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de ses soldats ; et ils tirent le voilé sur les
détails de cette retraite humiliante. Cependant un de ces orateurs mercenaires, jaloux de sauver la renommée de Constance, raconleavecla plus froide indifférence une action si barbare, qu'au jugement de la postérité eue doit imprimer sur l'empereur une tache infiniment plus honteuse que celle de sa débite. Le fils de Sapor ,qui était l'héritier de sa couronne , avait été pris daasle camp des Perses. Ce jeune infortuné, qni aurait obtenu la compassion de l'ennemi le plus sauvage, fut fustigé, mit à la torture, et publiquement exécuté parles barbares Romains '.
Quelques avantages que Sapor eut obtenus par nenfvictoires consécutives, qui avaient répandu chez les nations la renommée de sa valeur et deses talens militaires, H ne pouvait cependant espérer de réussir dans ses desseins, taudis que les Romains conserveraient les deux villes fortifiées de ta Mésopotamie , et surtout l'ancienne et forte cité de Hisibïs. Dans l'espace de douze ans , Nisibis, regardée avec raison, depuis le temps de Lucullus, comme Ieboulevard de l'Orient, soutint trois sièges mémorables contre toutes les forces, de Sapor; et le monarque humilié, après avoir inutilement renouvelé ses attaques pendant soixante, quatre-vingts, et cent jours, fut contraint de se retirer trois fois avec perte et ignominie'. Cette ville vaste et peuplée était située à denx journées dn Tigre, dans le milieu d'une plaine agréable et fertile, au pied du mont Uasius. lin fossé profond défendait sa triple enceinte construite en briques ', et le courage indomptable des citoyens secondait la résistance intrépide du
■ Libankis, Orat. m, p. 133; et Julien, Orat. i, p. 24; et le Commentaire de Spanbeim , p. 179.
* Voyez Julien, Orat. i,p. T.; Oral, n, p. 62, etc. avec le Commentaire de Spanbeim, p. 188-202, qui édaircu Ira détails et oie l'époque des trois lièges de Niants, Tulemont (Hist. des Empereur*, t. rv , p. 666, 671,674) eiaminc *u«i kl dates decw sièges. Zosime (l.iu, p. 151) et la Chronique d'Alexandrie, p. 200, «Joutent quelques faits sur ces difftrens pointa.
3 SaQuste, Fragment hïxtv, édil.de des Brosses, et Plutarque, in Lucutl., t. in, p. 184. NisinU n'a phi» hJmuw dlioi qieeent cinquante maisons. Ses terni mnrecageutai produisent in ri* , et ta* fertile* prairies , jusqu'à Mosul el juaqu>u Tigre , cent coarertes de ruines de villes et de viÙages. (Voyez Niebuhr, Voyages, t- «. P- 300-301).) • fil
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comte Lucilianus et de la garnison. Les habilans de Nisibis étaient animés par les exhortations de leur évêque ', endurcis à la fatigue des armes par l'habitude du danger , et persuadés que l'intention de Sapor était de les emmener captifs dans quelque pays éloigné, et de repeupler lear ville d'une colonie de Persans. L'issue des deux pre-' miers sièges avait augmenté leur confiance, et irrité l'orgueil du grand roi, qui, avec toutes les forces réunies de la Perse et de l'Inde, s'avançait une troisième fois pour attaquer Nisibis. L'intelligence supérieure des Romains rendait inutiles toutes les machine» ordinaires, inventées pour battre ou pour saper les murs ; et bien des jours s'étaient passés sans succès, quand Sapor prit une résolution digne d'un monarque oriental, qui croit que, jusqu'aux élémens, tout doi obéir à ses ordres. Dans la saison où les neiges de l'Arménie commencent régulièrement a fondre tous les ans, la rivière de Migdonius, qui sépare la ville de Nisibis de la plaine , forme , comme le Nil ', une inondation sur les terres adjacentes. A force de travaux, les Persans arrêtèrent le cours de la rivière au-dessous de la ville ; et de solides montagnes de terre furent élevées pour retenir de tous cotés les eaux. Sur ce lac artificiel, une flotte de vaisseaux armés, chargée de soldats et de machines qni lançaient des pierres du poids de cinq cents livres, s'avança en ordre de bataille, et combattit presque de plain-pied les troupes qui défendaient les remparts. La force irrésistible des eaux fut alternativement fatale aux deux partis. Le mur, ne pouvant soutenir un poids qui augmentait à chaque instant, fut renversé, et présenta une énorme
< Les miracle* que TModoret (1. n,e. 30 ; attribue a aatnt Jacques , èVéqne d'Édesse , se firent du moins pour URft digne caUK, la défense de son pays. Il parut sur les taure sous la figure d'un empereur romain. Il envoya de* m liions de cousins qui piquèrent les éJépbans et mirent en déroute l'armée du nouveau Semiachérib. i » Julien, Oral., i, p. 27. Quoique Niebubr (t. n, p. 307) donne une étendue considérable au Mygdonius, sur lequel Util impuni derfor^e arches, il estdihlcile cependant dTmagintr qu'il a «u raison de comparer cette petite rivière i un grand fleure. Il y a plusieurs détails obscurs et presque inintelligibles dans ces immenses tranux nu* le lit du
