élance dans le fleuve. Son armure était pesante , l'Euphrate très-profond, et il avait en cet endroit au moins quatre cents toises de large *. Cependant la force et l'ardeur du prince le servirent si heureusement, qu'il arriva en sûreté sur la rive opposée '. Pour le général romain , nous ignorons comment il se sauva. Lorsqu'il retourna dans la ville d'Antioche , Dioclétieu le reçut, non avec la tendresse d'un ami et d'un collègue , mais avec l'indignation d'un souverain irrité. Revêtu de la pourpre , et humilié par le souvenir de sa foute et de son malheur, Ee plus orgueilleux des hommes fut obligé de suivre à pied le char de l'empereur l'espace d'un mille

Victor et Orose , rapportent tous celte dernitre et grande bataille; mais Orose est le seul qui parle des deux premières.

< On volt une belle description de la nature du paya dans Plularque , Viede Crassus, et dans Xeoophon, an l" livre de li Retraite des DU Mille.

1 Voyei la dissertation de Forster , dans le second rolume de la traduction de la Retraite des Dix Mille, par Spelman.

3 His t. d'Arménie,], h, r. 76. Au lieu de rapporter cet exploit de Tiridate à une défaite imaginaire , Je l'ai trans-

féré a la débile réelle de Galère.

(296dep.J.-C)

, et de montrer devant toute la cour le spectacle de sa disgrâce '.

Dès que Dioctétien eut salifait son ressentiment particulier, et qu'il eut soutenu la majesté de la puissance impériale, ce prince, touché de la soumission du césar, lui permit de réparer son honneur et celui des armes romaines. Aux troupes efféminées de l'Asie , qui avaient probablement été employées dans la première expédition , on substitua des vétérans el de nouvelles levées tirées des frontières de l'illyrie ; et le prince prit à son service un corps considérable de Goths auxiliaires •. Galère repassa l'Euphrate à la tète d'une armée choisie de vingt-cinq mille hommes; mais, au lieu d'exposer ses légions dans les plaines découvertes de la Mésopotamie , il s'ouvrit une route à travers les montagnes de l'Arménie , dont les babitans embrassèrent sa cause.LesRomains se trouvaient dans une contrée aussi favorable aux opérations de l'infanterie que nuisible aux mouvemens de la cavalerie '. L'adversité avait affermileur discipline, tandisque les barbares, enflés de leur succès, étaient devenus sinégligens, qu'au moment ou ils s'y attendaient le moins, ils furent surpris par l'activité de Galère. Ce prince , accompagné seulement de deux cavaliers, avait examiné lui-même secrètement l'état et la position de leur camp. Il le fit attaquer au milieu de In nuit. Une pareille surprise était presque toujours fatale aux soldats perses. * Ils liaient leurs chc-

> vaux., et leur mettaient des entraves aux

> pieds, pour'les empocher de s'échapper.

> En cas d'alarme , le Persan avait son chc-

* val a brider, sa housse à poser et sa eni-

> rasse à mettre, avant d'être en état de

• combattre ». > L'impétuosité de Galère porta le désordre et le découragement parmi les barbares. Une faible résistance fut suivie

1 Aminien Marcellin , 1. xn. Eolr* les mains d'Eutrope (ix, 24), de Festus(c. 26), et d'Orose (vu, 25), le mille augmente aisément de plusieurs milles.

1 Aurd. Victor ; Jornandcs , de Rcb. geticlt , c 21 .

3 Aurel. Victor dit : per Jrmeniam in hotte* contenait, quer ferme *ola teu facitiorvincemiiviaest. Galère suivit la conduite de Trajan el l'idée de Jules-César.

* Xénopbou , Retraite des Dix Mille , 1. m. C'est pour cette raison que la cavalerie persane camoail ii soiiaute stades de l'ennemi.

(297 dep. I.-C.) d'un horrible carnage. Au milieu de la confusion générale, le monarque blessé (car Nurses commandait ses armées en personne) prit la fuite vers les déserts de la Mëdie. Le vainqueur trouva des richesses immenses daus la tente magnifique de ce prince, et dans celle des satrapes. Un rapporte un trait curieux qui prouve quelle était l'ignorance rustique mais martiale des légions, et combien elles connaissaient peu les élégantes superfluités de la vie. Une .bourse faite d'une peau luisante, et remplie de perles, tomba entre les mains d'un simple soldat. Il garda soigneusement la bourse , mais il jeta ce qu'elle contenait, jugeant que ce qui ne servait à aucun usage ne. pouvait être d'aucun prix1 . La perte principale do Harses hii était d'une nature infiniment plus sensible. Plusieurs de ses femmes , ses sœurs , ses enfans, qui accompagnaient l'armée , avaient .été pris dans la déroute. Mais, quoique le caractère de Galère eut en général peu de rapport arec celui d' Alexandre, Le césar, après sa victoire, imita la conduite du, héros macédonien envers la famille de Darius. Les femmes et les enfans de Narsès.furent mis a l'abri de toute violence* menés ea lieu de sûreté, et traités avec le respect. et les .tendres égards qu'un ennemi généreux devait à leur âge, à leur sexe et à leur dignité '.

Dans le temps que L'Asie attendait avec inquiétude la décjsion de la fortune , Dioclétien, ayantlevé en Syrie une forte année d' observation, déployait, a quelque distance du théâtre de la guerre , les ressources de La puissance romaine, et se réservait pour les événement importons. A la nouvelle de la victoire remportée sur Les Perses , il s'avança sur la /routière, dans la vne de modérer par sa présence et par ses conseils l'orgueil de Galère.

Les princes romains se virent à Nisibe, où ils se donnèrent tontes les marques , l'un de respect, l'autre d'estime. Ce fut dans cette

' Ce Irait est rapporté par i

J * taccuift , qnrl|ilts WM lisent

1 Les Pêne» wootreaib supériorité des Romains dam

moraueauw bien qu* dww les .armes (Eutrope,ii,24).

«s ce respect et celte gratitude d'un ennemi se trouvent

rouent «Uns si propre relation.

ville qu'ils reçurent bientôt après l'ambassadeur du grand roi '.La force ou du moins l'ambition de Narsès avait été abattue par sa dernière défaite. La paix lui parut le seul moyen d'arrêter le progrès des armes romaines. Il députa Arpliaban, qui possédait sa faveur et sa confiance, pour négocier un traité, ou plutôt pour recevoir les conditions qu'il plairait au vainqueur d'imposer. Arpliaban commença par exprimer combien son maître était reconnaissant du traitement gc\ uëreux qu'éprouvait sa famille : il demanda ensuite la liberté de ces illustres captifs. Il célébra ta valeur de Galère, sans dégrader La réputation de Narsès , et il ne rougit pas d'avouer la supériorité du césar victorieux sur un monarque qui surpassait, par l'éclat de sa gloire, tous les princes de sa race. Malgré la justice de la cause des Perses, il était chargé de soumettre les différends actuels à la décision des empereurs romains , persuadé qu'au milieu de leur prospérité, ces princes n'oublieraient pas les vicissitudes de la fortune. Arphaban termina son discours par uue allégorie dans le goût oriental. < Les monarchies

> persane et romaine, dit-il, sont les lumiè-

> res de l'univers, qui va rester imparfaite! «mutilé si l'on arrache un de ses yeux. >

< Il convient bien aux Persans, répliqua.

