CHAPITRE XVIII
Caractère de Constantin. — Guerre des Goths. — Mort de Constantin. — Partage de l'empire catra ses (mis fils. — Mort tragique de Constantin le jeune el do Constance. — Usurpation de Magnencc. — Cucrro civile; victoire de Constance.
Le caractère d'un prince qui déplaça le siège de l'empire , et qui introduisît de si importantes innovations dans la constitution civile et religieuse de son pays a fixé l'attention et partagé l'opinion de la postérité. La reconnaissance des chrétiens a décore le libérateur de. l'église de tous les attributs d'un héros, et même d'un saint. La haine d'un parti opposé a représenté Constantin comme le plus abominable des tyrans qui aient déshonoré la pourpre impériale par leurs vices et par leurs cruautés. Les mêmes passions se sont perpétuées chez les générations suivantes ; et le caractère de cet empereur est encore aujourd'hui l'objet de l'admiration des uns, et de la satire des autres. En rapprochant sans partialité les déduits avoues par ses plus zélés partisans , et les vertus que ses plus implacables ennemis ne peuvent lui' refuser, nous pourrions peut-être nous flatter de tracer le véritable portrait de cet homme extraordinaire, avec la candeur et la vérité qui conviennent à l'histoire * ; mais en cherchant à fondre ensemble des couleurs si contraires, et à allier des qualités si opposées, nous ne présenterions qu'une figure mons-
> Le grand Theodose ,■ dans les consens judletttt qu'il donne à son H|(Owditn, in gunrtum Colviatiim Honora, 2ii. etc.), distingue l'état d'un prince ronuun.de celui d'un monarque des Parthes. L'un avait besoin de mérite, et la naissance pouvait suffire a l'autre.
* On ne se trompera point sur Constantin , en croyant tout lenial qu'eu dit Kusebe, el tout le bien qu'en dit Zosune. (Fleury, Hist. Ecclés., 1. m, p. 213.) Eusfbe et Zosimf ) sont aux deux extrémités de la flatterie el de l'inverti™. On ne trouve les nuances intermédiaires que dans la écrivains dont le rite religieux est tempéré par leur caractère ou ■arlair position-
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trueuseet inexplicable, si nous ne prenions soin de l'exposer dans son vrai jour, en séparant attentivement les diverses périodes de sa vie.
La natnro avait orné la personne et l'esprit de Constantin de ses dons les plus précieux. Sa taille était haute, sa contenance majestueuse, son maintien gracieux. Il faisait admirer sa force et son agilité dans tous ses exercices; et depuis sa plu» tendre jeunesse jusqu'à l'âge le plus avancé, il conserva la vigueur de son tempérament par la régularité de ses mœurs et par sa frugalité. Il déposait avec plaisir la fatigante majesté du prince, pour se livrer, comme ami, aux charmes d'une conversation familière; et quoiqu'il lui échappai quelquefois des traits de raillerie peu convenables a sa dignité, il gagnait le cœur de tous ceux qui l'approchaient par sa courtoisie et par son urbanité. On l'accuse d'avoir trahi l'amitié. Cependant il a prouvé, en différentes occasions de sa vie , qu'il n'était pas incapable d'un attachement vif et durable. Une éducation négligée ne l'empêcha pas d'estimer le savoir, et d'accorder sa protection aux sciences et aux arts. Il était (Tune activité infatigable dans les affaires. Une partie de son temps était employée à la lecture et a la méditation ; l'autre à écrire, à donner audience aux ambassadeurs , et à recevoir les plaintes de ses sujets. Ceux qui se sont élevés le plus vivement contre sa conduite ne peuvent nier qu'il ne conçût avec grandeur et qu'il n'exécutât avec fermeté les desseins les plus hardis, sans être arrête ni par les préjuges de l'éducation , ni par les clameurs du penple. A la guerre, il faisait des héros de tous ses soldats, en se montrant lui-même soldat intrépide et général expérimenté ; il dut moins àla fortune qu'à ses talens les victoires signalées qu'il remporta contre ses ennemis et contre ceux de l'état. Il cherchait la gloire comme la récompense, peut-être comme le motif de ses travaux. L'ambition, qui depuis l'instant où il fut revêtu de la pourpre ù York parut toujours être sa passion dominante, peut être justifiée pir le danger de sa situation , par le caractère de ses rivaux, par le sentiment de sa supériorité, et par l'espoir de tondre la paix à l'empire. Dans le» guerres civiles con-
