‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 31 sur 85 · CH. XIX · texte numérisé non relu

CH. XIX

i ÀHinù*n(ix, 6, 7) fait Je rédt de ces siégea.

1 Pour l'identité de Virtha et de Técrit, voyez d'An- Tille (Géographie ancienne, t. h, p. 201). Pour le siège de ce château par Timur Beg ou Tamerlan, voyez CberereddinO. ui, c. 33). Le biographe persan exagère le mérite et la difficulté de celte expédition , qui délivra les caravanes de Bagdad d'une troupe formidable de voleurs.

a Ammien (xïib, 5,6; xu, 3; xx , 2) parle du mé-

trignee des eunuques firent rappeler Ursinicus , et le commandement militaire de l'Orient fut donné , par la même influence, à Sabinien, riche et rusé vétéran qui avait atteint aux infirmités de la vieillesse sans eu acquérir l'expérience. Un second ordre émané de ces mêmes conseils, présidés par des esclaves jaloux et Inconstans, renvoya Ursinicus sur la frontière de Mésopotamie, et le condamna aux travaux d'une guerre dont les honneurs étaient réswYés pour son indigne rival. Sabinien plaça ses troupes sous les murs d'Ëdesse. Tandis qu'il récréait son indolence par la vaine parade d'exercices militaires, et qu'il faisait danser les soldats au sou des flageolets, l'ancien général de l'Orient défendait seul la province par ses miens et par son activité. Mais, lorsque Ursinicus présentait un plan vigoureux d'opérations, quand il proposa de tourner les montagnes avec un corps de cavalerie et de troupes légères pour enlever les convois des ennemis, fatiguer par des attaques la vaste étendue de leurs lignes , et secourir la ville d'Amida, le commandant, timide et envieux , répondait qu'il avait des ordres positifs de ne point exposer les troupes. Amida fut prise. Ceux de ses braves défenseurs qui échappèrent au fer des barbares tombèrent , dans le camp des Romains, sous celui des bourreaux ; et Ursinicus même fut puni par la perte de son rang militaire, après avoir été accusé, par une information partiale, des fautes de Sabinien. Mais le général injustement condamné osa dire à l'empereur que, si de pareilles maximes continuaient à prévaloir dans les conseils, toute sa puissance suffirait difficilement à chasser les ennemis des provinces orientales, et Constance éprouva bientôt la vérité de cette prédiction. Lorsque l'empereur eut subjugué ou pacifié les barbares' du Danube, il avança par des marches lentes vers l'Orient, et, après avoir douloureusement contemplé les ruines encore fumantes d' Amida, il forma le siège de Bezabde avec une armée puissante. L'effort

rite et de la disgrâce dTJrstnicus arec la circonspection qui convient a un soldat relativement a son général. On peut le soupçonner d'un peu de partialité ; nuis son récit parait assez probable.

DECADENCE bE L'EMPIRE ROMAIN,

des plus énormes béliers fut employé contre ses murs, et la place fat réduite à la dernière extrémité : mais la garnison , patiente et intrépide, ne pensait point à capituler ; elle se défendit jusqu'au moment où l'approche de la saison pluvieuse obligea l'empereur a lever le siège et à se retirer honteusement dans ses quartiers d'hiver à Anlioehe1. La vanité de Constance et le zèle de ses courtisans cherchaient en vain , dans la guerre de Perse, un événement qui put flatter l'empereur, tandis que Julien, à qui il avait confié les Gaules, était comblé d'honneur par le récit simple et naïf de ses exploits.

Dans l'aveugle acharnement de la discorde civile, Constance avait abandonné aux barbares de la Germanie les contrées de la Gaule qui obéissaient encore à son rival. Un nombreux essaim de Francs et d'Allemands furent invités à passer le Rhin, par des présens, des promesses, l'espoir du pillage, et' le don de toutes les terres qu'ils pourraient envahir*. Mais l'empereur, qui, dans un embarras momentané , avait eu l'imprudence d'attirer ces hôtes destructeurs, sentit bientôt combien il était difficile de faire renoncer des alliés si dangereux à des contrées dont ils connaissaient la richesse. Indifférens à la qualification de révolte ou de loyauté, ces voleurs indisciplines traitaient comme leurs ennemis naturels tous les sujets de l'empire dont ils convoitaient les possessions. Quarante-cinq villes florissantes , Tongres, Cologne, Trêves, Worms, Spire, Strasbourg, et un grand nombre d'autres villes et villages , furent ravagées et la plupart réduites en cendres. Les barbares de la Germanie, fidèles aux usages de leurs ancêtres, ne se renfermaient jamais entre des murs , qu'ils

' Amraien (tx, 11). Omiisa vano incepto, hiematurtis Jnliochia redit in Syriam arumnosam, per~ pessus et uteerum sed et atrocia, diuque deflenda. C'est ainsi que Jacques Gronovius a rétabli un passage Obscur-, et il pense que celte seule correction aurait mérité une nour elle édition de son auteur, dont on peut J présent deviner le sens. J'espérais trouver quelques nouveaux éclalrcissemens dans les recherches récentes du savant Ernestus (Lipsice, 1773).

* On peut Irouver dans les ouvrages de Julien (Oral. iuI S. P. Q.Jtlien.,p.2TI )]ts ravages des Germains et b détresse de* Gaules. (Dans A malien , xv , 1 1 ; Libanius, Oral. x;ZoBime,l. m, p. 140; Sozoraéne, 1. in, c, 1.)

