‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 23 sur 85 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Progrès de fa religion chrétienne. — Scnlimena, mœurs, nombre el condition des premiers chrétiens.

Un examen impartial, mais raisonné, des progrès et de l'établissement du christianisme, peut être regardé comme une partie très-essentielle* de l'histoire de l'empire romain. Tandis que ce grand corps est attaqué de tous cèles parla violence ouverte, et que dos principes cachés de décadence en altèrent sourdement la constitution , une religion humble et pure jette sans effort des racines dans l'esprit des hommes, croit au milieu du silence et de l'obscurité, tire de l'opposition une nouvelle vigueur, et arbore enfin sur les ruines du Capitole la bannière triomphante de la croix. Sun influence ne se borne pas à la durée ni aux limites de l'empire; après une révolution de treize ou quatorze siècles, cette religion est encore celle des nations de l'Europe qui ont surpassé tous les autres peuples de l'univers dans les arts, dans les sciences , aussi bien que dans les armes : le zèle et l'industrie des Européens ont porte le christianisme sur les rivages de l'Asie et de l'Afrique les plus éloignés ; et, par le moyen de leurs colonies, il a été fermement établi depuis le Chili jusqu'au Canada, dans un monde inconnu aux anciens.

Un pareil examen serait sans doute utile et intéressant; mais il se présente ici deux difficultés particulières. Les monuuicns suspects et imparfaits de l'histoire ecclésiastique nous mettent rarement en état d'écarter les nuages épais qui couvrent le berceau du christianisme. D'un autre côté, la grande loi d'impartialité nous oblige trop souvent de révéler les imperfections des chrétiens, qui, sans être inspirés, prêchèrent ou embrassèrent l'Evangile. Aux yeux d'un observateur peu attentif, leurs fautes sembleront peutéire jeter nne ombre sur la foi qu'ils professaicut; mais le scandale du vrai fidèle et le

triomphe imaginaire de l'impie cesseront dès qu'ils se rappelleront, non-sculemer.t par qui, mais encore à qui la révélation divine a été donnée. Le théologien peut se livrer au plaisir de représenter la religion descendant tlu ciel dans tout l'éclat de sa gloire el environnée de sa pureté primitive.** Une làcho plus triste est imposée à l'historien: il doit découvrir le mélango inévitable d'erreur et de corruption que la foi a reçu parmi des êtres faibles et dégénérés.

La curiosité nous porte à vouloir démêler les moyens qui ont assuré les succès cluunans du christianisme sur les religions établies alors dans l'univers : il est facile de la satisfaire pur une réponse naturelle ot décisive. Sans doute celte victoire est due à l'évidence convaincante de la doctrine elle-même et à la providence invariable de son grand auteur. Mais ne sait-on pas que la raison et la vérité trouvent rarement un accueil favorable parmi les hommes? Et, puisque la sagesse de la Providence daigne souvent employer nos passions, et les circonstances générales ou se trouve le genre humain, comme des instrumens propres à l'exécution de ses vues, il peut aussi nous être permis de demander, avec toute la soumission convenable, non pas quelle fut la cause première des progrès rapides de l'église chrétienne, mais quelles en ont été les causes secondes. Les cinq suivantes paraîtront peut-être avoir le plus contribué à son établissement, et l'avoir favorisé de la manière la plus effica ce. 1. Le zèle inflexible, et, s'il nous est permis de le dire, intolérant des chrétiens, zèle lire, il est vrai, de la religion juive, mais dégagé de cet esprit étroit et insociable, qui, loin d'inviter les gentils à embrasser la loi de Moïse , les en avait détournés. II. La doctrine d'une vie future, perfectionnée et accompagnée de tout ce qui pouvait donner du poids et de la force à cette vérité importante. III. Le don des miracles attribué à l'église primitive. IV. La morale pore et austère des fidèles. V. L'union et la discipline de la république chrétienne , qui forma par dentés, dans le sein de l'empire romain, un étal libre, dont la force devenait de jour en jour plus considérable.

I. Nous avons déjà décrit l'harmonie religieuse de l'ancien monde , et la facilité avec laquelle tant de nations si différentes, et même ennemies, avaient adopté, on du moins respecté les superstitions les unes des autres. Un seul peuple refusa de souscrire à cet accord universel dn genre humain. Les Juifs, qui, sous la domination des Assyriens et des Perses, avaient langui pendant plusieurs siècles au rang des plus vils esclaves *, sortirent tout-à-coup de l'obscurité, lorsqu'ils furent soumis aux successeurs d'Alexandre; et, comme leur nombre s'augmenta avec une rapidité étonnante en Orient, et dans )n suite en Occident, ils excitèrent bientôt la surprise et la curiosité des autres nations *. Leur opiniâtreté invincible à conserver leurs cérémonies particulières et leurs mœurs insociables , semblait indiquer une espèce d'hommes qui professaient hardiment ou qui déguisaient à peine une haine implacable contre le reste du genre humain*. Ni la violence d'Antiochus, ni les artifices d'Hérode, ni l'exemple des nations circonvoisines, uc purent jamais engager les Juifs à joindre aux institutions de Moïse la mythologie élégante des Grecs1. Les Romains, attachés aux maximes d'une tolérance universelle , protégèrent une superstition qu'ils méprisaient \ Auguste, si

1 " DumJssyrios pênes, Medosque, el Persas Oriens fbU,dejpe£tûsimtiparvsert>ientùtm.(T<iç.tllis[.,v.,8.) Hérodote, qui visita L'Asie lorsqu'elle obéissait au dernier .de ces peuples, parle, en peu de mots , des Syriens do la Palestine, qui, selon leur propre aveu, avaient lire de l'Egypte la pratique de la circoncision.

1 Dtodore de Sicile, 1. »;l)ion Cassais, 1. unu, f. 121 ; Tac Hist. v, 1-9; Justin, mri, 2, 3.

I On ne trouée point précisément celle loi dans ce que DM» avons des ouvrages de Moïse; mais le sage , l'humain Maimonide enseigne ouvertement que, si un idolâtre tombe dans Peau , un Juifne doit point l'empêcher de mourir. (Vov. Baguage , Hlst. des Juifs , I. n, c. 28.) i < Il parut, pendant quelque temps, parmi eux une secte dans laquelle on pouvait remarquer une sorte de cou formité entre les dogmes desdeui religions. Ces Juifs furent appelés Hérodiens, du nom d'Hérode dont l'autorité et l'exemple les avaient entraînés. Mais leur nombre était si peu considérable, el la durée de cette secte rut si courte, rjne Josèphe ne l'a pas jugée digne de son attention. (V«T« Prideaui , vol. n , p. 28JL) * ÇicéDn , pro flaeco, t. 23.

(323 dep. J.-C.) rempli de condescendance envers tous les sujets de son empire, daigna ordonner que l'on offrit des prières pour la prospérité de son règne dans le temple de Jérusalem ' ; tandis que le dernier des entons d'Abraham serait devenu un ^objet d'horreur à ses propres yeux, el se serait attiré l'exécration de ses frères s'il eût rendu le même hommage au Jupiter du Capitule. La modération des vainqueurs ne fut pas capable d'apaiser la jalousie d'tin peuple dont les alarmes et le scandale redoublaient à la vue des enseignes du paganisme, qui devaient nécessairement s'introduire dans une province romaine ". En vain Caligula voulut-il placer sa statue dans le temple de Jérusalem : ce projet insensé Fut détruit par la résolution unanime des liabiuns, qui redoutaient bien moins la mort qu'une profanation si impie'. Leur attachement à ht loi de Moïse égalait leur aversion pour tout culte étranger. Le zèle et la dévotion, qui étaient resserrés dans des bornes étroites , se soulevèrent avec la force et quelquefois avec l'impétuosité d'un torrent. Celte persévérance inflexible, qui paraissait si odieuse ou si ridicule à l'ancien monde , prend un caractère plus auguste depuis que la Providence a daigné nous révéler l'histoire mystérieuse du peuple choisi; mais le respect et même le scrupule avec lesquels les Juifs du second temple conservèrent les institutions de Moïse paraîtront encore plus étonnans, si l'on compare cet attachement avec l'incrédulité opiniâtre de leurs ancêtres. Lorsque la loi fut donnée sur le mont Sinaï au milieu des éclats de la fdVidre; lorsque les flots de l'Océan devinrent immobiles, et

i Phïlon, de Légations. Auguste fonda un sacrifice perpétuel. Il ne désapprouva cependant point le peu d'égards que Caïus, son petit-fils, marqua pour le temple de Jérusalem. (Voyez Suétone, via d'Auguste, c 93, et tes notes de Casaubonsur ce passage.)

i Voyez en particulier Joséphe, Antiq. ira, 6;inu, 6, el île Bel.judaico, i, 33 , et n , 9.

î/iwii A Caio Cœsare cffigîcmejus inttmpïotocare, arma potiassumpsere. (Tac.Hist.v. OJ.Philonel Joséphe donnent, avec beaucoup de détails, maïs en style de rhéteur, une description de ce fait, qui embarrassa extrêmement le gouverneur de la Syrie. La première fols que l'on fit celle proposition idolâtre , le rot Agrippa se/trouva mal , et il ne revint de son évanouissement que le troisième Jour.

que les corps célestes suspendirent leur cours, pour favoriser tes expéditions des Israélites; lorsque enfin des récompenses ou des punitions -temporelles furent les suites immédiates de leur piété ou de leur désobéissance, ils se révoltèrent sans cesse contre la majesté visible dé leur roi divin ; ils placèrent les idoles des nations étrangères dans le sanctuaire de Jéhovah; enfin ils imitèrent toutes les cérémonies fantastiques pratiquées sous les tentes des Arabes ou dans les villes delà Phénicie '. A mesure que le ciel, justement irrite, retira sa protection a desingrats, leur foi acquit un nouveau degré de vigueur et de pureté. Les contemporains de Moïse et de Josué avaient contemplé avec indifférence les miracles les plus étonnans : dans un temps moins reculé, lundis que les Juif» gémissaient sous le poids des calamités les plus cruelles, ils furent frappés de ta vérité de ces mémos prodiges; leur croyance les préserva de la contagion universelle de l'idolâtrie; et.ee qui est entièrement contraire à ta marche générale de l'esprit humain , ce peuple singulier semble avoir cru plus fermement et avec plus de promptitude les traditions de ses premiers pères que le témoignage de ses (propres sens '.

J La religion juive renfermait tout ce qui pouvait servir à sa défense; mais elle n'était .point destinée à faire des conquêtes; et probablement le nombre des prosélytes ne surpassa jamais beaucoup celui des apostats. Les promesses divines avaient été originairement faites à une seule famille; c'était à elle qu'avait été prescrite la pratique distinctive de la circoncision. Lorsque la postérité d'Abraham eut multiplié comme les sables de la mer, la Divinité, qui lui avait dicté de sa bouche un système de lois et de cérémonies, se déclara le Dieu propre et en quelque sorte

| < Au sujet de l'énuméralion des divinités syriennes et . arabes, on peut observer que Milton a renfermé dans ; cent trente vers, d'une grande beauté, les deux traités considérables et remplis d'érudition que Selden a com- I posés sur cette matière obscure.

' x Usqucquo detrahet mihi populus isle ? quousque non • croient mihi, in omnibus signix quae feti coram eis ? » (Nomb.,uv,n.) Userait belle, mais il serait peu convenable de justifier , par tout le récit dcMoise, les reprocbes de la Pirùùtti.

national d'Israël ; et elle parut toujours extrêmement jalouse de séparer son peuple favori d'avec le reste des hommes. La conquête de la terre de Clianaan fut aecompaguée de tant de circonstances merveilleuses et d'une si grande effusion de sang, que les Juifs restèrent dans un état d'inimitié irréconciliable avec tous leurs voisins. Les vainqueurs avaient reçu ordre d'exterminer quelquesunes des tribus les plus idolâtres : les faiblesses de l'humanité les empêchèrent rarement d'exécuter la, volonté de l'Être-Suprème. Les mariages et les alliances avec les autres nations ne leur étaient pas permis ; ils ne pouvaient recevoir les étrangers dans leur congrégation ; et cette défense, quelquefois perpétuelle, s'étendait presque toujours à la troisième, à la septième ou même à la dixième génération. L'obligation de prêcher la foi de Moïse n'avait jamais été prescrite comme un précepte de la loi; et les Juifs ne pensèrent point à s'imposer volontairement un pareil devoir. Lorsqu'il s'agissait d'admettre de nouveaux citoyens, ce peuple insociable suivait plutôt L'orgueilleuse vanité des Grecs que la politique généreuse des Romains. Les descendons d'Abraham, fiers de l'opinion qu'ils avaient seuls hérité de l'alliance, craignaient de diminuer la valeur de leur patrimoine en le partageant trop facilement avec les étangers de la terre. Une plus grande communication avec le genre humain étendit leurs connaissances sans corriger leurs préjugés; et toutes les fois que le Dieu d'Israël acquérait de nouveaux adorateurs , il en était bien plus redevable à l'humeur inconstante du polythéisme qu'an zèle actif de ses propres missionnaires '. La religion de Moïse semble avoir été instituée pourtmecontrée particulière, aussi bien que pour une seule nation. Si les Juifs eussent exécuté rigoureusement le précepte qui ordonnait à tous les mâles de se présenter trois fois dans l'année devant Jébovab, il leur eût été impossible de se répandre au-delà de la terre promise *. A

■ Tout ce qui a rapport aux proscrites Juifs a été traité arec beaucoup d'habileté par Baguage, (lllrt. des Juift,I.vi,c.«,r.)

1 Voyez Exode, xiir, 2.1; Deuter., xn, 16} les coumentateurs , et une note t rés-remarquabh) dans l'Histoire UuiTersclle, vol. i , p. t»3 , «il. in-toUo.

la vérité, la destruction du temple de Jérusalem leva cet obstacle; mais la plus grande part io de la religion mosaïque fut enveloppée dans ses ruines. Les païens avaient été étonnés pendant long-temps du bruit étrange qui s'était répandu, que cet édifice ne renfermait qu'un sanctuaire vide '. Lorsque la nation juive eut été dispersée, ils lurent en peine de découvrir quel pouvait être l'objet, quels pouvaient être les inslrumens d'un culte qui manquait de temples et d'auLels, de prêtres et de sacrifices. Cependant les Juifs, dans l'état même d'abaissement où ils avaient été réduits, ne renoncèrent pas à des privilèges exclusifs, et qui flattaient leur orgueil : loin de rechercher la société des étrangers, ils l'évitèrent soigneusement , et ils observèrent alors avec une rigueur inflexible les articles de la loi qu'il était en leur pouvoir de pratiquer. Des distinctions particulières de jours, d atimens, et une foule d'observances frivoles, quoique pénibles, combattaient trop ouverlementlcs coutumes et les préjugés des autres peuples pour ne pas exciter leur dégoût et leur aversion. La circoncision, pratique douloureuse, quelquefois mémo accompagnée de danger, était seule capable d'éteindre !a ferveur du prosélyte * , au moment où il se présentait à la porte de la synagogue.

Ce fut dans ces conjonctures que le christianisme parut sur la terre, armé de toute la force de la loi mosaïque, et débarrassé du poids de ses fers. Le nouveau système prescrivait, aussi formellement que l'ancien, un z.èlo exclusif pour la vérité de la religion et de l'unité de Dieu. Tout ce que la révélation apprit alors aux hommes concernant la nature et les desseins de l'Étre-Suprème, servît à augmenter leur vénération pour celte doctrine mystérieuse. L'autorité divine de

1 Lorsque Pompée , usant ou abusant du droit de conijiuV , entra dans le saint des saints , on observa , aiec ri ■«: Liraient, nutta intus Deùm cfjigîc, racttatn setlem ri inania arciuia. (Tacite , Ilist. v, 0.) Celait un bruit populaire , en parlant des Juifs , que

- !.'n prosélyte, samaritain ou égyptien , était obligé de subir mie seconde espèce de circoncision. On peut voir li.ins Basna^B (llist. des Juifs, l.ri, c. 6) l' indifférence npinlàlre des Talmuldisles au sujet de la conversion des étrangers.

Moïse cl des prophètes fut admise, et menu; établie comme la base lapins solide du christianisme. Depuis le commencement du monde, une suite non interrompue de prédictions avait annoncé et préparé la venue si désirée du Sauveur : il est vrai que, pour se conformer aux idées grossières des Juifs, le Messie avait pins souvent été représenté sous la forme d'un roi et d'un conquérant que sons celle d'un prophète, d'un martyr et du fils de Dieu. Par son sacrifice expiatoire, les sacrifices imparfaits du temple furent à la fois consommés et abolis. A lu loi ancienne qui consistait seulement en types et en figures, succéda un culte pur, spirituel, également adapté à tous les climats et à tous les états du genre humain. On substitua à l'initiation par le sang l'initiation par l'eau. La faveur divine, au lieu de n'être accordée qu'à lu postérité d'Abraham , fut universellement promise à l'homme libre et à l'esclave , au Crée et au Barbare, au Juif et au Gentil.

Les membres de l'église chrétienne jouissaient toujours, sans partage, de tous les privilèges qui, en élevant le prosélyte jusqu'au ciel, pouvaient exalter sa dévotion, assurer son bonheur, ou même satisfaire cet orgueil secret qui, sous l'apparence de la dévotion, s'insinue dans le cœur humain. Mais en même temps on permit à tous les hommes, on les sollicita môme d'accepter une distinction glorieuse que non-seulement on leur offrait comme une faveur, mais qu'ils étaient forcés d'accepter comme une obligation. Le devoir le plus sacré d'un nouveau converti fut de communiquer à ses amis et à ses parens le trésor inestimable qu'il avait reçu, et de les prévenir des suites funestes d'un refus qui serait sévèrement puni, comme une désobéissance criminelle à la volonté d'un Dieu bienfaisant, il est vrai, mais dont la toutepuissance était redoutable.

Ce ne fut pas sans peine que l'église secoua le joug de la synagogue ; et cet affranchissement exigea un temps assez long. Les Juifs convertis reconnaissaient, dans la personne de Jésus, le Messie annoncé par les anciens oracles; ils le respectaient comme un divin prophète qui avait enseigné la religion et la vertu ; mais ils restèrent opiniâtrement

(323 dep. J.-C.)

attachés aux cérémonies de leurs ancêtres , et ils voulurent les faire adopter aux gentils, qui augmentaient continuellement le nombre (les fidèles. Les chrétiens judaïsans semblent avoir trouvé des argumens 'assez plausibles dans l'origine céleste de la loi mosaïque et dans les perfections immuables de son grand Auteur. • Sil'Étrc, disaient-ils, qui est le

■ même dans lonte l'éternité , avait eu des-

> sein d'abolir ces rites sacrés qui ont servi i à distinguer son peuple choisi , ce second

• acte de sa volonté aurait été annoncé d'une

> manière aussi claire et aussi solennelle que

> le premier. La religion de Moïse, au lieu » de ses déclarations fréquentes qui en sup- » posent ou qui en assurent la perpétuité ,

• aurait été représentée comme un plan pro- » visionne), destiné à subsister seulement

> jusqu'à ce que le Messie fût venu montrer

• aux hommes une forme plus parfaite de

> loi et de culte '. Le Messie lui-même et ses

> disciples, qui conversèrent avec lui sur la » terre, loin d'autoriser, par leur exemple ,

> les plus petites observances de la loi mo-

> saïque ', auraient publié à l'univers que ces » cérémonies, désormais inutiles, étaient <lé- » truites, et ils n'auraient pas souffert que le » christianisme restât, pendant plusieurs an- « nées, obscurément confondu parmi les i sectes de l'église juive. » Il parait que l'on employa de pareils argumens pour défendre la cause expirante de la loi de Moïse ; mais la sagacité des saints interprètes a suffisamment, expliqué le langage mystérieux de l'Ancien-Testament, et la conduite équivoque des prédicateurs apostoliques. Il fallait développer par degrés le système de l'Évangile : il fallait user de la plus grande réserve et des ménagemens les plus délicats, en prononçant une sentence de condamnation si

' Ces argumens sont présentés avec beaucoup Ce sagacil* par le Juif Oroliio cl réfutés avec la même sagacité et avec candeur par le chrétien Limborcb. Voyez Amica Collalio (ouvrage qui mérite bien ce nom), ou relation de la dispute qui s'éleva entre eux.

1 • Jésus circumeisus erat ; cîbis ulebalur judâi-

' eî5,ïcstilusimili; purgatos scabic niltliliat ad sacer-

■ i.olcs ; paschala et alios dies feslos rcligiosc observabal : » :.iqu(issauaiiisabbalo,ostendil non uuiluiii exlege,

• sed eL excerolis sçntenliis , lalia opéra sabbalo nou lu-

• lerdiela. • Grolius, deVeril. rel.\ Christ. l.v,c. 7. Peu après (c.12.) ïl s'étend sur la condescendance des apôlr».

contraire aux inclinations et aux préjugés des Juifs convertis.

L'histoire de l'église de Jérusalem fournit une preuve frappante de la nécessité de ces précautions, et de l'impression profonde que la religion juive avait faite sur l'esprit de ses sectateurs. Les quinze premiers évêques de Jérusalem furent lotis des Juifs circoncis, et la congrégation à laquelle ils présidaient unissait la loi de Moïse avec la doctrine de Jésus-Christ1. La tradition primitive d'une église, fondée quarante jours seulement après la mort du Sauveur, et gouvernée pendant presque autant d'années, sous l'inspection immédiate des apôtres, devait n a tu retient eut être reçue comme le modèle de la Toi orthodoxe*. Les églises éloignées avaient souvent recours à l'autorité respectable de leur mère, dont elles s'empressaient de soulager les besoins par de généreuses contributions d'aumônes. Mais, lorsquedcs sociétés nombreuses et opulentes eurent été établies dans les grandes villes de l'empire, Antioclie, Alexandrie, Éplièse, Corintlie et Home, on vit insensiblement diminuer la vénération que Jérusalem avait inspirée à toutes les colonies chrétiennes. Les juifs convertis, ou, comme on les appela dans la suite, les Nazaréens, qui avaient jeté les fomlemens de l'église, se trouvèrent bientôt accablés par la multitude des prosélytes, qui.de toutes les diiïéreiues religions du polythéisme, accouraient enfouie se ranger sous la bannière de Jésus-Christ ; et les Gentils, autorisés par leur apôtre parliculicrà rejeter le Farileau insupportable des cérémonies mosaïques, voulurent aussi refuser à leurs Frères plusscrupuletix la même tolérance qu'ils avaient d'abord humblement sollicitée pour eux-mêmes. Les Nazaréens ressentirent vivement la ruine de la ville, du temple et de ta religion publique du peuple Juif. En effet, quoiqu'ils eussent renoncé à la

' Pêne omîtes Christnm. Deum snb Icgis observatioiie cmiebiuit. (Sulpice Sévère, u, 31 . V. Eusebe.Hisl. Ikclé5iasl.,l.iv,c.5.)