> Galère dans un transport de rage, il cou- • vient bien à ces cruels ennemis de s'étendre

> sur les vicissitudes de la fortune, et de

> nous étaler froidement des préceptes de

> vertu ; qu'ils se rappellent leur modération

> envers l'infortuné Yaléricn. Après avoir

> vaincu ce prince par trahison, ils l'ont traité

> avec indignité; ils l'ont retenu jusqu'au «.dernier moment de sa vie dans une hon-

> tense captivité , et après sa mort ils ont ex-

> posé son corps à une ignominie perpétuelle. > Prenant ensuite un ton plus adouci, Galère insinua que la pratique des Romains n'avait jamais été de fouler aux pieds un ennemi vaincu; que dans la circonstance pré-

" Les détails de cette negodalion sont ores des fragment da Pierre Patrice, dans les Excerpta UgatUmian, publies dans la collection Bysantine. Pierre Tirait suas Jastiniea; mais il est évident , par la nature de ses materiaox , (pilla sont pris des écrivains les pins authentique* «l ta puv . respectables.

sente ils consulteraient plutôt leur dignité que le désir de se venger des Perses. En congédiant Arphaban , il lui fit espérer que Nurses apprendrait bientôt à quelles conditions il obtiendrait de la clémence des empereurs une pais durable et la liberté de sa famille. On peut deconvrir dans cette conférence les passions violentes de Galère, aussi bien que sa déférence pour l'autorité et pour la sagesse supérieure de Dioclétieu. Le premier de ces princes aspirait à la conquête de l'Orient ; il avait môme proposé de réduire la Perse en province. L'autre plus prudent , qui avait adopté la politique modérée d'Auguste et des Antonin , saisît l'occasion favorable de terminer une guerre heureuse par une paix honorable et utile '.

Pour remplir leur promesse, les empereurs envoyèrent à la cour de Narsès Sicorius Probus, un de leurs secrétaires, qui lui c om mun iqua le u r de rni è re r é solutio n . Comme ministre de paix, il fut reçu avec la plus grande politesse et avec'lcs marques de la plus sincère amitié; mais, sous prétexte de lui accorder un repos nécessaire après un si long voyage, on remit son audience de jonr en jour; et il fut obligé de suivre le roi dans plusieurs marches très-lentes. Il fut enfin admis en présence de ce monarque, près de VAsprudus, rivière de la Médie. Quoique Narsès désirât sincèrement la paix , le motif secret de ce prince, dans un pareil délai, avait été de rassembler des forces qui le missent en état de négocier avec plus de dignité, et de rétablir en quelque sorte l'équilibre. Trois personnes seulement assistèrent à cette conférence importante, le ministre Arphaban, le capitaine des gardes et un officier qui avait commandé sur les frontières d'Arménie *. La première proposition de l'ambassadeur romain n'est pas maintenant de nature à être bien entendue, Il demandait

> t ideo Victor (dil Aurelïusjui ai Valerius, tujus • nuln amnia gerebantnr, abnui&set, romani fasces in , ■ provincial! novam ferrtntur. Vcnim pars lerrarum ta- > mai nobis utilior quasila. ■

3 II avait été gouverneur de Sumium (Pierre Patrice, Ezccrptaleg.,?. 30). Cetteprovinw, qui paraît Pire indiquée dans le récit de Moysc de Chorène (Géogr, , p. 360), étaîl située & r orient -fa mont Ararat.

(297 dep. J.-O.)

que Nisibe Hit l'entrepôt des marchandises des deux empires. On conçoit facilement l'intention des princes romans, qui voulaient augmenter leurs revenus en mettant quelques droits sur le commerce; mais comme Nisibe leur appartenait, et qu'ils pouvaient régler l'importation et l'exportation , de pareils droits semblaient devoir être plutôt l'objet d'une loi intérieure que d'un traité étranger. Pour leur donner toute ta force nécessaire, on exigeait peut-être du roi de Perse quelques conditions, qui lui parurent si contraires à son intérêt ou à sa dignité, qu'il -ne put se résoudre à les accepter. Cet article était le seul auquel il refusait de consentir ; aussi les empereuren'insislèrent-ilepw davantage; ils laissèrent le commerce prendre son cours naturel, ou ils se contentèrent dés droits qu'ils étaient maîtres d'établir.

Dès que cette difficulté eut été levée, une paix solennelle fut conclue et ratifiée entre les deux nations. Les conditions d'un traité, si glorieux pouf l'empire et devenu si nécessaire aux Perses méritent une attention d'autant plus particulière, que l'histoire de Rome présente rarement de pareils actes : en effet, la plupart de ses guerres ont été terminées par une conquête absolue, on entreprises contre des barbares qui ignoraient l'usage des lettres.

I. L'Aboras, appelé l'Ame dans Xénophon , fut fixé comme la limite des deux monarchies '. Cette rivière, qui prend sa source près du Tigre, recevait à quelques milles au-dessous de Nisibe les eaux du Mygdonius ; elle passait ensuite sous les murs de Singara et tombait dans l'Euphrate à Circesiuro, ville frontière que Dioctétien avait singulièrement fortifiée '. La Mésopotamie, si longtemps disputée, fut eédée à l'empire; et par le traité les Perses renoncèrent à toutes prétentions sur cette grande Contrée. IL Us abandonnèrent aux Romains cinq provinces

' Par une erreur du géographe Ptoiémée, la position de Sfogaraest transportée de l'Abons au Tigre , ce qui a peut-être wcasnae la méprise de Pierre, qui «signe la dernière rttiere comme ta limite de J'empire, au lieu de la première. La ligne de ta frontière romaine traversait le coure du Tygre; mais die ne le suivit jamais,

i Procope , lie jfkiijiciU , la, s. (C

(297 dcp. J.-C.) au-delà da Tigre* qui formaient une barrière très-mile , et dont la force naturelle fut bientôt augmentée par l'art et par la science militaire. Quatre d'entre elles, l'Intiliae, la Zabdîcène, l'Arzanène et la Moxoène, noms peu connus , n'avaient point .une grande étendue; mais, à l'orient du Tigre, L'empire acquitte pays montuetix et considérable de Carduène, l'ancienne patrie des Carduques, qui, placés dans le centre du despotisme de l'Asie, conservèrent pendant plusieurs siècles leur indépendance. Les dix mille Grecs traversèrent leur contrée après dix jours d'une marche pénible ou plutôt d'un combat perpétuel. Le chef de cette fameuse entreprise avoue, dans son admirable relation, que ses concitoyens eurent plus à souffrir des flèches des Carduques que de toutes les forces du grand roi *. La postérité de ces barbares, les Cardes, qui ont conservé presqu' en entier le nom et les mœurs de leurs ancêtres, vivent indépendans sous la protection du, sultan des Turcs. IlL Il est presque inutile de dire que Tiridale,ce Cdèle allié de Rome, occupa le trône de ses pères. Les empereurs soutinrent et assurèrent d'une manière irrévocable leurs droits de souveraineté sur l'Arménie. Les limites de ce royaume s'étendirent jusqu'à la forteresse de Sùitba dans la Médie. Une pareille augmentation de domaine était moins un acte de libéralité que de justice. Des cinq provinces au-delà du Tygre dont nous avons déjà parlé, les Partbes en avaient démembré quatre de la couronne d'Arménie *. Les Ko-

< Tons les auteurs conviennent que la Zabdieene , l'Arzanène et la Carduène forait au nombre des provinces cédées; mais, au lieu des deux mires , Pierre (Excerpta kg-, p. 30) ajoute la Kehimène et la Sophène. J'ai préfère Animien (I- *". ?}. parce qu'on peut prouver que la Sopbtne ne (Ut jamais entre les maius des Perses avant le règne de Uioclélien , ni après celui de Jovicn. Au défaut 4e cartes nattes, lellcsquecrilesdc M. d'\nville, presque tous les modernes, avec Tilleuionl et Valois à leur tète, ont prétendu que les cinq provinces étalent situées au-delà du Tjgre par rapport à ta Perse et non a l'empire romain.

3 Xénophoo , Retraite des Dïi Mille , I. rr. Leurs arcs avalent troiB coudées de tons , leurs flèches deux. Ils roulaient des plem» dont chacune aurait pu faire la charge d'un chariot. La Grecs trouvèrent un grand nombre de villages dans cette contrée borbaro.

