CHAPITRE XX
Molifa, progrès, et effets de la conversion de' Conalanitn. Etablissement et constitution de l'Eglise chilienne ou catholique.
L'établissement public de la foi chrétienne peut être regardé comme une de ces importantes révolutions qui excitent la curiosité la plus vive, et qui offrent la plus utile instruction. Les victoires et la politique de Constantin n'intéressent plus l'état de l'Europe, mais une portion considérable du globe conserve les impressions qu'elle u reçues par la. conversion de cet empereur; et ses institutions ecclésiastiques sout encore liées, par une chaîne indissoluble, aux opinions, aux passions etauxintéréts de la génération présente.
En réfléchissant sur un sujet que l'on peut discuter avec impartialité , mais qu'on ne peut examiner avec indifférence, il s'élève d'abord une difficulté d'une espèce singulière ; celle de fixer l'époque réelle et précise de la conversion de Constantin. L'éloquent Lactance, au milieu de la cour impériale1, parait impatient d'annoncer a l'univers le glorieux exemple du souverain des Gaules , qui , d£s
■ Julien, in Misopogon. p. 359, 380.
* La date des Institutions divines de Lactaiwc a été savamment discalée; on a proposé des difficultés et des solutions et imaginé l'expédient de deux éditions originales , '» no publiée durant UpcreéeutH» de Dioctétien, et à'autre pendant la persécution de Lidnius. ( Voyez DufWnoi , Prénice, p. S; Tfliemont, Mém. ecclésiast. , L n, p. 465- 470-, Lardner, ses Probabilités, part, n, t. m, p. 76-86.) Quant a moi , Je suis presque convaincu que Lactanoe a dédié ses institutions au souverain de la Gaule, riaas le temps ou Galéro , Maxime et même Licinks persécutèrent tes chrétiens, c'est-à-dire entre l'année 398 « 311. •
dbyGoogle
tfïMep. J.-C.) le* premiers jours de son règne, reconnut et adora la majesté du seul et vrai Dieu1, Le savant Eusèbc attribue la foi de Constantin au signe miraculeux qu'il aperçut dans le ciel, lorsqu'il préparait son expédition d'Italie*. L'historien Zosime assure malicieusement que l'empereur avait trempé ses mains dans le sang de son ni» aîné, avant de renoncer aux Dieux de Rome et de ses ancêtres *. Constantin a donné Heu lui-méjne, par sa conduite, aux doutes que font naître ces différente» autorités. Selon la rigueur du langage ecclésiastique , le premier des empereurs chrétiens ne mérita ce nom qu'au moment de sa inort , puisque ce fut dans sa dernière maladie que, comme cathécu.mène , il reçut l'imposition des mains*, et qu'on l'admit ensuite au nombre des fidèles par la cérémonie d'un baptême initialoire*. On doit accorder à la foi de Copstantin un sens plus vague et moins complet , et ce n'est que par la plus
i Latfcince, Divin. Institut., L i, tu, 27. Le premier et le plus important de ces passages est omis à la vérité dans vingt-huit manuscrits; mais 1) se trouve dans dixneuf. Si nous balançons l'autorité respective de ces manuscrits, bous pouvons citer en faveur du passage un manuscrit de neuf cents ans, qui est dans la bibliothèque du roi de France; mais ce même passage ne se trouve point dans le manuscrit correct de Bologne, que le pire Montfeucon suppose écrit dans le sixième ou septième siècle (Mortum/fate., p. 409). La plupart des éditeurs, excepté Isaus , y outreeoauù le style de Lactaace. (Voyez LaeUtnce, édil. Dufrénui, 1. 1, p. 506.) a Euseb., in m. Constant., 1. 1, c. 27-32. 3 Zosim. , 1. u , p. 10).
* On observait toujours cette cérémonie en faisant un catéchumène ( Voyex les Antiquité* de Binghaju , 1. x , e. t,p. 419; Dora Chardon, Hiat. des Sacremeqs, lom.i, p. 63} -, el Conslanliu s'y soumit pour la première Ibis injroédialemenl avant son baptême et sa mort. (Eusèb. , in Hl.Constant., I.iv, e. Cl.) D'après la liaison de ces deux bits , Valetius (ad toc. Euseb.) lire une conclusion que TiUemont admet arec répugnance (Hisl. des empereurs , t. tr , p. 628) , et Mcsheini la réfute par des argumens très-faibles , p. 968.
'Euseb. tnFit. Constant., Lit, t. 61, 62,63. La légende du baptême de Constantin a Kome.tretee ans avant samwt.t été fabriquée dan s le huitième siècle, pour servir de mottf ù m donation. Tel a été le progrès graduel des lumières qu'une histoire que le cardinal Baronîus n'a pas eu honte d'animer (Annal, eedésiast., A. D. 324, n° 43- 49) , passe aujourd'hui pour peu certaine, même a Rome. (Voyez ha Antiquités chrétiennes, l. i, p. 232). Cet ouvrage a été publia à Rome avec six approbations , dan» l'anaét 1741, par le père Mamachi , savant, dominicain.
43fi
sévère exactitude que. Ton peu donner une juste idée des gradations lentes et imperceptibles qui ont conduit le monarque àse déclarer le protecteur, et enfin le prosélyte de l'église. U lui fallut du temps pour renoncer aux habitudes et aux préjugés de son éducation , pour reconnaître la toute-puissance divine du Christ, et pour comprendre que la vérité de sa révélation était incompatible avec ie culte des dieux. La peine qu'il eut sans doute a vaincre ses propres seniimens lui apprit à préparer avec circonspection le changement du culte national. Pendant tout le cours de son règne , la foi chrétienne se multiplia dans une progression modérée ; mats elle fut quelquefois passagèrement arrêtée par des circonstances politiques, par la prudence, et quelquefois peut-être par le caprice du souverain. Il permettait à ses différens ministres d'annoncer ses ordres dans le style qui convenait le mieux à leurs principes1, et il balançait avec art la crainte et l'espoir de ses sujets, en publiant dans la même année deux (Mils, dont l'un recommandait d'observer religieusement le dimanche*, et l'autre réglait les cérémonies qu'il fallait observer en consultant les aruspices1. Aussi long-temps que cette importante révolution restait incertaine , les chrétiens et les païens examinaient la conduite de Constantin avec une inquiète attention mais avec des dispositions bien différentes : les uns , par un mouvement de zèle et de vanité , exagéraient les preuves de sa faveur et l'évidence de sa foi ; les autres , au contraire , jusqu'au moment ou leurs craintes se changèrent en haine et en désespoir, tachaient de cacher au public,
t Le questeur qui a rédigé ta loi du Code Théoilosiert , fait dire à sou raattro avec indifférence : Hominihxs **pradir.ùv religioiùi {\.vn,\. u, leg. l).Le miuislredes affaires ecclésiastiques écrivait d'un style plus respectueux et plus dévot: iw itSuju* ni *ymTiT»f uIimim Sf.Mfu.i ? le Ugal et tris-saint culte catholique. (Voyez Eusèbe, Hist. ccclcsiast., 1.x, c.)
a Cod. Tlieoiios., 1. u , tit. vm , leg. 1. Cod. de Jurtlnlen.l. tu, lit. xii.leg. 3. Constantin appelle le jour du Seigneur, diesSolis. Ce nom ne pouvait pas blesser tareille de ses sujets païens.
a Cod. Théod., 1. in, Ut. X, teg. 1. Godefroy, en qualité de commentateur , tâche ( t . vi , p. 257) d'excuser Constantin; mais Baronius, plus zélé (Annal, eceléafast., A. D. 32), n" 18) , blâme sa conduite avec aigreur.
et de sr dissimuler à eux-mêmes que les dieux de Rome ne pouvaient plus compter le chef de l'empire au nombre de leurs adorateurs. Chacun d'eux, se livrant à ses passions et à ses préjugés différens , fixait la profession de foi de Constantin a la plus brillante ou à la plus honteuse époque de son règne.
Quelques indices que les discours ou les actions de Constantin aient pu donner de sa piété chrétienne, il n'eu persévéra pas moins jusqu'à l'âge d'environ quarante ans dans la pratique de l'ancienne religion ' ; et cette conduite qui, dans la cour de Nicomédie, pouvait être motivée par ses craintes, doit être regardée comme la volonté libre ou politique du souverain des Gaules. Il rétablit les temples des dieux, et les enrichit de ses libéralités. Les médailles frappées dans ses monnaies impériales étaient toujours empreintes des figures et des attributs de Jupiter et d'Apollon , d'Hercule et de Mars , et sa piété filiale augmenta le conseil de l'Olympe par l'apothéose de son père Constance*. Mais Constantin avait une dévotion particulière pour le génie du soleil, l'Apollon de la mythologie grecque et romaine. Il aimait à se voir représenter avec les symboles du dieu delà lumière et de ta poésie. Les flèches redoutables de cette divinité, le feu de ses regards , sa couronne de lauriers , sa beauté immortelle et toutes ses perfections semblaient le désigner pour le protecteur d'un jeune héros. Les autels d'Apollon furent souvent couverts des magnifiques offrandes de Constantin. La multitude crédule se laissait persuader que l'empereur avait eu l'honneur de contempler la majesté visible de leur dieu tutélaire, et qu'il en avait reçu l'heureux précage d'un règno long et victorieux. On adorait universellement le soleil comme le guide
< Théodore (l. i , e. 18) insinue qu'Hélène fit ékrer «on fila dans la religion chrétienne; oui* dom pornos ccrliOcr, d'après l'autorité d'Eusibe (i*ru. Contt.,l.m, r. 47) qu'Hélène elle-même n'eut cOBUUauee da christianisme que par les «oins de Constantin,
> Voie* les médailles de Constantin dus Boemge et Banduri.Comine peu de villes traieut conseille privilège de battre monnaie , presque toule» les médailles s ottatant de U monnaie qui était immédiatement sons l'autorité Impériale.
(359 dep. J.-U) et le protecteur invincible de Constantin , et les païens pouvaient raisonnablement croire que le dieu , irrité contre son favori , ferait éclater sa vengeancesur son ingratitude et son impiété'.
Tant que Constantin n'eut dans les Gaules qu'Un pouvoir limité, ses sujets chrétiens furent protégés par l'autorité , et peut-être par les lois d'un prince qui laissait sagement aux dieux le soin de venger leur injure. Si nous pouvons en croire Constantin lui-même , il avait été témoin avec indignation des horribles cruautés que les soldats romains exerçaient sur des citoyens dont la religion faisait tout le crime '. Dans. l'Orient et dans t'Occicident, il avait été a même de connaître les difTérens effets de l'indulgence el de la sévérité. L'exempte de Galère, son implacable ennemi, lui rendait la dernière plus odieuse , et il était invité à la première par l'autorité de son père, qui, au moment dé la mort, lui en avait recommandé l'imitation. Le fils de Constance suspendit immédiatement, ou annula les édits de persécution ; tous ceux qui s'étaient déjà déclarés membres de l'église obtinrent le libre exercice de leurs cérémonies religieuses; et ils eurent bientôt lieu de compter également sur la faveur et sur la justice de leur souverain , qui commençait à sentir secrètement un respect sincère pour le nom de Christ et pourleDieu des chrétiens *.
Environ cinq moisaprès la conquête de l'Italie , l'empereur fit de ses senti mens une déclaration solennelle et authentique, par le fameux édit de Milan, qui rendit la paixà l'église catholique. Dans l'entrevue des deux princes de l'Occident, Constantin, par l'ascendant
i Le Panégyrique d'Eumène (vu , iiiter Ptmegjrr. Fct.', «.ul Tut prononcé peu de mois avant la guerre d'Italie, est un* ' preuve évidente de la superstition paient de Constantin, et de sa vénération particulière pour Apollon ou ie-SoMl. Julien y fait allusion, Orat. tu, p. 28, «tiiuhi oi.(Voj. les Commentaires deSpanheira sur les César*, p. 3170
' Constantin. , Orat, ad Stmctnt, c. 15; mail II serait bdle de prouver que le traducteur grec a amplifié le sens de l'original latin ; el l'empereur, dans u vieillesse, pouvait se rappeler la persécution de Diodétien avec une horreur plus vive qu'il k l'avait sentie, lorsqu'il était jeune et professait encore le paganisme,
■ Vojea- Eoseb., HIsl. eceleslast.,1. nn, I3;l. n,0; et dans la Vie de Constant., I. i, c. 10, 17. faclanc, Divin, lnst. , t. i , CaxiHus , de Sort, prrscnut. , c 25.
dbyGoogle
(333 dcp. J.-C.) do sa puissance et de Bon génie, obtint l'approbation de Licinius ; leurs noms et leur autorité réunis désarmèrent la fureur de Haximîn ; et, après la mort du tyran de l'Orient, l'édit de Milan Tut reconnu pour loi fondamentale dans tout le monde romain '. La sagesse des deux empereurs opéra la restitution des droits civils et religieux dont on avait si injustement privé les chrétiens. On ordonna que sans discussion, sans délais et sans frais, ils seraient remis en pleine possession de leurs églises, et des terres qui avaient été confisquées. Cette injonction rigoureuse fut adoucie par la promesse d'indemniser , sur le trésor impérial , ceux qui auraient payé la valeur de leurs acquisitions. Les sages règlemens relatifs a la future tranquillité des fidèles sont fondés sur les principes d'une vaste et égale tolérance, el cette égalité devait être regardée , par une secte faible et nouvelle, comme une distinction avantageuse et honorable. Les deux empereurs déclarent à l'univers qu'ils accordent aux chrétiens et à tous autres la liberté de suivre et de professer la religion qu'ils préfèrent, que leur cœur leur dicte, ou qu'ils trouvent plus conforme à leur inclination. Ils expliquent soigneusement tous les mots susceptibles d'ambignité, rejettent toute exception, et ordonnent aux gouverneurs des provinces de se conformer strictement au sens clair et simple de l'édit, par lequel ils prétendent établir et assurer, sans aucune restriction , les droits de la liberté religieuse. On trouve dans l'ordonnance le détail des poissons motifs de cette tolérance universelle, le désir bienfaisant de rendre le peuple heureux et tranquille, et le pieux espoir d'apaîscr par cette conduite et de rendre propice le Dieu qui siège dans le ciel. Les empereurs déclarent avec reconnaissance qu'ils en ont déjà reçu les plus précieux bienfaits, et espèrent qu'il continuera d'assurer, par sa protection, la prospérité du prince et dussujeude l'empire. Ces expressions vagues de piété dorment Heu à trois suppositions, qui,
'Cxcitùti (<fe Mort. perseciU., e. 48) a suivi l'original latin, cl Ëusèbe (HUl. cédés., 1. 1, e. S) ■ donné une Induetkn grecque de cet édil perpétuel qui renvoie a des réglenie ns provisoires.
quoique d'une nature différente , ne sont pas incompatibles. L'esprit de Constantin flottait peut-être encore entre la religion païenne et celle des chrétiens. En suivant les complaisantes opinions du polythéisme, il pouvait reconnaître le Dieu des chrétiens pour une des divinités qui composaient la hiérachie céleste, on il croyait peut-être, comme certains philosophes amis de l'humanité, que, malgré la différence des noms, des idées et des cérémonies , tous les hommes adressent également leur hommage au père et au créateur unique de l'univers '.