treMaxenceet cofilrc Licinins, il avait pour lui les voeux du peuple, qui comparait les vices effrontés de ces tyrans aux règles de justice et de modération qui semblaient toujours diriger l'administration de Constantin '. Telle est l'opinion que Constantin aurait pa transmettre à In postérité s'il eut trouvé la mort sur les bords du Tibre, ou dans les plaines d'Andrinople. Mais la fin de sa vie, dit un auteur de son siècle, le dégrada du rang qu'il avait acquis parmi les plus respectables souverains de l'empire romain*. Dans la vie à' Auguste, nons voyons le tyran de la république devenir par degrés le père de la patrie et l'honneur de l'humanité. Dans celle de Constantin, nous voyons le héros, qui avait été long-temps l'idole de ses sujets et la terreur de ses ennemis , se changer en monarque despotique et barbare, et, se corrompant par ses succès, donner, après ses victoires, un libre cours aux vices que jusqu'alors il avait dissimulés. La paix générale qu'il maintint pendant les quatorze dernières années de son règno fut plutôt une période de fausse grandeur, qu'un temps de véritable prospérité; et sa' vieillesse rut avilie par l'avarice et par la prodigalité, vices opposés qui marchent quelquefois ensemble.
. Les trésors immenses trouvés dans les palais de Haxence et de Licinins furent follement prodigués ; et les différentes innovations qu'introduisit le conquérant multiplièrent les dépenses. Les bntiroens, les fêtes, la pompe de la cour, exigeaient des ressources puissantes et continuelles, que l'empereur ne pouvait se procurer qu'en opprimant le
1 Les vertus de Constantin sont attestées par Eutrope et le jeune Vicier , deux païens de bonne fol, qui écrivirent après l'extinction de sa famille. Zosloïe lui-même et l'euipereur Julien reconnaissaient son courage personnel et sas exploits militaires.
* Voyez Eutrope , i , 6. In primo imptru tempore aplanis principibiti, uitimo mtdiis comparanitiu. L'ancienne version grecque de Pxanius (édlt. de Havercamp, p. 607) me porte à croire qu'Eutrope avait dit vix medtti, et que les copistes ont supprimé a dessein ee monosyllabe offensant. Aurelius Victor exprime l'opinion générale par un proverbe qu'on répétailsouvent alors,et qui est obscur pour nous : TtiitAU deeem annit pratùmtijulmtu; duodecirn stquentibtu uni; decer*novinimi! WvruXi ob immodUa» profusions*.
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peuple1. Ses indignes favoris, enrichis par son aveugle libéralité, usurpaient avec impunité le privilège de piller et d'insulter les citoyens *. Les ornemens de sa parure et l'affectation de ses manières le rendirent, sur la fin de sa vie, l'objet du mépris général; la magnificence asiatique que Dioctétien avait adoptée prit un air d'afféterie dans ta personne de Constantin, On le représente avec de faux cheveux de différentes couleurs , soigneusement arrangés par les coiffeurs les plus renommés de son temps. Il portait un diadème d'une forme nouvelle et plus coûteuse, des colliers et des bracelets enrichis de perles et de brillans; il était vêtu d'une robe de soie flottante, et artistement brodée en flenrs d'or. Sous cet appareil, qu'on pardonnerait difficilement à la jennesse extravagante d'Eliogabale , nous chercherions en vain la sagesse d'nn vieux monarque et la simplicité d'un vétéran romain *. Son âme, corrompue par la fortune, ne s'élevait pins à ce sentiment de grandeur qui dédaigne le soupçon et qui ose pardonner. Les maximes de l'odieuse politique qu'on enseigne dans les écoles peuvent peul-étré excuser la mort de Maximien et de Licinius; mais le récit impartial des exécutions, ou plutôt des meurtres qui souillèrent les dernières aunées de Constantin donnera un lecteur judicieux l'idée d'un prince qui sacrifiait sans peine à ses passions ou à ses intérêts les lois de la justice et les mouvemens de la nature. Les
■Julien, 0ro£.i,p.8 (cedisrauntoUeur fut prononcé
devant le fil* de Constantin) , et Césars, p. 335; Zosime, p. 114, 115. Les magnifiques bâti mens de Constantinople,etc, peuvent elre cites comme une preuve incontesta!.le de la profusion de celui qui ta tien.