3 Selon Eutrope (vi, 0 , toi que la porte le lK"e de»

mains, lorsqu'elles leur furent cédées, obligèrent l'usurpateur à donner l'Atropatène eh dédommagement à leur allié. La ville principale de cette grande et fertile contrée fut souvent honorée de la présence du monarque arménien : et comme celte place, dont la situation est peut-être la même que celle de Tauris, porta quelquefois le nom d'Ecbatane, Tiridate y Gt construire des édifices et des fortifications sur le modèle de la superbe capitale des Mèdes1. IV. L'ibéric, pays inculte, avait pour habitans des peuples grossiers et sauvages ; mais ils étaient accoutumés à porter les armes, et ils séparaient l'empire d'avec des barbares plus féroces et plus formidables. Maîtres des défilés étroits du mont Caucase, les Ibériens pouvaient à leur gré admettre ou exclure les tribus errantes des Sannates, toutes les fois qu'entraînées par l'esprit de rapine elles voulaient pénétrer dans les climats opulens du midi '. La nomination des rois d'ibérie, que les monarques persans cédaient aux empereurs, contribua beaucoup à la force et à la sûreté de la puissance romaine en Asie \ L'Orient goûta pendant quarante années les douceurs d'une tranquillité profonde; le traité conclu entre les deux monarchies rivales fut régulièrement observé jusqu'à la mort de Tiridate. A cette époque le gouvernement de l'univers se trouva entre les mains d'une nouvelle génération dirigée par des intérêts opposés et par des passions différentes. Ce fut alors que le petit-fils de Narsès entreprit une guerre longue et mémorable contre [es princes de la maison de Constantin.

L'empire venait d'être délivré des tyrans et des barbares. Cet ouvrage difficile avait été entièrement achevé par une succession

meilleurs manuscrits), la ville de Tfgranocerte était dan) l'Arzanène. On pourrait retrouver, quoique assez imparfaitement , le nom et la position des trois autres. ■ Compare! Hérodote Q, 1 ', t. 97) avec Moyse de Cbo-

renefHist.d'Arm.,!. n,c.84) et la carte d'Arménie donné» par ses éditeurs.

3 ffiberi, loeorum patentes, CaspiA vid Sarmatam in Armcniot raptim e/JitnJunt. Tacite, Ann., vi, 34. (Voy. Strabon, Géog., I. xi, 764.)

3 Pierre Patrice (Excerpta tes-, P- 3°) wl !e seuI ***■ vain qui parle de l'article du traité concernant l'IWrie,

dbyGoogle

de paysans d'Illyrîc. Dès qne Dioctétien fut entré dans la vingtième année de son règne, il se rendit à Rome pour y célébrer, par la pompe d'un triomphe, cette ère fameuse et le succès de ses armes '. Maximien, qui l'égalait en pouvoir, partagea seul la gloire de cette journée. Les deux césars avaient combattu et remporté des victoires; mais le mérite de leurs exploits fut attribué, selon la rigueur des anciennes maximes , aux auspices heureux de leurs pères et de leurs empereurs ". Le triomphe de Dîoclélien et de Maximien , moins magnifique peut-être que cenx d'Aurélien et de Probus, brillait de l'éclat d'une renommée et d'une fortune supérieures. L'Afrique et la Bretagne, le Rhin, le Danube et le Nil fournissaient de superbes trophées; mais ce qui Taisait le plus bel ornement de celte fête, c'était une victoire remportée sur les Perses, et suivie d'une conquête importante. On portait devant le char impérial les représentations des rivières , des montagnes et des provinces. Les images des femmes , des soeurs et des enfans * du grand roi formaient un spectacle nouveau, et flattaient la vanité du peuple. Une considération d'une espèce moins brillante rend ce triomphe remarquable aux yeux de la postérité. C'est le dernier qu'ait jamais va Rome. Bientôt après les empereurs cessèrent de vaincre, et Rome cessa d'être la capitale de l'empire.

Le terrain sur lequel Rome fut bâtie avait été consacré par d'anciennes cérémonies et par une foule de miracles. La présence de quelque dieu ou la mémoire de quelque héros semblait animer tontes les :parties de la ville; et le sceptre de l'univers •avait été promis au Capitole*. Le citoyen

' Ensèbe, in CAron.j Pagi, .a/.Ynniwn.. Jusqu'à la dé- , couverte du \rai\e de Mort, pert., il u'tlait pas certain .que le triomphe et les vicennales eussent été célébrés eu même temps.

2 Pendant le temps des vieennales, Galère paraît avoir gardé son poste sur le Danube. (Vorei Uelanee, de Mort "pers., c. 38.)

a Eutrope (îx, 27) parle de cette famille comme si die 'eOI fait partie du triomphe; mais les personnes avaient ■ été rendues à Narsès , on ne pouvait dono exposer que leurs images.

• « Ou voit dans Tite-Uve ( r, 51-55), ua discours de Camille, rempli d'éloquence et de scnsinililè, que ce grand

(297 dep. I.-C.) sentait et reconnaissait l'empire de cette agréable illusion , qui lui venait de ses ancêtres, et qni, fortifiée par l'éducation, était en quelque sorte soutenue par l'opinion de l'utilité politique. La forme du gouvernement et le siège de l'empire semblaient inséparables ; et l'on ne croyait pas pouvoir transporter l'un sans anéantir l'autre *. Hais la souveraineté de la capitale se perdit insensiblement dans l'étendue, de la conquête. Les provinces s'élevèrent au même niveau; et les nations vaincues acquirent le nom et les privilèges de Romains, sans adopter leurs préjugés. Cependant les restes de l'ancienne constitution et la force de l'habitude maintinrent pendant long-temps la dignité do Rome. Les empereurs , quoique nés en Afrique, on en Illyrie, respectaient leur nouvelle patrie, comme le siège de leur grandeur et comme le centre de leurs. vastes domaines. Us ne l'abandonnaient que lorsque la guerre exigeait leur présence sur les frontières. Dioclétien et Maximien furent les premiers princes, qni, en temps de paix, fixèrent leur résidence ordinaire dans les provinces. Lear conduite , quel qu'en ait été le motif particulier, pouvait être justifiée par des vues spécieuses de politique. L'empereur de l'Occident tenait ordinairement sa cour à Milan, dont la situation au pied des Alpes le mettait bien plus à portée de veiller aux ' mouvemens des barbares de la Germante, que s'il eût fixé son séjour à Rome. Milan eut bientôt la splendeur d'une ville impériale; ses maisons étaient aussi nombreuses et aussi bien bâties ; le même goût et ta même politesse régnaient parmi les habilans. Un cirque, un palais, un théâtre, une cour des monnaies, des bains, qui portaient le nom de Maximien leur fondateur, des portiques ornés de statues, nne double enceinte de murs, tout conlribnnit à la beauté de la nouvelle capitale, qui ne paraissait pas

homme prononça pour s'opposer au projet de transporter a Véies le siège du gouvernement.

' On reproche à Jules-César d'avoir voulu transférer l'empire dans la ville d'IUuim ou dans celle d'Aleiandrie. Selon la conjecture ingénieuse de Le FëvreeldeDacier, la troisième ode du troisième livre d'Horace a été composée pour détourner Auguste de Ici h laide dessein.

(OT-dep. J.-C.)

éclipsée par la proximité de l' ancienne '. Dioclétien voulut aussi que le lieu de sa résidence égalât la majesté de Rome. Il employa sou loisir et les richesses de l'Orient à décorer Nicomédie , qui , placée sur les bords de l'Asie et de l'Europe, se trouvait à une distance presque égale de l'Euphrate et du Danube. Ea peu d'années Nicomédie s'éleva par les soins du monarque , et aux dépens du peuple, à un degré de magnificence qui semblait avoir exigé des siècles de travaux. Elle ne le cédait qu'aux villes de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche pour l'étendue et pour la population *. La vie de Dioclétien et de Maximien fut perpétuellement agitée ; ils en passèrent la plus grande partie dans les camps ou dans des marches longues et fréquentes; mais toutes les fois que les affaires publiques leur permettaient de prendre du repos, ils se retiraient avec plaisir à Milan et à Nicomédie, leurs résidences favorites. Jusqu'au moment où Dioclétien. célébra son triomphe , dans la vingtième année de son règne, il est fort douteux qu'il ait jamais visité l'ancienne capitale de l'empire; et même dans cette circonstance mémorable il n'y resta pas plus de deux mois. On croyait, qu'il paraîtrait devant le sénat avec les marques de la dignité consulaire; mais, piqué de l'insolente familiarité dn peuple , il quitta Home avec précipitation treize jours avant cette

Le dégoût qn'il montra pour Rome et pour la licence de ses habitans ne fut point l'effet

■ Voyez Aurelius Victor, qui parle aussi des hâtimens fliwès par Maximien à Cartilage , probablement durant la guerre d« Maures. Mous rapporterons quelques «ers d'Ausone, tleClar. urfr.,v.

