‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 36 sur 85 · CHAPITRE XX11I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX11I

La religion de Julien. — Tolérance universelle. — Ce prince seul rétablir et réformer Je paganisme. — Il essaie de reconstruire le temple Je Jérusalem. — ÀrliuVc qu'il mil dans sa persécution des ehrcïieiu. — Zèle et injustice dei dcui parti»

L'apostasie de Julien a fait tort à sa réputation; et le fanatisme, en cherchant à obscurcir ses vertus, a exagéré la grandeur réelle et apparente de ses fantes. On le regarde, d'après d'autres préventions, comme un monarque philosophe, qui voulait proléger également les factions religieuses de l'empire, et calmer la fièvre théologique doni le peuple fut saisi depuis les édits de Dioctétien jusqu'à l'exil de saint Athanase. Un examen plus soigne de son caractère et de sa conduite donnera une opinion moins favorable d'un prince qui fut eutrainé par la contagion de son siècle. Nous avons l'avantage de pouvoir comparer les portraits que nous ont laissés de Ini ses admirateurs les plus zélés, et ses ennemis les plus ardens. Un historien judicieux et plein de candeur, qui a été le spectateur impartial de sa vie et de sa mort, raconte avec fidélité ses actions. Les déclarations publiques et particulières de l'empereur lui-même confirment le ttimoi-

3C3dcp. J.-C.) ;*nagc unanime de ses contemporains ; et sps divers écrits annoncent la teneur uniforme île ses opinions religieuses, sur lesquelles la politique devait lui inspirer de la réserve plutôt que Je l'affectation. Un dévot attachement pour les dieux d'Athènes et de Rome formait sa passion dominante. Des préjugés superstitieux ' égaraient et corrompaient lés forces de son esprit éclairé, et des fantômes, (pii n'existaient que dans son imagination , curent une influence pernicieuse sur le gouvernement de l'empire. Le zèle des chrétiens, qui méprisaient le culte et qui renversaient les autels de ces divinités fabuleuses, le mît dans un état de haine irréconciliable avec une partie nombreuse de ses sujets; et le désir de la victoire, et la honte de la délaite, l'excitèrent quelquefois à violer les lois de la prudence et même celles de la justice. Le triomphe du parti qu'il abandonna et qu'il rombattil a jeté une sorte d'infamie sur son nom, et un torrent de pieuses invectives, dont le signal fut donné par la trompette sonore * de Grégoire de Nazianze \ accable aujourd'hui l'apostat qui ne put accomplir ses desseins. Il y eut , pendant le règne trèscourt de ce monarque actif, «ne foule d evénemens qui sont de nature à inspirer un

1 Je transcrirai quelques expressions d'un petit discours Irès-religïeui que composa f empereur pontife sur l'impiété d'un cynique : a>*' 1^1 *t» <r. <n T.i t»c niim,

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vu, p. 212.) La variété el l'abondance de la langue grecque ne suffisent pas mîme i la terreur de sa dévotion.

! Cet orateur a quelquefois de l'éloquence , maïs il a toujours de l'enthousiasme et Beaucoup de vanité. II adresse son discours au elel et à la terre, aux hommes et aux "anges, aux «vans el aux morts, et surtout au grand Constance, Il ne craint pas d'assurer, en Unissant, qu'il a élevé un monument aussi durable et plus portalir que les iitlonnes d'Hercule. (Voyci Crég. de Nazianze, Oral, m, I». 50; i», p. 131.)

3 Voyei celle longue inveclire, qu'on a mal a propos divisée en deux discours dans les ouvrages de Grégoire de Nazisme (t. i, p. 40-134, Paris, J630J. Elle fui publiée par Grégoire et par Basile, son ami (iv, p. 133). emiron fis mois après ta mort de Julien, dont les restes avaient <Hé portés â Tarse (iv, p. 120). Mais Jotien étail encore -.tir le irône (■», p. 51; iv, p. 117). J'ai proillé d'une version française, publiée a I.yon en 1735 , avec des reru.i reines.

grand intérêt. Nous les raconiorons en détail ; et ses motifs , ses conseils et ses actions, et ee qui a rapport à l'histoire de la religion, seront le sujet de ce chapitre.

On peut attribuer la cause de son étrange et funeste apostasie à ses premières années , durant lesquelles il fut abandonné aux assassins de sa famille. Les noms de Christ et de Constance , de religion el d'esclavage ,' s'associèrent alors dans son imagination susceptible des impressions les plus vives. On confia le soin de son enfance à Eusèbe, évèquc de Nicomédic ■ , et son parent du côté de sa mère, et , jusqu'à l'âge de vingt ans , îl reçut de ses précepteurs chrétiens l'éducation, non pas d'un héros, mais celle d'un saint. L'empereur, moins jaloux des couronnes du ciel que d'un irône de ce monde , se contentait du mérite imparfait de catéchumène , tandis qu'il procurait les avantages du baptême ■ aux neveux de Constantin". On les admit aux fonctions subalternes de l'ordre ecclésiastique, et Julien lut les saintes Écritures dans l'église de Nicomédie. L'étude de la religion, dont ils s'occupèrent avec assiduité, eut d'heureux succès, et ils montrèrent beaucoup de foi et même de dévotion *. Ils priaient, ils jeûnaient, ils distribuaient des aumônes aux pauvres , cl des largesses au clergé ; ils portaient des offrandes sur le tombeau des martyrs , et le beau monument de saint Marnas a Ces arec fut élevé , bu du inoins commencé par le zèle réuni de Callus et de Ju-

■ fliicomaliœ ab Eusebio ettucatus episeopo, quem génère longius contingebat. (Ammien, xxn, 0.} Julien ne montre nulle part de la reconnaissance pour ce prélat arien ; mais il donne des éloges à son précepteur l'eunuque Mardonius, el il décrit son système d'éducation , qui inspira au jeune élève une admiration passionnée pour le génie dpcul-ilrc pour laMigiond'HomÈrc. (Misopogon, p. 351, 352.)

2 Crég. de Nazianze, m, p. 70. Un reproche à Julien d'avoir voulu eflacer celle sainte marque dans le sang : il s'agit peu mire d'un laurobole. [Baronius, Annal. Eccies. A.D.36ï,n°3,4.)

3 Julien (Epist.\, p. 454) assure leshabilans d'Alcianilrie qu'il avait été chrétien jusqu'à l'âge de vingt ans. Il pouvait direqu'il avait été un chrétien ferrent.

* Voyez son éducation chrétienne et même ecclésiastique , dans les écrits de saint Grégoire (m, p. S8\ dans ceux de Socrale (I. m, r. I), el dans ceux de Sozoméiiu (1. v, c. 2). Il manqua d'être évûnue, rtj s'l le rai devenu, il serait vraisemblablement un saint.

lien '. Ils conversaient respectueusement avec ceux des évèques qui se distinguaient par leur sainteté , et ils sollicitaient les bénédictions des moines et des ermites qui avaient introduit dans la Cappadoce les rigueurs volontaires de la vie ascétique'. Lorsque les deux princes approchèrent de l'âge d'homme, ils découvrirent dans leurs opinions religieuses la différence de leurs caractères. L'esprit dur et obstiné de Gallus embrassa la doctrine chrétienne , qui n'influa jamais sur sa conduite , et qui jamais ne modéra ses passions. Le caractère plus doux de son jeune frère convenait mieux aux préceptes de l'Evangile, et un système de théologie , qui explique l'essence mystérieuse de la divinité, et qui offre dans l'avenir une perspective' sons bornes de mondes invisibles, pouvait satisfaire sa vive curiosité; mais sou esprit indépendant refusa de se soumettre a l'obéissance passive que les ministres impérieux de l'église exigeaient au nom de lu religion. Ils érigeaient en lois positives leurs opinions personnelles ; ils y ajoutaient les menaces d'un éternel châtiment , et , en dictant le rigoureux formulaire des pensées, des paroles et des actions de Julien , eu faisant taire ses scrupules, et en réprimant, d'une manière sévère, la liberté de ses recherches, ils l'indisposèrent contre l'autorité de ses guides ecclésiastiques. Il fut élevé dans l'Asic-Mineure, au milieu des scandales de la querelle suscitée par Anus". Les disputes violentes des évèques de l'Orient, les variations continuelles de leurs symboles , les motifs profa-

< La portion d'ouvrage dont Gallus était chargé tut prom plein rat achevée. Mais saint Grégoire dit (m. p. 56, 00, fil) que la terre rejeta et renversa opiniâtrement (oui <*■ que lit la main sacrilège de Julien.

ï Le philosophe, (ancien fragment , p. 288) tourne en ridicule les chaînes de fer que ces solitaires portaient. (Voy. Tillcinont, Mcra. Ecries. , 1 1t. p. «SI, 032.) L'auteur paÏLii suppose que ces solitaires, ayant renoncé aux dieui, étaient possédés de médians démons qui les tourmentaient.

* Voyez Julien ( ap ud CyrUX., T. ri, p. 206; 1. nu, p. 253. 2G2). • Vous persénilez, dit-il, ces hérétiques qui

• ne pleurent pas les morts précisément de la manière que

• vous approuvez. • Il se montre en cela un très-bon théologien ; mais ensuite il soutient que la doctrine de saint l'aui. de Jésus, lue Moïse, n'enseigne pas la Trinité dm Ui retiens

(383 dep. J.-C.) ses qui semblaient les animer, lui persuadèrent insensiblement qu'ils ne comprenaient pas , qu'ils ne croyaient point cette religion pour laquelle ils combattaient, avec tant d'impétuosité. An lieu d'écouter les preuves du christianisme avoccelU; attention favorable qui donne aux témoignages un nouveau poids, il écoulait avec défiance , et il contestait avec obstination et subtilité unis doctrine qui lui inspirait nue aversion invincible. Lorsqu'on obligeait les jeunes princes à faire des déclamations sur les controverses du temps, Julien se chargeait toujours de la cause du paganisme, sou le spécieux prétexte qu'en défendant la cause, la plus faible il exercerait et développerait mieux ses connaissances et son esprit. .

Dès qne Gallus fut revêtu de la pourpre , on permit à Julien de respirer l'air de la liberté, de la littérature et du paganisme', Les sophistes , que son goût et s» -libéralité attirèrent en foule, avaient établi une alliance rigoureuse entre la littérature et la religion de la Grèce; et, au lieu d'admirer les poésies d'Homère comme les productions du génie de l'homme, ils les attribuaient sérieusement ù l'inspiration céleste d'Apollon et des Muscs. Les divinités de l'Olympe, telles que les décrit le poète immortel, frappent l'esprit le moins crédule. Notre familiarité avec leurs noms et leurs caractères , avec leurs formes et leurs attributs, semble donner une e-ùsr tenec réelle ;i ces êtres chimériques , et J'enchantement qu'ils nous causent produit un imparfait et passager assentiment de l'Imagination aux fables qui répugnent le plus à notre raison et à notre expérience. Au siècle de Julien, tout concourait à prolonger cl à fortifier l'illusion : les magnifiques temples de la Grèce et de l'Asie , les chefs-d'œuvre des peintres et des statuaires, qui avaient rendit sur la toile oh sur le marbre les divines conceptions du poète, la pompe des fêtes et des sacrifices, l'artifice souvent heureux des devins, les traditions populaires des oracles et des prodiges , et l'habitude des

' Libanais, Oml. Parentatis, e. fl, 10, p. 232, rie., Grégoire de ISujlan», Ont. m, p. fil ; Eunapius, Fit Sophist. in llaximo, p. 68,C»,70, édit. Consneup..

(363 dep. Ï.-C.)' peuples, qni-remonuiit u oaemUqvMde'denx mille ans. L«s 'pnfcetuîaas node>ée8 des polythéistes exeosaleM n-quelqa.es égards la Faiblesse dé leur système', el la dévotion des païens permettait te scepticisme le pins lîceneSetixM'Aln de former un «ysieme régulier et rridiWMble qiA subjuguât tontes les faeiikès-tleTespfit; la mythologie des'Grécs étSh'Coitlposfed* HwlIe'paTUeB flekibles tpii n'avaient pas 'entre eHes- un rapport exact, et le serviteur des dieux pouvait User le degré! et h mesure 'de sa foi. Le -symbole qu'adopta Julien lui laissait beaucoup- de liberté , et , par une étrange- coMradMtion , H dédaignait le joug'' saluturwde l'Évangile, tandis qu'il faisait le sacrifice volenfeHtre «le sa raiaevsur les autels d'Apollon et de Jtipîteri Un de ses discours est consacrer Cybele , ut mère des dieux, quiexi^oait dearij lâches prêtres l'odieux nommage que Traieeté Atys se craignait pas de lui- offrir. Le pieux empereur raconte sans rougir, ou -sans sourire, le voyage- de 'bf' déesse, des cotes- de Pergame à remboucbèreidn.TUlreietce miraele singulier, qui convainquit le sénat et le peuple de Rome, que le morceau d'argile apporté' pur leurs ambassadeurs avait de la-vie, du sentiment et uuepsisaanee divine'. lieu appelle auxtnontanena publies de la' capitale1 sur la véi'itévJO' ce prodige, et il censure avec aigreur le goût dépravé et faux des hommes qoiridwalhmentQveO irrévérence les traditions sacrces-de leurs, aocétres*. -

> L'nptalqsophemorle.rnea compara avecesprill'efleldu théisme et du polyihéisme, relativement an dilate on à la conviction qu'ils produisent dans l'esprit humain. (Voye* Itume's Etsars , vol. m, p. 4M-45J, ia-Sr-, Mit. 1757.)

3 Cylirfc débarojua en Italie, vers la fln de la seconde guerre punique. Le miracle de la vestale Claudia, qui prouva sa vertu eu portant atteinte a là modestie des daines romaines , est ' attesté -par une foule de témoins. DKUenboreb (ad SUium Halieum, im , 33) a recueilli ces ttuioiso âges, On peut observer que Tile-Lî»e(xjix, H) giissc sur cet événement avec une obscurité discrète.

J Je ne puis m'enipêtherde Transcrire las «pressai* emphatiques de Julien : §jtii fi inm ™« «>jtj «-««un

•m imin ftMsvyiif fi ./. ii &w*H.(Qrat.T, p. 1610 II déclare aussi sa Terme croyance aux Ancilia. ou boucliers sacrés qui tombèrent du ciel sur le mont Quirioal ; et a a pilié de l'étrange? AveaalBMUt des chrétiens -, qui prrfc^ienn&Moitieestaif*é*céksles. iûtptut Cjrrilt., I. Wlfc ■!«) • '■ - ■ ■ .". ., .,-.-'.< •■»■.,

PAbVEDL GIBBON. CH. XX*il,

Mai» le déyot philosophe, qui adoptait sincèrement et qui encourageait avec chaleur la superstition -du. peuple, se réservait le prt- . vilége d'une libre interprétation; et, du pied, des. autels, il se retirait en silence dans le. sanctuaire du temple. L'extravagance de la mythologie grecque semble indiquer que le. pieux sectaire, loin d'être révolté ou satisfait, du sens littéral, devait chercher avec soin la sagesse que la . prudence des anciens avait, cachée sous le masque de la folie et de la fable '. Les philosophes de l'école dé Platon*, Plotîn, Porphyre, et le divin Jamblique; étaient admirés comme les plus habiles maîtres de cette science allégorique, qui. voulait adoucir et accorder les traits difformes du paganisme. Julien lui-même , guide dans ses recherches mystérieuses par jÈdèse, di-, gne successeur de Jamblique, aspirait à la possession d'un trésor qu'il estimait plus que l'empire du monde, si nous en croyons ses' sermeus solennels !. C'était sans doute un trésor qui lirait sa valeur de l'opinion ;" et quiconque .se n'allait d'avoir séparé l'or précieux des matières grossières qui l'environnaient, s'arrogeait le droit de lui donner l'empreinte et le nom les plus propres-à flatter son imagination- Porphyre avait déjà expliqué la fable d'Atys et de Cybèle; mais ses travaux ne firent qu'exciter le zèle de Julien, qui inventa et publia avec emphase une allégorie nouvelle. Cette liberté d'interprétation , qui pouvait satisfaire l'orgueil des Platoniciens, montrait la vanité de leur art. Pour se former une juste idée des allusions bizarres; des étymologies forcées, des pompeuses tniouties et de l'obscurité impénétrable de ces sages, qui avalent la prétention dé dévoiler

i Voyez les principes de l'allégorie dans les Oraisons de Julie» (ni, p. 216-222). Son raisonnement n'est pas aussi mauvais que celui des écrivains qui disent qu'une doctrine eilravagan le on contradictoire doit élre divine,' parce que personne n'a pu l'inventer.

ï Euqapc a Tait une histoire partiale et fanatique de ces sophistes, et le savant Brueker' (llist. Philos., t. H, p. 21 7-303) s'est donné beaucoup de peine pour jeter du jour sur leur vie obscure, et sur leurs ajourna incompréhensibles.

s Julien {Qrat. vu , p. 222). La dévotion la pins fervente et la plus enthousiaste lui diète des serment , et il tremble qu'en dévoilant un trop grand nombre de ces saints mystères on ne les expose à la dérision des Impies.

