CHAPITRE XVI
Conduite du gouvernement romain euiera le* chrétien», depuia le règne de Hùron, jusqu'à celui de
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (324 dep. J.-C.J
modéré ; quels nouveaux motifs enfin les
Lorsque nous considérons la pureté de la religion chrétienne, la sainteté de sa morale, la vie innocente et austère du plus grand nombre de ceux qui, dorant les premiers siècles , embrassèrent la foi de l'Ëvangife , nous devrions naturellement supposer qu'une doctrine si bienfaisante aurait été reçue , même par un monde idolâtre, avec tout lerespect qu'elle méritait; que les personnes les plus distinguées par leurs connaissances et par la politesse de leurs mœurs auraient bien pu tourner en ridicule les miracles de la nouvelle secte, mais qu'elles en auraient estimé les vertus ; que, loin de la persécuter, les magistrats auraient protégé une classe d'hommes qui rendaient une obéissance passive aux lois, quoiqu'ils se refusassent aux soins actifs de la guerre et du gouvernement. D'un autre côté, si Ton se rappelle la tolérance universelle du polythéisme, invariablement soutenue par la croyance du peuple, par l'incrédulité des philosophes et par la politique du sénat et des empereurs romains, il est difficile de découvrir quelle nouvelle offense les chrétiens avaient commise ; quelle nouvelle injure avait aigri la douce indifférence de l'antiquité, et avait pu provoquer les princes romains, jusqu'alors insensibles a la vue de toutes les formes variées de la religion qui subsistait en paix sous leur gouvernement
' Virgile , Géorg., i , 466 ; TibuUe, 1. 1, Eleg.ï, vers. 75 ; Ovide . McUmorph., xv , 782 j Lucain , Plurale , ■ , 640. Le dernier de ces poètes place ce prodige avant la guerre
1 Voyez une lettre publique de H. Antoine, dans les •UlinuilésdeJosephe.iiv, 12- PluUrque, viede César, p. 471 ; Appien, Bel civil,, I. i? ; Dion Cassîus, 1. xiv, p. 431; Jules 0oseguc/u,c. 12& Son petit traitées! m ex- Irail de* prodiges de Tit>Live
porta tout-à-coup à infliger des chatimens cruels à quelques-uns de leurs sujets qui avaient adopté une forme singulière , mais innocente, de foi et de culte.
La politique religieuse de l'ancien monde semble avoir pris un caractère plus sévère el plus intolérant pour s'opposer aux progrès du christianisme. Quatre-vingts ans environ après la mort de Jésus-Christ , ses disciples innocens furent condamnés à mort par la sentence d'un proconsul humain et philosophe, et en vertu des lois d'un empereur distingué par la sagesse et par la justice de son administration générale. Les apologies qui furent souvent adressées aux successeurs de Trajan sont remplies des plaintes lès plus touchantes : elles peignent le sort infortuné des chrétiens , qui, obéissant aux mouvemens de leur conscience, sollicitaient la permission d'exercer librement leur religion, et qui seuls, parmi les sujets de l'empire romain , se trouvaient exclus des avantages communs de leur sage gouvernement. On a rapporté avec soin la mort de quelques martyrs éminens ; et, depuis que le christianisme a été revêtu du pouvoir suprême, les gouverneurs de l'église ne se sont pas moins appliqués à développer la cruauté de leurs adversaires idolâtres, qu'à imiter leur conduite. Notre intention, dans ce chapitre, est de séparer, s'il est possible , un petit nombre de faits authentiques et intéressans d'une masse informe de fictions et d'erreurs, et d'exposer avec ordre et avec clarté les causes , l'étendue, la durée et les circonstances les plus Importantes des persécutions qne les premiers chrétiens ont souffertes.
Opprimés par la crainte, animés par le ressentiment, et peut-être échauffés par l'enthousiasme, les sectateurs d'une religion persécutée sont rarement dans une disposition d'esprit capable d'examiner tranquillement ou d'apprécier de bonne foi les motifs do leurs ennemis, puisque ces motifs échappent souvent à l'œil pénétrant et impartial de cenx que la distance met à l'abri des flammes de la persécution. On a explique d'une manière probable la conduite des empereurs envers les premiers chrétiens ; et la raison
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(m dep..J.-C.) qui en a été donnée parait d'autant plus spécieuse, qu'elle est tirée de la nature du polythéisme. Mous avons déjà observé que l'harmonie religieuse de l'ancien monde était principalement soutenue par la déférence implicite que les nations de l'antiquité consentaient d'avoir pour leurs cérémonies et pour leurs traditions respectives. On devait donc s'attendre qu'elles s'uniraient avec une juste indignaiipn contre une secte ou un peuple qui se séparerait de la communion du genre humain, et. qui, prétendant posséder seul la science divine, traiterait orgueilleusement d'idolâtre et d'impie toute forme de culte différente du sien. Le droit de tolérance était fondé sur une indulgence mutuelle. On ne pouvait plus le réclamer, dès que Von refusait le tribut accoutumé. Comme les Juifs, etles Juifs seuls, persistèrent opiniâtrement à ne point payer ce tribut , considérons le traitement qu'ils éprouvèrent delà part des magistrats de l'empire ; un pareil examen pourra servir à expliquer jusqu'à quel point ces principes sont, justifiés par les faits ; et nous découvrirons peut-être en même temps les véritables causes de la persécution faite au christianisme.
Sans répéter ce que l'on a déjà dit de la vénération des princes et des gouverneurs romains pour le temple de Jérusalem, nous observerons seulement que la destruction du temple et de la ville fut accompagnée et suivie de toutes les circonstances capables d'aigrir l'esprit des conquérons, et d'autoriser la persécution religieuse par les argument les plus spécieux de justice, de politique et de sûreté publique. Depuis le règne de Néron jusqu'à celui d'Antonin-le-Pieux , .les Juifs montrèrent, pour la domination de Rome, une impatience qui les précipita dans de fréquentes révoltes, et qui produisît souvent les plus furieux massacres. L'humanité est révoltée au récit des cruautés horribles qu'ils commirent dans les villes d'Egypte, de Chypre et de Cyrène , où, sous le voile d'une amitié perfide, ils abusèrent de la confiance des hdbtUns ' ; et nous sommes tentés d'ap-
■ pans Cyrtne, ils massacrèrent deux cent-vingt mille Grecs , deux cent-quarante mule dans nie de Chypre, et M ■ Éfrpie une -très-grande multttede d'habiians. U
plaudir à la vengeance sévère que les armes des légions tirèrent d'une race de fanatiques qu'une superstition barbare et crédule semblait rendre les ennemis implacables, non. seulement du gouvernement de Rome, mais encore de tout le genre humain '. L'enthousiasme des Juifs avait pour base l'opinion que la loi leur défendait de payer des taxes à un maître idolâtre,- et ils avaient puisé dans leurs anciens oraeles la promesse flatteuse qu'il s'élèverait bientôt un messie conquérant, envoyé pour briser leurs chaînes, et pour donner aux favoris du ciel l'empire de la terre. Ce fut en s'anuoncant comme le libérateur si long-temps attendu, et en exhortant tous les descendant d'Abraham à soutenir l'espoir d'Israël, que le fameux Barcho* chebas trouva le moyen de rassembler une armée formidable, avec laquelle il résista pendant deux ans à la puissance de l'empereur Adrien*.
Malgré tant d'insultes réitérées , le ressentiment des princes romains ne s'étendit point au-delà de leurs victoires ; et leurs alarmes se dissipèrent avec la guerre et les dangers. L'indulgence générale du polythéisme, et la douceur naturelle d'Antonin-le-Pieux , rendirent aux Juifs leurs anciens privilèges. Ils obtinrent encore une fois la liberté de circoncire leurs enfans. On leur imposa seulement la condition facile de ne jamais conférer à un prosélyte étranger cette marque disrjnctive de la race hébraïque ". Les restes nombreux
plupart de ces malheureuses victimes furent sciées en deux, conformément a l'exemple que David avait autorisé par sa. conduite. Les Juifs rlefajrleui dévoraient les membres, léchaient le sang, et entrelaçaient les entrailles autour de leurs corps en forme de ceinture. ( Voyez Dion Cassiua ,
l.LXTltl,p. 1145.)
i Sans parler des faits bien connus rapportés par JoseptK, on peut voir dat» Dion (I. lui, p. 1162) que, durant la guerre d'Adrien, cinq cent qua Ire-vingt mil lu Juifs périrent par l'épée , outre une multitude innombrable , qui tut emportée par la lamine , par les maladies et par le feu.
î Pour la secte des Zélateurs , vovez Basnage , Hïst. des Juîfe,l. i,c. 17; pour le caractère du Messie selon les Rabbins, 1. v, en, 12, 13; pour les actions de Barchoenetas, l.vn.c. 12.
s C'est a Modestinus , jurisconsulte romain (1. vt,Xegular.) que nons devons nnccounaissancedwtlnctede l'édit. d^Aulonin. (Vorcr Casaubon Histoire Aogustine. p. 27.)
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DÉCADENGE DE
de ce peuple, quoique toujours exclus de l'enceinte de Jérusalem, eurent la permission déformer et d'entretenir des établîssemcns considérables en Italie et dans les provinces, d'acquérir le droit de bourgeoisie romaine , de jouir des honneurs municipaux, et de pouvoir en même temps êlre exempts des charges pénibles et dispendieuses de la société. La modération on le mépris des Romains donna une sanction légale à la forme d'administration ecclésiastique qui fut instituée par In secte vaincue. Le patriarche, qui avait fixé sa résidence à Tibériade, nommait les ministres et les apôtres inférieurs ; il exerçait une juridiction domestique; et ses frères dispersés lui donnaient une contribution annuelle '. De nouvelles synagogues furent souvent élevées dans les principales villes de l'empire. Enfin on observait publiquement et avec la plus grande solennité les sabbats, les jeunes et les fêtes qui avaient été ordonnés par la loi de Moïse ou prescrits par les traditions des rabbins*. Un traitement . si doux apaisa par degrés la fierté des Juifs. Us ne se laissèrent plus entraîner par de vaines prédictions; et, renonçant à toute idée de conquêtes , ils se conduisirent en sujets paisibles et industrieux. La liaine qu'ils nourrissaient contre le genre humain, au lieu de les porter à des actes de cruauté et de violence, se déploya d'une manière moins dangereuse. Us saisirent avidement toutes les occasions de tromper les idolâtres dans le commerce ; et ils prononcèrent en secret des imprécations équivoques contre le superbe royaume d'Edom *.
Puisque les Juifs, qui rejetaient avec bor-
1 Voyei Basnage, Histoire des Juifs, 1. ni, c.2,3. La dignité de patriarche fut supprimée par Tliéodose le Jeune.
î II suffit de parler du purim.ou lîle que les Juifs ataient instituée en mémoire de ce qu'ils avaient été délivrés de la rage d'Aman. Jusqu'au rigne de Théodore, ils célébrèrent cette ftle avec une joie insolente et avec une licence tumultueuse. (Basnage, lllsl. des Juifs , I. vt, e.t7;l.Iiu,C.(i).
î Selon le faut Joscpbe, Tsephon , petit-fils d'Esail, conduisit en Italie l'armée d'Ence, roi de Cannage. Une autre colonie d'Iduméens , fuyant l'épée de David , se réfugia sur les terres de Romnhis. C'est par ces raisons, ou par d'autres d'une égale force, que les Juifs ont appliqué le nom d'Edom à l'empire romain.
L'EMPIRE ROMAIN, (334 dep. J.^.)
reur les divinités- adorées par leurs souverains et par les autres sujets de l'empire , jouissaient cependant du libre exercice de leur religion insociable, il a donc existé quelque autre cause qui exposait les disciples de Jésus-Christ à des rigueurs que n'éprouvait pas la postérité d'Abraham. La différence qui se trouvait entre eux est simple et facile à saisir ; mais , aux yeux de l'antiquité, elle paraissait de la plus grande importance. Les Juifs jetaient une nation, les chrétiens une $ectc; et l'on croyait que, si tout corps politique est obligé de respecter les cérémonies de ses voisins, il est de son devoir de conserver celles de ses ancêtres. La voix des oracles, les préceptes des philosophes , et l'autorité des lois concouraient unanimement à fortifier cette obligation nationale. Les prétentions hautaines des Juifs , qui vantaient leur sainteté supérieure, pouvaient porter les polythéistes à les regarder comme une race odieuse et impure. En dédaignant de se mêler avec les autres peuples , les descendais d'Abraham pouvaient s'attirer leur mépris. Les lois de Moïse pouvaient être , pour (a plupart, frivoles ou absurdes; cependant, puisque durant plusieurs siècles elles avaient été reçues par une grande société, ceux qui les pratiquaient alléguaient pour leur justification l'exemple du genre humain ; et l'on convenait universellement qu'ils avaient le droit d'exercer un culte qu'il ne leur aurait pas été possible de négliger sans être criminels. Mais ce principe, qui devenait la sauvegarde de la synagogue des Juifs , ne pouvait servir a protéger ni à favoriser l'église primitive. Les chrétiens, en embrassant la foi de l'Évangile , étaient supposés coupables d'un crime impardonnable et inouï. Ils rompaient les liens sacrés de la coutume et de l'éducation; ils violaient les institutions religieuses de leur pays ; et ils méprisaient orgueilleusement tout ce que leurs ancêtres avaient cru comme vrai, avaient révéré comme sacré. Une pareille apostasie ( si l'on peut se servir de cette expression) ne tenait pas seulement à quelque objet ou à quelque lieu particulier: en effet, le pieux déserteur qui fuyait les temples de l'Egypte ou de la Syrie aurait également dédaigne de chercher un asile dans
(324 dop. J-0.) ceux d'Athènes oo de Caribage. Tout chrëtien rejetait avec mépris les superstitions de sa famille, de sa ville , de sa province. Le corps entier des chrétiens refusait unanimement de reconnaître les dieux de Rome , de l'empire et lie l'univers. En vain le fidèle opprimé réclamait-il les droits inaliénables que tout homme a de disposer de sa conscience et de son jugement particulier : sa situation pouvait bien exciter la pitié, mais ses argumens ne touchèrent jamais l'esprit des philosophes ou des polythéistes de l'univers païen. Ils ne concevaient pas que l'on balançât a se conformer au culte établi ; et de pareils scrupules ne leur causaient pas moins d'étounement, que si l'on eut conçu une soudaine horreur pour les moeurs, l'habillement et le langage de la pairie '.
' A ta surpris*; des païens succéda bientôt le ressentiment et les plus pieux des hommes furent ex poses aux imputations injustes, mais dangereuses de l'impiété. La malignité et le préjugé se réunirent pour représenter les chrétiens comme une société d'athées, qui avaient ose attaquer la constitution religieuse de l'empire, et dont l'audace méritait que le magistrat civil sévit contre eux selon toute la rigueur des lois. Ils s'étaient séparés (et ils se glorifiaient dans un pareil aveu) de toutes les superstitions que le génie inventif du polythéisme avait adoptées dans les différentes parties du globe; mais on ne voyait pas aussi évidemment quelle divinité ou quelle forme de culte ils avaient substitué aux dieux et aux temples de l'antiquité. L'idée pure et sublime qu'ils avaient de l'Étre-Suprôme, échappait à l'intelligence grossière du peuple. La multitude des païens ne pouvait concevoir un Dieu spirituel et unique qui n'était représenté sous aucune ligure corporelle ni sou» aucun symbole visible, et que l'on n'adorait point avec la pompe ordinaire des libations et des foies, des autels et des sacri-
i D'après les argnmeua de Obus, qui ont été exposés cl réfutés par Origine (1. v, p. 247-259), on peut apercevoir clairement la distinction qui Oit faite eulre le peuple jiiir et la secte chrétienne. Voyez dans le dialogue de Minucius Félii ( e. 5 , 6) une description exacte el assez élégante des MoUmeas du peuple , par rapport a la désertion du celte établi.
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fiées1. La raison ou la vauité engageait les sages de la Grèce et de Rome, qui avaient élevé leur esprit a la contemplation de l'existence et des attributs d'une cause première, à réserver pour eux-mêmes et pour leurs disciples choisis, le privilège de cette dévotion philosophique*. Ils étaient bien loin d'admettre les préjugés du genre humain comme la règle de la vérité; mais ils croyaient que ces préjugés tenaient à la disposition primitive de notre nature , et, selon eux, toute forme de foi et de culte qui , faite pour la peuple, prétend n'avoir pas besoin de l'assistance des sens, doit, à mesure qu'elle s'éloigne de la superstition, devenir incapable de restreindre les écarts de l'imagination et les visions du fanatisme. Le coup d'ceil d'indifférence que les gens d'esprit et les savans daignaient jeter sur la révélation chrétienne, no servait qu'à les confirmer dans leur opinion précipitée; ils se persuadaient que ce principe d'unité divine, qui aurait pu leur inspirer de la vénération, se trouvait dégradé par l'enthousiasme extravagant des nouveaux sectaires , et anéanti par leurs rêveries chimériques. Dans un célèbre dialogue attribué à Lucien , on affecte de tonrner en ridicule et de traiter avec mépris le dogme mystérieux de la Trinité, Cet ouvrage prouve combien l'auteur connaissait peu la faiblesse de la raison humaine et la nature impénétrable des perfections divines1.
■ • Cur nullas aras nabenl? templa nu lia ? nulla nota
• simulacra ?... Unde autem , Tel quis ille, aut nbi , Deus
• unicus, solitarlus, destituais ? -(Minucius Félix, e. 10). L'interlocuteur païen va jusqu'à Taire une distinction eu laveur des Julft, qui avaient autrefois un temple , des autels , des victimes , elc.
2 11 est difficile, dit Platon, de s'élever à la connaissance du vrai Dieu , et il est dangereux de publier cette découverte. Voyez la théologie des Philosophes par l'abbé d' 01 ivel dans sa traduction de la Nature des Dieui, tom.i, p. 275.
3 L'auteur de Pbilopatris parle perpétuellement des chrétiens comme d'une société d'enthousiastes visionnaires, latfuwi, <u9«p«i, m&ftCmrnt, at^C^.itit, elc.il I a un passage où il lait évidemment allusion à la vision dans laquelle saint Paul fut transporté au troisième ciel. Dans un autre endroit Tricphou qui fait le personnage d'un chrétien , après s'élre moqué des dieux du paganisme , propose uu serment mystérieux :
T'iOl tri'i'pof , niii/^i 11 «ralpof niopivIfHftv 'El Ht TfliiT, loi f» lise tpit.
Il aurait paru moins surprenant que le fondateur du christianisme eût été noa-seu* lement révéré par ses disciples comme un sage et comme un prophète , mais encore adoré comme un Dieu. Les polythéistes étaient disposés à recevoir tout article de foi qui semblait se rapprocher de la mythologie du peuple , quelque éloignée ou quelque imparfaite que fût la ressemblance. Les légendes de Bacchus, d'Hercule- et d'Escslape les avaient en quelque façon préparés à voir paraître le fils de Dien sous une forme humaine ' ; mais ils s'étonnaient que les chrétiens abandonnassent les temples de ces anciens héros, qui, dans l'enfance- du monde, avaient inventé les arts , établi des lois et vaincu les monstres, ou les tyrans delà terre, et qu'ils eussent choisipo u r l' objet exclusif de leur eu Ile religieux un prédicateur obscur qui, dans un siècle moderne et chez un peuple barbare , avait été victime de la méchanceté de ses compatriotes ou de laméfiancedu gouvernement romain. La multitude des idolâtres , sensible seulement ans avantages temporels, rejetait le présent inestimable de la vie et de l'immortalité que Jésus de Nazareth offrait au genre humain. Ces hommes charnels le voyaient sans renommée, sans empire , sans succès, et ils ne pensaient pas que de pareilles privations fussent compensées par sa constance et par sa douceur au milieu des maux cruels qu'il avait soufferts volontairement, parsa bienveillance universelle, et par la simplicité sublime de ses actions et de son caractère; et tandis qu'ils refusaient de reconnaître son triomphe étonnant sur les puissances des ténèbres et du tombeau , ils représentaient avec de fausses couleurs, ou avec dérision, la naissance équivoque, la vie errante et la mort ignominieuse du divin auteur de la vraie religion *.
a^V1" f" Arrive (telle est b réponse profane de
Critias)xu tfuttimfA/tiilniii; vu tiim ykf tj fjytit tr *»M, t,.« t.!
< Selon saint Justin le martyr (Jpolog. major, c. 70-85), le démon, qui avait acquis quelque connais* sanee imparfaite des prophéties , se serait à dessein revêtu de cette ressemblance, qui pouvait empêcher , quoique par des moyens différons, et le peuple et les philosophes d'embrasser la foi de Jésus- -Christ .
» Dans le premier et dans le second tfrre d'OrigÈne ,
{334 dep. J.-C.) Un chrétien , en préférant ainsi ses sentimens particuliers à la religion nationale, commettait un crime personnel, qu'aggravaient l'uniou et le nombre des coupables. On sait, et nous avons déjà dit, que toute association entre les sujets de l'empire alarmait la politique de Rome : toujours déliante , toujours prête a concevoir de la jalousie, elle n'accordait qu'avec la plus-grande réserve des privilèges aux sociétés particulières , même à celles qui avaient été formées dans les vues les moins nuisibles et les. plus avantageuses '.. Les assemblées religieuses des chrétiens, qui s'étaient séparés du culte public, parurent bien moins innocentes. Illégales dans leur principe, elles pouvaient avoir des suites très-dangereuses; et les empereurs ue croyaient pas violer les lois de la justice, lorsque, dans la vue d'entretenir la paix de l'état, ils défendaient ces assemblées secrètes, et quelquefois nocturnes*. La pieuse désobéissance des chrétiens faisait paraître leur conduite, et peut-être leurs desseins, sous un jour beaucoup plus sérieux et bien plus criminel. Les souverains de Rome, qu'une prompte soumission aurait pu désarmer, crurent leur honneur intéressé à l'exécution de leurs ordres; et ils essayèrent plus d'une fois de subjuguer , par des chaiitnens rigoureux , cet esprit indépendant qui reconnaissait hautement une autorité supérieure à celle du magistrat. L'étendue et la durée de cette conspiration spirituelle semblait la rendre de jour en jour plus digne d'attirer les regards du prince. Nous avons déjà remarqué que le zèle actif et triomphant des chrétiens s'était insensiblement répandu dans toutes les provinces et dans presque toutes les villes de
Ceisus parie, avec l'irrévérence la plus impie, de la naissance et du caractère de notre Sauveur. L'orateur Libanius loue Porphyre et Julien de ce qu'ils ont réfuté les extravagances d'une secte qui donnait , a un homme mort de la Palestine , les noms de Dieu et de Ois de Dieu. (Socrate , Hist. Ecclésiast. , m , 23.)
i Trajan refusa d'établir a Nicomédie une communautéde cent cinquante pompiers pour l'nsage de la ville. Ce prince avait de la répugnànee pour touteespece d'association. Lettres de Pline, x , 42, 43.
1 Pline, étant proconsul, avait publié uu édit générer contre les assemblées Illégitimes. La prudence engagea les chrétiens i suspendre leurs agapes ; nuit il ne leur était pas possible d'interrompre l'exercice du colle public
(324 dep. J.-C.) fempire. Les nouveaux convertis paraissaient renoncer à leur patrie et à leur famille, afin de s'unir par des liens indissolubles à un corps particulier qui prenait partout un caractère différent de celui du genre humain. Leur aspect sombre et austère, leur horreur pour les affaires et pour les plaisirs de la vie, leurs prédictions fréquentes des calamités qui menaçaient l'univers ', causaient la plus vive inquiétude ; les païens craignaient qu'il ne s'élevât du sein de la nouvelle secte quelque danger d'autant plus alarmant, qu'elle était plus obscure. < Quelle que puisse être leur con- > duite , dit Pline en parlant des chrétiens , t leur opiniâtreté inflexible parait mériter » d'être punie ', »
Les précautions avec lesquelles les disciples de Jésus-Christ remplissaient les devoirs de la religion avaient d'abord été dictées par la nécessité et par la crainte ; ce fut ensuite par choix qu'ils les employèrent. En imitant le secret auguste qui régnait dans les mystères d'Eleusis , les fidèles se flattèrent de rendre leurs institutions sacrées plus respectables aux yeux du monde païen *. Mais l'événement, comme il est souvent arrivé dans les opérations d'une politique subtile, trompa leurs vœux et leur attente. Ou conclut qu'ils cachaient seulement ce qu'ils auraient rougi de montrer. Leur fausse prudence donna lieu à des contes horribles, inventés par la malignité , et que la crédulité soupçonneuse s'empressa d'adopter. On peignait les chrétiens comme les plus scélérats de tous les nommes, qui pratiquaient, dans leursombres retraites, toutes les abominations que pent enfanter an esprit corrompu, et qui, pour obtenir la faveur de leur Dieu inconnu, sacri-
■ Conune les prophéties concernant rAnte-Chrisl,la toaflagralion prochaine, etc., irritaient les païens qu'elles ne eeuverUsuieul pas, le* fidèles n'eu parlaient qu'avec précaution et avec réserve ; et les œonlanistes Turent blâmés pour avoir divulgué trop librement ce dangereux secret. (V.Mosbeim, p.413.)
1 Ntque enim dubilabam, (telles sont les expressions de Pliue) guodeumque met quod fatereatur, ptrviear.iam ccrlè et inflaeibUcm gbstùuttwnem debere punui.
