‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 22 sur 85 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

— Six empereurs dam

ne icmpi. — Mort de

noires de Constantin - Réunion de l'cmpira

Le système d'administration qu'avait établi Diodétîen perdit son équilibre dès qu'il ne fut plus soutenu par la main ferme et adroite du fondateur. Ce système exigeait un mélange si heureux de talens etdccaractèresdifférens,

l'empereur Dioclélien. La vie de son maître Ptolîn , quTI composa , donne l'idée la plus complète du fiéuic de la frète cl de feux qui la rompns.tieiil. Ce morceau prèvicui se trouve dans la bibliothèque grecque de Fabririus, tom. iv , p. 88-14B.

qu'il eût été difficile de les rassembler de nouveau. Pouvait-on se flatter de voir encore une fois deux empereurs sans jalousie, deux césars sans ambition, et quatre princes indépendans animés du même esprit, et invariablement attachés a l'intérêt général? L'abdication de Dioctétien et de Maximien fut suivie de dix-huit ans de confusion et de discorde; cinq guerres civiles déchirèrent le sein de l'empire; et si, pendant ces temps malheureux, lecalme sembla quelquefois succéder aux orages, ces tristes intervalles furent moins un état de repos qu'une suspension d'armes entre des monarques ennemis, qui, s observant mutuellement avec l'œil de la crainte et de la haine, s'efforçaient d'accroître leur puissance aux dépens de leurs sujets. Dès que Dioctétien et Maxmùen eurent quitté la pourpre, en vertu des règles de la nouvelle constitution le poste qu'ils avaient occupé fut rempli par les deux césars. Constance et Galère prirent aussitôt le litre d'auguste '. Le droit de préséance et les honneurs dus à l'ancienneté du rang furent accordés au premier de ces princes. Il gouverna sous une nouvelle dénomination son ancien département, la Gaule, l'Espagne et Itt Bretagne. L'administration de ces vastes provinces suffisait pour exercer ses udens, et pour satisfaire son ambition. La modération , la douceur et la tempérance caractérisaient principalement cet aimable souverain ; et ses heureux sujets avaient souvent occasion d'opposer les vertus de leur maître aux passions violentes de Maximien , et même à la conduite artificieuse de Dioctétien *. Au lieu d'imiter le faste et la magnificence asiatique qu'ils avaient introduits dans leurs cours, Constance conserva la modestie d'un prince romain. Il disait avec sincérité que son plus grand tré-

i M. de Montesquieu ( Considérations air tes causes de la grandeur et de ta décadence des Romain», c 17) suppose , d'après l'autorrtéd'Oroieet d'Eascbe, que dans cette occasion l'empire rut réellement divise pour la première fois en deui parties. Cependant il serait difficile 4e découmr en quoi le plan de Galère dînerait de celui de Diodé-

' Hic , non modo amabilis , soi etiam vencrabilU GaOXifuit, praeipue quod DioaletiatU autpeetam.

pnulentiam , et /Haximiani languinariam violenliai* imperio ejus evascrat. (Eutrope., Breviar., x, î.)

EMPIRE ROMAIN , (306 dep. J.-C.)

sor était dans le cœur de ses peuple», et qu'il pouvait compter sur Leur libéralité et sur leur reconnaissance, toutes les fois que la dignité du trône et que le danger de l'état exigeaient quelque secours extraordinaire '. Les sabitans de la Gaule , de l'Espagne et de la Bretagne, frappés de son mérite et du bonheur dont ils jouissaient , jetaient des regards trembla us sur la santé languissante de leur souverain, et ils envisageaient avec inquiétude l'âge encore tendre des e d'ans qu'il avait eus de son second mariage avec la fille de Afaximien.

Les qualités de Constance formaient un contraste frappant avec les dispositions féroces de son collègue- Galère avait des droits à l'estime de ses sujets; il daigna rarement mériter leur affection. Sa réputation dans les armes, et surtout le -succès brillant de la guerre de Perse , avaient enorgueilli son esprit naturellement alticr, et qui ne pouvait souffrir de supérieur ni même d'égal. S'il était possible de croire le témoignage suspect d'un écrivain rempli de préjugés, nous aurions attribué l'abdication de Dioctétien aux menaces de Galère , et il nous eut été facile de rapporter les particularités d'une conversation secrète entre ces deux princes , dans laquelle le premier montra autant de faiblesse que L'autre développa d'ingratitude et d'arrogance *. Mais un examen impartial du caractère et de la conduite de Dioclétien suffit pour détruire ces anecdotes obscures. Quelles qu'aient pu être les intentions de ce prince , s'il eût en à redouter la violence de Galère , sa prudence lui aurait donné les moyens de

• tD'uïuis provtncialium (me), provinciamm) ae

• privalorum sludens , flsctcommodanoDadmndùmafTec-

• tans ; dueensque roeliùs publiais opes & priralis haberi,

• quam iutrt un uni cUustnm roservari. ■ {/d. ibùt). Il portail la pratique de celle maxime si loin que toutes les Cois qu'il donnait un repas il était obligé d'emprunter de ta vaisselle.

* Laetanee, de Mort, persec. , c. 18. Quand les particularités de telle conversation se rapproeberaient davantage de la biewéaice el de la vérité , on pourrait toujours demander comment eues sont parvenues à la connaissance d'un rhéteur obscur Mais il y a beaucoup d'historiens qui nous rappellent ce mot admirable du grand Coudé au cardinal do HeU : • Ces coquins nous lout parler et agir » comme ils auraient tait eux -mêmes à notre place. >

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(30S dcp. J.-C.)

prévenir un débat ignominieux ; et, comme il

avait tenu le sceptre avee éclat, il serait

descendH*ou trône sans rien perdre de sa

gloire.

Lorsque Galère et Constance eurent été élevés au rang û'augmte, le nouveau système d u gouvernem entimpérial exi g e ai t à e ux a u très cétart. Dioctétien désirait sincèrement se retirer du monde : regardant Galère qui avait épousé sa fille comme l'appui le plus ferme de sa famille et de l'empire , il consentit sans peine à Ini laisser le soin brillant et dangereux d'uue nomination si importante. On ne consulta pour ce choix ni l'intérêt ni l'inclination' des princes ■d'Occident. Us avaient chacun un fils qiiî était parvenu à l'âge dtamoie ; et l'on devait naturellement espérerqae lenrsenfans seraient révélas de la pourpre. Mais la modération de Constance l'empêchait' de faire valoir ses droits par les armes; et la vengeance impuissante de Maximion n'était plus à craindre. Les deux césars élus par Galère convenaient bien mienx à ses vues ambitieuses : lenr principale recom- Mrandfition consistait dans leur peu de mérite et de considération personnels. L'un d'eux, fitsôYvnesanirde Galère, se nommait Data, o>u, comme on l'appela dans la suite, Maximin. Jeune, sans expérience, ses manières et son langage décelaient toujours l'éducation rustique qu'il avait reçue. Quel fut sonétonncment et celui de tout l'empire lorsqu'après avoir recula pourpre des mains de Dioctétien il fut élevé à la dignité de césar , et qu'on lui confia le commandement suprémede l'Egypte rt delà Syrie1) Dans le mémo instant, Sévère, sujet fidèle , habile dans les affaires, quoique livré aux plaisirs, se rendit à Milan, où Maxânien lui remît en soupirant les orne mens de césar et la possession de l'Italie et de l'Afrique*. Selon lesformcs de la constitution, SérPrc reconnut la Sonveraîneté de l'empire d'Occident ; mais il suivit aveuglément les

■ J SaMatflsnupér i ■etorlBO* et sylvig ( Lactance , ite Jfcrt. jitnee, , c 10), statfni seatarius, continue pro- • feMor, nwv tribunuS, poslridiè CTsar , aeospil Orien- »■ i«i. '• Aaurtius Virier hit donne trop libéralement tofrtelipwttondeBtoiMtleD.

•Son «attitude et a* fidélité sont reconnues infane petr iMieace tdeMort portée,, c. 18).

ordres de son bienfaiteur Galère , qui , se réservant les provinces situées entre les confins de l'Italie et ceux de ta Syrie , établit une autorité ferme et absolue sur les trois quarts de l'empire. Persuadé que la mort de Constance le rendrait bientôt seul maître de l'univers romain , Galère avait déjà , dit-on , réglé la succession des princes qui devaient régner dans la suite ; et il comptait passer tranquillement le reste de ses jours dans la retraite, lorsqu'il aurait terminé un règne glorieux de vingt années '.

Mais, en moins de dix-huit mois, deux révolutions inattendues détruisirent ses vastes projets. L'espoir qu'avait Galère de réunir à ses domaines les provinces occidentales fut renversé par ^élévation de Constantin ; et bientôt la révolte heureuse de Haxencelui enleva l'Italie et l'Afrique.

I. La réputation de Constantin a rendu intéressantes aux yeux de la postérité les plus petites particalaritésdesa vie etde ses actions. Le lieu de sa naissance et la condition de sa mère Hélène sont devenus un sujet de dispute, non seulement parmi les savane, mais encore parmi les nations. Malgré la tradition récente qui donne pour père à Hélène un roi breton , nous sommes forcés d'avouer qu'elle était fille d'un aubergiste *. D'un autre côté, nous pouvons défendre la légitimité de son mariage contre ceux qui l'appellent la concubine de Constance *. Constanlin-le-Grand naquit , selon toute apparence , a Naissus ,

' Au reste , ces projets ne sont appuyés que sur l'autorité très-suspecte de LacUnce (de Xort.persee., e. 20).

* Celle tradition , inconnue me contwaporains de Constantin , et fabriquée dans la poussière des détins , hit embellie par Geoffroy de Momnoulh, et par lea écrivains du douzième siècle; elle a été défendue , dans le dernier siècle , par nos antiquaires , et die est sérieusement rapportée dans la volumineuse Histoire d'Angleterre , compilée par H. Carte (toI. i, p. 147). 11 transporta cependant le royaume deCoià, ce prétendu père d'Hélène , dueemU d'Esaex à la muraille d'Antonio.

i Entrent (x, 2) indique en m de mots la vérité, «tes «rai a donne lien A l'erreur. ■ Sx ohscuriori matrimonio, e)usmiiK.> Zosime (L u,p. 78) a saisi aroeempretsemeat l'opinion la plus défavorable; il a été suivi par Orose (vu , 25) , A l'autorité duquel U est assez singulier qneM.de THlemont, auteur infatigable, mais partial, n'ait pas fuit attention. En insistant sur te divorce de Constance , Dioctétien recounai&aitla légitimité du mariage. d'Hélène,

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ville de la Dacîe *. 11 n'est pas étonnant que' dans une province , et au sein d'une famille distinguée seulement pur la profession des armes, il n'ait point cultivé son esprit, et qu'il ait montré, dès ses premières années , peu ds goût pour les sciences *. Il avait environ dixhuit ans lorsque son père fut nommé césar ; mais cet heureux événement fut accompagné du divorce de sa mère, et l'éclat d'une alliance impériale réduisît le (Us d'Hélène à un état de disgrâce et d'humiliation. Au lieu de suivre Constance en Occident , il resta au service de Dioctétien. L'Egypte et la Perse furent le théâtre de ses exploits ; et il s'éleva , par degrés , au rang honorable de tribun de la première classe. Constantin avait la taille grande et l'air majestueux : adroit dans tous les exercices du corps, intrépide dans la guerre, affable dans la paix, il s'accoutuma de bonne heure a déguiser ses passions. La prudence tempérait le feu de sa jeunesse ; et , an moment ou l'ambition agissait le plus fortement sur son âme , il se montrait froid et insensible à l'attrait du plaisir. La faveur du peuple et des soldats» qui ledéclaraient dignedu rangde

' H y a trois opinions sur le lieu de la naissante de ■ Constantin. I. Les antiquaires anglais avaient coutume de s'arrêter avec transport sur ces mots de son panégyriste: BritamUu itlic oriendo nobiUs fecisti ; mais ce passage célèbre peut s'appliquer aussi bien a l 'aréDement de Constantin qu'a sa naissance, il. Quelques Grées modernes ont lait naître ce prince à Drepamun , ville située sur le galle de Nicomédîe (Cetlarius, lom. n, p. 174}, que Constantin honora du nom d'Hélénopolis , et que Juslinien embellit de superbes édifices (Procope, de œdif. r, 2). A la vérité, il est assex probable que le père d'Hélène tenait une auberge i Drepanum, et que Constance put y loger lorsqu'il revint de son ambassade en Perse , sons le règne d'àurcllen. Mats , dans la vie errante d'un soldat, le lieu de son mariage et celui de la naissance de ses enfant ont trie-peu de rapport l'un arec l'autre. IE1. La prétention de ISaissus est fondée sur l'autorité d'un auteur anonyme dont l'ouvrage a été publié a la fin de l'histoire d'Anunien, p. 710 , et qui travaillait en général sur de tres-boas matériaux. Celle troisième opinion est aussi confirmée par Julius Fn-micus ( de Jitrotogiet, 1. 1, c 4}, qui florissait sous le règne de Constantin. On a élevé quelques doutes sur la pureté du texte de Firmicus et sur la manière d'entendre ce passage -,. mais ce texte est appuyé sur les meilleurs manuscrits; et, quant à la manière dont il faut l'entendre , celle interprétation a été habilement détendue par Juste-Lipse ( de Magnitudine rom. I. n, c. il, et supplément.)

LUterù minus instructus (Anonyme, ad Jmnûa- Aum, p. 10)

césar, ne servirent qu'à enflammer la jalousie inquiète de Galère; et quoique ceufface n'osât point employer ouvertement la violence, un monarque absolu manque rarement de moyens pour se venger d'unemanière sûre et secrète1. Chaque instant augmentait le danger de Constantin et l'inquiétude de son père, qui , dans toutes ses lettres , marquait le désir le plus vif d'embrasser son fils. La politique de Galère lui suggéra pendant quelque temps des excuses et des motifs de délai ; mais il ne lui était plus possible de rejeter une demande si naturelle de son associé ,' sans maintenir son refus par les armes. Enfin , après bien des difficultés , Constantin eut la permission de partir , et sa diligence incroyable déconcerta les mesures * que l'on pouvait avoir prises pour intercepter un voyage dont les suites devaient être si importantes. Quittant le palais de Nicomédie pendant la nuit , il traversa en poste la Bithynie, la Thrace, la Dacie, la Pannonie , l'Italie et la Gaule , au milieu des acclamations du peuple ; et il se rendit au port de Boulogne , précisément lorsque son père se préparait à passer en Bretagne s:

L'expédition de Constance dans cette lie , et une victoire facile qu'il remporta sur les barbares de la Calédonie, furent les derniers exploits de son règne. H expira dans le palais impérial d'York, près de quatorze ans et demi après qu'il eut été revêtu de la dignité de césar. Il n'avait joui que quinze mois du rang d'auguste. Sa mort fut suivie immédiatement de l'élévation de Constantin.

■ Galère, ou peut-être son propre courage, l'exposa à de grands périls: il terrassa, dans un combat singulier, an Sarmale(AnoDym.,p. 710) n un lion monstrueux. ( Voyez Praxagoras, apudPkotium , p. 63). Praiagoras , philosophe athénien , avail écrit une vie de Constantin en deux livres, qui sont maintenant perdus. H était contemporain de ce prince.

îZosime,l.n,p. 78, 79;Laclance, de Mort.persee., c. 24. Le premier rapporte une histoire très-ridicule : il prétend que Constantin lit couper les jarrets à tous les chevaux dont il s'était servi. Une exécution si sanglante n'aurait point empêché qu'on ne le poursuivît; et eue aurait certainement donné des soupçons qui auraient pu l'arrêter dans son voyage.

sAnonym. p. 710; et Pancgyr. v.,vn, 4. MaisZosune, (l.ll, p. 79), EuâCbe(<WiMf<wiï(nnf.,l.i,c,2l)J et Laclance (in Mort, persec, c. 24 ), supposent avec moins de qu'il trouva sou père' au lit de la mort.

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Les idées de succession et d'héritage sont si familières qu'elles paraissent presqu'à tous les nommes fondées non-sculemcnt sur ia raison , mats encore sur la nature elle-même. Notre imagination applique facilement au gouvernement des états les principes adoptés pour les propriétés particulières; et toutes les fois qu'un père vertueux laisse après lui un fils dont le mérite semble justifier l'estime du peuple ou nièuie ses espérances , l'influence réunie du préjugé et de l'affection agit avec une force irrésistible. L'élite des armées d'Occident avait suivi Constance en Bretagne. Aux troupes nationales se trouvait joint un corps nombreux d'Allemands , qui obéissaient à Crocus, un de leurs chefs héréditaires '. Les partisans de Constantin inspirèrent avec soin aux légions une haute idée de leur importance, et ils ne manquèrent pas de les assurer que l'Espagne , la Gaule et la Bretagne approuveraient leur élection. Ils demandaient aux soldats s'ils pouvaient balancer un moment entre l'honneur de placer à leur tète le digne fils d'un prince qui leur avait été si cher, et la honte d'attendre patiemment l'arrivée de quelque étranger obscur, que le souverain de l'Asie daignerait accorder aux armées et aux provinces de l'Occident. Tout le camp retentissait des éloges de Constantin ; on ne cessait de répéter que la gratitude et la générosité tenaient une pince distinguée parmi ses autres vertus. Ce prince artificieux eut sojn de ne se montrer aux troupes que lorsqu'elles furent disposées à le saluer des noms d'auguste et d'empereur. Le trône était l'objet de ses désir*, et le seul asile où il pût être en sûreté, quand même il eût été moins dirigé par l'ambition. Connaissant le caractère et les sentiiwms de Galère, il savait assez que, s'il voulait vivre, il devait se déterminer à régner. La résistance convenable et même opiniâtre qu'il crut devoir affecter ' servait à justifier

> ■ Candis qui admet arniiieiiiibus , sed prxcipue

• Crwo (idiiF roco) Alamannorura rege , aimlii gratia

• Conslantuim coniilalo , imperium capit. • { Viclor-lejeune, t. 4i). C'est peut-être le premier exemple d'un roi ■aibare qui ail servi dans l'armée romaine avec un corps indépendant de ses propres sujets. Cet usage devint familier; il finit par être fatal.