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le système de l'univers , le lecteur moderne serait obligé de suivre des détails ennuyeux- I<os traditions de la mythologie païenne n'étant pas uniformes , les interprètes sacrés pouvaient choisir les récéts qui leur convenaient le plus; et, comme ils traduisaient un chiffre arbitraire, ilsétuicnt les maîtres de tirer ile quelque lubie que ce lût le sens qui convenait le mieux à leur système favori de philosophie ou de religion. Ils mettaient leur esprit à In torture, pour découvrir dans la nullité lascive de Vénus un précepte moral ou uuc vérité physique; et l'hommage forcené d'Atys annonçait la révolution du soleil entre les deux tropiques, ou l'amc qui se détache du vice et de l'erreur '.

Il parait que le système théologiqtie de Julien contenait les grands principes de ta religion naturelle. Mais la foi qui ne repose pas sur la révélation manquant d'un ferme appui, le disciple de Platon retomba dans les habitudes de lu superstition vulgaire; et il semble avoir confondu daus la pratique, dans ses écrits et daus ses idées, la notion populaire et la notion philosophique de la Divinité *. Il reconnaissait et il adorait la cause éternelle de l'univers; il lui attribuait toutes les perfections d'une nature infinie, invisible aux yeux, et inaccessible à l'intelligence des faibles mortels. D'après son système, le dieu suprême avait créé , ou plutôt, dans la langue des Platoniciens, il avait engendré la chaîne graduelle des esprits subordonnés les uns aux autres , des dieux, des démons, des héros et des hommes, et chacun des êtres qui tirait son existence immédiate de la première cause avait reçu l'immortalité. « Afin que d'indignes objets ne partagent pas un avantage si précieux, le Créateur, disait-il, a confié à l'habileté et à la puissance des dieux inférieurs le soin de former le corps de l'homme , et de disposer

I Voyez le dDijuifine discours de Julien, niais toute* les allégories inventées par l'école de l'iaiou ne valent pas le pelîl morceau de Catulle sur Atys.

ï On peut juger de la véritable religion de Julien d'après les César» (p. 308), avec 1rs noies elles tx'l.iirdsscmens de Spanheini, d'après les fragmeiis qu'on trouve dans Cyrille (1. u, p. 57, 58), et surtout d'après le discours lhaotogique ( in SoU-m Regem, p. 130-158) adretséau préfet Sallusle, dans la confiance i!c l'amitié.

EMPIRE ROMAIN, <363dep. J.-C.)

la belle harmonie des trois règnes; il a délégué à la conduite de ses ministres divins k gouvernement temporel de notre monde subalterne ; mais leur administration imparfaite n'est pas exemple de discorde et d'erreur. Ils partagent entre eux le soin de fa terre ri de ses habilans, et on peut découvrir les raraclércs de Mars ou de Minerve, de Mercure ou de Vénus, dans les lois elles mœurs de leurs sectaires particuliers. Tant qu'une prison mortelle reuferme nos aines, il est de notre intérêt et de uotre devoir de solliciter la faveur et de conjurer la colère des puissances du ciel, dont l'orgueil se plaît à voir la dévotion des hommes , et il y a lion de croire que la partie la plus grossière de leur être lire sa nourriture de la fumée des sacrifices '. La condescendance des divinités inférieures est telle , qu'elles daignent quelquefois animer les statues et habiter les temples qu'on leur a consacrés ; elles visitent la terre de temps en temps; mais c'est dans les cîcux qu'on voit leur trône et toute la pompe de leurgloirci Julien lirait de l'ordre invariable qu'observent le soleil , la lune et les étoiles, une preuve de leur durée étcmeiVe; éteinte éternité seule lui démontrait qu'ils étaient l'ouvrage, non pas d'une divinité inférieure, mais du roi tout-puissant. Dans la théorie des Platoniciens, le monde visible est le type du monde invisible. Les corps célestes, animés de l'esprit divin , sont les plus dignes objets du culte religieux. Le soleil, dunl l'heureuse chaleur pénétre et soutient 1'uuivers, réclame à juste titre l'adoration du genre humain, puisqu'il représente le Logos avec tant d'éclat, et qu'il est l'image animée cl bienfaisante du Père intellectuel '.

1 Julien adopte cetleidëcrj^ierecnraUribuanlaWi) Ikvori Marc-Aure.lt! (Cataivs, p. 333). Les Siluriens ti les l'Ialouicicns hésitaient entre l'analogie des corps el la pureté des esprits; mais les plus grives pbilosoplii-s semlilaii'ut disposés i prendre au sérieux la i toisonliric ilWrisloplianc et de Lucira , qu'une génération d'incrédules pourrait alTamcr les dieux immortels. (Voyez le> observations de Spanheini, p. 'i83, 444, etc.)

a Huai nyitt, ii J»i tynï/ia. ksi iji^v^tt, >m iirn.

■u *)«B»p>ii « '="" «TfM (Julien, éplL iu-) baus un autre endroit (japud Cxrill.,\. u, p.0«) iltlcuuw au soleil le nom de dieu , et il l'appelle lu trône tir tiwL Il croyait a la Irinilé des l'Iatonieiens, ri il blâme seale-

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(363 dep. J.-C.)

Les illusions de l'enthousiasme et l'art de l'imposture suppléent dans tous les siècles un défaut d'une véritable inspiration. Si, à l'époque de Julien , les prêtres du paganisme eussent seuls employé ces supercheries pour le soutien d'une cause qui se perdait, l'intérêt et les habitudes de l'ordre sacerdotal inspireraient peut-être quelque indulgence; mais on est surpris et scandalisé que les philosophes eux-mêmes aient abusé de la crédulité des hommes ', et qu'ils aient cherché à soutenir les mystères grecs par la magie et par la théurgie des Platoniciens. Leur audace voulait contrôler l'ordre de lu nature, pénétrer les secrets de l'avenir, commander aux démons inférieurs , jouir de la vue et de la conversation des «lieux célestes, et , en dégageant l'âme de ses liens matériels, la réunir à l'esprit divin.

La curiosité dévote de Julien offrait aux philosophes une conquête aisée, qui, d'après le rang du jeune prosélyte, pouvait avoir les suites les plus heureuses. yEdcsius, qui venait d'établir à Pergame son école errante et persécutée, enseigna au prince les premiers élémens de la doctrine des Platoniciens. Mais les forces de ce vieillard ne pouvant suffire à l'ardeur, au zèle et à la conception rapide de son élève, il se fit remplacer par Chrysante et Ensèbc. H parait que ces habiles philosophes se distribuèrent les rôles, et, qu'après avoir excité l'impatient espoir du novice par des mots obscurs et des disputes simulées, ils le mirent entre les mains de leur associé Maxime , le plus effronté et le plus adroit de tous les maîtres de théurgie *. Julien, âgé alors de vingt ans, fut instruit à

ment les chrétiens de préférer le logos mortel à un logos immortel.

■ Les sophistes d'Eunape tant-autant de miracles mie les saints du désert; mais leur imagination est moins sombre. Au Uni de iw diables qui ont des cornes et des queues, .lamblîqnr croquait les fontaines voisines, les génies île l'amour: Eres et dateras: , deux jolis enfans, sortaient do sein des eaux, l'embrassa ienl comme leur père, rt se retiraient an premier mot de sa bouche (p.2fi,27).

i Eunape décrit avec naïveté l'habile marnée des sophistes, qui se renvoyaient l'un a l'antre le crédule Julien, t/atibé delà BMterlea Ires-bien saisi le plan de toute cette rnmédie, rtil l'expose avec netteté. (Vie de Julien p. «t-^7.1

Éphése des mystères de In secte. Sa résidence à Athènes confirma cette alliance monstrueuse de la philosophie et de la superstition. On voulut bien l'initier solennellement aux mystères d'Eleusis, qui, au milieu de la décadence générale de l'idolâtrie, conservaient encore quelques vestiges de leurUpremière sainteté ; et tel était son zèle, qu'il appela ensuite le pontife d'Eleusis à la cour des Gaules, uniquement pour achever, par des cérémonies et des sacrifices , le grand ouvrage de sa sanctification. Comme les cérémonies se faisaient au fond des cavernes et dans le silence de la nuit , et que la discrétion des inities n'en violait jamais le secret, je ne me permettrai pas de décrire l'épouvantable bruit et les feux terribles qu'on offrait aux sens ou à l'imagination du crédule prosélyte ', jusqu'au moment de la lumière et du bonheur*. Un enthousiasme profond, inaltérable et sincère, pénétra l'esprit de Julien dans les cavernes d'Éphèse et d'Eleusis ; mais ensuite il montra ces alternatives de fraude pieuse et d'hypocrisie, qu'on remarque, ou du moins qu'on soupçonne chez les fanatiques qui semblent avoir le plus de bonne foi. Dès cet instant, il consacra sa vie au service des dieux, et, lorsque l'élude cl les travaux de la guerre et de l'administration réclamèrent toUs ses instans , il eut soin de consacrer quelques heures de la nuit à ses dévolions particulières. La sobriété qui ornait en lui les mœurs du guerrier et du philosophe, élait rigoureusement assujettie à des règles frivoles d'abstinence religieuse; et, afin de plaire à Pan on à Mercure . a Ilécaie ou à Isis, il se privait certains jours de divers alimens qu'il croyait odieux à ces divinités lutélaires. Par ces jeûnes, il préparait ses sens et son esprit aux visites fréquentes

' Julien, dans un moment do frayeur, Ht le «ignn de la croix, et les démons disparurent, dit Grégoire de Naiiaule. (Oral, m, p. 71.) Il suppose que la frayeur saisit les démons; mais les prêtres du paganisme déclarèrent qne 1rs démous étaient indignés.

ïDionChrysost6me,Tbrmistius,Proclus, elSlc-héc, nous laissent apercevoir les len-eu» et les Joies de l'initiation. I* savant auteur de la Divine légation (v. », p. 'i39, 247, 248, Î80, Mil. de 1765) rapporte leurs paroles , qu'il emploie habilement et a»ec énergie à l'appui <lo wu système.

et familières dont les puissance! célestes l'honoraient. Malgré son modeste silence , nons savons de l'orateur Libanius, son fidèle ami, qu'il Vivait dans tin commerce habituel avec les dieux et les déesses; que ces divinités descendaient sur la terre pour jouir de la conversation de leur favori ; qu'elles vouaient interrompre doucement son sommeil en louchant ses mains ou ses cheveux ; qu'elles l'avertissaient de tous les' dangers dont il se trouvait menacé ; que leur sagesse infaillible le guidait dans chacune des actions de sa vie1; et qu'enfin il était si familiarisé avec elles , qu'il distinguait sur-le-champ la voix de Jupiter de celle de Minerve, et la figure d'Apollon de la forme d'Hercule '. Ces visions , effets ordinaires de l' abstinence et de la suporstitton, meitent l'empereur presque au niveau d'un moine égyptien; nais ces vaines occupations absorbaient la vie entière d'Antoine et de Pacome. Julien, an contraire, marchait au combat à la fin d'une de ses rêveries; et, après avoir vaincu les ennemis de Rome , il se retirait dans sa tente , il y dictait des lois sages et salutaires, on il exerçait son goût plus délicat dans les travaux de la littérature et de la philosophie.

Il confia le secret important de son apostasie a cent des initiés qu'il crut attachés à lui par les liens sacrés de l'amitié et de la religion'. Les partisans de l'ancien culte furent instrnits avec précaution de cette agréable nouvelle, et, dans toutes les provinces de l'empire, la future grandeur dn jeune prince devint l'objet des espérances , des prières et des prédictions des païens. Le zèle et les vertus de leur loyal prosélyte leur faisaient attendre avec confiance la guérison de tous leurs maux, et le retour de tous les biens, et, au lien de

< La modestie de Julien n'a laissé échapper que des mots obscurs sur cet objet; mais Liba*ii» s'arrêta avec plaisir sur les jeunes et les visions du héros religieux. (Légat, adjutian, p. 157; et Orat. Parental., t. 83, p. 309, 310.)

a Liixmius (Orat. Parent., c. 10, p. 239, 234). GaHus eut quelque raison de soupçonner la secrète apostasie de wm Irere; et , dans one lettre qu'on peut regarder comme auiueotkiue,il l'exhorte i demeurer attaché à In religion de leurs ancêtres; conseil qui était no peu prématuré. (Voyei /«/mai Op., p, 4S4; cl Histoire de Jovlcn, Lu. p. Ml.)

DECABE3CK BE L'EMPIRE ROMAIN, (Mî dep, L-t.i

désapprouver la vivacité de leurs désirs, lenr protecteur avouait ingénument qu'il désirait atteindre à un étal on H pourrait être utile à son pays et à sa religion. Mais le- successenr de Constantin, dont les passions capricieuses sanvèrent et menacèrent tour à tour la vie de Jn- Iren, était contra ireocette religion. l.e gouvernement, qui; malgré son despotisme, aVsil'la faiblessedecraindrelesartsde ta magie et delà divination, venait de les défendre ; w, comme on avait eu peine à laisser aux païens l'exercice île leurs superstitions , Julien se trouvait excepté, par son rang, delà tolérance générale. L'apostat devint bientôt l'héritier présomptif de la monarchie , et sa roortsetile

pouvait calmer les justes appréhensions dés chrétiens'. Mais, aspirant à la gloire d'Un héros plutôt qu'a celle d'un" martyr;'il dissimula ses principes religieux, etle caractère facile dn polythéisme lui permît de prendre part-an culte public d'unésecte qAlï méprisait au fond de son ccettr. 'Cette hypocrisie parait digned'élOgesàLibaniiis. « L'aimalile » vérité, dit cet orateur, rentra dans Tesprit

> de Julien après qu'on l'eut purifié des » erreurs et des folies de sou éducation, ainsi

> qu'on replace dans un temple' magnifique

• les statues des dieux , souillées autrefois » par des ordures.' Ses opinions «"étaient » plus les mêmes; niais, comme il eût été » dangereux de les avouer, il he changea

• pas de conduite. Ken différent ' de fane

• d'Esope, qni se cachait sous ta "peau » d'an lion, notre lion fut contraint de se

> couvrir de la peau d'un âne, et, quoique ai-

> taché aux maximes de la raison, d'obéir

> aux lois de la prudence cl de la nécessité5. » La dissimulation de Julien dura plus de

dix ans , depuis son initiation secrète a Ephèse jusqu'au commencement de la guerre civile ; à cette époque il se déclara tout-âcoup l'ennemi implacable du Christ cl de Constance. Cet état de gène donna peut-être une nouvelle force à sa dévotion , et, après

i Grégoire (m, p. SO) s le ifle inhumain de reprocher A Constance d'avoir épargné le jeune apostat («"•' nAntt.). Sun traducteur fonçais fp. 2fiS) a soin dp faire observer qne ces expressions ne don enl pas Pire prises i latente. . ..,.',:. «• ■ ■

i Libanais, Orat. Parental., c. 9, p. 231

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(3<i3- ifcp, J.-C.) s'ùtre montré aux jours solennels dans les assemblées des chrétiens, il allait,- arec l'unpntience de l'amour, brûler' de l'encens sur les antels domestiques de Jupiter et de Mercure. Mais toute espèce de dissimulation est |iér>ible a nn caractère qui a de la franchise , et Julien n'eu eut que plus d'aversion pour une religion qui opprimait la liberté de son esprit et le forçait a un déguisement contraire à la sincérité et au courage , les pins nobles attributs de ta nature humaine. :

Il préférait les dieux d'Homère et des Sapions à la nouvelle foi que son oncle avait établie dane l'empire, et de laquelle il avait reçu lui-même le sacrement du baptême. Il crut, en qualité de philosophe, devoir justifier son opinion contre le christianisme, qui so trouvait uéfeudu par un grand nombre de prosélytes, par la chaîne des prophéties, l'éclat des miracles et. l'imposante autorité d'une foule de témoignages. L'ouvrage soigné ' .qu'illit au milieu des préparatifs de la guerre de Perse contenait la substance des nrgumens qu'il avait long-temps médités.

L'impétueux Cyrille d'Alexandrie*, son adversaire, gii a transcrit et conservé quelques morceaux, et ils offrent un singulier mélange d'esprit et de savoir, de subtilité et de fanatisme. L'élégance du style et la dignité de l'uuieur recommandaient ses écrits à L'attention publique1, et le mérite et la réputation de ce prince surpassèrent le renom çélèbrede Porphyre dans la liste des ennemis du chris-

' Fabricius (BibUoth. Gtac, I. », c. B, p. 88-93) el

I jrdner (Heat/ie n Testimonial, i. iv, p, 44-17; oui compilé avec soin tout ce qui reste aujourd'hui d<l\>uvr»ge de Julien contre le christianisme.