1 L'impartial Ammien mérite toute notre confiance. Proximorum fanées apetult primus omnium Conalantinut(\.xn, c.8). Eusfibe lui-même convient de cet abus (fit. Cowtan tin., 1. iv, c. 20, 541, et quelques-unes des lois impériales en indiquent faiblement le remède. (Voyez les notes , pages 370 et 371 dans le chapitre précédent.)
3 Julien s'efforce , dans les Césars, de couvrir son onde de ridicule. Son témoignage, suspect en lui-mime, est confirmé toutefois par le savant Spanbeim , d'après les médaille*. (Voyez Commentaire, p. 156, 20B, 357, 458.) Eusèbe (Orne., c. 3) vont Justifier cette sottise en disant que Constantin s'habillait pour le public Si on admet cette raison , le pelit-maltre le pins ridicule m manquera Jamais d'excuse.
succès qui avaient accompagné Constantin dans ses expéditions guerrières te suivirent dans le sein de sa famille et de sa vie domestique. Ceux de ses prédécesseurs qui avaient eu le règne le plus long et le plus prospère, Auguste , Trujan et Dioclélien , n'avaient point laissé de postérité , et les révolutions fréquentes n'avaient permis à aucune des familles impériales de s'étendre et de multiplier à l'ombre du diadème. Mais la race royale de Flavien, ennoblie par Claude, se perpétua pendant plusieurs générations, et Constantin lui-même ne tirait que de son auguste père son droit aux honneurs héréditaires qu'il transmit a ses enfans. Cet empereur avait été marié deux fois : Mîncrvina, l'objet obscur mais légitime de son attachement pendant sa jeunesse ', ne lui avait laissé qu'un fils, qui fut nommé Crispus. 11 eut de Fausta, fille de Maximien, trois filles et trois fils, connus sous le nom de Constantin, Coustantius et Constans. Les frères indolens dn grand Constantin, Julius-Constantius , Dalmatins et Annibalinnus *, jouirent du rang le pins honorable, et de ta fortune qui convenait aux frères d'un empereur romain : le plus jeune des trois vécut ignoré, et mourut sans postérité. Ses deux aînés épousèrent des filles de riches sénateurs, et multiplièrent tes branches de la famille impériale. Gallus el Julien furent par la suite tes plus illustres des enfansde Julius-Constantius /«patricien. Les deux fils de Dalmolitis, qui Turent décorés du vain titre de censeurs , furent appelés DalmatiusetAnuibalianus.Lesdenxsœursdu grand Constantin, Anastasia et Etitropïa, fnrenlmariéesàOptatuset à Nepotianus, sénateurs consulaires et de familles patriciennes. Sa troisième sœur, Constantin, fut remarquable par sa haute fortune, et par les mal-
i Zosime et Zonaras nous montrent dans Mlnervina la concubine de Constantin; mais Dncange a rétabli l'honneur de cette femme, eu citant un passage dèeisir de l'un des panégyriques : Ab ipso fine puérilité, te matrimonii legîbut dedisti.
> Ducange (Familiar Byxaatina ,p. 44) lui donne, après Zonaras, le nom de Constantin. Il n'est pas vraisemblable que ce fut en effet son nom, puisque le frère atné te portait déjà. Celui d'Annibalianus se trouve dans la Chronique de Pascal, et Tillemonl l'emploie (Hist. des Empereurs, t. w , p. 527 .)
