CH. XXII
La situation de Julien demandait «les mesures promptes et vigoureuses. Il avait découvert, par des lettres interceptées, que son rival , sacrifiant l'intérêt de l'état à celui du monarque , excitait les barbares à envahir les provinces de l'Occident. La position de deux magasins , l'an sur les bords du lac de Constance , et l'autre au pied des Alpes-Cottiennes, semblait indiquer la marche de deux armées , et six cent mille muids de farine contenus dans chacun de ces magasins ' annonçaient les forces et le nombre effrayant d'ennemis qui se préparaient à l'environner. Mais les légions impériales étaient encore dans leurs quartiers d'Asie ; le Danube était faiblement gardé, et, si Julien pouvait s'emparer par une incursion rapide des importantes provinces de l'Ulyrie , il y avait lieu de présumer que les peuples et les soldats suivraient ses drapeaux , et qu'il disposerait a son gré des mines fertiles d'or et d'argent . pour soutenir les frais do la guerre civile. 11 assembla son armée , et proposa cette audacieuse entreprise. Après avoir animé la confiance des soldats par le souvenir de leurs exploits , Julien leur recommanda de soutenir leur brillante réputation , de se montrer toujours terribles pour les ennemis, humains pour les citoyens paisibles , et dociles à leurs officiers. Son discours animé fut suivi d'une acclamation générale ; et les mêmes troupes qui venaient de prendre les armes contre Constance, parce qu'il avait voulu les faire sortir delà Gaule, déclarèrent qu'elles étaient prêtes a suivre Julien aux extrémités de l'Europe ou de l'Asie. Les soldats firent te serment de fidélité , frappant à grand bruit sur leurs boucliers , et tournant la pointe deleurs épées nues contre leur poitrine , ils sa
tes entre Constance et Julien, de Julien lui-même, avec quelque précaution {Oral, ad S. P. Q. Athen., p. 386) . île Libanais (Oral. Parent., e. 61 , p. 376), Anunien (xx, 0),Zositne(l. m, p.1M),et mime deZonare (L n, I. ma, p. 20, SI, 22), qui semble avoir trouvé et employa sans cette occasion quelques bons matériaux.
■ Trois cents myriades ou trois millions de medtnuù ■ mesure de grains eu usage chei les Athéniens, et qui contenait six modii romains. Julien eiplique en soldat et en politique le danger de sa siliution , et la nécessité et l'avantage dune guerre offensi*e (ad S. P. Q- Athea., p. 288-287.)
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dévouèrent , avee d'horribles imprécations , au service du Libérateur de la Gaule et du vainqueur desGermains '. Nebridius , nommé récemment préfet du Prétoire , fut le seul qui ne partagea point l'enthousiasme de l'armée. Ce fidèle ministre , sans autre secours que bob courage, défendît les droits de Constance au milieu des armes d'une multitude irritée , dont il aurait été la victime honorable et inutile sans la protection de celui qu'il avait offensé. Après avoir perdu une de ses nains sous le tranchant des épées , il se prosterna aux pieds de Julien , qui le couvrit de son manteau impérial , lui sauva In vie et le renvoya chez lui avec une indifférence que la vertu du préfet n'aurait pas du lui inspirer '. Salluste remplaça Nebridius ; et tes Gaules , soulagées des taxes qui Les accablaient , joui* rent , sous l'équitable administration du mentor de Julien , des vertus que son élève l'encourageait à exercer *.
Julien comptait moins sur le nombre de ses troupes qne sur la célérité de ses mouveinens. Dans l'exécution d'une entreprise ha-r sardeuse, ce prince n'oublia aucune des précautions que la prudence pouvait lui suggérer, et il se fia du reste à sa valeur et à sa fortune. Il assembla son armée, et la divisa dans les environs de Baie *. Nevitta, général de la cavalerie , conduisit un corps de dix mille hommes à travers le cœur des provinces de Rhétie et de Norique. Une autre division, sous les ordres de Jovien et Jovinîeu, suivit les chemins tortueux qui traversent les Alpes et les frontières septentrionales de l'Italie.
■ Voyez sa harangue et la conduite des troupes dans À m mien (xxi, 5.)
* Il reflua durement sa main au préfet suppliant, et le fil partir pour la Toscane. (Ammien, m, 5.) Libatiius, avec une htrenr digne d'un sauvage, insulte Nebrîiiins, approuve les soldais, et blâme presque l'humanité de Julien. lOraL Parental., c 53, p. 278.)
3 Au mien, nu, S. Dam cette promotion, Julien obéissait a la loi qu'il s'étail publiquement imposée. Ifeque civilis quisquam jutiex , née mitUarU rettor, aiio quotlam pnr.ter mérita sirffTaganCe, ad potioran venUUgrailum.(\maiko,TX,i.) L'absence ne diminua point son estime pour Sallnste, et il erat honorer le consulat en y nommant son ami {A. D. 363.)
* Ammien (m, 8} prétend qu'Alexandre et d'aulres genérain célèbres se coudai si mil de même , d'après le même raisonnement.
(360 dep. J-C.) Des instructions claires et précises enjoigoaifint à ces -généraux de marcher avec diligence et en colonnes serrées, qui pouvaient : toujours se changer en ordre de .bataille selon les dispositions du terrain de se défendre des surprises nocturnes par des postes avancés et par des gardes vigilantes, de prévenir la résistance par une arrivéoaîmprévue, d'éluder la curiosité en précipitant le départ , d'exagérer les forces de leur parti , de répandre la terreur du nom de Julien , et de joindre le plus tôt possible leur empereur sous les murs de Sîraiunt. Julien s'était réservé la tâche1 la plus difficile. Suivi de trois mille volontaires braves et. agiles, et qui. avaient renoncé, comme leur chef, à tout espoir de retraite , il s'enfonça dans. l'épaisseur de la forêt noire qui recèle les sourcesdu Danube'; et, pendant bien des jours, le sort de Julien fut ignoré de l'univers. Le secret -do. sa marche, sa diligence et sa vigueur surmontèrent tons les obstacles. Il traversait les montagnes et les marais, s'emparait des ponts ou traversait les rivières a la nage, et suivait toujours son chemin en Ligne directe *, sans examiner si c'était sur le territoire des Romains ou sur celui das barbares. IlparatentîudevaolVieune et Ratisbonne , dans l'endroit où il se proposait d'embarquer son armée sur le Danube. Par un stratagème bien concerté, il s'empara d'une Hotille de brigantins ' qui étaient à l'an* cre, et d'une provision de vivres grossiers, mais suffisons pour satisfaire l'appétit vorace et peu délicat d'une armée de Gaulois qui s'a-
1 Ce bois Taisait partie delà forai Hercynienne, qui, du temps de César, s'étendait depuis lepajs des Kanraci jusque dans les contrées les moins connues du Nord. (Voy. Clavier, Gcrmania atitiqua, 1. ni, C 47.)
î Comparez Lâbanius (Oral. Parental. , c. 53, p. 278, 270) avec Greg. deNarianre(Orat., ni, p. 08). Le saint est forcé d'admirer le secret cl ta rapidité de cette marche. Un tMotogiev moderne pourrait appliquer a Jolies des vers faits pour us autre apostat.
So «prlr Mu Am4 .