2 tlotiron soixante-dix ans aprte la mort de Julien , il remplit une lâche qn'atail ose entreprendre Philippe de Sidon , écr ivsin prolixe et méprisable. L'ouvrage de Cyrille n'a pas satisfait eompletemont mime les juges les plus favorables; el l'abbé delà Blrùeric (Préface de l'Histoire de Joviru, p. 30-32) désirequ'un théologien philosophe (ce qu'on ne reucmlre pas aisément) m charge de réfuter Julien.

1 Libanius (Orat. Parental. , c. 87, p. 313) , qu'on soupçonne d'avoir .aidé ton ami, préfero cet ouvrage (Orat. ii, in necem. Jidiaiù, p. 255, edit. de Mord) m» écril»dc Porphyre. Socrale(l. m,c 3) coateMe ce jugement; nuis, û U prévention égara Ubanjus, on ne peut l'accuser de Oallerie envers un prince qui ne vivait

PAR EU; GIBBON. CIL XXlil.

lianlsme. Il séduisit . scandalisa, ou alarma les fidèles, et les païens qui osèrent s'engager dans la même dispute tirèrent du livre populaire de leur noble missionnaire no fonds inépuisable d'objections trompeuses. Mais en se livrant a ces études avec assiduité, l'empereur des Romains contracta les préventions et les passions peu généreuses d'un théologien polémique, et se crut dès lors obligé de soutenir et de propager ses opinions religieuses. S'applaudîssant en secret de la force et de la dextérité avec lesquelles ii maniait les armes de la controverse, Julien soupçonnait la sincérité de ses antagonistes, ou méprisait la faiblesse de leur intelligence lorsqu'ils résistaient obstinément au pouvoir de son éloquence.

! Les chrétiens, qui voyaient l'apostasie de Julien avec indignation, redoutaient plus son pouvoir que ses argumens. Les païens, instruits de la ferveur de son zèle, avaient peuttitre compté qu'on persécuterait les ennemis des dieux , et que la haine ingénieuse du prince inventerait quelque mort ou quelque torture nouvelle inconnue à la fureur grossière et inexpérimentée de ses prédécesseurs. Mais l'adroite humanité d'un empereur ' qui s'occupait de sa réputation, de la paix publique et des droits du genre humain trompa l'espoir et la crainte des factions religieuses. Instruit par l'histoire et la réflexion, Julien croyait que, si une violence salutaire guérit quelquefois les maladies du corps, 'le 1er et le feu ne peuvent arracher de l'esprit les opinions erronées. 11 est aisé en effet de traîner une victime aux pieds des autels i niais son coeur continue à abhorrer et à repousser l'empire sacrilège de la force. La tyrannie irrite et fortifie l'opiniâtreté religieuse, et dès que la persécution se calme, ceux qui ont cédé rentrent dans leur secte avec toutes les marques du repentir, et ceux qui ont résisté sont honorés comme des Saints et des mar-

t Libanais (Oral. Parental., c 5S, p. 283, 281) a développé avec éloquence les principes loieranset la conduite de l'empereur son ami. Dans une lipitre remarquable qu'il adressa au peuple de floslr» , Julien lui-même [F.pist. 52) parle de sa modération , et laisse apercevoir son «le, qui est avoué par Aminien, et commenté par Grégoire de Nazùuue (Orat. m, p. 72).

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tyrs. Julien savait qu'en adoptant la cruauté infructueuse de Dioctétien et de ses collègues il flétrirait sa mémoire et augmenterait le triomphe de l'église catholique , à qui la rigueurdes magistrats païens availdonné delà force et des prosélytes. Pénétré de ces maximes, et craignant de troubler le repos d'uu règne mal affermi, il étonna le monde romain par une loi digne d'un homme d'état et d'un philosophe. Julien accorda une tolérance universelle à tons les sujets de" l'empire, et la seule gène qu'il imposa aux chrétiens fut de leur ôter le pouvoir de tourmenter ceux de leurs concitoyens auxquels ils donnaient l'odieux nom d'idolâtres et d'hérétiques. On permit, ou plutôt on ordonna aux païensd'ouvrir tous leurs temples *, et on les affranchit des lois oppressives et des vexations arbitraires qui les avaient accablés sous le règne de Constantin et de ses fils. Les évéques et les ecclésiastiques, que le monarque arien avait bannis furent rappelés et rétablis dans leurs églises ; les Donatistes , les Novatïens , les Macédoniens, les Ennoniiens et ceux dont le sort plus heureux adhérait à la doctrine du concile deîvicée, partagèrcnlla même faveur. L'empereur, qui comprenait leurs discussions théologiques , et qui s'en moquait, invita au palais leschefsdes sectes ennemies, afin de jouir du spectacle de leurs violentes altercations, et il s'écria plusieurs fois au milieu du bruit des combattans : i Ecoutez-moi ! les Francs, les » Allemands eux-mêmes m'ont écouté. »

L'empereur s'aperçut bientôt qu'il avait affaire à des hommes plus obstinés et plus implacables, et , quoiqu'il déployât toutes les ressources de l'éloquence pour leur inspirer la concorde ou du moins la paix , il fut convaincu, avant de les congédier, qu'il n'avait rien à craindre de l'union des chrétiens. L'impartial Ammieu attribue cette clémence affectée au désir de fomenter les divisions

i Dans la Grèce, les temples de Minerve Turent ouverts par l'ordre exprès de Julien, avant la morl de Constance (IJlianius, Orat.Parcntal., r. 3j, p. '-ISO); et il déclare tui-n'.ime, dans son manifeste publie aux Athéniens, i]u'il ni idolâtre. Celte preuve sans réplique oVlruU l'assertion précipitée d'Animirn , qui semble supposer que ce M à <>n?bnlinoplci]ue Julien dceouvril sort attachement pour lis dieux du paganisme.

(363 dep. J.-C.) intestines de l'église; et le projet insidieux île miner les îondemens du christianisme se trouvait lié avec le zèle que Julien annonçai! pour remettre en vigueur l'ancienne religion de l'empire'.

Dès l'instant où Julien monta sur le trône , îl prît , selon l'usage de ses prédécesseurs, le titre de souverain pontife, non comme le complément des dignités impériales, mais comme le symbole d'uu emploi sacré, dont il voulait remplir tes devoirs avec des soins pieux. Les affaires de l'état ne lui permettant pas d'assister chaque jour aux cérémonies religieuses de ses sujets, il dédia une chapelle domestique au soleil, sa divinité tuiélaire; ses jardins étaient remplis de statues et d'autels consacrés aux dieux , et chaque appartement du palais paraissait un leirible magnifique. Tous les matins il offrait un sacrifice au père de la lumière ; il versait le sang d'une autre victime lorsque le soleil se plongeait ait-dessous de l'horizon; et son infatigable dévotion prodiguait ensuite , à différentes henres, des honneurs particuliers à la lune. aux étoiles , et aux génies de la nuit. Aux fêtes solennelles, îl ne manquait pas d'aller au temple dn dieu et de la déesse dont on célébrait la fête, et lâchait d'animer, par l'exemple de son zèle, la religion du peuple ci des magistrats. Loin de chercher à maintenir le pompeux appareil d'un monarque distingué par l'éclat de la pourpre et le coiIcrc brillant de ses gardes, il sollicitait avec respect les derniers emplois, dès qu'ils pouvaient concourir à honorer le culte «les dieux. Au milieu de cette foule sacrée, niais licencieuse, de prêtres, de ministres inférieurs, et de danseuses, dévoués an aerricr divin , l'empereur ne dédaignait pas d'apporter le bois, d'allumer le feu, d'égorger la victime, de plonger ses mains sanglantes dans les entrailles de l'animal , d'en tirer le cœur on le foie, et d'y lire avec toute l'habi-

i Ammien , xxii, 5; Sûzomene, 1. t, e. 5. Batia morfftw, tranqnittitas redit.... omîtes episcopl gai ''' prcpriUsed'tbits fltcTant exterminât! , per îatlulgenliam novi prinàpU tid eecteitiu redeimt. (Jérime, tukmnti iMciprrianot, t. il, p. t*n. nplatus repnrlw aux Donatistes é> devoir leur silrclé a un opostDt (l. ><. c. 10, p. ST., 37, MiMr- Dflpin).

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(.163 dcp. J.-C.) letârf'un arnspîce les présages imaginaires des evénemens futurs. Les hommes sages, parmi les païens eux-mêmes, blâmaient une extravngaute superstition qui affectait de se mettre au dessus des lois de la prudence et de la bienséance. Sous le règne d'un prince qui pratiquait rigoureusement tes maximes île l'économie, les dépenses du culte religieux consumaient une grande partie du revenu public. Les climats les plus éloignés envoyaient sans cesse dos oiseaux rares, qu'on immolait sur les autels. Julien sacrifia souvent cent bœufs en un jonr, et onue tarda pas à dire que, s'il revenait triomphant de la guerre de Perse, il éteindrait la race des bétesà cornes. Ces Trais eux-mêmes paraîtront peu considérables si on les rapproche des magnifiques présens qu'il distribua de sa main et qu'il adressa à tous les lieux de dévotion célèbres dans l'empire romain, on des sommes employées à la réparation et à l'embellissement des anciens temples , que les ravages du temps ou les rapines des chrétiens avaient endommagés. Les villes et les familles, excitées par l'exemple, les sollicitations et la libéralité du souverain, reprenaient l'usage de leurs cérémonies, c Toutes les parties du

> monde, s'écrie Libanius avec transport, étu-

> laient le triomphe de la religion. On jouis- » sait partout de l'agréable coup d'oeil des au- » tels où brûlait, lu feu sacré, des victimes qui

• versaient leur sang, de la fumée de l'encens,

• et du cortège pompeux des prêtres et des

• prophètes qui n'avaient plus Je crainte, et » qui ne couraient plus de danger. 1-u voix de

> la prière et le son de la musique frappaient

> tes oreilles sur le sommet des plus hautes

> montagnes , et le même bœuf qu'on offrait

• aux dieux en holocauste servait à la table de » leurs joyeux sectaires '. •

Mais l'empereur, avec tout sou génie et

i Le rétablissement du culte pakn est décrit par Julien (Mîsopogon, p. 346), par Ltlianius iOrat. Parental., c. 60, p. 280,287; et Orat. consutar. art Julien., p. 245, 246, «lit. du Ylorel), par Aiuniirn (Mil, 1J), et par Grégoire tic Nuûuze (Orat. iv, p. 121). Ces écrivains ' sur les rails qui sont importons, et raénie sur «le seul pus; mais leurs diverses oniniercs l'extrême dévotion de Julien annoncent les grabUoH diverses du contcnlcmeul de l'amour -propre, de l'admiration passionnée , des reproches uio.lércs, et •l.'.i in', itLîwt partiales.

P.\a ED. GlBBOI<i. CIL XXIIL

toute sa puissance, ne pouvait pas rétablir une religion dénuée de principes, de morale et de discipline, qui tombait en ruines et s'anéantissait, et qui enfin ne comportait aucune réforme solide. La juridiction du souverain poutife, surtout après qu'on eut réuni cet emploi à la dignité impériale, embrassait toute l'étendue de l'empire romain, julien nomma pour ses vicaires, dans les diverses provinces, les prêtres et les philosophes qu'il croyait les plus propres à l'exécution de son grand dessein; et ses lettres pastorales ', si l'on peut les nommer ainsi, offrent une esquisse curieuse de ses desseins et de ses intentions. Il veut que dans chaque ville l'ordre sacerdotal soit composé , sans distinction de naissance et de fortune, de ceux qui montrent le plus d'amour pour les dieux, et de charité pour les hommes. « S'ils sont cou-

> pables,continue-l-il,d'uu délit scandaleux,

> le pontife supérieur doit les censurer, ou

> les dégrader; mais, tant qu'ils gardent leur » dignité, ils méritent le respect des magis-

• trats et du peuple. 11 faut que la simplicité

• de leur habit domestique annonce leur hu- » milité, et que l'éclat de leurs vétemens sa- » crés montre l'importance deleurs Tournions. » Lorsqu'ils servent à l'autel, ils doivent, pen-

• danl la durée de leurs services, ne pas » s'éloigner de l'enceinte du temple , et faire » chaque jour les prières et les sacriDces

• qu'ils sont obligés d'offrir pour la prospe-

• rite de l'état et des individus. La sainteté

> de leur ministère exige une pureté sans » tache, d'esprit et de corps ; et même cnquil- » tant le lemple pour reprendre les occupa-

> lions de la vie ordinaire, ils doivent observer

> encore plus île décence et de vertu que le

> reste de leurs concitoyens. Le prêtre des

> dieux ne doit jamais paraître aux théâtres

> ou dans les tavernes; sa conversation doit

• être chaste, son régime frugal, et ses amis » de bonne réputation. S'il va quelquefois » au Forum ou an palais , ce doit être pour y

i Voyez Julien (Epît. 49, 62, C3) , et un Ions morceau qui est curieux, quoii]tie nous n'ayons ni le comniencement ni la fin (p. 28H-305). Le souverain pontife s,'y nuque de l'histoire de Moïse ci de la discipline des chrétiens; il préfère les poètes grecs ans poètes hébreux, et il pallie avec rasluccd'un jésuite le culle relatif in images,

> défendre ceux qui ont imploré vainement

> la justice ou la clémence dn prince ou de* » magistrats. Ses études doivent être ana-

* logues à la sainteté de sa profession. Les

> contes licencieux , les comédies ou les sa-

> tires doivent être bannis de sa bibliothèque,

> qu'il est important de réduire à des ou- » vrages d'histoire ou de philosophie, et i même à des histoires qui respectent la vérité,

> et à des écrits philosophiques qui aient du

> rapport avec la religion. Les systèmes im- » pies d'Épieure et des sceptiques méritent i son aversion et son mépris ' ; mais il doit » étudier avec soin ceux de Pythagore, de i Platon et des Stoïciens , qui enseignent

> d'une voix unanime qu'il y a des diettx ; que » leur providence gouverne le monde ; que

> nous devons à leur bonté tous les avanta-

> ges temporels, et qu'ils ont préparé a l'ame i humaine un état futur de récompense ou

* de châtiment. > L'empereur prêche en pontife, et de la manière la plus persuasive, les devoirs de la bienveillance et de l'hospitalité ; il exhorte le clergé inférieur à recommander la pratique universelle de ces vertus, promet de donner aux prêtres indigens les secours du trésor public , et annonce ht résolution d'établir dans toutes les villes des hôpitaux ou les pauvres seront reçus sans distinction de pays et de religion. Julien voit avec envie les règlemens sage» et humains' de l'église , et ne craint pas de déclarer qu'il vent priver les chrétiens des éloges que leur a valu la pratique exclusive de la charité et de- la bienfaisance*. Il aurait pn, dans les mêmes vues; adopter plusieurs institutions des dire tiens, dont le succès faisait sentir l'importance. Hais, s'il eut réalisé ces plans de réforme imaginaire, sa copie imparfaite et forcée

< Julien jouait le râle d'un pontife lorsqu'il se rtjouifisail (p. 301) de l'extinction de ces sectes impies et de leurs ouvrages ; mais il élait indigoed unpuilosuplicdeïuuloir dérober aux hommes les opinions et les argumens qui contrariaient son système.

3 11 insinue toutefois que les curé tiens, sous le masque île la charité, enlevaient des enfaus à la religion et aui familles païennes; qu'ils les conduisaient à bord d'un vaisseau , et qu'après les avoir transportés dans un pays lointain, ils les dévouaient à la pauvreté ou à la servitude (p. 305). Si ce délit était prouvé, il devait non pas en faire la matière d'une vaine plainte, mais celle d'un ' "'

(363<lep. I.-C.) aurait été moins utile au paganisme qu'honorable à ses ennemis'. Les gentils, qui suivaient en paix les usages de leurs ancêtres , furent plus snrpris que charmés de l'introduction des mœurs étrangères, et Jurant lu courte durée de son règne, Julien eut souvent occasion de se plaindre du défaut de ferveur de son parti \

Son fanatisme le portait à protéger les amis de Jupiter comme ses amis personnels; et quoique, dans sa prévention, ce prince fit peu de cas de la constance des chrétiens , il admirait et récompensait la noble persévérance des idolâtres qui préféraient la faveur des dienx à celle d'un empereur1. Ceux qui étaient en même temps disciples de la littérature et de la religion des Grecs avaient un titre de plus à son amitié, car Julien plaçait les muses au nombre de ses divinités lutéiaires. Les mots de piété et de littérature étaient presque synonymes dans son système de religion'; et une foule de prêtres , de rhéteurs et de philosophes se rendirent en hâte à la cour impériale, pour y remplir les places des évéques qui avaient séduit la crédulité de Constance. Sou successeur estimait plus les liens de l'initiation que ceux de la parenté; il choisit ses favoris parmi les prétendus sages qui connaissaient tes sciences occultes de la magie et de la divination ; et tout imposteur qui avait ht prétention de révéler les secrets de l'avenir, était sûr d'arriver à l'instant même aux'honneurs et à la fortune ". Entre tous les

i Grégoire de Noiianie en ploie lour i leur, sertei objet, la plaisanterie, la sagacité de son esprit, et li di*leclique. (Orat. ut, p. 101, 102, ete.) Il tourne en ridicule la folie de celle vaine imitation, et il s'amuse à ewroiner quelles leçons de morale et de théologie on pourrai tirer des fables creoques.