* Eiuuene , son [wnc^yriali.' (vu , 8 > ose assurer , en

son usurpation, et il ne céda aux acclamations de l'armée qu'après avoir explique sa conduite dans une lettre qu'il envoya aussitôt à l'empereur d'Orient. Constantin lui apprend qu'il a eu le malheur de perdre son père ; il expose modestement ses droits naturels à la succession de Constance ; et il déplore en termes bien respectueux la violence affectueuse de ses troupes , qui ne lui a pas permis de solliciter la pourpre impériale d'une manière régulière et conforme à In constitution. Les premiers mouvemens de Galère furent ceux de la surprise, du chagrin et de la fureur ; et, comme il savait rarement commandera ses passions, il menaça hautement le député de le livrer aux flammes avec la lettre insolente qu'il avait apportée. Mais son ressentiment s'apaisa par degrés. Lorsqu'il eut réfléchi sur le hasard incertain de la guerre ; lorsqu'il eut pesé le caractère et les forces de son compétiteur, il consentit à profiter de l'accommodement honorable que lut offrait la prudence de Constantin. Sans condamner ou sans ratifier le choix de l'armée de Bretagne, Galère reconnut le fds de son ancien collègue pour souverain des provinces situées au-delà des Alpes ; mais il lui accorda seulement le titre de césar, et il ne lui donna que le quatrième rang parmi les princes romains : ce fut son favori Sévère qui remplit le poste vacant d'auguste. L'harmonie de l'empire parut toujours subsister ; et Constantin, qui possédait déjà la substance de l'autorité suprême, attendit patiemment l'occasion d'en obtenir bps honneurs,

Consiance avait eu, de son second mariage, six enfans , trois fils cl trois filles '. Leur extraction impériale semblait devoir être préférée à la naissance plus obscure du fils d'Hélène. Mais Constantin, âgé pourlorsdetrentedeux ans , avait atteint toute la vigueur de l'esprit et du corps, dans un temps où l'aine de ses frères ne pouvait avoir plus de treize ans. L'empereur, en mourant ', avait reconnu

présente de Constantin, qu'il donna des éperons à son t! levai, et qu'il essaya, mais en vain , d'échapper à ses soldats.

■ Lactanee, de Mort. persec, t. Î5. Enmene(TU,8) décrit toutes ces circonstances en style de rhéteur.

3 II est naturel d'imaginer, et Kusebe insinue que Con-

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et ratifié les droits que la supériorité de niélilc donnait ù l'aîné de tous ses fils ; c'était à Inique Constance avait légué le soin de la sûreté aussi bien que de In grandeur de sa famille; et il l'avait conjuré de prendre) à l'égard des enfans de Théodora , les senli- 111 eus et l'autorité d'un père. Leur excellente éducation , leurs mariages avantageux , la vie qu'ils menèrent tranquillement au milieu des honneurs, et les premières dignités de l'état, dont ils furent revêtus, attestent la tendresse fraternelle de Constantin. D'un autre côté , ces princes, naturellement doux et portés à la reconnaissance, se soumirent sans peine à l'ascendant de son génie et de sa fortune '.

II. Les vues de Galère sur les provinces de la Gaule venaient d'être détruites : à peine cet esprit altier avait-il reconnu la nécessité de céder aux circonstances, que la perle imprévue de l'Italie blessa son orgueil et son autorité par un endroit encore plus sensible. La longue absence des empereurs avait rempli Rome de mécontentement et d'indignation. Le peuple avait enfin découvert que la préférence donnée aux villes de Milan et de Nicomédie ne devait point être attribuée à l'inclination particulière de Dioctétien, mais à la forme constante du gouvernement qu'il avait institué. En vain ses successeurs, peu de mois après son abdication, avaient-ils élevé, au nom de ce prince , ces bains magnifiques dont la vaste enceinte renferme aujourd'hui un si grand nombre d'églises et de couvens ', et dont les ruines ont servi de

stance, h suturant, nom ni CowtMUa pour son successeur. Ce choix parait confirmé par l'autorité ta plus incontestable, le témoignage réuni de Lactanee ( de Mort. persec., c. 24) et de Libanius ( Orat. i ) , d'Eusebe ( in vittt Constant. , 1. 1 , c. 18 , 21 ) el de Julien ( Orat. î).

< Des trois s/turs de Constantin , Constantin épousa l'empereur IJciiùus; Aaaslasic, le césar Bassian, et Eutropie,le consul Népolien. Ses trois frères étaient DalmatiilË, Jules-Conslance , et An a italien, dont nous aaruns occasion de parler dans la suite.

ïVoyezGruter, Inscript., p. 178. Les six princes sont tous nommés: Dioctétien et Maximien, comme les plus anciens augustes , et comme pères des empereurs. Ils dédient conjointement ce magnifique édifice pour l'usage de leurs clieri Romains. Les architectes ont dessiné les raines de ces thermes, et les antiquaires, particulièrement DonaUis el Nardiiî , ont déterminé le terrain qu'ils occupaient. Une des grandes salles est maintenant l'église des

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (306 dep. J.-C.)

matériaux à tant d'édifices modernes : les murmures impatiens des Romains éclatèrent

tout-à-coup dans ces retraites tranquilles, siège du .luxe et de la mollesse. Le bruit se répandit insensiblement que l'on viendrait bientôt leur redemander les sommes employées à la construction de ces bàtimens. Vers le même temps, l'avarice de Galère, ou peut-être les besoins de l'état, l'avaient engagé à faire une perquisition exacte et rigoureuse des propriétés de ses sujets, pour établir une taxe générale sur leurs terres et sur.leurs personnes. Il parait que leurs biens réels furent soumis au plus sévère examen ; et, dans la vue d'obtenir une déclaration sincère de leurs richesses, on appliquait à la question, sans aucun* égard, les personnes soupçonnées de les avoir cachées *. Les privilèges qui avaient élevé l'Italie au-dessus des autres provinces furent oubliés. Déjà les officiers du fisc s'occupaient du dénombrement du peuple romain, et ils commençaient à établir la proportion des nouvelles taxes.

Lorsque même l'esprit de liberté a été entièrement éteint, les sujets les plus accoutumés au joug ont osé quelquefois défendre leurs propriétés contre une usurpation dont il n'y avait point encore eu d'exemple. Mais ici l'insulte aggrava l'injure, et le sentiment de l'intérêt particulier fut réveillé par celui de l'honneur national. La conquête de la Macédoine, comme nous l'avons déjà remarqué, avait délivré les Romains du poids des impositions personnelles. Depuis près de cinq ans, ils jouissaient de cette exemption. Quoique, durant cette époque, ils eussent éprouvé toutes les formes du despotisme, ils ne purent supporter l'insolence d'un . paysan de l'lllyric,qui, du fond de sa résidence en Asie, osait mettre Rome au rang des villes tributaires de son empire. Ces premiers nioiivemens de fureur furent encouragés par l'autorité du sénat, ou du moins par la connivence de cette assemblée. Les faibles restes des gardes prétoriennes, qui avaient raison de

Chartreux; el même un des logemens du portier s'est

trouvé assez vaste pour former une aulrc église nui appartient aux Ffiiillans. I * Voyez Lactance , de Mort, penee. , c. 26 , 31 .

craindre une entière dissolution, saisirent avidement un prétexte si honorable de tirer l'épée : ces braves soldats se déclarèrent prêts à défendre leur patrie opprimée. Tous les citoyens désiraient, bientôt ils espérèrent chasser de l'Italie les tyrans étrangers, et remettre lesceptre entre les mainsd'uH prince qui, par le lien de sa résidence et parles maximes de gouvernement, méritât encore une fois le titre d'empereur romain. Le nom et la situation de Maxence déterminèrent en sa faveur l'enthousiasme du peuple.

Maxence, fils de l'empereur Maximien, avait épousé la fille de Galère. Ce mariage et sa naissance semblaient lui frayer le chemin du trône; mais |£ titre de césar lui avait été refusé : ses vices et son incapacité lni firent donner la même exclusion que Constantin avait méritée par une supériorité dangereuse de talent. Galère préférait des associés qui ne pussent ni déshonorer le choix de leur bienfaiteur , ni résister à ses ordres. Un obscur étranger fut done nommé souverain d'Italie; et le fils du dernier empereur, forcé de descendre au rang de sujet, se retira dans une maison de campagne à quelques milles de la capitale. Les sombres passions de son nme, la honte, l'agitation et la rage furent enflammées par l'envie lorsqu'il apprit les succès de Constantin. Le mécontentement public ranima bientôt les espérances de Maxence. On lui persuada facilement d'unir ses injures et ses prétentions personnelles avec la cause du peuple romain. Deux tribuns des gardes prétoriennes et un intendant des provisions furent l'Unie du complot; et, comme tous les esprits concouraient au même but, l'événement ne paraissait ni douteux ni difficile. Les gardes massacrèrent le préfet de la ville et un petit nombre de magistrats qni restaient attachés à Sévère. Maxence, revêtu de la pourpre, fut déclaré, au milieu des applandisscruens du sénat et du peuple , protecteur de la dignité et delà liberté romaines. On ne sait si Maximien avait été informé de la conspiration avant qu'elle éclatât; mais, dès que l'étendard de La révolte eut été arboré dans la capitale, le vieil empereur sortit tout-à-coup de la retraite où l'autorité de Dioctétien l'avait condamné à mener trisle-

ment une vie solitaire. Lorsque Maximïen parut de nouveau sur la scène, il cacha son ambition sous le voile de la tendresse paternelle. A la sollicitation de son fils et du sénat, il voulut bien reprendre la pourpre. Son ancienne dignité , son expérience , sa réputation dans les armes ajoutaient de l'éclat et de la force au parti de Maxence '.

L'empereur Sévère, pour suivre l'avis on plutôt les ordres de son collègue, se rendit en toute hâte à Rome, persuadéquela promptitude inattendue de ses mesures dissiperait facilement le tumulte d'une populace timide, dirigée par un jeune efféminé. Mais, à son arrivée, il trouva les portes de la ville fermées, les murs couverts d'hommes et de machines de guerre, et les rebelles commandés par un chef expérimenté. Les troupes même de l'empereur manquaient de courage ou d'affection. Un détachement considérable de Maures, attirés par la promesse d'une grande récompense, passa du côté de l'ennemi ; et s'il est vrai que ces barbares eussent été levés par Maximien dans son expédition en Afrique, ils préférèrent les sentimens naturels de la gratitude aux. liens artificiels de l'obéissance. Le préfet du prétoire, Ànulinus, se déclara pour Maxence, et il entraîna avec lui la plus grande partie de ses soldats, accoutumés à recevoir ses ordres. Rome, selon l'expression d'un orateur, rappela ses armées; et l'infortuné Sévère, sans force et sans conseil, se retira ou plutôt s'enfuit avec précipitation à Ravenne. Il pouvait y être pendant quelque temps en sûreté. Les marais qni environnaient cette fille suffisaient pour empêcher l'approche de l'armée d'Italie ; et tes fortifications de la place étaient capablesde résister à ses attaques. La mer, que Sévère tenait avec une flotte puissante, assurait ses approwsionaemens et ouvrattréntréeduportaaxlégionsd*niyrieetdes provinces orientales , qui, au retour du printemps, auraient marché à son secours. Maxi-

' Le surfine Panégyrique présente la conduite 4e M»if-

miensonsle jour le plus ftwor»ble-,rt l'expreanon équivoque d'Aurdius Vider, retraitante rfiii.peut égileraeiii signifier qu'il trama la conjuration , on qu'il s'y apposa. (Voyez ZMln»,l.n, p.»,etl#eUace,de*>rt. ptnasqC.SD.)

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î« DÉCADENCE DE L'

mien, qui conduisait le siège en personne, redoutait les suites d'une entreprise qui pouvait consumer son temps et son armée. Persuadé qu'il n'avait rien à espérer de la force ni de la lamine, il eut recours à des moyens qui convenaient bien moins à son caractère qu'à celui de sou ancien collègue; et ce ne lut pas tant contre les murs de Ravenne que contre l'esprit de Sévère qu'il dirigea ses attaques. La trahison que ce malheureux prince avait éprouvée le disposait a douter de la sincérité de ses plus fidèles amis. Les émissaires de Maximien persuadèrent facilement à Sévère qu'il se tramait un complot pour livrer la ville; et, lui peignant les"malhenra auxquels il s'exposait en se remettant à la discrétion d'un vainqueur irrité , ils le déterminèrent à recevoir la foi d'une capitulation honorable. Il fut traité d'abord avec humanité et avec respect. Maximien mena l'empereur captif à Rome, et lui donna l'assurance la plus solennelle que sa vie était en sûreté , puisqu'il avait abandonné la pourpre. Maïs Sévère ne put obtenir qu'une mort douce et les honneurs funèbres réservés aux empereurs. Lorsque la sentence lui fut signifiée, on le laissa maître de la manière de l'exécuter. Il se lit ouvrir les veines à l'exemple des anciens. Dés qu'il eut rendu les derniers soupirs, son corps l'ut porté au tombeau qui avait été construit pour la famille de Gailien*.

Quoique le caractère de Maxence et celui de Constantin eussent très-peu de rapport . l'un avec l'outre, leur situation et leur intérêt étaient les mêmes; et la prudence exigeait qu'ils réunissent leurs forces contre l'ennemi commun. L'infatigable Maximien , quoique d'un rang supérieur, et malgré son âge avancé, passa les Alpes, sollicita une entrevue personnelle avec le souverain de la Gaule, et lui offrit sa fille Fausta, comme le gage de la nouvelle alliance. Le mariage fut célébré dans la ville d'Arles avec une magni-

•s de cette guerre et la mort de Sévère sont rapportées très-diversement et d'une manière fort incertaine dans nos anciens frigmens. (Voyez Tillemont , Histoire des Empereurs , mm. n , part, i, n, 555. ) j'ai lâche d'eu tirer une narration conséquente et vrii- «eniMablc.

EMPIRE ROMAIN, (307 dcp. J.-C).

ficence extraordinaire , et l'ancien collègue de Dioclétien, reprenant les droits d'un empereur d'Occident, conféra le titre d'auguste à son gendre et à son allié. En recevant cette dignité des mains de sou bcan-père , Constantin paraissait embrasserla cause de Rome et du sénat; mais il ne s'exprima que d'une manière équivoque: et les secours qu'il fournit furent lents et incapables de fairepeitchcr la balance. Il observait avec attention les démarches des souverains de l'Italie et de l'empereur d'Orient , qui allaient bientôt mesurer leurs forces ; et il se préparait ù consulter dans la suite sa sûreté et son ambition ' .

Une guerre si importante exigeait la présence et les talens de Galère. A la télé d'une armée formidable rassemblée dans l'illjric et dans les provinces orientales , il entra en Italie , résolu de venger la mort de Sévère et de châtier les Romains rebelles, ou , comme . s'exprimait ce barbare, avec le projet d'écraser le sénat et de massacrer le peuple. Mais l'habile Maximien avait formé un plan judicieux de défense. Son rival trouva toutes les places fortifiées , inaccessibles et remplies d'ennemis ; et quoiqu'il eût pénétré jusqu'à Narni, à soixante milles de Rome, sa domination en Italie ne s'étendait pas au-delà des limites étroites de son camp. A la vue des obstacles qui naissaient de toutes parts, le superbe Galère daigna le premier parler de réconciliation. 11 envoya deux de ses principaux officiers aux souverains de Rome pour leur offrir une entrevue. Ces députés assurèrent Maxence qu'il avait tout à espérer d'un prince qui avait pour lui les sentimens et la tendresse d'un père, et qu'il devait bien plus compter sur sa générosité que sur le hasard incertain de la guerre *. La proposition de l'empereur d'Orient fut rejetée avec fermeté, et sa perfide amitié refusée avec mé-

1 Le sixième Panégyrique (ut prononcé pour célébrer l'élévalioD de Constantin ; mais le prudent orateur évite de parler de Galère ou de Maxence. Il ne se permet qu'une légère allusion à la majesté de Home , et aux troubles qui l'agitèrent.

s Voyez, au sujet de cette négociation, les fragmens d'un historien anonyme, que M. de Valois apubiiésàla On de son édition d'Ammien-MarceilUi , p. 711. Ces fragmens nous ont fourni plusieurs anecdotes curieuses , et , à ce qu'il parait, authentiques.

ed'byGoOgle

(307 tlcp. J.-C.)

PAU ÉD. GIBBON. Cil. XIV.

pris. Il s'aperçut bientôt que s'ilne sn déter- | gecs cl de barbares qui, avant de porter la guerre en Italie, n'avaient jamais aperçu cette contrée? S'ils n'eussent pas été retenus par des motifs plus intéressés, leur réponses Galère eut été celle des vétérans de César:

• Si tu désires nous mener sur les rives dn

> Tibre, nous sommes prêts à tracer ton

> camp. Quels que soient les murs que tu

> veuilles renverser, tu peux disposer de nos

> bras : ils auront bientôt fait mouvoir les

• machines. Nous ne balancerons pas; la

> ville dévouée à ta colère fût-elle Rome

• elle-même. >Ce sont, il est vrai, les expressions d'un poète ; mais ce poète avait étudié attentivement l'histoire, et on lui a même reproché de n'avoir point osé s'en écarter '.

