‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 38 sur 85 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

GtMiieriwraeni.et mort Je Jorjc». — Éinciini*. * Yafettlinicn. — Il assorie ion frère Valent aw irùne. — ■ Dernière dniiion dei empires d'Orfcnl et (TOcrîJenl. — BcroltB J« Prooopt. — Adminiairolionr.mleei mllilaire. — L'Allemagne, la Bretagne, aujourd'hui Angleterre, l'Afrique, l'Orient, le Danube. — Mort de Yoleotinien. — Se» de m fils, Grattes et Valenlinien, luccédem a l'empire d'Oceidwx.

Les affaires publiques de l'empire se trouvèrent , à la mort de Julien , dans une situatîou précaire et dangereuse, Jovien sauva l'armée romaine au moyen d'au traité honteux, mais .peut-être nécessaire ', et il mai sacra les premiers instana de la paix à rendre la tranquillité à l'eut et à l'église. La conduite de son prédécesseur, loin d'adoucir l'animosité des factions, avait enflammé la violence des querelles religieuses par des alternatives de crainte et d'espoir. L'une se fondait sur une longue possession, etl'autre«ur la faveur du souverain. Les chrétiens .oubliaient tout-à-fait le véritable esprit de l'Évangile, et l'esprit de l'église était passé chez les païens. La fureur aveugle du gèle et de la vengeance avait anéanti chez les particuliers tous les sentimens de la nature. On corrompait, on violait les lois; le saug coulait dans Les provinces d'Orient, et l'empire n'avait, pas de plus redoutables ennemis que ses propres citoyens.

JovJcn, élevé dans les principes ot dans l'exercice de la foi chrétienne, fit déployer l'étendard de la crois, à la tête des légions, dans sa marche de Sisibis a Antiocne; et le tabarum de Constantin annonça aux peuples les sentimens religieux du nouvel empereur. Dès qu'il eut pris possession du Irène, Jovieu fit passer aux gouverneurs de toutes les provinces une lettre circulaire, dans laquelle il confessait les vérité» de l'Évangile , et qui assurait l'établissement légal de la religion

• «iemaai* d'mmaafue veurum monument* presiriii-

• gem. • (Aomieu, ur, 10.)

i On «ait frappe de* mèdùR*. où Jutien «ait représenté couronné de* tanriers de la victoire et d'ennemis up*n>.(Duc^,f'Mm&i?.raM*.,p. 52. ) La Oatlwle reittaahfc w «aidée eitwagam qw «e dérMre de ses

chrétienté. Le» édits tnstdienK «le Mies tentât abolis , les -isttMMtoes eeclésiswiqftM fnran rétablies «t étend**»,*»- |B4M*V<<M* plorale «lalhewiAes «h*eoo«an«f s.qîsi eMigeMeM'àTeKMmher tne partte'detfMinoMs pubttquw*. Les>chttéulens «hantaient imam- DMmrJt les louantes (ht piewi sutsetséfir de Julien; mais Us -igtmmMf encore quel symbole ou quel concile te sMVernhl choisirait pour règléTondaMient^le de la M orthodoxe; et les querelles religieuses1! suspendues1 par la persécution •■ se tntfnmerêM w une nouvelle fnrntrt ; Les e^éques dès partis opposés se hâteMnt d'arriver a la «onr ê*Édesse ou d'Amioehe, cOHttiitfens^ar Pexpérience qu'on soldat fgnorftfrt se -déterminait par les premières impressions,1 et qne lenr sort dépendait de létif activité. Lés chemins des provinces orientales étaient -cor/veifs bV prerats liomoousrpns , ariens , semi-ariens et cunomiens, qui tftcbaîerit récipW*r(nemcbt de se devancer: Ite remplissaient Tes apparie, mens du palais de leurs dâmeors , et frrtïgsaîent l'empereur étonne d'un mélange d'argumens métaphysiques et' tf invectives personnelles1, ïovien leur recommandait l'union et la charité. Sa modération passait cbex les fougueux prélats pour une preuve 6V son indifférence; mats ils découvrirent bientôt son attachement à la foi de Nicécpar le profond respect qnll montra pour les tenus célestes du grand Athanase *, âgé de soixantedix ans. Cet intrépide défenseur de la loi était sorti de sa retraite dès qu'il avait apprit la mort de son persécuteur. Il était remonté sur son siège archiépiscopal aux acclaitta-

i Jovien rendit i l'église Tg>*r^»t> *»^<»t^ «pression forte et intifllgible. (Philostorgtus, I.' vin, r.5; DrSKftattdiH 4e Gedefror, p. 32*; Stnornêne, l'n, e. 3.) La nouvelle toi , qui condamnait le rapt on le mariage d« religieuses (Cod. Tbéod., Ife. «, tit. iiv, loi 2) est exagérée par Soiomène , qui suppose qu'un regard aroouraii , l'adultère du cœur, était puni de mort par le législateur évangétkrue.

* Compara Soerate (Ht. m , c 25) et HtitostorEe (I. un , c 6 î avec te* Dissertations de G6defroy(p. 330'.

» Lt ont «êtes» exprime brHement l'adoianon Impie et tWlraiagHOte de Jorko vis-i-ris d'Alttanase nt *r'< mtotr itr t*.9*ifnién'n. (Vovci la Lettre original' •ans Athanase, l. n,p. 33.) Grrg. deSaJiarnx (Oral. , in, p. 392) célèbre l'ami lie mutuelle de Jorirn et d'A-

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(3G3 dep. J.-C.)

tions du peuple,* et avait accepté on prévenu ' l'invitation de Jovien. La figure vénérable d'Athanase, sou courage, tranquille et son éloquence persuasive , soutinrent la réputation qu'il- avait succflasiveniew acquise à la cour de quatre souverains ', Apres s'être assuré de la confiance et de la foi de 'l'empereur chrétien, U retourna glorieusement dans sou diocèse d'Alexandrie-, qu'il gouverna pendant dix aas avec sa sagesse et sa fermeté ordinaires *. Avantde quitter Aatioche, il assura Jovien qu'un règne- long et Iranquille serait la récompense de sa dévotion orthodoxe". Le prélat «'tait persuadé, sans doute, que, dans tecas où des événemens contraires lui ôteraien t le mérite ■ de la prédiction., il lui resterait toujours celui d'an vœu dicté par t» recannaissaoea *.

Jovien eut le bonheur on la prudence d'embrasser les opinions religieuses Les plus accréditées par le nombre et-le aèla d'une faction paissante *. Le christianisme obtint, sous son règne, une victoire longue et durable, et le paganisme disparut dès qu'il ne fut plus encouragé par ht faveur de Jutien. On ferma on on déserta les temples de la plupart des villes; et les philosophes, qui' avaient abusé d'une faveur passagère, crurent qu'il était prudent de. raser leur longue barbe et

thaoaae. Lés naines d" Egypte encouragèrent le primai à faire** lOffge. (TtHeaKwl t Héra. JÊctiéstast, , kim. viu,

Ulhaaase est peint arec esprit par la Blellerie, pendant son séjour & b cour d'Àoiiodic. ( Ifist. de Jovien , 1. 1 , p. 121-148. ) H traduit les tonfereatœ de l 'empereur avec le pdiast d'Égjpl* a les de>»ife des Ariens, ï/abbe n'est pas «Blutait te plais* al cries grossières de Jovien ; nais U regarde ta partialité pour Albauase «untac une justice.

> La date de ta mort est incertaine ( Tillemont , Hem. EcclesiasL, I. rm, p. 719-723); mais la date annoD. 373, mai 2, Oui Raccorde mieui avec la raison et avec l'histoire, est eoosUlee pa/. l'histoire milieu tique de sa iie..UÙaj]rciOsscrv&zioniUtter.1l„iu,p.&l.) . ,

3 voyez les observations de V.ilesius et de Jortio. , Remarques sur l'Histoire ecclésiastique, (. rr, p. 38, sur la Lellre originale d'Athanase, conservée par Théodore! , I. iv, C. 3. Dans quelques-uns des manuscrits, cette. promesse indiswète est supprinjei! peut-tire par des catholiques^uïde.la.rettiuaiîp'nuoleur.ehe*.

'^1itu^i,ap utl.pieoiIp'rft,,i..n,n-3,) eiageieie . ., ,.

nombre des or'trjodokes„uui. conippsaieat. I* totaJite.de* Kakis uononblepeaf t'empereur Jenrlen. babiUas.,<^as.sefl^s'^tïérUlee.4ans]*ïràvoUujpeo : *.©<* A.1»jy<f *X Um^.wli -.*?* *A" ; ■**'■ de trente ou guaraBie uns, , ;„ „ ,, . ..,. , ^ -, ,,, ^w<mOh «0« WW*«i-*«f srfM'f-t' *« W»)'

de déguiser leur" profession. Les chrétiens

se mirent a même de pardonner ou de venger les insultes qu'ils avaient souffertes sons le règne précédent '. Mais Jovien dissipa les terreurs des païens par un édit sage, qui, en proscrivant' fart sacrilège delà magie, accorda à tous ses sujets l'exercice libre du coite et des cérémonies de l'ancienne religion. L'orateur envoyé parle sénat de Rome pour rendre hommage an nouvel empereur a conservé le souvenir de cette loi de tolérance. R représente la clémence comme an des plus beaux attributs de la nature divine, et Terreur comme inséparable' dé l'humanité. H réclame T indépendance des sentimens, la liberté de la conscience , et plaide éloquemment en faveur d'une tolérance philosophique , dont la superstition elle-même ne dédaigne point d'invoquer le secours dans des roothens d'impuissance. Il observe, avec raisort, que, dans leur changement de fortune, les deux religions ont été également déshonorées par d'indïgnes prosélytes, par de vils adulateurs dn souverain, qui passaient avec indifférence et sans rougît- du temple de Jupiter à la eommnmon des chrétiens*.