» UotiaM,<fa lHort.pen.,e. 17 1 Ubanius , ont. vm, p. 203.

s Lscunce, de Mort. pert. , e. 17 ; Amnrien-Mareellin dit, 4M* Ub occasion semblable, (rue dteacita* ptebis D'est point lort agréable à une oreille impériale. (Vorèt t.xn,e,10.)

d'un caprice momentané; toutes ses démarches étaient le résultat de la politique la plus artificieuse. Ce prince habile avait adopté un nouveau système d'administration qui fut entièrement exécuté dans la suite par la famille de Constantin. Comme le sénat conservait religieusement l'image de l'ancien gouvernement, Dioclétien résolut d'enlever à cet ordre le peu de pouvoir et de considération qui lui restait. Rappelons-nous quelles furent la grandeur passagère et les espérances ambitieuses des sénateurs, huit ans environ avant l'avènement de ce monarque. Tant que l'enthousiasme subsista, quelques nobles eurent l'imprudence de déployer leur zèle pour la cause de la liberté ; et lorsque les successeurs de Probus eurent abandonné le parti de la république ces fiers patriciens furent incapables de déguiser un ressentiment qu'il ne leur était pas possible de satisfaire. Comme souverain de l'Italie, Maximien fut chargé d'anéantir cet esprit d'indépendance, plus incommode que dangereux. Une pareille commission convenait parfaitement au caractère cruel de ce prince. Les plus illustres du sénat, que Dioclétien affectait toujours d'estimer , furent enveloppés, par son impitoyable collègue, dans une proscription générale. Accusés de complots imaginaires, la possession d'une belle maison, de campagne ou d'une terre bien cultivée les rendait évidemment coupables1. Les prétoriens, qui avaient opprimé si long-temps la majesté de Rome, commençaient à la protéger. Ces troupes hautaines, voyant que leur puissance, autrefois si formidable, leur échappait, crurent devoir réunir leurs forces avec l'autorité du sénat. Dioclétien, par de sages mesures, diminua insensiblement le nombre des prétoriens, abolit leurs privilèges * et leur substitua deux fidèles Légions dlllyrie, qui, sous les nouveaux titres de

t Lactance accuse Maiîmfen d'avoir détruit fictis eriminutionibus lamina lenotos {de Mort. Pen.,e.h). Anrd. Victor parle d'une manière très-douteuse de la bonne toi de Dioctétien envers ses amis.

* Truncnhr vires urbla, imminato prœtorlartim enhartiam atque inarmisvulgi numéro. (Aurel. Victor.), Selon Lactance (e. 26} ce fat Galère qui poursuivît le niCme

joviens etd'herculiens, firent le service des

gardes impériales ',

Mais le coup le plus terrible que Dioctétien et Maximien portèrent au sénat fut la révolution secrète que leur longue absence devait nécessairement amener. Tant que les empereurs résidèrent à Rome, cette assemblée, sauvent opprimée, ne pouvait être négligée. Les successeurs d'Auguste établirent toutes les lois que leur dictait leur sagesse ou leur caprice ; mais ces lois avaient été ratifiées par la sanction du sénat, dont les délibérations et les décrets présentaient toujours l'image de l'ancienne liberté. Les sages monarques qui respectèrent les préjugés du peuple romain furent en quelque sorte obligés de prendre le langage et ta conduite convenables au général et au premier magistrat de la république. Dans les camps et dans les provinces ils déployèrent la dignité de souverain. Dès qu'ils eurent fixé leur résidence loin de la capitale , ils abandonnèrent à jamais la dissimulation qu'Auguste avait recommandée à SCS successeurs. En exerçant la puissance exécutrice et législative de l'état, le prince prenait l'avis de ses ministres , au lieu de consulter le grand conseil de la nation. I.c nom du sénat fut cependant cité avec honneur jusqu'à la destruction totale de l'empire. Ses membres jouissaient de plusieurs distinctions honorables qui flattaient leur vanité *. Mais on laissa respectueusement tomber dans l'oubli l'assemblée auguste qui, pendant si long-temps, avait d'abord été la source et ensuite l'instrument de lu' grandeur romaine. Le sénat, n'ayant plus de liaison avec la nouvelle' constitution ni avec la cour impériale, resta sur le mont Capitolîii comme un monument vénérable mais inutile d'antiquité.

Lorsque les souverains de Borne eurent perdu de vue le sénat et leur ancienne capi-

1 C'étaient de vieilles troupes campées en Myrie; et , selon l'ancien établissement, chaque corps consistait en six milli1 nommes. Ils avateut acquis beaucoup de réputation par l'usage des plumbaltc ou dards charges de plomb. Chaque soldat en portait rîu<] qu'il lançait à une distance considérable avec autant de force qued'auresse. (Voy. Vé-

•gta. 1,17.}

î Voyez le code TbéoJosu-n ( I. n, Ut. 2) , avec le comurutaire de GodcfroL

(297 dep. J.^C.) talc, ils oublièrent aisément l'origine et la nature du pouvoir qui leur était confié. Les emplois civils de consul, de proconsul, de censeur et de tribun, dont la réunion avait formé l'autorité des princes, rappelaient encore au peuple l'ancienne république. Ces titres modestes disparurent * ; et si le souverain se fit toujours appeler empereur ou imperator, ce mot fut pris dans un sens nouveau et plus relevé. Au lieu de signifier le général des armées romaines, il désigna le maître de l'univers. Au nom d'empereur, dont l'origine tenait aux institutions militaires, on en joignit un autre qui marquait davantage l'esprit de servitude. La dénomination de seigneur ou dominut exprimait originairement, non l'autorité d'un prince sur ses sujets , ni celle d'un commandant sur ses soldats , mais le pouvoir arbitraire d'un maître sur des esclaves domestiques '. Considéré sous ce vil aspect, les premiers césars rejetèrent ce titre avec horreur. Leur résistance devint insensiblement plus faible et le nom moins odieux. Enfin la formule de notre seigneur ou empereur fut non-seulement adoptée par la flatterie, mais encore régulièrement admise dans les lois et dans les monumens publics. Ces expressions pompeuses devaient satisfaire la vanité la plus excessive ; et si les successeurs de Dioctétien refusèrent le nom de roi , ce fut moins l'effet de leur modération que de leur délicatesse. Parmi les peuples qui parlaient latin (et cette langue était celle du gouvernement dans tout l'empire) , le titre d'empereur, particulièrement réservé aux monarques de Rome, imprimait plus de vénération que celui de roi. Ces princes auraient été forcés de partager ce dernier nom avec une foule de chefs bar-

< Voyez la douzième dissertation dans l'excellent ouvrage de Spanhrim , de Usa namUmatum. A l'aide des médailles , des inscriptions et des historiens , il examine chaque (lire séparément, et il le suit depuis Auguste jusqu'au moment où il disparaît.

i Pline (Panégyr. *. 2,55, etc.) parle avec horreur de dominas, comme synonyme de tyran, et comme opposé à prince , et le mfluie Pline donne régulièrement ce titre (d.;ns le dh'têmr livre dû ses lettres) au vertueux Trajan , son ami plutôt que son maître. Celle étrange expression embarrasse les conunciilalriirs qui expliquent Cl les traducteurs qui peuvent écrire.

dbyGoogle

(M7 dep. J.-C.) bares, et ils n'auraient pu le tirer que de Romulus ou de Tarquin. Mais l'Orient avait des principes bien diflerens. Dès les premiers âges dont l'histoire fasse mention , les souverains de l'Asie avaient été nommés en grec biwileus ou roi ; et puisque cette dénomination désignait dans ces contrées le rang le plus élevé, les ha bilans s'en servirent bientôt dans les humbles requêtes qu'ils portaient aux pieds du trône romain1. Les attributs mémet ou du moins les titres de la divinité, furent usurpés par Dioctétien et par Maximien, qui les transmirent aux princes chrétiens leurs successeurs *. Au reste ces expressions extravagantes perdirent leur impiété en perdant leur signification primitive. Dès qu'une fois L'oreille est accoutumée au son, un. pareil langage n'excite que l'indifférence,

, et est reçu comme une protestation vague quoique outrée de respect.