2 li accuse un de ses pontifes d'nne secrète coiifcdératio a avec le* évéques et les prêtres chrétiens (Eptt. 62) « il revient sur celle accusation dansl'éptlrea3.

' Il loue la Mette de CaUixène, prêtresse de Cérts, «n avait été deux Ibis aussi constante que Pénélope ; et, pour la récompenser, il la nomme prêtresse de la déesse it Phrygie à Pessinus. (Julien, EplL 21 .) Il donne des doges à la fermeté de Sopater de Hiérapolls, dont Constante et Gallus avaient sollicité l'apostasie à diverses reprises.

* O tt m^-v «/«.»« *«>« f •« 5». .«?«. (Oral. Parental^ 1. 11, p. 302.) Julien, Ubanius, et les autres écrivains de leur parti, disent souvent la même chose-

* Amuiicn expose sans réticence la curiosité el la crédu-

(3ft3"dép. J.-Ç.) PAR ED. GIBJJUN. CH. XX111. 627

Maxime avaient attirés dans la résidence impériale , peu parvinrent à conserver leur innocence et leur réputation '. L'argent, les terres ei les maisons, qu'on leur prodiguait ne satislirent pas leur avarice ; le souvenir de leur pauvreté et de leurs protestations Je désintéressement excitait avec justice l'îrîiligonliondupcuple.il était impossible de tromper toujours la sagacité de Julien ; mais son caractère ne le portait pointa mépriser les hommes dont il estimait lestalens; voulant échapper au double reproche de légèreté cl d'inconstance, il craignit de dégrader aux yeux des profanes la gloire des lettres et de la religion*. La faveur de Julien se partageait d'une manière presque égale entre les païens qui avaient eu la fermeté de tenir au culte de leurs ancêtres, et ceux des chrétiens qui. embrassaient la religion de leur souverain. En acquérant de nouveaux prosélytes s, il satisfaisait sa superstition et sa vanité, ses passions dominantes; et ce prince déclara un jour, avec l'enthousiasme d'un missionnaire, que s'il pouvait rendre chaque individu plus opulent que Midas,et chaque ville plus grande queBabylone, il ne se croirait pas le bienfaiteur du genre humain, s'il n'avait fait cesser en même temps la révolte impie de ses sujets contre les dieux immortels \ Un prince

philosophes, Maxime obtint la première place dans famitié de son auguste disciple, qui, au milieu de l'incertitude inquiétante de la guerre civile, lui communiqua sans réserve ses actions, ses senlimens et ses desseins sur là religten '. Dès que Julien fut établi dans le palais de Constant iuople, il appela auprès de lui Maxime, qui résidait alors a Tarse, ville do Lydie, et Chrysante, qui partageait les études et les honneurs de Maxime. Le prudent i-t superstitieux Chrysante ne voulut pas faire un voyage sur lequel les règles de la divination annonçaient des présages très-funestes; mais son compagnon, dont le fanatisme était plus hardi, continua d'interroger le ciel jusqu'à ce qu'il eût arraché des dieux une approbation équivoque de ses projets et de ceux de l'empereur. Sa vanité philosophique eut lieu d'être satisfaite; lorsqu'il traversa les villes dé l'Asie, les magistrats s'efforcèrent à l'envi d'accueillir honorable ment l'ami de leur souverain. Julien prononçait un discours au sénat, lorsqu'on l'instruisît de l'arrivée de Maxime. Il s'arrêta sur-le-champ, alla a la rencontre du philosophe, et, après l'avoir embrassé avec tendresse , le conduisit par la main au milieu de l'assemblée, et déclara en public tour ce qu'il devait à ses instructions. Les tentations de la cour corrompirent peu à peu lé philosophe*, qui ne tarda pas à obteriirti confiance de l'empereur, ot à influer sur'Ics conseils dé l'empire. Il s'habilla d'une martieré plus. brillante, son maintien prit de fa fierté, et, sous le règne suivant, il eut l'humiliation de voir commencer des recherchas sur-lest moyen» quo le discipte-de Platon avait employés pour amasser une fortune si considérable 'pendant la courte durée de sa faveur. Dans le nombre des autres philosophes que le caprice du prince -ou les suecès de

llte" de Julien , qui essayait tau les les méthodes de l'art de la divination.

' Julien (Eptt. 38). t! adresse au philosophe Maxime trois aulresleurcs' (15, 16, 29), où l'on retrouve le même épancheffient dé confiance et d'amitié.

I Eunape (in Maxime, p. 77, 78, 70 ; et in Chrysanfflfo.'p. 147, 148) raconle arec scrupule ces anecdotes , qut lui paraissent les événemens les plusltooorlans de son siècle. Au reste, il ne cache pas la fragilité de Maxime. Libanius {Orat. Parental. , c. 86, p. 301 ) et Ammieu (xxn, 7) dérrivenl sa réception a Conslantinople.

qui n'avait pal roula quitter la Lydie, fui nommé grand-prêtre de cette province. L'usage circonspect el modéré qu'il lit de son pouvoir assura sa tranquillité après la révolution, et i! vécut en paix, tandis que les ministres chrétiens persécuteront Mtfiimc, Prisais, etc. Brueber ■ recueilli les aventures de ces sophistes fanatiques (tn, p. 281-293).

lVoyeiLibamus(0ror.Parfntai..c.1O1,1O2,p.324, 325,326), et Ëunapius (fit. Sophist. in Pmœresio, p. 136). Quelques élevés, qui avalent conçu des espéra*coi mal fondées ou eilravagantes , furent éloignes par tira dégoûts. (Grég. de Haa., Orat. it, p. 120.) Il est rdriieu* qu'il fait de la vérité dans le titre d'un des chapitres de Tillemont ( Hisl. des Empereurs, L iv, p. S60). • La cour > de Julien est pleine de philosophes et de gens perdus. >

s II y a eu, sous le règne de Louis xrr, des années ofj ses sujets, de Ions les rangs, aspfraïenl au tttre de convertisseurs. Celle expression désignait le zèle et le succès de ceux qui essayaient de ramener des protestons dans le sein de l'église. Le mot et l'idée paraissent être tombés en désnétudc.

* Voyez les expressions énergiques qu'emploie lihanius : c'èlail vraisemblablement celles de Julien lui-même. {Orat. Parental. , c. 50, p. 285.)

qui étudiait In nature humaine, ei qui possédait les trésors de l'empire romain, adaptait sans peine à toutes les classes de chrétiens ses argumens, ses promesses et ses récompenses ' ; et le mérite de la conversion suppléait, dans son esprit, aux défauts du candidat, eL expiait même le délit du criminel. ' Comme les armées sont l'agent, le plus éuorgiquede l'autorité absolue, Julien eni un soin particulier de corrompre la religion do ses troupes, sans le secours desquelles toutes ses mesure s seraient de venues dangereuses et inutiles; et, par ladispositionnaturelledes soldats, cette conquête ne Tut pas difficile. Les légions de la Gaulese dévouèrent à la foi ainsi qu'à la fortune de leur chef; et môme, avant la mort de Constance , il eut la satisfaction d'annoncer à ses amis qu' elles assistaient avec une dévotion fervente et un appétit voracc aux hécatombes de boeufs gras qu'il offrait à diverses reprises dans son camp *. Les armées de l'Orient,disciplinées sous l'étendard de la croix et sous celui de Constance, exigèrent une méthode plus adroite et plus dispendieuse. Aux fêtes solennelles, l'empereur recevait l'hommage et récompensait le mérite de ses guerriers. Les enseignes militaires de Rome et de la république environnaient sou trône; on avait effacé sur le Labamm le saint nom du Christ ; et les symboles de la guerre , de la majesté du prince et de la superstition païenne, se trouvaient tellement confondus, que le sujet fidèle paraissait coupable d'idolâtrie lorsqu'il saluait respectueusement la personne ou L'image de son souverain. Aux revues, chaque soldat recevait un don proportionné à son rang et à ses services; mais

i Lorsque saint Grégoire (le Narianre veut faire valoir la rermeté du chrutlen Cesorius, médecin de la cour impériale, il avoue que Cesarlus disputait avec un adversaire formidable, Iïsxt.t n •«»«(, iwfttyn ntoyw ftntmi. Dans ses invectives, il accorde à peine de l'esprit el du courage a l'Apostat.

» Julien (Eplt. 38; Ammien, nu, 12.1 ■ Artco ut

■ in dira pêne singulos milites carnis distentinre sagina • vicuiantes "meultius, potÛspeaiLlîlale correpli, hume- » ris impositi Cranseunlium per plalcas, vx pulilii'is reiii-

■ bus ad sua diverwrta porUrentur. ■ Le prince déinl

et l'historien indigné décrivent la même scène, et les mêmes «uses durent produire les mêmes effets dans 1*11— lyrie ou à Anliof hr.

{363 dcp. J.-C.) on exigeait auparavant qu'il jetât des grains d'encens dans le feu qui brûlait sur l'autel. Quelques chrétiens résistèrent, d'autres su repentirent; mais le. plus grand nombre, séduit par la vue de l'or, et intimide pur la présence de l'empereur, contractait' l'engagement criminel , et toutes los considérations possibles de devoir et d'intérêt assuraient leur persévérance dnns le cotte des dieux. Julien, en usant soiivent.de ces artifices, et en prodiguant des sommes qui auraient paye Leservkedela moitié des peurdesde la Scythie, acquit à son armée la protection imaginaire des dieux, et se donna lo ferme appui des légions romaines '. Il est vraisemblable que le rétablissement du paganisme et la faveur •qu'on lui accordait firent connaître une mut* tilude de prétendus chrétiens, qui, dans des vues temporelles, s'étaient soumis à la religion du régne précédent, et retournèrent ensuite, avec la même flexibilité de conscience, au culte qu'embrassèrent les successeurs de Julien.

En même temps qncle monarque s'occupait sans relâche du rétablissement et de la propagation de la religion de ses aïeux , il forma le dessein de relever le temple de Jérusalem. Dans une épitre adressée aux Juifs 'dispersés daus les provinces de l'empire, il plaint leur infortune, condamne leurs oppresseurs, loue leur constance, déclare qu'il les protégera, et leur fait espérer qu'à son retour de la guerre de Perse, on pourra adorer le Tout* Puissant dans sa saime ville de Jérusalem. La superstition aveugle et la servitude abjecte de ces infortunés proscrits pouvaient exciter le mépris d'un empereur philosophe; mais leur haine implacable pour les disciples du Christ leur valut l'amitié de Julien. L:i stérile synagogue abhorrait et enviait la fécondité de l'église rebelle; le pouvoir des Juifs n'égalait pas leur méchanceté, mais

i Saint Grégoire, Oral, m, p. 71, 75,83-86; cl libanius, Oral. Parental,, c. Si, 82, p. 307, 306. Le sophiste avoue et justifie les dépenses de ces conversions militaires.

1 Cette épitre de Julien est la .vin^t-cinquiêiue. Aide (J'cnrt. 1«J9) diyi'ellev»T"<»BjaisPélau ,| spanhcùn, qui sont venus après lui. Tout disparaître aven raison « doute. Sozoméne fj. 'Je, 22) parle rie celle lettre; et Saint Grégoire (Orui.iv, p. 3jet Jiuiealui-inêinetFragmens., p. 295) on rappellent l'objet.

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(3C3 dep. J.-C.) leurs rabbins les plus •graves approuvaient le meurtre secret d'un apostat ' , et leurs clameurs séditieuses avaient souvent éveillé l'indolence des magistrats païens. Devenus, sons le règne de Constantin, sujets de leurs rufans révoltés, ils ne tardèrent pas à éprouver toute la dureté de la tyrannie domestique. Les princes chrétiens annulèrent peu û peu les immunités civiles que Sévère avait accordées ou confirmées aux Juifs, et une espèce d'émeute, que se permirent ceux de la Palestine1, semblait justifier les vexations lucratives qu'inventèrent les évéques et les eunuques de la cour de Constance. Le patriarche juif, qui exerçait toujours une juridiction précaire, résidait à'î'ibériass; et les autres villes de la Palestine étaient habitées par les restes d'un peuple qui demeurait attaché à la terre promise. Mais on renouvela l'édit d'Adrien ; on lui donna une nouvelle force ; ils virent de loin les murs de la sainte cité profanés à leurs yeux par le triomphe de la croix et la dévotion des chrétiens *.

Jérusalem était placée au milieu d'un pays stérile et plein de roches ; ses murs s renfermaient les deux montagnes de Sion et d' Acra, et formaient un ovale d'environ trois milles d'Angleterre 9. La partie supérieure de la

i La MUnah prononçai! U peine de mort conl/e ceui qui abandonnaient la religion judaïque. Marsham (Canon. Chrop., p. 161 , 162,édit in-fol . Londres, 1672) el Basnage (Histoire des Joift, t. 8, p. 120), expliquent comment on jugeait du zélé. Constantin lit une loi pour protéger ceux des Juifs qui embrasseraient le christianisme. (Cod. Théodos., l.m. lit. 8; loti, Godefroy, t. G, p. 215.)

* Et intenta ( durant la guerre civile de Magnence ) Judaorwn seditio, qui jinîricium nefarii Oirrgnispeâem ttutulmmt , oppressa. (Aoretins Victor, in Constantio, e. 42. Voyez Tillemoni, Histoire des empereurs, 1.4, p. 379.10-4*.')

3 Retend décrit la ville el la synagogue de Tibérias ( Paleslin., t. 2 , p. 1030-1042), et sa description est eu -

4 Basnage- a très-bien éclaira l'état des Juifs sous Constantin et ses successeurs. (T. 8,e. 4, p. 111-153.)

s Retond (Palestine, 1. 1, p. 309,310; 1. m, p. 838) a mis delà netteté et du savoir dans sa description de Jérusalem et dn paya adjacent.

«J'aiconsullé un traUérareet curieux de M. d'Anville (sur l'ancienne Jérusalem; Paris, 1747, p. 75). La circonférence de l'ancienne vil le (Eusébe, Préparalion évangélique. Lu, c, 36) était de vingt-sept stades ou deux mille ciiKi cent cinquante toises. Un plan levé sur les lieux n'en donne que dix-neuf cent qualre-vinsts à la ville moderne? cibeds, 1.

ville et la forteresse de David se trouvaient au sud, sur la pente escarpée de la montagne de Sion; au coté septentrional, lesbatimens de la ville basse se montraient sur le sommet spacieux du mont Acra; le temple majestueux de la nation juive couvrait une partie de la colline qu'on nommait Moriah, et que l'industrie de l'homme avait abaissée. Après la destruction totale du temple par les armes de Titus et d'Adrien, la charrue passa sur le terrain sacré, en signe d'une interdiction perpétuelle. La montagne de Sion fut déserte , et l'emplacement de la ville basse fut rempli par les édifices publics et privés de la colonie jElienne, qui se répandit sur la colline adjacente du Calvaire. Des monnaie n s d'idolâtrie souillèrent ces lieux révérés, et, soit à dessein , soit par hasard, on dédia une chapelle à Vénus, à l'endroit même que la mort et la résurrection de Jésus-Christ avaient sanctifié '. En* viron trois siècles après, la chapelle de Vénus fut démolie par ordre de Constantin , et on rendit le saint-sépulcre à la vue des fidèles. Le premier empereur chrétien y éleva une magnifique église, et sa pieuse libéralité s'étendit sur tous les lieux qu'avait consacrés la présence des patriarches, des prophètes, et du fils de Dieu *.

Le désir de contempler les monnmens de notre rédemption amenait à Jérusalem une foule successive de pèlerins , qui venaient des bords de l'Océan Atlantique et des pays de l'Orient les plus éloignés ' ;

Des bornes naturelles , qu'on ne peut enlever ou qu'on ne peut confondre avec d'autres objets, en déterminent le circuit.

> Voyez deux passages curieux de saint Jérôme ( 1. 1 , p. 102; t. 6, p. 315), et les nombreux détails de Tillemont (Histoire des empereurs , L I, p. 568 ; t. 2, p. 289 , 294, édil. in-4°).