Les soldats de Galère donnèrent une bien triste preuve de leurs dispositions par les ra- ' vages qu'ils commirent dans leur retraite. Le meurtre, le pillage, ta licence la plus effrénée marquèrent partout les traces de leur passage. Ils enlevèrent les troupeaux des Italiens ; ils réduisirent les villages en cendres ; enfin ils. s'efforcèrent de détruire le pays qu'il ne leur avait pas été possible de subjuguer. Pendant toute la marche, Maxence harcela leur arrière-garde; il évita sagement une action générale avec ces vétérans braves et désespères. Son père avait entrepris un second voyage en Gaule, dans l'espoir d'engager Constantin, qui avait levé une armée sur la frontière, à poursuivre l'ennemi et à compléter la victoire. Hais la prudence, et non le ressentiment, dirigeait toutes les actions de Constantin. Il persista dans la sage résolution de maintenir une balance égale de pouvoir enu* les divers souverains de l'empire. Il ne naissait déjà plus Galère , depuis que ce prince entreprenant avait cessé d'être un objet de terreur*.

L'âme de Galère, quoique susceptible des

lCMn tnp«-Tustl H imnsï'Trbrldu v&bu ( luttai ).

minait à la retraite, il avait tout lieu d'appréhender le sort de Sévère. Pour buter la ruine d'un tyran abhorré, les Romains prodiguaient ces mêmes richesses qu'ils n'avaient pas voulu livrer à son avidité. Le nom de Maximien, la conduite populaire de son fils, des sommes considérables distribuées en secret , et la promesse de récompenses encore plus magnifiques, réprimèrent l'ardeur des légions d'illyrie et corrompirent leur fidélité. Enfin, lorsque Galère donna le signal du départ , il fut forcé d'avoir recours aux supplications et aux plus vives instances pour engager ses vétérans à ne pas déserter un étendard qui les avait menés tant de fois à l'honneur et à La victoire. Un auteur contemporain attribue le peu de succès de cette expédition à deux autres causes ; mais elles ne sont point de nature a pouvoir être raisonnablement adoptées. Galère, dit-on , s'était formé une Idée fort imparfaite de la grandeur de Rome. Comme il jugeait de cette ville par celles de l'Orient qu'il connaissait , il ne se trouva pas en état d'entreprendre le siège de l'immense capitale de l'empire. Mais l'étendue d'une place ne sert qu'à la rendre plus accessible à l'ennemi. -Depuis long-temps Rome était accoutumée ti se soumettre dès qu'un vainqueur s'approchait de ses murs , et les faibles efforts d'un peuple animé par un enthousiasme passager se seraient bientôt brisés contre la discipline et la valeur des légions. On prétend aussi que les soldats eux-mêmes furent frappés d'horreur et de remords , et que ces enCansde la république, pleins de respect pour leur ancienne mère, refusèrent d'en violer lu sainteté ' . Il est bien difficile de concilier cette extrême délicatesse avec les suites cruelles des anciennes guerres civiles. Lorsqu'on se rappelle avec quelle facilité l'esprit île parti et l'habitude de l'obéissance militaire avaient armé les citoyens contre Rome et les avaient rendus les ennemis les plus implacables , que doit-on penser d'une foule d'étrun-

i LkHdm-, de Sfort.persec, e. 28. I* première de ces .nùsotts eu probablement prise de Virgile, lorsqu'il bit dire I un de ses bergers :

lill licrt pcDliu wlll qum JUlKTll uten , ■Mtrtt

Lucaln , Phart, i , m.

iljcUnce, de Mort.persee., c.27; Zosime.l. n,p. 82. Celui-ci ttl entendre que Constantin, danisonentremeavecHaxiniieD «wt promit de déclarer U guerre «Galère. "

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passions les plus violentes , net ait point insensible aux charmes d'une amitié sincère et durable. Licinius, qui avait à peu près les mêmes inclinations et le môme -caractère , parait avoir toujours eu son estime et sa tendresse. Leur intimité avait peut-être commencé dans les temps plus heureux de leur jeunesse et de leur obscurité. L'indépendance et les dangers de la vie militaire avaient cimenté cette première union ; et ils avaient parcouru d'un pas presque égal la carrière des honneurs attachés à la profession des armes. Galère, dès qu'il eut été revêtu de la dignité impériale , forma probablement le dessein d'élever son compagnon au même rang. Dans le peu de temps que dura sa prospérité , il ne crut pas le titre dé césar digue de l'âge et du mérite de Licinius, et il lui destinait la place de Constance avec l'empire de l'Occident. Lorsque l'empereur se préparait à marcher en Italie, il envoya son ami siir le Danube pour garder cette frontière importante. Aussitôt après cette malheureuse expédition , Licinius monta sur le trône vacant par la mort de Sévère, et il obtintle gouvernement immédiat des provinces de l'Ulyrie *. Dès que la nouvelle de son élévation fut parvenue en Orient, Maximin, qui régnait sur l'Egypte et sur la Syrie, on plutôt qui opprimait ces contrées, ne put dissimuler sa jalousie et son mécontentement. Dédaignant le nom inférieur de césar, il exigea hautement celui d'auguste ; et Galère, après avoir employé inutilement les prières et les raisons les plus fortes , souscrivit à sa demande '. L'univers romain fut gouverné pour la première et pour la dernière fok par six empereurs. En Occident, Constaiffin et Maxeace affectaient de respecter leur père Maximien.

i M. de Tillemonl ( HIst. de» Emp., ton. it, part, i, p. 5W) > prouvé que licinius , sans passer par le rang intermédiaire de césar , rut déclaré auguste le n novembre de l'année 307 , après que Galère fut revenu de l'Italie.

s Laclance , de Mort, persee., c. 33. Lorsque Galère éleva Licinius i la même dignité que lui , et qu'il le déclara auguste , il crut pouvoir satisfaire son jeune collègue en imaginant pour Constantin et pour Maximin ( et non ntascenee , Voyez Baluze , p. 81 ) , le nouveau litre de /ils des augustes ; mais Maïunin loi apprit qu'il avait déjà été salué auguste par l'année; Galère fut obligé «le reconnaître ce prince, aussi bleu que Constantin , comme associés égaux i la dignité impériale.

(308 dep. J.-C.) Licinius et Maximin, en Orient, avaient une considération plus réelle pour Galère leur bienfaiteur. L'opposition d'intérêt et le souvenu? récent d'une guerre cruelle divisèrent l'empire en deux grandes puissances ennemies; mats leurs craintes respectives produisirent une tranquillité apparente et même une feinte réconciliation, jusqu'à ce que la mort des deux plus anciens souverains, de Maximien et surtout de Galère, donnât une nouvelle direction aux vues et aux passions ambitieuses des princes qui leur survécurent.

Lorsque Maximien avait, malgré sa répugnance, abdique l'empire, les vils orateurs de ce siècle applaudirent à sa modération philosophique. Ils le remercièrent de son généreux patriotisme, lorsque son ambition alluma ou du moins attisa le feu de ht guerre, et, loin de vanter alors son amour pour le repos et pour la solitude, ils lui prouvèrent qu'il n'avait pu, sans injustice, abandonner l'administration des affaires publiques ' . Mais il eut été impossible que l'harmonie subsistât long-temps entre Maximien et son fils, tant qu'ils seraient assis sur le même trône. Maxence , qui se regardait comme souverain de l'Italie légitimement élu par le sénat et par le peuple romain, ne pouvait supporter les prétentions arrogantes de son père. D'un autre côté, Muximien déclarait que son nom et ses talc.ns avaient seuls établi sur le trône un jeune prince téméraire et sans expérience. Une cause si importante fut plaidéc devant les gardes prétoriennes. Ces troupes, qui redoutaient la sévérité du vieil empereur, embrassèrent le parti de Maxence ".On respecta toutefois la vie et la liberté de Maximien, qui se relira en Illyrie, affectant de déplorer son ancienne conduite et méditant en secret de nouveaux complots. Mais Galère, qui connaissait son caractère turbulent, le força, bientôt

i Voyez Panegyr. vet., n, 9. Audi dolorû nostri liberamvoeem, etc. Toutlepassageest diclépar la flatterie la plus adroite, et exprimé avec une éloquence facile et agréable.

t>z Lactanoe , rie Mort, pertte., e.28; Zosûne, 1. h , p. 82. On fit courir le bruit que Mmenec était le 01» de quelque Syrien obscur , et que la ieuune de Maxùnien l'avait substitué à aoa prepoe enfant, s Voyez Aurelius Victor ; Anonyme ; Val. et RajKgyr- vet., jx, 3, 40

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(303 dop. J.-C.)

de quitter ses domaines , et le dernier asile du malheureux fugitif lïilla cour tic Constantin '. Ce prince artificieux eut pour son beaupère les plus grands égards, et l'impératrice Fausta le reçut avec toutes les marques de la tendresse filiale. Maximieu, pour éloigner tout soupçon , résigna une seconde fois la pourpre', protestant qu'il était enfin convaincu de la vanité des grandeurs et de l' ambition. S'il eût suivi constamment ce dessein, il aurait pu finir ses jours avec moins de dignité, il est vrai, que dans sa première retraite, mais du moins il aurait encore goûté les douceurs d'un repos honorable. La vuedu trône qui frappait ses regards lui rappela le poste brillant d'où il était tombé, et, par un effort désespéré, il résolut de régner ou de périr. Une incursion des Francs avait obligé Constantin de se rendre sur les bords du Rhin. Il n'avait avec lui qu'une partie de son armée : le reste de ses troupes occnpait les provinces méridionales de la Gaule , qui se trouvaient exposées aux entreprises de l'empereur d'Italie, et l'on avait déposé dans la ville d'Arles un trésor considérable. Toui-àcoup le bruit se répand que Constantin a perdu la vie dans son expédition. Maximien, qui avait inventé cette fausse nouvelle , ou qui y avait ajouté foi trop légèrement, monte sur le tronc sans hésiter, s'empare du trésor, et, le dispersant avec sa profusion ordinaire parmi les soldats, il leur remet devant les yeux ses exploits et son ancienne dignité. II [larait même qu'il s'efforça d'attirer à son parti son fils Maxence; mais il n'avait point encore pu terminer celte négociation, ni af- . ferrai son autorité, lorsque la célérité de Constantin renversa toutes ses espérances. Ce prince n'est pas plus tôt informé de l'ingratitude et de la perfidie de son beau-père, qu'il vole avec une diligence incroyable des bords du Rhin à ceux de la Saône. Il s'embarque à Châlons sur cette dernière rivière. Arrivé à

' Ab urbe patsiim, ab Italia fiigatiim, ab Illyrico répudiation , tu» provincial , tuis copiis , tua palatin recepisti. (Euœen., Paneg. vct., vu, 14.)

*hKtantt:, tic Mort. persec,,c, 23. Cependant lorsque Maiimien eut résignais pourpre, Constantin lui consens toujours 1» pompe et le* honneurs de la dignité impériale , et dans lentes les occasions publiques il dwntit la décile nson beau-père. (P«w«r.rel.,ra,15.>

PAR EU. GIBBON. Cil. XIV. 247

Lyon , il s'abandonne au cours, rapide du Rhône et parait aux portes d'Arles avec des forces supérieures à celles de son ennemi. Maximien eut à peine le temps de se réfugier dans la .ville voisine de Marseille. La petite tangue de terre qui joignait cette place an continent était fortifiée, et la mer pouvait favoriser la fuite de Maximien ou l'entrée des secours de son fils, si Maxence avait intention d'envahir- la Guule sous le prétexte honorable de défendre un père malheureux et outragé. Prévoyant les. suites fatales d'un délai, Constantin ordonna l'assaut; mais les échelles se trouvèrent trop courtes, et l'empereur d'Occident aurait pu se trouver arrêté. devant Marseille aussi long-temps que le premier des Césars. La garnison elle-même mit fin à ce siège : les soldais, ne pouvant se dissimuler leur faute cl les dangers qui les menaçaient , achetèrent leur pardon en livrant la ville et la personne de Maximien. Une sentence irrévocable de mort fut prononcée en secret contre l'usurpai dur. H obtint seulement la grâce «qu'il avait accordée à Sévère , et on publia qu'opprimé par les remords d'une conscience tant de fois coupable il s'était étranglé de ses propres mains. Lorsqu'il eut perdu l'assistance de Dioclétion, et qu'il eut dédaigné les avis modérés de ce safie collègue, tl ne vécut que pour troubler l'état et pour éprouver une suite de disgrâces personnelles. Enfin, après trois ans de calamités, sa vie active fut terminée par une mort ignominieuse. Ce prince méritait sa destinée; mais nous applaudirions davantage à l'humanité de Constantin s'il eut épargné un vieillard dont il avait épousé la fille, et qui avait été le bienfaiteur de son père. Dans cette triste scène, il parait que Fausta sacrifia les sentuneiiB.de la nature au devoir conjugal'. Les dernières années de Galère furent moins honteuses et moins infortunées. Quoi-

» Zdsurie, l. n, p. 82; Eumcn., Paneg. Tel., vu, 16-21. Le deraï.er de tes auteurs a , sans contredit , expose toute L'affaire daoa le jour le plus favorable à son souverain. Cependant, d'après même sa narration partiale, on peut conclure que la clémence répétée de Constantin, e( les trahisons réitérées de Maxinùen, telles qu'elles ont été décrites par Laetance ( de Mort, persec, c.29, 30) et copiées par les modernes , sont dcjiourvucs de tout rondement historique.

SU

qu'il eût rempli avec plus de gloire le poste subordonné de césar que le rang suprême d'auguste, il conserva jusqu'à l'instant de sa mort la première place parmi les princes de l'empire romain : il vécut encore quatre ans environ après sa nuruile d'Italie, et, renonçant sagement à ses projets de monarchie universelle, il ne songea plus qu'à mener une vie agréable. On le vit même alors s'occuper de travaux utiles à ses sujets; il fit écouler dans le Danube le superflu des eaux du lac Pelson, et couper les forêts immenses qui l'entouraient : ouvrage important qui rendait à la Pannonie une grande étendue de terres labourables*. Ce prince, victime des excès auxquels il s'était livré , mourut des suites d'une maladie longue et cruelle. Son corps, couvert d'ulcères et prodigieusement enflé, ne présentait qu'une masse informe ; il en sortait une multitude innombrable de ces insectes qui ont donné leur nom à un mal affreux *. Mais comme Galère avait offensé tin parti zélé et très-puissant parmi ses sujets , ses souffrances, loin d'exciter leur compassion, leur ont paru l'effet visible de la justice divine1. 11 n'eut pas plus tôt rendu les dentiers soupirs dans son palais de Nicomédie, que les deux princes dont il avait clé le bienfaiteur commencèrent à rassembler leurs forces, dans l'intention de se disputer ou de diviser entre eux les états qui lut avaient . appartenu. On les engagea cependant à re-

■Auretius Victor, e. 40. Mais ce lac était dans la haute Pannonie, près des confins du ftorique. ; et la province de Valeria ( nom que la femme de Galère donna au pays desséché) était certainement située entrelaDrave elle Danube (Sextus Kufus , e. 9 ). Je croirais donc que Victor a confondu le lac Pelson avec les marais Volocéens , ou , comme on les appelle aujourd'hui , le lac Sabalon. Ce lac est au centre de la province de Valeria. Sa longueur esl de douze milles de Hongrie (environ vingt-qualre lieues ), et il peut en avoir deux de large. ( Voyez Severini.fmt.

J Lactauce , de Mort, persec, c. 33 ; Eusube, L vm , c. 1 6 , décrivent les sy mpiùuies et les progrès de sa maladie avec une exactitude singulière , et avec uu plaisir manifeste.

3 S'il esl encore des hommes qui { semblables au docteur Jortin , Remarques sur l'Histoire Ecclésiastique, vol. u,p. 30G-35U) se plaisent à rapporter la iuo4 nwrveilleujj des persécuteurs, je les exhorte à lire un passage admirable de Grotius ( liisl., I. vu , p. 332) concernant la «entière maladie de Philippe 11 , toi d'Espagne,

308 dep. J.-C.} noncer au premier de ces projets, et à se contenter du second. Les provinces d'Asie tombèrent en partage à Maximin, celles d'Europe augmentèrent les domaines de Licinius. L'Hellespont etleBosphore de Thracc formèrent leurs limites respectives, et les rives de ces détroits, qui se trouvaient dans le centre de l'empire romain, furent couvertes de soldats , d'armes et de fortifications. Après la mort de Maximien et de Galère, l'empire ne fut plus gouverné que par quatre empereurs. Un intérêt commuu unit bientôt Constantin" et Licinius ; Maximin et Maxcnce conclurent entre eux une secrète alliance. Leurs sujets infortunés attendaient avec effroi les suites funestes d'une dissension devenue inévitable, depuis que ces souverains n'étaient plus retenus par la crainte ou par le respect qne leur inspirait Galère1.

