‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 33 sur 85 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Persécution du Hérétiques Sc.hiimu de* Donaliatea. Socle des Ariens. Troublai de l'Église «ou Comiantin et ses fit). Tolérance du Patsnisme.

La reconnaissance du clergé a publié les vertus et consacré la mémoire d'un prince qui a cimenté la puissance ecclésiastique en favorisant toutes ses entreprises. Constantin peut être regardé comme le fondateur et le défenseur de l'église; il lui a donné la paix et la sûreté , il l'a comblée do richesses et d'honneurs; enfin la défense de la foi devint

■ Sancimus Igilur vicem legtim obtinerc qute à quatuor sanctis concilia.... exposita sunt aut firmatie. Pradietarum enim quatuor srnodorum dogmutta ticut lanetar scriptaras et régulas sieut leges obsen-amut. ( Justinien .Novell. cisu,) Beveridge {ad l'amlect. Proteg.,p. 2) remarque que les empereurs n'ont jamais bit de lot en matière «celifeiastique; et Giannone, au contraire, remarque que le* empereurs donnaient la sanction légale ara canons des conciles, {htoria civile di rtapoli, l.i, p. 136.)

2 Voyei l'article Concile dans l'Encyclopédie , Lui, p. 608-070, edit. de Lacques. Le docteur Bouctiaud a discuté , rf'aprts les principes de l'église gallicane, les principales questions relatives A la forme el à la constitution des concile, provinciaux et nationaux. Les éditeurs (voyei Préface, p. 16) ont raison de muter cul article, l'un des meilleur* de kvr immense compilation.

le premier devoir du magistrat. L'édit de Milan, ou la grande charte de tolérance, avait assuré à tous les sujets de l'empire romain la liberté de choisir une religion et de la professer publiquement. Mats ils ne jouirent pas long-temps de ce privilège inestimable. Le zèle de Constantin le fit bientôt changer de maximes, et le triomphe de la foi chrétienne fut terni par la persécution de toutes les autres religions. Constantin se persuada facilement que la ridicule obstination des hérétiques qui prétendaient discuter ses opinions et résister à ses volontés ne méritait point d'indnlgence, et qu'un peu de sévérité serait un bienfait , si elle pouvait leur éviter des tonrmens éternels. L'empereur commença par exclure tous les ministres ou'prédicateurs des religions hétérodoxes des récompenses et des privilèges qu'il accordait libéralement an clergé chrétien. Mais, comme il eût été possible que ces sectes subsistassent quoique disgraciées du prince , la conquête de l'Orient fut immédiatement suivie d'un édit qui ordonna leur totale destruction '. Après un préambule plein d'expressions violentes, Constantin défend les assemblées des hérétiques et confisque toutes leurs propriétés au profit dû fisc et de l'église catholique. Il parait que cette sévérité était tombée principalement sur les disciples dePauldeSamosate, sur lesDonatistes de Phrygie, dont l'enthousiasme et les prédictions ne s'étaient point ralentis , sur les Novatiens qui rejetaient l'efficacité temporelle du repentir, sur les Marciom'tes et les Valentiniens , dont les dogmes avaient été insensiblement adoptés par tous les gnostiqnes de l'Egypte et de l'Asie, et peut-être sur les Manichéens , qui apportaient nouvellement de la Perse un système de théologie plus séduisant *. On suivit avec ardeur et avec succès le projet d'anéantir le nom , ou du moins d'arrêter les

t Emeb., in fît. Constant, 1. m, e.63,64, 65,66, a Apres avoir comparé les opinions de Tillemoct , de Beausobre, de Lardner , etc., je suis convaincu que la secte de Manès ne se propagea pas même en Perse avant l'année 270. Il est étonnant qu'une hérésie philosophique et étrangère ait pénétré si rapidement dans les provinces d'Afrique, Cependant , il est difficile de rejeter l'édit de Dioctétien contre les Manichéens. On peut le trouver dans BaroninaC Annal. Socles., A. D.287).

(fe«dep.j*>c)

progrès de l'hérésie. Les mêmes supplices que Dioctétien avait infliges aux catholiques servirent à châtier les sectaires , et cette façon de convertir fut approuvée par les évéques qui avaient si cloquemmcnt réclamé les - droits de l'humanité pendant la persécution de leur église. On peut cependant juger, d'après deux circonstances qui eurent lieu alors, que Constantin ne se laissait pas entière ment aveugler par son zèle. Avant de condamner les Manichéens et les sectes qui en dépendaient, il fît examiner avec le plus grand soin leurs préceptes religieux, el, se méfiant, selon toute apparence, de ses conseillers ecclésiastiques, il chargea do cette commission délicate un magistral civil, dont l'intelligence et la modération avaient mérité son estime, et dont les dispositions intrigantes et vénales lui étaient probablement inconnues '. L'empereur, ayant été convaincu qu'il avait injustement proscrit la loi orthodoxe et la morale pure des Novaticns , qui différaient de l'église dans quelques articles de discipline peu essentiels au saint, les exempta , pnrtinédît particulier, des peines de la loi générale*. Il leur permit de bâtir une église à Cousumiinoplc , honora les miracles de leurs suints, invita l'cvèque Acésius au concile de Nieée , et le plaisanta d'une manière obligeante sur la rigidité de sa doctrine*.

Les plaintes et les accusations mutuelles dont le trône de Constantin lut. assailli , des quels monde Mnxcucc eut soumis l'Afrique à son autorité , étaient peu propres à édifier un prosélyte incertain. Il apprit avec éton-

i Constantiiuis enirn , cam llmalilis saperslitionum querrertt settas , Manicluronna et slmilium, clr. , etc. ( Amniieii , xv, 15.1 Slralegitts, A qui «lie commission valu! lu surnom du Musouit'ii, était chrétien de là secte d'Anus. M fui employé en qualité de comte au concile de Sardica. Libanius fait l'éloge de sa douceur et de ■a prudence ( Valrs. , ad lacmn Ammian. )

a Cod. Théodos. , !. ivi.lil. 5, loi 2. Comme la loi générale n'est point Insérée dam le Code dcTIiéodosc, il est probable que dans I année 43b' les sectes qui avaient été condamnées étaient cl fin tes.

s Sozociea. , 1. 1 , c ■>:> ; Sacrale , I. i.c. 10. Ces' historiens ont été soupçonnés , sans aucun motif, a ce qu'il ne semble, d'être attachés A la doctrine des Novatiens. L'empereur dit m l'évinuc Aeêse : i'aiti* une échelle pour vous, et montez tout seul au ciel. Presque toutes les tactes chrétiennes ont emprunté tour à tour l'échelle d'Acèw-

nemeut que les provinces do ce vaste pays , depuis les confins de Cyrène jusqu'aux colonnes d'Hercule, étaient déchirées par des dissensions religieuses'. Cette discorde venait d'une double élection dans l'église de Cartilage, considérée, par son rang et par ses richesses, comme le second siège ecclésiastique de l'Occident. On avait nommé deux primais d'Afrique , Cécilien et Majorin. Depuis la mort du dernier, sa place était occupée par Douât , dont les tateus supérieurs et les vertus apparentes appuyaient fortement les prétentions. L'avantage que Cécilien aurait pu tirer d'une première nomination disparaissait par la précipitation iudéoeme, ou au moins illégale, avec laquelle on l'avaitélu, sans attendre l'arrivée des évéques de Nttutidic. L'autorité de ces évoques, qui, a q nombre de soixante-dix, condamnéreat Céoiiiep et consacrèrent Majorin „ se trouve aussi. affaiblie par lu mauvaise réputation d'une parlit; de ces prélats, par des intrigues de. fccar mes , des marchés sacrilèges , et par des violences qu'on reproche à ce eonene de ÎSuinidie*. Les évéques des deux factions soutenaient avec un égal emportement que leurs adversaires avaient perdu tons leurs droits, et s'étaient publiquement déshonorés, en livrant les saintes écritures aux officiers de Dioclétien. Leurs reproches réciproques, et l'histoire de cette négociation: obscure don-

( Les meilleurs matériaux , rdalncmeat a cet»* parue de l'histoire ecclésiastique, se trouvent dam l'«d!lictB d'Oplalus Milevilauus, publiée i l'aris, en 170Ô, .par M. Lupin, qui l'a enrichie dénotes critiques, de discussions géographiques, d'actes authentiques, et d'an abrégé exact de toute celle controverse. M. de TiHesiou t u rempli la plus grande par lie d'un de ses volumes de l'histoire des donatisles (1. ri, part, i), et Je lui suis redevable d'une ample collection des passages de saint Augustin , relativement aux hérétiques.

> Selùsma igilur illo tempore confit sa mulitrà iracuiulia peperit ; aiubitus tuttrMl ; avarilia roboravtt, (Uiit.it. , 1. 1, c. tu. ) Le langage de Purpurins est celui d'un fréiii tique furieux. Dicitur te necasse filios sororis tua: ducs, l'urpuhas respondit : Patits me terreri

AU Occidi , et occiiio col qui contra me facùint.

{Acta Concil. CirtcatU, ad cote. Optât,, p. iî4.) Lorsque Cécilien fut invité i une assemblée devenues, t'urpurius dil à ses confrères ou plutôt à scsrrw™*

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(369 dap: J.-C.) nent lien de croîrequo la persécution récente avait envenimé leur zèle sans reformer tours mœurs. Celte église divisée n'était plus susceptible d'un jugement impartial. On discuta successivement la cause ans cinq tribunaux formes par le choix de l'empereur, et les chicanes durèrent plus de trois ans, depuis le premier appel jusqu'au jugement définitif. La recherche sévère que firent le substitut du préteur et le proconsul d'Asie, le rapport des deux évéques visiteurs qu'on avait envojés àCarlhage, les décrets des conciles d'Arles, et do Rome, et le jugement suprême de Constantin dans le consistoire furent tous en faveunde Cécilien. Les chefs du clergé et les magistrats civils le reconnurent unanimemeM/pe«rle!vériiabie et légitime primat de l'Afrique. -Dp mit ses évéques suuYogans en .possession des honneurs et des revenus de l'église, et Constantin crut user de modératiuq en exilant les principaux adhérons de DenatJOn peut présumer, par l'attention avec laquelle leur cause fut examinée, que les lois de' l'équité présidèrent an jugement. Il est possible aussi que, comme les prélats le prétendirent , Osius , favori de l'empereur, ait abwsé de son influence sur son maître , en trompant sa crédulité. Au reste, si une injustice de- cette espèce eût terminé une dispute dangereuse, on pourrait la classer parmi les iûcotivénieDs attachés à une administration arbitraire, dont la postérité ne tient aucun compte, parce qu'ils n'influent point sur sa prospérité;

Cet 'événement , qui parait à peine digne d' tincpluce dans l'histoire, fut la source d'un schisme qui dura plus de trois siècles dans la prorince d'Afrique, et qui ne fat anéanti qu'avec la religion chrétienne, dans laquelle il avait pris naissance. Les Donatistes, enflammés de l'enthousiasme du fanatisme et de la liberté , refusèrent d'obéir aux usurpateurs dont' Os rejetaient l'élection et l'autorité spirituelle. Exclus de la société civile et religieuse, ils excommunièrent audacieusement tous ceux qui embrassaient le parti de Cécilien, on qui avaient reçu de lui l'ordination. Ils assuraient avec une joie insultante que la succession apostolique était interrompue; que tons les évéques de l'Europe et de J'A-

PAR ED. GIBBON. Cil. XXI.

sic étaient vicieux et schismatiques, et que les prérogatives de l'église catholique n'appartenaient plus qu'au petit nombre de fidèles africains qui seuls avaient conservé la pureté de leurs préceptes et de leur discipline. A cette théorie sévère, ils joignirent les pratiques les plus violentes. Tous les prosélytes qui leur venaient, même des provinces les plus reculées de l'Orient, recevaient une seconde fois le baptême et l'ordination1. Les Donatistes regardaient ces sacremens comme nuls lorsqu'ils avaient clé administrés par dos hérétiques ou des sehismatiques , dans lesquels ils comprenaient tous ceux qui n'étaient pas de leur parti. Ils assujétissaient les évoques, les jeunes filles, et même les enfans, à une pénitence publique, avant de les admettre à la communion des Donatistes.

S'ils obtenaient une église occupée précédemment par leurs adversaires, ils la purifiaient avec autant de soin qu'un temple souillé par le culte des idoles. On lavait le pavé , on grattait les murs , et l'on brûlait l'autel, ordinairement construit en ■ bois. On fondait les vases sacrés, et les saintes hosties étaient jetées avec horreur et mépris; enfin ils n'omettaient aucune des cérémonies ignominieuses qui devaient enflammer et perpétuer l'animosité des factions religieuses *. Malgré cette aversion irréconciliable, les disciples des deux partis , répandus dans tontes les villes de l'Afrique, se rencontraient souvent et se trouvaient confondus ensemble dans la société. Ils conservaient le même extérieur, le mémo langage , le même zèle , le même culte et la même doctrine. Proscrits par les chefs de l'église et du gouvernement givil, les donatistes conservaient la supériorité du nombre dans quelques provinces , particulièrement en Numidic ; et quatre cents évéques reconnaissaient l'autorité de leur

■ tas conciles d'Aria, de Nieee et de Trente confirmerait In pratique sage et modérée de l'église da home. Les Doua listes toutefois eurent l'avantage de maintenir lo sentiment de Cyprîen et d'une grande partie de l'église primitive. Vincent ius Urinensîs ( p. 332, ap. Tillentont, Mcm. Ecdéstast., t.vi.p. !3S)a eiitliqué pourquoi les donatistes brûlent dans les enfers, tandis que saint Cyprien est dans le ciel avec Jésus- Christ.

3 Voyeï le suiea» Brre d'Optalus MileriUuiui,p. 81- 106,

DECADENCE DE t'EMPIRE ROMAIN,

primat. Mais leur invincible obstination les désunissait quelquefois, et l'église schismatique était déchirée par des dissensions intestines. Le quart des evéques donatistes suivait la discipline des Maximinianistes. Les autres étaient littéralement fidèles aux lois austères de leur fondateur ; ils s'anathéinatisaient mutuellement ;et une petite secte à peine connue sous le nom de Rogatiens affirmait avec assurance que, si le Christ descendait du ciel pour juger les humains, il ne reconnaîtrait la pureté de sa doctrine que dans quelques misérables villages de la Mauritanie césarienne1.

Le schisme des Donatistes fut renfermé dans l'Afrique. Mais les opinions des Trinilaires se répandirent successivement dans tout le monde chrétien. La source du premier fut «ne querelle occasionée par l'abus de In liberté; et le système mystérieux des Trinilaires prit naissance dansl'abusdelaphilosophie. Depuis le siècle de Constantin jusqu'à celui de Clovis et de Théodoric, les Romains et les barbares se livrèrent avec fureur aux disputes théologiques de l'arianisme; et l'historien, en soulevant respectueusement le voile qui couvre le sanctuaire, peut se permettre de jeter un coup d'œil sur les progrès de la raison , de la foi, des erreurs et des passions, depuis l'école de Platon jusqu'au déclin et à la chute de l'empire.

Le génie de Platon , éclairé par ses propres méditations ou par la tradition des prêtres de l'Egypte * , avait essayé de découvrir la nature mystérieuse de la divinité. Quand il eut élevé ses pensées jusqu'à la contemplation

t Tillrmotit , Mém. Ecelésiast. , t. n, pari, i, p. 253.» 11 plaisante sur leur cruauté partiale. TiHenout o-beaacoup de vénération pour saint Augustin , le grand docteur du système de la prédestination.

î Plato Egyptum peragravlt , ut à sacerdoiibus barbarû numéros et cœlestla acciperet. ( Cic , de Finibus, v. 25. ) Les Égyptiens conservaient peut-être eueorc la tradition des décrets des pairiarcaes. Joséphe a persuadé à plusieurs Pères de l'église que Platon avait lire des Juifs une grande partie de ses connaissance*. Hais oo ne peut guère concilier celle opinion avec l'obscurité et l'insodabilité du peuple juir, dont les écritures ne turent accessibles a la curiosité des Grecs que plus de cent ans après la mort de Platon. (Voyez Marsbani , Canon. Chronique, p. 144; Le Clerc, Epist.ciïUc. vu, p.ljï*

(369 dep. J.-C.) sublime d'un être existant par lui-même , le créateur et le moteur évident de l'univers , le philosophe athénien ne put concevoir comment la simple unité de son essence pouvait admettre la variété infinie d'idées distinctes et successives qui composent l'ensemble du monde intellectuel , comment un être purement immatériel avait pu exécuter ce plan admirable , débrouiller le chaos et créer l'univers. Dans la vaine espérance de vaincre des difficultés qui accableront toujours h faiblesse de l'esprit humain , Platon a pu considérer la nature divine sous les trois différentes modifications : de la première cause , de la raison ou Logos, et de l'âme ou de l'esprit de l'univers. Son imagination poétique personnifia et anima ces abstractions métaphysiques , et il représenta dans son système les trois principes originaux comme trois dieux unis étroitement l'un à l'antre par une génération mystérieuse. H considéra particulièrement le Logo» sous la dénomination plus intelligible, de fils du père éternel , créateur et conservateur de l'univers. Telle était , selon toutes les apparences, la doctrine secrète que. l'on enseignait furtivement dans les jardins de l'Académie. Et, si Ton en croit les disciples plus modernes de Platon, une étude et une application assiduede trente années suffisaient à peine pour acquérirlà parfaite connaissance de cette doctrine '.

Les victoires des Macédoniens avaient répandu dans l'Egypte et dans l'Asie le langage et l'érudition des Grecs , et le système théologique de Platon , peut-être perfectionné , s'enseignait avec moins de réserve dans l'école d'Alexandrie *, Sous la protection des Ptolomées, une nombreuse colonie de Juifs

< Les modernes que j'ai pris pour guides dans la connaissance du système de Platon sont Cudworth (Système inleUeetnel , p. 1368-620 ) ; Basaage ( Hift . des Juifs, Lu-, p. 53-60); Le Clere<rj>w(.crtï., vu, p. 194-209), et lirutiker ( Hist. Phitosoph. , t. î , p. 675-706). Comme leur érudition était égale , et leur intention différente, im observateur attentif peut tirer quelques lumières de leurs disputes, et regarder comme constans les faits dont ils

conviennent unanimement.

i Bruckw, Uiat. Philosop^L i, p. 1348-1367. L'école 4' Alexandrie «M cékMi pu Sttatwi ( I. xto ) tt par

AnuuienCxïD, 8).

(359 dep. J.-C.) s'était .fixée dans la nouvelle capitale '. Tandis que le corps de celte nation pratiquait ses anciennes cérémonies , et s'occupait d'un commerce lucratif, quelques Hébreux d'un génie plus élevé se livraient à la contemplation religieuse et philosophique '. Ils étudièrent et embrassèrent avec ardeur le système théologique du philosophe d'Athènes ; mais leur orgueil national aurait été offensé s'ils eussent reconnu Platon pour leur maître, et ils donnèrent audacieusementses préceptes pour une ancienne tradition de leurs ancêtres. Un siècle avant La naissance de Jésus-Christ, les Juifs d'Alexandrie publièrent un traité de philosophie, dans lequel on reconnaît aisément le style et les préceptes de l'école platonicienne; et il fut unanimement reçu comme un ouvrage inspiré a la sagesse de Salomon5. On trouve le même mélange de la foi mosaïque et 4e la philosophie dès Grecs dans les œuvres de Philon, que ce philosophe composa en grande partie sous le règne d'Auguste *. L'Ame matérielle de l'univers* pouvait offenser la piété des Hébreux; mais ils faisaient du Logocle Jéhoyah de Moïse al. des patriarches; et le fils de Dieu fut envoyé sur la terre pour

' Josephe , Anliquil. , 1. xii , c. i,3; Basnage , Hist. des JuifB,1. vu, c.7.

1 Relativement à l'origine de la philosophie juive., voyez &u&m(Praparat. Evangel.,6, 9, 10). Philon prétend que les Thérapeutes étudiaient la philosopha ; et Brucker * prouve ( Hist. Phiiosopfa. , t. n, p. 787 ) qu'Os donnaient la préférence a celte de Platon.

3 Voyez Calmet, Dissertations sur ta Bible, t.' n, p . 277. Plusieurs des Pères de l'église ont reçu le livre de la Sageae.de Salomon,rommc un ouvragé de ce monarque; et, quoique rejeté par les protestant, faute d'un original hébreu, il a obtenu, avec le reste de la Vulgale , la sanction du concile de Trente.

'Le Clerc (Épttre Critique, 8, p. 21i-228)a prouvé, d'une manière victorieuse , le platonisme de Philon. Basnage(Htst. des Jiiils, I. iv, c. 5) a démontré clairement que les œuvres ihéologiaues de Philon furent composées avant la mort et très-probablement avant la naissance de Jésus-Chris: t. Dansée temps d'obscurité, les con naissances de Philon sont plus étonnantes que ses erreur». (Bmll.Deftns.Fid. ffleen-., f. i.c.i, p. 12.)

s Mau agitât molem , et magno se corgore miscet.

En outte de cette âme matérielle, Cudworlh a découvert (p. 562) dans Amelius, Porphyre, Plolin, et, selon lui, dans Plalon lui-même, nue âme spirituelle, supétwie,*pcrcosmtame, de l'univers ; nuis Brucker, Basnage et Le Clerc prétendent que cette double âme est une nouvelle' umstion des dentiers FlatonisUs.

s'y occuper de choses qui paraissent incompatibles avec la nature et les attributs du moteur universel '. L'éloquence de Platon, le nom de Salomon, l'autorité de l'école d'Alexandrie ni: suffisaient point pour établir la vérité d'une doctrine mystérieuse qui séduisait l'esprit , mais qui révoltait la raison. Un apôtre ou un prophète inspiré par la divinité pouvait seul exercer un empire légitime sur la foi du genre humain ; et la théologie de Platon aurait toujours été confondue avec les visions philosophiques de l'Académie, du Portique et du Lycée, si le nom et les attributs du Logoi n'avaient pas été confirmés par la plume sainte du dernier et du plus sublime des évangélistes '.. Sous le règne de Nerva, la révélation chrétienne apprit à l'univers étonné que le Logos, qui était de toute éternité avec Dieu, qui était Dieu lui-même, qui avait créé toutes choses , et pour qui tout avait été fait, s'était incarné dans la personne de Jésus de Nazareth; qu'il était né d'une vierge , et avait soutien la mort sur une croix. Outre le dessein général de donner une base perpétuelle aux divins honneurs du Christ , les plus anciens et les plus respectables des écrivains ecclésiastiques conviennent que le théologien évangéUqneavait particulièrement l'intention de réfuter les deux hérésies opposées qui troublaient la paix de la primitive église '. 1° La foi des ébionites * , et peut-être

' Petav. Dogmaia Tlteologica, t. n, 1. toi, c. a, p. 791 ; Bull, Défais. Fui. ffïcen. , t. i,c i,p.8,13. Tanlque les Ariens n'abusèrent point de cette opinion, elle fut adoptée dans la théologie chrétienne. Tcrlullien {advers. Praxeam , c. 16) contient un passage remarquable. Après avoir fait contraster avec beaucoup d'indiscrétion la nature de Dieu et les actions de Jéhovah , il conclut : ScUicet ut haxde Filio Dei non credenda fuisse, si non scripta essent; fortasst non credenda de Pâtre, licet scripta.

3 Les Plalonistes admiraient le commencement de l'évangile de. saint Jean, comme contenant une copie eiacte de leurs principes. (Augustin., de CivUat. Dei , x, 29; Amelius, apud Cyril. adi>ers.Julian.,\, nu, p. 283.) Mais dans les troisième et quatrième siècles, les Plalonistes d'Alexandrie ont pu perfectionner leur trinité par l'élude de la théologie chrétienne.