3 Voyea l'Histoire Ecclésiastique deMosbeim, vuL i, (*- toi, et Spenheini, remarques sur les Césars de Julien p. «6, etc.
fiaient toutes les vertus morales. Plusieurs même prétendaient déclarer ou rapporter les cérémonies de cette secte abhorrée. < Un en-
> fant nouveau-né, entièrement couvert de ■ farine est présenté , disaient-Us, comme
> quelque symbole mystique d'initiation , au
> couteau du prosélyte qui, sans connaître la » malheureuse victime de sou erreur, lui i porte un grand nombre de blessures secrètes
> et mortelles. Aussitôt que le crime est
> consommé, les sectaires boivent le sang, i et dans leurs transports furieux ils déchi- » rent les membres palpitans. Tous égale-
> ment coupables du même forfait, ils s'enga-
> gent mutuellement à un secret éternel. A
• ce sacrifice inhumain, > ajoutait-on avec la même assurance, • succède un festin digne » de cette horrible scène, et dans lequel l'iii-
> tempérance excite la débauche la plus ré- » voltante. Au moment désigné, les lumiè-
> res sont tout-à-coup éteintes ; la bonté est
• bannie, la nature oubliée ; et selon les effets
> du hasard, les ténèbres de la nuit sont t souillées par le commerce incestueux des i frères et des sœurs, des mères et de leurs . fils \ >
Mais la lecture des anciennes apologies ne laissera pas même le plus léger soupçon dans l'esprit d'un adversaire de bonne foi. Les chrétiens , avec la sécurité intrépide de l'innocence , appelaient de ces bruits vagues et populaires a l'équité des magistrats. Us avouaient que, si l'on peut prouverleB crimes qni leur sont imputes par la calomnie , ils méritent tes plus sévères punitions. Ils provoquent le châtiment, ils défient la preuve. Ils avancent en même temps, avec autant de raison que de vérité, que l'accusation n'est pas moins dépourvue de probabilité qne dénuée d'évidence. Us insistent sur la sainteté et sur la pureté de l'Évangile , qui souvent met un frein aux plaisirs les plus légitimes, t Peut-on croire sérieusement, s'écrient-ils, < que ces divins préceptes ordonnent la prati-
l Voyez saint Justin le marlyr ,Apo]og. î, 35. 11,14; Alnenagoras, in^a(i'o/i.,c.'27;ïertuliieE,Apolog.c. î, 8, 9 -, Miiwcius Félix, c. 9, 10, 30, 31. Le dernier de ces écrivains rapporte l'accusatiou d'une manière Iresélégante el très-r-Jr, onstancitic. La réponse de Tertuliieu est la plu» hardie et la plus vigoureuse.
(324dep.J.-C.)
qucdes crimes les plusatroces; qu'une grande société consente û se déshonorer aux yeux de ses propres membres , et qu'une foule de personnes de tout état, de tout âge, de tout sexe, devenues tout-ù-coup insensibles à la crainte de la mort ou de l'infamie, osent violer ces principes que la nature et que l'éducation ont imprimés si profondément dans leurs urnes'?' Il cùl été impossible de répondre à celte justification , et rien ne pouvait en affaiblir la force ou en détruire l'effet, que la conduite peu judicieuse des apologistes eux-mêmes , qui trahissaient la cause commune de la religion pour satisfaire leur haine contre les ennemis domestiques de l'église. Tantôt ils insinuaient faiblement , tantôt ils soutenaient à haute voix que les Marcioniles, les Carpocratiens et les autres sectes de Gnostiqucs, célébraient réellement les mêmes sacrifices sanglons, les mêmes fêtes incestueuses, si faussement attribués aux vrais fidèles ; cependant tous ces hérésiarques, quoiqu'égarés dans les sentiers de l'erreur, pensaient toujours en hommes , et se gouvernaient selon les préceptes du christianisme '. Les schismatîques faisaient retomber de pareilles accusations sur l'église dont ifs avaient abandonné la communion1; et l'on reconnaissait de tous côtés que la licence la plus scanda-
1 Dans la persécution de Lyon, quelques esclaves païens furent forcés, par la crainte de la torture, d'accuser leurs maîtres chrétiens, tes fidèles de l'église de Lyon, en écrivant a leurs frères d'Asie, parlent de ces horribles accusations, avec toute l'indignation et tout le mépris qu'elles méritent (Eusebe, Hisi. Ecclés.V.i).
ïVoyezsainl Justin te martyr, ^pol. i, 35; saint Irénée, advers. Barres. î, 24; Clément d'Alexandrie, Stromat.l. tu, p. 438; EUHbé, if, 8. Nous serions forcés d'entrer dans des détails ennuyeux et dégoUlans , si nous voulions rapporter tout ce que les écrivains des temps suivans ont imaginé, tout ceçue saint Epiphane a adopté, tout ce que H. de Tillemont a copié. H. de Beansobre ( Hisl. du Manichéisme, I. ii, c. 8, 9) a exposé avec beaucoup de force les moyens détournés et artifleieui qu'ont employés saint Augustin et le pape Léon I.
'Lorsque Tertullien devint montaniste, il diffama la morale de l'église, qu'il avait si courageusement défendue. » Sed majoris est Agape , quia per hanc adolescentes * lui enm sororibus dormiunt , appendices scilicet gulx ■ tasrivia et luiuria. » De Jejuniù, e. 17. Le trentecinquième canon du concile d'Bvîre prend des mesures contre les scandales qui souillaient trop souvent les veUtes
le régi
lense régnait parmi un grand nombre de ceux qui affectaient: le nom de chrétiens. Un magistrat idolâtre, qui n'avait ni le loisir ni le talent nécessaires pour discerner la nuance presque imperceptible entre la foi orthodoxe et la dépravation hérétique, pouvait aisément imaginer qu'uneanimosité mutuelle leuravaït arraché l'aveu d'un crime commun. Heureusement pourle repos , ou du moins pour l'honneur des premiers fidèles, les magistrats se conduisirent quelquefois avec une prudence et. une modération rarement compatibles avec le zèle religieux; et le résultat impartial de leurs recherches fut que les sectaires qui avaient abandonné le culte établi, leur paraissaient sincères dans lear croyance et irréprochables dans leurs mœurs, quoique d' un autre coté, par l'excès et par l'absurdité de leur superstition, ils pussent encourir toute la rigueur des lois '.
L'histoire, qui entreprend de rapporter les événemens passés pour l'instruction des siècles futurs, serait indigne de cet emploi honorable, si elle s'abaissait à plaider la canse des tyrans ou à justifier les maximes de la persécution. Cependant, il faut l'avouer, la conduite des empereurs qui parurent les moins favorables à l'église primitive, n'est certainement pas aussi criminelle que celle des souverains modernes qui ont employé l'arme de la terreur et de la violence contre les opinions religieuses d'une panie de leurs sujets. Un Charles-Quint ou un Louis XIV pouvaient puiser dans leurs réflexions, ou même dans leur propre cœur , une juste idée des droits de la conscience , de l'obligation de la foi et de l'innocence de l'erreur; mais les princes et les magistrats de l'ancienne Home ne connaissaient point les principes qui inspiraient et qui autorisaient l'opiniâtreté inflexible des chrétiens dans la cause de la vérité; et ils n'apercevaient en eux-mêmes aucun motif qui les eût portés à refuser une soumission légale, et pour ainsi dire naturelle , aux institutions sacréesdcla patrie. La même raison qui rend leur conduite moins odieuse , contribua, selon tontes les apparences, à ralentir
Tertullien (Apmogét., c. 2) s'étend sur ce lémoi-
. des incrédules.
et qui déshonoraient le nom chrétien suivrai gnage puhlic et honorable de Pline avec beaucoup de
a et avec quelque déclamation.
(3M dep. J.-C.) la rigueur de leurs persécutions. Comme ils liaient animés, non par le zèle furieux des dévoTs, mais par la politique modérée des législateurs, le mépris dut souvent relâcher, et riiumanité suspendre l'exécution des lois qu'ils avaient établies contre les disciples humbles et obscurs de Jésus-Christ. Si l'on considère en général le caractère et les motifs des empereurs, on conclura naturellement : 1° qu'il dut s'écouler un temps considérable avant que la nouvelle secte leur parut un objet digne de l'attention du gouvernement ; 2° qu'ils agirent avec précaution et avec répugnance, quand il fut question de condamner ceux de leurs sujets qui avaient été accusés d'un crime si extraordinaire ; 3° qu'ils furent modérés en infligeant des punitions; 4° que l'église goûta plusieurs intervalles de paix et de tranquillité. Quoique les auteurs païens, qui ont traité l'histoire de leurs temps avec le plus d'étendue et avec les plus grands détails , aient montré une extrême indifférence pour les affaires des chrétiens ', nous pouvons encore appuyer chacune de ces suppositions probables par des faits authentiques.
I. La sagesse de la providence jeta sur le berceau de l'église un voile mystérieux, qui servil non-seulement à défendreles chrétiens de la malignité d'un monde idolâtre, mais encore a les dérober aux yeux des profanes, jusqu'à ce qu'ils eussent été multipliés, et que leur foi fût parvenue à sa maturité. Les cérémonies de Moïse ne furent abolies que lentement cl par degrés. Tant qu'elles subsistèrent, lescliréliens trouvèrent un moyen sûr et innocent d'échapper aux regards de leurs ennemis. Les plus anciens prosélytes de l'Évangile, presque tous de la race d' Abraham, étaient distingués par la marque particulière de la circoncision. Ils offrirent leurs vœux dans le temple de Jérusalem , jusqu'à la ruine totale de cette ville; et ils reçurent alors la loi et les écrits des prophètes comme les inspirations véritables de la divinité. Les païens
■ Dans les mélanges qui forment la compilation connue sous le nom de l'Histoire Augnstuie, dont une partie lut composée sous le règne <le Constantin , on ne trouve pas six lignes qui regardent les chrétiens, tt le minutieux Xipnilin n'a point découvert leur nom dans la grande histoire de Dion Cusiiut.
convertis, qui , par une adoption spirituelle, avaient été associés à l'espérance d'Israël, furent aussi confondus avec les Juifs ' ; et comme les polythéistes faisaient moins d'attention aux articles de foi qu'au culte extérieur, la nouvelle secte, qui cachait avec soin, ouqui n'annonçaitque faiblement sagrandeur et son ambition futures , profita de la tolérance universelle que les Romains accordaient depuis long-temps à un peuple ancien et célèbre de leur empire. Peut-être les Juifs, plus jaloux de leur foi et animés d'un zèle plus violent, ne tardérent-ils pas à s'apercevoir que leurs frères nazaréens se séparaient de plus en plus de ta synagogue. Ils auraient voton tiers éteint cette hérésie dangereuse dans le sang de ceux qui l'avaient embrassée; mais les décrets du ciel avaient déjà désarmé leur haine; on leur avait enlevé l'administration de la justice criminelle; et, quoiqu'ils se portassent quelquefois à la sédition, il ne leur était pas facile d'inspirer à l'esprit calme d'un magistrat romain l'aigreur de leur zèle et de leurs préjugés. Les gouverneurs des provinces prêtaient l'oreille à toutes tes accusations qui pouvaient concerner la sûreté publique; mais dès qu'ils eurent appris qu'il s'agissait de mots , non de faits , et que l'on disputait seulement sur l'interprétation des lois et des prophéties juives, une discussion sérieuse des différences obscures qui pouvaient s'élever au milieu d'un peuple barbare et superstitieux leur parut indigne de la majesté de Rome. L'ignorance et le mépris protégèrent l'innocence des premiers chrétiens; et le tribunal des magistrats idolâtres devint souvent leur asile le plus assuré contre la fureur do la synagogue *. Si nous adoptions les traditions d'une antiquité trop crédule, nous pourrions rapporter les longs voyages, les aventures merveilleuses et les différens genres de mort des douze apôtres ; mais des recherches plus exactes nous engagent à douter qu'il ait
' Un passage obscur de Suétone (vie de Claude, c 25. ) pourrait prouver combien les Juils et les chrétiens de Rome étaient singulièrement confondus les uns avec les «Diras,
3 Yoyex, dans le dix-huitième et dans le vingt-cinquième chapitre des Actes des apôtres , la conduite de Callion, proconsul d'Adulé , et celle de Fcstut, procurateur de la Judée.
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jamais été permis anx personnes qui avaient vu les miracles de Jésus-Christ d'aller hors de la Palestine sceller, de leur sang la vérité de leur témoignage1. Sil'on considère le terme ordinaire de la vie humaine, on présumera naturellement que la plupart n'existaient plus lors de la guerre furieuse allumée par le mécontentement des Juifs , et qui ne fut terminée que par la ruine de Jérusalem. Durant le long intervalle qui s'écoula entre la mort de Jésus-Christ et cette rébellion mémorable, nous ne découvrons aucune trace de l'intolérance des Romains , si ce n'est dans cette persécution subite, momentanée, mais cruelle, de Néron , que souffrirent les chrétiens de Rome, trente-cinq ans après le premier de ces grands évéaetnens, et deux ans seulement avant le second. Le caractère de l'historien philosophe qui nous a transmis la connaissance de ce fait singulier, suffirait seul pour le rendre digne de toute notre attention.
Dans la dixième annéedu règne de Néron, le fen ravagea la capitale de l'empire avec une fureur don t il n'y avait point encore eu d'exemple *. Les monumens des arts de la Grèce et des exploits du peuple romain , les trophées des guerres puniques et les dépouilles de la Gaole, les temples les plus sacrés et les plus superbes palais furent enveloppés dans une destruction commune. Des quatorze quartiers dans lesquels Rome était divisée, quatre seulement restèrent entiers; trois furent détruits de fond en comble; et les sept autres , qui avaient été en proie aux flammes , ne présentèrent qu'un triste spectacle de ruine et de désolation. La vigilance du gouvernement semble n'avoir négligé aucun des moyens qui pouvaient apporter quelque consolation au milieu d'une calamité si terrible. Les jardins du prince furent ouverts à la multitude in-
r Du temps de TertuHien et de saint Clément d'Alexandrie la couronne du martyre était donnée seule meut a saint Pierre, a saint Paul et a saint Jacques. Dans la suite , tes Grecs l'accordèrent Insensiblement a tous les autres apôtres ; et l'on choisit prudemment pour le théâtre de leurs prédications et de leurs soulTrances , quelque contrée éloignée, située au-delà des limites de l'empire romain. { Voyez Mnsheim , p. 81 , et Tillemonl, Mémoir. Ecclésiast. , loin, i, part. 3. )
i Tacite , Annal, xx , 38-44 ; Suétone , vie de Néron, e. 38; Dion Cassios , 1. lxii, p. 1014 ; Orase , vu , 7.
(U4 dep. 1.41} fortunée ; des batimens construits à la bftte lui servirent d'asile, et l'on distribua en abondance du blé et des provisions à un prix trèsmodéré ' . Il parait que la police -la plus sage dicta les édîts qui réglaient la disposition des rues et la construction des maisons particulières; et, comme il arrive ordinairement dans un siècle de prospérité , l'incendie de Rome produisit en peu d'années une nouvelle ville, plus régulière et plus belle que la première. Hais toute la prudence de Néron, et toute l'humanité qu'il affecta , ne purent le mettre à l'abri du soupçon public : il n'était point de crime que l'on ne put imputer à l'assassin de sa femme et de sa mère; et le prince qui avait prostitué sa personne et sa dignité sur le théâtre, paraissait capable de la folie la plus extravagante. On accusait hautement l'empereur d'avoir mis le feu -à sa capitale ; et comme les histoires les plus incroyables sont celles qui conviennent le mieux à un peuple en fureur, on avançait sérieusement, et on croyait avec une ferme assurance, que Néron, jouissant d'un désastre qu'il avait causé, s'amusait dans ce moment cruel à chanter sur sa lyre la destruction de l'ancienne Troie *. Pour détourner un soupçon que toute la puissance du despotisme n'aurait point été en état d'étouffer, l'empereur prit le parti de substituer à sa place de prétendus criminels. < Dans cette vue, continue Tacite, il fit périr,
> par les plus cruels supplices , des hommes
> détestés à cause de leurs infamies, nommés
> vulgairement chrétiens. Christ, de qui vient
> leur nom , avait été puni de mort sous Tî-
> bère par l'intendant Ponce-Pilate *. Cette
| Le prit du blé (probablement du modius) fut réduit a tenu nummi; ce qui pourrait faire environ quarante-deut suui le boisseau.
* Nous pouvons remarquer que Tacite parie de ce bruit arec une défiance et une hésitation Ires-convenables. Suétoae, au contraire, s'empresse de le rapporter; et Dion le confirme solennellement.
3 Ce téinoigiinge est seul suffisant pour montrer l'anachronisme des Juifs qui placent près d'un siècle trop lot la naissance de Jésus-Christ (Basnsge, Hist. des Juifs, ]. t, c. 14, 15). Josépbe nous apprend (Antiquités, mu, 3) que Ponee-Pilale fut procurateur de la Judée dans les dix dernières années de Tibère. A. D. 27-37. Pour ce qui est du temps particulier de la mort de Jésus Christ, une très-ancienne tradition la fixe au 35 mars de l'année 39, sous le consulat des deux Geminus. (Tertulllen, a4vers.
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(IM (lep. J.-C.)
> pernicieuse superstition , réprimée pour an i temps, reprenait vigueur , non seulement «dans la Judée, source du mit), mais à
• Rome, «ù vient aboutir et se multiplier tout
> ce que les passions inventent d'ailleurs d'in-
• fume et ii« cruel. On arrêta d'abord des gens
> qui s'avouaient coupables, et sur leur déi position, une multitude de chrétiens, que
• l'on convainquit moins d'avoir brûlé Rome,
> que de haïr le genre humain1. On joignit les
• insultes aux supplices : les uns , enveloppés
• de peaux de bêles féroces, furent dévorés
• par des chiens ; d'autres attachés en croix;
> plusieurs brûlés vifs: on allumait leurs corps,
• sur le déclin du jonr, pour servir de Dam-
> beaux. Néron prêta ses jardins à ce speci tacle, auquel il ajouta les jeux du cirque ,
> mêlé parmi la populace en habit de cocher, » ou conduisant lui-même un char. Ainsi ,
• quoique les chrétiens fussent des scélérats i dignes des plus rigoureux chatimens, on
• ne pouvait s'empêcher de les plaindre.,
• parce qu'ils n'étaient pas immolés à l'utilité
> publique , mais a la cruauté d'un seul*. • Ceux qui contemplent «Tira oeil curieux les révolutions du genre humain peuvent remarquer que les jardins etle cirque de Néron sur le Vatican, qui furent arrosés du sang des premiers chrétiens, sont devenus bien plus fameux par te triomphe de la religion persécutée, et par l'abus qu'elle a fait de ses vic-
Jadeeot., c, 8.) Celle date, qui est adoptée par Pagi, le cardinal S'orris et l£ Clerc, semble au moins aussi probable que l'ère vulgaire que l'on place (par je ne sais quelles conjectures) quatre années plus tard.
' Odlo humant generit convicti. Ces mots peuvent signifier ou la haine du genre humain conlre les clrrrtieiu, on la haine des chrétiens contre le genre humain. J'ai préféré le dernier uns , comme le plus conforme an slvle de Taùtte et à l'erreur populaire , dont un précepte de l'Evangile (Votez saint Luc, Itv, 26) aTait peut-are été l 'occasion innocente. Mon interprétation est justifiée par l'autorité de Jusle-Lipse ; des traducteurs de Tacite italiens , français et anglais; de Moshdm (p. 102); de Le Clerc (Htot.eccléslast.; 427); du docteur Lardner (Témoignages, tuI. i, 345); et de l'érèque deGlOucesUr (Divine légation , vol. m , p. 38.) Hais comme le mot convicti ne se Joint pu tort bien arec le reste de la phrase , Jacques Gronovius a préféré de lire eonjtmeti; ce qui est autorisé par le précien manuscrit de Florence.
ïTaeile, Annal, it, 44. La traduction atdupère DotteviUe.
toires. Sur le même terrain ' , les pontifes chrétiens ont élevé, dans la suite, un temple qui surpasse de beaucoup les antiques monumens de la gloire du Capitole. Ce sont eux qui , tirant d'un humble pêcheur de Galilée leurs prétentions à la monarchie universelle, ont succédé au trône des césars; et qui , après avoir donné des lois aux conquérans barbares de Rome , ont étendu leur juridiction spirituelle, depuis les cotes de la mer Glaciale jusqu'aux rivages de l'océan Pacifique.
Avant de perdre entièrement de vue la persécution de Héron, nous croyons devoir ajouter un petit nombre de remarques qui pourront servir à lever les difficultés dont est rempli le récit de cet événement, et à jeter quelque lumière sur l'histoire postérieure de l'église.
1° Le scepticisme le plus hardi est forcé de respecter la vérité et l'intégrité de ce passage célèbre de Tacite. La vérité en est attestée par le témoignage de Suétone. Cet auteur exact et soignenx parle des chatimens que Néron décerna contre les chrétiens , secte d'hommes qui avaient embrassé une superstition nouvelle et malfaisante *. La pureté du texte de Tacite se trouve garantie par la conformité des plus anciens manuscrits, par le caractère inimitable de ce grand écrivain, par sa réputation, qui préserva ses ouvrages des interpolations d'une pieuse fraude, et par la substance de sa narration , où il accuse les chrétiens des crimes les plus atroces , sans donner à entendre que le don des miracles, on même l'art de la magie, les élevât au-dessus des autres hommes ".
f Nardini , Roma antiea , p. 387 ; Dunalus , de Romd antique, I. m, p. 449.
» Suétone, fiode Néron, c. 16. Quelque* ingénieux commentateurs oh rendu l'epilhete de malefioa par magique; mais Hosheim la regarde seulement, a bien plus juste litre , comme synonyme du mot de Tacite exitiabUii.
s lapassage concernant Jésus-Christ, qui fut inséré dans le t cita de Joséphe entre le temps d'Origène et celui d'Eusèbe, peut fournir uu exemple de falsification peu commune. L'accomplissement des prophéties, tes vertus de Jésus-Christ, ses miracles et sa résurrection sont distinctement rapportés. Josepbe reconnaît qu'il était le Messie ; et il ne sait s'il doit l'appeler un homme. S'il pouvait rester encore quelque doute sur ce célèbre passage , le lecteur peut examiner les objections frappantes do Le Févre (Havercamp.,Joféphe,lom.n. p. 267-273), les savante ré-
2° .Quoique vraisemblablement Tacite fût né quelques années avant l'incendie de Rome ' , il ne pouvait connaître que par la lecture, et par la conversation un fait arrivé dans sou enfance. Avantde se montrer un public, il attendit tranquillement que son génie fût parvenu à toute sa maturité ; et il avait plus de quarante ans, lorsqu'un tendre respect pour la mémoire du vertueux Agricola lui dicta la première de ces productions historiques qui feront les délices et l'instruction de la postérité la plus reculée. Dus qu'il eut essayé ses forces dans la vie de son beau-père et dans la description de la Germanie, il conçut etil exécuta enfin un ouvrage plus difficile, l'histoire de Home en trente livres, depuis la chute de Néron jusqu'à l'avéncmcnt de Nerva : l'administration du dernier de ces princes ramenait un âge dejustice et de prospérité, dont Tacite réservait le tableau pour l'occupation de sa vieillesse *. Mais lorsqu'il eut envisagé son sujet de plus près, jugeant peut-être qu'il était à la fois plus honorable et moins dangereux de décrire les vices des tyrans qui n'existaient plus, que.de célébrer les vertus d'un prince vivant, il aima mieux rapporter en forme d'annales les actions des quatre premiers successeurs d'Auguste. Rassembler les événement qui se sont passés durant une période de quatre-vingts ans, les disposer, les peindre dans un ouvrage immortel, dont chaque sentence renferme les observations les plus prorondes et les images les plus brillantes, c'était une entreprise qui devait suffire pour exercer le génie de Tacite lui-même, pendant la plus grande partie de sa vie. Dans les dernières années du règne de Trajan, tandis que le monarque victorieux étendait la puissance de Rome au-delà de ses anciennes limites, l'historien décrivait, dans
ponses de Daubuz (p. 187-232), et l'excellente réplique (Bibliothèque ancien, et mou*, tom. tu, p. 237-288) d'un critique anonyme, qui est , je crois, le savant abbé de Longue rue.
I Voyez la vie de Tacite par Juslc-lipse et par l'abbé de la Blellerie, te diction, de Bayle à l'article Tacite , et la Bibliothèque latine de Fabricius, lom. h, p. 386, édJL Ernest.
i • Principe lu ni Dm Nerra et imperium Trajani, ube- • riorem securlo/emqueinateriain senceluli seposui. • Tacite, tlisl. i.
{324 dep. J.-C)
le second et dans le quatrième livre, de ses annales, la tyrannie de Tibère ' ; et l'empereur Adrien monta probablement sur le trône, avant que Tacite , selon la marche de son ouvrage , pût parler de l'incendie de Rome, et de la cruauté de Néron envers les malheureux chrétiens. A soixante ans de distance, l'annaliste se trouvait forcé d'adopter les relations des contemporains ; mais le philosophe, en exposant l'origine, .les progrès et le caractère do la nouvelle secto, devait naturellement se conformer moins aux idées du siècle de Néron, qu'aux notions ou aux préjugés du temps d'Adrien. 3° Tacite laisse très-souvent à la curiosité ou à la pénétration du lecteur, le soin de suppléer à ses pensées, et à ces circonstances intermédiaires que, dans son style concis, il juge à propos de supprimer. H nous est donc permis d'imaginer quelque cause probable, qui ait produit l'animosité de Néron contre les chrétiens, que leur obscurité et leur innocence semblaient devoir mettre à l'abri de. son indignation, et même soustraire à ses regards. Les Juifs qui, opprimés dans leur propre patrie, formaient tin peuple nombreux au. milieu de la capitale, paraissaient bien plus exposés aux soupçons de l'empereur et do ses sujets. On pouvait croire qu'une nation vaincue, déjà connue par son horreur pour le joug romain, avait eu recours a ce moyen atroce dans la vue de satisfaire sa vengeance implacable. Mais les Juifs avaient de puissans défenseurs dans le palais , et même dans le cœur du tyran. La belle Poppée , sa femme et sa maltresse , et un comédien de la race d'Abraham, qui avait gagné sa faveur, avaient déjà intercédé pour des sujets persécutés *. Il fallait offrir en leur place d'autres victimes; et l'on pouvait facilement insinuer que l'Incendie de Rome ne devait pas être attribué aux véritables israélites, mais qu'il s'était élevé parmi eux une secte nouvelle et dangereuse de Galiléem , capables des crimes les plus horribles. Sons le nom de Galiléem, on
1 Voyez Tacite , Annal, n ; Ct , tv , 4.
i Le nom du comédien était Alilurus. C'était par le même canal qu'environ deux ans auparavant, Josèphe {lie v'da sua, c. 3) avait obtenu le pardon et la liberté de quelques prêtres juifs qui étalent prisonniers a Home.