' Dans cet intervalle, la Tïetiha place deux ou Irais flolles, la Lmtriaeenait a Lauriacum ou Lond), l'Ariaperttis, la Mnginentis, et iait mention An Cinq ligions ou cohortes de Uburaieus, qui devaient (Ire des espèces d« marins 'Seet. Ltm, en" il. Lan».).
lui adonnèrent audacieusemem au cours du Danube. La vigueur active des rameurs, aidée d'un vent favorable, porta la flotte à sept cents milles en onr.e jours ' ; et Julien débarqua ses troupes a Bononia, qui n'est éloigné de Sirmium que de dix-neuf milles, avant que les ennemis pussent avoir aucun avis certain de son départ de la Gaule. Dans le cours de sa longue et rapide navigation, Julien ne s écarta jamais de son objet principal. Il reçut les députations de quelques villes, qui s'empressèrent de mériter sa faveur par une soumission volontaire ; mais il passa devant les ports ennemis qui bordaient le Danube sans être tenté de faire preuve d'une valeur .inutile et mal placée. Une foule de spectateurs rassemblés sur les deux bords du fleuve contemplaient la pompe militaire , anticipaient sur la réussite de l'entreprise, et répandaient dans les pays voisins la gloire d'un jeune héros qui était accouru avec une rapidité pins qu'humaine des bords du Rhin, à la tête d'une armée formidable. Lucilien, général "de cavalerie, qui commandait les. forces militaires d'Illyrie, fut alarmé et étourdi de rapports qu'il, n'osait révoquer en doute, et qu'il avait cependant peine a croire. Il avait déjà fait quelques dispositions lentes pour rassembler ses troupes, lorsqu'il fut surpris par Dagalaiphus, officier actif, que Julien, aussitôt après sou débarquement, envoya en avant avec un corps d'infanterie légère. On fil monter sur un cheval le général captif et tremblant, on le conduisit en présence de Julien, et l'empereur, le relevant avec affabilité, dissipa la terreur et l'étonnement qui engourdissaient toutes ses facultés. Maïs Lucilien, à peine rendu à lui-même, eut l'indiscrétion de fai réobserver a Julien qn'ils'était imprudemment hasardé aveennesi faible escorte au milieu de ses ennemis. » Réservez,
* lui dit Julien avec un sourire de mépris, » vos timides remontrances pour votre mal- > tre Constance ; en vous donnant le bas de
• ma robe à baiser, je ne vous ai pas reçu
< Zasime est ta «ml qui rapporte cette elnnnstanoe intéressante. Hamerlis (in Pantgjrr. f'et., n, 6, 7, 8), qui accompagnait Julien comme comte des sacrées largesses, décrit ce voyage d'un style fleuri et d'une manière pittoresque; il délie Triploleme, te» Argrinaults, etc. , etc.
* comme un conseiller, mais comme un sup- > pliant. * Convaincu que le succès pouvait seul justifier son entreprise, et que le succès dépendait de son intrépidité, Julien attaqua immédiatement , à la tête de trois mille soldats , la ville la plus forte et la plus peuplée de la province d'Hlyrie. Lorsqu'il traversa le long faubourg de Sirmium , le peuple et les soldats le reçurent avec des cris de joie; ils jonchèrent son passage de fleurs , et le conduisirent avec des torches allumées jusqu'au palais impérial, et le reconnurent pour leur souverain. L'empereur se livra pendant deux jours a la joie et aux fêtes publiques ; il assista aux jeux du Cirque. Hais, le troisième jour, il partit de grand matin pour s'emparer du passage étroit de Succi, dans les défilés du mont Hémns, qui, situé à une distance à peu près égale de Sirmium et de Constantinbple, sépare les provincesde la Thrace etdela Daeie, et, présentant du coté de la première mie descente escarpée, se termine, du coté de l'autre, en une pente douce et facile '. La défense de ce poste important fut confiée au brave Kevitta, qui, ainsi que les autres généraux de la division italienne , avait exécuté avec succès la marche et la jonction si habilement combinées * par leur souverain.
Les craintes ou l'inclination des peuples étendirent l'autorité de Julien bien au-delà de ses conquêtes militaires *. Taurus et Florentins gouvernaient les préfectures d'Italie et d'IUyrie, et réunissaient cet important emploi au vain titre de consuls. Ces magistrats s'étaient retirés précipitamment à la cour d'Asie; et Julien, qui ne pouvait pas toujours cacher la légèreté de son caractère , leur imprimait un ridicule en ajoutant, dans tous les actes, l'épilhèto de fugitif aux noms des deux consuls. Les provinces qu'ils avaient aban-
' La description d'Ammien donne la situation précise des Anguêhcc Siuxorum, eu défilés des Succi. M. d'Anville, d'après la ressemblance des noms, les a placés entra SordicaeL Naissus. Pour ma propre justification, je suis obligé de relever la seule erreur que j'aie jamais aperçue dans les cartes de cet babils géograpbe.
i A quelques circonstances près, que bous lirons d'autres auteurs, nous suivons, pour le fond du récit Ammien, (xxi, 8, 9, 10).
* Ammien, xxi , 9,10; Libanhn, Orat. Parental., c. bi, p. 279,280;Zosime I. in, p. 156, 157.
données reconnurent pour leur empereur un prince qui, unissant les qualités d'un soldat à celles d'un philosophe, se faisait également admirer dans les camps d'Hiyrie et dans les académies de la Grèce. De son palais, ou, pour mieux dire , de son quartier-général de Sirmïum et de Naïssus, il fit distribuer, dans les principales villes de l'empire, une apologie adroite de sa conduite , dans laquelle il ent soin d'insérer les dépêches secrètes de Constance, et de soumettre au jugement du public le choix de deux princes, dont l'un hasardait sa vie pour chasser les barbares, tandis que l'autre avait la perfidie de les appeler et de favoriser leurs dévastations *■ Julien redoutait vivement le reproche d'ingratitude, et n'était pas moins avide de défendre sa cause par la force des argumens qua par celle des armes. Dans sa lettre adressée au sénat et au peuple d'Athènes *, il soumet sa conduite et ses motifs à cette nation dégénérée avec une déférence aussi respectueuse que s'il eût plaidé, du temps d'Aristide, devant le tribunal imposant de l'aréopage. Sa démarche auprès du sénat de Borne ne flatta pas moins cette compagnie, qui s'arrogeait encore le droit de ratifier les élections des empereurs. Tertullus, préfet de la ville , convoqua une assemblée. On lut la lettre de Julien; et, comme il était ponr le moment le maître de l'Italie, sa demande fat admise sans réclamation. Mais les sénateurs n'approuvèrent pas ses satires snr les innovations de Constantin, et la peinture odieuse que le nouvel empereur faisait deConstance déplnt généralement, liss'écrièrenttousd'unev
' Julien (ad S. P. Q. Jttien., p. 3JW) assure positivement qu'il intercepta Ira lettres de Constance aui barbares; et Uhanins affirme qu'il le* lut aux troupes et dans les villes où il passait. Cependant Anunieo (ixi, 4) emploie l'expression du tonte : « Si fanuz lolius admit- • tenda est fuies. > Il elle cependant une lettre interceptée de Vadomair i Constance, qui annonce une correspondance intime : • Ctesar tuas discLplinam non habet. *
1 Zosime fait mention de sel éptlres aux Athéniens, aux Corinthiens et aux Laeédémoniens. C'était probablement toujours la même, i quelques enangemens près. L'épître ■ux Athéniens existe encore (p. 1268-287), et nous y avons puisé des instructions intéressantes. Elle a mérité le suffrage de l'abbé d« laBMterie (Préf. de l'Histoire de Jovlen, p. 21, 25) , et est un des meilleurs manifestes qui existent dan! aucune lingue.
(3fli dep. J.-C.) si Julien eût été présent: (Ah! respectez , de grâce, l'auteur de votre fortune1.! Cette exclamation équivoque était susceptible d'être expliquée comme un reproche d'iugratitude, si l'usurpateur succombait ; et, dans le cas contraire, elle pouvait signifier qu'en contribuant à l'élévation de Julien, Constance réparait tout le mal qu'il avait fait précédemment à l'empire. Constance fut informé de l'entreprise et des succès de Julien au moment où la retraite de Sapor suspendait la guerre de Perse et permettait de s'occuper des rebelles. Déguisant l'angoisse de son finie sous l'extérieur du mépris, le fils de Constantin annonça son retour en Europe, et le dessein de châtier les mutins de la Gaule. 11 ne parlait jamais de cette expédition que comme d'une partie de chasse*; et, quand il en fit part à l'année dans le camp d'Hiérapotis, il assura ses soldats que, si le fantôme d'empereur et sa poignée de Gaulois avaient l'audace de paraître dans la plaine, le cliquetis des armeset les cris de guerre suffiraient pour les anéantir. L'armée d'Orient applaudit au discourt de l'empereur; ctThéodote, président du conseil d'Hiérapolis , pria Constance de permettre que la tète du rebelle Julien servit d'ornement a la porte de sa ville Min détachement choisi partit dans des chariots de poste, pour occuper, s'il en était temps encore, le passage des Succi. Les recrues, les armes et les magasins destinés pour les frontières de la Perse furent employés contre les Gaulois, et les succès que Constance avait eus dans toutes les guerres civiles laissèrent ses courtisans sans inquiétude. Un magistrat, nommé Gaudentius, s' étant assuré des provinces d'Afrique au nom de Constance, arrêta les approvisiounemens destinés pour Rome, et cette ville manqua de subsistance. L'embarras de Julien fut encore augmenté
i Auetori tua reverentlam roganuu. (Amiulen, m, 100 U «* assez aniusantd'enuniner 11 conduite de* lenteurs, qui Bottaient entre la crainte et 1 adulation. (Voy. Tacûtt, Hist. i, 85.)