*}\a&mm,tle rebtt$ ChristumkmU Coiislantinttm magmim, p. 133. Haiiscel excellent ouvrage, que j'aurai souvent occasion île citer . il traite de l'état de l'église priuiilivc, avec bien plus d'étendue qu'il n'a été a portée de le Cjire dans son histoire générale.

foi de leurs ancêtres, ils tenaient toujours intimement, parleurs tnœnrs,à des compatriotes impies, dont les malheurs, attribués par les païens au mépris de l'Être- Suprême, étaient, à bien plus juste titre, aux yeux des chrétiens , l'effet de la colère d'un Dieu vengeur. Après la destruction de Jérusalem, les Nazaréens se retirèrent au-delà du Jourdain, dans la petite ville de Pella, où cette ancienne église languit, durant plus de soixante ans, dans la solitude et' dans l'obscurité'1. ' fis; avaient toujours la consolation de faire souvent de pieuses visites a h Cité Sainte ; et lis se nourrissaient dn l'espoir qu'ils seraient un jour rendus à ces demeures chéries que la religion et la nature leur avaient appris à aimer et à respecter. Mais enfin, sous le régne d'Adrien, le fanatisme désespéré des Juifs remplit la mesure de leurs calamités, et les Romains, indignés des rébellions réitérées de ce peuplé, usèrent avec rigueur des droits de la victoire. L'empereur bâtit une nouvelle ville sur le monl Sion " ; il lui donna le nom d'OElia Capitolina, lui accorda les privilèges d'une colonie, et, décernant les cliatimens les plus sévères contre tout Juif qui oserait approcher de son enceinte, il y mit en garnison une cohorte romaine pour assurer l'exécution de ses ordres. Les Nazaréens ne pouvaient échapper que par une seule voie à la proscription générait;. La force de la vérité fut alors secourue de l'influence désavantages temporels. Ils élurent pour leur .^vêque Mardis, prélat de ta race des Gentils, et qui ferait probablement son origine, de l'Italie pu de quelques provinces latines. A sa persuasion, la plus grande partie de la secte abandonna la loi de Moïse, qu'elle avait, suivie

1 Eusêbe.LBx, t. 6; Le acre, Htet que , p. 605. Durant «cita absence momentanée, l'avequc et l'église de Pella retinrent toujours le titre de Jérusalem. C'est ainsi que les pontifes romains résidèrent pendant soixante-dix ans a Avignon , et que les patriarches d'Alexandrie ont transféré depuis lgny-lemps leur siège épiscopal au Caire.

ïOioi» Cassiui, l.xnt; Arislonde Pella (apud Euseb. , 1. ir, c 6} aUesle que l'on interdit an Juifs l'entrée de Jérusalem; et il eu est parlé dans plusieurs écrivains ecclésiastiques. Quelnuesruns d'Eure eut. ceuBudosl se sont trop empressés d'étendre cette défense .a tout te pars de la Palestine.

(82ôdcp.d.C.) constamment pendant plus d'an siècle> En sacrifiant 'ainsi lew* coutumes et leurs f>rejugé*, les Nazaréens obtinrent l'eatrée labre de la colonie d'Adrien, et ils canentèneatpfais fermement leur union aveu l'église catholique».

Lorsque le nom et les honneurs de l'égli&o de Jérusalem eurent été1 rétablis sur (e mont 'Sion; on aecusa'de schisme etd%érésiê les restes obscurs des 'Nfezaréebsy qui avaient K-fiisé d'atcôiripagner leur éïéque latin; Ils conservèrent toujours letir première habitation de Pella ,- d*o(i Ils se répandirent dans les villages situés aux environs dé Damas» et ils fortnèrent une petite église' à Bœréè,' aujourd'hui AIfip en Syrie*. Lé nom de Hazaréen parut trop honorable pour ces Jtnfs chrétiens; ils fnrent bientôt appelés' Ébîonites*, terme de mépris, qui marquait la pauvreté prétendue de leur esprit aussi bien qne de leur condition. Peu d'années après lé retour de l'église de Jésusalem, il s'éleva' une question qui devint un sujet de douté et de controverse : îï s'agissait de décider si 'un homme qui reconnaissait sincèrement Jésus comme le Messie, mais qui persistait toujours à observer la loi de Moïse, pouvait espérer d'être sauvé. L'humanité' de Justin le martyr le faisait pencher pour l'affirmative, cl, quoiqu'il s'exprimât avec ta défiance la plus réservée, il osa prononcer eu laveur de ces chrétiens imparfaits, pourvu qu'ils se conieniàs-

' Eusèbe , t iv . c. 6 ; jiùlpîcc Sévère ,'ii,,"3i . Ëq compara m les narrations peu satisfaisantes .de ces" deux auteurs , Mosbeim ( p. 327 , etc. ) a Imé une description très-claire des oirconslances et des motifs de celte, révolu-

*Le Clerc ( Hisl. Eeclésiasl., p. 477, 535). parait avoir tiré d'Euséue , de saint Jérôme , de saint Ëpipaaoe , el île quelques autres écrivains, toutes les cjrttujtlaaeea principales qui ont rapport aux Nazaréens ou, Ébionugs. La nature de tours opinions les divisa bientôt endeui sectes, l'une plus rigide, l'autre plus douce. Il y a du moîus quelques raisons de conjecturer que les parons de Jesus-Cbrist restèrent attachés au damier parti .qui était le nuis modéré.

si^qia^toflmusse^rtplu acwenfausivau- Leur imaguuûre du nus «delà secle.des ÉbtaniU». ■ Haut nous pouvons bien plus compter «or le saiant Etsebe que sur levéuetocnt Tertutlicu, -m sur le crédHieËpîphine>. Sets» Le Gkre, le a>ot aéhro e*j«w» feot tire traduit en latin par.c«Juidef]aupew,( VVHutjScclésiast ,p.477.) , ..„,.

(324 dep. J.-C.) sent de pratiquer les cérémonie» de Moïse, an» prétendre que l'usage dût en être général ou nécessaire. Mais, lorsqu'on pressa saint Justin de déclarer le sentiment de l'église, il avoua que plusieurs chrétiens orthodoxes non-seulement privaient leurs frères .jndafeaas de l'espoir du salut, mais encore que, dans les devoirs ordinaires de l'amitié, de l'hospitalité et de la vie civile, ils refusaient d'avoir avec eus aucune communication1.

L'opinion la plus rigoureuse l'emporta sur la plus douce, comme on devait naturellement s'y attendre, et les disciples de Moïse forent à jamais séparés de ceux de Jésus-Christ. Les malheureux Ebionites, rejetés d'une religion comme apostats, et de l'autre comme hérétiques, se trouvèrent forcés de prendre un caractère plus décidé;et quoiqu'on puisse apercevoir jusque dans le quatrième siècle quelques traces de cette ancienne secte, elle seperdit insensiblement dans la synagogue, ou dans l'église*. Tandis que l'église orthodoxe gardait un juste milieu entre une vénération excessive et un mépris déplacé pour la loi de Moïse, les divers hérétiques prenaient les extrêmes opposés, et ils s'égaraient également en suivant les roules del'erreuretde l'extravagance. La vérité reconnue de la religion juive avait persuadé aux Ébionites qu'elle ne pouvait jamais être abolie ; ses imperfections prétendues donnèrent naissance à l'opinion non moins téméraire des Guostiques, qu'elle n'a-

' Veje/ le eurieux dialogae 4e «tint Justin le martyr areelejuïf Trrpnon. La conférence qu'ils eurent entre eux te ttnt 1 Bphese, mus le règne d'Anloahi-totfaix, vingt ans environ après !e retour de regflse se Peu* dans larille -de Jérusalem. Consulta, pour cette date, la note de l'exact Tdles»Mt.(slêni.EedesiasL,lom.n, p. 5110

■Detmn les systèmes de christianisme, celui de l'AbvSftnte est te seul qui tienne encore aux rites mosaïques. (Geddee , HUbirede l'ËgKse d'Ethiopie , et dissertations de Le Grand sur la relation da P. Lobo). L'eunuque de la reine Canenee peut ftire naître qnelques soupçons ; mais, «anime on nt«s assnro (Soerate, i , 19; Soromeue, n, 24;ï.tîriolpbe, p. 281 ) que ks Élhiopieia ne forent conttRtainMdanslo qMtrfèae siècle, Il est plus ratooonabte de croire qu'ils observèrent le sabbat , et qu'ils eurent

etanue des dea t. cotés de la ÉthiopleM ont pratique: la de santé et de propreté, qui

vait jamais été instituée par la sagesse de Dieu.il est contre l'autorité deMoïse et des prophètes quelques objections qui séduisent trop facilement le sceptique, quoiqu'elles n'aient pour principe que l'ignorance où nous sommes de l'antiquité reculée, et la faiblesse de notre esprit , incapable de se former une idée juste de l'économie divine. C'était sur ces objections que s'appuyait la vaine science des Gnostiques1, et qu'ils insistaient vivement. Ennemis, pour la plupart, des plaisirs des seus, ces hérétiques censuraient avec aigreur la polygamie des patriarches , les galanteries de David et le sérail de Salomon. Comment concilier, disaient-ils, la conquête de la terre de Canaan, et (a destruction d'un peuple sans défiance, avec les notions communes de la justice et de l'humanité? Lorsqu'ils jetaient ensuite les yeux sur la liste sanguinaire de meurtres, d'exécutions et de massacres qui souillent, presque à chaque page, les annales des Juifs, ils reconnaissaient que les barbares de la Palestine n'avaient point eu plus de compassion pour leurs amis et pour leurs compatriotes que pour leurs ennemis idolâtres*. Passant ensuite des sectateurs de la loi à la loi elle-même, ils prétendaient qu'une religion qui consistait seulement en sacrifices sanglans, en cérémonies puériles, et dont toutes les punitions et toutes les récompenses étaient temporelles , ne pouvait ni inspirer l'amour de la vertu , ni réprimer l'impétuosité des passions. Les Gnostiques s'efforçaient de jeter du ridicule sur la narration de l'écrivain sacré lorsqu'il décrit la création du monde et la chute' de l'homme ; ils traitaient avec une dérision profane le repos de la Divinité après six jours de travail, la cote d'Adam, le jardin d'Edcn, les arbres de la vie et de la science, le serpent parlant , le fruit défendu et la condamnation éternelle prononcée contre le genre humain pour l'of-

■ Beensobre (Histoire dn Manichéisme, I. i, t. 3) a rendu compte ,mec lapins sarante Impartialité', de leurs parnenWrenMM de celles de Fanetus , l'adversaire de saint Augustin.

1 Apud ipiot filkt ebstviata , mistrieordia In protnptu. Advenus omnes alioa hostile odûan. ( Tac. Hist., r, 4.) Certainement Tacite a vuleïJnifi d'un œil trop favorable. La lecture de Josèphe aurait pu détruire

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fcnsc légère de ses premiers pères*. Les Gnostiqucs osaient Lien représenter le Dieu d'Israël comme un être sujet à l'erreur et à la passion, capricieux dans sa faveur, implacable dans sa vengeance, bassement jaloux de son culte religieux, n'accordant ses bienfaits qu'à un seul peuple, et n'étendant point sa providence au-delà de celte vie passagère. Us ne pouvaient apercevoir, dans une pareille description, aucun des traits qui caractérisent le père commun, le maître tout-puissant de l'univers*, fis convenaient que la religion du peuple juif était, en quelque sorte, moins criminelle que l'idolâtrie des autres nations J mais leur doctrine avait pour base la mission de Jésus-Christ. Ils enseignaient qu'il devait être adoré comme la première et la plus brillante émanation de la Divinité, ei qu'il avait paru sur la terre pour corriger les différentes erreurs des nommes, et pour révéler on nouveau système de vérité et de perfection. Par une condescendance très-singulière, les plus savans pères de l'église ont eu l'imprudence d'admettre les soptusmes do cette secte. Avouant que le sens littéral dos divines écritures répugne à tous les principes de la raison et de la foi , ils se croient en sûreté et invulnérables derrière le large voile de l'allégorie, qu'ils ont soin d'étendre *ur la partie la plus délicate du système de Moïse *.

On a prétendu que la pureté primitive de l'église n'avait jamais été violée par le schisme ni par l'hérésie, avant le règne de Trajan ou d'Adrien, cent ans environ après la mort de Jésus-Christ *. Remarquons plutôt que, durant cette période, les disciples du Messie

t Le docteur Bnruet (Jrchmalogia, 1. n, c. 7 ) a discuté les premiers chapitres de la Gentee avec trop d'esprit M de liberté

* La Cnostlque* les plus modérés cflWHeraient Mmia)j comme an «ira <Tua* Mlare mine entre Dieu et in démo*. D'**lm a cipe. Vu jw le MMid aède de HosatiM. Cet «M exaest i'memnàirt dùtkute, quoique concise, le» opinion* étrange* qu'il* s'étaient fennecs rit ce sujet.

»Vry«.B«MK*rc,(iiitto!H du MMtiefcétaie, 1.1,0. 4. ) Origine et uint AaguMin étalent di nombre des dlégarûtet.

«Hégé8ippc,apudEuseb. , l. m, 32; w, 22; Clément d'Àkatndri», Siromal., wi, 17.

LETuTlHE ROMAIN, <3Mdep.J..C.)

donnèrent a la foi et a la pratique nne étendue que ne se permirent jamais de lui donner les fidèles des siècles suivant. Insensiblement les limites de la communion turent resserrées, le parti dominant exerça son autorité spirituelle avec plus de rigueur, et on exigea des membres les plus respectables qu'il» renonçassent à leurs opinions particulières. La plupart d'entre eux n'en devinrent que plus hardis a soutenir leurs sentimens, a suivre des principes erronés, et à lever ouvertement l'étendard de la révolte contre l'unité de l'église. Les Gnostiques se distinguèrent surtout parleur politesse, par leu r savoir et par leur opulence. L'orgueil leur fit prendre ta dènotainattoa générale de Gnostiques ou ilinniini*, qui exprimait une supériorité de connaissance:

peut-être aussi ce nom leur fut-il donné Ironiquement par des adversaires envîenx. Cette secte , composée presque tonte dé familles païennes, parait avoir eu principalement pour fondateurs des habitons de la Syrie ou de l'Egypte, contrées où la chaleur du climat dispose el l'esprit et le corps à la dévotion contemplative. Les Gnostiques mêlaient à lu. foi de Jésus-Christ plusieurs dogmes sublimes, mais obscurs, tirés de la philosophie orientale, et même Je la religion de Zoroastre, concernant l'éternité de la matière , l'existence de deux principes et la hiérarchie mystérieuse du monde invisible ', Dès qu'ils Et furent élancés dans ce vaste abîme, fls prirent pour guide une imagination désordonnée: et, comme les sentiers de l'erreur sont variés et misas , le* Gnestàques m "trouvèrent irapetTfptiMementdivfsés m plus de etoqswiie sectes particulières*, dont les principales paraissent avoir été les Rasilidîens, tes Valco timons, les Harcbmite», et» dams un temps moins reculé , tes MamchéeM. GtacHie de ces sectes pouvait se Tanter d'avoir ses êrt-

■ Eu décrivant les Gmstiques du second ** °u troisteac siècle , Matheua est iigemnu et de boue* foi ; I* Clere, un peu lourd, hué exact ; Beauiotor* est presque loidours us apologiste; et tt est Uea à craindre quête premier* pire» de J 'agita m lofent Bis, «UTcnt des a-

3 Voyea les catalogues 4e siinl InWe et de saint Epipanne. Il (lut arouer aussi que ces écrivaitts étaient puttés à multiplier le nombre dot sectes q

(3i* dep.'J.-C;.)

PAR 16: GIBBON. Cfl. XV.

ques et ses congrégations, ses docteurs et ses martyrs'. Au lieu de quatre évangiles adoptés par l'église, les hérétiques produisaient une foule d'histoires, dans lesquelles ils avaient adapté a leurs doctrines respectives * les actions et tes discours de Jésus- Christ. Le succès des Gaostiqnes fut rapide et devint fort étendu*. Us couvrirent l'Asie et l'Egypte, s'établirent à Rome et pénétrèrent quelquefois dans les provinces de l'Occident. Ils .s'élevèrent, pour la plupart, dans lé sëcond.siècle ; le troisième lut l'époque de leur splendeur; ils furent entièrement terrassés, dans 16 quatrième ou dans le cinquième, par l'influence supérieure' de quelques nonveHes' controverses , et par l'ascendant de là puissance dominante. Quoiqu'ils troublassent sans cesse la pail def église, et qu'ils en avilissent souvent la dignité , ils contribuèrent plus à favoriser qu'à retarder les progrés dû christianisme, Les païens convertis, dont les objections les pins, fortes étaient contre la loi do ïÇûfse , pouvaient être admis dans te sein de plusieurs sociétés chrétiennes qui n'exigeaient pas de leur esprit, encore rempli de préjugés, la croyance d'une révélation antérieure ; et , à la fin, l'église profita des' conquêtes de ses ennemis les plus invétérés*.

lEusWs'.r. it,e.lS. Vorw dmrBè-rle, * rartMe MarcUin , lia détail cûrlctct dfend damât* sur te sujet. Il «BMersiUM SMMfHB-flnS dis Gnustlqaee ( In Batilidieus) entaient et weme refusaient ItniiwAi martyre. Leur» raisons étaient. singulières «l aMirute*. (V. Mo«ftti*,t,'3te) "

3 T«^w 9*B^iMs4«anvqaau«rOfS34wf|wtMni.

adlKMMuiCrt' [nfitigaWe écrivain-, qui ara» passé sa »l» dan» l'Aude de rfariuiw Saute , en appuie l'au- IbenUtUâmr VaotorUi Inapteée de l'église. Il était imposante que1 tes Gnostkqaea pussent recevoir les cWtgUSl qntwwéwiiiyiliwrt, 1 du«t plweieurs mmmamr ( parlfcullat anmul . ht reamrncUtn de Jàm- Cnrist) attaquent diretLeneat leun dogmes (avorta, et pouvaient paraître avoir été dirigea contre e»« t deneu. Il est dane , en quoique sorte , singulier que sent Ignace ( Xpttt. tut Sinyrn.nur.ÂposM:, tan: n, p. Si) ail preTéré employer une tradition' rague et douteuse, au lie,Hd,avoitrF«ureautïnKrf^.ii^ceTta!t]iItte>»ng*lrtfes.

» ffaWnf apet fat/os; hâtent ecctertet et ntatèi»nincvTtile Ml l'expression forte 0* TertùTHen , qnéje suis.oBligi'deàtw de mémoire. Du temps de taMÉpïphane ( advers. twrescs , p. 302 ), les Mareioniles étaient tree-notnnmri ta lutte , en Syrie , ea Egypte , en Arable et dam ta Perse.

t Saint Augustin ai un exemple mémorable de « pas-

Au reste, quelle qtio pût' être entre les orthodoxes, les Ébionifes et tes" Gnostlqucs , In différence- d'opinion concernant la Divinité ou l'obligation de la loi de MoISA, un lële exclusif les animait' tous également, et ils avalent pour l'idolâtrie la même aorrent qui avait distingué les Juirs parmi les autres notions de l'ancien monde. Le philosophe, qui ne voyait datls le système du polyttéfeme;' qu'un mélange ritScule de fraudeet'd* erreur; ' pouvait librement sOnrire de pittésoos le mas-' que do In' dévotion, sans' craindre que le mépris ou la coroptaisânee ne l'exposSt on ressentiment de quelque puissance invisible ,' oit' plutôt, selon lui, imaginaire: Mais les pte~ mîerë chrétiens envisageaient; avec bien phft dfefffdl , et sdtt« un Jour benucottry plu* odieux, ta religion du paganbm*. Les fidèles ' : et les hérétiques s'accordaient a regarder les démons comme les auteurs, les patrons et les objets dé l'idolâtrie'. < Les esprits rebelles,

• quf avaient été dégradés de l'état d'ange, et ' » précipites dans le gouffre infernal; avaient

• toujours la permission d'errer surla terre,

> de tourmenter le corps de* pécheurs, etde

• séduire leurs Smes. Les démons s'aperçui rent bienMt et ils abusèrent du penchant

i • naturel de l'homme à la dévotion ; et , dé" i > tournant adroitement les mortels de Fado a ration qu'ihv devaient a leur Créateur, ils

> usurpèrent la plaça et les honneurs de* » rÉire-Stiprême: Le succès de leurs artiSeén

>> détestables saïisfltà' la fcis ieurvoeité et j leur vengeante; et il» goûtèrent "la seule

1 > contolatibndohtrlsrjonvnienÊ'éu^BSMnpU-' » blus.l'eepoird'envetepperréspéeehwnaine

> dans leur crime et dans leur misère. > On disait, ou du moins on s'imaginait qu'ils s'étaient partagé entre eux les rôles les plus importons du polythéisme : l'nn de ces démons prenant le nom et les attributs de Jupiter, i' autre d'Eaeulap*) on troisième de JVénns, etun quatrièmepeut-étpe d'Apollon ».

Bagé, dtri mené, par degrés, AWriiïsor) lut foi. Il M datant phisiears années engagé dans M secte des Manichéens.