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(324 dop. J.-C.) confondait deux classes d'hommes bien différentes et entièrement opposées l'une à l'autre dans leurs mœurs et dans leurs principes :
; les disciples qui avaient embrassé la foi de Jésus de Nazareth ', et les enthousiastes qui
! avaient suivi l'étendard de Judas le Gaiilonite *. Les premiers étaient les amis, les autres les ennemis du genre humain ; et s'il se trouvait entre eux quelque ressemblance,' elle consistait dans là même constance opiniâtre, qui les rendait insensibles aux supplices et à la mort, quand il s'agissait de défendre leur cause. Les partisans de Judas, qui avaient soufflé le feu de la rébellion parmi leurscompatriotes, furent bientôt ensevelis sous les ruines de Jérusalem, tandis que les disciples de Jésus-Christ, après avoir reçu le nom plus célèbre de chrétiens, se répandirent dans toutes les parties de l'empire. Quoi de plus naturel que du temps d'Adrien Tacite ait rapporté exclusivement à ces mêmes chrétiens un crime et une punition qu'il aurait pu attribuer, avec bien plus de vérité et de justice, à une secte dont la mémoire odieuse avait été presque anéantie? 4° Quelque opinion que l'on puisse se former de celte conjecture (car nous ne donnons que comme une conjecture ce que nous venons d'avancer) , il est évident que la cause et les effets de la persécution de Néron ne s'étendirent pas andela de l'enceinte de Rome '. Les dogmes religieux des Galiléens ou des chrétiens ne furent alors ni punis ni même recherchés. Et comme l'idée de leurs souffrances se trouva
■ Le savant docteur Lardner (Témoignages juifs et païens, vêt. it, 102, 103) a prouvé que le nom de Galiléens tut donné tres-andennemenl aux chrétiens et que ce fut peut-être leur dénomination primhire.
iJoÉéphe, Autie. nui, 1, 2;Til)eraont, Ruine des Juifs, p. 743. Les Oui de Judas furent crucifies du temps de Claude. Après la prise de Jérusalem , Éléazar , son petitflfe, détendit un château très-fort atec neuf cent soixante de ses compagnons les plus désespérés. Lorsque le bélier eut Ml «ne brèche ils massacrèrent leurs femmes et leur* endos, et Us se percèrent enfin. eux-mêmes. Us périrent tous jusqu'au dernier nomme.
1 Voye» Dodwell, Paueitat. mart.,\. im. L'inscription espagnole dans Gruler (p. 238, n° 9) est évidemment fausse et reconnue telle. Elle est de l'invention du fameux imposteur. Cyriaqued'Ancone, qui voulait flatter l'orgueil et les préjuges des Espagnols. (Voyez Ferreras, Histoire d'Espagne, tom. i , p. 192.)
liée pendant long-temps a celle de la cruauté et de l'injustice , la modération porta les princes suivans a épargner une secte opprimée par un tyran qui avait coutume de tour* ner sa fureur contre la vertu et contre l'innocence.
Il est assez singulier que le feu de la guerre ait consumé presque dans le même temps le temple de Jérusalem et le Capitole de Rome *. Il ne serait pas moins extraordinaire qu'un vainqueur insolent eut détourné le tribut consacré par la dévotion à l'entretien du premier de ces édifices sacrés, et qu'il l'eût employé àla construction et a l'ornement du second *. Les empereurs établirent une capitation générale sur le peuple juif ; et, quoique chaque individu payât une très-petite somme, l'usage que l'on faisait du produit de cette taxe, et la sévérité avec Laquelle elle était levée, parurent une oppression intolérable *. Puisque les officiers du fisc comprenaient dans leurs réclamations injustes plusieurs personnes qui n'étaient ni du sang ni de la religion des Juifs , les chrétiens, qui avaient été cachés à l'ombre de la synagogue, ne purent alors échapper à la se- j vérité de ces vexations. Evitant avec soin tout ce qui portait le caractère de l'idolâtrie , leur conscience ne leur permettait pas de contribuer a la gloire du démon, que l'on adorait sons le nom de Jupiter-Capitolin. Comme il existait encore parmi les chrétiens un parti nombreux , quoique diminuant sans cesse , qui suivait toujours la loi de Moïse, en vain s'efforçaient-ils de déguiser leur origine:
i Le Capitole fui brûlé durant la guerre civile entra Vitellius et Vespasien , le dix-neuf décembre de l'année 69, le dix août 70; le temple de Jérusalem fui détruit par les mains des Juifs enx-mémes, plutôt que par celles des Romains.
3 Le nouveau Capitole hit dédié par Domllien. (Suétone, vie de Donatien , e, 5; Plutarque, rie de PuMicol» , tome i, p. 230 , édiL Bryan.) Il en coûta, seulement pour le dorer, douze mille talens, environ cinquante-sept millions. Martial prétendait ( I. u , épigram. 3 ) que , ri l'empereur eût voulu mirer son argent, Jupiter lui-même, quand il aurait mis tout l'Olympe en veole, n'aurait point été capable de payer deux sous par livre.
3 Au sujet du tribut, voyez Dion Cassius.l.nvi, p' 1082, avec les notes de Reimar ; Spanheim-, de Vtu numitm. , tom. n. p. 571, et Basuagc , liUt. des Juifs, I. vu, c 2.
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3» DIXABEKCE BE
la manque de la circoncision ' prouvait d'une manière décisive qu'ils étaient juifs; et les magistrats romains n'avaient point assez de loisir pour examiner la différence de leurs dogmes religieux. Au milieu des chrétiens qui furent amenésdevant le tribunal de l'empereur, ou, ce qui semble plus probable, devant celai du procurateur de la Judée, on vit paraître deux personnes distinguées par une naissance' plus véritablement noble que celle des plus grands monarques ; ces accusés étaient les petits-fils de l'apôtre saint Jude, qnî était lui-môme frère de Jésus-Christ *. LeardroitnaturelautrdnfideDavid aurait pu leur attirer le respect du peuple et exciter la jalousie dn gouverneur; mais la bassesse de leur extérieur et la simplicité de leurs réponses, lui persuaderont bientôt qu'ils n'avaient ni le désir, ni le pouvoir de troubler la paix de l'empire. Ils avouèrent de bonne foi qu'ils descendaient des anciens rois de la Palestine, et qu'ils étaient proches paress du Messie ; mois, renonçant à toutes vues temporelles, il déclarèrent que le royaume dont ils attendaient pieusement la possession, était d'une nature purement spirituelle et angén* quel Lorsqu'on les interrogea sur tcurfortune et sur leurs occupations, ils montrèrent leurs mains endurcies par des travaux journaliers, et ils protestèrent qu'Us tiraient toute leur subsistance de la culture d'une ferme qui, située près du village de Cocaba, avait environ vingt-quatre acres d'étendue *, et dont le
' Suéuwe (vU de DomUfeo , c. 12) «ait ra un vieillard de quatre-vingt-dix ans examiné publiquement devant le tribunal de Fintendanl. C'est ce que Martial appelle mentala tributls àamnata.
a Celte dénomination fat d'abord prise dans le sens le plus ordinaire, et l'on supposa que les frères de Jesus- Orist étaient leseofans légitimes de Joseph et de Marie. Un respect religieux pour ta virginité de la mère de Dieu suggéra aux Gnostiques , et dans la suite aux Grecs orthodoxes, l'expédient de donner une seconde femme A saint Joseph. Les Latins (depuis le temps de salut Jérôme) ont encore été ahu Win, prétendant que ssdnl Joseph garda toujours te célibat ; ils ont année que saint Jwte, aussi bien que saint Simon et saint Jacques , qui «talent appelés tes frères de Jésus-Christ, étaient seulement ses cousins germains, et ils oni Justifié cette nouvelle interprétât Uni par plusieurs exemples semblables. (Voyei TUm-, mont, Mém. Eeetés., lom. i, part. 3, «t Beausoere, HM. critique du MaolcaeisaK, Lu, c. 2.)
3 Treme-nnif mAf* earrés , de cent pieds chacun ,
L'EMPIRE ROMAIN, (334 dcp. J.-C.)
produit se montait à neuf miHe dragtnes, environ sept mille livres. Las petite-fils de saint Jude furent renvoyé® avec compassion et avec mépris '.
L'obscurité de la maison de David pouvait la mettre à l'abri des soupçons d'un tyran ; mais le lâche Domitien , toujours prêt à répandre le sang des Romains qu'il craignait, qu'il naissait ou qu'il estimait , lut alarmé de la grandeur de sa propro famille. Desdeux fils de Flavius Sabiôus * son oncle , Vaille fut bientôt convaincu d'avoir eu l'intention de conspirer ; le plus jeune, nommé Flavius, démens, dut sa sûreté a sou manque de courage et de talens1. L'empereur accorda pendant loag-temps sa faveur et sa protection a un pàreuisi peu daageretix.Aprèslui avoir fait épouser sa propre nièce, Domitillii, il désigna pour ses successeurs au trône les enfans nés de ce mariage. Leur père fut revêtu du consulat; mais Clémens avait à peine fini le terme de sa magistrature annuelle, que, sur u» léger prétexte, il fut condamné et exécuté. DomitiUa fut reléguée dans une île déserte sur la côte de Campante * ; et l'ou décerna la peine de confiscation ou- de mort contre plusieurs personnes enveloppées dans la même accusation. Le crime qu'on leur reprochait, était celui d'oiAeifuie et de mœurs judaïques s ; association singulière d'idées, qui
ce qui serait a peine rieur acres , eu prenant cette mesure a la rigueur. Mais la probabilité des cireoDstauces , la pratique des antres écrivains gretset ÏWtoeHéde M. de Valois m'a parte a croire qu'il faut euleudre ici parvuS," lejugenim des Romains.
■ Eusèbe, ru, 20. Celle histoire est prise d'Hégésippe.
1 Voyez la mort et le caractère de Sauimis dus Tacite (Htst.ni, 74,76). Sa binas était le frère allié; et, jusqu'à l'avènement de Vespasicn, m l'unit regardé comme it principal appui de la famille Flarienne.
s. ■ Flariuu Clemenlesn palruelem suiun cenientissi-
• ma inarUa ex lenuissima suspicions lûter-
* émit. ■ (Suétone, viede Domitien, c. la.)
* LU» da PandaUrii sono Diuu.Bruttuis Pensais fan*. Euub.,m, 18) bannit cette prinoesse denscdtodePoaua, qui n'en était pu Ires-éloignée; celle différence et une méprise , on d'Eusebe ou de ses copistes, ont fait imaginer qu'il avait existé deux DonitïUu, l'une femme, l'autre nièce de CkBMsnUVoyes Tulemont , Méaa. EccJea. , L n , r-ÎM.)
« Dion, I. xm, p. 1112. SMe BnUtasPnesena dont il a vraisemblablement tiré cette relation est entai auquel Puneadarit (lettre ni, 3), ou peut Je regarder comme un auteur contemporain.
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(3Mdep. J.-C.)
Mpeirwi eta appliquées, aveeqiimque justesse, qu'aux ohrétittns , puisqu'il» n'ont' été connut que d'une manière obscure et imparfaite par les magistrats et par les écrivains de ce siècle. Sur k foi d'une interprétation si probable, l' église, trop empressée d'admettre les soupçons d'un, tyran oomme une preuve du crime honorable des accusés , a placé démens et DonûtiUa parmi ses premiers martyrs, et lacruanté deDoinitietta été flétrie du non) de seconde persécution ; mais cette persécution, si ou peut rappeler ainsi , ne Tut pas de longue' durée. Peu de mois après la mort de démena et le bannissement de sa femme, Etienne, un des affranchis de BomitiUa , qui avait gagné la faveur de sa maltresse, mais qui n'en avait sûrement pas embrassé la foi, assassina l'empereur dans son palais ', Le sénat condamna la mémoire de Donatien.; ses actes furent annulés, les exilés rappelés ; sous l'administration douce de Narra, tes personnes innocentes furent mddnes à leur rang et à leur fortune, et même les pins eoupables obtinrent leur pardon ou échappèrent à la rigueur de la justice *•
H. Dix M» après environ, sous le règne de Trajan, Pline' le Jeune fui nommé par ce prince, son maître et son ami, gouverneur de la Bîtnynie et da Pont. PKne se trouva bientôt dans t» grand embarras, lorsqu'il fut question de déterminer quelle loi, quelle règle d'équité il devait suivre en exerçant des fonctions qui répugnaient à son humanité. Il n'avait jamais vu de procédure légale contre les chrétiens , dont il parait que le nom seul lui était connu; il n'avait pas la moindre idée de la nature de leur crime, de la méthode de les convaincre, m du genre de punition qu'ils méritaient : dans cette incertitude, îl eut recours à son oracle ordinaire, la sagesse de Trajan. En envoyant à ce prince ■ne description fidèle, et a certains égards ravoraAte-, de la nouvelle superstition , H le conjure de daigner résoudre ses doutes et éclairer son ignorance *. Pline avait passé sa
i Suétone, û de Domitka, c 17; PhiloatraU, tic «TAfoUMUis.LviK
3(Hon,I.MYUB,p.ilie;PliBe,lot.iT, 22.
»Hïne,tf±.3,OT.Le umlHtaMm,cn parlant de Pline. (p. 147,232), donne tes plus grands étofi« à m modérât»»
vie avec les muses et au milieu dm affairas du monde. Dès l'âge de dix-neuf ans, il avait plaida avec distinction devant les tribunaux de Borne'. Devenu ensuite membre du sénat, et revêtu de la dignité de consul, il avait formé de nombreuses liaisons avec des hommes de tout état, dans l'Italie et dans les provinces. Cette ignorance dont il parle, peut dsne nous donner dea édaircissemens utiles. Nous ne craindrons pas d'avancer que, lorsqu'il accepta le gouvernement de la Bilhynie, il n'existait aucune loi générale , aucun décret porté par le sénat contre les chrétiens ; que ni Trajan, ni aucun de ses vertueux prédécesseurs, dont les édits avaient été reçus dans la jurisprudence civile et criminelle , n'avaient déclaré publiquement leurs intentions au sujet de la nouvelle secte; et que, «Migré les procédures faites contre les chrétiens, il n'y avait point encore eu de décision assez respectable ni asses authentique pour servir de modèle à un magistrat romain.
La réponse de Trajan, à laquelle, dans les siècles suivans , les chrétiens en ont souvent appelé, renferme tous les égaras pour la justice et pour l'humanité, qui pouvaient se couette/ avec Les notions fausses de ce prince sur l'administration religieuse *. Au lieu de déployer le zèle implacable d'un inquisiteur avide de découvrir les plus légères traces de l'hérésie, et de se glorifier dans le nombre de ses victimes, l'empereur prend bien plus de soin de protéger l'innocence que d'empêcher le coupable de s'échapper. Il reconnaît combien il est difficile de former un plau général; mais il établit deux règlemens utiles, qui furent souvent l'appui et la consolation des chrétiens opprimés. Quoiqu'il
el à sod impartialité. Malgré les soupçons du docteur Lardnor (V. Témeignagtt, v. u, p. 46) je ne puis découvrir alloue bigotarifldssa te lansaga au dana la conduite dn Pline,
i Pline, W. ï. ,8. Il plaida at preoriàre cause en 81, l'aimée d'après la bsMBM éruption du mont Vésuve, dans laquelle mu oncle ptrditla vie.
î Pline, W. », 96. Tertulien (Apolog., c. 5) regarde ce rescrit eraune un adoucissement des anciennes lois pénates: • Qoas Trajanum parte frutralue est; ■ et cependant TerUlnen, dana un autre endroit de «m Apologétique montre l'inconséquence qu'il t antt à détendre lee neatftsM et a prescrire de* punitions.
ordonne aux magistrats de punir tout homme convaincu selon les lois, par une sorte de contradiction digne de son humanité, il leur défend de faire aucune perquisition contre ceux que l'on pouvait soupçonner de ce crime. Il ne leur est pas permis de recevoir toute espèce de dénonciation. L'empereur rejette les délations anonymes, comme trop opposées à l'équité de son gouvernement; et pour convaincre les personnes auxquelles on impute le crime de christianisme, il exige expressément le témoignage positif d'un accusateur qui parle ouvertement, et qui se montre en public. Ceux qui jouaient un rôle si odieux étaient vraisemblablement obligés de motiver leurs soupçons, de spécifier, relativement au temps et an lieu , les assemblées secrètes que leurs adversaires chrétiens avaient fréquentées , et de rapporter un grand nombre de circonstances que la jalousie la plus vigilante dérobait à l'oeil dn profane. S'ils réussissaient dans leur poursuite, ils s'attiraient la haine d'un parti considérable et actif, ils s'exposaient aux reproches de ceux qui avaient de bons sentimens, et ils se couvraient de l'opprobre atiaché,danstousles siècles et dans tous les pays, au caractère de délateur. Si au contraire ils n'apportaient pas des preuves suffisantes, ils encouraient la peine sévère, et peut-être capitale, décernée, en vertu d'une loi de l'empereur Adrien, contre ceux qui attribuaient faussement à leurs concitoyens te crime de christianisme. La violence de l'animosité personnelle ou superstitieuse pouvait quelquefois l'emporter sur la crainte plus naturelle du danger et de l'infamie; mais on ne croira sûrement pas que les sujets idolâtres de l'empire romain aient formé légèrement ou fréquemment des accusations dont ils avaient si peu à espérer*. Les moyens que l'on employait pour éluder la prudence des lois prouvent assez combien elles déconcertaient les projets per-
' Eusébe (llist. EceW*.,l. w,c. 9)a ronsmél'édil d'Adrien. 11 nous en a aussi donné un (c. 13) qui est encore plus favorable, sous le nom d'Antonin; l'authenticité de ce second Mil n'est pas si universellement reconnue. La seconde apologie de Justin .renferme quelques narticalarités curieuse» Hâtives au* accusalions des clire-
(324 dep. J.-Ç.) nicieux de la malignité particulière , ou d'ua zèle allumé par la superstition. Dans une assemblée tumultueuse, la crainte et la honte , qui agissent si puissamment sur l'esprit des individus, perdent la plus grande partie de leur influence. Le dévot chrétien, selon qu'il désirait ou qu'il appréhendait d'obtenir la couronne du martyre, attendait avec impatience ou avec terreur le retour des fêtes ou des jeux publics, que l'on célébrait en certains temps .fixes. Daus ces occasions, les habitans des grandes villes de l'empire se rendaient en ibule au cirque ou au théâtre. Là, tous les objets qui frappaient leurs regards , toutes les cérémonies auxquelles ils assistaient, contribuaient à enflammer leur dévotion et à étouffer leur humanité. Tandis que de nombreux spectateurs, couronnés de guirlandes, parfumés d'encens, purifiés par le sang des victimes , et environnés des autels et des statues de leurs divinités lu télaires, se livraient aux plaisirs qu'ils regardaient comme une partie essentielle de leur culte religieux, ils se rappelaient que les chrétiens seuls avaient en horreur les dieux du genre humain, et que, par leur absence ou par leur sombre aspect au milieu de ces fêles solennelles , ils semblaient insulter à la félicité publique, ou ne l'envisager qu'avec peine. Si l'empire avait éié affligé de quelque calamité récente, d'une peste, d'une famine ou d'une guerre malheureuse; si le Tibre avait débordé, ou que le Nil ne se fût point élevé audessus de ses rives; si la terre avait tremblé, si l'ordre des saisons avait été interrompu les païens superstitieux se persuadaient que les crimes et l'impiété des chrétiens, qu'épargnait la douceur excessive du gouvernement, avaient enfin provoqué la justice divine. Ce n'était point parmi une populace turbulente et irritée qu'il eût été possible d'observer les formes d'une procédure légale; ce n'était point dans un amphithéâtre teint du sang des bétes sauvages et des gladiateurs, que la voix de la pitié aurait pu se faire entendre. Les clameurs impatientes de la multitude dénonçaient les chrétiens comme les ennemis des dieux et des hommes : ollc les condamnait aux supplices les pins cruels; et, poussant la licence jiisqu'àdésigwrpur
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(324 dep. J.-C] leur nom les principaux chefs de la nouvelle secte, elle exigeait impérieusement qu'ils fussent aussitôt saisis et jetés aux lions '.Les gouverneurs et les magistrats des proyinces , qui présidaient aux spectacles publics, étaient assez portes à satisfaire les désirs du peuple et à en apaiser la rage par le sacrifice d'un petit nombre de victimes odieuses; mais ta sagesse des empereurs mit l'église à l'abri de ces cris tumultueux et de ces accusations, irrégulièrcs , qu'ils jugeaient indignes de la fermeté et de ta justice de leur administration. Les édits d'Adrien et d'Antouin-le-Pieux déclarèrent expressément que la voix de ta multitude ne serait jamais admise comme preuve légale pour convaincre on pour punir ces personnes infortunées qui avaient embrassé le culte enthousiaste des chrétiens *.
HT. Le châtiment n'était pas une suite inévitable de ta conviction; et quoique le crime eut été clairement prouvé par les témoins on même par la confession volontaire du coupable, on lui laissait toujours l'alternative de la vie on de la mort. Ce qni excitait l'indignation du magistrat, c'était moins l'offense passée que ta résistance actuelle. On pardonnait facilement a ceux qui étaient touchés de repentir; et, s'ils consentaient à jeter quelques grains d'encens sur l'autel, ils se retiraient en sûreté et en recevant des applaudissemens. On croyait qu'un juge humain devait chercher a détromper plutôt qu'a punir ces enthousiastes aveugles. Prenant un ton différent selon l'âge, le sexe ou la situation des prisonniers, il daignait souvent exposer a leurs yeux tout ce que ta vie avait de plus agréable, tout ce que la mort avait de plus terrible; souvent il les sollicitait, il les conjurait même d'avoir quelque compassion pour leurs personnes, pour leurs familles et pour leurs amis 3. Si les menaces et les
' Voyer Terfullien, Apolog. , c. 40. On trouve, dans les art» du martyre de saint PoTyrarpe, unevô'e peinture de cet UnniUcf uni étaient ordinairement fomentés par la méchanceté des Juib.
1 Ce» reglemeos sont insérés dans les edils d'Adrien el d ' A nlonin-le- Pieux, dont nous avons parlé ci-dessus. (V. l'apologie de Meliton,c/>. Euseb., !. iv, c. 30.)
a Vwrex le rescril de Trapu et la conduite de Pline. Les actes les plus authentiques des martyrs sont remplis de ces exhortations.
exhortations n'avaient aucun effet, ils avaient recours à ta violence : les fouets , les tortnres venaient suppléer au défaut d'argnmens ; et l'on employait les supplices les plus cruels pour subjuguer une opiniâtreté si inflexible, et, selon les païens, si criminelle. Les anciens apologistes du christianisme ont censuré avec autant de rigueur que de vérité la conduite irrégnlicre de leurs persécuteurs, qui, contre tout principe de justice , faisaient usage de la question pour arracher, non l'aveu , mais ta dénégation du crime qui était l'objet de leurs recherches '. Les moines des siècles snivans, qui, dans leurs solitudes paisibles prenaient ■ plaisir à diversifier la mort et les souffrances des premiers martyrs, ont souvent inventé des tourmens de l'espèce la plus raffinée et ta plus ingénieuse, ïl leur a plu, entre autres, de supposer que les magistrats romains , foulant aux pieds toute considération de vertu morale et de décence publique , s'efforçaient do séduire ceux qu'ils ne pouvaient vaincre, et que l'on exerçait par leurs ordres ta violence la plus brutale contre les personnes qui avaient résisté à ta séduction. Des femmes, que ta religion avait préparées à mépriser ta mort, subissaient quelquefois une épreuve plus dangereuse, et elles se trouvaient réduites à la nécessité de décider si elles mettaient leur foi à un plus haut prix que leur chasteté. Le juge les livrait aux embrassemens impurs de quelques jeunes gens ; et il exhortait solennellement ces ministres de sa violence, à faire les efforts les plus courageux pour maintenir l'honneur de Vénus contre une vierge impie qui refusait de brûler de l'encens sur ses autels. Au reste ils ne parvenaient presque jamais à leur but; et l'interposition de quelque miracle venait a propos délivrer les chastes' épouses de Jésus-Christ de la honte d'une défaite même involontaire. Il ne faut pas négliger d'observer que les mémoires les plus anciens et les plus authentiques de l'église sont rarement défigures
i En particulier , voyez Tcruillien ( Apolog. , c, 2 , 3. ) el Lactnnce (Inst. divin., v, 9). Leurs raisonneniens sont presque les mêmes; mais il est facile dapercevoir
que l'un de ces apologistes avait été jurisconsulte, et l'autre rhéteur.
par des fictions si folles et si indécentes *. C'est par une méprise bien naturelle que l'on a si peu respecté la vérité et ta vraisemblance dans la description des premiers martyrs. Les écrivains ecclésiastiques dn quatrième et fin cinquième siècle , animés d'un zèle implacable et inflexible contre les hérétiques ou lés idolâtres de leur temps, ont supposé que les magistrats de Rome avaient été dirigés par les mêmes sentimens. Parmi ceux qui étaient revêtus de quelques dignités dans l'empire, on en voyait pent-etre quelques-uns qui avaient adopté les préjugés de la populace. La cruauté des antres pouvait être aigrie par des motifs d'avarice ou de ressentiment personnel *; mais- on ne saurait en douter, et les déclarations que la reconnaissance a dictées aux premiers chrétiens en •ont un garant sur, les magistrats qui exerçaient dan» les provinces l'autorité de l'empereur ou du sénat, et auxquels seuls on avait confié le droit de vie et de mort, se conduisirent en général comme des hommes qui joignaient à une excellente éducation des mœurs honnêtes, qui respectaient les règles de la justice et qui avaient étudié les préceptes de la philosophie. La plupart refusaient le rôle odieux de persécuteur; souvent ils rejetaient les accusations avec mépris, ou ils suggéraient aux chrétiens les moyens d'éluder la sévérité des lois *. Toutes les fois qu'on leur remettait un pouvoir illimité *, ils s'en servaient moins pour opprimer l'église, que pour la protéger et pour la secourir dans
> Voye» deux exemples de «Lie espèce de torture dans les Jeta sinccia martjrum , publiés par Ruiuart , p. 160,399. Saint Jérôme , dans » légende de saint Paul l'hcrmite , rapporte vue étrange histoire d'un Jeune homme que l'on mit enchaîné nu sur un lit de Hoirs, et qui était aux assauts d'une courtisane aussi belle que voluptueuse. 11 réprima la tentation en se mordant la langue.
s Claudius Hermtnianns , gouverneur de la Cappsdoee , irrité de la conversion de sa femme , traita les chrétiens arec une sévérité extraordinaire. (Terbrilieu, tut Scapulam, c. 3.)
s Terlullien , dans sa lettre au gouverneur d'Afrique , parle de plusieurs exemples remarquables d'indulgence et de douceur , qui étaient venus a sa connaissance.
