‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 30 sur 85 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Confiance seul empereur. —7 Élévation et mort de Gallus. — Danger et élévation de Julien. — Guerre conirclei Perses el contre les Sarmalci. — Yictuirei de Julien dann. Ici Gaules.

Les provinces divisées de l'empire furent réunies par la victoire de Constance; mais comme ce prince faible n'avait de talons personnels ni pour U paix ni pour la guerre , comme il craignait ses généraux et se méfiait de ses ministres, le succès de ses armes ne servit qu'à établir l'autorité des eunuques sur le monde romain. Ces êtres disgraciés, ancienne production du despotisme ' et de la : jalousie orientale, furent .introduits en Grèce et à Rome par la contagion du luxe asiatique*. < Ce luxe s'augmenta rapidement, et les eunuques, qui au temps d'Auguste avaient été abhorrés comme le cortège monstrueux d'une reine d'Egypte1, s'introduisirent insensiblement dans les maisons des matrones , des Sénateurs, et même des empereurs*. Restreints par les sévères édits de Domitien et de Nerva5, chéris de l'orgueilleux Djoclé-

1 Ammien ()-ïiT,e-6) prétend «ae l'origine de i'opération pratiquée sur ks eunuques récente au rtfme. de Sémiramis, uni inventa celle puliqne «efeuse phu da iar ■eu* cent» ans avant la aanin de JosutrCbràn. Ltanje des eunuques ■ été counti en Egypte et en Asie dans l'auliqnilé la plus reculée. On en parle dans la lai de Moïse. {Deutéronome.mu, l).( Voye» Gognct , Origine des Lois , ele. , part, 1 , 1. 1 , e. 3.

î EuMdn par» «iKtdUtt;

QoU Mla i^wtiir Ml it£iuj\

Ttrence, Euimch., actti.teintl.

Cette comédie est traduite de Menandre, et l'originai doit avoir paru peu après les conquêtes orientales d'Alexandre.

Jloran.CB-BHi.'.Si n DacUr . ad lut.

Par le mot spath, les Romains exprimaient fortement leur horreur de celte espèce mutilée. Le nom d'eunuque, adopté par les Grecs, prévalut inscnsiblcuient ; il choquait moins l'oreille , el présentait un sens plus obscur,

< Il suffira de citer Poside , affranchi et eunuque de Claude, auquel l'empereur prostitua les récompenses les plus honorables de la valeur militaire. (Voyez Suétone, ûi Claudio, c. 28). Poside dépensa une grande partie de ses richesses en bitùneus,

U tfia vlaatalCiaiWji (MUS

s Cosù-ari nia.ru vtfalt. Suétone, tu Domttiano, e 7. (VoyaUîonCassûis,). non, p. 1107:1. tiviu. p. ItlOO

(SWdep. J.-C.) tien, réduits a un état obscur par la prudence de Constantin ', ils se multiplièrent dans les palais de ses fils, acquirent peu à peu la connaissance et enfin la direction des conseils les plus secrets de Constance. Le mépris et l'aversion qu'on a toujours eus pour celte espèce dégradée semble les avoir rendus aussi Incapables qu'on les en supposait de toute action noble, et de tout sentiment d'honneur et de générosité * ; mais les eunuques étaient instruits dans l'art de l'intrigue et de l'adulation ; et ils gouvernaient alternativement Constance par ses terreurs , par son indolence et par sa vanité1. Tandis qu'il contemplait dans un miroir trompeur l'apparence illusoire de la prospérité publique, sa nonchalance leur permettait d'intercepter les plaintes des provinces opprimées, d'accumuler d'immenses trésors par la vente de la justice et des honneurs, d'avilir les plus importantes dignités par l'élévation des hommes obscurs qni achetaient d'eux les moyens d'oppression *, et de satisfaire leur ressenti-

'II y ■ un passage dans l'Histoire Angasline (p. Ï37) dans lequel Lawpridiui, en louant Alexandre Sévère et Constantin d'aToir mis des bornes 1 la Ipuutie dm eunuques , déplore kt malheurs dont ils ont été came bob» d'autres règnes. Bue accéda quod amuckes née in cinuiliit , nés in mùâtteritt habuit , qui toll principes perdunt, dumotmangtnOum mutrtgum Penatvm

vent; qui intenuattU tait, aluid quant, retpondetur irfïrrntes; etaudentes prineipem tutan , et agentet ante omnia, ne quid sciât.

iXénopho* ( ijrropardia, t. toi, p. MO) t détaillé ta) n>Muia^eiig>gireatCrru«àipDMilerUgaiia«en personne à des euuuques. Il avait remarqué que la même mutilalion pratiquée sur tes animaux let rendait plus dociles sans dlaunuet leur forte on même leur eoarage, et il s'inasjna qu'une espèce bâtards: , aéparéa de tout le reste du genre humain , serait plus Inviolablemcnt attachée à son bienfaiteur. Mais une longue expérience a démenti le jugement de Cyrus. Il peut se trouver quelques exemples

PAR ÉD. GIBBON. Cil. XIX.

lent, par leur valeur et par leur fidélité; maU en examinant l' Histoire générale de la Perse, de l'Inde et de la Chine., on remarque que la puissance des eunuques annonçait toujours le déclin et la (mute de chaque dy:

*Vorex Amnuen-Harcellîn , l.x«,c. 16; I. xxu.e. I. Tout le cours de cette Wstoirelnrpartiale sert a jusli- Ber les inrediiiea de Mamcrtin , de Uhanius.el de Julien lui-mime , qui ont déclamé contre le* vices de la cour 4b

* Aurelius Victor bUm la. négligence que son aourc-

ment contre quelque» âmes fermes qui refusaient courageusement de faire leur cour a des esclaves- Le plus distingué d'entre eux était l'eunuque Eusèbe, qui dirigeait si despotiquement l'empereur et son palais, qu'un écrivain impartial disait, par forme de rah* terie , que Constance avait quelque crëdi auprès de son impérieux favori '. Ce fut par ses intrigues artificieuses que Constance souscrivit la sentence de l'infortuné Gallus, et ajouta ce crime à la longue liste de meurtres qui avaient déjà déshonoré la maison de Constantin.

Lorsque les deux neveux de Constantin Gallus et Julien , furent sauvés de la fureu ■ des soldats, le premier avait environ douze ans, et Julien en avait à peu près six. Comme l'aîné passait pour être d'une santé faible et valétudinaire, ils obtinrent moins difficilement de la feinte pitié de Constance une existence obscure et précaire *. Différentes villes de l'Ionie et de la Bitbynie furent successivement choisies pour le lieu de leur résidence, ou plutôt de leur exil, pendant le temps de leur éducation. Mais dès que leur âge fut susceptible d'éveiller la jalouse inquiétude de l'empereur, il les renferma dans la forteresse de Macellum, près de la ville de Césarée. La conduite qu'il tint avec eux pendant une captivité de six ans fut tantôt celle d'un, gardien vigilant, et tantôt celle d'un tyran soupçonneux *. Leur prison était

raina mi« dans la choix de ses gouverneurs de province et de» généraux de ses armées, et nuit son histoire par nne observaUon très-hardie, qu'il esl moins dangereux, sous un règne faible , d'attaquer la personne du monarque que celle de ses ministres.

■ Vu vera abfelv<imbrtvi , ut ûnperatore ipto tria- > rùu itaapfaritoruMpleritquemagU atrac iiihil. >

1 Jpud quem ( si vert dut dtbeat ) ntultùm Cent*- . tantùu potuit (Ammien, I. xnu, c, 4).

ï Grégoire de Naikoce (Orat. m, p. M) reprochai l'Apostat son Ingratitude pour Mark , érêque d'AréUiuse , qui avait aide a loi sauver la vie; et nous apprenons , quoique d'une autorité moins respectable (Tillemont , Hist. des Empereurs , t.rv,p.916), queJulicn fut caché dans le sanctuaire d'une église.

s L'histoire la plus autfceuLique de l'éducation et des aventures de Julien est contenue dans une épttre ou manifeste qu'il adressa lui-même au sénat et au peuple d'Athènes.—Ubsmu&iOrat.pai-entatis), du Coté des païens, elSocrale (1. m, e. 1 ), du coté des chrétiens, ont conserve ditférema circonstances fort in

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un ancien palais que les rois de Cappadoce avaient habite. -La situation était riante, les batimens vastes et somptueux. Ils firent leurs études et tous leurs exercices sous la conduite dès maîtres les plus célèbres; et la nombreuse suite ou garde qui composait la maison des neveux de Constantin n'était pas indigne de leur naissance; "niais ils ne pouvaient pas se dissimuler que leur fortune et leur vie dépendaient du tyran qui les privait de la liberté , qui les tenait éloignés de tous ceux auxquels ils auraient pu accorder leur estime ou leur confiance , et les destinait sans doute à passer une vie obscure avec des esclaves dévoués à ses ordres. Les embarras de l'état obligèrent cependant l'empereur, ou plutôt les eunuques, à revêtir GflJÎus du titre uV césar dans la vingt-cinquième année de son âge; et ils "cimentèrent Cette alliance politique en lai faisant épouser la princesse Constantin».- Après la cérémonie d'une entrevue, dans laquelle les deux princes firent le serment mutuel de ne jamais rien entreprendre an préjudice l'un de l'autre, ils se retirèrent chacun dans leur résidence; Constance continua sa marche vers l'Occident, et ■ (ialltts se fixa dans la ville d'Antiochc , d'où, avec une autorité subordonnée, il gouverna les cinq grands diocèses de In préfecture orientale '. Dans cet heureux changement de fortune, il n'oublia pas son frère Julien , qui obtint les honneur» de son rang, la liberté, et la restitution d'un ample patrimoine *. ' Les historiens les plus induigens pour la mémoire de Gallus, et Julien lui-même, qui désirait tirer un voile sur les faiblesses de •on frère, avouent que ce césar était incapable de régner. Transporté d'une prison sur un 'trône, il n'avait m génie, ni application,

1 Relativement à la promotion de Gallus, voyez Walius, Zeatme, et les deux Victor. Selon Pliilostorgius (1. iv , e. f ), Théophile, è*êquarirn,njtienioifl, et, enquéri» raçon , garant de cet engagement solennel. Il Mutin! ce caractère ans fcraeelé ; mais TMenwnl ( BU. det Kmpereure, t. iv, ■. H20.) croit ou'fl n'eet point du tout proaiMeajnt» nara^tw ait en dest grandes rertu*.