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brèche de cent cinquante pieds de longueur. Les Persans furent aussitôt appelés à l'assaut et l'issue de celte journée devait décider du destin de Nisibis. La cavalerie, pesamment année, qui conduisait la tête de la colonne , s'embourba dans le limon des terres délavées, et un grand nombre furent engloutis dans des trous recouverts par les eaux. Les éléplmns , furieux de leurs blessures, augmentaient le désordre, et écrasaient sous leurs pieds des milliers d'archers persans. Le grand roï, qui, de la hauteur où l'on avait placé son trône , contemplait avec indignation le mauvais succès de son entreprise, fit a regret donner le signal de la retraite, et suspendit l'attaque jusqu'au lendemain. Mais les vigilans citoyens profitèrent a\ec activité des ombres de la nuit, et le lever de l'aurore découvrit un nouveau mur déjà haut de six pieds, qu'ils continuaient à élever pour remplir la brèche. Trompé dans son espérance, Sapor ne perdit point courage; et, malgré la perte de vingt mille nommes, il continua le siège de Nisibis avec une obstination qui ne pouvait céder qu'a la nécessité de défendre les provinces orientales de la Perse contre la formidable invasion des Massagètes '. Alarmé de cette nouvelle , il abandonna le siège précipitamment, et Couru! avec rapidité des bords du Tigre à ceix de rOxus. Les embarras et le danger d'une guerre contre les Scythes l'engagèrent bientôt à conclure ou du moins à observer une trêve avec l'empereur. Elle fut également agréable à l'un et à l'autre de ces monarques. Constance fut sérieusement occupé, après la mort de ses deux frères, des révolutions de l'Occident et d'une guerre civile, qui demandaient et semblaient surpasser les plus vi-' gonreux efforts de ses forces réunies. I
Trois ans s'étaient à peine écoulés depuis le partagede l'empire, et déjà les fils de Constantin, inhabiles à gouverner leurs vastes états, semblaient impatiens de prouver qu'ils' ne suffisaient point à leur ambition. L'aîné de ces princes se plaignit qu'il n'avait pas assci profité du meurtre de ses cousins , et qu'on
1 C'est Zooms (t. n, Lira, p. u)qui raconta celle invasion des Massagètes, laquelle est bien d'accord avec la série générale des èvénemens que l'Histoire in len d'Anuuien fait entrevoir d'une manière obscure.
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avait fait de leurs dépouilles une répartition inégale ; il ne réclamait rien de Constance , qui avait à ses yeux le mérite de l'exécution ; mais il exigeait de Constans la cession des provinces d'Afrique, comme un équivalent des riches contrées de Grèce et de Macédoine, qu'il ayait obtenues à la mort de Daluiatius. Irrité du peu de sincérité d'une longue et inutile négociation, Constantin suivit les conseils de ses favoris, qui tachaient de lui persuader que son honneur et son intérêt lui défendaient également d'abandonner cette réclamation. A la tète d'un mélange confus de soldats tnmultuai rement assemblés, il fondit sur les états de Constans, et lit tomber sur les environs d'Aquilée les premiers effets de son ressentiment. Les mesures de Constans, qui résidait alors en Daciè, furent dirigées avec plus de sagesse et d'intelligence. Ayant appris l'invasion de son frère, il détacha un corps choisi et discipliné de troupes illyriennes, qu'il se proposait de suivre lui-même avec le reste de ses forces. Mais la conduite de ses lieutenans termina cette querelle dénaturée. En feignant artiGcicusement de fuir devant Constantin, ils l'attirèrent dans une embuscade au milieu d'un bois. Le jeune prince , mal accompagné , fut surpris , environné , et paya de sa tète sa fatale imprudence. Quand on eut retiré son corps des eaux, bourbeuses del'Alsa, on le déposa dans i un sépnlcre impérial ; mais ses provinces re- ' connurent le vainqueur pour maître, et firent le serment de fidélité à Constans, qui, refusant de partager ses nouvelles acquisitions avec son frère, posséda sans contestation plus des deux tiers de l'empire romain '. La punition de son forfait fut suspendue pendant dix ans, et la mort de son frère fut vengée par la main ignoble d'un serviteur perfide.
La mauvaise administration des trois princes, les vices et les faiblesses qui leur firent
' La historien* racontent avec beaucoup d'embarras et de contradictions les causes et les efTets de cette guerre etrne. J'ai suhi principalement Zoiuns elle ienne Victor. La Hfonodie (M calctm Batrop., édit. de Harercamp) prononcée 1 la mort de Constantin aurait pu être instructive ,' mais la prudence et le mauvais goût ont jetci YoiWur ta» de ngnes déclamations.
perdre l'estime et l'affection des peuples , étaient visiblement une suite du système pernicieux introduit par Constantin. L'inapplication et l'incapacité de Constans rendaient ridicule et insupportable l'orgueil que lui donnaient des succès qu'il n'avait pas mérités. Sa partialité pour quelques captifs germains qui n'avaient d'autre mérite que les grâces de leur figure, était un sujet de scandale et de mécontentement ', Magnence, soldat ambitieux, d'extraction barbare, fut encouragé par le cri public à soutenir l'honneur du nom romain *. Les bandes choisies des Joviens et des Herculiens tenaient toujours la place d'honneur dans le camp impérial. L'amitié de Marcellînus, comte des largesses sacrées, suppléait libéralement aux moyens de séduction. On vint à bout de persuader aux soldats que la république les sommait de briser les liens d'une servitude héréditaire, et de récompenser, par le choix d'un prince actif et vigilant , les mêmes vertus qui, de l'état de citoyen , avaient élevé les ancêtres du méprisable Constans sur le trône du monde. Quand on crut avoir suffisamment préparé les esprits , Harcellinus, sous le prétexte de célébrer le jour de la naissance de son fils, donna une fête magnifique aux personnages les plus distingués de la cour des Gaules, qui résidait alors a Autun. Le repas somptueux fut prolongé avec adresse bien avant dans la nuit, et les convives, livrés à une confiance dangereuse, se permettaient les propos les plus coupables et les plus ofiensans ; tout d'un coup les portes s'ouvrirent avec fracas ; et Magnence, qui s'était retiré depuis quelques înstans, rentra revêtu de la pourpre et
■ Quamm (gentùan) absidet pretio quasitos pusroi venustiorœ, quod caltiiu habuerat, tibidine huputnodi artiste pro eerto haMur. Si les goûts dépravai de Constance n'avaient pas été publics, Victor l'aîné, qui exerçait un emploi considérable sous le règne de ton frère , ne se serait pas exprimé d'une manière ai positive.