* îfeque enim ta mùvatam aliquid quod quasi certain formant habeat , constitua pottst: ces paroles de Trajan donnaient un pouvoir tréa-etendn aux gouverneur! des provinces.
EMPIRE ROMAIN, (324 dep. J.-C.)
son affliction. Ils étaient bien éloignés de condamner tous les chrétiens accusés devant leur tribunal, et de punir du dernier supplice tous ceux qui avaient été convaincus d'un attachement opiniâtre à la nouvelle superstition. Se contentant d'infliger des ehatimens pins doux, tels que les emprisonne» mens, l'exil ou l'esclavage dans les mines », ils laissaient aux victimes infortunées de leur justice quelque raison -d'espérer qu'un événement heureux, l'élévation, le mariage on le triomphe d'un empereur, les rendrait peutêtre bientôt, en vertu d'un pardon général , à leur premier état. Ceux que le magistral dévouait immédiatement à ta mort semblent avoir été tirés des rangs les plus opposés ; ces martyrs étaient ou des évoques et des prêtres, tes personnages les plus distingués par leur rang et par leur influence, et dont l'exemple pouvait imprimer ht terreur à toute la secte * , ou bien ou sacrifiait les derniers et les plus vils d'entre les chrétiens, et particulièrement des esclaves dont on estimait peu la vie , et dont les anciens contemplaient les maux avec trop d' indifférence " . Le savant Origène, qui avait étudié et qui connaissait par expérience l'histoire de l'église, déchire, dans les termes les plus formels, qu'il existait un très-petit nombre de martyrs *. Son
■ In mctalla dan
Tertunien.Apolog., c.
maient nenf éveques avec un nombre proportionné d'ooclesiaslkm«etc^fldetesA!leursôn>e*ae8. beint typeion les loue et les console dans un dpttnt «s'il leur adreaw. £ Voyel saint Cyprieu, B&ttoL, 76 , 77. )
ï Quoique nous ne puissions admettre avec une efltlèreconRaBeeles épures et les acte» de saint Ignace (on les trouve dans le second volume des Pete» apoetolaaue* ) cependant mus pouvons citer cet évtaue d'Antiociw, comme un de ces martyrs exempuire». 11 fut envoie , chargé décharnés,* Rome, pouty être donné publiquement en spectacle; et , lorsqu'il arriva i Troas, il recul la nouvelle agréante que la peneeatiM d'Aauoeba était déjà flnie.
a Parmi ks martyrs de Lyon (Eaatbt» L v, e. i.) l'esclave Blandine est remarquable par les umrmans inouïs qu'on lui fit subir. Des cinq martyrs qui ont été tant célèbres dans tes actes de sainte félicité et du sainte Perpétue, deux étaient esclaves , cl il y en araii deux aubes d'une très-basse condition.
' Origene , advtn. Celai» , t m , 116 : ses mots méritent d'être transcrits.
Ctoym «™ aaifu;, ■« ïWp« taep.iUjUITM **?' '»•
(324 dep. J.-C)
autorité suffirait seule pont détruira cette armé* . innombrable île coofeueui» dont les reliques, tirées pour la plupart des catacombes deftwne, obi rempli tant d'église» ', et dont les aventuras merveilleuse» ont été le sujet de tant de roman» sacras *-. Hais -l'assertion générale d'Origèae est expliquée et ronSnoée par le témoignage particulier de. saint BettîSi son ami , qui, dans la ville immense d'Alexandrie, et du temps de la persécution rigoureuse de l'empereur Decius, compte seulement dix basâmes et sept femules exécutés pour avoir professé la religion chrétienne*.
-Pendant cette même persécution, le sélé, l'éloquent, l'ambitieux Cyprien gouvernait l'église, non-seulement de Gartbage, mais encore de L'Afrique; il avait toutes les qualités qni pouvaient lui attirer le respect des fidèles, ou exciter les soupçons et le ressentiment des magistrats païens. Le caractère de ee saint prélat, et le poste qu'il occupait, semblaient te montrer à l'envie comme la
' SI Mm tenu rappelons que tous la plébéiens de RMM n'étalât -an chrétiens, et ose tous les chrétiens n'étaient aat des saintset des martyre, nous pourrons juger déshonneurs religieux que méritent les os ou le s urnes qui ont été tirés inàWretnment des cimetières publies. Après dix stedes ffun rommeree Htm et outert, quelques Étapes» m ssM étevés parmi In catholiques Us plus Insmriis. lit niant autnleaant pour fraie de sainteté et de martyre les lettres 6. M-, une flolo roatplic de liqueur rouge, que l'on suppose Cire du sang, ou la figure d'un palmier. Mais les deui premiers ligues sont de peu de poids; et, I l'égard du damier, les critiques ont remarqué : loque ce que l'ott appelle -m ligure d'un palmier, pourrail bien être celle d'un crural- Peu Wlre aussi n'est-ce qu'unerte ces figures doui on se serrait dans les inseripttow des tombeaux , bout orner une virgule. 2° Que le pilori» était ta symbole de & victoire chez les païens. 3" Q«e parmi les chrétiens , il était l'emblème , non-seulement da martyre , maki en général d'une résurrection glorieuse. Voyez la lettre da P. Manillon sur le culte des saints Inconnus, et Huralori topra U anitehUA ttaUane, dissertât, mit.
* Pour donner une idée de tes légea des , MU s nous borneront aux dix Mille soldat» chrétiens crucifiés dans un senljoor sur le mont Arant , par ordre de Trajan ou d'Adrien, {Voyez Baronius.tfrf Xealyrolagium romajubo; Tulemont , Mém. EcdésiaiL , lom. u, part, n , p. 438 ; et Geddes , Mëlang. , vol. n, p. 303.) L'abrérlation de Mil. , qui peut signifier on $oldaU ou mille , a occasionné, dil-on, quelques méprises extraordinaires.
3 Denis , ap. Eiaeb. , n , c. 45. Va de ces dix-sept rut aussi accusé de vol.
victime lu plus digne de tomber sous ses coups '. Cependant l'histoire de la vie de saint Cyprien prouve assez que noire imagination a exagéré [a situation périlleuse dans laquelle se trouvant un évéque chrétien, et que , s'il était exposé a des dangers , l'ambition en courait de pins grands dans la poursuite des honneurs temporels. Quatre empereurs romains avec leurs familles, leurs anus et leurs partisans , Turent massacrés dans l'espace de dix anaéeé, pendant lesquelles sain* Cyprien guida, par son autorité et par son éloquence, les conseils de l'église de Cannage. Ce fut la troisième année seulement de bob administration qu'il eut lieu de redouter tes édita sévères de Decius,, la vigilance des magistrats, et les clameurs de la Multitude. Le peuple demandait, à grands cria que samt Cyprien,. ce chef des chrétiens, fut déchiré par les lions. La prudence lui conseillait de se mettre a couvert pendant quelque temps : la voix de la prudence l'ut écoutée. Il se retira dans une solitude obscure , d'où il pouvait entretenir une correspondance suivie avec le clergé et avec le peuple de Carthage; et, se dérobant à la fureur de-la tempête jusqu'à ce qu'elle fut dissipée, M conserva sa vie , sans abandonner sa réputation on son pouvoir. Malgré toutes ses précautions, il ne put éviter les reproches de ses ennemis personnels, qui insultaient à se conduite , ni la censure des chrétiens plus rigides qui la déploraient. On l'accusa d'avoir manqué lâchement, et par une désertion criminelle, aux devoirs les plus sacres*. Saint Cyprien allégua, pour sa justification, In juste nécessité de se réserver pourleSbesoins futurs de l'église, l'exemple de plusieurs saints évéques % et les avettissemens divins,
i Les lettres de sainl Cyprien sont une peinture originale et Irès-curieuse de l'homme et des temps. Voyez aussi les deux vies de saint Cyprien composées avec aae égale exactitude, quoiqu'avec des vues très-différentes , l'une par Le Clerc ( Bihliothéq. univers. , toro. m, pas. 208-377;i'anirc pur TilleniODt (Mém. certes. , lom. ir. part, i, p. 76-459).
* Voyez la lettre polie , mais sévère, écrite parle clergé de Rome a l'érèque deCartbage ( Saint Cyprien, Epist. 8, !1J. Pontius met tout eu oeuvre et prend les plus grands soins pour justifier son mai ire contre la eensurc générale.
3 Eu particulier, l'exemple île Denis d',t!e»<uidri« et de
qui lui avaient souvent été communiqués, comme i! le déclare lui-même, dans de* visions et dans des extases '.Mais sa meilleure apologie est la fermeté avec laquelle, boit ans après, il souffrit la mort, en défendant la cause de la religion. L'histoire authentique de son martyr a été écrite avec une sincérité et une impartialité peu ordinaires : nous en rapporterons les circonstances les pins intéressantes, persuadés qu'elles donneront les plus grands éclaîrcissemens sur l'esprit et sur la forme des persécutions des Romaine *;
Lorsque Valérien était consul pour la troisième fois, el Gallïenpour la quatrième, saint Gyprieneut ordre de se rendre dans la chambre du conseil privé de Palermis, proconsul d'Afrique. Ce magistrat lui St part du mandement impérial qu'il venait de recevoir*, et par lequel il était enjoint a tous ceux qui avaient abandonné la religion romaine de réprendre immédiatement la pratique des cérémonies de leurs ancêtres. Saint Gyprieu répliqua qu'il était chrétien et évéque, et qu'il resterait attaché au culte du Dieu véritable et unique, qu'il priait tous les jours pour la sûreté et pour la prospérité des deux empereurs ses légitimes souverains. Il réclama avec une confiance modeste , le privilège de citoyen , en refusant de répondre à quelques question captieuses, et même illégales, que le proconsul lui avait proposées. Saint Cyprien fut condamnéan bannissement, comme coupable de désobéissance. On le
DECADENCE DE L'EMNRE ROMAIN, (3» dep., J-hGi)
menasans délai à Curable, viHc libre et >u-< ritime de la Zeugilane , agréablement «tuée dans un terrain fertile, età quarante niiHes«sK virou de Cannage '. L' évéque «liléJQuitidfe toutes les commodités de la vie-etde la conscience de la vertu. Sa réputation était, ré-: pandue en Afrique et en Italie. Ou publia une relation de sa conduit»pour,l'«4ificaiwu du monde chrétienne t. sa solitude fut souvent interrompue par les lettres, les visites, et ks félicitations des fidèles. A l'arrivée d'ittuou.voau proconsul dans la province, la. fortune, parut, pendant quelque temps, encore ulu&faT vorableà saint Cyprien; ilfut rappelé de l'exil,.,. et, quoiqu'on ne lui permit pas d'abord; de . retournera Cartbage, les jardins qu'il possédait aux environs de cette capitale lni/u-. reut assignés. pour le lieu de. sa résidence*,. Enfin précisément une année * après que.; saint Cyprien avait comparu pour la pre- . mière fois devant le magistrat* Galère maxime, proconsul d'Afrique, reçut l'ordonnance ifur périale pour procéder à l'exécution, de ceux ( qui prêchaient la religion dire tien ne.L'évèqne , de Cartbage savait qu'il sentît immolé .des , premiers, et la fragilité de la nature humaine . le portait à se dérober, par une fuite secrète * au danger et à l'honneur du martyre; mais, , rappelant bientôt la fermeté qui convenais, à son.caraotère, il retourna dans. .ses jardins, ,, où il attendit patiemment les ministre*, dp |a. mort. Deux officiers de rang , qui avaient été,' ,
Baliîl Grégoire-te-Taumaturge de Néo-Césarée. (Voyez Butèbe. Hist. ectlés. , 1. vi , c 40 , et Hémoires de Tïllemont.tom. «v.part. m, p. 685.)
■ V. saint Cyprien. ipist. 10, et sa vit parPonlius.
* Noos avons une rie originale de saint Cyprien , bile par le diacre Pontius , qui l'accompagna dans son eiil , et qui assista i sa mort. Nous possédons aussi les anciens ides proconsulaires de son martyre. Ces déni relations s'accorrieui l'une avee l'autre, et elles paraissait toutes tes deux misemli labiés ; et , ce qui est en quelque sorte re- , elles ne sont défigurées par aucune rircon-
* il tembterail que l'on avait envoyé , dans le même temps , des ordres circulaires à tons les gouverneurs. Denta(ap. Ettteb., 1. vu, en.) rapporte, presque delà même manière , l'histoire de son bannissement , lorsqu'il (Ut obligé de sortir d'Alexandrie. Hais comme il échappa et qu'il survécut a la persécution , nous devons te trouver plus ou moins heureux que saint Cyprien.
■ Voyez Pline, Hist. nal. , v. 3. CellariuE.pdograp. ancien, p. 111, p. 96. Voyages de Shaw, p. 90'; el pour le pays adjacent (qui est terminé par le cap Bouc 'eu promontoire de Mercure) , voyez l'Afrique d« HlàruKfl ,'. tom. u, p. 574. Il existe des restes d'un ar&iedw,#rW de Curubi», ou Curbis, changé aujourd'hui enjiyrtus;.. el le docteur Shaw connaît une inscription où cette ville ' est nommée Colonia Fulvia. Le diacre Pou ti us {vie1 de saint Cyprien , e. 12 ) rappeHe : « Apricum et ooaipe- > tentent locura, hospltiuin proTOluatale srxrdwuiint,
• quicquid apponi eis antè promissum est , qui regnum
• et jiuOUûua Dei quxninl. • ... „„, 1 Voyez saint Cyprien, ëpist. 77. édil. feU.
3 Lorsque saint Cyprien s'était converti,!) avait veudu ' ses jardins pour le soutien des pauvres. La bonté de. Dieu ( probablement la libéralité de quelques amis chrç-'. liens) les lui rendiLfVoyaPontius, c. iû). „ "
* Quand saint Cyprien, douze mois auparavant^ fijt' envoyé en exil , il songea qu'il serait mis à mort le jjaùr suivanl. L'événement a obligé d'expliquer ce mot de jpttr, et de lui faire signiner une année. (Ponlius, c. 12). ', '[
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{324dep.JvC.)
chargés de eetto «omniùmon, placèrent saint Cyprien as m&em d'eux sur un etar; et, comme le proconsul avait alors d'antres, occupations, ils le conduisirent, non en prise», m» dans. une maison partieufcere de Carthage, qui appartenait fc-F us d'entre eus. On servit un repas élégant à l'évêque, et ses amis j eurent 1» permission de jouir encore une fois | da sa société, tandis qae les rues étaient remplie* d'une multitude de chrétiens inquiets étalâmes du sort prochain dé leur père spirind'4 Leftiatin, il parut devant le tribunal du proconsul, qui, après1 s'être informé du nom et de la Situation de saint Cyprien, lui ordonna'dfi sacrifier aux dieux, et l'avertit de réftéenir sur les suites de sa désobéissance. LereSss de saint Cyprien fut ferme et décisif-, et te magistrat', lorsqu'il eut pris l'avis de son conseil, prononça, quoique avec répugnance, H fientesce de mort; elle était conçue en ces termes : « Que Thasoiw Cypriai nus soit immédiatement décapité, comme i F ennemi des <îienx de Rome, et comme chef
> (fine 'association crioiBieiIe , qu'il a en- • traînée dans une résistance sacrilège aux-
> loisrfcflïrès-sàcrés empereurs Valérie»' et i<Jaffien*. » Legenredesonsnpplioeétaitle ph» doux et le moins douloureux que l'on pouvait infliger à une personne convaincue' d'an- «rime capital ; et l'on n'employa point la qneatioa pour forcer l'évéqne de Cannage u renoncer à ses principes ou a découvrir ses complices.
| Dés que la sentence eut étéproclamée, les chrétiens, qui s'étaient assemblés en foule devant les portes du palais, s'écrièrent tous : JYou» mourrons avec lai. Les effusions généreuses de leur zèle et de leur affection , ne leur devinrent point funestes , et ne furent daucane utilité à saint Cyprien. Il fut mené Uns résistance, sans insulta, sous une es-
i Pantins (c- 15) noua que saint Crpricn, me lequel fl •oop* , passa la non eattodia delicata. L'éfêque eierça sa dernier acte de juridiction trt*-wnwn»M8 , en waouont , fort * 'propos, que les Jeunes femmes qui tefflaiepl testa rM au milieu delà foule ne restassent point «potées pendant la nuit aux dangers et aux tentations.
* Voyet la sentence originale dans les Actes, e. 4, et «ans Poothts , é. 11. Cehu-â la rend d'une manière plus dedamaloire.
corte de tribuns et de centurions, dans une plaine-vaste et unie, située près de la ville, et qui était déjà remplie d'un grand nombre de spectateurs. Oa avait permis aux diacres et aux prêtres d'accompagner leur saint évoque; ils Ini aidèrent a défaire le haut de sa robe, et ils étendirent des linges sur la terre pour recevoir les gouttes précieuses de sou . sang. Lorsque le martyr leur eut commandé da donner au bourreau vingt pièces d'or, il se couvrit le visage avec ses mains, et d'un seul coupla tête fut séparée.
1 Son corps resta, durant. quelques heures, exposé a la curiosité des Gentils; mais on , l'enleva pendant la nuit, et il fut transporté . en pompe» et au milieu d'une illumination brillante) au ciiuatiqredes chrétiens. Les futtéraiHes de. saint Cyprien furent célébrées publiquement, sans aucune opposition de la '. part des magistrats. Ceux d'entre les fidèles; qui avaient rendu ces derniers honneurs à sa personne et a sa mémoire ne furent ni recherchés nipunjs. Iles; singulier que, de tous les é*éques qui étaient en, si grand nombre, dans la province d'Afrique, saint Cyprii:n ait . été le premier, jugé digne d'obtenir la cou-,, ronne du martyre '. — >
Jl.avait le. choix de mourir martyr ott de.. vivre .apostat; mais.de ce choix, dépendait^ l'alternative de l'honneur pu de l'infamie.,. Quand nous pourrions même supposer que.
l'évêque de Cartilage eût employé la proies- ; sion de la foi chrétienne comme l'instrument de son avarice ou de son ambition, il lui importait toujours de soutenir le rôle qu'il avait pris*, et, s'il possédait le moindre degré de' courage, il devait s'exposer aux plus cruels tourmens plutôt que d'échanger, par un seat acte,' la réputation d'une vie entière contre l'horreur de ses frères chrétiens, et contre le; mépris du monde idolâtre. Mais, si le zèle de, saint Cyprien avait pour base la conviction,
< Pantins, e. 19. If. deTilletnoot (Hem. cette., ton». iv, part. i,p. 450, note 50) est [Mie de voir- assurer sipositivement qu'il n'y ait point eu un mil ovique parmi les martyrs des première siècle». ■ ■ ■'
î Quelque opinion qne l'on puisse se forme» du caractère ou des principes de Thomas Beckel, nuus devons avouer qu'il souftrKlamwt avec une eoreianctt dtgae dot première martyrs. ( Voyez J'Illstoir* de Itemi II, fw> Mywrd Litllelon , toI. il, p. 508, «K.) ' '
sincère de la vérité des dogmes qu'il prêchait, loin de contempler avec effroi la couronne du martyre , il la regardait sans doute comme l'objet de ses désirs.
Les déclamations vagues , quoique éloquentes , des Pères , ne nous présument aucune idée distincte , et il serait difficile d'assigner le degré de gloire et de bonheur immortels qu'ils promettaient avec assurance aux personnes assez heureuses pour répandre leur sang dans la cause de la religion '. Ils avaient soin d'inculquer que le feu du martyre tenait lieu de tout , et qu'il expiait tous les péchés ; que, bien différens des chrétiens ordinaires , dont les âmes août obligées de subir une purification lente et pénible, les confesseurs t riompbans entraient immédiatement dans le séjour du bonheur éternel, on, jouissant de la société des patriarches, des apôtres et des prophètes, ils régnaient avec Jésus-Christ, et assistaient au jugement universel du genre humain. L'assurance d'une réputation durable sur la terre, motif si propre à flatter la vanité de l'homme, animait souvent le courage des martyrs. Les honneurs que Rome ou Athènes accordait aux citoyens morts pour la patrie n'étaient que de froides démonstrations, que de vaines marques de respect, si on leur oppose la gratitude , la dévotion ardente avec laquelle l'église primitive célébrait les glorieux champions de l'Évangile. On faisait tous les ans commémoration de leurs vertus et de leurs souffrances, et cette cérémonie, d'abord sacrée , fut convertie , dans la suite , en c<e religieux. Il arrivait fréquemment qne les magistrats païens ne punissaient pas du dernier supplice ceux qui avaient confessé publiquement la foi ; après être sortis de leurs prisons, ces chrétiens obtenaient les honneurs que méritaient leur martyre imparfait et leur généreuse résolution. Les femmes les plus pieuses sollicitaient la permission d'appliquer leurs bouches sur les fers qu'ils
< Voyei no particulier le traité de salât Cjprien de Lapêu, «7-98, édiL r'ell. L'Audition de Dodwell (Dissertât. Cjprian, in , 1111) et la sagacité de Mktlelon ifrre inqairy, p. 1S2, etc. ) M nom laissent rien a désirer coBcernaut le mérite , lot honneurs et les motifs des martyrs. .
(324 dep. IrG) avaient portés, sur lesblesauresquilsavaieut reçues. Leurs personnes étaient réputées sacrées, leurs décisk>nsadnûse»avec déférence, Ils n'abusèrent que trop souvent, par leur .orgueil spirituel et par leurs mœurs licencieuses, de la prééminence qu'ils devaient à leur zèle et à leur intrépidité'. En développant le mérite exalté des martyrs , de pareilles dis* tinctions décèlent le petit nombre de ceux qui souffrirent et qui moururent pour la profession du christianisme.
Aujourd'hui que l'enthousiasme a. [ait. place à une circonspection réservée, au lieu d'admirer la ferveur des anciens fidèles , on serait plutôt disposé a la critiquer; mais il nous parait encore plus facile de l'admirer que de l'imiter. Les chrétiens , selon l'expression vive de Sulpiee-Sévère, désiraient le martyre avec plus d'ardeur que ses contemporains ne sollicitaient un évêché*. Les épHrcs que saint Ignace composa lorsque, chargé de chaînes, il traversait les villes de L'Asie, respirent les sentimens les plus opposés aux sensations ordinaires de l'homme. Il dédaigne la pitié des Romains; il les conjure instamment de ne point le priver par leur intercession de la couronne du martyre quand il sera exposé dans l'amphithéâtre; et il déclare qne son intention est d'irriter et de provoquer les bêtes sauvages qui pourraient être l'instrument de sa mort1. On rapporte plusieurs traits de courage de quelques martyrs , qui exécutèrent réellement ce que saint Ignace avait résolu, qui irritèrent la fureur des lions, qui, exhortant les bourreaux à se hâter, s'élancèrent avec joie dans les flammes allumées pour les consumer, et qui donnèrent des
» Saint Cypriec.episl. 5.6,7,22,24, et le Initiât Vnilntc ecclesite. Le nombre des prcteno'us martyrs a été tort multiplié , par la coutume,' qui s'introduisit , de donner aux confesseurs ce nom honorable.
> Certatim gloriosa ùt cerlamina ruebatur; mullique asidùu htm tnaftyria gloriosis motibus quarebantur, quam Mme episcopatus pravis amb'dionibus appeOMtur. (S*ipi« Sérftr e, l.n).D aurait pu omettre le BUt MM.
' Voies epist. ad Roman, c. 4 , 5, op. Patres Apostat , tom, n, p. 27. Tl entrait dans le système de l'évêque Pearson ( voyei yinilicitif Ignatianie, part, n, c.9)de justifier les senlûnens de saint Ignare par una foule d'exemples et d'autorités.