Depuis le temps d'Auguste jusqu'au règne de Dioctétien , les Romains a' avaient eu pour leurs princes que les égards dus aux simples magistrats. L'empereur conversait familière-

. ment avec ses concitoyens. Un manteau de pourpre le distinguait principalement des sénateurs, dont la toge était bordée d'une large bande, aussi de pourpre , et des chevaliers qui en portaient une plus étroite sur leurs habits. L'orgueil ou plutôt la politique engagea Dioctétien à introduire dans sa cour la magnificence des monarques persans *. Il osa ceindre le diadème, cette marque odieuse de la royauté dont les Romains avaient reproché l'usage à Caligula comme l'acte de la plus insigne folie. Le diadème était un large bandeau blanc et brodé de perles qui cntoitrait la tète de l'empereur. Dioctétien et ses successeurs portèrent de superbes robes d'or et de soie, et l'on ne vit qu'avec indignation leurs souliers même couverts de pierres pré-

1 Syncsius, de Rcgno , èilU. de Petan , p. 15. Je dois celle citation àl'abbe de la Bletlerie.

2 Voyez Van-Dale, de Consccrationc, p. SW, de. L*s , empereurs avaient coutume de taire mention (dam le

préambule <\t$ lois) de leur tia'inilé, sacrée mofette, divins oracles, tir. Selon M. de Tïïlemonl , Grégoire de Naiianze se plaint très -amèrement d'une pareille f rofanaliou , surtout lorsqu'un empereur arien emploie tes litres, ï Voyez Spànfieîm , île l'tu numism., ttissert.Tctt.

denses. De nouvelles formes et de nouvelles cérémonies rendaient tous les jours l'accès de leurs personnes sacrées plus difficile. Les officiers domestiques placés dans différens postes {appelés alors écoles) gardaient avec la plus grande précaution les avenues du palais. Les appartenions intérieurs étaient confiés à la vigilance des eunuques, dont le nombre et l'influence augmentant sans cesse marquaient visiblement les progrès du despotisme. Lorsqu'un sujet obtenait enfin la permission de paraître en présence dé l'empereur, il était obligé, quel que fiit son rang, de se prosterner contre terre, et d'adorer, selon la coutume des Orientaux ,' la divinité de son seigneur et maître*. Dioctétien avait l'esprit éclairé avant de monter sur le trône. Dans le cours d'un long règne ce prince avait appris à se conn;iitre, et II avait apprécié les hommes. Il est difficile de croire qu'en substituant les manières de la Perse à celtes de Rome, il ait été dirigé par un motif aussi bas que la vanité. Il se flattait' qu'une ostentation de splendeur et de lux»' subjuguerait l'imagination de la multitude ; que te monarque serait moins exposé à la licence" grossière des soldats et du peuple, tant qu'il se déroberait aux regards publics, et que l'habitude de la soumission produirait insensiblement des senlimens de respect. Semblable à la modestie affectée d'Auguste, le faste de Diocléticn fut une représ en ta lion de théâtre. Mais il faut l'avouer, de ces deux comédies la première renfermait pins de noblesse et de véritable grandeur que la dernière : Tune avait pour but de cacher et l'autre de développer le pouvoir immense que les empereurs exerçaient sur leurs vastes domaines. L'ostentation avait été le premier principe du système de Dioclélien ; la division en fut le second. Il divisa l'empire, les provinces, et toutes les branches de l'administration civile et militaire. Il multiplia les roues de la ma- . chine politique , et si ses opérations furent moins rapides, elles devinrent plus sires. Tous les avantages et tous les défauts que l'on

l Aurel. Victor.; 'Entrope, nt, 26. II paraîL , d'après les panégyristes, que les Romains s'accoutumèrent bientôt au, nom et * la cérimwi* do l'-adocaliùn.

a pu remarquer dons le nouveau système doivent être attribués en grande partie à son premier inventeur. Mais comme ce plan d'administration fut perfectionné par degrés, et qu'il ne fut achevé que sous les princes suivons, nous examinerons l'édifice lorsque nous serons arrivés au temps où il fut entièrement terminé1. Réservant donc pour le règne de Constantin une description plus exacte du uouvelempire, nous nous contenterons de tracer les traits principaux et caractéristiques du tableau dessiné par la main de Dioctétien. Ce prince avait associé trois collègues au pouvoir suprême. Persuadé que les talens d'un seul homme ne suffisaient pas pour défendre de si vastes domaines, il ne considéra pas seulement l'administration réunie de quatre souverains comme un expédient momentané; Dioctétien en fit une loi fondamentale de la constitution. 11 décida que les deux premiers princes seraient distingués par le diadème et par le titre d'auguste; qu'ils choisiraient, selon les mouvemens de leur affection ou de leur estime, deux collègues subordonnes qui les aideraient à supporter le poids du gouvernement; et que les césars, élevés à leur tour à la première dignité, fourniraient une succession non interrompue d'empereurs. La monarchie fut divisée en quatre parties. Les départemens honorables de l'Orient et de l'Italie jouissaient de la présence des augustes. La garde pénible du Rhin et du Danube était confiée aux césars. Les quatre souverains disposaient de la force des légions, et le desespoir de vaincre successivement quatre rivaux formidables devait intimider l'ambition d'un général entreprenant. Dans le gouvernement civil, les empereurs étaient supposés exercer en commun le pouvoir indivisible de la monarchie. Les édits signés de leurs noms avaient force de loi dans toutes les provinces, et paraissaient émanés de leurs conseils et de leur autorité. Malgré toutes ces précautions, on vit se dissoudre par degrés l'union politique de l'univers romain, et il s'îiilrodui-

i Les innovations introduites par Dioctétien sont principalement déduites, 1° de quelques nassa^fs de I jeta uc et rts-eipressils; '!" des nouvelles clutrges de plusieurs espèces, qui, dans ic code Théodosicu, paraissent dfja établies dans le commencement du règne de Couslauliu.

(297 dep. J.-C.) sit un principe de division, qui, dans le cours d'un petit nombre d'années, causa la séparation perpétuelle des empires d'Orient et (l'Occident.

Le système de Dioclétien renfermait un autre inconvénient très-essentiel, qui, même à présent, n'est pas, indigne de notre attention. Un établissement plus dispendieux entraîna nécessairement une augmentation de taxes et l'oppression dn peuple. Au lieu de la suite modeste d'esclaves et d'affranchis dont s'était contentée la noble simplicité d'Auguste et de Trajan, trois ou quatre cours magnifiques furent établies dans les différentes parties de l'empire. Les princes romains cherchaient a se surpasser par leur somptuosité, et a éclipser le faste du monarque persan. Le nombre des magistrats , des ministres et des officiers qui remplissaient les charges de l'état n'avait jamais été si considérable, et (si nous pouvons emprunter l'expression vive d'un auteur contemporain), t lorsque la proportion de ceux qui rece- * valent excéda la proportion de ceux qui > contribuaient, les provinces furent opprii mées par le poids des tributs'. > Depuis cette époqne jusqu'à la ruine de l'empire, il serait aisé de former une suite de dameurs et de plaintes ; chaque écrivain, suivant sa religion ou sa situation, choisit Dioclétien, Constantin, Valens ou Théodose pour l'objet de ses invectives. Mais ils s'accordent tous à représenter l'eut accablé sous le fardeau îles impositions publiques, principalement de lu capitation et de la taxe sur les terres. D'après cette conformité, un historien impartial, obligé de tirer la vérité de la satire aussi bien que du panégyrique, sera disposé à partager le blâme entre tous ces princes; il attribuera leurs exactions bien moins à leurs vices per- ' sonnets qu'au système uniforme de leur gouvernement. A la vérité , Dioclétien est l'auteur de ce système; mais pendant son règne le mal naissant fut contenu dans les bornes de ta discrétion et de la modération, et, s'il mérite le reproche d'avoir donné un exemple pernicieux, il ne saurait être accusé d'avoir

i Lactance, de Mort, ptrt., c.7.