Parmi cette foule de crimes et de malheurs enfantés par les passions des princes romains, on éprouve quelque plaisir en voyant une seule action qui peut être attribuée à leur vertu. Constantin , dans la sixième année de son règne, visita la ville d'An tun, et remit généreusement les arrérages du tribut. II réduisit en même temps la proportion des contribuables. On comptait vingt mille personnes sujettes à la capitation. Ce nombre fut fixé à dix-huit mille"; cependant cette faveur même est la preuve la plus incontestable de la misère publique. Celte taxe étatl si oppressive, soit en elle-même, soit dans la manière de la percevoir, que le désespoir, diminuait un revenu dont l'exaction s'efforçait d'augmenter la masse. Une grande partir du territoire d'Autun restait sans culture : uue foule d'habitans aimait mieux vivre dans l'exil et renoncer à la protection des lois que de supporter les charges de la société civile. Le bienfaisant empereur, en soulageant les peines de ses sujets par cet acte particulier de lilHJralilé , laissa vraisemblablement subsister les autres maux qu'avaient

i Voyez Eusèbe , 1. rc , 6 , 10; Laclance de JVort.'prrtec, c. 30. Zosirae est moins esad ; il confond évidemment Maximien avec Maiû.lin.

2 Voyw le huitième ïfanéKyrique, dans lequel Ëuuiene déploie, eu présence de Constantin , les calamité» et la reconinUsaucc Je la ville u'Aulua,

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(312 dcp. J.-C ) PAU ED. GIBBON,

imrodtiils ses maximes générales d'administration. Mais ces maximes mornes étaient moins l'effet de son choix que celui de la nécessité ; et si nous en exceptons la mort de Maximien, le règne de Constantin dans la Gaule paraît avoir été le temps le plus innocent et même le plus, vertueux de sa vie. Sa pi'ésence mettait les provinces à l'abri des incursions des barbares , qui redoutaient ou qui avaient éprouvé sa valeur intrépide. Après une victoire signalée sur les Francs et sur les Allemands, plusieurs de leurs princes furent exposés par son ordre aux Itctes sauvages dans l'amphithéâtre de Trêves; et le peuple, témoin de ce traitement envers de si illustres captifs, semble n'avoir rien aperçu dans un pareil spectacle qui blessât les droits des nations ni ceux de l'humanité '.

Les vices de Maxence répandirent un nouvel éclat sur les venus de Constantin. Tandis que les provinces de la Gaule goûtaient tout le bonheur dont leur condition paraissait alors susceptible , l'Italie et l'Afrique gémissaient sous le despotisme d'un tyran aussi méprisable qu'il était odieux. A lu vérité, le zèle de la faction et de la flatterie a trop souvent sacrifié la réputation des vaincus à la gloire de leurs heureux rivaux ; mais les cicrivains mêmes qui ont révélé avec le plus de plaisir et de liberté les fautes de Constantin , conviennent unanimement que Maxence était cruel, avide et plongé dans la débauche*. II avait eu le bonheur d'apaiser une légère rébellion on Afrique. Le gouverneur cl un petit nombre de partisans avaient seuls été coupables : la province entière porta la peine de leurs crimes. Toute l'étendue de mile fertile contrée, et les villes florissantes de Cirtha et de Cartilage furent dévastées par le fer et par le feu. L'abus de la victoire fut suivi de l'abus des lois et de la justice; une année formidable d'espions et de délateurs envahit l'Afrique. Les riches et les nobles

en. xrv.

<Eutrope,x,3;Panégyr. vet., vu, 10, 11, 12. Un grand iw«breée- jeunes Francs fut aussi eipoté à cette mort

r ruelle et ignominieuse.

a Julien exclut Maxence du banquet des césars , et il parte -le ce prince avec mépris. Zostae (l. h, p. 83) l'awose aussi de toute sorte de cruautés et

furent aisément convaincus d'avoir des liaisons avec les rebelles; et ceux d'entre eux que l'empereur daigna traiter avec clémence, furent punis seulement par la confiscation de leurs biens'. Une victoire si éclatante fut célébrée par un triomphe magnifique.

Maxence exposa aux yeux du peuple les dépouilles et les captifs d'une province romaine.'L'état de la capitale ne méritait pas moins de compassion que celui de l'Afrique. Les richesses de Rome fournissaient un fonds inépuisable aux folles dépenses et à la prodigalité du monarque ; et les ministres de ses finances connaissaient parfaitement l'art de piller les sujets. Ce fut sous son règne que l'on inventa la méthode d'exiger des sénateurs un don gratuit. Comme la somme s'augmenta insensiblement, les prétextes que l'on imagina pour la lever, tels qu'une victoire , une naissance, un mariage, ou le consulat du prince, furent multipliés dans la même proportion *. Maxence nourrissait contre le sénat la même haine invétérée qui avait le plus caractérisé les anciens tyrans de Rome. Ce cœur ingrat ne pouvait être sensible à la fidélité généreuse qui l'avait élevé sur le trône et qui l'avait soutenu contre tous ses ennemis. La vie des sénateurs était exposée a ses cruels soupçons ; et , pour assouvir ses infâmes désirs , il portait le déshonneur dans le sein des plus illustres familles. On peut croire qu'un amant revêtu de la pourpre se trouvait rarement réduit à soupirer en vain ; mais, tontes les fois que la persuasion n'avait aucun effet, il avait recours à la violence. L'histoire nous a conservé l'exemple mémorable d'une femme de grande naissance qui conserva sa chasteté par une mort volontaire3 Les soldats furent la seule classe d'hommes

i Zoiime,!. h, p. 83-85

5; Anrdios Victor. ' î Le passage d'AunJius Victor doit être lu de la manière suivante : i Prieras inslituto pessimo mime.ntm • specie , patres oratoresque pecuniam conlerre prodi- > genU sM cogeret. ■

3 Pauegyr. vet., n, 3; Eusèbe, Hïst.Eccl.,mi, 14, el Vie de Constantin, i, 33, 3*; Rufin, c. 17. Cette vertueuse Romaine, qui se poignarda pour se soustraire i la violence de Maxence, était chrétienne et femme du préfet delà ville. Elle se nommait Soplironic. Les castrâtes n'ont pas encore décidé si, dans dépareilles occasions, le suicide peut être justifié.

que .Maxence parut respecter, ou dont il s'empressa de gagner l'affection. Il remplit Rome et l'Italie de troupes dont il favorisa secrètement la licence : sûres de l'impunité , elles avaient la liberté de piller, de massacrer monte le peuple < ; et elles se livraient aux mêmes excès que leur maître. Maxence donnait souvent à ses satellites la superbe maison de campagne ou la belle femme d'un sénateur. Un prince de ce caractère, également incapable de gouverner dans la guerre et dans la paix, pouvait bien acheter l'appui des légions; mais il ne lui aurait pas été possible d'obtenir leur estime. Cependaut son orgueil égalait ses autres vices. Taudis que, éloigné du bruit des armes, il passait honteusement sa vie dans l'enceinte de son palais ou dans les jardins de Saltuste, on l'entendait répéter que lui seul était empereur; que . les autres princes n'étaient que ses lieutenans; et qu'il leur avait confié la garde des provinces frontières, afin de pouvoir goûter sans interruption les plaisirs et les agrémens de ht capitale. Durant les six années de son règne, Rome, qui avait si long-temps regretté l'absence de son maître, frémissait à l'aspect de cet indigne monarque*.

Quelle que pût être l'horreur de Constantin pour la conduite de Maxence, quelque compassion que lui inspirât le sort des Romains, de pareils motifs ne l'auraient probablement pas engagé à prendre les armes. Ce fut le tyran lui-même qui attira la guerre dans ses états : il eut la témérité de provoquer un adversaire formidable, dont jusqu'alors!' ambition avait été plutôt retenue par des considérations de prudence que par des principes de justice *. Après la mort de Maxi-

l Pratorianii cœdemvulgi quondam annucret ; telle rit l'expression vague d'Àu retins Victor. Voyez une des- . cription plus particulière , quoique différente à certains égards, d'un tumulte et d'un massacre arrives a Home dans Eusebe ( I. vin , c. 14 ) et dans Zosime (I. u , p. 84).

3 Voyez dans les Panégyriques ( ix , 1 1 ) une peinture vite de l'indolence et du vain orgueil de Maxence. L'orateur remarque dans un autre endroit que le tyran , pour enrichir ses satellites , avait prodigué les trésors que Home avait accumulés dans un espace de mille soixante ans : redrmptis ad civile latrocinium manibia in cesserai.

s Après la victoire Je Constantin , on convenait gén£-

(312dep.J.-C.) mien, ses titres, selon l'usage reçu , avaient été effacés et ses statues renversées avec ignominie. Son fils, qui l'avait persécuté et abandonné pendant qu'il vivait, affectâtes plus tendres égards pour sa mémoire, et il ordonna que l'on fit le même traitement à toutes les statues élevées en Italie et en Afrique en l'honneur de Constantin. Ce sage prince, qui désirait sincèrement éviter une guerre dont il connaissait l'importance et les difficultés, dissimula d'abord l'insulte; il employa la voie plus douce des négociations, jusqu'à ce qu'enfin , convaincu des dispositions ennemies et des projets ambitieux de l'empereur d'Italie, il crut nécessaire d'armer pour sa défense. Maxence avouait ouvertement ses prétentions à la monarchie de l'Occident. Une grande armée, levée par ses ordres, se préparait déjà à envahir les provinces de la Gaule du côté de la Rhétie; et quoiqu'il n'eût aucun secours à espérer de Licinius, il se flattait que les légions d'illyric, séduites par ses présens et par ses promesses, abandonneraient l'étendard de leur maître et viendraient se mettre au rang de ses sujets et de ses soldats ■« Constantin n'hésita pas plus long-temps : il avait délibéré avec circonspection ; il agit avec vigueur. Le sénat et le peuple de Rome lui avaient envoyé des ambassadeurs pour le conjurer de les délivrer d'un cmel tyran; il leur donna une audience particulière; et, sans écouter les représentations timides de son conseil, il résolut de prévenir son adversaire, et de porter la guerre dans le cœur de l'Italie *.

relemeut que, quand ce prince n'aurait eu en vueqncde délivrer la république d'un tyran abhorré, un pareil motif aurait, en tout temps, justifié son expédition en Italie. (Eusebe, Vie de Constantin , 1. 1 , c 26; Panegyr. vet., k,2.)

1 Zosime,!. ii, p. 84,85; Nazarûis,Paneg.,x, 7-13.

* Voyez Paneg. vet., ix , 2. ■ Omnibus 1ère luis eomi-

• tibus et ducibus non soluni tacite mussaulibus, seil

• eliatn apertè timentibus, contra consilia hooiinum, ■ contra liaruspicum monita, ipse per lemel liberandie > urbis lempus venisse senlircs.' • Zouare (1- *"' ). *l Ccdrenus (in Compend. Hist., p. 270) sont les seuls qui parlent de celte ambassade des Romains; mais ces tirera modernes étaient à portée de consulter plusieurs ouvrages qui depuis ont été perdus, cl parmi lesquels nous pouvons compter la vie de Constantin par Praxagoras , philosophe athénien, Pliolius (p. 63) a fait un extrait assta court de cet ouvrage.

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(S12 dep. J.-C.)

Si l'entreprise paraissait glorieuse , elle ne présentait pas moins de dangers. Le malheureux succès des deux premières invasions suffisait pour inspirer les plus sérieuses alarmes. Dans ces deux guerres, les vétérans, qui respectaient le nom de Maximien, avaient embrassé la cause de son fils. L'honneur et l'intérêt ne leur permettaient pas alors de penser à une seconde désertion. Maxencc, qui regardait les prétoriens comme le plus ferme rempart de son trône, en avait augmenté le nombre selon leur premier établissement. Ces soldats composaient , avec les autres Italiens qui étaient entrés au service, un corps formidable de quatre-vingt mille hommes. Quarante mille Maures et Carthaginois avaient été levés depuis la réduction de l'Afrique. La Sicile mémo envoya des troupes. Enfin l'armée de Maxencc se montait à cent soixante-dix mille fantassins et dix-huit mille chevaux. Les richesses de l'Italie fournissaient aux dépenses de ia guerre, et les provinces voisines furent épuisées pour Former d'immenses magasins de blé et de provisions de toute espèce. Les forces réunies de Constantin ne consistaient que dans quatre-vingt-dix mille hommes de pied el huit mille de cavalerie '. Comme durant l'absence de l'empereur la défense du Rhin exigeait une attention extraordinaire, il ne pouvait mener en Italie plus de la moitié de ses troupes, à moins qu'il ne sacrifiât la sûreté publique à ses querelles particulières*. A la tète de quarante mille soldats environ, il ne craignit pas de se mesurer avec un rival suivi d'une armée au moins quatre fois supérieure cd nombre; mais depuis long-temps les Italiens, éloignés de tout danger, vivaient au sein de la mollesse, et avaient été énervés parle luxe. Accoutumés aux bains délicieux

■ Zosime (I. il , p. 86} nous donne ces détails curieux sur les forces respectives des deux rivaux : il ne parle point de leurs armées navales. On assure cependant (Paneg. vet., a, 35) que la guerre Tut portée sur mer aussi bien que sur terre, et que la flotte de Constantin s'empara de la Sardaignc, de la Corse et des ports de l'Italie.

! Paneg. veL, a, 3. Il n'est pas surprenant que l'orateur diminue le nombre des troupes avec lesquelles son souverain acheva la conquête de l'Italie ; mais il paraît en quelque sorte singulier qu'il ne Tasse pas monter l'armée du tyran à plus <le cent mille hommes.'

et aux théâtres de Rome, ils ne se traînaient qu'avec peine sur le champ de bataille. Parmi

ces troupes on voyait surtout des vétérans qui avaient presque oublié l'usage des armes, et de nouvelles levées qui n'avaient jamais su les manier. Les légions de la Ganle, endurcies aux fatigues de la guerre, défendaient, depuis plusieurs années, les frontières de l'empire contre les barbares du Nord; et ce service pénible, en exerçant leur valeur, avait affermi leur discipline. On observait entre les chefs la môme différence que parmi les armées. Le caprice et la flatterie avaient d'abord inspiré à Maxcnce des idées de conquête. Bientôt ces espérances ambitieuses cédèrent à l'habitude du plaisir et à la conviction de son inexpérience. L'âme de Constantin attendait l'occasion de déployer son intrépidité : nourri dans les camps, il savait agir, et il avait appris l'art de commander.

Lorsqu'Annibal passa de la Gaule en Italie , il fut obligé de chercher d'abord, ensuite de s'ouvrir un chemin à travers des montagnes habitées par des peuples barbares , qui n'avaient jamais accordé le passage à une armée régulière '. Les Alpes étaient alors gardées par ta nature; de nos jours l'art les a fortifiées. Des citadelles, construites avec autant d'habileté que de peines et de dépenses, commandent toutes les avenues qui conduisent à ia plaine, et rendent , du côté de la France, l'Italie presque inaccessible aux ennemis du rot de Sardatgne *. Mais, avant que l'on eût pris ces précautions, les généraux qui ont voulu tenter le passage ont rarement éprouvé de la difficulté ou de la résistance. Dans le siècle de Constantin, les paysans des

■ Les trois principaux passages des Alpes, entre la Gaule cl l'Italie , sont ceux du mont Saint-Bernard, du mont Cenis et du mont Genèvre. La tradition et une ressemblance de noms (Alpes Pennùia) avaient fait croire qu'Anuibal avait pris dans sa marche le premier de ces passages. (Voyei Simler, de Alpibus.) Le chevalier Folard ( Polybe , tome iv) et M. d'An ville conduisent le général calbagùiois par le mont Geuèvrr. Mais, malgré l'autorité d'un officier expérimenté et d'un savant géographe, les prétentions du mont Cenis sont soutenues d'une manière spécieuse, pour ne pas dire convaincante, par M. Grosley, Observations sur l'Italie , tom. i , p. 40, etc.

iLaBfunette.prcsdeSure, Deniont, Exiles, Fenestrelles, Conî, etc.

montagnes avaient perdu leur rudesse , et ils étaient devenus des sujets obéissaus. Le pays abondait en provisions; et de superbes chemins tracés sur les Alpes, jnonumens étonnons de la grandeur romaine, ouvraient plusieurs communications entre la Gaule et l'Italie *. Constantin préféra la roule des Alpes-Cottiennes, aujourd'hui le mont Cenis, et il conduisit ses troupes avec une diligence si active, qu'il descendit dans la plaine de Piémont , avant que la cour de Muxence eût reçu aucune nouvelle certaine de son départ des bords du Rhin. La ville de Suze cependant, située au /pied du mont Ccnis, était entourée de murs, et renfermait une garnison assez nombreuse pour arrêter les progrès du conquérant. L'impatience des troupes de Constantin dédaigna les formes ennuyeuses d'un siège. Le jour même qu'elles parurent devant Suze, elles mirent le feu aux portes, appliquèrent des échelles à la muraille, et, montant à l'assaut au milieu d'une grêle de pierres et de flèches, elles entrerait dans la ville l'épée à la main, et taillèrent en pièces la plus grande partie de ceux qui la défendaient. Constantin fit éteindre les flammes; et les restes de Suze furent préservés, par ses soins, d'une destruction totale. Aquaranie milles environ de celte place, déplus grands travaux l'attendaient. Les lioutcuans de Maxcucc avaient assemblé dans les plaines de Turin un nombreux corps d'Italiens. La principale force de cette armée consistait en une espèce decavalcrie pesante, que les Romains, depuis la décadence de leur discipline, avaient empruntée des nations de l'Orient. Les chevaux, aussi bien que les hommes, étaient revêtus d'une armure complète, dont les joints s'adaptaient merveilleusement aux mouvemens du corps. Une pareille cavalerie avait un aspect formidable ; il paraissait impossible de résister à son choc j et comme alors les généraux l'avaient disposée en colonne compacte ou coin, qui présentait une pointe aiguë, et dont les lianes " se prolongeaient à une grande profondeur, ils espéraient pouvoir renverser facilement et

' Voyez Ammim Maroellfn, iv, 10. La description ouït donne de» routes percées à travers les Alpes est claire , agréable et exacte.