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PAR éd. GIBBON. CHAR XVI.
marques de ■plaisir « de uttafectiee *a mitie» des toormefis les pitre cruels. On vit souvent le zèle impatient de» chrétiens forcer les barrières que fe gonvemement avait posées poar la sûreté de l'église. Ils suppléaient par leurs déclarations volontaire», an manque d'accusations; ils troublaient, sans ménagement, le service public du paganisme', et, seprécipi* tant en foule autour du tribunal des magistrats, ils les sommaient de prononcer la sentence de condamnation , et de leur infliger les peines décernées par la loi. Une conduite si remarquable ne pouvait échapper k Fattention des anciens philosophes; mais H paraît qu'elle leur inspira bien moins d'noV miraiion que d'étonncmeut. Incapables de concevoir les motifs qui transportaient quelquefois le courage des fidèles au-delà des bornes de la prudence on de la raison, ils attribuaient ce désir de la mort à On résultat étrange de désespoir obstiné, d'insensibilité stupide ou de frénésie superstitieuse *. < Mal- » heureux! s'écriait le proconsul Antonin i en parlant aux chrétiens d'Asie , malheui reux! puisque vous êtes si las de la vie, i vous esl-îl si difficile de trouver des cordes > et des précipices"? » H était (comme l'a remarqué un pieux et savant historien) fort réservé à punir des coupables qui n'avaient d'accusateurs qu'eux-mêmes, les lois impériales n'ayant point encore pourvu à un cas si extraordinaire. Se bornant donc a condam- . ncr un petit nombre, pour servir d'exemple aux autres chrétiens, il renvoyait la multitude avec indignation et avec mépris4. Mal-
i L'histoire de Polyeucle , qui a fourni au grand Corneille te Eujet d'une belle tragédie, est un des exemples . les plus célèbres de ce zèle outré , quoiqu'il ne soit peut- ' être pas des plus authentiques. Il but observer que le soixantième canon du concile iTKhire refuse le titre de martyr à ceux qui s'exposaient â la mort en détruisant publiquement les idoles.
ïVoyei Ëpictéle,!. r»,c7 (quoiqoe ton doute qull lisse allusion aux chrétiens); Ma rc-Aurcle de Rébus suis, 1. n , c. 3 ; Lucien, tn Peregrin.
* Rltuttito, <ut Scapvlam, c. S. Les sarans sont divisés entre trois personnes du même nom, qui toutes ont ilè proconsuls d'Asie. Je buis porté à croire qu'il est ici question d'Anionin-le-Pieui , qui rut empereur dans la suite, et qui pouvait avoir gouverné l'Asie sous te régne de Trajaii.
te Rébus Christ, anlc Constant., p. 23.
gré ce dédain réel ou affecté , la constance intrépide des fidèles produisit les effets les plus salutaires sur les esprits que la nature ou la grâce avait heureusement disposés à recevoir les vérités de la religion. Dans ces spectacles uftUgeans, il se trouvait beaucoup de Gentils qui éprouvaient de la compassion, qui admiraient et 40! étaient convertis. L'enthousiasme généreux se communiquait du martyr aux spectateurs, et, comme os l'a souvent remarqué, le sang des martyrs devint la semence de l'église.
Mais, quoique la dévotion eût causé cette fièvre de l'âme, et que i' éloquence cherchât toujours a l'entretenir, les espérances et les craintes plus naturelles du cœur humain , l'amour de k vie , l'appréhension de la douleur, l'horreur de la dissolution, reprirent insensiblement leurs droits. Les sages directeurs de l'église se trouvaient obligés de restreindre l'ardeur indiscrète des chrétiens , et de se méfier d'une constance qui les abandonnait trop souvent an moment du danger '. A mesure que les fidèles renoncèrent aux mortifications, et que leur vie devint moins austère, ils se montrèrent de jour eu jour plus insensibles à l'honneur du martyre. Les soldats de Jésus-Christ, au Heu de se distinguer par des actes volontaires d'héroïsme , abandonnaient fréquemment leurs postes, et fuyaient avec confusion devant un ennemi auquel il eût été de leur devoir de résister. Il y avait cependant , pour échapper aux flammes de la persécution, trois moyens qui n'étaient pas tons également condamnables. Le premier, en effet, avait été déclaré innocent; le second, dont l'espèce paraissait plus. incertaine, était au moins nue offense vénielle; mais, en suivant le troisième, on- se rendait coupable d'une apostasie criminelle et directe.
T. Un inquisiteur moderne serait bien étonné d'apprendre que, chez les Romains, toutes les fois que l'on dénonçait aux magistrats une personne de la secte des chrétiens, on communiquait les chargea à l'accusé , et qu'on lui laissait toujours un temps convena-
1 Voyez l'épUre de l'église deSmyrne.ap. Btutb., 11ht codés., I. îv, c. 15.
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ble pour arranger ses affaires domestiques, et pour répondre au crime qui lui avait été imputé '. S'il doutait de sa propre constance , ■ un pareil délai lui procurait la facilité de conserver sa vie et son honneur par la fuite, de se cacher dans quelque retraite obscure ou dans quelque province éloignée, et d'attendre patiemment le retour de la paix et de la tranquillité. Des démarches si conformes à la raison furent bientôt autorisées par l'avis et par l'exemple des plus saints prélats ; et il paraît qu'elles furent généralement approuvées, excepté par les montanistes, qu'un attachement strict et opiniâtre a la rigueur de l'ancienne discipline jeta enfin dans l'hérésie*. II. Les gouverneurs des provinces, dont l'avarice l'emportait sur le zèle , avaient coutume de vendre des certificats (on libella», comme on les appelait alors). Ces certificats attestaient que les personnes qui vêtaient nommées s'étaient soumises aux lois, et qu'elles avaient sacrifié anx divinités romaines. En produisant ces fansses déclarations, les chrétiens opulens et timides pouvaient imposer silence aux délateurs, et concilier, en quelque sorte, leur sûreté avec leur religion. Une légère pénitence expiait la faute de cette dissimulation profane1. III. Dans toutes les persécutions, il y eut un grand nombre d'indignes chrétiens qui désavouèrent ou abandonnèrent publiquement leur religion, et qui confirmèrent la sincérité de leur abjuration par quelque acte légal, soit en brûlant de l'encens, soit en offrant
1 Dans la seconde apologie de saint Justin, on trouve un exemple particulier et Irès-eurleui d'un pareil délai donné par la loi. La mCroù indulgence fut accordée au chrétiens accusée dans la persécution de l'empereur Dèce; et saint Cyprien (de Lapsis ) en parle posiUvemen t : dies negantibus prtestilatas.
1 TertuUîen regarde la fuite , dans un temps de persecation, comme une apostasie imparfaite, mais très-criminelle, comme une tentative impie pour éluder la volonté de Dieu , etc. , etc. 11 a écrit , sur ce sujet ( voyez p. 536-544 , édit. Rigall. ) un traite' qui est rempli du fanatisme le plus extravagant , et des déclamations les plus ridicules. II est cependant asssea singulier que Tertuliien n'ait pas souffert lui-même le martyre.
J Les iibeliatii-.i , qui sont principalement connus par les écrits de saint Cyprien, sont décrits avec la dernière précision dans le commentaire étendu de Mosheim, p. 483-480.
L'EMPIRE ROMAIN, (334 dep. J.-C.)
des sacrifices. Parmi ces apostats, les ans avaient cédé a la première menace on à la première exhortation des magistrats. La patience des autres n'avait pu être subjuguée que par la lenteur et par le redoublement des supplices. Ceux-ci ne s'avançaient qu'en tremblant ; l'épouvante peinte dans leurs regards décelait leurs remords intérieurs, tandis que ceux-là marchaient avec confiance et avec joie aux autels des dieux1. Mais le déguisement que la crainte avait forcé de prendre , tombait avec le danger. Dès que la rigueur de la persécution se ralentissait , les portes de l'église étaient assaillies d'une multitude de pénitens qui détestaient leur soumission sacrilège, et qui sollicitaient, avec une égale ardeur, mais avec des succès différons , la permission de rentrer dans le sein de la société des fidèles1.
IV. Malgré les règles générales établies ponr le jugement et pour la punition des chrétiens dans un gouvernement étendu et arbitraire, leur sort devait toujours dépendre, en grande partie, de leur propre conduite, des circonstances des temps , et du caractère des principaux chefs et des administrateurs subordonnés qui les gouvernaient. Le zèle pouvait qnelquefois provoquer la fureur superstitieuse des païens. La prudence pouvait quelquefois aussi détourner ou apaiser l'orage. Une foule de motifs différons portait les gouverneurs des provinces à user de toute la rigueur des lois, ou à se relâcher dans leur exécution. Le plus puissant de ces motifs était leur empressement à se conformer , non-seulement aux édits publics, mais encore aux intentions secrètes de l'empereur,
■Pline, lettres x, 97. Denis d'Alexandrie, ap.Eu.ieb., 1. vi, c. 41. t Ad priais slalim verba minautis iiimici
• maximus Iralrum numéros (Idem suani prodidil : nec i prostralus perseeutionis irapetu , sed volunlario lapsu
* se ipïumprostravil.- (Œuvres de saint Cyprien.p. 8a.) Parmi les déserteurs, Hy avait plusieurs prttres, et mtae des értques.
* C'est dans cette occasion que saint Cyprien composa on traité de Lapsis et plusieurs de ses épures. La controerse concernant le traitement qu'il fallait infliger aux inostats pénitens, ne se trouve point parmi les chrétiens du siècle précédent. En allribuerons-nous la cause lia supériorité de leur foi et de leur courage ? ou bien ne serait-ce pas parce que nous avons une connaissance moins parfaite de leur nisloir; ?
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(324 dep. l.-C.) dont un seul coup d'œit suffisait pour allumer ou pour éteindre les flammes de la persécution. Toutes les fois que l'on exerça quelques actes de sévérité dans les diverses parties do -l'empire, les premiers chrétiens déplorèrent, et peut-être exagérèrent leurs propres souffrances. Mais le nombre célèbre des dix persécutions a été fixé par les écrivains ecclésiastiques du cinquième siècle , qui voyaient , d'une manière plus distincte , l'état florissant ou malheureux de l'église depuis Néron jusqu'à Dioctétien. Les parallèles ingénieux des dix plaies de l'Egypte et des dix cornes de l'Apocalypse leur donnèrent la première idée do ce ealcul : en appliquant à la vérité de l'histoire la croyance qu'exigent les prophéties, ils eurent soin de choisir les règnes qui avaient en effet été les plus funestes à la cause du christianisme '. Hais ces persécutions passagères servirent seulement à ranimer le zèle des fidèles, et à rétablir leur discipline ; et les momens de rigueur excessive furent compensés par do pins longs intervalles de paix et de sécurité. L'indifférence de quelques princes , et l'indulgence de plusieurs autres, permirent aux chrétiens d'exercer leur culte, à la faveur d'une tolérance publique, quoiqitelle ne fût peut-être pas autorisée par la loi.
L'Apologétique de Tertullieu renferme deux exemples très-anciens, très-singuliers, et eu même temps très-suspects, de la clémence des empereurs : ce sont les édita de Tibère et de Marc-Aurèle, publiés non-seulement pour protéger l'innocence des chrétiens, mais encore pour annoncer ces miracles surprenons, qui attestaient la vérité de leur doctrine. Le premier de ces exemples est accompagné de quelques difficultés capables d'embarrasser un esprit sceptique '. H fau-
1 Voyez Moshcim , p. 97. Sulpice Sévère est le premier qui. ail imaginé ce nombre, quoiqu'il paraisse vouloir réserver la dixième el la plus grande persécution pour la venue de l'Asie- Christ.
* Sainl Justin est le premier qui ail fait mention du témoignage rendu par Ponce-Filatc. Les embellissemens successifs que eelte histoire a reçus, en passant par les mains de TcrluUicn, d'Eusebe, de sainl Épiphanc,dc saint ClirysosLfliae, d'Orose, de Grégoire de Tours, et îles auteurs qui ont donné les différentes éditions des actes de Pitate, sont très-ingénument représentés par don Calmel., DUsert.sur l'Écriture , tom. m , p. 651 , elc.
tirait supposer quo Ponce-Pilule informa l'empereur de la sentence de mort injustement prononcée par lui-même contre une personne innocente et qui paraissait revêtue d'un caractère divin; que, sans avoir le mérite du martyre, il en courut le danger; que Tibère, connu par son mépris affecté pour toute espèce de religion , conçut aussitôt le dessein de placer le messie des Juifs parmi les dieux de Rome; qu'un sénat composé d'esclaves osa désobéir aux ordres de son maître; que Tibère, au lieu de s'offenser d'un pareil refus, se contenta de protéger les chrétiens contre la sévérité des- lois, plusieurs années avant que ces lois eussent été portées, avant que l'église eût pris un nom particulier, ou qu'elle eût acquis quelque consistance. Enfin nous serions forcés de croire que le souvenir de ce fait extraordinaire aurait été conservé dans des registres publics et très-: authentiques, qui auraient échappé aux recherches des historiens. do la Grèce et de Rome, et qu'ils auraient été connus seule-; ment d'an chrétien d'Afrique, qui composa son apologétique cent soixante ans après la mort de Tibère. On prétend aussi que ledit de Marc-Aurèle fut l'effet de la dévotion et de la gratitude de ce prince pour sa délivrance miraculeuse dans la guerre des Mar-; comans. La situation déplorable des légions, la pluie qui tomba si à propos, la grêle, les. éclairs et le tonnerre, l'effroi et la défaite des barbares, ont été célébrés par la plume éloquente de plusieurs auteurs païens. S'il se. trouvait des chrétiens dans l'armée, il était bien naturel qu'ils attachassent quelque mérite aux prières ferventes qu'ils avaient offertes, à l'instant du danger, pour leur propre conservation , et pour la sûreté publique. Mais les monnmens d'airain et de marbre, les médailles des empereurs , et la colonne . Antonine, nous assurent aussi que ni le prince ni le peuple ne furent touchés de ce service signalé, puisqu'ils attribuèrent leur salut à la providence de Jupiter et à l'interposition de Mercure. Dans tout le cours de son règne, Marc-Aurèle méprisa les chrétiens comme philosophe, et il les punit comme souverain '.
'Sur ce miracle, que l'on appelle communément le
Par une fatalité singulière, les eaux qu'ils
avaient endurés sous le gouvernement d'un prince vertueux cessèrent tout-à-coiip àl'avénement d'un tyran ; et, comme ils avaient seuls éprouvé l'injustice de Marc-Aurèle, ilp furent seuls protégés par la douceur de Commode. La célèbre Marcia, qui tenait le premier rang parmi ses concubines, et qui conspira contre les jours de son amant , avait conçu une affection particulière pour l'église opprimée; et, quoiqu'il no lui eût pas été possible de concilier la pratique- du vice avec les préceptes de l'Évangile, elle pouvait se natter qu'elle expierait les faiblesses de son sexe et de sa profession en se déclarant patronne des chrétiens '. Sous la protection favorable de Marcia, ils passèrent en surate les treize années d'une tyrannie cruelle; et, lorsque l'empire eut été établi dans la maison de Sévère, ils formèrent avec la nouvelle cour des liaisons particulières, mais plus honorables. On avait persuadé à l'empereur que, dans une maladie dangereuse, il avait tiré quelque secours, soit physique, soit spirituel,, de l'huile sainte dont il avait été oint par un de ses esclaves. Il traita toujours avec une distinction particulière plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe qui avaient embrassé la nouvelle religion. La nourrice et le précepteur de Caracalla étaient chrétiens; et, si ce jeune prince montra jamais quelque sentiment d'humanité, ce fut dans une circonstance qui, quoique peu intéressante en elle-même, avait rapport à la cause du christianisme '- Sous le règne de Sévère, la fureur de la populace fut réprimée, et la rigueur des anciennes lois suspendue pendant quelque temps. Les gouverneurs des provinces se contentèrent d'un présent annuel , que les églises de leurs districts leur
mu'ade delà Légion nilminante, voye* l'excellente critique de M. Moy le, vo|.u, p. 81-390.
i Dion Cassius, ou plutôt son abréviateui Sipliilin , 1. uni, p. 120G.M.Moyle(p.2GC) a représente l'état de l'église sous le régne de Commode.
* Comparez la vie de Caracalla, dans l'Histoire August., «TOC la lettre de TertulUen à Seapula- Le docteur Jorlin (Remarques sur 11 lis!, ccclesias., vol. u, ])■ 5, etc.), en examinant reflet de l'huile sainte sur la maladie de Sévère, a le plus tu* désir de convertir en miracle la guerison de ce prince.
EMPIRE ROMAIN, ( 214 dep. J.-C.)
donnaient, comme h) prix ou comme la récompense de leur modération '. La dispute qui s'éleva au sujet du temps précis où l'on devrait célébrer la fête de Piques aima les évoques de l'Italie et de l'Asie les: uns contre Les autres ; et il ne se passa point d'évrin <v ment plus important dans cette période de repos et de tranquillité '. Enfin la paix de l'église ne fut interrompue que lorsque le nombre, sans cesse augmentant, des prosélytes, eut attiré l'attention de Sévère et irrite l'esprit de ce prince. Dans la vue d'arrêter les progrès du christianisme, il publia un édit, qui, selon les intentions du prince, ne devait concerner que les nouveaux convertis, mais qui ne pouvait être rigoureusement exécuté sans affecter les plus zélés de leurs prédicateurs et de leurs nussioanaireit. Il est facile de découvrir, dans colla persécution adoucie le -génie indulgent de Rome et du polythéisme, qui admettait si promptement toute espèce d' excuse eu faveur de ceux qui pratiquaient les cérémonies religieuses de leurs a uc êtres '.
Mais les lois que Sévère avait établies expirèrent bientôt avec l'autorité de cet empereur. Les chrétiens, après cet orage. passager, jouirent d'un calme de trente-huit ans*. Jusqu'à celte époque ils avaient ordinaire ment tenu leurs assemblées dans des maisons particulières et dans des lieux retirés. Il leur fut alors permis d'élever et de consacrer des édifices convenables pour célébrer leur culte religieux1, de faire, à Rome même, des ncqui-
i Terlullien, de Riga, c. 13. Le présent fui Eait durant la fête dos Saturnales; cl Terlullien voit arec peine que lasociëb) des fidèles est confondue avec les professioos les plus [urines , qui achetaient U connivence du gourerM-
» Eu5ébe,l.v,c23,M;Moslielm,p;*35-447.
3 • Judteos lier) sub gravi ptenavetuit. Idem etiam de • ehristianis sanxït.i (Histoire Augusline, p. 70.)
'Sulpice Sévère, Lu, p. 384. Ce calcul (en y faisant une seule exception) et confirmé par l'Histoire d'Kusebe et par les écrits de saint Cyprien.
■ L'antiquité des églises des chrétiens a été discutée par Titlemonl (Mém. ecdéslast:, lom. ni, part. », p. 68-72, et par M. Movle, vol. i, p. 378-398). Ce M dit temps d'Alexandre Sévère, selon M. de Tillemoni , et, suivant M. Movle , mus Gallien , que les première) églises furent construites, pendant la paix que les Ddclcs goûté rent durant le règne de ces deux princes.
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(324 dep. J.-Cli.) sitions destinées à l'usage de lenr société, de nommer publiquement leurs ministres ecclésiastiques; et ils se conduisirent, dons ces élections, d'une manière si exemplaire, qu'ils méritèrent le respect des Gentils ' . Durant ce loDg repos, l'église obtînt de la considération. Les règnes de ces princes , qnî liraient lenr origine des provinces asiatiques, fnrent les plus favorables airs chrétiens. Les personnages éminens delà secte, an lieu d'être réduits à la nécessité d'implorer la protection d'une esclave on d'une concubine, furent admis dans lé palais, revêtus du caractère honorable de prêtres et de philosophes , et leur doctrine mystérieuse , qui avait déjà été répandue parmi le peuple, attira insensible' ment la curiosité des souverains. Lorsque l'impératrice Mammée passa par Antioche, elle parut désirer de s'entretenir avec le célèbre Origènc, dont tout l'Orient vantait la piété et les connaissances. Origène se rendît à uue Invitation si flatteuse; et, quoiqu'il ne dût pas espérer de ponvoir convertir une femme rusée et ambitieuse, ses exhortations éloquentes furent écoulées avec plaisir; et Mammée le renvoya honorablement dans sa retraite en Palestine *. Alexandre adopta les sentimens de sa mère; et la dévotion philosophique de ce prince se manifesta par un respect singulier, mais peu judicieux, pour la religion chrétienne. Il plaça dans sa chapelle domestique les statues d'Abraham , d'Orphée, d'Apollonius et de Jésus-Christ, qu'il regardait comme les plus vénérables de ces sages qui avaient appris aux hommes à rendre, leur hommage à la divinité suprême et universelle s. Une foi et un culte plus purs
' Voyez mU. Aug., p, 130. L'empereur Alexandre adopta leur méthode d'exposer publiquement le nom de ceux qui se présentaient pour être revêtus de quelque emploi. Il est vrai que l'on auriiuie aussi i la nation juive l'honneur de cette coutume.
z Eusebe , HisL ecclésiasl. , I. n , c. 21 , saint Jérôme deSerlp. certes., c 54. Mammée fut appelée une femme sainte et pieuse par les chrétiens et par les païens. Elle n'avait donc pas mérité que les premiers lui donnasses! m
PATt ED. GIBBON. CHAP. XVI.
3 Voyez l'Histoire Aug., p. 123. Il paraît que Mosheim raffine beaueonp trop sur la religion particulière d'Alexandre. Le dessein qu'il avait de bâtir un temple publie à Jésus-Christ (Hist. Aug., p. 129) , et l'objection que l'on (il à ce prince ou i l'empereur Adrien , dans une eir-
fuTPRt professes et pratiqués ouvertement dans son palais. Ce fut peut-être alors pour la première fois que l'on vit des évoques à la cour. Après la mort d'Alexandre, lorsque te barbare Maximin faisait tomber sa rage sur les serviteurs et sur les favoris 'de son infortuné bienfaiteur, un grand nombre de chrétiens de tout rang et de tout sexe se trouva enveloppé dans le massacre' tumultueux qni, pour cette raison, a été appelé, Fort improprement , du nom de persécution '. Malgré l'humeur cruelle du tyran, les effets de sa haine contre les chrétiens furent circonscrits dans des limites étroites, et n'eurent qu'une courte durée. Le pieux Origène, qui avait été proscrit comme une victime dévonée à la mort , était encore destiné à porter la vérité de l'Évangile à l'oreille des rois •• Il adressa plusieurs lettres édifiantes à Philippe, à la femme et à ta mère de cet empereur; et, dès que ce prince, né dans le voisinage de la Palestine, eut usurpé le trône , les chrétiens acquirent un ami et un protecteur. La faveur déclarée de Philippe, sa partialité même envers les sectateurs de la nouvelle religion, et le respect qu'il eut constamment pour tes ministres de l'église, donnent un air de vraisemblance aux soupçons que l'on avait formés de son temps. On conjecturait que l'empereur lui-même avait embrassé la foi *. C'est aussi ce qui a fait
constance semblable, paraissent n'avoir d'aulre tonde ment qu'un conte dênné de vraisemblance, inventé par les chrétiens, et adopté par un historien crédule du siéute
i Eusebe, 1. n, t. 28. On peut présumer que les succès du christianisme avaient irrité les païens , donl la dévotion augmentait de Jour en jour. Dion tassius, qui écrirait sous le premier règne, voûtait, selon tontes les apparences, que son maître profitât dts conseils de persécution qu'il place dans un meilleur siècle , et qu'il met dans la bouche du favori d'Auguste. Concernant ce discours de Mécène, ou plutôt de Dion, je puis renvoyer i l'opinion impartiale que j'ai moi-même adoptée (note 25 du second enapitre de eet ouvrage) et i l'abbé de la Blelterie (Mém. de l'Académie, tom. xxnr, p. 303, tom.xxv, p. 432.)
» Orosa(l.vn,e.l9) prétend qu'Origene était l'objet de la haine de Maximin; et Finnilianus, qui, dans le même siècle, était un èreque de Cappadoce , restreint cette persécution, et nous en donne une idée juste {ap. Cyprian., épist. 75.)
s Ce que nous trouvons dans une éptlre de Denis d'Alexandrie (op. Etueb., 1. tu , c 10) concernant ces prlu-
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (324 dep. J.-Ch.)
imaginer dans la suite la table qu'il avait été purifié par la confession et par la pénitence, du crime dont il s'était rendu coupable en Taisant périr l'innocent Gordien'. Avec le changement de maître, la chute de Philippe amena un nouveau système de gouvernement, si oppressif pour les chrétiens, que leur condition antérieure, depuis le temps de Domitien, paraissait un état parfait de liberté et de sécurité lorsqu'on le comparait avec le traitement rigoureux qu'ils éprouvèrent pendant le peu d'années du règne de l'empereur Dodus*. Les vertus de ce prince ne nous permettent pas ■ d'imaginer qu'il ait été animé par un esprit de vengeance contre les favoris de son prédécesseur. Il est plus raisonnable de croire qu'avec le projet de rétablir en général les moeurs romaines, il voulait délivrer l'empire de ce qu'il appelait une superstition nouvelle et criminelle. Les évéques des villes les plus considérables furent enlevés à leurs troupeaux par l'exil ou par la mort. La vigilance des magistrats empêcha, durant seize mois, le clergé de Rome de procéder à une nouvelle élection : les chrétiens disaient que l'empereur soutfrirait plus patiemment un compétiteur pour la pourpre qu'un évéque dans sa capitale *. S'il était possible de supposer que la pénétration de Decius avait aperçu l'orgueil sous le manteau de l'humi-
ccs , que l'on supposai! publiquement être chrétiens , se rapporte évidemment i Philippe et a sa famille : ce témoignage d'un contemporain prouve qu'un pareil bruit avait prévalu; mais l'évéque égyptien, qui vivaildans l'obscurité et i quelque distance de la cour de Rome, s'exprime sur 1* reriié de ce fait née une réserve convenable. Les épttns d'Origine , qui existaient encore du temps d'Eusèbe (voyeil. 11 , c. 36) auraient très-probablement décidé cette question, plus curieuse qu'importante.
■ Eusebe, 1. w , c. 34. Cette histoire, comme c'est l'ordinaire,aélé embellie par tes écrivains des siècles suivans, et réfutée avec une érudition très-superflue , par Frédéric Spanheim. {Opéra varia , lom. u , p. 400).
i Laclance, de Mort, penee. , e. 3, 4. Apres avoir célébré la (elicité et les progrès de l'église sous une longue suite de bons princes , il ajoute : Extitit pott annos pluriinos, execrabUe animal, Decius, qui vexaiet eccUsiam.