-= Julien a»t d'abord l« Inerte de sahm ses élnde* à CeMtanUnopk; nais ta réputation qu'il aequit excita bienUtbJakNuaade Constatée, * winMudlbon jeune prune de se retirer Ans* ua murées tun* evtUwlei de l'Ionie ou de la Bjthynie. 1

L'EMPIRE ROMAIN , (353 de». Jv-C.)

m docilité, pour compenser le défaut de théorie et d'expérience. La solitude «L l'adversité avaient puis aigri que corrigé sp.n caractère sombre et violent; et le souvenu* de ce qu'il avait souffert endurcissait sou ame au lieu.de La disposer ù la compassion. Les violens accès de sa fureur extravagante furent souvent funestes à ceux qui apprc^l«u>.at.-ù"esa personne ou qui dépendaient de sou autorité ■ . Constantina, son épouse, que l'on, dépeint non pas comme tue femme, mais cpmme une furie. toujours altérée de sang humais.*, au lieu d'employer l'influence .qu'elle avait sur Gallus pour le. contenir dans. les.. bornes de la prudence et de l'itumaïuié, irritait sans cesse la férocité de ses passions. Quoiqu'elle eût renoncé aux. vertus de sou sexe, elle eu conservait la vanité.- Un bijou propre .à la parure Lui parut l'équivalent du meurtre d'un innocent de la prunùèra disluKiion *. Gallus, de son côté, manifestait quelquefois sa cruauté par des exécutions, sanglantes et arbitraires sur Le .peuple et sur les soldais. Quelquefois il la déguisait sous le masque trompeur des formalités de la justice» Les endroits publics et les maisons des particuliers étaient assiégés par une troupe d'espions et de délateurs; et le césar lui-m^iuc, déguise sous un habit plébéiee, s'abaissait à jouer ce rôle odieux et méprisable. Tous les appartemens du palais étaient ornés d'instrumens de mort et de, torture, et la capitale de Syrie était dans la consternation. S'avouanf. sans doute qu'il était aussi bai qu'il était peu digue de régner, le prince de l'Orient çhoi

i Vover Julien, ad S. P. Q. A., p. 271; Jérôme, in Chnm.; Aurrtins Victor.; Eulropc, «, H. Je «opterai les expressions littérales d'Kulropfl,fliri a écrit «Ht ibfégé environ quinte ans après ta mort de Gain», lorsqu'il n'existait plus aucun woiir de louer ou de blâmer son caractère: t.Vuttîs mciviiibus grstii Galha aesar..., rf ■ naturd ftrox, et ail tjrannidem pronior, si su • fan imptrorc Ueuiutt. « ;

1 Mrgivra quittent mortalU , UifSanonatrîi; iwientis attittua, hum«jù*cruori! aviila , etc. ( Arnmlen Mareeujn, I. iiv, c. t.) Laiiocérilé d'AmraiBn nckd permet pas de déguiser les farts on les caractères ; mai» son goÛt-pôuT k* ornouiéna lui faisait soorebt hasarder des expressions véhémentes et peu naturelles.

" 11 se nommait Cletnatius d'Alexandrie , et tous an cricnerntdeaepu vouloir satisfaire les défini de sa bettemère, qui »ottktU sa mort par on dépU amoureux. (Am- -ien I. iiv, e.1.)

atssàît ses victime* parmi les provinciaux accusés de quelque trahison imaginaire , et parmi ses propres courtisans, qn'il soupçonnait, avec plus de raison, d'irriter contre lui, parleur correspondance secrète; le timide et soupçonneux Constance. Hais il ne réfléchissait pas qu'en se faisant détester des peuples, U perdait'sasevle ressource; tandis qu'il fournisMitulabaihe-deses ennemis les armes de la vérité, et à l'empereur un prétexte équitable de le priver de la pourpre et de la v ie '. Aussi long-temps qae la guerre civile suspendit l'événement qui devait fixer le sort du monde romain, Constance feignit d'ignorer la conduite de Gallus et les < atrocités de sa faible administration. La découverte de quelques assassins que le tyran des Gaules avait envoyés. secrètement à Antioche, servit ù persuader' au public., qne l'empereur et le césar. étaient unis d'intérêt et poursuivis par traînâmes, ennemis*. Mai», dès qne Constance eut obnM la victoire, son coHégne* subordonna cessa de lai être utile, et de lui paraître formidable. On examina sévèrement sa conduite; on pesa chacune de ses actions, et il fut résolu de lui oterla pourpre, ou de l'éloigner an moins de la molle oisiveté de l'Asie* en l'exposant aux fatigues et aux dangers de la guerre en Germanie. La mort de Théophile, consulaire de Syrie) qui avait été massacré dan» un moment de disette , par le peupled'Antioche, de connivence avec Gallus, ovphnot-par son instigation, fui représentée non-seolenwnr comme un trait de'barbarie , mais comme une insulte dangereuse pour la majesté suprèmcde Constance. Deux ministres d'un, rang illustre,. Dotuiiien , préfet «mental, et Montius, questeur du palais, réparent la commission de visiter les provinces d'Orient, et d'en réformer l'adminis-

» YorcidtBS Amaùen(l. nr, e. 2, p. 7) .nantit «MaildescroMlétdcCîHu.. Son ftère Julie-j ( p.272)

«Ooiratal;«lA»te nMaatt(Ln, p. 135) lesserxmaunos <nû «tarai ooaqwi : aa niant» dan rua dtttâgat , rt éun ■aansanaani ont atoenalent à fan ftr-

■ -, la, p. 17, 18. Lm

traiion. On leur reoaaunandiida se conduire respectueusement avec Gallus, et de l'engager, par la persuasion , à céder aux désirs de sou frère et- son -collègue. La témérité du préfet dérangea ces mesures prudentes, et nota en même temps sa propre ruine et cette de son ennemi. En arrivant à Antioche, Domkien passa dédaigneusement devant les . portes du palais, et, sons le léger prétexte d'une indisposiiioa , resta plusieurs jours enfariné, pour composer un mémoire sanglant, qu'il lit passer à la cour impériale. Cédant enfin aux pressantes sollicitations de Gallus, le préfet consentit ù prendre sa place dans le conseil ; mais sa première démarche fut de signifier avec arrogance au césar un ordre de partir sur-le-champ pour l'Italie et une insolente menace de punir lui-même la résistance ou le délai , en suspendant le paiement de sa maison. Le neveu et U iiUe de Consianiin pouvaient diûjailement souffrir delà part d'an sujet un tel aetede violence. Enflammés de colère, ils firentarréter par leurs gardes le préfet Domitien. L'affaire éuitencoco susceptible d'accommodement; mais ilderÂnt impraticable par l'iinprudeuoe de Montras, dont le fougueux caractère avait tenu en plus d'une occasion les latent et l'expérience '. Le questeur témoigna sa surprise à Gallus, dans les termes les plHsoflbnsans,deceqnëuu>tà peine autorisé u déposer un magistrat municipal, il avaitlu hardiesse de faire arrêter un préfet du prétoire, et, ayant assemblé tous les officiers .civils et militaires , il leur ordonna , au nom du souverain, de défendre la personne et la dignité de sos représentons. Cette duo» gereuse déclaration de guerre força l'impatient Gallus d'adopter les ressources les plus violentes. Il lit prendre les armes à ses gardes, assembla le peuple d'Antioche, et leur confia le soin de sa vengeance et de sa sûreté. Ses ordres furent cruellement suivis; la populace saisitle préfet etle questeur, et, après

- TnilliTl-il-liiwiiinnilii ted ai Umitatmn prcptmti&r ; ce qui coutilue a» phrase eoatnéidetifi et cidkute, A l'aide a-un Yieor m»* noserit , ValeritH arwUfle U pf «auèra de «aftnfc» , et

du mot vafisr. Si m eal^tdbWjOtfteiMMtMd'tnnieBUkUTCmidloat le «sangs clair et «mènent.

leur avoir lié les jambes arec des cordes , les traîna dans les nies en accablant de coups cl d'inj tircsces malheureuses rictimes-, dont elle précipita les corps morts et défigurés dans le (lenve de l'Oronte '.