(359 dep. J.-C.) nommaient avec horreur des sépulcres et des prisons. Ils habitaient les bords des rivières du Rhin, de la Meuse et de la Moselle, et ne connaissaient d'autres fortifications dans les mom'ens du danger que des arbres qu'ils coupaient et croisaient les uns sur les autres dans les routes qu'ils voulaient fermer. Les Allemands s'étaient fixés dans l'Alsace et dans la Lorraine; les Francs occupaient l'île des Batuves et tout le Rrabant, connu alors sous le nom de Toxandrfc% et qu'on peut regarder comme le berceau de la monarchie française*. Des sources du Rhin jusqu'à son embouchure, les conquêtes des Germains s'étendaient à quarante milles vers l'occident de cette rivière ; mais les pays qu'ils avaient dévastés étaient trois fois plus étendus que leurs conquêtes. Jusqu'à une distance beaucoup plus éloignée, toutes les villes ouvertes des Gaulois étaient désertes , et les habitans, renfermés dans les villes fortes, ne pouvaient plus recueillir de grains que sur les terres encloses dans l'enceinte de leurs murs. Les légions, sans paie et sans vivres, sans armes et sans discipline, tremblaient à l'approche et même au seul nom des barbares.

Ce fut dans ces temps malheureux qu'on choisit un jeune prince sans expérience pour délivrer et gouverner les provinces de la Gaule, ou plutôt, comme Julien le dit luimême, pour représenter la vaine Image de la grandeur impériale. Son éducation sr élastique et solitaire l'avait beaucoup plus fumt-

> Ammien (in, 8). Ce nom semble dérive de la Toiandrie de Pline , et ou le trouve fréquemment répété dans les histoires du moyen âge. La Toxandrie était Un pays de buis et de marais , qui s'étendait depuis les environs de Tougres jusqu'au «influent du V allai et du Rnin. (Voyez Valesius, Notit. Gailiar., p. 558.)

' Le paradoie du père Daniel , qui prétendait que tes Francs n'avaient jamais obtenu d'établissement Axe sur ce cAté-ti du Rhin avant le régne de Clovis , est réfuté lréssavamment et avec beaucoup de bon sens par M. Biet, qui a démontré, par une chaîne de preuves évidentes, que les Francs ont possédé sans interruption laToiatulfie pendant cent trente ans avant l'avènement do Clovis. La dissertation de M. Biet a été couronnée par l'Académie de Soissons en 1736, et semble avoir obtenu une juste préférence sur )e discours de son célèbre concurrent , l'abbé le Bœuf, antiquaire dont le nom exprime essex heuieasement les lalens.

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(359 dep. SA:.) liarisé avec les livres qu'avec les armes, avec les auteurs de l'antiquité qu'avec les mœurs des hommes de sou siècle. 11 ignorait parfaitement l'art destructeur de la guerre et la science insidieuse du gouvernement. Quand il répétait gauchement quoique exercice militaire, qu'il ne pouvait pas se dispenser d'apprendre, il s'écriait en soupirant : < 0 Platon! Platon! quelle occupation pour un philosophe! > Cependant cette philosophie spéculative, méprisée de presque tous les hommes, livrés aux affaires, avait rempli l'imagination de Julien des exemples les plus respectables , et son urne des préceptes les plus généreux. Elle y avait empreint l'amour de la vertu , le désir de la gloire , et le mépris de la mort. L'habitude de. la tempérance et de la frugalité, si recommandées dans, les écoles, est bien plus essentielle encore dans la discipline sévère d'un camp. Julien ne. prenait de nourriture et de sommeil que ce qu'exigeaient les besoins de la nature. Rejetant avec dédain les mets délicats destinés pour sa table, il satisfaisait Bon appétit avec la ration grossière que recevait le moindre des soldats. Dans la Gaule, dorant l'hiver le plus rigoureux , il ne souffrait jamais qu'on allumât du feu dans la chambre où il couchait. Après avoir donné quelques instans au repos, il se levait souvent au milieu de la nuit de dessus un tapis étendu sur le plancher, soit pour une dépêche pressée, soit pour visiter ses rondes, ou pour ménager un moment à ses études favorites*. Les préceptes de cette éloquence, qu'il appliquait précédemment à des sujets de pure imagination, furent employés plus utilement à exciter ou à calmer les passions d'une multitude armée; et, quoique plus familiarisé, dès sa jeunesse, aux beautés du langage des Grecs, par la littérature et par la conversation, il avait cependant acquis une cone suffisante de la langue latine*. Jti-

i La vie privée de Julien dans la Gante , et la discipline sévère à laquelle H rtssujéltt, sont décrites par A m mien (m , 5) , qui lui prodigue «es louanges, et par Julien luimême qui affecte de ridiculiser (Misopogon,p.240) une conduite qui, daninn prince de la maison de Constantin, a

i Jdtrat latine quoque diaermti tufficiens ferma.

lien n'ayant jamais été destiné à occuper ni la place de juge, ni celle de législateur, il est probable qu'il s'était peu attaché à l'étude de la jurisprudence romaine; mais ses études philosophiques lui avaient donné un respect inflexible pour la justice , la connaissance des principes généraux d'évidence et d'équité, et la faculté de démêler avec patience les questions les plus embarrassâmes. Le succès de ses desseins politiques et do ses opérations militaires dépendait des circonstances et du génie de ceu\ auxquels il avait affaire. L'homme instruit qui manque d'expérience est souvent embarrassé dans l'application de la meilleure théorie ; mais il acquit cette science indispensable par la vigueur active de son propre génie , et par la sage expérience de Sallnste, qui s'attacha tendrement à un prince si digne d'être aimé. Cet officier, distingué par son mérite et par ■ sonrang, joignaità nue intégrité incorruptible l'heureux talent d'ôter à la vérité ce qu'elle avait de désagréable, sans jamais la déguiser '.