3 Voyez Beausobre, Hist. critiq. du Manichéisme, 1. 1, p. 377. L'évangile selon saint Jean est supposé avoir été publié environ soiianle-dix ans après la mort de .Jésus- Christ

* Motheim (p. 331 ) et Le Clerc ( Hist. Ecriés. , p. «j;

celle tics Nazaréens ' , était ignorante et imparfaite. Ils révéraient Jésus comme le plus grand des prophètes, doué d'une puissance et d'une vertu surnaturelles. Us attribuaient à sa personne cl à son règne futur toutes les prédictions tics oracles hébreux qui annoncent le règne spirituel et éternel du messie*. Quelques-uns d'eux admettaient qu'il était né d'une vierge ; mais ils rejetaient avec obstination l'existence précédente , et les perfections divines du Logos ou Gis de Dieu , qui sont définies si clairement dans l'évangile de saint Jean. Environ cinquante ans après, les Ébionitcs, dont le martyr Justin a relevé les erreurs avec moins de sévérité qu'ils ne paraissaient le mériter 5, ne composaient qu'une très-faible partie du peuple chrétien. 2° Les Gnosliqucs, connus suus la dénomination de Dociles , donnaient dans l'excès contraire. Ils reconnaissaient la nature divine du Christ, et uecroyaienlpoinlàsanature humaine. Élevés dans l'école de Platon, accoutumes à l'idée sublime du Logos, ils concevaient aisément que la plus pure émanation de la divinité pouvait prendre la forme et l'apparence d'un mortel '; mais ils prétendaient que les imperfections delà matière étaient incompatibles avec la pureté d'une substance céleste. Tandis que le sang du Christ fumait encore sur le

expliquent clairement les senlimrns des Éhionites. Les critiques attribuent*: on de ces sectaires les Cfcmentiue* publiées par les Pires apostoliques.

■ Les Polémiques de Stauncb, et Bull (Jadicium Eectes. ( atliolic, C. 2), insistent sur l'orthodoxie desN*zaréeflS, qui parait moins pure et moins certaine a m yrui de Mosheim (p. 330).

i L'obscurité et les soiilfranccs de Jésus ont toujours été

le grand argument des Juifs. • Deus contraria co-

• loribus Mcssiam depinxerat ; futurus crat rcx , tjudex, pastor, etc.» (l.initwrch et Orobio Arnica, Collât. , p. S, 19,53,76,192, 234. ) Cette objection a été détruite par les chrétiens, qui ont élevé leurs yeux fers un royaume spirituel et éternel.

3 Julien Martyr, Dialog. cum Tiyphonte, p. 143, 144. (Voyez Le Clerc, HisL Eeclés., p. 615.) BuU et Crabe, sou éditeur (Juilicium Ecoles. CaXhol., c. 7, et J'Appendh ) essaient de défigurer les senlimcns ou les paroles de Justin; mais leur correction du texte a élé rejette de l'édition des Bénédictins.

' Les Ariens reprochent au parti orthodoxe d'avoir pria leur* tentimen» sur la trinité des Valenliuicns et des Marcioniles. (Voyez Beausobre, llist. du Manichéisme, Lan,C«,7-)

EMPIRE ROMAIN, {350 dep, J.^C.)

Calvaire , les Docètes inventaient des hypothèses impies et extravagantes : ils publiaient qu'au lieu d'être sorti du sein d'une vierge *, Jésus était descendu sur les bords du Jourdain sous lu forme d'un homme Tait, qu'il avait fasciné la vue de ses disciples, et que les bourreaux de Pilate avaient épuisé leur impuissante fureur sur un fantôme qui sembla mourir sur la croix et sortir trois jours après du séjour des morts *.

La sanction divine qu'un apôtre avait donnée au principe fondamental de la théologie de Platon encouragea les savans prosélytes du second et du troisième siècle à étudier tes écrits du sage d'Athènes, qui avait prédit d'une manière si merveilleuse une des plus étonnantes découvertes de la révélation chrétienne. Le nom respectacle de Platon servait également aux orthodoxes * et aux hérétiques pour défendre l'erreur et la vérité \ L'autorité d'habiles commentateurs et. la science de 1a dialectique furent employées à tirer de set opinions une longue suite de conséquences, et à suppléer au silence discret des écrivains

' Non digtuimesterrdert Datm , et Daim Hhrfatton...... Non dignttmest ut ttuUa majeslas ptrsor-

des et iqaalores nudia-ii Iraasùv credatur. Les Guosliques assuraient l'impureté de la matière et du mariage; et ils étaient scandalisés des interprétations des Pérès et d'Augustin lui-même. ( Voyez Beausobre , t. u , p. SB)

* Jpmtetu adkuc in xœculo superttttUsu apud Jadaam Chrilti sangaine récents , et pkttniéunus corpus Domini asserebatur. Cotelïer pense ( patres Apostol. , t. u, p. 24 ) que ceux qui refusent" de croire que les Docètes parurent du temps des apôtres peuvent aussi nier qu'il fait jour à midi. Ces Docètes , qui formaieni Un parti considérable parmi les ttnnstiq tes, étaient ainsi appelés , parce qu'ils prétendaient que.as curas de Jésus-Christ n'en avait eu que l'apparence.

î On peut trouver dans de La Motte le Va ver (Lv, p. 135, édit. 1757;, et dans Basnage ( Hlsl. des Juifs , t. tr, p. 20-79, etc.), des preuves durtspecleuelesefrrétiens avaient pour la penonM de Platon et pour sa doctrine.

* Doleo bond fuie PUttoncm omnium Itœrettcorum condimentarium factum. (Tertullien, dcAnimd, c.ï3.) Péuu (Dogm. Theolog., t. in, Proleg. 2 ) prouve que ce reproche était général. Beausobre ( t. i,I. m , c, fl.10) a présenté les erreurs des Gnosliques comme une conséquence des principes de Platon; et, comme dans l'école d'Alexandrie ces principes se trouvaient mélangés avec la philosophie orientale (Brucker, t.j, p. 1356), le sentiment de Beausobre peut se concilier avec l'opinion de Mosheim (His[. générale de l'F-glise, vu), i, p. 37 ).

(SâAden. J.-C.)

sacrés. On agiia dans tes écoles philosophiques et chrétiennes d'Alexandrie les grandes et subtiles questions relatives à la nature, la génération, lu distinction, et à l'égaillé des trois divines personnes de la mystérieuse Trinité '. L'avide curiosité travaillait avec ardeur à découvrir les secrets les plus profonds, et l'orgueil des professeurs et de leurs disciples se contentait d'une science de mots pour expliquer ce qu'ils ne concevaient pas. Mais les plus savans théologiens de (a chrétienté, le grand Athanase lui-même avoue ingénument * que, quand il se fatiguait Tesprît à méditer sur la divinité duLoyot, ses vains et pénibles efforts s'anéantissaient sans en percer l'obscurité; que, plus il réfléchissait, moins il comprenait, cl que, plus il écrivait, moins il se trouvait en état d'exprimer' ses idées. Dans celte recherche, nous sommes forcés à chaque pas de sentir et d'avouer la disproportion immense qui existe entre l'objet et les bornes de l'intelligence humaine. Nous pouvons bien acquérir qnelques notions séparées du temps, de l'espace et delà matière, qui sont étroitementliée» à toutes les perceptionsde nos counaissances expérimentales; mais, lorsque nous prétendons raisonner sur une substance infinie ou sur une génération spirituelle, après avoir' tiré quelques conclusions justes d'une idée négative, nous retombons dans- l'obscurité, dans l'incertitude , et dans des contrariétés inévitables. Comme ces difficultés naissent de la nature du sujet, elles accablent également le . philosophe et le théologien ; mais bous observerons deux circonstances tmêem iwlks et particulières qui distinguent la doctrine catholique des opinions de l'école platonique.

I. Une société choisie de philosophes dont l'éducation avait éveillé la curiosité pouvait méditer en silence et discuter paisiblement dans les jardins d'Athènes, ou dans la biblio-

< Théophile , évéque d'Anlioehe , fut le premier qui employa le mot Trieda, Trinité. Ce terme abstrait, qui était déjà familier dans le» écoles de la philosophie, doit avoir été Introduit dans la théologie des chrétiens poslértcnrenenl au milieu du second siècle.

i Atbanase , t- 1 , p. SOS. Ses expressions sont infiniment énergiques ; et, comme il écrivait à des moines, rien ne l'obligeait A affecter on langage raisonnable. CIBBO!). i.

thèque d'Alexandrie, les questions abstraites de la métaphysique. Une théorie qui ne pouvait ni convaincre les Platoniciens ni animer leurs passions, n'était considérée qu'avec la plus froide indifférence par les gens oisifs, par les hommes occupés, et même par le pe^ tit nombre de ceux qui se livraient à l'étude '. Maïs, lorsque la révélation eut fait da Logos un article de foi, dès qu'il devint l'objet de l'espoir et du culte des chrétiens, les prosélytes de ce système mystérieux se multiplièrent rapidement dans toutes les provinces de l'empire romain. Les personnes qui , par leur âge, leur sexe ou leurs occupations, étaient le moins capables déjuger, celles même qui n'avaient aucune habitude des méditalions abstraites, aspiraient à approfondir l'essence de la nature divine : et Tertullien ■ se glorifie avec emphase de ce qu'un artisan chrétien avec la seule instruction de son état, ; peut répondre sans hésiter à des questions qui auraient embarrassé tous les sages de la Grèce. Quand il s'agit de sujets si éloignés de notre portée, la différence de l'homme du génie le plus sublime a l'homme le plus borné doit être considérée comme infiniment petite. On en pourrait toutefois calculer les degrés par ceux de l'obstination et do la suffisance dogmatiques. Au lieu de n'agiter ces questions que dans les momens d'oisiveté, on les regarda comme la plus sérieuse affaire de cette vie, et comme une préparation indispensable pour la vie à venir. Une théologie à laquelle il était important de croire , dont on ne pouvait douter sans impiété, et qu'il était même dangereux de ne pas bien comprendre, devint le sujet familier des méditations et des conversations du peuple. Le zèle ardent de la dévotion enflamma la froide indifférence de la philosophie, et les métaphores du langage usité servirent à corrompre le jugement et à trom-

1 Nous pourrions espérer de trouver la Trinité tbéologique de Platon dans un traité qui prétend expliquer Ie3 opinions des anciens philosophes relativement à ta nature des dieux; tuais Cieéron avoue naïvement que, quoiqu'il ait traduit le Timré , il n'a jamais pu comprendre ce dialogue mystérieux. (Voyez Bieronym. Pnef.ad. 1. in , in Isaùtm, t. v ,p. 154.)

î Tertullien ( in Jpoloç. , e. 4P ). Voyez Bayle , dans son Dictionnaire, au mot Simonide. Ses remarques sur la présomption de Tertullien sont profondes et intéressante*.

pcr l'expérience. Les chrétiens, quoique abhorrant la mythologie impure des Grecs ', raisonnaient cependant d'après l'analogie ordinaire d'un père à son fils. La qualité de fils semblait nécessiter une soumission perpétuelle envers l'auteur volontaire de son existence*. Mats, comme l'acte de la génération est supposé, dans le sens le plus métaphysique et le plus abstrait, transmettre tous les avantages d'une nature égale !, Us n'osaient point fixer de bornes au pouvoir on à l'existence du (ils d'un père éternel et tout-puissant. Les chrétiens de Bythinie déclarèrent devant le tribunal de Pline, quatre-vingts ans après la mort de Jésus- Christ, qu'ils l'invoquaient comme Dien; et les différentes sectes qui prennent la dénomination de ses disciples * ont perpétué ses honneurs divins dans tous les siècles et dans tous les pays. Leur tendre respect pour la mémoire du Christ, et l'horreur qu'ils ressentaient pour le culte d'un être créé, leur auraient fait adopter la divinité égale et absolue du Logos, s'ils n'eussent pas été retenus par la crainte de violer l'unité et la suprématie du père du Christ et de l'univers. On peut remarquer, dans les ouvrages des célèbres théologiens qui ont écrit vers la fin du siècle apostolique et avant la controverse arienne , l'incertitude et la perplexité des chrétiens dans le choix de ces deux opi-

< Ladance, ir, S. Cependant la Probote, ou Prolatio, que les ecclésiastiques les plus orthodoxes empruntaient sans scrupule des Valentiniens , et qu'ils ornaient de la comparaison d'une fontaine ou d'une source, du «leil et de ses rayons, etc., ou ne signifiait rien , ou fatorisait l'idée matérielle de la génération divine. (Voyez Beausobre , 1. 1 . L ni , e. 7 , p. .548. )

ï Plusieurs des premiers écrivains ont avoué franchement que le Fils devait son existence à ta volonté du Père. IVvraaukt, Écriture, Trinité, p. 2HQ-287.) D'un autrecôté, Alhaiiase et ses disciples ne semblent point disposés a. eroire ce qu'ils craignent denier. Les théologiens se tirent de cette difficulté par la distinction de deux volontés, l'une précédente et l'autre concomitante. (Pétau, Dogm. Theolog., t. u.Lvi, c.8, p. 567-603.)

3 Voyez Pétau. , Dogm. Tlieolog. , t. n , Un, C 10, p. ISO.

* Carmenqut Christo quasi Deo dicere tteum invicem. { Plia., Epitlol. , i , 87.) Le sens de Dais, eue , Elohim dans l'ancienne langue, est soigneusement examiné par Le Clerc (An Criiica,p, 150-166); et le Socinlen Kujlyji défend avec force la pratique d'adorer l'homme parfcuecwiil vertueux. (Voyez mm Traité, p. 29, 36,51,1450

L'EMPIRE ROMAIN, (369 dep. J.-C.)

nions. Les orthodoxes et les hérétiques réclamaient, avec une confiance égale, l'autorité de ces écrivains ; et les critiques les plus judicieux ont avoué que, si ces docteurs avaient été assez heureux pour découvrir les vérités de la foi chrétienne, ils avaient eu aussi le tort d'exprimer leurs sentîmens en termes vagues , énigmatiques et quelquefois contradictoires'.

II. La dévotion des individus fut la première différence qui distingua les chrétiens des Platonistes; la seconde vint de l'autorité de l'église. Les disciples de la philosophie soutenaient leurs droits à la liberté intellectuelle , et leur respect pour les sentimens de leurs maîtres était un tribut volontaire qu'ils offraient à la supériorité du génie. Mais les chrétiens formaient une société nombreuse et disciplinée. Leurs lois et leurs magistrats exerçaient une juridiction sévère sur les pensées des fidèles. On fixa leur imagination flottante par des symboles et par des confessîonsde foi*. Les juge m en s particuliers furent soumis aux décisions des synodes généraux. Les théologiens n'eurent d'autorité que relativement à leur rang ecclésiastique; et les évèques, successeurs des apôtres, infligeaient tes censures de l'église à ceux qui s'écartaient de la foi orthodoxe. Mais, dans un siècle de controverse religieuse, la contrainte ajoute une nouvelle force à l'activité de l'imagination, et des motifs d'ambition ou d'avarice animaient quelquefois le ïèle ou l'obstination d'un esprit rebelle. Un argument métaphysique dcvenaitla cause ou le prétexte d'une contestation politique. Les subtilités de l'école platonicienne servaient d'étendard aux factions populaires, etl'atgrenrde la dispute exagérait la distance qui séparait tes opinions respectives. Tandis que les hérésies obscures de Praxeas et Sabellius s'efforçaient de

1 Voyez d'Aillé, de Usa Patrum; et Le Clerc, Bibliotb. univers., t. 10, p. 409. L'immense ouvrage du père Pélau sur la Trinité (Dogm. Theolog., t. il) a été composé dans l'intention de décrier la foi des Pérès opposés au concile de Nicée. C'est du moins l'effet qu'il a produit, et la savante défense de l'évéque Bull n'a pu eu effacer l'impression.

i Les symboles les plus anciens ont été rédigés aiec beaucoup d' ambiguïté. Voyez Bull (JutUcium Eceles. Cat/wL),t[ai IMie d'eropecber Kpisoupius de tirer parti' de cette ol

» dep. J.-C.)

rftR ED. GIBBON. CH. XXI.

confondre le père avec le fils1, les orthodoxes étaient excusables d'adhérer plus particulièrement et plus strictement à la distinction qu'à l'égalité des personnes divines ; mais, lorsque la chaleur de la controverse fut calmée, etque les églises de Borne, d'Afrique et d'Egypte ne craignirent plus les progrès des Sabelliens, les opinions tbéologiques prirent un cours plus fixe et plus tranquille vers l'autre extrémité ; et les docteurs les plus orthodoxes se permirent des expressions et des définitions qu'ils avaient condamnées dans la bouche des sectaires '. Après l'édit de tolérance, qui rendit la paix aux chrétiens, la controverse des Trinitaires se ranima dans le berceau de l'école platonicienne, la savante, riche et tumultueuse ville d'Alexandrie ; et la flamme de la discorde religieuse se communiqua rapidement des écoles au clergé, au peuple, à la province, et dans tout l'Orient. On agita les questions abstraites de l'éternité du Logos, dans les conférences ecclésiastiques et dans les sermons. Le zèle d'Arius et celui de ses adversaires, rendirent bientôt publiques ses opinions hétérodoxes *. Ses antagonistes les plus violées rendaient hommage à son érudition et à la ' pureté de ses mœurs. Ce célèbre ecclésiastique s'était présenté, dans une élection, pour obtenir l'épiscopat, et il y avait renoncé, peutêtre par générosité *. Son concurrent Alexandre devint son juge. On plaida la cause devant lui, et, aprèsaveir hésité quelque temps, le prélat prononça la sentence finale comme un article de foi essentielle1. L'indocile Arius

1 Hofèën {p. 425, 680, 714} explique clairement lcsMrMetdePrax«u,S*MliiH^ete. Praxeu.qui vint à ftMK à ta Bu du second siècle , abusa quelque temps & 1» bonhomie de l'éveque, et lui réfuté par Terluliien.

ï Socralc assure que le désir de soutenir une opinion absolument opposée m sentiment de Sabdiius donna mùmwx à l'béreiie d'Arius.

3 Épiphaoe (I. i, Saresi., I. in, 3, p. 723) donne une description très-intéressante de la personne et des mœurs d'Arius , du nombre et du caractère de ses premiers disciples: on ne peut que regretter qu'il ail tout-à-fait sacrifie l'historien an controversUle.

* Voyez Ptûlostorge (1. i, c. 3) et le Commentaire de Godelroy). Cependant Phuostorge, entaché d'arianlstne , panât suspect aux yeui des orthodoxes et des critiques judicieux, » raison de sa partialité, de ses préjugés, et de son ignorance.

* Soiomène, { 1. i, c. 15) prétend qu'Alexandre ne prit aucune part an commencement de la controverse , dont il n'avait pas mente couuisttncé ; et Sacrale ( 1. 1 ,

osa résister à l'autorité de ton érèque irrité, et fut banni de la communion de l'église ; mais son orgueil se soutint par la faveur d'un parti nombreux.il comptait au nombre de ses partisans deux évéques de l'Egypte, sept prêtres , douze diacres, et, ce qui paraîtra peutêtre incroyable , sept cents vierges. La majeure partie des évéques d'Asie paraissait favoriser ses opinions. Ils avaient à leur tête Eusèbe de Césarée, le plus savant des prélats chrétiens, et Eusèbe de Nicomédie, qui avait acquis nue grande réputation comme homme d'état, sans avoir rien perdu de celle d'un saint. Les synodes de la Palestine et de la Bitliynie combattaient les synodes de l'Egypte. Cette dispute théologique attira l'attention du prince et celle du peuple, et fut soumise , au bout de six ans * , au jugement du concile général de Nicée.

On peut observer que lorsqu'on eut l'imprudence d'exposer tes mystères de la foi chrétienne aux discussions du public, l'intelligence humaine était déjà capable de se former trois systèmes diffërcns sur la nature de la divine Trinité : on prononça qu'aucun des trois n'était absolument exempt d'erreur et d'hérésie *. Selon la première hypothèse, soutenue par Arius et par ses disciples, le Logo* était une production dépendanteet spontanée, créée de rien par la volonté du père éternel ; le fils, par lequel toutes choses ont été faites*, avait été engendré avant la création du monde,

C. 5 ) assure, M contraire, que la ridicule curiosité de ses spéculations théologiques donna naissance t cette dispute. Le docteur Jortin, dans ses remarques sur l'Histoire ecdèsiaslique, a Mimé la conduite d'Alexandre arec sa liberté ordinaire. Tlpa: ùpy, i{«,iii.i. ..cftvm; tpertir

1 Le feu de rartanisme a pu couver quelque temps en secret ; mais il y a lieu de croire qu'il fli explosion dés l'année 319. (THIemont, Ment, ficelés. , t. vt, p. 774-780.)

* Quiil eredidttt (Verte, nut tria nomina audiau trtt Deos eue credidit , et idololatra effectua est; ont, in tribus vocabutis trinominem credens Deum , la Sabeitii htzrestm ineurrU: ait edoehu ab Jriam's, unumessc verum Deum patrem , fUium et jpiritum sanctam credidit creataras. Jut extra hae quid credere potucritnescio. ( BUronym. adiien. LueiferUtnot. ) Jérôme réserve pour le dernier le système orthodoxe , qui est plus compliqué et plus difficile.

3 Comme la doctrine absolue d'une création latte de rien s'introduisit peu a peu parmi les chrétien* (Beausobre , t. n, p. 165-215) , la dignité de l'ouvrier participa a celte de l'ouvrage.

DECADENCE DE L'EMPIRE ïfclIAIK

et les plus longues périodes astronomiques n'étaient qu'une seconde, si on les comparait à la durée de son existence; cette durée n'était cependant pas infinie ', et un laps de temps avait précédé l'ineffable génération du Logos. Le père Tout-Puissant avait transmis à ce fils unique toute l'amplitude de son esprit et tout l'éclat de sa gloire. Image visible de la perfection invisible, il voyait au-dessous de lui, à une distance incommensurable, les trônes des archanges. Il ne brillait cependant que d'une lumière réfléchie, et, comme les fils des empereurs romains décorés du titre de césar ou. d'auguste ', jl gouvernait le monde en obéissant aux volontés de son père et son maître. Dans la seconde hypothèse , leLogos possédait toutes les perfections inhérentes et incommunicables que la religion et la philosophie attribuent au Dieu suprême. Trois esprits ou substances distinctives et infinies , trois êtres égaux et éternels composaient l'essence divine s ; et i! y aurait eu contradiction, si un des trois avait eu un commencement ou avait du avoir une fin *. Les partisans d'un système qui semblait établir trois divinités indépendantes s'efforçaient" de conserver l'unité d'une première cause si visible dans le dessein et dans l'ordre de l'univers, par l'accord perpétuel de leur administration et la conformité nécessaire de leurs volontés. On peut apercevoir une faible ressemblance de cette unité d'action dans la société des hommes et même des animaux. Les causes qui troublent leur harmonie viennent de l'inégalité ou de l'imperfection de leurs facultés. Mais la toute-puissance, guidée par une sa-

i Le docteur Clarke (Êcribtre, Trinité, p. 276-180)

adopte une génération éternelle provenant d'une cause infinie.

* Plusieurs des premiers pères employèrent celte comparaison profane et absurde, particulièrement Alhénagore, dans son apologie à l'empereur Marc-Aurèlc et à

. ton fils; cl Bull lui-mêmela cite sans la blâmer. ( Voyez

' Pefens. Fid. Nicen. , e. 3, n* 5, n" i.)