(324 dep. J.-C.) heurs dont cette Fortune Tut suivie. Elle resta veuve dé Licinius; elle en avait un fils, auquel , à force de prières , elle conserva quelque temps la vie , le titre de césar, et un espoir précaire à la succession de son père. Outre les femmes et les alliés de la maison Flavienne , onze ou douze maies auxquels l'usage des cours modernes donnerait le titre de prîncet du sang, semblaient destinés, par l'ordre de leur naissance, à hériter du trdne de Constantin , ou à en être l'appui ; mais en moins de trente ans cette nombreuse et fertile race fut réduite à Constance et à Julien , qui avaient seuls survécu a une suite de crimes et de calamités.
Crispus, le fils aîné de Constantin, et l'héritier présomptif de l'empire , est représenté par les écrivains exempts de partialité, comme un jeune prince de la plus grande espérance. Le soiu de son éducation ou de ses éludes fut confié à Lactance, le plus éloquent des chrétiens. Un tel précepteur était bien propre à former le goût, et à développer les vertus de son illustre disciple'. A l'âge de dix-sept ans, Crispus fut nommé césar, et on lui confia le gouvernement des Gaules, où les invasions des Germains lui donnèrent de bonne heure les occasions de signaler ses talcns militaires. Dans la guerre civile qui éclata bientôt, le père et le fils partagèrent le commandement; et j'ai déjà célébré dans cette histoire la valeur et l'intelligence que le dernier fit paraître, en forçant le détroit de l'Hellespont que la flotte supérieure de Licinius défendit avec tant d'obstioation. Cette victoire navale entraîna la fortune et termina la guerre. Les joyeuses acclamations du peuple d'Orient unirent le nom de Crispus à celui de son augnste père. * >o se félicitait de voir Constantin vainqueur, et d'avoir un empereur doué de toutes les vertus; ou célébrait son digne fils, le bien- :iimé du ciel , et la vivante image des perfections de sou père. Les peuples rendent rare-
1 Jcrom. , in Chron. La pauvreté de taclanee annonce <pK le philosophe fui désintéressé , ou que son protecteur Tut insensible. Voyez TillemoRt (Mém. ecciériast., I. n, P"t- (, p. 31S ; Dupto , Bibliothèque Ecclésiastique, 1. 1 , p. 205; Lardner't Credib'Uityoflhe Gospel Hutory, part.n,*ol.7p.8a.)
PAR ÉD. GIBBON. CH. XVItl.
ment hommage au mérite reconnu du prince régnant; la voix de la louange est couverte par l'injustice et les murmures des mécontens; mais ils se plaisent à attendre le bonheur public et particulier des venus naissantes de l'héritier de leur souverain '.
Ce dangereux enthousiasme excita l'attention de Constantin. Comme père et comme empereur, il ne voulait point souffrir d'égal. Au lieu de gagner la confiance de son fils en lui accordant la sienne, au lieu d'assurer sa fidélité parles respectables liens de la reconnaissance , il résolut d'arrêter son essor et de prévenir les suites de son ambition. Crispus eut bientôt à se plaindre de ce que son frère, encore enfant, gouvernait, avec te titre de césar. Le vaste département des Gaules *, tandis qu'oubliant son Age et ses services récens et distingués, l'empereur le privait du rang d'auguste , et le tenait enchaîné dans l'oisive inutilité de sa cour.. Exposé, sans crédit et sans autorité, à toutes les calomnies dont il plaisait à ses ennemis de le noircir, il est assez probable que le jeune prince n'eut pas toujours la sagesse de contenir son ressentiment, et on ne doit pas douter qu'il ne fût entouré d'un nombre de courtisans toujours prêts à l'irriter, et très-capables de le trahir. L'édit qui fut public vers ce temps-là par Constantin annonce qu'il croyait ou feignait de croire à une conspiration formée contre sa personne et contre l'empire. Il invite les citoyens de toutes les classes , en leur promettant des honneurs et des récompenses, à accuser sans exception les magistrats, les ministres, et jusqu'à ses plus intimes favoris. Après avoir donné' sa parole royale qu'il entendra lui-même les dépositions , et qu'il se ■ chargera du soin de la vengeance, il finit par
EusMie.Hisl. eoelésiast. , 1. i , c. 9 ; Eutroje £x , 6) l'appelle egivgiumvirum, et Julien (Oral., î) fatl clairement illusion oui exploits de Crispus durant la guerre civile. (Voyez Spanheim, Comment., p. 92.)