Des que Julien eut revêtu la pourpreà Milan, on l'envoya dans la Gaule avec une faible suite de trois cent soixante soldats. Dans l'hiver qu'il passa désagréablement à Vienne, au milieu des ministres que Constance avait chargés de diriger la conduite de son neveu , il apprit le siège et la délivrance d'Autun. Cette ville ancienne et vaste, dont les murs étaient en ruines et la garnison sans courage, fut sauvée par l'intrépidité de quelques vétérans qui reprirent les armes pour défendre leurs foyers. Eu partant d'Autun pour traverser les provinces gauloises , Julien saisit la première occasion de signaler son courage. A la tête d'un petit corps d'archers et de ca-

(Ammien, xvi, S.) Mais Julien, élevé dans les écoles de la Grèce, ne regarda jamais le langage des Romains que comme nn idiome vulgaire et étranger, dont il pourrait être obligé de se servir en certaines occasions.

< Nous ignorons la place qu'occupait alors cet excellent ministre, à qui Julien donna depuis la préfecture de la Gaule. La jalousie de l'empereur rappela bientdl Salluste; et nous pouvons encore lire un discours assez bien fait, mais pédanlesque (p. 240-252), dans lequel Julien déplore h perle d'un ami si précieux, auquel lise rccmmatl redevable de sa réputation. (Voyei la Bletterïe , préface de la Vie de Jovien , p. 20.)

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valerie pesante , il choisit de deux routes la plus courte mais la plus dangereuse, et, tantôt en évitant, tantôt en repoussant les barbares qui étaient maîtres de la campagne , il se rendit sans accident au camp près de Reims , où les troupes avaient ordre de s'assembler. La présence du jeune prince ranima le courage expirant des soldats, et ils marchèrent de Reims à la poursuite de l'ennemi, avec une confiance qui pensa leur être fatale. Les Allemands, qui connaissaient parfaitement le pays, rassemblèrent leurs forces dispersées, et , profitant d'une nuit obscure et pluvieuse, ils attaquèrent avec impétuosité l'arrière -garde des Romains. Avant d'avoir pu réparer le désordre inévitable dans celle surprise , Julien perdit deux légions , qui furent taillées en pièces , et il apprit par sa propre expérience que, dans l'art de la guerre, la vigilance et la conception sont deux préceptes împortans. Une seconde action plus heureuse rétablit l'honneur de ses armes; mais, comme l'agilité des barbares les mettait à l'abri de la poursuite , sa victoire ne fut ni sanglante ni décisive. Il s'avança cependant jusqu'aux bords du Rhin, et réfléchit, en contemplant les ruines de Cologne, sur les malheurs et sur les dangers de la guerre. A l'approche de l'hiver, il se retira mécontent de la cour, de son armée et de ses propres succès1. La puissance de l'ennemi n'était point ébranlée. A peine Julien avait-il séparé ses troupes et pris ses quartiers à Sens, dans le centre de la Gaule, qu'il fut environné et assiégé par une multitude de Germains. Réduit, dans cette extrémité, aux ressources de son propre génie , il suppléa , par sa prudente intrépidité, à la faiblesse de la ville et de la garnison ; et les barbares se retirèrent irrités de leur peu de succès, après trente jours d'efforts inutiles.

La satisfaction intérieure que Julien éprouvait de ne devoir sa délivrance qu'à son épée éiait empoisonné par la douleur de se voir abandonne et trahi de ceux qui, obligés par les lois de l'honneur et de la fidélité à le dé-

' Ammicn ( xn , 1 , 3 ) paraît plus eonlent de sa première campagne que Julien lui-même, qui avoue uai™menl qu'il n'a rien eie>.uté d'intéressant , ei qu'il a été I «roe te hfr devant ta ennemis. I

(S69 dep. J.-C.) fendre, méditaient peut-être secrètement sa destruction. Marceline, maître général de la cavalerie dans les Gaules, interprétait à la rigueur les ordres de la cour. Indifférent à la dangereuse situation de Julien , il avait défendu aux troupes qu'il commandait de donner aucun secours à la ville de Sens. Si le césar eut souffert en silence une insulte si dangereuse , sa personne et son autorité seraient devenues l'objet du mépris général; et, si cette action criminelle n'eût pas été punie, l'empereur aurait confirmé parla les soupçons que sa conduite passée envers les princesde la maison Flavienne n'avait que trop autorisés. On rappela Maroellus ', et le commandement lie la cavalerie fut donné a Sévère, qui joignait la valeur et l'expérience a la fidélité. Modeste et respectueux dans les conseils , actit et zélé dans l'exécution , il céda sans peine a Julien l'autorité supérieure que l'impératrice Eusebia lui fit enfin obtenir sur les armées de la Gaule*. On adopta pour la campagne suivante un plan sage d'opérations. Julien lui-même, a la tête du reste des vétérans et de quelques nouvelles levées que la cour avait permises, pénétra hardiment dans tes retraites des Germains. 11 rétablit avec soin les fortifications de Saverne, dont la position avantageuse pouvait également arrêter les incursions et la retraite de l'ennemi. D'un aulrc côté, Rarbation, général d'inTantorie, s'avançait de Milan avec une armée de trente mille hommes ; et, après avoir passé les montagnes, se préparait à jeter un pont sur le Rhin aux environs de Bàle. On devait s'aitendre que les Allemands , serrés des deux côtés par les armés romaines, seraient bientôt forcés d'évacuer les provinces de ta Gaule et s'empresseraient de marcher au secours de leur pays natal; maisl'espoirde la campagne fut perdu par l'incapacité, la jalousie, ou par les instructions mystérieuses de Rarbation ,

i Araniien (xn, 7.) Libanius parle plutôt ai ment des talena militaires de Mareellus (Oral, x, p. 272), et Julien bit entendre que l'empereur ne l'aurait pas rappelé si facilement , s'il n'y avait pas eu a la cour d'autres griefs contre lui, p. 278.