Après s'être porté à cette extrémité, quels que rossent les desseins de Gallns , ce n'était que sur nn champ de bataille qu'il pouvait espérer défendre son innocence avec succès. Hais l'S-me de ce prince était un mélange de faiblesse et dé violence. An Heu de prendre le titre d'auguste, et de s'assurer dès troupes et des trésors dé l'Orient , il se laissa tromper par l'artificieuse tranquillité de Constance , qui , lin laissant le faste illusoire de sa pour , rappela les vienles légions des provinces d'Asie. Comme H pouvait erre encore dangereux d'arrêter Gallns dans sa capitale, on se servit avec succès du moyen lent et sur de la dissimulation. Constance In) écrivait souvent, et l'exhortait, par dès expressions de confiance et d'amitié, a remplir les devoirs de son rang; à décharger son collègue d'une partie des soins publics , et h protéger l'Orient par sa présence, par ses conseils et par ses armes. Tant d'injure* réciproques auraient du éveHlerles craintes et les soupçons de Gallns; mais H avait négligé les occasions de la faite et de. la résistance, et il s'était laissé séduire par les discours flatteurs do Scttdilo, tribun militaire, qui , sons l'apparente franchise d'un soldat , cachait l'adresse perfide d'un courtisan. Grdlus comptait sur le crédit de son épouse Constantina , dont la mort, fatale dans la circonstance présente, consomma la ruine de son mari, ruine vers laquelle les impétueuses passions de cet le princesse l'avaient précipité*

Apres un long délai, le prince partit avec inquiétude pouf la cour impériale. Depuis Antioche jusqu'à Adrianople, il traversa là vaste étendue de ses états avec une suite nombreuse et brillante. Pour cacher ses craintes

w litre.

CffStM PWlostwghM , «MlfM in fm partial on faveur do fiftliui , acdoHpueiretoit-t-ftit rejeté.

i Eue m» pnkétt m rsari; mai» eue nrant A •Mai fma mil daièwe , dm tanptUta vu* et MUn-uie, pommée Ceeiuim GalitmuuiM.

EMPflffi ROMAIN, <3M dep. I.-G.)

aux peuples et se les dissimuler peu t-étre àlnimêrtie , il fit célébrer les jeux du cirque a, Constantraople. La marche des affaires pendant son voyage aurait dû l'avertir du danger dont il était menacé. Dans les villes principales de son passage, il trouvait des ministres de confiance envoyés exprès pour se saisir de l'administration, observer tous ses fnotrvemens, et prévenir les excès de violence auxquels on craignait qu'il ne se Kvrat dans son desespoir. Les députés chargés de s'emparer du goavernementdes provinces le saluaient froidement à son passage, quelquefois même avec l'air du dédain, et on éloignait soigneusement, nvmHc* arrivé*, lesh-oùpes qui se trouvaient placées sur sa route, défmrqv'eUat-MfittMal tentées de lui offrir leurs services l. Gallus, ayant obtenu la liberté de se reposer pendant quelques jours1 à Adrtanople, y reçut on mandat d'un stylé dur et absolu, qui M ordonnait de laisser dans «em vHlesanomA brense escorte , et de se hâter d arriver avec dix chariots de poste au plus à Milan , oit était alors la résidence impériale. Dans cette course rapide, le respect du au frère et au collègue de Constance se changea en use insolente familiarité. Gallns, qui apercevait, à la contenance de ses serviteurs , qu'Us se regardaient déjà comme ses gardes, et qu'ils seraient peutêtre dans peu ses bourreaux, commençait à s'accuser d'imprudence, et ne pensait pas sans remords à la conduite inhumaine qui lui avait attiré son Infortune. On cessa toute dissimulation àPetovioen Pannonie;ilfntconduità Un palais dans les faubourgs. I^e général Barbation, suivi d'une troupe de soldats choisis, aussi inaccessibles aux récompenses qu'à la pitié, attendait l'arrivée de son irhistre victime. On l'arrêta au commencement de la nuit, et , après l'avoir ignominieusement dépouillé des ornemens de césar, on le transporta à Pola en Istrie, dans la prison qui avait été si

iLaUKkMdeUbÉbM, «ul étalent «t quartier* A- Man-ftt, (amrhrarâitw députât*» * G*Mi Ooor M «m* aan amas» { Aanaten , L or , e. M.) La ifttius <f.«,»,38,4dH.UM.)faHBHBUMidt trois Hgkmi theb*ine*.U itle do M. ie Votais* pour la deatrueuai d'ine légende artpriiabla, aaafctweMWe, raanpgtl ■fer, mm ta moindre autarita, reaitteaee dleue légion IhetoafawdaM Ht «r-oé« roawtim { v»y« ** OBurW deVHti^,fcw,^«4,<-a«rH-aeé4BU0B.>

(35fr dep. J.-C.)

récenunent teinte du sang royal. Sa terreur fut bientôt augmentée par 1 ap perilioa de son implacable ennemi,!' eunuque Eusèbe, qui, en présente tl' un notaire et d'un tribuu, commença sob interrogatoire relativement à l'adnitniRU'alion de l'Orient. Lecësar.wccombam suas le poids. du crinte «t de la bonté, confessa lutta» las action» et tous le* desseins criminel» dent il était accusé. En le» imputant aux conseils de ta princesse soa épouse, il augmenta l'indignation de Constance, qui lut luwue»»e la minute de ses procès criminel. L'ewpermir , «onvainou que a* propre sûreté était incompatible «rec la vie de se» cousin , signa sa sentence de mort; et le nevea de Constantin , lus naains liée* derrière te dos , fut décollé dans m pria»» , comme no ni malfaneur '. Ceux qui tout portés à excuser la cruauté de Ceastane» . assurent qu'il se repentit proiuptement, et qu'il révoqua l'ordre sanglant, mais, que les eunuques retinrent le courrier chargé de la grâce. Il» redeutaient le caractère emporté de GaHna, et désiraient réunùr sous. leur autorité les provincâs opulentes de l'Orient *.

De toute la nombreuse postérité de Constauee,Chlore , il ne restait que Julien, après l'emsMireur régnant. Le malheur de sa naissanceroyalei'avait enveloppé dans la disgrâce du Galïas. De sa retraite dans l'heureuse contrée de l'Ionie, on le conduisit, sons nne aorte de garde , à la cour de Milan où il langnit environ sept mois, dans l'attente affreuse d'un supplice pareil a ceux qu'il voyait inKgev ton* les jour» aux amis et aux adhérons de sa famille. Ses regards, ses gestes , «t jusqu'à son silence, étaient examinés avec Fceil vigilant de la plus maligne curiosité. Il mit sans cesse assiégé par des ennemis qu'il n'avait point offensés et par des artifices qui

< Voyer le récit complet du voyage et de b mort de Belue, éaasAaMuen (L nx, e.ll>. Mien se plaint que. «m Mro s etiaeenU un aretrétt Jugé. Il Urne ne joelioer ou ds mois* êTextuser Ses vengeances cruelles eurcées eenlu ses ennemis -, anus È aemMc eonventr qu'on unit pu te priva 4e ta psurfre erec jintice.

1 Ptuleatoêgieu , l. ir. e. 1 ; Zouanu, I. xin, l. », p. W- Mai» le premier «teX partial en faveur d'un monarque scias-, et fuite* innxrimt sans choix et eus discernement tout oea^ftietwaH énnrta étritsde» *nri«a*

lui.étaient inconnus *. Hais a lecotc de l'adversité, Julien acquit peu à peu da courage et de lu discrétion. Il défendit son honneur et sa vie eu évitant les piégss adroits des. eunuques, qui mettaient tout en œuvre pour lui faire trahir ses aeotimens. Ueufermant avec soin son ressentiment et. sa douleur, Une s'avilissait pointa flatter le tyran, par l'approbation de sa cruauté. Julien attribue dévotement sa délivrance miraculeuse à la protection des dieux, qui avaient excepté son innocence de la. sentence de destruction prononcée par leur justice contre la maison impie de Constantin *. Le moyen victorieux dont la Providence sestservie, est, dit-il, la ferme et généreuse amitié d'Eusebb*, princesse aussi distinguée pur son mérite que par sa beauté. Ce fut par son intercession que l'empereur consentit a voir Julien. 11 plaida sa cause avec une noble assurance, et il fut écouté favorablement. L'indulgence d'EutebU prévalu dans le conseil, malgré les efforts des eunuques. tts tâchaient de démontrer qu'il était dangereux de laisset un vengeur (lu sang de Gallas, et, craignant L'effet d'une seconde entrevue , ils engagèrent Jalien à se retirer dans les environs de Milan, jusqu'au i moment où l'empereur lui assigna la ville d'Athènes pour Le lien honorable de son exil. Il avait montré, des sa tendre jeunesse, un] goùtonplMotunevivepasston pour la langue,] les mœurs, la science, et pour la religion des Grecs, et il obéit avec plaisir à un ordre si conforme à ses désirs. Loin du tumulte des

> Voyez Ammicn-Marcclliu (1- ïv> «■ ' > ', 8'r- Jnlien hri-mÊme, dans son épltrt aux Athénien» , frit nn tableau frappa»! de se* propre danger et de «s seftlisuu». Il montre cependant du penchanl a exagérer ce qu'il a souffert, en insinuant , quoique eu termes obscurs, que «e» malheurs durèrent une année entière; « qu'il eslimposilble de concilier avec la vérité de la chronologie.