L'EMPIRE ROMAIN, (312 dep. J.-C.)

écraser l'armée de Constantin. Peut-être leur projet aurait-il réussi, si leur adversaire expérimenté n'avait point embrassé le même plan de défense que l'empereur Auiélien avait snivi dans une circonstance semblable. Les évolutions habiles de Constantin divisèrent et harassèrent cette masse de cavalerie; les troupes de Maxence prirent la fuite avec confusion vers Turin, dont elles trouvèrent les portes fermées; aussi en échnppa-l-il très-peu à l'épée du vainqueur. Par ce service signalé, Turin mérita la clémence et même la faveur du conquérant. Il lit son entrée dans le palais impérial de Milan; et, depuis les Alpes jusqu'aux rives du Pô, presque toutes les villes d'Italie, non-seulement reconnurent l'autorité de Constantin, mais elles embrassèrent avec ardeur le parti de ce prince'.

Les voies Émilicnnc et Flamtoiennc conduisaient de Mïlan à Rome par une roule facile de quatre cent milles environ; mais, quoique Constantin brûlât d'impatience de combattre le tyran, il tourna prudemment ses armes contre une autre armée d'Indiens, qui, par leur force et par leur position, pouvaient arrêter ses propres et intercepter sa retraite, si la fortune ne favorisait pas son entreprise. Ruricius Poinpeianus, général [l'un courage et d'un mérite distingués, avait sons son commandement la ville de Vérone et toutes les troupes tle la province de Yénétie. Dès qu'il eut été informé que Constantin marchait à sa rencontre, il envoya contre lui un détachement considérable de cavalerie, qui fut défait dans une action près de Brescia, et que les légions de la Gaule poursuivirent jusqu'aux portes de Vérone. La nécessité, l'importance et lés difliciiUés du siège de cette place'frappèrcnt à la fois l'esprit péne-

' Zosïoie, ainsi qu'Eu Sùlie , se transporte toul-à-conp du passage des Alpes au combat eiecisif qui se donna pris de Rome. 11 laut avoir recours aux Panégyriques pour connaître les actions Intermédiaires de Constantin.

Le marquis MalTei a examiné le siège el la bataille de Vérone avec ce degré d'attention et d'exactitude que méritait une action mémorable arrivée dam son pays natal ; les fortili cations de celle ville, construites par Galien, étaient moins étendues que ne le sont aujourd'hui les murs et l'amphithéâtre n'était pas renfermé dans leur enceinte. (Voyuz Vtrona illmtrata, parti, p. 1«, ISO.)

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(St2dep.J.-C.)

trant de Constantin1. On ne pouvait approcher des. murs que par une péninsule étroite à l'occident de la ville. Les trois autres côtés étaient défendus par l'Adige, rivière profonde , qui couvrait la province de Vénétie, d'où les assiégés tiraient un secours inépuisable d'hommes et do provisions. Ce ne fut pas sans peine que Constantin trouva moyen de passer la rivière. Après plusieurs tentatives inutiles, il franchit le torrent dans un endroit où il était moins impétueux, à quelque distance au-dessus de la ville. Alors il entoura Vérone de fortes lignes, conduisit ses attaques avec une vigueur mêlée de prudence, et repoussa une sortie désespérée de Pompeianus. Cet habile général, lorsqu'il eut mis en usage tous les moyens de défense que la force de la place ou celle de la garnison pouvait fournir, s'échappa secrètement de Vérone , moins inquiet de son propre sort que de la sûreté publique. Il rassembla bientôt, avec une diligence incroyable, assez de troupes pour combattre Constantin dans la plaine, ou pour l'attaquer s'il persistait à rester dans ses lignes. L'empereur, attentif aux mouveinens d'un ennemi si redoutable, cl informé de sou approche, laisse une partie de ses légions continuer les opérations du siège, cl, suivi des troupes sur la valeur et sur la fidélité desquelles il comptait le plus, il s'avance en personne au-devant du général de Maxence. L'armée de la Gaule avait d'abord été rangée sur deux lignes égales, selon les principes généraux de la lactique ; mais leur chef expérimenté, voyant que le nombre des Italiens excédait île beaucoup celui de ses soldats , change tout-à-coup ses dispositions ; il diminue sa seconde ligne, et donne à la première une étendue aussi considérable que le front des ennemis. De pareilles évolutions, que des vétérans seuls peu ve m exécuter sans confusion au moment .du danger, sont presque toujours décisives ; cependant, comme le combat commença vers la fin du jour, et qu'il fui disputé durant toute la nuit avec une grande opiniâtreté, l'habileté des généraux devint moins nécessaire que le courage des soldats. Les premiers rayons du soleil éclairèrent la victoire de Constantin ; il aperçut lu plaine couverte de plusieurs mil-

liers d'Italiens vaincus. Leur général Pompeianus fut trouvé parmi les morts. Vérone se rendit aussitôt à discrétion, et la garnison fut faite prisonnière de guerre1. Lorsque les officiers de l'armée victorieuse félicitèrent leur maître sur cet important succès, ils mêlèrent à leurs louanges quelques-uns de ces reproches qui ne sauraient blesser les monarques les plus jaloux : ils représentèrent à Constantin que, non content de remplir lotis les devoirs d'un commandant, il avait exposé sa personne avec une bravoure dont l'excès dégénérait presque en témérité, et ils le conjurèrent d'avoir désormais plus d'égards à sa propre conservation, et de penser que de sa vie dépendait la sûreté de Rome et de l'empire*.

Tandis que Constantin signalait sa valeur et sa conduite sur le champ de bataille, le Souverain de l'Italie paraissait insensible aux calamités cl aux périls d'une guerre civile qui déchirait le sein de ses états. Le plaisir était la seule occupation de Maxence. Cachant ou affectant de cacher au public le mauvais succès de ses armes5, il s'abandonnait à une vainc confiance qui éloignait le remède du mal, sans éloigner le mal lui-même4. Plongé dans une falaie sécurité, les progrès rapides de ses ennemis3 furent à peine' capables de l'en tirer. 11 se flattait que sa réputation de générosité, et que lu majesté du nom romain, ijui l'avaient déjà délivré de deux invasions, dissiperaient avec la même facilité l'armée rebelle de la Gaule. Les officiers habiles et expérimentés qui avaient servi sous les élen-

' Ils manquaient de chaînes pour un si grand nombre de captifs , et tout le conseil se trouvait dans an grand s l'ingénieux vainqueur imagina l'heu-

pédicnl d'en forger avec les epees des vaincus.

{l'an

îPaneg. «t., tx, 10.

3 Lifteras calamitatum suarum indices supprime.' bat. ( Paneg. «t., n, 15.)

* Remédia malorum potiàs quant maia diffèfrtat. Telle est l'expression Une dont Tacite se sert pour blâmer l'indolence stupide de Vitelliut.

* Le marquis MafTeia rendu extrêmement probable l'opinion que Constantin était encore à Vérone le !«■ septembre de l'année 3)2 , et que l'ère mémorable des inactions a commencé lorsque ce prince se lut emparé de la Gaule Cisalpine.

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dards de Maximien furent enfin forcés d'apprendre à son indigne fils Le danger imminent où il se trouvait réduit : s'exprimant avec une liberté qui l' étonna, et qui seule pouvait le convaincre, ils lui représentèrent la nécessité de prévenir sa ruine en développant avec vigueur les forces qui lui restaient. Les ressources de Maxence en hommes et en argent étaient encore considérables. Les prétoriens sentaient combien leur intérêt et leur sûreté se trouvaient fortement liés à la cause de leur maître. On assembla bientôt une nouvelle armée , plus nombreuse que celles qui avaient été ensevelies dans les champs de Turin et de Vérone. L'empereur ne paraissait pas disposé à prendre le commandement de ses troupes. 11 redoutait un combat dangereux, qui devait décider de sa fortune; et, comme la crainte est ordinairement superstitieuse, il écoutait avec une sombre inquiétude le rapport des augures et des présages qui semblaient menacer sa vie et son empire. Enfin, la honte lui tint lieu de courage, et le força de paraître sur le champ de bataille. Ce tache tyran ne put supporter le mépris du peuple romain : partout le cirque retentissait des clameurs de l'Indignation. La multitude assiégeait tumultueusement les portes du palais, accusant la lâcheté d'un prince indolent, et célébrant le courage héroïque dé son rival '. Maxence, avant de quitter Rome, consulta les livres Sibyllins. Si les gardiens de ces anciens oracles ignoraient les secrets du destin, ils connaissaient parfaitement les arts de ce monde : ils rendirent une réponse très-prudente , qui pouvait s'adapter à l'événement et sauver leur réputation, quel que fut le sort des armes *.

On a comparé la célérité de la marche de Constantin a la conquête rapide de l'Italie par le premier des Césars : ce parallèle flatteur est assez conforme à la vérité de l'histoire, puisqne entre la reddition de Vérone et la fin décisive de la guerre il ne s'écoula que cinquante-huit jours. Constnnlin avait tonjour appréhendé que le tyran ne suivit les

< Voyez Panesiyf. vet., xi, 19; LacUoce, deliorL pers. , c. 44.

' 1 Mo die hostem Komaiiontm rsse periturum. Le prince vaincu devenait immédiatement l'ennemi de Rome.

(312 dep. J.-G.)

conseils de la crainte, et peut-être de la prudence, et qu'au lieu d'exposer ses dernières espérances an risque d'une action générale, il ne s'enfermât dans Rome : d'amples magasins auraient alors rassuré Maxence contre les dangers de la famine; et comme la situation de Constantin ne souffrait aucun délai, il se serait peut-être vu réduit à la triste nécessité de détruire par le.fer et par le feu la ville impériale, cette récompense de ses travaux, et dont la délivrance avait été le motif, ou plutôt en effet le prétexte de la guerre civile'.

Ce fut avec un plaisir égal à sa surprise, qu'étant arrivé dans un lieu appelé Saxa Rubra, à neuf milles environ de Rome*, il aperçut Maxence et ses troupes disposées à livrer bataille3. Le large front de cette armée remplissait une plaine très-spacieuse, et ses lignes profondes s'étendaient jusqu'au bord du Tibre, qui couvrait f arrière-garde, et qui lui coupait la retraite. On assure, et nous pouvons le croire, que Constantin rangea ses légions avec une habileté consommée, et qu'il choisit pour lui-même le poste du danger et de l'honneur. Distingué par l'éclat de ses armes, il chargea en personne la cavalerie de son rival. Cette attaque terrible détermina la fortune decette journée mémorable. La cavalerie de Maxence consistait principalement en une troupe légère de Maures et de Numides, et en cuirassiers dont l'armure pesante arrêtait tous les mouvemens. Elle fut obligée de céder à l'impétuosité des cavaliers gaulois , qui, plus fermes que les Africains, surpassaient en activité les autres escadrons. La dé-

i Voyez Pnnegjr. *et.,ix, 16, x, 27. Le premier de cet orateurs parle arec exagération des anus de blé que Maieiice arail lires 4e l'Afrique et des Iles; et cependant, ('il est vrai qu'il y eut une disette , comme le dît Eugène (vie de Const., I. ■ , c 36), il fiait que les greniers de l'empereur u'aient été ouverts que pour les soldats.

* • Maxemiiu tandem urbe in Saxa Kubra

■ roillia terme norem «gerrime progressas *, Awelius Victor. (Voyeï CeUamit, Ceogr. aulw|. la m. l, p. 463.) Saxa Rubra étaient situé près duCremera, petit ruisseau détenu célèbre par la valeur et par la mort glorieuse des trois cents Fabius.

a Le poste que Maxence avait occupé et 'la disposition de son armée, dont le Tibre couvrait l'a rriùro- garde , sont décrits avec beaucoup de clarté par ks deux panByyrisl»(«,t6;x,2tî)

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(312 dep. J.-C.) fiiiie des deux ailes laissait à découvert tes flancs de l'infanterie. Lesltnliens'mdisciplinés abandonnèrent avec joie les drapeaux d'un tyran qu'ils avaient toujours détesté, et qu'ils ne redoutaient plus. Les prétoriens, persnadés que la grandeur de leur offense les rendait indignes de pardon, combattaient animés par la vengeance et par le désespoir. Malgré leurs efforts réitérés, ces bravés vétérans ne pnreo t rappeler la victoire ; ils obtinrent cependant une mort honorable, et l'on observa que leurs corps convraient le même terrain qui avait été occupé parleurs rangs'. La confusion devînt alors générale. Incapables de se rallier, les soldats de Maxence, poursuivis par un ennemi implacable, se précipitaient par milliers dans les eaux profondes et rapides du Tibre. L'empereur lui-même voulut se sauver dans la ville par le pont Mîrvïus; maïs la multitude des fuyards, qui se pressaient eu foule sur cet étroit passage, le fit tomber dans le fleuve, où, embarrasse du poids de ses armes, il fut aussitôt noyé*. Le lendemain on eut peine à trouver son corps qui avait été très-enfoncé dans- le limon du libre. La vue de sa tête, élevée au haut d'une pique, assura le peuplcde sa délivrance. Ace spectacle, les Romains reçurent, avec les acclamations de la fidélité et de la reconnaissance, l'heureux Constantin , qui avait ainsi terminé, par ses talens et par sa valeur, l'entreprise la plus éclatante de s'a vie*. Si la clémence de ce prince après sa vic-

1 Efceptis latroeinii illius primis auctoribut, qui liaptrata venia lOCiun quem pugiue sumpseranl taire corporibus. (l'anig. Tel., u, 17.)

*B m répandit bknUU un bruit tres-ridicule ; on disait que Maxcuce, qui n'avait pris aucune précaution pour sa ratraile , arait imaginé on piège fort adroit pour détruire VaiWbeiu vainqueur; mais que- le pont de bois, que l'on devait détacher à l'approche de Constantin, s'écroula malheureusement sous le poids des fuyards italiens. M. Tille* mont (Hist. des Emp., t. rv, part, i, p.576) examine trèssériettsement si , malgré l'absurdité de cette opinion, le tésoïgmge de Zosirue et d'Euscbe doit l'emporter sur le silence de Ï^Iance, de Naiariiis et de l'auteur anonyme, taris contemporain, qui u composé le neuvième panégyrifoe.

* (Zotime, 1. 0, p. 86-88) et les deux panégyriques dont le premier Hat prononcé peu de mois après, donnent l'idée la plus dairc fe cette grande bataille. Lactance , tiusebe , et même les Epilomes fournissait quelques détails utiles.

toire ne mérite point d'éloges, on ne saurait non plus lui reprocher une rigueur excessive*. Il lit aux vaincus le même traitement que sa personne et sa famille auraient éprouvé s'il eut été défait. Les deux fils de Maxence furent mis à mort, et l'on détruisît soigneusement toute sa race. Il était naturel qne les plus fidèles serviteurs du tyran partageassent sa destinée, comme ils avaient partage sa prospérité et ses crimes; mais lorsque les Romains demandèrent à haute voix un plus grand nombre de victimes, l'empereur sut résister avec force et avec humanité à ces clameurs servîtes, dictées par la flatterie aussi bien que par le ressentiment. Les délateurs furent punis et découragés. Ceux qu'une injuste tyrannie avait condamnés à l'exil reparurent dans leur patrie , et leurs biens leur furent rendus. Une amnistie générale tranquillisa l'esprit des hubitans et fixa leurs propriétés en Italie et en Afrique1. La première fois que Constantin honora te sénat de sa présence, il exposa, dans un discours modeste, ses services et ses exploits : il déclara qu'il avait pour cette illustre compagnie le respect le plus sincère, et il Inr promit de rétablir sa première dignité et ses anciennes prérogatives. Ces protestations vagues furent payées des vains titres d'honneur dont le sénat pouvait encore disposer : sans oser ratifier l'autorité de Constantin, il lui assigna, par un décret solennel, le premier rang entre les trois anguttet qui gouvernaient l'univers romain1. On institua des jeux et des fêtes pour perpétuer le souvenir de cette victoire célèbre, et plusieurs édifices élevés aux dépens de Maxence fu-

'Zo^m, l'ennemi de Constantin, convient (Lu, p. 88) qu'un petit nombre seulement des amis de Maxence fut misa mort; mais nous pouvons remarquer lepassage expressif de Naza ri us (Paneg. vel.,x, (ï) omnibus qui labefartareslatiimejuspolerantcumstirpedeletis.Vgtilre orateur (Paucg.vcL.ix, 20,21) se contente de remarquer que Constantin , lorsqu'il entra dans Rome , n'imita point les cruels massacres de Cinna, de Marins cl deSylla.

' Voyei les deux panégyriques, et, dans le code TModosien, les lois des années 312 et 313. * îPaneg, vel.,n,20. Lactance, de Mort. fer»., e. M. Maximin , qui était incontestablement le plus ancien des c&ars, prétendait avec quelque apparence de raison au premier rang parmi les auguste*.

rent dédiés à son heureux rival. L'arc de triomphe de Constantin est encore maintenant une triste preuve de la décadence des arts et un témoignage singulier de la plus basse vanité. Comme il n'était pas possible de trouver dans la capitale de l'empire un sculpteur capable de décorer ce monument public, l'arc de Trajan, sans aucun respect pour la mémoire d'un si grand prince on pour les règles de la convenance , fut dépouillé de ses plus beaux ornemens.On n'eut point égard à la différence des temps et des personnes , des actions et des caractères; les Partîtes captifs paraissent prosternés aux pieds d'un monarque qui n'a jamais en la moindre relation avec ce peuple , et Les antiquaires curieux peuvent encore apercevoir la tête de Trajan sur les trophées de Constantin. Les nouveaux ornemens qu'il fallut ajouter aux anciennes sculptures, pour en remplir les vides, sont exécutés de la manière la plus informe et la plus grossière '.