*Severus, non discors, non arrogant, led langé miitiitv frugatitate eomperhu ; et eum reete pnreuntrm teeutunu, utductortm nwrigerusmUes.(hataàsa, xvi iljZosin», I, in, p. 140.)

(35B dep. I.-C.) qui se comporta comme s'il eût été l'ennemi du césar et l'allié secret des barbares. On peut attribuer à son manque d'intelligence militaire, la facilité avec laquelle il laissa passer et repasser une troupe de bandits, presque devant les portes de son camp. Mais ta perfidie qui lui fit brûler un grand nombre de bateaux et toutes ses provisions superflues, dont l'armée des Gaules avait le plus grand besoin, est une preuve évidente de ses criminelles intentions. Les Germains méprisèrent on ennemi qui n'osait pas les attaquer, et la retraite ignominieuse de Barbalîon priva Julien d'un secours sur lequel il avait compté. JJ so rit abandonné à lui-même dans une position où il ne pouvait rester sans danger, et dont il était difficile de sortir sans honte '.

Les Allemands, délivrés de la crainte d'une invasion , se préparèrent a châtier le jeune Romain qui prétendait leur disputer la possession d'un pays auquel ils avaient droit par des traités , suites de la conquête. Ils employèrent trois jours et trois nuits à faire passer le Rhin à leur armée. Le féroce Chnodomar, secouant l'énorme lance dont il s'était victorieusement servi contre le frère de Mapente, conduisait l'avant-garde des barbares, et modérait, par son expérience, l'ardeur martiale qu'il inspirait par son intrépidité*. Il était suivi de six autres rois, de dix princes d'extraction royale, d'une nombreuse troupe de vaillante noblesse , et de trente-cinq mille des plus braves soldats de 'a Germanie. La confiance qu'ils avaient en enrs propres forces fut augmentée par la rahison d'un déserteur, qui déclara que le ésar occupait , avec une faible armée de reize mille hommes , un poste à environ injftmilles de leur camp de Strasbourg. Avec es forces si inférieures, Julien résolut de

1 Relativement à la Jonction projetée de Barbalîon avec itien, « à la retraite de ce général , voyez Ammien (m, 13, Orat. , p. 273).

- Ammien (m, 12) décrit avec son éloquence amxilrà la figure et le caractère de Cbnodomar. Audax fîdtns ingenti robore lacertorum , ubi ardorprœiperabatur imtnanù , equo spumante , sublimior, relus in jacuium formidanda vastitatit, armomque nitore conepietuu: antea tlremua et mile», Uiiis pntttr eartcrox duetor..., Dectntium cœsa- <n luperavit tvquo marte congrtstu*.

chercher etd'attaquër les barbares. Le hasard d'une action générale lui parut préférable à celui d'une multiplicité de combats, qui minaient sa petite armée sans rendre aucun service aux provinces qu'il voulait délivrer. Les Romains marchèrent serrés sur deux colonnes , la cavalerie à droite , et l'infanterie à gauche. Le jour était si avancé quand ils aperçurent les ennemis, que Julien proposa de différer la bataille jusqu'au lendemain, et de réparer par la nourriture et le repos les forces épuisées des soldats. Cédant néanmoins ensuite avec répugnance à leurs clameurs et à l'avis de son conseil, il exhorta ses troupes à justifier par leur valeur l'indocilité de leur impatience, qui, s'ils étaient vaincus, passerait pour de l'imprudence et de la présomption. Les trompettes sonnèrent ; lis cri de guerre fit retentir la plaine, et les deux armées s'élancèrent l'une contre l'autre avec une égale impétuosité. Le césar, qui conduisait lui-même l'aile droite, avait mis sa confiance dans l'adresse de ses archers et dans la force massive de ses cuirassiers; mais ses rangs furent rompus par un mélange confus de cavalerie et d'infanterie légère, et il eut la douleur de voir fuir six cents de ses meilleurs cuirassiers '. Julien , oubliant le soin de sa propre vie, se jeta au devant d'eux, et eu leur rappelant leur ancienne gloire, en leur peignant l'infamie dont ils allaient se couvrir, il parvint à les rallier et à les ramener contre les ennemis victorieux. Le combat entre les deux lignes d'infanterie était sanglant et obstiné. Les Germains avaient la supériorité de la force et de la taille, les Romains celle de ia discipline et du sang-froid; mais, comme les barbares , qui combattaient sous les drapeaux de l'empire réunissaient tous ces avantages , leurs formidables efforts, dirigés par un chef habile, décidèrent le succès delà journée. Les Romains perdirent quatre tribuns et deux cent quarante-trois soldats dans la mémorable bataille de Strasbourg , si glo-

i Après la bataille , Julien essaya de rétablir l'ancienne discipline dans toute sa rigueur , en exposant les fugitiA aux risées du camp , habillés en femmes. Ces troupes réparèrent leur taule et leur honneur dans ta campagne saivante.(Zosime,Lm,p. 142.)