Mais les conseils des princes ont plus ordinairement en vue des avantages temporels que des considérations abstraites sur dçs vérités spéculatives ; et l'on peut raisonnablement croire que l'estime de Constantin pour la morale chrétienne , et la persuasion où il était que la propagation de l'Évangile encouragerait l'exercice de toutes les vertus , servirent beaucoup à augmenter la faveur qu'il accordait a ses prosélytes. Quelque liberté qu'un monarque absolu puisse réclamer pour lui-même et pour ses passions, il est évidemment de son intérêt d'inspirer à tous ses sujets une respectueuse obéissance pour les lois naturelles et pour les engagemens civils de la société. Mais l'influence des meilleures lois est faible et précaire; elles donnent rarement la vertu; elles n'arrêtent pas toujours le vice. Leur autorité ne peut ni empêcher, ni même punir tout ce qu'elles condamnent. Les législateurs de l'antiquité avaient appelé le secours de l'éducation et de l'opinion; mais tons les principes qui ont maintenu la grandeur et la pureté de Sparte et de Rome, s'étaient anéantis depuis longtemps dans la décadence d'uu empire despotique. La philosophie exerçait encore son doux empire sur les esprits ; mais la cause de
i Un pauésyriqne de Constantin , prononcé eepl on huit mis après l'édit de Milan (Voyei Golhoft-ed., Chro- Holag. Legum, p. 7, ri Ttflmont, RM. des empereurs, tom. §r, p. 246} , se sert de ['«pression «uiranU et re- BUTqaable : ■ Sumac rentm sator, eujus toi nominn
* luat quoi linguas gentiuin eue votuisti, qutm
• enimteifuediciueUs.sârenonpcssumvs.' (Panrg. fet. u, 26.) En rendant coopte des progrès de Conslanliii dans la Toi tbrclicnne, Moslieim ( p. 071 , etc.) est in* génicui, sulilit et prolixe.
la vertu tirait un faible secours de la superstition des païens. Dans ces circonstances dé- ' courageantes, un sage magistrat pouvait voir avec plaisir les progrès d'une religion qui ' répandait parmi les peuples une morale pure et bienfaisante, et qui recommandait aux hommes de tous les états l'exactitude dans leurs devoirs comme la volonté d'un Dieu qui distribuerait aux hommes vertueux des récompenses infinies, et qui punirait les médians par des supplices éternels. L'histoire des Grecs et des Romains ne pouvait pas apprendre a l'univers à quel point la révélation divine influerait sur la réforme des mœurs nationales ; et le zèle de l'éloquent Lactance devait naturellement obtenir la confiance tic Constantin. Cet habile apologiste paraissait convaincu, et osait assurer à son souverain que l'établissement de la foi chrétienne ramènerait l'innocence et la félicité du premier âge; que le culte du vrai Dieu anéantirait les guerres et les discussions parmi ceux qui se regarderaient tous comme descendons du même père; que toutes les passions corrompues, tous Les désirs impurs, tous les vices enfin disparaîtraient à la lecture de l'Evangile ; et que les magistrats n'auraient plus besoin du glaive de la justice chez un peuple dont l'équité, la piété, la modération, et une tendresse fraternelle, dirigeraient tous les sentimens '.
L'obéissance passive qui porte humblement le joug de l'autorité, et qui se soumet sans résistance à l'oppression , parut sans doute à un monarque absolu la plus utile et la plus estimable des vertus évangéliqucs '. Les premiers chrétiens ne croyaient pas que l'institution primitive du gouvernement civil eût été fondée sur le consentement des peuples. Ils attribuaient son origine aux décrets de la Providence. Quoique l'empereur régnant eût usurpé le sceptre par le meurtre et par la perfidie , il prit immédiatement le titre sacré
) Voyw l'élégante description de LacUuwse (Divin, rnstilut. , v. 8). Il est beaucoup plus tJilr et afOniutlf qu'il ae convient à le discussion d'un prophète.
i Le système politique des chrétiens cet expliqué par Grotius (de Jure btM et pacis, 1. 1 , e. 3 , 4 ). GroliU* était républicain et exilé; mais la douceur de son caractère le disposait a x Boumetlre à I\u Unité établie.]
(359 dep. J.-C.) de lièutenantde ladivinité.II nedevait compte qu'à elle de l'abus de sa puissance ; et ses sujets se trouvaient indissolublement liés , par leur serment de fidélité, à un tyran qui avait violé les lois sociales et celles dé la nature. Les humbles chrétiens étaient envoyés dins ce monde comme des brebis au milieu des loups ; et puisqu'il leur était défendu d'employer la violence , même pour la défense de leur religion, il leur était encore moins permis de répandre le sang humain pour la conservation de vains privilèges, ou pour les misérables possessions d'une vio transitoire. Fidèles a la doctrine de l'apôtre qui prêchait, pendant le règne de Néron , une soumission aveugle, les chrétiens des trois premiers siècles ne tachèrent la pureté de leur conscience, ni par des révoltes, ni par des conspirations, et ils souffrirent les plus cruelles persécutions sans essayer de s'en défendre en prenant les armes, ou de l'éviter en fuyant dans des climats éloignés et moins barbares1. On a fait une comparaison odieuse de la conduite opposée à celle des premiers chrétiens, qu'ont tenue les protesians * de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre , quand ils ont défendu avec intrépidité leur liberté civile et religieuse. Loin de mériter des reproches , peut-être devrait-on quelques louanges à nos braves et judicieux ancêtres, pour avoir senti les premiers que la religion ne peut anéantir les droits inaliénables de la nature humaine *. On pourrait aussi attribuer la patience de la primitive église autant a sa faiblesse qu'à sa vertu. Une secte imposée de plébéiens timides , sans chefs, sans armes et sansplacc-
' Tertullian. Apolog., c. 32 , 34 , 35 , 36. Tamen nuitqitam Jtbinùtni, née Ifigriani, vel Catsiani, inveniripotuerant ehrittuuti. Ad Scapulam, e. 2. Si cette assertion est strictement traie, elle eidut les chrétiens de ce siècle de tous les emplois civils et militaires, qui étaient susceptibles de forcer i prendre une part active au service de leurs gouverneurs respectifs. (Voyex les ouvrages de Moyle, vol.ù, p. 349.)
' Bonnet (Hist . des variations des églses protestantes, t. in, p. 210-258; et Bayle, I. p. 620.) Je dobsm Bayle parce qu'il est certainement l'auteur de l'Avis aux réfugiés. Consulte! le Dict.crtt. de Cnauffepié, 1. 1, part u,p.H5.
i fiuchanan est le premier ou au moins le plus célèbre des réformateurs qui ait Justifié la théorie de la résistance. (Voyex son Dialogue, de Jure regni aputl Scotos., Ion. n, p. 28-31, élit. toi. Ruddiman.)
(359 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XX.
forte, aurait été inévitablement détruite, si deux puissans elle eut hasardé de faire une imprudente et inutile résistance contre le maître des légions romaines. Mais les chrétiens, soit qu'ils cherchassent à calmer la colère de Dioctétien, ou à obtenir la faveur de Constantin, pouvaient avancer, avec la confiance que donne la vérité, qu'ils avaient été fidèles pendant trois siècles aux principes d'une aveugle et invariable soumission. Ils pouvaient ajouter que le trône des Césars aurait été inébranlable , si tous leurs sujets eussent appris, eu recevant la foi chrétienne , à tout endurer sans résistance. t
Ceux qui rapportent tout à la Providence regardent généralement les princes elles tyrans comme envoyés du ciel exprès pour conduire ou pour châtier les nations. Mais l'histoire sacrée prouve, par un grand nombre d'exemples fameux , que la divinité a souvent interposé son autorité d'une manière plus immédiate en faveur de son peuple chéri. Elle a remis le sceptre et l'épee dans les mains de Moïse, de Josué, de Gédéon, de David et des Machabées; les vertus de ces héros turent ou le motif, ou l'effet de la faveur divine. Leurs victoires devaient achever la délivrance ou le triomphe de l'église. Si les juges d'Israël étaient des magistrats passagers, les rois de luda tiraient de l'onction royale et de leurs ancêtres un droit héréditaire et indélébile, qui ne pouvait être effacé iii par leurs propres vices , ni par le caprice de leurs sujets. Cette même Providence qui n'était pins circonscrite dans les limites étroites de la Judée, pouvait choisir Constantin et sa famille pour les protecteurs du mondé chrétien; et le dévot Laciance annonce d'un ton prophétique la gloire future de son règne long et universel'. Galère et Maxime, Ltonius et Maxence partagèrent avec le favori du ciel les provinces de l'empire ; les morts tragiques de Galère et de Maxime satisfirent bientôt la haine et les espérances deachré tiens. Les succès deConstan tin contre Licinius et Maxence le débarrassèrent de
' Laciance (Divin. Institut., I. i). Euscbe, dans son Histoire, daus sa Vie et dans ses Harangues, lâche continuellement de prouver le droit divin de Constantin a l'empire.
ipétiteurs qui retardaient le triomphe du second David, et sa cause pouvait avoir besoin du secours particulier de la Providence. Les vices du tyran des Humains dégradaient la pourpre et la nature humaine ; et, quoique les chrétiens obtinssent sa faveur, ils n'en étaient pas moins victimes, avec le reste de ses sujets , de son extravagante et capricieuse cruauté. La conduite de Licînins découvrit promptement la répugnance avec laquelle il avait adopté les règlemens sages et pacifiques de i'edit de Milan. Il défendit dans ses états la convocation des synodes provinciaux; il renvoya ignominieusement tous ses officiers qui professaient la fol chrétienne; et, quoiqu'il évitât le crime ou plutôt le danger d'une persécution générale, ses vexations particulière&n'en rendaient pas moins odieuse l'infraction d'un engagement solennel et volontaire *. Tandis que l'Orient, selon l'expression' d'Eusàbe, était enveloppé dans les ombres de l'obscurité infernale, les rayons brîllans de la lumière céleste éclairaient et échauffaient les heureuses contrées de l'Occident. La piété de Constantin légitimait tous ses succès, et l'usage qu'il fit de la victoire démontra facilement aux chrétiens que leur héros était conduit et protégé par le Dieu des armées. La conquête de l'Italie fut suivie d'un édit général de tolérance; et dès que la défaite de Licinius eut donné à Constantin la souveraineté entière de l'empire, il exhorta tous ses sujets, par des lettres circulaires, à recevoir les divines vérités de la foi chrétienne*. La persuasion ou étaient les chrétiens que la gloire de Constantin servait d'instrument aux décrets de la Providence imprimait dans leur imagination deux idées qui servaient également à faire réussir la prophétie. Leur fidélité active épuisait en sa faveur toutes les ressources de l'industrie humaine, et ils étaient intimement convaincus que le ciel seconderait lears efforts par un secours miraculeux. Les ennemis de Constantin attribuent son alliance avec l'église ca-
i Nous n'avons qu'une connaissance imparfaite de U persécution de Licinius, tirée d'Eutebe. (Hist. ecdésiaiL, I.i,e.8;/?ît6'«Miiwifl».,l.i,C.»-58;l.ii,c.tJ2)î Aureltus Victor parle en général de sa cruauté.
l Euseb., in rit. Constant., I. a, c. 24, Kl, % G.U.
dbyGoogle
ludique à des motifs intéresses , parce qu'elle a semblé contribuer au succès de son ambition. Au commencement du quatrième siècle , les chrétiens composaient encore une bien faible population relativement à la population de tout l'empire; mais parmi des peuples dégénérés, qui regardaient la chute ou l'élévation d'un nouveau maître avec l'indifférence des esclaves, le courage et l'union d'un parti religieux pourraient contribuer aux succès du chef auquel ils sacrifiaient leurs personnes et leurs fortunes par principe de conscience ' . Constantin avait appris, par l'exemple de son père , à estimer et à récompenser le mérite des chrétiens, et, dans la distribution des offices publics, il avait l'avantage d'affermir son gouvernement par le choix de ministres et de généraux qui méritaient toute sa confiance. L'influence de missionnaires si distingués devait multiplier les prosélytes de la nouvelle doctrine à la cour et dans les armées. Les barbares de la Germanie, dont la principale partie des légions éiait formée, suivaient sans résistance et presque sans examen la religion de leur commandant ; et on peut raisonnablement supposer que quand ces légions passèrent les Alpes, un grand nombre de soldats avaient déjà consacré leur épée au service du Christ et de Constantin1. L'exemple et le zèle de la religion diminuèrent insensiblcmant l'horreur que les chrétiens avaient si long-temps conservée pour le meurtre et les combats. Dans les conciles qui s'assemblèrent sous la protection de Constantin, les évéques ratifièrent par leur autorité l'obligation du serment militaire, et infligèrent la peine d'ex-
i Au commencement du dernier siècle, les papistes de l'Angleterre ne composaient qu'une trentième partie de la nation et tes protestons de la France ne formaient que la quinzième partie des nabi tans de ce royaume ; et cependant ce nombre peu considérable en imposait aux deux nations ( l faisait redouter sa puissance et son courage. ( Voyez les relations que Bentivoglio, alors nonce à Bruxelles, et depuis cardinal , a envoyées à Borne. ( ReUaione, L n , p. 211-241.) Bentivoglio était curieux et bien informé; mais il est un peu partial.
s Cette indirrérencQ des Germains se manireste dans l'histoire de la conversion de toutes leurs tribus. Les légions de Constantin étaient recrutées de Germains ( Zosiaie.l. ti, p. 86} et la cour do son père avait été remplie de chrétiens. ( Voyez le premier livre de k Vio de Constantin, pu Eusobe.)
(3fi* dep. J.-C.) communication aux soldats qui quittaient leurs armes durant la paix de l'église '. En même temps que Constantin augmentait dans ses états le nombre et le zèle de ses fidèles partisans, îlse procurait une faction puissante dans les provinces qui obéissaient encore à ses rivaux, l'ne méfiance et un mécontentement secreis se répandaient parmi les sujets chrétiens de Max en ce et de Licinius; et le ressentiment de ce dernier, qu'il ne chercha point à cacher, ne servit qu'a augmenter leur attachement pour son compétiteur. La correspondance régulière qu'entretenaient les évéques des provinces les plus éloignées, leur donnait la facilité de se communiquer leurs désirs et leurs desseins, et de faire passer sans danger des avis utiles ou des contributions pieuses à Constantin, qui avait déclaré publiquement qu'il ne prenait les armes que pour la liberté de l'église*.
L'enthousiasme des troupes , que l'empereur partageait peut-être, animait leur courage et satisfaisait leur conscience. Elles marchaient au combat, convaincues que ce Dieu qui avait ouvert un passage aux Israélites à travers les eaux du Jourdain, qui avait fait tomber les murs de Jéricho au son des trompettes de Josué, déploierait sa puissance et sa majesté visible en faveur de Constantin. L'histoire ecclésiastique affirme que ces espérances furent justifiées par un miracle admirable, auquel on attribue unanimement la conversion du premier empereur chrétien.
La cause réelle ou imaginaire de cet événement demande et mérite toute l'attention de la postérité, et je tâcherai d'apprécier impartialement la fameuse vision de Constantin, en
1 De liis qui arma prqjicùint in pace , plaçait ces àbstinered communione.{Concil. Prélat, canon in.) Les plus savons critiques rapportes! ces mots ai la peins de IVgliie.
* Eusebe considère toujours la seconde gweme civile contre Licinius, comme une guerre do religion on m» croisade. D'après l'invitation du tyran, quelques officiers chrétiens rentrèrent dans le service militaire et encoururent la censure du concile de Nicée (douzième canon du concile de Niccc) , si l'on peut s'en rapporter a cette interprétation particulière, au lieu du sens obscur et général des traducteurs grecs Balsamon, Zonaraa et Alexis Arislbène. (Voyez Bcvcridge, Pandcct. eectesiast.Gnec., p. 72 ; t. u , p. 78. Annulation.)