Dans le cours dé sept mois, les troupes romaines qui arrivaient à' Anttoche avaient éprouvé, durant une route de quinze cents milles , toutes les infortunes de la gnerce , toutes les rigueurs de I» famine et d'un climat brûlant. Malgré leurs services, leurs fatigues, et l'approche de l'hiver, l'impatient Jovien n'accorda aux hommes et aux chevaux que six semaines pour se reposer. );«mperair souffrait atec peine les railleries mordantes et' indiscrètes dés hahitans d'Anlioche »; Il était très-pressé d'arriver à Con-

1 ï SoerâW (I. in , é. 24) , Grég. de Nazisme (Oral. îv, p.l31)rt«bSm^sCOn«.P(rwnfii/w,c.Mu,p.3e9)eipliquwtlMreïltsbiessentlmens'aeïeiirrafliMirespecliTe. . > Tnemistiu*. Orat.' T, 0. 63JJ1, édHJ HardoiAi, faris, 1684. L'abbé de la Ble^erierejnariuejsdldettser nenl (ffist. de Jovien, 1. 1, p. 199) que Sozoméne a «mis de parler de la tolérance générale , et que ThemistjilK a passé SOUS sileawe fébMinsrmmt de la religion calhonque.Cbacun d'eux a rejeté w qui lui etadt désagréable, et supprime; la .natlfe de l'édil qull regardait comme

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DECADEPiCE DE L'EMPIRE ROMAIN

stantinople, de prendre possession du palais, et d'éviter que quelque compétiteur ne s'emparât de l'Europe. Hais il eut bientôt la sa. tisf action d'apprendre que l'on reconnaissait unanimement son autorité depuis le Bosphore de Thrace jusqu'à l'océan Atlantique. Par ses premières lettres expédiées de son camp de Mésopotamie, il avait confié le commandement militaire de la Gaule et de l'IIlyrie à Malarich , brave et fidèle officier de la nation des Francs , et à son beau-père le comle Lucilien, qui s'était distingué à la défense de Nisibis. Malarich refusa une commission qu'il jugeait au-dessus de ses talens, et Lucilien fut massacré à Reims dans une révolte imprévue des cohortes balayes '. Mais la prudente modération de Jovin, maître général de la cavalerie , apaisa le tumulte, et rassura la fidélité chancelante des soldats. Sa conduite mérite d'autant plus d'éloges, que Jovin n'ignorait pas les soupçons de l'empereur, et le dessein qu'il avait eu de le disgracier. Les soldats firent leur serment au nom de Jovien, avec des acclamations de joie , et les députés des armées d'Occident * saluèrent leur nouveau souverain lorsqu'il descendait du mont Taui-us, dans la ville de Tyaneen Cappadoce. De Tyane il descendit à Ancyre, capitale de la province de Galatie, où Jovien prit avec son fils, encore enfant, le nom de consul elles orsemensdu consulat1. Dadasiana*, petite ville obscure, à une égale distance de Nicéeet d' Ancyre, fut le terme

iojc t*ftovr:it. (Famosls Libellis, John. Antioc]mi,ih Excerpt ;Fafc*MWt.,pJ46.)UslibeUetf Antioefae acne» vtiii èlre tdniis que canne une autorité fort douteuse.

' Compara Aminieu (ixv, 10), qui omet le nom dus Balaves, avec Zosimc (I. in, p. 197), qui transporte la révolte de Reims i Sîrmium.

J Quos capita teholamm ordo castrensis appel tat. (AmmiaD, ht, 10, et Vales, ad locum. )

s i'ujut vagitus , pertinaciter reluclantii , ne in euruti sella veheretur tx more , id quod mox aeci4.it , pralendebat. Auguste et ses successeurs sollicitèrent respectueusement une dispense d'âge pour les fils ou les jieveinqu'ilsélevèrentaucuusulat;maJslacliairccuruledu premier Brutus n'avait jamais été profanée par un enfant.

* L'Itinéraire d'Anionin place Dadastana a t. enl vingtcinq milles romains de Kteéè,et i cent dix-sept d'Aucyre. (Itinéraire de Wesseting, p. 142.) Le pèlerin de Bordeaux réduit la distance entière de deux cent quarante-deux à cent quatre-vingt-un milles. (WeMeting, p. 571.)

fatal du voyage et de la vie de l'empereur. Il alla se coucher après un souper, peut-être irop copieux , et on le trouva le lendemain matin mort dans son lit. La cause de celle mort donna lieu à dUTérenles versions. Les uns l'attribuèrent à une indigestion occasionne par la quantité de vîn qu'il avait bue, ou par la qualité des champignons dont il avait beaucoup mangé dans la journée; d'autres prétendirent qu'il avait été suffoque durant son sommeil par la vapeur du charbon et par les exhalaisons des murs nouvellement crépis1. Les soupçons de poison' et d'assassinat n'eurent d'autre motif que te peu de recherches qui furent faites sur la mort d'un prince dont le règne et la personne furent bientôt oubliés. On transporta le corps de Jovien à Constautinople, dans les tombeaux de ses prédécesseurs. Chariton, son épouse, fille du comte Lucilien, rencontra sur sa route cette lugubre procession. Elle pleurait encore la mort violente de son père , et se flattait de sécher ses larmes dans les embrassemens de sou auguste époux. La sollicitude maternelle vint ajouter à sa douleur et à ses regrets. Six mois avant la mort de l'empereur, son fils, placé, quoique enfant , dans la chaire rurale, avait obtenu le titre de nobilissime , avec les vaincs décorations du consulat. La fortune de ce jeune prince s'était évanouie avant qu'il fût en âge de la sentir, et il porta , comme son grand-père, le nom de Varronien. Mais la jalousie inquiète du gouvernement lui rappela qu'il était fils d'un empereur. A l'âge de seize ans il en était déjà puni par la perte d'un œil , et sa malheureuse mère tremblait qu'on ne vint l'arracher de ses bras pour tranquilliser par sa mort les soupçons du prince régnant*.

I Voye* Ammien (xxv, 10) ;Eulrope(i, 18) .qui pouvait aussi être présent ; Jérôme (t . i, p. 26) , ad Beliadort*m;Orosiu6(ïiu,3i);Sozomene{l. tj. c. 0); Zosimc, (L m, p. 97-198), eiZûuaris(L. u, 1. un, p. 28, 29.)

î Ammien , dérogeant a sa candeur et à son non sens ordinaire, compare la mort du débonnaire Jovien à celle du second Africain, qui excita la crainte et le ressentiment de la faction populaire.

i Chrysos tome, 1. 1, p. 336-344, édiL Montfaucon. L'orateur chrétien essaie de consoler Chariton , veuve de Jovien , par l'exemple des illustres infortunés. Il remarque que, de neuf empereurs qui avaient régné de son temps, en r

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(364 dep. J.-C.)

Après la mort de Jovïen , le trône resta * dix jours sans maître. Les ministres et les généraux tenaient toujours les conseils, et exerçaient les fonctions dont ils étaient spécialement chargés. Ils maintinrent l'ordre public, et conduisirent paisiblement l'armée à Nicée en Bithynie, où se devait faire l'élection ■.

Dans une assemblée solennelle, les officiers civils et militaires de l'empire offrirent unanimement, pour la seconde fois, le diadème à Salluste , qui eut encore la gloire de le refuser ; et, lorsque, pour rendrehommage aux vertus du père , on proposa de nommer son fils, le préfet déclara aux électeurs, avec la fermeté d'un citoyen ïélé, que le grand âge de l'un, et la jeunesse sans expérience de l'autre, étaient également incapables des travaux pénibles du gouvernement. On proposa plusieurs prétendaos, dont, après examen, aucun ne fut jugé digne d'être accepté. Mais, au nom de Valeminien, tous les suffrages se réunirent à celui de Salluste en faveur de ce brave officier. Valentinien * élait fils du comte Gratien, né à Cibalïs en Pannonie, qui, par sa force extraordinaire et ses rares talons, était parvenu d'un état obscur au commandement militaire de l'Afrique et de la Bretagne, d'où il s'était retiré avec une immense fortune et «ne probité fort suspecte. Le rang et les services de Gratien contribuèrent cependant à l'avancement de son fils, et lui procurèrent l'occasion de déployer ses talens et sa supé-

it Gallus, Constantin et Constance étaient les seuls qui eussent terminé leur fie par une mort naturelle. De telles consolations n'ont jamais eu te pouvoir de sécher une seule larme.

' Dii jours paraissent a peine sulBêans pour la marche et pour l'élection; maison peut observer 1* que les généraux avaient le rtroitdesesemrdes postes pour eux , pour leur suite et pour leurs commissions; 2" que les troupes , pour le soulagement des villes , marchaient en plusieurs divisions , et que Tavant-gardc pouvait être arrivée àKicéetandiâ que l'arrière- garde était encore à Ancyr*.