' Voyez Cudworlh (Système intellectuel, p. 55*579). Celte dangereuse hypothèse fut soutenue par les deux Gr6goires,de IS'issa cl de Nazianze, par Cyrille d'Alexandrie, el par Jean de Damas, etc. (Voyez Cudworth, p. S03; Le Clerc, Bibliothèque universelle, t. 18, p. 97- 103.)

* Augustin semble envier la liberté des philosophes. lAberis verbis loqimntur phUosophi... Nos autan non dicimus duo vel tria princlpia, dues vel tret Deos. (.DeCinl.Dei, »,».)

(369 dep. i.-c.) gesse et une bonté infinies, ne peut pas manquer de choisir les mêmes moyens pour accomplir les mômes fins.

Dons la troisième supposition, trois êtres, ' existant nécessairement par eux-mêmes , possédant tons les attributs divins dans le degré le pins parfait, éternels en durée, "infinis en espace, intimement présens l'un pour l'autre et pour tout l'univers, impriment dans l'imagination étonnée l'idée d'un seul et même être ', qui, par l'économie de la graceet celle delà nature, peut se manifester sous différentes formes, et être considéré sous différons aspects. Par cette hypothèse, une trinité réelle et substantielle est réduite aune trinité de noms et de modifications abstraites, qui n'existent quedans l'esprit de celuiquiiesconçoit. Le Logos n'est plus une personne mais un attribut, et ce n'est que dans un sens figuré que l'épithètc de fils peut être appliquée à la sagesse éternelle, qui était avec Dieu depuis le commencement, et par laquelle, - mais non pas par qui, toute choses ont été mites. L'incarnation du Logos n'est plus qu'use simple inspiration de la sagesse divine, qui inspirait l'âme et dirigeait toutes les actions du mortel Jésus. Après avoir ainsi parcouru tout le cercle ihéologique, on s'aperçoit avec surprise que le système des Sabetliens finit où celui des Eblouîtes commence , et que ce mystère incompréhensible, qui entraîne notre adoration, échappe. à la curiosité de dos recherches*.

Si les évoques du concile de Nicée ■.

i Boèce , qui était fort versé dans la philosophie de Platon et d'Aristote, explique l'unité de la Trinité par la non différence des trois personnes. (Voyez les Remarques judicieuses de Le Clerc, Bibliothèque choisie, t. m, p. 225, etc.)

i Si tes Sabdliens turent révoltés de celte conclusion , lia tombèrent dans une autre erreur, en eonfeannt «ne le Père était ne d'une vierge, qu'il avait souffert, sur la croix ; et leurs adversaires les désignèrent par le surnom odieux de Patri-passians. (Voyez les satires de Tertullien contre Praxeas, et les réflexions modérées île Mosheim, p. 423 681 ; et Beausobre.t. i, 1. nr, e.6, p. 633.)

3 Les anciens rapportent les événements du concile de Nicée d'une manière non-seulement partiale , maïs trésimparnûte. On ne retrouve point de tabténn tels qu'en aurait faits Frs-Pacdo ; mais on peut voir dam Tillemoni (Mém. Eedés. , t. 6, p. 669-759) et dans Le Clerc (Biblkttnèqne univers., 1. », p. 453-454) les ébauches grossières tracées par la bigoterie et la raison.

(369 dep. J.-C.i

avaient «n la liberté d'obéir aux mouveniens de leurconscieiice, Anus «t ses partisans n'auraient pas pu se flatter d'obtenir la majorité des suffrages en faveur d'une hypothèse si directement contraire aux deux opinions le pins généralement adoptées parle monde catholique. Les Ariens sentirent le danger de- leur situation, et se revêtirent prudemment des vertus modestes dont la pratique n'est guère suivie- ou même recommandée que par le parti le plus faible, dans la fureur des discussions civiles ou religieuses. Ils prêchaient ia modération et l'exercice de la charité chrétienne ; ils- appuyaient sur la nature incompréhensible de la question, et, rejetant tous les termes ou les définitions qui ne se trouvaient pas dans les saintes Écritures, ils offraient de satisfaire leurs antagonistes par de très-fortes concessions, sans cependant renoncer tout a fait à leurs principes. La faction victorieuse recevait leurs propositions avec nne- méfiance hautaine, et tachait de découvrir quelque article de différence inadmissible qui pût constater l'hérésie et les suites dangereuses de l'arianisme. On lut publiquement et on déchira avec mépris une lettre dans laquelle Eusèbe de NicométRe, le protecteur des Ariens, avouait ingénument que l'admission de- Xhomoousion on consubstantinlité , expression familière aux platoniciens, était incompatible avec leur système de théologie. Les évéques, qui faisaient la loi dans le concile, saisirent avidement cette heureuse occasion ; et , suivant l'énergique expression d'Ambroise', ils se servirent, pour abattre la tête du monstre redouté, du glaive que l'hérésie avait elle-même tiré du fourreau. La consubstantialité du Père et du Fils fut établie par le concile de Nicée ; et elle a été BuanuBement reçue comme-un article fondamestaldelaloicfarétietine, par leconsentement des églises grecques, latines, orientales, et des églises protestantes. Mais , si le même mot n'eût pas servi également à rendre les hérétiques odieux et a unir les catholiques , il n'aurait pas rempli le but du plus grand

t Nous sommée redevables à Arobroise ( De Fiée , 1. m, cap . aie.) de la connaissauce de celle anecdote curieuse. Hue verbum pOttwtmi Paires, auod videront adversardi e&ui formidini ; ut tanquam avaginato ab iptis gladw, ipsuHUMfiuuhf capot heraseos amputarent.

nombre de ceux qui l'avaient adopté comme un article de foi. Ils étaient divisés en deux partis, dont l'un penchait pour les opinions des Trithéisies , et l'autre pour celles des Sabelliens. Maïs, comme ces deux extrêmes semblaient saper on la religion naturelleou la révélation, ils convinrent mutuellement demi-tiger la rigueur de leurs principes, et de désavouer les conséquences justes, mais odieuses, que leurs adversaires pouvaient en tirer. Ils se rassemblèrent contre l'ennemi commun. Une tolérance salutaire calma leur animosité, et leurs disputes Dirent suspendues par le moyen du mystérieux homooimon que les deux partis avaient la liberté d'expliquer conformément à leurs opinions particulières. L'interprétation des Sabelliens , qui avait obligé , cinquante ans auparavant, le concile d'Antioche ' a proscrire l'usagedecette expression fameuse, la rendait précieuse à ceux d'entreles théologiens qui inclinaient secrètement pour une Trinité purement de nom; mais l'intrépide Athanase, le savant Grégoire de Naziance, et les autres piliers de l'église, qui défendaient avec succès la doctrine de Nicée, semblaient regarder le nom de t»bttance comme le synonyme de nature, et ils essayaient d'en expliquer la signification en affirmant que trois hommes étaient consubstantiels ou homoousient l'un a Vautre, puisqu'ils étaient de la même espèce *. Cette égalité distincte fut tempérée d'une part parla connexion interne et par la pénétration spirituelle qui unit indissolublement les personnes divines ', et de l'autre, par la prééminence du Père, que l'on reconnaissait en tant qu'elle était compatible avec l'indépendance du Fils *. Telles étaient

tVoyez B H (Defens. Fid. Nieen., sect. 2, c. i, p. 25, 36). Il pense que son devoir l'oblige à réconcilier ■ les deux synodes orthodoxes.

i Selon Arisioie, les étoiles étaient homoousienne* l'une a l'autre. Pétau a prouvé quTioraoousien signilie d'une mime substance. C'est aussi l'opinion de Curcelheus, Codworth , Le Clere, etc., et de vouloir le prouver serait aetuinagere. Celle remarque judicieuse est du père Jorlin (vol. u, p. 212),qui examine la controverse arienne avec autant demandeur que d'érudition et de sagacité.

s Voyez Pélau (Dogm. Thcolog., t. n,l. rv,c.16, p.453,clc.);Cudworlh(p.55D);Bull(sect. 4, p. 285- 2«, cdil-GrabO. Lampi£»p»»i<'QuCircummce«sioest peut-être l'endroit le plus profond cl le plus obscur de l'abîme Idéologique.

* La troisiénic section de la Défense de Bull pour la foi

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Jes bornes dans lesquelles les orthodoxes devaient se renfermer.' De tel coté qu'ils en sortissent , ils s'exposaient aux embûches des hérétiques et des démons. Mais, comme les degrés de haine théologique dépendent beaucoup plus des motifs de rivalité que de l'importance de la question, les hérétiques qui refusaient au fils quelques attributs étaient plus odieux et plus sévèrement traités que ceux qui niaient son existence. Athanase passa sa vie a combattre la rage impie des ariens ' ; mais il défendit pendant vingt ans le sabellianisme de Marcellus d'Ancyre ; et , après avoir été forcé d'abandonner son parti, il parla toujours en termes ambigus des excusables erreurs de son respectable ami '.

L'autorité d'un concile général auquel les Ariens furent eux-mêmes forcés de se soumettre, imprima sur les bannières du parti orthodoxe le caractère mystérieux du mot komoouiion , qui contribua , nonobstant quelques débats obscurs et quelques combats nocturnes, à maintenir et à perpétuer l'uniformité de la foi, ou du moins de son langage. Les consubstantialistcs, dont les succès avaient obtenu exclusivement le titre de catholiques, se glorifiaient de leur persévérance et de la simplicité de leurs principes : ils insultaient à la variabilité de leurs adversaires , dont la foi était toujours flottante et incertaine. La sincérité ou les ruses des chefs ariens, la crainte des lois ou des hommes, leur vénération pour le Christ, leur haine pour Athanase, toutes les causes sacrées et profanes qui déterminent et dérangent les projets d'une faction religieuse, introduisirent parmi les sectaires un esprit de discorde et d'inconstance qui donna naissance, en peu d'années, àdix-buit differens systèmes de religion *, et vengea l'autorité de l'église

de Nieée, que quelques-uns de ses antagonistes traitent de pUUlude, et d'antres d'hérésie , est consacrée a la suprématie du Père.

■ Athanase .

la arias Ariomaxites.

* Éptpnsme, L i, ifore»., L m, A , p.837. V«ye« les

t. vn, p. 880-089. Euaèhe répondit par trois livres qui existent encore a son ouvrage en un seul livre sur iunilé deDieu. Après un examen long et saigné, Pétau (t. n, 1. i,cl4, p. 78) ■ pnmsfiM i regrtt la condamnation de Marcellus.

.' Athanase, dans son épltre relative aux synodes de

(359 dep. J.-C.) qu'ils avaient bravée. Lardent HUaire', que la rigueur de sa propre situation disposait plus à dissimuler les erreurs du clergé d'Orient , qu'à les exagérer, déclare que, dans la vaste étendue des dix provinces d'Asie, dans laquelle il était exilé, ou trouvait us très-petit nombre de prélats qui conservassent la connaissance du vrai Dieu'-Les persécutions qu'il avait éprouvées, les désordres dont il était le témoin et la victime, calmèrent passagèrement l'impétuosité desoo ame ; et dans le discours suivant, dont je vais transcrire quelques lignes, levéque de Poitiers conserve le style sage d'un philosophe chrétien. « C'est, ditllilaire, une chose aussi

> déplorable que dangereuse , qu'il y ait au-

> tant de confessions de foi que d'opinions

> parmi les hommes, autant de doctrines s que d'inclinations, et autant de sources » de blasphème qu'il y a d'erreurs parmi ' nous, parce que nous faisons arbitraire-

> ment des symboles, et que nous les expli-

> quonsarbitrairement.L'noRioosuiaitestsuc-

> cessivement rejeté, reçu et expliqué dans

> différeuseoiieiles.La ressemblance totale on

> partielle du Père et du Fils de vient un sujet

> de dispute dans ces temps malheureux.

• Chaque année , chaque mois, oousisven-

> tons de nouveaux symboles pour expliquer

> des mystères invisibles. Nous nous repeni tons de ce que nousavons fait, nous ana-

> tbématisons ce que nous avons défendu;

> nous condamnons la doctrine des autres

• parmi nous, et notre doctrine chez les au-

> très; et, en nous déchirant avec une fureur

Sitaicle ri de Rimini (t. i, p. 886-905), a donné une ample liste des symboles ariens, qui a été augmentée et perfectionné* par Uairavaaxde f'iaJMIgaMe TiiteœoM. (Hem. Eodés., t.6,p.«7.)

« Érasme a trace avec beaucoup de justesse et è> liberté le caractère d'HiUireé. lis Bénédictins se sont occupés, dans leur édition, S réviser le leite, i composer les annales de sa rie , et 1 Justifier ses sentimens et sa conduite.

* Abtque tpiteopo Eleusio et panât aim ta, ex majore parle Asùinœ decem provineia, iaier quas consista , vert Deum neieùaxt. Jtque utiaam penitus nescirent 1 cum procliviare enim venitt ignorarent , quant obtrectarent. (HUar., deSidenis, live de Fitle OnmtaUum , c 63, p. 1186, édit. Béiiodicl. ) Dans le célébra parallèle entre l'athéisme et la superstition, l'évoque 4e Poitiers arguaient c quelquefois en nhUosopae, comme auraient pu faire Bayle et Plu (arque.

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(3S9dep. J.-C.)

t réciproque, nous avons travaillé a noire t raine mutuelle '. *

On n'attend pas de moi , on trouverait pent-4tre mauvais que j'enflasse cette digression théologique par un examen minutieux des dix-huit symboles ou confessions de foi différentes dont les nuteui-s ont presque tous désavoué le nom odieux de l'animisme dans leqnel ils avaient pris naissance. On peut prendre plaisir a tracer les formes de la végétation d'une plante bizarre ; mais le détail fastidieux de feuilles sans fleurs, de brandies sans fruit , épuiserait bientôt la patience sans satisfaire la curiosité. Je citerai cependant une des questions qui s'élevèrent dans la controverse arienne , parce qu'elle produisit et servit à distinguer trois sectes qui n'étaient unies ensemble que par leur aversion commune pour l'kdmoomion du concile de Nîcée. I. Leur demandait-on si le fils était semblable au père? Les hérétiques qui suivaient les principes d'Arius, et même les disciples de la philosophie, répondaient négativement sans hésiter, et faisaient une grande différence entre le créateur et la pins parfaite de ses créatures. Ce raisonnement, facile à comprendre, fut soutenu par yEtius', que ses adversaires ont surnommé l'athée. Son génie actif et entreprenant lui avait fait essayer de tous les métiers. Il avait été successivement esclave, ou du moins manouvrier, chaudronnier ambulant, orfèvre, médecin, maître d'école, théologien, et enfin apôtre de In nouvelle église, qui se multiplia par l' habileté de son disciple Eumonins*. Armé des textes de la sainte écriture , et des syllogismes captieux de la logique d'Aristote, le

t Hnsrhu, 4ulContlantinum,\.«,c. 4, p. 1227,5- 1228. Ce passage remnrqtiable a mérite l'attention de LexfccqMil'a transcrit (ïoI.ui, p.470}daus son nouveau uuxUla.de touucnirê.

iJQant PhiloslorgeCl. iu,c. 15), la caractère et les aventure» d'vElîus paraissent [fort singuliers , quoique adoucis par une main amicale. L'éditeur GodeTroy (p. 153)', qriï'était ptns nttacnéa son sentiment qu'a son auteur, a rassemblé toutes les circonstances odieuses que sa ennemis ont conservées ou intentées.

a Au jugement don homme qui respectait ces deux sectaires , XXias avait plus de génie , et Euhobh plus d'éloquence* et d'érudition. ( Philortorge, f. vm.c 18.) La confession et ('apologie d'Ennome rat du très-petit nomlire fleapirrajes béretiqnes qui ont érhspr-é. ( Fabritu-s BMoth. Grac, 1. nu, p. ÎSft-306.)

PAR ÉD. GIBBON. Cil. XXI.

subtile jEtinfi avait acquis la réputation d'un argumentateur invincible, qu'il était impossible de convaincre ou d'abuser. Ce (tient lut valut l'amitié des évéques ariens; mais ils furent obligés d'abandonner et même de persécuter un allié dangereux dont les argumens adroits et serrés rendaient leur cause odieuse an peuple, et offensaient les plus dévots de leurs prosélytes. H. La lôule-puissance du Créateur Btiggéra une espèce de solution respectueuse de la parité du Père et du Fils, et la foi devait adopter humblement ce que la raison ne pduvait se dispenser (l'admettra. Un Dieu suprême avait sans doute la puissance de communiquer ses perfections infinies, etde créer un être semblable à lui'. Les Ariens étaient puissamment défendus par le génie et les talens de leurs chefs, qui avalent remplacé Eusèbe , et qui occupaient les principaux sièges de l'Orient; ils détestaient ou affectaient de détester l'impiété d'^tius; ils faisaient profession de croire, ou sans réserve , ou conformément aux saintes écritures, que le Fils était très-différent de toutes les autres créatures, et qu'il était semblable au Père seulement ; mais ils niaient qu'il fût ou de la même ou d'une semblable substance. Ils soutenaient quelquefois hardiment ce désaveu, et dans d'antres occasions ils bataillaient sur le mot substance , qui semble renfermer une notion complète ou du moins distincte de la nature de la divinité. 111. La secte qui soutenait la doctrine d'une substance semblable était la plus nombreuse, au moins dans les provinces de l'Asie; et, quand les chefs des deux partis se trouvèrent assemblés au concile de Séleucie *, leur opinion, si elle eût été mise en discussion, aurait prévalu par une majorité de cent cinq évéques contre quarantetrois. Le mot grec que l'on choisit pour

4 Cependant, selon *u»i et Bull, tlytiu pouvoir , celui de la création, que Dieu ne peut pas communiquera in» créature, JWt»,t{\ù txe it hardiment les timiles de la toute-puissaDca. était Hollandais d* naissance cl UiéologieB de son métier. (UupU, DualioUtearae Bédés., t. «vu ,p. 4M *S»binus (ap. SocrM., I. n,e. 89) avait copié les actes (AUwnasett Hïlnire ont eiptiqué kattitHâonsdo te synode Alton; fiarantaw, et TWcmoat . ont aoigpauaoinenl rassemblé toutes tes autres circonstances qui * sont j retatîm.

exprimer cette mystérieuse ressemblance a une si grande affinité avec le symbole orthodoxe,- que les profanes de tous les siècles* ont trouvé ridicules les querelles violentes dont nne seule diphthonglte avait été la source entre les homouiiant et leshomoiouitam. Comme il arrive souvent que les sons et les caractères qui ont ensemble le plus de rapport servent à représenter les idées les pins opposées, l'observation paraîtrait ridicule si l'on pouvait découvrir quelque différence réelle et sensible entre la doctrine de ceux qu'on appelait Improprement semiariens, et la doctrine des catholiques. L'évéqne de Poitiers, qui, dans la Phrygie, où it était exilé, travaillait sagement à concilier les deux partis, cherche à prouver que, par une interprétation pieuse et fidèle1, on peut réduire Vhomoioution au sens de comùbttantiet. 11 avoue cependant que ce mot a quelque chose d'obscur et de suspect ; et, comme si l'obscurité était attachée essentiellement aux querelles théologiques, les semi-ariens, qui touchaient aux portes de l'Église, les assaillirent avec une fureur implacable.

Les provinces de l'Egypte et de l'Asie, qui avaient adopté la langue et les moeurs des Grecs étaient infectées de l'hérésie d'Arius. L'étude familière du système de Platon , un penchant naturel pour la discussion , un idiome harmonieux et abondant, fournissaient abondamment le peuple et le clergé de mots et de distinctions; et, dans la chaleur de la dispute, ils oubliaient également le doute recommandé par la philosophie et la soumission exigée par la religion. Les peuples de l'Occident étaient d'un caractère moins curieux. Des objets invisibles avaient peu de prise sur leurs passions; ils exerçaient rarement lenr imagination à fart dangereux de la dispute ; et telle était l'heureuse ignorance de l'église gallicane, que, plus de trente ansaprès le premier concile générai, Hilaire lui-même

■ FùUli et pla intdtigentia, ( DcSynod., c. 77,

p. 1183.) Dus ses remarques courtes et apologétiques, publiées pour la première fois par les Bénédictins d'après un manuscrit de Chartres , il remarque qu'il se servait de cette expression mesurée , qui inteUtgenm et impiam (p. 1206. Voyez p. 1146.) Philostorge. qui voyait te» mentes nhjele dans un jour auTéreaC, incline i oublier ta différence de riuperUate dipiitongne, { Voyez vui, lT;«Goderrov,p.352.)

n'avait point encore connaissance du symbole de Hicée*. Les Latins n'avaient reçu les lumières de la science divine que par le moyen faible, obscur et douteux, d'une traduction. La sécheresse et' la pauvreté d* leur langue manquaient souvent d'équivalent ponrles termes grecs et pour les mots techniques' de la philosophie platonicienne ' qui avaient été consacrés, par l'Évangile oupari'égKse; à exprimer les mystères de la foi chrétienne.' Un seul mot défectueux aurait pu introduire' dans la théologie latine nne longue suite d'erreurs et de perplexités \ Mois, confine Ms provinces occidentales avaient eu le bonheur de puiser leur religion dans une source orthodoxe , elles conservèrent avec constance la doctrine qu'elles avaient reçue avec docilité! et elles étaient munie», par les soins paternels du pontife romain, du préservatif efficace de Y/umoomto*, avant que la contagion de l'arianisme se fut étendue jusqu'à leurs frontières. Leurs caractères et leurs sentimens se firent connaître dans le synode mémorable de Rimimi , pins nombreux que le concile de Nicée, puisqu'il rassembla plus de quatre cents évéques d'Italie,' d'Afrique , d'Espagne, des Gaules, de la Bretagne et de l'Illyrie. Après les premiers débau, le parti arien se trouva composé de quatre-vingts évoques, quoique tous affectassent d'anathématiaer le nom et la mémoire d'Arius. liais l'infériorité du nombre' fut compensée par les avantages de l'adresse, de l'expérience et île la conduite. Ursace et Valens dirigeaient la minorité ; ces deux prélats avaient passé lenr vie dans les conciles et dans les intrigues des cours, et s'étaient formés sons le savant Eusèbe dans les guerres religieuses de 1*0-

i Testar Daim cali atqae tinte metum neutron autlissem, semper tamen utnimque sentisse... Regeneratus pridem et in episcopatu aliquantUper marient , fidem Ificenam nunquam nisi exsulaiurus aiulivi. ( Hilaire', tUSynodis, e.W.p. 1205.; LesBénédictina sont persuadés qu'il gouverna le diocèse de Poitiers plusieurs années avant son exil.

*Sétiè(pie(ffpfof. ,58) se plaint de ce que ni t> h des Walonïsles, ni le rns des théologiens plus hardis, no pouvaient s'exprimer par un mol latin .

a La préférence, que le quatrième concile de Latran donna a la tin a une unité numérique sur l'unité générique rai nwoeisée par l'Idiome latin. (Voyez Pétau, t. n, l.w,cl3,p.*W.) T,.« semble donner l'Idée de substance , et Triiùtas celle de qualités.