La vengeance, aussi bien que la politique, exigeait l'entière abolition des prétoriens. Ces troupes hautaines, dont Maxence avait rétabli et même augmenté le nombre et les privilèges, furent pour jamais cassées par Constantin. Ou détruisit leur camp fortifié, et le reste des prétoriens qui avaient échappé à la fureur du combat fut dispersé parmi les légions, et relégué sur les frontières de l'empire, où ces guerriers pouvaient' être utiles sans devenir encore dangereux*. En supprimant les troupes qui avaient leur poste- a Rome, Constantin porta le coup fatal à la dignité du sénat et du peuple. La capitale désarmée resta exposée sans protection a la négligence et aux insultes d'un maître éloigné. Nous pouvons observer que, dans ce dernier effort des Romains pour conserver

i > Adhiir. cuneta opéra qax magnifiée OHHMnM , ■ unknmatD.ttqnbuuKain, Haro Ecrit» patres »*-

• erarece.» (AureJiui Victor.) A l'égard de os vol des trophées de Trajan, Toyra rTamiaiusVacca, apud Mantfancon, DiarLum ttaticum, p. ISO, et l'Antiquité expliquée, ton. H, p. 17t.

i • Prretorte legiones « mbsiriia faction ihus aptoria

• qulm urbl Rom», soblata peoilùs; durai anaa atque

• mus induinenti militarà, ■ (Àorcihn Victor.) Zo#tme(L n, p. 89) parle de ce frit comme historien; et fl est tnb-

)t célèbre datte le nenrteme PaMeyrique, "

(312dep.-J.-C.) leur liberté expirante , l'appréhension d'un tribut les avait d'abord engagés à placer Maxence sur le trône. Ce prince ayant exigé du sénat ce tribut sous le nom de don gratuit, ils implorèrent alors l'assis tance du souverain des Gaules. Constantin vainquit le" tyran, et convertit le don gratuit en taxe perpétuelle. Les sénateurs, Suivant leurs facultés, dont ils furent forcés de donner une déclaration, furent partagés en différentes classes; les plus bpulens payaient nnnuellemen t huit livres d'or. On en exigea quatrede la seconde classe, et deux de la dernière ; ceux qui, par leur pauvreté, méritaient «ite exemption, furent cependant taxés à sept pièces d'or. Outre les membres de «elle assemblée* leurs fils, leurs descendons, leurs parons même jouissaient des vains privilèges attachés à la dignité de. sénateur, et ils en supportaient les charges onéreuses. On ne s'étonnera plus que Constantin ait pris tant de soin pour augmenter le nombre des personnes comprise daas une classe si utile '. Après la débute de Maxence le victorieux empereur ne resta que deux ou trois mois à Rome. Il retourna deux fois dans cette capitale pendant le reste de sa vie, pour célébrer, les fêtes solennelles de la dixième et de la vingtième année de son règne. Constantin, presque toujours en action , s'occupait à exercer ses soldats et a examiner l'état des provinces. Trêves, MiUra, Aquiléc, Sinnium, Naïssuset Thessalonique devinrent tour a tour le lieu de sa résidence, jusqu'à ce qu'il eut bâti une nouvelle Roue sur les confins de l'Europe et de l'Asie*.

Avant <le marcher en Italie, il s'était assuré de l'amitié ou du moins de la neutralité de

■ t Ei omnibus protindis optimales viros euriae tan

• pigneraveris ; ut senatûs dignîtas.... ex tothu omis

• Dore coDstsleret. * (Naïade*, Panegyr. tel., x, îi. ) Le mot pigneravcrU pourrait presque paraître avoir été ma* lignemeal choisi. Au sujet de l'impôt sur les sénateur*, voyezZosime (1. n, p. 115), au second Lire du sixième livre du code Tbéodosien arec le comment aire de Godefrw, et les Meneurs de l'Académie des InsuribLlons (ton. xxvm,p. 726).

i Le co-fc Tbéodosien commence maintenant à no«s ndre connaître les voyages de» empereurs ; mais ht dates des lieux et des temps ont (té souvent altérée» par la négligence des copàjtes. '. > •

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(312 tlep. J.-C.)

Licinius, souverain des provinces 111) Tiennes. Constantin avait promis à ce prince sa sœur Constantia; mais la célébration du mariage avait été différée jusqu'à ce que la guerre eût été terminée. L'entrevue des deux empereurs à Milan , lieu désigné pour cette cérémonie , semblait devoir réunir à jamais leurs intérêts et leurs familles1. Au milieu de la joie publique, ils furent tout-à-coup obligés de se séparer. Constantin , à la nouvelle d'une incursion des Francs , vola sur les rives du Rhiti ; et l'approche du souverain de l'Orient , qui s'avançait les armes à la main , força Licinius de marcher en personne à sa rencontre.

Maxim in avait été l'allié secret deHaxence: sans être découragé par le sort funeste de ce tyran, il résolut de tenter la fortune d'une guerre civile. De la Syrie, il se transporta, dans le fort de l'hiver, sur les frontières de la Sitoynie. La saison était rigoureuse; un grand nombre d'hommes et de chevaux périrent dans la neige; et, comme les pluies abondantes avaient rompu les chemins , tlaiîrain fut obligé de laisser derrière lui une partie considérable du gros bagage, qui ne pouvait suivre la rapidité de ses marches forcées. Par cet effort extraordinaire de diligence, il parvint au rivage du Bosphore de Thrace avec une armée harassée , mais formidable, sans que les lieutenans de Licinius eussent été informés de son approche. Bizaace ouvrit ses portes à Maximiu, après onze jours de résistance. Ce prince fut arrêté qnetqoe temps au siège d'Hcracléc. Dès qu'il se fut emparé de cette ville , il fut étonné efapprendre que Licinius campait à la distance de dix-huit milles seulement. Après nue négociation infructueuse, dans laquelle les deux empereurs s'efforcèrent chacun de corrompre la fidélité de leurs partisans respectifs, ils eurent recours aux armes. Le souverain de l'Asie commandait une armée de pins de soixante-dix mille hommes , com-

iZohmc(L h, p. 89) remarque que Cuiâaiiliaatiiit promis, mat U guerre, u sœur i Uanius. Sdon Vtelor I» jemae, Dtudétien tut imité aux noces; mais ■r prises, ■'étant «wsesurson ■geetraricf infirmité*, reçut une MMda Mire ou on lui reproduit u «•ruade prétendue pour Uaxence et pour Mutmifl.

PAR ED. GIBBON. CH. XIV. Kl

posée de vétérans bien disciplines. Licinius, qui n'avait environ que trente mille Illyriens, fut d'abord accablé par la supériorité du nombre. Ses talens militaires et la fermeté de ses troupes rétablirent le combat; il remporta une victoire décisive. La diligence incroyable de Maximin dans sa fuite est beaucoup plus célébrée que 6a valeur sur le champ de bataille. Vingt-quatre heures après , on le vit pale, tremblant et dépouillé de sesornemens impériaux, à Nicomédie, ville éloignée de cent soixante milles de la place où il avait été défait. Les richesses de l'Asie n'avaient cependant pas encore été épuisées; et, quoique l'élite des vétérans de Maximin eût péri dans la dernière action, il pouvait encore, avec du temps, lever de nombreuses troupes dans la Syrie et dans l'Egypte. Mais U ne survécut que trois ou quatre mois à son infortune. Sa mort, arrivée à Tarse, a élé diversement attribuée, au désespoir, au poison et à la justice divine. Comme Maximiu manquait également de talens et de vertus, îl ne fut regretté ni du peuple ni des soldats. Les provinces de l'Orient , délivrées des terreurs d'une guerre civile, reconnurent avec joie l'autorité de Licinius *.

L'empereur vaincu laissait deux enfans, un fils de huit ans et une fille de sept ans environ. L'innocence d'un âge si tendre pouvait inspirer de la compassion; mais la compassion de Licinius était une bien faible ressource, et elle ne l'empêcha pas d'éteindre le nom et la mémoire de son adversaire. La mort du fils de Sévère est encore moins excusable , puisque ni la vengeance ni la politique oelecondamnaientà périr. Le vainqueur n'avait point à se plaindre du père de l'infortuné Sévérien ; on avait déjà oublié le règne court et obscur de Sévère dans une partie de l'empire fort éloignée. Mais l'exécution de Candidianns est unactede la cruauté et de l'ingratitude la plus noire. U était fils naturel de Galère, l'ami et le bienfaiteur de Licinius; le père, en mourant, l'avait jugé

•était- et la mort de MaiiQin comme des Mbcsuoi naturels - nuis LacUnce (dt Mort. Pertec.,1. «-60) «s attribue à riulerposition mirteukusedudd; et il s'étend beaucoup sur ce wjet Ucinim était alon sa «m ftotectean dt rajas.

trop jeune pour soutenir le poids du diadème. 11 espérait qne , sous la protection de princes ■qu'il avait lui-même revêtus de la pourpre impériale, son fils mènerait une vie tranquille et honorable. Candidianus avait alors près de vingt ans. L'éclat de sa naissance, quoiqu'elle ne fût soutenue ni par le mérite ni par l'ambition , suffît pour enflammer la jalousie de Licinius '. A ces victimes innocentes et illustres de sa- tyrannie , nous pouvons ajouter la femme et la fille de Dioctétien. Ce prince , en donnant à Galère le litre de césar, lui avait accorde en mariage sa fille Valérie, dont les aventures Tnncsies pourraient devenir le sujet d'une tragédie fort intéressante. Elle avait rempli et même surpassé les devoirs d'une femme. Comme elle n'avait point d'enfans, elle voulut bien adopter le fils illégitime de son mari , et elle eut constamment pour l'infortuné Candidianus la tendresse et les soins d'une véritable mère. Lorsque Galère eut rendu les derniers soupirs, les biens immenses de sa veuve irritèrent l'avarice de son successeur Maximin , et les attraits de sa personne excitèrent les désirs de ce prince *. Il était alors marié; mais les lois romaines permettaient le divorce, et les passions violentes du tyran demandaient une prompte décision. La réponse de Valérie fut celle qui convenait a la fille et a la veuve d'un souverain. Elle y mêla seulement la prudence que sa malheureuse situation la forçait à observer, t Si » l'honneur, dit-elle , permettait à une femme

> de mon rang et de mon caractère de penser

> à un second mariage, la décence me défen- » drait au moins d'écouter la proposition du

> prince, dans un temps où les cendres de

< LaeUnce , de Mort, persee. , c 50. Aurdlius Victor parle en peu de mois de la différence avec laquelle Licinius et Constantin usèrent de la victoire.

i Haïuntn satisfaisait ses appétits sensuels aux dépens de ses sujets; ses eunuques, qui enlevaient les femmes et les rierge» , examinaient avec une curiosité scrupuleuse leurs charmes les plus secrets, de peur que quelque partie de leur corps ne (Vit pas trouvée dk;ue dis ralirassemens du prince. La réserve et le dédain ét.-ii'nl regardés comme des crimes de trahisnn-, et le tyran InUail noyer celles qui refusaient de se rendre à se; désirs, il introduisit insensiblement unecoulume que personne ne.se marierait sansb permission de l'empereur, ut if si: in omnibus miptlis pntgustator rsset. [Un lance, de Mort, persee., c 38. >

(312 dep. J.-C.)

> mou mari, son bienfaiteur, ne sont pas » encore refroidies. Voyez ces vêtemens lu-

• gubres : ils expriment la douleur dans h-

> quelle mon âme est plongée. Mais quelle » confiance, ajouta-t-elle avec fermeté, puis-

• je avoir aux protestations d'un homme tlom

> la cruelle inconstance est capable de répu-

> dier iibc épouse tendre et fidèle ' ? • A ce refus, l'amour de Maximut se changea en fureur : comme il avait toujours à sa disposition des témoins et des juges, il ne lui fut pas difficile de cacher son ressentiment sons le voile d'une procédure légale , et d'attaquer la réputation, aussi bien que la tranquillité de Valérie. Les biens de cette malheureux princesse furent confisqués ; ses eunuques, ses domestiques livrés aux plus cruels supplices. Enfin plusieurs dames vertueuses et respectables qu'elle avait honorées de son amitié souffrirent la mort sur une fausse accusation d'adultère. L'impératrice ellemême el sa mère Prisca furent condamnées à vivre en exil dans un village situé au milieu des déserts de la Syrie. Traînées ignominieusement de ville en ville, elles exposèrent ainsi leur honte et leur misère à ces mêmes provinces de l'Orient, qui pendant trente ans avaient respecté leur dignité auguste. Dioctétien fit plusieurs tentatives inutiles pour adoucir le sort de sa fille; il demandait que Valérie eût la permission de venir partager sa retraite de Salone , et fermer les yeux d'uu père affligé * : • C'était, disait-il à Maximïn, la seule grâce qu'il attendait d'un prînrc auquel il avait donné la pourpre impériale. » Dioctétien conjurait, mais il ne pouvait plus menacer : ses prières furent reçues avec froideur et avec dédain. Le fier tyran paraissait prendre plaisir à traiter Dioclétien en suppliait! et sa fille en criminelle. La mort de Maximin semblait annoncer aux impératrices un changement favorable dans leur fortune. Les discordes civiles relâchèrent la vigilancede leurs gardes; elles trouvèrent moyen de s'échapper

i Lartaner , de. Mort, persee., e. 39. ! Enlhi Dioclétien entoya cognatvm suant , qarrnrfum ntiUUtmm-ae pctrntem rtrum , pour inlereécVr

rn laveur de si liile ( Lac taure, de Mort, persee, r. 41). ÎSnsis ne rounaUsnns pinl w~i l'histoire de ce temps pour nommer la personne qui lût employée.

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PAR ED. GIBBON. Cl\. XIV.

(314 dep. J.-C.) du Iîpu do leur exil , et Je se rendre , quoique avec précaution, et déguisées, à la cour de Lici;:itis. La conduite de ce prince dans les premiers jours de son règne, et la réception honorable qu'il fit au jeune Candidianus , inspirèrent à Valérie une satisfaction secrète : elîiM'i'iit que désormais ses jours et ceux de soa fils adoptif ne seraient plus mêlés d'amerwme. A ces espérances flatteuses succédèrent bientôt la surprise et l'horreur, et les exécutions qui ensanglantèrent ic palaisdeNicomédie apprirent à l'impératrice que le trône de Max î min était occupé par un tyran encore plus barbare. Valérie pourvut à sa sûreté par la fuite, et, toujours accompagnée de sa mère Prisra, elle erra pendant plus de quinze mois dans les provinces de l'empire *, revêtues toutes les deux de l'habillement le plus commun. Elles furent enfin découvertes à Tliessaloniquc; et, comme la sentence de mort avait déjà été prononcée, elles eurent aussitôt la tète tranchée, et leurs corps furent jetés dans la mer. Le peuple contemplait avec cll'roi et avec étonnement ce triste spectacle; mais les terreurs d'une garde militaire étouffèrent sa douleur et son indignation. Telle fut la cruelle, destinée de la femme et de la fille de Dioctétien. Nous déplorons leurs infortunes ; nous ne pouvons découvrir leurs crimes; et, quelque juste idée que l'on se forme de la cruauté de L ici ni us, il parait toujours surprenant qu'il ne se soit pas contenté d'assurer * sa vengeance d'une manière plus secrète et plus décente *.

L'univers romain se trouvait alors divisé enlro-Cunstanlin et Licinius; le premier gouvernait l'Occident, l'autre donnait des lois aux provinces orientales. On devait peut-être espérer que les vainqueurs , fatigués des

i « Valeria quoqne per varias provincias quindecim > mensibus plebeip cullu pervagala.» (Lactance, de Mort. persec, c. 51.) Oh ne sait si les quinze mois doivent être comptés du moment de son exil ou de eelui île son évasion. L'expression depervagata semble nous déterminer pour le dernier sens. Mais alors.it faudrait supposer que le traité de Lactance a été composé après la première guerre civile entre Liduitis et Constantin. ( Voyea Cupcr, p. "251. )

2 Ita iUU pudicitia et coiulitio exitio /u it .CLaclance, de Mort. persec, c. SI.) 11 rapporte les malheurs delà femme et de la tille de Dioctétien , si injustement maltraitées , avec un mélange bien naturel de pitié et de salisfae-

guerres civiles et liés entre eux par une alliance publique aussi bien que particulière, renonceraient à tout projet d'ambition , ou du moins qu'ils en suspendraient l'exécution ; cependant douze mois s'étaient à peine écoulés depuis la mort de Maximin, que les princes victorieux tournèrent leurs armes l'un contre l'autre. Le génie, les succès, l'esprit entreprenant de Constantin semblent le désigner comme le premier auteur de la rupture ; mais le caractère perfide do Licinius justifie les soupçons les moins favorables. A la faible lueur que l'histoire jette sur cet événement', on aperçoit une conspiration tramée par ses artifices contre' l'autorité de son collègue. Constant in venait de donner sa seeur Anastasie en mariage à Bass'ian, homme d'une grande fortune et d'une naissance illustre, et il avait élevé son beau-frère au rang de césar. Selon le système du gouvernement institué par Diocléticn, l'Italie, et peut-être l'Afrique, devait former le département du nouveau prince dans l'empire; mai ; l'accomplissement de la promesse souffrit tu:;t de délais, on fut accompagné de conditions ai peu avantageuses , (pic la fidélité de Bttssiitn fut plutôt ébranlée qu'affermie par la distinction honorable qu'il avait obtenue. Licinius avait ratifié son élection. Ce prince artificieux trouva bientôt , parses émissaires , le moyen d'entretenir une correspondance secrète et dange- ■ renée avec le nouveau césar , d'irriter ses mécontentemens, et de le porter au projet téméraire d'arracher par la violence ce qu'il attendait en vain de la justice de l'empereur. Mais le vigilant Constantin découvrit le complot avant que toutes les mesures eussent été prises pour l'exécuter. Aussitôt, renonçant solennellement à 1'ulliance de Bassian, il le dépouilla de la pourpre et lui infligea la peine que méritaient sa trahison cl son ingratitude. Lorsqu'on vint demander à Licinius la restitution des criminels qui avaient cherché un asile dans ses états, son refus allier confirma les soupçons que l'on avait déjà de sa perfidie;

' Le lecteur qui aura la curiosité de consulter le fragment de Valois, p. 713, m'accusera peul-elre d'avoir donné une paraphrase Uardic et trop libre -, mais en l'eautminariL avec attention, il reconnaîtra que mon interpréla- Uon est à la fuis probable et conséquente.