2 Annnien, xxn, (;Zosime, 1. m, p. 198; Philoslorge , t. vin, c. 8 , et Godefroy,I>isserl., p. 331. Philostorse, qui semble avoir rassemblé des détails curieux et authentiques , attribue le choix de Valentinien au préfet Salluste, au maître général Arynlhénc, a Dagalaiphus, comte des domestiques, et au patricien Dalianus.

s Ammien (m, 7-*) et Victor le Jeune ont donné le portrait de Valentinien, qui précède naturellement et éclaircit l'histoire de son règne.

riorilé sur tous ses compagnons d'armes. Valentinien avait la taille liante, la figure noble et agréable. Le feu de ses regards annonçait l'intrépidité de son Ame ; ils frappaient ses ennemis de crainte, et ses amis d'admiration. Le courage de Valentinien était secondé par une force de corps et de constitution dont if avait hérité de son père. Chaste et frugal par habitude, il conservait, par l'exercice de ses vertus, sa vigueur , sa propre estime et celle du public. Élevé dans les camps, au milieu du tumulte des armes, ayant en peu de loisir pour se livrer à la littérature, il ignorait la langue grecque et les règles de l'éloquence ; mais son courage , que rien ne pouvait étonner, Ini donnait la facilité d'exprimer son opinion dans toutes les occasions avec autant de clarté que d'assurance. Valentinien n'avait étndié que les lois de la discipline militaire, et il se fit bientôt distinguer par son infatigable activité, et par la sévérité inflexible avec laquelle, il exigeait des soldats l'exactitude dont il donnait l'exemple. Sous le règne de Julien , il s'était audacieusement exposé a sa colère par le mépris qu'il montrait publiquement pour la religion de cet empereur'. L'examen de sa conduite postérieure donne lieu de penser que son indiscrétion fut plutôt l'effet de la violence militaire que de la dévotion chrétienne. Julien lai pardonna , et continua d'employer un homme dont il estimait le mérite *. La réputation que Valentinien avait acquise sur les bords du Rhin prit un nouvel éclat dans les événetnens variés de la guerre de Perse. La rapidité et le succès avec lesquels il exécuta une commission importante lui valurent la faveur de Jovicn, et le commandement delà seconde compagnie de ses gardes. Parti d'Amioche avec l'armée, Valentinien était ar-

< A Anlioche , avant été obligé d'accompagner Julien an temple , il frappa nn prêtre qui voulut le purifier avec l'eau lustrale. (Sozomêue.l. vt, c' 6 ; Théodorel , 1. in, c. 15.) Celte fierté pouvait convenir* Valentinien; mai» clic ne méritait pas la délation du philosophe Maxime , qui suppose quelque offense plus personnelle. ( Zosime , liv.iv, p. 200-201.)

i Socrale , I. iv. Il parle d'un exil à Mélitène ou a Thrjbaïs; le premier est possible. (Voy. Soiomène, 1. n, c. 6 ; et Philostorgc , I. vin , c. 7 ; les Dissertations de Godelrov, p. 393. )

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rivé dan* m quittera d'Aneyre sans prévoir la fortune qui l'attendait , et sans faire aucune démarche pour l'obtenir. Il fut appelé au trône de l'empire dans la quarantetroisième année de son âge, sans crime et sans intrigue. Le vœu des ministres et des généraux aurait eu peu de valeur s'il n'eut pas été confirmé par l'approbation de l'armée. Le vénérable Salluste, qui avait été souvent témoin des cabales et des dissensions de ces nombreuses assemblées, proposa de défendre, sous peine de mort, à tous ceux dont le rang militaire pouvait former un parti, de se présenter à la cérémonie de la prochaine inauguration. Telle était cependant encore l'influence de l'ancienne superstition, qu'on différa d'un jour dans ces pressantes circonstances , parce que le jour qu'on avait choisi tombait sur l'intercalaire de l'année bissextile1. Quand le moment fut jugé favorable, Valentinien parut du haut d'un tribunal. L'assemblée applaudît à un choix si judicieux , et l'empereur reçut le diadème aux acclamations de toute l'armée, qui l'environnait. Hais, quand il annonça, par un geste de sa main, qu'il allait haranguer les soldats, un murmure s'éleva dans tous les rangs ; d'impérieuses clameurs se firent bientôt entendre, et pressèrent le nouveau monarque de se nommer un collègue. L'intrépide sang-froid de Valentinien obtint de la multitude un respectueux silence, et il lui adressa le discours suivant : < Camarades, vous étiez encore les t maîtres, il y a peu d'instans, de ne point

> m'élever à l'empire : vous avez jugé , par

> l'examen de ma vie, que j'étais digne du » trône; et c'est ù moi dorénavant à m'occu-

* per de l'intérêt et de la sûreté du monde

• romain. Je ne me dissimule point combien » cette tache est au-dessus des forces d'un

> faible mortel. Je connais les bornes de mon

■ Ammieu, dans une digression longue, parce qu 'die est déplacée (un, 1 , et Valesîus.oJ locum ), 6Upi>o&e aasex légèrement qu'il comprend une question astronomique a laquelle ses lecteurs n'entendent rien. Ceusorinns (de Die natati, t. 20) , et Macro be{Satunmt. , 1. i, c. 12-16) , traitent ce sujet avec plus de sens cl de jugement. La dénomination de bissextile , qui marque Tannée funeste , est dérivée de la répétition du sliitme jour des calendes de purs. (Augustin, ad Januarium, epitt.m.)

(364 dep. J.-C.t

• intelligence, et je sais que ma vie est în-

> certaine. La demande que vous m'avez faite

• d'un collègue est conforme à mon inleu- » tîon ; mais, quand la discorde peut être fu-

• neste, on ne doil se déterminer dans le » choix d'un ami sincère qu'après dé mûres » délibérations, et c'est à moi seul à les faire.

> Allez vous reposer et vous tranquilliser » dans vos quartiers. Vous pouvez compter

• sur la gratification d'usage a l'avènement

• d'un nouvel empereur '. » Les soldats , frappés d'un mélange de surprise, de crainte et de satisfaction, obéirent à la voix de leur maître, et Valentinien, accompagné des aigles des légions, des étendards de la cavalerie, et des drapeaux du reste de l'armée, marcha vers le palais impérial. Le nouvel empereur, semant combien il était important de prévenir une démarche imprudente de la part des soldats, assembla les chefs, et Dagalaiphus , chargé de déclarer a Valentinien leurs véritables senlimens, lui dit avec une noble franchise : « Prince, si vous préférez à

• tout l'avantage de votre famille, vous avez

> un frère qui doit fixer votre choix ; niais, si

> l'intérêt public l'emporte dans votre âme ,

> cherchez le plus digne d'entre les Romains'.» L'empereur, dissimulant le déplaisir qu'il ressentait d'un avis auquel il ne voulait point déférer, se rendit, à petites journées,dcNirt.V à Nicomédïe , et enfin à Gonstantinople '. Dans un des faubourgs de cette capitale, trente jours après sa propre élévation , il donna le titré d'auguste à son frère. Valent. Les patriotes les plus hardis se soumirent respectueusement à sa volonté , convaincus qu'en s'y opposant ils sacrifieraient leur vie, sansétredeia moindre utilité àleuis concitoyens. Valens était dans la trente-

< Le premier discours de Valentinien est diffus dans Ammieu (iin , 2) , concis et sentencieux dans PhUottorge (Ut. vin, e. 8).

1 SI tuos amas, imperator optime, habes fralrem. Si rempublteam , quatre quem vestias. (Âmmlen, un, 4.} Dans le partage de l'empire, Valentinien conserva pour lui ce sincère conseiller (c 6).

'Insuburbano ( Ammien, xivi.l). Le fameux Hebdomon ou Champ de Mars était à sept stades ou a sept milles de ConsUnlinople. (Voyei Talesîus et son frère, ad toc., et Ducange, Court,!, it, p. 140, 141, 172,

ira.)

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(36&dep.J.-C.) sixième année de son âge; mais ses talons n'avaient jamais eu aucune occasion dcs'exercerdans les emplolscivils ou militaires, et son caractère personnel ne laissait pas de grandes espérances. Il avait cependant une qualité qui le rendit cber à Valentinicn, et conserva la paix intérieure de l'empire. Sa reconnaissance et son attachement pour son bienfaiteur furent toujours invariables. Valensreconnuidocilement, dans toutes les circonstances de sa vie, la supériorité du génie et de l'autorité de son frère '. '

Avant de partager les provinces, Valenttnien voulnt réformer l'administration de rempire. 11 invita les sujets qui avalent été Ou opprimés ou molestés sous le règne de Julien, de quelque classe qu'ils fussent, à présenter publiquement leurs accusations.' Un silence général rendit hommage à la vertu deSallasie1, et attesta l'intégrité sans tache de ce préfet. Valentinien refusa d'accepter la démission de ses emplois, et le rétînt àla cour par les plus honorables protestations d'estime et d'amitié. Hais, parmi les favoris du dernier empereur, plusieurs avaient abusé de sa crédulité ou de sa superstition , et ils ne pouvaient plus espérer ni l'appui de la faveur, ni celui de la justice*. Ou destitua la plus grande partie des ministres du palais et des gouverneurs de province ; mais Yalentïnien sut distinguer de la foule coupable les officiers qui s'étaient fait remarquer par leur mérite; et il parait que, malgré lesclameurs du zèle et du ressentiment, cette réforme fut conduite avec sagesse et modération *. tes réjouissances du nouveau règne éprouvèrent une interruption passagère par l'indisposition 'soudaine et suspecte des deux empereurs. Dès que leur santé fut rétablie, ils' quittèrent Constantiuople au' cotrr-

i Participent guidem legiiimum potestaUs ; sed in modimf apparUoris, inorigerxm , ut progrediens aperUt textus. (Ammien, xxh,4.j

1 Malgré l'autorité de Zonaras, de Suidas, .et de ta Chronique Pasc., M. de Tillemont fHist. desEmpér., t. v, p. 671) désire révoquer. endoule des histoires. si avantageuses pour un païen.

3 Eunape célèbre et exagère les souffrances de Maxime (p. 82, 83). Cependant ii convient que ce sophiste ou magicien ;'raïori coupable de Jlilieh, et ennemi personnel de Valentinicn , ne fut condamné qu'à ane légère amende.