(35»dep.J.-C.) rient, A. force d'oEgumens et de négociations, ils embarrassèrent, étourdirent et trompèrent l'honnête franchise des évéques latins, qui se laissèrent enlever le palladium de la foi, plus par ruse et par iniportunité que par violence, lia n'obtinrent la permission de quitter le (xmqde de Rimini qu'après avoir imprudemment, signé une confession de foi captieuse, dans laquelle on inséra, en place de l'komnouùoft, quelques expressions susceptibles d'un sens d'hérésie. Selon S- Jérôme, ce fst dans cette occasion que l'univers s'étonna de se trouvée arien*. Hais lès évéques de» provinces latines, a peine arrivés dans leurs diocèses , s'aperçurent de leur erreur, se repentitirent de leur faiblesse et désavouèrent avec horreur leur ignominieuse capitulation. L'Aomootuion, dont les fondemens n'avaient été qu'ébranlés, se trouva plus solidement établi m jamais dans teste» les églises de l'Occident '-

Tels furent In naissance, les progrès et les révolutions- des disputes théotogiques qui troublèrent la paix de la chrétienté sot» les règnes de Constantin et de ses Bis. Mais comme ces princes prétendaient étendre leur despotisme sur les opinions comme sur la foriuneet sur la vie de leurs sujets, le poids de leur suffrage entraînait souvent la balance ecclésiastique, et les prérogatives du roi du ciel étaient fixées , changées on modifiées dans te cabinet d'un roi de la terre.

Quoique le funeste esprit de discorde qui avait pénétré dans toutes les provinces de l'Orient interrompit le triomphe de Constantin,'l'empereur vît d'abord l'objet de la disputevavec indifférence. Ignorant encore que les querelles, théologiques fussent ai difficiles a apaiser, il écrivit avec douceur aux deux antagonistes, Alexandre et Arius1; et il pa-

< Tngemuit tottis orbis, et arianum. se esse mîiatus esL [ Hieron. , advers. Lucifer. , 1. 1 , p. 145. )

i Sulpice Sévère ( ffist. Sacra , 1. 11, p. 419-130, eilit. Lugil. Bat, 1647) raconte eu style éloquent l'histoire du eooeile de Rimini. Un la trouve aussi dam le dialogue de saint Jérôme contre les Lucifériens. Le desscia de ce dernier est d'excuser la conduite des évëques latins qui se laissèrent tromper et s'en repentirent.

*Eu»eb.,in.Fit.Const., L u,.c 64-72. Baronius est Tort offensé des principes de tolérance et d'indifférence religieuse contenus dans cotte épure ; Tilk-mout n'en est

ralt avoir plutôt suivi dan» sa lettre les maximes d'an politique ou d'un soldat , que les principes on les suggestions de ses conseillers ecclésiastiques. Constantin attribue l'origine de cette controverse à une question subtile et frivole sur le sens incompréhensible d'une loi mystérieuse. Il blâme également l'indiscrétion du prélat qui a fait cette question, et l'imprudence du prêtre qui a voulu la résoudre. Il leur représente sagement que des chrétiens qui adorent le mante Dieu , qui ont la mente religion et la même doctrine, ne doivent pas se désunir pour de si pitoyables distinctions , et il recommande sérieusement au clergé d'Alexandrie l'exemple des philosophes de la Grèce, qui défendaient leurs opinions sans colère et sans haine contre ceux qui ne les adoptaient pas. L'indifférence dédaigneuse du souverain aurait peut-être anéanti la dispute , si l'enthousiasme du peuple se fût communiqué moins rapidement, ou si Constantin lui-même avait pu conserver cette froideur prudente au milieu du fanatisme et des factions. Mais ses ministres ecclésiastiques parvinrent à éveiller le zèle de leur prosélyte. Irrité des insultes faites à ses statues, alarmé d'un danger réel ou imaginaire , il perdit tout espoir de paix et de réunion du moment ou il ent assemblé le premier concile. La présence du monarque donnait une nouvelle importance aux débats; son attention multipliait les argumens, et sa patience animait l'orgueilleuse obtinaUon des deux partis. On a fort exalté l'éloquence et la sagacité de Constantin1. Cependant un général romain, dont la religion était encore douteuse, et dont l'esprit n'était ni inspiré ni éclairé par l'étude, parait peu propre à discuter, en langue grecque, une question métaphysique ou un article de foi. Mais le crédit d'Osius, son favori, qui parait avoir présidé au concile de Nicée, pouvait disposer Constantin en faveur du parti orthodoxe, et l'animer contre les hérétiques, en lui faisant observer adroitement que ce même Eusèbe de Micomédic, qui se

pas moins scandalisé. Ils supposent «roe l'empereur avait autour de lui quelque conseiller pervers , ou Satan , ou

Eusehe. (VoreilesKeOMirquesde JurliH, t. h, p. 183.) in fit. Comt. , l m , c. 15.

déclarait alors leur protecteur, avait précédemment favorisé l'usurpateur durant la guerre civile '. Constantin ratifia le symbole de Nicée, et réduisit les opposons au silence, en déclarant que ceux qui résisteraient au jugement divin du concile pouvaient se préparer à l'exil. De dix-sept évèques qui protestaient, le nombre fut immédiatement réduit A deux. Eusèbe de Céaarée se laissa vaincre et donna un consentement équivoque à l'hçmootuiou*, et enfin la conduite bible et incertaine d'Eusèfoe de Nicomédie ne servit qu'a retarder d'environ trois mois sa disgrâce et son exil1. On bannit Arius dans le fond de nilyrie, et ses disciples furent flétris par la loi, sous la dénomination odieuse de Porphyriens. On brûla publiquement ses écrits ■ et il fut défendu, sons peine de la vie, d'en conserver aucun. Enfin l'empereur , se livrant à fa- Rimosité de la controverse, tâcha, par des édits pleins de sarcasmes et d'invectives, d'inspirer au peuple la haine qu'il ressentait sans doute contre les ennemis du Christ*.

Mais, soit que Constantin eût sévi plus par colère que par principe , ou qu'il se fût laissé gagner par les sollicitations de celle de ses sœurs qu'il aimait le plus et qui protégeait secrètement la secte proscrite, trois ans après le concile de Nicée il rappela les exilés, et Eusèbe de Kicomédie, reprenant bientôt son ascendant sur l'esprit de Constantin , fut remis en possession de son évèché. Arius luimême reçut à la cour les honneurs et les respects dus à l'innocence opprimée. Le synode

l Théodoret ( 1. 1 , c 20) a conserve une ItHlre de Constantin au peuple de Nicomédie dans laquelle te monarque ae déclare publiquement l'accusateur d'un de ses sujets. Il appelle Ëusebe i *« ™f.m.n ifunnt v/f /ius-m, et te plaint de ta conduite hostile pendant la guerre civile.

* Vovex dam Soerate (1. i , c, 8 ) , ou plutôt dam Théodoret < L i , c. 12 ), une Wlre originale d'Eusèbe de Césaree, dans laquelle il lâche de se justifier d'avoir acquiescé a Yhomooasion. La façon de poser d'Ëiisebe a toujeanéUtres-preHéaiMtque', mais ceux oui ont lui* seconde LeUre critique de Le Clerc {.Art Critiea,\. ni, p. 90-69) doivent avoir fort mauvaise opinion de l'orthodoxie et de la sincérité de l'éreque de Césaree.

lAlhanaie, l.i, p. 727; PMlosterg., 1. l,c. 10; cl les Conupenutre» deGodefroy, p. 4t.

* Soerote, ). a , «. n. pana le» Lettre* circulaire» qntadreaaa oox difKrantetviUes, Cooataalin employa .outre les hérétiques Ve» armes du ridicule rt de U raittarie. 1

L'EMPIRE ROMAIN, (359dep, J.-C.)

de Jérusalem approuva sa. doctrine, et l'empereur parut empressé de réparer son injustice en le faisant admettre, par un ordre absolu, à la communion publique dans la cathédrale de Constantinople. Arius mourut le jour même où il devait jouir de son triomphe. Les étonnantes et horribles circonstances de sa mort ont donné à penser que les saints orthodoxes avaient contribué plus immédiatement que par des prières à délivrer l'église du plus formidable de ses ennemis'. D'après différentes accusations , Athanase d'Alexandrie, Eustacbe d'Antiocbe et Paul deConstantînople, principaux chefs du parti catholique, furent jugés et déposés par les sentences de plusieurs conciles. Constantin les relégua dans les provinces les plus éloignées de sa cour, et dans ses derniers moméns , il reçut le sacrement de baptême des mains de l'évèque arien de Mcomédie. On ne peut pas justifier le gouvernement ecclésiastique de Constantin du reproche de faiblesse et de légèreté; mais le monarque crédule et peu au fait des stratagèmes de l'esprit de parti peut s'être laissé séduire par les protestations modestes et trompeuses des hérétiques, dont il ne comprit jamais parfaitement les opinions. Tout eu protégeant Arius el persécutant Athanase, il n'en regardait pas moins le concile de Kicéc comme le rempart de la foi chrétienne et la gloire particulière de son règne*.

Les (ils de Constantin ont sans douta été admis dès leur enfance au nombre des catéchumènes ; mais ils différèrent leur baptême

' Nous avons lirérhistoire originale d'Mhanase, t.r, p.670. Il laisse apertwoir un pende répugnances •Mkuliser la mémoire des morts. Il est possible qu'il ait CKige», nais la correspondance continuelle entre Alexandrie et Coostanlinople ne lui aurait pas permis d'Inventer. Ceux qui croient au récit lilléral de la mort d'Anus , et que ses boyaux lui sortirent du corps lorsqu'il était sur une fasse deaxaaodiié, n'ont d'autre a lUrqBtiw due teUedu uiracle ou du poison.

1 On peut suivre le ebwagoajeel graduel des si de Constantin dans Eusotia(f^f. Constant., I.i 23; 1. iv, c 41); dansSocrale (I. f, (.23*39)) S (I. u, e. 16-34) ; Théodoret, (1. i, c 14-34;; et l'bijosfarge (I. u, c. 1-17). Mais le preoùer de ces écrivains était trop prés de la scène de l'action, el les autres en otaiuet .Uoa éloignes. Il est assez eitraordiaaire que la continuation de l'histoire de l'église ail été abaiulouuée à deux laïques et a un benlifue.

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à l'exemple de leur père, et prétendirent prononcer, comme lui, leur jugement sur des mystères dans lesquels ils n'avaient été que très -imparfaite ment initiés1. Le sentiment de Constance, qui bériia des provinces de TOrient, et qui réunît enfin tout l'empire sous nn seul maître, décida, en quelque façon , dn sort des moindres. Le prêtre on évoque arien qui lui remit le testament secret de Constantin profita de cette occasion pour s'introduire dans la familiarité d'un prince dont les domestiques favoris dirigeaient les conseils. Les eunuques et les esclaves répandaient le poison spirituel dans le palais ; les femmes de l'impératrice le communiquaient aux gardes, et l'empereur le recevait de l'impératrice elle-même*. Le penchant que Constance avait toujours en pour la faction d'Eusèbe fut cultivé avec succès par l'habileté des chefs de ce parti ; et la victoire que l'empereur remporta sur Blagnence lui donna de nouveaux moyens de protéger efficacement l'ariauisme. Tandis que les deux armées combattaient dans la plaine de Mursa , et qnc le sort des rivaux dépendait encore de la victoire , te fils de Constantin , prosterné an pied des autels dans l'église des Martyrs, était en proie aux plus vives inquiétudes. Son consolateur spirituel, Valens, évéque arien du diocèse, prenait desprécantionspour s'assurer sa faveur, en lui annonçant le. premier son triomphe, ou en lui ménageant les moyens de fuir s'il était vaincu. Une chaîne secrète de messagers agiles et surs lui rendait compte à chaque instant des vicissitudes du combat; et, tandis que l'empereur tremblait an milieu de ses pales et mor-nes courtisans, réveqne lui apprit, d'un ton de prophète , que les légions de la Gaule étaient vaincues , et qu'un ange lui avait révélé ce glorieux événement. Le monarque reconnaissant attribua le succès de la journée et la miraculeuse pro-

«fin*»

merittt vlderetw potuûse neseire. dSulpiee Sévère ,

Hitt. Sun, Lu, p. 410.)

* SoMt , I. n , e. 2-, Somment , l. m , c. 18; Aito-

i , p. B13-B34. Jl remarque qw la eunuques uni

" m ainemcs du FlU. Comparer les rtmar-

ur l'Hist Eedesutst, (vol. r», p. 3), avec

Candide, e. 4, et qui liait

avec

tection du ciel a l'intercession du pieux évéqnede Mursa'. Les Ariens , qui partageaient la victoire de Constance, préférèrent sa gloire à celle de «on père*. Cyrille , évéque de Jérusalem , donna immédiatement après la bataille, la description d'une croix céleste environnée d'un brillant arc-en-ciel. Il prétendit qu'au jour de la Pentecôte, environ à la troisième heure, cette croix avait paru andessus du mont des Olives , à la grande édification des pèlerine et du peuple de la sainte cité '.On augmenta peu àpeu l'étendue de ce météore. L'évéque arien affirma hardiment que les deux armées l'avaient aperçue des plaines de la Pannonie , et que l'usurpateur de la Gaule , qu'il traite a dessein d'idolâtre, avait pris la fuite devant ce signe favorable de la foi chrétienne*.

Lesentimentd'uu judicieux étranger quia considéré impartialement les progrèsdeladiscorde civile et religieuse mérite notre attention. Quelques lignes d'Ammien, qui servait dans les armées de Constantin , et qui avait étudié le caractère de l'empereur, nous instruiront plusquodespagesd'invectives scolastiqnes. i Constance, dit l'écrivain, adéfi-

* guré par ses rêveries et ses superstitions

> la religion chrétienne , qui , en elle-même,

> est claire et simple. Au lieu d'employer son » autorité à réconcilier les deux partis, il à

* encouragé et propagé par des disputes de » mots les différences ridicules qui excitaient

* sa curiosité. Les grands chemins étaient

" Sulpice Sévère, in Hitt. Sacra, 1. u, p. 405, *J6.

zCjrille (op. Baron. A. D. 353, n" '261 remarque que, sons le règne 4e Constantin ', la croix avait été trouvée dans les entrailles de b terre, mm qu'elle paru! août le règne de Constance au milieu des aire. Celte apposition prouve évidemment que Cyrille ignorait le m irade auquel on attribue la conversion de Constantin ; et cette ignorance eat d'autant plus surprenante, qu'il n'y avait que doine ans que ce prince était mort lorsque Cyrille fui *acré évéque de Jérusalem par le successeur immédiat d'EusèbedeCenree. (Voyei TUkDJMU, Hém. ficelés., t. nn, p. 715.)

s il est possible que l'ingénuité de Cyrille ait été tronipée par l'apparition d'un arcle solaire.

* l'iûloslorge fl. m, t. 20) est suivi par l'auteur de la Chronique d'Alexandrie , par Cedreoue et par Nicéstare. ( Voyez Godefrty, DUurtat. , p. 188. ) Ils se pouvaient pas refuser un uùraele, mime annoncé delà tnûtd'an

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i constamment couverts d'une troupe d'érê- » ques qui galopaient d'une province à une

> autre , pour se rendre à des assemblées

> qu'on appelle tynodet , et ces orgueilleux » prélats épuisaient l'établissement des pos- » tes par les courses rapides et multipliées

> qn ils faisaient pourréduire toute la secte à » leur opinion particulière". »La connaissance que nous avons des affaires ecclésiastiques du règne de Constantin fournirait un ample commentaire à cet extrait, et justifierait l'inquiétude du grand Athana se. • 11 craignait, disait-il, que l'activité turbulente du clergé, au lieu de découvrir la vérité de la foi dans leurs courses, n'y rencontrât le rire et le mépris des infidèles'. > Dès que l'empereur se vit délivré des terreursd'une guerre civile, il occupa son loisir dans ses quartiers d'Arles, de Milan, de Sirmium, et de CoB&tantinople, aux travaux, ou plutôt aux passe-temps de la controverse. Le glaive du magistrat et souvent du tyran appuya les, argamens du théologien . Après sa condamnation des décrets du concile de Nîeée, il fut généralement accusé d'ignorance et de présomption *. Les eunuques, les femmes et les évéques qui gouvernaient le faible Constance lui avaient inspiré une aversion invincible pour ÏHomaoution , mais sa conscience timide redoutait l'impiété d'jEtius. On soupçonnait cet athée d'avoir été l'ami de Gallus , et ce dernier crime ne paraissait pas le moins odieux ; on l'accusait même d'avoir contribué, par des suggestions et des sophismes , a faire massacrer à Antioche les ministres Impériaux. L'esprit de Constance, incapable de se laisser fixer par la foi ou modérer par la prudence , se précipitait aveuglément dans l'extrême opposé à celui

i Un passage si enrieui mérite d'être trwserit. « Ckris-

• liinam rdigiowra absotulam et sûnplicem , aoili su-

• perstitioiiu coofuiideDS ; in qua scnltenda ptrpleiius,

• quant compODenda grarius ewilaret dissidia pturima ; » qux progressa fusius ahiil ccncertalkine TerbOrum , ut

• caterris antislilum }«menUB puMiris idlro dlroqie dis-

• currrtrtibus, per synodes, ana* appellani, dum riliun ■ omnemad cuuntrabcre eoDantar (Vaiwius lit cona-

• tur) rei Totncubrix concideret nerm. • ( Amain , xxi, W.)

JÀHumMe.t.i.p. «0.

■ Soerste, l.a,e.3M7-Sotoaéwi, Ln>, c. IWOj Théodorct, l.n.c IS-S2; nukwlorge, l. »v. e. 4-12; !.v,t. M;Ln,C t-5.

{3a» dep. i.-C-

qui l'épouvantait. Il embrassait et condamnait successivement les mêmes opinions; tantôt il exilait, et tantôt il rappelait les chefs des factions ariennes ej semi-ariennes' ; durant la saison des affaires et des fêtes publiques , il passait les jours et même les nuits à choisir des mots et à peser des syllabes pour en composer les articles incertains de sa foi, qu'il méditait jusque dans son sommeil , et l'on recevait ses songes extravagans comme des visions célestes. Constance acceptait a\ec complaisance le litre d'évêque des évéques, dont les ecclésiastiques, qui oubliaient leur devoir en faveur de leur intérêt , amusaient sa ridicule vanité. Le projet d'établir une uniformité de doctrine , pour laquelle U assembla tant de conciles dans les Gaules, dans l'Italie , dans l'Asie et dans Vlllyrie, fut déconcerté par sa propre inconstance , par les dissensions des ArienB, et par la résistance des catholiques. Il résolut enfin de faire un dernier effort pour fixer impérieusement les articles de foi par la décision d'un concile général. Le tremblement de terre delSicomédie, la difficulté de trouver un lieu convenable , et peut-être des motifs secrets de politique r firent changer les arrangemens. Les. évéques de l'Orient reçurent ordre de s'assembler à Séleucie enlsaurie, et ceux de l'Occident tinrent leurs séances à Riminî, sur la côte de b mer Adriatique. Au lieu de ne demander à chaque province que deux ou trois députés, l'empereur convoqua le corps entier des évéques. Après quatre jours de débats violons, le concile d'Orient se sépara sans rîen décider. Celui d'Occident continua pendant sept mois, Taurus, préfet du prétoire, avait ordre de ne laisser partir les prélats que quand ils auraient unanimement adopte la même opinion; il était autorisé à exiler quinze des plus indociles, et avait la promesse du consulat , en cas qu'il fit réussir cette entreprise. Ses sollicitations et ses menaces , l'autorité du souverain, les sophismes de Valens et dX'r-

< Sraomene, l. it, c.23; Alhan.,Li,p. 83J.TUle- BM.nl (Méo. EMUHwL, L m, p. 047) a rassemblé, des traités détachés de Lucifer de Cagliari , dirférens traits du OMMhne de Constance, Le seul titre de ces traités inspire leièle et la terreur. {Moijendum pro Jfei ïilic; pe rrgibat apoitaùcu ; De aoncunyeniemla ciun hinttitto ; De non parcaulo in JJei^m tlcttiu/ncutibu*,)

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359 dep. J.-C.) sacc, le malaise, !e froid; la faim, et la crainte de l'exil, arrachèrent enfin Je consentement des évêqnes de Rimini. Les"' députés de l'Orient et de l'Occident se rendirent à Constantinople, dans le palais de l'empereur, et il eut la satisfaction de donner à l'univers une profession de foi qui établissait la rc*sem~ ïlançe sans exprimer la contubttantialitè du fils de Dion'. Mais le triomphe de l'arianisme avait été précédé de la démission du clergé orthodoxe, qu'on ne put ni corrompre ni intimider; et la persécution injuste et inutile du grand Athanase déshonora le régne de Constance.

On a rarement l'occasion de remarquer , sott dans la vie active, soit dans la vie spéculative, les effets que le génie d'un seul homme peut produire, et les obstacles qu'il est capable de surmonter quand il s'applique invariablement à un seul objet. 1-e nom immortel d' Athanase* sera toujours étroitement lié à la doctrine catholique de la trinité , àla défense de laquelle il consacra tonsles momens de sa vie et toutes les facultés de son être. Élevé dans la famille d'Alexandre , il s'était vigoureusement opposé à l'hérésie arienne dès ses commencemens. 11 avait rempli, pendant la vieillesse de ce prélat, les fonctions de son secrétaire, et les vertus naissantes du jeune diacre frappèrent les pères du concile de Nicee de surprise et de respect. Dans les momens de danger, les réclamations de l'âge et du rang sont quelquefois réduites su silence; et, cinq mois après sonretourdeNicée, le diacre Athanase obtint le siège archiépiscopal d'Alexandrie. Il l'occupa pendantquarante-six ans; et cette longue administration se passa en combats contre l'arianisme. Banni six fois de son gouvernement , il consuma

■ Sftlpke Sévère, HUt. Satra, l.n, p. «W30. Les bbtqriau grecs étaient fort mal instruits des affaire» de l'Occident.

,S >uus pouvons regretter que Grégoire de Naiiance ait composé le panégyrique et non pas la vie d'Athanase; mais MUS pouvons tirer des matériaux authentiques de ses propres EpHres et de ses Apologies (L i, p. 070-951.) j Je n'imiterai pas l'exemple 'de Socrate {I. n , e. 1 ) , qui ' publia la première édition de son Histoire sans eonurller les écrits d" Athanase. Cependant Soerate , Sozomène et le savant Théodore! , lient la Vie d'Aihanase a t'ffist. Rectes. L'activité de THtemoirt (t. toi) et des éditeurs bénédictins a conservé tous les faits et «aminé tonlee les difficulté».

PAR ED. GtBBON. CH. XXI.

vingt ans de sa vie dans l'exil et dans les dangers; et presque toutes les provinces de l'empire furent successivement témoins de son mérite et des persécutions que lui attira son vif et respectueux attachement pour l'Homûûunoti. Il faisait de sa défense le plaisir et l'affaire de sa vie; il croyait, que son devoir l'y obligeait, et que sa gloire en dépendait. Assailli parla persécution, l'évéque d'Alexandrie se montra patient dans ses travaux, jaloux de «a réputation, et indifférent pour les dangers; et, quoiqu'il ne fût pas tout- Mail exempt d'enthousiasme , Athanase déploya une grandeur d'âme ctdes talens supérieurs qui le rendaient plus digne que les fils dégénérés de Constantin de gouverner une grande monarchie. Eusèbe de Césarée avait une érudition pins profonde et plus étendue; Basile et Grégoire le surpassaient en éloquence; maislonqa'Atbanase était appelé ' a défendre sa conduite ou ses sentimens , il écrivait et parlait , sans préparation , avec une véhémence et une clarté qui entraînaient la persuasion. L'église orthodoxe l'a toujours considéré comme un de ses plus sages professeurs de théologie, et il avait la réputation d'être versé dans deux sciences profanes moins convenables à un prélat ; dans la jurisprudence' et dans la divination*. Ses partisans attribuèrent à l'inspiration divine , et ne s ennemis imputèrent à une magie infernale, quelques conjectures justes qu'il lit sur l'ave* nir, et dont, eu raisonnant avec impartialité, on aurait du faire honneur à l'expérience et au jugement d'Athanase.