î Euseb., in. VU. Constantini, L in , C. 25-47, 51-53. L'empereur bâtit aussi des églises a Bethléem, sur la montagne des Oliviers, prés du chêne de Mambré. Saudys (Travets, p, (25-133) décrit le saint-sépulcre, dont Le Bruj-n ( Voyage au Levant, p. 288-289) a donné le plan.

s L'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem fut composé pour l'usage des pèlerins , en 333 ; Jérôme ( 1 1, p. 126 ) dit que les Bretons elles Indiens taisaient le voyage de Jérusalem. Wesselingyaajoulé uneprétacejudirieuseet savante, où il discute les causes de cette épidémie supertilieuse. (Itinerar. , p. 537-545.)

et l'exemple de l'impératrice Hélène , qui parait avoir rénni la crédulité de son siècle, à la ferveur d'une nouvelle convertie, autorisait leur piété. Les sages et les héros qui ont visité le théâtre de la sagesse et de ta gloire des anciens , ont senti que le génie de ces lieux les inspirait '; et le chrétien, qui s'agenouillait devant le saint-sépulcre, attribuait la vivacité de sa foi et la ferveur de sa dévotion à l'influence plus immédiate de l'esprit de Dieu. Le zèle, peut-être ta cupidité du clergé de Jérusalem, excitait et multipliait ces voyages utiles. D'après nfl* tradilion , qu'on disait incontestable, les prêtres catholiques indiquaient l'endroit où s'était passé chaque événement digne de souvenir. Ils montraient les insirumens de la passion de Jésus-Christ ; les clous et la lance qui percèrent ses mains , ses pieds et son côté ; la couronne d'épines qu'on mit sur sa tête; la colonne où il fut battu de verges, et pnrticnlièrement cotto croix où il expira , qu'on .avait tirée du milieu des décombres, sous lu règne de l'un des princes qui placèrent le symbole du christianisme sur la bamrère des légions romaines*. Les miracles qui semblaient nécessaires pour expliquer comment elle s'était conservée, et comment on l'avait découverte, se propageaient sans opposition. L'évèqne de Jérusalem avait In garde de la Traie croix; il la montrait solennellement le jour de Pâques, et lui seul pouvait satisfaire la dévotion et la curiosité des pèlerins en leur distribuant de petits morceaux de ce bois qu'ils garnissaient d'or et de pierreries, et qu'ils portaient en triomphe dans leur patrie. Mais comme cette branche utile de commerce se serait bientôt épuisée, on crut devoir supposer que le bois merveilleux avait une

' Cicéron (de Finibus , 1. 1) a «primé d'une manière heureuse cet effet 4e l' imagination.

i Baroniiis { .\nnal. Ecrite. A. I>. 328, n" 42-50: elTilleeaont (Mémoires Ecck*., t. 7, p. 8-1B) raeouteniet riétnant TImmmUor miraculeuse de la croit, mm urèsne de Constantin. Parmi les témoignages qu'ils produisent , lot plus aériens eont eeux de Pnnlio, de Saisies Sévère, de Rofln , d'Àmhroise , e I peul-ctre de Cyrille de Jérusalem. Le iltence d'Eugène et de l'Itinéraire de Kurdeaux sstfalnil ceux qui pensent , et il embarrasse ceux qui eroimt.(Vart4I«RemerquesjuAeîeasesâeJ«rtia,val.3, p. 238-218.

(363 dep. J.-C.) forcede végétation secrète.etqne sa substance, diminuée chaque jour, demeurait toujours en lière '. On serait peut-être tenté decroireqtie l'influenredeslienxetla conviction d'un micacle perpétuel dut avoir de salutaires effets sur la merale, ainsi que sur la foi du peuple. Toutefois les plus respectables des écrivains ecclésiastiques se sont vus contraints d'avouer qtie non-seulement on voyait , dans les rues de Jérusalem , te tumulte des affaires et des plaisirs *, mais que les habitons de la cité sainte étaient familiarisés avec tous les crimes, avec l'adultère , te vol , l'idolâtrie, le meurtre et l'empoisonnement *. La richesse et la prééminence de l'église de Jérusalem excitèrent l'ambition des Ariens, ainsi que des orthodoxes; et les vertus de Cyrille, qu'on a depuis honoré du nom de saint, se déployèrent plus dans l'exercice de la dignité épiscopale que dans les moyens qu'il employa pour y parvenir *.

Julien eut la prétention de rendre au temple de Jérusalem 'son antique gloire. Les

■ Paulin us assure que celte reproduction avait lieu. (Eplst. 36. VoyraDupin,BinUolh.Rodés.,t. in.p.1».; M parait avoir déduit un fait réel d'une Deur.de rhétorique de Cyrille. Il but que le même miracle se soit renouvelé en faveur du lait de la Sainte Vierge (Erasmi Optra, t. 1. p. 778. Lugd. Batav , 1703, in Colloq. de Peregrmationeretigionis trgo) , des teies des saints, et d'antres reliques qu'on tait voir dans un si grand nombre d'églises différentes,

* Jérôme (I. i, p. 103), qui résidait il Bethléem , vîlbse voisin , décrit la corruption de Jérusalem , d'après la connaissance personnelle qu'il en avait.

» Grtgor. Nrssen. apud Weueling, p. S». L"ép1tre entière qui condamne la pratique ou l'abus des ■éhrhwges religieux . tait de la peine aux théologiens catholiques , tandis que tes polémiques protestons la citent avec rompt aisance.

* Il abjure l'ordination orthodoxe qu "Il avait refOf -, Il officia comme diacre, et i! fui condamné une seconde Toës parles prêtres ariens. Maisil changea ensuite avec le temps et il fut la prudence de se conformer au symbole de Ninr. Tillemont (Mém. Ecriés., t.vnO , qui montre de l'attachement et du respect pour sa mémoire, a pUeéses vertus dans le corps de son discours, et, après avoir cowerl ses fautes d'une obscurité décente, il les a Kjétees dans tes notes a la fin du volume.

* ImperiimimemoTiam mttgnttadihe epertan gestions propagart. f Ammlen, xxni, i.) Le temple de Jérusalem avait été cétebrr, même parmi les Gentils , Les païens

plusieurs temples dans riiaque ville; on en comptait cinq i Siehem, huila Gara, et quatre *eM vn*fflquatrea Rome); mais la richesse et ItrcHgtottfBurtrpti

(305 ilep. J.-O.)

chrétiens étant fermement convaincus qu'nn arrêt de destruction avait à jamais frappé tout l'édiBcede la laide Moïse, il voulait tirer du succès de son entreprise nn argument spécieux contre la foi due aux prophéties et la vérité de la révélation'. Le culti! spirituel de la synagogue lui déplaisait; mais il approuvait Les institutions de Hoise, qui n'avait pas dédaigné d'adopter plusieurs des rites et des cérémonies de l'Egypte *. Un polythéiste qui désirait multiplier le nombre des dieux adoraitsinecrement la divinité locale et nat onaledes Juifs *; et tel était le goût de Julien pour les sacrîfices,qu'il aurait voulu égaler la piété de Salomon, qui, lors de la dédicace du temple , immola vingt' deux mille boeufs et cent vingt mille moutons *.

Ces considérations purent influer sur ses desseins ; mais la perspective d'un imposant et immédiat avantage , ne permit pas à l'impatient monarque d'attendre l'événement éloigné et incertain de la guerre de Perse. Il résolut d'élever sans délai , sur la colline de Moriah , un temple magnifique , qui éclipsât la splendeur de l'église de la Résurrection, placée sur le Calvaire ; de créer an ordre de prêtres qui fussent intéressés à dévoiler l'artifice et à arrêter l'ambition des chrétiens leurs rivaux , et d'y établir une

juif se tramaient, peur Maudire, coueenlrées dans un seul endroit.

> Lé savant et dogmatique Warburlon a relevé lesintentiooE secrètes de Julien. H trace ingénieusement tes motifs qui dorent l'animer , et la conduite que dut tenir l'Être suprême. Son discours .intitulé Julien { demièrae édition , Londres 1751}, annonce bien toutes les prêtant**» qu'on reproche à ton école.

1 Je pois citer Ici Maimonides , Marsham, Spencer, Leclerc , Warburton , etc. , qui ont tourne en lïdkule les craintes, tosolttsett tes mensonges de quelques théologien» supeMilieiut, ( Voyei Légation divine , L iv , p.B.ett.)

3 Julien (Fragment, p. 205) la noane respeetnentemeatpfYaiOMf .etilennarie ailleurs (Episl. 83) avec encore pins de respect. Il condamne doublement les chrétiens, peur avoir cru et pour avoir renoncé a la religion des Juils. Il croit que leur dieu est un dieu véritable , ruais non pas le *cui. {Apud Cyril, , 1. a, p. 306-306.)

t Premier livredes Rois, rai, 63, second des Cbronîqius , vu , S ; Jotèpbe , iatiquU. j ud, 1. vai , e. 4, p. 431 , 6dil. d'Uavarcaio)*- Comne le sans et la ruinée de Unt d'n«c*twai^d«ïsi»te^ijv»iv«(>d^,U^to<>tltafait disparaître par un miracle. Le Clerc (adloc.)nnt soupçonner ta «délité des Nombres.

FÀÎi KD. GIBBON. Cfl. XXIÏI. 531

nombreuse colonie de Juifs, dont le fanatisme opiniâtre serait toujours prêt a seconder et même à devancer les hostilités dit gouvernement païen.

Il met lui-même à la tête de ses amis le savant et vertueux Alypius \ si toutefois les noms d'empereur et d'ami peuvent aller ensemble. Une justice rigoureuse et une mate fermeté tempéraient l'humanité d' Alypius ; et tout eu exerçant tes tatens dans l'administration de la Bretagne, il imitait dans ses compositions poétiques la douceur et l'harmonie des odes de Sapho. Ce minisire, à qui Julien communiquait ses fantaisies les plus légères et ses desseins les plus graves , fut chargé de rebâtir le temple de Jérusalem, et de lui rendre sa beauté primitive; et Alypius demanda et obtint un ordre qui enjoignait au gouverneur de la Palestine de lui donner tous les secours possibles. Les Juifs accoururent de toutes les provinces de l'empire sur la montagne sainte, et lenr triomphe insolent alarma et irrita les chrétiens qui se trouvaient à Jérusalem. Le désir do reconstruire le temple avait toujours été , depuis sa destruo tion, la passion dominante des enfans d'Israël . Dans ce fortuné moment, les hommes oublièrent leur -cupidité, et les femmes leur délicatesse. La vanité des riches se servit de bêches et de pioches d'argent, et on vit porter des décombres dans des manteaux de-pourpre et de soie. Toutes les bourses s'ouvrirent, chacun prit part à ces pieux travaux , et nn peuple entier exécuta avec enthousiasme les ordres d'un grand monarque *.

Mais dans cette occasion les. efforts réunis du pouvoir et de l'enthousiasme ne réussirent point, et l'emplacement du temple juif, occupé aujourd'hui par une mosquée musulmane *, présenta toujours l'édifiant spectacle

i Julien , Épist. xzn, 30. La BleUarle a négligé du traduire la seconde de ces cotres.

> Voyez le zèle et l'impatience des Juifs dans saint

Grég. de Piaïinuze ( Oral, w , p. 3), et dans Theodoret

(La

i Cette grande mosquée a été hatia par Omar, la second calife qui mourut A. D. 644. Elle courre toat le terrain de l'ancien temple net Jnift, et elle for me presque un carné de sept -cent soixante lobes , ou d'un nulle -romain de eu-conférence. ( Voyez la Jérusalem de d'Auville,

DECADENCE DE l'EMl'Illr. ROMAIN

de la ruine et de la désolation, 1,'absence et la mort de l'empereur, el les nouvelles maximes d'un règne chrétien , expliquent peutêtre l'interruption d'un ouvrage difficile, commencé seulement six mois avant la mort de Julien '.' Mais les chrétiens avaient l'espérance bien naturelle que, dans cette lutte remarquable, un mi racle signalé vengerait l'honneur de la religion. Des témoins qui vivaient alors, et dont le témoignage est d'ailleurs imposant, attestent, avec quelques différences dans leur récit, qu'un tremblement de terre cl des tourbillons de feu renversèrent et dispersèrent'lcs nouveaux londoniens thi temple ». Cet événement a été décrit par saint Ambrofee.évéquede Milan ', dans une lettre à l'empereur Tbéodose , qui doit provoquer toute l'animadversion * des Juifs ; par l'éloquent Chrysostômc, qui pouvait Interpeller la mémoire des vieillards de son église d'Anlioche ; et par Grégoire de Nazianzo *, qui publia une relation du miracle avant la fin de la même année. Le dernier déclare hardiment que les infidèles ne contestaient pas cet événement surnaturel ; et, quelque étrange que paraisse sou assertion, elle est confirmée par le témoignage irrécusable d'Ammlen

l Ammien indique lis consuls de l'année 363, avant de

rapporter les pensées de Julien. Têmplum instau-

rare siimptibus cogïtttbat immodtcu . Warbtfrfon a te secret dé*Lr de taire remonter ta dessein pins haut ; mais il aurait dQ comprendre que l'ex&uthm d'un pareil ouvrage demandait plusieurs années.

ï Us témoins postérieurs , Socratc , Sozomèjies, Théodorel, Philostorglus, etc., ajoutent dcscoiilradietiousàce récit, plutôt qu'ils ne lui donnent un nouveau poids, tompar«zlefiobJeeiioMdeBuiHge(Hist. degiiurs, t. net, p. 157-168 ) avec les réponses de Warburlon ( Julien , p. 174-258). L'evêque a ingénieusement expliqué, par les effets naturels de l'éclair, les croix miraculeuses qu'on crut

» Saint Ambmlse , t. u, éplt. rv, p. 946, Mit. des Bénédictins. 11 composa cette lettre, pleine de fanatisme (A..D.38B),pourjustiDernnér«qnequi avait brûlé une synagogue, et qui avait été condamné parle magistrat

« Cbrysostome, 1. 1, p. 580, advenus Judicos et Genta , t. n, p. 571; de S. Babyld, édition de Motilfaucoo. J'ai adopté la supposition commune et naturelle ; mais le savant bénédictin , qui assigne a ces sermons la date de 383 , est persuadé qu'ils ne furent jamais pro-

i Grog, de Kaziame, Orat. n, p. ltQ-113.

(303 dep. J.-C.) Marcel lin '. Ce guerrier philosophe, 'qui aimait les vertus de son maître sans adopter ses préjugés, a raconté, dans l'histoire judicieuse et plein* dé candeur qu'il nous a donnée de son temps, 1e£ obstacles extraordinaires qni arrêtèrent le rétablissement du temple de Jérusalem. < Tandis qu'Alypius, dh>il, aidé t du gouverneur de îa province, pressait les

> travaux aVec ardeur, de redoutables globes i de feu sortirent du milieu des fondemens ; ife • éclatèrent fréquemment sur les ouvriers; îh i les blessèrent, îtsleurrcrtdirent quelquefois » le terrain inaccessible; el ce feu vainqueur

> continuant ainsi comme avec obstination à » repousser le» travaifleors, on abandonna

> l'entreprise. > Une pareille autorité1 doit s;itisfaire lecroyant; et étonner l'incrédule: rirais le philosophe demandera, de plus, le témoignage auihemtique d'un spectateur 'fmclfigeut et impartial. Au milieu1 do cette crise importante, tout phénomène singulier 'flV I» nature prenait l'apparence et' produisait les effets (Tttn véritable prodige. Le pieatarlihVe duclergé de Jérusalem et lacrédulitédu peuple ne tardèrent pas à embellir, et iekagerer cette glorieuse délivra née ; et, vingt a*s après, nn historien dclVmpire ; qui rie songeait pus aux disputes des théologiens,1 a pu orner son ouvrage.d'un prodige spécieux et éclatant *.

Le rétablissement du temple juif avait une liaison secrète avec lar ruine de KégHscriirétienne. Julien continuait à maintenir la liberté dtt'citltc religieux , sans laisser deviner si cette tolérance universelle venait de sa boute ou de sa justice/ 11 affectait de plaindre- les malheureux chrétiens, qui se méprénaioiit

' Ammkn, -ami, i. .tliuaiisque rei fortrter rnsbrel

Mfpnuv, JuvarWqne proviuake rector, tteWendt £1 «M

j, prape fuQdm

N*ebro-K

ullftu:

• pestes fecere lucum exustls aliquoties opemtitms ruuo > césium , hocqae modo etemeilo deslln^us repeMeeie , ■ cesttvit moepton. » Wartnrton s'efftn* < p. «0-90 > d'arrscncrunavBudunJirafledelï bmjcfcc <le JoîïM M de celle de Ubanius ; et it dte le lénctgitage d'an rabbin qui vivait au ijain7M»s*siMe. De pareils terne-fc m ges ne peuvent -être admis que par un juge tres-fatorabte. a U docteur Lardner est paul-ttr* le sent de tous li-s critiques ckrctwns initose douter de Invente dota célébra miracle, fjewith ami Uealen leituwmica, vol. 4 p. 4?~ 84.) Usilentede saint Jorvme ferait soopc«i»aT que la même bisloiru , célébrée au iota , était méprisée sur les lieux.