* Tanquam venaticam preedam caperet : hoc eiwn ad Unicndum suorum mettait subinde preeduabat. (Ammîen, ni, T.)
'Voyez la harangue et les préparatifs dans Ammien(ra, 13). Theodol* implora et obtint son pardon de l'indulgent empereur , qui déclara qu'il voulait diminuer le sombre ds ses ennemis , et augmenter celui de se* amii (un, li ;
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(361 dcp. J.-C.) par nu événement imprévu, qui aurait pu avoir les suites les plus funestes. Deux légions et use Colonne d'archers, cantonnées auprès de Sirminm, s'étaient enrôlées sous les drapeaux de Julien ; mais la faveur dont elles jouissaient auprès de Constance inspira de la méfiance à son rival ; et , sous le prétexte de défendre les frontières de la Gaule, il les éloigna du théâtre de la guerre, dans ta crainte qu'au moment d'un combat elles ne passassent du côté de l'ennemi. Ce petit corps d'armée avança en murmurant jusqu'aux frontières de l'Italie. Les fatigues d'une longue marche, et la férocité des Germains qn'ils allaient combattre, achevèrent de les aliéner, et les tribuns profitèrent do leur mécontentement pour les ramener à leur devoir. Ils s'arrêtèrent à Aquilée , et arborèrent les drapeaux de Constance sur les murs de cette ville imprenable. Julien aperçut d'nn coup d'oeil tonte l'étendue du danger, et la nécessité d'y remédier avec promptitude. Jovînîen retourna, par ses ordres, en Italie avec nae partie de l'armée; il commença immédiatement le siège d' Aquilée , et le poursuivit avec, la plus grande vigueur. Mais les légionnaires défendirent la place arec autant d'intrépidité que d'intelligence, invitèrent toute l'Italie a imiter leur courage et leur fidélité , et menacèrent de couper la retraite de Julien, s'il était forcé de céder à la supériorité du nombre*. Mais Julien ne fut point réduit à la cruelle nécessité qu'il déplore si pathétiquement. Le sang de ses sujets ne cimenta point sa puissance , et la mort de Constance préserva l'empire romain des1 calamités d'une guerre civile- Impatient de goûter le plaisir de la vengeance, il était parti d'Antîoche à l'approche de l'hiver, avec* une petite fièvre, causée sans doute par l'agitation de son esprit. Les fatigues de la route l'augmentèrent, et Constance fut obligé de séjourner dans la petite ville de Mop-
i Ammien , m, 7 , tl, 12. Il raconte avec euetitnde 1rs opération* dg Biége d' Aquilée, qui conserva, dans f«ite occasion , la réputation d'imprenable. Grégoire de Naz'tanze {Oral, ni, p. 88) attribue cette révolte aecidenteHe I la sagesse fa Constance, dont 11 annonce d'avance la victoire. GoMtanlio qitem credebat proeul dubio fore victorem .- nemo enirn omnium tune ab hac con~ iltatU tcntmtia discreperat. (Ammien, iw, 7.)
sucrène , à douze milles en deçà de Tharse , où il expira après une courte maladie, dans la quarante-cinquième année de son âge et la vingt-quatrième de son règne'. Son caractère, que nous avons suffisamment fait connaître dans le récit des événemens civils et ecclésiastiques T était un composé de faiblesse et d'orgueil , de superstition et de cruauté. Un long abus de la puissance en avait fait un objet redoutable aux yeux de ses contemporains ; mais, comme le mérite personnel a seul le droit d'intéresser la postérité, nous nous bornerons à remarquer que le dernier Sis de Constantin hérita de tous les défauts de son père, et qu'il n'eut aucune de ses bonnes qualités. On dit qu'avant de mourir il nomma Julien pour son successeur; et il paraît assez probable que son inquiétude pour une jeune épouse qu'il aimait tendrement, et qu'il laissait enceinte, l'ait emporté dans les derniers momens de sa vie sur des sentûnens de haine et de vengeance. Eusèbe et ses coupables associés firent une faible tentative pour prolonger le règne des eunuques, par l'élection d'un autre empereur; mais l'armée rejeta leurs intrigues et toute idée de guerre civile. Deux de leurs principaux officiers partirent sur-le-champ pour assurer Julien que tous les soldats de l'empire étaient prêts à marcher sous ses drapeaux. Les dispositions militaires de ce prince devinrent inutiles; il cessa les trois différentes attaques qu'il dirigeait contre la Thrace; et, sans verser le sang de ses sujets, sans courir le basard des combats, il obtint tous les avantages de la victoire. Impatient de visiter le lieu de sa naissance et la nouvelle capitale de l'empire, il s'avança do Naissus à travers les montagnes d'Uémus et les villes de la Thrace. Quand il eut atteint Héraclée , Julien trouva toute la route
' Ammien fait on tableau fidèle de sa mort et de son caractère (nt, 14, 15, 16), et on ne peu! se défendre d'un sentiment de haine et de mépris en lisant la calomnie absurde de Grégoire {OraL m, p. 68), qui accuse Julien d'avoir tramé la mort de ton bienfaiteur. Le repentir que l'empereur montra dans l'intimité d'avoir épargné et élevé Julien (p. 69, et Orat. xn, p. 39} est assez probable, et n'ett point incompatible avec son testament verbal et public, que des raisons de prudence peuvent lui avoir dicté dans les derniers instans de m vie.
couverte des habîtans de Constantinople , qui venaient de soixante milles pour jouir un peu plus tôt du plaisir de le voir, et il fit son entrée triomphale au milieu des acclamations du peuple , des soldats et du sénat. La foule L'environnait , et voyait peut-être avec étonnement la petite taille et l'air commun d'un jeune héros dont les premiers exploits avaient été la défaite des Germains, et qui venait de traverser, dans use expédition heureuse, tout le continent de l'Europe depuis les bords de la mer Atlantique jusqu'à ceux du Bosphore '. Peu de jours après, lorsqu'on débarqua les restes de Constance dans le port, les sujets de Julien applaudirent à la sensibilité réelle ou affectée de leur souverain. A pied, sans diadème, et vêtu d'un habit de deuil, il accompagna le convoi jusqu'à l'église des Sai nts-Apôi res, où le corps fut déposé. Si cette démarche respectueuse peut être regardée comme un hommage rendu par lu vanité au rang et à la naissance de son prédécesseur - et de son parent, les larmes qu'on vit répandre à Julien dans le cours de cette cérémonie lugubre prouvèrent qu'oubliant les crimes de Constance, il ne "se rappelait que les services et les faveurs qu'il en avait reçus *. Dès que les légions d'Aquilée eurent appris avec certitude la mort de l'empereur, elles ouvrirent les portes de la ville, et, par le sacrifice de quelques chefs coupables , obtinrent aisément leur pardon de l'indulgence ou de la prudence de Julien, qui, dans la trente-deuxième année de son âge , acquit la possession paisible de tout l'empire \
■ Dans la description du triomphe de Julien, Àmmien, (mi, 1, 2), prend le ton de l'orateur et du poète , tandis que Libanius {Orat. Parental., c. 56, p. 280 M renferme dans la grave simplicité de l' historien.
s On trouve la description de la pompe funèbre de Constance dans Anmien (m, 16), Grégoire de Hiaianzt {Orat. iv, p. 110), Mamerlin (in Panrgjr. r<t.,n, 27), Libanios ( Orat. Parent., e. 5», p. 383); Pkilostorge (l. vi, cfl), et tes Dissertations de Godefroy (p. 305), Ces écrivains et leurs partisans, païens, catholiques, ariens, etc., voyaient avec des yeux bien différais le nettvel empereur, et celui qu'on venait fie perdra.