Mais comme le primat d'Egypte avait continuellement à combattre les passions et les préjugés des hommes de tons les états , depuis le moine jusqu'à .l'empereur, la connaissance du coeur humain fnt sa première étude et la plus importante de ses acquisitions. Au

• Snlplce Sévère [Bitt. Sacra, 1. u, p. 396) l'appelle no chicaneur, un jurisconsulte. On ne découvre ce earaeUire ni dans la vie ni dans les écrits d'Aihanase. ' * Dlcebatur enim fatidicarum sortiion, fidem , ■parce Oagaratu portentiertnx alites seientitsimè collent aliquoties prœdixiste futura. (Aiumien, xv, 7. ; Sozomène raconte une prophétie ,-on plutôt use plaisanterie (). tv, e. tt) qui prouve évidemment, ai les corbeaux parlent latin, qu'Atnauase wmprcualt le tangage des corbeaux.

(359 dep. J.-C.)

milieu des troubles et des embarras, il suivait ses vues avec la même présence d'esprit, on ne manquait jamais de saisir ces momeas décisifs dont les génies médiocres ne sentent le prix que quand ils les ont irrévocablement perdus. L'archevêque d'Alexandrie savait distinguer quand il fallait commander ou quand il fallait séduire; combien de temps il pouvait combattre l'autorité , et quand il était prudent de fuir sa colère. Tout en dirigeant les foudres de l'église centre l'hérésie, il conservait au milieu d» son parti la douceur et le sang-froid d'un pasteur prudent et paisible. L'élection d'Athanase n'a point échappe aux reproches de précipitation et d'irrégularité ' ; mais la décence et la pureté de sa conduite le rendirent cher au peuple et au clergé. Leshobitann d'Alexandrie voulaient prendre les armes pour la défense de leur éloquent et généreux prélat. L'attachement invariable de son clergé lui servit de consolation dans ses malheurs, et les centévéques de l'Egypte défendirent toujours sa cause avec intrépidité. Avec la suite modeste et rhumble extérieur que recommandaient également la politique et la vanité , Athanase visitait souvent son diocèse , depuis les bouches du Ni! jusqu'aux confins de l'Ethiopie : il conversait familièrement avec les derniers du peuple, et salnait avec humilité les ermites et les saints dn désert*, et ce n'était pas seulement dans les assemblées ecclésiastiques , ou parmi ses égaux , qn' Athanase déployait les ressources de son génie ; il se présentait dans la cour des princes avec une aisance respectueuse; et dans les vicissitudes de sa bonne et de sa mauvaise fortune , il ne perdit jamais ni la confiance de ses amis, ni l'estime de ses adversaires.

1 Dans les conciles tenus relativement a A thanasr. , on attaqua l'irrégularité de sou ordination. (Voyez Philostorge, Lii.cllyetGodefroy, p. 71.) Mais on De peut guère supposer que l'assemblée des évoques de l'Egypte ail atteste solennellement une fausseté reconnue. (Alhan.,

i.i , p. ne.)

2 Voyei l'histoire des Pères du Désert, publiée par .KosweÉde, etTiUeawnl, (Mém. Ecclésiast. , 1. vu dans

liaV'ie» d'Antoine, de Paeome, etc.) Aluaoase lui-même, ifui ne dédaigna pu d'écrire la vie de son ami Antoine, a aninnemwMl it terré aja ce saint moine avait souvent annoncé et déploré les désordres de l'hérésie arienne.

Dans se jeunesse, le primat d'Egypte résista au grand Constantin , qui lui avait ordonné plusieurs fois d'admettre Arins à la communion catholique '. L'empereur respecta l'inflexible opposition d'Athanase , et la lui aurait peut-être pardonnée; mais la faction qui le regardait comme son plus formidable ennemi, se voyant forcée à dissimuler sa haine , prépara de loin une attaque odieuse. Ils répandirent des soupçons et des brnits calomnieux ; on représenta l'archevêque comme un tyran domestique et barbare; on l'accusa d'avoir violé le traité conclu dans le concile de Nicée avec les disciples schismutiques de Mérèco *. Athanase désapprouvait ouvertement cette paix ignominieuse ; et l'empereur se laissa persuader que le primat abusait de son autorité civile et ecclésiastique, pour persécuter des sectaires qui lui étaient odieux ; qu'il avait brisé d'une maitt sacrilège un calice dans une de leurs églises de Harœotis; qu'il avait fait fouetter on mettre en prison six de leurs évêqnes; et que, dans l'excès de sa fureur, il avait assassiné on mutilé Arsène, prélat dn même parti *. Ces accusations attaquaient l'honneur et la vie d'Athanase ; Constance les remit a son frère Dnlmaiius le censeur, qoï se rendait a Antioche. On assembla successivement des synodes à Tyr et à Césarée, et les évéques de l'Orient eurent ordre de juger le primat avant de procéder à la consécr» tion de la nouvelle église de ht Résurrection

' Constantin, dans les eemrneneeaens, «sensea de paroles; mais, dans ses lettres , il avait recours à la prière, ■«i«W«i»i /jit MTiiXti, >r«eav fr,*£iï. Insensiblement elles prirent le ton menaçant. Hais, en même temps qu'il eiigeait que l'église fûl ouverte à tous, Il évitait de spérlfler le nom odieui f Arias. Athanase remarqua habilement tontes ces nuances (Li, p. 788), et eues lui fournirent quelques moyens d'excuse et de délai.

1 Les Mélétiens d'Egypte , de même que les Bonatisles d'Afrique, prirent naissance dans une querelle épiscopale , produite par l'esprit de persécution. Je n'ai pas le loisir de suivre une controverse obscure, qui semble avoir été défigurée par la partialité d'Athanase et l'ignorance d"Épiphane. (Voyez rtfist. générale de l'Église, par Mosbelm, vol. i, p. 301.)

3 Sozoméoe (I. u, c. 25) détaille la manière dont les six évéques furent traités. Mais Athanase , si diffus sur le sujet d'Arsène et du calice, ne fait pas la moindre réponse a celle grave accusation.

(359 dcp. J.-C.) à Jérusalem. Athanase pouvait bien être sûr de sa propre innocence; mais H ne comptait pas snr l'équité de ses juges. Persuadé que la haine qui avait dicté l'accusation dicterait aussi les procédures et la sentence, il déclina prudemment le tribunal de ses ennemis, méprisa les ajournemens du synode de Césarée , et se soumit enfin , après de longs délais, à Tordre absolu de l'empereur, qui menaçait de punir sa désobéissance s'il refusait de comparaître devant le concile deTyr'.Athanase, avant de quitter Alexandrie, â la tête de cinquante prélats d'Egypte, s'était sagement assuré le secours des Mélétiens, et Arsène lui-même, victime imaginaire et ami du primat, l'accompagnait secrètement. Eusèbe de Césarée présidait au concile de Tyr, et se conduisait avec use irrégularité violente, qu'on n'aurait point attendue de son génie et de son expérience. Sa faction nombreuse faisait retentir la salle des noms d'homicide et de tyran, et les clameurs étaient encouragées parla patiencetTAthanase, qui attendait en silence le moment de présenter Arsène a l'assemblée. Il ne pouvait pas répondre d'une manière s) évidente et si victorieuse aux autres accusations; cependant 1" archevêque était en état de prouver que , dans le village on en l'accusait d'avoir brisé no calice , il n'avait jamais existé ni église, ni autel, ni calice. Les Ariens, résolus de trouver leur ennemi coupable et de le condamner, déguisèrent cependant leur injustice sons une apparence de formalités judiciaires. Le synode chargea six évéques de faire dea informations snr les lieux; et cette démarche, à laquelle les- évêqnes d'Egypte s'opposèrent, ouvrit de nouvelles scènes de violence et de calomnie *- Lorsque les députés furent revenus d'Alexandrie, la majorité du concile prononça contre Athanase use sentence définilive d'exil et de dégradation. Après avoir

' Alban., t.i.p. 788; Socrale, 1. i, t. 28; Sozomène, Lu, & 25. L'empereur , dans sa lettre de «invocation ( Euxcb. , in Vil. Constant., Lit, c. 42) semble préjuger quelques membre» do clergé ; et il était plus que probable que les évéques du synode appliqueraient ces reproches à Athanase.

2 Voyea particulièrement la seconde apologie d' Athanase , L i, p. 763-808 ; et ses Épures aux Moines, p. 8W-

dicté un décret plein de fiel, de fureur et de perfidie, qu'ils présentèrent a l'empereur, et qu'ils publièrent dans l'église catholique, les prélats reprirent le maintien dévot -qui convenait au pèlerinage dn Saint-Sépulcre'.

Hais Athanase, loin de se soumettre à l'injustice de ses juges, ne parut pas même devant eux, et, sans attendre qu'ils prononçassent leur sentence, l'intrépide primat, résolu d'essayer si le trône était accessible à la vérité, se jeta dans une barque prête à partir pour la ville impériale. Craignant que l'empereur ne refusât ou n'éludât une audience s'il la lui demandait, il tint son arrivée secrète, et, guettant Constantin an moment où il rentrait à cheval dans la ville, l'archevêque se présenta devant lui dans une des rues de Constantinople. Le souverain, surpris et irrité de cette étrange apparition , donna ordre à ses gardes d'éloigner l'importun. Mais un respect involontaire arrêta son ressentiment, et sa fierté céda au courage du suppliant, qui réclamait sa justice *. Constantin écouta les plaintes d" Athanase avec l'air de l'attention et de l'indulgence : il fit sommer les juges de lui rendre compte de leurs procédés; et h faction tfEosèbe aurait eu le dessous sans le secours d'une nouvelle calomnie qui chargeait le primat d'un crime odieux. On l'accusa d'avoir retenu à Alexandrie la flotte chargée de grains pour l'approvisionnement de Constantinople *. L'empereur jugea qu'il était prudent d'assurer la paix de l'Egypte -par l'absence d'un chef factieux; mais il refusa de nommer à son archevêché;

i Euseb., in Fit. Constant, 1. ir, t. 41-47.

i Athanase, t. i, p. 804. Dans une église dédiée ajg saint Athanase , le tableau de cette circonstance de sa vie aurait été plus intéressant que la plupart des miracles et des martyres.

3 Athanase , t. i , p. 7λ; Eunape ( in Vit. Sophù-t. , p. 36, 37 , édit, Commelio ) a raconté un singulier trait de la crédulité et de la cruauté de Constantin dans une circonstance semblable. L'éloqnent Sopater , philosophe syrien , était aimé do l'empereur ; mais il eut le malheur de déplaire à Ablavius, prélet du prétoire. La flotte chargée de grains rut retenue par dea vents contraires , et le peuple de Constantinople murmura. Sopater eut ht Me tranchée , pour avoir , disait la sentence , arrêté les vents par une puissance magique. Suidas ajoute qne Constantin voulait prouver , par cette exécution , qu'il avait absolument renoncé à la superstition dos gentils.

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et lorsque, après avoir hésité long-temps, il confirma sa sentence, ce fut plutôt un ostracisme jaloux qu'un exil ignominieux. Aihanase fut. relégué pendant vingt-huit mois dans les Gaules; mais i! passa ce temps à la cour de Trêves. La mort de Constantin chan- gea la face des affaires. L'indulgence d'un nouveau règne rétablit Alhanase sur sou siège archiépiscopal, et le jeune Constantin reconnut par un édit le mérite et l'innocence de son vénérable protégé '.

La mort de ce prince exposa, de nouveau le primat d'Egypte à la persécution ; et le faible Constance, souverain de l'Orient, devint bientôt le complice secret du parti d'Eusèbe. Quatre-vingt-dix évêques de cette faction s'assemblèrent ù Antioche, sous le prétexte spécieux de dédier la cathédrale. Ils composèrent nne profession de foi en termes obscurs, mêlés d'une teinte de semi-arianisme, et vingt-cinq canons qui servent encore de règle à la discipline des Grecs orthodoxes '. On décida, avec une apparence d'équité, qu'un évèque dépossédé par un synode ne pouvait être remis eu possession de son évéché que par un second synode composé du même nombre d'ecclésiastiques ; et on appliqua immédiatement cette loi à la cause d'Athanase. Le concile d' Antioche prononça ou plutôt confirma sa dégradation . U «étranger, nommé Grégoire, prit possession de son archevêché; et Philàgrius, préfet d'Egypte1, eut ordre de soutenir l'autorité du nouveau primat de toute la puissance civile et militaire de la province. Victime de la conspiration des prélats de l'Asie, Atha-

■ En retenant , U vit deux fois Constance i Vimiui*- * cuin et i Césarte en Cappadoce. ( Attuuuse , 1 1 , p. 676.) Tillemont prétend que Constantin le présenta à ses deux frères dans la Paunonie. (Mém. Ecelés., t. rai, p. 69.)

î VoveaBereridge, Pandert., L i, p. 429-452, et l. n, notes, p. 182; Tillemonl , Mém. EcclésiasL, t. n, p. 310-324.) Saint Hilaire de Poitiers ■ parlé de ce synode d' Antioche d'une manière beaucoup trop favorable et trop respectueuse.

* Grégoire de Naïianïe bit un grand éloge (t. I, Oral., 31, p. 390,391) de ce magistral si odieux i Alha-

t J'aime à trouver, pour l'honneur dn genre bornai», quelques bonnes qualités chez les hommes que la faction opposeerepréseruwtcoinine des tyrans etées monstres, ■

(369dep.L-C.) nase se retira d'Alexandrie, et subit ut exil de trois ans ', durant lequel il fit assidûment sa cour au primat de Rome. Par son ardente assiduité à s'instruire dans la langue latine , il se mit bientôt en état de négocier avec le clergé d'Occident'. L'orgueilleux Mes se laissa séduire par ses louanges, et diriger par ses conseils. Atbanase persuada an pontife romain que la gloire de son siège était intéressée a recevoir son appel. Son innocence fut unanimement reconnue dans un concile composé de cinquante évêques d'Italie. Au bout de trois ans , le primat fugitif revint à Milan, à la sollicitation de Constans, qui conservait au milieu de ses dérèglemens tut zèle sincère pour la foi orthodoxe. L'or vint à l'appui de l'équité1, et les ministres de Constans conseillèrent a leur souverain de convoquer une assemblée ecclésiastique qui pût agir comme représeutant de l'église. catholique. Quatre-vingt-quatorze évêques de l'Occident et soixante-seize de l'Orient se trouvèrent ensemble à Sardica, sur les confins des deux empires, mais dans Les étals dn protecteur d'Athanase. Leurs débats firent bientôt place à des contestations particulières et à des injures personnelles. Les évêques d'Orient, se croyant en danger, cherchèrent précipitamment leur sûreté à Philippopolis

i Valesius {Observât, ad ealcem. t. 2; HisL Eedés., 1.1,6 l-5)etTittemont(Mém. Ecdës.,t.Ttn, p.fîM, etc.) ont disenté les doutes chronologique* dont la résidence d'Athanase i Rome est obscurcie. J'ai suivi le sm* liment de Valesius , qui n'admet qu'un seul voyage après l'intrusion de Grégoire.

* Je ne puis résister i l'envie de transcrire nne observation judicieuse de Wetslen (Protegomeu. H. T., p. 19) :

• Si lame» bittoriam ecdeaiaeticun vêtirons eonstuere,

• patebitjamio.de iseculo quarto, cura , orlis controver-

• siis , ecclesix Grawiœ doctores in duas partes scinde-

• reutur , ingenio, eloquentii, numéro, tanlùm non

• aequales, eam partem qusc vineere rapiebat Roman » eonfugisse , majeslalemque pontifias comiUr couusse ,

• coque pado oppressa per pontiBcem et episeopos laii- > nos advenariis prévalusse, alque ortbodoxiam ut ceaci- . liis stabillvisse. Eam ob causam , Athauasias, non sue ■ comitalu. Romam petiii , pluresque atutoa ibi teesit.»

i Phitostorge , 1. m , c 12. En supposant que le saint ail employé les moyens de séduction en faveur de la religion , l'avocat d'Athanase aurait pu justifier on an moins excuser sa conduite par [exemple de Catou elde Sidney , dont le premier est. accusé d'avoir donné , et l'autre d'avoir reçu de l'or pour défendre la liberté publique.

dans la Thrace, et les deux conciles foudroyèrent réciproquement leurs ennemis, qu'ils appelaient pieusement les ennemis du vrai Dieu. Leurs décrets furent publiés et ratifiés dans leurs provinces respectives. Athanase était en même temps révéré comme un saint dans l'Occident, et abhorré comme un scélérat dans l'Orient '. Le concile de Sardica découvrit les premiers symptômes de schisme et de discorde entre les églises grecque et latine. Une différence accidentelle dans leurs opinions religieuses, et la distinction permanente de leur langage les a sépa-* rées sans retour.

Durant son second exil en Occident , Athanase fit fréquemment sa cour à l'empereur dans les différentes villes de Capoue, Milan , Vérone, Padoue, Aquilée, et Trêves. L'évéque du diocèse l'accompagnait ordinairement dans ces entrevues, et le grand-maître de* office* restait toujours devant le voile ou rideau qui masquait l'appartement du souverain. Le primat donne ces témoins respectables pour garans de la circonspection avec laquelle il parlait de Constance '. La prudence devait suffire pour lui faire conserver le respect et la modération qui conviennent à nu sujet et à un ecclésiastique. Dans ces conversations familières avec le monarque de l'Occident , Athanase se bornait sans doute' à déplorer l'aveuglement de Constance ; mais ne ménageant ni les eunuques, ni les prélats ariens , qu'il accusait hardiment de la division de l'église et du danger auquel la foi catholique se troimit exposée , il excitait Constans à imiter le zèle et à mériter la gloire de son père. L'empereur déclara qu'il était résolu a employer les forces militaires et les trésors de l'Europe a soutenir la foi orthodoxe, et fit savoir à son frère Constance , dans une lettre

PAR ED. GIBBON, ai. XXI. 481

hautaine, que s'il ne consentait pas a remeure immédiatement Athanase en possession de sa place etde ses droits , il irait lui-même, suivi d'une flotte et d'une armée, l'installer sur son siège archiépiscopal d'Alexandrie*. Mais la condescendance de Constance prévint cette guerre religieuse et dénaturée, et l'empereur d'Orient daigna faire des avances de réconciliation a un de ses sujets qu'il avait persécuté. Athanase reçut avec une noble fierté trois lettres consécutives de son souverain. Elles étaient remplies de protestations d'estime et d'assurances de protection, et l'invitaient à se rendre dans son archevêché. Constance ajoutait l'humiliante précaution de faire attester par ses ministres la sincérité de ses intentions; il la manifesta, en outre, en faisant rappeler en Egypte tous les amis et les adhérens d'Athauase; il leur rendit leurs places et leurs privilèges, et fit biffer des registres publics les procédures illégales de la faction d'Eusêbe. Après avoir obtenu toutes les sûretés et la satisfaction que la justice et l'honneur pouvaient désirer, l'archevêque traversa lentement Les provinces de la Thrace, de l'Asie et de la Syrie, et reçut dans sa route l'hommage perfide des évéques orientaux , qui excitaient son mépris sans obtenir sa confiance '. Il vit à Antioche l'empereur Constance, et reçut les embraasemens de son maître avec une assurance modeste. Il éluda la proposition d'accorder une église aux Ariens d'Alexandrie, en demandant une égale tolérance pour ceux de son parti, dans les autres villes de l'empire. Cette réponse aurait pn paraître juste et modérée dans la bonched'un prince indépendant. L'entrée de l'archevêque dans sa capitale fut une procession triomphale. Son absence'" et ses malheurs l'avaient rendu cher aux ha-

■ Le canon qui accorde l'appel aux pontifes romains a presque élevé le synode de Sardica an ring des conciles généraux, et on a confondu , ou par adresse, ou par ignorance, ses Kta avec cens du concile de Nicée. (Voyez TQlenaont , t. vur, p. 789 ; et le Traité de Geddes , vol. u, p. 410-460.)

* Comme Albanie* répandait socrèteaient des invective» contre Constance , tandis qu'il l'assurait personnellement de son prorond respect ( roy ex l'Épi tre aux moines), nous pourrions raisonnablement nous défier des proiestalion* de l'archevêque (L i, p, 677).

G1BBO», 1.

■ Malgré le silence d'Athauase et la fausseté manifeste de la lettre insérée par Socrete , ces menaces se trouvent constatées par le témoignage de Lucifer de Cagliari et de Constance lui-même. (Voyez Tillemoot , L vin , p. 603. )

a J'ai toujours eu desdoutes sur la rétractation d'Ursaee et de Valons. ( Athanase, 1. 1\, p. 776.) lueurs épttres a Julius, évoque de Rome, eta Alhanase, ontunetournureel un style si différais, qu'elles ne peuvent sortir de la même source ; l'une parle le langage de criminels qui confessant leur crime et leur infamie, et l'autre celui d'ennemis qui i se réconcilier sous des conditions honorables (il

bilans d' Alexandrie. L'autorité qu'il exerçait avec rigueur se trouva plus solidement établie, et sa gloire se répandit dans tout le monde chrétien, depuis la Bretagne jusque dans l'Ethiopie '.

Mais le sujet qui forée son souverain à dissimuler ne doit pas compter sur une réconciliation sincère .ou durable. La mort tragique de Constans priva bientôt Alhanase d'un protecteur puissant et généreux. La guerre civile entre l'assassin et le seul frère existant de Constat» déchira pendant trais ans P empire, et donna quelques ias-tans de repos -à l'église catholique. Les deux rivaux ménagèrent l'amitié d'un prélat qui , par son autorité personnelle, pouvait fixer la résolu-lion incertaine d'une province importante. Il donna audience aux ambassadeur» de Maguenoe, avec lequel en l'accusa depuis d'à-' voir conservé une correspondance secrète';*! Constance assura lo vénérable Alhanase, en rappelant son père chéri , que tant qu'il gouvernerait l'empire, le primat d'Egypte n'aurai! point à regretter la protection de Constans, et qu'il serait toujours son ami zélé, en dépit des envieux et des faux bruits débités par leurs ennemis .communs". La reconnaissance et l'humanité faisaient sans doute un devoir a l'archevêque d'abhorrer Magnence, l'assassin de son jeune et malheureux protecteur. Mais» comme Alhanase était convaincu qu'il devait l'indulgence de Constance au danger de sa situation, peutêtre ne faisait-il pas des vœux bien ardens pour ses succès. Dès que la puissance de Constance Tut solidement établie , il cessa de dissimuler; et, dans le quartier d'hiver qu'il passa dans la ville d'Ailes après sa victoire , l'empereur déclara publiquement sa haine pour Alhanase, et sa résolution de se venger*

i Les circonstances de ce second retour peuvent se tirer d'Athanase lut-ntfme. (T. i, p. 709, 822, 843; Soeralc, ). ri, c 18; Sommen., 1. m, e. 19; Tbéodwet, I. h, c. 11, 12; Philoslorge, 1. u,c,12.)

- Alhanase. (t. i, p. 677, 678) défend son innocence par desplaintespathétiquM.des assortions et dMarj^eiiS5p<icleur. Il convient qu'on a forgé des lettres en sonwno; naM demande qn'on qoestiôitesea wercUires et ceux 4» prbot «t qaa l'oa constate si les uni tes ont écrites, et les antre» les ont reçues.

'Atomise, 1. 1 , p. 861; Theodorrt, I. m, e= ». L'em-

(359 dep. *.~C.) d'un ennemi pin* odieux que le- rival qui venait de- succomber.