(303 dcp. J.-C.)

sur l'objet In plus important de lu vie; mais suu mépris faisait fort à sa compassion, et la haine aigrissait son mépris ; il exprimait ses opinions par des sarcasmes qiii causent une blessure profonde et mortelle , quand ils sortent dé la bouche d'un souverain. Sachant que les chrétiens se glorifiaient da nom de leur rédempteur, H autorisa, et peut-être il ordonna le surnom moins honorable de Ga~ litéent *. Il déclara que la folie des GaUléens, qu'il peignait comme des fanatiques (%nes du mépris des hommes et de la haine des dieux, avait mis l'empire sur le bord de sa raine; et il insinue dans un de ses édits, qu'une salutaire violence guérit quelquefois mi malade frénétique*. Dans ses sentimens et dans sa conduite il adopta la distinction, peu généreuse, que, selon la différence de leurs opinions religieuses, nne partie de ses sujets méritait sa faveur et son amitié, tandis que l'autre avait droit seulement aux avantages ordinaires, qne sa justice ae pouvait refuser a des sujets soumis *. D'après ce principe, source féconde de vexations et d'abus , il transféra aux pontifes do sa religion l'administration des parties considérables du revenu public, que la piété de Constantin et de ses fils avait accordée à l'Eglise. L'orgueilleux système des immunités et des honneurs du clergé r qu'on avait élevé avec tant d'arttficcct de travaux, fui anéanti; la rigueur «1rs lois mît (in aux espérances qu'on .formait sur la libéralité des mouraos, cl les prêtres

I Grég. de Naziaqze {Oral, m, p. 81). Cale loi fui «infirmée par l'usage invariable de Julien lui - même. Warburlon fait observer avec justesse ( p. 35 ) que les l'ialonieieus croyaient a la vertu mystérieuse dis morts, et que l'aversion de Julien pour le non de Christ , pouiail être an uffel.de sa superstition , aussi bien que de son mépris.

i Fragment de Julien , p. 288. Il tourne en ridicule U fAifi* r*/,(Kuw, {Epist. v»>,etll perd tel lemenl de vue les principes de U tolérance, qne, dam la lettre xui il

PAU ED. GTBIÏON. Cil. XXIII. 53.1

du christianisme se virent confondus avec la dernière et la plus ignominieuse classe du peuple. Ia sagesse d'un prince orthodoxe adopta, bientôt après, ceux de ces règîemens qui parurent nécessaires pour réprimer l'ambition et la cupidité des ecclésiastiques. Les distinctions particulières que la politique ou la superstition a prodiguées à l'ordre sacerdotal, ne doivent regarder que les prêtres qui. professent la religion de l'état. Mais les préjugés et la passion dominaient le législateur, et les insidieuses combinaisons de Julien avaient, pour objet de priver les chrétiens de tous les honneurs et de tous les avantages temporels qui les faisaient paraître respectables aux yeux du genre humain '.

Un a. critiqué. sévèrement et avec raison, la loi qui défendit aux chrétiens d'enseigner les. arts de la grammaire et de la rhétorique \ Les motifs que donne l'empereur pour justifier cette disposition tyrannïqne ont, pu. durant sa vie, déterminer le silence des esclaves et l'applaudissement des flatteurs. Il abuse du sens ambigu d'un mot qu'on pouvait appliquer indifféremment à la langue et à la religion des Grecs. Il observe avec dédain que les hommes qui exaltent le mérite d'une foi implicite, sont hors d'état de réclamer ou de se procurer les avantages de ia science : il dit que s'ils refusent d'adorer les dieux d'Homère et de Démosthène, ils doivent se contenter d'exposer les évangiles de Luc cl de Mathieu dans les églises des Galilée n s \ Dans toutes les villes de l'empire romain, l'éducation de la jeunesse était confiée à des maîtres de grammaire et de rhétorique,

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SifXlt ICI itftlfyfttl I liimpin A>rfy«î, »i ■. Bioirir imfcSwr' aSanltir».

Cœ deux vers , dont Julien a perverti le sens d'après In principes du fanatisme (Epût. 19), sont tirés des disr*Ht* d'Éole M ■oaeat où il reruse d'accorder encore des vents ■ Ulysse. (Odyssée, \, 73.) Mbanius (Oaot. Parental., e. 33, p- 286) entreprend diijustiHer une interprétation si partiale ; cl, dans celle apologie, la persécution se montre sous le masque de la candeur.

1 On retrouve ce* lois qui intéressaient le clergé, dans les mois que laisse échapper Julien lui-même (Kpist. 52); dans les déclamations vagues de Grégoire { Oral, m, p, 86, 87), cl dans les assertions positives de Sozoménes

(C,»,CS.) î Inclcmetis... perenni obruendumsUcncto (Amuilcn

On peut comparer l'édit qui subsiste encore dans les • épîlres de Julien (42) avec les invectives de saint Grégoire (Oral, ni, p. 9C).Tillemont(Mém. Ecclés.,l.Tn,p.l29i- 1294) a indiqué les différences qui semblent se trouver sur ce point cheiles anciens elles modernes. Il est facile de les accorder. On avait l'ait aux chrétiens la défense directe de donnée des leçons , ei on leur avait défendu indireclemenldc s'instruire, puisqu'ils ne voulaient pas fréquenter les écoles des païens.

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nommés par les magistrats, payés par le public, et distingués par d'honorables et d'mi- ■ les privilèges. L'édit de Julien parait comprendre les médecins et les professeurs de tous les arts libéraux; et le prince, qui se réservait l'approbation des candidats, était autorisé par les lois ù corrompre ou à punir la persévérance religieuse des plus savans d'entre les chrétiens '. Dés que la démission des maîtres les plus obstinés1 eut établi l'empire des sophistes gentils, l'empereur invita la génération naissante à fréquenter les écoles publiques, bien persuadé que la jeunesse recevrait les impressions de la littérature et de l'idolâtrie des Grecs. Lorsque les scrupules des. jeunes chrétiens ou de leurs parens les empêchaient de se livrer à cette méthode dangereuse d'instruction, ils se voyaient contraints de renoncer aux avantages d'une bonne éducation. L'empereur avait lieu de croire qu'en peu d'années l'église retomberait dans sa simplicité primitive , et que les théologiens, qui avaient le savoir et l'éloquence de leur siècle, seraient remplacés par une génération d'aveugles et d'ignorans fanatiques, incapables de défendre la vérité de leurs principes, et d'exposer les sottises nombreuses du polythéisme*.

Julien avait sans doute le désir el le projet de priver les chrétiens des avantages que donnent les richesses, les lumières et l'autorité; mais leur injuste exclusion de toutes les charges utiles et de tous les emplois de confiance, parait avoir été le résultat de son système général, plutôt que la suite d'aucune

1 Codex Theodot., I. xin, lit. 3 , de MedieU et Profeisoribus, leg. 5 ( pitliliée le 17 juin, el admise A Spolette en Italie, le 'AI Juillet, A. I). ,163), avec les édalrrissemenç de Godefror , I. v, p. 31.

1 Orosius donne des éloges i leur noble résolution : Sicut àmajoribus nostris cempertiun habemus, émues ubique ptopemodum,...o!jiciumquam fidemdeterere maluerunt. (ïii,30.)Prooereslus, sophiste chrétien, refusa d'accepter la laveur partiale de l'empereur. (Hyero- ' nlm, Ut Chron., p. 185, edit. Scaligor. EunapUu, in Proœretio, p. 126.)

3 ils «valent recours a l'expédient de composer des livres pour leurs écoles. Apollinaris publia des imitations chrétiennes d'Homère (une Histoire sacrée en vingt-quatre livres), de Piudare, d'Euripide, el île Menant! re ; cl Sozomènes est convaincu qu'ils égalaient ou même qu'ils surpassaient leurs modèles.

(303 dep. J.-C.) loi positive '• Le mérite supérieur obtenait peut-être une exception ; mais la plupart des officiers chrétiens furent insensiblement privés de leurs emplois dans l'administration, dans l'armée, et dans les provinces. Les espérances de la jeunesse chrétienne furent étouffées par la partialité du prince qui les avertit malignement qu'il n'était pas permis à us chrétien de se servir du glaive de la justice ou de la guerre , et fit environner le camp et les tribunaux des bannières de l'idolâtrie. Il confiait les pouvoirs du gouvernement à. des païens qui montraient un zèle ardent pour la religion de leurs ancêtres ; et comme les règles de la divination dirigeaient souvent son choix , les favoris qu'il préférait comme les plus agréables aux dieux n'obtenaient pas toujours l'approbation publique \ Les chrétiens eurent beaucoup à souffrir, et plus encore à craindre sous le règne de leur ennemi. Julien abhorrait la cruauté par caractère , ei le soin de sa réputation, exposée aux yeux de l'univers, ne permettait plus au monarque philosophe de violer les lois de la justice, qu'il avait lui-même établies récemment.

Mais ceux qui exerçaient son autorité dans les provinces, se trouvaient moins sous les regards dn public. Revêtus d'une autorité arbitraire, ils suivaient les désirs plutôt que les ordres de leur souverain ; ils ne craignaient pas de se permettre une tyrannie secrèw contre des sectaires à qui on ne voulait pas laisser la gloire du martyre; cl lorsque l'empereur ne pouvait plus faire semblant d'ignorer les injustices qu'on se permettait en son nom , des reproches modérés et de grandes récompenses trahissaient son opinion sur la conduite de ses officiers ',

■ Telle était l'instruction de Julien i ses inagislrais ( Epist. 7 ). nf-.Tifj-i.r&jLifiii toi me InnCut m «m tini A"- Ce que disent Sozomènes (1. r, c, 18) et Socrate (Lin, c. 13) doit tire réduit aux assertions de Grégoire [Orat. m, p. 94), qui n'était pas moins porté à l'exagération , mais qui ne s'y livrait pas autant, parre qu'il connaissait le bon goQt de ses contemporains.

: -i.t o twi mtu <f«Tt>( <«i fi* tii-nt. ( Ulianius , Orat. PannùtL,c 88. p. 314.)

i Greg.de Naiiauze (lirai, m , p. 74,91, 82. Socrtte, I. ta.c. 15. Théodore! , I. m,c. S.) Il but cepeaisnt diminuer quelque chose en raison de la violence de kw iele,non moins partial que celui de Julieu.

La loi qui obligeait les chrétiens à réparer les dommages causés par la destruction des temples, qu'ils s'étaient permise sous le régne précédent, se trouvait le plus efficace moyen de tyrannie dont ils lussent armés. Le zèle dei'église triomphante n'avait pas toujours attendu la sanction de l'autorité publique; et tes évéques, sûrs de l'impunité, . avaient souvent attaqué et démoli , a la tête ■ île leur congrégation, les forteresses du prince des ténèbres. Chacun connaissait les terres sacrées qui avaient enrichi le patrimoine du souverain ou celui du clergé; et leur restitution ne Tut pas difficile ; mais les chrétiens avaient bàli des églises sur ces terres et sur les ruines des temples païens ; et, comme il fallait démolir l'église avant de pouvoir rebâtir le temple, l'un des partis applaudissait à la justice et a la piété de l'empereur, tandis que l'autre déplorait et abhorrait sa violence sacrilège '. Lorsque le terrain était libre, le rétablissement des majestueux édifices qu'on avait rasés, et des ornemens pi-ecieux qu'on avait convertis à l'usage des chrétiens, donnait lieu a un long chapitre de dommages et intérêts. Ceux qui avaient fait le mal n'avaient ni les moyens ni la volonté de le réparer; et un législateur impartial aurait montré de la sagesse en prononçant d'une manière équitable et modérée sur les plaintes et les réclamations. Les téméraires (vdits de Julien jetèrent tout l'empire , et l'Orient en particulier, dans la confusion; et les magistrats gentils, excités parle fanatisme et la vengeance, abusèrent du rigoureux privilège que leur donnait la loi romaine , qui substitue à la propriété la personne du débiteur insolvable. Sous le dernier règne , Marc , évéque d'Arélhuse •, avait employé

< SI on compare les expressions douces de Libanais ( Orat. Parental, c. 60, p. 286 ) met les eielsmations pasàoùnèes deGtêgoin (Orttt., tu, p. 86, 87), on aura iwiuft a croire que les deui orateurs parlent des mêmes

îHeotan onÀrtUiuse, située eoire Bras* (Hem) et kliiplnoia (Haroilh), à seize milles de ces deux endroits, fi H fondé* par Seleuous Nicator, ou du moins elle en reçut son nom. Des médailles de ta vilk font remonter s* t-iiiialwii *i:»n île Home lias. Lors de la ruine de l'empire il«* swHettti**, Emesa et irêiunsettuubereBl au pou- H-ir de l'Anbe itaiDpMeranw» . èamt ta.pssbJrrtB , vas-

pour la conversion de sou peuple des armes plus efficaces que celles do la persuasion ', Les magistrats réclamèrent la valeur entière d'un temple qu'avait détruit sou zèle; mais, bien instruits de sa pauvreté, ils voûtaient seulement amener sou caractère inflexible à la promesse d'une légère compensation. Ils firent saisir le vieux prélat; on le battit de verges, on lui arracba la barbe, et son corps, nu et couvert de miel, fut suspendu en l'air dans un filet , et exposé à la morsure des insectes et aux rayons du soleil brûlant de la Syrie *. Dans cette affreuse position, Marc continua toujours do se glorifier de son crime etd'insulter à tarage impuissante de ses persécuteurs. A la fin , arraché des mains de ses bourreaux par le peuple, il jouît de tout l'honneur de son triomphe. Los Ariens célébrèrent la vertu de leur pieux confesseur; les catholiques sollicitèrent son alliance », ptles païens, susceptibles de honte et de remords craignirent désormais do se permettre des cruautés inutiles '. Julien lui laissa la vie ; mais si, comme on le dit, l'évéque d' A réduise

«aie de Rome, snhsiiiail encore tout le règne dé Vespwsieu. ( Voyei les cartes et la géographie ancienne de d'Anville, I. n, p. 131. Wesscling, Ilineraria , p. 188, et Noris, Epoch. Srro-Hacedtm., p. 80, 481, 182.)

■ Sozomènes, 1. r, c. 4. On es! «onné que (Jfégoireei Tbëodoret suppriment une circoustence qui omit augmenter a leurs yeux le mérite religieux du confesseur.

* Le lémoignoge Involontaire el irréeusoblede Libanius (Epitt. 730, p. 350, 35t, édil. deWoir, Amsterd., I73S) atteste le suppliée et la eonatauee de Mare , que saint Grégoire a peûit d'une- manière si pathétique. ( Orat- in , p. 88-01,) M«f»«c i»»i «I.U.U..M wMH*rfiy%»»nn,

a «tpjfMaMh, evrtatlm etu» sibi ( Christian?) vbitl* cant. C'est ainsi que La Ciwe H Wnir {itdlm:) ont expliqué un mot p»e, dont les premiers interprètes, rtmémc leClerc (Bibliothèque ancienne et moderne, t. m, p. 371', avalent mal saisi le véritable sens. THlemont est bien embarrassé (Mem. Ecclés., t. vu , p. 1309), lorsqu'il examine émanent Grégoire et TMedoret ont pu prendre un éiêque demtartea pour-un saint.

'Voyei l'avlt que donnait Sallusle sur ce point (Grég. derunlanzo, Oral, in, p. 90,91). Lrkwi lu intercède ponr un homme coupable du même délit; tl dit qu'on doit eraindre de tramer un grand nombre de Marcs , (I eon- •iesd toxitefeii que si Urton avait soustrait la richesses caumodji aux dieux, Il méritait d'être puni du supplice do HawT.il, c'est-à-dire, d'Are écorché vif. (.Episl. 730 , p.MO-BSt.)

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avuit sauwi l'enfance de Julien ', la postérité condamnera l'ingratitude de l'empereur, au Heu de donner des éloges a sa clémence. , Les rois macédoniens de Syrie avaient consacré à Apollon un lien de dévotion qui se trouvait à cinq lieues d' Antioche, et qui était un des plus agréables du inonde païen ". On y voyait un magnifique temple en l'honneur du dieu du jour. Sa statue colossale 3 remplissait presque en entier le vaste sanctuaire qu'embellissaient l'or, les pierres, précieuses et le talent des artistes grecs. Le dieu avait. le corps plié; il tenait une coupe d'or à la main., et il versait de. l'eau sur la terre ; il semblait supplier cette vénérable mère de rendre à ses1 embrassemeus la belle et froide Daphné ; car l'imagination des poètes de Syrie avait transporté ce conte d'amour des bords du Pénée à ceux de 1*0ronte. ■ La colonie royale d' Antioche suivait les anciens rites de la Grèce. La fontaine de Daphné, d'après une propriété analogue à la fontaine de Castalie , faisait des prédictions * qui rivalisaient en exactitude et en réputation avec celles de l'oracle de Delphes- On éleva un stade dans les champs voisins, au moyen d'un privilège particulier qu'on acheta *■ d'Elis '. Les jeux olympiques se célébreront

■ Grégoire ( Oral, ni, p. 00 ) paraît tonvainm qu'eu sauvant l'apostat , Marc méritait plus de cruautés encore qu'on ne lui en Ht souffrir.