i Julien, Oral, i, et n; Zo&ime, 1. m, p. 134; Victor, ùt Bpttome. Il y a lieu de croire que Magnence avait repu le jour au milieu d'une de cet colonies de barbares établies par ConsUnce-Chlore dans la Gaule, ( Voyei son histoire, p. 144.) Sa conduite noua rappelle le patriote comte de Leicester , le fameux Simon de Monllbrt , qui vint à bout de persuader au bas peuple d'Angleterre que lui , Français de naissance , avait pris les armes pour les délivrer des favoris étrangers.
- du diadème. Les conspirateurs se levèrent à l'instant, cl le saluèrent sous les noms d'auguste et d'empereur. Ij 'surprise, k frayeur, l'ivresse, les espérances ambitieuses, et l'ignorance du reste de l'assemblée, contribuèrent à rendre l'acclamation unanime. Les gardes se hâtèrent de prêter le serment de fidélité. Où ferma les portes de la ville, et, avant le retour de l'aurore, Magnence se trouva maître des troupes, du trésor, du palais, et de la ville d'Autun. Il eut même quelque espérance do se rendre maître de la personne de Constans avant qu'il fût informé de la révolution. Ce prince s'amusait, à son ordinaire, à courir la chasse dans la forêt voisine, ou prenait peut-être quelque plaisir plus coupable au plus honteux;, mais la. renommée aux cent bouches l'avait averti; il eut le temps de fuir, et c'était sa seule ressource, puisque la désertion de ses troupes et l'infidélité de ses sujets ne lui laissaient aucun moyeu de résistance. Avant d'avoir pu atteindre à un port d'Espagne , où il se proposait de s'embarquer ', il Tut arrêté auprès d'Hélénâ aux pieds des Pyrénées , par un parti de cavalerie légère, dont le commandant, sans respect pour la sainteté d'un temple, exécuta sa commission en assassinant le fils de Constantin '.
Aussitôt que ta mort de Consiaas eut. affermi cette facile et importante révolution , l'exemple de la cour d'Autun fut suivi par toutes les provinces de l'Occident, Les deux grandes préfectures des Gaules et d'Italie reconnurent l'autorité de Magnence, et l'usurpateur s'occupa dii soin d'amasser par tontes sortes d'exactions un trésor qui pût suffire aux immenses libéralités qu'il avait promises, et aux frais d'une guerre civile. Les contrées guerrières de l'Jlly rie .depuis le Danube jusqu'à l'extrémité de la Grèce, obéissaient depuis long-temps àVéïranion, vieux général qui
1 Cette ancienne ville avait Mé florissante sous le nom d'HIibéris (Pomponins Mêla, n , 5) ; Constantin lui rendit de ['éclat et lui donna le uom de sa mère. Hëleua (elle est encore appelée Etna) devint le siège d'un évoque, qui , long-temps après, transféra sa résidence à Perpignan, capitale du Roussillon. (Voyez d'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p. 380; Longuerue, Description de la France, p. 223, et le Marca Ilispaiiica , I. i.c.2,)
iZosime, l. iv, p. 119, 120; Zouaras, tom.u, I. iui, p. 13, tf Ittahrerialeurs.
(859 dep. J.-C.) avait su plaire aux soldats par la simplicité de ses manières, et dont l'expérience et les ser- > vices militaires avaient obtenu quelque consi- .dération '..Affectionné par habitude, pur devoir et par reconnaissance à la maison de Constantin,.)! donna sur-le-champ les plus fortes assurances au seul fils qui restait de son ancien maître , qu'il exposerait avec une invariable fidélité sa personne et ses troupes pour l'aider à prendre de l'usurpateur de la Gaule une juste et sévère vengeance. Maïs seslcgions furent plius séduites qu'irritées par l'exemple des Gaulois ; leur commandant manqua bientôt de fidélité ou de fermeté, et son ambition s'autorisa de l'approbation de la princesse Coustamina. Cette femme ambitieuse et cruelle, qui avait obtenu du grand Constantin son père le titre d'auguste, plaça de ses propres mains le diadème sur la tète du général d'Hlyrie, et semblait attendre de sa victoire l'accomplissement des espérances qu'elle avait perdues par la mort d'Annibalianns. Hais ce fut peut-être sans l'aveu de Constantina que le nouvel empereur fit une alliance honteuse , quoique nécessaire , avec l'usurpateur de l'Occident, dont la pourpre avait été teinte si récemment du sang de son frère*.