(304 dep. J.-C.) opprimé ses sujets1. On peut ajouter que ses revenus furent administrés avec une prudente économie; et lorsqu'il avait fourni à toutes les dépenses nécessaires, il déposait toujours dans le trésor impérial des sommes considérables, pour pouvoir satisfaire une sage libéralité ou les besoins imprévus de l'état.

Ce fut la vingt-unième année de son règne que Dioctétien exécuta le projet de descendre du trône : résolution mémorable, plus digne d'Antonio ou de Marc-Aurèle, que d'un prince qui, dans l'acquisition et dans l'exercice du pouvoir suprême, n'avait jamais pratiqué les leçons de la philosophie, Dioctétien eut la gloire de donner le premier à l'univers un exemple* que les monarques imitèrent rarement dans la suite. Le parallèle de Char- 1 os-Quint vient ici se présenter naturellement à notre esprit, non-seulement depuis que la plume éloquente d'un historien moderne a rendu ce nom plus célèbre, maïs encore lorsque l'on considère la ressemblance frappante du caractère de ces deux princes, dont l'habileté politique surpassa les talons militaires, r-l dont les vertus spécieuses furent moins l'effet de la nature que celui de l'art. L'abdication de Charles parait avoir été déterminée par les vicissitudes de la fortune. Le chagrin do voir échouer ses projets favoris lui lit prendre le parti de résigner une puissance qu'il ne trouvait, pas proportionnée à son ambition. Le règne de Dioctétien, au contraire, avait été marqué par des succès continuels. Cène fut vraisemblablement qu'après avoir triomphé de tous seseunemis etnecompli tous ses désirs qu'il s'occupa sérieusement de quitter l'empire. Ni Charles-Quint ni Dioctétien n'avaient atteint un âge bien avancé lorsqu'ils descendirent du trône, puisque l'un n'avait encore que cinquante-cinq nus, et l'autre cinquante -neuf seulement. Mais la vie active de ces princes, leurs guerres, leurs voyages, les soins de la royauté et

1 Indîcta lex nova, qaa saae Ulonan iemporum niodettia tolerabilis, ta pernieiem pracettit. (Aurai. V ictor , qui a traité le caractère de Dioctétien avec bon . sens , quoique en mauvais latin.)

I • Solus omnium , posl eoadilum romanum impe- * rium , qui ex Uni» fasligio sponte ad privais rilte ■ slalum civilitalemque remearet. • (Eulrope, u,18.}

lenr application aux affaires, avaient affaibli leur constitution ; ils ressentaient déjà les infirmités d'une vieillesse prématurée '.

Malgré la rigueur de l'hiver pluvieux et très-froid , Dioctétien quitta l'Italie fort peu de temps après la cérémonie de son triomphe. Il prit sa route par la province de l'IUyrie pour se rendre en Orient. L'inclémence de la saison et les fatigues du voyage lui confièrent bientôt une maladie de langueur. Quoiqu'il ne marchât qu'à petites journées et qu'il fût porté dans une litière fermée, son état devînt sérieux et très-alarmant lorsqu'il arriva vers la fin de l'été à Kîcomériie. Il ne sortit point de son palais duraut tout l'hiver. Le danger de ce prince inspirait un intérêt général et sincère; mais le peuple ne pouvait juger des variations de sa santé que par la consternation ou par la joie peintes tour à tour sur le visage des courtisans. Le bruit se répandit pendant quelque temps qu'il avait rendu le dernier soupir. L'opinion générale était qu'on cachait sa mort pour prévenir les troubles en l'absence de César Galère. A la fin, cependant, Dioctétien parut encore une fois en public le premier mars, mais si pale et si exténué qu'on pouvait à peine le reconnaître. Il était temps de finir le combat pénible qu'il avait soutenu pendant plus d'une année pour accorder le soin de sa conservation avec les devoirs de son rang. Sa santé exigeait qu'il suspendit ses travaux ; sa dignité lui imposait la loi de veiller du sein de la maladie à l'administration d'un grand empire. Il résolut de finir ses jours dans un repos honorable, de placer sa gloire hors de la portée des traits de la fortune, et de laisser le théâtre du .monde à des princes plus jeunes et plus actifs *.

■ Les particularités do royagi et de la maladie «ont prises de Ladancs ( c. 17), qui peut quelquefois servir d'autorité pour les faits publics, quoique très-rarement pour les anecdotes particulières.

' Cette abdication, qui a été si diversement Interprétée, est attribuée par Aurd. Victor à deux causes, dont la première est le mépris de Dioctétien pour l'ambition ; la seconde, son appréhension des troubles qui menaçaient l'étal. Un des panégyristes (vt , 9) parle de l'Age et des infirmités de Dioctétien comme de la cause naturelle de sa retraite.

La cérémonie de son abdication fut célébrée dans une grande plaine, à trois milles environ de Nicomédie , on les soldats et le peuple s'étaient assemblés. L'empereur, monté sur un tribunal élevé , leur déclara son intention dans un discours rempli de raison et de noblesse. Dès qu'il eut oui le manteau de pourpre, il se déroba aux regards de la multitude frappée d'étonnement, et traversant la ville dans un chariot couvert, il prit aussitôt la route de Salone , sa patrie , qu'il avait choisie pour sa retraite. Le même jour, qui était le premier mai', Mnsimieii , comme il en avait été convenu , résigna ta dignité impériale dans ta ville de Milan.

.Ce fut au milieu de son triomphe que Dioctétien forma te projet d'abdiquer le gouvernement.-Voulant dès lors s'assurer de l'obéissance de Maximien, 3 en avait exigé une assurance générale qu'il soumettrait toutes ses actions a l'autorité de son bienfaiteur, ou une promesse particulière qu'il descendrait du tronc au premier signal, cl lorsqu'on lui en donnerait l'exemple. Un pareil engagement , quoique confirmé par un serment solennel devant l'autel de Jupiter Capîtolîn ', n'aurait point eu assez de force pour contenir le caractère violent d'un prince dont la passion était l'amour du pouvoir, et qui ne désirait ni de mener une vie tranquille, ni d'immortaliser son nom. Mais, incapable de surmonter iout-ù-coup l'ascendant qu'on collègue plus sage avilît pris sur lui pendant vingt années, il céda, quoique avec peine, à ses ordres, et il se retira, immédiatement après son abdication, dans une maison de campagne en Lucarne, où il eût été presque impossible a cet esprit turbulent de trouver aucune tranquillité durable.

Dioctétien , qui de l'esclavage était monté sur le trône, passa les neuf dernières années de sa vie dans une condition privée. La raison lui avait conseillé de renoncer aux grandeurs; le contentement semble l'avoir accompagné

1 Les difficultés et les méprists nr les dates de l'année et du Jour de l'abdication de Dioctétien sont parfoiMment éeUircies par TÎNemont (Hisl. des Empereurs, tout. iv, p. 515 , note 19) , «I par Pa^-i , adJnnum.

* VvyaPmnegfK vet., n, 9. Le discours fut prononcé •prés que Maximisa eut repris U pourpre.