■ ' L* SfutfWMrt 'nWnime /fé l'egHs* prïfnttii* est trèsclairement eiplfquyi paf saint Jwtin le martyr. [ApolOg. Ma]or,par Athenagores, légat. ,«.33, etc. , etporLae- ' tance, Institut, divin-, u,1*M9.) ' *'TeHBllien(Ap<ilog.,e.23.)eB*sWBi cSnMstoausf

On ajoutait que leur longue expérience et leur nature aérienne les mettaient, eu état de remplir ocs différens caractères avec une adresse et avec ose dignité convenablÊS. Ga- ;ches dans les temples, Us avaient institué, les fêtes et- les sacrifiées ; ils iraient inventé les fables : las oracles étaient rendus par ces esprits infernaux, et il leur avait souvent été permis de faire des miracles. Les. chrétiens,, qui, par l'interposition des démon», pouvaient expliquer si facilement' toutes Jes apparences surnaturelles ,. admettaient ssns peina et .même arec empressement les Actions les plus «xlravagaatcB- de la mythologie, païenne. Hais, eu ajoutant foi aces fictions,!* chrétien as les. envisageais qu'avec bwveur. La plus petite marque de-respect pour leeulte wtionaleitété à Besyeux un boauwge direct >rendu am esprit infernaux, itt un note de ré-, ■ibeUionconWotamajestéideDieu. >.|

Parme suite: de oeue opinion, le,devoir.le plus essentiel, maifl en 'même temps, le plus pénible d'un chrétien, était de se conserver pur au milieu d'an monde corrompu , et de ne passe souiller par ia pratique, de l'idolâtrie. La religion des anciens peuples ne consistait pas simplement en une doctrine spéculative, professée dans les écoles ou precbée dans les temples. Les divinités et les rites innombrables da polythéisme étaient étroitement liés à .tous les détails, de la vie publique ou privée ; les plaisirs, les. affaires rappelaient à chaque instant ces cérémonies; et H eut été presque impossible de ne les pas observer sans fuir en même temps tout commerce avec les hommes, et sans renoncer aux devoirs «taux amusentens de la société1. ■Les. actes les1 ptus.solennels.de la guerre et de la paw étaient toujours préparés ou conetus par des sacrifices, auxquels le magistrat, le sénateur et le soldat ne pouvaient se dispenser de présider ou de participer '. Les

démens eat-aasm , toute» tas Ms «tflls étaient tooraaatéi par as eierristes ttaiUms.

■ Tertoltirn a Mit on traité fort tirtte MHre l'Idolâtrie, pour précauiioDoer Ma rr*rea «mire Te dangwnU Us HAtttt à chaque instant de ' cOotnMttra es «rutte. ' Reeogitasj-lvamet^aantiwlaUtaJitipina.^XKUtio- Utriâ.c. 10.) > Le saisit romain s'assemblait toujours dans as temple

(324 dcp. J.-C.) spectacles publics formaient une partie essentielle dp la dévotion riante des païens, lis se persuadaient que leurs divinités acceptaient avec reconnaissance ces jeux, que le prince et le peuple célébraient dans les .fêtes instituées en. leur honneur '.Le fidèle, qui fuyait avec une pieuse horreur les abominations du cirque ou du théâtre, se trouvait dans chaque repas exposé a des embûches infernales, toutes les fois que ses amis, invoquant les dieux propices, versaient des libations*, et formaient des voeux pour leur bonheur réciproque. Lorsque l'épouse, enlevée d'entre les bras de ses parens, franchissait avec une répugnance affectée -Je, seuil de. sa nouvelle demeure *,. accompagnée de tout Te cortège de l'hymen;, lorsque la. ..pompé fub^brb, s'avançait lentement vers le .bûcher *;. an milieu de ces cérémonies intéressantes , Je chrétien, daBsbicrainte.de. se rendre. coupable 4e' sacrilège, se trouvait forcé d'abandonner les personnes qu'il chcrissaitlçplus/Toutep les professions, tous les métiers qui. contribuaient à former ou à décorer, les. idoles, étaient déclarés infectés du. poison de l'idolâtrie", sentence sévère, puisqu'elle dévouait

on dm sa UetttoBMKre (Auui-Gdte, m, 7). .Avant de s'occuper d'alnùres , chaque sénateur était obligé de Tener du vin , et de brûler de l'encens lui l'autel. (Suétone, vie d'Auguste, e. 35.)

i Vayei TcrtaUm, de SpeektaiUt,Ot,itbm^mr rigidea'apssipiw 4'utdokjwxe naurunt 6*B>dte d'Eu rapide eue po«iui««*s^degbd^ars.C^su^ostniabillement des acteurs qui le choque. £o le terrant de brodequins élevés, ces impies s «forcent d'ajouter une unideeà leur taule; (Cj 23.) ' i '•-

•On peut roir, dans tooi imainninptkil'nntânûle. que le» anciens avaient oaulnme de terminer Uws repas par dea libations. Socrate et Sénéque , dans leurs derniers motnens, firent une application de cet usage. • Posl- • qrnin su«nitn«saidxaaueisure4iti, TespciBeaWproii-

. Jortliber»!ori.»(laeile.Anual.,iv,.M:) :■■ ■ iVorez l'braawi dWgant, maia.ntatitre', .qde.Cauyic

oeBfoïa i i'èmsteB-desntxttoesjanlûMMdnaite. o

ttymate, hym&uxè UHqnUlniicittvtontpazati muH t ' Tirage ,■«)*» nunt'l» «awt.de «bea»*t itePaHas,

adecrtlamexMttaidaini'ili

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(324 dep. J.--C.) aux tourmens étemels celle portion si considérable de la société quï exerce Ses arts libéraux et mécaniques. Si nous jetons les yeux sur lés testes innombrables dé l'antiquité, outre' les images dés dieux et tes înstrumens sacrés de leur culte, nous voyons que' les maisons, fes habits'et tes meubles des païens devaient leurs plus riches oroemens aux' formes élégantes et aux fictions agréables, consacrées par l'imagination des Grecs f. Celait aussi dans celte source impure que la musique, la peinture, f éloquence et la poésie avalent puisé leurs plus grandes beautés. Dans le langage des pères de l'église, Apollon et Tes' Muses sont les organes de l'esprit infernal ; Homère et Virgile en sont Fes principaux miaistres; et cette ftiythologié brillante qui remplit, qui anime les productions de leur génie, est destinée à Célébrer la gloire dès démons. La langue même dé la Grèce et de Borne abondait en expressions familières, mars impies, que l'imprudent chrétien pouvait entendre avec trop dé patience, ou prononcer trop légèrement ■• *

Les tentations dangereuses, qui se tenaient de tous côtés en embuscade pour surprendre le fidèle, l'attaquaient les jours de fêtes publiques avec une violence redoublée. Ces 'institutions augustes avaient été disposées et. 'arrangées', dans Tannée,' avec tant d'art,; que la superstition prenait, toujours Je mas- '<|UO' Ktu- plaisir, «tSjOnveiit«eUii de la vertu'. "Chezles- Romains, les- fêtes les plus sacrées avaient pour objet de célébrer' les calendes 'de janvier, en. prononçant solennellement des vœux pour la félicité publique et pour le bonheur des citoyens ; de rappeler le souvenir des morts', et cftttftrer les regards des

< Veye* partout Itetifluiiede Moathueon- Le revers attotiet moanait* grecque* el romaines tenait «eurent

a L'idolâtrie. Ici, il est-mi, .les scrupules des chrétiens «Arte.

' ■*T*i«uIS«i,J«ï(/dtetoii»rf,Q.21>,21iUSi«iwnï palan CpeoWire lorsqu'on étonnait) *e serrait uel'w-' fMnaknanttM* Jnpifcr imki Unifie, le euréUes Jltimm mf/munÊÊtnilHiU^IH» Jupiter, j

- *^Vc7aVanna^kslMlnTafllB:dK)irtd»t»e»nMt«, «^soDtKslttia^Brftto;Ui:VBjd<raole*«JX]H«BÛen nioâideTanl^rflrœnpIiatwndftlIlMiietpecst aw^fl

•)MaMMalatflBSa|isM>IM petite partie du praakr livré seulement, qui a quelque ravport ace Mm,

dieux sur la génération présente; de poser les bornés invariables des propriétés; de saluer, an retour dn printemps, lès puissances vivifiantes, qui répandent la fécondité; de perpétuer ces deux ères mémorables de- Rome, la fondation de la ville, et celle de la république; et de rétablir, dorant la licence bienfaisante des saturnales, l'égalité primitive du' genre humain. Quelle devait être l'horreur des chrétiens pour ces cérémonies impies, puisque dans des occasions moins alarmantes ils montraient nne délicatesse ai scrupuleuse?- Aux Jours d'allégresse publique, les anciens avaient coutume d'orner leurs portes de' lampes et de branches de -laurier, et de ceindre leurs têtes de guirlandes de fleurs. Cet usage innocent, qui formait ne spectacHe agréable, pouvait être -toléré comme une insolation parement ci- ï vile; mais il arrivait tnainenreasemeit que les portes se trouvaient sons la protection des dieux pénates , que le laurier était Consacré à ramant de Daphné, et que ces guirlandes de fleurs, quoique souvent le symbole delà joie on de la tristesse, avaient été dédiées dans leur première origine au service de h superstition. Les chrétiens qui se déterminaient a suivre les coutumes de la patrie et les ordres' du magistrat éprouvaient de terribles agitations : en proie anx pl«S sombres alarmes, Hs redoutaient les reproches delear'cons<ience;ies cetrsUresde Pégase, et les dénonciations de* In vengeance divine'. Tels étaient te» soins péniMes qu'il fallait, prendre pour garantir la pureté de l'ÉvasLgife du souffle empoisonné' de l'idolâtrie. Les partisans de 1 ancienne religion observaient avec indifférence les rites publies on particuliers qu'ils tenaient de Fédttéation et de l'habitude; mais toutes lès' fois que ces1 cérémonies superstitieuses Se présentaient, elles

i Tertullien a composé un ourrage pour défendre ou plutôt pour célébrer l'action téméraire d'un soldat chrétien qui , m jenpUaicqaroBaM* laurier, . aïait «posé sa personne et celle de se* Mm au danger le plu* imminent. Comme H parle des empereurs (Sévère et Garaealla}, il est évident, malgré M. àe Tulemont, que J'er- UiHieu eoutpQu son traité «le Cçrand long-temps avant mi eut adepte le* ernays.dea Montasistes, (Voyec Mem. Kcclésiasl. , tom. m , p. 384. )

Fournàstiflicrit aux dinétiens une occasion de

s'opposer arec fbrce.mix .anciennes emurs,

et do déclarer lents seutiroeas* Ces. pretepT

tarions iretyientea afferoi&saie&i le«r.*U»T

chement à la foi ; et, à mesure que . leur zèle

s'augmentait -, il» uo m buttaient avec uue plus

garnie ardeur, el avec des succès, plus wwv

qitéis, dans cette guerre muie, qu'ils avaient

entreprise contre l'empire des dénions,

IL Les écrits de Cicépon ' peignent des couleurs les plus rivas l'ignorance, les erreurs et l'incertitude des anciens phUpsor pbes au sujet de l'immortalité de l'ime, Lorsqu'ils voulaient armer leurs, disciples contre la crainte de la mon, ils leur jncutquaient la vérité de cet(e opinjo» *i simple^ nais si affligeante, que le coup fatal de notre . dissolution nous délivre des. calanïitos de la vie , et que ceux qui ont peu de temps à exister ont aussi peu de temps, à souffrir. Rome et la Grèce renfermaient cependant, un. petit nombre de sages qui avaient conçu une idée plus relevée, et, à certains égards, plus juste de la Bature humaine, quoique dans leurs STiblimea recàerehes leur raison ait souvent -pris pour guide leur imagination, et que leur imagination ait été dirigée par. leur vanité. ' Lorsqu'ils contemplaient avec complaisance retendue de leur puissance intellectuelle; ; lorsque dans les spéculations les pins prafondes, ou dans les études les plus importantes , ils .exerçaient les diyerses facultés de ta mémoire, de l'imagination et du jugement ; lorsqu' enfin ils méditaient sur cet amour de la gloire qui nous transporte dans lès siècles, futurs bien au-delà des limites de la mort et; du, tombeau, ils rougissaient d'être confondus avec les brutes, et ils ne pouvaient so résoudre à supposer qu'un £tre, dont la dignité leur inspirait £ admiration la plus vive, fût réduit à une petite portion déterre, et à une durée' .de quelques années. Pour appuyer des sentimens si favorables à l'excellence* de notre espèce, ils appelèrent h leur secours la science, ou plutôt le langage de la métaphy-

■ En particulier , le vnmkr livre des TuKnbnes, le trait* île ta Vieille»» et le songe de Scipion , conlienaeoi , iIïm le plus heae langage, Isul ce que la philosophie Jes tire» ou le bon ses* des Itenuiiu pouvait «ingérer sur te sujet okicur ,-nw'j imptulapT. .

nique. Jl| décoBjfrhent bjsnjjût.frne, cpmme auconedes, prflprie.ies.de la.malière.ne peut s'appliquer aut.ooéjfui^ns de l'e^prit^riioe davaitétre un$ substance différente du corps, pure, simple «spirituelle, .incapable.de dis> solution »-et susceptible d'un degré plus par- Ait4a bpnJtkenfl^dever^u^aprés.eiresortie de sa pri80ftCOTPft^Ue,..]U8*buosoppes qui morcelèrent sur ies traces de Platon tirèrent de .ces principes nobles et spécieux une .çpnclusjon qu'il eût été très -difficile, de justifier; puisque, .non conteos d'établir l'immortalité- .de l'âme, ils prétendaient prouver son éternité antérieure , et qu'ils penchaient à la re? garder comme une portion d? cet esprty infini, existant par lui-même, qui remplit et soutient l'univers, ',, Vf1 système si inconw prélieosible ,, si élevé au-dessus des sens,. et ,t(e l'expérience dé tous les honijnes, pouvait amuser les loisirs, d'un pbUQsopbejpeut-étre aussi, dans le silence .de la solitude, cette doctrine consolante offrait-elle quelquefois un rayon d'espoir à la vertu accapléeT, Mais l'impression, faible qui avait été communiquée dans [es. écoles, se perdait bientôt au milieu du tumulte ef des agitations de la vie active. Nous connaissons asseyes actions, les caractères et les motifs des personnages éminens qui fleurirent du temps de Cicéron et des premiers césars, pour être assurés que leur conduite dans cette vie ne fut jamais dirigéepar aucune conviction sérieuse des punitions et des récompenses d'un état futur. Au barreau et dans le sénat de Rome, les orateurs les plus habiles ne craignaient pas d'offenser leurs auditeurs en représentant cette .doctrine comme une opinion vaine? et extravagante, que rejetait avec mépris tout homme dont l'esprit avait été cultivé par l'éducation1. Puisque la philosophie, malgré les efforts les plus sublimes, ne peut parvenir qu'à tracer faiblement le désir, l'espérance , ou tout

1 La prt«Eslenee de l'âme, en tant ««oins (piécette "doctrine est »mp»tîbie avec 1* reUgie», fut adoptée par plusieurs des pères de l'église grewiue et latine, < Ver. Branscbre, Hlst. Au Manichéisme, l. «, c. 4.)

> Voyez Cioéron pro Cluent., t. 61 . César as. Sailurt- , de Bel. Cattl., c. 50 ; Jtnensd , sal. n , 149.

i htfcMty

PAft ÉD. «BB6>N. CH. XV;

àWpta) U praluhifitë dune tic s venir, il n'afpèrtleni donc qu'à te révélation divins ôVBierTexistence, et de décrite l'état de c* p^'nnkible.destinéàreoevûrlei âme* de»

nevaaxe* après leur séparation d*«vsc le* corps: Mais il est facile cf apercevoir dans les rendrions de la Grèce et do Rom* plusieurs débat» fanerais qui les rendaient incapables «•entreprendre une tache ai difficile. 1» Le système général de la mythologie ancienne ne portait ssr aucune preuve solide, et les pins' sages d'entre les païens avaient déjà secoué Tautorité qu'elle avait usurpée. 2° Ij description des régions infernales: avait été abandonnée aux peintres et aux poètes; et ïertr imagination les peuplait d'un si grand nombre de fantômes et de monstres, elle distribuait les punitions et les récompenses avec sï peu' d'équité , qu'une vérité auguste , la plusfeitft-pour le cœur de rhomme, avait été ui'$e'n*iï>fement opprimée et dégradée par le méïaiWe absurde des fictions les plus grossîftVes '. '3» À peine les polythéistes les plnt i-eligi«ux de la Grèce et de Rome envisageaient-Us la doctrine d'un état futur comme un article fondamental dé fol. La providence dés '.dieux avait plutôt rapport aux sociétés pubïïqtiês qu'an* individus; et elle se déveïôtnSait principalement snr le théâtre visible ïi;dé présent. Les vœux particuliers, "offerts, devant lesantelsde Jupiter on d'Apollon^ 'exprimaient le désir inquiet de leurs ado-. rafenrs pour ta félicité temporelle, et marquàtani en même temps leur ignorance on leur' insensibilité concernant une vie a venir » ta vérité importante de l'immortalité de rapie tu( annoncée avec plus de soin et ,aV&'pltts 4e' succès dans l'Inde, en Assyrie , ' die ' eij dans là Gaiile ; :ct, puisque ce lot' dans une supériorité de connaisparmi ces' barbares que nous pou-

Mllvraisl-Odiis^itouMne description lUidKtoiM iie*régwns infernales. Pwdara «I «rata ans «mu » tskletai mm cet natta «tnus , «•qhw ikwMwmia •■« \m vas* w«We , mi tombe*

dw» <^;«K«MéwwOT bwa.ékaoBes.jVoyaBaj'lc, . ftrniisaa, anunwMw dua Provincial, part, m, t. 22.) ïV«i«Ja<SBï(*c».*|»iUe.««p«(Biflr lirredHorae*, la lisutawa uttja è». J«da»l . et la «écoule satire da Pères. Cas Iran populaire» expriment le scutuoeoi ef

veoa trouver la raison dune ditfénmce si sensible, il faut l'attribuer à l'influence d'un ordre de prêtres établis dans ces. contrées » et qui employaient les motifs do vertu euuuutt de» iastrunsens d7 ambition '.

Qn so serait naturellement attendu qu'un principe si essentiel a la religion aurait et* révélé dans les termes les plus clairs au peuple choisi do la Palestine , et qu'il aurait pu é(re confié en toute sûreté à la race sacerdotale d'Aaron. Il est de notre devoir 'd'adorer les décrets mystérieux de la Providence *, lorsque nous voyons la doctrine de l'immor» talité de l'âme omise dans la loi mosaïque. Les prophètes l'annoncèrent obscurément ; et, durant h longue période qui s'écoula entre 1» servitude epea les Égyptiens .et la captivité de Babytone, les espérances aussi l>ie.n que les craintes des Juifs paraissent avoir été- . resserrées dans le cercle étroit delà vie présente \ Après que Cyms eut permis à la nation exilée de retourner dans la terre promise, et qu'Esdras eut rétabli les anciens ■nonuRteas de la religion, deux sectes célèbre*, les Suduôéeoa et les Pharisiens, s'éievèreut insensiblement à Jérusalem *. Les premiers . qui formaient la classa la plus.

■parquer au'iji confiaient, non-seulement leur» ties, ■sis leur argent même, a. l'assurance d'un astre monde. ■ Ve- • luslUeinwGaDorumeHxwrltfdltVaUfe-Hailnw, " »u,cfi, p. I0)quw il

* litns. ■ La métis cwakupf C* insinuée plus otaeurém*ot par M«|a (l.ni,c.2). Il est presque Inutile d'ajouler que les profita du commerce étaient eiattemeot proportionee* au crédit da mantund, * sut les sNMet

biWd^asnutllfukiaiiilrflctaajet'IioaiaHS^'aju^lt peuLé*te parité en éUl de prendre. .

i L'auteur de la divine légation de Moïse donne un* raison très -curieuse de ©eue onussoa; et 11 rétarquetrSHOgéantttaBBtaut , contre au Umfrte**», Ist -anut- Bwnsu%Mtu«|.

* V*ï«X Le GJMK (ProtcBoai. à l'ttist. Eodé&iast. , c. i» . &xi.$). Son autorité paraît avoir d'aulant plus de poids, qu'il a fait an commentaire savant et Judkieui sur le* livres de rAnclen Testacsut.

« Jaesphs, Astiq. , I. sus, e. 10, de Btl jtubieo, ■ , & Seron nulerpféUllon la pas* nattreae dea paroles de ce*

Mais II a phi i quelque) critiques modernes d'ajouter les prop!téii«»uiUyr«saaertsqueceUeaee«reflonMi»aJi. et de supposer qu'elle se contentait de rejeter le* tradl-

opulente et la plus oist ngueede Pétât, s'attachaient avec rigueur au sens -littéral de la loi de Moïse, et ils rejetaient pieasemene finmortalité de l'âme , opinion qui n'avait point été consignée dans le livre divin qu'ils- révéraient comme la seule règle de leur foi. A l'autorité des Écritures, les Pharisiens ajoutaient celle de la tradition, et, sous le nom de tradition, hV comprenaient plusieurs .dogmes spéculatifs tirés de lapin" losophie ou de la religion de» Orientaux-. Les doctrines dn desiîfl ou de Itf prédestination des anges et des esprits; et'dWéttt fntor de récompenses étdeptraitroirs, étaient au nombre de ces nouveaux articles deteur croyance. Gomme les Pharisiens, par l'austérité de leurs mœurs, avaient attiré dans lenr parti le corpsde la nation juive, rïnnoorlalllé de-Pan» de-" vint l'opinion domiftiraterV la syaagogset sons le régne des princes et des powile* asmonéens. L'humeur dfcsjtiift n*étaiïpas eftpà*ble de se contenter de cet ■ acquiescement froid et languissant; qtit aurait ■ pa satisfaire l'esprit d'un polythéiste. Dès qu'itseurent admis l'idée- d'une vie à venir, ib l'embrassèrent avec tont le zèle qui avait toujours- caJ ractérrsé h nation. Au reste, leur aele n' ajoutait rien à l'évidence ni à la probabilité de cette doctrine ; et -il- était encore nécessaire que le dogme de la vie et de l'immortalité, qui avait été dicté par la nature, approuvé par la KBSODjet quels superstition avait adopté, reçtttde l'autorité et de l'exemple de Jésua- Christ la sanction de vérité divine.