Des événemens de cette importance , et qui menaçaient si sérieusement -l'honneur et la sûreté de la maison impériale, rappelèrent les armées de Constance de la guerre de Perse, où elles avaient perdu beaucoup de leur réputation. Laissants ses liejùtenans le soin des provinces orientales . qu'il confia bientôt après à son cousin Gallus, il marcha vers l'Europe, agité par la crainte et par i'csdc* rance, parla douleur et. par l'indignation-. Arrivé à Héraclée en.Tlirace , il donna audience aux ambassadeurs de Magnence et de Vétrarùon. Le premier auteur de la conspl-
> Eulrope (i , 10) (ait le portrait de Vi iranien avec plus de modération et vraisemblablement avec plus de justesse que l'on ou l'autre des Victor. ' Vétraiiion était ne d'une famille obscure , dans les cantons sauvages de la Mmie.ctwn ettnealù» fui si négligée, qu'il apprit a la» lorsqu'il fut dans les emplois.
ï La conduite incertaine el variable de Vclraniou est décrite par Julien , dans son premier discours, et exposée avec exactitude par Spanneûn , qui discale la potitioa. et la conduite de Conslanlina.
{ifiO<lep.J.-C.) ration, Marcellimu, qui avait en quelque façon donné la pourpre à son. nouveau maître, se chargea insolemment de cette dangereuse commission , et ses trois collègues furent choisis parmi les personnages les pins illustres de l'état et de l'armée : on leur recommanda d'adoucir Constance sur le passé , et île l'épouvanter surl'aveciir. Ils étaient auto? risés à lui offrir l'alliance et l'amitié ries princes d'Occident, à cimenter leur union par on double mariage de Constance avec la sœur de Hagnence, et de Magnence avec l'ambitieuse Constantina, et a reconnaître, par un traité, la prééminence de l'empereur d'Orient. Dans le cas où son orgueil, ou une délicatesse mal placée, lui ferait refuser des conditions, si équitables, les députés avaient ordre de lut représenter qu'il courrait inévitablement à sa ruine sll provoquait le ressentiment des souverains de l'Occident , et les obligeait à employer contre lai leur valeur, leurs talens militaires et tes légions qui avaiéiit fait triompher tant de fois le grand Constantin. Ces propositions, appuyées de tels a rgu m eus, méritaient une attention sérieuse, et Constance différa sa réponse jusqu'au lendemain. Après avoir réfléchi aux moyens de justîGer dansl'opinion du peuple les horreurs d'une guerre civile, il tint le discours suivant à son conseil, 'qui l'entendit avec tme crédulité réelleou affectée, c Cette nuit, l'ombre du grand Constantin
* m'est apparue: il tenait embrassé le corps > sanglant de mon frère; j'ai reconnu sa voix,
elle criait vengeance : mon père m'a défendu de désespérer de la république, et » m'a promis que les armes couronneraient
* la justice de ma cause d'un prompt succès » et d'une gloire immortelle, i
L'autorité de cette vision , ou plutôt celle du prince qui la racontait, fit taire les doutes et cesser les négociations.. Les conditions ignominieuses de la paix furent rejetées avec mépris; on renvoya un des ambassadeurs après lui avoir fait une réponse fiére et dédaigneuse; les trois autres furent mis aux fers comme indignes de jouir de leurs privilèges, et les puissances rivales se préparèrent à une guerre implacable1.
! tV<wVUmkriMfàm,iaiakiBxcerptaleg<aionurn, p.».
Telle fut la conduite , et tel était peut-être le devoir du frère de Constans vis-à-vis de l'usurpateur des Gaules. Le caractère et la situation de Vétranion admettaient plus de mcnagemens ; lapoli tique de l'empereur d'Orient s'occupa de desunir ses ennemis, etde priver les rebelles des forces de ITHy rie. Il réussit aisément à tromper la franchise et la simplicité de Vétranion, qui, obéissant alternativement à la voix de l'honneur et de l'intérêt, avait mis à découvert la faiblesse de son caractère, et s'était insensiblement engagé dans le piège d'une négociation artificieuse. Con-. s tante le reconnut pour son collègue légitime et sou égal , à condition qu'il renoncerait à la honteuse alliance de Hagnence, et qu'il choisirait un endroit sur les frontières de leurs provinces respectives, oii ils pussent assurer leur amitié dans une entrevue par un serment de fidélité mutuelle, et régler les opé-, rations de la guerrecivile. En conséquence de cet arrangement, Vétranion s'avança vers la ville de Sardica ', à la tête de vingt mille chevaux, et d'un corps d'infanterie plus nombreux. Ces forcés étaient si supérieures à celles de Constance que l'empereur d'Illyrie semblait avoir à sa disposition la fortune et la vie de son rival, qui , comptant sur le succès dé ses sourdes négociations, avait séduit les troupes et miné le trône deVétranion. Les chefs, qui avaient secrètement embrassé le parti de Constance, préparaient en sa faveur ' un spectacle propre à éveiller et à enflammer les passions de la multitude *. Les deux armées unies s'assemblèrent dans une vaste plaine à la proximité de la ville; ou éleva dans le centre , selon les lois de l'ancienne . discipline, un tribunal ou plutôt un éebafaud, d'on les empereurs avaient coutume de haranguer leurs troupes dans les occasions solennelles ou importantes. Les Romains et les barbares, régulièrement rangés, l'épée nue à
' Zonaras.t.n.L ira, p. 16. La position de Sardique, ' près de la ville moderne de Sophia , parait plus propre ■ cette entrevue que Haissuset Slrmium, où ello est placée par Jérôme, SoerateetSoiomène.
1 Voyez les dent premiers discours de Julien , surtout p. 3t ; et Zosinie , I. u , p. 122. La narration de l'historien, qmiest nette, éclaircit les description* diffuses et ragot).