rieuse pour le jeune césar* , et si heureuse

■j pour les provinces opprimées. Six mille Allemands perdirent la vie, sans compter ceux qui furent noyés dans le Rhin , on percés de dards tandis qu'ils tâchaient de te passer à la nage1. Chnodomar lui-même fut entouré et pris avec trois de ses braves compagnons d'armes qui avaient fait vœu de partager le sort de leur chef, et de ne pas lui survivre. Julien le reçut militairement, en présence d'un conseil composé de ses officiers ; et, lui montrant une pitié généreuse, il dissimula le mépris intérieur que lui donnait la basse soumission de son captif. An lieu de donner le roi vaincu des Allemands enspeclacle aux villes de la Gaule, le jeune césar lit un respectueux hommage à l'empereur de ce trophée de sa victoîre.Chnodomar reçut un traitement honorable ; mais l'impatient barbare ne survécut pas longtemps à sa défaite, à sa captivité etàson exil3. Lorsque Julien eut repoussé les Allemands des provinces du Haut-Rhin, il tourna ses armes contre les Francs, situés-plus près de l'Océan, sur les confins de la Gaule et de la Germanie, que leur nombre et plus encore leur valeur intrépide faisaient considérer comme les plus formidables des barbares *. Quoique très- a do nu es ait pillage, ils aimaient encore mieux la guerre ; ils la regardaient comme l'houneur et la félicité suprême du genre hu-

t J ulien lui-même (ad S. P. Q. Mhen., p. 279) parle de h bataille de Strasbourg arec la modestie d'un homme de

iûérite : E,u«^un/jrr u* «w« irmt usine tmm/.in

, Zo&ime la compare à la victoire d'Alexandre sur Darius, et cependant nous n'avons pu découvrir aucune de ces circonstances qui attestent le génie militaire d'un général , et qui (lient l'attention de la postérité sur la conduite et le succès d'une bataille.

2 Ammierj (in , 12). Ubanius augmente de deux mille le nombre ies morts {Oral, x, p. 274); mais ces faibles différences sont peu de chose en comparaison de soixante mule barbares que Zosime sacrifie a la gloire de son héros (l- m, p. 141). Nous pourrions accuser de cette extravagance la négligence des copistes , si cet historien crédule ou partial n'avait pas converti l'armée des Allemands, qui n'était que de Iresle-cinq mille combattant, en une multitude innombrable de barbares, rtutij «bii^si )îa.jC*(tii. Nous serions coupables, après cette découverte , de donner trop légèrement notre confiance i de semblable) récits.

3 Ammirn, ivi, 12; Libnnïus, Orat,*, p. 276.

* Ubanius (Orat, ni, p. 157) mit un portrait frappant des mœurs des Francs.

(359 dep. J.*C;) main. Leurs âmes et leurs corps <éttne»t'si parfaitement endurcis par une octrvité continuelle, que, selon la vive expression d'un orateur, les neiges fie l'hiver avaient- niant de charmes pour eux que les fleurs du printemps. Dans le mois de décembre qui suivît la bataille de Strasbourg, Julien attaqua six cents guerriers de cette nation , qui S'étaient jetés dans deux châteaux snr'la Meuse '.-Au milieu de cette dure saison, ils soutinrent avec une constance indomptable un siège de cinquante-quatre jours. Épuisés par la fairn, et convaincus que la vigilance avec laquelle l'ennemi rompait les glaeestfe kl rivière ne leur laissait aucun espoir do s'e~cliupper , tes Francs consentirent , pourra première fois , à se dispenser de Taifcicnne loi, qui leur ordonnait de vaincre on de mortrir. Julreti envoya immédiatement ses captifs- à M*onr de Constance; l'empereur les aecéptir comme un présent précieux *, et les incorpora' dans l'élite des gardes de son palais. La résistance opiniâtre de cette poignée - de- Francs -fit prévoir à Julien les difficultés de l'expédition qu'il se propesait d'entreprendre nu ■ commencement du prlniemps contre le corps entier de la nation. Sa rapide diligence surprit et déconcerta l'activité des barbares; ordonnant à ses soldats de s'approvisionner de biscuit pour vingt jours, il planta- Ses- fentes auprès de Tongres, tandis que les ennemis le croyaient encore dans ses quartiers tic Purts , dans l'attente des convois qui arrivaient lentement de l'Aquitaine. Sans -donner aux Francs le temps de se réunir ni délibérer, il étendit sagement ses légions depuis Cologne jusqu'à l'Océan ; et , par la terreur autant que par le succès de ses armes, il réduisit bientôt les tribus suppliantes a implorer la

1 Aramien , xvii , 2 ; Libanius Orat. x , p. 27S. L'orateur grec, en interprétant mal un passage de Julien , représente les Francs comme une troupe de mille combat - Uns; et, comme il avait la tête remplie de ta guerre da Péloponnèse, il les compare aux Lscédénw Biens qui furent assiégés et pris dans llle de Sphacterie.

1 Julien.aW S. P. Q. Jthen., p. 280;Unanh«, Ont. t, p. 278. Selon l'expression tle Libanius, l'empereur, Su* x «v«& ,ceqielaBlellerle<ViedeJulieii,p.tf8)regarde comme un areu naïf, et Valesins (ad Jmniam., xvn , 2 ) comme un détour pour obscurcir la vérité. Dom Bouquet (Historien de France, 1. 1, p. 733), en substituant un mot, évite tu difficulté en changeant le sens du passage.