* Mien a décritle» crimes et le» malheurs de b laesUle de Constantin dans une table allégorique , bien imaginée, et rendue avec grfce. EHe se Iniure a U fin de 1» septième oraison , d'où elle a été détachée et traduite par l'abbé de Il BteUerk (Vie de Jovien, 1.2, p. 385-406).

* Elle était née a Tbeiselouique en Macédoine, d'une ftmUle noble, fille et »ceur de consuls. Elle épousa l'e mpereur, dans l'année 352, dans un temps détection. Les historiens «e tous le* pin» rendent justice a son mérita,

( Vo jet le» teuwignagee ressemblé* par îuleuwat , kust. deeKmpwetrt»,t.(t',p.7â>MM0

armes et de là perfidie des cours , il passa six mois au milieu des bocages de l'Académie, et dans la conversation familière des philosophes du siècle, qui travaillèrent à cultiver le génie, à exciter la vanité , et à enflammer la dévotion de lenr auguste élève. Julien conserva inviolablement pour Athènes la tendresse qu'une âme généreuse éprouve toujours an souvenir de l'endroit on elle a vu -naître et briller les premiers rayons de son génie. La douceur et l'affabilité qu'il tenait ■de la nature , et que sa situation lui imposait, lui gagnaient l'amitié des étrangers et des citoyens qui conversaient avec lui. Quelquesun de ses compagnons d'étude le voyaient peut-être moins favorablement ; mais Julien acquit dans les écoles d'Athènes une estime générale pour ses talens et pour ses vertus, «t U jouit bientôt, dans tout le monde romain, de cette honorable réputation '.

Tandis que dans la retraite Julien employait son temps à s'instruire, l'impératrice, résolue d'achever sa généreuse entreprise, n'oubliait pas le soin de sa fortune. Far la mort du dernier césar, Constance se trouvait chargé seul du commandement, et il se sentait accablé du poids de ce vaste et puissant empire. Des foules de barbares dévastaient les Gaules , et les Sarmates ne respectaient plus la barrière du Danube. L'impunité avait augmenté l'audace d'une troupe de sauvages isaurieas. Ces brigands descendaient de leurs montagnes escarpées pour ravager Le pays* voisin ; et ils avaient eu l'insojence d'assiéger, mais sans succès, l'importante ville de Séleucia, défendue par trois légions. D'un autre côté, le roi de Perse donnait en même temps des inquiétudes plus sérieuses ; enorgueilli par ses victoires , il menaçait de uouveau les provinces de l'Asie, et la présence de l'empereur devenait également indispensable sur les frontières orientales et sur les confins de l'Oc-

i litaûius et Grégoire de Nariance ont épuisé l'art et la force de leur éloquence pour représenter Julien comme le premier des héros ou le plus «dieux des tyrans. Grégoire fut son condisciple à Athènes, cl les vices qu'il lui reproche si amèrement se réduisent à quelques imperfections . corporelles , et a quelques singularités dans ses manières et dans sa façon de. parler. U proteste cependant qu'il ■revit des ce temps-là tous les malheurs de l'église et de ïempire-C Grégoire de Kaiiauoe, C7raf.w, p. 121, 122.)

(355 dep. J.-C.) cident. Pour la première fols , Constance, reconnut sincèrement que des soins si variés et si étendus étaient au-dessus de ses forces '. En vain Iavoix.de ses flatteurs voulut se faire entendre , et lui persuader que ses vertus, son courage , et son expérience aidée de ta faveur dn ciel, pouvaient encore suffire h tout ; il se rendit a l'avis d'Eusebia, qui satisfaisait son indolence sans blesser sa vanité. S'apcrcevant que le souvenir de Gallus donnaitdes craintes à l'empereur, cette princesse lui présentait avecadresseles caractères opposés des deux frères , qu'on avait comparés , dès leur enfance , a ceux de Titus et de Domitien '.Elle accoutumait son mari à considérer Julien comme un jeune prince sans ambition, dont la pourpre assurerait, la reconnaissance et la fidélité, et dont les talents, susceptibles de remplir avec honneur une place au second rang soulageraient l'empereur d'une infinité de soins, sans jamais rivaliser avec lui /pour la gloireou le commandement. L'ascendant de l'impératrice l'emporta sur la longue et secrète opposition des eunuques favoris, etil fut résolu que Julien irait, avec le titre de césar, gouverner au-delà des Alpes, dès qu'on aurait célébré son mariage avec la princesse Hélène, sœurde Constance*. Quoique l'ordre qui le rappelait à la cour fut sans doute accompagné de quelque avertissement sur sa prochaine grandeur, Julien prit le peuple d'Athènes pour témoin de sa douleur sincère etdes iarmesqn'il répandit quand on l'arracha, malgré lui, de sa retraite chérie *. Il craignait pour sa vie , pour sa gloire, et même sa vertu. Toute sa confiance était dans la persuasion que Minerve dirigeait sans

' Succumbtre tôt neeetsitatiias , tamque ertkrit union se quod nunquam feeerat aperte démo/titrant. (AmmieD.I. xv , c. 8). Il rapporte dans leurs propres termes 1rs assurances flatteuses des courtisans.

1 Tanium a temperatis moribas Jidiani différent frottis , quantum Mer Fespaiituù fiiiot fuit , Doaâtianum et Titum. (Ammtea, I. xiv, c. 11.) Le* épreuves et l'éducation des deux frères eurent une si grande ressemblance , qu'elles fournissent un exemple frappait de la différence des caractères.

s Àinniien, Lit , c. 8; Zoslme, 1. iu,p. 137,133.

* Julien, ad S. P. Q. A-, 275,276; Lihanius, Orat. x, p. 208. Julien ne céda point que les dieux ne lui eussent fait connaître leur volonté par des visions et de* pro- ■âges, Sa piété lui défendit alun de leur résister.

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cesse sa conduite , et qu'il était sous la direction immédiate d'une légion d'anges invisibles, que cette déesse lui avait expédiée du soleil et de la lone. 11 n'approcha pas sans horreur du palais de Milan; et son indignation fut visible quand il reçut les respects perfides et servîtes des assassins de sa famille. Eusebia était enchantée d'avoir réussi dans son projet généreux. L'embrassant avee la tendresse d'une soeur, elle tâcha, par les caresses les plus flatteuses, de bannir ses craintes, et de le réconcilier avec sa fortune. Mais la cérémonie de lui raser sa longue barbe, et son maintien emprunté- quand 'il fallut troquer le manteau d'un philosophe grec pour l'habit militaire a' un prince romain , amusèrent pendant quelques jours la légèreté de la cour impériale '.

Les empereurs du siècle de Constantin ne daignaient plus consulter le sénat sur le choix d'un collègue; mais ils avaient soin de faire ratifier la nomination par l'armée. Dans cette occasion solennelle , les gardes et toutes les troupes qui étaient aux environs de Milan parurent sous les armes; Constance monta sur soc tribunal, tenant par la main son cousin Julien, qui accomplissait ce jour-là sa vingt- cinquième année*. Dans un discours bien conçu et débile avec dignité, l'empereur représenta les dUTérens dangers qni menaçaientla prospérité de la république, la nécessité de nommer un césar pour gouverner et défendre l'Occident, et son intention de récompenser par b pourpre, s'ils y consentaient , les vertus qu'annonçait le neveu de Constantin. Les soldats témoignèrent leur approbation par un murmure respectueux ; ils contemplaient l'air mâle de Julien, et ils observaient avec plaisir la modeste rougeur qui tempérait le feu de ses regards. Dès que la cérémonie de son investiture fut terminée, Constance s' adressant à lui du ton d'autorité que son fige et son rang lui donnaient le droit de

i Julien raconte lui-même (p. 274) , d'une manière ssseï plaisante , les circonstances de cette métamorphose , «es regards baisses , et son maintien embarrassé, lorsqu'il se trouva transporte dans an monde nouveau , où chaque objet lui paraissait dangereux ou du moins étranger.

s Voyez Ammien-Marcellin, I. xv , e. 8 ; Zosime , 1. m , p. 139; Aurelitis Victor; Victor le jeune, in Bpitom. ; Eutrope.ï.M.

prendre, l'exhorta à mériter par son courage et par ses vertus ce titre immortel et sacré, et lui donna les plus fortes assurances d'une amitié à laquelle ni le temps ni l'cloignement ne porteraient jamais atteinte. Après ce discours, les soldats frappèrent de leurs boucliers sur leurs genoux en signe d'applaudissement ', et les officiers qui entouraient le tribunal exprimèrent avec une décente retenue leur estime pour le représentant deConslance. Les deux princes retournèrent au palais dans le même char , et pendant le cours de celte lente procession , Julien se répétait à lui-même un vers d'Homère , qui pouvait également s'appliquer à ses craintes et à sa fortune*. Les vingt-quatre jours qu'il passa dans le palais de Milan après son investure, et les premiers mois de son règne dans les Gaules, furent accompagnés d'une fastueuse, mais sévère captivité. Les honneurs qu'il avait acquis ne compensaient pas la perte de sa liberté1'. On ne lui laissa que quatre de ses anciens domestiques : deux pages, son médecin, et son bibliothécaire ; ce dernier était le gardien d'une précieuse collection de livres reçus en présent de l'impératrice , aussi attentive a satisfaire les inclinations de son ami , qu'à défendre ses intérêts. Au lieu de ses fidèles serviteurs, sa maison fut composée convenablement à sa dignité de césar, mais remplie d'une foule d'esclaves dénués et peut-être incapables d'attachement pour leur nouveau

■ HUit&res omnes horrenda fragore scuta ge-

nibus illidentes, quod est prosperitatis indictum plénum; nam contra cùmnasttsclypeiferiuntur, irai

documenhtm est etdoloris Ammien ajoute par

une subtile distinction : Eumque, ut potiori reverentui servaretur nec supra jnodum laudab itt, née infra quant deetbat.