1 Comparez Idalius et la Chronique de Pascal avec Am mirn (t. xrr , e. S). L'année où Constance fui crée césar paraît avoir été Axée d'une manière plus exacte par les deux chranotogisies; mais l'historien, qui virait dans sa cour, ne pouvait ignorer le jour de l'anniversaire. Quant A la nomination du nouveau césar au commandement des prorinces de la Gaule , voyez Julien , Orai. i , p. 12 ; Codefroy , Chroaot. Legmn, p. 20, et Blondel, de la primauté de l'église , p. 1183.
prier l'Être suprême de protéger l'empereur, et de détourner les dangers qui menacent l'empire *.
Les avides délateurs qui s'empressèrent d'obéir à cette invitation étaient trop initiés dans les mystères de la cour, ponr ne pas choisir les coupables parmi les créatures et les amis de Crispus. L'empereur tint religieusement la parole qu'il avait donnée, d'en tirer une prompte et sanguinaire vengeance. Sa politique l'engagea cependant à conserver l'extérieur de la confiance et de l'amitié avec Crispus, qu'il commençait à regarder comme son pins dangereux ennemi. On frappa les médailles ordinaires ; elles exprimaient les vœux pour le règne long et prospère du jeune césar ' , et ceux qui ignoraient les secrets du palais admiraient ses vertus et respectaient «a gloire. Un poète exilé, qui sollicitait son rappel, invoquait avec une égale vénération la majesté du père et celle de son digne fils*. On était alors au moment de célébrer l'auguste cérémonie de la vingtième année du règne glorieux de Constantin, et l'empereur se transporta avec toute sa cour de Hicomédi eu Rome, où l'on avait fait les plus superbes préparatifs pour sa réception. Tout annonçait le bonheur et la joie publique; et le voile de la dissimulation couvrit un moment les projets sanguinaires de la vengeance *. L'empereur, oubliant à la fois la tendresse d'un père et l'équité d'un juge, fit arrêter, au milieu de la fête, l'infortuné Crispus. L'information fut courte et secrète * ; et, comme on crut devoir cacher au peuple romain le sort du jeune
i Cod. Théodos. 1. ii, til. 4. Godefroy suspecte les motifs secrets de celle loi. (Comment., t. ni, p. 9.)
î Ducange, Fam. Byzanl. , p. 28; TiHemont, tom. rv, p. 610.
3 Ce poète s'appelait Porphyrius Optatianns. La date de ce panégyrique, écrit cnpialsacrosticttes, selon le goût du siècle, est déterminée parScaliger (adEtutb., p. 250), par Tlllemonl (t. it, p. 607), et Fabridus (Bibliolh. lai., Lit, cl).
* Zosime, 1. n, p. 103; Godefroy, Chron. Lcg.,f. 28.
s Arpitue, sans formes judiciaires. Telle est l'expression énergique ei vraisemblablement Ires-jusle de Suidas. Victor l'aîné, qui écrivit sous le régne suivant , ■'énonce avec précaution : Natu grandîor incertain qaa causa, patrisjudici/i.occùlùsct. Sion consulte les écrivains postérieurs, Eutrope, le jeu ne Vicier, Orose, Jérôme, Zosime, Phuoslorgius et Grégoire Je Tours, on
(320 dep. J.-C.) prince , on l'envoya , tous une forte garde , à Pôle en latrie, où, peu de temps après, il perdit la vie. Les uns assurent qu'il fut décapité, et d'autres croient qu'il périt par le poison '. Licinius César, jeune prince du pins. aimable caractère, Fut enveloppé dans lu ruine do Crispus *. La sombre jalousie de Constantin ne fut émue ni des prières ni des larmes de sa sœur favorite, qui demanda grâce inutilement pour un fils dont tout le crime était d'avoir eu pour père Licinius. Sa malheureuse mère ne lui survécut pas long-temps. L'histoire de ces princes infortunés, la nature et la preuve de leur crime , les formalités de leur jugement, et le genre de leur mort, furent ensevelis dans la plus mystérieuse obscurité; et i'évéque partial qui a célébré, dans un savant ouvrage , les vertus et la piété de son héros , a en soin de passer sous silence ces tragiques événemens*. Un mépris si marqué ponr l'opinion publique imprime une tache ineffaçable snr la mémoire de Constantin, et rappelle au souvenir la conduite opposée d'un des plus grands monarques de ce siècle. Le czar Pierre, quoique despotique et toutpuissant, crut devoir soumettre au jugement de la Russie, de l'Europe entière, et de la postérité, les raisons qui le déterminèrent à. souscrire la condamnation d'un fils criminel, ou du moins indigne de lui *,
L'innocence de Crispus était si généralement reconnue, que les Grecs modernes, qui
Terra que leur assurance s'accroît a mesure que les moyens d'ius tiuciion diminuent ; remarque qu'on a souvent occasion de làire dans les recherches historiques.