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PAR EDi GIBBON. CHAP. XIX.

démence et à- subir la loi de leur vainqueur. Les Chaewves se retirèrent doci lement dans leurs anciennes habitations au-delà du Rhin; mai» les Saliens conservèrent leur nouvel établissement de Toxandrie, comme sujets et auxiliaires de l'empire romain '. Le traité fut ratifié par des sermens solennels, et on nomma des inspecteurs pour résider parmi lesFnmos , et faire exécuter strictement les conditions. On rapporte une anecdote intéressante par elle-même, et qui ne dément pas le caractère que l'on donne à Julien. 11 arrangea et conduisît ingénieusement jusqu'à l&fin cette espèce de tragédie. Quand les Cuamaves demandèrent la paix , il exigea.lefilade leur roi pour otage, comme le seul qui pût mériter sa confiance. Un silence lugubre, interrompu par des larmes et de longs gémissemens, peignît d'une manière expressive l'embarras et la douleur des barbares. Leur chef, vénérable par ses cheveux blancs, déplora dans un discours pathétique sa perte personnelle , qui devenait une calamité publique. Tandis que les Chamaves restaient prosternés aux pieds du trône , le jeune prince captif, dont ils pleuraient la mort, parut devant eux. Dès que les transports bruyans de la joie furent assez apaisés pont^n'on pût s'entendre, le césar leur tint le- discours suivant : ■ Contemplez Le prince » qui faisait couler vos larmes, c'est par votre

* faute que vous l'aviez perdu ; Dieu et les

> Romains vous le rendent. Je le garderai ,

* j'élèverai sa jeunesse, plutôt comme un mo-

> miment de ma propre vertu que comme » . un > gage de votre sincérité. Si vous violez

* la foi que vous m'avez jurée , les armes de

> la .république vengeront votre perfidie sur i les coupables, et non pas sur l'innocent. » Les barbares se retirèrent pénétrés de reconnaissance et d'admiration '.

lAounien, mi,S;Zosimc, l.œ, p. 146-J60. Son récit eetob&urri par uu mélange Je ihbfes; {ad

S.P.Q).U4illit9tto(*fimtftnittvf*r'niX**inl (Bm

X*p*&*< ti ip%\trn.OSAn différence sert 4 confirmer que te* Francs Salîtes obtinrent la permission de conserver leur ëtstssneaHM dans la Toiandrie.

• 2 Ennapa (« Bxeerpt ttgatûmian, p. tS , 17) raconte e«tte rofitwre tefceutirtc, qneZ»sime a abrégée, et il l'orne de tonte Uaptiacalion d'un rhéteur grec ; mais le silence de Lihuùis, d'Ammien et de Julien hn même, rend ce rttsVM eeûeu.

Ce n'était pas assez pour Julien d'avoir chassé des Gaules les barbares de la Germanie, il aspirait à imiter ou à surpasser les premiers et les plus illustres des empereurs. A leur exemple, il composa ses commentaires de la guerre galiique ». César a raconté avec orgueil la manière dont il passa deux fois le Rhin. Julien pouvait se vanter qu'avant de prendre le titre d'auguste il avait conduit les aigles romaines au-delà de ce fleuve, dans trois expéditions également couronnées de succès \ La consternation des Germains, après la bataille de Strasbourg , encouragea sa première tentative ; et la répugnance des troupes céda bientôt à l'éloquence persuasive de leur commandant, qui partageait les fatigues et les dangers qu'il imposait à ses soldats. Les villages des deux côtés du Hein, abondamment approvisionnés de grains et de troupeaux, essuyèrent tous les maux qui accompagnent l'invasion d'une année. Les principales maisons, construites avec quelque imitation de l'élégance romaine furent la proie des flammes; et le césar, avança hardiment l'espace de dix milles ; mais il fut arrêté par une forêt sombre et impénétrable, minée de passages souterrains qui menaçaient à chaque pas l'assaillant d'embûches secrètes, et la terre était déjà couverte de neige. Julien, après avoir réparé un ancien château bâti par Trajan, accorda une trêve de dix mois aux barbares consternés. A l'expiration de la trêve, Julien entreprit une seconde expédition au-delà du Rhin, pour humilier l'orgueil deSurmaret d'Hortaire, deux rois qui avaient combattu à la bataille de Strasbourg. Ils s'étaient engagés à rendre tous les prisonniers romains qui existaient encore ; et le césar s' étant procuré dans les villes et dans les villages de la Gaule une liste exacte des habitans qu'ils avaient perdus, découvrait toutes les tentatives qu'on faisait pour le tromper,

' Libanius,amide Julien, donne clairement à entendre (Orat. rr, p. 178) que son héros a écrit une histoire de ses campagnes dans ta Gaule-, maisZosime (1. m, p. 140) parait n'avoir puisé sa relation que dans les Oraisons (\ayii)a danslesfipttresde Julien. Le discours adressé aui Athéniens contient nn récit exact de la guerre contre les Germains.

> Voyez Ammien.rm, 1,10'; xvm 2; et Zosime, L ni, p. M.; Julien, ad S, P. Q. Jthen., p. 280.

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avec nue promptitude ei une facilité qui lui donnèrent presque la réputation d'être doué d'une intelligence surnaturelle. Sa troisième expédition tut encore plus brillante etplus utile que les .deux précédentes. Les Germains avaient rassemblé toutes leurs forces, et longeaient les bords opposésdela rivière, dans le dessein de détruire le pont , et de s'opposer au passage des Romains; mais ce sage plan de défense fut déconcerté par une savante diversion. Trois cents soldats armés à la légère, distribués dans quarante petits bateaux, descendirent la rivière en silence, et eurent ordre de débarquer à une petite distance des postes de l'ennemi. Ils l'exécutèrent avec tant d'audace et de célérité, que les chefs des barbares, plongés dans la sécurité de l'ivresse , furent sur le point d'être surpris an retour d'une fête nocturne. Sans répéter les horreurs monotones et affligeantes du carnage et de la dévastation, il suffira de dire que Julien dicta ses, conditions de paix à six des plus puissans rois des Allemands. On permit à trois d'entre eux de contempler l'a sévère discipline et la pompe martiale d'un camp romain. Suivi de vingt mille captifs délivrés de leurs chaînes, le césar repassa le Rhin, après avoir terminé une guerre dont le succès a été comparé aux célèbres victoires remportées sur les Cimbres et sur les Carthaginois. Dès que Julien, par sa valeur et par son intelligence, eut assuré un intervalle de paix, il occupa son loisir d'un ouvrage plus satisfaisant pour son humanité et sa philosophie. Les villes de la Gaule dévastées par les barbares furent promptement réparées. Julien fit reconstruire et fortifier sept postes importans entre Mayence cl l'embouchure du Rhin1. Les Germains vaincus s'étaient soumis à la juste et humiliante condition de préparer et de transporter les matériaux. Le zèle actif