* L'accusation d'une réforme générale tZosime,l.i", p. 201) e§t réfutée par Tïlleuioiit (iv,p.21 ). ' CJBBOH, I.

mepeement du printemps, et terminèrent solennellement le partage de l'empire dans le château ou palais de Médiana, à trois mille de Naissus '. Valentinîen céda a son frère la riche préfecture de l'Orient, depuis le bas Danube jusqu'aux confins delà Perse, et réserva pour lui les préfectures guerrières de flllyrte, de l'Italie et de la Gaule, depuis l'extrémité de la Grèce Jusqu'au mur Calédonien, et depuis le mur Calédonien jusqu'au pied du mont Atlas. L'administration provinciale Conserva son ancienne base ; maïs deux cours et deux conseils obligeaient dé doubler les minisires et les généraux. On eut égard dans ia répartition aux mérites et à là situation particulière et on créa sept maîtres généraux de cavalerie et d'infanterie. Après avoir paisiblement terminé celte affaire importante, Yalentinien et Valen s s'embrassèrent pour la dernière fois. L'empereur de rOccîdent fixa sa résidence principale à Milan , et le souverain de l'Orient partit pour Constailinople, chargé du gouvernemcntde cinquante provinces dont il n'entendait pas la langue *. La tranquillité de l'Orient ne tarda pas a être troublée par une révolte , et la puissance de Yatens fut menacée par l'entreprise audacieuse d'un rival qui n'avait d'autre mérite qn'une alliance avec Julien ■ , dont on lui faîsait un crime. Procope s'était rapidement élevé du poste obscur de tribun et de notaire au. commandement de l'armée de Mésopotamie, et Tepublic le regardait déjà comme le successeur d'un prince qui n'avait point d'héritiers. Ses amis, ou plutôt ses ennemis, répandaient que Julien f/ayait' secrètement' revêtu de Ta pourpréàCarrhes,dans"fetemp|edelaLnne*.

' Ammien, ixtl, 5.

* Àmmien (ift en termes ragtJM : Subagrtstfi tngèlUi, ner. bttlioi*-, ma tUurtttibait slikUit cmdltut. (Ammleu, iuj, .14) L'«roteur Ttieoùiliu* , avec la vanité oriiiuaire a sa nation, déclara désirer, pour la première rois, pouvoir parler la langue latine, parce qu'elle est l'idiome de son souverain , «'» Junior */«- T»nf.(Dm(. vi, p.7(.)

' Ce degré incertain d'alliance ou de consanguinité est exprimé par m^m , cognalus , coruobrinus. (Voyez Yalestus , ail Jmmian., xiut, 3.) Uimérede Procope pouvait être sœur de Kasilinael du comte Julien, la mère et l'onde de l'aposlat. (Dueange, Fam. Byzant., p. 49.) ' * Ammien, uni, 3; ni, 6. I) raconte ce fait en hésitant : i'usuiTavU obscarior frima; nemo enim ilictt

Il lâcha de désarmer lajalousiedeJovienpar une conduite docile et soumise; et, après avoir quitté sans résistance son commandement militaire, il alla, suivi de sa mère ei de sa famille, cultiver l'ample patrimoine qu'il possédait dans la province de Cappadoce. L'apparition d'un officier et d'nne troupe de soldats vint le troubler cruellement dans ses innocentes occupations. Ils étaient chargés par Valens et Valentinien d'arracher l'infortuné Procopedes bras de ses parens, et de le conduire ou à une prison perpétuelle ou à une mort ignominieuse. Sa présence d'esprit lui conserva pendant quelque temps la vie, et lui procura une mort moins obscure. Sans faire ta moindre résistance à l'ordre des empereurs, il demanda le- délai de quelques momens pour embrass er et c otisoler sa fa mille; et, tandis qu'il endormait la vigilance de ses gardes par un repas copieusement fourni des meilleurs vins , il gagna adroitement fa côte de la mer Noire, d'où il passa dans la province du Bosphore. Dans celte région éloignée il resta plusieurs mois exposé a tous les tourmens de l'exil , de la solitude et du besoin, aigrissant ses peines par la mélancolie naturelle à son caractère , et craignant sans cesse que tes barbares ne découvrissent son nom et ne violassent, sans scrupule, les lois de l'hospitalité. Dans un moment d'impatience et de désespoir, il s'embarqua sur un vaisseau marchand qui cinglait pour Constantinople, et forma le projet audacieux de disputer le trône à ses persécuteurs, puisqu'ils ne voulaient pas le laisser vivre en paix dans la classe de leurs sujets. Aprèsavoir rôdé furtivement dans les villages de la Bîtliynie, changeant souvent de nom, d'habits et de retraite ', il se hasarda enfin à entrer dans la capitale, et a confier son sort et sa vie a la fidélité de deux amis, un sénateur et un eunuque, qui Ini

œtctor extitU vents. C'est an moins une preuve que Procope était païen. Cependant sa religion ae semble avoir en ancuae influence ou favorable ou contraire i ses

< 11 prit pour retraite la maison de campagne d'Euno- Btlua l'hérétique, dans l'absente du maître , qui n'en rat point instruit, et qui échappa cependant avec peine a une •entente de mort. Il lut banni dans la partie la plus lointaine de la Mauritanie. (Phnottorg., 1. h, c. 5-8' et Godefrov, Diuert. p, 369-378.)

(365 dep. J.-C.) donnèrent quelques espérances fondées sur le désordre des affaires publiques, et sur le mécontentement général. On regrettait l'intelligence et l'équité de Salluste, a qui Valens avait imprudemment été la préfecture de l'Orient; et l'empereur se faisait généralement mépriser par une brutalité sans vigueur , et par une faiblesse dépourvue d'humanité. Les peuples craignaient l'influence de son beaupère Petronius, patricien et ministre avide, qui exigeait rigoureusement tousles arrérages des tributs qui étaient dus depuis le règne de l'empereur Aurélien. Toutes les circonstances favorisaient les desseins d'un usurpateur. Valens était retenu en Syrie par les préparatifs et les hostilités des Persans. Du Danube a l'Euphrate , les soldats marchaient de tons côtés, et la capitale se remplissait successivement des troupes qni traversaient le Bosphore. Les conspirateurs séduisirent deux cohortes de Gaulois, par la promesse d'une forte gratification; et leur vénération pour Julien les lit aisément consentir à détendre les droits de son parent opprimé. Au point du jour, ils se rangèrent en bataille près des bains d'Anastasc; etProcope, vêtu d'un faabit de pourpre, plus convenable à un histrion qui un souverain, sembla sortir du sein de la mort au milieu de Gonstantinople. Les soldats, préparés à sa réception , saluèrent leur prince tremblant avec des cris de joie et des sermens de fidélité. Leur nombre s'accrut de vigoureux paysans qu'on rassembla dans les villages des environs; et Procope fut successivement conduit, sous leur protection, au tribunal , au sénat et au palais impérial. Durant les premiers instans de ce règne tumultueux , le morne silence des citoyens surprit et épouvanta l'usurpateur. Ils ignoraient la cause du tumnlte, ou ils en craignaient l'événement. Mais la force militaire de Procope était supérieure à tout ce qu'on pouvait lui opposer. Les mécontens accouraient sons ses drapeaux ; les pauvres étaient encouragés par l'espoir , les riches étaient intimidés par la crainte d'un pillage général ; et la multitude crédule se laissait encore abuser par les avantages que les rebelles leur annonçaient. On saisit les magistrats; on enfonça les prisons et les arsenaux; on s'empara du port et des portes de la

dbyGoOgle

(»6dep;J.-C.)' ville; et, dans peu d'heures, Proeope se trouva maître absolu mais éphémère dans la capitale de l'empire. L'usurpateur profila avec adresse et courage d'un succès si peu espéré. Il fit répandre les bruits les plus favorables uses intérêts ; et tondis qu'il trompait le peuple, en recevant les ambassadeurs imaginaires des nations les plus éloignées, les corps d'armée , portés dans les villes de la Thrane et dans les forteresses du bas Danube, se laissaient insensiblement entraîner à la révolte. Les princes des Goths fournirent au souverain de Constaniinople le secours formidable de plusieurs milliers d'auxiliaires. Ses généraux passèrent le Bosphore , et soumirent , sans erforts, les provinces riches et désarmées de l'Asie et de la Bilhynie. Après une défense honorable, la ville et l'ile deCysique se rendirent à ses armes. Les légions renommées des Joviens et des ilercultens embrassèrent la cause de l'usurpa leur, qu'elles avaient l'ordre d'anéantir; etfConune les vétérans étaient sans cesse recrutés par des levées nouvelles , Procope parut bientôt à ta tète d'une. armée dont le nombre et la valeur a'étaiem point au-dessous de son entreprise. Le lils d'Hormisdas ', jeune prince plein de valeur et d'intelligence , se déclara en sa faveur' contre le souverain légitime de l'Orient , et l'usurpateur le revêtit du titre et de l'autorité des anciens proconsuls. Fanslioe, veuve de l'empereur Constance, épousa Procope, et lui confia sa personne et celle de sa fille : cette auguste alliance donna du lustre au parti des rebelles, et le rendit plus respectable aux yeux du peuple. La princesse Constantin, âgée d'environ cinq ans, suivait dans one litière la marche de l'armée ; son père adoptif parcourait les rangs en la portant dans ses bras, et sa vue enflammait l'enthousiasme des soldats*. Ils se rappelaient la

■ ilormmlœ mataro jweni Hormisda rcgalis U~ lias filin , potestatem proconsulis iletitlit ; cl cieUia , more veterum, etbella, rechtro. ( Atnmicn, ïïvi, 8.) Le prince de Perse s'en tira honora Me ment , et Rit rétabli (an. D. 380) dans k même office de proconsul de la Bilhynie. ( Tillemonl , Bist. desEmper., Lv, p. 201.) J'ignore si la race de Sassan se perpétua. Je trouve (an. D. su ) un pape «lu nom d'rlortnisdfre ; mais il était né à Frusino, en Italie. (Pagî.,ffrw. Pontifie. , 1. 1, p. 247.)