DÉCADENCE DE 1/EMPlRE fiOMAÏN,
la mata , OU la lance ça arrêt, les escadrons de cavalerie et les cohortes d'infanterie, distingués par la variété de leurs armes et de leurs enseignes, formaient un cercle immense autour du tribunal ; tous gardaient un silence attentif , interrompu quelquefois par un cri général d'applaudissement. Les deux empereurs furent appelés pour expliquer la situation des affaires publiques , en présence de cette formidable assemblée. On accorda la préséance du rang à la naissance royale de Constance , et , quoique peu versé dans l'art de la rhétorique , il mit dans son discours de la fermeté, de l'adresse et de l'éloquence. La première partie ne semblait attaquer que le tyran des Gaules; mais, après avoir déploré le meurtre de Constans, il insinua que Bon frère avait seul le droit de réclamer sa succession, et, s'étendant avec complaisance sur les actions glorieuses de la race impériale, il rappela aux soldats la valeur, les triomphes et la libéralité du grand Constantin, dont les fils avaient reçu leur serment de fidélité , qu'ils n'avaient rompu que par la séduction de ses plus intimes favoris. Les officiers qui environnaient, le tribunal , instruits du rôle qu'ils devaient jouer dans cet te scène extraordinaire , parurent entraînés par le pouvoir irrésistible de la justice et de l'éloquence, et ils saluèrent l'empereur Constance comme leur légitime souverain. Lear exemple entraîna les soldats : le sentiment du repentir réveilla celui de la fidélité ; il se répandit dans tous les rangs , et bientôt la plaine de Sardica retentit de l'acclamation unanime de : f Meurent les usurpateurs! Vive le fils
> de Constantin! Le n'est que sous ses dra-
> peaux que nous voulons combattre et » vaincre ou mourir. » Le cri universel , les gestes menaçans et le cliquetis des armes subjuguèrent le courage étonné de Vétraniou, qui contemplait dans un silence stnpide la défection de son armée. Au lieu
. d'avoir recours au dernier refuge d'un géné- { reux désespoir, il ce soumit docilement à son sort , et , se dépouillant du diadème à la vue des deux années, il se prosterna aux pieds de son vainqueur. Constance usa de la victoire avec une prudente modération, et, relevant lui-même le vénérable suppliant qu'il affec-
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tait d'appeler du doux nom de père, il lui prêta la main pour descendre du trône. La ville de Prura fut assignée pour retraite au monarque détrôné, qui y vécut six ans dans l'opulence et dans la tranquillité. II se félicitait souvent des bontés de Constance, et conseillait à son bienfaiteur, avec une aimable simplicité , de quitter le sceptre du monde , et de chercher le bonheur dans une obscurité paisible, qui pouvait seule la procurer*. La conduite de Constance dans cette occasion mémorable fut célébrée avec une apparence de justice , et ses courtisans comparèrent les discours étudiés de Périclès et de Démosthène, adressés à la populace d'Athènes , avec l'éloquence victorieuse qui avait persuadé à une multitude armée d'abandonner et de déposer l'objet de son propre choix '. L'entreprise de Uagnence était plus dangereuse ; la victoire seule pouvait en décider. L'usurpateur s'avançait par des marches rapides a la tète d'une armée nombreuse composée d'Espagnols , de Gaulois , de Francs , de Saxons, de provinciaux, douton recrutait les légions , et de barbares qu'on regardait comme les plus formidables ennemis de la république. Les plaines fertiles* de la Basse- Pannonie, entre la Drave, la Save et le Danube, offraient un vaste théâtre; mais les opérations de ta guerre civile languirent pendant les mois de l'été , par l'intelligence ou par la timidité des combattans*. Constance
< Le jeuue Victor appelle emphatiquement L'eiil de Vétranion votuptarium otium. Socrale (1. n, c. 281 atteste sa correspondance avec TempereuT cl son rérit stable prourer que V (Iran ion était en efâtptvpe ai tbttlitiam timplieitsimut.
* Eum ConsUmtais .... facundiœ vi Jâeehm imptrie in privation otium removit. Qaix gloria , pott nalum ùnperUim , soli procasd etoqalû, rlanenttd- ' que, etc. Aurelhu Victor, Julien H TlralAUu (Aut m ■ et iï ) chargent cet exploit de toute l'enluminure de leur rhétorique.
3 Busbèque ( p. 112 ) traversa la Basse-Hongrie et l'EsclaTODie dans un temps où les hostilités réciproque* des Turcs et des chrétiens avaient reinn cet denx «entrées presque désertes. Toutefois il parie avec admiration de l'indomptable fertilité du sol ; il remarque que l'herbe y était assez haule pour soustraire a la ne un chariot chargé, (Vovei aussi les Voyages de Bro«M,dana la Couectiou de Marris , vol. » , p. 7G2 , etc.)