'Eusèb. ,1. ïi, c. 39; saint Cyprien , eptit. 55. Le siège de Rome resta vacant depuis le 20 janvier 250 , Jour du martyre de saint Fabien, jusqu'à l'élection de Cor- ■ItUelH juin 251. Decius avait probablement alors quille Home puisqu'il lut tué avant la fin de celte année.
lité, ou qu'il avait entrevu la domination " temporelle, que les prétentions de l'autorité spirituelle pouvaient insensiblement former, il paraîtrait moins surprenant que ce prince considérât les successeurs de saint Pierre comme les rivaux les plus formidables des successeurs d'Auguste.
L'administration de Valérien eut un caractère de légèreté et d'inconstance peu digne de la gravité du censeur romain. Au commencement de son règne, il surpassa en clémence les princes qui avaient été soupçonnés d'attachement à la foi chrétienne. Dans les trois dernières années et demie, écoulant les insinuations d'un ministre livré aux superstitions de l'Egypte, il adopta les maximes de son prédécesseur ', et il en imita la sévérité. L'avcnementdc Gallien, en augmentant les calamités de l'empire, rendit la paix à l'église. Les chrétiens obtinrent le libre exercice de leur religion, par un édit adressé aux évéques, et conçu en termes qui semblaient reconnaître leur état et leur caractère public \ Sans être formellement annulées, les anciennes lois tombèrent en oubli; et, si l'on en excepte quelques intentions attribuées à l'empereur Auréiien*, qui auraient pu être funestes à l'église, les chrétiens jouirent, pendant plus de quarante ans, d'une prospérité bien plus dangereuse pour leur vertu que les épreuves les plus cruelles de la persécution.
L'histoire de Paul de Samosate, qui remplissait le siège métropolitain d'Antiochc, tandis que l'Orient était entre les mains d'Odenat et de Zénôbie, peut servir à faire connaître la condition et l'esprit des temps. Les richesses de ce prélat prouvaient suffisami Eusebe, 1. m,c. 10; Moshcim, p. 548, a montré u*5-ctoirememqoelepréfetMacrien,dl'egyptien«aguj, étaient une seule et mime personne.
* Eusebe (1. n, c 13) nous donne nue traduction grecque de cet édit latin, qui parait avoir été Ires-eoncEt. Par un autre édit, Gallien ordonna que les eùnetUret Fussent rendus au chrétiens.
* Eusebe, 1. ni , c. 30; Uelance.de M.persEc,Ui;itùnl Jérôme , Chron., pag. 177; Orne , 1, vu, c. 23. Leur tugage est en général si ambigu et si incorrect , que nous ne sommes point en étal de déterminer quelles étaient les intentions d' Auréiien, avant qu'il fût assassiné. La plupart des modernes (excepté Dodwoll, distert. Cvprian. n, 74) ont saisi cette occasion pour gagner un petit nombre de martyrs extraordinaires.
(3Mdep.J.-C.) ment combien il ciailcotipable, puisqu'elles ne lui venaient point de l'héritage de ses ancêtres, et qu'il ne les avait point acquises par une honnête industrie. Mais Paul regardait le service de l'église comme une profession très-lucrative '. Tout était vénal dans sa juridiction ecclésiastique. Il tirait de fréquentes contributions des fidèles les plus opnlens; et il s'appropriait une partie considérable du revenu public. Son orgueil et son luxe avaient rendu la religion chrétienne odieuse aux gentils. La chambre du conseil et le tronc de ce fier métropolitain, sa magnificence lorsqu'il paraissait en public, la foule de supplions qui briguaient un de ses regards, la multitude de lettres ctdcplacets auxquels il dictait ses réponses, et le tourbillon des affaires qui l'entraînaient sans cesse, convenaient bian mieux à l'état d'un magistrat civil *, qu'à l'humilité d'un évoque de l'église primitive. Quand il haranguait te peuple du haut de la chaire de vérité, il affectait le style figuré et les gestes peu naturels d'un sophiste de l'Asie, pendant que les voûtes de la cathédrale reicn tissaient des acclamations les plus extravagantes à la louange de son éloquence divine. Arrogant, rigide, inexorable envers ceux qui résistaient à son pouvoir, ou qui refusaient de llatler sa vanité, le prélat d'Anliochc relâchait la discipline de l'église eu faveur de son clergé, et il lui en prodiguait les trésors. Les prêtres qui lui étaient soumis avaient la permission d'imiter leur chef, en satisfaisant tous les appétits sensuels ; car Paul se livrait sans scrupule
i Paul aimait mieux le liire de ducenartiu que celui d'cvëqucLe rface/tarit» était un intendant de l'empereur, ainsi appelé de ses appointemens, qui se montaient à deux cent* «estera», environ trente-six mille livres. (Voyei, SHumwseotl'HiSoire Augastine, p 124.) Quelques critiques supposent que l'tVtqae d'Antioehe obtint efreeliveraenttsttxupM deZeuotrie. D'antres regardent seulement cette dMiOBiiiai ion cote ta* une expression figurée, pour désigner te Jatte M l'insolence du prêtât.
ï La limante n'était point inconnue dans ce siècle; et te clergé achetait quelquefois ce qu'il avait Intention de vendre. Il paraît qu'une riche dame nommée Lnrilla Ht l'aoquMtinndereTêcbédeCartnage ponr Major in , un de sis serviteur». Le prix (ut de quatre cents follet ( Momtm. antiquit. ad atleem Optati, p. '■93). Chaque fallu contenait cent vingt-cinq pièces d'argent ; et toute la aonuoe pouvait valoir environ deux mille quatre eentt livres sterling.
GIBBOH, I.
aux plaisirs de la table, et il avait reçu dans le palais épiscopal deux jeunes femmes d'une grande beauté, qui lui servaient ordinairement de compagnes dans ses momens de loisir ',
Malgré ces vices scandaleux, si Paul de Samosate eut conservé la pureté de la foi orthodoxe, son règne sur la capitale de la Syrie n'aurait été terminé qu'avec sa vie; et, s'il se fut élevé par hasard une persécution, nu effort de courage l'aurait peut-être plaeé au rang des saints et des martyrs. Mais il avait eu l'imprudence d'adopter quelques erreurs subtiles et délicates concernant la doctrine de la Trinité : son opiniâtreté à les soutenir excita l'indignation et le zèle des églises orientales*. De l'Egypte an Pont-Euxin, les évoques furent en armes et se donnèrent les plus grands mouvemens. On tint plusieurs conciles; on publia des réfutations ; les excommunications ne furent pas épargnées .
Apres des explications équivoques, tour à tour acceptées et rejetées , après des traités violés presque aussitôt que conclus, Paul de Samosate fut enfin dégradé de son caractère épîscopa! par une sentence de soixante-dix ou quatre-vingts évoques, qui s'assemblèrent a ce sujet dans la ville d'Antioehe, et qui, sans consulter les droits du cierge ou du peuple, nommèrent un successeur de leur propre autorité. L'irrégularité manifeste de cette procédure augmenta le nombre des mécoutens ; et comme Paul, qui n'ignorait pas les intrigues de cour, avait su se rendre agréable à Zénobic, il se maintint, pendant plus de quatre ans, eu possession de son palais et de sa dignité épîscopalc. La victoire d'Aurélien changea la face de l'Orient. Les deux partis, qui se donnaient les noms de schismatiques et d'hérétiques, curent ordre ou permission de plaider Leur cause devant le tribunal du vainqueur. Ce procès public et
■ Si l'on voulait diminuer les vices de Paul, Il faudrait sopposer qnc les éveques assembles de l'Orient se portérentauxplus odieuses calomnies, et qu'ils les publièrent dans des lettres circulaires adressées i toutes les églises de l'empire (ap. Euseb., ni, c. 30).
1 Son hérésie (semblable à celle- de Noetusetde Sabellius dans le mêmesièrte) tendait à confondre la distinction mystérieuse des personnes divines. (Voyer Muslieim, P- 702, etc.)
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très-singulier fournit une preuve convaincante que l'existence, les propriétés, les privilèges et la police intérieure des chrétiens, étaient reconnus, sinon par les lois, du moins par les magistrats de l'empire. Comme païen et comme soldat, on ne devait pas s'attendre qu'Aurélien entreprit de discuter les senti mens de Paul et de ses adversaires, et do déterminer ceux qui étaient le pi us conforme s à la vérité de la foi orthodoxe. Cependant sa décision fut fondée sur les principes généraux de la raison et de l'équité. Les évoques de l'Italie lui paraissaient les juges- les plus intègres et les plus respectables parmi les chrétiens. Dès qu'il eut appris qu'ils avaient unanimement approuvé la sentence du concile, il suivit leur avis; et Paul fut bientôt obligé, par son ordre, d'abandonner des possessions temporelles attachées u une dignité dont, au jugement de ses frères, il avait été justement dépouillé. Mais, en applaudissant a la justice d'Aurélien, il ne faut pas négliger d'observer sa politique : pour rendre à la capitale sa supériorité sur tomes les parties de l'empire, et pour cimenter la dépendance des provinces, il n'épargnait aucun des moyens qui pouvaient enchaîner l'intérêt on les préjugés de tous ses sujets '. Au milieu des révolutions fréquentes de l'empire , les chrétiens fleurirent toujours dans un état de paix et de prospérité ; et malgré cette ère fameuse de martyrs, qui commence a l'avènement de Dioctétien *, le nouveau système d'administration établi et maintenu par la sagesse de ce prince fut, pendant plus de dix-huit ans, très-favorable au christianisme. Le gouvernement semblait avoir alors adopté les principes les plus doux et les plus étendus de tolérance. A la vérité, l'esprit de Diocléticn lui-même était moins propre aux recherches spéculatives qu'aux travaux actifs de la guerre et du gonverne-
| < Eusebc,Hist.Ecclé3.,l.vn,c.30.C'cstaluiqueuous sommes entièrement redevables de l'histoire curieuse de Paul de Samosate.
] i L'ère des martyrs, quiest encore en usage parmi les jCophtesel les Abyssiniens, dût être comptée depuis le (29 auût de l'année 284, puisque l 'année égyptienne commence dii-neuf jours plus lot que l'avéncment de Diojdélien. (Voyez li dissertation préliminaire à l'Art de vérifier les dates. )
ment, Sa prudence le rendait l'ennemi de toute grande innovation ; et quoique son caractère ne fut pas très-susceptible de zèle ni d'enthousiasme, il eut toujours un respect habituel pour les anciennes divinités de l'empire. Mais le loisir dont jouissaient les deux impératrices, Prisca sa femme et sa fdlc Valérie, leur permit de recevoir, avec plus d'attention et de déférence, les vérités du christianisme, auquel, dans tous les siècles, la dévotion des femmes a rendu des services si importans '. Les principaux eunuques, Lucien* et Dorothée, Corgonitis et André, qui accompagnaient la personne de Diocléticn, possédaient sa faveur et gouvernaient sa maison, protégèrent par leur influence puissante la foi qu'ils avaient embrassée. Leur exemple fut imité par un grand nombre des officiers les plus considérables du palais, qui, dans leurs postes respectifs, avaient soin des ornemons, des habits, des bijoux, des meubles et même du trésor particulier; et, quoiqu'ils fussent quelquefois obligés de suivre l'empereur lorsqu'il allait sacrifier dans le temple *, ils jouissaient, avec leurs femmes, leurs enfaus et leurs esclaves, du libre exercice de la religion chrétienne. Diocléticn et ses collègues conféraient souvent les emplois les plus importans à ceux qui ne dissimulaient pas leur horreur pour le culte des dieux, mais qui avaient développé des lalens propres au service de l'étal. Les éveques tenaient un rang considérable dans les provinces où ils étaient placés. Le peuple et les magistrats euxméines les traitaient avec distinction et avec respect. Presque danscliaquc ville les églises ne pouvaient déjà plus contenir la multitude des prosélytes, dont le nombre se multipliait tous les jours. On érigea des édifices plus
■ [.'«pression de Laclance {de M. p., t. 15), sacrifido pallui coegit, suppose qu'elles avaient été auparavant converties a b foi; nuis elle ne parait pas jusliller cette assertion de Moslieim { p. 912), qu'elles avaient été baptisées en particulier.
* M. de internant { Mém. Ecelésisst. , (om. t , part, i, p. Il ,12) atirédu Spieileg. deDom. Lue d'Acheriune instruction tres-curieuse , que l'évoque Theon as composa panr l'usage de Lucien. [ Voyez la nouvelle édilkm, Paris , 1723, toni. m , p. 297. ) Ce morceau paraît n'ttrc qu'une traduction latine; et, quoique je ne sache pas où il i été pris, il est certainement authentique.
3 Laclance, île Mort, pertte, c. 10.
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magnifiques et plus vastes pour célébrer le culte public des fidèles. La corruption mœurs et des principes, dont EusèbeBe plaint avec tant de force ', peut être considérée non-seulement comme une suite, mais encore comme une preuve de la liberté dont les chrétiens jouissaient et abusaient sous le règne de Dioctétien. La prospérité avait relâché les liens de la discipline. La fraude, l'envie, la méchanceté régnaient dans toutes les congrégations. Les prêtres aspiraient à la dignité cpiscopale , qui devenait de jour en jour un objet plus digne de leur ambition. Les évéques, qui se disputaient les uns aux autres la prééminence ecclésiastique, paraissaient , par leurs actions , vouloir usurper dans l'église une puissance temporelle et tyrannique; et la foi vive qui distinguait toujours les chrétiens des gentils brillait bien moins dans leur conduite que dans leurs écrits sur des matières de controverse.
Malgré uu calme apparent, un observateur attentif pouvait discerner quelques avantcoureurs de l'orage qui menaçait l'église : elle allait bientôt éprouver une persécution plus violente que toutes, celles qui jusqu'alors avaient déchiré son sein. Le zèle cl les progrès rapides du christianisme tirèrent les polythéistes de leur profond assoupissement; ils songèrent à défendre la cause de ces divinités que la coutume G«> l'éducation leur avaient appris à respecter. Lesoutrages réciproquement reçus dans le cours d'une guerre religieuse, qui avait déjà dure plus de deux cents ans, irritaient l'animosité des différons partis. Les païens s'indignaient de la témérité d'une secte nouvelle et obscure, qui osait accuser les hommes d'erreur, et dévouer leurs ancêtres à des peines éternelles. L'habitude de justifier la mythologie païenne contre les invectives d'un ennemi implacable, leur avait inspiré quelques sentîmens de foi et de vénération pour un système qu'ils avaient été accoutumés à considérer avec la pins grande indifférence. Les pouvoirs surnaturels dont l'église prétendait avoir la
' Eusèbc, Hisl. Ecdés. ,l.vm, e. i. Ceux qui consulteront l'original ne m'accuseront pas de charger le tableau. Eusebe avait environ seizu ans lorsque Dioctétien monta sur le trône.
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVI. . 33a
jouissance excitaient à la ibis la terreur et
l'émulation. Les partisans de la religion établie se retranchèrent derrière une semblable fortification de prodiges. Ils inventèrent de nouvelles formes de sacrifices, d'expiation et d'initiation ' ; et, s efforçant de ranimer le crédit expirant de leurs oracles ', ils écoutèrent . avec une crédulité avide tout imposteur qui flattait leurs préjugés par des contes merveilleux *, Les deux partis semblaient reconnaître la vérité des miracles proclamée par leurs adversaires ; et, en se contentant de les attribuer, soit à l'art de la magie , soit à la puissance des démons, ils concouraient réciproquement à établir et à étendre le règne de la superstition *. La philosophie, qui eu est l'ennemi le plus dangereux, devint le plus puissant de ses alliés. Les bosquets de l'Académie, les jardins d'Épicure, et même fe Portique desstoïciensfurent presque abandonnés, comme autant d'écoles différentes de seplicisme ou d'impiété *; et plusieurs parmi
' Nous pouvons citer, parmi un grand nombre d'exemples, le culte mystérieux de Mylhras et les Tauroboles, sacrifices qui devinrent à la mode sous le règne des Anton ins. ( Voyez une dissertation de M. de Boze , dans les Mêm. d« l'Académie, tome 11, p. 4-11. ) Le roman d'Apulée n'est pas moins rempli de dévotion que de satire.
3 L'inipoKleur Alexandre recommandait très-fortement l'oracle deTrophonius s Mallos, et eeui d'Apollon a Claros et à Milet . ( Lucien , lom. n , p. 230 , édit. Reilz. ) Le dernier de ces oracles, dont l'histoire singulière fournirait une digression très-curieuse , Tut consulté par Dioctétien, avant qu'il publiât ses édils de persécution. (Lactanee, de Mort, pence. , c. u. )
3 Outre les anciennes histoires de Pylhagore et d'Aristée, on a souvent opposé au* miracles de Jésus-Christ les guérisons opérées devant l'autel d'&culape, et les fables que l'on raconte d'Apollonius de Tbyane; quoique je convienne avec le docteur Lardner (v. ses Témoignages, vol. m, p. 252,352) que Philoetrate n'eut point une pareillo intention quand il composa 1a vie d'Apollonius.
* On ne saurait trop regretter que les Père* de l'église, en reconnaissant que le paganisme renfermait des choses surnaturelles ou infernales, comice ils le croyaient , aient détruit , de leurs propres mains , le grand avantage que , sans cet aveu , nous aurions pu retirer des concessions importantes de nos adversaires.
s Julien (p. 301 , édit. Spanheim ) témoigne une pieuse joie de ce que la providence des dieux a éteint ces sectes impies des Pyrrhoniens et des Épicuriens , et de ce qu'elle a détruit la plus grande partie de leurs livres, qui été très-nombreux , puisque Éplcure lui-même avait iposé trois cents volumes. (Voyez Diogène Latrce, Lx,c26.)
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les Romains désirèrent que les écrits de Cicéron fussent condamnés ci supprimés par l'autorité du sénat '. La secte dominante des nouveaux platoniciens crut devoir s'unir avec les prêtres , que peut-être elle méprisait, contre les chrétiens qu'elle avait raison de redouter. Ces philosophes si répandus s'attachèrentàtirer îles fictions de la poésie grecque la sagesse allégorique; ils instituèrent des rites mystérieux de dévotion à l'usage de leurs disciples choisis ; et, recommandant le culte des anciens dieux, qu'ils appelaient les emblèmes ou les ministres de la divinité suprême, ils composèrent avec le plus grand soin, contre la foi de l'Évangile, plusieurs traités *, qui depuis ont été livrés aux flammes par la prudence des empereurs orthodoxes *.
Quoique la politique de Dioctétien et l'humanité de Constance, les portassent à ne point s'éloigner des maximes d'une, tolérance universelle , on découvrit bientôt que leurs associés, Maximien et Galère » nourrissaient une haine implacable contre le nom et le culte des chrétiens. L'esprit de ces deux derniers princes n'avait jamais été éclairé parla science; l'éducation n'avait point adouci leur caractère. Ils devaient leur grandeur à leur épée ; et lorsqu'ils furent parvenus au plus haut point de leur gloire , ils conservèrent toujours les préjugés superstitieux des paysans et des soldats. Dans l'administration générale des provinces , ils obéissaient aux lois que leurs bienfaiteurs avaient établies; mais ils curent souvent occasion d'exercer , dans l'enceinte de leurs camps et de leurs
t iCumque altos audiam mussltare indignaulcr, et
• dicere oporlere sialui per senatum , aboleanlur ut hrec
■ scrlpta, tfulbus Christian» relig» eomprobetur , et vc-
■ lustatisopprinialuraucloritas.- ATimbt,ailvtisas gantes, l. m, p. 103, 104.11 ajoute avec beaucoup île justesse : i Erroris convinriie Ciccroncm.... iiam inlercipere > scrlpta , et punlieatam velle snbmergere leclionem ,
• non est Dnim defendere, sed veritatis lesliflcationem « timerf . •
J Laelaneef Instit.dnïn.,1. v, c. 2, 3) parle «ce beaucoup de chaleur et de clarté de deux de ces philosophes qui combattaient la foi . Le grand traité de Porphyre , contre les chrétiens, était en trente livres : il fui composé en Sicile vers l'année 270.
3VoTuSocrale, Hisl. Ecdés .). i,e. 9, elle code 1,1.1, lU.i,p.3.
(324dep.J.-C.) palais une persécution secrète ', » laquelle le zèle imprudent des chrétiens fournissait quelquefois les prétextes les plus spécieux. Maximtlien, jeune paysan de la province d'Afrique , bit puni du dernier supplice. Son père l'avait présenté au magistrat , comme ayant pour le service des armes toutes les qualités qne la loi exigeait. Mais Maximtlien persista opiniâtrement à déclarer que sa conscience ne lui permettait pas d'embrasser la profession de soldat *. On trouverait peu de oouvernemens qui laissassent impunie l'action de Mareellus, centurion. -Un jour de fête publique, cet officier, après avoir jeté son baudrier, son épée et les marques de sa dignité, s'écria hautement qu'il n'obéirait qu'à Jésus-Christ, roi éternel , et qu'il renonçait pour jamais à des armes indignes d'un chrétien et au service d'un maître idolâtre. Les soldats , dès qu'ils furent revenus de leur étonnement , s'assurèrent de la personne de Marcellus. Il fut examiné dans la ville de Tîngis, par le président de cette partie de la Mauritanie; et convaincu par son propre aveu, il fut condamne et décapité pour crime de désertion ». Il s'agit bien moins ici de persécution religieuse que tic loi militaire ou mémo civile ; mais des exemples de cette nature aliénaient l'esprit des empereurs, justifiaient la cruauté de Calère, qui cassa «n grand grand nombre d' «théiers chrétiens , et ils »u-
■ EuBèbe, 1. vm, c. 1, 17. Il limite le nombre des martyrs militaires par une expression remarquable (™iw «i-lîi wniuMif») dont aucun Inducteur , ni latin , ni français , n'a rendu l'énergie. Malgré l'autorité d'Kitsélie, et Tesilenre de LacUnce.de saint Ambroise , de Sulpice SeMre , d'Orose , etc. , ou a longtemps cru que la légion ihtuaine, composée de sii mille chrétiens, souffrit le martyre par ordre de Maxiroîcn, dans la vallée des Alpes l'enniucs. I/liislotrcen, bit i>ubliée pour ta première fois vers le milieu du cinquième tfrVIcpar Eocliér, évèque de Lyon, qui la tenait de certaines personnes , qui la tenaient d'iiaar , évéque de Genève, qui la tenait , dit-on, de Théodore, évéqoed'Oclodurura. L'abbaye dcsainl Maurice, qui subsiste encore, est un riche monument de la crédulité de Sigismond, roi de Bourgogne. (Voyez une excellente dissertation dans le treule-shiémc volume de la bibliothèque raisonnée, p. 427-454. )
'i Voyez les Jeta sincera, p. 299. La relation de son martyre et de celui de Marcellus «ut tous les caracUres de la vérité et de l'authenticité.
J Jeta tincera , p. 302.
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(324 dep. }<G.) lorisaient l'opinion qu'eue, secte d'enthousiastes, dont les principes; étaient si contraires au bitin pnblic,.devait rester inutile dans l'empire, ou devenir bientôt dangereuse.
Lorsque le succès de la guerre de Perse eut élevé les espérances et la réputation de Galère, il passa un hiver avec Dioctétien dans le palais de Nicomédie, et le sort du christianisme f«t l'objet de leurs fié libéra lion s secrètes ' . L'empereur expérimenté penchait toujours pour la douceur; et, quoiqu'il Tut prêt à- consentir que l'on forçat les chrétien» à quitter leurs emplois à la cour et à l'armée , il représentait dans les tenues les plus forts, combien il serait cruel et dangereux de verser le sang de ces fanatiques «vénales. Enfin , Galère lui arracha la permission de convoquer -un-conseil, composé des personnes les plus distinguées par Je rang qu'elles occupaient dans les départeuiens civils et militaires de l'état. Cette importante question fut agitée en leur présence , et ces courtisans ambitieux s'aperçurent aisément qu'il fallait seconder, par leur éloquence , la violence importune du césar. Un peut présumer qu'ils insistèrent sur tous les points capables d'intéresser l'orgueil , la piété, ou les craintes de leur maître, et de lo déterminer à la destruction du christianisme. Ils lui remontrèrent peut-être qu'après avoir délivré l'empire de tous ses ennemis , il ne pouvait se vanter d'avoir terminé ce glorieux ouvrage tant qu'il laisserait un peuple indépendant subsister et se multiplier dans le cœur des provinces. < Les chrétiens { tel était l'argument spécieux dont ils pouvaient se servir ) , ont renoncé aux divinités et aux institutions de Rome. Ils ont formé une république distincte, qu'il est encore possible- de détruire avant qu'elle ait acquis aucune force militaire ; mais clic se gouverne déjà par ses propres loi» et par ses magistrats ; déjà elle possède nn trésor public; et toutes ses parties sont intimement lices entre elles par ces assemblées fréqueutes devèques, dont les congré-
i De ISort. pertec. , c. ti. Ladance, ou l'auteur, quel 4* il soit, de ce petit traité , demeurait alors à Nicomélie.Maîs on conçoit difficilement comment il a pu se procurer une connaissance si exacte de ce qui se passait dans le cahinet ries princes.
gâtions nombreuses et opulentes reçoivent les décrets avec une obéissance implicite. » On pourrait croire que de pareils argumens firent impression sur l'esprit de Dioctétien , et qu'ils l'engagèrent, malgré sa répugnance, à suivre un nouveau système de persécution. Mais; quelles que soient nos conjectures, il n'est pas en notre pouvoir de rapporter les intrigues secrètes du palais, les vues et les haines particulières, la jalousie des femmes etdes eunuques , et tous ces motifs frivoles , mais décisifs, qui Influent si souvent sur le destin des empires et dans les conseils des plus sages monarques'.