Lorsque la promesse d'un bonheur éternel fut offerte aux. hommes , il n'est pas étonnant qu'une- fTepuîtien ei -avantageuse ait été* acceptée' par uo'gntaâ nombre deper^ sonnes de toutes" les religions, de toits les états, et 4e toutes {es provinces de l'empire roua». Lee noeBaters ebrétieu», axaient pour leur existence présente n mépris, et ils attendaient l'immortalité avec une confiance dont la foi dputeuse et imparfaite des siècles modernes ne saurait donner qu'une bien faible idée: Dahsi'égiise- primitive; l'influe nce de la vérité tirait une force prodigieuse d'une

lions îles Pharisiens. Le docteur Jtfriht ntomae d'aprfe celte hypothèse, tons ses remarque» sor-rHisteirerJoeM" lUslique , roi: n , p. 108. ' ■- • ■ >. •

($Mdep.l.<C.)

opinion respectable par son utilité et pur son ancienneté, mais quitfa pas été justifiée par, l'expérience. On croyait universellement que la fin du monde et le. royaume des cieux étaient sur le point d'arriver. L'approche de ce merveilleux événement avait été prédit par les apôtres ; leurs plus anciens dis^K pies en avaient conservé la tradition ; et ceux, qui expliquaient littéralement Les paroles de J es us-Chriat lui-même déclaraient que le Fils de nieuime .allait bientôt, paraître dans les nuages, et -qu'il, descendrait île nouveau sur la terre, avec tout l'éclat de sa. gloire avant l'extinction totale .de. cette génération , qui avait été. témoin, de son huaib^ état dans.ee monde, etqui pouvajt attester les calamités des Juifs sous, Yçspasien et s.o,us. 'Veinpenetir. Adrien. Une. révolution,, de dixrsept siècles «ou» a-apprjs 4 Wftaf.irrPp PpÇ^sVlFla*gage tnjs^rieux. des. prophéties, et de ("ApoealypMi nuù» cette .erreur,, tan$ qû.a les, sages décrets de la. Providence qnt permis qu'elle subsistât dans l'église, pipdqisU les effets les pies salutay-es sur la. foi et sur la.eond.uite des chrétiens, qui vivaient dans l'attende auguste de ce moment où, le globe lui-même et toutes les différentes- races des mortels trembleraient a. l'aspect de leurdivinjuge '•

L'ancienne doctrine des Millénaires,: qui eut tant de partisans, tenait intimement ' à la seconde venue du Messie. Comme les ouvrages de la création avaient été, finis en six jours, leur état actuel était fixé a six mille ans', selon une tradition attribuée au prophète Élie. Par la même analogie on prétendait qu'à cette longue période, alors presque accomplie.1, de travaux et de disputés;

. >CMU*neateét^ai^«^rl0TiB0-9uu-i£nui^ •iU»ul mhh Matthieu , A ua h première iépur» Je saint ¥vA «in nnutN^eu. Ératmeleve Udutculté à j'aide; et l'*H*(s«ii&rt de U p^tapfaore. Ifi mxat Grotius ose insinuer que, pour de sages nies, là pieuse erreur s'intretuisudaMMnwnde-par.uBepwuUifiionde i» Prori-

prit»fclrtreHKmteriwttetra.lilioiijusquàl'BUlicuriï( , tredesaiDlBanuM.viie«riTsit<4m» leftraniér siècle ', et <jtri pan* awr A4 un de cm eacAuuu JuMsans.

" liÉglise primUiT* d'Aauoche «unpte près de six mffle «ni- depuis la oréuliwidu. monde jusqu'à, la naissance' dé Jésus- tbrisl. Jules Afriewa , tectaoee et l'église grecque Ht réduit ce ambre à eiaq willu cinq .cents. Euijèbe se

(3M aflp'Wft) "' ' 'λAH ÉD. GIBBO». Cil. XV.

stwcMerait tm 'joyeux- sabbat de dix siècles <, et que "Jésui-Cttristy suivi Aria milice trûmpliante des samtS'ettferéïuS échappés à 14 ■Mit', ou rMrartHenserhent rappetés à la vie,' régnerait sur là terre' jusqu'au temps désigné pour la dernière et' 'générale résurrection. Cet espoir flnttaît tellement l'esprit' des fidèles, que la nouvelle Jêfnmtem, Biége de ce royaume de félicif é, fût bientôt ornée de toutes les peintures les plus sèluisantesdefima^ gmution. Dans ce séjour délicieux; otrtéshabitans devaient conserver leurs sens et tontes les qualités de là nature hamaîne, un bonheur qui aurait consisté seulement' dans des1 plaisirs purs' et spirituels aurait 'para trop raffiné; Le jardin d"Édèn et "les' amusement! de1 lavté pastorale he "coirtV^naîMlt pltfs sit procréas tf«élâ sbcfetè,'àv,âït filî sttns'reWptre r(lmai|i.'T.rrié'' ville fut don* bâtie , ■ brillante tfoKet éè pierres' ' p Wdi éii s'erf '.i ' parrtdtft ào« cV^ohs'laterwpTOdiiîsaittféHe^iné^esrvee Orie abondance SnrriàtnrelIéî'ra'vigBë'crïiisL sait sans culture, et le peuple heureux et inli&tcnt jouissait de tous ces biens , sans étrt retenu par aucune 'dé ces fois 'jalousés qui distribuent si Inégalé ment les propriétés *. " Depuis saint' Justin le martyr1, et saint I renée, qui avait conversé Familièrement avec les disciples immédiats des apôtres, jusqu'à Làctarice, précepteur du fils de Constantin ",

contente de cinq mille deux cents année». Ces calculs étalent appuTés sur la version des- Septante , qtrjfutunk rWatneaMnt r«cae durant les six premiers siècles. L'autorite 4» lu ViflstlC et du UtU Wbreu ■ déterminé les^odernes, tant protesta ns qu* catholiques, à prtlerer une période de quatre raille ans environ, quoique , en ètudïanl rinlfqutM profane , Us se trouvent sourent resserres dans d'rtroiles limites.

"i Une "finisse îsterpréuifiOB tfssie, de DanM et de l'Apocalïpsp, s1 fii! Imafeirier b'pmpart de cet taMcansc. On peut trouver une des AeseriptUn» tes pms grossière» dans saint ïrérrée fl.V, f 136) , disciple de ■ Paptaa , qèi «fait TU fiMW 'sftWt tettt. <"' ■» ■ '■■•-■ - - -.-•• ' * Voyez le second dlaKxiné de saint" J«9»».atiw Tryphoq, die septième livre de LacUnce. PuisquelaraK n'est" pas' rmitrsté ', T n'est pa* nteeSMlrealatttei' loua là pères tntef ntèaraîre*. Cependant leleatenr carton peut consulter1 mite (/tiUsu patruni, hn,'e.'4.) . a Qne saM Justin et ses ffèra«rUiOdO«s «ratent ajoute ftrt & la doctrine du millénaire, c'est ee «rt est prouvé <ïe fà manière la plus claire et la pHK soKnneltfr (Moi*)*;. cum TiypH. Jd&V, V- «f , 1K. '#*' BeneOlot. >. ' 91 , d.ms le commencement de cet important ■ passage , mi

Kl

tous lespérwde l'église ont eu son d'snnon- ' eér«e mifleanire : l'assurance qu'ils eb ont donnée, et leur déclaration authentique prouvent (pie, de leur temps, les chrétiens avaient ombrasse ce système d'un consentement presque général ; et il parait si bien adapté aux désirs et aux notions, du genre humain , qu'il a dû contribuer beaucoup aux progrès delà religion chrétienne. Hais, lorsque l'édifice de -l'église entêté presque entièrement achevé, on mit de côté les instrument qui avaient servi à sa construction. La doctrine dn sègne de Jésus-Christ sur la terre, traitée d'abord d'allégorie profonde, parut par de-, grés. incertaine et inutile; elle fut .enfin rejeta* catrame l 'iiunation a>hsunle<«le l'hérésie, et. du :fannti&»e V; unt).. prophétie mystépwnse^qui.lfojtmflewjerP! yw-!pa,ttia,.du«a.r. 0W4aér^waisq»j^;i:«n,(WD9ait favorable à l'«pHUQ»prpsefjto, n'échappa,! qu'avec .peine. à,^se»teau«»d«Jfé«lisfl', ,.,.(■.

i ilaBd*a.q.n'«n piomçttqit au* disciples de; W*dB-Chrttt le JrtwAew e4,hv gjoire d'un ter gwrtempbcei, ksicalainitea^esplu* terribles étnieh*dénohcé«8€en^Muumondebacrédule.

L'édification delà nouvelle Jérusalem devait être accompagnée de -la destruction de la

a) ait r

el'ic

quepen, noua pouvons en accuser , selon que nous jugerons à propos , soit l'auteur , soil ses copistes, "'' nupin(BiWinlh.EccIfeta5t.,tom.i, p. 123; ton. n, p. 306 >, et Mosbriin , 7», quoique te dewier de- ces sa* ta»théol«^etLiaie«o«u«ikJtoi**Altjjn»f«tUI.

* Dans le coadleAs Laôd>*e (vers l'an 3Q0; l'Apocalypse fut tacitenient eiclue des canous sacres par les uitaes eeliseederAsieauiquelH»etleestadreasée; et les plaintes de Sulpîee-Serere noua apprennent que lett wflteece «rail e^raHfte^rtef^seraoânwaJit*a>itc*rè«a»ae.swi tnnpp. feurquai aHScl'i*wîirpê,e«^lAa«iW^iant«j géaéraleaieBl reçue par les egliaen grecque, romaine et protestant*? On peut en donner les raisons sulfaiiies': («lies Grecs furent snftju^esparl'airtoritafimfwpiwtenr qui, o»«re'ari»*ia««f*ete,prit B e*HHra>anBeaÉtrM»fÉg»t% * btmtstAhM fMd^qwlearaa«aiBiairfefUi np dminHcnl pius imporUas que tea tnéoloeiens engagea les Pères du concile de Trente à poser le sceau de leur inrafilibOlie' sur tous lé Unes ne l'Écriture renfermes dans la VulptelaTfe^rtheOTeaseînaatVApoeilvpsaieitiimiiraJH Mitn^(VràFiato;liiat.AMo4£n«ncTftn^l;ii>>rar rantaje qu'avaient la» protestans de tourner ces prophéties mystérieuses contre le siège de Rome leur Inspira une téaanUMi-abwrfiHare paur un «Kl st utile. { Voyn les dlsoMimlaeerotui et O&w de l'evèque de Utchrleld sur ce sujet, qui paraissait peu susceptible d'orneœciis. )

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DECADENCE DR L'BHPHlE H0HA1N

Babvfcwie mystique; et, tant que les princes qui régnèrent avant Constantin persistèrent dans la profession de l'idolâtrie , le nom de ISabylone fut appliqué a la ville et à l'empire de Rome. Tous les mnnx que les causes physiques et morales peuvent produire tjout affliger une 'nation florissante avaient été annoncés. Les discordes intestines , l'invasion des plus féroces barbares accourus des extrémités du 'Nord, la peste et la famine, les comètes et les éclipses, les tremblemens de terre et les inondations, tout présageait une révolution terrible '. Ces signes etfrayans n'étalent que les avant-coureurs de la grande Catastrophe. L'instant fatal approehatt où la patrie des Scipiona et des Césars serait consumée par une flamme descendue du ciel, où la ville des sept colhnes, ses palais, ses temples et ses arcs de triomphe seraient bientôt ensevelis dans un lac immense de feu et de ■bitume; et le monde, qui avait déjà péri par Teau, devait éprouver une destruction plus prompte par le feu. Ce qui pouvait apporter qnelque consolation à la vanité des Romains, c'est que le dernier période de leur empire serait celui dé l'univers entier.

Dans l'opinion d'un incendie général , la foi des chrétiens se rapportait fort heureusement à la tradition de l'Orient, a la philosophie des stoïciens et a l'analogie de la nature. Le pays même où la religion plaçait l'origine et la principale scène' de la conflagration avait été singulièrement disposé par la nature pour ce grand événement. Il renfermait dans son sein de profondes cavernes, des lits de soufre et de nombreux volcans,' que l'EtnaJe Yésnveet les îles de Liptri représentent d'une manière très-imparfaite.

Aux yeux mêmes du sceptique le plus calme ■et le plus intrépide, l'opinion que le système présent de l'univers serait détruit par le feu paraissait extrêmement probable. Le chrétien, qui fondait bien moins sa croyance sur les argumens trompeurs de la raison que sur l'autorité de la tradition et sur l'Interprétation de l'Ecriture, attendait avec terreur et avec confiance cette destruction totale , per-

< Uetanee < InsMlnt. dit., m, 15, dcjsarte de cet affreux »etuf avec beaucoup de Cm et d'éloquence.

(aMtd*p.'J;-C.)

suauVqu'eltealUnsbieniot arriset; et^natnaac cette idée solennelle tmnfUumH perpétuellement sou esprit, tous ki. désastre» qui tombaient sur l'empire lui paraissaient autant o> symptômes inCuIliblesd* la décadence .d'un monde expirant1.

La réprobation contre les- païens les pjtts sage» et les pins vertueux, dont le «rime était d'ignorer ou dene pas croire la vérilédivina, semble blesser la raison et l'humanité de notre siècle'. Mais l'église primitive, dont kt foi portait sur une base bien plus ferme , livrait sans balancer aux supplice» éternels la partie U plus considérable de l'espèce humaine. 0« pouvait se permettre une espérance charitable eu faveur de Socrate ou. de quelques autres, sages de l'antiquité qui avaient consulté La lumière de la raison. avant qu'on eût vu briller celle de l'Évangile *; mais on assurait unanimement que les idolâtres, qui depuis la naissance ou la mort de Jc&ueeChml,. avaient opiniâtrement persisté dans- le culte des démons, ne méritaient ni ne pouvaient attendre de pardon de la justice d'un Dieu irrité. Ces sentimens rigides,. qui avaient été inconnus à l'ancien monde > répandirent de l'amertume dans un systèmed'amour et d'harmonie. Souvent la différencedés religions rompait les nœuds du sang et de l'amitié. Les fidèles, qui gémissaient dans

1 Sur ce sujet tonltecteor SV goût fin *rw purtslr 1» (renient* partie de la théorie awrte de BurneL Get auteur mêle easeuMB la philosophie* l'Écriture et la l»dllu» ; .it en compote un untjuu inagiuQqus; et, dans b description, qu'il en donne, D déploie uueforee d'imagination qui ne. le code pas I celle de MiltoD lui-même. *EU*pe^nt,.quek|ue puisse être le bagage dttla- Tidns, e'est encore la doctrine jMwioiU -de tentas les lUseaehrtueiuies. L'église aaglieauB wÈeie ne peut refuser d'admettre le» ooaclutione que l'on doit nécessaire-* méat tirer du Huitième et du dis-huitième de ses articles. I-eajtmeairtes, oui ont étudié arec tant de ieip le» Barrages des Père», ntunticanent te Mnttmemt areo un >B|e rquable ; et k sawntM.de TQlemonl ne parle Januis en m awrt d'an vertueux ssuutenr sans prononcer M deanattoa. Zuingleetl peut-être h seul chef de parti «jui ait adopte nue opinion plue anodérée, et H n'a pas moiraraudaliséleslulbérienaque les catholique*. (Vor- Baswet, Hta. des Variations, 1. u, e. 19-32.)

* Saint Justine* auUQsuUM d'Alexandrie eonriencenl que auelqueiMins des pMlowpo» (tarent instruite. pvie Logot; coo*Ntd»t h douWe siguifioatk* de ce mol, qui eiprimel» raison humaine et le Verbe dMo. ,

(iajidep.J;-C)

oa«o«le,Mul* 'fMûMBM ijtuniqM des

pàb*M,is'*bMsdQW»stent' quelquefois à leur ressesatimeûl ; "et* trompés par dos mocrreftétw rforgoeil tpirii««l, ils m plaisaient à oeiapsreF leur triomphe futur ave* le» tourmena réservés à leurs ennemia. * Vous ait aestesspectaelès.a'éûiie le violent Tertul-

> 1» : attendez le plus grand do tous les » spectacles , lé jugement dernier, jugement

* universel de l'univers. Ob! combien j'admi-

• rerai , .combien je rirai, combien je me rétjomrat; combien je triompherai, lorsque je

> contemplerai tant de superbes monarques

* et de dieux imaginaires, poussant d'affreux

> gémissemens dans le ptas profond de l'a-

* Miner tant de magistrat», qui persécutaient

• le àom du Seigneur, liquéfiés dans des » fournaises mille fois plus ardentes quecelk'Ies "bè ils. ««'précipité les chrétiens j tant

■ >;cte usages philosophes rugissant an milieu

> de* Bammes aveoles disciples qu'ils ost sé-

• duits; tant de poètes célèbres tremblons J>' deVantle'rrilHHial, non de Minas, mais de

t Jésus^Christ ; tant d'acteurs tragiques éle- $ v*W' ra' 'T«fet' avec bien plus de force pour • •'ieïprlmM' leurs propres douleurs ; tact de

v-dntrsettrs t > Maïs l'humanité nous force

de1 tirer ne voile snr le reste de ceuedescriprieiy révoltante , dans laquelle règne une grande affectation d'esprit et toute la violence d'un zèle outré *.

-..Safs.dppte: parmi les premiers, chrétiens, il vem avait ub grand nombre dont le caractère'convenait mieux a la 'douceur et à la çnarïfcf.de'ïenr profession. Plusieurs, d'entre eux ressentaient une compassion sincère à la vue des dangers de leurs amis et de leurs covrpatrlotes, et, animés d'une ardeur bienfafcanio', lis s'efforçaient de les arracher à .1*0*, pierie inévitable. Le polythéiste indiffé-

■ icnsi qui 'se trouvait ■ (on t<-à-co«p assailli par "des'terreursimpnrnes doatsea prêtres et

>. 30. Pwr d»naer use .'ISfcanfcgrt^moriUqB'nailaaiuifi le *W AJfiqwn , tt «ait Se rapporter k tJBSlttSSg» il» saint Cyprien, le •Btleartt M g»ide de touUs te» églises occidentales. (Voy . Prudtn.,H)tinn.ï<JviaO-) Iwite* le* fois qu'y e«pp]|apftSMO^tBdS'JaBrsaWrsdai tate de Teruuucn , il Mlt«MftiMie emaire l Sa jnilti metiitrurn. t Dwj- . M>B4i.it SBttn'«i.(.Suil «liât, 0f f iris UUutv ,

RUL Étt GIBBON, m, XX» 383

■ses philosophes, ne .pouvaient le garantir était souvent effrayé et subjugué par la njenaoe d'un supplice éternel.. Ses alarmes aidaient an .progrès de sa foi et de sa raison, et, s'UparveuaU a soupçonner une fois que la religion chrétienne pouvait bien être véritable, il devenait facile dejlui persuader qu'il n'avai* point de parti plus sage m plus prudent & embrasser-

III- 1^6 dans surnaturels que le clirétien avait, dit-on, reçus, mène durant sa vie, devaient, en l'élevant au-dessus des autres hommes , le consoler de leurs injustices , et contribuer à convaincre les infidèles. Outre les prodiges passagers qui s'opéraient quelquefois par l'interposition immédiate de Dieu, lorsque, pour le service de la religion, il suspendait les. lois, de la nature, l'églisechrétienne, depuis le temps, des apôtres et de leurs .premiers, disciples', a réclamé une succession non interrompue de miracles > tels que le don des langues, des visions et des pf aphéuss, lefousoir de chasser les démons» de guérir les malades et de ressusciter les morts. La. connaissance . des langues étrangères, l'ut soavtnt accordée aux contemporains, de saint Irène*;, quoique saint Irénée lui-mèaie, en, prêchant l'Évangile aux natifs de la Gaule', se soit trouvé obligé de lutter contre les difficultés d'un dialecie barbare. L'inspiration .divine se communiquait par des visions., soit pendant le sommeil» sojt quand on était éveillé. Les fidèles de tout rangt de tout état* les femmes et les vieillard», les, enfans aussi bien que les evéques, avaient également paat A celle laveur. Lors* que leurs âmes pieuses, avaient été suffisamment préparées par les prières, les jeûnes et les veilles, k recevoir l'impulsion extraordinaire, ils entraient tout-à-coup dans un.saint transport, et, ravis en extase, ils racontaient

f Malgré les subterfuges <hi docteur Hîddleton , il ert Impossible de ne pas reconnaître les traces frappantes du Wsk>» et d'inspiration *pM l'on peut ttomutt dans ha t>err*.»aos»»II(iJFB.

* Saint Iréoée, Advcrs. hurct. proorm. ,p.3- Ledoeleur Miitllelon (Frce tnquiiy, p. 96, etc.) observe que, comme celle prétention , parmi toutes les autres,' était la plus difficile a soutenir par l'art, ce tut celle a laquelle on renoue» ut pu» loi Celle observation convient A «on ûrpo-

(324 dep, l-C.)

ce qui leur avait été inspiré, n'étant que l'instrument, de l'Esprit Saint* comme lu flûte est l'organe de celai qui en tire des sons '. Nous pouvons ajouter qne ces lisions avaient principalement pour objet de dévoiler l'histoire futnre de l'église, on d'en régler l'administration présente. L'expulsion des. démons que l'on contraignait d'abandonner le corps de ces malheureuses- personnes qu'ils avaient eu la permission de tourmenter, était le triomphe ordinaire , nais «* mène temps Je 'plus signalé, de-la foi,-et les lanoiensapologwies ne cessent de répétwqu' une pareille victoire est < la preuve la plnscorivatncaBte de la vérité du chriatianîBmp. Celte oéréojonie imposante- se passait commuaémeDt en public devant un grand nombre de spectateurs. Le patient était délivré par le pouvoir ou par l'adresse de l'exorciste, et l'oneoteudait le démon vaincu avouer que, sous 1* nom d'an faux dieu dm paganisme, il avait usurpé pendant long-temps l'adoration du genre humain*; Mais la guérîson miraculeuse des nialadies les pins invétérées, et même surnaturelles, ne causera plus de surprise, si l'on se rappelle qoe du temps 'de snM Irénée , vers la fin -du second -siècle, la réstnreoûon -des morts ne paraissait point un événement oxtraordi nuire; qoe», dsstsl et occasions nécessaires, les longs jeûne* et les supplications1 réunies de tous les fidèles du lieu suffisaient souvent ponr opérer ce miracle, et que les personnes ainsi rendueiAUxpneres.de leurs frères avaient' vécu plusieurs années parmi eux*. Dans nue période où la Coi pouvait se vanter d'avoir remporté -tant de victoires étonnantes sur la mort , il est difficile d'expliquer le scepticisme de. ces philosophes qui rejetaient ou qui osaient tourner en ridi-

■ Athenagorasinfeg'afio/tt,' Justin, le martyr, Cohort.

aiIGento.,TcrtiilIicn, advers. Marc/on ,\. n. CM descriptions ne Sont pas tres-ditTéftntes dt la fureur prophétique , pou Usuelle C «éren (tU Divinatianc, u , ûf) montre ti peu de respect.,

' Ter mil i en (Apolog., c. 23) donne hardiment un défi aui magistrats païens. De tous les miracles primitifs, te pouroir ffeiorrâer est le seul auquel iwpJDleslBns riait jamais prétendu.