2 La jeune rehrtteflit ensuite mariée a l'empereur Cratier» ; mail elle mourut peu de temps après , et «a«s laisserd'ennms. (V.Dueaage, Famil. Byzantin, p. 48-50.}

gloire de la maison de Constantin, et ils jurèrent tous de défendre, jusqu'à la dernière goutte de leur sang, le tendre rejeton de cette race royale '.

Valentinien reçut avec inquiétude des avis incertains sur ce qui se passait dans l'empire d'Orient. Une irruption des Germains le forçait à s'occuper principalement de la sûreté de ses propres états. Les ennemis s'étaient emparés de toutes les communications, et faisaient adroitement répandre que là défaite et la mort de Valens avaient rendu Procope paisible possesseur de toutes les provinces de l'Orient. Valens n'était pas mort; mais, en apprenant à Césarée la première nouvelle de la révolte, il désespéra lâchement de sa fortune et de sa vie, proposa de traiter avec l'usurpateur, et n'eut pas honte d'avouer le dessein d'abdiquer la pour-' pre et l'empire. La fermeté de ses ministres et l'habileté de ses généraux sauvèrent malgré lui le timide monarque. Dansuntempsde paix, Snllusie avait quitté son emploi sans murmure; mats, dès que la sûreté publique fait attaquée, il eut la noble ambition de contribuer à la rétablir. En lui rendant la préfecture d'Orient, Valens satisfit les peuples, et ramena les esprits qu'il avait aliénés. Le parti de Procope semblait commander à des provinces soumises etù depuissantes armées; mais la plupart des principaux officiers civils et militaires s'étaient retirés du tumulte de la révolte , ou guettaient le moment de trahir V usurpateur. Lupicinus accourait avec les légions de Syrie au secours de Valens. Arintheus qui, pour la force, la valeur et là beauté , surpassait tous les héros de son Age, attaqua un corps nombreux de rebelles avec la petite troupe qu'il commandait. Quand il reconnut parmi eux les soldats qui avaient servi sous ses drapeaux, il leur cria d'une voix de tonnerre de saisir et de lui livrer leur prétendu commandant; et tel était l'ascendant de son génie, qu'ils lui obéirent sans hésiter '. Arbétion , respectable vétéran du

i Seqiiimini CuLminis lummi prosapiam , dit Procope , qui affectait de mépriser la naissance obscure et l'élévation subite du parvenu pannonien. (àmmieo, wn, 7.) .

* Et Uedignatus homUum superare eertamtae <J«#-

grand Constantin et ancien consul, se rendit aux soit ici talions, et quittant sa paisible retraite, accepta le commandement d'une armée. Dans le fort du combat , il ôta froidement son casque, et, découvrant sa figure vénérable et ses cheveux blancs, salua les soldats de Procope , en les appelant ses enfans et ses compagnons; il les exhorta à ne pas partager plus long-temps le crime d'un usurpateur méprisable, et à se réunir au vieux général qui les avait si souvent conduits à l'honneur et à la victoire. Les troupes de Procope, séduites par les conseils et par l'exemple de leurs officiers, l'abandonnèrent dans les doux combats de Thyatire* et de Narcosie. Après avoir erré dans les bois et les montagnes de Phrygie , il fut trahi par ses % compagnons découragés, qui le traînèrent dans le camp impérial , où on lui abattit surle-champ la tête. Procope partagea le sort ordinaire des usurpateurs vaincus; mais les horribles cruautés que son vainqueur exerça sous les formes de la justice firent naître l'indignation et la pitié dans tous les cœurs *. Telles sont à la vérité les suites naturelles du despotisme et de la révolte. Mais on regarda comme le symptôme funeste de la colère du ciel ou de la dépravation des hommes1 les recherches vigoureuses que Va-

picabilem, auctorittitU et eelsi fiducie corporis, ipsU hoitibut jussit, tuam vincire reetortm : alque ita turmarum antesignanus umbratUU compraisus montai mandais. Saut Basile célèbre la tarte et la beauté d'Ariolbeus, nouvel Hercule, et il suppos»que Dieu l'a créé comme un modèle inimitable de la perfection humaine. Les peintres ni les sculpteurs ne parvinrent jamais à saisir sa ressemblance , el tes historiens paraissaient f.ibulcux lorsqu'ils racontaient ses exploits. (Animien , ixïi , et Vules., ad locum.)

■ Ammîon place le champ de bataille en Lrcie, et Zosime à Thyatire; ce qui but une différence de cent cinquante milles ; mais Tbyatira alluitur Lyeo (Pline, HLst. fSat., v., 31 ; Cellarius, Gcogr. ArdUq., t. u, p. 79); et ks copistes ont pu convertir une petite rivière en une grande province.

ï Les aventures, l'usurpation et la chnlede Procope sont racontées régulièrement parAmmien (nen, 6, 10), et par Zoslme (I. iv, p. 203-210). Ils s'éclairent réciproquement, et se trouvent -rarement en contradiction. Themislius (Oral, vu, p. 91, B2) ajoute quelques InuauRes serviles, et Eunape quelques satires malignes (p. 83, 84).

3 Ubanius, de uteiscend. Julian. ntee, c. 9, p. 158, 150. Le philosophe déplore la frénésie publique; mais il u attaque point après leur mort la justice des empereurs,

EMPIRE ROMAIN, (365 dep. J.-C-J

lens et Valentinien firent durant leur règne sur le crime de magie '.N'hésitons pas à regarder comme la gloire de notre siècle, le mépris avec lequel tous les paya éclairés de l'Europe rejettent un préjugé odieux et cruel , adopté autrefois dans tous les systèmes d'opinions religieuses*. Toutes les nations et les sectes qui composaient l'empire romain admettaient avec autant de crédulité que d'horreur la réalité de cet art infernal1, et le croyaient également capable d'arrêter le cours des astres et de confondra la raison des humains. Tous les peuples redoutaient la puissance mystérieuse des sortilèges et des enchan tenions > des herbes et des cérémonies ridicules qui pouvaient ©1er on rendre la vie, enflammer les passions de l'âme, anéantir les œuvres de la création, et arracher aux dénions la connaissance de l'avenir. Ils étaient assez inconséqaena pour croire que cette suprême puissance sur le ciel , la terre et les enfers , était exercée par de vieilles sorcières ambulantes , qui passaient leur vie méprisable dans la misère et l'obscurité4. Les lois de Rome et l'opinion publique condamnaient également fart de la magie ; mais comme elle tendait à satisfaire

1 Les jurisconsultes anglais et français de notre siècle croient i ta tliiorie, mais nient lapratique de la magie. (Denisart, Recueil de Décisions de Jurisprudence, an mot sorciers, t. iv, p. 653; Comment, de BlaeksUme, t. ir, p. 60.) Comme la saine raison va toujours plus loin que la sagesse publique, le président rejette toui-a-fitit l'existence de la magie. (Montesquieu, Esprit des lois , L ni, c. 56.)

i Voyez les Œuvres de Bayle, t. m, p. 567-580. La sceptique de Rotterdam déploie, selon sa coutume, beaucoup d'esprit et de vivacité, mais beaucoup d'incertiluda dans ses connaissances.

1 Les païens distinguaient ta bonne et la mauvaise magie par tes déuoniiaalBHis de Tbéurgûnte et de Gœtique(HisL de l'Acad., etc., t. vu, p. 25); tuais ils n'auraient pu défendre celte distinction obscure contre la logique serrée de Bayle. Dans le système des Juifs el des chrétiens , tous les démons sont des esprits infernaux , et tout commerce avec eux est un crime digne de mort el dii damnation éternel le.

* La Canidia d'Horace (I- T', od. 5 , et les notes de Dacier et de Sanadon) est une magicienne connue. L Herielho de Lucain (Pharsaie, 1. vi, 430-830) est souvent ennuyeuse et même dégoûtante, mais quelquefois Ublime- Elle reproche ani furies leur délai, et les menace de les appeler par leurs véritables noms, de révéler les secrets d'Hécate, et d'invoquer ks puissances secrètes qui habitent au-dessous des enfers.

(3Gfi dcp. J.-C.) les plus impétueuses passions du cœur humain, on la pratiquait maigre les défenses et les cnùlimens '. Une cause imaginaire produit souvent les plus funestes effets. On prédisait la more d'uu empereur, ou le succès d'une conspiration pour animer l'espoir de l'ambition et rompre les liens de la fidélité; et le crime d'intention, puni par les lois contre la magie , était aggravé par les crimes réels de sacrilège et de trahison'. Ces vaines terreurs troublaient la paix de la société et le bonheur des citoyens. La flammeqtu fondait naturellement une figure de cire pouvait devenir trèsdangereuse en effrayant l'imagination de celui que celte figure était destinée à représenter1. De l'infusion des herbes auxquelles on supposait une influence surnaturelle, on passa bientôt à l'usage de poisons plus actifs ; et l'imbécillité des hommes servit de masque et d'instrument aux crimes les plus atroces. Dés que les ministres de Valons et de Valentinien eurent encouragé le zèle des délateurs, ils se trouvèrent forcés de recevoir l'accusation d'un crime trop souvent uni aux désordres de la vie domestique , auquel la pieuse et excessive rigueur de Constantin avait infligé la peine de mort*. Ce dangereux mélange de trahison et de magie, d'empoisonnement et d'adultère, présentait des gradations infinies de crime et d'innocence, que la violence et la corruption des juges semblent avoir

■ Geiuu hominum poientibus infUlum, speranlihus faOax, quod in civitate nostra et vetabitur semper et retinebitur. (Tarit. , Bist. i , 22). (Vojex Augustin, de Civttate Dei, I. rai, c 19, cl le Code de Théodose, I. n, Ut. m, met les commentaires de Godefruy.