(3M>dcn. J.-O.) considérant l'nn après l'autre l'étendard , le songe et le signe céleste ; en séparant l'historique, le naturel et le merveilleux de cette . histoire extraordinaire.
1. L'instrument des supplices que l'on n'infligeait qu'aux esclaves et aux étrangers devint un objet d'horreur pour les citoyens de Rome, et l'idée d'une croix était inséparablement lice à celle de crime , de torture et if ignominie '. L'empereur, sans doute par un motif de piété , abolît dans ses états le supplice que le Sauveur du inonde avait daigné souffrir*. Unis Constantin était parvenu ;i vaincre les préjugés de sa propre éducation, et à mépriser ceux de ses sujets, quand il fit élever ou milieu de Rome sa statue portant une croix dans la main droite, avec une inscription qui attribuait sa victoire et la délivrance de Rome à la vertu de ce signe salutaire, véritable symbole de la force et de la valeur'. L'empereur sanctifia, parce même symbole, les armes de ses soldats. La croix brillait sur leurs casques. Elle était gravée sur leurs boucliers et brochée sur leurs étendards. Les emblèmes sacrés dont l'empereur sa décorait lui-même n'étaient distingués que par le fini du travail et par la richesse des ornemem *. Le principal étendard
■ Nomai ipsrnn cruels àbtit non modo à corpore cii-ium romaiwrum , toi eSam à cogitatione , oculis , auribus. (Cic, pro ftabirio,c. 5.) Les écrivains du christianisme, Justin, llinulius Félix, Terlullicn, Jérôme et Maxime de Turin , ont fait avec assez de sucres des recherches sur ta figure ou la tortue de I* croix , qu'ils orjl prétendu rencontrer dans les objets de la nature et de l'art, dans riatersection de l'cquateur et du méridien, dans la figure humaine, dans un oiseau qui vole, dans un homme qui nage, dans un mit de vaisseau , une vergue, une charrue et dans un étendard, etc. (VoyexLipsius, de Ci-uce, L i, c. 9.)
1 Vovea Aurélia* Victor, qui regarde celte loi comme uue preuve ilela piété de Constantin. Un édit si honorable pour le eurisliawMw méritait de tenir une place dans le Code de Théodose , au lieu d'être cité d'une manière in- I directe, qui semble résulter de la comparaison des cinquième et <tti-tiaitiècae titras du neuvième litre.
3 Eusebe, innt. Constant., 1. 1 , e. 40. Celte statue, ou duuoidÉlawwïet l'inscription, narrent être attribuées avec plm de probabilité à la seconde nu même a h troisièmavhâte que Constantin fil a Rome, immédiatement après la défaite de Haxence. L'esprit des sénateurs et celui du peuple n'étaient pas «ico re su rthamment disposes i recevoir un pareil monument.
4 AgooHsnitiDi lllmsiiea iisMraiil,
qui attestait le triomphe de la croix était connu sous la dénomination de labarum', nom obscur et fameux , dont on a cherché vainement l'étymologie dans toutes les langues du monde. Le labarum est dépeint comme nue longue pique croisée par une plus courte qui formait la croix'. Sur l'étoffe de soie qui pendait de la traverse, on voyait la représentation de l'empereur et celle de ses fils richement travaillées. La tête de la pique était surmontée d'une couronne d'or qui renfermait le monogramme mystérieux de la croix et les lettres initiales du 'nom de Christ1. Cinquante gardes d'une valeur et d'une fidélité éprouvée veillaient à la sûreté du labarum; ils jouissaient d'une forte paie dans ce poste de distinction , et des événemens heureux servirent à persuader que les gardes du labarum étaient invulnérables dans l'exercice de leurs fonctions. La seconde guerre civile apprit à Lïcinius à connaître et ù craindre l'influence de cet étendard sacré, dont la vue avait animé les soldats de Constantin d'un enthousiasme invincible an moment du danger, et frappé en même temps les légions opposées d'épouvante*. Ceux des empereurs chrétiens qui respectèrent l'exein-
(Prudenl. in. Symmacham , I. u, 461-486.) ■ L'origine et le sens du mot labarum ou labarum qu'emploient Grégoire de Naziance , Ambroise et Prudence, sont encore inconnus, malgré les elTorts qu'on ■ rails inutilement pour lui extraire une etymologie du lalin, du grec , de l'espagnol , de la langue celtique, icntonique, illyrique, arménienne, etc., etc. (Voyez Dueange^n Gtois. Mcd. etlnfim. Latinicat. sub voce Labarum ; et Godefroy, ad Cod. Tluwdos,, t. u, p. 1430
* Eusebe, in fit. Constant., 1. ■ , 30. Barouhts (Anual. eeclésiast. A. D. 31*, n" 26) a gravé nue représeutaUou de la croix.
S Transt ersa X littera, summo capite circumflexo, Christian in sentis notât. CanDius (de H. P., e. 44). Cuper (ad M. P. in edU. Lactant, . t n, p. 500) , et Baron. (A.D.312, n" 25), ont graté, d'après les anciens monumens, plusieurs figures de monogrammes qui do vinrent très a la mode dnns le monde chrétien.
* Euseb. in VU. Constant, }.n,e. 7, 6, 9. II parie du labarum comme existant avant l'eipèdilion d'Italie; mais son récit semble indiquer qu'il ne parut a la teledes
pie de Constantin déployèrent l'étendard sacré de la croix dans toutes les expéditions militaires ; mais quand les successeurs dégénérés de Théodose cessèrent de paraître en personne à la tête de leurs armées, le labarum Tut déposé dans le palais de Con&tantinople comme une relique vénérable mais inutile'. Les médailles de lu famille Flavienne attestent encore les honneurs qu'on lui rendait. Lear pieuse reconnaissance a décoré du (,om du Christ tous les symboles des Romains. Les brillantes épitliètes de sûreté de la république, gloire des armées, restauration du bonheur public, sont également appliquées aux trophées religieux et militaires. Il existe encore une médaille de l'empereur Constance, où l'étendard du labarum est accompagnéde ces paroles mémorables, par ce
RIGHE TO VÀINCKAS*.
II. Dans les dangers et dans les calamités , les chrétiens avaient coutume de fortifier leur corps et leur esprit par le signe de la croix. Cette pratique leur était familière dans les cérémonies de l'église, et dans toutes les occasions particulières de la vie. Ils s'en servaient comme d'un préservatif-infaillible pour éloigner toutes les espèces de maux spirituels ou temporels3. L'autorité de l'église suffisait pour justifier la dévotion 1 de Constantin, qui, par des gradations prudentes, reconnut la vérité, et adopta les symboles de la foi chrétienne. Mais le témoignage d'un auteur contemporain donne à la piété de cet empereur un motif plus sublime et
armées que plu de dix ans après , lorsque Constantin se déclara l'ennemi de Ltrinius et le libérateur de l'église.
I Voyez Cud. Theodoi.. I.ti, Ut. 25; Sozomen. , 1. i, c. 2; Théophan., Ckronoph., p. il. Thêopbams vivait vers la fin du huitième siècle , près de cinq cents ans après Constantin. Les Grecs modernes ne furent point disposes à déployer sur le champ de bataille l'étendard de l'empire et du christianisme. Quelque disposes qu'ils lussent à fonder leur défense sur toutes sort es d'idées superstitieuses, lapromesse de la victoire leur aurait paru une fiction trop hardie»
3 L'abbé du Voisin (p. 103, etc.) parle de différentes médailles et cite une dissertation sur ce sujet du père Grain ville, jésuite.
s TerUillicn, de CoronA, c. 3 ; Alhanase, 1. 1, p. 101. Le savant jésuite Petau (Dogmata Theolog, I. xv , c. 9, 1 o ) a rassemblé beaucoup de passages semblables sur les vertus de la croix , oui ont fort embarrassé les argiunen- Uteurs protestons du dernier siècle.
(359 dep. J.-C-) plus admirable, dans un traité destiné à défendre la cause de la religion. Il affirme, avec la plus parfaite confiance, que, dans la nuit qui précéda la dernière bataille contre Maxence, Constantin reçut dans un songe l'ordre de peindre le signe céleste de Dieu , le sacré monogramme du Christ, sur le bouclier de ses soldats , et que sa pieuse obéissance aux commandemens du ciel fut récompensée par une victoire décisive. Quelques réflexions pourraient Taire soupçonner de manque de discernement ou de véracité un orateur dont la plume s'était dévouée, par zèle ou par intérêt, au service de la faction dominante'. Il parait qu'il a publié son ouvrage sur la mort des persécuteurs de l'église à Nicomédîe , environ trois ans après la victoire de Constantin. Mais la distance de plus de trois cents lieues, et l'intervalle de trois ans, peuvent avoir donné lieu aux inventions j une foule de déclamateurs, avidement reçues par une crédulité partiale, et approuvées tacitement par l'empereur, qui écoutait peut-êlrc avec complaisance un conte dont le merveilleux ajoutait à sa gloire et servait ses desseins. Le même auteur prétend que Licînîus, qui dissimulait encore son animosité contre les chrétiens , eut sa part de la vision, tin ange lui présenta une formule de prière, qui fut répétée par toute l'armée avant d'engager le combat contre Maximin. La fréquente répétition de miracles irrite l'esprit, quand elle ne subjugue pas la raison'. On peut expli-
■ Cxcillus, {de M. P., c. 44). 11 parait certain que celle déclamation historique a été composée et publiée lorsque Licinius, souverain de l'Orient, jouissait encore de lumilié de Constantin et de la faveur des chrétiens. Tout lecteur instruit doit apercevoir que le style est fort différent et fort au-dessous de celui de Laetanee, et tel est le jugement de Le Clerc el de Lardner (BMotrtèqueancirmie et moderne, t. m, p. 43S; Vérité de l'Évangile, etc., part. 11, toi. vu, p. 94). [«partisans de Laetanee ont produit trois argumens du litre de ce livre, et sous les noms de Donalus et de Crecilhis. (Voyez le père Lrslocq, t. u, p. 46-60.) Chacune de ces preuves est en erle-mCme faible et défectueuse; maUleurensembleest dun grand poids. J'ai souvent Botté dans mon opinion , je suivrai doeilcmenl l'exemple de Colbcrt, H. S., et j'appellerai l'auteur, quel qu'il soit, Cterilius.
1 Cxcilius , de Mort, persee. , c. 46. Voltaire paraît Ihndédansson observation COfinvres.l.in, p. iMT), lorsqu'il attribue aux succès de Constantin la renommée de
dbyGoogle
'350 dep. J.-C.)
quer naturellement le songe de Constantin par sa politique on par son enthousiasme. A la veille d'un jour qui devait décider du destin de l'empire, si sa vive inquiétude fui suspendue par quelques instans d'un sommeil agité, îl n'est pas étonnant que la forme vénérable du Christ, et les symboles connus de sa religion, se soient présentés à l'imagination tourmentée d'un prince qui révérait le nom et implorait peut-être en secret le secours du Dieu des chrétiens.
Un politique habile pouvait également se servir d'un stratagème militaire, d'une de ces fraudes pieuses que Philippe et Scrtorîus avaient employées avec adresse et succès '. Toutes les nations de l'antiquité admettaient rorigmesurnatUTelledcssonges,ei une grande partie de l'armée gauloise était déjà disposée à placer sa confiance dans le signe salutaire de la religion chrétienne. L'événement pouvait seul contredire la vision secrète de Constantin , et le héros intrépide qui avait passé les Alpes et l'Apennin était capable de réfléchir avec sang-froid aux suites d'une défaite sous les murs de Rome. La plus vive allégresse s'empara du peuple et du sénat. Ils se félicitaient également d'avoir échappé à un tyran détesté; mais, en avouant que la victoire de Constantin surpassait le pouvoir des mortels, ils n'osèrent pas insinuer que l'empereur en était redevable au secours des dieux. L'arc triomphal qui fut élevé environ trois ans après, annonce en termes obscurs que Constantin avait sauvé Rome par la grandeur de son propre courage, et par une secrète impulsion
nw Fabanim, et sa supériorité sur l'auge delicinius. Cependant l'apparition de cet auge est adoptée par Pagi , ï'illemont , Fleuri , etc. , qui paraissent jaloux de multiplier les mindes.
■ Outre ces exempta très-connui, Toliius (Prérace de Boileau, traduction de Lougiu) a découvert une vision iVAnligone, qui affirma à ses troupes qu'il avait vu un pentagone (le symbole de la sûreté) avec ces mots; ■ Par ceci tu (il) tiendras la victoire ; ■ mais Tollius est inexcusable de n'avoir pas cité son autorité; et sa réputation en morale, aussi bien qu'eu littérature, n'est point exempte île reproche. (Voyez ChaulTepié, Dictionnaire critique, t. 4, p. 460.) En outre du silence de Diodore, de Plularque, de Justin, etc., on peut remarquer que Potyxnus, quia rassemblé dix-n eut stratagèmes militaires d'Anligone dans un chapitre sépare (L it, c 6), ne parle point Ou toulde cette vision.
de la divinité '. L'orateur païen qui le premier avait saisi l'occasion de célébrer les hautes vertus du conquérant suppose que l'empereur était admis seul à un commerce intime et familier avec l'Etre suprême, que le reste des humains était confié au soin des divinités inférieures. Il donne, par ce moyen, aux sujets tin motif plausible pour se défendre respectueusement d'embrasser In nouvelle religion*.
III. Le philosophe qui examine avec un doute tranquille les songes et les présages, les miracles et les prodiges des profanes, etmênic ceux de l'histoire ecclésiastique, conclura probablement que, si la fraude a quelquefois trompé les yeux des spectateurs, le bon sens des lecteurs a été Lien plus souvent insulté par les fictions des écrivains qui ont attribué inconsidérément à l'action immédiate de la divinité tous les événemens ou les accidens qui semblaient s'éloigner du cours ordinaire de la nature. La multitude épouvantée a souvent donné la forme et la couleur, le mouvement et la voix aux météores qui flottaient extraord in ai renient dans les airs3. Nazaire et Eusèbe sont les deux plus célèbres orateurs qui aient essayé d'immortaliser dans leurs panégyriques adroits les vertus de Constantin*. Neuf ans après sa victoire, Nazaire a décrit une armée de guerriers célestes qui semblaient tomber des cieux. Il remarque leur beauté, leur courage, leur taille gigantesque, les étincelles brillantes qui sortaient de leurs armures divines , l'indulgence qu'ÎL; avaient de se laisser voir par les mortels, et de leur parler; enfin la déclaration qu'ils avaient faite du secours qu'ils apportaient du
i Inslinctu Divinitatis, mentis magn f ftirftne.Tontvoyageur curieux peu l eneo rc voi r l'i n scri pli on d e fan; de triomphe de Constantin, copiée par Baronius.Gruter, etc., etc.
1 Habes profecto aliguld cum Ma mente div'ma sccrthan; qaat delegata nostra Dus minoribus cura uni se tibi dignatur ostendere. (Panegyr. Pet, xx, 2.)
'M. Fréret (Mém. de l'Acad. desluscrip. t.iv, p. 411- 437) explique par des causes physiques un grand nombre des prodiges de l'antiquité; et Fabricius, ridiculisé par les lieux partis , essaie en vain de placer la croix céleste de Constantin parmi les taches ou cercles du soleil. ( Bi~ bliot. Grmc, t. n, p.8-28.)