Si le caprice en sauvera» eût exigé- fa mon du citoyen le plus iRustre tv le- plusvertueux delà république, ht violente «*verte de «es satellites, et la perfide complaisance des magistrats se seraient empressée» à l' envi de Le satisfaire. Les Bfêeaatiees et les délais que la condamnatiefi d'au évêque entraîna, lés difficultés qu'éproeya soft exécution, apprirent à l'univers* que les prm~ Jéges de l'église ranimaient, dans te gouvernement romain, le - sentiment de- l'ordre -et de la liberté. La sentence prononcée par le synode de ïyr, et souscrite- par ta majorité de» évéques d'Orient,' n'avait pas été formellement annulée, et Fairtorhé qu'A thanase exerçait dans ton dioeês*, quen^e .dégradé par ses onrfirères-, pouvait être regardée comme illégale et même criminelle. Mai»

Constance voulut tf abord oter au primat hr ressource puissante' qu'il ayant trouvée .uni» l'attachement du clergé- d'Occident, et s'assurer le coasemeaaent ' des < évéques .latana, avant de hasarder rexéctttioa de la sentesé*. Deux année» se passèrent en négodatasos ecclésiastiques; la- cause éet'empereu ce»* tre un de ses sujets fut aolenneUeiaeac débattue dans le synode d'Arles, et peu de temps après dans le concile d* Mifan '■<■«■ présence de trois eeots- é*èques. Leur probité se laissa séduire pes à peu parles argument de la faction arienne, par les artifices des eunuques, et pur les pressantes solltcrtations d'un souverain qui sacrifiait sa dignité à str vengeance. 11 eut recours à la corruption, indice infaillible de la liberté constitutionnelle ; il répandit de l'or, paya le suffrage des évéques par des présens, des honneurs et des privilèges \ et fit adroitement regarder l'espnl-

pereur annonçait qu'il avait plus s eeeW de dompter Atfcanase, qu'il n'avait désir* d» vainc» Magueaoe ou Srl-

' tes écrivains grées sttt ratante awe si peu de étoffai ta) . de fidélité les affaires, du concile de Milan, que nous sommes Curl heureux d'avoir pour ressource quêtâtes Mires d'Easébe tirées de BanHûus,dea Ardiires de l'église de* Vereelli, et d'une aieienne Vie de Iharya-fc-Tyra», publiée par BtamMam EVojei BsfonhN> A. D. Ht- et 73tatMot, L vu, a. 1*15.)

' Les noaneari, leaprestna et Ici ffiwyiinédtàwm

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(359 dep. JKÎ.) sioa du pm»t>eea«a»le«iill moyen .de pacifier et de réunir l'église catholique. Le»' «Mis tPAtttanase ae l'abandonnèrent pas.

Awo me TéWflMnce que H sainteté de leur cjtactèm rendait oMins dangereuse , ils défendirent I* cause, do ta justice et de la rein gion, <l9«sleed*b«tep«dBlic», et dama leurs conférences partie aliôres avec l'empereur. Dr M déclarèrent que «M'espoir de sa faveur, ni la eraiute de sa («1ère no les friraient consentir à condamner a» cenfrere absent, inneoent e* ïWpeottbta '^lls animèrent arec . uneapparenee de raison que te> décret ittcgal dnl ooactfe>de l'y* était aminé depuis longtemps par' les ■édite de l'empereur lui-mêine» par la réinstnllation honorable de l'archevêque d'èJraandrie, et .parlairétraclaiion on le- allouée d© «ce phn bruyans. adversaires. Ils alléguèrent' que sem innocence avait été usaoimedtent attestée: partons le» évéques <fc( iregypt», et reconnue dans tes coacilo* de1 Rome-etde Sardica' par In sentence de l'église latine; et -il* déplorèrent b situation rigonrause d/Àibanaei; , qw,- après avoir joui si 'IdDgifempa <le sa dignité, d*nae grande importation, >et «Via tfesusnc» apparente de semaoa*eralo,aetronvahl»xnoBé«teiis«veati àsejaaHWer daeeaaatioi» fanases et tnttravagantea. Lca»s raisons poraiseaiem juste», eeiebr condoke était respectable; nuiiadons ce débat long «iwpùâaVe, qui usait towle» ymtmé^fêispis* «or -an nnrtioBuer;'le8-caMx factions M«cé<iia8ttqnea onti détaidotent ou accusaient le ptiwat- étaient réc»pr*q»emt»nt

tant de. prélats sont cités par les évéques dont la probité ou la fierté n'avait point succombé i ces lentalions. Nous combattons, disait Maire, éfetpH de Poitiers, contre Constance l'Anlo-Christ, qui ;wn dorsa cœdit, tedivhttmm -œUfat. (Uitarius centra Contttmt, t. t, p. 1210.) ,,.,,.

< Aouoien, qui n'avait qu'une connaissance tr ès-superfictelle de l'histoire ecdésiaslique, parie de celle opposition (*i, 7). «Liberius.... perscveranter renttebatur, nec • visui» bûfflioem, née eudilum daronare nefas ultiraum

■ soepe eidamans; aperte scilicet recalcilrans imperatoris

■ «rMuift. M «La aie A tnanasio semper infeslus , Me. •

îPtMpacftCBlieremerit par]*paKiorllHjdo«e du conciU dé B*r^. Si les évolues avaient donné de bonne Toi haaai «mages, b dtffston m serait trouvée du quatreritaSKaatorua m)taÉte-«e]ie. M, de Tillenm'nl (t vin, p. »Hr-tl5B)«t«Ton»4iv«cr»k»Bqu'aDe6i falblemajorîM ail procédé avec laul de rigueur contre ses adversainajdeWieBTbMàpiirutimiiédlateQiaitaeposé.'

disposées à sacrifier la justice et la vérité à ileur principal objet. Les Ariens dissimulaient ; encore leur dessein et leurs véritables sentïm*ns; mais lesévéques orthodoxes, soutenus 'de la laveur du peuple et du décret d'un concile général, insistèrent dans toutes les occasions, et particulièrement à Milan, sur la taehe d'hérésie dont leurs adversaires devaient nécessairement se laver,- avant d'être reçus à juger la conduite du grand Alhanase'.

Mais la voix delà raison, en supposant qu'elle fut du coté d'Athanase, fut réduite an sïlenee par les clameurs d'une majorité factieuse et vénale; et les conciles d'Arles et de Milan ne se séparèrent qu'après avoir solennellement condamné et déposé l' archevêque d'Alexandrie par la double sentence du clergé d'Orient et de celui d'Occident. On requit les évéques opposans de la souscrire, et de s'unir en une seule communion religieuse avec les chefs suspects de leurs adversaires. Des messagers d'état portaient une formule de consentement aux évéques absens ; et l'empereur, sous le prétexte d'exécuter les décrets de l'église catholique, bannissait immédiatement ceux qui refusaient de soumettre leur opinion particulière à la sagesse inspirée des conciles d'Arles et de Milan. Parmi te grand nombre de prélats qui furent .exilés , on distingue particulièrement Liberins de Rome , Osius de Cordoue , Paulin de Trêves, Denys de Milan, Eusèbe de Vercellî, Lucifer de Cagllari, et Hilaire de Poitiers. Le rang distingué de Liberins qui gouvernait la capitale de l'empire, le mérite personnel et la longue expérience du vénérable Osius, l'ancien favori du grand Constantin , et lepère de la foi de Nîcée, plaçaient ces évéques a la tète de Féglise latine, et leur . exemple, soit de résistance ou de soumission, pouvait entraîner une foule de prélats. Mais toutes tos tentatives de l'empereur pour se- . duire ou pour intimider les évéqnes de Rome et de Cordoue furent long-temps inutiles. L'Espagnol déclara qu'il était prêt à souffrir sous Constance ce qu'il avait éprouvé soixante ans avant sons son grand-père Maxi-

' EMp- Sévères, in Bill. Stem, I. n , p. 412.

mien. Le Romain défendit avec chaleur, ea présence de son souverain , l'innocence d'Atlianase , et In liberté de sa propre conscience. Lorsqu'on l'exila à Bterct, dans ta' Thrace, il renvoya une somme considérable d'argent, qui lui avait été donnée pour fournir aux besoins de son voyage , et se permit d'insulter la cour de Milan, en observant que l'empereur et ses eunuques pourraient avoir besoin de cet or pour acheter des soldats ou des évéques '. La fermeté d'Ûsius et de Liberins ne tint cependant pas contre la gène et les incommodités de leur exil. Le pontife romain acheta son retour par des concessions criminelles, dont il eut un juste repentir. On employa successivement la persuasion et la violence pour arracher la signature de l'évéque de Cordoue, vieillard centenaire, dont les forces étaient épuisées, et dont le grand âge avait probablement affaibli le» forces intellectuelles. Quelques membres de l'église orthodoxe, irrités du triomphe insultant des Ariens, omjugé trop sévèrement un vieillard respectable qui s'était montré précédemment le plus ferme appui de l'église*.

La faiblesse de Liberins et d'Osius donna du prix à la résistance des évéques qui restèrent fidèles à la cause d'Atlianase et de lenr conscience. En les éloignant les uns des autres, les eunuques avaient eu sois de les placer dans les cantons les plus sauvages de l'empire *. Ils éprouvèrent bientôt que les déserts de Libye et de Câppadoce offraient un séjour plus tranquille et moins dangereux

1 Ammien (n, 7) parle de l'exil de Liberi us. (Voyez Théodore», 1. n, e. 16-, Athanose, t. 1, p. 634-837; Hitalre, Fragment., t.)

i Tillenwnl (t. nu, p. 624-561) a recueils la Vie d'Osiu*. Il commence par lui prodiguer les louanges les plus extravagantes et Un il par le condamner. Au milieu de leurs lamentations sur la chule de l'évique de Cordoue, ou distingue aisément la prudence d'Athmase du xéle aveugle et indiscret de salut Hitaire.

* Les confesseurs de l'Occident furent suoçesaraeent bannis dans les déserts de l'Arable cl de Thébais, entre les rochers du mont Taurus , #1 dans les cantons les plus sauvages de la Phrygie. jEtius l'hérétique ayant été trop bien reçu a Mopsueste, où il était exilé, Aeace le III transporter t Amblada.doni les tarirons, habités par des sauvages, étaient en proie aux horreurs de 1a guerre et de la peste, (t'bilostorgr.l. v,e.2.)

(3fr9dcp. J;-C.)!

que les villes brillantes dans lesquelles un évéqtte arien pouvait satisfaire impunément les transports de sa haine théologique '. Ils trouvaient lenr consolation dans la droiture de leur conduite, dans leur indépendance, dans les applaudissemens , les' visites, les lettres, les contributions libérales de leurs partisans *, et dans les dissensions qui ne tardèrent pas à diviser les adversaires de la fol de Micée. Tels étaient le caprice ridicule de Constance et son attachement littéral a sa règle de fol imaginaire, qu'il persécutait avec un zèle égal ceux qui affirmaient la consubslantialité , ceux qui croyaient a l'unité de substance, et ceux qui niaient l'égalité du Père et du Fils.

La disgrâce et l'exil des évéques orthodoxes de l'Occident servirent de prérade a la chute d'Athanase *. Vingt-six mors s'écoulèrent , durant lesquels la cour impériale mit en usage toutes sortes d'artifices pour T éloigner d'Alexandrie, et le priver des secours que lescitoyens s'empressaient de lui donner. Mais quand le primat d'Egypte , abandonné du clergé latin, se trouva dépourvu de tout secours étranger, Constance fit partir deux de ses secrétaires chargés verbalement d'annoncer le bannissement d'Athanase , et de le faire exécuter. Comme cette sentence était publiquement souscrite par tout le clergé, l'empereur ne pouvait avoir d'autre motif pour ne pas donner ses ordres par écrit, que la crainte de l'événement , et le danger auquel la seconde ville de l'empire et une de ses plus florissantes provinces se trouveraient exposées, si le peuple s'obstinait à défendre par

' Voyez la cruauté et l'obstination d'Eusèbe dans ses propres lettres, publiées par Baronius (A. D. 356, n* 92- 102).

* • Caeterum «ules mus eonstal, tottaà ortns anidbt > cdebralos , pecuaiasque fis in uimptum anatim eonges- ■ Us legalionibusquoqueeosplebiscatholiea: ex omnibus i ferr proTlnclls (requetiialos. ■ Sulp. Seter., Eist. Sacra, p. 414; AUuraase, 1. 1, p. 836-840.)

1 On peut trouver tous les détails de cette nouvelle persécution dans les ouvrages d'Athanase lui-même. (Voywson Apologie, adressée* Constance, Ll,p. 673; la première Apologie de sa fuite, p. TOI ; sa longue Epftre aux solitaires, p. 808; et l'original des protestations des Alexandriens contre les violences commises par Syrknnts, p. 866.) Somoene(l. r»,e. 9) a inséré dans son rerh deux ou trois circonstances lumineuses et importantes.

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■(ÎS9 llep. J-C.) U force des armes l'innocence de leur pore spirituel. Cette précaution fournit au primat us prétexte de méconnaître un ordre si contraire a l'équité et aux protestations du souverain. Les magistrats ne purent lui persuader de quitter la ville, et , se trouvant trop faibles pour l'y contraindre, ils firent une convention avec lès chefs du peuple, par laquelle il fat stipulé que toute hostilité serait snspeudue jusqu'au moment où l'empereur ferait connaître plus évidemment sa volonté. Cette apparence de modératioa, mit les catholiques dans une fausse sécurité , tandis que les légions de la Haute-Egypte et de la Libye s'avançaient a grandes journées pour assiéger ou surprendre une capitale accoutumée aux séditions et enflammée de l'enthousiasme religieux'. La position d'Alexandrie, entre la mer et le lac Maréotis, facilitait rapproche et l'entrée des troupes ; et elles s'emparèrent de la ville avant qu'on eut fait aucun mouvement pour fermer les portes , ou pour occuper les postes susceptibles de défense. Environ à minuit , vingt-trois jours après la signature de la convention, Syrianus, duc d'Egypte, à la tète de cinq nulle soldats armés et préparés à un siège, investit inopinément l'église deSaint-Théonas, oh l'archevêque, avec une partie de son clergé, faisait, en présence du peuple, des cérémonies de dévotions nocturnes. Les portes furent rapidement enfoncées, le sang coula dans l'église, et , dans cet affreux tumulte les troupes se permirent toutes sortes de violences; mais les corps des soldats poignardés et leurs armes brisées attestaient encore le lendemain de cette scène horrible que les catholiques s'étaient vengés du sacrilège. Les autres églises de la ville essuyèrent le même sort, et, durant quatremois, une armée licencieuse, excitée par les ecclésiastiques du parti opposé, épuisa sur les malheureux citoyens tous les excès de la fureur et de l'obscénité. Un grand nombre de fidèles perdirent la vie ;

< A thanase arait mandé récemment Antoine et une bande de moines choisis ; ite descendirent de leurs montagnes , annoncèrent aui Aleiwidriens la tiinlrli1 rt'Mlunam-. H lurent honorablement reconduits par l'archevêque jusqu'à ta porte de U Tille. (Alhanas., Lu, p. 491,492- Voyez au-isi Butin, ut, 10-1, in-Ta. l'air., |>, SU.)

PAR ED. GIBBON. Cil. XXI.

îles évéques et des prêtres essuyèrent les

traitemens les plus ignominieux . On dépouilla des vierges consacrées, et elles éprouvèrent les pins cruels outrages. Les maisons des riches citoyens furent pillées ; et, sous le masque du zèle religieux, la déhanche, la cupidité , la haine et la vengeance exercèrent leurs fureurs avec impunité, et obtinrent des applauchssemens. Les païens d'Alexandrie, qui formaient encore un parti nombreux et mécontent, consentirent sans peine à abandonner un évêque qu'ils estimaient et redoutaient également. L'espérance de quelques grâces particulières, et 1a crainte d'être enveloppé dans le châtiment de la révolte , les engagèrent à promettre de soutenir le successeur désigné d'A thanase, le fameux Georges de Cappadoce. L'usurpateur, après avoir été consacré dans le synode arien , se plaça sur le trône archiépiscopal avec le secours de Sébastien, nommé comte d'Egypte pour exécuter cette expédition. Georges ne respecta pas plus les lois dans l'exercice que dans l'acquisition de sa puissance ; il méprisa également la religion, la justice et l'humanité; les scènes de scandale et de violence, qui avaient eu tien dans la capitale affligèrent plus de quatre-vingt-dix villes épiscopales de l'Egypte. Constance, encouragé par ces barbares succès , se rougit point d'approuver la vengeance de ses ministres. U fit publier une lettre, danB laquelle, après s'être félicité d'avoir délivré Alexandrie d'un tyran dangereux, qui séduisait le peuple par la magie de son éloquence, il exalte les vertus et la piété du nouveau prélat, et aspire, comme patron et bienfaiteur de la ville, à surpasser la gloire et la renommée d'Alexandre. Mais il déclare l'inébranlable résolution de poursuivre de tonte sa puissance les adhérens séditieux du criminel Athànase, qui a suffisamment constaté ses forfaits eu se dérobant à la justice et à la mort ignominieuse qu'il a si souvent méritée'.

Aihanaae s'était mis à l'abri dn danger le plus pressant, cl les aventures de cet homme

i, p. CM. A tme» le reasen Liment de l'empereur, ou de «es srer^lairesnrieai.on rott perrerta crainte et l'estime qu'Athanase leur Inspirait.

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extraordinaire méritent de fixer un instant notre&ttention. Dans la nuit fatale où Syrianns, à la tête de ses troupes, avait investi l'église de Saint-Théonas, rarcbeveque, assis tranquillement sur son trône , y attendait la mort avec intrépidité. Tandis que des cris de rage et de terreur interrompaient les cérémonies de la dévotion publique, Alhtinase encourageait son clergé tremblant a exprimer sa pieuse confiance par le chant d'un psaume de David qui célèbre le triomphe du Dieu d'Israël anr le tyran impie de l'Egypte. Les soldats brisèrent, les portes , et lancèrent nne grêle de traits; leurs armes brillantes réfléchissaient de loin la lumière qui éclairait les autels ' ; Us s'élancèrent l'épée à la main jusque dans le sanctuaire. Les prêtres pressaient l'archevêque de sauver une vie qui leur était si précieuse; mais le courageux prélat refusa de quitter son siège avant qu'ils se fussent tous mis en sûreté. Le tumulte et l'obscurité de la nuit favorisèrent sa fuite. Perçant avec peine une foule effrayée qui l'écrasait, jeté à terre et foulé aux pieds , il ne perdit ni le courage ni la présence d'esprit; et les soldats cherchèrent inutilement Atbanase , dont les chefs ariens avaient mis la tète a prix, en leur persuadant que l'empereur récompenserait avec libéralité un présent si agréable. Depuis ce moment, le primat de l'Egypte disparut, et resta six ans couvert d'une obscurité impénétrable'.

La puissance despotique de son implacable ennemi s'étendait dans tout le monde romain, et le monarque furieux écrivit une lettre pressante aux princes chrétiens d'Ethiopie , pour lai fermer cet asile éloigné. Des comtes , des préfets, des tribuns et des armées entières fnrsntsuccessivement employés à poursuivre un évéque fugitif, et de nombreux édits animèrent la vigilante activité des officiers civils et militaires. On promit

' Ces détails sont atrie ht parte qu'ils uni transcrits littéralement et tirés des protesta lions qui furent présentes publiquement troia Jours «près parle* catholiques d'Aleundrie. (Voyez Albause, 1. 1, p. 867.)

1 [*s jansénistes ont souvent comp*ré Alhanase et Arn»uM, et se sont «endos née satisISrtton sur ta loi, la lele.Iemcriteet lestouffraneci de cweelèbrts docteurs. l.'abM Je la Bldleriea Ire adroitement conduit ce parallèle. (Vie de Jovicn, 1. 1, p. (M.)

{350 dep. 4«£.) de fortes récompenses àeoUU qui présenterait Athanase mort ou vif, et joa menaça des chatimens les plus sévères ceux qui protégeraient l'ennemi -public1. Mai* les déserte delà ThéJsïde étaient peuplés d'ace race de fanatiques , qui ressentaient plus les ordres de leur afcfaé que ceux de l'empereur. Les nombreux disciples d'Antoine et de .Pacfcne reçurent Athanase comme leur père. Ils admiraient la patience et Vhtunilué avec lesquelles le primat suivait .strictement les règles austères de leur institution-,, et Us recueillaient toutes ses paroles comme une émanation de la sagesse divine. Les dangers qu'ils couraient pour défendre l'innocence et ta vérité leur paraissaient plus méritoires que les prières, les veilles et les jeune»'. Les monastères de l'Egypte étaient situés dans des cantons déserts et isolés, sur les sommets des montagnes et dans des lies du Nil,, et le son connu de la trompette sacrée de Tabenne rassemblait en un instant des milliers de moines robustes et déterminés,autrefpis cultivateurs , pour la plupart, des pays circonvoisias, Lorsque des forces militaires, entraient à main armée dans leurs retraites obscures, ils se présentaient en silence au fer .de Leurs bourreaux, et fidèles an caractère de leur nation , ils bravaient les tortures et la mort sans se laisser arracher le secret qu'ils avaient résolu de ne point trahir1. L'archevêque d'Alexandrie, habillé comme eux* était confondu dans une multitude d'hommes déterminés a le défoudre au péril de leur vie. Quand le danger devenait trop pressant, les moines le transportaient d'une retraite dans une antre, et il parvînt 4 ces formidables déserts que la sombre et crédule superstition a peuplés de démons et de monstres féroces.

1 > Hinc jwn loto orbe prafup» Atht

• ei lu tu a ad talendum supercral locus, TYibnni, prx»xtx, ' comités, nercibsquoqa^adaermligtttdau«B«imo-

■ tenUv cdktis ùnnerâlibus: prœœia deutoriAus propo-

• aunLur, si quis eu m vivum, si, id minus , eapul certe

• Alhanasii detulissd. > Rulin, 1. 1, c. 160

* Grog. Naiianx., t. i, Orat. m, p. 381, 385. VoyeJ Tilleœont.iUéa». Eedés., L m, p. 176 410, 820-8». 1 • Et aulla tonnentorum vis int#niri adbuc potull,

• que oMurato illiiu traclu-s lui mai intilo elicere pn-

■ Util, ut uenion propriuiu dical. (Aiuuikii, un, 11!) et Vjlesiiis,nrf/ocwH.)

(359 «en. Ï.JC.) Athanase ri'eotpour société, •dans laretraite où il passa deux aus, que lennemes qui lui servirent, avec la plus «awefidelitey de gardes, de secrétaires et de messagère. IfawMs qite l'activité (tes poursuites fat an peu ralentie ; fenvift (f eatreteoir nno liaison oins intime avec le parti catholique le rameau dans Alexandrie , on il confia sa personne a la discrétion de ses amis et de ses adhérera , et ses différentes aventures Nantiraient ta matière d'une histoire intéressante. 11 Testa caché dans une citérnequi était a sec, et, au moment où il-en sortit , il Venait d'être trahi par une fille esclave*. Athanase choisit «ne fois On asite encore plus extraordinaire , la maison d'une vierge , âgée an plus de vingt ans, et célèbre par sa beauté. A mhrait, comme elle le raconta plusieurs années après , eHe aperçut arec surprise l' archevêque vetn très-négligemment , qui s avançait vers elle avec précipitation. II la supplia de lui accorder l'hospitalité , qu'âne vision céleste l'avait averti de venir chercher dans sa maison. La pieuse vierge accepta, et conserva soigneusement Te dépôt sacré qne le ciel daignait confier a sa prudence. Sans en faire part à qui que ce fut, elle conduisit Atbanase dans sa chambre sacrée , et veilla sur la sûreté du prélat avec la tendresse d'une amie et l'exactitude d'une esclave. Tant que te danger' dura, elle lui fournit des vivres «des livres , lui lava régulièrement les pieds , lai servit de secrétaire et sut adroiternent cacher aux yeux perçans du soupçon un «ommerce familier et solitaire entre un saint dont le caractère exigeait la chasteté la plus évidente , et une jeune Site dont les charmes pouvaient exciter les plus dangereuses émotions*. Durant six années d'exil et de persécution, Athanase rendit plusieurs visites à sa belle et-fidèie compagne; nous sommes for-

PAii.fi». gibbon, eu.- xxi.

i Rufln, t. f, c. 18; So*>esène, 1. rr, c 10. Celle hisutu^ettestËvantepaMlroot impossibles si Hi wppojons qu" Athanase habita loulou» l'asile qu'il avait ou choisi ou accepte par hasard.