3 Saint lrto& (adversJiaret., ). n, 56, 57; I. v, c. 6). M. Dodwell {Dissertât, ad Ireneum, u, 42) conclut que le second siècle a été encore pins fertile en miracles nucleprmter.

cute la doctrine de la résurrection, Un Gerc, d'une naissance distinguée, défendant le parti de l'erreur contre Théophile ,' évéque d'Ait? tioehe, réduisit toute la, dispute à un seul, point, à la. vérité très-important. Il promît, que, si on pouvait lui montrer une seule personne qui eut été tirée du sein des morts , U embrasserait aussitôt la religion chrétienne. Il est assez singulier que le prélat de la première église de l'Orient, malgré son zèle pour la conversion de son ami, n'ait pas jugé â propos d'accepter ce défi simple et raisonnable1.

Les miracles de l'église primitive, aprèsavoir obtenu la sanction des, temps, ont été dernièrement attaques dans fin ouvrage.* rempli de recherches curieuses, mais har^ dîes, et qui, malgré l'accueil favorable qu'il a reçu du public , parait avoir excité un scandale général parmi les théologiens de toutes les églises de l'Europe1. En hasardant noiresentiment sur cette matière, jious serons bien moias déterminés par quelques argnmeus particuliers que par notre manière de voir et de réfléchir, et surtout par le degré d'évidence que nous avons coutume d'exïgep quand il s'agit de prouver un événement miraculeux, Lé devoir d'un historien ne l'obligé pas de s'ériger en juge, de son autorité privée, dans .une controverse si délicate et d'une telle importance. D'un autre coté, malgré les obstacles qui.se présentent de toutes parts, il est forcé d'adopter une théorie qui puisse concilier l'intérêt de la religion arec celui de la raison ; il doit faire une application convenable de cette théorie, et tracer avec précision les limites de cette période fortunée . exempte de fraude et d'erreur, dans laquelle nous sommes disposés à reconnaître le sceau d'une puissance surnaturelle. Depuis le premier des pères jusqu'au dernier des papes, U se présente une succession

■ Théophile, ad Juttùfycum , 1. n , p. 77. '.,. .

3 Lt docteur Middlthm dont» son Introduction ta 1747; dntrs ans après, U publia son ^rcetnfiucr; et, avant sa mort, qui «frira es 1750, {lavait prépare une défense de

cet ouvrage contre ses nom braui adversaires.

s L'université d'Oiford coulera des degrés à ceux gui le combattirent. L indignation de Moslieica (p. 221) peut nous Caire awaatlre les seutimeos d<* ininiilcœ Mh$- '

(324 dep. J.-C.) non Snterrtimpnfi'Vf'étêques, do saints, de martyrs et dé miracles , et en même temps , les propres de la superstition ont été si sutvis et si imperceptibles, que nous ne savons dans quel anneau particulier la chaîne de la tradition doit être rompue. Chaque siècle atteste autheutiquement les événemens merveilleux qui Tout distingué, et son témoignage ne parait d'abord ni moins poissant, ni moins respectable que celui de la génération précédente ; de sorte que nous sommes insensiblement conduits à nous contredire, si, dans le huitième ou le douzième siècle, nous refusons au vénérable Bède et à saint Bernard le même degré de confiance que nous avons accordé si libéralement dans lé second à saint Justin et à saint Irénée*. Si la Vérité' ile quelques-uns de ces miracles est appréciée par leur utilité apparent», chaque siècle avatt des incrédules k convaincre, des Mrëtîques S'rétoter et des nations idolâtres a convertir.' ÎI a toujours été possible de produire des ■mc^ssuÛTsans'pourjaMlflerTinlèrposilion du ciel. Ht cependant, pùfeqn'en né peut admettre dé révélation sans être persuadé de la réalité des miracles , et que, de l'aveu de tout homme raisonnable, cette puissance surnaturelle, a cessé, il a donc évidemment existé quelque période ou le dan des miracles a été enlevé subitement on par degrés à l'église chrétienne. Quelle qu'ait été l'époque choisie pour un pareil dessein, que cette révolution soit arrivée à la mort' des apôtres; a la conversion de l'empire romain ou à l'extinction de l'hérésie arienne*, finsensibilité des chrétiens' qui vécurent' alors excitera toujours avec raison notre surprise. Ils conservèrent toujours 'enrs prétentions: après avoir perdn Téur pouvoir. La crédulité :

,,'lB est 'asséx rfnguliw que saint Bem»rt,hn*Uor de Clairvaia , rapporte tant de raindM de son ami, 'MM Malaehie, et qu'il ne fasse aucune mention de ses propres! nanties, tjue cependant se» éobipagnnw et sesditcrplcs' ont'llrisioînMetirMW*'»**»?. tnnriM» Wtanej ■ftéiTiIstolre «dé*r*ïtiinrè/exkle->vii m aeultuii^te' ,raanmt"<dtie'dMi)t«é«É don des mtndeap .

» La conversion IsCMAMa eu l'énsinw itltath fdis : "connnVu'eSrent flîeé bar h* protestons, La tMMigientj • les pnw fèbimttti né (ont pas disposés i iàntdOn les ! rtirtcWsati'^trferneiMe^Unyiae^IespWaertdules ne veulent pas rejeter cem du cinquième. ' '

tas

exerça les fonctions- de la foi) il fut permis an fanatisme de prendre le langage de l'inspiration, et te» effets du hasard ou les prestiges de l'imposture furent attribués à des causes divines. L'expérience récente des véritables miracles aurait du faire connaître a l'univers chrétien les voies de la Providence, et, si nous pouvons employer une expression très-imparfaite, habituer les yeux des fidèles à la manière du grand artiste. Si de nos jours le peintre le pins habile de l'Italie avait l'audace de décorer ses faibles copies des noms de Rapbaél ou du CorrègB, cette fraude insolente serait bientôt découverte, et elle exciterait la pins vive indignation.

Quelque opinion' que l'on puisse.avoir des miracles de l'église primitive,1 depuis le temps de» opotresv cette; ttocilité de caractère, que l'on remait[Ue.patnm les .chrétiens du second et do troisième siècle ,< procura quelques avantagesàlacaosudelâ-véfciiéet ae la religion. Aujdupd'hsi n« scepticisme caché ef mémemvolontatms'auache'nux dispositions les ptas religieuses. Le. sentiment que ïou éprouve en admettant le* vérités surnaturelles est bletriAoius uneerovance active qu'un acquiescement -froid, et passif. Accoutumés depuis longtemps A observer et a respecter fordre mvariabte'de la nature., notre raison, m domoinsTiatre imagination., n'est pas suffisamment préparée à soutenir l'action visible dé ta Divinité. Mais, a la natssancedn christianisme, legenrefatnnain 10 trouvait dansunesiluatioaextréttiément différente. Les plus curieux OU* lesptûs crédules d'entre les païens se déterminaient souvent ai entrer dans une société qni' se vantait dujouir en don-des miracles. Les pNmilér»':cnrélien* marchaient pér|rftu«lleWehf 'sur un terrain mystique; et l'habitude /le, croire ; pux, événemens les .pW'exJraoï^ioairés exerçait Jiur esprit. Ils sentaient*»»; ils- se «garaient iqu'assaillis de tous cotés parles- dénions, il»1 étaient' sans cesse rassurés par les vidions célestes, instruits parles-prophéties,, et miraculeusement délivrés. ' des dangers r de» maladies , de la mort même, parles supplications do l'église. Les proïKges réels on imaginaires dont ils se croyaient, si souvent lés objets, Icsinstntmens, oïl les spectateurs, les disposaient fort

heureusement à recevoir avec la même facilité , mais avec bien plus de raison , les merveilles authentiques de l'Évangile : ainsi les miracles qui n'excédaient pas la mesure de leur expérience ne leur permettaient pas de douter de la vérité de ces mystères , qui , de leur propre aveu, surpassaient les limites de leur intelligence. C'est cette conviction intime des vérités surnaturelles que l'on a tant célébrée Sous le nom de foi ; l'heureux .état d'une Ame sur laquelle elles avaient fait une impression profonde paraissait le gage le pins assuré de la faveur divine et de la félicité future, et on te recommandait comme le premier et peut-être comme le seul mérite d'un chrétien. Selon les docteurs les phls rigides, les vertus morales, qui peuvent être également pratiquées par les infidèles , ne sont d'aucune valeur ni d'aucune efficacité dans l'œuvre de notre justification.

IV. Mais, dans les premiers siècles de l'église ,. le chrétien démontrait sa foi par ses vertus; et l'An avait raison de supposer" que la persuasion divine, dont l'effet est d'éclairer ou de subjuguer l'Intelligence, doit en même temps purifier lé cœur dufidèleet diriger ses actions. Les plus anciens apologistes du christianisme, lorsqu'ils Justifient l'innocence de leurs frères, et les écrivains d'un siècle moins reculé qui 'célèbrent la sainteté de leurs ancêtres Représentent avec tes cojtleursles plus vives la réformation des mœurs que la prédication de l'Évangile opéra parmi les hommes. Comme mon intention est de remarquer seulement les causes humaines qui ont secondé l'influence de la révélation , j'exposerai légèrement deux motifs qui ont pu naturellement rendre la vie des premiers chrétiens plus pure et plus austère que celle de leurs contemporains idolâtres, on de leurs successeurs dégénérés : l'un était le repentir de ses fautes passées, l'autre le noble désir qu'il avait de soutenir la réputation de la société où il avait été reçu.

Les chrétiens ont été autrefois accusés d'attirer dans leur parti les plus grands scélérats. S'il faut en croire des Imputations suggérées par l'ignorance , ou par la malignité des païens, le coupable, dès qu'il éprouvait quelques remords, se déterminait aisément a la-

tte* dep. ïJL)

ver dans les eaux dn baptême des crimes pour lesquels les temples des dieux refusaient d'accorder aucune expiation. Mais ce reproche, exposé dans son véritable jour, honore amant l'église qu'il a contribué à augmenter le nombre des fidèles1. Les apologistes dn Christianisme peuvent avouer sans rougir que la plupart des saints les plus éminensont été avant leur baptême les plus scandaleux des pécheurs. Les personnes qui dans lé monde avaient suivi, quoique d'une manière très-imparfaite, les lois de la bienveillance ' et de l'honnêteté" se contentaient de l'opinion ile leur propre droiture ; et la satisfaction ■ calme qu'elles éprouvaient tes rendait bien moins susceptibles dé ces émotions soudaines de honte, de donleur et d'effroi qui ont entante tant de conversions mervefiienses."Ûiriaës' par Pexemple de Imir1' divin maître, 'les'' mts^ ' bionnalres de ïÉtahgHe s'adressaient' aux hommes, et surtout aux femmes, qui,' accacablésdù poids de lebrs vices, en ressen- latent souvent les effets. Comme ces proséfy- ' les passaient toat-a-c'oup du péché et de là' superstition à l'espérance glorieuse de l'iin- ! mortalité, ils prenaient le parti de se cC-risa* ' crer non-seulement à TexeVtâee des vertus , ' mais encore i une vie de pénitence.' Le désir ' de la perfection devenait I* passion dont)-'' hante de leur Ame ; car si la raison n'embrasse qu'une froide modération, oh sait avec quelle ' rapidité, avec quelle violence, nos passions ' nous font franchir l'espace qui se trouve en- : treles extrémités les plus opposées. '

Lorsque les nouveaux convertis avaient été enrôlés parmi les fidèles et admis aux sacremens de l'église , une autre considéra-' tion (Tune espèce moins relevée, mais pure cependant et respectable, les empêchait dft retomber dans leurs désordres passés. Tonte société particulière qui s'est séparée du grand corps de la nation ou de la religion à laquelle elle appartenait excite aussitôt une attention ' et une jalousie universelles. C'est surtout quand elle est composée d'un très-petit nombre de personnes, que leurs vertus ou leurs .

1 Les imputations de Celsius et de Julien', et la défense des Pères, sont exposées avec beaucoup d'impartialité par Spanbéim , dans sou Commentaire sur les Césars de Julien , p. m.

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(Mf dep, J-0-) vices peuvent influer tur le caractère général de la société. Chaque membre est obligé de veiller avec 1» plus exacte vigilance sur sa propre conduite et sur celle de tes frères, puisque devant s'attendre a partager là commune disgrâce , il espère participer a la réputation commune. Lorsque les chrétien» de Bjthynie Curent traduits devant le tribunal de Pline le Jeune, ils affirmèrent aa proconsul que, loin d'entrer dans aucune conspiration contraire, aux lois de l'état, ils s'engageaient tous, par une obligation solennelle, à se commettre aucun de ces crimes qui troublent la paix publique et particulière de la société, tels que levot, le brigandage, l'adultère, le parjure et la fraude ' » Ççut ans après , environ , Tertullien pouvait se vanter, avec un noble orgueil, qu'excepté pour la cause de la religion, on avait vu périr ^rès-pea de chrétiens par la main du bourreau*. Leur via sérieuse et retirée,, entièrement éloignée du luxe et des plaisirs du siècle , les endurcissait à In chasteté, à la tempérance, à l'économie, à la sobriété et à toutes les vertus domestiques. Comme la plus grande partie d'entre eux exerçait quelque, métier on quelque profession, il leur importait d'agir avec la bonne foi la plus évidente, et avec la plus scrupuleuse intégrité , pour éloigner tous les soupçons que les profanes sont trop disposés a concevoir contre les apparences de la sainteté. Le mépris du monde entretenait perpétuellement les fidèles dans des sentlmens de patience , de douceur et d'humilité. Plus on les persécutait, plus Us s'attachaient les uns aux autres. Leur charité mutuelle et leur confiance généreuse n'ont point échappé aux regards des .infidèles, et leurs amis perfides n'en ont que trop souvent abusé1.

Ce qui doit donner une haute idée de la morale des premiers chrétiens, c'est que leurs fautes mêmes , on plutôt leurs erreurs , venaient d'un excès de vertu. Les évéques et les

'Lettres^ Pline, i.Ol.

1 TertuUieu, Apolog., c. 44. Il ajoute cependant, en parafaflil hériter : ont ri àHudjam non chii&antu.

» Le phitosopbe Peregrin , tait la rie et ta mort ont été décrites par Laden d'une manière 6i agréable , Hbosa pendant long-temps de la simplicité crédule des chrétiens de l'Asie.

PAR ED. ttlKBQH. ÇB. XV.

docteande l'église, dontle témoignage atteste et dont l'autorité pouvait diriger la foi , non moins que les principes et même la pratique de leurs contemporains, avaient étudié les Écritures avec moins de sagacité que de dévotion ; île prenaient souvent dans le sens le plus littéral ces préceptes rigides, enseignés par Jésus- Christ et par tesapotres, et que, dans la suite, des commentateurs prudens ont expliqués d'une manière moins stricte et plus figurative. Animés du désir d'élever la perfection de l'Évangile au-dessus de la sagesse de la philosophie, les Pères ont porté dans leur zèle les devoirs de la mortification de soi-même, do la pureté et de la patience , à une hauteur où il nous est à peine possible d'atteindre , et bien moins encore de nous soutenir, dans notre état présent de faiblesse et de corrup-' lion. Uue doctrine si extraordinaire et si sublime . ne pouvait manquer d'attirer la vénération du peuple; mais elle n'était nullement propre à gagner le suffrage de ces philosophes mondains qui, dons le cours de cette vie passagère, consultaient les mouvemens de sa nature et l'intérêt de la société '.

Dans les caractères loi plus vertueux et les plus honnêtes, il est facile de démêler deux penebans bien naturels : l'amour du plaisir et l'amour de l'action. Si l'amour du plaisir est épuré par l'art et par la science, s'il est embelli par les charmes de la société, et qu'il soit corrigé par les justes égards qu'exigent la tempérance, la santé et la réputation , il produit la plus grande partie du bonheur que Ton puisse goûter dans la vie privée. L'amour de l'action est ua principe d'une espèce plus forte, et dont les effets ne sont pas si certains ; souvent il mène à la cotera, a l'ambition, à la vengeance; mais, lorsqu'il est dirigé par un sentiment d'honnêteté et de bienfaisance, il enfante toutes les vertus ; et, si ces vertus sont accompagnées de talens capables de les développer , une famille, on état ou un empire devra sa sûreté et sa prospérité au courage indomptable d'un seul homme. Nous pouvons donc attribuer à l'amour du plaisir la plupart des qualités al-

niables ; à l'amour de l'action, la plupart des qualités respectables et utiles. Un caractère sur lequel ces deux puissans mobiles agiraient de concert et dans une juste proportion , semblerait constituer l'idée la plus parfaite de la nature humaine. L'âme insensible et inactive, que l'on ne supposerait dirigée par aucun de ces principes , serait unanimement rejetée de la société, comme incapable de procurer aucun bonheur à l'individu, ou aucun avantage public au monde. Hais ce n'était pas dans ce monde que les premiers chrétiens désiraient se rendre agréables ou utiles.

L'homme dont l'esprit a été cultivé par l'éducation peut, dans ses momensde loisir, acquérir de nouvelles connaissances , exercer sa raison ou son imagination , et se livrer sans défiance à toute la vivacité d'une conversation enjouée. Les Pères, cependant, avaient en horreur des occupations si contraires à la sévérité de leur conduite, ou ils ne les permettaient qu'avec la plus grande réserve. Ils méprisaient toutes les connaissances qu'ils jugeaient inutiles à l'œuvre du salut, elles discours frivoles leur paraissaient un abus criminel du don de la parole. Dans notre façon actuelle d'exister, le corps est si étroitement uni avec l'âme, qull est de notre intérêt de jouiravec innocence et avec modération des plaisirs dont ce fidèle compagnon est susceptible. Nos dévots prédécesseurs raisonnaient bien différemment :

■'efforçant en vain d'imiter la perfection des anges, ils dédaignaient ou affectaient de dédaigner toute espèce de délices terrestres et corporelles '.Nos sens servent, les uns à noire conservation , les antres à notre subsistance ; et il en est qui nous ont été donnes pour nous instruire. A envisager leur nécessité, il eût été impossible d'en condamner l'usage. L'abus seul était criminel; et la première sensation du plaisir avait été désignée comme le premier instant de cet abus. Le candidat qui aspirait au ciel, en se dépouillant de toute sensibilité, apprenait non-seulement a résister aux attraits grossiers du goût et de l'odorat, mais encore £ fermer

■ Lactoses, ImUL divin., Ln,c 30,21, 23. .

L'EMPIRE ROMAIN, (3W dep. J.-C.)

l'oreille à fa profane harmonie des sons, et à contempler avec indifférence les productions les plus achevées de l'art humain. Des habits élégans, de superbes maisons, des meubles magnifiques étaient supposés réunir le double crime de l'orgueil et de la sensualité. Un extérieur simple, un air mortifié convenaient mieux an fidèle qni, certain de ses péchés, doutait de son salut. En condamnant le luxe, les Pères sont extrêmement minutieux et entrent dans lès plus petits détails ' ; parmi les divers articles qui excitent leur pieuse indignation, on peut compter les faux cheveux, les habits de toute espèce de couleur, excepté le blanc, les instrumens de musique, les vases d'or et d'argent, les oreillers de duvet (puisque Jacob reposa sa tête sur une pierre), du pain blanc , des vins étrangers, les salutations publiques, l'usage des bains chauds, et celui de se faire la barbe , pratique qui , selon l'expression de Tertullien, est un mensonge contre notre propre face , et une tentative impie pour perfectionner les ouvrages du Créateur*. Lorsque le christianisme s'introduisit parmi les personnes distinguées par leur opulence et par la politesse de leurs mœurs, l'observation de ces lois singulières fut laissée, comme elle le serait à présent, a un petit nombre qui ambitionnait une sainteté supérieure. Hais les derniers rangs de la société se font un mérite de mépriser la pompe et les plaisirs que leur a refusés la fortune. Une pareille affectation leur est tonjours facile, et en même temps agréable. La vertu des premiers chrétiens , semblable a celle des premiers citoyens de la république romaine, fut très-souvent gardée par leur pauvreté et par leur ignorance- La chaste sévérité des Pères dans tout ce qui avait rapport au commerce des deux sexes venait du même principe : leur horreur pour toutes les voluptés qui pouvaient satisfaire les appétits sensuels de l'homme, et dégrader sa nature spirituelle. Ils aimaient à croire que si Adam eût persévéré dans son

< Voyez un ouvrage de ssint Clément d'Aleundrie , intitulé le Pédagogue , et qui contient les démens de monte enseignée dira U plus célèbre école des chrétiens.

i Tertullien , de Spectoadit, c. 23; Saint Clément d'Alexandrie , Pedag. , 1. ni , c. 8.