* Une consulta lion criminelle eau» la persécution d'Antfoetw. On rangea les vingt-quatre lettres de l'alphabet autour d'un trépied magique, et un grand aimera placé dans le centre désigna , en balançant, les quatre lettres e, e, 0,A.TWo*VrnM exécuté peut-etreaveebeaueoap d'autres , qui avouèrent les syllabes fatales. Lardner (Témoignage des Païens, vol. tt, p. 853-372) a examiné trts-ntlnutieusement ce mît obscur du règne de Valens.

(ïllïll.. I

ffl.l

lion, et augmenter la maladie dfc Gerinanicus. (TaciL,

* Voyei HeÙMCcÛK, Antiqaitat. Jura romani, t. n, p. 353; CodedeTbéod., I. a. Ut. 7; et m Comment, de Godefrov.

confoudues. Ils découvrirent aisément que la cour impériale n'estimerait leur adresse et leur intelligence qu'en proportion du nombre des sentences capitales émanées de leurs tribunaux. Me se déterminant à absoudre qu'avec la plus grande répugnance , ils admettaient le témoignage d'hommes précédemment convaincus de parjure, et condamnaient, sur des aveux arrachés par les tortures , les citoyens les plus estimés , quoique accusés des crimes les moins probables. Les délateurs fournissaient tous les jours de nouveaux sujets de poursuite criminelle, et quand leur imposture était découverte, ils se retiraient avec impunité ; mais la malheureuse victime qui trahissait ses complices réels ou prétendus obtenait rarement la vie pour prix de son infamie. On traînait de l'extrémité de l'Italie et de l'Asie les vieillards et les entons enchaînés au tribunal de Rome ou d'Antiocbe ; les sénateurs, les matrones et les philosophes expiraient dans les tortures et dans les supplices les plus ignominieux. Les soldats chargés de garder les prisons déclaraient, avec des murmures d'indignation et de pitié, qu'ils n'étaient point assez nombreux pour s'opposer à la fuite ou à la résistance de la multitude des citoyens qu'on y entassait. Les amendes et les confiscations ruinaient les familles les plusopulentes. Les citoyens les plus innocens tremblaient pour leur vie ; et nous pouvons nous faire une idée de l'étendue du désordre, par l'assertion exagérée d'un ancien écrivain , qui prétend que les exilés , les prisonniers et les fugitifs composaientda plus forte partie des habitans '.

Lorsque Tacite décrit la mort des citoyens illustres et innocens que les premiers césars sacrifièrent à leur vengeance , l'éloquence de l'historien ou le mérite des victimes nous fait éprouver vivement les sentimens de la pitié, de la terreur et de l'admiration. Ammien a dessiné ses tableaux sanglans avec une exactitude fastidieuse et rebutante; mais

1 Amaiien (nnn, 1; un, !, 2; et Zosime, I. ir, p. 216-218) décrivent et exagèrent probablement U persécution de Home et d'Antiocbe. On accusa le philosophe Maxime de magie avec une apparence de justice (Ëunape, inf-'U.SopMtt.,p.m,m); et le jeune Chrysostome , qui trouva par hasard un de ces livres proscrits , se crut perdu. (Tillemont. Ilisl. des Emper., 1. *, p. 340.)

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noire attention n'étant plus soutenue par le contraste de la servitude et de la liberté , de ta grandeur récente et de la misère du moment, nous détournons les yeux avec horreur de la multitude d'exécutions qui déshonorèrent à Rome et à Antioche le règne des deux empereurs'. Valens était timide*, et Valcntînien était emporté \ Valens avait pour premier principe d'administration de tout sacrifier au soin de sa sûreté personnelle. Confondu dans la classe des citoyens, il baisait en tremblant ta main du tyran. Placé sur le trône, il voulut assurer la docilité des peuples par la terreur qui avait subjugué son âme. Les favoris de Valens obtenaient, par la rapine et par les confiscations , des richesses que son économie leur aurait refusées 4. Us employaient leur éloquence à lui persuader que, dans les cas de trahison, les soupçons équivalaient à une preuve , que la faculté de se rendre criminel en supposait l'intention, que l'intention était aussi punissable que l'action , et que tout citoyen méritait la mort, dès que sa vie menaçait la sûreté ou troublait te repos de sou souverain. On trompait souvent Valentinien, on abusait de sa confiance; mai» le sourire du mépris aurait imposé silence aux délateurs, s'ils eussent entrepris d'effrayer l'empereur par l'annonce du danger. Ils faisaient l'éloge de son amour pour la justice; mais, en pratiquant celte vertu, Valentinien était souvent tenté de regarder la clémence comme une faiblesse , et la sévérité comme une vertu. Tant qu'il

i Consulte? les si i derniers livres d'Ammlen, et plu* parliculUremenl les portraits des deui augustes frères (xii, 8, 9; nu, 14). Tillemont a rassemblé (t. v, p. 12-16; p. 127-133) ce qui s'est dit des vertus et des vices de l'antiquité.

i Victor le jeune assure qu'il clait vatili limUius. Cependant il montra une grande apparence de rermelé à la léte des armées. Le mime historien ajoute que sa «lire n'était point dangereuse; niais Auimien remarque avec plus de franchise et de jugement, incidentia élimina ait eonttmptam vet ttrsam principls amptitudinem traitent , in sangitinem sœviebat.

* Cmn. esset ait acerbitatem naturœ colore pro-

pensior. Ptrtuu per ignri augebat et gladios,

(Ammien, ixx, 8. Voy. xxvn, 1.)

* J'ai rejeté sur les ministres de Valens le reproche d'avarice qu'on lui Tait personnellement; cette passion semble plus naturelle aux ministres qu'aux souverains, chez lesquels l'avarice doit s'éteindre par la facilité de posséder.

L'EMPIRE ROMAIN, (366 dep. J.-C.J

lutta avec ses égaux dans la carrière d'une vie ambitieuse, on lui fit peu d'injustices, et jamais on ne l'insulta impunément. On blâmait son imprudence, mais on applaudissait à sou courage, et les généraux les plus fiers et les plus absolus craignaient d'allumer le ressentiment d'un officier chez lequel la crainte n'avait jamais d'accès. Il oublia malheureusement sur le trône du monde que la valeur est inutile où l'on n'a point de résistance à craindre. Au lien d'écouter la voix de la raison et de la générosité , il se livrait à des violences déshonorantes pour lui, et fatales aux impuissantes victimes de ses fureurs. Dans l'administration de sa maison et dans celte de son empire, une faute légère, une offense imaginaire, une réponse vive, une omission accidentelle, ou un délai involontaire, étaient immédiatement punis par une sentence de mort; et l'empereur d'Occident se servait familièrement de ces phrases : « Qu'on lui tranche la tète; qu'on le brûle > vif; qu'il expire sous le bùton '.» Ses plus intimes favoris s'aperçurent bientôt qu'en hasardant d'éluder, ou même de suspendre l'exécution de ses ordres sanguinaires , ils couraient risque de partager le crime et le châtiment de la désobéissance. Par la répétition de ses féroces jouissances, Valentinien endurcit son ame contre les remords et contre la pitié : il contemplait avec une satisfaction barbare les agonies de la torture et de la mort ; et les serviteurs dociles, dont le caractère lui semblait analogue au sien, possédaient exclusivement sa faveur. Maxîmin répandit à Rome le sang des plus illustres citoyens; l'empereur lui donna pour récompense la préfecture de la Gaule. Denx ours féroces et énormes connus, l'un sous le nom de V Innocente, et l'autre SOUS celui de Mïca aurea, méritaient seuls départager dans le cœur du monarque la faveur de Maximio*.

i H prononçait quelquefois une sentence de mort 4a ion de la plaisanterie. Abi, corne», et muta ei caput, oui àbi mutari. proeinciam cupît. Cil enfant qui avait liché trop tdt un lévrier, un armurier qui avait poli une cuirasse , et l'avait rendue trop légère de quelques grains, relativement au poids convenu, etc., furent les victimes de sa cruauté.

i Les Innocens de Milan furent un agent et trois appariteurs que Valentinien ut exécuter pour avoir signitiê

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Valentinien avait fait placer leui-s cages auprès de sa chambre à coucher, et il se plaisait à voir déchirer et dévorer les membres palpîlans des malfaiteurs qu'où leur abandonnait.

1 L'empereur des Romains présidait à leur entretien et à leurs exercices, et, après un cours de longs services, l'Innocence obtint

. la liberté; on le reconduisît respectueusement dans la forêt d'où ou l'avait tiré '.