1 EXMjSt TOf tvttot Onislof mu ftUfU «filin.

Le mot pourpre , doal Homère fait usage comme d'une épilBèle vague, mais qui en servait souvent a la mort, nit appliqué très- justement, par Julien, aux objets de ses craintes et des dangers qu'il redoutait.

s 11 raconte de la manière la plus pathétique (p. 277 ) le danger de sa nouvelle situation. Cependant sa table était servie avec tant de luxe et de profusion que le jeune Philosophe la rejeta avec dédain. Quum legeret libellant assidue, quem Constantius ut privignum adstudia mittens, manu sua eonscripseral , pra:licenter disponens quid in convivla Canaris împendi deberet , Phasianum, et vuh'arn et sumenexigi vetuitet infini. (Ainimen-Marcellin, l.wi,c5.T

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maître, auquel Ha étaient, pour la plupart., ou inconnus on suspects. Son défaut d'expérience pouvait exiger un conseil composé d'honmies sages eiintelligcns;maisréliquettc minutieuse qui réglait le service de sa table, et la distribution, de ses heures, convenaient plus à un adolescent encore sous la disciplinede ses instituteurs, quà un prince auquel on confiait la conduite d'une guerre importante. Aspirait-il à mériter l'estime des- peuples? il était arrêté par la crainte de déplaire au souverain. Les fruits de son mariage lui furent enlevés par la jalousie barbare d'Eusebia ' cllerroême , qui , en cette seule occasion, parut oublier la sensibilité de son sexe et sa générosité naturelle. Le souvenirde son père cl de ses frères avertissait Julien de sou propre danger, et ses craintes étaient encore augmentées par .l'injuste et récente condamnation de Sylvanus. Pendant l'été qui avait précédé son élévation , le général Sylvanus, choisi pour délivrer les Gaules de l'invasion des barbares, eut bientôt lieu de s'apercevoir que ses plus dangereux ennemis étaient restés a la cour impériale. Un délateur adroitement perfide, soutenu par plusieurs des principaux ministres, ayant obtenu de lui quelques lettres de recommandation, en effaça tout, excepté la signature, et remplit à son gré le parchemin de desseins et de complots criminels. La vigilance et le courage des amis du général firent bientôt découvrir la fraude. Un conseil composé d'officiers civils et militaires reconnut publiquement l'innocence de Sylvanus , en présence de l'empereur. Mais ht découverte arriva trop tard ;

t Si nous nous rappelons que Constantin , père d'Hélène, mourut environ dix-huit uns avant , dans un S;;e très-ara née v il paraîtra probable que la fille, quoique vierge, n'était pas fort Jeune an nouent de son mariage. Elle accoucha bientôt d'un fils, qui mourut immédiatement après Être renu au monde. Quod ob&tetrix , corrupta mercede, mox natum, prasecto plus quàni convenerat umbilico, luxavit. Elle accompagna l'empereur et l'impératrice dans leur voyage à Rome, et la

dernière, qu&situm venenum bibere per fraudem

illexit , ut quotUscuitque concepisset , immaturum abjiceret partant. (Ammicu, 1. xvi , c. 100 Nos niéderins décideront si un tel poison existe. Quanta moi, jïndlnc à croire qua la ntécliaBcclù du public imputait des accideus naturels aux crimes supposés de l'impératrice Eusebia.

(355dep.<J.*€.) le bruit delà calomnie et la saisie de ses biens excitèrent l'indignation du chef, et, dans l'excès de sa colère, il s'était porté à la révolte dont on l'avait si injustement accusé. Sylvanus prit la pourpre auprès de Cologne , à la tète de son armée. Sa puissance active menaçait d'envahir l'Italie et d'assiéger Milan. Dnns cette circonstance , Ursinicus , général du même rang , regagua par trahison la faveur qu'il avait perdue par d'énûnens services rendus dans l'Orient. Feignant d'avoir éprouvé une injustice semblable a celle qu'on avait faite à Sylvanus et de partager son ressentiment , il se hâta de lcjoindre avec quelques cavaliers, et de trahir son crédule ami. Après un règne de vingt-huit jours, Sylvanus fui assassiné, et les soldats qui avaient suivi sans réflexion l'exemple de leur commandant rentrèrentdans l'obéissance. Les flatteurs de C on stance célébrèrent la sagesse et le bonheur du prince qui venait d'éteindre une guerre civile sans verser le sang de ses sujets.1- . La défense des frontières rhéûennes , et la persécution de la foi catholique, retinrent Constance en Italie plus de dix-huit mois après le départ de Julien . Avant de retourner dans l'Orient, l'empereur satisfit son orgueil et sa vanité, en visitant l'ancienne capitale'. II alla de Milan à Rome par les voies JEimilienue et Elamînienne ; mais, quand, il en fut à quarante milles, ce prince, qui n'avait jamais vaincu un ennemi étranger, imita la pompe et' tous les attributs d'une marche triomphale; son cortège fastueux était composé de tous les ministres de ses plaisirs ; et, quoique en pleine paix , U était environné de nombreux escadrons de ses gardes et de ses cuirassiers. Leurs étendards de soie, chargés de dragons en bosses d'or, flottaient autour de l'empereur. Constance était assis seul dans un char très-élevé , incrusté d'or et de

> Aramicn (xv, S) était parfaitement Informé de la conduite et du sort de Sylvanus. Il fut lui-même m île ceux qui suivirent Urtuùcut du» M dangereuse entre-

2 Relativement aux particularités de la visite que Constance fit à Rome , voyez Ammien (1, ivi.c tOj. Nous aJoiiUTona seulement que Thetnisllus lut nommé député de Contanunopla, rt qu'il composa sa quatrième oraison a l'occasion de celte cérémonie.

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{357 dep. J.-C.)

diamnns, et affectait un maintien (1er et raide, qui ressemblait à l'immobilité d'une statue , escepté lorsqu'il baissait le tète pour passer sons les portos des Villes. Les eunuques avaient introduit dans le palais Jmpérialla sévère discipline persane , et l'empereur s'y était si bien conformé , que , pendant une marche lente, par une chaleur insupportable, on ne le vit jamais porter ses mains à son visage , ni même tourner ses yeux à droite ou à gauche. Les magistrats et le sénat de Rome reçurent l'empereur, qui examina avec beaucoup d'attention les différentes dignités de la république, et les portraits consulaires des familles distinguées. Les rues étaient bordées d'un peuple immense; des acclamations répétées annonçaient la joie déposséder la personne sacrée du souverain après en avoir été privé pendant trente-deux ans. Constance parut étonné <Ic se voir entouré en un instant d*uric' si nombreuse multitude. Le fils de Constantin fut logé dans l'ancien palais d'Auguste. Il présida le sénat, harangua le peuple dans la tribune de Cicéron, assista aux jeux du cirque avec complaisance, et accepta les couronnes'd'or et lès panégyriques présentés par les députés des villes principales. 11 n'y resta que trente jours , qui furent employés à visîleflcs superbes monumens répandus sur les sept collines, et dans les vallées qui les. séparent. Il admira l'imposante majesté du Capitule, la vaste étendue des bains de Caraêalla et de Dioctétien, la sévère simplicité du Panthéon, là massive grandeur dé l'amphithéâtre de 'Titus, l'architecture élégante du théâtre de Pompée et du temple de la Paix , et par dessus tout la magnificence du Forum et la colonne de Trajan , avouant que la renommée, si sujette à Inventer et à amplifier, ne vantnît point assez la métropole du monde. Le voyageur qui a contemplé les ruines de l'ancienne Rome , peut concevoir une idée imparfaite de l'impression que la vue de ces monumens devait faire éprouver, quand ils élevaient leurs têtes superbes dans toute la splendeur de leur première beauté.

Constance fui si satisfait de ce voyage, qu'il eut l'ambition de faire aux Romains un présent qui perpétuât le souvenir de sa reconnaissance et de sa générosité. Sa première

idée fut d'imiter ta statue équestre et colossale qu'il avait vne dans le Forum de Trajan ; mais, quand il eut mûrement pesé les difficultés de l'exécution ', il préféra embellir la ville parle don d'un obélisque d'Egypte. Dans les siècles reculés, mais déjà policés , qui semblent avoir précédé l'invention de l'alphabet, les anciens souverains d'Egypte avaient élevé un grand nombre de ces obélisques dans les villes de Ttièbes et dTIéliopolis. Ils espéraient sans donte que ta simplicité de leur structure et la dureté de leur substance les mettraient à l'abri dés injures du temps et de la violence '. Plusieurs de ces étonnantes colonnes avaient été transportées 4 Rome par Auguste et par ses successeurs, comme les monumens les plus durables de leur puissance et de leur victoire \ Mais il restait un de ces obélisques, qui, soit qu'il parût plus respectable, ou plus difficile à transporter, avait échappé long-temps à l'orgueilleuse avidité des conquérons. Constantin, le destinant à embellir sa nouvelle Cité *, le fit déplacer de dessus son piédcstul.quî était posé devant le temple du soleil à Héliopolis , et descendre surle Kil jusqu'à Alexandrie. La mort de Constantin suspendit l'exécution de ce projet, et son fils résolut de faire présent de cet obélisque à l'ancienne capitale de l'eni-

i HGnnisJas.-prînceftigitifilelal'erse, fit remarquer s l'empereur que, s'il faisait «instruire un pareil cheval, il lui fallait aussi une semblable écurie, faisant allusion au Fbruni de Trajan. On rapporte un autre bon mut d'Hurmisaas. La seule chose qui ml avait dcpln , disait -il, t'tlail de votrque les bOBunesnounieut à KoniB lott comme ailleurs. Si nous adoptons dans te texte d'Amuilen ( displicuisse, au lieu àeptacuisse ) , nous pouvons regarder cette plaisanterie comme un reproche qu'il faisait aUx Romains de leur vanité. Le sens contraire serait la pensée d'un misanthrope.