(tt6-dap.-J.-C.) dans sa retraite. Il s'attira jusqu'au dernier moment la vénération des princes entre les mains desquels il avait remis le sceptre de l'univers '. Il est rare qu'un homme chargé pendant long-temps de la direction des alïaires publiques se soit formé l'habitude de converser avec lui-même. Lorsqu'il a perdu le pouvoir, son principal regret est le manque d'occupation. La dévotion et les lettres , qui offrent tant de ressources dans la solitude , ne pouvaient fixer l'attention de Dioctétien ; mais il avait conservé , ou du moins il reprit bientôt du goût pour les plaisirs les plus purs et les plus naturels. Il passait son temps à bâtir, à planter et ù cultiver .son jardin-; «es nmusemens innoceas occupaient suffisamment son loisir. Sa réponse à Httckmea est devenue célèbre. Ce vieillard inquiet le sollicitait de reprendre les rênes du goavornement. Dioclélien rejeta cette proposition avec un sourire de pitié. ■« Oh 1 que ne peut-il voir,

> s'écria-t-il, les légumes que j'ai plantés dn i mes mains aSulono! il ne rac , presserait

> plus d'abandonner la jouissance du bon-

* heur pour courir après un vain fantôme de

■ pouvoir *. • Dans ses entretiens familiers, il avouait fréquemment que de tous les, arts le plus difficile est celui de régner ; et il avait coutume de s'exprimer sur ce sujet avec une chaleur que l'expérience seule peut donner.

* Qu'il arrive souvent, disait-il, c/ue l'intérêt

> de quatre ou einq ministres les porte à se

> concerter pour tromper leur maître I Sé-

> paré du genre humain par son rang élevé ,

> la vérité ne peut trouver accès auprès de

* lui. Il est réduit n voir par les yeux-dé ses

> courtisans ; il n'entend que leurs fausses

* représentations. Le souverain -confère les

> dignités les plus importantes an vînt et à

> la faiblesse ; il dédaigne le talent et la i vertu. C'est par ces indignes moyens, ajou- » lait-il , que les princes les meilleurs fit les

i Eumène en fait le plus bel doge, i A t toisa diriaum

■ iUum rirani, qui primas imperium et participial et. » posait, contint et tocli tut nBwpœnilel; necim»» se

* puiat qnotf «ponte irsnscripsit. Félix fteètasqiw fére » quem vestra , Uutorum principant, «ohm ofesBtuia

■ privatum. ■ (Panegyr. vet., ni, fS.)

ï C'est ft Victor te jeune q«c nausdcvonsccmo! ftmriix- Eutrope parle du fait d'une manière plus générale.

(305 dep. J.-C.)

i pins sages sont vendus à la corruption vé-

• natedu petit nombre qui les entoure '. •

Une juste appréciation des grandeurs et l'assurance d'une réputation immortelle nous rendent plus cliers les plaisirs de la solitude ; mais l'empereur romain avait joué sur la scène du monde un rôle trop important pour qu'il lui fut possible de goûter sans mélange les douceurs et la sécurité d'une condition privée. Quoique tranquille dans le port, il voyait s'élever de toutes parts de vicïens orages : pouvait-il ne pas être sensible aux suites funestes de ces troubles? La crainte, le chagrin et l'inquiétude le poursuivirent quelquefois dans sa retraite. Les malheurs de sa femme et de sa fille blessèrent cruellement sa tendresse , ou du moins son orgueil. Enfin des affronts que Constantin et Licinius auraient dû épargner au père de tant d'empereurs , au premier auteur de leur fortune, répandirent l'amertume sur les derniers momens de Dioctétien.

On a prétendu , quoique sans aucune preuve certaine, qu'il se déroba prudemment à leur persécution par une mort volontaire f.

Avant de perdre entièrement de vue le tableau de la vie et du caractère de ce prince, jetons nos regards sur le lieu de sa retraite. Salone , capitale de la Dalmatte , son pays natal, était, selon la mesure des grands chemins de l'empire, à deux cents milles romains d'Aquilée et des confins d'Italie , et à deux cent soixante et dix environ de Sirmiam, résidence ordinaire des empereurs lorsqu'ils visitaient la frontière d'Illyrie '. Un misérable village conserve encore le nom de Salone ; mais jusqu'au seiaième siècle les restes d'un théâtre et des débris d'arches rompues et de colonnes de marbre attestaient L'ancienne

■ Ilist. Aug. , p. 223, 224. Vopiscus avait appris de son père cette conversation,

* Vicia* fl> Jeune parte légèrement de ee bruiL Mail, cc«nme Dioctétien l'était déclaré contre un parti puissant et triomphai) t , sa mémoire a été chargée de toute» sortes de crimes et de malheurs. On a prétendu qv'il était mort enragé , qu'il avait été condamné comme criminel par le sénat Uc Rome , etc.

s Voyez les Itinéraires , p. 260 , 272 , édit. de Wesse- Hbs>

splendeur de cette place '. Ce fut à six on sept milles de la ville que Dioctétien construisit un palais magnifique. La. grandeur de l'ouvrage doit nous faire jugercom bien il avait médité long-temps le projet d'abdiquer l'empire. L'attachement de ce prince pour sa patrie ne pouvait pas seul le déterminer au choix d'un terrain où se trouvait réuni tout ce qui servait au luxe et à la sauté, t Le sol est sec

> et fertile, L'air est pur et salubre. Quoique

> extrêmement chaud durant l'été, le pays

> éprouve rarement ces vapeurs étouffantes

> et nuisibles que les vents amènent sur la » côte de l'Istrie et dans quelques parties de

* l'Italie. Les superbes vues du palais ne

> contribuent pas moins que la beauté dn

* climat à rendre ce séjour agréable. Du côté » de l'occident on découvre le fertile rivage

* qui s'étend le long du golfe Adriatique. Les ■ petites lies dont celle partie de là mer est » semée lui donnent l'air d'un grand Uc. Au

* nord du bâtiment est située la baie qui me- » nait à l'ancienne ville de Salone. Lit coui trée que l'on aperçoit au-delà forme un

> heureux contrasteavec l'étendue, d'eau plus

> considérable que la mer Adriatique présente » à l'orient et au midi. La vue est terminée » vers le nord pur de hautes montagnes pla-

> cées a une distance convenable, et couvertes i en quelques endroits de vignes , de hais et i de villages'. >

Quoique Constantin , par un motif facile à pénétrer, affecte de mépriser le palais de Dioctétien', cependant un de ses successeurs,

■ L'abbé de Fortis , dans son Voyage en Dalmalie , p. 43 (imprimé à Venise en 1774, deux petits vol. ln-4«), cite une description manuscrite des antiquités de Salone , composée par Giambattisla Giustiiiïaoj , vers le milieu dn

* Adam, Antiquités au palais de Dioctétien a Spalatro , p. G. Nous pouvons ajouter une circonstance ou deux , tirées du voyage de l'abbé deForlis. L'Hyader, petite rivière dont parle Lucain , produit des truites eiceOenles, oral , selon la remarque d'un écrivain trée-jodleieux , moine peut-être , déterminèrent Dioctétien pour le choix de sa retraite. (Fortis , p. 46). Le même auteur ( p. 38 ) remarque que l'on voit NDsiure a Spalatro le goût de l'agriculture , et qu'une société vient d'établir une terme près de la ville , pour y faire des expériences.