«Nai»rius(interPon^£7T. féf.,x,l4,15).n est inutile de nommer les auteurs modernes qui ont adopté tans discernement tes idées païennes de nazaire.
dbyGoogle
444 DECADENCE DE L'EMPIRE ItOMAlN ,
ciel au grand Constantin. L'orateur païen , en parlant aux Gaulais, les cite eux-mêmes comme témoins de ce prodige, et semble espérer qu'un événement si récent et si public forcera les incrédules à croire aux anciennes apparitions' . La fable pieuse d'Eusèbe, mieux inventée et plus éloquemment écrite, parut vingt-six ans après le songe dont il veut établir la vérité. 11 raconte que Constantin, étant en marche a la télé de son armée , vit de ses propres yeux, dans les airs, le signe lumineux de la croix, accompagné de cette légende : par ce signe lu vaincra». Cette surprenante apparition surprit les soldats et l'empereur lui-même , qui était encore incertain dans le choix d'une religion. Mais la vision de la nuit suivante Gt succéder une foi sincère a son étonnement. Le Christ lui apparut; et, déployant le même signe céleste qu'il avait vu dans les cieux, H daigna dire a Constantin de représenter la croix sur un étendard, et de marcher avec confiance à la victoire contre Maxence et contre tous ses ennemis*. Le savant évéque de Césarée parait sentir que la tardive découverte de cette anecdote merveilleuse pourrait trouver des incrédules parmi les plus dévots de ses lecteurs. Cependant, au lieu de rassembler et de rapporter les témoignages de tant de personnes qui avaient été les témoins oculaires de ce miracle, et qui existaient encorc.au lieu de fixer les dates précises de temps et de lieu qui peuvent également servir à éclairer le mensonge et la vérité1, Eusèbe se contente d'assurer, après ta mort de Constantin , que cet empereur lui avait certifié, par le serment le plus authen-
■ Les apparitions de Castor et Pollui, et particulièrement pour annoncer la victoire des Macédoniens, sont attestées par les historiens et par des moaumens publics. {Voyez Cicéron, de Xaturd dcorum, i, 2, 3, 5,6; Florus.ii, 12;Yalère Maxime, 1. 1, c 8,0*1.) Cepeadant'la plupart des miracles les plus récent sont omis et niés indirectement par Tite-Liic ( ui, v ).
i Eusèbe, t. i, «.28, 29, 30. Le silence de ce même Eusèbe, dans sou Histoire Ecclésiastique, a (Sût une profonde impression surceux des partisans des miracles qui ne sont pas tout-à-fait aveugles.
3 Le récit de Constantin semble indiquer qu'il aperçut ta croix dans le ciel avant de passer les Alpes, lorsqu'il poursuivait Maxence. La vanité patriotique a placé la scène a Trêves , à Besançon , etc. , etc. ( Voyej Tillemont, Mut. des Empereur», I. it, p. 673.)
fSûttdep.J.-C.)
tique, la vérité de cet événement extraordinaire '.La prudente reconnaissance du docte évéque ne lui permet pas de soupçonner la véracité de son victorieux souverain ; mais il donne clairement à entendre que toute autre autorité lui aurait paru insuffisante pour constater un fait aussi miraculeux. Ce motif de confiance devait naturellement disparaître avec la puissance de la famille (la vienne ; et ce signe céleste, que les infidèles auraient pu mépriser,,fut négligé par les chrétiens du siècle qui suivit la conversion de Constantin*. Mais les églises catholiques de l'Orient et de l'Occident ont adopté un prodige qui favorise ou semble favoriser le culte de la croix. La vision de Constantin conserva une place distinguée dans la légende des superstitions, jusqu'au moment où l'esprit éclairé de la critique osa réduire la gloire et éclaircïr la véracité du premier empereur chrétien *.
Les prolestans et les philosophes de ce siècle seront disposés à croire qu'au sujet de sa conversion, Constantin soutint une fourberie préméditée par un parjure solennel. Ils n'hésiteront point à prononcer que ses desseins ambitieux le guidèrent seuls dans le choix d'une religion ; et, que, selon l'expression d'un poète profane ', il fit servir les an-
' LepicuïTnifmont(Mém.EccIésiast.,t. vu, p. (317). rejette en soupirant les actes d'Arlemlus , vétéran cl martyr , qui al teste que «s propres y eux oat été témoins de la visiua de Constantin.
î Gelasius Cysic. , in Jet. Concil. Ificen. , 1. 1, e. 4.
* Les partisans de la vision ne peuvent pas produire en sa faveur un seul témoignage des Pères du quatrième et einqoiènc decles.qui ont célébré le triomphe de l'église et de Constantin dans tous leurs écriu Toluinioeuv Comme ces vénérables personnages n'avaient aucune antipathie pour les miracles , nous pouvons soupçonner qu'aucun d'eux n'eut connaissance de la vie de Constantin par Eusèbe, et ce soupçon est confirmé par l'ignorance de Jérôme,
* Godefror fat le premier qui, dans Tannée ifJW ( KoL ailPiiilostorgiiim,\. i, c. 6, p. 1 S), osa montrer du doute sur un miracle détendu avec un relerigal par te cardinal Baronius et par les centuriateurs de Magdebotrg. Depuis ce moment, plusieurs critiques proteslans ont incliné vers le doute et la méfiance. M. Chauircpié a présenté des objections d'une grande force. (Diction, cri t., I. n, p. 6-lt ); cl dans l'année 1774, l'abbé du Voisin, docteur en Sorbonne, a publié une apologie dont on no peut trop louer l'érudition et la modération.
* Lors Constantin dit ces propre paroles : ■ J'ai renversé le culte des idoles ;
dbyGoogle
(359 dep. J.-C.) tels de marche-pied au trône de l'empire. Ce jugement hardi et absolu n'est pas justifié par la connaissance que nous avons du cœur humain, du caractère de Constantin, et de la foi chrétienne. Dans les temps de ferveur religieuse , on observe communément que les plus habdes politiques éprouvent une partie de l'enthousiasme qu'ils tachent d'inspirer. Les personnages les plus pieux et les plus orthodoxes out eusouveut la dangereuse imprudence de soutenir la cause de la vérité par la ruse et par le mensonge. L'intérêt personnel qui dirige nos actions indue aussi sur nos sentimens ; et les motifs d'avantages temporels qui déterminaient Constantin dans sa conduite publique devaient le disposer insensiblement a embrasser une religion favorable à sa gloire et à sa fortune. Il aimait a se croire envoyé du ciel pour régner sur la terre ; cette idée flattait sa vanité ; le succès de ses armes avait prouvé son titre divin au trône, et ce titre était fondé sur la vérité de la révélation chrétienne. Comme on voit souvent germer la vertu au milieu des applaudissemens précoces qui l'ont fait naître, de même la pieté apparente de Constantin, en supposant qu'elle ne fut d'abord qu'apparente, peut avoir pris de profondes racines dans son cœur, et s'être changée en une dévotion fervente et sincère. Les évoques et les prédicateurs de la secte nouvelle , dont les mœurs et le costume semblaient peu propres a l'ornement d'une cour, étalent admis à ta table de l'empereur. Ils l'accompagnaient dans ses expéditions; et les païens attribuaient l'ascendant que l'un d'entre eux, Egyptien ' ou Espagnol, acquit sur l'esprit de
Sur les débris de leurs temples fununs Au Dieu du Ciel i'ai prodigué l'encens. Hais tous mes soins pour s» grandeur suprême S'eurent jamais d'autre objet que moi-même, etc. • Ce poème peut être lu atec nlaûnr ; nuis ta décence défend de le nommer.
' Ce (Imrl était nu doute le grand Oshrs , évêque de Cordon, «ni prêtera tanin pastoral de tonte l'église i celui d'un diocèse particulier. Àthunase (t. I, p. 703) peint magnifiquement ton caractère, quoique d'une manière concise. (Vojm Tillemont, Mém.Eeelcsiasl.,l. ni, p. 534-5010 Obbj fut aeeusé, peut-être injustement, de l'être retiré de b cour arec une grande fortune.
Constantin, a l'effet de la magie ', Ce prince vivait dans la familiarité la plus intime avec Lactance, qui avait orné de toute l'éloquence de Cicéron les préceptes de l'Évangile *, et avec Eusèbe , qui a consacré l'érudition et la philosophie des Grecs au service de la religion *. Sans cesse avec leur souverain dont ils avaient évalué la pénétration, ces habiles maîtres de controverse pouvaient guetter l'instant favorable, et employer à la persuasion des argumens convenables a son caractère et proportionnés à son intelligence. La conversion de Constantin contribua beaucoup sans doute à la propagation de la foi ; mais ce souverain , distingué par la pourpre, ne surpassait ni en discernement, ni en vertu, des milliers de ses sujets qui avaient embrassé de bonne foi la doctrine chrétienne; et il n'est point du tout incroyable qu'un soldat ignorant ait adopté une opinion fondée sur les preuves qui, dans un siècle plus éclairé, Ont satisfait et subjugué la raison d'un Grotius, d'un Locke, et d'un Pascal. Occupé tout le jour du soin de son empire , Constantin employait ou affectait d'employer une partie delà nuit à lire les saintes Ecritures et à composer des discours théologtques , qu'il prononçait ensuite devant des assemblées nombreuses, dont l'approbation et tes applaudisse mens étaient toujours unanimes. Dans un très-long discours qui existe encore , l'auguste prédicateur s'étend sur les différentes preuves de la sainte religion ; mais il appuie avec une complaisance particulière sur les vers de la sibylle *, et sur la quatrième églo-
1 Voyez Eusébe, in fîf. Constant,, pAtrim, et Zosime, I. n, p. 104.
> La loi de Lactance était pfus monte que mystérieuse. ■ Erat pêne nuits, dît l'orthodoxe Bail, disciplina - ehristiance, ttinrhetorieit meliusqu&m in.the.olo~ • giavtnatus. > (/Je/Wwtofirfei JVtcen.,seet.2,e.ld.)
• Fabricius ■ rassemblé arec ton artnité ordinaire une lutte de trois ou quatre cents auteurs cités dans la Réparation Érangélique d'Eusebe. (Voira BibUot. Gntc, I.t, e,4,t.n, p. 37-56.)
* Vorei Constant. , Oratad Sanetot, c. 19-50. Il se fonde principalement sur un acrostiche mystérieux , composé dans le sixième siècle après 1c déluge, par la sibjrile Erythrée , et traduit en latin par Cicéron. I.rs lettres initiales des trente-quatre vers grecs forment celle sentence prophétique;: Jésus -Cnisr , Fils m Dm ■ Çatrrai* m Moron.
446 nF.CADENCE DE L
guc de Virgile '■ Quarante ans avant la naissance de Jésus-Christ , le chantre de Mantoue, comme s'il eut été inspiré par la main céleste d'Isaïe, avait célébré avec toute la pompe de la métaphore orientale le retour de la Vierge, la chute du serpent , la naissance prochaine d'un enfant divin , né du grand Jupiter, qui effacerait les crimes des mortels, et gouvernerait en paix l'univers avec les vertus de son père. Il avait annoncé la naissance et la propagation d'une race céleste qui repeuplerait le monde entier, et ramènerait l'innocence et les félicités de l'âge «for. Le poète ignorait peut-être le sens mystérieux de ses sublimes prédictions , qu'on a ignoblement appliquées au fils nouvellement né d'un sénateur ou d'un triumvir '. Mais si l'interprétation plu s brillante et vraiment plus plausible de la quatrième églogue a contribué à la conversion de Constantin , Virgile mérite d'obtenir un rang distingué parmi les plus habiles missionnaires de l'Évangile *.
On cachait aux étrangers, et même aux catéchumènes, les mystères imposans du culte et de la foi des chrétiens, avec une circonspection qui excitait leur étonnement et leur curiosité *. Mais les règles de discipline sévère, que la prudence des évêques avait introduites, furent relâchées par la même prudence, en faveur d'un prosélyte couronné, qu'il était important d'attirer dans le sein de l'église; et Constantin jouissait,au moins par
t Dans sa paraphrase de Virgile, l'empereur ajoute fréquemment au cens littéral du texte laiiu. ( Voyez Blondel, des Sybilles, l.i, c. 14, 15 , 16.)
i Les différentes allusion* d'un dis aîné et d'un second fils de Pollion , de Julie, de Drusus, de Marcellus, sont ' incompatibles arec la chronologie, l'histoire , et le bon sens de Virgile.
> Voyei Lowtn, m saerd poesi Hdbraorum Pralect. i*i, p. 280-293. Dans l'examen de la quatrième églogue, le respectable évéqoe de Londres a déployé une érudition, un goût, une candeur , et un enthousiasme modéré qui exalte son imagination sans aveugler ton jugement.
* La distinction entre le culte publie et secret du service divin, mtssa cateehumenorum , et missa fide- Uam , et le voile mystérieux que la piété ou ta politique avait jeté sur la dernière , se trouve judicieusement ejpliquïe par Tliirrs (Exposition du saint sacrement , 1. 1 , c. 8-12, p. 59-31). Maïs comme, relativement 1 ce sujet, ou peut raisonnablement se méfier des papistes, un lecteur protestant s'en rapportera plus Tolontien au tarant "" " ). (Antiquités, 1.*, c. S.)
EMPIRE ROMAIN, (359 dep. J.-C.)
une permission tacite, de tous les privilèges attachés au christianisme, avant d'avoir con- '■> tracté aucune des obligations du chrétien. Au lieu de quitter l'église quand la voix du dia- j cre avertissait la multitude profane qu'elle j devait se" retirer, il priait avec les fidèles, disputait avec les évéques sur les sujets les plus sublimes et les plus abstraits de la théo- '. logie, célébrait les cérémonies sacrées de la veille de Pâques, et, ne se contentant pas de participer aux mystères de la foi chrétienne, il se déclarait en quelque façon le prêtre et Le pontife de ses autels '. L'orgueil de Constantin exigeait sans doute cette distinction extraordinaire , et les services qu'il avait rendus aux chrétiens le méritaient peutêtre. Une sévérité mal placée aurait pu ralentir les progrès de sa conversion, et si les portes de l'église n'eussent pas été ouvertes au prince qui avait déserté les autels des dieux , le souverain de l'empire aurait èic privé de l'exercice de tous les cultes religieux. Dans son dernier voyage à Rome, il déclama avec une pieuse véhémence contre le culte des faux dieux, et renonça publiquement aux superstitions de ses ancêtres, en refusant de conduire la procession militaire de l'ordre équestre , et d'offrir des vœux à Jupiter Capilolin *. Long-temps avant son baptême et sa mort, il avait annoncé à l'univers que jamais à l'avenir sa personne sacrée n'entrerait dans un temple de l'idolâtrie , et qu'il défendait même qu'on y plaçât son portrait. 11 fit en même temps distribuer dans tontes les provinces de l'empire des médailles et des peintures où il était représenté dans la posture humble et suppliante de la dévotion chrétienne1.
On ne peut pas aisément expliquer ou excuser l'orgueil qui fit refuser a Constantin la qualité de catéchumène; mais on explique aisément le retard de son baptême par les maximes et la pratique ecclésiatiques de l'antiquité. Les évéques administraient réguliè-
> Voyea Euscbe (m Fît. Constant., In, e. 15-33) et toute la teneur du sermon de Constantin- La Toi cl b dévotion de l'empereur ont fourni à ltaronius un argument en laveur de son baptême anticipé.
* Zosirac , 1. n , p. 105.