' Zosuw raconte longuement b guerre et tu négocia-
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avait annoncé son Intention de décider la querelle dans les plaines de Cibalis, dont le nom animerait ses troupes par le souvenir de lu victoire de Constantin son père , remportée sur le même terrain. Cependant les fortifications inattaquables dont son camp était environné annonçaient plus l'envie d'éviter que de chercher la bataille. L'objet de Magneuce était d'obliger son adversaire, par la ruse ou par ht force, à quitter celte position avantageuse , et il y employa les différentes- marches , évolutions et stratagèmes que la connaissance de l'art militaire pouvait suggérer à un officier expérimenté. 11 emporta d'assaut l'importante ville de Sirmium, qui était située derrière le camp, essaya de forcer un passage au- dessus de La Save pour entrer dans les provinces orientales de 1*11lyr(0,,et tailla en pièces un gros détachement «ju'ii ayait attiré dans les défilés d'Adarne. Pendant presque tout l'été, l'usurpateur des Gaules- fut le maître de la campagne. Les troupes de. Constance étaient harassées et découragées; U avait perdu leur confiance, et son orgueil descendit à solliciter un traité de paix qui aurait assuré à l'assassin de Constans lu souveraineté des provinces au-delà des Alpes. Philippe, L'ambassadeur impérial, appuya ces propositions de toute son éloquence: le conseil et L'armée deMagnence consentaient à les accepter ; mais Le présomptueux empereur, méprisant les conseils de ses amis , fit retenir Philippe en captivité, ou du "noins eu otage, tandis qu'il envoyait un officier reprocher à Constance la faiblesse de ■en règne, et Lui offrir un pardon insultant, 'il quittait sans hésiter la pourpre et l'emire. Sa réponse Tut qu'il mettait sa confiance ians la justice de. sa cause , et dans un Dieu vengeur. Il sentait si vivement le danger de sa situation', qu'il n'osa pas se venger sur l'insolent envoyé de Hagnence de la détention de son ambassadeur. La négociation de Philippe ne fut pas cependant inutile, puisqu'il engagea Sirvanns le Franc, général d'une réputation distinguée , a déserter avec un
lions (I. ".P- 1ÏM30) ;maïs, rwnrae il n'annonce pas des eomakswices bien rires de l'art militaire ni de là prffthnw . il ftot examiner un récit wee soin , et ne l'admettre qu'avec précaution.
corps considérable de cavalerie, pen de jours ayant la bataille de Mursa.
La ville de Mursa ou Essek, célèbre dans les temps modernes par un pont de bateaux de cinq milles de longueur sur la rivière de la Drave et sur les marais adjacens ' , avait toujours été considérée comme une place importante dans les guerres de Hongrie. Magnence, dirigeant sa marche sur Mursa , fit mettre le feu aux portos, et, par un assaut précipité, essaya d'escalader les murs. La vigilante garnison éteignit les flammes. L'approche de Constance ne lui laissa pas le temps de continuer le siège , et l'empereur détruisit bientôt l'obstacle qui gênait seul les mouvemens de son armée, en forçant un corps de troupes qui avait pris poste sur une hauteur voisine en forme d'amphithéâtre. Le champ de bataille qni environnait Mursa était une plaine unie et aride. L'armée de Constance s'y rangea en bataille ; elle avait à sa droite la Drave , et sa gauche, soit à raison de l'ordre de bataille ou de sa supériorité en cavalerie, dépassait de beaucoup la droite des ennemis '. Les deux armées restèrent impatiemment une partie de la matinée sous les armes, et le (ils de Constantin, après avoir animé ses soldais par un discours éloquent, se retira dans une église à quelque, distance du ebamp de bataille, et remita se». généraux ta conduite de cette journée décisive9. Ils se montrèrent dignes de sa confiance par leur valeur et par leurs savantes manoeuvres. Ils engagèrent sagement l'action parla ganche, et, avançant une aile entière de cavalerie sur une, ligne oblique, ils la tournèrent
1 Ce pont remarquable , guiast Oatrçué de tours , et qui repose sur de grandes piles de bois 4 fut construit, A.D. 156G , par le sultan Soliman , pour faciliter la marche du ses troupes en Hongrie. ( Vojn tes Voyages de Browne, et b Geograpble de BlKching, t«1. 2 , p. M.)
i Julien ( Orat. î , p. 36 ) décrit eueraeat , nais en> peu de mots, celle position et les évolutions subséquentes.
*Su1pIdusSCTcn.is,l. n,p. 405. L'empereur passa lai Journée en prière aree farien Valens, érequede Mursa, qui gagna sa ecnfianMtjtprédisant le succès le la bataille. H. de Tillemotit (Histoire des Empereurs , L 4 , p. 1 1 lo> remarque , avec raison , le silence de Julien sur la va-. leur personnelle de Constance a la bataille de Mursa. Lesilence de la flatterie équivaut quelquefois au témoignagele plus positif.
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précipitamment :ur le flanc droit de l'ennemi, qui n'était point préparé à soutenir l'impétuosité de leur attaque. Mais les Romains de l'Occident se rallièrent bientôt par l'habitude de la discipline, et les barbares de la Germanie soutinrent la réputation de leur intrépidité nationale. L'affaire devint générale , se soutint avec des succès variés, et finit à peine avec le jour. On accorde à la cavalerie l'honneur de la victoire éclatante que Constance remporta. Ses cuirassiers sont représentés comme autant de colonnes d'acier massif ; leurs armures brillantes éblouissaient les légions, et ils rompaient leurs cohortes serrées avec des lances d'une énorme pesanteur. Dès que les légions Turent en désordre, la cavalerie légère pénétra dans leurs rangs, le sabre a la main , et acheva la déroute. Tandis que les gigantesques Germains se trouvaient exposés presque nus à la dextérité des archers orientaux , des troupes entières de ces barbares se jetaient, de douleur et de désespoir, dans le cours large et rapide de la Drave '. On fait monter le nombre des morts à cinquante-quatre mille. La perte des vainqueurs lut supérieure ù celle des vaincus *. Celte circonstance prouve l'acharnement du combat , et justifie l'observation d'un ancien écrivain, qui prétend que la bataille de Mursa avait énervé Tes forces de l'empire par la perte d'une armée de vétérans , susceptible de défendre les frontières et d'y ajouter de nouvelles conquêtes1. Malgré les servîtes iu-
< Julien , Orat. i , p. 36, 37; et Oral, u, p. 59,60; Zonaras, t. 2 , 1. iui , p. 17 ; Zosûne, 1. n , p. 130-133. Le dernier de cet écrivains donne des éloges à la dextérité de l'archer Ménélas, qui lançait trois flèches en même temps ; avantage , qui , dans sou ignorance de l'art militaire , lui parait avoir contribué beaucoup à la victoire de Constance.