3 On ne sait pas bien exactement le jour ni l'année de la naissance de Julien. Le jour est probablement le 6 de novembre, et l'année doit tire on 331 ou 332. (TîHemoM, Hist. des Emper. , t. rr , p. 693; Dneang., fam. BUan- &i. , p. 50.) J'ai préféré la première de ces deux dates.
ln.(3Çl(lcp.J.-C.) Julien avait appris delà philosophie àcotçparer les- jouissances -de la- retraite. à-ceUes d'une vie active; mais l'éclat de sa naissance et les événemens ne lui avaient jamais laissé la liberté du choix. Il aurait peut-être, sincèrement préféré les jardine de l'Académie et la société d'Athènes ; mais forcé d'abord par la volonté de -Constance- et ensuite par soc injustice à exposer sa personne et sa réputation aux dangers de taprandeur impériale, et de se rendre responsable envers I! univers et la postérité du bonheurde plusieurs millions d'hommes ', Julien se ressouvint avec frayeur d'une des pensées de Plates)1. Ce philosophe observe que le soin de Inotre bétail et de nos troupeaux est confié à des êtres qui leur sont supérieurs en intelligence, et que le gouvernement des hommes et des nations -exigerait l'intelligence et le pouvoir céleste des dieux et des génies. En partant de ce principe , il conclut que l'homme1 qui a l'ambition de régner doit aspirer à une perfection plus qu'humaine; qu'il doit purifier son àme de toute la partie terrestre et mortelle, éteindre ses appétits , régler ses passions et vaincre l'anuTial sauvage qui, selon ta vive expression d'Aristole1, manque rarement -de monter sur le trône du despote. Celui de Julien, auquel la mort de Constance venait de donner une base solide et indépendante; fut le etége de la raison, de la vert* et peut-être^de la vanité. Ce prince méprisa les honneurs, renonça aux plaisirs, et remplit avec la plus grande exactitude tons les devoirs d'un souverain- Il se trouvait pen d'hommes parmi ses sujets
< Julien (p. 253-267) a expliqué lui-même ses idées philosophiques arec beaucoup d'éloquence et un peu d'affectation, dans une éffftre' très-soignée qu'il adressait a Themistios. L'abbé de la Bletterle ( I. n, p. 146-193), qui en a donné une tradafllon fort élégante, incline à eroire que c'est le célèbre Themïstius dont les Oraisons existent encore.
i Jafan et Tbemist., p.268.'Wlau(nc-t. p.-9S)remrquequeee passage est tiré dii quatrième livre deLegibas; mais nu Jnlien ritatt de mémoire, ou ses manvscrits étalent difftreui des nôtres. Xénopnon commence la Cyropédiepar une réflexion semblable.
1 O A ntpHii lAiwn *rX'"> «f'oSaffi Nihfm, {krnliA. , aparl Julian. , p. 261.) Le manuscrit de Vossius, peu satisfait d'un seul animal, y supplée en écrivant hfm, et semble être autorisé par l'rapéricnce dn despotisme.
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(361 dep. J--C.) qui eussent consenti à le décharger da poids de s*>u diadérues'il avait fallu qu'ils soumisseat leur temps et leur» actions aux lob rigoureuse* (pie leur empereur s'était imposées.- Uu <de «a plus- ratisses amis1 , qui partageait .souvent la frugalité dosa table, a remarqué que ses mets légers, et peu abondai»; lui laissaient toujours la liberté de corps et. d'esprit nécessaire an différentes oceupatioas d'an auteur, d'un pontife, d'un magistrat, d'un général et d'un monarque. Dans un même jour, il- donnait audience a plusieurs ambassadeurs; il dictait et écrivait un grand nombre de lettres aux magistrats civils, à ses généraux, à ses amis particuliers et aus différentes villes de son empire. Il écoutait la lecture des mémoircsqu'on lui présentait, réSéahissait sur les demandes et dictait ses réponses plus premptement qu'aucun secrétaire ne pouvait les écrire en abrégé. Il avait une si extrême flexibilité d* esprit, une attention ai facile et ai soutenue, que tout en écrivant sur, uneaffaire, il en écoutait une antre et en . dictait . une troisième sans jamais hésiter ni les confondre. Lorsque ses ministres se reposaient, il volait d' un travail à un atHro. Après via repascoiutet succinct, il se retirait dans sa . bibliothèque , et se livrait à l'étude jusqu'à L'heure qu'il avait, indiquée dans l'après-midi pour reprendre les affaires publiques. Le souper de l'empereur était un diuiibmtif de- son faible dteer,. Son sommeil n'était jamais appesanti parles vapeurs de Ia4itJ#?JieBi et,, si l'«n ;eu excepte le court intervalle d'un mariage auquel la politique présida plutôt que l'amour, le chaste Julien n'admit jamais de compagnes dans son lit '.
i Libanais ( Orat. Parent., t. M, 86, p. 310, 311, 312)». douté ca rf «Ml intéressant delà vie porte de Julien. Ce prince (in MiMopagom p. 350) parle liù-ntee de s* fi-ngalue, et dédains MM la voracité teneneUe des habitons d'Anliacfae.
ï Lectidus... festalium toril purior..,. ( Mamenbt, Panegrr. Fet. , -a, 13) adresse cette louange aJetko lni-méine. Libanais afflrsM sue Julien n'est d« fanùliarite aiec aucune femme, BlanW ton mariage, ai après la mort de sa femme. (Orat, Parent., e, 86, pag. 3l3.)La chasteté de Julien astentdiwéapuletéjiicsgnag* impartial d'Ammieu (xxv, 4), el par le silence des chrétiens. Cepenaaat Julien relere ironiquement le aepreehe-. que lui faisait le peuple d'Anlioofea de presque toujours „t m»<tt, coucher seul. i.Jn Misopogon p. 345.)
PAR ED. GIBBON. Cil. XXII.
Ses secrétaires se relevaient; ceux qui avaient dormi la veille se présentaient chez l'empereur de très-grand matin , et ses domestiques veillaient alternativement , tandis que leur infatigable maître ne «se reposait guère qu'en changeant d'occupations. Les prédécesseurs de Julien , son oncle , son frère , son cousin , s'amusaient des jeux du cirque , sous le prétexte spécieux de déférence pour les goûts du peuple, et ils passaient souvent la plus grande partie de la journée , spectateurs oisifs et faisant euxmêmes partie du spectacle, jusqu'au moment où les vingt-quatre courses ordinaires fussent terminées1. Aux jours de fêtes solennelles, Julien,- qui ne cherchait point à cacher sa répugnance pour ces frivoles passe-temps, avait la complaisance de paraître dans le cirque. Mais, après avoir jeté quelques regards d'indifférence sur cinq ou six courses, il se retirait précipitamment, avec l'impatience d'un philosophe qui regardait comme perdus tous les momens qu'il s'employait pas aux affaires publiques ou à la culture de son esprit1. Par cette sévère économie de temps, il allongea en quelque façon la courte durée de son règne, et, si les dates étaient moins cer- laines, nous ne pourrions pas croire qu'il ne s'est passé que seize mois entre la mort de Constance et le départ de son successeur pour la guerre de Perse. L'histoire ne peut conserver que le souvenir de ses actions;
L'abbé delà Bletlerle (Hist. de Jovien , 1. n, p. 103-109) explique culte expression avec 'ingénuité.
i Voy. Sauniaisq et Suétone ( in Claud. , c. 21.)On ajouta. une vingt-cinquième course, ou misais, pour compléter le nombre de cent chariots, distingués par quatre différentes couleurs , Tingt-chwi de chacune. La eoune eu carrière était de quatre qui partaient ensemble, un de chacune des quatre couleurs.
Centum quadrijugos agitabo ad flumina currus.
Il parait qu'ils «eunient cinq ou sept fins en tournant autour delaboroaou meta. (SueLin Domitùw., u. 4>- Et, d'après la mesure du Circut mtnxiotui de Borne et de l'hippodrome de Constantioople , la course devait être environ de quatre mille».
! Julien, « JHùopogon, p. 350. Jules César avait offensé le peuple romain eu lisant des dépêches au moment de la courte. Auguste se conforma t nnr goût , ou suivit le aient mais u prêta toujours la plus grande attention ans jeux du cirque, et affecta constamment de les regarder avec le pUiÈgrand plaisir. (Suétoii., in Juguit. t.45.)