*E«eb.,fnm 6,o;w(«Bi.ILn,c.l.SJi6.
dbyGoogle
(359 dcp. J.-C.)
rement cux-mèmcslfisacrcmcnldebaptème1, avec résistance de leur cierge, dans la cathédrale de leur diocèse, durant les cinquante jours qui séparent la fête de Pâques de celle de la Penteefite ; et cette sainte saison Taisait entrer un grand nombre d'enfans et de personnes adultes dans le giron de l'église. La discrétion des parens suspendait souvent le baptême de leurs enfans jusqu'au moment où ils étaient en état d'apprécier les obligations que ce sacrementleur imposait; lasévérité dés évêques exigeait ni) noviciat de deux ou trois ans des nouveaux convertis, et les catéchumènes eux-mêmes , par différens motifs temporels on spirituels, s'empressaient rarement d'acquérir la perfection du caractère sacré de chrétien. Le sacrement du baptême assurait l'expiation absolue de tous les péchés ; il réintégrait les âmes dans leur pureté primitive, et leur donnait un droit certain aux promesses d'une éternelle félicité. Parmi les prosélytes de la foi chrétienne , un grand nombre regardait comme très-imprudent de précipiter un secours salutaire qu'on ne pouvait recevoir qu'une fois , et de perdre un privilège inestimable qu'il était impossible de recouvrer. Au moyen de ce retard , ils se livraient sans inquiétude aux plaisirs de ce monde et a la voix de leurs passions *.
■ DornChardou (Hist. desSaeremens, L i, p. 3-405) explique très an long la théorie et b pratique de l'antiquité relativement au sacrement de baptême. (Dorn Martenus, deJiitibus ccclesiœ antiquis, 1. 1; eiBinghaut, dans le dixième et onzième Titre de ses Antiquités chrétiennes.) On peut observer une circonstance dans laquelle les églises modernes différeot essentiellement de la coutume ancienne, le sacrement de baptême était immédiatement suivi de la conltrmalion et de la sainte communion, même lorsqu'on l'administrait il des enfans.
i Les Pères de l'église qui ont blâme ce délai, ne liste* pas cependant l'erfleacKé du baptême au lit de la ■tort. La. rhétorique ingénieuse de Chrysostûme ne put trouver que trois argumensconlrela prudence des chrétiens qui différaient leur baptême : 1« que nous devons sdmer et pratiquer In vertu par autour pour elle , el non pas peur eu- obtenir la récompense -, 2" que la mort peut nous surprendre au moment où nous n'avons aucune possibilité de nous procurer le baptÉme; 3 que, quoique placés dans le ciel ,' nous n'y occuperons qu'une place très -inférieure I celle qu'occuperont ceux qui auront passé leur vie dans l'exercice de la piéW et des vertus. ( Chrysostflme, in Eplst. ad ffebrœos, ffamil. 13, apiui Chardon, Hist. des Sacre meus , 1. 1, p. 49). je crois quece délai du baptême , quoique la source des abus les plus pernicieux ,
La sublime théorie de l'Évangile avait fait moins d'impression sur le cœurde Constantin que sur son esprit; il poursuivit le grand objet de son ambition à travers les sentiers obscurs et sangtans de la guerre et de la politique.et, après ses victoires, il abusa sans modération de sa puissance. Loin de faire éclater la supériorité de ses vertus chrétiennes sur l'héroïsme imparfait de Trajan et des Antonio , Constantin perdit , dans {a maturité de son âge, la réputation qu'il avait acquise dans sa jeunesse. Plus il s'instruisait dans la connaissance des. saintes vérités, moins il pratiquait les vertus qu'elles recoin* mandent, et dans la même année on le vit assembler le concile de Nicée, et ordonner le supplice, ou plutôt le meurtre de son fils. Cette date seule suffit pour réfuter les malignes et fausses réflexions de Zosime ', qui affirme qu'après la mort de Crispus les remords de son père acceptèrent des ministres de l'Évangile l'expiation qu'il avait en vain sollicitée des pontifes du paganisme. Lorsque Crispus mourut, l'empereur ne pouvait plus hésiter dans le choix d'une religion; il ne pouvait plus ignorer l'infaillibilité du remède que l'église possédait, quoiqu'il eût différé de s'en servir jusqu'au moment oit l'approche de la mort le mit a l'abri de la tentation et du danger d'une rechute. Les évêques qu'il appela auprès de lui pendant sa dernière maladie, furent édifiés de la ferveur avec laquelle il demanda et reçut le sacrement du baptême, du serment qu'il lit d'être jusqu'à sa mort un disciple fidèle du Christ, et de l'humilité pieuseavec laquelle il refusa de reprendre la pourpre et les ornemens royaux , après avoir revêtu la robe blanche d'un néophyte.
L'exemple et la réputation de Constantin firent prévaloir l'usage de retarder la cérémonie du baptême *. Les tyrans qui vinrent après lui
n'a jamais été condamné par aucun coneile général ou provincial , ni par aucune déclaration authentique de l'église. Le xéle des évoques s'est enflammé pour des objets beaucoup moius importa us.
i Zosime, 1. h , p. 104. Celle insigne fausseté mérita et lui 01 éprouver le mépris et les invectives de tous les écrivains ecclésiastiques, excepté le cardinal Baronius (A. D. 324,11*10-28), qui eut occasion d'employer l'infidèle centre Eosebe l'arien.
iEuse»e(l.iv,c. 61,62,63) annonce avec la plus
s'accoutumèrent à penser que le sang des innocens qu'ils auraient versé, que tous les crimes qu'ils auraient commis durant un long règne, seraient expiés par les Saintes eaux de la régénération : ainsi l'abus de la religion détruisait les bienfaits de sa morale et les fondemens de sa vertu.
La reconnaissance de l'église a excusé les faiblesses et préconisé les vertus de sou généreux protecteur, qui a placé la foi chrétienne sur le trône du monde romain,- et les Grecs, qui célèbrent la fête de ce saint empereur, prononcent rarement le nom de Constantin Bans y ajouter le titre d'égal aux apôtra *. Cette comparaison paraîtrait impie et ridicule, si elle avait en vue ta réputation et les vertus de ces divins missionnaires; mais, si ce parallèle ne fait allusion qu'au nombre de leurs victoires évangéliques, le succès de Constantin en ce genre a peut-être égalé ceux des apôtres. Ses édits de tolérance tirent disparaître les dangers temporels qui retardaient le progrès de la catholicité, et les ministres actifs de la foi chrétienne furent autorisés et encouragés a employer en sa faveur tous les argumens qui pouvaient subjuguer la raison ou exciter la piété. La balance égale entre les deux religions ne dura qu'un instant ; l'œil perçant de l'avarice et de l'ambition découvrit bientôt que ta pratique de la religion chrétienne contribuait autant au bonheur du présent qu'à celui de l'avenir ', La soif des richesses et de* honneurs, l'approbation de l'empereur, son exemple et ses exhortations répandirent rapidement te zèle et la conviction parmi la foule avide et vénale qui assiégeait constamment son palais. On récompensa par des privilèges municipaux et par des dons considérables tes villes qui signalaient leur zèle par la destruction volontaire de leurs temples ; et la nouvelle capitale de l'Orient s'enorgueillissait de ce que Constantinoplc n'avait jamais été profanée par le
l'rande confiance le saint et la liéatitude éternelle de Constantin.
■ Voyez Tillemon t , Hisl. des Empereurs ,1. n, p. 420. Les Grecs, les Russes , et, dans des lemps plus éloignés, les Latins eux-mêmes se sont empressés de placer h? nom ilt Consfcinlin dans le catalogue des saints.
l Voyez le troisième elle quatrième livre de sa vie. lt avait coutume de dire que , soit que la foi du Christ fût
(359 dep. J.-C.J culte des idoles '. Partout les dernières classes de la société se conduisent à l'imitation des grands , et la conversion des citoyens distingués par leur naissance, par leurs richesses ou par leur puissance, fut bientôt imitée par celle de tous les êtres dépendons, qui craignaient de perdre ou qui voulaient obtenir '. Le salut du peuple s'achetait à bon marché, s'il est vrai que dans une année douze mille hommes et un nombre proportionné de femmes et d'enfans furent baptisés à Rome, et qu'il n'en coûta qu'une robe blanche et vingt pièces d'or pour chaquo converti \ La puissante influence de Constantin n'était pas circonscrite dans les limites étroites de sa vie ou de ses états. L'éducation qu'il donnait à ses Gis ou à ses neveux semblait devoir assurer à l'empire une race de princes dont la foi serait d'autant plus vive et sincère, qu'ils en avaient reçu les principes dès leur plus tendre jennesse. Le commerce et la guerre répandaient la connaissance de l'Évangile au-delà des provinces romaines; et les barbares qui avaient dédaigné une secte proscrite et humiliée, respectèrent une religion adoptée par le plus, puissant monarque du monde et par les
prtehée du cœur ou seulement des lerras , il s'en réjouirait toujours. (L. m,c.S8. )
> Tillemonl (Hist.dea Empereurs, t. n, p. 374-6W) ■ défendu arec esprit et arec force la pureté de Caottantiuople contre quelques insinuations malignes <iu palan Zosinie.
1 L'auteur de l'Histoire politique et philosophique des deux Indes ( 1. 1 , p. 8) condamne une loi de Constantin , qui donnait la liberté a tous les esclaves qui embrassaient le christianisme. L'empereur publia effectivement une Ici qui défendait aux JuiFj de circoncire, et peut-être de Barder aucun esclave chrétien. (Voyw Eusebc, in Fit. Constant., I. rv, c. 27, et le Cod. Th odos., I. m, Ut. H , avec les Commentaires de Godefroy, t. tî.p. 247.) Mus cette exception ne regardait que les .luirs , et la généralité des esclaves qui appartenaient ou à des chrétiens ou à d< s païens ne changeaient oint d'étal en changeant de religion. J'ignore par quelle autorité l'abbé Raynal acte induit en erreur , et le manque total de notes et de citations csl un défaut Impardonnable de son intéressant ouvrage. S aja Actasancti Silvestri.; l'HLst. Ecelésiast.,-Ni«vphor. Callist., I. v in , c. M , ap Baronium ; Annal. Bcclésiast. , A. D. 324, no 67, 74. Ces autorités ne sont pa bien respectables; mais les circonstances sont si priibaenell«-mÉmc,quc le savant Docteur flmvell (IlisL lonile . vol. m, p. 14 ) n'a pas hésité il les auoplcr
(369 dep. J.-C.) peuples les plus civilises Germains qui s'enrôlaient sous les drapeaux de l'empire révéraient la croix qni brillait à la tétc des légions, et ils répandaient parmi leurs féroces compatriotes (les principes de religion et d'humanité. Les rois d'Ibérie et d'Arménie adoraient le Dieu de leur protecteur- Leurs sujets, qui ont invariablement conservé le nom de chrétiens, formèrent bientôt une alliance perpétuelle et sacrée avec les catholiques romains. On accusa tes chrétiens de la Perse d'avoir sacrifié, pendant la guerre, les intérêts de leur pays a ceux de leur religion; mais, tant que la paix subsista entre les deux empires, la persécution des mages fut toujours arrêtée par l'interposition de Constantin *. La lumière de l'Évangile brillait sur les côtes des Indes. Les colonies de Juifs qui avaient pénétré dans l'Arabie et dans l'Ethiopie s «'opposaient aux progrès de la foi chrétienne; maïs la connaissance de ta révélation mosaïque facilitait en quelque façon les travaux des missionnaires; et l'Abyssinie révère encore la mémoire de Frumentius, qui dévoua si vie, du temps de Constantin , à la conversion de ces pays éloignés. Sous le règne de Constance , son fils Théophile \ Indien d'extrac-
1 Les écrivains ecclésiastiques ont célébré la des barbares sous le règne de Constantin. (Voy. Sozom., t. il, c 6; et ThéodorM , 1. 1 , c. 23 , 24.) Mais nufln,lu tradustew latin d'Eusebe, doit être considéré comme une autorité respectable. Ha tiré son rapport d'un des compagnons de l'apôtre d'Ethiopie , et de Bacusius , prince ibérieu, et eu même temps cornie des domestiques. Le pire Mamachi a donné une ample compilation des progrès du christianisme dans les premier et second volumes de son grand et défectueux, ouvrage.
* Vttjea dans Ëusebe {in Vit. Constant., 1. w, t. 8) la lettre pressante et pathétique de Constantin en faveur de ses frères ebretieas de la l'erse.
> Voyex Basnage, IlisL des Juifs, t. tu, p. 182 ; I. nii, p. 333-, t. u , p. 810. L'activité infatigable de cet écrivain poursuit les Juifs jasqu'i l'extrémité du globe.
* Théophile avait été donné, pendant son enfonce, en otage pu leshabltans de 111e de Diva, ses compatriotes, et avait été instruit par les Romains dans les sciences et dans la foi chrétienne. Les Maldire*, dont Maté ou Diva est probablement la capitale, forment un amas de 19TJ0 ou 2000 petites Iles dans l'océan indien. Les anciens ne connurent qu'imparfaitement les Maldives; mai» elles sont décrites dans deux voyageurs mahométans du neuvième tiède, publiés par Renau dol . (Geograpk . nubimsis,
Les Goths et les
US
lion, recul la double dignité d'évoqué et d'ambassadeur. Il s'embarqua sur la mer Rouge avec deux cenu chevaux de la meilleure race de Cnppadocc, que l'empereur envoyait an prince des Sabéens et des Ilomérites. Théophile était chargé de beaucoup d'autres présens miles et curieux , au moyen desquels on espérait exciter l'admiration et se concilier l'amitié des barbares. Le nouvel évéque fit avec succès, pendant plusieurs années , des visites pastorales aux églises de la zone torride *.
Les empereurs romains déployèrent leur puissance irrésistible dans le changement de la religion nationale. La terreur qu'inspiraient des armées formidables réduisit au silence les faibles murmures des païens, et il y avait lien de croire que la soumission volontaire des ecclésiastiques et du peuple chrétien serait la suite de leurs principes et de leur reconnaissance. Les Romains avaient adopté depuis long-temps, comme mie maxime fondamentale de leur constitution , que tons les citoyens , quels que fussent leur rang et leurs dignités, devaient également obéir aux lois, et que les soins et la police de la religion appartenaient aux magistrats civils. Il ne fut pas aisé de persuader à Constantin et à ses successeurs qu'ils avaient cédé, par leur conversion, une partie des prérogatives impériales, et qu'il ne dépendait plus d'eux de faire la loi à une religion qu'ils avaient protégée, établie et professée. Les empereurs continuèrent à exercer leur juridiction suprême sur l'ordre ecclésiastique; et le seizième livre du code de 'f liéodose détaille, sous nn grand nombre de titres, ['autorité qu'ils exerçaient sur l'église catholique.
Les Grecs et les Romains libres n'avaient jamais connu la distinction entre la puissance spirituelle et temporelle1; mais elle fut introduite et confirmée par l'établissement légal de la religion chrétienne. La dignité de su-
p. 30, 31 ; D'Herbclol, Bibliothèque Orientale, p. 701; Hisl. générale des Voyages , l. vm.)
1 Pbiloslorgius, t. m, c. 4, 5, 6, avec les Observations du savant Go iefroy. Le récit historique fait bicnlflt place à des recherches sur ta situation (yo^nii'tiiqucdu Paradis, sur des monstres cxlr^-iilhiair.^ , etc., etc.