Les empereurs signifièrent enfin leur volonté anx chrétiens, qui, durant tout le cours de cet hiver fatal, avaient attendu avec la plus cruelle inquiétude le résultat de tant de délibérations secrètes. Le 23 février , jour où l'on célébrait la fête des Terminales*, fut désigné, soit à dessein, soit par un elTet du hasard, pour mettre des bornes aux progrès du christianisme. Le préfet du prétoire1 suivi de plusieurs généraux , tribuns et officiers du fisc, se rendit de très-grand malin à la principale église de Nicomédie , située sur une hauteur, dans le quartier le pins peuplé et le plus magnifique de la ville. A L'instant les portes furent enfoncées en leur présence ; Us se précipitèrent dans le sanctuaire ; mais ils cherchèrent en vain quelque objet visible de culte, et ils ne purent que livrer aux flammes les livres des saintes écritures. Les ministres de Dioctétien étaient suivis d'une troupe nombreuse de gardes et de pioniers, qui marchaient en ordre de bataille, et qui étaient pourvus de tous les iustrumens dont on
' La seule circonstance que nous pouvons découvrir -est la dévotion et la Jalousie de la mère de Galère ; elle était, selon Lac tance, Deorum monlium ealtrix ; militer adnwdum saperstitiosa. Elle avait beaucoup d'influence sur l'esprit de son fils, etetle était tboquéedu peu d'égards que lui témoignaient quelques-uns de ses oDMera chrétiens.
i Le culte el la rète du dieu Terme sont agréablement décrits par M. de Boxe. (Mémoires de l'Académie , lom. i , p. 50.)
J Dans le seul manuscrit que nous ayons de Laelance, on lit profeetus ; mab la raison et l'autorité de tous les critiques nous permettent, au lieu de ce mot, qui détruit le sens du passage , de substituer pm/ectut.
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se servait ponr détruire les villes fortifiées. Après un travail de quelques heures, un édifice sacre, dont le faite s'élevait au-dessus du palais impérial, et qui avait excité si longtemps l'envie et l'indignation des gentils, fut détruit de fond en comble '.
On publia le lendemain l'éilît général de persécution '. Galère voulait que toutes les personnes qui refuseraient de sacrifier aux dieux fussent brûlées vives. Quoique Dioctétien, toujours éloigné de répandre le sang, «ût modéré la fureur de son collègue , les' chatimens infligés aux chrétiens paraîtront déjà assez rigoureux. Il fut ordonné que leurs églises seraient entièrement démolies dans toutes les provinces de l'empire , et on décerna la peine de mort contre ceux qui oseraient tenir des assemblées secrètes pour exercer leur culte religieux. Les philosophes , qui ne rougirent point alors de diriger le zèle aveugle de la superstition , avaient étudié soigneusement la nature et le génie de la religion chrétienne ; ils savaient que les dogmes spéculatifs de la foi élaient censés contenus dans les écrits des prophètes, des évangélistes et des npûtres : ce fut probablement à leur instigation que l'on voulut obliger les évoques et les prêtres à remettre leurs livres sacrés entre les mains des magistrats, qui avaient ordre, sous les peines les plus sévères, de tes brûler solennellement en public. Par le même édit , toutes les propriétés de l'église furent à la fois confisquées, et ses biens furent ou vendus à l'encan , ou réunis au domaine impérial, ou donnés aux villes et aux communautés, ou enfin accordés aux sollicitations des courtisans avides. Après avoir pris des mesures sî elficaces pour abolir le culte des chrétiens , et pour dissoudre leur gouvernement , on crut nécessaire d'imposer les charges les plus intolérables aux opiniâtres qui persisteraient toujours a rejeter la religion de la nature, de Rome et de leurs ancêtres. Les personnes d'une nais-
< Ladance [de Mort, penne, e. 12) lait unepeinture très -vive de la destructïoa de l'église.
'Mosheim [p.çrZ2-fm)a puisé dans différais passages de LMlaace et d'Eusèbe une notion très-juste et irtseiaetedeeet édit, quoiqu'il veuille quelquefois raffiner et qu'il doue dam des conjectures.
(324 dep. J.-C.) sance illustre furent déclarées incapables de posséder aucune dignité ou aucun emploi ; les esclaves furent privés pour jamais de l'espoir de la liberté ; et le corps entier dn peuple fut exclu de la protection des lois. On autorisa les juges à recevoir et à décider toute action intentée contre un chrétien; mais les chrétiens n'avaient pas la permission de se plaindre des injures qu'ils avaient souffertes. Ainsi ces infortunés se trouvaient exposés a la sévérité de la justice publique , sans pouvoir en partager les avantages. Cette nouvelle espèce de martyre si pénible et si lent, si obscur et si ignominieux , était peut-être le moyen le plus propre de lasser la constance des fidèles; et l'on ne peut douterque les passions et l'intérêt des hommes ne fussent disposés dans cette occasion à seconder les vues des empereurs. Mais certainement la politique d'un gouvernement sage intervint quelquefois en faveur des chrétiens opprimés, et les princes romains ne pouvaient éloigner entièrement la crainte du châtiment, ni favoriser tons les actes de fraude et de violence, sans exposer leur propre autorité cl le reste de lenrs sujets aux plus grands dangers1.
Cet édit avait à peine été affiché dans le lieu le plus apparent de Nicomédie, qu'un chrétien le mit aussitôt en pièces; et il marqua en même temps, par les invectives les plus sanglantes, le mépris et l'horreur qu'il avait ponr des souverains si impies et si tyranniques. Suivant les lois les moins rigoureuses, son offense était un crime de haute trahison et méritait la mort ; et , s'il est vrai que ce fût un homme de rang et d» naissance, ces circonstances ne pouvaient servir qu'à le rendre plus coupable. Il fut brûlé vif, ou plutôt grillé par un feu lent. Ses bourreaux, empressés de venger l'injure personnelle faite aux empereurs, épuisèrent sur son corps tous les raflinemens de la cruauté; mais ils ne furent ni capables de subjuguer sa patience, ni d'altérer la fermeté inébranlable et le sourire insultant qu'il conserva toujours au milieu des agonies les plus douloureuses- Les chrétiens,
I Plusieurs siècles après , Edouard I employa avec beaucoup de succès le même genre de persécution contre le clergé d'Angleterre. (Voyez Hume, Hlst. d'Angleterre, vol. i , p. 300. La dernière édition in-4°.)
(324 dep. J.-C.) quoiqu'ils avouassent que sa conduite n'avait point clé strictement conforme aux lots de la prudence , admirèrent la ferveur divine de son zèle; et les louanges excessives qu'ils prodiguèrent à la mémoire de leur héros et de leur martyr laissèrent dans l'esprit de Dioctétien une impression profonde de terreur et de haine ',
Ses craintes redoublèrent bientôt à la vue du danger auquel il n'échappa qu'avec peine. Dans l'espace de quinze jours le feu prit deux fois au palais de Nicomédie; et, quoique ces doux fois on {'éteignit avant qu'il eût causé quelque dommage considérable., ce renouvellement singulier du même accident parut avec raison une preuve évidente qu'il n'avait point été l'effet du hasard ou de la négligence. Le soupçon tombait naturellement sur les chrétiens. On insinua, non sans quelque degré de probabilité, que ces fanatiques, animés par ledésespoir, irrités par leurs souffrances, et redoutant de nouvelles calamités, avaient conspiré, avec leurs frères les eunuques du palais, contre la vie des deux empereurs, qu'ils détestaient comme les ennemis irréconciliables de l'église de Dieu. La jalousie et le ressentiment s'emparèrent de tous les esprits , et particulièrement de celui de Dioctétien. Plusieurs personnes distinguées par les emplois qu'elles avaient occupes, ou par la faveur dont elles avaient joui, furent jetées en prison. On employa toute sorte de tourmens; et la cour, aussi bien que la ville, fut souillée de plusieurs exécutions sanglantes1, liais, puisqu'il ne fut pas possible d'arracher aucun éclaircissement sur ce complot ténébreux, nous devons présumer que les chrétiens
1 Lactancerappelle seulement quidam, ctsinon reetc mag/totameiianimo,e\c.,<:A2. Eusi'be(l. vm,c. 5) lui donne des dignités. Ni l'un ni l'autre n'ont daigné rapporter son nom; mais lu Grecs célèbrent sa mémoire sous odui de Jean. (Voyez Tillcmout , Mém. Ecclésiast. ,
, part, i
> Laetanre, de Mort, perses., c. 13, 11. Palaitiaimi qvondam Eunuchi necati , per quos palatium etipse ciutabaL Eusebc (I. nti, c. 6) parle des cruelles exécutions des eunuques Gorgouius el DoroLUée, et d'AnthinùuB, MftH de Ninomedic. Ces deux écrivains dérivent d'une manière vague, maispallia'mue, les scènes horribles qui ce passèrent en présence même des empereur*. -
en furent innocens, ou admirer leur résolution. Peu de jours après , Galère sortit avec précipitation de Nicomédie, déclarant que s'il différait plus long-temps de quitter un lieu si funeste , il tomberait bientôt victime de la rage des chrétiens. Les historiens ecclésiastiques, qui nous ont seuls laissé des notions partialeset imparfaites sur cette persécution, ne savent comment expliquer les craintes et le danger des empereurs. Deux de ces écrivains , un prince et un rhéteur, avaient été témoins de l'incendie de Nicomédie : l'un l'attribue à la foudre et à la colère divine; l'autre assure qu'il fut allumé par la méchanceté de Galère lui-même '.
L'édit contre les chrétiens devait avoir force de loi dans tout l'empire. Dioclétien et Galère, quoiqu'ils n'eussent pas besoin du consentement des princes d'Occidem , étaient persuadésqu'ils l'approuveraient. 11 nous semblerait donc, scion nos idées d'administration, que les gouverneurs de toutes les provinces auraient dû recevoir des instructions secrètes pour publier le même jour celte déclaration de guerre dims leurs départemens respectifs. On imaginerait du moins que les grands chemins et les postes établis sur toutes les roules auraient donné aux empereurs la facilité de transmettre leurs ordres avec la plus grande diligence, depuis le palais deNicomédie jusqu'aux extrémités du monde romain. N'cst-il pas étonnant que cinquante jours se soient passés avant que l'édit eût été publié en Syrie, et qu'il n'ait été signifié que quatre mois après environ aux villes de l'Afrique *. Ce délai venait peut-être du caractère réservé do Dioclétien, qui, souscrivant avec peine à la persécution , voulait en faire l'épreuve sous ses yeux, avant de donner entrée aux désordres et au mécontentement qu'un pareil acte devait nécessairement produire dans les provinces éloignées, A la vérité on défendit d'abord aux magistrats de répandre le sang; maïs on leur permit, on leur recommanda ■ même d'employer toute autre voie de rigueur. Les chrétiens, quoique prêts à résigner les
■ Voyez Lac Lui ce , Eusùbc el Constantin ad Cabim, sanetorum, c. 2J. Eusèbcavouequ'il ignore la cause de l'incendie.
2 T il Iraient , Mitai. Ecdéstasl. , tome r ,'part. ■ , p. 43.
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ornemens de leur a églises, ne- pouvaient se résoudre à interrompre leurs assemblées religieuses , nia livreraux flammes leurs livres sacrés.Lapieiiseopiniûtreiéde saint Félix, éveque d'Afrique, parait avoir embarrassé les ministres subordonnés du gouvernement. L'intendant de la ville l'envoya chargé de fers au proconsul ; celui-ci l'adressa an préfet du prétoire de l'Italie; et saint Félix, qui dans ses réponses dédaignait même d'avoir recours à des subterfuges , fut enfin décapité à Vénuse en Lucanic, ville célèbre par la naissance d'Horace1. Cet exemple, et peut-être quelque rescrit impérial qui en fui la suite, paraissait autoriser les gouverneurs des provinces à punir de mort les chrétiens qui refuseraient de donner leurs livres sacrés. Plusieurs fidèles embrassèrent sans doute une occasion si favorable d'obtenir la couronne du martyr ; mais il y cd eut aussi beaucoup qui rachetèrent ignominieusement leur vie en découvrant los saintes écritures , et en les remettant aux mains des idolâtres. Un grand nombre même d' évoques et de prêtres mérita, par cette condescendance criminelle, le surnom de tvudilcurs; et leur oITcnse, qui avait d'abord causé beaucoup de scandale dans l'église d'Afrique, enfanta par la suite une foute de discordes *.
Les exemplaires et les versions de l'Écriture avaient déjà été si multipliés dans l'empire, que la plus sévère inquisition ne pouvait avoir aucune suite fatale; et même le sacrifice des livres que l'on conservait dans chaque congrégation pour l'usage public ne pouvait s'opérer que par la perfidie de quelque indigne chrétien. Mais l'autorité du gouvernement, et les travaux des gentils parvinrent facilement à détruire les églises. Dans quelques provinces cependant les magistrats se contentèrent de fermer 'les places destinées au culte de la religion; dans d'autres ils se conformèrent plus stric-
i Voyez les Je ta sincera , 4c Ruinait , p. 353. Les actes de Félix de Thibara, ou Tibiur , paraissent bien moins corrompus que daw les autres éditions , qui fournissent un modèle frappant de la licence des légen-
z Voyez le premier livre d'Oplal de Milèie contre la Donausus, a Paris, 1700, édit. de Dupin. Cet évoque virait sous le régne de VaJetis.
(824 dep. !.-€.)
tetnent à la teneur de l'édit, et, après avoir enlevé les portes, les bancs et la chaire , qu'ils brûlaient, comme si c'eut été an bûcher funéraire, ils démolissaient entièrement le reste de l'édifice*. Ce serait peut-être- ici le lieu de placer une histoire très- remarquable, dont les circonstances ont été rapportée» si diversement et avec tant d'improbabilité , qu'elle sert plutôt' à exeiter notre curiosité qu'à la satisfaire. Dans une petite ville de Phrygie dont on nous a laissé ignorer le nom aussi bien que la situation, les magistrats et le corps entierdu peuple avaient, à ce qu'il paraîtrait , embrassé la foi ■chrétienne. Comme le gouverneur de la province pouvait appréhender quelque résistance , il se lit accompagner d'un nombreux détachement de légionnaires. A leur approche, les citoyens se retirèrent dans l'église, avec la résolution ou de défendre pur les armes cet édifice sacré, ou de s'ensevelir sous ses mises; Ils rejetèrent avec indignation l'avis et ta permission qu'on leur donna de se retirer. Enfin les soldats, irrités d'un refus si opiniâtre , mirent le feu de tous cotés au bâtiment, et un grand nombre de Phrygiens, consumésavec leurs femmes et leurs enfans , perdit la vie dans cette espèce extraordinaire de martyre*. Quelques légers troubles qui s'élevèrent en Syrie et sur les frontières d'Arménie , et qui furent étouffés presque aussitôt qu'excités, donnèrent de nouvelles armes aux ennemis de l'église. Ils profitèrent d'un prétexte si plausible pour insinuer que ces dissensions
1 t.es anciens monumens publiés à la fin d'Oplal, p. 261, etc., décrivent, avec le plus grand détail, la manière de procéder des gouverneurs dans la destruction des églises. Ils faisaient un inventaire très-exact des vases, etc., qu'ils y trouvaient. Celui de l'église de Cirla, en Numidie , existe encore. Les effets qui y sont contenu* sont deux calices d'or, et six d'argent; six urnes, on vase, sept lampes, le tout aussi d'argent ; outre une grande quantité d'habits et d'uslmslksilo cuivre.
1 L-tclaiir c ( luslil. divin., v, u) ne parle quedelaruioe do ronvenlicule, qui fut brûlé avec tous les assistons. Eusebe(vm, h) étend celle calamité à toute la ville ; et il parle d'une opératiou qui ressemble beaucoup ù un siège régulier. Son ancien traducteur latin, Itufin , ajoute la cû> constance importante que l'on avait permis aux liahîlans deserelircr. Comme l.i Phrjgie louchait aux confins de llsaurie.il est possible que le caractère indomptable des barbares indépendant qui habitaient cette dernière province ait contribué a ce malheur
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(334 dep. J.-C)
avaient été fomentées en secret par les intrigues des évéques, qui avaient déjà oublié leurs protestations fastueuses d'obéissance passive et illimitée1. Le ressentiment ou la crainte transporta enfin Dioclétien an-delà des bornes de la modération qu'il s'était toujours prescrite , et il déclara dans une suite d'édits cruels son intention d'abolir le nom chrétien. Le premier de ces édita enjoignait aux. gouverneurs des provinces de faire arrêter tous les ecclésiastiques; et les prisons destinées aux plus vils criminels furent remplies d'une multitude d'évèques, de prêtres, de diacres , de lecteurs et d'exorcistes. En vertn d'un second édît , le magistrat eut ordre d'employer tous les moyens de sévérité qui pouvaient les faire renoncer à leur superstition odieuse, et les ramener au culte des dieux. Cette rigueur s'étendit, par un troisième edit, au corps entier des chrétiens, qui se trouvèrent exposés à une persécution générale et violente ". Au lieu de ces restrictions salutaires qui avaient exigé le témoignage direct et solennel d'un accusateur, il devenait du devoir aussi bien que de L'intérêt des oBiciers impériaux de découvrir, de poursuivre, de condamner aux supplices les plus coupables d'entre les Gdèles. On décerna des peines terribles contre ceux qui oseraient dérober un proscrit à la juste colère des dieux et des empereurs. Cependant, malgré la sévérité de celte loi, le courage vertueux de plusieurs païens, qui cachèrent leurs pareiis et leurs amis, est une preuve honorable que la rage de la superstition n'avait pas éteint dans leur ame les
i Ensebe,l. rai,(. 6. H. de Valois pense, non sans quelque probabilité, avoir trouvéla rébellion de Syrie dans tra discours de Litianius; et il croit que ce Ait une entreprise téméraire du tribun Eugène , qui, avec cinq cents hommes seulement, s'était empara d'Antioehe , et qui pouvait espérer d'attirer les chrétiens dans son parti par la promette d'une tolérance religieuse. D'après Eusébe (I. re , c. 8) et d'après Moïse de Chorène (Hist. d'Arménie ;1. ii, e. 77, etc.), on peut conclure que le christianisme était déjà introduit en Arménie.
i Voyez Mosheim, p. 038. Le leite d'Eusebe montre clairement que les gouverneurs, doux les pouvoirs avaient été augmentés et non pas restreints par les nouvelles lois, pouvaient punir de mort les chrétiens les plus opiniâtres pour donner un exemple à. leurs frères.
sentimens de la nature ou de l'humanité ' Dioctétien n'em pas plus tôt publié sesédits contre les chrétiens, que ce prince , comme s'il eût voulu remettre en d'autres mains l'ouvrage de la persécution, résigna la pourpre impériale. Le caractère anssi bien que la situation de ses collègues et de ses successeurs les porta, tantôt à presser, tantôt à suspendre l'exécution de ces lois rigoureuses. Pour nous former une idée juste et distincte de cette période importante de l'histoire ecclésiastique, il est nécessaire de considérer séparément l'état du christianisme dans les différentes parties de l'empire durant les dix années qui s'écoulèrent entre les premiers édits de Dioclétien, et le temps oit la paix fut enfin rendue à l'église.
Le caractère doux et affable de Constance répugnait à tout ce qui pouvait opprimer quelques-uns de ses sujets. Les principales charges de son palais étaient exercées par des chrétiens. Il chérissait leurs personnes ; il estimait leur fidélité, et il n'avait aucune aversion pour leurs principes religieux. Mais tant que ce prince resta dans le rang subordonné de césar, il ne lui fut pas possible de rejeter ouvertement les édits de Dioclétien, ni de désobéir aux coin mande mens de Maximien. L'autorité de Constance adoucit cependant les maux qu'il détestait et qui excitaient sa compassion. H consentit avec peine a la destruction des églises; mais il ne craignit pas de protéger les chrétiens contre la fureur de la populace, et contre la rigueur des lois. Les provinces de la Gaule, et vraisemblablement celtes de Bretagne, furent redevables de la tranquillité dont elles jouirent à la douce interposition de leur souverain1. Mais Dalien, président ou gouverneur d'Espagne, aima mieux, par zèle ou par politique, exécuter les édits publics de l'empereur, que de comprendre les intentions secrètes de Constance. On ne saurait douter que, sous son
■ Auianise , p. 833; op. Tittemont, Méin. Ecoles. , tom. v,parl. i, p. 90.
i Eusébe, 1. vni, c. 13; Laclanee, de Mort, pertte. , e. 15; selon Uod-wdl (dissert. Cyprian, XI, 75) ces deux auteurs ne s'accordent point l'un avec l'autre. Mais le premier parle évidemment do Constance dans le poste de César, et le second du Htéme prince lorsqu'il Tut parvenu ua rang d'auguste.
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administration, l'Espagne n'eftt été teinte ila sang d'un petit nombre de martyrs*. L'élévation de Constance à la dignité suprême et indépendante d'auguste donna un libre champ a l'exercice de ses vertus, et 'la brièveté de son règne ne l'empêcha pas d'établir un système de tolérance dont il laissa le précepte et l'exemple à Constantin, son heureux lils , qui. à peine monté sur le trône, se déclara le protecteur de l'église, et a mérité d'être appelé le premier empereur qui ait professé publiquement et qui ait établi la religion chrétienne. Les motifs de sa conversion, qnî peuvent être diversement attribués à la dévotion, a la vertu, a la politique ou aux remords , et les progrès de la révolution qui , sous l'inllticnce puissante de ce prince et de ses fils, ont rendu le christianisme la religion dominante de l'empire romain, formeront dans la suite de cette histoire un chapitre trèsintéressant et de la plus grande importance. Il nous suffit maintenant de rcmarqner que chaque victoire de Constantin apportait quelque secours ou quelque avantage à l'église. Les provinces de l'Italie et do l'Afrique éprouvèrent une persécution courte , mais violente. Maximien haïssait depuis long-temps les chrétiens, et il se plaisait à des actes de sang et de violence : il exécuta rigoureusement et avec joie les édits de son collègue. Pendant l'automne de la première année de la persécution, les deux empereurs se rendirent a Rome pour célébrer leur triomphe. Il p;iraît que plusieurs lois oppressives furent le résultat de leurs délibérations secrètes, et la présence des souverains anima la vigilance des magistrats. Lorsque Dioctétien eut abdiqué le sceptre , l'Italie et l'Afrique , gouvernées
< Daticn est cité dans les inscriptions de Griller , pour avoir déterminé le» limites des territoires de Fax Julio. tid'Ebora, villes situées. loulrs les deux dans la partie méridionale de la I.usilanie. Si l'on fait réflexion que ces deu* plac« sont dans le voisinage du cap Soi lit- Vincent , on sera porlé à croire que le célèbre diacre de ce nom , qui endura le martyre, n'élail point de Sarragosse ni de Valence, comme l'ont prétendu Prudence cl quelque» mires. ( Voyez l'histoire pompeuse de ses souffrances, dans les Mémoires de Tillemoat, tom. v, part, n, p. 58- 85.) Quelques critiques pensent que le département de Constance, comme césar, ne renfermait pas l'Espagne, et que cette province nil toujours gouvernée soos la juridiction immédiate de Maximleo.
(324 dep. J.-C.) au nom de Sévère , furent laissées, sans défense , en proie au ressentiment implacable de Galère leur maître. Parmi les martyrs de Rome , Adanétus mérite de fixer les refards de la postérité. Descendu'd'une famille trèsnoble d'Italie , il avait passé successivement par toutes les dignités du palais , et il avait obtenu l'emploi important de trésorier des domaines particuliers. Ce qui rend Adanétus plus remarquable, c'est qu'il parait avoir été la seule personne de rang et de naissance qui ait souffert la mort pendant tout le cours de cette persécution générale *.
La révolte de Maxeuee rendit tout-à-coup la paix aux églises de l'Italie et de l'Afrique , et le même tyran qui opprimait toutes les autres classes de sujets se montra juste, humain et même partial envers les chrétiens affliges. Il comptait sur leur reconnaissance et sur leur affection, et il présumait naturellement que les maux dont ils avaient été accablés, et les dangers qu'ils avaient encore a craindre de son implacable ennemi, lui assureraient la fidélité d'un parti déjà considérable par le nombre et par l'opulence de ses membres*. La conduite même de Muxence ers les évêques do Rome cl de Cannage, peut être regardée comme une preuve de sa tolérance , puisque les princes les plus orthodoxes auraient vraisemblablement adopté ■ les mêmes mesures a l'égard du clergé de leurs états. Marcel, le premier de ces prélats, avait mis la capitale en combustion par une pénitence sévère, imposée à un grand nombre de chrétiens, qui, durant la dernière persécution, avaient abjuré ou dissimulé leur foi. La rage de la discorde enfanta des séditions fréquentes et cruelles. Les fidèles trempèrent leurs mains dans le sang les uns des autres ; enfin l'exil de Marcel, qui semble avoir eu moins de prudence que de zèle, parut, après tant d'agitations,. le seul 'moyen capable de rendre la paix à l'église de Rome *, La con-
i Eus*be, I. rut, t. a; Grater, Inscript, p. 1171,
B° 1S. ruifin s'est troupe sur l'emploi d'Adanetw , aussi bien que sur le lieu de son martyre.
" Euscue.l. fui.clf. Mais, comme Maieoce fui taincu
par Constantin, il entrait dans les vues de Laclauce do
ht sa mort parmi celles des persécuteurs.