»StwboB (l.«¥i,p. 10B9, f09O.eiHt.Amst. 1707), Liliauius (ff^ia.p. 185-m-, AntwdûaOmt., m , p. 3H0, 381 ), et Sowménes (1. 5, e. 109) , décrivent te ,]*>eage et le temple de Daphné. Wesseling {Hincr, p. 581) , et Casaubon ( ad fftel. Aug. p. 64) , jettent du jour sur ce point curieux).

1 Simulacrum i* eo Oiymfàuii Jouit tautamaiti aqiiiparaus magpiludinem. ( Jimmiai, xxu, t3. ) Le Jupiter Olympk'ttaTaitsouante pieds.de hauteur, M s» surface était égale a cette de cent howinm ( Vorer un Mémoire curiaui de 1 aaM Gadoyn , Acad. de* Imerip. t.a.p.Itt8).

4 Adrien Jut sa fortune a tenir sur une fouilla plongée dans celte fontaine; supercherie qu'il était aisé de produire nvec une préparation ctnaiique , comme ledit venDak (de Oracul, p. 38) .382). L'empereur ferma la source de ces connaissances dausemises ; nuâ elle lot rouverte pas le superstitieux Juliea.

s Le pririléga fut acheté A. D.44, l'an «Ide 1ère d'Anuoebe (Nori*. Kpoch. Sjro-Hactdon, p. 130-174) pour unUxmedequalre-vintjlHiix olympiades. Mata les jeui olympiqusd'AauMfae ne se célébrèrent pas régulièrement avant le régne de Commode. ( Voyez des détail» curieui

{363 def>. J.-C.)

aux dépens de la ville, et trente mille livres sterling lurent employées chaque année aux plaisirs du public'. L'abord continuel des pèlerins et des curieux forma insensiblement > aux environs du temple, le village de Daphné, qui, par sa population et son éclat » ressemblait à une ville de province. Le temple et te village étaient cachés dans on bosquet- de lauriers et de cyprès qui avait une circonférence de dix milles, et qui, dan» les chaleurs de l'été, offrait un asile plein de fraîcheur et impénétrable aux rayons du soleil. Mille -courans de l'eau la plus pure, qui sortaient de chaque colline, conservaient lu verdure du sol et la température de l'air ; des sons harmonieux et des odeurs aromatiques- y ravissaient les sens ; et la santé- et la joie, lo plaisir et l'amour habitaient ce bocage paisible, lie jeune homme-ardent y poursuivait, comme Apollon , l'objet de ses désirs; et le sort de Daphné avertissait les jeunes filles de ne pas affecter inutilement de la réserve. Le Soldat et le philosophe évitaient sagement les tentations de ce lieu de délices', où le plaisir, prenant le caractère de la religion , amollissait peu à peu la fermeté des maies vertus. Le bocage de Daphné obtint, durant plusieurs siècles, la vénération des naturels du pays et des étrangers; la munificence des empereurs augmenta les privilèges de ce réduit sacré , et chaque génération y ajouta de nouveaux ornemens '.

Lorsque Julien se mit en route pour aller rendre hommage à l'Apollon de Daphné dont

dans la Chronique de Jean Malala (t. i,p.290, 320,373, 381), écrivain qui n'a de mérite et de poids que sur les objets relatifs à sa pairie.

< Quinze lalens d'or légués par Sosibius, qui monral sous te régne d'Auguste. Ou a comparé dans X'Expotitio tùllus Wtttuti, p. G (lluiisoD, Gèagraph. Minor.. t. m), les spectacles des différentes villes de Syrie dans le siècle de Constantin.

* Avidio Cas-ùo fyriactu legiones dedi luxuria diffluenteset aanmcis moribas. Cesont les expressions de l'empereur MaK-Aurèle, dans une lettre originale, conservée par son Biographe ( in Hist. Aug., p. 41). Cassiot renvoyait ou punissait tons les soldats qu'on voyait à Daphné.

' 3 Aliquanlnm tigronim finphnensibas dédit (Pompée) qtto fucus (Ai spatiosior flercl ; dclcclahu amanttate loci et aquanm abundantia. (Eutrope , ti , 14, Seitat Kufus, de Proeinciis , c. 16),

(363 de». l.-C.) on célébrait la fête , sa dévotion se monta au dernier degré de la ferveur. Sa vive imagination entrevoyait déjà toute la pompe des victimes, des libations et des cérémonies du temple; une longue procession de jeunes garçons e( de jeunes filles, revêtus de robes blanobes, symbole de leur pureté, et le con-j cours tumultueux d'un, peuple innombrable. Hais le zèle d'Anlioche s'était porté ailleurs depuis le régne du christianisme. Au lien des hécatombes de bœufs gras, sacrifiés par les tribus d'une riche communauté, il se plaint de n'avoir trouvé qu'une oio, fournie par un prêtre, pâle et solitaire Kabiiantde ce temple tombé en ruines'. L'autel était abandonné, l'oracle ne parlait plu» , et les cérémonies funéraires, du christianisme profanaient aux yeux de Julien cette .terre sacrée. Le corps, de Babylas' (évéque d'Anlioche , qui mourut en prison lors de la persécution de Decius), après avoir reposé prés d'un siècle dans son tombeau , fut transporté au milieu du bocage de Dapbné , par Tordra du césar Gallus. On y éleva une belle église; une portion des terres consacrées à Apollon, fut appliquée à l'entretien du clergé et aux funérailles des chrétiens d'Anlioche, qui voulaient être enterrés aux pieds de leur évéque, et les prêtres du dieu du jour se retirèrent avec leurs sectaires, remplis d'indignation et d'effroi. Lorsqu'une autre révolution sembla rétablir la fortune du paganisme , on démolit l'église de Saint-Babylas , et on ajouta de nouveaux bâlimcns a l'édifice a demi ruiné qu'avait fait construire la piété des rois de Syrie. Hais l'un des premiers soins de Julien, et celui dont il s'occupa le plus, fut de délivrer son dieu chéri de l'odieuse présence des chrétiens morts ou vivane, qui avaient éteint la voix de l'imposture et de l'enthousiasme \

1 Julien {Mtiopogon, p. 361,362) découvre son caractère avec cette naïveté , avec celle simplicité sans apprêt qui dévoile toujours le fond du cœur.

* Babylas esl nomme par Kusélie dau la Utle des ivôques d'Anlioche (llisl. Ectles., 1. vi, c 29, 30); Chrysostôme (t. h, p. 536-579 , Mil. de Monllaucoo) donne de grands éloges a son triomphe sur deux empereurs , dont l'un est fabuleux. Tiltemoul (Mém. Ecclé*., t ui, pari. 2, p, 287-302-459-465) devient presque un sceptique.

3 Julien {Misopogon, p. 361) el Libanius ( P/amia , p. 1S5) disent qu'Apollon fut troublé par le voisinagt

PAR ED. GIBBON. Cil. XXIII.

11 purifia ce lieu d'infection d'après les lois des anciens rituels ; on enleva les corps avoc décence, et on permit aux ministres de l'église de porter les restes de saint Babylas dans les murs d'Anlioche , d'où on les avait tirés. Le zèle des chrétiens dédaigna l'humble conduite qui aurait pu calmer la jalousie d'un gouvernement mal intentionné. Une multitude innombrable accompagna ou suivit le char élevé qui transportait les ossemens de saint Babylas. Elle chantait à haute voix cenx des psaumes de David qui expriment avec le plus d'énergie le mépris des idoles et des idolâtres. Le retonrdu saint fut un triomphe, et ce triomphe était une insulte a la religion de l'empereur, dont l'orgueil dissimulait le ressentiment. Le temple de Daphné brûla durant la nuit qui termina cette procession indiscrète ; la statue d'Apollon fut consumée, et il ne resta plus que les murs dégradés de l'édifice qu'on y voyait la veille. Les chrétiens d'Anlioche assurèrent hardiment que l'intereession de saint Babylas avait dirigé la foudre sur ce temple odieux. Béduit à l'alternative de supposer un crime ou nti miracle, Julien, sans hésiter, sans entendre de témoins , mais avec quelque apparence de probabilité, imputa l'incendie au cèle des Galiléens1. Leur délit, s'il fut prouvé, justifia la clôture de la cathédrale d'Antiochc , et la confiscation de ses richesses , que l'empereur ordonna bientôt après. On mit plusieurs ecclésiastiques a la torture , afin de découvrir les auteurs de la sédition, dn feu et du pillage*, et le comte de l'Orient Gt décapiter

d'un înertj et les critique» «eeUstastlqueg citent cet aveu

avecplaisir.Cependinlil'aprtelerétsId'AmmienCiTii.ia!,

procéda a la purifie* lion du terrain avec toutes les eé-

rëniooiea employées ow le* AUiéaleas dans llle de Délos.

I Joiiea (Misopogon, p. 361) insinue leur «rime, plutôt

II ne l'affirme. Ammien (xin, 13) traite l'imputation leviisUnua rumer, et.il raconte te fait avec une candeur singulière.

Que tom atrocl etuu repente contianpto, ad td atque imperatorû ira provextt, ut quaxtiones agitare jtiberet sotito aeriora («pendant Julien blâme la douceur des magistrats d'Antiocno ), et majorera teclttuan JK&oetùœ ciaitdi. Celle clôture se fil d'uue manière bien protaue, et l'abbé de la Blrtlerie raconte avec beaucoup de complaisance les détails de la mort de l'oncle de Julien, d'un comte de l'Orient qui lut le princi pal «sent l'empereur. (Vie de Julien, p. 362-309:)

un prêtre appelé Théodoret. Mats Julien blâma cet arrêt précipité; il témoigna des regrets sincères on affectés de ce que le zèle imprudent de ses ministres ternissait l'éclat de son règne par une persécution1.

Il réprima sur-le-champ leur ardeur; mais, lorsque le maître d'un pays se déclare chef d'une faction, il lui est difficile de contenir ou de punir avec équité la licence de la fureur populaire. Julien , par un écrit qui fut rendu public, applaudit à la dévotion età la loyauté des villes de la Syrie, dont Les babituus avaient détruit au premier signal les sépulcres des Galiléens; et il se plaint faiblement de ce qu'ils ont vengé les injures des dieux avec moins de modération qu'il ne l'avait recommandé*. On peut, d'après ce fait, croire, ainsi que, le disent les historiens ecclésiastiques, que dans les villes de Gaza , d'Ascalon, de Césaréc, d'Héliopolis, etc. , les païens abusèrent, sans sagesse cl sans remords, d'un instant de prospérité ; que la mort seule enleva aux tortures les malheureuses victimes de leur cruauté; qu'on traîna leurs corps dans les rues; que les cuisiniers et les femmes, transportés de rage, les percèrent avec des broches et des quenouilles; qu'enfin , après avoir porté à leur bouche les entrailles des prêtres et des vierges, ces forcenés les entremêlèrent d'orge, et les livrèrent aux animaux immondes de la cite3. Ces traits de frénésie religieuse inspirent nne sorte de méprise! d'aversion pour la nature humaine; mais le massacre d'Alexandrie attire encore plus l'attention, par la certitude du fait. Je rang des victimes et la splendeur de cette capitale de l'Egypte. ■ George * , que l'origine de sa famille et le

' Outre les historiens ecclésiaslique», qui sont plut ou moins suspects, nous pouvons citer ta passion de saint Théodore!, dans les Jcia sincera,Ae Kuinarl (p. 591). Les expressions de' Julien semblent anuoncer de la bonite (ni.

-Julien , lUisopogon,p. 3G1.

1 Voyez Grég. de Naz., Oiat. m, p. 87. Sozomène [)!*]]( être regardé comme un témoin original, mais il Manque d'impartial lié. Il était né i Gaza ; il avait connu Ziuon, évtque de Maiuma, qui vécut jusqu'à cent ans (I. vn, e. 28). Philoslorgius (1- vn, c. 4, avec les Dissertation* de Godefror, p. 284) dit que des chrétiens furent ritUement immolés sur les autels des dieux, etc.

' Ammieu (ixii, 11), Grégoire de Na z ianze (Orat. un, p. 363, 365, 380, 380) H Epiphanc (Hœrrt, 76) raeou-

EMP1BE ROMAIN, (363 dcp. J.-C.)

lieu de son éducation ont fait surnommer de Cappadoce, était né dans l'atelier d'un foulon , à Epiphanie , ville de Cilicie. C'est par les mœurs d'un parasite qu'il parvint à la fortune , malgré son origine obscure et même servile. Ses protecteurs , qu'il flattait assidûment , lui procurèrent une commission lucrative : on le chargea de fournir aux troupes du porc salé. L'emploi était ignoble ; D le rendit infâme. Il accumula des richesses par les plus vils moyens que puissent inspirer la fraude et la corruption ; et ses malversations devinrent si notoires , qu'il s'enfuit pour échapper aux recherches de la justice. Après cette aventure , dans laquelle il parait avoir sauvé sa fortune aux dépens de son honneur, George embrassa l'arianismc de bonne foi , ou par hypocrisie. Aimant les lettres , ou affectant uu goût qu'il n'avait pas, il rassembla une collection précieuse de livres d'histoire , de rhétorique, de philosophie et de théologie ', et ta faction dominante le porta sur le trône de saint Athanase. La cruauté et l'avarice souillèrent chaque instant de son épiseopat. Les catholiques d'Alexandrie et de l'Egypte furent abandonnés à un tyran, que son naturel .et son éducation rendaient propre au rôle de persécuteur; et les divers habilans de son vaste diocèse eurent à lui reprocher des vexations. Le primat de l'Egypte étala bientôt lo faste et l'insolence de sa dignité; mais il laissa toujours apercevoir les vices de sa basse extraction. Le monopole presque universel du nitre, du sel, du papier, des funérailles, etc., qu'il vint à bout d'obtenir, appauvrit les marchands de sa capitale , et le père spirituel d'un grand peuple cul la bassesse de

tent la vie et la mort dp George de Cappadoce. Les In teetim des deux saints enraieraient la délhmee, ai un infidèle, qui ne semble {Ire ni passionné, ni partial, ne rapportait pas les mêmes faits

> Apres le massacre de George, Julien demanda a diverses reprises sa bibliothèque, et il ordonna de mettre A la torture les esclaves qu'où soupçonnerai! d'avoir caché quelques livres. Il donne des éloges à cette collection, dont 11 avait emprunté et fait transcrire plusieurs manuscrits lorsqu'il étudiait en Cappadoce. Il désirait , il est vrai, que les livres des Galiléens fussent anéantis; mais il voulait une liste eiaclc des volumes de théologie, de peur qu'on ne confondit des traites précieux avec les ouvrages qui lui semblaient inutiles. (Julien, épll. ti, 34.)

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(303 dep.'J.-C.) remplir les fonctions de délateur. Les liabilans d'Alexandrie ne purent jamais oublier ni pardonner l'impôt sur toutes les maisons Je la ville.dont il donna l'idée , sous prétexte que le fondateur avait transrais la propriété du sol aux Ptoïémées et aux césars ses successeur». Les Gentils , qui s'étaient flattés de l'espoir de la liberté et de la tolérance , excitèrent sa cupidité ; et leurs riches temples furent pillés et insultés par le lier prélat, qui s'écriait d'une voix élevée et menaçante : i Jusqu'à quand laissera -t-on subsister ces

• sépulcres? > La fureur, ou plutôt la justice du peuple le chassa du trône épîscopai sous le règne de Constance ; et l'autorité civile et militaire de l'état ne put le rétablir , ni satisfaire sa vengeance , qu'après de longs efforts. L'envoyé qui proclama dans Alexandrie l'avénement de Julien annonça la chute de l'archevêque. George et deux de ses ministres, le comte Diodore et Dracontius, maîtres de la monnaie, furent traînés en prison , et chargés de fers; vingt-quatre jours après, une multitude superstitieuse, impatiente des délais d'une procédure, força leur prison. Les trois ennemis de Dieu et des hommes expirèrent sous ses coups ; le corps de l'archevêque et ceux de ses complices furent portés en triomphe sur le dos d'un chameau au milieu des rues , et on regarda l'inactivité du parti de saint Athanase comme un exemple frappant de patience évangéliqne '. On les jeta dans la mer , et les chefs de Témeute déclarèrent qu'ils voulaient tromper ainsi la dévotion des chrétiens , et prévenir les honneurs du martyre qu'on avait envie de leur rendre *. Les craintes des Gentils étaient bien fondées , et leurs précautions furent inefficaces. La mort de l'archevêque JU oublier sa vie. Les Ariens aimaient et révéraient le rival de saint Athanase, et la conversion

■ Philoslorgius a la malice d'insinuer que ce parti était

coupable. Ksi n a9«t«»i« fit/tii rpifnyru vu

■"!>■£«.( ( l. vu, e, 2 ; Godefroy, p. 267). 1 ■ Ciuerisprcjecilinmare, id nieluens, uldamabat,

• ne, colletais supremis, sedes illis eilruerent ; Ut reli-

• quis , qui deviare à religione compuUi , pertulêre cru- ■ ciabliespaïnas, adusque gloriosam mortem InlemeraU

• OdcpTogressitetauncVar(pwappdIanliir.*(Amiiiieii, xxn ,11.) Éplphane prouve aux Ariens que George D'est pas un mari jr.

apparente de ces sectaires introduisit son culte dans le sein de l'église catholique *. George joua , au lit de la mort , le rôle d'un martyr , d'un saint et d'un héros chrétien * , et il parait qu'on en a fait * le saint George d'Angleterre , patron des armes , de la chevalerie et de la jarretière *.