> Zonaras dit que Constance perdit trente mille homnus , sur lea quatre-tingU qui composaient son armée, et que Magnenee en perdit vingt-quatre mille sur trenlelii. Les autres détails de sa narration paraissent probables et authentiques; mais l'auteur ou les copistes doivent Vitre trompés sur le nombre dea troupes do tyran. Magnenee avait rassemblé toutes les forces de l'Occident , les Romains et tes barbares, et 11 en avait formé une armée redoutable qu'on ne peut estimer à moins de cent mille hommes. (Julien , Orat. i , p. 34, 35.)
J Ingénies R. I. vires câ dimtcatione cansumpta tant, ad qumlibel bella externa ùloneat, quœ multum triitmpltonim postent, seairitatisqut confèrre. (Ku-
(350 dep. J.-C.) vectives d'un méprisable orateur, on ne trouve aucun motif de croire que Magnenee ait déserté ses drapeaux dès le commencement de la bataille. Il paraît, aucontraire, qu'il s'acquitta de son devoir comme capitaine et comme soldat jusqu'au moment où sou camp fut au pouvoir des ennemis. Pensant alors à sa sûreté personnelle , il se dépouilla de ses oraemens impériaux , et ce ne fut pas sans peine qu'il échappa aux détachemens de cavalerie légère qui le poursuivirent depuis les bords de la Drave jusqu'aux pieds des Alpes '.
L'approche de l'hiver fournit à l'indolence de Constance des prétextes spécieux de discontinuer la guerre jusqu'au printemps. Magnenee avait fixé sa résidence dans la ville d'Aquiléc, et paraissait résolu a disputer le passage des montagnes et des marais qui défendaient t'approche du pays vénitien; il n'aurait pas mcmequitié l'Italie, après queles impériaux s'étaient déjà emparés par une marche secrète d'une forteresse située sur les Alpes, si sa cause eut été soutenue par la faveur du peuple*. Mais le souvenir des cruautés que ses ministres avaient exercées après la malheureuse révolte de Népotien imprimait un sentiment de haine et d'horreur dans l'âme des Romains. Ce jeune imprudent , fils de la princesse Eutropla , et neveu de Constantin , avait vu avec indignation un barbare usurper le sceptre de l'Occident. Suivi d'une troupe d'esclaves et de gladiateurs, il se rendit aisément le maître de la faible garde qui faisait lapoliceaRomependanilapaix.il reçut l'hommage du sénat, prit le titre d'Auguste, et le porta pendant un règne précaire et tu-
trope.i, 13.) Le Jeune Victor t'exprime de la même ma-
1 On doit préférer ici le témoignage non suspect de Zosimc et de Zonaras aux assertions (laiteuses de Julien. Magnenee a un caractère singulier sous la plume du jeune Victor: Serments eeer, anlmi tumidi, et ùmnodlee timidus ; artlfexUnax ad oecultandam audaclar spe* cie formidinem. Mais sa conduite lors de b bataille de Mursa fut-elle l'effet de la nature , ou celui de l'art T J'adopterais la seconde explication.
J Julien, Orat. i,p. 38, 39. Au reste, en cet endroit, ainsi que dans le discours u , p. 07 , il laisse entrevoir la disposition générale du sénat , du peuple et des soldait de l'Italie , en faveur de l'empereur.
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(353 dep. J--C-)
multucux qui ne dura que vingt-huit jours. La marche de quelques troupes régulières mit fin à ses espérances ; la révolte fut éteinte dans le sang de Népotien, de sa mère Eutropia, et de tous ses partisans. On étendit même la proscription sur tous ceux qui avaient contracte la moindre alliance avec la famille de Constantin1. Mais, dès que Constance, après la bataille de Mursa, devint le maître de la côte maritime de la Dalmatie, une troupe d'illustres exilés qui avaient équipé une flotte dans un port de la mer Adriatique, vinrent chercher protection et vengeance dans le camp' du vainqueur. Ce fut par la secrète intelligence qu'ils entretinrent avec leurs concitoyens , que Rome et les villes d'Italie déployèrent sur leurs murs l'étendard impérial de Constance. Les vétérans, enrichis par les libéralités du père , signalèrent leur reconnaissance et leur fidélité pour te fils. La cavalerie, les légions et les auxiliaires d'Italie renouvelèrent leur serment d'obéissance à Constance; et l'usurpateur, a|armé par la désertion générale, fut forcé de se retirer dans les Gaules, au delà des Alpes, avec le petit nombre de troupes qui lui restaient fidèles.
Les détacliemens. qui reçurent ordre d'arrêter Magnence se conduisirent avec la négligence trop ordinaire dans le succès; ils lui fournirent l'occasion de faire face a ceux qui le suivaient, et de satisfaire sa fureur par le carnage d'une victoire inutile '.