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mais ce qui existe encore de ses volumineux écrits atteste son application et l'étendue de son génie. Le Misopogon , les Césars , plusieurs de ses discours et son ouvrage savant et rédigé avec soin sur la religion chrétienne, forent composés pendant les longues nuits de deux hivers, dont il passa le premier a Constantin ople , et l'antre â A mioche.
La réforme de la cour impériale fut un des premiers actes et des pins nécessaires du gouvernement de Julien '. Peu après son entrée dans le palais de Constantinople , il eut besoin du service d'un barbier. Un officier magnifiquement vétn se présenta respectueusement. * C'est nn barbier que je dei mande, s'écria le prince avec une feinte > surprise, et non pas un receveur général * des finances * ». Il lut demanda en quoi consistaient les profits de son emploi, et il apprit qu'en outre d'un salaire considérable et de gros profits, le barbier avait encore la subsistance de vingt valets et d'autant de chevaux. L'abus d'un luxe inutile et ridicule avait créé mille charges de barbiers , mille chefs de gobelets, mille cuisiniers, et le nombre des eunuques ne pouvait se comparer qu'aux insectes que l'on voit voltiger dans les jours de l'été \ Le monarque , qui cédait volontiers a ses sujets la supériorité de mérite et de vertu , se distinguait par la désastreuse magnificence de ses habits , de sa table, de ses palais, et de ses esclaves. Les palais construits par Constantin et par ses fils étaient décorés de toutes les différentes espèces des marbres les plus rares , et d'ornemens d'or massif. Les mets les plus recherchés servaient moins à satisfaire leur goût que leur vanité : des oiseaux des climats les
< La réTormedii palais est décrite par Amntlen (un , 4), Libaniii» (Orat. Parent., e. 62, p. 288, elcl; Mamertin (inPaitegjT. feL, xttt),SoaaU II. m, e. i), et Zonare( I. a, 1. im, p. M ).
1 Ego non rationaleai justi, sed ttmsoran aeeirû lovait* snbstilue, au lieu da financier, la mot sénateur, qui parait moins naturel ; cependant an financier tresopulcnl pouvait désirer et obtenir l'entrée du sénat.
«■«.» «h «i^in n a»i, Telles sont les expressions de Lunnlns, que Je transcris fidèlement, poar ne pas être soupçonné d'avoir exagéré la bonté de la famille royale. |
L'EMPIRE ROMAIN, (381 dep. J.-C.)
plus éloignés , des poissons de l'extrémité des mers, des fruits hors de leur saison,», comme le dit Hamertïn, des roses d'hiver, et des neiges dans la canicule '. La dépense des domestiques dn palais surpassait celle des légions ; et il n'y en avait qu'une faible partie qui servit a l'utilité ou à la magnificence du trône. La plupart de ces charges vénales, la honte du prince et la ruine des peuples , n'étaient qu'honorifiques, et les plus vils de la nation pouvaient acheter avec leur argent le droit de vivre dans l'aisance et dans l'oisiveté , anx dépens du revenu public. Les dégâts d'une maison si nombreuse, les snpplémens de profits et de gratifications furent bientôt réclamés comme un droit, et les dons qu'ils arrachaient .également de ceux qui craignaient leur haine, et de ceux qui réclamaient leur faveur, enrichissaient promplement ces valets audacieux, lis dissipaient leurs richesses sans réfléchir à (a misère dont ils venaient de. sortir , et dans laquelle ils pouvaient encore retomber; et l'indécence de leur avidité ne pouvait se comparer qu'a celle de leurs dissipations. Ils portaient des robes de soie brodées d'or; leurs tables étaient servies avec délicatesse et profusion ; les maisons construites poar leur servir d'habitation occupaient plus de terrain que le patrimoine d'nn ancien consul; et les citoyens les plus distingués étaient forcés de descendre de leurs chevaux pour saluer respectueusement les eunuques qu'ils rencontraient sur les grands chemins. Le luxe du palais excita le mépris et l'indignation de Julien , qui couchait habituellement sur le plancher, qui satisfaisait a peine les besoins indispensables de la nature, et qni plaçait sa vanité, non pas dans l'imitation, mais dans le mépris du faste de la royauté. Par la suppression totale d'un abus dont l'opinion publique exagérait l'étendue, Julien se proposait de diminuer les impôts et d'apaiser les murmures des peuples , qui sup-
1 Mamertin s'exprime arec fiiree et vivacité. • Qu'D
• etiam prandlorum et cm a ru m laboralas masnitudines
■ romanus populus sensit ; cirm quœsitisslffi» ilapes non
• pistu, sed (Il m cul toit bu s restimarenlur : miracula auura, > longinqul maria pisees, alleni temporis poma, xsli>£
■ nives , hyberrae rot». >
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(301 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XXII.
portent plus docilement le poids des taxes quand Us sont convaincus que le fruit de leur industrie est appliqué au service de l'eut. Mais on accuse Julien d'avoir exécute ce changement salutaire avec trop de précipitation et de sévérité. Par un seul édit, il fit du palais de Constantinople an vaste désert , et renvoya ignominieusement les esclaves et les serviteurs ' , sans exemption , et sains égards pour l'Âge , les services ou la pauvreté des fidèles domestiques de la famille impériale. Tel était, à la vérité, le caractère de Julien. Il oubliait souvent la maxime d'Arîstote qui place la véritable vertu à nue distance égale entre les deux vices opposés. Julien rejeta constamment la parure fastueuse et efféminée des Asiatiques, la frisure, le fard, les bracelets, et les colliers , qui avaient couvert de ridicule le grand Constantin; mais, en s'éloignant d'une élégance efféminée , Julien semblait renoncer à se vêtir décemment , et s'enorgueillir de sa malpropreté. Dans un écrit satirique, et destiné à être lu par le peuple , l'empereur appuie avec complaisance, et même avec un orgueil cynique, sur la longueur de ses ongles , et sur l'encre dont ses mains sont toujours tachées; il proteste que, quoiqu'il ait presque tout le corps velu, jamais le rasoir n'a passé que sur sa tête, et il fait avec satisfaction l'éloge de sa barbe longue et épaisse, qu'il chérit, à l'imitation des philosophes de la Grèce *. Si Julien eût suivi les principes du bon sens, il aurait également dédaigné l'orgueil de Diogène et la vanité de Darius. Mais l'ouvrage de ta réforme publique serait resté imparfait, si,
■ Cependant Julien fat accuse d'avoir bit présent de vilte» entières a des eunuques. ( Orat. , m , contre Polydet, p. 117-137.) Ubooiusse contente de nier froidement le bit, qui , a la vérité, semble plutôt convenir a Cousiance. Cette accusation est probablement motivée sur quelque Circonstance qui nous est inconnue.
i D*h< MUopogon($. 338, 339), il tait un singulier portrait de luMnëmt, imm ^in0»u «> Mvftvnti
■xr*Y»ix TaLiTi to. fiabntittl MXtftat in» tbupm
Am,f n MXP* T<" fl»f '»'< Les amis de l'abbé de la Bfetlerie le conjureront , au nom île la nation française, de ne pas Induire ce passage, qui offensait trop fortement sa dî-Itcalesse. (Ilist. de Jovicn , t. u, p. 94.) J'ai use de la même discrétion , et me suis contenté d'une expression
en corrigeant le règne précèdent, Julien eut négligéd'enpunirlescrimes. « Nous sommes » enfin délivrés, dit ce prince dans une lettre » a un de ses amis familiers, nous sommes a miraculeusement délivrés de la gueule de
> l'hydre dévorante '. Ce n'est point mon
> frère Constance que je prétends désigner
> par cette épitbète. U n'est plus, et puissent » ses cendres reposer en paix I Mais ses per- » fides et barbares favoris passaient leur vie
* à tromper et a irriter un prince dont il se-
> rait difficile d'excuser l'indulgence sans se » rendre coupable d'adulation. Mon dessein s n'est cependant pas que ceux-là mêmes
> soient punis illégalement; on les accuse,
* ils jouiront du juste droit de se défendre ;
> ils seront jugés publiquement et avec im-
> partialité, s Julien nomma , pour faire les informations , six juges d'un rang distingué dans l'état et dans l'armée, et, pour éviter le reproche d'avoir condamné lui-même ses ennemis personnels , il plaça ce tribunal extraordinaire en Chalcédoine, sur la rive asiatique du Bosphore, et autorisa les commissaires à prononcer et à exécuter leurs sentences finales sans appel et sans délai. Le vénérable préfet d'Orient , un second Salluste, occupa la place de président '. Ses vertus lui conciliaient également l'estime des philosophes grecs et celle des prélats chrétiens; il avait pour adjoint l'éloquent Mamertio *, un des deux consuls élus , et d'un mérite supérieur, si nous nous en rapportons aux louanges qu'il se donne publiquement a lui-même. Mais la sage équité des deux magistrats civils était contre-balancée par la
< Julien, épure ixm , page 389. D se sert des mots «9Xuiiia).oi Lipn, en écrivant à son ami Hermogènes,
* qui les poètes grecs étaient familiers.
i On doit distinguer avec attention les den Salluste , l'un préfet delà Gaule, et l'autre préfet de l'Orient. (Bist. des Enter. , L it, p. 696.) Je me suis servi de l'épitbete commode de lecundus. Le second Salluste obtint l'estima même des chrétiens ; et Grégoire de Nszianx* , qui eoadssuail sa religion, a célébré ses vertus. (Orat., m, p. 99.) Voy. unenote curieuse de l'abbé de la Bletteris (Vie île Julien, p. 363.)