■ Constantin , Orat. ad cation sanet., G. 25. Dans ce discours, l'empereur on l'évéqao -qui le composa pou*

qui ne pouvait le voir que dans un état de décadence, en parle avec la plus grande admiration '. Ce palais renfermait un espace de neuf à dix acres. Il était de forme quadrangulaire et flanqué de seize tours. Deux des côtés avaient près de cinq cent soixante pieds de long, et les autres six. cent cinquante-cinq environ. Tout l'édifice avait été construit de pierres de taille tirées des carrières voisines de TrauouTragiitium, ci presque aussi belles que le marbre. Quatre rues, qui se coupaient à angles droits , divisaient les différentes partics de ce vaste bâtiment. L'appartement principal s'annnonçait par une entrée inagnïlïque, que l'on appelle encore la porte dorée. Le vestibule menait à un péristyle de colonnes de granit, où l'on voyait d'un cùié le temple carré d'Esculape, et de l'autre le temple octogone de Jupiter. Dioctétien adorait le dernier de ces dieux comme L'auteur de sa fortune, et le premier comme le protecteur de sa santé. En comparant les descriptions de ce palais avec les préceptes de Vitntve, il parait que les différentes parties de l'édifice: les bains, la chambre à coucher, le vestibule, la basilique, les salles cysicène , égyptienne et corinthienne, ont été représentées avec quelque degré de précision ou du moins de probabilité. Les formes étaient variées, les proportions justes; mais il existait dans la construction particulière deux défauts que les notions modernes sur le goût cl sur les dispositions intérieures rendent bien frappans. Ces salles magnifiques n'avaient ui fenêtres, ni cheminées. Elles recevaient le jour d'en lia m {car le bâtiment semble n'avoir eu qu'un étage), et des tuyaux placés le longdesmurs servaient à les échauffer. Les principaux appartemens étaient appuyés, vers le sud-ouest, d'un portique long de cinq cent dix-sept pieds, et qui devait former une superbe promenade, lorsque les beautés de la vue se trouvaient jointes à celles de lu peinture et de la sculpture.

Si ce magnifique édifice eut été construit dans un pays solitaire, il aurait été exposé au ravage du temps ; mais peut-être serait-il

lui, affecte de rapporter (afin malheureuse de tous les pertecu Leurs de l'Église.

i Constant. Porphyr., de Statu imper., p. 86.

EMPIRE ROMAIN , (306 dep. J.-C.)

échappé à l'industrie destructive de l'homme Ses débris ont servi à bâtir le village d'Aspalathe ', et long-temps après la ville de Spalatro. La porte dorée conduit maintenant daus le marché public. Saint-Jean-Baptiste a usurpé les honneurs d'Esculape, et le temple de Jupiter est converti en église cathédrale , sous l'invocation de la Vierge. Nous sommes principalement redevables de la description du palais de Dioctétien à un artiste anglais de notre siècle, qu'une curiosité bien louable a transporté dans le cœur de la Dalmatie '. Cependant nous avons lieu de croire que ses dessins et ses gravures ont, en quelque sorte, flatté les objets qu'il avait intention de représenter. Un voyageur plus moderne et très-judicieux nous assure que les ruines majestueuses de Spalalro n'attestent pas moins la décadence des arts que la grandeur romaine sous le règne de Dioclétien *. Si l'architecture avait alors perdu de sa noblesse , nous devons naturellement imaginer que la peinture et la sculpture se ressentaient encore plus de la corruption dusiècle. L'architecture est subordonnée à quelques règles générales et même mécaniques. La sculpture et la peinture surtout se proposent d'imiter non-seulement les formes de la nature, maïs encore les caractères et les passions de l'esprit humain. Dans ces arts sublimes,]» dextérité de la main est de peu de secours ; il faut, pour enfanter des chefs-d'œuvre, que l'imagination anime l'artiste, et que son pinceau soit guidé par le goût le plus correct et par l'observalion la plus exacte

Il est presque inutile de remarquer que les discordes civiles de l'empire, la licence des soldats, les incursions des barbares, et les progrès du despotisme ne favorisèrent en au~

> D'Amille , Gëog. anc, lom. i, p. 162.

3 Messieurs Adam et Clerisseau , accompagnes de deux dessinateurs , visitèrent Spalalro au mois de juillet 1757. Le magnifique ouvrage que leur voyage a produit a été publié & Londres sept ans après.

3 Je rapporterai le passage de l'abbé de Fortis.

iE' baslevol mente nota agliamatori dell' arcnitetlura

• e dell' anticlliLa, Topera del signer Adams, che ha ■ donato molle a que' superbi vestigi col)' abituale

• eleganza dclsuo toecalapis e del bulino. In générale la > roueuadelscalpello.el cativoguslo de] secolo vi g.i-

• reggiano colla magnilicenia del fabricato. • ( Voyez le Voyage en Dalmatie, p. 40. >

(305dep.J.-C.) ('une façon le génie, ni même la littérature. I.cs paysans d'IIlyrie qui montèrent successivement sut le trône rétablirent la monarchie sans rétablir les sciences. Leur éducation militaire ne tendait pas à leur inspirer l'amour des lettres. L'esprit même de ce Dioctétien, si actif, si propre aux affaires , n'avait point été cultivé par l'étude ni parla méditation. L'usage de la jurisprudence et de la médecine est si universel, l'exercice de ces professions est si avantageux , qu'elles seront toujours embrassées par un nombre suffisant de personnes assez instmiteset douées de quelques talens. Mats cette période parait n'avoir produit, dans ces deux arts, aucun maître célèbre dont les ouvrage méritent d'être étudiés. La poésie ne faisait plus entendre sa voix; l'histoire était réduite à des abrégés secs et informes , également dcnuésd'agrémens et d'instruction. L'éloquence enchaînée à la cour du monarqnc avait perdu sa force et sa dignité. Entourés d'orateurs corrompus, les empereurs n'encourageaient que les arts qui pouvaient satisfaire leur orgueil ou justifier leurs excès'.

Ce siècle si funeste aux sciences est cependant marqué par l'élévation et par les progrès rapides des nouveaux platoniciens. L'école d'Alexandrie imposa silence a celle d'Athènes. Les anciennes sectes s'enrôlèrent sous les étendards' de quelques enthousiastes dont les opinions étaient plus goûtées, et qui appuyaient leur système par une nouvelle méthode et par l'austérité de leurs mœurs. Plusienrsde ces philosophes, Ammonius, Plotîn, Ammelius et Porphyre *, étaient des hommes singulièrement appliqués et absorbés daus de profondes méditations. Mais, comme ils ne connurent point le véritable objet de ta philosophie, leurs travaux servirent bien moins a perfectionner qu'à corrom-

< L'orateur Eumcne fut secrétaire des empereurs Maximien et Constance, et professeur de rhétorique dans le collège d'Àuluo. Ses appoimeuiens étaient de six cent mille sesterces , qui , selon la moindre estimation de ce siècle, devaient valoir plus de soixante-dix mille livres. I) demanda généreusement la permission d'employer ce revenu à rebâtir le collège. (Voyez son discours, de restaur. Scliolis.) Cel ouvrage , quoiqu'il ne soit pas eieuipl î!u vanité, peut lui faire pardonner ses paiiéfiyriiiues.

2 Porphyre mourut vers le temps de l'abdication de

pre l'esprit humain. Ils négligèrent la morale, les mathématiques et l'étude de la nature, les seules connaissances qui conviennent à notre situation et à nos facilites. Les nouveaux platoniciens s'épuisaient en disputes de mots sur la métaphysique. Occupés à découvrir les secrets du monde invisible , ils s'appliquaient à concilier Platon avec Aristote sur des matières aussi peu connues de ces philosophes que du reste des mortels; et, tandis qu'ils consumaient leur raison dans des recherches sublimes , mais abstraites , leur esprit se nourrissait de toutes les chimères de l'imagination. Ils prétendaient posséder l'art de dégager Came de sa prison corporelle; ils se vantaient d'avoir un commerce familier avec les esprits et avec les démons ; et, par une révolution bien étrange, l'étude de la philosophie était devenue l'élude de la magie. Les anciens sages avaient méprisé la superstition du peuple : après avoir déguisé un culte si extravagant sous le voile léger de l'allégorie, les disciples de Plotin el de Pophyre s'en montrèrent les pluszélés défenseurs. Comme ils s'accordaient avec les chrétiens sur quelques points mystérieux de la foi, ils attaquèrent les autres parties de leur système idéologique avec toute la fureur des guerres civiles. Les nouveaux platoniciens méritent à peine d'occuper une place dans l'histoire des sciences ; on les voit très-souvent paraître dans celle le

Page 1