Vers le temps ou Julien fat instruit de la sédition d'Alexandrie, on lui manda d'Édesse, que la riche et orgueilleuse faction d'Àrius insultait les faibles Valentîniens , et commettait des désordres qu'on doit punirdans un état bien réglé. Sans s'asservir aux formes lentes de la justice, le prince irrité envoya aux magistrats d'Édesse*nn ordre qui prononçait la confiscation de toutes les propriétés de l'église. On distribua l'argent aux soldats, on réunit les terres aux domaines, et la plus cruelle ironie accompagna cet acte d'oppression. > Je

> me montre, dit l'empereur, le véritable ami

• des Galiléens : leur admirable loi a promis

• le royaume des cieux aux pauvres; et ils

• feront plus de progrès dant le chemin de

> la vertu et du salut éternel, quand je les

> aurai soulagés du poids des biens de ce s monde. Prenez garde , continuait le monar-

• que d'un ton plus sérieux, prenez garde

■ Quelques Donatisles (voyez Optilus Miler. , p. 60, Sra.édit.Dupin; elTillemont, Mém. Ecriés. , lom. *i . p.m,tn-4°), et des PriscMuuusu-i (Tillemonl, Mém. K«Tœ. , i. mi, p. 617) ont usurpé de ta même manière tel Donneurs de saints et de martyrs dans l'église catholique.

ï Les véritables saints de la Cappadoce, Basile et les deux Grégoire , ne savaient pas que GeorgèTul un saint comme eux. Le pape Gélase (A. D., 491), te premier catholique qui ait reconnu saint George , le met au rang des martyrs : * Qui Peo maga quam homirùbus noti liait.' U rejette ses actes, qu'il attribue à des hérétiques. Quelques-uns de ces actes, qui ne sont peut-être pas les plus anciens , existent encore ; et , au milieu de toutes tes fables qu'on y trouve, nous pouvons encore distinguer lo combat que soutint saint George de Cappadoce contre le magicien. Athanase, en présence de la reine Aleundria.

* Je ne donne pas celle transformation comme absolument sûre , mais elle est extrêmement probable.

i On peut tirer du docteur Heylin (Ilislory or s. George, 2* édit. London, 1633, in-4\ p. 429), et des Bollandistes (Acta Sanctorum, mens.april., t. ni, p. 100-163), une histoire curieuse des hommages rendus à saint George en qualité de saint , depuis le sixième siècle, époque où on le révérait déjà dans la Palestine, dans l'Arménie, A Rome, et à Trêves dans ta Gaule. Sa réputation en Eu-. rope, cl surtout en Ariglelcrre, vient des croisades.

* Julien , épllre 43.

• do pousser à bout ma patience et ma dou-

• ccur : si ces désordres continuent, je ven-

• gérai les crimes du peuple sur les magls- > trats, et vous aurez lieu de craindre, non i pas seulement la confiscation et l'exil , mais ■ le fer et le feu '. > Les émeutes d'Alexandrie étaient sans doute pins sanguinaires et plus dangereuses; mais les Gentils avaient égorgé un évoque chrétien, et la lettre publique de Julien donne une preuve bien sensible de. la partialité de son administration. Ses reproches aux citoyens d'Alexandrie sont entremêlés d'expressions d'estime et de tendresse, et il regrette que dans cette occasion ils se soient écartés de la douceur et de la générosité qui attestent leur extraction grecque. Il censure d'un air grave le délit qu'ils ont commis contre les lois de la justice et de l'humanité, et récapitule avec complaisance tout ce qu'ils ont souffert de la tyrannie sacrilège de George de Cappadocc. Il admet le principe, qu'un administrateur sage et ferme doit châtier l'insolence du peuple: toutefois, en considération d'Alexandre leur fondateur, et de Sérapis leur divinité tutélairo, il pardonne à la ville coupable , et, après avoir annoncé ce pardon , il témoigne à ses habiums l'affection d'un frère '.

Lorsque l'émeute d'Alexandrie fut apaisée , Alhanase remonta , au milieu des acclamations publiques , sur le trône d'où son indigne compétiteur avait été précipité; et, comme ta discrétion tempérait le zèle de l'archevêque, il eut soin de faire servir son autorité, non à enflammer le peuple, mais à le calmer. Sa vigilance pastorale ne se borna pas à l'enceinte étroite de l'Egypte. Son esprit vaste etaclif embrassait le monde chrétien, et sou âge, son mérite et sa réputation lui permirent d'exercer, dans un moment de danger, l'emploi de dictateur de l'église *. Trois ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis que la pluralité des évoques d'Orient avaient souscrit la confession de Rtminî, par

■ Voyez les Kpllres de Julien.

* Julien, épîl. i, el Ammicn, lui, il.

3 Voyez \l\mias,/td liufin. , l. u,p. 40, 41 ;clGrég. de Naz. ( Oral, m, p. 395-396 ) , qui dit avec raison que le zèle tempéré du primai fut aussi méritoire que ses prières, ses jeûnes, et les persécutions qu'il essuya, etc.

(363 dep. J.-C.) ignorance, ou contre leur gré. Hs'se,repeBtaient , ils adhéraient a la doctrine de l'élise catholique ; mais ils craignaient lu rigueur déplacée des orthodoxes ; on sentit que leur orgueil devenant plus actif que leur foi, ils pourraient se jeter dans les bras des Ariens, afin d'échapper à la honte d'une pénitence publique , qui devait dégrader leur dignité cléricale. Les docteurs catholiques discutaient alors avec chaleur les questions sur l'imbu et la distinction des personnes divines, et cette controverse métaphysique semblait annoncer une division publique el durable de l'église grecque et de l'église latine. La sagesse d'un synode choisi , auquel le nom et la présence iTAlhanasc donnèrent l'aulorilc d'un concile général, admit à la communion de l'église, sans autre condition que «elle de souscrire le symbole de Nicéc, lesévéquesqne leur imprudence avait jetés dans l'erreur: on n'exigea d'eux ni une reconnaissance de leurs fautes, ni des détails sur ce qu'ils pensaient des diverses opinions de l'école. Les conseils du primat de l'Egypte avaient déjà préparé à cet expédient salu taire le clergé de laGaule, de l'Espagne, de l'Italie et de laGrècc;et, maigri1 l'opposition de quelques esprits ardeus \ la crainte de l'ennemi commun ramena l'harmonie et la paix parmi les chrétiens *.

Les édite de Julien vinrent interrompre la paix que les soins et l'habileté d'Alhanase avaient rétablie *. L'empereur, qui méprisait les chrétiens, honorait Athanase d'une haine particulière. Il l'avait en vue, lorsqu'il fn-

■ Je n'ai pas le temps de suivre! 'aveugle obstination île Lucifer de Caglbri. Voyez ses aventures dans Tuïcmoiit ( Hém. Bcclés. , L vu , p. 900-026) , el observez comment la narration change peu à peu, âimsurcque kcuatawur devient schismatique.

* Asstntus est /mie senientia Occident , et, prr ttim necessartum coneUiam , Sataïuz faucibus imiittlui creptas. Lediato^otîrel adroit deJ^dmecontreles Luciferi*iis(t.ii, p. 135-165) nous pànl la potiltqae eodésiaslîque de ces temps.

3 Tillemonl. qui suppose que George fui massacre au mois d'août , accumule , dans un court intervalle , les actions d'Alhanase. ( Mémoire EecJés. , l. vin , \\. 31». ! !'■ fragment original , tiré de la bibliothèque du 'chapitre à* Vérone , et publié par le marquis HafTei { Otiervasitm lettrrarie, I. m , p. (10-92), donne plusieurs dates importantes i(ii' on reconnaît pour exactes d'après le calcul des mois égyptiens.

(363 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XXIIL

irotluisit une dis li ne lion arbitraire, qui ne s'accordait pas avec l'esprit de ses déclaralions antérieures. Il soutînt qu'en rappelant les Guliléens de l'exil, cette faveur générale ne leur rendait pas les sièges de l'église ; et il parut étonne qu' un criminel , condamne ù diverses reprises par les empereurs, osit insulter à la majesté des lois, et usurper le trône archiépiscopal d'Alexandrie , sans attendre les ordres de son souverain. Pour punir Alnjinase d'un délit imaginaire , Julien le bannit de nouveau, et jugea à propos de supposer que cet acte de justice devait être fort agréable à. ses sujets. Les sollicitations pressantes du peuple lui montrèrent bientôt. que le plus grand nombre des habilans d'Alexandrie étaient chrétiens, et la plupart rermément attachés à la cause de leur primat. Mais , quand il fut instruit de ces dispositions1, loin de révoquer son décret, Julien relégua Athanase hors de l'enceinte de '"Egypte-. Le z,èïe de la multitude le rendit encore plus inexorable ; il craignit de laisser «n chef populaire ci entreprenant ù la tète d'nne ville soulevée; et les paroles que lut dicta son ressentiment découvrent l'opinion qu'il avait de la fermeté et des talens du primat. L'exèculio'n de l'arrêt était différée, par la circonspection ou la prudence d'Ecdicius, préfet de l'Egypte, qu'une sévère réprimande éveilla enfin de .sa léthargie. < Quoique vous

• négligiez de m'écrjrc sur d'autres sujets,

• lui dit Julien, vous devez au moins m'in- » siniire de votre conduite à l'égard d'A-

> tliannse, l'ennemi des dieux. Ilyalong-

• temps que vous sayez mes intentions. .Je

• jure, par (e granii Séwpia, que si, aux

• calendes de décembre, cet évéquen'est pas'

> ne» oV Alexandrie,' ennemi- de FÉgypic, » les ouïciers de votre gouvernement paleT » rontune amende dp deux cents marcs d'or.

> Vuiis me connaissez; je ne mehâte pas de » condamner, itinisjepardorine avec encore » plus de lenteur. » JJ n poitscriphtm de la main de l'empereur ajoutait :. i Le mépris

> qu'on. annonce pour les. dieux jue «anse

• de la douleur «l de l'indignation : je ne » verrai rien, je n'apprendrai rien avec plus

> de plaisir que l'expulsion d'Athanase hors ■ de TÉgypte. Le misérable ! Le baptême de

» plusieurs femmes grecques dtt rang le plus > élevé a été reflet de ses persécutions *. » H n'ordonnait pas expressément la mort de saint Albanase; mais le préfet de l'Egypte sentit bien qn'il était plus sûr d'excéder que de négliger les ordres d'un maître irrité. L'archevêque se retira sagement dans les monastères du désert : il évita les pièges de l'ennemi avec son habileté ordinaire, el il vécut pour triompher sur les cendres d'un prince qui avait osé dire qu'il voudrait que tout le venin de l'école galiléennc fût dans ta seule personne d'Aibanase ».

J'ai lâché de développer fidèlement le système artificieux par Icqnel Julien voulait arriver aux effets de la persécution, sansparaitre coupable, liais si le fanatisme corrompait lecœuretl'inielligencedeec prince vertueux, il faut avouer aussi queles passions humaines et l'enthousiasme religieux exagérèrent et enflammèrent les niaux des Chrétiens. La douceur et la résignation qui avaient distingué Jes premiers disciples de l'Évangile furent Fobjetdes applandissemens, plutôt que de l'imitation de leurs successeurs. L'exercice du gouvernement civil et ecclésiastique, depuis plus de quarante années, leur avait donné les vices de la prospérité \ et l'habitude de croire que les saints méritaient seuls de régner sur la terre. Lorsque le clergé fut dépouillé par Julien des privilèges dont Constantin l'avait revêtu , il s'en plaignit comme de la tyrannie la plus cruelle; et la tolérance accordée aux idolâtres et aux hérétiques devint un sujet de douleur et de scandale pour les orthodoxes *. Le peuple se

tai miifi»i ^««r« hm«hi. J'ai conservé le sens ambigu des derniers mois. Il montre l'adrtw d'un tyran qui désirait trouver el créer des crimes.

1 Les trois èpttres de Julien qui développent ses intentions « M conduite * Tégsrd d'Atfcmase doltent ttre planées ainsi, 1«,. 10, 6. (Vorer aussi Crég. de Nai., xn, p. 393; SoMnnVne, Hv.v, e. 15; Surate,). m,c. 14- Théodorel ,1. m , 69 ; el Tiilemonl, Mëm. Ecclés. , i. vin, p. 361-368, qui s'est servi des matériaux Tournis par les B Handisles. )

" Grégoire en confient franchement, f Orat. , m ,

p. et, «2.)

Eeoulor les phtnles que ta fureur cl la déraison dictent à Optatus. ( De Schismat. Donatist. , U». n , 16 17.)

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permettait toujours des actes de violence , qui n'étaient plus autorisés par les magistrats. L'autel de Cybèle à Pessinuute fut .renversé presque sous les yeux de l'empereur, et une émeute populaire détruisit le temple de la Fortune à Cësarée, ville de Cappadoce, le seul qu'on y eut laissé aux païens. Dans ces occasions, un monarque zélé pour l'honneur des dieux ne se sentait pas disposé à interrompre le cours de la justice ; et ce fut pour lui un nouveau sujet d'irritation que de voir proclamer martyrs des fanatiques qu'on avait punis comme incendiaires '. Les sujets del'empirequi professaient le christianisme ne doutaient pas de la haine de leur souverain , et tout ce qu'il faisait excitait leur mécontentement ou leurs soupçons. Dans l'administration ordinaire des lois , on devait souvent condamner des chrétiens, puisqu'ils formaient une grande partie -du peuple. Leurs frères présumaient leur innocence sans examen; ils embrassaient leur cause,euttribuaieot la sévérité du juge à l'esprit de persécution *. Ils représentaient ces malheurs , assez grands par eux-mêmes, comme le prélude des autres calamités qui les menaçaient. Julien leur paraissait un tyran cruel et plein d'astuce , qui suspendait sa vengeance jusqu'à son retour de la guerre de Perse; ils comptaient qu'après avoir triomphé de ses ennemis au dehors, il déposerait le masque pénible de la dissimulation; que le sang des ermites et des évoques inonderait les amphithéâtres, et que les chrétiens, inébranlables dans leur foi , se verraient dépouillés des droits de la nature humaine et de la société *. La crainte et la

1 Grég. de Km., Orat. m, p. 91; iv, p. 133. Il loue les habilansde Cesarée.qui eicitèreoi l'émeute. ( Voy. Soioméne,l. v, iv, u.) Tillemonl ( Mém. fccelés., t. vu, p. 649, 650) avoue que leur conduite n'était pu dans l'ordre commun; maie il ne lui reste aucun doute sur leur innocence, parce que le grand sainl Basile célébra toujours ta fête de ces martyrs.

''■ Julien lil appeler en justice la nouvelle ville chrétienne fondée i Maiuma , port de Gaza. Elle fut condamnée, et, quoiqu'on puisse attribuer cet arrêt bu fanatisme , il ne fut pas révoqué par les successeurs île Julien. ( Sozomène , I. v, c 3 ; Retend , Palestine, L u, p. 791.)

3 Grégoire (Orat. m, p. 93, 91, 95 ; Orat. îv, p. 114) dit qu'il parie d'après le témoignage des conlidens de Julien, qu'Orose ne pouvait pas connaître, (Orose, mi, 30).

(î63dep.J.-C.} haine de ses adversaires adoptaient avec crédulité toutes les calomnies ' qui pouvaient nuire à la réputation de l'apostat; et leurs clameurs indiscrètes aigrissaient un souverain qu'ils devaient respecter, et qu'il était de leur intérêt de flatter. Ils déclaraient tonjours qu'ils n'avaient que des prières et des larmes contre le tyran impie dont ils dévouaient la tête à la justice du ciel; mais ils insinuaient avec le ton du désespoir, qu'il ne fallait plus attribuer leur soumission à la faiblesse, et que, d'après l'imperfection des vertus humaines , la patience fondée sur les meilleurs principes peut être épuisée par la persécution. Il est impossible de dire jusqu'où le fanatisme de Julien l'aurait emporté sur son humanité et sur sa raison ; mais, si on pense au pouvoir et à la fermeté de l'église, on sera convaincu que l'empereur aurait plongé son pays dans les horreurs d'eue guerre civile avant d'éteindre la religion chrétienne '.

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