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(324 dep. S.-C.f obéissance auCtéateSir, 'tt 'aurait toujours véclt dans un état dé'pureié virginale; ci qu'alors quelque Torme plus pure de génération aurait' peuple" le" paradis d'êtres înhocens et immorlels *'. L'usage dii mariage fut permis , après sa' chiite, a sa postérité, seulement comme un expédient nécessaire pour perpétuer l'espèce humaine cl! comnicun frein toutefois imparfait contré la licence naturçjle de nos .désirs. L'embarras' des càsûistes or-

thodoxes , sur ce sujet intéressant , décèle la i in) , et bravaient' les plus grands dangers

ï'un et defarifresexc qui 'se dévouaient & une' chasteté perpétuelle *, Nous pouvons Compter lé savant Ortgène parmi le petitnombre deceux qiii crurent pliis prudent dedéshr'mer le tentateur*. Quelques-uns paraissaient insensibles aux attaques de la chair ; d'antres les soutenaient sans être vaincus. Dédaignant une fuite ignominieuse , les vierges'nées' sous le climat brûlant de l'Afrique né craignaient pas dese mesurer avec l'eune- '

perplçxilé d'uu législateur 'qui. ne voudrait point, approuver une institution mj'ij est forfié* de tolérer*. L'éuimiération. des Ibis bizarres et minutieuses <lont Us avaient entouré lé lit nuptial arracherait un sourïré'au jeune époux et ferait rougir Ta vierge modeste, lis prétendaient unanimement qu'un premier engagement répondait à toutes les fins de la nature et de la société. Le lien'sensuelprit un caractère plus relevé ; il fut comparé à l'union mystique de Jésus-Christ avec, son église; et on déclara qu'il ne, pouvait être dissous ni par le divorce ni par la mort. Un.. second mariage fut flétri du nqni.oVajluhére, léggl; et les chrétiens coupables d'une offense si scandaleuse contre Ta pureté évarïgélique furent bientôt exclus des honneurs, çl même des aumônes, de l'église *.pès que le désir eut été interprété comme un crime, et le mariage toléré comme un défaut, selon les mêmes principes* le célibat devint l'état qui approchait le plus de la perfection divine. Ce futaveçkplusgrandcdilïicultéquorancïenne Rome, put soutenir l'institution de six vestales*. L'église primitive se trouva tout-àcoup remplie d'une fpulp, de personnes de

< Beausobre (Hist. critique du Manichéisme, I. vu, c3). Saint Justin , saint Grégoire de Nysse', sent Augustin , etc. «mt fortement-portés pour dette optoioa. -

a Quelque* idâ Gu(*Ua.u*6 ét^WBt plus eouéqneus ; ils rejetaient l'usage du OiarUfte, ,

» Voyez une chaîne de traditions depuis saint Justin le martyr jusi^i'à saint Jérôme, dans lajnprale des Pères,e.w,6-2B. • '

* Voyei une dissertation très-curieuse sur les vestales. , danslesMèmoli^'derAcadémledesInscripUclis.ttom.H, p. 101-227). Malgré lies honneurs et les récompenses ; que l'on accordait J ces vierges il était dttïldie d'en Iroo- »er un nconire suffisant; et la cnmte de la mort la plus horrible ne pouvait pas toujours reprimer lenr irrwnli-; nence.

elfes permettaient aux diacres et aux prêtres de partager leur Ht; d'elles se glorifiaient ' d'une vertu qui échappait à tous les feux de ' f impureté".' Mais lia nature insultée revendiquait souvent ses droits; çt cette nouvelle, espèce de martyre ne servit qu'à introduire lin nouveau scandale dans l'église !. Parmi lés chrétiens ascétiques (nom qu'ils tirèrent bientôt dé leur exercice pénible), onen voyait cependant plusieurs qui ', moins présomp-' ' tueux , eurent probablement plus de suc- r

■ L'orgueil spirituel suppléait aux plaisirs sensuels', et en compensait la perte.. La mul- *'„, tiiudemêmedes.pajeiis appréciait le mérita', du sacrifice par sa difficulté apparente; et", c'esj pour célébrer les louanges des chastes épouses de Jésus-Christ, que les Pères ont. versé les flots impétueux d'une .éloquence. t. souvent peu naturelle.*. Telles sont les premières traces desprincipes et des institutions .. de la. vie roonasri<jije .qui,, ,dan.s les siècle»

' ■< Capùktatim procMùriW mit imam scimus ont nnU^m.'(IHBDtiiut Faux-, e. 51 v saint Justin , Jpctogi " ^;.iAtneci«gor^,«i^«i.,fc;28;ïert«Uies,d«CWXa fam^, Lu.) ,

a Eusèbe, |.ji, 8. Avant que la réputation d'Origène eût excité l'envie et la persécution, cette action eitraordiiiarr* tlit piutct admirée que Minée. Comme c'était m Général a* ptaltque d'aflépaisat fferiture, il est œathenreux que, daBieetLe. occasion seulement, il ail pris le sens littéral. j .p , . ..

? Saint Cyprlen', let. 4 , et Dodwel] , dissertai, cyprlanie, "m. Long-temps après', on a imputé au fondateur de l'abfraye de FenWvMuH quelque chose de para» a cette entreprise- téajérowe. Bayle antuae a» lecteurs sur ce sujet délicat. '■-..'.

* Dopin (Bibliolhèq. Ecciésiasl. , tom.i, p. 195) donne un détail particulier du dialogue des dix vierges, tefqu'iia éU «mposé-par HélbodhM, évèquo de Tyr. Les louanges de la virginité sont eicessii».

MO DÉCADENCE DE l

suivaus, ont contre-balancé tons les avantages temporels du christianisme l. *

Les clirétiens ne fuyaient pas moins les affaires que les plaisirs de ce monde. Ils ne savaient comment concilier la défense de nos personnes et de nos propriétés avec la doctrine patiente qui prescrit le pardon illimité des injures reçues, et qui ordonne de solliciter de nouvelles insultes. Leur simplicité s'offensait de l'usage dessermens, de la pompe de la magistrature et de la contention de la vie publique. Dans l'ignorance où ils étaient des choses humaines, ils ne pouvaient se persuader qu'il fut légitimement permis de verser par le glaive de la justice ou par l'épée de la guerre le sang de ses semblables , même lorsque les forfaits des scélérats , ou les attaques de l'ennemi menaçaient la paix et la sûreté de toute la société*. Si » dans la constitution des juifs , les prophètes inspirés, et les rois qui avaient reçu l'onction sacrée , avaient employé toutes les forces de la nation , ils n'avaient obtenu l'approbation du ciel que parce qu'ils vivaient sous une loi moins parfaite. Les chrétiens sentaient et avouaient que de pareilles institutions pouvaient être nécessaires daus le système présent du monde, et Us se soumettaient sans répugnance a l'autorité d'un maître idolâtre. Mais, en inculquant des maximes d'obéissance passive , ils refusaient d'agir dans l'administration civile ou dans la défense militaire de l'empire. On pouvait avoir quelque indulgence pour ceux qui, avant leur conversion, s'étaient déjà trouvés engagés dans ces occupations violentes et sanguinaires * ; mais les clirétiens avaient à remplir un devoir plus sacré ; il ne leur était pas permis d'exercer )es fonctions do soldats , de magistrats , ou

■ La Ascétiques , des le second siècle , disaient publiquement profession de mortifier leur corps et de s'abi tenir del'usage de la chair et du vin. (Mosheim , p. 310).

1 Voyei la morale des Pères. Les mêmes principes de patience ont été renouvelés, depuis la réforme, parles Sociniens, par les Anabaptistes modernes et par les Quakers. Barclay, l'apologiste des Quakers, s'est servi, pour détendre ses frères, de l'autorité des premiers cliréliens (p. 542-549).

3 Terlulliea , Apolog. , e. 21 , de Mololalvia , c. 17 , 18; Origcne, contra Celsuin, 1. v, p. 253, 1. vu p. 348,1. vin, p. 423-428.

/EMPIRE ROMAIN, (&+ dep, J.-C.)

deprinces'. Cotte. négligence indolente ou même criminelle pour le bien public , les exposait au mépris et aux reproches des païens. On demandait aux partisans de la nouvelle secte quel serait le destin de l'empire assailli par les barbares , si tous les sujets adoptaient des sentimens si pusillanimes*. A celte question insulbmte, lesapologistesdu christianisme répondaient en mots obscurs et équivoques. Tranquilles dans l'attente qu'avant la conversion totale du genre humain, la guerre, le gouvernement, l'empire romain, le monde lui-même ne seraient plus , ils ne voulaient pas révéler. anx idolâtres cette cause secrète de leur sécurité. On peut encore observer ici que la situation des premiers chrétiens se rapportait fort heureusement à leurs scrupules religieux, et. que leur aversion pour une vie active contribuait plutôt à tes exempter de servir l'état ou, l'armée, qu'à les exclure des honneurs, civils et militaires.

V. Mais l'esprit humain, quelque élevé, ou quelque déprimé qu'il puisse être par un enthousiasme passager, reprend par degrés son niveau naturel, et se remet sous l'empire des passions qui semblent le mieux adaptées à sa condition présente. Les premiers chrétiens étaient morts aux affaires et aux plaisirs du monde ; mais cet amour de l'action qu'ils avaient reçu de la nature, et dont la trace n'avait jamais pu être entièrement effacée, reparut bientôt et trouva de nouveaux alimens dans le gouvernement de l'église. Unfs société séparée, qui attaquait la religion dominante de l'empire, était obligée d'adopter quelque forme de police intérieure, et.de créer un nombre su/lisant de ministres, chair ges non seulement dos fonctions spirituelles, mais encore de la direction temporelle de I» république chrétienne. La sûreté de. cette société, son honneur , son agrandissement produisirent , même dans les unies les plus reli-

'TerUfflicn (deCorona mitttis,c. n)1éur suggéra l'expédient de déserter. Ce conseil , s'il eut été génénlè-

meut connu , n'aurait pas été très-propre à concilier aux chrétiens la laveur des empereurs.

2 Autant que nous eu pouvons juger d'après les fragmens delà représentation d'Origine (l- toi, f. 423), il paraît que Cclsus , son adversaire, avait insiste sur cette objection avec beaucoup de force et de lionne lui.

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(Î2Î rlep. J.-C.)

gicnscs, un 'esprit de patriotisme semblable à celui qui enflammait les premiers Romains pour leur patrie , et quelquefois les fidèles ne furent pas plus délicats sur le choix des moyens qui pouvaient conduire a un but si durable. Lorsqu'ils sollicitaient pour eux ou pour leurs amis lés dignités de l'église, ils déguisaient leur ambition sous le prétexte spécieux de consacrer à l'utilité générale le pouvoir et ta considération que , dans cette tue seulement, il était de leur devoir de rechercher. En exerçant leurs fonctions , ils avaient souvent occasion de dévoiler les etrenrs de l'hérésie ou les artifices de la faction; de s'opposer anx desseins des frères perfides, de les dévouer à l'opprobre qu'ils méritaient, et de les chasser du sein d'une société dont ils s'efforçaient de troubler la paix et le bonheur. On enseignait aux guides spirituels dd christianisme à joindre la prudence du serpent à l'innocence de la colombe. Mais à mesure que l'habitude du commandement rendit leur conduite plus raffinée, insensiblement leurs mœurs se corrompirent.

Dans l'église, aussi bien que dans le monde , ceux qui occupèrent quelque poste considérable se distinguèrent par leur éloquence et par leur fermeté , par la connaissance des hommes et par leur habileté dans les affaires. Tandis qu'ils dérobaient aux autres et qu'ils se cachaient peut-être à eux-mêmes les motifs secrets de leurs actions , ils retombaient trop souvent dans toutes les passions turbulentes de la vie active, auxquelles le mélange du zèle religieux imprimait un nouveau degré d'opiniâtreté et d'aigreur.

Le gouvernement de l'église a souvent été un objet aussi bien qu'un instrument de dispâte. Les docteurs de Rome , de Paris , d'Oxford et de Genève , perpétuellement divisés entre eux, se sont tous efforcés de réduire le modèle primitif et apostolique ' aux systèmes respectifs de leur propre administration. Le petit nombre de ceux qui ont cherché a. s'instruire avec plus de bonne foi

■ Le parti aristocratique , ni France aussi bien ira'™ Angleterre, a maintenu me rigueur l'origine drdne des éttques. Mais les prêtres calvinistes ne pouvaient souffrir on supérieur , et le pontife romain refusait de rrcoaanaltre un égal, (V. Frà-Paolo.)

et d'impartialité, pensent* que les apôtres évitèrent de s'ériger en législateurs, et qu'ils aimèrent mieux endurer quelques sca (ulules et quelques divisions particulières , que d'oter aux chrétiens des Âges futurs la liberté de varier les formes du gouvernement ecclésiastique, selon les cltangemens des temps et des circonstances. La pratique de Jérusalem, d'Éphèse et de Corinthe peut nous donner une idée du plan d'administration qui fut adopté, -de leur consentement, pour l'usage des fidèles des premiers siècles. Les sociétés établies alors dans l'empire romain n'étaient unies entre elles que par les liens de la foi et de la charité. L'indépendance et l'égalité formaient la base de leur constitution intérieure. Pour suppléer au manque dedisciplinc et au défaut de connaissances humaines , on avait recours à l'assistance des prophètes*; tout chrétien, sans distinction d'âge, de sexe, ou de lalens naturels , avait droit de remplir cette fonction sacrée ; et toutes les fois qu'il sentait l'impulsion divine , il répandait les effusions du saint-esprit devant l'assemblée des fidèles. Mais souvent ces prophètes de l'église primitive abusèrent, ou ne firent pas une application juste de ces dons extraordinaire». Ils les déployaient mal à propos; leur présomption troubla plus d'une fois le service de l'assemblée; enfin , entraînés par l'orgueil ou par un faux zèle, ils introduisirent , particulièrement dans l'église apostolique de Corinthe, une foule de désor*dres funestes1, Comme l'institution des prophètes devint inutile , et même pernicieuse , leur pouvoir fut retiré et leur office aboli. Oi ne confia les fonctions publiques de la religion qu'aux ministres établis de l'église , les êvêque* et les prttrei : dénominations qui , dans leur première origine, paraissent avoir désigné la même dignité et le même ordro de personnes. Le nom de prêtre exprimai leur âge, ou plutôt, leur gravité et leur sa

■ Dans l'histoire de la hiérarchie chrétienne. J'ai presque toujours suivi l'exact et savant Mosheioi .

* Pour les prophètes de l'église primitive, voyeiMosbeûn , Dtisciiationes ad llist. Ecclesiast. pertinentes, tom. a, p. 132-208.

s Voyei les eptlrei de saint Pau) et de saint CMaent aux Corinthiens

DECADENCEDE L'EMPIRE ROMAIN

gesse; le titre (Tévêque marquait leur inspection sur ia foi et sur les mœurs des chrétiens, commis a leurs soins paternels. Dans le premier âge du christianisme, ces prttret cpiscopaux i dont lu nombre était pins ou moins grand , en proportion du nombre respectif des fidèles, gouvernaient chaque congrégation d'un commun accord et arec la même autorité*.

Mais l'égalité la plus parfaite exige la main d'un magistrat supérieur qui la maintienne, et l'ordre nécessaire dans les délibérations publiques- crée bientôt tin président; qui est au moins chargé derecuetllfr les voix de l'as- - semblée et d'en exécuter les résolutions. Les premiers chrétiens, persuadé» que des élection» annuelles, ou faites seulement quand l'occasion l'exigerait , troubleraient souvent la tranquillité publique, se déterminèrent à i former un* magistratoreperpétoeHe^t honorable, et a choisir parmi les prêtres Èéptus renommé par s* sa hrteté et par sasagesse, pour remplir darant sa- vie les devoirs de gouverneur ecclésiastique. Ce fut alors que le titre pompeux d' évoque commença à s'élever an-dessus de l'humble titre de prêtre. Tandis que le-dernierde ees noms continuait a distinguer les membres de chaque sénat chrétien , l'antre exprimait la dignité de son nouveau président*. Les avantages de cette forme de gouvernement épiseopal, qui fut vraisemblablement institué avant la fin du premier siècle"' parurent si frappans et d'une telle importance pour la grandenr future et pour la parc présente dn christianisme, qu'il fat adopté sans délai par toutes les sociétés

« Booker, EccltsUutlcal Poltty, !. m.

î Voyez saint Jérôme, ail TUum, e. i, tl epist. 85 (dans l'édition des Iknèdictiûs.tOl), Et l'apologie travaillée de Blonde! pro sententiis Hieronymi. L'ancien état de l'évèqup et des prêtres d'Alexandrie, tel que l'a décrit saint Jérôme , se trouve confirmé d'une manière remarquable piir le patriarche Eutycbius (Annal., tom.i, p. 330, vers. Pocock), dont je ne saurais rejeter le témoignage, en dépit de toutes les objections du savant Pearson dsns ses FimllcUe Jgnatiana., part. i,c. 11.

a Voyez l'introduction de l'Apocalypse. Les év*ques, sousle nom d'anges, éUient déjà établis dans sept villes de l'Asie. Et cependant l'épttre de saint Clément (laquelle est probablement d'aussi ancienne date) ne nous fait découvrir aucune trace d'épbcopat , soiUCorinlhe, soit à Rome.

{324 dep. J.-C.) déjà répandues dans l'empire. Dès les premiers temps , il avait acquis la sanction de l'antiquité'; aujourd'hui les églises les plus puissantes, tantde'i'Orientquedc l'Occident, le révèrent encore comme un établissement primitif , et même divin Vil est inutile d'observer que les prêtres "humbles et pieux qui ■lurent d'abord revêtus de l'autorité épiscoftele ne possédaient sûrement pas , et qu'ils aura tont probablement rejeté le pouvoir et la pompe qui environnent maintenant ht tiare du pontife romain, tut "la- mitre d'un prélat allemand. Maie il est facile- dé tracer en peu de mots- les limites- étroites" de leur Juridiction, qui , principalement spirituelle dans son origine, était quelquefois aussi temporelle1. Elle avait pour objet l'administration des sacremens et In discipline de l'église; l'inspection générale sur les cérémonies religieuses,' qui, devenant de'jonr eir jour plus variées, se fflultipriaiemîhiperc'ep'tirjïément; lu consécration des ministres ecclésiastiques auxquels l'évêque assignait leurs fonctions respectives ; la direction des fdnds de la communauté et la décision de tous les différons que les fidèles -ne voulaient pas porter au tribunal d'un juge idolâtre. Pendant un espace de temps assez court ; l'évcrruc prenait l'avis des autres prêtres', et il n' exerçait ses pouvoirs que dH' consentement et avec l'approbation de l'assemblée des chrétiens. On le regardait alors comme le premier d'eulre ses égaux, et comme le serviteur honorable d'un peuple libre. Toutes les fois que, par sa mort, le siège épiscoptt! devenait vacant, un nouveau président, tiré du collège des prêtres, était élu par le suffrage libre de la .congrégation entière, dont chaque membre se

i NullatcctEsiatinc eplscopo , a &è un tait aussi bien qu'une maxime depuis le temps de Terlullien et de saint I renée.

'' Après avoir passé les difficultés du premier siècle, nous trouvons le gouvernement épiseopal universellement établi , jusqu'à ce qu'il ail été interrompu par le génie républicain des réformateurs suisses et allemands.

3 Voyer Mosheim , premier et second siècles. Saint Ignace (ad Smyrnœos, c. 3. elc.) aime à relever la dignité épiscopale. Le Clerc (Hist. Ecctésiast., p. 509) censure brusquement sa conduite. Mosheim , guidé par une critique plus saine ( p. 101 ) , soupçonne que même les petites épllres ont été corrompues.

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(324 flep. J.-C.1 croyait revêtu il' an. caractère sacré et sacerdotal'-.

Telle* furent .la douceur et 1 égalité avec lesquelles les chrétien&se gouvernèrent pendant,plus de cent ans après la mort des apôtres. .Chaque se<eiété tonnait en elle-même une république séparée et indépendante, et qnoiane.les.plus éloignés de ces petits états entretinssent par lettres et par députés un commerce mutuel qui servait à cimenter leur, uoion, Je» différentes parties du monde chrétien ne reconnaissaient point encore d'autorité suprême, ni d'assemblée législative. A mesure que le nombre des fidèles s'augmenta, ils s'aperçurent combien il leur serait avantagera de lier plus étroitement leurs intérêts et leurs desseins. Vers la fin du second siècle, les églises de la Grèce et de l'Asie adoptèrent l'institution utile des synodes provinciaux* et l'on peut supposer qu'en formant un conseil représentatif, ils prirent, pour modèle les établissemens célèbres de leur pays, les ampliyctions , la ligue achéenne, ou les assemblées des villes d'Ionie. Les évêques des églises indépendantes avaient coutume, et furent bientôt obligés par une loi, de se rendre dans la capitale de la province aux époques fixées du printemps et de l'automne. Ils prenaient dans leurs délibérations l'avis d'un petit nombre de prêtres distingués, et ils se trouvaient contenus par la présence de la multitude qui les écoutait1. Leurs décrets, qui furent appelés canons, réglaient tous les points importons de la foi et de la discipline ; l'on devait naturellement s'imaginer que le saint-esprit verserait ses dons en abondance sur l'assemblée unie des représentons du peupic chrétien. L'institution des synodes convenait si bien à l'ambition particulière et à l'intérêt public qu'en peu d'années ellefut reçue dans tout l'empire. Les conciles provinciaux,

1 .Yonne et laici laeerdotes sumus ? (Ter tullicri, Extnrtat.adc<utitat,,t. 7.) Comme le cœur humain est toujours le même, plusieurs des observations que M. Hume a faites sur l'enthousiasme (Essais, vol. p. 76 ,in-4°), peuvent «'appliquer même aux impirations réelles.

1 Actaconeil. Carthag. apitd Çrprian.(Edit.FeU., P- 158.) Ce concile fut composé de quatre-vingt-sept évê- VKS des provinces de Mauritanie , de Numidie et d'AIH- JW; quelques préires et quelques diacres assistèrent; à

PAfi.EJ), GIBBON. CH. XVi

par le moyen d'usé correspondance régulière , se communiquaient, et approuvaient mutuellement leurs actes respectifs. L'église catholique prit bientôt la forme , et acquit toute la force d'une grande république confédérée1.

Comme l'usage des conciles abolit insensiblement l'autorité législative des églises particulières, les évéques, par leurs liaisons, obtinrent une portion plus considérable de puissance exécutrice et arbitraire. Réunis entre eux par leurs intérêts communs, ils furent en état d'attaquer avec vigueur les droits originaux de leur clergé et de leur peuple. Les prélats du huitième siècle changèrent imperceptiblement le langage de l'exhortation en celui du commandement, jetèrent les semences de leurs usurpations futures, et suppléèrent au défaut delà force et de la raison par des allégories tirées de l'Écriture sainte, et par des. déclamations do rhéteur. « L'unité et le pouvoir de l'église,

* répétaient-ils souvent, sont repi-ésentésdans

> l'office êpttçopal, dont chaque membre

> possède une portion égale et indivisible '.