i Annotai, mu, 2 ; Libanios, Oraf. x, p. 279, 280. De ces sept postes, quatre sont aujourd'hui des villes assez considérables, Bingen, Andernacb, Bonn, etNuyss. Les trois autres, Tricesima;, Quadriburgium, et Castra Hcrculis on Héraclee , ne subsistent plus ; mais il j a lieu de croire que, sur le terrain de Quadriburgtuni, les Hollandais ont construit le fort de Sehenk, dont le nom blessait si violemment l'oreille délicate de Botleau. ( Voyez d'Anvilk, Notice de l'urémie Gaule, p. 183; BoiLeau , éplire «y et les notes.)

(369dep. J.-C.)

de Julien pressa l'ouvrage; et tel était l'esprit qu'il avait répandu parmi ses troupes, que les auxiliaires, renonçant a l'exemption des travaux, entreprenaient les pins Jnitigans avec ardeur , et les exécutaient avec autant d'activité que les soldats romains. Les soins du jeune césar ne se bornèrent point à la sûreté des peuples et des garnisons; il fallut encore pourvoira leur subsistance. La désertion des uns et In révolte des antres auraient été la suite funeste et inévitable d'une famine. La culture des provinces gauloises avait été interrompue par les calamités de la guerre; mais les soins paternels de Julien firent suppléer l'abondance de l'Ile voisine à la disette du continent.. Six cents barques, construites dans la forêt des Ardennes, revinrent plusieurs (ois des cotes de la Grande-Bretagne chargées de grains, et les distribuèrent dans les villes et les forteresses situées sur les bords du Rein *. Les victoires de Julien rendaient à la navigation la sûreté que Constance avait offert d'acheter par le tribut annuel et honteux de deux mille livres d'argent- L'avarice de l'empereur refusait à ses soldats les sommes que sa lâche timidité accordait aux barbares ; et Julien eut besoin de toute son adresse et de Mute sa fermeté quand il ouvrît la campagne avec une armée qui, pendant les deux dernières oampagnes,n'avait reçu ni paie ni gratification*. Le soin du bonheur et de la paix de ses sujets réglait ou semblait régler l'administration de Julien*. Il s'occupait, pendant ses quartiers d'hiver, du gouvernement civil, etftffectRft de préférer aux fonctions de général celles de magistrat. En entrant en campagne , il remit

> Nous pouvons en croire Julien lui-même {Oral, ad S. P. R. jtthen... p. 280). Il fait un récit très-ci rconstanciô de celte expédition. Zosime ajoute deux cents vaisseaux de plus (1. m, p. J4S). En évaluant le ponde cteeun des six cents vaisseaux à soiiante-dii tonneaux , ils pouvaient en exporter quarante-deux mille. (Voyex les poids et mesures d'Arbulhnot, p. 237.1 Le pays qui pouvait supporter une pareille exportation, devait avoir atteint à un haut degré de culture. \

i Les troupes se mutinèrent au moment où elles allaient passer le Rhin pour la seconde fois. (Ammieu,

, J;Mamerlius,bt Panrgfr.

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(360 dep. J.-C.) aux gouverneurs des provinces les causes publiques et particulières qui avaient été portées à son tribunal ; mais, à son retour, il examina soigneusement toutes leurs procédures, adoucit la rigueur de la loi, et prononça sou jugement sur la conduite des juges. Supérieur à la faiblesse des hommes vertueux, dont le zèle ardent pour la justice est trop souvent poussé jusqu'à l'indiscrétion, il réprima par une réponse pleine de sagesse et de dignité, la chaleur d'un avocat qui accusait de concussion le président de la province narbonnaise : S'il ne faut que nier, s'écria Delpbidius avec véhémence, qui jamais tera \rouuè coupable? El s'il suffit d'affirmer, répondit Julien, qui jamais tera déclaré innocent ?

Dans l'administration générale de la paix et de la guerre, l'intérêt du souverain et celui de ses peuples est ordinairement le même; mais Constance se serait ern violemment offensé , sî les vertus deJulien l'eussent privé de la moindre partie du tribut qu'il arrachait à une province épuisée. Le prince qui portail les ornemens de la royauté pouvait quelquefois prétendre à corriger l'insolente avidité des agens inférieurs, a éclairer leurs artifices, a introduire une répartition et une collecte plus égale et plus facile ; mais, d'après les sentimens de Constance, l'administration des finances était bien plus sûrement remise entre les mains de Florentius, préfet du prétoire des Gaules, tyran efféminé, également incapable de remords et de compassion. Ce ministre orgueilleux se plaignait hautement de la réclamation la plus modeste, tandis que Julien se reprochait à lui-même la faiblesse de son opposition. Le césar avait rejeté avec horreur l'édit d'une taxe extraordinaire, pour laquelle le préfet lui avait demandé sa signature; et le tableau frappant de la misère publique, qu'il avait été forcé de faire pour justifier son refus , offensa la cour de Constance. On lira sans doute avec plaisir les sentimens de Julien, exprimés avec chaleur et liberté dans sa lettre adressée à un de ses intimes amis. Après lui avoir exposé sa conduite, il continue en ces termes : « Etait-il possible à un disciple d'Ans- # lotc et de Platon de se conduire autrement?