* Voyez l'Épîlrc d'Obus, ap, Âtlumasium, vol. i,
préme pontife, toujours exercée depuis Nnma jusqu'à Auguste par les plus illustres des sénateurs, fut enfin unie à la couronne impériale. Le premier magistrat remplissait luimême les fonctions sacerdotales toutes les fois que la superstition oula politique le rendaient nécessaire '; et il n'existait, ni à Rome, ni dans les provinces, aucun ordre de prêtres qui réclamât un caractère plus sacré que celui des simples citoyens, ou qui prétendit a une communication plus intime avec les dieux. Mais dans l'église chrétienne , qui confie le service des autels à une succession de ministres consacrés, le souverain, dont le rang spirituel est moins vénérable que celui du moindre diacre, se trouvait placé hors du sanctuaire et confondu avec le peuple des fidèles'. On pouvait regarder l'empereur comme le père de ses sujets ; mais il devait un respect et une obéissance filiale an père de l'église; et la vénération que Constantin n'avait pu reAiser aux vertus des saints et des confesseurs fut bientôt exigée comme un droit, par la vanité de l'ordre épiscopal *. La sourde animosité qui régnait entre les juridictions ecclésiastiques et civiles em-
p. 840. La remontrance publique qu'il fui forcé d'adresser «u fils contenait les mêmes principes de gouvernement civil et ecelési us tique qu'il avait secrètement Uclrê d'inspirer à son pire.
■ H. de la Baslie ( Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. xv, p. 38-61 ) a prouvé, avec évidence, qu'Au- .gusle et ses successeurs ont exercé eu personne toutes les ■fonctions sacrées de suprême pontife ou grand-prêtre de .l'empire romain.
* Une habitude contraire commençait déjààs'in troduire dans l'église de Constant inoplr ; mais le sévère Ambroisc ordonna à Théodose de se retirer du sanctuaire, el lui fil sentir la différence d'nn monarque à un prêtre. (Voyez Théodore!, 1. v, c. 18.)
3 A la table de l'empereur Maxime, Martin, érèque de Tours, reçut la coupe de celui qui la présentai!, et la remit à un prêtre dont il était accompagné, avant de permettre qu'elle passât dans les mains de l'empereur. L'impératrice servit Martin à Unie. ( Sulpice Sévère , in Fit. Saneti Martini, c. 23, el le Dialogue n, 7.)Cependant on ne sait si ces honneurs extraordinaires étaient rendus i la qualité de saint ou à celle d'évéque. On peut trouver dans les Antiquités de Bingham (I. n, c. 9) cl dans Valcs. (ad Theodorius , I. iv,c. 6) les distinctions accordées aux èvfiques. (Voyez le cérémonial que Léonce, évêque de Tripoli, exigea de l'impératrice ; Tillemonl, Hist. des Empereurs, t. iv, p. 751 ; Patres JpottoU, t. u, p. 179.)
(35Ô dep. J.-C.) barrassait le gouvernement romain. Les empereurs craignaient de se rendre odieux et coupables en attaquant des privilèges sacrés. La distinction des laïques et du clergé avait eu lieu chez beaucoup de nations anciennes. Les prêtres des Indes, de la Perse, de l'Assyrie, de la Judée, de l'Ethiopie, de l'Egypte et de la Gaule, prétendaient tous tirer d'une origine céleste leur puissance et leurs pos-, sessions temporelles, ci ces respectables institutions s'étaient insensiblement adaptées aux mœurs et au gouvernement de ces dilTérens peuples '. Mais la discipline de la primitive église était fondée sur une résistance dédaigneuse à l'autorité civile. Les chrétiens avaient été obligés d'élire leurs propres magistrats, de lever et de distribuer un revenu particulier, et de faire, pour régler la police intérieure de leur république, uu code de lois ratifié par le consentement du peuple et par une pratique de trois cents ans. Lorsque Constantin embrassa la foi des chrétiens , il sembla contracter une' alliance perpétuelle avec une société indépendant, et les privilèges accordés ou confirmés par cet empereur et par ses successeurs furent acceptés, non pas comme des grâces précaires de là cour, mais comme les droits justes et inaliénables de l'ordre ecclésiastique.
L'églîsc catholique était gouvernée par U juridiction spirituelle et Légale de dix-huit, cents évéques ', dont mille étaient répandus dans la Grèce, et huit cents dans le pays latin. L'étendue et les bornes de leurs diflérens diocèses dépendirent d'abord du succès des missionnaires, et variaient relativement à leurs succès, au zèle des peuples, et à la propagation de l'Evangile. On construisit des
1 riutarque nous apprend, dam son traité d'isis et d'Osiris, qu'on initiait .les mis d'Egypte , aussitôt après leur élection, dans l'ordre sacerdotal, lorsqu'ils n'étaieut pas prêtres. ^
1 Le catalogue original et les anciens écrivains ne fixent point leur nombre, et les listes partielles des églises de l'Orient soni relativement très-modernes. La patiente aclivilé de Charles de Sancto Paolo, de Luc Holslcnius.elde Binghara, a laborieusement recherché tous les sièges épiscopnux de l'église catholique, qui comprenait presque tout l'empire romain. Le neuvième livre des Antiquités chrétiennes est une carte très-cxacle de géographie ecclésiastique.
dbyGoogle
(359 dep\ J.-C.)
églises épiscopales sur les rives du Nil, sur les cites d'Afrique , dans le proconsulat de l'Asie, et dans tontes les provinces orientales de l'Italie. Les évoques de la Ganle, de la Thrace et du Pont gouvernaient un vaste territoire, et envoyaient leurs suffragansdans les campagnes pour remplir les fonctions subordonnées du devoir pastoral '. Un diocèse chrétien pouvait comprendre toute une province, on être réduit à un village; mais tous les évêqnes avaient lin rang égal et indélébile. Us étaient tons censés successeurs des apôtres; le peuple et les lois leur accordaient à tons les mêmes privilèges. Tandis que Constantin séparait par politique les professions civiles et militaires , il souffrait la naissance d'un ordre perpétuel de ministres ecclésiastiques, toujours respectables, et souvent dangereux. On peut considérer leurs principales immunités sous les sept chefs suivans : 1. élection du peuple; 2. ordination do, clergé; 3. propriétés; 4. juridiction civile; 5. censures spirituelles ; 6. prédication publique; 7. privilège d'assemblées législatives.
La liberté des élections subsista longtemps après l'établissement de la foi chrétienne1; et les sujets de Rome jouissaient, dans l'église, du privilège, qu'ils avaient perdu dans la république , de choisir les magistrats' auxquels ils s'engageaient à obéir. Aussitôt après la mort d'un évoque , le métropolitain'donnait à un de ses suffragans la commission d'administrer le diocèse vacant, et de préparer, dans un temps bonté, la future élection. Le droit de suffrage appartenait an clergé inférieur, qui était à portée
■ An sujet des évequet de campagne ou Chorepiieopi, •ni votaient dans les synodes et conféraient les ordre* infàfienrs, TOyœ Tbomassiu (Discipline de l'Eglise, t. ni, p. 447, etc.), et Chardon (Histoire des Sacremens, L i, p. 395, etc.). On n'en entend point parler HTànt lequatrieme ■iètie; et CMMMtK équivoque, qui avait eicité la jatobsie des prélaLs, fut aboli avant la, fin du dixième siècle dans l'Orient (l dans l'Occident.
2 TbomwsiD (Discipline de l'Église, t. o,Ln, <l 1-8, P. 673-721 ) a détaillé longuement les élections des oVe- •lues, dorant les cinq premier* siècles, dans l'Orient et «tans l'Occident; mû il se- montre très-partial en faveur <te l'arWocralte evàeepal», Bingbam (I. «r, c. 2) lait kkrcnTe de modération; et Chardon ( Histoire des Sacre- «»nrt«,»-*T>P-Jt*'i28)e,tlfèH:l»irellrèMoncii-
de reconnaître le mérite des candidats, aux sénateurs ou nobles de la ville, à tous ceux qui avaient un rang ou une propriété, et enfin à tout le corps du peuple , qui accourait en foule, au jour de la cérémonie, de l'ex- ' trémité du diocèse ', et imposait quelquefois 'silence, par ses tumultueuses acclamations, !a la voix de la raison et aux lois de la discipline. U pouvait bien fixer par hasard son j choix sur le plus digne des concurrens, sur un ancien curé, sur un moine pieux, ou sur ;iui prêtre séculier, recommandable par ses [ vertus. Mais,'en général, la chaire épiscopale 'était plus recherchée pour les avantages dont ; elle faisait jouir dans ce monde que comme jtuie dignité spirituelle. Les vues intéressées |des passions les plus méprisables, les alliances de la dissimulation, de la perfidie, de > la corruption, «jusqu'aux violences ouvertes et sanglantes qui avaient déshonoré les élec- : tions des républiques de la Grèce et de Rome, servirent trop souvent à élever les successeurs des humbles apôtres. Tandis qu'un candidat vantait le rang de ses aïeux, un autre tachait de séduire ses juges en leur offrant les délices d'une table somptueusement servie. Un troisième , plus coupable, promettait de partager les dépouilles de l'église avec les complices de ses espérances sacrilèges *. Les lois ecclésiastiques et civiles s'occupaient de concert à réprimer ces désordres en excluant la populace du droit de suffrage; et les canons de l'ancienne discipline arrêtèrent en partie le caprice aveugle des électeurs , en fixant l'âge et le rang des candidats. L'autorité des évëques de la province, qui s'assemblaient dans l'église vacante pour consacrer le choix du peuple, servit à modérer sou emportement et à éclairer ses erreurs. Les évéques pouvaient refuser l'ordination à un candidat qu'ils en
■ Incrcdibilia mutlihido, non solùm ex eo oppido i( Tours), sed etîam ex vicinis urbibus ad suffragia ferenda cohœnerat, etc. ( Sulpice Sévère, in Fit, Martin. , o. 7.) Le concile deLaodieée (canon, 13) défend le tumulte et les attroupement ; cl Juslinicn réserre le droit d'élection a la seule noblesse. { Novell, rasm , 1. ) ■ il*s Épures de Sidouius Apollinaris (rv, 25; vu, 1 6-9 ) détaillent quelques scandales de l'église de la Gaule ; letUGiiuIecUil moins policée et beaucoup moins corrompue que les provinces de l'Orient.
tëi
DECADENCE DE L'EMMKÊ ftOMAIN,
jugeaient Indigne, et la fureur des raclions opposées acceptait quelquefois leur médiation. La soumission et la résistance du peuple et du clergé, dans plusieurs occasions, donnèrent lieu à des précautions qui peu à peu se changèrent en usage et en lois positives, dans différentes provinces'. Mais ce fut partout une loi fondamentale de la police religieuse, qu'un évoque ne pouvait pas prendre possession d'une chaire chrétienne sans avoir- été agréé par les membres de cette église. Les empereurs, comme protecteurs de la tranquillité publique, comme premiers citoyens de Rome etdeConstantinoplc , avaient sans doute une grande influence quand ils désignaient quelqu'un au choix d'un métropolitain; mais ces monarques absolus respectaient la liberté des élections ecclésiastiques; et, tandis qu'ils distribuaient et reprenaient à leur gré les dignités civiles cl militaires, ils souffraient que les suffrages libres du peuple nommassent dix-huit cents magistrats perpétuels a des emplois important '. Il paraissait juste que ces magistrats n'eussent pas la liberté de quitter des postes honorables dont on ne pouvait les priver. :La sagesse des conciles essaya, sans beaucoup de succès, à les forcer de résider dans leurs diocèses, et à les empêcher d'en changer. Mais les passions qui avaient nécessité les précautions (es rendirent insufllsantes. Les reproches que des prélats irrités lancèrent l'un contre l'autre avec véhémence ne :servirent qu'à publier leurs fautes réciproques et leurs mutuelles imprudences.
II. Les évéques étaient seuls en possession de Ja génération spirituelle; et ce privilège «oopensait en quelque façon les privations du célibat \ qui fut d'abord recommandé
■ fin compromis avait lieu quelquefois, soit au moyen d'une l.il ou par le consentement des évéques et du peuple: Tan des deux partis choisissait trois candidats, et l'autre ara.;t le droit de nommer celui des trois auquel il donnait la préférence.
i Tous les exemptes cites par Thomassin { Discipline de l'Église , l. u , 1. n , c. '■> P- 704-714) paraissent des actes d'autorité eïlraordinaii'es , ou plutôt d'oppression. La ■nomination de l'évêque iTAi'exandrie rut confirmée d'une i manière plus régulière. (Philos, torgius, Histoire Ecclésias- i Uique, l.n,ll.)
»Xa célibat *i elerfî, durant les oinqo
comme une vertu, ensuite comme un devoir, et cnGn imposé comme une obligation absolue. Les religions de l'antiquité , qui ont établi un ordre de prêtres distinct des autres citoyens, dévouaient une race sacrée, une tribu ou une famille au service perpétuel des dieux '. De telles institutions étaient plutôt destinées à une possession tranquille qu'au zèle ardent de la conquête spirituelle. Les enfans des prêtres, plongés dans une orgueilleuse indolence , jouissaient de leur saint héritage avec sécurité ; et la turbulente ardeur de l'enthousiasme s'éteignait dans les douces jouissances de la vie domestique. Mais le sanctuaire de l'église chrétienne s'ouvrait à tous les candidats ambitieux çujj aspiraient aux récompenses du ciel, ou à des possessions dans ce monde. Les emplois du clergé étaient exercés, comme ceux de l'armée et de la magistrature, par des homrocsqui se sentaient appelés, par leurs talenset parieurs dispositions, à l'état ecclésiastique, On qui avaient été choisis par un évéque intelligent, comme propres ùétendre la gloire elles succès de la foi catholique. Jusqu'au moment où les abus furent réprimés par la prudence des lois , les évéques ■ jouirent du droit de. contraindre les opiniâtres et de défendre les op-
sièdes , est un objet de discipline , et en même temps de controverse, qui a été examiné soigneusement. (Voyca Thomassin, Discipline de t'Êgliso, l.i,l. n,e. 60 5 li«i, p. 886-902; et les Antiquités de Bingham, 1- nr, c 5.) Chacun de ces critiques savans expose une moitié de la vérité , et cache l'autre. ''
' Diodore de Sicile atteste et approuTe la succession héréditaire de la préirise chez les Égyptiens , les Chaldétna et les Indiens (l.i, p. 84; 1. n, p. 142-153, édiL.Wesding.). Ammien parle des mages comme d'une famille Ires-nombreuse : • Per sœctrfa multa attpra-sens una eademque prosapin multitude creata , deorum cultibus dedicata , uni , 6. • Ausonius célèbre les privilèges des druides {de Profcssorib. Burdigal., n); mais la remarque de César (n, 13) semble indiquer qu'il restait dans la hiérarchie celtique une porte ouierteau choix et à l'émulation.
z Le sujet de la vocation , de l'ordination , de l'obédience, etc. du clergé, est laborieusement discuté par Thomassin (Discipl.de l'Église, t. »i,p. 1-S3), et par Bingham dans le quatrième livre de ses Antiquités, principalement dans les quatre, six et septième cliapilreg. Quand le frère de saint Jérôme fui ordonné en Chypre, les diacres lui tinrent la bouche fermée , de peur qu'il m lit une protestation qui aurait rends nulle la sainte céré-
f»dèpvï.-C.)
primés. On obtenait pour sa vie tes privilèges les plus avantageux de la société civile, par la seule imposition de leurs mains. Les empereurs avaient exempté le corps entier d» clergé, plus nombreux peut-être que celui <ïes légions, de tout service public ou particulier, des offices municipaux, et de toutes les taxes ou contributions personnelles qui écrasaient leurs concitoyens. Les devoirs de leur sainte profession étaient censés remplir suffisamment toutes leurs obligations envers la république ' . Chaque évoque acquérait un ilroic indestructible et absolu à l'éternelle obéissance des prêtres qu'il avait ordonnés. Le clergé d'une église épiscopale et des paroisses dépendantes formait une société régulière et permanente, et les cathédrales de
' Constantiuople * et de Carthage * entrete-
' liaient un établissement particulier de cinq cents ministres ecclésiastiques. Leur rang* et leur nombre furent multipliés par la superstition des temps; elle introduisit dans 1* église les cérémonies fastueuses des Juifs et des païens. Une longue suite de prêtres, de
'diacres, de sous-diacres, d'acolytes, d'exorcistes, de lecteurs, de chantres et de portiers, contribuèrent, dans leurs différons postes, à augmenter la pompe et l'harmonie du culte religieux. On accorda le nom de clerc
et .ses privilèges ù des confréries pieuses qui tiiduienl dévotement an soutien du trône ec-
* La charte des immunités que le clergé obtint des empereurs chrétiens se trouve au seizième livre du Code de Théodosc. Il est expliqué avec assez de bonne loi par CodelVoy, dont les préjugés opposés de docteur et de protestant tenaient l'opinion eu balance.