3 Maraertin loue l'empereur (u , 1 ) d'avoir confie les emplois de trésorier et de préfet a un homme sage, ferai* et intégra comme lui-ménte. Ammien le classe modestement dans le nombre des ministres de Julien, mérita quorum nàmJL et filial*.
violence féroce des quatre généraux, Névitta, Agilo, lovions, et-Arbetio. Arbetio, que le public aurait vu avec moins d'étounement sur la sellette que sur un tribunal, passait pour avoir le secret de la commission. Les chefs armés et furieux, des bandes Jovienne et Herculienne environnaient le tribunal, et les juges obéissaient alternativement aux règles de la justice et aux clameurs d'une faction '.
Le chambellan Ensèbe , qui avait abusé si long-temps de la faveur de Constance , expia par une mort ignominieuse l'insolence, la corruption et les fureurs de son règne. Les exécutions de Paul, et d'Apodème, dont le premier fut brûlé vif, passèrent pour une faible réparation aux yeux des veuves et des orphelins dont ils avaient trahi et assassiné les pères ou les maris. Mais la justice ellemême, si nous pouvons faire usage de l'expression d'Ammien •, pleura sur le sort d'Ursule, trésorier de l'empire; et sa mort est une tache dans la vie de Julien, que cet intrépide et vertueux ministre avait libéralement secouru dans ses besoins. La fureur des soldats irrités d'une démarche indiscrète du trésorier fut la cause de sa mort, et lui servit d'excuse. L'empereur, profondément blessé par ses propres remords et par les reproches du public, offrit quelques consolations à la famille d'Ursule , en leur restituant sa fortune. Avant la fin de l'année dans laquelle ils obtinrent les honneurs de la préfecture et du consulat *, Florentius et Taurus se virent réduits à implorer la clémence de l'inexorable tribunal de Chalcédoine, qui condamna le premier à perdre la vie, et bannit l'autre à Verceilles en Italie. Un prince sage aurait récompensé le crime que l'on reprochait à Taurus ; ce fidèle ministre, ne
1 Ammien rend compte des formes judiciaires de cette chambre de justice {xxn,3); et Libanais en fait l'éloge (Orot. Parent., c. 74, p. 299-300).
Wrsuli vero necem ipia mihi videturftessejustltia. Libanius , qui accuse les soldats de sa mort , lâche d'inculper le comte des largesses.
3 On respectait encore tes noms vénérables et les dignités de la république ; et le peuple tut surpris et indigné de voir dénoncer Taurus comme criminel durant son consulat. On dilTéra probablement jusqu'au commencement ne l'année suivante le procès de son collègue.
(861 dep. J.-C.) pouvant pins résister aux forces de l'usurpateur, s'était réfugié à la cour de son légitime souverain. Mais Florentius méritait toute la sévérité de ses juges, et sa fuite fournit à Jnlien l'occasion de montrer sa générosité, ea imposant silence au zèle intéressé d'un délateur qui voulait lui indiquer la retraite de ce méprisable fugitif1. Quelques mois après l'extinction du redoutable tribunal de Chalcédoine, le substitut du préteur d'Afrique, le magistrat Gaudcnlius, et Artemins ', duc d'Egypte, furent exécutés à Antiochc. Artcmius avait long-temps pillé et tyrannisé une grande province; Gaudentius avait long-temps pratiqué l'art ténébreux de la calomnie contre les innocens, contre les citoyens vertuenx, et contre Julien lui-même. Cependant on conduisît si maladroitement leur procès et leur jugement, que ces hommes pervers passèrent dans l'opinion publique pour les victimes honorables de la fidélité qu'ils devaient à Constance. Une amnistie générale fat accordée à tous les autres serviteurs , et ils purent jouir avec impunité des dons qu'ils avaient obtenus , soit pour défendre ou pour accabler les malheureux. Cette grâce, i[tù, considérée politiquement , peut mériter notre approbation, s'exécuta d'une manière qui semblait dégrader la majesté du trône. Une multitude d'importuns , la plupart Egyptiens, assiégeaient Julien sans relâche, rt redemandaient hautement des dons obtenus frauduleusement ou accordés par imprudence. L'empereur, prévoyant une longue suite de procès sans fin, donna aux Égyptiens sa parole, qui devrait toujours être sacrée, que, s'ils voulaient se rendre en Chalcédoine, il irait lui-même écouter et juger leurs demandes; mais à peine furent ils arrivés a:i rendez-vous, que Julien publia une défense
< Ammien , ix , 7.
ï Relativement aux crimes et à la punition «"ÀrtemJifc, voy Julien (énttre i,p.379)( Ammira (nu , fi), rt Valcs. ( ad loe. ) Les églises grecque et latine ont été tentées d'honorer Artemius comme martyr, parce qu'il eut le courage de démolir les temples des païens, et qu'il fut condamné a mort par un apostat. Mais, commel'HUtoire Ecclésiastique atteste qu'Arlcmius était non-seulement un tyran , mais un hëréliqiie arien , il ne serait V>* aisé de justifier une promotion si indiscrète. (Tillemonl, Mém. Ecdés. , t. vu, p. 1319. )
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(3G1 tlep. J.-C) absolue à tous les mariniers de transporter, aucun Égyptien à Constuutinople, et laissa en Asie ses cliens trompés, jusqu'au moment où , leur bourse et leur patience étant également épuisées, ils retournèrent dans leur patrie avec des murmures d'indignation '. Julien congédia la nombreuse armée d'espions, d'agens et de délateurs, que Constance avait enrôlée pour assurer le repos d'un seul homme aux dépens de celui de tous les citoyens de l'empire. Sou généreux successeur était lent dans ses soupçons cl modéré dans ses punitions; Julien dédaignait la trahison par un mélange de jugement, de courage et de vanité. Intérieurement convaincu de la supériorité de son propre mérite , il n'imaginait pas qu'aucun de ses sujets osât se soulever ouvertement contre lui, attenter à sa vie en particulier, ni même s'asseoir sur son trône en son absence. Le philosophe savait excuser les saillies du mécontentement, et le héros méprisait des projets ambitieux qui surpassaient la fortune cl l'habileté des conspirateurs. Un citoyen de la ville d' Ancyre portait une robe pourpre, et son ennemi personnel vint avertir Julien de cette indiscrétion, qui, sous le règne de Constance, aurait été regardée comme un crime capital*. Le monarque, après s'être informé du rang et du caractère de sou rival , lui envoya, par l'officieux délateur, une paire de pantoufles pourpres, pour compléter la magnificence île son vêtement impérial. Dix de ses gardes tramèrent une conspiration plus dangereuse, et formèrent Je projet d'assassiner Julien à Antioche, dans l'endroit où l'on exerçait les troupes. Ils trahirent leur secret dans l'ivresse, et ils furent conduits chargés de cbaiues en présence de l'empereur. Julien , après leur avoir vivement fait sentir le crime et l'imprudence de leur entreprise, an
■ Voyez A m mien, un, 6;ctVal«a. , ad toc. ; le Code dcThcodose, 1. u. Ut. 39, loi i, p.218, ad locum.