> Que les princes et les magistrats vantent

* leurs droits à un domaine terrestre et pas-

* sager; l'autorité épiscopale seule est déri-

> vée de Dieu ; elle s'étend sur ce. monde-ci

> et sur l'autre. Les évéques sont les vice- » gérans de Jésus-Christ, les successeurs des

> apôtres , et les substituts mystiques du

> grand-prétre de la loi mosaïque. •

Leur privilège exclusif de conférer les ordres sacerdotaux envahissait la liberté de» élections qui appartenaient au clergé et a» peuple, et si, dans l'administration de l'église, ils suivaient quelquefois l'avis des prêtres, on te désir des fidèles, ils avaient le plus grand soin de se faire un mérite d'une pareille condescendance. Les évéques reconnaissaient l'autorité suprême qui résidait dans l'assemblée de leurs frères; mais chacun d'eux,

< Agimtur prœterea per Gracias Mas, Ctrtiâ in lotis concilia, etc. (Tertullien, de Jejuniis , t. VA.) l'Africain en parte comme d'une institution récente et étrangère. La manière dont les Églises chrétiennes se-sonl unies est fort habilement expliquée par Mosbeira ( p. 164-700.

a SaiBtXyIrtea4*nt1tsnr*SKBK traité Ae Viiitate ecclesue, p. 7S-86.

dans le gouvernement de son diocèse particulier, exigeait de son troupeau la même obéissance implicite , que si celle métaphore favorite avait été littéralement juste , et que le berger eût été d'une espèce supérieure1 ! Une pareille autorité cependant ne fut point établie s^ns quelques efforts d'un coté , et sans quelque résistance de l'autre. En plusieurs endroits , le clergé inférieur, animé par le zèle ou par l'intérêt, soutint avec chaleur la constitution démocratique; mais son patriotisme reçut les dénominations odieuses de faction et de schisme, et le parti épiscopal fut redevable de ses progrès rapides aux travaux de plusieurs prélats actifs, qui, semblables à Gyprien de Cartilage , savaient concilier les artifices de l'homme d'état le plus ambitieux avec Us vertus chrétiennes les mieux adaptées au caractère d'un saint et d'un martyr*.

Les mêmes causes qui avaient d'abord détruit l'égalité des prêtres introduisirent, parmi les évéques, une prééminence pour le rang, et de là une supériorité de juridiction/foutes les fois que, dans le printemps et dans l'automne, ils se trouvaient rassemblés en synode i provincial, la différence de réputation et de ■ mérite personnel se faisait sensiblement remarquer parmi les membres du concile. L'éloquence et la sagesse d'un petit nombre gouvernaient alors toute la multitude; mais l'ordre des délibérations publiques demandait une distinction plus régulièreet moins odieuse. L'office de président perpétuel dans le concile de chaque province fut conféré aux évoques de la capitale; et ces prélats enlreprenans, décorés des titres biillans de primais et de métropolitains , se préparèrent secrètement à usurper sur tesantres évéques la même autorité que ceux-ci venaient d'enlever an col-

i Nous pouvont en appeler à toute la conduite de niât Cyprieu, A sa doctrine,* ses épSlres. Le Clerc, dans une vie abrégée de ce prélat (Bibliothèque Universelle, ton. ui , p. 207-378), le montre a découvert avec beaucoup de liberté» d'exactitude.

i Si Novatus, FelicUwniu , etc. , que l'éveque de Cuthage chassa de son église , n'étaient point les plu détestable» des scélérats , il fout que le Mb de mal Cyl'rien l'ait «nrnortt quelquefois sur sa véracité. On n'A une relation très-juste de ce* quertttee oteonret dans MusIkû» ( p. 497-512)

(824 dcp. J.-C.)

lége des prêtres '. Les métropolitains euxmêmes se disputèrent bientôt la supériorité du rang et du pouvoir. Chacun d'eux affectait de déployer, dans les termes les plus pompeux , les avantages et les honneurs temporels de la ville à laquelle il présidait , le nombre et l'opulence des chrétiens soumis à ses soins paternels, les saints et les martyrs qui s'étaient élevés parmi eux; et, remontant jusqu'à l'apôtre ou au disciple qni avait fondé son église, il insistait sur la pureté avec laquelle la tradition de la foi, transmise par une suite non interrompue d' évéques orthodoxes, avait été conservée dans son sein *. Toutes les raisons de supériorité soit civile, soit ecclésiastique , faisaient naturellement prévoir que Rome devait s'attirer le respect des provinces, et qu'elle exigerait bientôt leur obéissance. La société des fidèles i dans cette ville, était proportionnée à la capitale de l'empire. Son église était la plus grande, la plus* nombreuse, et , par rapport à TOccident, la plus ancienne de tous les élablîsscmens chrétiens, dont la plupart avaient été formés par les travaux religieux des missionnaires de Rome. Les plus hautes prétentions d'Antioche, (FEphèse ou de Corintlie, se bornaient a reconnaître un seul apôtre pour fondateur. Rome seule se vantait que les rives du Tibre avaient reçu un nouvel éclat par la prédication et par le martyre des deux plus grands apôtres '. Son évoque avait soin de réclamer l'héritage de toutes les prérogatives que l'on attribuait à la personne ou à la dignité de saint Pierre *. Les prélats de l'Italie

' Mosheim , p. 209, 574 ; Dnpin, AnUqua tcclcs. diseiplin., p. 19, i».

ïTcrtullicn1 dans un traité particulier, a tait valoir contre les hérétiques le droit de prescription , qui était soutenu par les églises apostoliques.

> La plupart des anciens rapportent que saint Pierre vint à Home (V. Euscbe, h, 25); tous les catholiques le prétendent, et quelques proleslans en conviennent. ( Voyez Prarson et Dodwell de Succès, episcop. roman.) Mai* ce voyage a été fortement attaqué par Spauhcim (Misccilanca sacra, iu, 3). Selon le père Hardouin, les moines du treizième siècle , qui composèrent l'Enéide, représentèrent saint Pierre bous le caractère allégorique du héros trojen.

* C'est en français seulement que la rameuse allusion an pin de saint Pierre est exacte. • Tu es Pierre , et eut cette pierre Cette allusion n'est pas tout-Mail

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($24deft.J-C.) et des provinces consentaient à lai accorder une primaiie- d'ordre et d'association { c'était avec cette précision qu'ils s'exprimaient) dans l'aristocratie chrétienne'. Mois le pouvoir d'un monarque fut rejeté avec horreur , et te génie entreprenant de Rome, qui voulait soumettre toute la terre à sa puissance spirituelle , éprouva en Afrique et en Asie une résistance, que, dans des siècles plus reculés, leurs habitansn'avaient point opposéeà sa domination temporelle. Saint Cyprien , qui gouvernait avec l'autorité la plus absolue l'église de Cartilage et les synodes provinciaux , s'éleva avec vigueur et avec succès contre l'ambition dn pontife romain. Ce zélé patriote eut l'art de lier sa propre* cause à celle des évéques d'Orient, et, comme Annibal, il chercha de nouveaux alliés dans le cœur de l'Asie '. Si cette guerrepunique fut soutenue sans aucune effusion do sang, ce fut bien moins l'effet de In. modération que de la faiblesse des prélats rivaux. Les invectives , les excommunications étaient leurs seules armes, et, tant que subsista leur inimitié, ils les lancèrent les uns contre les autres avec une fureur égale, et avec une égale dévotion. La dure nécessité de condamner la mémoire d'un pape, ou celle d'un saint et d'un martyr, nous embarrasse aujourd'hui , lorsque nous voulons rapporter les particularités d'une dispute dans laquelle les défenseurs de la religion se laissèrent entraîner par ces passions que l'on voit éclater dans le camp ou dans le sénat '.

Les progrès de l'autorité ecclésiastique donnèrent naissance à cette distinction remarquable de laïques et de clergé, qui avait été inconnue aux Grecs et aux Romains *.

juste co grec, «i latin , en italien, de, et elle esl absolu- .' nient inintelligible dans les languesdcrlvéesdc l'allemand.

i Saint Irénêc, aâvers. Hanses, m, 3. (Terlullien de Pcascript., c. 30 ) el saint Cvprien { Epistol.,71, 55,71 . 75), Le Clerc [Hisl. Eccusiast. , p. 7W ) cl Mosheim (p. 258,578) travaillent a expliquer ces passades ; mais lo style vague el déclamatoire des Pères parait souvent favorable aux prétentions de Rome.

1 Voyez réplue véhémente de Firnrillett , évêque de Cesarée.i Etienne, éveqoe de Rome. ( Jptul Cyprimt Epist. Il 75.) '

» 11 s'agissait de savoir si Von devait rebaptiser tes- ncrétiques. Concernant celle dispute, yoyeflej «pitres de, saint Cyprien cl ie seplième livre d'Eusdie. -

* Pour i'orçfaede ces mot*, «ft» Nesbein ( p . 1*1 );

Sous le premier de ces noms, on comprenait le corps du peuple chrétien ; le second , selon la signification du mot, désignait la portion choisie qui, séparée de la multitude, se consacrait au service de la religion : classe d'hommes à jamais célèbre, qui a fourni les personnages les plus importansà l'histoire moderne, quoiqu'ils n'en soient pas toujours les plus édiCans. Leurs hostilitésréciproques troublèrent plus d'une fois la paix de l'église dans son enfance ; mais leur zèle et leur activité se réunissaient pour la cause commune; et l'amour du pouvoir, qui, sous les déguîsemena les plus trompeurs , se glissait dans le sein des prélats et des martyrs, les animait du désir d'augmenter le nombre de leurs sujets, et d'agrandir les bornes de l'empire chrétien. Ils n'avaient aucune force temporelle; et pendant long-temps ils furent découragés et opprimés , plutôt que soutenus par le magistrat civil. Mais alors même ils acquirent et ils employèrent danslenr propre société les deux plus puissans ressorts du gouvernement, les récompenses et les punitions; le premier venait de la pieuse libéralité des fidèles , l'autre de leurs appréhensions religieuses.

I. La communauté des biens, qui avait séduit l'imagination de Platon *, et qnî subsistait en quelque façon parmi la secte austère des Esséniens1, fut adoptée durant quelque temps par l'église primitive. La ferveur des premiers prosélytes les porta d'abord à vendre ces possessions mondaines qu'ils méprisaient; à en venir déposer le prh aax pieds des apôtres, et ù se contenter d'avoir une part égale dans la distribution commune*. Les progrès du christianisme relâchèrent et abolirent par degrés une institution généreuse, qui,

(Hist. Bcïlésinst. , p. 633). U disunetio* de elerus et Imeiu «tait ÉUliUe avant le temps de Terlullien.

< \* communauté instituée par Platon est plus parfaite que celle que Morus • Imaginée pour (on Utopie. La communauté des femmes et «elle des biens temporels peuvent Pire regardées comme des parties inséparables du même système.

i Josèpbe , Anliqult. , mn, 3 ; Pitlra , de FUa eoxtemplativ.

frVoyeate Art*» des Apôtres, c. 2, 4, 5. avec leoounrenltfre de Grotius. Mosbeiœ, particulière, attaqua l'of meus trts-peu (WKlums.

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entre des rotins moins pures que celles «les apôtres, se serait bientôt- corrompue : on pouvait craindre que l'intérêt naturel à l' homme ne se réveillât toiit-à-coup, et u'abusât de ces dépôt» sacrés. On permit aux nouveaux convertis de garder leur patrimoine, de recevoir les legs et les héritages., et. d'augmenter leurs biens partipuliers par toutes Les voies légitimes du commerce et de l'industrie. Au lieu d'un sacrifice absolu, les ministres de l'Évangile acceptèrent une portion modérée; et dans les assemblées qui se tenaient toutes les semaines, ou tous les mois, chaque fidèle, selon les besoins delà congrégation, et selon la mesure de ses richesses et de sa piété, remettait volontairement son offrande dans le trésor de la congrégation '. On ne refusait aucun présent, quelque peu considérable qu'il fut; mais on enseignait avec soin que, dans l'article des dîmes , la loi de Moïse était toujours d'obligation divine, et que puisque, sous une discipline moins parfaite, les Juifs avaient reçu ordre de donner la dixième partie de tout ce qu'ils possédaient , il convenait aux disciples, de Jésus-Christ de se distinguer par une plus grande libéralité *, et d'acquérir quelque mérite en se détachant d'un trésor superflu qui devait bientôt périr avec le monde lui-même *. Il n'est pas nécessaire de remarquer que le revenu incertain et si peu assuré de chaque église particulière , variait en raison de la pauvreté ou de l'opulence des fidèles, selon qu'ils étaient dispersés dans d'obscurs villages, ou rassemblés dans les grandes villes de L'empire. Du temps de l'cm-

■ Saint Justin le martyr, Àpetog. major, C. 60; Tertaliien , Apologé . c. 33.

» Saint lTinée,advat. Nares.,]. w,e.W. 34; Origine in. Num. hom. , n ; saint Cyprien de Unitat. ecclet.; CoiuUlut. apoitot., t. ii, c. 34,35, avec les notes de Coteher. Lei constitutions ecclésiastiques établissent «' précepte comme de droit divin, en déclarant que les prêtres sont entant au-dessus des rois que l'an* est au-dessus dn corps. Parmi ks objets tnr lesquels on lera.il la dîme, «Hw comptent le blé , Te rin, l'huile et la Laine. (Voye* sur ce sujet intéressant , Prldeaui , Histoire des Dîmes , ' et Fri-Paolo, délie Materie beneficiaric : deox éeriwîns d'an caractère ires-différent.)

» La même opinion, qui prévalut vers l'année 1000, produisit des effets semblable*. Dans la plupart des db- Hltions,le motif est «primé : apyrop'aïquanU rtatnd i /I«e.[VoyciMosutiBi, Histoire générale de j-Égiise vol I, p. «7.)

pereur Decius, les-niagisimti s« pers-ua^aieui que les chrétiens avaient des richesses considérables; que, tlnns leur cullc rciigîeux^U te. servaient de vases d'or et d'argent; et que plusieurs de leurs prosélytes, .avaient vendu leurs terres et leurs maisons pour augmenter les ronds publics de la société., aux. dépens, à la vérité , de leurs malheureux enfin* , qui se trouvaient réduits à la mendicité parce que leurs pères avaient été des saints'. En général , il faut se méficr.des. soupçons formés par des , étrangers, et par des ennemis: ici cependant ils. sont colorés de preuves spécieuses et probables, et Us semblent justifiés par les deux faits suivons, qui, seuls de tous ceux dont nous avons connaissance, parlent de sommes précises, ou peuvent nous donner des idées distinctes. Sous le règne de l'empereur Decius, l'évéquede Carlhage lira tout-scoup d'une société moins opulente que «elle de Rome cent mille sesterces, environ vingt mille livres, dès sa première invitation aux fidèles , poqr les engager a racheter leurs frères de Numidle, qui avaient été emmenés captifs par. les barbares du désert ", Cent ans auparavant, une somme de deux cent mille sesterces avait été présentée eu un seul don à l'église romaine, par un étranger du Pont qui demandait à fixer sa résidence dans la capitale '. Ces offrandes, pour la plupart, consistaient en argent; les chrétiens n'avaient

' Tum summa cura est fralribus , (l'isermo leslatur toquai) Offerre , tandis vendi lis , Sestcrlionfm ni II lia.

Addicla avorum prwdia Fiedisaub aucuonibus, Successor «narres gémit SancUE egens parentibus.

H*s- oeculuntur abditls fcrelesiaruui in sngulis :

Et summa pieUs creditur tSudarc dulces liberos.

Pruderuiui , tnpt ïninnir , hym., t. ».

Dans cette occasion, la conduite du diacre Laurent prouve seulement l'usage owenable que l'on faisait As rkdiestesderéguseroKauie;ellesétaient sans doute 1resconsidérable*. Mais Frà Paoto (c. 3. ) parait exagérer, lorsqu'il suppose que ce tut l'avarice des successeurs de Commode, uu celle de leurs préfets dn prétoire, qui porta ces princes a persécuter les chrétiens.

i Saint Cyprien , epistol. , 62.

s TertnUien, de Praser.pticae , c 30.

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nt le désir Al le1 pouvoir de se charger d'une acquisition un peu considérable en terres. Il avait été décidé par plusieurs lois, publiées dans le même esprit que nos règlemens concernant Tes gens de main-morte, que l'on ne pourrait donner' ni léguer à une société formant corps dans l'état , aucun bien réel , sans un privilège spécial on sans une dispense particulière du. sénat ou de l'empereur *. Les souverains de Rome furent rarement disposés à Favoriser une secte qui, après avoir été l'objet de leur mépris, avait enfin excité leur jalousie et leur crainte. Cependant , un fait, arrive sous le règne d'Alexandre Sévère, prouve que ces règlemens Turent quelquefois éludés ou suspendus , et que les chrétiens eurent la permission de réclamer et de posséder une pièce de terre située dans les limites dé Rome elle-même *. Les progrès du christianisme et les discordes civiles de l'empire contribuèrent à tempérer la sévérité des lois, et avant la (in du troisième siècle plusieurs 'terres considérables appartenaient aux églises opulentes de Rome, de Milan, de Carihage, d'Antioche, d'Alexandrie, et des autres grandes villes de l'Italie et des provinces.

L'évêque était l'intendant naturel de l'église ; il disposait du trésor public à sa volonté et sans être oblige de rendre compte. Ne laissant aux prêtres que leurs fonctions spirituelles, il confiait seulement a l'ordre plus subordonné des diacres la direction et la distribution du revenu ecclésiastique \ Si nous pouvons ajouter foi aux déclamations véhémentes de saint Cypriea, l'Afrique ne renfermait qu'un trop grand nombre de prélais qui , en exerçant leur emploi , violaient tous les préceptes non-seulement de la perfection évangélique, mais encore de la morale. Quelques-uns de ces infidèles inteodans dissipaient les richesses de l'église pour satisfaire

1 Dioctétien donna un rescrit qui n'est qu'une déclaration de l'ancienne loi : • Colleglum , si nuuo spécial) pri- ■ vilegio subnixam sit , hxreditatem caperc non possc • dubium non est. > Frà-Paolo (c. 4) pense que-ces règlemens avaient été très-négligés depuis le régne deValérien.

1 Histoire Augustine, p. 131. Le terrain avait été public -, il était alors disputé entre la société des chrétiens et celle des bouchers.

i Cmulitut. ApOftot. , n , 55.

à leurs plaisirs sensuels ; d'autres les faisaient indignement servir à leur profit particulier , à des marchés frauduleux, et à des usures exorbitantes '. Mais tant que les contributions dupeuple chrétien furentlibres et volontaires, l'abus de sa confiance ne pouvait être bien fréquent ; les usages auxquels ou consacrait généralement sa libéralité honoraient la société religieuse. 'L'évêque et son clergé avaient une part convenable pour leur entretien. On réservait une somme suffisante pour leS dépenses qu'exigeait le culte religieux , dont les repas de charité, les agapes, comme on les appelait alors, constituaient la partie la plus brillante et la plus essentielle. Le reste était le patrimoine sacré des pauvres. On s'en remettait à la discrétion de Pévèque,qiii ouvrait le trésor de l'église pour soutenir les veuves , les orphelins, les boiteux, les mala'deset les vieillards de la communauté; pour soulager les étrangers et les pèlerins , et pour adoucir les maux des prisonniers et des captifs , surtout lorsque leurs souffrances avaient été occasionées par un attachement ferme à la cause de la religion *. Un commerce généreux de charité unissait les provinces les plus éloignées ; et de petites congrégations trouvaient des ressources abondantes dans les aumônes des sociétés plus opulentes qui subvenaient avec joie aux besoins de leurs frères *. Cette noble institution , qui avait moins d'égard au mérite qu'à' la misère de l'objet, contribua beaucoup aux progrès du christianisme. Les païens, qu'animait un sentiment d'humanité, rendaient justice à la bienfaisance de la nouvelle secte, tandis qu'ils en méprisaient la doctrine '. La vue d'un secours immédiat et d'une protection assurée attirait dans son sein charitable une foule de malheureux que la négligence des hommes aurait

' Saint Cyprien de £apslt,% 89, epUtét. 65. L'accusation est confirmée par le dix-neuvième et par le vingtième canon du concile d*Ertfre.

2 Voyra les apologies de saint Justin, deTertullien, etCj

ïbenisdeCorinlhe(<ijj. Eurtb.,\. vt', c.23) célèbre avec reconnaissance les richesses des Romains, et leur générosité envers leurs frères les plus éloignes.

* Voyez Lucien , in Peregrin. Julien ( lettre 49) semble mortifié de ce que la charité des fidèles maintient nonseulemenl les pauvres de leur religion , mats encore ceux de* païens.

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laisses en proie aux horreurs de la pauvreté, des maladies et de la vieillesse. Ou petit croire aussi que la plupart des entons exposés au moment de leur naissance selon la pratique inhumaine de ces temps furent souvent sauvés, baptisés, élevés et entretenus par la piété des chrétiens et aux dépens du trésor public '. II. Toute société a le droit incontestable d'exclure de sa communion et de ne plus admettre à la participation de ses avantages , ceux de ses membres qui rejettent ou qui violent les reglemens établis d'un consentement général. En exerçant ce pouvoir, l'église chrétienne dirigea principalement ses censures contre les pécheurs scandaleux, et surtouteontre les personnes coupables de meurtre, de fraude et d'incontinence; contre les auteurs ou les sectateurs de quelque opinion hérétique condamnée par le jugement de l'ordre épiscopal, et contre ces infortunés qui, tle leur propre mouvement, ou même, cédant à la force, s'étaient souillés, après leur baptême, par quelque acte de culte rendu aux idoles. L'excommunication influait sur le : spirituel aussi bien que sur le temporel. Le chrétien qui l'avait encourue était prive de toute portion dans la distribution des offrandes. U voyait se briser tous les liens de l'amitié religieuse et particulière. Les personnes qu'itestimaitleplu8,etdontil avait été le plus tendrement aimé, ne l'envisageaient qu'avec horreur comme un objet profane; et tant que l'excommunication pouvait imprimer sur son caractère une marque flétrissante , presque tout le monde le fuyait : on se méfiait généralement d'un homme qui avait été chassé d'une société respectable. Quelque triste, quelque pénible que la situation de ces malheureux exilés put être en elle-même , leurs appréhensions, comme il est assez ordinaire, surpassaient de bien loin leurs souffrances. Les avantages de la communion chrétienne étaient ceux de la vie éternelle; et les excommuniés ne pouvaient effacer de leur esprit

1 Telle a été du moins, dans de pareilles clrconslsncês, la louable conduite du missionnaires modernes. On expose tous les ans dus les rues de Pékin plus de Irais mille enfant nouveau -nés. (Voyei Le Comte, Hém. sur la Chine , et les recherches mr les Chinois et les Égyptiens loia. i , p. 01.) |

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (M4 dep. J.-C)

fidée terrible que ces gouverneurs ecclésiastiques qui avaient prononcé leur sentence de condamnation avaient reçu des mains de la divinité les clefs de l'enfer et du paradis. Les hérétiques, soutenus peut-être par la conscience de leurs intentions et par l'espérance flatteuse qu'ils avaient seuls découvert le véritable chemin du salut, s'efforçaient , il est vrai, derecouvrerdassleursasseoiblées séparées ces avantages spirituels et temporels qu'ils ne reliraient plus de la grande société des chrétîobs; mais tous cenx qui n'avaient succombé qu'avec peine sous les efforts du vice on de l'idolâtrie sentaient l'état d'abaissement où ils étaient tombés; et, tremblant sur leur sort, ils désiraient être rendus à la communion des fidèles.