L'orgueilleux Magnence, partout malheureux et partout abandonné, fut forcé de demander là paix et de la demander en vain. Il envoya d'abord un sénateur dont les talons avaient obtenu sa confiance, et ensuite plusieurs évéques. L'offre au'il faisait de
' Victor l'aîné décrit ai termes raut position de Home: ■ Cujus ttaUdum
■ adea P. R. patribusque rxilio fuit, uliptutim do-
■ ttaàà, force , via, templaque, cruore cadaveribus- * que oppicrentur buttorum modo. ■ Athanase ( 1. 1 , p. 677) déplore le sort de plusieurs illustres victimes; et Julkg(OoX.,u, p. 58) charge d'imprécations la cruauté de Marcellinua , l'implacable ennemi de la maison de Constantin.
iZotlme, 1. u,'p. 133; Victor, in Epi lome. Les panégyristes de Constance oublient , ivee leur bonne foi ordinaire, de aire mention de celle débute.
quitter la pourpre et de dévouer les restes de sa vie au service de l'empereur, lui faisait espérer que ces prélats lui obtiendraient une réponse plus favorable. Hais quoique Constance se réconciliât facilement avec ceux qui avaient levé l'étendard de la rébellion', il déclara son inflexible résolution de punir un perfide assassin qu'il allait accabler de tous cotés par l'effort de ses armes victorieuses. Une flotte impériale prit aisément possession de l'Afrique et de l'Espagne, rassura la fidélité chancelante des nations moresques , et débarqua des forces considérables qui passèrent tes Pyrénées et s'approchèrent de Lyon, où Magnence trouva son dernier refuge et la mort'. Dans cette extrémité, l'usurpateur, naturellement ennemi do la clémence, fut obligé d'employer tous les genres d'oppression dans les Gaules, pour se procurer des ressources1. Mais la patience des peuples était épuisée; et Trêves, le siège du gouvernement prétorien, donna le signal de la révolte en fermant ses portes a Décentras que son frère avait élevé au rang de césar ou d'auguste*. De Trêves, Décentras fat obligé de se retirer à Sens, où il fut enveloppé par une armée de Germains que les artifices de Constance avaient intéressée aux dissensions des Romains'. Dans le même
'Zonaras, t.n ,1. «n, p. 17. Julien t'arrête en plusieurs endroits des deux discouru sur la clémence de Constance envers des rebelles.
iZosùne, 1. u, p. 133; Julien, Orat. i, p *);n, p. 74.
3 Arumtai, tt,0; Zwime.l. n, p. 113. Julien, (ml (Orat i, p. 40) déclame contre les cruels effets du désespoir du tyran, parle {Orat, i, p. 34) des édita Teuloires que lui dictèrent tes besoins on sou avarice. On obligea les sujets i acheter les domaines de l'empire , espèce de propriété incertaine et dangereuse, qui, dans une révolution , pouvait être présentée comme un crime de trahison.
* Les médailles de Magnence célèbrent les victoires des deux augustes et du césar. Le césar était un antre frère appelé Desiderius. ( Voj a .Tille mont , Hist. des Empereurs,!, iv, p. 577).
s Julien, Orat. i, p. 40; n, p. 74; et Spanheim, p. 263. Le Commentaire de ce dernier jette du jour sur les opérations de la guerre civile. Mont SeUuei était une Petite place dans les Alpes Cotliennes , a peu de nulles de Vapinnun ou de Gap , ville éptscopale du Dauphuté. (Voyez d'Anville, Nonce de la Gaule , p. 46* j et Longueme , Description de la France , p. 327.)
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temps, les troupes impériales forcèrent !cs passages des Alpes Cotticnnes, et le combat sanglant du mont Seleucus ne laissa plus d'espérance au parti de Magnencc'. Il n'avait plus d'armée a opposer, ses gardes paraissaient prêts à l'abandonner; et , quand il paraissait en public, or le saluait d'un < Vive l'empereur Constance! » Convaincu que l'on réussirait a mériter le pardon et des récompenses par le sacrifice du principal coupable, il trompa leur attente, et, tombant sur sa propre épée\ il évita du moins des tortures et une mort ignominieuse , dont la vengeance aurait joui sous le masque de la piété fraternelle. Marcellinus, premier auteur de la conspiration, avait péri à la bataille de Mursa1, et l'exécution du reste des chefs assura la tranquillité publique. On fit une recherche sévère de tous ceux qui avaient pris part à la révolte, on volontairement ou par nécessité. Paul , surnommé Catena en raison de ses talens barbares dans l'exercice juridique de la tyrannie , fut chargé de découvrir les restes obscurs de la conspiration dans la province éloignée de Bretagne. On lit passer l'honorable indignation de Martin, vice-préfet de nie, pour une preuve complète de ■on crime, et cet estimable gouverneur fut forcé de plonger dans son propre sein Tépéc dont il avait frappé dans sa colère le ministre des vengeances impériales. Les citoyens les plus înnocens furent exposes a l'exil, à la confiscation, aux tortures et à la mort; et, comme la timidité est toujours barbare, l'âme de Constance fut inaccessible à la pitié *.
< Zosune,'. n,p. 134; Libanîus, Orat.x, ». M8, 289. Le dernier accuse d'un ton véhément cette politique cruelle et personnelle de Constance.
ï Julien, Orai. i,p. 40; Zosime.l. n, p. 131; Socrale, 1. n,e. 31; Soiomene , 1. rr, c.7. I-e jeune Victor décrit ainsi la mort du tyran : Transfbsso latere , ut eratvasti eorporit, vulnere naribusque ex ore cruoreme/fimdens,expina>it.Sl nous pouvons ajouter (U à Zonaras , le tyran , avant d'eipirer , eut le plaisir d'assassiner de s* propre main sa raere et son frère Desldcrius.
> Julien (Orat. i , p. 58 , 59) paraît embarrassé de dire l'il s'infligea tui-même le châtiment desescrimes, s'il se noya dans la Drive, ou si les démons vengeurs le portèrent du champ de bataille au lieu où il devait subir des tourmens éternels.
« Aranueii , ot , 5;ui,16t
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (383 dep. J.-C.)