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et les indignités commises à Simone, sur les frontières de l'Italie, contre les statues de Constantin devinrent le signal de la discorde entre les deux princes '.

La première bataille se livra près de Cibalis , ville de Panonnie , située sur la Save , à cinquante milles au-dessus de Sirmium*.

Les forces peu considérables que ces deux puis sans monarques avaient rassemblées dans nne occasions) importante, donnent lieu de croire que l'un fnt provoqué subitement et l'autre surpris tout-a-coup. Le souverain de l'Orient n'avait que trente-cinq mille hommes; vingt mille soldats composaient toute l'armée de l'empereur d'Occident. L'infériorité du 'nombre fut réparée toutefois par l'avantage du terrain. Posté dans un défilé large environ d'un demi-mille, entre une colline escarpée et un marais profond, Constantin attendait l'ennemi avec assurance, et il repoussa son premier choc. Résoin de profiter de cet avantage, ildescendit dans la plaine; mais les vétérans d'IHyrie se rallièrent sous les étendards d'un chef qui avait appris le métier des armes à l'école de Probus et de Dioctétien. Des deux cotés les armes de trait furent bientôt épuisées ; les armées rivales , animées d'un même courage, s'élancèrent avec impétuosité f une contre l'autre , et se battirent à coups de lance et d'épée. Le combat douteux avait déjà duré depuis la pointe du jour jusqu'aux approches de la nuit, lorsque l'aile droite que commandait Constantin détermina la victoire par une attaque vigoureuse. Une sage retraite sauva le reste des troupes de Lichtîus. Mais dès que ce prince eut connu sa perte , qui se montait à plus de

< La position dMZnuue , anjourdlnii Laynach , dam 1* CuFfliole(d'AHYille, Géog. aiic, tom. i, p. 187), peut fournir une conjecture. Comme elle est située au nord-est des Alpes Juliennes , une place à importante devint naturellement uu objet de dispute entre le souverain de l'Italie et celui de t'IUjrie.

* Cibalis ou CibaUe (dont le nom est encore conservé dans les ruines obscures de Swilei) était a cinquante milles environs de Sirmium , capitale de llllyrie , et a cent milles de Tanrunum , ou Belgrade , ville située au confluent de la Save et du Danube. On trouve dans les Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres ( lom. nvm ) un excellent mémoire de de M. cTAnrille , où il bit trèsbien connaître les villes et les garnisons que les Romains

(315 dcp. I.-C.)

vingt mille hommes , il ne se crut pas en sûreté pendant la nuit devant un adversaire actif et victorieux : abandonnant son camp et ses magasins, il marcha secrètement et avec diligence à la tfite de la plus grande partie de sa cavalerie , et il se trouva bientôt hors de tout danger. Sa célérité fut le salut de sa femme, de son fils nt de ses trésors qu'il avait laissés dans Sirmium. Licinius traversa cette ville; et, après avoir rompu le pont sur la Save, il se hâta de lever une nouvelle armée dans la Dacie et en Thrace. Tandis qu'il fuyait , il accorda le titre précaire de césar à Valens, un de ses généraux , qui commandait sur la frontière d'IHyrie1.

La plaine de Mardie , dans la Thrace , fut le théâtre d'une seconde bataille aussi opiniâtre et non moins sanglante que la première. Les troupes des deux partis déployèrent une valeur et une discipline égales; et la victoire fut encore une fois fixée par l'habileté supérieure de Constantin. Ce prince avait envoyé un corps de cinq mille hommes s'emparer d'une hauteur avantageuse, d'où , pendant la chaleur de l'action, ils tombèrent sir l'arrière- garde de l'ennemi et en firent un grand carnage. Cependant les légions de Licinius, présentant un double front, conservèrent toujours le terrain , jusqu'à ce que la nuit mit fin an'combat, et favorisât leur retraite vers les montagnes de Macédoine*. La perte de deux batailles et de ses plus braves vétérans- força l'esprit allier de Licinius à demander la paix. Mistrîanus, son ambassadeur, admis à l'audience de Constantin , s'étendit sur ces maximes générales de modération et d'humanité si familières à l'éloquence des vaincus. 11 représenta , dans les termes les plus insinuans , que l'issue de la guerre était encore douteuse, et que ses calamités inévitables entraîneraient la ruine des deux partis. < Licinius et Valens , mes > maîtres, dit-il en finissant, m'autorisent à

■ Zosime (1. n, p. 90 , 91 ) donne rm détail Irès-eireonstaneié de cette bataille ; mais les descripiiiwK de Zosime sont plutôt d'un rhéteur que d'un militaire.

* Zosime, 1. n, p. 93, 93; l'Anonyme de Valois, p. 713. LesÉpilomes fournissent quelques farta; mais ils confondent souvent les deux guerres entre UtMw et Çon-

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> proposer une paix solide et honorable. > Au nom de Valetis, Constantin ne put retenir son mépris et son indignation, c Nous ne » sommes pas venus , répliqua-t-il fière-

• ment, des bords de l'Océan occidental,

> nous n'avons pas. parcourra d'immenses

> contrées en livrant tant de combats, en » remportant un si grand nombre de victoi-

* ras, pour couronner un vil esclave . après » avoir puni un parent ingrat. L'abdication

> de Valens est le premier article du traité. > La nécessité contraignît d'accepter cette condition humiliante. Après uu règne de quelques jours, Valens perdit la pourpre et la vie1. Dès que cet obstacle eut été levé, la tranquillité de l'univers fut bientôt rétablie. Si les défaites successives de Licînius avaient épuisé ses forces, elles avaient développé son courage et ses taleus. Sa situation était presque désespérée ; mais les efforts du désespoir sont souvent formidables. La prudence de Constantin préférait un avantage considérable et certain au hasard douteux d'une troisième bataille. Il consentit à laisser son rival, ou comme il appelait de nouveau Licinius, son ami et son frère, en possession de la Tlirace, de l' Asie-Mineure, de la Syrie et de l'Egypte. Mais les provinces de la Pannonif, de la Dalmatie, de la Dacie, de la Macédoine et de la Grèce, furent cédées à l'empereur d'Occident, et les états de Constantin s'étendirent depuis les confins de la Calédonîe jusqu'à l'extrémité du Péloponèse. Il fut stipulé par te même traité que les trois jeunes princes, fils des empereurs, seraient désignés successeurs de leurs pères. Crispus et le jeune Constantin furent bientôt après déclarés césars en Occident. Dans l'Orient , le jeuneLtcïnius parvint àla même dignité. Cette double portion d'honneurs , que le vainqueur réunissait dans sa famille, montrait la supériorité de ses armes et de sa puissance °.

i Hore Palrice, Excerp. légat, p. 27. Si l'on pense <[iie yapÇ>tt signifie plutôt gendre que parent , on peut conjecturer que Constantin , prenant le nom de père el en devoirs, avait adopta les autres en » avait eus de Tbeodora . Mais, dam tes , y*/iCfi< signifie tantôt un mari, fautât un beau-père et quelquefois un parent en général. (Voyez Spaoboûn, observât, ad Julien, orat. i, p. 72.) * " «Ml li. ». 03; l'Anonyme de Valois, p. 713-,

PAR ÉD. GIBBON. CH. XIV. 2fll

La réconciliation de Constantin et de Licinius, quoique envenimée par le ressenti-

ment et par la jalousie, par le souvenir des injures récentes et par l'appréhension de nouveaux dangers,' maintint cependant durant plus de huit années la tranquillité de l'univers romain. Comme vers cette époque commence une suite très-régulière des lois impériales , il ne serait pas difficile de rapporter les règleuiens civils qui employèrent les loisirs de Constantin. Mais ses institutions les plus importantes se trouvent étroitement liées au nouveau système de politique et de religion , qui ne fut parfaitement établi que dans les derniers temps et dans les années paisibles de son règne. Plusieurs de ses lois, en tant qu'elles concernent les droits et Icspropriétés des individus et la pratique du barreau, doivent être plus proprement rapportées à la jurisprudence particulière qu'à l'administration publique de l'empire, et il publia un grand nombre dédits dont la nature tient tellement aux lieux et aux circonstances, qu'ils ne sont pas dignes de trouver place dans une histoire générale. On peut cependant tirer de la foule deux lois qui méritent d'être connues, l'une par son importance, l'autre pour sa singularité : la première respire la plus grande humanité; la sévérité excessive de la seconde la rend trèsremarquable.

I. La pratique horrible et si familière aux anciens d'exposer ou de faire mourir les enfans nouveau-ués devenait tous les jours plus fréquente, spécialement en Italie. C'était l'effet de la misère ; et la misère avait surtout pour principe le poids intolérable des impositions, et tes voies aussi injustes que cruelles employées par les officiers du fisc contre leurs débiteurs insolvables. Les sujets les plus pauvres ou les moins indus-

Eulrope, X, 5 ; Aurellus Victor ; Eusèbe, in Cliron.\ Sozomènej. i, c. 2. Quatre de ces écrivains assurent que la promotion des césars lut un des articles du traité. Il est cependant certain que le jeune Constantin et Te (Ils dé Litiuius n'étaient pas encore nés, el il est Irés-vraisemblabto que la promotion se fit le premier mars de l'année 317. II avait probablement été stipule dans lo traité que empereur d'Occident pourrait créer deux césars et l'empereur d'Orient un seulement. Mais chacun- d'eui se réservait fc choix des personnes.

ii'îcux, loin de voir avec plaisir augmenter leurs familles, croyaient suivre les mouvemens d'une véritable tendresse on arrachant ii leurs enfans le présent funeste d'une vie condamnée aux peines, et en leS délivrant (les calamités qu'ils ne pouvaient eux-mêmes supporter. L'humanité de Constantin, excitée peut-être par quelques exemples nouveaux et frappans de désespoir, engagea ce prince à publier un édit dans toutes les villes de l'Italie, ensuite de l'Afrique. En vertu de ce règlement, on devait douucr un secours immédiat et suffisant à ceux qui présenteraient devant le magistrat les enfans que leur pauvreté ne leur permettrait pas d'élever. Mais la promesse était trop magnifique.et les moyens de la remplir avaient été fixés d'une manière trop vague pour produire aucun avantage générât ou permanent*. La loi, malgré les éloges qu'elle mérite, servit moins à soulager qu'à développer la misère publique. Ce monument authentique peut aujourd'hui contredire et confondre de vils orateurs qui chérissaient trop leur situation pour exposer devant un souverain généreux le tableau des vices et des malheurs sous lesquels son peuple gémissait '.

II. Les lois de Constantin contre le rapt marquent bien peu d'indulgence pour une des faiblesses les plus pardonnables de la nature humaine, puisque, sous la dénomination de ce crime, on comprit non-seulement ta violence brutale qui arrachait à sa famille une femme libre avant l'âge de vingt-cinq ans, mais encore la douce séduction qui pouvait la déterminer à quitter la maison paternelle. * Le ravisseur heureux est puni de mort; et, » si la mort simple n'est pas proportionnée à

> l'énormité de son crime, il est ou brûlé vif

> ou déchiré en pièces par les l>étes sauva-

> ges au milieu de l'amphithéâtre. Si la i vierge déclare qu'elle a été enlevée de » son propre consentement, loin de sauver

* Code Théodosien , t. ri , lit. 27 , tom. w, p. 188, avec les observations de Godefroy. (Voyez aussi 1. v lit. 7-8.)

I Omnia foris planta, domi prospéra, annonat ubertate, fructuumcopia,t\r,. (Fanegyr. vet., i, 38). Ce discours de Nazar ius fut prononce le jour des quinquenales de* Césars, le premier mars de i l'année 321.

{315 dep. J.-C.) » son amant par cet aveu, elle s'expose àpar-

> tager son sort. Les parons de la fille ii.furj lunée ou coupable sont oliliL-és de poursui-

• vre en justice le ravisseur : si, cédant aux

> mouvemens de la nature, ils ferment les

> yeux sur l'insulte, et qu'ils réparent par nu

> mariage l'honneur do leur famille, ils sont » eux-mêmes condamnés à l'exil, et [ours » biens sont confisqués. Les esclaves de l'un » ou de l'autre sexe, convaincus d'avoir f:i-

> vorisc le rapt ou la séduction, sont brûlés » vifs, ouexpircnl dans cesupplicc ingénieux

> qui consiste à leur verser dans la boucha

> du plomb fondu. Comme le crime est d'uni?

> espèce publique, l'accusation en est per- » mise même aux étrangers. L'instruction du

> procès n'est point limitée à un certain

• nombre d'années; et les suites delà sen- » tcnces'élcndcnijusqu'au fruit innocent d'une

• union si contraire aux lois '.» Maïs, toutes les fois que l'offense inspire moins d'horreur que la punition, la rigueur <jc la loi pénale est forcée de céder aux mouvemens naturels imprimés dans le cœur de l'homme. Les articles les plus odieux do cet édit furent adoucis ou annulés sous les règnes suivons*. Constantin lui-même tempéra souvent par des actes particuliers de clémence l'esprit cruel do ses institutions générales; ci telle ciaït l'humeur singulière de ce prince, qu'il se montrait aussi indulgent, aussi négligent même dans l'exécution de ses lois, qu'il avait para sévère et même cruel en les publiant. 11 serait à peine possible de découvrir un symptôme pins marque de faiblesse, soit dans le caractère de l'empereur, soit dans la constitution du gouvernement *.

L'administration civile fut quelquefois in-

i Yoyexl'édll de Constantin adressé au peuple de Rome, dans le code Théodosien, I. n, lit. 2-5, loin, in, p. 189.

3 Son fils assigne de bonne toi la véritable raison qui a fall modifier cette loi : ne sub specie eUroeiorit judieii atiqua in ulciscendo criaûnc dilalio nascerclur . (Cod. Théod. tora. m, p. 193).

3 Euscbe (vie de Constantin I. n, c i .) ne craint pas d'assurer que, sous le règne de son héros, TépAe de la justice resta immobile entre les mains des magistrats. Eusëbe lui-même (1. rtr, e. 29, 54) et le code Théodobicn nous apprennent que l'on ne Tut redevable de celle douceur eicestire ni au manque de crimes atroces , ni au défaut de bis pénales.

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(323 dep. J.-C.) terrompuc p:ir des expéditions militaires entreprises pour la défense de l'empire. Crispus , jeune prince de la plus belle espérance , qui avait reçu, avec le tilre de césar, le corn mandement du Rlun , signala sa valeur et si conduite dans plusieurs victoires sur les Francs et sur les Allemands. 11 apprit aux barbares de cette frontière à redouter le lits aine de Constantin et le petit-fils de Constance '. L'empereur s'était réservé le département plus important et bien plus difficile du Danube. Les Goths, qui, sous les règnes de Claude et d'Aurélien, avaient senti le poids des urines romaines, respectèrent la puissance de l'empire, même au milieu des discordes intestines qui le déchirèrent après la mort de ces princes. Mais cinquante ans de paix avaient alors réparé les forces de cette nation belliqueuse. 11 s'était élevé une nouvelle génération qui ne se ressouvenait plus des malheurs des anciens temps. Les Sarmates des Palus- Méolides suivirent les étendards des Goths, comme sujets ou comme alliés; et ces barbares réunis fondirent toutà-coup sur les provinces illyricnnes. Campona, Margus et Bononia paraissent avoir été le théâtre de plusieurs sièges et de plusieurs combats * mémorables. Quoique Constantin trouvât une résistance opiniâtre, il vint à bout de terrasser ces redoutables adversaires; et les Goths achetèrent la permission de se retirer honteusement, en rendant le butin qu'ils avaient pris. Cet avantage ne satisfaisait pas l'indignation de l'empereur. Il résolut de repousser et de châtier des bar-1 Lares iosolens qui avaient osé envahir le territoire de Rome. 11 passa le Danube avec ses légions sur le pont construit par Trajan ; il pénétra dans les retraites les plus inaccessibles de la Dacie * ; et, lorsqu'il eut laissé

■ltazarius.Paneg.VCt., x. Quelques médailles représentent la victoire de Crispas sur les Allemands.