2 PifladHU, Sût. Lataiac., c. 13fi , in Fil. Pairum , p. 776. L'auteur rfecett e-aaaedote tuait «mers* avec cette «aDoi*eue,qui se souvenait encore, dans u vieillesse, de eeUeinUmitt pieuse. Ikroniuj, Valesius,TinenH>nt, etc., rejettent cette histoire tàttm indigne de ta gravité de l'histoire ecclésiastique.

oés, par, la déutaration qu'il on a faite depuis l*û-mên*e, de croire qu'il se trouva aux cor-» ciJe* de fijsnuû et de&éteucie1. L'avantage de négocier en personne avec sas amis , et de. fomenter les divisions de ses adversaires, pen justifier, dans aa politique habite, l'audacieuse entreprise d'Alhaoase. Alexandrie, rennreaâtda commerce et de la navigation , entretenait des relations avec tous les poru de ta Méditerranée. Du fond de sa retraite inaccessible , l'intrépide primat taisait sans cesse une guerre offensive au protecteur des Ariens; et ses étoquens écrits , diligemment répandas et tus avec avidité, contribuaient à réunir et à animer le parti orthodoxe. Dans les apologies publiques qu'il adressait à l'empereur, il affectait quelquefois de préconiser la modération, tandis que, se livrant luimême aux plus violentes invectives, il représentait Constance comme un prince faible et corrompu , te bourreau de sa famille , le tyran de ta république et l'Ante-Christ de L'église. An faite de ta prospérité, le monarque victorieux, qui avait puni les vices de Galius et éteint la révolte de Sylvanus , qui avait déposé l'empeceurVétraniou et vaincu la formidable armée de Magnenee , recevait des blessures protondes d'une main invisible , sans pouvoir ni s'en garantir ni s'en venger ; et le fils de Constantin fut le premier des princes chrétiens qui éprouva la force de ces principes qui , en matière de religion ', résistent aux pins ptriasans efforts de l'autorité dvite*.

La persécution d' Athanase et de tant d'évéqaes respectables qui ont souffert pour la. eauee de la vérité, ou du moins pour les sentiments de leur conscience , enflammait de colère et d'indignation ton» les chrétiens qui

i Athanase, 1. 1, p. 867. Je conviens avec Tïltemoiit t. nu, p. 1 1U7] que ces ejpnsssiona annoncent qu'il visita les synodes, sans doute secrètement.

' L'É pitre d'Auutnase aux moines est remplie de reproches dont le public doit sentir la vérité { vol. i , 834- 866) ; et, par honnêteté pour ses lecteurs , il fait la comparaison de Pharaon, d'Aihab et de Belsbazzar, etc. La hardiesse d'Hilaire l' exposait à moins de danger, s'il est vrai qu'il publia ses invectives dans la Gaule , apr#s la révolte de Julien. Mais Lucifer envoya ses libelle ' -- «lance, et sembl ait rechercher l'honneur du mari Tillemonl,!. vu, p. 903.)

n'étaient pas aveuglement dévoues à la faction de l'arianisme. Le peuple regrettait Ea perte de ses respectables pasteurs, dont le bannissement étaitordinairement suivi de fintrusion d'un étranger dans la chaire pontificale '. Il se plaignait qu'on avait violé les droits d'élection, et qu'on l'obligeait d'obéir a des usurpateurs mercenaires , dont les personnes lui étaient inconnues et les principes suspects.LcseathoIiqucsavaientdeux moyens de prouver qu'ils ne participaient pas à l'hérésie de leur chef ecclésiastique, en faisant une opposition publique , ou en renonçant absolument à sa communion. Aniioche donna l'exemple du premier, et le succès en répandit l'usage dans toute la chrétienté. La doxologie, ou hymne sacrée qui célèbre la gloire de la sainte trinité, est susceptible de beaucoup d'inflexions très-délicates , mais trèsimportantes, et la substance d'un symbole orthodoxe ou hérétique pent s'exprimer par la différence d'une particule copulative ou disjonctive. Flavius et Diodore, deux laïques dévots et très-attachés à la foi de Nîcée, introduisirent des réponses alternatives dans une psalmodie plus régulière '. Sous leur conduite, un essaim de moines sortirent du désert voisin ; des troupes de chanteurs instruits remplirent la cathédrale d'Antioche. Ils chantaient en chorus la gloire nu Fias , du Fils et du Saint-Esprit *,- et les catholiques insultèrent par la pureté de leur doctrine l'évêque nrienqui avait usurpé le siège d'L'ustaihe. Le même zèle qui inspirait ces chants engagea des membres plus scrupuleux de l'église orthodoxe à former des assemblées particulières qui furent gouvernées par des prêtres jusqu'à ce que la mort

i. p. &Il)hUme en général celte praliqne, dont II die ensuite uu etanutle (h- 881 ) dans la prétendue élection de Félix, Trois eunuques «présent aient le peuple romain ; et trois prélats , qui suivaient la cour , firent les fu actions des évoques des provinces.

îTbomawin ; Discipline de l'Église, t. >, 1. n, curai, ttxni, p, 966-881) a rassemblé des faits curieux relatifs à l'origine et aux progrès du chant des églises dans l'Orient el dans l'Occident.

i Philostorgc, i. m , c. 13. Godefroy a examiné ce sujet avee beaucoup d'exactitude (p. 147, de). Il y avait trois formule! hélarodoxe» : Au Père jwle Fils et dans 1c Saint-Esprit.... t Au Père, et au Fils dans le Saint-Esprit.. . : An Pcre dans le Fils et le Saint-Esprit.

(3» Hep. J.hC-) de leur pasteur exilé permit d* ea élite et d'eg ooiisaOrei'nnwitpe'.Lesintrignosdelflciiur multipliaient le ncofcre des. prétendant, et, sous- leTègne de Constante, deux, trois ou q uatre o vèimes m disputèrent souvent le gouvernement spirituel d'une ville. Ils exerçaient leur juridiction religieuse sur leurs partisans, et perdaient et regagnaient a lier nu ave in en lies possessions temporelles de l'église. L'abus du christianisme fournit de couveaitx sujets de tyrannie et de sédition au gouvecnenieni romain. Les violences des factions religieuses rompirent tons les liens de la société civile; et le citoyen obscur, qui regardait avec iadifférence la chute ou l'élévation, des empereurs, imaginait et éprouvait que sa vie et sa fortune, se trouvaient liées avec les intérêts du chef ecclésiastique qu'il avait choisi, L'exemple des deux capitales peut servir à sous donner une idée de l'état de l'empire et du caractère des hommes sous le règne des Ûls de Constantin.

1* Lorsqu'un pontile romain remplissait ses fonctions et observait exactement ses principes, il était efficacement protégé par le zèle. et l'attachement d'un grand peuple, et il pouvait rejeter avec dédain les prières, les menaces et les offres d'un prince hérétique. Quand les eunuques eurent secrètement or donné l'exil de Liberius, les craintes- fondées d'une révolte les obligèrent à n'entreprendre l'exécution de cette sentence qu'avec les plus grandes précautions. On investit la ville de tous côtés, et le préfet reçut ordre de se saisir de l'évêque par force ou. par adresse. Il obéit. Liberius, avec bien de la peine, fut enlevé précipitamment à minuit, et éloigné des Romains avant que le désespoir eut succédé à leur consternation. Dès qu'ils eurent appris que leur évéque était relégué au fond de la Thrace, on convoqua une assemblée générale, et le clergé de Rome s'engagea par

' Après l'exil d'Eustalh* , sous le règne 4e G le parti le plus rigide des orthodoxes se sépara des autres, et forma enfin un schisme qui dura quatre- vingts Ut- (Voyez Tillemont , Mém. Ecoles., t. m, p. «-64,1137- 11W; t. nu, p. 6TMBS, 1314-18»)). DbM beaucoup d'églises , les Ariens et les Boaiaousiens , qui njtuietl rréiproqupiuent la communion l'un de l'autre, continuèrent cependant quelque temps à 'prier ensemble. (PhilostrsM.ui.cxir.)

(3S0<Iep. J.-C.) *n serment public et solennel a ne jamais abandonner le parti de leur, prêtai , et à- ne jamais' reconnaître Félix, qw avait été irrégulièrement éhv par l'influence de» eunuques, et consacré ; dons l'enceinte d'an palais profane. Au bout de deux ans, leur pieuse obstination subsistait encore dans tonte sa force j et, lorsque Constance visita Home, les sollicitations du peuple l'assaittirem de tons côtés; Les' Romains conservaient encore, 'peur tout reste de leur ancienne liberté, le droit de parier à lenr empereur avec on© familiarité indécente.

Les ' femmes d'un grand nombre de sénateurs et de citoyens distingués, auxquelles on persuada qne cette commission serait moins dangereuse entre leurs mains, et peutêtre mieux reçue , se chargèrent de demander à l'emperenr le rappel de Libérius. Constance reçut avec complaisance ces députés féminins, dont les habits et la parure magnifiques attestaient le rang et l'opulence. Il fut frappé de la ferme résolution qu'elles annoncèrent de suivre leur vénérable pasteur jusqu'à l'extrémité delà terre, et.il consentit que les deux évéques, Libérais et Félix, gouvernasse lit en paix diacun leur congrégation. Hais les idées de tolérance étaient si opposées à la pralîqne et même aux inclina' tious de ces temps , que , lorsqu'on lut publiquement la réponse de Constance dans le cirque de Home, ce projet d'accommodement raisonnable n'excita que le méprit , et fat rejeté unanimement. Le Cirque retentit des cris répétés de : < Un Dieu, un Christ, un évé- » que. i Le: zèle du peuple, romain pour la cause de Libérius ne s'en tint pas a des paroles. La dangereuse' et sanglante sédition qnï éclata peu de temps après le départ de Constance détermina ce prince a recevoir favorablement la soumission du prélat, et à lai rendre sans partage le gouvernement de la capitale. Après une résistance faible et mutile, le parti victorieux chassa de la ville le rival do Libérius avec la permission tacite de l'empereur. Les partisans de Félix furent inhumainement égorgés dans les rues, dans lés places publiques, dans les bains, et même dans les églises; et Borne, au retour de son pieux cvcqtie , renouvela les inassa-

PAÏt ED.ClBBOSt CU. XXJ.

cres de Marins et les proscriptions de Sylla1. 2. Quoique les chrétiens se fussent rapidement multipliés sous le gouvernement de la race flavienne, Rome, Alexandrie, et les autres grandes villes de l'empire contenaient encore une nombreuse et puissante faction d'infidèles, qui enviaient la prospérité de l'église chrétienne , et se moquaient publiquement, sur leurs théâtres, des questions t h éo logiques. Constanlinople jouissait seule de l'avantage d'être née dans le sein de l'église, et de n'avoir jamais été souillée par le culte des idoles; et tous les habilans étaient fortement imbus des vertus et de l'enthousiasme qui distinguaient les chrétiens de ce siècle de tout le reste de l'univers. Après la mort d'Alexandre, Paul et Macédonius se disputèrent le siège épiscopal. Ils en étaient dignes l'un et l'autre par leur zèle et par leurs talens; et, si Macédonius l'emportait par la pureté des mœurs, son concurrent avait surj lui l'avantage d'une élection antérieure et d'une doctrine plus orthodoxe. L'inviolable attachement à la foi de Nicée , qui l'a placé au rang des saints et des martyrs, l'exposa au ressentiment des Ariens. Dans un espace de quatorze ans, il fut cinq fois chassé de son siège, et réinstallé plus souvent par la révolte du peuple que par l'indulgence du souverain. La mort de Paul pouvait seule assurer à Macédonius la possession tranquille de son évéclié. On traîna l'infortuné Paul, ■ accablé sous le poids des chaînes, depuis les déserts de la Mésopotamie jusqu'aux repaires sauvages du mont Taurus *. On le tint enfermé dans un donjon obscur, où il resta six jours sans subsistance ; et il fut enfin étranglé par l'ordre de Philippe, un des principaux ministres de Constance *. Les querelles

i Vovez, pour lar révolution ecdésUstiqua d* Borne, A maiien ,it,J; Athanose, Li,p. 843-891 ; Swpntue, 1. rr, C iv, Tbéodoret, 1. n, c ivii; Sulpics Sérére, Sist. Sacra,{. n,p.4t3;J*rtrae,Cbronu[ue;Marcc!linetFaustin,Libdl.,p.3,l;Tilieis(Hit,Mèin.E«;lfe.,t.n, p.336.

3 Cames Hit son dernier séjour! " y trot"* ■» nl0rt el ta An de ses soùtTraaces. La position de telle ville solitaire, sur tes confins delà Cappwtoee.debCilieie et de la Petite Arménie, a occastoné quelques doutes géographiques ; mais la voie romaine de Césarée a Anaxarbe nous donne la position certaine. ( Voies CeUarU GeograpJt. , U n , p. 213; Wesseling., ad Itinerar., p. 17», 703.)

J \t!ianase(t.i,p.703, 813, 814) affirme «le Paul

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4» DECADENCE M UEHPMB ROMAIN ,

r*Hgie«Bes flrent «oaler, pourra première Aria, te sang dans la nouvelle capitale; et un grand nombre de citoyens des deux' partis perdirent la vie dans des émeutes violentes fit opiniâtres. Hermogènes, maître général de la cavalerie, chargé de mettre A exécution ta sentence qui condamnait Pan) on bannissement, fut la victime de sa commfesîon. Les catholiques accoururent à la défense de leur évéqne ; ils réduisirent en cendres le palais (THermogènes , traînèrent par les talons ce premier officier militaire de l'empire dans toutes les mes de Constantinople , et son corps inanimé éprouva tons les outrages d'une populace en fureur '. Le malheur d'Hennogènes servit de leçon à Philippe , préfet du Prétoire, et lui apprit à se conduire avec plus de circonspection dans la même entreprise. 11 fit demander à Paol une entrevue amicale dans les bains de Zeuxippc , qui communiquaient au palais et â la mer. Entraîné dans un vaissean qui attendait an bas de l'escalier du jardin , tout prêt à meure à la voile, le prélat était déjà en route pour Thessalonique, que le peuple ignorait encore son enlèvement. Les portes du palais s'ouvrirent, et l'usurpateur Macedonius parut assis à côté du préfet, dans un char élevé , accompagné d'un nombreux cortège de gardes, ï'épée nue à la main. Cette procession militaire s'avançait vers la cathédrale; les catholiques et les Ariens couraient pour s'en emparer. Celte sanglante émeute coûta la vie à trois mille cent cinquante babiLans de Constantinople, et Macedonius , soutenu par des troupes régulières, remporta la victoire; mais son gouvernement fut conimtnHlement troublé par des séditions et des clameurs. Des objets qui n'avaient aucun rapport au fond de la dispute suffisaient pan nourrir et' enflammer la discorde. La chapelle dans (a-

(Ul assassiné, et il en sppeffleBon-seiriemenl i l'opniiimpnlilïqne, mais au témoignage irrécusable de Phiiagre, m des persécuteurs ariens. Cependant 11 avoue que les hérétiques prétendirent que l'ertqne de Constantinople était mort de maladie. Socrate<l. u, c. 26) copie servilement Alhanase; mais Smomène ^ iv , e. 2) laisse percer des

' Amtnïen fur , 10) nous renroie i. son propre réril de cet événement trafique; mais nous n'avons ptui celle partie de son Histoire.

(34» 4ep- J>C1 qtteHe- «s «valt déposé 'tewjrpB'du grand GonMaatir» tombait eu ruines, «4 le prêtât fit transporter les vénérahic» neates de l'empe- «UttdaiuireSg4iB«deSuuitMAcace.GelM!pi«use et sage précaution passai pour une profana tkm aux yeux du parti qui suivait la doctrine de l'IJomnomion. Les deux Giclions prirent Us armes ; le terrain consacré servit dectmtnp de bataille; et ira. historien ecclésiastkpie u observé comme on fait réel , et non pas par figure de rhétorique , que le puits situé en race de l'église lut rempli de sang, qui en débordait et coulait dans les cours et dans les portiques des environs. L'historien qui n'imputerait ces fureurs qu'à ua principe religieux annoncerait bien peu de connaissance du coeur humain. 11 faut avouer cependant que le motif qni aveuglait le zèle, et le prétexte qui déguisait le dérèglement des passions, éteignaient le remords, et qu'en toute autre occasion il se serait fait vivement sentir aux chrétiens de Constantinople '.

Les inclinations cruelles et despotiques de Constance n'attendaient pas toujours , pour se montrer , te crime on la résistance. L'empereur apprit avec la plus violente colère le tumulte de sa capitale, et l'audace d'une faction qui insultait h religion et l'autorité de son souverain. Ce fut sur elle que tombée rent les peines de mort, d'exil et de confiscation ; et les Grecs vénèrent encore Ht mémoire d'uu clerc et d'un sous-diacre qui eurent ht tète tranchée aux portes de Constantinople comme assassins d'Hermogènes.

Par nn édit contre les catholiques, qu'An n'a pas cru digne de tenir une place dans le code de Théodose, Constance condamna tous ceux qui refuseraient de communier des mains d'un évêque arien , et particulièrement de MacQdonius, a perdre les privilèges d'ecclésiastiques et de chrétiens. On les chassa de heurs -églises , et on leur, défendit sévèrement de s'assembler dans la ville. Le zélé THate-

' Voyez Socrate, 1.6,7, 12,15, 16,28,», 38; tl Soromène, Lin, É.3, d,7,«; t.vr, e.î,5H).tei

Actes de saint Paul de Consumtmople, dont PfcotTes « rail un extrait (Phol., Bibliothèque, p. !4»M430),«SHf une assez mauvaise copie de ces historiens. Mats un Grec moderne, qui a pu écrire la vie d'an sain! sans y ajouter

des fables et des miracles, mérite quelques louangea.

(»9 dep. ».-€.) donius fut chargé do Eure esiealer ee«,e loi injuste &MR lu Tarn» Mdaul'Aai»&i«Mre.

Les ministre» de* la puissance oivue et militaire eurent ardre de lot obéir, et le» fac*r*~ blés cruautés que ce tyran somnarie** exerça, Rouale pré»i«e. de soutenir la;foi homoo»aienne, déshonorèrent te règneda Goaïtance. Onadmlni«RÛtdeiorce.Ie»8afirem«n&àceaK qui s'en défendaient , at.qw abhorraient le» principes de Macedopias, Ou arrachait les femmes et te» eafans des bras de leurs parons et amis, poar leureonférer le baptême, Qn tenait la bouche ouverte aux oommuniaHs avec des baillons, et «a leur enfonçait le pain consacré dans le gosier. On brûlait le sein des jeunes vierges avao.de* coquille* d'oeufs rougics an fen , on on lenr serrait inhumainement h tête-entre deux planches ,*. Le ferme attachement des Novatiens deConstantinople à la doctrine bomoousienne doit les faire admettre au nombre des catholiques. Macédonîus , informé qu'un canton considérable de la Paphlagonic * était presque entièremont habité par ces sectaires , résolut de les convertir on.de les exterminer;, et, comme il comptait peu , dans cette occasion , sur l'influence d'une mission ecclésiastique,, il fit marcher an corps de quatre mille légionnaires contre les rebelles , et lui ordonna de soumettre tout le territoire à son obéissance spirituelle. Les paysans novatiens, animés par le désespoir et h fureur religieuse , repoussèrent cette féroce mission « et une multitude d'hommes , sans discipline et sans autres armes que les wtstrumens de leurs travaux , vengèrent la mort d'un grand nombre de leurs compatriotes par le massacre de quatre mille soldats , dont un très-petit

i Voyez Socrate, I. h, c 37, 38; Sozoroène, 1. i»,

c. 2t. Macedooius eut pour principaui aides , dans les Ira- »ffûi délappfséeutiwt.les taiértqves de Klcomédle et de QriqtM!idMt8otatiimiltçtnér»teateiitleave«ujetsttrt(mi la dwritii. Je se puis m'eropûdier d* rappeler au lecteur qucladifl'érerteedci'EIc-moousiona rtlomoiousionesl presque imperceptible, même aux yeux de la plus fine théologie. - . ■ .

- *Noub tgnorcw 1» position exaclede Manlininm. En pariant de, ces quatre troupes de légionnaires, Socrale, Sowmtae et l'auteur des Actes desainl Paul, se servent des termes vague» de*ftS>°i , nm>n , iny/ina., que Nirénbort Lradoit par mille. ( Valesius, . ad fec/vf., i. a, C-38.)