On peut voir l'épilapbe de Martel dans Gruter ( ln-
srrip.,p. 1172, n° 3); elle contient tout ce que noua sa-
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(324 dep. I.-C.) dulte de Mensarius, étêque de Carthage, semble avoir été plus rcpréhensible. Un diacre de cette ville rivait publié un libelle contre l'empereur. Le coupable se réfugia dons le palais épiscopal : quoique ce ne fût pas tout-à-fait le temps de réclamer les immunités ecclésiastiques , l'évêque refusa de le livrer aux officiers de la justice. Une résistance si contraire aux lois méritait d'être pflnie : Meosurius fut mandé à la cour : au lieu de le condamner à mort ou au bannissement, on lui accorda, après un court examen, la permission de retourner à son diocèse '. Telle était ta condition heureuse des chrétiens soumis a Maxence , que lorsqu'ils désiraient so procurer le Corps de quelques martyrs, ils- se trouvaient obligés de les acheter dans les provinces do l'Oriont les pins éloignées. On rapporte une histoire d'Aglaé, dame romaine, qui descendait d'une famille consulaire, et dont les biens étaient si considérables, qne, pour les diriger, elle avait besoin de soixante-lrclee întendans. Dominée , l'un d'entre eux, avait gagné les bonnes grâces de sa maltresse , et comme Aglué mêlait l'amour à la dévotion , on prétend qu'elle l'admit à partager son Ut. Elle voulait avoir quelques reliques sacrées de l'Orient , et sa fortune la mettait en état de satisfaire ses pieux désirs. Elle confia à son amant une somme d'or considérable et une grande quantité d'aromates, et lîonil'ace, accompagne de douze hommes à cheval , et de trois chariots couverts , entreprit un pèlerinage éloigné , jusqu'à la ville de Tarse eu Cilicie *.
vous de Km histoire. Plusieurs critiques ont supposé que Marcellîn et Marcel, dont les noms ae suivent dans la liste des papes , étaient deux personnes dinVrenles ; nuis
le savant sbt>édeLongi»nieéiailpcrsnadé que c'était le mémapape.
5eJill<j,«n)ts;Mlinitlnrru.il<Taparli frlwo ■* «tkrlii.-CtirMui «Il 1d pfle* nfpill Flnlboi a pu] sut pilrUr al fRMile tynnnl. Un brcvlttr Dum» toIhII bitti prrU iilm I
Nous pouvons remarquer que bamase fut fait érfique de Kome en 366.
» OpM , «outre les OontutUa , L i; «. 17 , 18.
* Le* actes de hi passion de saint Bonifie*, qui soqi rmpUs de miraclesetdc déclamation, ont été publiés, en grec et ta latin , par Kuinart p. 283-391 , d'après l'aulo-
rilétt;
L'humeur sanguinaire de Galère, le premier et le principal auteur de la persécution, le rendait redoutable aux chrétiens qu'un sort malheureux avait placés dans les limites de ses états. 11 est a croire que plusieurs personnes d'un rang médiocre, et qui n'étaient retenues ni parles chaînes de l'opulence, ni par celles de la pauvreté , désertèrent leur pays natal et cherchèrent un asile dans les climats moins orageux de l'Occident. Tant que Galère ne commanda qu'aux armées et aux provinces de l'illyrie , il ne lui fut pas facile de trouver ni de faire un nombre considérable de martyrs, dans une province belliqueuse où les missionnaires de l'Évangile avaient été reçus avec plus de froideur et de répugnance que daus aucune autre partie de l'empire1. Mais lorsque Galère eut obtenu la puissance suprême et le gouvernement de l'Orient, il put se livrer à l'ardeur de son zèle et satisfaire toute sa cruauté, non-seulement dans les provinces de Tbrace et d'Asie , qui reconnaissaient son autorité immédiate, mais encore dans celles de la Syrie, de la Palestine et de l'Egypte, où Maxim in satisfaisait sa propre inclination, en obéissant rigoureusement aux ordres violons de son bienfaiteur1. Les traverses que Galère essuya souvent dans l'exécution de ses projets ambitieux , l'expérience de six années de persécution, et les réflexions salutaires qu'une maladie lente et douloureuse fit naître dans son esprit, le convainquirent que les plus violées efforts du despotisme ne suffisaient pas pour extirper tout un peuple, on pour subjuguer ses préjugés religieux. Comme il désirait réparer les maux qu'il avait causés, on publia, par ses ordres, au nom de Galère, de Licinius et de Constantin, un édit, qui, après une énuméra-
■ Durant les quatre premiers siècles, on trouve peu de traces d'évêques ou d'évfieliés dans l'illyrie occidentale. Ou s'est imaginé que le primat de Milan étendait sa juridiction sur Sirmium, capitale de celle grande province, (voyez la Géographie sacrée de Charles de Saint-Paul, p. G8-70, avec les observations de Lucas Holslcrius.)
2 Le huitième livre d'Euscbe , aussi bien que le supplément concernant les martyrs de la Palestine, Irailcnt principalement de la persécution de Galère el de Maximin. Les plaintes générales par lesquelles I.iclaticc commence le cinquième livre de ses Institutions divines font allusion à la cruauté de ces princes.
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lion flatteuse des litres impériaux, était conçu on ces ternies :
(Parmi les. soins irapomns "dont nous
* sommes occupés pour l'utilité et pour la
* conservation de l'état, nous nous étions
> proposé de rétablir l'ordre et de corriger
* tous les abus contraires aux anciennes lois
> et à la discipline publique des Romains, i Nous avions principalement intention de
> ramener dans les voies de la raison et de
* la nature les chrétiens aveuglés, qui i avaient abandonné la religion et les céré-
* monies de leurs ancêtres , et qui , niépri-
> sant audacieuse mont les pratiques de lan-
* tiquilé, avaient inventé des lois et des " > opinions extravagantes, sans autre règle
* que leur fantaisie, et avaient formé diverses » sociétés dans les différentes provinces de
> notre empire. Comme les édits que nous
> avons publiés pour maintenir le culte des » Dieux ont exposé plusieurs chrétiens aux
* périls et aux calamités ; comme quelques-
* uns d'entre eux ont souffert la mort, et que
> d'autres, en bien plus grand nombre, qui ■ persistent toujours dans leurs folles im- » piétés, se trouvent privés de tout exercice » public de religion, nous sommes disposés » à étendre jusque sur ces malheureux les » effets de notre clémence ordinaire. Nous
> leur permettons donc de professer libre-
* ment leur doctrine particulière, et de s'as-
* sembler dans leurs convention! es sans i crainte et sans danger, pourvu qu'ils coni servent toujours le respect dû aux lois et
* au gouvernement établi. Nous ferons savoir » notre volonté par un autre rescrit aux j juges et aux magistrats; et nous espérons » que notre indulgence engagera les chré- » tiens à offrir leurs prières à la divinité qu'ils » adorent, pour notre sûreté et pour notre » prospérité, pour leur propre conservation » et pour celle de la république '. i Ce n'est point ordinairement dans le langage des édits et des manifestes qu'il faut chereher le ca-
' Eustbe, 1. tm, c 17, a traduit en grec cet Mit raémoral)le,e(La<-t;rare {de M. p., c. 34) nous en ■ donné l'original latin. Ces deux écrivains ne paraissent pas avoir remarqué combien il contredit ouvertement tout ce qu'ils , viennent d'avancer, avec tant d'assurance, louchant les remords et le repentir de Galère.
(324 dep. J.-C.) raclèrc réel ou les motifs secrets des princes. Mais puisque ce sont ici les expressions d'un empereur mourant, sa situation pourrait être admise comme un garant de sa sincérité. Lorsqu'il souscrivit cet édit de tolérance, il était bien persuadé que Licinius remplirait avec empressement les désirs d'un ami et d'un bienfaiteur, et que toute mesure prise en faveur du christianisme obtiendrait l'approbation de Constantin. Mais Galère n'avait point voulu insérer dans le préambule le nom de Haximin, dont le consentement était de la plus grande importance , et qui succéda , peu de jours après, au commandement des provinces de l'Asie. Dans les six premiers mois de son nouveau règne, Maximin affecta cependant d'adopter les conseils, prudens de son prédécesseur; et quoiqu'il ne daignât point assurer, par un Mît public, la tranquillité de l'église, Subinus, son préfet du prétoire, adressa aux gouverneurs et aux magistrats des provinces une lettre circulaire, dans laquelle , s 'étendant sur la clémence impériale , et reconnaissant l'opiniâtreté invincible des chrétiens , il enjoignait aux officiers de justice de cesser les poursuites inutiles et de fermer les yeux sur les assemblées secrètes de ces enthousiastes. En vertu de ces ordres., on mit en liberté un grand nombre de chrétiens qui avaient été détenus dans les prisons ou condamnés aux mines. Les confesseurs retournèrent dans leur patrie, chantant des cantiques de victoire; et ceux qui avaient cédé à la violence de la tempête sollicitèrent avec des larmes de pénitence la permission de rentrer dans le sein de l'église'.
Mais ce calme trompeur fut de courte durée ; il n'était pas possible qtte les chrétiens de l'Orient prissent aucune confiance dans le caractère de leur souverain. La cruauté et la superstition dominaient dans l'âme de Maximin : la première de ces deux passions lui suggéra des moyens de persécution; l'autre lui en désigna les objets. L'empereur, livré aux cérémonies du paganisme et a l'étude de la magie, ajoutait la plus grande foi aux oracles. Les prophètes ou les philosophes, qu'il respectait comme les favoris du ciel, furent souvent élevés au gouvernement des lEwèbe, l.ra,c,1. Il rapporte U lettre du préfet. I
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{M4ilcp.JI.-C.) '
provinces, et adrnis dans «es pins secrets conseils. Ils Ini persuadèrent aisément que les chrétiens avaient été redevables de leur victoire à leur discipline régulière, et que la faiblesse dit polythéisme venait principalement d'un manque d'union et de subordination parmi les ministres des Dieux. On institua don* nn nouveau système de gouvernement religieux, ipii fut manifestement copié sur l'administration de l'église. Dans toutes les grandes villes de l'empire, îes temples furent réparcs et embellis par ordre' de Maximin ; les prêtres chargés du culte des différentes divinités fnrent soumis à l'autorité d'un pontife supérieur, créé pour s'opposer à l'évêque, et pour soutenir la cause du paganisme. Ces pontifes reconnaissaient a tenr tour la suprématie des métropolitains on grandsprêtres de la province, qui agissaient comme lés vîce-gérans immédiats de l'empereur luimême. Ils portaient «ne robe blanche pour marque de leur dignité ; et on avait soin de choisir ces nouveaux prélats dans les familles tes pins nobles et les plus opulentes. Par l'influence des magistrats et de l'ordre sacerdotal, le prince obtint de plusieurs villes, et particulièrement de Nicomédie, d'Antioche et de Tyr, un grand nombre de requêtes respectueuses, où les intentions bien connues de ta cour étaient adroitement représentées comme le sentiment général des peuples. Les habitans sollicitaient l'empereur de consulter les lois de la justice, plutôt que les momemens de sa clémence; ils exprimaient leur horreur pour les chrétiens; et ils suppliaient humblement que ces sectaires impies fussent au moins exclus des limites de leur territoire respectif. La réponse de Haximin à la reqnétc qui lui avait été adressée par les citoyens de Tyr1 existe encore. Illoue leur zèle et leur dévotion dans les termes les plus magnifiques; il s'étetad sur l'impiété opiniâtre des chrétiens; et la Facilité avec laquelle il con-sent à les bannir prouve qu'il se regardait plutôt comme recevant que comme accordant une faveur. Il donna aux prêtres aussi bien qu'aux magistrats le pouvoir d'exécuter dans toute leur rigueur ses édits, qui furent gravés surdestabicsd'airain; et, quoiqu'on leur làt de ne point répandre le sang,
les chrétiens rebelles éprouvèrent lès chatimens les plus cruels cl les plus ignominieux '.
Les fidèles île l'Asie avaient tout à redouter d'un monarque superstitieux , qui préparait ses actes de violence avec nne politique si réfléchie. Mais à peine quelques mois s'étaient-ils écoulés, que les édits publiés par les deux empereur d'Occident obligèrent Maximin de suspendre l'exécution de ses projets. La guerre civile qu'il entreprit avec tant de témérité contre Licinius exigeait toute sou attention. En tin la défaite et la mort de Haximin dé livrèrent bientôt l'église du dernier et du plus implacable de ses ennemis *.
Dans cet exposé général de la persécution que les édits de Diocléiien avaient d'abord autorisée, j'ai omis a dessein la description des souffrances partical ières et de la mondes martyrs. Il m'aurait été facile do tirer do l'histoire d'Euscbe, des déclamations do Lactance, et des plus anciensactes, une longue suite de tableaux affreux et révoltons. J'aurais pu parler avec étendue des chevalets et des fouets, des crochets de fer, des lits embrasés, et de toute cette diversité de tourmens que le fer et le feu , que les bêtes sauvages et des bourreaux plus sauvages encore peuvent faire subirait corps humain. Ces tristes scènes auraient pu être animées par une foule de visions et de miracles destinés à retarder la mort des martyrs, à célébrer leur triomphe, ou à découvrir les reliques des saints canonisés. Mais je ne peux déterminer ce que je dois transcrire, aussi long-temps que j'ignore ce que Je dois croire. Un des plus graves auteurs de l'histoire ecclésiastique , Eusébe lui-même avoue de bonne foi qu'il a rapporté tout ce qui pouvait ajouter à la gloire de l'église , et qu'il a supprimé tout ce qui pouvait tendre à la déshonorer3. Une pareille .déclaration nous
i EHsèbe, I. Tin, c. 14, 1. rc, c. 2-8 ; Laelance, de M,p„ C. 30. Ces écrivains s'accordent ,1 représenter les artifices de Maximin; mais le premier rapporte l'exécution de plusieurs martyrs , * 'iidis que le dernier affirme positivement : occidi serves Dei vetuil.
2 Peu de jours avant sa mort, il publia un edit Tort étendu de tolérance, dans lequel il impute toute ta rigueur que les chrétiens ont éprouvée am gouverneurs cl aur juges qui n' avaient pas bien compris ses intentions. (Voyea fédit dans Eusebe,!. a, c. 10.)
* Telle est l'induction que l'on peut tirer de deux pjs-
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porte naturellement â soupçonner qu'un écrivain qui a violé si ouvertement nue des deux lois fondamentales de l'histoire , n'a pas observé l'autre arec beaucoup d'exactitude ; et ce soupçon acquerra de nouvelles forces, si l'on considère le caractère d'EuBèbe, qui avait moins de crédulité, et qui connaissait mieux la cour que la plupart de ses contemporains- Dans quelques occasions particulières, lorsque le magistrat avait été irrité par des mo- Ufsde haine ou d'intérêt personnel; lorsque le zèle faisait oublier aux martyrs les règles de la prudence, et peut-être de la décence ; lorsqu'il les portait à renverser les autels , à charger les empereurs d'imprécations , ou à frapper le juge quand il était assis sur son tribunal , vraisemblablement alors on épuisait sur ces victimes dévouées tous les tourmens que pouvait inventer la cruauté, ou que la constance pouvait souffrir1. Deux circonstances cependant, qui ont été rapportées sans dessein, donnent lieu de croire qu'en général ' le traitement des chrétiens livrés à la justice n'a pas été aussi rigoureux qu'on l'imagine communément. I. Les confesseurs condamnés aux mines avaient, par un effet de l'humanité ou de la négligence de leurs gardes , la permission de bâtir des chapelles etde professer librement leur religion dans le fond de ces tristes demeures1. IL Les évéques étaient obliges de réprimer , et de censurer le zèle emporté de ceux qui se jetaient volontairement entre les mains des magistrats. Parmi ces chrétiens, les uns, perdus de dél-
it dans Enstbe. (I. vin, e. 2, et de
Mort. Paint, c. 12.) La pniucDcede l'historien a exposé son caractère au blâme cl au soupçon. Personne n'ignorait qu'il avait été mis Inl-DlAme m prison, etoninsinuaitqu'il niait arlirle sa liberté par quelques lâches complaisances. On lui en fil le reproche durant sa vie et mente en si présence au concile de Tyr. (Voyez Tillemonl, Mém. Ecdés., I. vin, part. i. p. 67.)
i La relation ancienne et peut-être authentique des souffrances de Taraelius et de ses compagnons (Acta itncera , Huiuart , p. 419-448) est remplie d'expressions fortes, dictées par le ressentiment et par le mépris, et qui ne pouvaient manquer d'irriter le magistrat. La conduite dVfcdesius envers Hiérocte , préfet d'Egypte , lui encore plus extraordinaire: x^oit n xn iiyuc toi S,*,rh-i. .
arifjfixuf. '"'atte, de Mart. Palest.
' Eo&abc, de Mail. Pakst. , c. 13.
(324 dep. J.-C.) tes et accablés sous le poids de ia pauvreté , cherchaient dans leur désespoir- à terminer, par une mort glorieuse, une existence misérable, les autres se flattaient qu'un emprisonnementde peu de dorée expierait les péchés de leur vie entière. II y en avait enfin , qui , dirigés par des vues bien moins honorables, espéraient tirer une subsistance abondante , et peut-être un prolit considérable des aumônes que la charité des fidèles accordait aux prisonniers1. Lorsque l'église eut triomphé de tous ses ennemis, l'intérêt et la vanité des chrétiens qui avaient été persécutés les engagèrent à exagérer le mérite de leurs souffrances respectives. Une distance commode de temps ou de lieu ouvrit un champ vaste à la fiction ; et les exemples fréquens, que l'on pouvait citer , de saints martyrs , dont les blessures avaient été guéries tout-à-coup , dont la force avait été renouvelée, et dont les membres perdus avaient été miraculeusement rétablis, suffirent pour lever toute difficulté, et pour détruire toute objection. Les légendes les plus extravagantes , dès qu'elles contribuaient à l'honneur de l'église furent reçues avec applaudissement par la multitude crédule, soutenues par le pouvoir du cierge, et attestées par le témoignage .suspect de l'histoire ecclésiastique.
Un orateur adroit sait exagérer ou adoucir si facilement des descriptions vagues d'emprisonnement cl d'exil, de souffrances et de tourmens, que nous sommes naturellement portés à rechercher des traits plus marqués , et plus difficiles à altérer. Il est donc à propos d'examiner le nombre des personnes qui périrent victimes des édils de Dioctétien, et de ses associés et successeurs. Les légendaires des temps moins reculés , parlent de villes détruites , d'armées entières moissonnées a la fois par la rage aveugle de la persécution. Des écrivains plus anciens se contentent de répandre, sans ordre et avec profusion, des invectives pathétiques; et ils ne daignent pas fixer le nombre de ceux qui
'Sainl Augustin, CoWa*. CarUiag. Del, ut, C. 13, ap. Tillemonl , Mém. Eeclés., ton), v-, part, i , p. 40. La coubonne avec les dooaliatesa jeté quelque jour sur l'histoire de l'église d'Afrique , quoique peul-elre de parait celaircjsseuens te ressculcal de l'esprit de parti.
(324 dep. J.-C.) eurent le bonheur de sceller de leur sang la croyance de l'Évangile. Cependant l'histoire d' Eusèbe nous apprend qu'il n'y eut que neuf évéques punis de mort ; et l'on voit par son énuméralion particulière des martyrs de la Palestine, que quatre-vingt-deux chrétiens seulement eurent droit à cette dénomination honorable*. Comme noua ne connaissons pas lo degré de zèle et de courage qui régnait alors parmi les évéques, il ne nous est pas possible de tirer aucune induction utile du premier de ces faits; mais le dernier peut servir à justifier une conclusion très-importante et très-probable. Selon la distribution des provinces romaines , il parait que la Palestine formait la sixième partie de l'empire d'Orient*, et puisqu'il y eut des gouverneurs , qui, par une clémence réelle on affectée , s'abstinrent de tremper leurs mains dans le sang des fidèles3, il est raisonnable de croire
1 Butène, de Mort. Patat.,cA3. ïl termine sanarralionen nous assurant que tels furent les martyres endurés eo Palestine durant tout le cours de la persécution. Le cinquième chapitre de son huitième livre, oui traite de la province de Thé l> a kl t «n Egypte, pourrait paraître contredire le eaknl modéré que nous avons adopté-, mais il ne servira qu'à nous faire admirer les ménagemens adroits de l'historien. Choisissant pour la scène delà cruauté la pins inouïe le pays de l'empire le plus éloigne et le plus isolé, il rapporte que, dans la Thébaïde , il y eul souvent depuis dix jusqu'à cent personnes qui souffrirent le martyre le même jour. Hais Jorsqu'cosuile il parle de son voyage en Egypte , son langage devient insensiblement pins circonspect et plus modéré. Au lieu d'un nombre considérable et en même temps défini , il pnrle de beauconp de chrétiens («mi), cl il emploie avec le plus grand art deux mots équivoque; (mi inun, et vwt/tttww), qui peuvent signifier ou qu'il avait vu, on qu'il avait entendu , et qui expriment soit l'attente , soit l'exécution du châtiment. S'élant ainsi procuré un moyen siir de se mettre a couvert, il laisse le passage équivoque a ses lecteurs et à ses traducteurs, imaginant bieu que leur piété les engagerait à préférer le sens le plus favorable. Il y avait peut-être quelque malice dans celle remarque de Théodore Mctochila , que tous ceux qui, comme Euscbe, avaient conversé avec les Égyptiens , se plaisaient a écrire dans un style obscur et embarrassé. (Voyez Valois, ad foc.)
1 Lorsque la Palestine lut divisée en trois provinces , la préfecture de l'Orient en contenait quarante-huit. Comme les anciennes distinctions de nations étaient depuis longtemps abolies, les Romains partagèrent les provinces selon la proportion générale de leur étendue «t de leur
PAR ÉD. GIBBON. Cil. XV!.
s <.Ut glorlari p
que le pays où le christianisme avait pris naissance, produisit au inoins la seizième partie des martyrs qui souffrirent la mort dans les états de Galère et de Maximin. Le tout se montera donc environ a quinze cents; et si l'on divise ce nombre par les dix années de la persécution, le résultat donnera centcinquante martyrs par an. Si l'on applique la même proportion aux provinces de l'Italie , de l'Afrique, et peut-être de l'Espagne, dans lesquelles , au bout de deux ou trois ans, lo rigtiour des fois pénales fui ou suspendue ou abolie, la multitude des chrétiens condamnés à mort par une sentence juridique, dans toute l'étendue de l'empire romain, sera réduite à un peu moins de deux mille personnes; et puisque du temps de Dioctétien les chrétiens étaient certainement plus nombreux, et leurs ennemis plus irrités qu'ils ne l'avaient jamais été , dans toute autre persécution antérieure, ce calcul probable et modéré peut apprendre à se former une idée juste du nombre des saicts et des martyrs, qui, daus les anciciis temps, ont sacrifié leur vie pour répandre dans le monde la lumière de l'Évangile.
Nous terminerons ce chapitre par une vérité triste, que , malgré notre répugnance , nous sommes forcés de reconnaître, c'est que, même en admettant , sous hésiter ou sans faire aucuu examen ; tout ce que l'histoire a rapporte, tout ce que la dévotion a inventé au sujet des martyrs, on doit encore l'avouer, les chrétiens, daus le cours de leurs dissensions intestines, se sont causé les un. aux autres de bien plus grands maux que ne leur en avait lait éprouver le zèle des païens. Durant les siècles d'ignorance qui suivirent la destruction de l'empire romain en Occident , les évéques de lu ville impériale étendirent leur domination sur les laïques , aussi bien que sur le clergé de l'église latine. L'édifice de la superstition qu'ils avaient élevé, et qui aurait pu défier long-temps les faibles efforts de la raison, fut enfin attaqué par une fonlc do fanatiques audacieux , qui , depuis le douzième siècle, jusqu'au seizième, pri-
• emiâ5c,natnctipseaudiïialic]uosGlcriaiites,quiaad- ■ miuistratio sua, in hic parle, fuerit iucroenta. ■ Laolanoe, Institut. dii'iB., v,U.
DÉCADENCE DE Ï/EMPTHS ItOMAIN
rent, pour en imposer an peuple , le rûle de réformateurs. L'église de Rome défendit, par la violence , l'empire qu'elle avait acquis par la fraude. Des proscriptions, des guerres , des massacres et l'institution du saint office , défigurèrent bientôt un système de bienfaisance et de paix ; et comme les réformateurs étaient animéspar l'amour delà liberté civile, aussi bien que de la liberté religieuse , les princes catholiques lièrent leurs propres intérêts à ceux du clergé , et ils secondèrent , par le fer et par le feu , les terreurs des armes spirituelles. Dans les Pays-Bas seuls, plus décent mille des sujets de Charles-Quint périrent , dit-on, parla main du bourreau. Ce nombre extraordinaire est consigné dans les ouvrages de Grotius ', homme de génie , célèbre par l'étendue de ses connaissances , qui conserva sa modération au milieu des fureurs des sectes ennemies , et qui composa les annales (le son siècle et de sa patrie dans un temps où l'invention de l'imprimerie avait facilité les moyens de s'instruire , et augmentait le danger d'être découvert lorsqu'on s'éloignait de la vérité. Si nous étions obligés de nous soumettre à l'autorité de Grotius, il faudrait convenir que le nombre des protestans, exécutés dans une seule province et sous un seul règne, surpassa de beaucoup celui des premiers martyrs, qui , pendant une période de trois cents ans , et dans la vaste étendue de la monarchie romaine, avaient subi le dernier supplice. Mais si l'improbabilité du fait l'emportait sur son témoignage , si Grotius était convaincu d'avoir exagéré le mérite et les souffrances des réformés*, ne serions-nous pas en droit de demander quelle confiance on peut avoir dans les monumens douteux et imparfaits de la crédulité ancienne , et jusqu'à que) point H est possible d'ajouter foi au récit d'un é véque courtisan , et d'un déclamateur passionné , qui , sous la protection de Constantin , jouis-
> Grotius, Animl. de Uebtu Betgiea, 1. I, p. 12, «il. M.
3 t'rt-Pioto (Histoire du concile da Traie, I. ui) réduit te nombre des martyrs des Pa js-flas a dnquapte mil te. En savoir et en modération , FrU-Paolo ne le cédait pw à Grotius. La priorité de temps donne au témoignage di premier «uelijuo avantage, qu'il perd d'un autre oMé par |a distance qui sépare Venise des Pays-Bas.
(324 dep. I.-C.) saient du privilège exclusifde décrire les persécutions faites aux chrétiens par les compétiteurs vaincus , ou par les prédécesseurs méprisés du souverain dont ils possédaient la faveur? |