ï Voyez Zosime(l. il, p. 93, 94), quoique la narration de rrt historien ne soit ni cbireni conséquente. Le panégyrt^ed'OpIMien (c.23)parted'une alliance des Sarmales attr les Corpiens et les Gelés, et il désigne les différons chunps ite bataille. On suppose que les jeui sarma tes, cé- Irbrës dans le mois de novembre, tiraient leur origine du suais de cette guerre.

J Dans les Césars de Julien (p. 329, comment. deSpanbeûn , p. 252) Constantin se vante d'avoir réuni a l'empire

PAR ÉD. GIBBON. Cil. XIV.

des traces d'une vengeance sévère, il consentit à donner la paix au peuple suppliant des Goths, à condition qu'ils lui fourniraient un corps de.quarante mille soldats toutes les fois qu'il l'exigerait '. De pareils exploits honorent sans doute ce prince et furent utiles a l'empire; mais on doute qu'ils puissent justifier une assertion exagérée d'Eusèbe. Cet auteur prétend que les armes victorieuses de Constantin subjuguèrent toute i,a Scythib, pays immense, divisé en tant de nations de noms si différons et de mœurs si sauvages, et que tes bornes de la monarchie romaine furent reculées jusqu'aux extrémités du septentrion *.

' Parvenu à ce haut point de gloire, il eut été difficile à Constantin de souffrir que l'empire fût plus long-temps partage. Plein de confiance dans la supériorité de son génie et de sa puissance militaire, il sedétermina, sans avoir eu à se plaindre d'aucune insulte, 4 précipiter du trône un collègue dont l'âge avancé et les vices odieux semblaienl rendre la destruction facile'. Mais, à l'approche du danger, le vieil empereur trompa l'attente de ses amis aussi bien que de ses adversaires. Rappelant tout-à-coup celte bravoure et ces talens qui lui avaient mérité l'amitié de Galère et la pourpre impériale, il se prépara au combat, assembla les forces de l'Orient, et remplit bientôt de ses troupes les plaines d'Andr-inople, tandis que ses vaisseaux couvraient l'HclIespout. Son armée consistait

la province (la Dacie) que Trajan avait subjuguée. Mali Silenus donne à entendre que les lauriers de Constantin ressemblaient aux fleurs du jardin d'Adonis, qui se fanaient et se flétrissaient presque aussitôt qu'elles étaient épanouies.

i Jornandès, deKebia Geticis, c. 21. Je ne sais s'il est possible de s'en rapporter entièrement & cet écrivain. Une pareille alliance a un air bien moderne, et elle ne .s'accorde guère avec les maximes adoptées dans le commencemcnl du quatrième siècle.

3 Kusèbe , vie de Constantin , 1. < , c. 8. Au reste , ce passage est pris d'une déclamation générale sur la grandeur de Constantin , et il n'est point tiré d'une histoire particulière de la guerre de ce prince avec les Goths. . îsConBtanliu'Js tamen, vir ingens, et onrnia effleero

• nilens qux animo préparasse! , slmul priocipalum te-

• UusorbUafteclaus.Liciiiio bellum intulit.» (Eutrope, x,5;Zosime,l. il, p. 89.) Les raisons qu'ils ontassignèei pour la première guerre civile peuvent s'appliquer arec plus de justesse à la secoude.

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en cent cinquante mille fantassins et quinze mille cavaliers. Comme cette cavalerie avait principalement été tirée do la Phrygie et de laCappadocc, un petit se former une idée plus favorable de lu beauté des chevaux que du courage et de l'habileté de ceux qui les montaient. Ti-ois cent cinquante galères à trois rangs de rames composaient la flotte. L'Egypte et la côte adjacente de l'Afrique en avaient fourni cent trente. Cent dix de ces baiimens venaient des ports de la Pliénicie et de l'Ile de Chypre. Enfin les contrées maritimes de la Bitliynic , de l'ionie et de la Carie avaient clé forcées de donner les cent dix antres.

Constantin assigna le rendez-vous de ses troupes à Tbessaloniqtic. Elles se montaient à plus de cent vingt mille hommes, tant d'infanterie que de cavalerie '. Leur chef contemplait avec plaisir leur air martial ; et son armée, quoique inférieure en nombre à celle de son rival , renfermait plus de soldats. Les légions de Constantin avaient été levées dans les provinces belliqueuses de l'Europe. Leur discipline avait été éprouvée; leurs anciennes victoires enflaient leurs espérances; et elles . avaient dans leur sein une foule de vétérans qui, après dix-sept campagnes glorieuses sous le même général , se préparaient a mériter une retraite honorable par un dernier effort de courage *. Mais sur mer les préparatifs de Constantin ne pouvaient en aucune façon être comparés à ceux de Licinius. Les villes maritimes de la Grèce avaient envoyé chacune au célèbre port du Piréc les hommes et les butinions qu'elles pouvaient fournir; et toutes ces forces réunies ne formaient que deux cents petits vaisseaux : armement très-faible, si on l'oppose à ces flottes formidables équipées et entretenues par la république d'Athènes durant la guerre du Péloponèse \ Depuis que l'Italie avait cessé d'être

1 Zosime.l.H, p. 94,95.

1 Constantin avait les plus grands égards pour les privilège* de ici compagnons vit&nau (convtteiwu) , comme il commençai! alors à les appeler, et il Cherchait a leur procurer tonus sortes d'agréWtns. (Voyez le code Theodotien, 1. va, lit. », tem. n, p. 41», O».)

3 Dans le temps que les Mhcniwii possédaient l'empire fefcacr, kw OoHe«*jsfcWlenlroi»cecteerteresi

le siège du gouvernement, tes établissemcns formés dans les poris de Misène et de Ravenne avaient été insensiblement négliges; et comme la marine de l'empire était soutenue par le commerce plutôt que par la guerre, il devait naturellement se trouver un bien plus grand nombre de matelots et de bàtimens dans les provinces industrieuses de l'Egypte et de l'Asie. On est seulement étonné que l'empereur d'Orient , dont les forces navales étaient si considérables, ait négligé de porter la guerre dans le centre des états de son rival.

Au lieu d'embrasser une résolution si active, qui aurait pu changer toute lu face de la guerre, le prudent Licinius attendit l'ennemi près d'Andrinople; et le soin avec lequel il fortifia son camp décelait assez ses inquiétudes. Après avoir quitté Thessaloniqne , Constantin s'avançait vers celte partie de la Thrace, lorsqu'il fut tout-à-coup arrêté par l'Hèbre, fleuve large et rapide ; et il aperçut les nombreuses troupes de Licinius, qui, postées sur la pente d'une montagne, s'étendaient depuis le fleuve jusqu'à la ville. Plusieurs jours se passèrent en escarmouches à quelque distance des deux armées. Enfin l'intrépidité de Constantin surmonta les difficultés du passage et de l'attaque. Ce serait ici le lieu de rapporter un exploit prodigieux de ce prince. Quoiqu'il ne s'en trouve peutêtre aucun dans la poésie ou dans les romans qui puisse y être comparé, cependant il a été célébré, non par un de ces vils orateurs vendus à sa fortune, mais par un historien le plus cruel ennemi de sa gloire. On assure que le vaillant empereur se jeta dans l'Hèbre, accompagné seulement de douze cavaliers, et que, par la force ou la terreur de son bras invincible, il renversa, massacra et mit en pièces un détachement de cent cinquante hommes. La crédulité l'a emporté tellement sur la passion dans l'esprit de Zosime , qu'au lieu de s'attacher aux événeniens les plus

trois rangs de rames, et dans la sorte en quatre cénis, toutes complètement armées et en état de servir sur-le-champ. L'arsenal du port dé Pirée avait eoûU à la république mille lalens, environ cinq millions délivres. (Voyeî Thucrdlile, de Bel. petopon., 1. ii,e. 13, et Meursîus,' à* Fortunaattica,t.\9.)

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(323 dep. S.-Ç.)

importons de cette fameuse bataille , il parait avoir choisi et embelli les plus merveilleux. La valeur et' le péril de Constantin sont attestes par une blessure légère qu'il reçut ù la cuisse. Maïs nous pouvons découvrir, même dans une narration imparfaite et dans un texte peut-être corrompu, que la victoire ue Tut pas moins due à la conduite du général qu'à la bravoure du héros. 11 assembla d'abord des matériaux, comme s'il eût eti dessein de jeter un pont sur le fleuve ; et, tandis que les ennemis étaient occupés de ces préparatifs, il envoya un corps de cinq mille archers s'emparer d'un bois épais qui couvrait leur arrière-garde. Licïnius, déconcerté par des manœuvres si habiles, sortit avec regret de son poste avantageux pour combattre dans la plaine sur un terrain uni, où la victoire ne fut plus disputée. Les vétérans expérimentés de l'Occident taillèrent facilement en pièces cette multitude confuse de nouvelles levées. II périt, dit-on, trentequatre mille hommes. Le soir même le camp fortifié de Lidnius fut pris d'assaut, et la plus grande partie des fuyards qui avaient gagné les montagnes se rendit le lendemain à la discrétion du vainqueur. Son rival , incapable désarmais de tenir la campagne, s'enferma dans les murs de Bysance '.

Constantin mit aussitôt le siège devant cette ville. Une pareille entreprise exigeait de grands travaux, et le succès pouvaiten paraître fort incertain. Dans les dernières guerres civiles, les fortifications d'une place si importante, regardée avec raison comme la clef de l'Europe et de l'Asie, avaient été réparées et augmentées, et, tant que Lioinins restait maître de la mer, la garnison avait bien moins à craindre de la famine que l'armée des assïégeans, Les commandans de la flotte de Constantin étirent ordre de se rendre auprès de lui, et II leur ordonna de for-

- » Zo*fme, 1. h, p. 95, 96. "Cette grande bataille estdA- <tH* laflvle fragment àt VA* (p. 714) d'une manière claire, quoique concise. • Lidnius vero circum Hadria-

• Dooolin maiimo exereilu latera ardui moula implevc-

• rat : illuc loto ogniûie Coostanliius înllexil. Cum bt|-

• lu m terra marique traberelur, quaraiis per ardmim » suUuileoUbus.attameiijdUcipliiia militari, et frlûitate,

• CoubLiniiiiiu licinii confusum et sine ordine ageotem

• vieil exercilum ; teiïter femore saneiatus. >

PAR ÉD. GIBBON. CIL XIV. 28û

ccr le passage de l'IIellespont, puisque les vaisseaux deLicinius, au lieu de chercher et de détruire un ennemi plus faible, demeuraient dans l'inaction et continuaient à occuper un détroit où la supériorité du nombre était si peu utile et si peu avantageuse. Crispris, (ils aine de Constantin, fut chargé de cette entreprise hardie. Il l'exécuta si heureusement et avec tant de courage , qu'il mérita l'estime de son père, et qu'il excita probablement sa jalousie. Le combat dura deux jours. A l'approche de là niu't, les deux flottes, après uno perte considérable et réciproque, se retirèrent, l'une en Europe, l'autre du coté de l'Asie. Le second jour il s'éleva vers le midi un vent du sud1, qui, soufflant avec violence, poussa les vaisseaux de Crispus contre ceux de l'ennemi. Ce prince profita par son habile intrépidité de cet heureux hasard , et il remporta bientôt une victoire complète. Cent trente bâtimens furent coulés ù fond, cinq mille hommes perdirent la vie; et Amandus, l'amiral de la flotte asiatique, ne parvint qu'avec la plus grande difficulté aux rivages de Chalcédoine. Dès que l'IIellespont fut libre» un grand convoi arriva au camp de Constantin, qui avait déjà avancé les opérations du'siége. Après avoir construit un rempart de terre égal en hauteur aux fortifications de Bysance-,, il posa sur cette terrasse des machines de toute espèce, et de hautes tours d'où ses soldats lançaient aux assiégés des dards et des pierres énormes , e( les béliers avaient ébranlé les murs en plusieurs endroits. Si Ltcinius persistait à se défendre plus longtemps, il s'exposait à être enseveli sous les ruines de la ville. Avant d'être entièrement bloqué , il passa prudemment avec ses trésors à Chalcédoine en Asie, et, n'ayant pas perdu le désir d'associer des. compagnons à l'espoir et aux dangers de sa fortune , il donna le titre de césar à Ma rti nia nus, qui remplissait un des emplois tes plus importans de son empire'. |

Zeeùne, 1. n , f. 67 , 96. Le courant sort toujours de

Tafaau-Dep«tuMarfcfw*«g». UfituuduaMirtndla force dn canot prear» ûqMrcestiMe. (Voyrt le Vovige deTwooetatm Lenut, kt..iL) * iurcUut Victor -, Xmm, V p, p. M, S*» (MM*

Telles étaient les ressources et les talens de Licïnius, qu'après tant de défaites réitérées, il assembla en Billiyiiîc une nouvelle armée de cinquante ou soixante mille hommes, pendant que Constantin exerçait son activité au si«ge de Bysance. Le vigilant empereur ne crut cependant pas devoir négliger les derniers efforts de son rival. Une partie considérable de l'armée victorieuse passa le Bosphore dans de petits bâlimens ; et, bientôt après l'arrivée de ces troupes, la bataille décisive se donna sur les hauteurs de Chrysopolis , aujourd'hui Scutari. Les soldats de Licinius, quoique nouvellement levés, mal armés, et plus mal disciplinés, résistèrent au vainqueur avec un courage inutile, mais animé par le désespoir, jusqu'à ce que la défaite totale et le massacre de vingt-cinq mille hommes déterminèrent à jamais le sort de leur chef. Il se rendit à Nicomédie, moins dans l'espoir de se défendre que dans la vue de gagner du temps pour négocier. Constantin, femme de Licinius et soeur de Constantin, sollicita son frère en laveur de son mari; elle obtint plutôt de la politique que de la compassion du vainqueur la promesse solennelle, conûrmée par un serment, que Licinius , après s'être dépouillé de la pourpre, et après avoir sacrifié Martiniamis, aurait la permission de passer le reste de ses jours dans un repos honorable. La conduite deConstantia et ses liaisons avec les deux princes rivaux rappellent naturellement le souvenir de cette vertueuse Romaine, sœur d'Auguste et femme de Marc- Antoine. Mais les idées des hommes étaient changées , et l'on ne pensait plus que ce fût une tache de survivre à son honneur et à sa liberté. Licinius n'eut point honte de demander et d'accepter le pardon de ses fautes. Il se prosterna devant son seigneur et maître; il mit a ses pieds son manteau de pourpre, et, lorsqu'il eut été relevé de terre

historien, Martiniamis était magister officiorum (il se sert en grec de «s deux mots latins) ; quelques médailles semblent indiquer que, pendant le peu de temps qu'il régna, il recul le titre d'auguste,

» Eusebe (lie de Constantin, I. n, c. 16, 17) atiribue cette victoire décisite aux ferventes prières de l'empereur. Le fragment de Valois (p. 714) parie d'an corps de Golbs auxiliaires, commandés par leur chef Aliquaca, qui combattirent pour le parti de Licinius.

(323 dep.' J.-C.) avec une pitié insultante, il fut admis au banquet impérial. On l'envoya aussitôt à Tl i es sa Ionique, qu'on avait choisi pourlelîeu de sa retraite1. Il fut bientôt condamné à mourir. On ne Sait si les soldats avaient demandé qu'il périt, ou s'il fut exécuté en vertu d'un décret du sénat. Le despotisme ne manque jamais de prétextes pour frapper ses victimes. Licinius Tut accusé de tramer une conspiration ou d'entretenir une correspondance criminelle avec les barbares. Mais, comme il ne fut jamais convaincu ni pur sa conduite, ni par aucune preuve légale, sa faiblesse doit faire présumer qu'il était innocent5. La mémoire de ce malheureux prince fut dévouée à une infamie perpétuelle. On renversa ses statues avec ignominie; et, par un édit précipité , dont les suites parurent si funestes qu'il fut presque aussitôt modifié, on annula toutes les lois et toutes les procédures judiciaires de son règne1. Celte victoire de Constantin réunit de nouveau les membres épais de l'univers romain sous l'autorité d'un seul monarque, trente-sept ans après que Dioclélîcn eut partagé avec Maximin, son associé, sa puissance et ses provinces.

Les degrés successifs de l'élévation de Constantin , depuis sa première élection dans la ville d'York jusqu'à l'abdication de Licïnîusà Nicomédie, ont été représentés avec quelque détail et avec précision , non-seulement parce que ces événemens sont en euxmêmes fortinléressans et de la plus grande importance, mais encore parce qu'ils ont contribue à la décadence de l'empire, par tout le sang et par les richesses immenses qui furent alors prodigués, et par l'accrois-

' Zosime, l.n,p. 102-, Victor le jeune, in Epitam. ; L'Anonyme île Valois, p. 714.

2 Contra rclîgianem sacramenti Tliessalonica privattts oectsus est. Luli-one, x, fi, et son témoignage est confirmé par saint Jérôme (in Chron.) aussi bien que par Zositne, I. u, p. 102. H n'y a que l'Anonyme de Valois qui parle des suidais , et Zonare est le seul qui ait recours à l'assistance du sénat. Eusèlic plisse prudemment sur ce lait délicat. Mais un siècle après Soinméne ose soutenir que IJi-inius fut coupable de trahison.

3 Voyez le code Tliéodosien , I. xv, lit. 15, lom. v, p. 404,405. Lescdils de Constantin décèlent un degré de passion et de précipitation indigues du caractère d'un lé>

1 aviateur.

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(323 dep. J.-C.)

semcut perpétuel des taxes aussi bien que des forces militaires. La fondation de Constantinople et L'établissement de la religion chrétienne sont les suites immédiates et à jamais mémorables de cette révolution.

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