* Juslinien, Noveltes, cm. Soixante prêtres, cent dia-i cres, quarante diaconesses, qualre-vingt-dii sous-diacres, cent dix lecteurs , vingt-cinq chantres et ceul gardes des portes; en tout cinq cent vingt-cinq. Ce nombre modeste Oit fixé par l'empereur pour décharger L'église des dettes qu'un établissement beaucoup plus nombreux lui avait bit contracter.
3 Vaiverms dénis ecclesia carthaginiensis... fen i/uàigenK t'rf anipttus; inter quoi quam plurinU erant lectont infantuli. (Victor Vilensis, de pencr»' Fondai. , v, 9 , p. 78 , édil. Riii--»» ' " plus florissant «■■■' '
PAÏl ED. GIBBON. CH. XX.
4ûS
clésiastique *. Six cents parabolani, ou aventuriers, visitaient les malades d'Alexandrie; onze cents copiatœ ou fossoyeurs enterraient les morts à Constantiuople, et les nuées de moines qui s'élevaient des bords du Nil couvraient et obscurcissaient la surface du monde chrétien.
III. L'édit de Milan assura un revenu et la paix à l'église '. Les chrétiens ne recouvrèrent pas seulement les terres et les maisons que les lois du persécuteur Dioclétien leur avaient arrachées, mais ils acquirent uu droit légalà toutes les possessions dont ils ne jouissaient encore que par l'indulgence du magistrat. Aussitôt que l'empereur et l'empire eurent embrassé la religion chrétienne , il parut juste de donner une existence décente et honorable au clergé national. Le paiement d'une taxe annuelle aurait pu délivrer le peuple des tributs abondait» et abusifs que la superstition impose à ses prosélytes. Mais les dépenses et les besoins de l'église augmentaient avec sa prospérité; l'ordre ecclésiastique recevait toujours les oblations volontaires des fidèles , et réclamait peut-être des dons qui l'enrichissaient. Huit ans après l'édit de Milan, Constantin permit à tous ses sujets de léguer leur fortune à la sainte église catholique ■ ; et leur dévoie libéralité , qui avait été retenue pendant leur vie par le luxe ou par l'avarice , se livrait, au moment de leur mort , a l'excès de la prodigalité. Les chrétiens opulens étaient encouragés par l'exemple de leur souverain. Un monarque absolu qui est riche sans patrimoine peut
'Voyez Cod. Théodos., I.m, lit, il, loi 42,4. Les Commentaires de Godefrny et l'Histoire ecclésiastique d'Alexandrie montrent le danger de ces pieuses institutions, qui troublèrent souvent la tranquillité de celle capitale, turbulente.
1 L'édit de Milan {de M. P., c. 48 ) reconnaît qu'il existait une propriété en tares : Ad jus eorporis eor»>~ iilest ecclesiaruin, non homi"»— ■' nentia. Une *' '
dbyGoogle
être charitable sans mérite ; et Constantin crut trop aisément qu'il obtiendrait la faveur du ciel en faisant subsister l'oisiveté aux dépens de l'industrie , et eu répandant parmi les saints les richesses de ses états. Le même messager qui porta la tête de Maxence en Afrique fut chargé, par l'empereur, d'une lettre pour Céciliea, évêque de Cartilage. Le monarque lui annonce qu'Un donné ordre aux trésoriers de la province de lui payer trois mille folles, ou environ dix-huit mille livres sterling, et de lui fournir le snrplusdont il pourrait avoir besoin pour secourir les églises d'Afrique, de Numulie, et de Mauritanie ' . La libéralité de Constantin croissait dans une juste proportion avec sa ferveur et aveeses vices. Il fit faire au clergé de tontes les villes une distribution régulière de grains, pour suppléer aux fonds de la charité ecclésiastique, et les personnes des deux sexes qui embrassaient la vie monastique devinrent les favoris particuliers de leur souverain. Les temples chrétiens d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem, de Constantinople, etc., attestaient lu fastueuse piété d'un prince qui ambitionnait, dans le déclin de son âge, d'égaler les plus superbes monumens de l'antiquité '. La forme simple et oblongue de ces pieux édifices était souvent ornée d'un dôme, ou s'étendait par deux bras en forme de croix. On se servait presque toujours des cèdres dn Liban pour les bois de charpente , et de tuiles ou quelquefois de cuivre doré pour la couverture; les colonnes, les murs et le pavé étaient incrustés d'une superbe variété des marbres les plus rares; l'argent, l'or et lesdiamans brillaient en profusion sur les autels; et cette magnificence avait pour base solide une vaste propriété de terres
iEuse,be(Hist. Ecclésiasl.,1. x,G,i«fU Constant., 1. iv, c 28). 11 s'étend avec satisfais tion , et plusieurs lois, sur la libéralité de soirtiéros, que l'évêque avait eu occasion de connaître el d'éprouver personnellement.
îEusebe, Ilist. Ecclésiast. , 1. i, c. ii, 3 , H. L'évêque de Césarée , qui étudiait et flattait le goui de son maître, prononça publiquement une description curieuse de l'église de Jérusalem {in fit. Const., 1. iv, c 40). Elle n'existe plus , mais il a inséré , dans la Vie de Constantin ( I. tii , c. 36 ) , un état abrégé de l'architecture et des ornemens. H lait aussi mention de l'église des Saints- Apôtres 1 Constaniùiople Q. « , c 6).
(3»dep. J.-C.) inaliénables. Dans l'espace de deux siècles, depuis te règne de Constantin jusqu'à Celui de lustinîen, les dix-huits cents églises de l'empire romain s'enrichirent des doiis multipliés, et toujours inaliénables, du prince et de ses sujets.' Oh petit évaluer à six cents livres sterling; ou environ quinze mille francs, lé revenu dès évèques places à une distance égale dé l'opulence et de la pauvreté"! mais" ce" revenu augmenta insensiblement en proportion de la puissance et des richesses dés villes qu'ils gouvernaient. On trouve dans un registre authentique, mais'imparfait \ le détail des maisons, boutiques, jardins, et fermes situées dans les provinces d'Italie, d'Afrique et d'0>rient, qui dépendaient des trois basiliques de Rome , Saint-Pierre , Saint- Paul, et Saim- Jean-de-Latran. 'Elles produisaient, outre une réserve d'huile, de toile, de papier et d'aromates, un revenu net de vingt-deux mille pièces d'or, environ douze mille livres sterling, ou à peu près trois cent mille francs. Dansle siècle de Jttstinien, lesévéques ne possédaient plus et ue méritaient plus peut-être de posséder la confiance aveugle des citoyens et du clergé. On divisa lès revenus ecclésiastiques de chaque diocèse eu quatre parts : la première pour 1 cvêqiie , la seconde' pour le clergé inférieur, la troisième pour les pauvres , la dernière pour les dépenses du culte public; et les abus furent souvent et sévèrement réprimés *. Le. patri-
■ Voyez Justinien , Novell., cxm, 3, Il ne parle ni do revenu des patriarches, ni de celui de plus riches prélals. La plus haute évaluation du revenu d'un évfiché est portée â trente livres d'or, el la plus basse A dent livres, la moyenne serait a peu prés seize livres; maïs toutes ces évaluations sont fort au-dessous de la valeur réelle.
> Voyer Baronhis ( Annal. Ecclésiast. A. D. 324, n" 58, 65, 70, 71). Tous les aclesqul sortent dn Vatican sont justement suspects. Cependant ces registres ont un air d'antiquité el d'authenticité; et 11 est évident que, s'ilsont été forgés , ce fut dans un temps où l'avidité des papes se contentait de petites possessions et n'ambitionnait pas encore an royaume.
* Voyez Thomassin (Discipline de l'Église, t. ifi.I.ii, e. ïiji, irv, XT,p. 689-700). 11 parait que la division légale du revenu ecclésiastique n'était pas encore établie du temps d'Ambroiseet deChrysostôme. Simplicius et Gclase, successivement éveques de Rome à la Un du cinquième siècle, en parient dans leurs lettres pastorales comme d'une loi Générale dèji confirmée par l'upge dani l'Italie.
(369 dep. J.-C)
PAR ED. GIBBOfl. CH. XX-
moine de l'église était encore assujettie toutes les impositions publiques '. Le clergé de Rome , d'Alexandrie et de Thessalonique obtenait quelques exemptions de faveur; mais le fils de Constantin repoussa la tentative prématurée du concile de Rimini, qui tendait a obtenir 'pour tous les biens ecclésiastiques une franchise entière et universelle ».
IV.Le clergé latin.dontlctribunals'estélevé sur les ruines de la loi civile' et générale , a modestement reconnu comme undon de Constantin* la juridiction indépendante, qui Tut le fruit du temps, du hasard , et de l'industrie. Mais les ecclésiastiques jouirent bientôt légalement, parla libéralité des empereurs chrétiens, de privilèges honorables qui assuraient et ennoblissaient les fonctions sàcérdôtajesf. ' . ■ : •
1° Sous un gouvernement despotique , les
' Ambrais* , le plus zélé protecteur des privilèges ecclésiastiques , se souniii sang murmure à payer la taie des terres, : Si tribatum petit' iinperator ; nmntgaituu, agri ecctésUX votvUrU ■ tribututti ; sûUintus quiB smit Gaiarit Cœsari , et qiiatuM.Dei Deo ; tiibutum CàtkarU ttt, tient negatttr. * Baronius tâche de présenter ce tribut roffiiwt on don fotontalre pluWt que comme un dave* (Aimai. Eoeletiast. A. D; 367); mail l'intention, OU du moins tes expressions font expliquées, plus naïvement par Tnomassia (Discipliné de l'Église, t. mil. i. e. «W, p, 208).
* lu Arimincnic sjrnotlo saper ecelesiarum et clericorum privilégia trnetatu habita, risque eo ditpatitio prvgmmest, utjugtfqmw vùterentar mi ecelesiam pnUNtn a public* ftoûéidne cessaient inqiàehidine destitente : quolt nostra vldetur dadum sanctio reptdtisu. (Cod. Thitodos., 1. ivi.lit. n, loi 16. ) Si le synode de Biaisai eut emporté eet article, une pratique si méritoire aurait pu apter quelque* néréEiesgjiéeulatives.
s Eusrtie (in fit. Constant., I. iv, c, 37) etSuzomene(i, c. 9} nous assurent que Constantin étendit et ccn8r«ial»iiiridlctlonépUoopalei maisialausaetodH fameux édi tqui ne lut jamsisiUBéré clairement dans le Code de Tnésdoae (voyez t. vi , p. 303) est démontrée par Godefrojr arec évidence. Il aal éteunaiit que H, de Montesquieu , jurisconsulte autant que philosophe, ait cita cet éditée CansUntar (Esprit des Loi, h «m, e. 16) sans marquer lopliisiégaraiiupeoii.
1 Ltl question de la juridiction ecclésiastique a été obscurcie par la passion, le préjugé et i'Iatértl personnel. Les deux livres les plus impartiaux qui me soient lombes dans les mains tant les -Instituts de la loi canonique , par l'abbé de Fkeury, et l'Histoire eivile de friaplee, par Gianoone. Leur patrie a contribué i leur modération autant que leur caractère. Fleury, ecdéskslique français, respec lait rautaritédes parten»us;etCia«uoiic, jurisoiusullo
seuls évoques obtinrent et conservèrent le privilège inestimable de n'être jugés qiuVpàr leurs pairs; même dans une accusation' capitale , tin synode dé leurs confrères les déclarait Innocens ou coupables. Un tribunal ainsi composé devait être favorable ou même partial pour l'ordre ecclésiastique, a moins qu'il ne fût enflammé par un ressentiment personnel; ou par la discorde religieuse. Biais Constantin semblait convaincu qu'une impunité; secrète était moins dangereuse qu'un scandale public'; et le concile de Nicce fut édifié de lui entendre déclarer publiquement que, s'il trouvait un évêque en adultère, il couvrirait le saint pécheur de son manteau impérial. 2° La juridiction domestique des évèques servait également de privilège et de frein à l'ordre ecclésiastique, dont les procès civils se terminaient sans la participation du juge séculier. Leurs fautes légères n'entraînaient ni un jugement ni une punition publique , et les évoques les traitaient avec la prudente sévérité d'un père qui corrige l'inexpérience de son fils, liais, lorsqu'un membre du clergé 'se rendait coupable d'un crime qu'on ne pouvait pas suffisamment expier en le dégradant de son ordre, Je magistrat tirait le glaive de là justice , sans aucun égard pour les impunités ecclésiastiques. 3° La décision des juges avait la sanction de la loi , e't les juges exécutaient sans appel et sans délai les décrets épiscopaux , dont la validité dépendait encore du consentement dès deux parties. La conversion des magistrats et de tout l'empire diminua sans doute' peu à peu les craintes et les scrupules des chrétiens; mais ils s'adressaient toujours de préférence au tribunal de l' évêque, donttts respectaient l'intelligence et l'inlégrité. Le vénérable Âustin se plaignait avec complaisance d'être sans cesse interrompu dans ses fonctions spirituelles par des ciitalien , redoutait le pouvoir dj l'église. Je dois faire observer ici que, comme les propositions générales que J'avance sont le résultat d'un grand nombre de faits particuliers! et peu sûr», je me trouve tbreéde renvoyer le lecteur à ceux des auteurs modernes qui ont traité ce sujet claire-' ment, ou de multiplier les notes de cet ouvrage au point de le rendre fatigant et dés-igréable.