î Le président de Montesquieu , Considérations sur la Grandeur, etc., dis Rnmaius, e. H. II eicuse celle tyrannie (I. m, p. -MS-iW) eu supposant que les actions i.ui nous paraissent in différente; aujourd'hui pouvaient paraître dangereuses et coupables au i Romains; et i! souiiwil celle étrange apologie par une méprise plusélranse
encore des lois anglaises, > chez une nation .'où il est
. dêftndu de boire A la santé d'une certaine personne. ■ ciiuuos, l.
PAR ED. GIBBON. Cil. XXII.
lieu des tortures et de In mon qu'ils méritaient, et qn'iis attendaient, prononça une sentence de bannissement contre les deux principaux coupables. La seule occasion dans laquelle Julien semble s'être écarté do sa clémence ordinaire est l'exécution d'un jeune imprudent qui , d'une main faible et impuissaule, voulut saisir les rênes de l'empire. Mais ce jeuue ambitieux était fils de Marcellus, le général de cavalerie, qui, dans la première campagne contre les Gaulois , avait déserté les drapeaux du césar et le parti des Romains. Julien pouvait punir le fils rebelle d'un père criminel, sans être soupçonné de vouloir venger son injure personnelle. Mais il fut touché de la douleur de Marcellus, et l'empereur tâcha d'adoucir par ses libéralités la blessure que le général avait reçue de la main sévère de la justice '.
Julien n'était point insensible aux avantages de la liberté publique '. 11 s'était imbu, daus ses études , de l'esprit des sages et des héros ; sa fortune et sa vie avaient dépendu long-temps du caprice d'un tyran ; et, quand il monta sur le trône, son orgueil souffrit souvent , en réfléchissant que des esclaves, qui n'osaient pas blâmer ses défauts, n'étaient pas dignes d'applaudir à ses venus *. Il abhorrait le système du despotisme oriental, que Dioelétien, Constantin, et l'habitude de quatre-vingts années , avaient établi dans l'empire. Un motif de superstition l'empêcha d'exécuter le projet qu'il avait formé d'abdiquer *. Mais il refusa toujours le litre de Domuius ou Mailre 5, dénomination devenu»
i I.» relation de la démenée de Julien , et de la conspiration qui fut formée contre sa vie, se trouve dans
Amuiien(j.ïii,9-iO;elVaies. ad toc; Libauius, Oral. Parent, t. m, p. 323).
■* Selon quelques-uns, dit Aristoie cité par Julien et Themlst. , p. Ml , la forme d'un gouvernement absolu . i.ugïjuii, , est contraire à la nalure. Cependant le prince et le philosophe jugeront i propos &' entcloppcr adroitement celle vérité éternelle d'une profonde oh-
3 Ce noble sentiment se trouve presque eiprimé dans Ire paroles de Julien mime. (Ammien, lin, le.)
* libauius ( Orn t. Pairnt. ,e. 03, p. 320), qui rend compte du désir et du dessein de Julien , insinue en langage mystérieux (Bmt , »> ynimi... <o.x" ■? t/tamt ■ww) que l'empereur en fut détourné par une rèvê-
S Julien , ûi Jlisopogon , p. 313. Comme il n'abolit
si familière aux Bomains , qu'ils ne sa rappelaient plus sou origine sei-vile et humiliante. Ce prince , à qui les débris de la république inspiraient un sentiment de respect, chérissait le nom de consul ; il adopta par choix et par inclination la conduite qu'Auguste avait suivie par prudence. Aux calendes de janvier, les nouveaux consuls Mameftin et Nevitta vinrent , dés le point du jour, présenter leurs respects a l'empereur. Quand on l'ent informé de leur approche , il descendit de son trône , alla au devant d'eux , et força les magistrats embarrassés do recevoir les démonstrations do sa respectueuse déférence. Du palais il les suivit au sénat ; l'empereur à pied marchait entre leurs litières; et la foule du peuple étonné contemplait l'image des anciens lemjis, ou blâmait peut-être une humilité .qui dégradait à leurs yeux l'éclat de la pourpre '.Mais Julien soutint cette conduite dans toutes les occasions. Tandis qu'il assistait un jour aux jeux du cirque, il affranchit, ou par inadvertance, ou peut-être à dessein» lin esclave en présence du consul. Dés qu'on l'eut averti qu'il empiétait sur la juridiction d'un autre magistrat , il se condamna laimène à payer une amende de dix livres d'or, et saisit cette occasion de prouver qu'il était, comme tous les citoyens, soumis aux lois et même aux formes de la république '. Les vues d'administration ■ et son respect pour
jamais par une loi publique les orgueilleuses dénominations du despote ou dominas, elles existaient encore sur ses médailles (Ilucange, Fam, Byzantin., p. 38-39); «t la répugnance qu'il affectait eu particulier ne terrait q^a (tonner âne hMiwnra différente a la baue adulation ries courtisans. L'abbé de la Blclleric (Jlist. rie Jovicii, t. 11, p. 9U-I02) a suivi d'une manière curieuse le mot tlombau depuis sou origine , S travers toutes les ffiflerentes significations qui! eut successivement sous le gouvernement impérial.
1 Apimiejt.Mii, 7. Leconsul Mamcrlin [wfJaneg>/'. l'Cf- ,Xi, 38,29,30) clebre cet heureux jourcomme un esclave dlonné de l'indulgence de son maître.
* Les lois des Douze-Tables condamnaient les satires personnelles,
Julien, dans son Misopogon [pag. 337), s'avoue luimême soumis a la loi ; et l'abbé de la Blcltcrie ( Hist. de Jovien, l. ii, p. 92) a saisi avidement une déclaration, si favorable à son propre sentiment et au véritable esprit de la constitution impériale.
(363 dep, LA:.) leii«u de sa naissance, déterminèrent! Julien à conférer au sénat. de Cont Untinopte les honneurs , les privilèges et l' autorité dont le sénat de Rome jouissait encore «Xidusuemeat '. On supposa que la moitié du conseil national était passée en Orient ; et cette opinion acquit insensiblement une autorité légale. Les successeurs despotiques .de Julien acceptèrent le titre de sénateur , et se reconnurent membres d'un corps respectable, qui conservait le droit de représenter U majesté du nom romain. L'attention du monarque ae se borna pas à Conslamiaopte ; elle s'étendit sur les conseils municipaux des provinces. 11 supprima par des édi(s les exemptions injustes et pernicieuses qui éloignaient une foule de citoyens oisifs du service tic leur pays ; et par une distribution égale des charges publiques, il rendit la force «t .l'éclat, ou, pour nous servir de la brillante. «pression de Libanius*, il rendit, l'àme et. îa vie aux villes expirantes de l'empire. J a vénérable antiquité de la Grèce inspirait à Julien une tendresse respectueuse , qui éclatait en transports aux souvenirs des dieux , des héros et des hommes supérieurs aux héros et ail* dieux , qui avaient légué 4 fa dernière postérité les m on u mens de leur génie ou l'exemple de leurs vertus. Par ses soins paternels, les villes d'Épire et de Péloponnèse * furent soulagées , et reprirent une partie de leur ancienne splendeur. Athènes le reconnaissait pour son bienfaiteur , ■ et. Argos avouait qîfetle lui était- redevable de sa dé- Irrrance. L'orgueilleuse Corihthe , sortant de ses ruines avec le titre honorable de colonie romaine , exigeait rigoureusement un tribut des républiques voisines, pour défrayer les
i ZosinM, 1. ut, p. 168. .
a H «t S«.*«it;t»f 4cj;ii*«fcM;cK;.i (Va», Ubanius, oral. Parent., c, 71, p, 296;-Atnmien ,32,fti«t le Cad. TJieodÉ,lw, iii,tiirei,miaO-56; les Commentaires de poden-or, t. iv, p. 39Û-4Q2.) Cependant tout le sujet de* furie «si encore, maigre de 1res -amples maMriani, la parLie la plus obsuura de l'Histoire d« l'Empire.