Ali sujet du traitement qu'il fallait Infliger à ces penitens, deux sentimens opposés, l'un de justice, l'autre de compassion , divisèrent l'Église primitive. Les casuistes les plus rigides et les plus inflexibles leur refusaient; a jamais et sans exception la dernière même des places dans la communauté sainte qu'ils avaient déshonorée oit abandonnée, et, les livrant aux remords d'une conscience coupable, ilsne leur laissaient qu'on faible rayon d'espoir, en leur insinuant que la contrition de leur vie et de leur mort pourrait être acceptée par FÉtre suprême'. Mais les personsonnages les pins purs et les plus respectables de l'église chré ienne * adoptèrent une opinion plus douce dans la théorie aussi bien que dans la pratique. Les portes do la réconciliation et du ciel furent rarement fermée an pécheur touché de repentir; mais on institua une forme sévère et solennelle de discipline qui servait à expier son crime, et dont l'appareil imposant put en mente tdmps empêcher les spectateurs d'imiter son exemple. Humilié par une confession publique, macéré par les jeunes, couvert d'un sac, le pénitent se tenait prosterné à l'entrée de

i La MMlaaùU» et les NoraUen», inii tenaient à celle opinion, awc ta plus grande rigueur el la plus ferme opiniâtreté, se trouvèrent enfin eux-mêmes au nombre je» ■àratafoe) excommunies. (Voyez le savant Uosheûn, nul a tralUec sujet arcebeauconp d'étendu*, second et iroisièaar riiries.) . *

>Dff^^,J^.,ff,23;i^lCTprka,4fc^uu|ùr.

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(324 depi J:-C.)

rassembla, Là, H implorait, les larmes aux yeux , le pardon de ses offenses , el il sollicitait le» > priai» des fidèles' ; si la faute était très-grave ,■ des années, entière*, de pénitence ne paraissaient pas une satisfaction proportionnée* la justice divine. Le pécheur, l'hérétique ou l'apostat n'était admis de nouveau dans le sein de l'église, qu'après avoir passé par des épreuves lentes et pénibles. On réservait cependant la sentence d'excommunication perpétuelle pour les crimes énormes, ot surtout pour les rechutes inexcusables de ces pénitens, qui, aprèsavoir déjà éprouvé la clémence de leurs supérieurs ecclésiastiques, en avaient abusé. Lesévéques, maîtres absolus de la discipline chrétienne, l'exerçaient diversement selon lesôrconsiances du crime, ou selon le nombre des coupables. Les conciles d'Aneyre et d'Elvire furent tenus à peu près dans le môme temps, le premier en Galaiie, l'autre en Espagne; mais l'esprit de leurs canons respectifs, qui existent encore aujourd'hui, semble bien différent. Le Galate qui, après son baptême, avait plus d'une fois sacrifié aux idoles, obtenait son pardon par une pénitence de sept ans; et, s'il avait séduit quelques-uns de ses frères, on ajoutait seulement trois années de plus au terme de son exil. Le malheureux Espagnol, au contraire, qui availcommis la même offense, ne pouvait espérer de réconciliation, même a l'article de la mort. Son idolâtrie se trouve placée à la tête d'une liste de dix-sept autres crimes contre lesquels est prononcée une sentence non moins terrible. La calomnie envers unévéque, un prêtre ou même un diacre, était au nombre de ceux que rien ne pouvait expier*.

lin mélange heureux de libéralité et de rigueur, une sage dispensntion de punitions et de récompenses, conformément aux maxi-

i iCaTe.Ghnstùmism» primitif, pari, ni, f. 5. Les admirateurs de l'anliquiUJ regrettent la perte de celte penir l'jncc publique. '.

' "a Voyez dansDopiù (BiLIlnt. ecf3*.,tOIB. il, p. 3M-313) une et position courte, nuls raisonné* des canons de ces conciles qut (nrenl tenta dam le» premiers meatant do ■ tranquillité' après hpewàaitieadB DîoetttieB; Celle persécution atlitèWfciW awÉrtt^èrefnv£sp*giieq«'*i Ga- ULie: différence qui peut, en quelque tarie-, «■unuer la

mes de la politique, aussi bien que de la justice, constituaient la force de l'église sur la terre. Les évêques, dont le soin paternel s'étendait sur le gouvernement des deux mondes, sentaient l'importance de ces prérogatives; ils prétendaient n'être animés que du désir d'entretenir l'ordre et la paix; et, cachant leur ambition sous ce noble prétexte, ils souffraient avec peine qu'un rival partageât l'exercice d'une discipline s! nécessaire pour prévenir la désertion .des troupes qui s'étaient enrôlées sous la bannière de la croix, et dont le nombre devenait de jour en jour plus considérable. Les déclamations impérieuses de saint Cyprien nous porteraient naturellement à supposer qne la doctrine de l'excommunication et de la pénitence formait la partie la plus essentielle de la religion et que les disciples de Jésus-Christ couraient moins de dangers, en négligeant d'observer les devoirs de la morale, que s'ils eussent méprisé les censures et l'autorité de leurs évêques. Tantôt nous imaginerions entendre la voix de Moïse lorsqu'il commandait à la terre de s'ouvrir, et d'engloutir dans des flammes dévorantes la race impie qui résistait au sacerdoce d'Aaron; tantôt nous croirions voir un consul romain soutenant la majesté delà ré|)ubliquc,et déclarant sa résolution inflexible de faire exécuter les lois dans toute leur rigueur. « Si l'on souffre impunément

> de pareilles irrégularités (c'est ainsi que

> l'éveque de Carthage blâme la douceur de

> son collègue) c'en est fait de la vigueur épi-

> scopale ' ; c'en est fait de la puissance su- » blime et divine qui gouverne l'église ; c'en

> est fait même du christianisme. > Saint Cyprien avait renoncé à ces honneurs temporels, que probablement il n'aurait jamais obtenus; mais l'acquisition d'une autorité si absolue sur les consciences et sur les esprits d'une congrégation, tonte obscure , toute méprisable qu'elle paraît aux yeux du monde, satisfait plus véritablement l'orgueil du cœur humain, qne la possession du pouvoir le plus despotique, auquel la force des armes et le droit de conquête obligent un peuple de se soumettre.

i Saint Cypiicu, epist. 69.

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Dans le cours de cet examen important, quoique peut-être trop diffus, j'ai essaye de développer les causes secondes qui ont si efficacement assisté la vérité de la religion chrétienne. Si , parmi ces causes, uous avons aperçu quelques ornemens artificiels, quelques circon stances étrangères, ou quelque mélange d'erreur et de passion, il n'est pas étonnant que les hommes aient été si vivement affectés pardes motifs conformes à leur nature imparfaite. Un zèle exclusif, l'attente immédiate d'un autre monde, le don prétendu des miracles , la pratique d'une vertu rigide , et la constitution de l'église primitive, telles sont les causes qui ont assuré les succès du christianisme dans l'empire romain. Les chrétiens durent à la première cette valeur invincible qui dédaignait de capitûTer avec l'ennemi dont ils avaient juré la perte. Les trois suivantes fournirent à leur valeur les armes les plus formidables. La dernière enDn affermit leur courage par l'union, dirigea leurs armes, et donna à leurs efforts cette impétuosité invincible qui a souvent rendu une petite bande de volontaires désespérés et bien disciplinés victorieuse d'une ■ multitude confuse , indifférente sur l'issue d'une guerre dont elle ignore le sujet. Dans les différentes religions du polythéisme, quelques fanatiques en-ans de l'Egypte et de la Syrie, occupés à surprendre la superstition crédulede la populace, formaient peut-être leseulordrede prêtres ' qui tirassent toute leur existence, toute leur considération deféiatsaecrdotal.eiqui fussent sensiblement touchés d'un intérêt personnel pour la sûreté ou peur la prospérité de leurs divinités tutélaires. Les ministres du polythéisme, à Borne et dans les principales provinces , étaient, pour la plupart, des citoyens d'une naissance illustre et d'une fortune honnête; ils acceptaient, comme une distinction honorable, l'office de grand-prêtre dans un temple célèbre ou dans quelque sacrifice public. Souvent ils solennisaient les jeux sacrés* à leurs pro-

1 ï,e$ aruftees , les miKiirs ri les vices des prClresdela déesse syrienne sont très-agréablement décrits par Apulée, dans 1c huitième livre de ses Métamorphoses.

* L'office d'Asiarque était de cette espèce. 11 en est Tait souvent mention dam Aristide , dus les inscriptions, etc.

près dépens, et ils célébraient avec une froide indifférence les anciennes cérémonies, selon les lois et ta coutume de leur patrie. Comme ils étaient livrés aux occupations ordinaires de la vie, il arrivait rarement que l'esprit ecclésiastique ou un sentiment d'intérêt animât leur zèle et leur dévotion. Bornés à leurs villes et à. leurs temples respectifs, ils n'avaient entre eux. aucun rapport de gouvernement ou de discipline ; et ces magistrats civils, en reconnaissant la juridiction suprême du sénat , du collège des pontifes et de l'empereur, se contentaient de la tache facile qui leur avait été imposée , de maintenir la paix et la dignité du culte établi dans l'état. Nous avons déjà remarqué combien les sentimens religieuxdu polythéiste étaient variés, incertains et peu assurés ; ils étaient abandonnés presque sans réserve aux opérations naturelles de son imagination superstitieuse. Les circonstances particulières de sa situation on de sa vie déterminaient l'objet aussi bien que le, degré de' sa dévotion, et tant qu'il prostituait ainsi son encens à une foule innombrable de dieux, il était ù peine possible que son cœur put être susceptible d'une passion bien vive on bien sincère pour quelqu'une de ces divinités.

Lorsque le christianisme parut sur la terre, ces impressions faibles et imparfaites avaient été insensiblement effacées. La raison humaine qui , abandonnée sans secours à sa propre force, est incapable de concevoir les mystères de la foi, avait déjà remporté .une victoire facile sur les folies du paganisme. Quand Tertullîen ou Lactance voulurent en démontrer l'extravagance ou la fausseté , ils furent obligés d'emprunter l'éloquence de Cicéron, on la plaisanterie de Lucien. Le septicisme répandu dans ces écrits n'avait point influé seulement sur l'esprit des lecteurs; il se trouvait une infinité d'autres personnes imbues des mêmes principes. L'incrédulité

Celle dignité était annuelle et élective II n'y avait que te plus vain des citoyens qui pût désirer cet honneur, le plus opulent seul pouvait en supporter la dépense. Voyez dans les Patres apostat, (loni. u , p. 200) avec quelle indifférence Philippe l'asbrquc se conduisit dans le martyre de saint Pcljcarpe. Il y avait aussi des bith v marques , des lyciarqiies,elc.

(324 dep. I.-C.) avait 'gagné1 la plus grande partie de la société, depuis le philosophe jusqn'à l'homme livre aux plaisirs et aux affaires ; depuis le noble jusqu'au plébéien ; depuis le maître jusqu'à l'esclave domestique qui assistait a ses repas, et qui écoutait avec plaisir la conversation Libre des convives. En public, tous ces philosophes affectaient de traiter avec .vénération et avec décence les institutions religieuses de leur patrie ; mais leur mépris inté rieur perçait à travers le voile léger dont ils savaient à peine se couvrir. Le peuple même, lorsqu'il voyait ses divinités rejetées et tournées en ridicule par ceux dont il avait coutume de respecter te rang et les talens , se formait des doutes et des soupçons sur la vérité de la doctrine qu'il avait adoptée avec ta foi la plus implicite. La destruction des anciens préjugés laissa une portion très-nombreuse du genre humain dans une situation pénible et accablante. Un état de scepticisme et de suspension peut, amuser quelques spéculatifs ; mais la pratique de la superstition est si naturelle à la multitude, que. lorsque le charme est rompu, eRe regrette toujours la perte d'une illusion agréable. L'amour que les hommes ont si généralement pour le merveilleux et pour les chose» surnatureltes , la curiosité qui les porte à connaître l'avenir , leur penchant invincible à étendre leurs espérances et leurs craintes bien au-delà des bornes du monde visible, furent les principales causes qui-favorisèrent l'établissement du polythéisme, La nécessité de croire agit si fortement sur le vulgaire , que la chute d'un système de mythologie est ordinairement s ui-: vie de. l'adoption de quelque autre superstition. Des divinités fermées1 sur un modèle plus nouveau et plus conforme au goût du siècle auraient peut-être -bientôt occupé les temples abandonnés d'Apollon et de Jupiter, si, dans ce moment décisif, la sagesse de la Providence n'eut pas envoyé sur la terre une révélation pure et sainte, propre à inspirer l'estime et la conviction la plus raisonnable , et ornée en même temps de tout ce qui pouvait exciter la curiosité, l'étonnement et la vénération des peuples. Dans ta disposition où ils se trouvaient alors, dégagés presque entièrement de leurs préjugés artificiels , mais

également susceptibles et avides d'un attachement religieux, un objet bien moins digne de leur culte .aurait suffi pour remplir le vide de leur cœur et pour satisfaire l'ardeur inquiète de leurs passions. Si l'on veut suivre cette réflexion dans toute son étendue, loin de s'étonner des progrès rapides du christianisme , on sera peut-être surpris que ses succès n'aient pas encore été plus rapides et encore plus universels.

On a observé, avec vérité et avec justesse, que les conquêtes de Rome préparèrent et facilitèrent celles du christianisme. Dans le second chapitre de cet ouvrage, nous avons essaye d'expliquer comment les nations les plus civilisées de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique furent réunies sous la domination d'un seul souverain, et se trouvèrent insensiblement liées entre elles par les rapports les plus intimes des lois , des mœurs et du langage. Les Juifs de la Palestine, qui avaient attendu avec une ferme confiance un libérateur temporel, parurent si insensibles aux miracles du divin prophète, que l'on ne crut pas nécessaire de publier, ou du moins de conserver aucun Évangile hébreu '. Les bis- toircs authentiques de la vie et des actions de Jésus-Christ furent composées en grec, à une distance considérable de Jérusalem, et après que le nombre des païens convertis eut été extrêmement multiplié '. Dès que ces histoires eurent été traduites en latin, elles furent à la portée de tous les sujets de Rome, excepté seulement des paysans de la Syrie et de l'Egypte, en faveur desquels on lit dans la suite des versions particulières. Les grands chemins, qui avaient été construits pour l'usage des légions, ouvraient aux missionnaires de l'Évangile une route facile depuis Damas jusqu'à Corintbc, depuis les confins de l'Italie jusqu'aux extrémités de l'Espagne et de

'Les rires prétendaient presque unanfaneraent, mais les critiques modernes ne sont pas disposés à le croire , que saint Matthieu composa un évangile hébreu dont il ne reste que la traduction grecque. U paraît cependant dangereux de rejeter le témoignage des Pères.

J Sous les régnes de Néron et de Domilkn , et dans las villes d'Alexandrie, dTAnlioche, 4e Rome et d'Épuisé. ( Voyez Mil. Prolegomena ad Pfovum Testament, cl la grande cl belle collection donnée par le docteur Lardaer, vol. *v.)

DECADENCE DE L'EHPÏRE RtOtAIN

la Bretagne; et les conquérons spirituels ne rencontrèrent aucun de ces obstacles qui retardent ordinairement, ou qui empêchent l'introduction d'une religion étrangère dans un pays éloigné. Tout nous porte à croire que la foi avait été préchée dons chaque province et dans toutes les grandes Tilles de l'empire avant les règne» de Dioelétien.et de Constantin. Hais l'étnbGssemcrt des différentes congrégations, le nombre des fidèles qui les composaient , et leur proportion avec la multitude des idolâtres , sont maintenant ensevelis dans l'obscurité, on déguisés par la fiction et par la déclamation. Nous allons cependant rassembler les circonstances imparfaites qui nous sont parvenues touchant l'accroissement du nom chrétien en Asie et dans la Grèce, en Egypte, en Italie et dans l'Occident; nous les rapporterons sans négliger les acquisitions réelles ou imaginaires de la foi au-delà des limites de l'empire romain.

Les riches provinces qui s'étendent de l'Enpfarate a la mer d'ionie forent le principal théâtre sur lequel l'apôtre des Gentils déploya son zèle et sa piété. Les semences de l'Évangile, qu'il avait jetées dans un sol fertile, furent recueillies avec soin par ses disciples; et il parait que, durant les deux premiers siècles, ces contrées renfermaient le corps le plus considérable de chrétiens. Parmi les sociétés établies en Syrie, il n'en existait pas de plus ancienne ni déplus illustre que celle de Damas, de Berée ou Alep et d'Antioche. L'introduction de l'Apocalypse a décrit et immortalisé les sept églises de L'Asie, Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire ', Sardes, Laodicée et. Philadelphie; et leurs colonies se répandirent bientôt dans ce pays si peuplé. Dès les premiers temps, les lies de Crète et de Chypre , les provinces de Thrace et de Macédoine , avaient favorablement accueilli la nouvelle religion ; bientôt les villes de Corinlhe, de Sparte et d'Athènes* virent ■ Les alerta» ( saint ÉpipbaM.'flVt flores., 51 ) attaquaient ta vérité de l'ÀpoeaJjpse • P*ree que l'église de Thyatire n'était pu encore fondée. Saint Bpipkane , qui confient du bit , se débarrasse de la difueutté par la supposition ingéraewe «m saint Jean écrirait arec l'esprit de prophétie. ( Vorex Abaurit, discoars sur l' Apocalypse.) * Les épure» de saint Ignace tt de Henri (ap .£■«*., n,

(324 flep, J.-C.J s'élever dans leur sein des républiques chrétiennes. Comme la fondation des églises grecques et asiatiques remonte à un» époque très-reculée , elles eurent tout le temps. nécessaire pour. leur accroissement et pour leur multiplication; et mène lesessaiawdeGnosuvsaes et d'antres hérétiques qui en sor- [ tirent servent à montrer l'état florissant de l'église orthodoxe, puisque la dénoniinaiioa d'hérétique a toujours été appliquée au parti le moins nombreux. A oes témoignages rendus par les fidèles, nous pouvons ajouter l'aveu , les plaintes et les alarmes des Gentil» eux-mêmes. Lucien, écrivain philosophe qui avait étudié les hommes et qui a peint leurs moeurs avec les couleurs les plus vives, nous apprend que le Pont, sou pays natal, était rempli, sous le règne de Commode, d'épicuriens et de chrétien» ' . Quatre-vingts ansaprès ia naissance de Jésus-Christ ', l'humanité de Pline l'engage à déplorer la grandear du mal, qu'il s'est en vain efforcé de déraciner. Dans. cette lettre curieuse, adressée à l'empereur Trajan , il assure que les temples sont presque déserts, que les victimes sacrées trouvent a peine des acheteurs, et que la superstition non-seulement a infecté les villes, mais qu'elle s'est aussi répandue dans les villages et dans les campagnes du Pont et de la Bîthynie *.

Sans vouloir peser avec une exactitude scrupuleuse les expressions et les motifs des écrivains qui ont célébré on déploré les progrès du christianisme, nous observerons en général que l'on ne trouve rien dans leurs ouvrages qui puisse nous donner une idée

33) désignent an grand «ombre d'églises dans la Grèce et en Asie. Celle d'Athènes semble avoir été une de* moins florissantes.

' Lucien , ùt Jlexandro , c. 25. Le christ ranî sine te* pendant doit avoir été répandu 1res- inégalement dans le Pont .piéafQ'au milieu dn trwsieau siècle il n'y avait pas ploi de dliréept fidèles dans le diocèse étendu de Néo-Césarée. (Voyez M. de Tillisnont , Mém. ecclésiasl., ton), iv , p. 675.) Cette particularité est tirée de saint Basil* et de saint Grégoire de Nrsse, qui étaient em-mêmes natifs de

i Selon les anoiau Jésus-Christ souffrit la mort sooi le consolât des deux Génunni , en l'année 39 de notre ère. Pline (salon Pagi) Ait «Word en BnJkjsie dam l'année 110.

• Lettresde Pline, 1,97.

(3M dep.J.*C.)

par ed. cassas, m, xv.

juste du véritable nombre des fidèles de ces

provinces. Cependant' il nous est heureusement parvenu nue circonstance qui semble jeter un plusgraitd joursnr cesujet obscur, mais intéressant. Sous te règne do Thcodose, après que te christianisme eut brillé pendant plus de soixante ans de l'éclat de la faveur impériale, l'ancienne et illustre église d' Antioche consistait en cent mille habituas, dont trois mille étaient soutenus par les aumônes publiques '. La splendeur et la dignité de la reine de l'Orient, la population connue de Césarée, de Séleucie et d'Alexandrie, et la perte de 260 mille personnes qui périrent dans le tremblement de terre dont Antioche fut affligée du temps de Justin-!' Ancien * , sont autant de preuves convaincantes que cette dernière ville renfermait au moins cinq cent mille habitans, et que les chrétiens, quoique extrêmement multipliés par l'autorité et par te zèle , n'en formaient pas plus de la cinquième partie. Combien la proportion sera-t-elle différente , si l'on compare l'église persécutée avec l'église triomphante , l'Occident avec l'Orient, des villages obscur* avec des villes peuplées, et des contrées nouvellement converties avec le lieu où tes fidèles ont reçu , pour la première fois, le nom de chrétiens ! Cependant, il ne faut pas le dissimuler, saint Chrysostome, àqui nous devons la connaissance d'un bit si précieux, avance, dans an antre passage, que la multitude des fidèles surpassait même le nombre des Juifs et des païens *. Mais la solution de cette difficulté apparente est facile et se présente naturellement : l'éloquent prédicateur met en parallèle la constitution civile et ecclésiastique d' Antioche ; il oppose aux chrétiens qui ont acquis le ciel par le baptême, les citoyens qui avaient le droit de partager la libéralité publique. La première liste comprenait les esclaves , les étrangers

tSanet. Ckrytostom. opéra, tout. va,*. 668,810, Mit. Sevil.

* Jean Malala, (ML n, p. 1-14. 11 lire la même •ouestslon pat rapport A ta population d'A ntiodie.

s Sswrt Chrysostoflie , 1. 1, p. 582. Je dois ces passages, mite mu i'iwiluciinri que j'en Un, ni savant docteur Luiatt. C Credibilitjr of the Gospel hutory , val. in, p. 330.)

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