* Lorsque Gennanlcus visita les anciens monumens de Thèbes , le plus ancien des praires lui expliqua le sens des biéroclrphes. (Tarit. Annal. , n , e. 60.) Mais il parait probable qu'avant l'invention de l'alphabet ces signes arbitraires ou naturels servaient de caractères aux Égyptiens. ( Voyez Warburton, Législation divine de Moïse, t. m, p. 68, 243.)

ï Voye* Pluie, Histoire natur., 1. xiivi , e. 14, 15.

* Arainlen-MareclUn , !. im, c. 4. H donne nue Interprétation grecque des hiéroglyphes , et Lindenbrogius , sou commentateur, ajoute une inscription latine, qui, en vingt vers du siècle de Constance, contient une histoire W>rtg*e de l'obélisque.

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pire. On construisit an vaisseau d'une grandeur et d'une force convenables pour transporter des bords du Nil à ceux du Tibre cette masse énorme de granit, d'environ cent quinze pieds de longueur. L'obélisque de Constance fut débarqué à peu près à unelieue de la ville et élevé , à force d'art et de travail, dans le grand cirque de Rome '.

Constance apprit une nouvelle alarmante , qui lui fit quitter Rome avec précipitation, Les provinces d'IUyrie étaient dans le danger le plus pressant Les embarras de la guerre civile, la destruction de la fleur des légions à la bataille funeste de Hursa, avaient exposé ces contrées presque sans défense aux courses de la cavalerie légère des barbares, et particulièrement aux incursions des Quadi , nation puissante et féroce de Germanie, qui, depuis son alliance avec les Satinâtes fugitifs, semblait s'être formée à leur manière de combattre et à leur discipline militaire *. Les garnisons de la frontière ne suffisaient pas ' pour les arrêter; et l'indolent monarque fut enfin obligé de rappeler des extrémités- de ses états l'élite des troupes palatines, et de se mettre lui-même à lenr tête. Cette guerre l'occupa sérieusement pendant une campagne entière, durant l'automne qui la précéda et le printemps dont elle fut suivie. L'empereur passa le Danube sur un pont de bateaux , tailla en pièces tout ce qni se présenta devant lui, pénétra dans le cœur du pays des Quadi, et leur rendit avec usure les maux dont ils avaient affligé les provinces romaines. Les barbares épouvantés furent bientôt forcés de demander la paix.Enréparation dn passé, ils offrirent la restitution de tous leurs prisonniers, et les plus distingués de leur nation pour otages et pour garans de leur conduite à l'avenir. La réception favorable et flatteuse qu'obtinrent les plus distingués de leurs chefs encouragea les plus timides ou les plus

l Voy« Oonat., Honut antiqva, 1. in, c 14; Lit, o. 12, et la dissertation savante, quoiqueohseure.deBargaros sur les obélisques insérée dans le quatrième volume ds Grxrius (Antiquités Romaines, p. 1897-1936). Celle dissertation est dédiée au pape Sixte-Quint, qui éleva l'obélisque de Sainl-Jean-de-Ulran.

1 Les érénemens de la guerre des Sarmatet et des Quota sont racontes par Ajninien (m, 10; nu, 12,13;

(357 dep. J.-C.) obstinés a suivre leur exemple : le camp impérial fut rempli d'une foule de princes et d'ambassadeurs des tribus les plus éloignées qui occupaient les plaines de la petite Pologne, et qui auraient pu se croire en sûreté derrière la chaîne escarpée des montagnes carpathiennes. En faisant la loi aux barbares qui habitaient au-delà du Danube, Constance parut sensible au malheur des Sarmates, qui, chassés de leur pays par leurs esclaves révoltés, s'étaient réfugiés chez les Quadi , dont ils avaient considérablement augmenté la puissance. L'empereur, embrassant un système de politique prudente et généreuse, tira les Sarmates de cet état de dépendance humiliante. Par un traité séparé , il les rétablit en corps de nation, amie , et alliée de la république, sous le gouvernement d'un monarque, en déclarant qu'il avait résolu de soutenir la justice de leur cause, et d'assurer la paix de leurs provinces par la destruction ou du moins par le bannissement des Ltmigantes , qui conservaient tous les vices et toute la bassesse de leur méprisable origine. L'exécutionde ce dessein offrit moins de gloire que de difficultés. Le territoire des Limigantes était défendu du côte desRomains par le Danube, et par le Theiss du côté des barbares. Le terrain marécageux qui séparait ces deux rivières en était fréquemment inondé ; il présentait un désert dangereux cl inabordable à ceux qui n'en connaissaient pas les sentiers et les forteresses inaccessibles. A l'approche de Constance , les Limigantes eurent alternativement recours anx supplications, aux armes , et a la perfidie. Il rejetâtes premières, et après avoir éventé leurs stratagèmes grossiers , il repoussa les efforts irréguliers de leur valeur par une conduite prudente et courageuse. Une des plus guerrières de leurs tribus s'était fixée dans une petite lie au confluent du Theiss et du Danube. Elle avait consenti à passer la rivière, sous le prétexte d'nne conférence amicale , pendant laquelle ils se proposaient de se saisir de l'empereur, qu'ils ne soupçonnaient pas d'être sur ses gardes. Mais les traîtres i furent victimes de leur entreprise ; environ-1' nés de toutes parts , écrasés par les chevaux de la cavalerie , hachés par les légions, et

(UT dep. J.-C.)

dédaignant de demander quartier, ils périrent les armes à la main, et conservèrent jusqu'au dernier soupir leur maintien farouche et leur air de férocité. Après cetteexpédition, un corps considérable de Romains passa sur la rive opposée du Danube. Les Taifalœ, tribu des Gotha qui s'étaient engagés au service de l'empire, entourèrent les Liniigantes de l'autre coté de la rivière du Theiss. Leurs anciens maîtres , encouragés par l'espoir de la vengeance, gravirent les montagnes et pénétrèrent dans Le cœur du pays qui leur avait appartenu. Un incendie général fit découvrir les huttes des barbares, et le soldat combattit avec intrépidité sur un terrain marécageux, ou l'on courait à chaque pas le danger d'être englouti. Les plus braves des Liniigantes avaient résolu de se défendre j usqu'a la mort ; mais l'autorité des vieillards fit prévaloir un avis moins violent Une foule desuppliaus se rendirent au camp des Romains, suivis de leurs femmes et de leurs enfans, pour apprendre de la bouche de l'empereur le sort qu'il leur réservait. Après avoir fait l'éloge de sa propre clémence, qui le portait à pardonner à leurs crimes multiplies et à sauver les restes d'une nation coupable, Constance leur assigna pour exil un pays éloigné , où ils auraient pu jouir d'un repos honorable. Les Limigantes obéirent avec répugnance.

Mais, avant d'avoir atteint à cette nouvelle patrie, ils revinrent sur les bords du Danube, déplorèrent le malheur de leur situation, et conjurèrent l'empereur, en lui jurant une fidélité a toute épreuve, de leur accorder une habitation tranquille dans quelque canton d'une province romaine. Constance, oubliant les preuves récentes de leur perfidie, écouta ses flatteurs , qui s'empressèrent de lui représenter l'avantage qu'il tirerait d'une colonie de soldats, dans un temps où les sujets de l'empire accordaient plus facilement des contributions d'argent que des services militaires. On permit aux Limigantes de passer le Danube, et l'empereur leur donna audience dans une vaste plaine près la ville moderne de Buda. Ils entourèrent son tribunal, et taudis qu'ils semblaient écouter avec respect un discours rempli de douceur et de dignité, ua des barbares, lançant en l'air une

de. ses sandales , cria d'une voit terrible : Marli a , Marital cri de guerre et d'alerte, qui fut le signal de la plus horrible confusion. Les barbares s'élancèrent avec violence pour enlever l'empereur. Ils pillèrent son trône et son lit d'or ; mais la courageuse fidélité de ses gardes, qui reçurent la mort à ses pieds, lui donna le temps d'échapper de cette sanglante mêlée, et de s'éloigner rapidement sur un de ses meilleurs coursiers. Le nombre et la discipline des Romains tirèrent une prompte vengeance de cette odieuse trahison ; le combatne fut terminéque par l'extinction du nom et de la nation des Limigantes. On remit les Sarmates errans en possession de leurs anciennes terres. Constance espérait que la reconnaissance les rendrait à l'avenir plus fidèles à leur bienfaiteur; il avait remarqué la taille majestueuse et la docilité de Zizaïs, un de leurs chefs les plus distingués, et il le fit roi des Sarmates. Zizaïs prouva , par son inviolable attachement pour l'empereur, qu'il était digne de son choix; et Constance, après ce succès, fut surnommé le sarmatique, aux acclamations de son armée victorieuse1.