i Ammieu (l. ht, e. 2) emploie l'expression générale péremption. Codin. (p. 34 ) dit que le Jeune prince lui décapité; nuis Sidonius Appulliuaris {eput . v,8) lui fait administrer un poison froid , peut-être pour que ce genre de mort tonnât une antithèse avec le bain chaud de Fausta.
î Sororis filium, cammodœ indolis juvcnein. (Eutrope.x, 6.) Ne peut-un pas conjecturer que Crispus avait éponsé Hélène, Aile de l'empereur Licinius, et que Constantin accorda un pardon général, lors de l'heureuse délivrance de la princesse, eu 322? Voyez Ducange, (FamiLBjï»jit„p.47),etlaloiO. u, lit. 37) du Code théodoaien, qui a si fort embarrassé les interprètes. (Godefroy, t.ui.p. 267).
3 Voyez la Vie de Constantin, surtout au L n, c. 19, 20. Deuicenla cinquante ans après, Eragrius (l. ni, c. Il) lirait, du silence d'Eusebe, un vain argument contre la réalité du laiL
' Histoire de Pierre-le-Grand,par Voltaire, part, n.clt).
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PAR ÉD. GIBBON. Cil. XV1H.
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révèrent la mémoire de leur fondateur , sont forcés de pallier un parricide qu'ils n'osent pas excuser. Ils prétendent qu'aussitôt que Constantin eut décourert la perfidie qni avait trompé sa crédulité , il publia sa faute et son repentir; qn'ilporta le deuil pendant quarante jours, durant lesquels il s'abstint du baie et de tOHtes les commodités de lu-vie; et qu'enfin, pour servir d'instruction à la postérité , il fit élever nue statue d'or qui représentoit Crispas avec cette inscription : A mon fil» que j'ai in- . fortement condamné*. Ce uonte moral et intéressant aurait besoin d'autorités plus respectables pour obtenir confiance. Mais, si nous consultons les écrivains plus anciens et plus véridiques , ils nous apprendront que le repentir de Constantin ne s'est manifesté que par le meurtre et par la vengeance, et qu'il expia la mort d'un fils innocent par le supplice d'une épouse peut-être criminelle. Ils accusent Fausta du marbenrde son Beau-fils. Sa liaine implacable , ou plutôt son amour dédaigné renouvela dans le palais de Constantin l'ancienne et tragique histoire de Phèdre et Ilippolyte *. Comme la fille deMinos, la fille de Maxirnien accusa Crispus d'avoir voulu attenter à la chastetéde la femme do son père, et elle obtint aisément du jaloux empereur une sentence de mort contre un jeune prince qu'elle regardait avec raison comme le plus formidable rival de sesenlbns. Hélène, mère de Constantin , quoique fort âgée, vécut assez pourvoir venger la mort de Crispus son petitiils. On découvrit bientôt, ou l'on prétendit avoir découvert que Fausta se livrait à une familiarité criminelle avec un esclave appartenant aux écuries impériales *. Son supplice suivit de près l'accusation ; on l'étoiùTa dans un bain poussé à un degré de chaleur auquel
1 Afin de prouver que cette statue fut teée parConstantinet enlevée ensuite par tes ariens , Codinus se crée tout-à-coup (p. 34)<teu* témoins , Flippolyte el le jeude Hérodote, et il en appelle avec effronterie Heurs écrits qui n'ont Joutais existé.