Mais lorsque les terreurs de Valens et les fureurs de Valeminieu faisaient place à des senttmens plus calmes , les tyrans de l'empire devenaient les pères de leur patrie. L'empereur d'Occident était alors susceptible d'apercevoir d'au coup d'oeil ce qui convenait à ses intérêts ou à ceux du public , et d'y travailler diligemment. Le souverain d'Orient , qui imitait docilement la bonne et la mauvaise conduite de son frère , se laissait quelquefois guider par le sage et vertueux Salluste.Cesdeux princes conservaient sous la pourpre la chaste et frugale simplicité de leur vie privée ; et, sous leur règne les citoyens n'eurent ni à gémir ni à rougir des plaisirs de la cour. Ils réformèrent peu à peu les abus du règne de Constance ; et, en perfectionnant le système de Julien et de son successeur , ils établirent une législation qui pourrait donner à la postérité la plus avantageuse opinion de leur caractère et de leur gouvernement. Ce n'est pas du maître de Y Innocence que nous devrions espérer un tendre intérêt pour la conservation de ses sujets. Cependant Valentînien condamna l'exposition des enfans nouvellement nés * , et plaça dans quatorze quartiers de Rome

is légales. Ammien (xxvu, 7) prétend que les chrétiens honoraient comme martyrs tous ceux qui étaient condamnés Injustement. Son silence Impartial ne nous laisse point présumer que le chambellan Rhoda- Dtis ait été brûlé vif pour des actes de tyrannie. (Chron., p. 302).

■ Ut bene meritam in fyivasjussit abire Innoxlam. (Ainmien, «n,:i; et Valcs. ad lamm.)

s Voyez le code de Juslinien, 1. vm, lit. 52, loi 2. Uniuquisque sobolem suam mariât. Qaod si exponendam putaverit aniinailversioni quœ Constituta ett tubjacebit. Je n'entreprendrai point ici de décider entre Noodt et BinJtcrsboelc , depuis quand et jusqu'à quel point cette odieuse pratique était condamnée ou abolie par Ifs lois, h philosophie, et les progrès de la société civi-

qualorze médecins savans, auxquels il accorda un revenu et des privilèges. Le bon sens d'un soldat ignorant sentit la nécessité de faciliter l'éducation de la jeunesse , et l'étude des sciences, qu'on commençait à négliger. Valentinien fonda une école publique , et la dota libéralement '■ Il voulut qu'on enseignât les règles de la grammaire et de l'éloquence , en grec et en latin , dans les capitales de toutes les provinces ; et comme on accordait aux différentes écoles un local et des privilèges en proportion de la grandeur des villes où elles étaient situées , les académies de Borne et de Constantinople réclamèrent une juste prééminence. Les fragmens ■ des édits de Valentinien peuvent nous donner une idée de l'école de Constantinople , qui fut perfectionnée peu à peu par de nouveaux règlemens. Cette école consistait en trente et un professeurs , destinés à des instructions différentes ; un pour la philosophie , deux pour la jurisprudence , cinq sophistes et dix grammairiens pour la langue grecque ; trois • orateurs et dix grammairiens pour la langue latine , outre sept scribes ou antiquaires, 1 comme on les appelait alors, dont les plumes actives Fournissaient aux bibliothèques publiques des copies nettes et exactes de tous les auteurs classiques. Les règles de conduite prescrites aux étudiaus sont curieuses , en ce qu'elles présentent l'esquisse de la première discipline de nos universités modernes. On exigeait de chaque étudiant une attestation du magistrat de sa province natale ; son nom, sa profession, sa demeure étaient exactement inscrits sur le registre public. On prenaitgrand soin que ta jeunesse destinée à l'étude ne perdit pas son temps dans les fêtes et les spectacles ; et le terme final de leur éducation était fixé à l'âge de vingt ans. Le préfet de la ville exerçait son autorité sur les étudiaus; il avait le droit de punir les indociles et les paresseux par des châtimens ou par l'expulsion, et il fai-

■ Le code de Théodose explique ces institutions salutaires (I. im, tit. 3, de professoiibus et medicis ; et I. uv, lit. IX, de stmULs liberalibiu urbît Roma), Outre Goder»' oy , notre guide ordinaire , nous pouvons consulter Giannone 'Jstoria di Piapoli, t. 1, p. 106-111), qui a traité ce sujet intéressant avec le zèle el l'attention d'un homme dé lettres qui étudie l'histoire de son pays.

sait tous les ans son rapport au grand -maître des offices sur l'exactitude et les talons des écoliers, afin que l'on put les employer utilement au service public. Valentinîen maintint l'abondance et la tranquillité par l'institution de soixante-deux défenteurt ' des villes , élus par le peuple pour lui servir de tribunsoud'avocats, pourdéFendre ses droits, pour porter ses plaintes devant les tribunaux et jusqu'au pied du trône. Accoutumés pendant une grande partie de leur vie à l'économie sévère qu'une fortune médiocre exige, les deux empereurs suivaient avec soin l'administra ti on des nuances; mais en examinant avec attention le gouvernement des deux empires , on apercevait entre eux une différence dans la recette et dans la dépense des revenus. Valens était persuadé que la libéralité d'un monarque entraîne inévitablement l'oppression de ses sujets ; et il ne fut jamais tenté de sacrifier leur bonheur présent a leur grandeur future. Loin d'augmenter le poids des taxes,qu'on avait insensiblement doublées dans la révolution de quarante ans , il supprima, dès les premières années deson règne, un quart des tributs de l'Orient *. Valentinîen parait avoir été moins sensible aux peines de ses peuples , et moins attentif à les soulager. Ses réformes s'étendirent sur quelques abus de l'administration fiscale ; mais il exigea toujours sans scrupule une forte partie de la propriété publique , convaincu que le superflu du luxe serait employé plus avantageusement a la défense et à l'amélioration de l'état. Les sujets de Valens applaudissaient à une indulgence dont ils retiraient tout l'avantage; et le mérite plus solide et moins brillant de Valentinîen ne fut senti et avoué que par la génération suivante *.

i Code de TWodose (1. i, lit. xi), et le PartUUon de Godefroy, qui recueille soigneusement tout ce qui se trouve dans te reste du code.

î Trois lignes d'Ammien («M, 14) en disent plus que l'Oraison entière de Themislias (vin, p. 101-120). Elle est remplie d'adulation , depédantisme, et de lieux communs de moralité. L'éloquent M. Thomas (t. i, p. 386-396) s'est ■musé à célébrer les vertus et le génie de Themislius, qui était bien digne du siècle dans lequel il a vécu.

■Zwlfae, I. lï, p. 292; Ammien, six, (t. En réformant les abus dispendieui , il a pu mériter le titre de iii provinciales atlmodum parais, trilnttorum ubique

EMPIRE ROMAIN, {966 dep. J.-C.)

Mais c'est principalement par sa constante impartialité dans un siècle de controverses et de factions religieuses, que le caractère de Valentinien mérite des louanges. Son jugement sain n'était ni éclairé, ni corrompu par l'étude , et il refusa toujours avec une respectueuse indifférence d'écouter les questions subtiles des débats théologiques. Le gouvernement delà terre demandait tous ses soins, et satisfaisait son ambition. En se rappelant qu'il était un disciple de l'église , il n'oubliait jamais qu'il était le souverain du clergé. Son zèle pour le christianisme avait éclaté sous le règne d'un apostat ; il accordait à tous ses sujets le même privilège; et ses peuples pouvaient jouir sans inquiétude d'une tolérance générale, accordée par un prince violent , mais incapable de crainte et de dissimulation '. La protection des lois mettait également à l'abri du pouvoir arbitraire et des insultes du peuple les Juifs, Les païens et toutes les différentes sectes comprises sous la dénomination de chrétiens. Valentinien permettait tous les cultes , et ne défendait que les pratiques criminelles qui cachaient des vices et des désordres sous le masque de la religion. L'art de la magie était poursuivi rigoureusement et puni avec sévérité. Mais, par une distinction particulière , l'empereur admettait l'ancienne méthode de divination approuvée par le sénat et exercée par les aruspices de Toscane. 11 avait proscrit la licence des sacrifices nocturnes , avec le consentement des païens les plus raisonnables ; mais il conserva aux Grecs la célébration des mystères d 'Eleusis , sur la représentation de Prœtextatus , proconsul de l'Achaïe , qui l'assura que la vie leur paraîtrait insupportable si on les eu privait. La philosophie prétend que sa voix douce et sa main bien-

molliens sareinas. Sa frugalité a été taxée quelquefois d'avarice. (Jérôme, Chron., p. 186.)

> Testes suni luges a me in exordio imparti rari data : quitus unicuique quod anima imbibisset, co*, lendi libéra facilitas tributa est. (Code de Tbéod., I. ix, lit. 10, loi 9.) Nous pouvons ajouter A cette déclaration de Valentinien les différons témoignages d'Ammien (xK,fl);deZosime(l. iv, p. 204); «de Soioméne (1. ti, c. 7, 21). BarwriusderaH sûrement blâmer cette prudente tolérance. (Annal. Eudes., an. D. 370, u'lïfr-132; an. D. 376, n«3, 4.)

(367 dep. J.-C.) faisante sont seules capables de déraciner les principes antiques et barbares du fanatisme ; cependant celte trêve de douze ans, que sut faire observer le gouvernement sage et ferme de Valentiaien, adoucit les mœurs et diminua l'aigreur des factions religieuses, en les forçant à suspendre la répétition de leurs insultes réciproques.