> Pouvais-je abandonner les malheureux

> sujets confiés à mes soins? N'étais-je pas

> obligé de les protéger contre ces voleurs » impitoyables? Un tribun qui déserte de son

> poste est puni de mort et privé des lion-

> neurs de la sépulture. Comment oserais-jc

• prononcer sa sentence, si an moment du » danger je négligeais un devoir plus sacré

> et plus important? Dieu m'a placé dans ce

> poste élevé; sa providence sera mon guide

> et mon. soutien. Si je suis condamné à

> souffrir, je trouverai ma consolation dans

> la pureté de ma conscience. Plût au ciel

> que j'eusse encore un conseiller comme

> Salluste! Si on juge à propos de ni 'envoyer » un successeur, je me soumettrai sans re-

> gret; et j'aime mieux faire le bien à mes

• risques pendant quelques instans, que » d'être long-temps coupable avecimpuf nité '. » L'autorité précaire et dépendante de Julien faisait briller ses vertus et cachait ses défauts. Le jeune héros qui soutenait dans la Gaule le trône de Constance, n'était pas autorisé a réformer les vices dn gouvernement; mais îl avait le courage de soulager ou de plaindre le malheur des peuples. La paix ou même la conquête de la Germanie ne pouvait pas lui donner un espoir raisonnable d'assurer la tranquillité publique, à moins qu'il ne parvint à ranimer l'esprit martial des Romains , ou a policer les nations sauvages, et a introduire chez elles les arts et l'industrie. Cependant les victoires de Julien suspendirent un peu les invasions des barbares, et retardèrent la chute de l'empire d'Occident. Il rétablit la paix et la sécurité dans les villes de la Gaule qui étaient depuis si long-temps déchirées par les discordes civiles, par les barbares, et par la tyrannie. On vit renaître l'esprit d'industrie avec l'espoir de la jouissance. L'agriculture, les manufactures et le commerce Qorissaient sous la protection des lois, et les charges municipales furent remplies par des hommes utiles

lAmmien, ivu, 3; Julien. Epist. n, Mit Spiaheim. Une telle conduite juslille presque l'éloge do Mamcrtius. lia UU asmi spatia divisa suât, ut aut barbares domitet, aut civibas jura restituai; pcrpetuum professas, aut contra hostem, aut contra vitùi, cer* tamen.

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AU

DECADKNCE DE L

et respectables. La jeunesse ne rejetait plus le mariage, et les ménages n'étaient plus désunis par la crainte d'une postérité. Les fêtes publiques et particulières se célébraient avec la pompe ordinaire, et la libre circulation des provinces présentait l'image du bonheur national ' .'Une âme comme celle de Julien devait jouir délicieusement de la prospérité dont il était l'auteur; mais il avait une affection particulière pour la ville de Paris ', où, durant l'hiver, il faisait sa résidence. Cette superbe capitale, qui comprend aujourd'hui un terrain immense sur les deux rives de la Seine, n'occupait alors qu'une petite Ile au milieu de la rivière qui fournissait une eau pure et salutaire à ses habitans. La Seine baignait le pied des murs , et on ne pouvait entrer dans la ville que par deux ponts de bois. Une épaisse forêt couvrait le nord de la rivière; mais le sud, qui porte aujourd'hui le nom de Quartier Latin, fut insensibtementbatictorné d'un palais, d'un amphithéâtre, d'un aqueduc, de bains, et d'un champ de Mars pour exercer les troupes. La rigueur du climat était tempérée par le voisinage de l'Océan; et, avec quelques précautions que l'expérience avait enseignées, la vigne et les figuiers s'y cultivaient avec succès. Dans quelques hivers, la Seine glaçait profondément, et les énormes morceaux de glace qui flottaient sur ses eaux auraient pu être comparés par un Asiatique aux blocs de marbre blanc que l'on tirait des carrières de la Phrygie. La licence et la corruption d'Àntioche rappelèrent au souvenir de Julien les mœurs simples et austères de sa chère Lutêce', où les théâtres et leurs spectacles étaient inconnus et méprisés. 11 comparait avec indignation les Syriens effé-

'Libanius, Orat. Parental, in Imper. Jalian., t. 38, tu Fabricu Grœc. B'Miothcc, t. vu , p. 203 , 264.

' Yoiei Julien, in Misopogon, p. 34 ,341. L'ancienne situation de Paru est décrite par Henri Valeslus (adJnunian, xi, 4), par sou frère Adrien Valesius, ou de Valois, et par M. d'Anrille, dans leurs Notices sur l'ancienne Gaule ; par l'abbé de Longuerue, Description de la France, L i, p. 12, 13; el par M. Bouami, dans les mémoires de l'académie des Inscriptions, tt, p. 656-691.

' T« «ijk.1 aiuij)i*t, Julien, in IWsopogon, p. 340. LcuceUa uu Lutetia , était l'ancien nom de ta cilé qui, dans le quatrième tiède, prit celui de Parisii.

EMPIRE ROMAIN, (HOdep. ***&]

minés, à l'honnête et brave rusticité i des Gaulois , auxquels il ne connaissait d'autre vice que l'intempérance, qu'il était tenté de leur pardonner'. Si Julien revenait aujourd'hui dans la capitale de la France, il y trouverait des hommes savans et des génies capables d'entendre et d'instruire un disciple des Grecs. Il excuserait sans doute les vives et gracieuses folies d'une nation dont les jouissances du luxe n'ont jamais énervé l'esprit martial ; et il serait forcé d'applaudir à b perfection de cet art précieux qui adoucit, épure et embellit le commerce delà société.

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