ïZosimc; l.ïr, p. MB, peut être regarda comme na auteur contemporain. L'esprit des modernes, lidé de quelques mots échappés aux anciens , a éclairé et perffcctionnéSon obscure et imparfaite narration.
JPfiiloslorgius.l.rr, e.4. Zosime(l. il, p.tM.tlO) impute a Constantin la mort dé deux femmes, de l'innocente Fausta et d'une épouse adultère qni Ailla mère de ses trots lucceMwrs. Scies Jérôme; irouf -ou «"«tre t
ÏOi
il était impossible qu'elle résistai'. Le lecteur croira peut-être que le souvenir d'une union de vingt ans, et l'honneur des héritiers du troue , auraient pu adoucir en faveur de leur mère l'extrême rigueur de Constantin, et le décider à permettre que sa criminelle épouse expiât sa faute dans une prison ; mais cet événement n'est point assez constaté pour mériter qu'où en recherche les circonstances ou qu'on en examine l'équité. Les accusateurs et les défenseurs de Constantin ont également négligé deux oraisons prononcées sous le règne suivant. La première célèbre la beauté, la vertu et le bonheur de l'impératrice Fausta , fille , femme , épouse et mère de tant de princes *; lasecoudeassure.en termes précis, que |a mère du jeune Constantin, qui fut tué trois ans après la mort de sou père, vécut pour pleurer la perte de son fils *, Malgré le témoignage, positif de dil'férens auteurs sacrés et profanes , on trouve encore quelques motifs de croire ou du moins de soupçonner que l'impératrice a échappé à la cruauté de son mari.. Le meurtre d'un fils -et d'un neveu, le massacre d'un grand nombre d'amis respectables et peut-être innocens*, qui furent enveloppés dans leur proscription , suffisent pour justifier le ressentiment du peuple romain , et les vers injurieux qui furent affiches à la porte du palais. Ils comparaient ensemble les deux règnes fastueux et sangUws de Néron et de Constantin '.
années s'écoulèrent entre la mort de Crispus et celle de Fausta. Victor l'alné se tait prudemment.
i Si Fausta fut mise a mort, il est raisonnable de croire qu'elle fui exécutée dans l'Intérieur du palais. L'orateur Chrysosio me donne carrière a mn imagination; il expose l'impératrice nue sur une montagne déserte, el il la fait dévorer par des lie les sauvages.
"Julien (0rt*I. i) semble l'appeler la mère de Crispus; elle a pu prendre ce litre par adoption: du moins ou ne la regardait pas comme soaennemlcniorlelle. Julien compare la fortune de Fausta avec celle de Parjsatis , reine de Perse. Un Romain l'aurait comparée plus naturellement à la seconde Agrippine.
3 Monod. in Constantin., Jun., c. i, ad cnlccm Eatrop. édil. de Havercamp. L'orateur l'appelle laplus sainte el la plus pieuse des reines.
i luurteli miiDCTuiM »I«H (Emnr.il, SJ.
Il BstaMr». singulier qu'oi
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La mort de Crispus semblait assurer l'empire aux trois fils de Fansta, dont nous avons déjà parlé bous les noms de Constantin , de Constantin» et de Constitua. Ces jeunes princes furent successivement revêtus du titre de césar , et lés dates de leur promotion peuvent être fixées à la dixième, vingtième et trentième année du règne de leur père'. Quoique cette conduite tendit à multiplier les maîtres futurs du monde romain , la tendresse paternelle pourrait ici servir d'excuse; mais il n'est pas aussi aisé d'expliquer les motifs de l'empereur, quand il exposa la tranquillité de ses peuples et la sûreté de ses propres enfans , par l'inutile élévation de ses neveux Dalmatius et Anuibalianus. Le premier obtint le titre de césar, et l'égalité avec ses cousins , et Constantin créa, en faveur de l'autre, la nouvelle et singulière dénomination de ne&Uiuime*, à laquelle il joignit la flatteuse distinction d'une robe tissue de pourpre et d'or. Parmi tous les princes de l'empire, Annibalianus fut seul distingué par le titre de roi; nom que les sujets de Tibère auraient détesté, comme la plus cruelle insulte que put leur faire le caprice d'un orgueilleux tyran. L'usage de ce titre, odieux sous le règne de Constantin, est un fait inexplicable et isolé, auquel il est difficile de croire, malgré les autorités réunies des médailles impériales et des écrivains contemporains *.