■ Tillemont a recueilli chez Ruilu Tbéodoret, elles senlimensellesexpressioDsdeConstanlîn. (Mém. Eccléi. (.ni, p. 740-750.)
dbyGoogle
toyensqui remettaient à son jugement la possession (te leur or, de leurs terres et de leurs troupeaux. 4° Le privilège ancien des sanctuaires fut transféré aux églises chrétiennes, et la pieuse libéralité du second Théodose 1« tendit à toute l'enceinte du terrain consacré1. Les fugitif» et même les criminels pouvaient implorer la justice ou la miséricorde de la divinité ou de ses ministres ; la rigueur du despotisme se trouvait suspendue par l'interposition de l'église, et la puissante médiation des évoques pouvait défendre la fortune et la vie des plus illustres citoyens. ,
V. Levéque était le censeur perpétuel des laœursde son peuple chrétien. La .discipline de pénitence formait un système de jurisprudence canonique*, qui définissait avec soin les devoirs publies et particuliers delà confession, les règles de l'évidence, les degrés des fautes , et la mesure des punitions. Le pomife chrétien aurait mal rempli la tache de celte censure spirituelle si, en punissant les fautes obscures de la multitude, il eut respecté les vices brillans et les crimes destructeurs du magistrat ; mais il n'était pas facile de blâmer la conduite du magistrat sans inculper en même temps l'administrateur du gouvernement civil. Des considérations de religion ou de fidélité, derespeeloude crainte, mettaient la personne sacrée des empereurs à l'abri dit zèle et du ressentiment des évoques; mais les prélats censuraient et excommuniaient hardiment les tyrans subordonnés qui n'étaient point décorés de la pourpre. Saint Atlianasc excommunia un ministre de l'É-
■ Voyez Oui. Theodos., 1. 15 , tit. n , loi 4. Dans les ouvrages de Ki à-I'aolo (I. iv, p. 1U2, etc.), on trouve ud excellent discours sur l'origine, les droits, les limita et les abusdes sanctuaires. 11 remarque judicieusement que l'ancienne Grèce contenait quinze ou vingt asiles ou sanctuaires, et que ce nombre se trouverait aujourd'hui dans l'enceinte d'une seule ville d'Italie.
a La jurisprudence de la pénitence fut successivement perfectionnée par les canons des conciles ; mais il restait encore beaucoup de cas a la décision des éveques. A l'exemple du préteur romain, ils publièrent dans chaque circonstance les règles de discipline qu'ils se proposaient «'observer. Parmi les éptlrcs canoniques 'du quatrième siècle, celles du grand Basile sont les plus célèbres. Elles sont insérées dans les Pandccles de Beveridge (t. n, p. 47- 151), et traduites par Chardon (liist. de»Sacremeus,t. a, p. 219-277).
(359dep.J.rC) gypte, il prononça contre lui l'interdit du feu et de l'eau. Ce droit fut solennellement transmis à l'église de Cappadoce1. Sous le règne du second Théodose , l'éloquent et illustre Synèse, un des descendons d'Hercule*, remplit le siège épiscopal de Ptolémaïs, près des ruines de l'ancienne Cyrènc s , et le prélat philosophe soutint avec dignité un caractère qu'il avait revêtu avec répugnance *. Il vainquit le monstre de Libye , le président Ândronicus, qui, abusant de l'autorité d'une charge vénale , et inventant chaque jour de nouvelles tortures et de nouveaux moyens d'exaction, aggravait le crime de l'oppression par celui du sacrilège1. Après avoir inutile-
' Basile, Epitt. 47, dans Baronius (Annal. Eeeléslasl., A. D. 370, n* SI), qui raconte ce fait exprès, dit-il, pour prouver aux gouverneurs qu'ils n'étaient point i l'abri d'une sentence d'excommunication. Selon lui , la monarque lui-même pouvait être atteint par les foudres du Vatican , et ce cardinal raisonne beaucoup plus conséquemment que les Jurisconsultes et les théologiens te l'église gaWcane.
* La longue suite de ses ancêtres jusqu'à Kurysthénw, le premier roi dorique de Sparte, et le cinquième descendant d'Hercule, était inscrite sur les registres de Cyrene, colonie lacédémonienne (Synèse, Episl. uni, p. 197, edit. Prta c). L'histoire du monde entier ne présente point un seeoud exemple d'une si illustre filiation de dji<s«pt cents ans, sans compter les ancêtres d'Hercule.
3 Synèse (<te Régna, p. 2) déplore pathétiquement l'état obscur et malheureux dans lequel Cyrèue est réduite.
,«•>« tfwtiH, Ptolémaïs, nouvelle cité, A quatre-vingtdeui milles à l'occident de Cyréne, obtint les honneurs métropolitains delà Haute-Libye , qui furent transfères depuis àSoxuse. (Vova Wesseung.,/Enw<sr., p. 67, «,732;Cetlarins,Géogrspb., L u, part. d, p. 72-74; Charles à Sancto i'aolo, Geograph. itura, p. 273; d'Anrillc, Géographie ancienne, t. ni, p. 43, 44; Mém. de l'Acad. des lo script., xxxm, p. 363-391.)
* Synèse avait représenté combien il était peu propre I l'épistopat <,Epist., c. v, p. 24C-26u).H aimait tes sciences et les plaisirs profanes , ne pouvait supporter les privalions du célibat, avait une foi fort incertaine, en conséquence de laquelle il n'était pas convaincu et voulait conserver au moins le droit de cultiver chez lui la philosophie. Théophile, primai d'Egypte, qui connaissait le mérite de Synèse , accepta celte cornent ion eilra ordinaire. ( Voy ca Vie de Synèse, dans Tillemout, Méin. EodéstuL, t. ui,
s LiW7 les invectives de Synèse(£j»«.i vu. p. 181-301). La promotion d'Acdroniqoe était illégale, puisqu'il était né a Bérénice, dans la province où il commandait. Les instrumens de torture sont soigneusement détailles; les wimfiti, ou pressée, les /«mif»»9|M,lcsi«Jtt»«6i, les
dbyGoogle
(85fldep. J.-C.) ment essayé de corriger le magistrat par des remontrances pieuses et modérées , Synèse lança la dernière sentence de la justice ecclésiastique*, qui dévoue Andronicus, ses complices et leurs familles, à la haine de la terre et du ciel. Les pécheurs ûnpénitens , plus cruels que Phalaiïs ouSennachérib, plus destructeurs que la guerre , la peste ou «ne nuée de sauterelles, sont privés du nom et des privilèges du chrétien, de la participation aux sacremens, etde l'espoir du paradis. L'évêqne exhorte le clergé, les magistrats et le peuple, à cesser toute société avec les ennemis du Christ, à les exclure de leurs tables etde leurs maisons, à leur refuser tous les besoins de la vie et tous les honneurs de la sépulture. L'église de Ptolémaîs, si peu considérable qu'elle poisse paraître, écrit à toutes les églises du monde, ses soeurs, que les profanes qui ne recevraient pas ses décrets avec une soumission respectueuse partageraient le crime et le châtiment d* Andronicus et de ses imitateurs impies. Un compte adroitement rendu a la cour de Bysancc ajouta aux terreurs spirituelles, et le président épouvanté implora la miséricorde de l'église. Le descendant d'Hercule eut la satisfaction de relever de terre un tyran prosterné *. De tels principes, de pareils exemples préparaient insensiblement l'orgueil des pontifes à fouler aux pieds les plus fiers des souverains.
VI. Le pouvoir de l'éloquence, ou acquise, ou inspirée par la nature, s'est fait sentir dans tous les gouvernemens populaires; elle anime l'âme h plus froide, et la pins saine raison est ébranlée par la communication rapide de l'impulsion générale. Chaque auditeur est agité par ses propres passions et par celles de la moltttnde qui l'environne. Lorsque la liberté civile fut totalement détruite , les démagogues d'Athènes et les tribuns de
■ihmG[k, In «*?/>■, et lesx«Mf7»*«i, qui pressaient
nu «aidaient les doigts, les pieds, le nez, tes oreilles et le* tëvre» de» victimes.
■ La sentence d'excosununication est écrite en (trie dasaîquewde rbétaririwtSyrtce, Epist. 58, p. 201- 303). L'usage injuste de co:9i*re*dre (iss ùffiilles entières dans lesinlerdila fui pousse Jusqu'à envelopper une ville m ane nation eaiière,
» V*vw SyneM.tyùt. uni, 186-167; Ifilt. uxa, p. 230-231.
Rome furent dit même coup réduits an silence. L'usage de la prédication , qui constitue une partie de la dévotion chrétienne, ne s'était point introduit dans les temples de l'antiquité, et les oreilles délicates des monarques n'avaient pas encore été frappées par le son choquant de l'éloquence populaire, quand les chaires de l'empire se trouvèrent occupées par de pieux orateurs qui jouissaient de plusieurs avantages inconnus ù leurs prédécesseurs profanes1. Lesargumens des tribuns ne restaient pas sans réponses; d'habiles antagonistes avaient la liberté de se faire entendre, et combattaient à armes égales. La cause de la justice et de la vérité pouvait conserver son équilibre entre les efforts opposés des diflerens partis. L'évêque, ou le simple prêtre auquel il délègue avec précaution les pouvoirs de prêcher, harangue, sans crainte d'une réplique ou même d'une interruption, une multitude soumise, dont l'esprit a été préparé et subjugué par les cérémonies révérées de ta religion. Telle était la subordination sévère de l'église catholique , qu'un primat de Rome ou d'Alexandrie pouvait faire retentir en un instant des mêmes paroles toutes les chaires d'Egypte ou d'Italie1. Le dessein de cette institution était louable sans doute; mais les effets ne Turent pas toujours salutaires. Les prédicateurs recommandaient la pratique des devoirs de la société ; mais ils exaltaient la perfection de la vertu monastique, aussi pénible à l'individu qu'inutile au génie humain. Leurs charitables exhortations tendaient visiblement à donner au clergé le droit de disposer de la fortune des Gdèles opulens, sous prétexte de soulager l'indigence. Les plus sublimes représentations des lois divines et de ses attributs étaient défigurées par un mé-
Disripline de l'Église , I. h , 1. ni , c. mon, p. 1761-1770; et les Antiquités de Bingham, vol. i,L xiv, c. if, p. 668-717. La prédication était considérée comme la fonction la plus importante de t'épisropat; mais on la confiait quelquefois a de simples preires, tels que Cbrysoslôme et Augustin.
3 La reine Elisabeth se servait de ce moyen, quand elle avait envie de disposer l'esprit du peuple en faveur de quelque innovation dans le gouvernement. Ces dangereuses trompettes donnèrent bien de l'embarras 4 son suceesseur, dont le fils fut leur victime. (Vov« la Vie d'Hélène, par l'archevêque Laud , p. 153.)
dbyGoogle
lange de subtilités métaphysiques , de cérémonies puériles cl de miracles fabuleux ; eC ils appuyaient avec le zèle le plus ardent sur le pieux mérite d'obéir aux ministres de l'église, et de détester saintement tous ses adversaires. Lorsque la tranquillité' publique fut troublée par le schisme et l'hérésie, ils firent éclater la trompette de la discorde ou peut-être de la sédition. Le mystère régnait dans leurs assemblées; ils se livraient aux plus violentes invectives , et sortant en foule des temples d'Antioche et d'Alexandrie, ils donnaient on recevaient le martyre avec une égale fureur. La corruption du langage et du goût se faisait fortement sentir dans les déclàmalionsvéhémcntcs des évoques latins'; mais les discours élôquens de Grégoire et de Chrysostôme ont été comparés aux plus sublimes modèles de l'Attique ou du moins de l'Asie1.
VII. Les représentai de la république chrétienne s'assemblaient régulièrement tous lés ans dans le printemps et dans l'automne ; et ces synodes répandaient l'esprit de la' discipline et delà législation ecclésiastiques dans les cent vingt provinces qui composaient le monde romain '. L'archevêque ou métropolitain était autorise par les lois à faire comparaître les évêques sulfragans de son diocèse, à examiner leur conduite, a la censurer ou à l'approuver, à délendre leurs droits, et à peser le mérite des candidats que le peuple et le clergé avaient choisis pour occuper les sièges vacans du collège épiscopal. Les primats de Rome, d'Alexandrie, d'Anlioche, de Carthage, et ensuite de Constant inopte , qui exerçaient une juridiction étendue, assemblaient tous les évèques ' dépendons de leur diocèse; mais l'empereur seul avait le droit de convoquer extra ordinaire me ni les
' Ces orateurs modestes reconnaissaient humblement qu'ils n'avaient point ledon des miracles, et qu'ils tachent d'y suppléer par l'art de Téloquence.
î Le concile de Niriie, dans les quatrième , cinquième, thieme et septième canons, a faîl quelques reglebietu relativement aux synodes, aux métropolitains et aux frimais. L'intérêt personnel a successivement falsifié et déflguréies canons de ce concile. T-eséjUses Jït6arfacflrt««nes, assignées (par Rufln) àl'éveqûc de Rome, ont été l'objet d'une controverse violente. (Voyez Slrinoml., Opéra,X. rv,p. 1-238.1
(S59 (fep. I.-C.) conciles généraux. Quand les affaires de l'église l'exigeaient,' le souverain ajournait les évoques de tontes les provinces. On leur payait la dépense de leur voyage , et les postes impériales recevaient un ordre de leur fournir les chevaux qui leur seraient nécessaïres.Dans les' premiers temps, où Constantin était plutôt le prolecteur que lé prosélyte de l'église chrétienne, il fît juger les débats religieux de l'Afrique par le èoncile d'Arles, dans lequel lès évèques cTYorli , de Trêves , de Carthage et de Milan vinrent , comme amis et comme frères, discuter ensemble, dans leur langue nationale, les intérêts généraux de l'église fatiné ou occidentale'. Onze ans après, Il se tint une assemblée plus nombreuse a" Nycée eh Bythmïe , pour anéauiir, par une sentence' définitive , les questions subtiles qu'on avait élevées en Egypte au sujet de la sainte Trinité! Trois cent dix-huit évèques se rendirent aux' ordres de l'empereur ; et on fait monter à' deux. mille quarante-huit le nombre dés ecclésiastiques de tous les rangs , de tous les ordres et de toutes les dénominations qui s'y trouvèrent *. Les séances continuèrent pendant deux mois, et l'empereur les honora souvent de sa présence. Il laissait ses gardes à la porte, et s'asseyait, avec la permission du concile, sur un petit tabouret au milieu de la salle. Constantin écoutait avec patience , et parlait avec modestie; et, tout eri dirigeant les opinions, il protestait humblement que les successeurs des apôtres étaient les maîtres, qu'il ne voulait être que leur ntinistre, et ne prétendait point à juger des prêtres que Dieu avait établis pour régner sur la terre et lui donner des lois !. L*n si profond respect de la part d'un monarque absolu
' Nous n'avons que quarante-sept signatures épiseenales; mais Ado, dont l'autorité n'est pas, lia Vérité, bien respectable, compte six cents értqws au concile d'Arles. (TulemcM,IHem.€ecMslHt.,t.-tiI'p.«I2.)
2 Voici Tillemont, I. w, p. 915; etBeausobre (Ulst. du Manichéisme, t. i , p. 5!il). Le nom d'ftfSqiit donna par Gutychlus aux' deux mille quarante- tHritoeeJesiwflques ( AÎitiBl. . 1. 1, p. MO.vrrs.'PocWriO VCtcM fort ■ndeta des limites d'une ordino lion orthodoxe on même iSpiecopale.
» Voyez Eusèbe ( in Fit. Constant. , 1. m, e, 6-31 ; Till«nont,Méra.li«té*i»st--,(.n,p.WM6f.- '
dbyGoogle
(359 dep. J.-C.) pour un petit nombre de ses sujets faibles et désarmés ne peut se comparer qu'a la vénération qu' avaient pour le sénat les princes romains qui adoptaient ta politique d'Auguste. En conBidérant les étranges vicissitudes des choses humaines , un spectateur philosophe aurait pu, dans la révolution d'un demi-siècle, comparer Trajan dans le sénat de Rome à Constantin dans le concile de Nicée. Les pères du Capitole et ceux de l'église avaient également dégénéré des vertus de leurs prédécesseurs ; mais, comme les évéqnes étaient plus profondément enracinés dans l'opinion publique , ils' soutinrent leur dignité avec plus de décenee , et s'opposèrent quelquefois avec vigueur aux volontés de leur souverain. Le laps du temps et les progrès de la superstition ont fait oublier les faiblesses, l'ignorance et les passions qui déshonoraient ces synodes ecclésiastiques; et le monde catholique s'est unanimement soumis' aux décrets infaillibles des conciles généraux*.