Tandis que l'empereur romain et le monarque persan défendaient à mille lieues l'un de l'autre les limites de leurs états contre les barbares des rives du Danube et de l'Oxus , leurs c nfins intermédiaires étaient exposés aux vicissitudes d'une guerre languissante et d'une trêve pfécaire. Deux des ministres orientaux de Constance , le préfet du prétoire Husonien , dont la duplicité ternissait les talens, et Cassien, duc de Mésopotamie, vétéran intrépide, entamèrent secrètement une négociation avec Tamsapor '. Ces ouvertures de paix , traduites en langue persane , et rédigées dans le style Batteur et servile de l'Asie, Turent portées dans Le camp du grand roi , qui résolut de faire savoir aux Romains, par un ambassadeur, les conditions qu'il daignait leur accorder. Narsès , qu'il revêtit do ce caractère , reçut toutes sortes d'honneurs

• Genti Sarmaiarum magna tUcort comidens opta eos regem dédit. {Aurdius Victor.) Du» une pompeu» oraison prononcée par Constance lui-même , il eflebre ses propres exploits me beaucoup d'orgueil et un peudevérité.

1 Ammien , xn , 9,

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dans le cours de son voyage depuis Antioche jusqu'à Coostaiilînople. Arrivé à Sirmium après uue longue route , il reçut sa première audience, et développa le voile de soie qui couvrait la lettre hautaine de son orgueilleux souverain. Sapor, roi des rois, frère du. soleil el de la lune, félicitait son frère Constance césar de ce qu'il avait puisé de la sagesse dans l'adversité. Comme légitime successeur de Darius Hystapes, Sapor assurait que la rivière de Strymon en Macédoine était l'ancienne et véritable borne de son empire; mais que, par un excès de modération, il se contenterait des provinces d'Arménie et de Mésopotamie, qu'on avait frauduleusement enlevées à ses ancêtres, ajoutant que, «ans cette restitution, il était impossible d'établir une paix solide entre les deux empires, et que si son ambassadeur ne rapportait pasnne réponse satisfaisante, il était préparé à soutenir, dès le printemps suivant, la justice de sa cause par la force de ses armes invincibles. Karsès, doué du caractère le plus affable et le plus conciliant, tâcha d'adoucir, autant que son devoir le lui permettait, la hauteur de cette proposition '. Le conseil impérial, après avoir mûrement pesé le style et le contenu de la lettre, renvoya l'ambassadeur avec la réponse suivante. < Quoique Con- » stauce put légitimement désavouer des mi- » nistres qui avaient entamé une négociation

> sans ses ordres, il se prêtait à conclure un

> traité juste et honorable. Mais il regardait

> comme indécent et ridicule de proposer au » victorieux possesseur de tout l'empire ro- » main des conditions qu'il avait rejetées

> avec indignation, dans un temps où sa puis- * sauce se renfermait dans les limites étroites » de l'Orient. • Le sort des armes était sans doute incertain; mais Sapor ne devait pas oublier que , si les Romains avaient perdu quelques batailles dans le cours de Leurs nombreuses gnerres , ils les avaient cependant terminées toutes par la victoire. Peu de jours après le départ de Warsès, on envoya

> AnrailmOmi, 5) transcrit cette lettre hautaine. Themîslhi! (Oraison i* , p. S7, «dit. Pelas.) (ail mention de l'enveloppe de soie. Idatius et Zooiras partent du voyage de l'ambassadeur, et Pierre le Patricien rend compte de uronduitecflncttlanU(M»Êtc«pt.ieffa(.,p. 28.

L'EMPIRE ROMAIN, (367 dep. J.-C)

trois ambassadeurs à la cour de Sapor, qui était déjà revenu de sou expédition de Syrie dans sa résidence ordinaire de Ctcsiphon. Un comte , un notaire et un orateur furent chargés de,eette importante, commiseion; «t Constance, qui désirait secrètement la .conclusion de la paix , espéra que le rang du premier, l'adresse .du second et l'éloquence du troisième ' obtiendraient de Sapor un adoucissement à ses prétentions. Mais leur négociation échoua par l'influence d'Antoninus, sujet romain '. Forcé de,, fuir de. la Syrie, il avait été admis dans les, conseils de Sapor, et même à sa table. royale, où, selon l'usage des Persans, il discutait les affaires les plus importantes \ L'adroit réfugié se ménageait la faveur de son nouveau .maître, et satisfaisait en même temps sa propre vengeance. Il pressait §aporde profiter du moment où l'élite des troupes palatines était occupée avec l'empereur a combattre sur les bords du Danube, et où les provinces épuisées de l'Orient offraient une conquête facile à ses nombreuses armées de Persans, et aux redoutables barbares avec lesquels il venait de faire des alliances. Les ambassadeurs romain» se retirèrent sans succès, et ceux qui leur succédèrent, quoique d'un rang supérieur, furent mis eu prison et menacés de perdre la vie ou delà passer dans un douloureux exil. L'historien militaire ', chargé d'observer

< Ammiefl, mii, 5; et Falaiu*tadloc. Lesophiste o» philosophe (dans ce siècle , ces deux noms étaient sjaonymes), le sophiste était Euslache de Cappadoce , disciple deJamblique, et ami de saint Bssile. Eun»pe (in fit. BdttU , p. 44-47) attribue à l'uabMMdtnr phâmaph* la gloire d'avoir enchanté le rot barbare par Les charmes persuasifs de l'éloquence et de la raison. (Voyez Tillemonl ,, Hist. des Empereurs, t. iv, p. 828-1132.)

1 Ammleu, irai, 5, 8,8. La conduite décente et respectueuse d'Antonimis vb-è-Tb du général romain le prétente dans on jour trta-favaraMe , et Atuuien UH-nritM ne peut s'empêcher de parler du traître arec estime el

Cette anecdole, telle qu'elle est rapportée par A mmien , sert a prouver la véracité d'Hérodote (1. i , «. 133) et la consumée de* Perses a conserver leurs usages. Dau tous les siècles les Perses ont été adonnés a l 'in tempérance et à la débauche, et les vices de Shtraz ont toujours triomphé des lois de Mahomet. (Brisson , de Hegno Fers., I.li, p, 46WT2);et Chardin, Voyages en Perse, t. s, P- ».) 4 Ajamien.L mu, (5,7,8. 10.

(35» tlcp. J.-G.) lui-même l'armée des Persans, tandis qu'ils construisaient un pont de bateaux sur le Tigré, monta sur une colline, d'où il contemplât tonte la plaine d'Assyrie, couverte de soldats, d'armes et de chevaux , et Sapor a leur tête, velu d'un habit de pourpre éclatant. A sa gauche, la place d'honneur che» Tes Orientaux , Grumbates , roi des Chioni tes, présentait le maintien austère d'un guerrier vénérable par ses années, et célèbre par ses exploits. A la droite de Sapor, le roi d'Albanie conduisait la nombreuse bande qu'il avait amenée des rives de lu mer Caspienne. Les satrapes et les généraux étaient placés selon leur rang, et, outre la foule immense de femmes et d'esclaves qui suit toujours les armées Orientales , on comptait plus de cent mille combattons effectifs, tous exercés a la fatigue, et choisis parmi les plus braves nations de l'Asie. Le transfuge romain qui dirigeait en grande partie- le conseil de Sapor, lui avait recommandé sagement de ne pas perdre la belle saison à entreprendre des sièges longs et difficiles, maïs de marcher vers l'Enphratc, et de s'emparer sans délai de la faible et opulente capitale de Syrie. A peine entrés dans les plaines de Mésopotamie, les Perses s'aperçurent qu'on avait pris tontes les précautions propres à relarder leurs progrès et à déconcerter leurs desseins. Les habitons et leurs troupeaux étaient retirés dans des forteresses; Tes fourrages verts avaient été brûlés sur pied; des pieux serrés et pointus défendaient les gués des rivières; on avait garni la rive opposée de machines de. guerre, et la crue périodique des eaux de l'Eophrate ne permettait point aux barbares de tenter le passage sur le pont de T hapeaqne. L'intelligent Antotrinns changea son plan d'opérations, et conduisit l'armée -par un long détour, mais à travers des territoires fertiles, vers la sonree de l'Euphrate, où le peu de profondeur de ses eaux offre on passage facile. Sapor eut la prudence de ne point s'arrêter devant Hisibls; mais, en passant sous (es murs d'Amida, il voulut essayer si la garnison , intimidée par ga présence, ne se rendrait pas à discrétion. Un trait qui, lancé au hasard, vint effleurer son diadème, le convainquit de son

erreur; et le monarque indigné n'écouta pins qu'avec impatience l'avis de ses ministres, qui le conjuraient de se pas sacrifier à son ressentiment tout le succès de ses armes et de son ambition. Le lendemain, Grumbates s'avança sous ia porte delà ville avec nn corps de troupes choisies, et somma la garnison de se rendre à l'instant, si elle voulait éviter la vengeance éclatante de l'injure qu'elle avait eu la sacrilège audace de faire au souverain des Persans. On répondit à cette proposition par une grêle de traits, et un javelot lancé d'une haliste traversa le cœur du fils unique de Grumbates, jeune prince également remarquable par sa valenr et par sa beauté. Le fils du roi des Ghionïtes' fut inhumé avec toutes les cérémonies d'usage chek cette nation ; et Sapor adoucit un peu la douleur du vieux guerrier, en lui jurant que la ville d'Amida , réduite en cendres avant qu'ils la quittassent, servirait a expier la mort et à perpétuer la mémoire de son fils.