Tout l'empire prenait le plus grand intérêt à l'éducation de cinq princes reconnus pour lessuccesseursdeConstantin.On les prépara,
un obscur faiseur de libelles, ou à un patriote trompé dans ses espérance;, mais A Ablavius, premier ministre et fa- Tori de l'empereur. On peut remarquer que l'humanité, ainsi que la superstition, dictait les imprécations du peuple romain. (Zosime, I. n, p. 105.)
' Eusebe, Oral, in Constantin., c. 3. Ces dates sept assez exactes pour justifier l'orateur.
•Zosicne.l. n,p. 117. Sous les prédécesseurs de Constantin, le mol de mbiiiss un a* était uue lînilhé le vague, plutôt qu'un titre légal et détermine.
3 Adstruunt mtmmi veUres ae »tnptlarrs. Snanhcira,tfc Usnni4mismatum,dissertat.m,io\.2,p.3gJ. Amrairn parte de ce roi des Romains (I. xi»,c 1 , et Valois, ad loc.). Le fragment de Valois l'appelle le roi des rois; et la Chronique de Pascal (p. 280), qui emploie le mol Pu y», acquiert le poids d'un témoignage latin.
(3M dep. *\-C.) par les exercices du corps, aux fatigues de ta guerre et aux devoirs d'Une vie active. Ceux qui ont eu l'occasion de parler de l'éducation et des talens de Constantin, le représentent comme très-habile dans les ans gymnastique» de la course et du saut , trèsadroit à se servir d'un arc, à manier un cheval et toutes les armes usitées pour la cavalerie et pour l'infanterie'. On donna les mêmes soins , mais peut-être avec moins de succès, a la culture de l'esprit des fils et des neveux de Constantin *. Les plus célèbres professeurs de la fei chrétienne , de la phtiosopbie grecque et de la jurisprudence romaine, lurent appelés par la libéralité de l'empereur, qui se réserva la tache importante d'instruire ces jeunes princes dans l'ait de connaître et de gouverner les hommes. Mais le génie du grand Constantin avait été formé par l' expérience, par l'adversité et par le commerce familier d'une vie privée. Les dangers auxquels il avait été long-temps exposé dans la cour de Galère lui avaient appris a vaincre ses passions, à lutter contre celles de ses égaux, et à n'attendre sa sûreté présente et sa grandeur future que de sa prudence et de la fermeté de sa conduite. Ses successeurs avaient le désavantage d'être nés et élevés sous la pourpre impériale. Toujours environnés d'un coriégede flatteurs, ils passaientleur jeunesse dans les jouissances du luxe et dans l'attente du trône , et comme les objets les plus inégaux de la nature, vus d'un endroit fort élevé, ne présentent à l'œil qu'une surface égale et unie, ainsi la dignité de ces princes les tenait à une trop grande distance du reste des hommes, pour qu'ils pussent découvrir la différence de leurs caractères. L'indulgence de Constantin les admit , dès leur tendre jeunesse , à partager l'administration de l'empire ; mais ils s'instruisaient dans l'art de régner aux dépens d'un peuple dont on leur
■ Julien (Orat. i, p. Il ; Oral, n, p. 53) donne des éloges à son habilelé dans les exercices de la guerre ; et Ammien(). xxi.c. 16) en convient.
3 Eusebe. mVït.Constantirù, I. n, c. M; Julien, Orat.i, p. Il- te, avec le savant commentaire de Spanheim; Liban iua , Orat. en, p. 109. Constance étudiait avec ardeur; nuls la pesanteur de son imagination l'empêcha de réussir dans l'art de la poésie, et même daui celui de la rhétorique.