3 < QuaepBiilo aule. ariria et sitiaBtMlanliflvisctoniiir, ■ ea nunc perlui, mundari , madère ; ton, lieanbukun,
• gymnasia, lœtis et gaudcntibus pojwlis rrequenuti;
• dies restos, et celebrari veleres, et «ovos in bonorem » printipis consecrari. » 0laniertio,*i,9.)Uri.1Ubiil p«liculiérement la ville de Nioopolis, et te» jeru aetiaoues, institues par Auguste. . ., «
(363 <lep. J.-C) jeux de l'Isthme qui se céïêbraimi dans son amphithéâtre par «ne chasse d'ours et de panthères. Les villes. d'Éiis, do Delphes et d'Argos , chargées par leurs ancêtres de perpétuer les jeux olympiques, les jeux pythiens et ceux de Némée , réclamaient .avec justice l'exemption du tribal. Les Corinthiens respectèrent les privilèges d'Élis et de Delphes ; mais h pauvreté d'Argos essuya toute la violence de la persécution , et la sentence du magistrat de la province , qui ne consultait que L'intérêt de la capitale où il faisait sa résidence , imposa silence aux plaintes des timides députés. Sept ans après cette sentence, Julien en admit l'appel ' au tribunal supérieur, et il employa son éloquence , probablement avec succès , a défendre la capitale d'Agammenon * , qui avait donné à la Macédoine une race de héros et de conquérans *. Julien exerçaitsestalens dans les travaux de l'administration civile et militaire, qui se multipliait en proportion de l'étendue de l'empire, et il faisait en outre les fonctions tforaieur*etdejuge*, à peine connu des souverains
< Julien, cpU. m, p. 407-411. Celte lettre, qui jette une grande lumière sur le déclin de la Grèce , a été omise par l'abbé de la Bletterie, et singulièrement défigurée par te traducteur latin, qui, en rendant «*•*«■ par tributum , et îtunu par populut , lait dire i l'auteur précisément le contrait*.
1 11 régnai! » Myccne , éloigne d'Argos d'environ cinquante stades ou six milles. Ces villes, alternativement célèbres, oalèli confondues par les poêles grecs. (Slrabon , I. nti, p. 57£r, édit.Amslel. 1707.)
* Marsfcam , Canon. Coran. , p. 421. Celte $ënMogie, qui remontait jusqu'à Hercule ; peut lire suspecte; cependant elle lut reconnue, après des recherches exactes, parles juges des jeui olympiques (Hérodol., 1. t, c.22), dans tu temps où les rois de Macédoine ne jouissaient pas d'une grande considérai ien cher les Grecs. Quand H ligue acliéenne se déclara contre Philippe , on fit retirer les dépotes d'Argos. ( Ttt.-Liv., ïiïn.ïî. )
4 l-inanius ( Oral Parent. , e.75, 76, p. 300, 301) célèbre son éloquence. Soerale (I. m ( f, 1 > ■ faussement assuré que Julien était le seul prince qui éfit tnrrangué'le seuat- depuis Jules Cesse. Tootles prtféoMturs de Néron et une partie de mb successeurs possédèrent le talent de parler en publie; et on pourrait prouver , par plusieurs exemples, qu'ils l'extrccrerA souvent dans te Séant.
» Anunien (im, 10) a étaWi «rec impartialité les avantages et les défauts de ces rennes Judiciaires. Libanlus(Wwr. Parmi, e. «0,91, p. 315) «favuquele bemooté; mais son tableau, en flottant la personne do peinec, étsWHdu moins les deroirs dn juge. Grégoire dé e {Oral, iv, p. 120), qui omet tes venus et
de l'Europe moderne. L'un dé ht persuasion, si cultivé par les premiers césars, fut négligé par- l'ignorance guerrière et par l'orgueil asiatique de leurs successeurs ; et , s'ils daignaient haranguer des soldats redoutables , ils gardaient un silence dédaigneux avec les sénateiirs,dont ils méprisaient l'impuissance. Julien regardait les assemblées du sénat, que Constance avait évitées , comme le lieu le plus propre a foire briller son esprit républicain et la force de son éloquence. Il s'y exerçait comme dans une école de déclamation , sur différens sujets de panégyriques , de satires, et d'exhortations. Son ami Libanins a remarqué que l'étude d'Homère lui avait appris à imiter le style concis de Ménélat , l'abondance de Nestor , et l'éloquence pathétique et victorieuse d'Ulysse. Julien se livrait non-seulement par devoir , mais par amusement , aux fonctions déjuge , qui sont quelquefois incompatibles avec celles de souverain; et, quoique ses préfets dn Prétoire méritassent sa confiance, souvent, assis auprès d'eux, il écoutait leurs jugemens. La vive pénétration de son esprit se plaisait à découvrir les ruses et à déconcerter les chicanes des avocats , qui tâchaient de déguiser la vérité des faits , ou de corrompre l'esprit de la loi. Il dérogeait quelquefois à la majesté de son rang , en hasardant des questions indiscrètes et déplacées , et trahissait l'impétuosité de ses passions par les éclats de sa- voix , ou par ta vivacité de ses gestes , quand il soutenait un avis contraire à celui des juges , des avocats ou de leurs cliens. Hais connaissant le vice de son propre caractère , il encourageait , il ordonnait même à ses amis et à ses ministres de l'en avertir ; et, quand ils hasardaient d'arrêter les écarts de sa vivacité , les spectateurs apercevaient avec satisfaction la honte et' la reconnaissance de leur souverain. Julien fondait presque toujours ses décrets sur des principes de justice , et il résista constamment aux deux plus dangereuses tentations qui assiègent le tribunal d'un monarque sous la forme
exagère les faibles défauts de l'Apostat, demande, d'un ton ironique, si un pareil juge est digne de siéger mire Minas et Kh a dama nie dans les Champs-Elysées f
séduisante de justice et de compassion. R jugeait les causes sans égard aux facultés des parties, et, quoique disposé à soulager le pauvre, il le condamnait sans hésiter, quand la demande deson adversaire riche était équitable. Il distinguait avec soin le juge du législateur1; et, quoiqu'il méditât une réforme nécessaire dans la jurisprudence romaine, il prononçait ses sentences conformément au sens strict et littéral des lois établies , qui devaient servir de règle aux magistrats et aux citoyens.
Si l'on dépouillait quelques princes de leur rang et de leurs richesses, si on les abandonnait sans aucun secours à leur propre industrie, ils tomberaient à l'instant dans la dernière classe, sans espoir de se tirer jamais de l'obscurité. Mais le mérite personnel de Julien éiait indépendant de sa fortune. Quelque état qu'il eût embrassé, l'intrépidité de son courage, la vivacité de son esprit, et la constance de son application, lui auraient obtenu, ou au moins lui auraient mérité les premiers honneurs de sa profession. Julien aurait pu s'élever, par son génie, au rang de ministre ou de général, dans un pays où il serait né simple citoyen. Si la jalousie capricieuse de l'autorité eût trompé ses espérances, s'il se fût éloigné sagement des sentiers de la grandeur ; l'exercice de ces mêmes lalens, dans une studieuse solitude, aurait mis hors de l'atteinte des rois le bonheur de sa vie et l'immortalité de sa gloire. Quand on examine le portrait de Julien avec une attention minutieuse ou peut-Aire malveillante , qifclque chose semble manquer à l'ensemble et à la perfection de la figure. Son génie était moins vaste et moins sublime que celui de César, et il n'égalait point Auguste en prudence. Les vertus de Trajan paraissent plus sûres et plus naturelles , et la philosophie de Marc-Aurèlc est plus simple et plus suivie. Cependant Julien a soutenu courageusement
i Dans le nombre des lois que Julien promulgua durant im règne de seize mois, cinquante quatre ont été admises «laits les Codes de Théodose et de Justinien. (Golhofrcd Citron, légion, p. 64-C7.) L'abl»! de la Bletlerio (l. h, p. 32S-336) a choisi une de ces lois pour donner une idée de ta latinité de Julien. Son style est ncneui et soigné; ma» il écrivait plus puremeulcu grec.
(363 dcp. J.-C.) l'adversité, et H a joui de sa fortune avec modération. Après un intervalle de cent vingt ans, depuis la mort d'Alexandre Sévère, les Romains possédèrent un empereur qui ne connaissait pas d'autres plaisirs que Rot devoirs, qui travaillait à soulager les malheureux et à ranimer le courage de ses sujets, qui tachait d'associer toujours le mérite a l'autorité, et de donner le bonheur à la vertu. Toutes les factions, même la faction religieuse, ont été forcées de rendre hommage à la supériorité de son génie dans la paix i 1 dans la guerre, et d'avouer, en soupirant, que Julien-l'Aposlot chérissait ses sujets i't méritait l'empire de l'univers '.