L'ancienne ville d'Amid on Amida ', qn'on appelle quelquefois Diarbekir*, du nom de la province, est située avantageusement dans une plaine fertile arrosée par le cours naturel du Tigre, et par des canaux artificiels qui forment un demi-cercle autour de la partie orientale de la ville. L'empereur Constance lui avait récemment accordé l'honneur de porter son nom, et l'avait fortifiée de nouveaux murs , défendus par un grand nombre de tours. L'arsenal était muni de toutes les machines de guerre propres à la défense, et sept légions composaient la garnison, quand la place fut investie par les années de Sapor*.

1 Pmrr la description d'Amida , vorw d'H«rbelet (Bibliothèque orientale, p. tQS); Histoire dp Tireur-Bec, piir Cherefaldin Ali, 1. m, c. 41 ; Ahmed Arabsiades, t. i, p. 331 , C. 13; Voyages de Tavcrnier , 1. 1 , p. 301 ; Voyages d'Olt», t. n , p. 273 1« les Voyage* UeNtebUrrr, 1. il , p. 334-328. Le dernier île cm tovageurs , Danois surant cl exact , * danse le plan d'Amida , qui éclairs ks opéra lions du siège. -

'Diarbekir, que les Turcs nomment Anrid ou Kara Amid, dans leurs écrits, contient plus de «lie mille maisons. Elle est la résidence d'un pacha à trois queues. IVépKliète de Kara rient de ta «mùau: noua «Vin» pierre particulière dont les mura d'Amida oui aie très- anciennement construits.

a Ler. opérations do siège d'Amida sont décrites dact le plus grand détail par Anuniïo(iix,1-â),<ui«

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Ce prince fondait son premier et principal espoir dans un assaut général. Les différentes nations qui suivaient ses drapeaux prirent leurs postes; ta nation des Vertœ au midi, au nord les Albanais, à l'orient les Cliîoiiites, impatiens de venger la mort de leur prince, et à l'occident les Ségestans , guerriers intrépides, dont le front de bataille était couvert d'une ligne formidable d'éléplians '. Les Persans secondaient leurs efforts, et les animaient à braver le danger. Sapor luimême, sans égards pour son rang, hasardait sa propre vie avec toute l'impétuosité d'un jeune soldat. Après un combat opiniâtre, les barbares fuient repoussés. Ils revinrent a la charge, et le carnage fut affreux; mais les Romains les forcèrent encore à se retirer. Deux légions rebelles, qui avaient été reléguées sur les frontières de l'Orient, se signalèrent par une sortie, et pénétrèrent, à la laveur de la nuit, dans le camp des Persans. Pendant une de ces attaques meurtrières et inutiles , Amida fut trahi par un déserteur qui indiqua aux barbares un escalier secret, taillé dans le creux d'un rocher sur le bord du Tigre. Soixanle-dix archers de la garde royale montèrent en silence au troisième étage d'une tour très-élevée qui commandait sur un précipice, et y attachèrent l'étendard royal , signal de confiance pour les assaillans et de désespoir pour les assiégés. Si cette petite troupe avait pu se maintenir dans son poste quelques instans de plus, peut-être auraient-ils assuré la réduction de la place par le sacrifice généreux de leur vie. Après avoir essayé sans succès les assauts et les stratagèmes, Sapor eut recours aux opérations plus lentes, mais plus sûres, d'un siège

pour sa défense , et s'échappa avec peine , quand la ville fut emportée d'assaut par les Persans.

■ Les Albanais sont trop bien connus pour exiger une description ; les Ségestans habitaient un pays plat et vide, qui porte encore leur leur nom, au sud du Khorasan, et a l'occident de l'Indostan. (Voyez Geographia IfubienlU, p. 133; d'Hcrbelot , Bibliothèque orientale, p. 707.) Nonobstant la victoire vantée de Bahram (t. i, p. 410), les SégestaiiS furent connus plus de quatre-vingts ■M après comme une nation libre et alliée delà Perse. Nous Ignorons où habitaient les Vertes et tes Chionites ; mais j'inclinerais a croire que ces deux nations, ou au moins 4a dernière , occupaient les connus de l'Inde et de la Scythie. (Voyez Ammien, m , y.)

(369 dep. J.-C.) régulier, dont les travaux furent dirigés par des déserteurs romains. On ouvrit la tranchée à une distance convenable, et les soldais destinés à ce service s'avancèrent, couverts de fortes claies, pour remplir le fossé et saper le mur dans ses fondemens. Des tours de bois, posées sur des roues, s'avancèrent, et mirent les soldats en état de combattre à une hauteur égale avec ceux qui défendaient les remparts. Tout ce que le courage et l'art pouvaient exécuter fut employé à la défense d' Amida, et le feu des Romains détruisit souvent les ouvrages de Sapor; mais les ressources d'une ville assiégée ne sont pas inépuisables. Les Persans réparaient leurs pertes, et serraient de près la place; les béliers firent une large brèche, et la garnison, réduite et épuisée, ne put résister à l'impétuosité d'un nouvel assaut. Les soldats , les citoyens, leurs femmes et leurs enfans, enfin tous ceux qui n'eurent pas le temps de fuir par la porte opposée, furent inhumainement égorgés par les vainqueurs.

Mais la ruine d'Amida sauva les provinces romaines. Quand les premiers transports qne donne la victoire furent calmés , Sapor dut réfléchir avec regret que, pour châtier nite cité indocile, il avait perdu l'élite de ses troupes et la saison la plus favorable pour les conquêtes '. Un siège de soixante-treize jours lui enlevait trente mille de ses vétérans tombés sous les murs d'Amida. Trompé dans son espoir, le monarque retourna dans sa capitale en cachant son repentir sous un

* Ammien a marqué la chronologie de celle année par trois signes qui ne quadrent parfaitement ni l'un avec l'autre, ni avec le cours de l'histoire. 1° Le blé était mûr lorsque Sapor (il l'invasion de la Mésopotamie : ■ cum jam stipula flavente turgerent. • Cette circonstance dans la latitude d'Alep nous rejetterait au mois d'avril ou de mai. (Voyez les observations d'Harnier sur l'écriture, v. i, p. 41 ; les Voyages deShaw, p.335,cdit. iiM°.) 2» Les progrès de Sapor furent arrêtés par le débordement de l'Eupbrale, qui arrive ordinairement dans les mois de Juillet oud'aout. (Pline, HisLati.,v.xiii rtaggidiPietro delta Faite, 1. 1, p. 696.) 3" Quand Sapor se fut rendu maître d'Amida , après un siège de soixante-treize jours, l'automne était fort avancée : ■ Autumno prœcipiti lusdorumque improbo sidère exorto. • Pour concilier ces contradictions frappâmes, il faut supposer quelque délai du roi de Perse , quelques inexactitudes de l'historien , ou quelque désordre extraordinaire dans les saisons.

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(SW dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON

extérieur triomphant. Il est plus que probable qu'une guerre qui avait présenté des obstacles et des dangers inattendus dégoûta l'inconstance de ses aînés barbares, et que le roi age des Cbionites, après avoir savouré le plaisir de la vengeance, s'empressa de quitter le pays funeste où il avait perdu le soutien de sa vieillesse et l'espoir de sa famille et de sa nation. Les forces et le courage de l'armée avec laquelle Sapor était entré en campagne l'année précédente ne pouvaient plus remplir ses vues ambitieuses. Au lieu d'entreprendre la conquête de l'Orient , il fallut se contenter de réduire deux villes fortifiées de la Mésopotamie, Singara et Bezabde', situées l'une dans le milieu d'un désert de sable, et l'autre sur une petite péninsule entourée presque de tous cotés par le fleuve rapide et profond du Tigre. Cinq légions, du nombre de celles que Constantin avait réduites a moitié, furent faites prisonnières, et envoyées en captivité sur les confins les plus reculés de la Perse. Après avoir démantelé Singara, le conquérant quitta cette ville éloignée et solitaire. Maïs il répara soigneusement les fortifications de Bezabde, la pourvut abondamment de tous les moyens de défense, et mit dans cette place importante une garnison ou colonie de vétérans, dans l'honneur et la fidélité desquels il avait la plus grande confiance. Vers la fin de la campagne, il reçut uu échec en essayant d'enlever Virtha ou 'l'écrit , ville forte des Arabes indépendans, qui passa pour imprenable jusqu'au règne de Tamerlan '-

La défense de l'Orient contre les armées de Sapor exigeait nn général expérimenté, et aurait donné suffisamment d'occupation à ses talens militaires. C'était un bonheur pour l'état que cette province se trouvât confiée, dans cette circonstance, au brave Ursinicus, qui méritait la confiance des peuples et des soldats. Mais, au moment du danger1, les in-

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