PAR m GIBBON. CIL XXL

iuwiUeeréclMpï>sk»la mar^paruoe fuite ignominieuse. Le, successeur dp Consumée a peint d'une manière énergique et. concise une partie des malheur» dont les querelles idéologiques afDigèrest l'empire , et principalement les provinces orientales, sous le régne d'un prince esclave de ses propres passion* et de celles de ses eunuques. « Ou », empoisonnait , on persécutait , et l'on ban-, i nuisait les infortunés citoyens ; on a égorgé » particulièrement à Cyztque et à Samosafe

• des multitudes d'hommes , qu'on appelait t hérétiques : en Paphlagonie , en Bitbynie » et en Gala lie, qn voyait des villes et des > villages entiers sans habitans et tout-a-fait

• détruits, '. >

Tandis que les fureurs des Ariens déchiraient le coeur de l'empire , des ennemis particuliers désolaient les provinces de l'Afrique,, sous le nom de Circoncelliens. Ces fanatiques féroces étaient à la fois la force et la honte du parti des Dooatistes*. L'exécution sévère des lois de Constantin avait excité l'esprit-de haine, et de révolte ; et la haine mutuelle, première cause de la séparation , était envenimée par lçs efforts vigoureux de son Gis Constaos pour opérer la réunion de l'église. Les moyens de force et de corruption employés par les commissaires impériaux , Paul et Macaire , fournissaient aux schismatiques le prétexte d'un contraste odieux entre les maximes des apôtres et la conduite de leurs prétendus successeurs *. Les villages de Nu-

i Jiùhn., Epistol.,].u, p. 430, dit. Spanfaetm.

i Voyez Optât, eveque deMïlèie (m. A), l'Histoire desDonatittesnar M.Dupin, etlespkVes originales» la Ob de l'édition. I» détails qu'Augustin donne de la fureur des CirconeeUiena canUe les autres et contre eux-mêmes, ont cte rwieiilis par Tilleinorjt (Mém. Ecclësiasl., I. vu, p. 1-17-1651; d 11 a souvent rapport*1, sans dessein les insrflesquienflaMDMtentUeoieredeces fanatiques.

a II est asset amusant de comparer le langage des différentes factions en parlant du même homme ou des mimes eréaeaieaa. Gralua, ereque de CarUiaee. commence par te féliciter de la tenue d'un synode orthon Joie. ■ Grattas Deo omnipoUnti et Chrislo Jetu

• qui utiperavit religiesltsimo Constatai unperatori ,

• ut votum genre, unitalis, et mitteret minisirot

• sancti operis, famulos Dei, Paulumet Macarium. • (Monument, Vet.ad calcem Optati, p. 313.) • Ecce

• iuiiIo(diU'aiit£U[duualLiU;delap»BteioiidellalculUh;i/t'

• Canst*nti* régi* {/ramùca domo.... polUdum Ma-

• cariana-perseculionû munnur ÛKrrpùt, et duabui

midis et de Mauritanie étaient peuples d'une race d'hommes féroces , pea soumis à l'autorité des lois romaines , et imparfaitement convertis à la foi chrétienne, mais enflammés d'un zélé et d'un enthousiasme violens pour la cause de leurs prédicateurs donatistes. Us voyaient avec indignation leurs évoques exilés , leurs églises démolies , et leurs assemblées interrompues. Les vexations des officiers de justiee, soutenues le plus souvent par une garde militaire , étaient quelquefois repoussées avec violence , et la mort de plusieurs ecclésiastiques massacrés dans des émeutes enflammait ces féroces prosélytes du désir de venger leurs martyrs. Les ministres de la persécution succombaient son- Tent , victimes de leur propre imprudence , et le crime d'un tumulte involontaire précipitait les coupantes dans le désespoir et dans la révolte. Chassés des villages où ils avaient pris naissance, les paysans donatistes s'assemblèrent en troupes formidables sur les conBns des déserta de Gétnlie. Ils abandonnèrent volontiers les travaux d'une vie pénible pour se livrer à l'oisiveté et au brigandage.qu'Hs exerçaient au nom de la religion , et que leurs docteurs condamnaient faiblement. Les chefs des CirconeeUiens prenaient le titre de Capitaines des Saints. Peu fournis de lances etd'épées , ils se servaient ordinairement d'une forte massue qu'ils appelaient une hraélile; et leur célèbre cri de guerre, loué toit Dieu, répandait la consternation dans toutes les provinces désarmées de l'Afrique. Le manque de subsistance fut le prétexte de leurs premières déprédations ; mais leurs dévastations excédèrent bientôt leurs besoins; et. s'abandonnant à la débauche et à la cupidité , ils incendièrent les villages après les avoir pillés, et régnèrent en tyrans absolus sur toute la' campagne. L'agriculture et radmiuistration de Injustice étaient interrompues; et, comme leaCirconcelliens prétendaient rétablir l'éga-

■ betUU ad Jfrtcam mitsU, eodem telUeet Maeario

■ et Ptwlo cxtcrandum prarm» ae dinun eeelafa

• certtunenindiclumeat; ut populus christiania ad

• umionm non tntditoribui facientlam , nuilatis mi-

• HlniKgtadiis etdraaoMimprtHtMtibuii sipui, ef Ju-

■ barum vocibucogrretur:, (Msnnmetrt,, p. jm.)

(359 dep. J.-C.) lité primitive du genre humain , et réformer les abus de la société civile , ils offraient un asile aux esclaves et aux débiteurs, qui accouraient eu foule soosleurs drapeaux sacrés. Lorsqu'on ne leur résistait pas , ils se contentafent ordinairement de piller; mais la moindre opposition était suivie de meurtres et de Violences ; et ils firent souffrir les tortures les plus affreuses à quelques prêtres catholiques qui avaient voulu signaler imprudemment leur zèle. Les CirconeeUiens n'avaient pas toujours affaire à des ennemis désarmés ; ils attaquèrent souvent et mirent quelquefois en fuite les troupes militaires de la province. A la sanglante affaire de Bagai , ils tombèrent avec impclnosilé , mais sans suceès , au milieu d*une plaine , sur un détachement de la cavalerie impériale. On traitait en bétes féroces les Donatistes pris les armes à la main , et ils Te méritèrent bientôt par leurs forfaits ; on les faisait périr par l'épée , par la hache ou par le feu , et leurs sanglantes représailles , eh aggravant et mut tiplîant les horreurs de la révolte , ne laissaient point d'espoir de réconciliation. Au commencement de notre siècle , on a vu renaître les CirconeeUiens dans la persécution , l'intrépidité , les crimes et l'enthousiasme des Camisards ; et , qnoiqne les fanatiques du Languedoc surpassassent ceux de la Numidie dans les lalens militaires , les Africains soutinrent leur féroce indépendance avec plus de courage et de fermeté '.

De tels désordres sont les effets naturels de la tyrannie religieuse ; mais la fureur des Donatistes était enflammée par une frénésie a une espèce extraordinaire , et dont il n'y a jamais eu d'exemple en aucun pays , s'il est vrai qu'ils l'aient poussée au degré d'extravagance qu'on leur attribue. Une partie do ces fanatiques détestaient la vie, et désiraient vivement recevoir le martyre. H leur importait peu par quel supplice ou par quelles mains ils périssaient , pourvu que leur mort fut sanctifiée par l'intention de se dévouer a la gloire de la foi , et à l'espérance d'un bon-

L Histoire des Camisards , en trois vol. in-12 , Vitt*. Iranelrc, 17», est ewclert impartiale. I1est asseidimcile de deviner la religion rie l'auteur.

licur éternel '. Ils allaient quelquefois insulter les païens au milieu de leurs fêtes et jusque dans leurs temples, dans l'espérance que la colère des idolâtres les porterait a venger l'honneur de leurs divinités. D'autres venaient braver les juges, et les faisaient trembler sur leur tribunal , en se dénonçant eux-mêmes, et en demandant avec véhémence qu'on les conduisît an supplice. Ils arrêtaient, souvent les voyageurs sur les grands chemins, et les forçaient à leur infliger le martyre , en leur promettant une récompense s'ils consentaient à les immoler , et en les menaçant de leur donner la mort s'ils leur refusaient ce singulier service. Lorsque toutes ces ressources leur manquaient , ils annonçaient un jour, où , en présence de leurs amis et de leurs parens , ils se précipiteraient du haut d'un rocher ; et on montrait plusieurs précipices devenus fameux par le nombre de ces suicides. Dans la conduite et dans les actions violentes de ces enthousiastes , admirés par un parti comme les martyrs de la foi , el abhorrés par l'autre comme les victimes de Satan , un philosophe impartial découvre aisément l'influence ou l'abus de l'inflexibilité d'esprit attachée originairement au caractère et aux principes de la nation juive.

Le simple récit des divisions intestines qui troublèrent la paix de l'église et déshonorèrent son triomphe confirmera la remarque d'un historien du paganisme, et justifiera les plaintes d'un évêque respectable. L'expérience avait convaincu Ammien que les animaux les plus féroces sont moins à craindre pour les hommes que les chrétiens ne l'étaient réciproquement les uns pour les autres ', cl Grégoire de Nazianze déplore pathétiquement que le royaume du oiel soit converti en chaos*, et présente le spectacle affreux desdiscordes de l'enfer. Les fougueux écrivains de ces temps , qui dans leur partialité ne reconnaissent que des vertus à leurs

<'L*»DM*iî«M«Jl<!jniala!t,p«»'JwtMi«fi«ir9snidd«, rcidwptede ftaaias qui osi ripporW *■! toqottanta» chapitre du deuxième livre des Macchabées.

*ITulias U>(ksta*homiiûbutbettùM,iaMvntMibiperaletpUriguectiristianorumcxpcrtus.lKmiaau.im, 6.)

■ Creg. Naiiam., Orat., p. 33. Voy« t. n.p.'ttf.MuMM'.

pertisans, et accusent leurs adversaires de tous tes crimes, bous- représentent la guerre des démon» contre les anges ; mais la raison rejetteégalement l'idée tfun mortel parfaitement vertueux, ou tout-à-fait pervers, et, en les consultant, nous demeurerons persuadés que les factions qui s'accusaient mutuellement d'hérésie, et prétendaient chacune être la seule orthodoxe, ont alternativement déployé des vices- et des vertus. Elles avaient été" élevées dans In même religion, dans la même société civile, dais les mêmes craintes et les mêmes espérances pour cette vie «t pour celle qui ■ doit Ut suivre. De quelque côté que fût l'erreur, elle était peut-être innocente. La foi pouvait être sincère, et la pratique vertueuse ou corrompu. Les opinions métaphysiques des disciples d'Arius ou d'Athanase ne changeaient pas lenrcaraciêre moral, et ils étaient également animés par- l'esprit d'intolérance qu'ils avaient tous puisé dans les maximes pures, mais mal interprétées, de l'Évangile. Un écrivain moderne, quia eu la jnste confiance de donner à ses œuvres l'épithète honorable de poBtiquet et philosophiques ', accuse Montesquieu d'une réserve timide, parce qu'au nombre des causes qui ont entraîné la décadence de l'empire il n'a pas compris une loi do Constantin qui supprimait absolument le cube du paganisme, et laissait une grande partie de ses peuples sans prêtres, sans temples, et sans religion publique. Le zèle de cet écrivain philosophique pour les droits de l'humanité l'a fait acquiescer an témoignage équivoque des ecclésiastiques qui ont trop légèrement attribué à leur héros favori le . mérite d'une persécution générale *. Sans aller chercher une loi imaginaire, qui, si elle eût existér se trouveraiien-tétedes codes im-

< Histoire politique et philosophique des Établissement des Européens dans tes deux Indes, 1. 1, p. ».

3 8dM Eusètw m Ht. CoiutaHHn., I. a, e. 45), l'empereur déftodii dans les vUes et dans les campagnes las pratiques abominables de l'idolâtrie, n/utMJM...n[ (HJtoiXïTfniif. Socrate (1. i, e. 17 ) et Soiomêne (t. h, C. 4, S) ont représente la conduite de Constantl» avec la verâéqai convient Wbisleii*; nrâ elle aété fort négtigtepef Théodor«t(l.»,«.2t)etparOrose(vn,ï8).3ton<fcDtiï>1 àft ]t dernier, prima* ConitaittinttsitttXoordBie et pi» viesm vertit edieto; itijuitltm, ttatjùi, eUrautl/m ftf' .miniim content ,p/igan<nvmttoipla*iiaiili.

pensât, non» prêtant non» en rsmpott» A la lettre originale de CaMWlbH que cet empereur adressait aox sectateurs de l'ancienne rengion, dans «o temps on iine démaisait pin w ocnmnioa , et on son troue était affermi par la chute dotons ses rivaux, llinxiteet exhtfte,danstote*mes les ptaspiessaus, tous les sujets de l'empire romain k imiter l'exemplede lear souverain ; mais il déclare qaeeeux dont l'aveuglement résultera a la lumière eéleste jouiront en paix de leurs temples et du culte de leurs faux dieux. La suppression te> Ute des o5rémonies»lup.igaiii«inoostformel- !emontdémentieperremperenFlHi-iucme,qui motive sagement sa modération sur la puissance invincible de l'habitude, des préjugés et de la superstition '. Sans violer sa promesse, sans alarmer les païens, le monarque adroit enlevait peu à pen la charpente osée et irrégnnèredu polythéisme; et, quoique seo zèle pour la foi chrétienne Ont sans doute le motif secret de la sévérité qu'il exerçait dans des occasions particulières , il avait soin de la colorer d'au prétexte plausible de justice et «l'utilité publique ; et tout es ébranlant sourdement les fondemeng de l'ancienne religion, Constantin prétendait n'en vouloir réformer que les abus. A f exemple de ses plus sages prédécesseurs , H condamna a des peines rigoureuses fart Impie de la divination , qui donnait des espérances illusoires et encourageait quelquefois les entreprises criminelles d'hommes inquiets où méeouiene de leur état. Il imposa silence aux oracles, dont on avait reconnu publiquement la fraude et la fausseté, et supprima les prêtres efféminés du Mil. Constantin remplit honorablement le» fonctions de censeur romain quand il fit démolir les temples de Phénicie , dans lesquels on pratiquait dévotement, enplein jour, toutes les espèces de prostitutions en l'honneur de Vénus *. La ville impériale de Coastanti-

■ Voyez Fosebe, Dansée ktmk» que l'empereur prononça devant l'acaem- HstéM-minM, tmessM dtWUtn MeMÏmésmt Im

«note, a désUre eux. idolâtre. <c lt) «n'Ukur peroU esctd'i

a Y«|tt£m4te, m va. cmtmK*,l m, r.J4tti

* t j, i* , c 23, 25. Ce* stus d'utoriié peuieat Mon*

t'EUHRË ROMAIN, (359 dcp. J.-C.)

«opte s'ésssa-, en atrituiBniaT, aux dépens des temples delà Greoêttt de l'Asie, M s'umbettic de lenrs riche* dépouillée; on confisqua lenpt possessions, et les statues des dieux et de» héros furent transportées cbez un peuple qui ne les regardait qaecotnme des objets de simple curiosieé. L'er et l'orgeat rentra dans la cireuaattan.; et les magistrats , les évoques et les eunuques, saîmrem l'heureuse occasion de satisfaire » ta fais leorsele, leur avarice et leur vengeance. Mais ees déprédations r/attaqanient qu'une très-petite partie do. muoâe rouisûi, et ces provinoes étaient acooutanées depun longtemps à les supporter de ta part des princes et des proconsuls, auxquels oa ne pestait pas soupçonner le dessein de détruire la religion qu'as professaient '. ■ ■ .

Les fils de Constantin suivirent les traces de leur père arec pins de sète et- même de discrétion, et multiplièrent les prétexies de vexation et de rapine *. Lés chrétlent étaient toujours sûrs de l'indulgence ; le meindre docte servait de preuve contre les païens, rt on célébra la demofition de leurs temples comme le plus heureux présage pour le règne de Constance et de-Constsns *. Constance autorisa de sonnom une loi qui semrjfatE rendre les défenses particulières superflues. « Nous > -ordonnons expressément qu'au reçn de ta

* présente, tons les temples soient irnmédfa-

psrtriUtappTeBnosdFSksedMttteitts lt «skaniàu du temple iim por-le» aagietrHê «* Hojte> paleone.

1 Euseb.. tn fit, Coûtant., 1. ui,c. 54 ; et Uiiaaias , Orat. pro Templis , p. 9,10, édit. Cothorred. Ils racontent tons deux le pieux sacrilège de Constantin , éjulls voyaient dans on jour fort djfférëol. Le dernier déclare poùUnMMsle«'aws«isUd«rwemtetda»rMaeMli>sttrd«l HMét «uli ne t*Mt« peint m sans est Watts . eut in» reol.à la*erilé,appiiiïri6, miioàl'onwuBrtbMHfMs moins bs otremûnies «rduMires de l'mcûauu rdlgioa. ( Témoignages des Juifs et .de* P-tena reeueeas par LMdwtVTOl. «r,p. !M)

- Asustes pBrie dcqattSMi entants de. tour eut furent tpoliit teaiplonun pjutL Leumus dit (Orvl.ptm TempL, p. 23) eue rempereur taxât lasstnt «MtM dftsu testée****» u.aar-ttsw l-ire é'mdSaa, dlw ebent, d'aaeedifSSH-d'aaBeiused'sr t UMdskUpiwnBaïawsne

* graad uà do bise afeMnat sne ces fleori* wauajij snhwissdaiMaieuafjHwaiJhmrsaiiMmt.

» VflpfsOrifandred, CsLUstasH l.m-pJSât Usât* omd. /'«reniai.,*. 10; « AMi,,»K.âvi.,t,eil p. 235.

(358.dep-J.-e.)

> tement fermés et gardes avec soin, afin

• qu'aucun denos sujets n'ait L'occasion de m »- tendre coupable en y allant; Neva- leur Or- » donnons à tous de s'abstenir des sacrifions ; » et, si quelqu'un d'eux continuait à en offrir » malgré notredéfense, nous voulons qu'il paie

> son crime de sa vie , et que ses biens soient

> coafisqnés au profit du public Nous con-

> damnonsauxmémespeineslesgouvecneurs

> des provinces qui négligeront de punir les

• criminels'. • Hais nous avons de fortes raisons de croire que ce formidable édit n'a point été publié, ou au moins qu'il n'a pas eu d'exécution. Des faits cousus et des monumens. de cbtvre et de marbre, qui existent encore, prouvent que l'exercice de la religion païenne fut. toléré jusqu'à la an du règne des Gis de Constantin. On laissa subsister un grand nombre de temples dans les villes et dans les campagnes de l'Orient et de l'Occident; et la multitude dévote put encore jouir de la pompe des- sacrifices, des fêtes et des processions, sousla protection ou par l'indulgence du gouvernement civil. Quatre ans après la date supposée de ce sanglant édit, Constance visita Rome g et un auteur païen célèbre la conduite décente du souverain dans cette occasion connue un exemple digne d'être imité par se» successeurs. < Cet empereur, dît Symniaque,

> conserva respectueusement les privilèges

> des vestales. 11 conféra les dignités sacer-

> dotales aux nobles de Rome , accorda les

■ sommes ordinaires pour le» frais des fêtes

■ et des sacrifices publics ; et, quoiqu'il eut

• embrassé Une nouvelle religion, il n'entre-

> prit jamais de priver les sujets de l'empire

> « Plaçait omnUna tods alqne arboras mnVersls daudi

• empli liseo decernimus vindiatri : ci simUrieradfligi rae-

• tQ«es.pro*ineianim,si fadnc^rindicarenegleïerùiL • (0»*Jb«d. .Lora, tit-10, loi A.) Ou aieeoavert une-contrarfHftioa <ÉMM>h)gHiu dans la data do celle loi extran-

jtjataai*. puni la négligence

> d« cuHe sacré de leurs ancfttreV.» Le sénat conservait L'usage de consacrer, par des décrets publics, la mémoire divine des empereurs ; et Constantin: lui-même fnt associé, après sa mort, anxdieux qu'il avais désavoués et iasnkés durant sa vie. Sept empereurs chrétiens acceptèrent consécutivement le litre, les décorations et les privilèges de grand pontife, digsrié instituée parNuma et adoptée par AuguMe.GespriflceseurenluBfl autorité plus absolues*» la religion qu'as avateatabandMnéequesur celle qu'ils protestai***'. LesdV visions religieuses des clirétienssospeadirent la raine du paganisme K Le» princes et les

M. delaitastk) («Mb la Vtumà., t. sv , f. »8> conjecture, avec ont tppaeenes de nom , «m cette loiuwteedu» n'é- UU Béetlemeut qtfnu pw^*d« loi qui fut trouvé parmi les .papier» de. Constance d inaM députa, caumie tu heureux modèle, dans le Code de Théodose.

» STmmwr»c,ri'pwfc *, M.

1 La quatrième Dissertation de 11, de la Basile sur ta souverain pontifical des empereurs romains dans les Mémoires de l'Académie {x\, 75-144, est Ires-savante c[ lrt9-]ndicfeuse. Elle priwtitel' étal el prouve laiolérmwedn paganisme depuis Constantin jusqu'à. Grattes. L assertion de Zosime -, que Grauen Eut le premier qni relus* lt robe pontificale est prouvée démonstralivemenl ; d l«s murmures du bigotisme à ce sujelsonl réduits an silence.

*Comme Je me suis servi Herement des metsde païenief daiMBUBUBBrJi tais donne* au lectem les ligniacatiena sueo«uiv«Bdeetsc)B>NEw>M, 1° Ha^, «dialecte dorique, familier aux Italiens, signifie! une fontaine i cl les campagnards du voisinage qui visilaienllafoElaineenliraienl leur dénomination de Pagns et Pagani (fœtus, sub voce; etSerriUÉ^edfTiertt Gaotgtc.n,3SÏ.)V fsriottttiatsioat on ictt, paît» et caauitgaard devinrent presque synonvraes.(J>liD.,/rùi.natur.ximit5.) On donna ce nom au bac peuple des campagnes, et il a été changé en celui de paysans par tes nations modernes de l'Europe. 3* L'augmûrit Bon HHWibe de l'ordre nrililaîre amena 11 nécessité d'une dénomination corrélative { Essaie da Iteme, vol. i, p.555), et lousceui qui ne s'enrôlaient point au servis* du prince étaient désignés par l'épilhêle dédaigneuse de païens. (Tadt.,tfkf.,3-24-13-77;Juvéiial,£a«r.i6;Tertullien, dePallcio, c. 4). 4" Les chrétiens étaient des soldats de Jéaas-Chrisl ; leurs adversaires qui refusaient le Eacremeni ou le serment mililaire du baptême pouvaient mériter la dénomination métaphorique de paieus, et ce reproche se trouve consigné , dés ie régne de Valeulinien , A. D. 305, dans des lois Impériales (Cod. Théodos., l.nt, lit. n, loi 1S) et dans les écrits théologiqucs. 5" Les villes dcl'empirerurcnt.peua peu remplies de ciréfïeui. L'antienne religion , du temps de Prudence ( tulversas Symmaclauu, l.\,ad Fin. , et Orote , in Prcefat. Hist. ), se retirait el languissait dans les villages. Le mol de païen, avec sa nouvelle signinealMn, retourna à sa première origine, elle» païens devinrent des paysans. <T Depuis l'eilinciion du calte de Jupiter cl de sa famille, on a donné le nom le paient a lotis les Molaires ou polrthéisus ancien! et modernes. T Des chrétiens latins le donnaient sain scrupule a leurs eaaemU les Mnbométana, et lea tlaferires n'é- " uotot au «proche tn>»ste de paganisme et

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(3S&oVp.J.-C.)

évéqnes effrayés des crimes et des révoltes de leur parti, poussaient moins tîgoureusfimein leur sainte gnerre contre les infidèles. L'i ntolérance, établie comme une maxime, {lotirait jusfitier la .destruction de l'hérésie'. Maîsles sectes ennemies, qui dominaient alternativement à la cour, craignirent toujours d'aliéner et de pousser à bout une faction encore puissante, quoique humiliée et affaiblie. Tous les motifs d'autorité, démode, de raisonet d'intérêt, militaient en faveur du christianisme ; mais doux ou trois générations s'écoulèrent sans que leur influencerirtorrèuse se fttgénéralement sentir. Un peuple nombreux, pins attaché à ses anciennes habitudes qu'à des opinions spéculatives, révérait encore une religion établie depuis si long-temps dans l'empire. Constantin et Constance distribuèrent indifféremment à tous leurs sujets les honneurs civils et militaires; et parmi ceux qui professaient le polythéisme, il se trouvait beaucoup d'hommes savans, riches et courageux. Les superstitions du sénateur et du paysan , du poète et du philosophe, avaient une source différente; mais tous se réunissaient avec une égale dévotion dans les temples de leurs dieux. Le triomphe insultant d'une secte proscrite enflamma peu à peu leor zèle , et leur espoir se ranima par la confiance bien fondée que l'héritier pré somptif de l'empire, le jeune et vaillant héros qui avait délivré la Gaule des barbares , avait secrètement embrassé la religion de ses ancêtres.

d'idolâtrie. (Voyez Gérard VosAus,Efymologicon I.inguœ taluwt (Uns soi ouvrages , 1. 1. p. 420; Commentaires de l^efcoy sur le atfe de Théodose , t. VI, ». 250; et Ducange , média et infinité latiiiititi. Glcutu:)

l Dans le langage pur de l'Ionie et d'Athènes , n/u\*i et xx-if un «aient des mots anciens et familiers. Le premier signifiait une ressemblance, une apparition (Odyssée d'Homère, xi, 001, on* représentation , une image intentée par l'art ou par l'imagination. Le second désignait toute espèce de service ou d'esclavage. Les Juifs de l'Egypte qui traduisirent les écritures hébraïques restreignirent l'usage de ces mois ( Eiod. ix, 4, S ) au culte religieux d'une image. L'idiome particulier des Hellénistes ou Juifs grecs a ëlé adopté par les historiens ecclésiastiques et sacrés, et le reproche d'idolâtrie (rfamt^ s'est étendu a celle pratique superstitieuse.

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