Le protecteur de la tolérance était malheureusement trop éloigné de la scène où la controverse exerçait ses fureurs avec le pins de violence. Dès que les chrétiens de l'Occident eurent échappé aux embûches du concile de Rîmini , ils se reposèrent paisiblement dans le sein de l'église orthodoxe ; et les faibles restes du parti d'Arius, qui existaient encore a Milan ou à Sirmium, excitèrent plus de mépris que de ressentiment. Mais dans les provinces d'Orient , depuis l'Euxin jusqu'à l'extrémité de la Tbébaïde , la force et le nombre des factions ennemies étaient plus balancés ; et cetteégalité, qui aurait dû conserver la paix, ne servait qu'à perpétuer les horreurs de la guerre religieuse. Les moines et les évoques soutenaient leurs argumens par des invectives , et des invectives ils passaient souvent à la violence. Athauase gouvernait toujours Alexandrie ; des évéques ariens occupaient les sièges d'Antioche et de Constantinople , et chaque vacance épiscopalc était suivie d'une émeute populaire. La réconciliation de cinquante -neuf évéques macédoniens ou semi-ariens, avait fortifié le parti des Homoousiens; mats leur secrète répugnance à confesser la divinité du St-Esprk, obscurcissait la gloire de ce triomphe ; et la déclaration de Valens qui, dans les premières années de son règne , avait imité la conduite impartiale de son frère , fut une victoire jmportante en faveur de l'arianisme. Les deux empereurs s'étaient contentés de la qualité de .catéchumène ; mats le pieux Valens voulut recevoir le sacrement de baptême avant d'exposer sa personne aux dangers d'une guerre contre les Goths. 11 s'adressa naturellement à Eudoxe ' , évéque de la ville im-

I Eudoxe était d'un caractère doux et timide. Il devait être fort vieux lorsqu'il baptisa Valens (An. D. 367), puisqu'il avait f»U sa théologie ciuquao te-rinq ans avant, tous Lucien, pieux et savant martyr. (Pbilostorg., I. u,

pénale; et, si le prélat arien instruisit le monarque ignorant dans les principes d'une théologie hétérodoxe, il fut seul coupable de l'erreur de son auguste disciple. Mais quels qu'aient été les motifs qui déterminèrent le choix de Valens, il n'en fut pas moins odieux à une grande partie de ses sujets , les chefs des Homoousieus et des Ariens étant également persuadés qu'on leur faisait une violente injure et une injustice cruelle , en les empêchant de faire la loi. Après cette démarche décisive, il lui fut très-difficile de conserver ou la vertu, ou la réputation d'impartialité. 11 n'aspirait pas, comme Constance, à passer pour un profond théologien ; mais , ayant reçu les dogmes d'Eudoxe avec une docilité respectueuse, il soumit aveuglément sa conscience à ses guides ecclésiastiques, et employa l'influence de son autorité à réunir les hérétiques athanasiens au corps de l'église catholique. L'empereur déplora d'abord leur aveuglement. Leur obstination enflamma peu à peusa colère, et ii finit par haïr les sectaires dont il était détesté '. Le faible Valens se laissait toujours gouverner par ceux qui conversaient familièrement avec lui; et dans une cour despotique, l'exil ou l'emprisonnement d'un citoyen sont les faveurs les plus faciles à obtenir. Les chefs du paru homoousien en furent souvent les victimes ; l'opinion publique accusa la cruauté préméditée de l'empereur et de ses ministres ariens, du désastre de quatre-vingts ecclésiastiques de Constantinople, qui périrent, peut-être accidentellement, dans l'incendie du vaisseau sur lequel ils étaient embarqués. Dans toutes les contestations, les catholiques payaient pour leurs fautes et pour celles de leurs adversaires. Les candidats ariens obtenaient la préférence dans toutes les élections ; et, quand la majorité du peuple s'y opposait, le magistrat civil venait à leur secours, et se servait, an besoin, de la force militaire. Les ennemis d' Athauase essayèrent de verser de l'amertume sur les dernières années de sa vie; et on

1. 14-18, 1. rr, c. 4; et Godefroy, p. 82-206; rdlemont. Hem. Eeeles., t. 5, p. 474-480, etc.)

'Greg. de Nazisme COrwl.ïiv, p. 432) déclame contre les Ariens, et leur reproche le 7èie funeste de la persécution comme nne marque infaillible d'erreur et d'hérésie.

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a célébré comme un cinquième exil, la retraite passagère de ce vénérable prélat au sépulcre de son père. Mais le zèle ardent d'un peuple nombreux qui prit précipitamment les armes, intimida le préfet; fit l'archevêque eut la liberté de terminer en paix sa glorieuse vie , après un règne de quarantesept ans. La mort d'Aihanase fut le signal de la persécution d'Egypte. Le ministre païen deValens plaça, par la force, l'indigne Lucius sur le siège archiépiscopal d'Alexandrie, et acheta la laveur de la faction dominante par la persécution et par le sang des autres chrétiens. Ils se plaignaient amèrement de la tolérance accordée au cultedes juifsetdes païens, tolérance qu'ils regardaient comme la plus cruelle humiliation du christianisme, et le plus grand crime du tyran impie de l'Orient*.

Le parti orthodoxe, après sa victoire , a imprimé sur la mémoire de Valens, la tache d'une violente persécution ; et le caractère d'un prince dont les vices et les vertus tiraient également leur source d'un esprit faible et pusillanime mérite peu qu'on cherche a l'excuser. Il y a cependant lieu de présumer que ses ministres ecclésiastiques allèrent souvent au-delà des ordres et même de l'intention de leur maître, et que les faits ont été fort exagérés par les déclamations véhémentes et par la crédulité docile de ses antagonistes *. I. Le silence de Valentinien semble prouver que les actes de sévérité personnelle qu'on exerça dans les provinces au nom de son collègue, ne furent que quelques exceptions peu considérables, qui blés? salent, mais qui ne détruisaient pas le système de tolérance universelle de toutes les religions : et le judicieux historien qui a donné des louanges à la constante impartialité du frère aîné , ne parle point de la persécution de l'Orient, dont il aurait naturellement formé un contraste avec la tranquillité des états de Valentinien5. II. Quelque crédit

■ Celte esquisse du gouvernement ecclésiastique de Velens est tirée de Sacrale, 1. it; deSozomèue,). n; de Théodore, 1. iv; et des immenses compilations de Tillemont , particulièrement des tomes rt, vm et n.

iJortiu, dans ses Remarques sur l'Histoire Ecclésiastique (vol. iv, p. 7%a déjà, conçu et fait sentir ce soupçon.

3 Cette réflexion «t si forts et si claire, qu'Oroou (j.m,

que les rapports vagues' d'un temps éloigné puissent mériter, on peut juger sainement du caractère, ou du moins de la conduite de Valens, par sa transaction particulière avec l'éloquent Basile , archevêque de Césarée , que les Trinilaires choisirent pour leur cher après la mort d'Atlianase1. L'histoire de celte négociation a été écrite par les amis et les admirateurs de Basile ; cependant, après avoir élagué les ornemens de rhétorique et les miracles, on demeure tout étonné de l'indulgence inattendue du tyran arien, qui admira la fermeté de l'archevêque. On craignit de faire révolter toute la province de Cappadoce en employant la violence*. L'archevêque, qui soutenait la dignité de son rang et la vérité de ses opinions avec un orgueil inflexible, conserva paisiblement sa liberté de conscience et la possession de son archevêché. L'empereur assista dévotement au service divin dans la cathédrale, et, au heu d'une sentence de bannissement, souscrivit une donation considérable en faveur d'un hôpital que Basile avait fondé récemment dans les environs de Césarée *. III. Je n'ai pas pu découvrir que Valens ait publié, contre les disciples d'Atlianase , de loi équivalente à celle que Théodose promulgua depuis contre les

c. 32, 33) retarde la persécution jusqu'après !» mort de Valentinien. D'un autre Pote, Socrate suppose (t. in, c 32) qu'elle hit apaisée par uu discours philosophique que Theraistius prononça dansrsnDfic371(Oror. ni, p. 154). Toutes ces contradictions affaiblissent les preuves , et réduisent la durée delà persécution de Valens.

■ Tillemont, que je transcris et que j'abrège, a extrait (Mcra. ËcclésiasL , t. toi, p. 153-167) les eu-constances les plus authentiques des panégyriques des deux Grégoire ,1e frère el l'ami de Basile. Les lettres de Basileluimème ne présentent point le tableau d'une persécution violente. (Dupin, Biblioth. Ecclésiast., I. n, p. 155-180.)

J Basilius, ecesarientls episcopus, Cappadocia

clarus hahetur Qui nudta eoniinattia et ingenii

boita mut superbiœ mole perdidit. Ce passage , peu respectueux , est tout-à-fait dans le style et dans le caractère de saint Jérôme ; on ne le trouve point dans l'édition que Scaliger a fait de sa chronique ; mais Vossius t'a trouvé dans quelque manuscrit ancien que les moines n'ont pas corrigé.

3 Cette noble et charitable fondation , qui formait presque une seconde tille, surpassait sinon en grandeur, du moins eu mérite, les vaines pyramides el les murs deBabylone-, elle tut destinée particulièrement a recueillir In lépreux. (Grég. de Su., Orai, xx, p. 439.;

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(370 dep. J.-C.) Ariens , et redît qui excita les plus violentes clameurs ne parait pas fort répréhensible. L'empereur avait observé qu'un grand nombre de ses sujets, se livrant à la paresse, s'associaient, sous prétexte de dévotion, aux moines d'Egypte ; il chargea le comte de l'Orient d'aller les tirer de leur désert , et de forcer ces déserteurs de la société a renoncer à leurs possessions temporelles, ou ù remplir les devoirs publics d'hommes et de citoyens '. Les ministres de Valons étendirent le sens de cette loi pénale , puisqu'ils se permirent d'enrôler les moines jeunes et vigoureux dans l'armée impériale. Un détachement de trois mille hommes, composé de cavalerie et d'infanterie, marcha d'Alexandrie dans le désert voisin de Nitrie", où cinq mille moines s'étaient retirés. Des prêtres ariens servaient de guides aux soldats , et l'histoire rapporte qu'il fut fait un grand carnage dans les monastères qui voulurent résister aux ordres de leur souverain'.

L'empereur Valentinien donna le premier exemple des règlemens sévères , au moyen desquels ta sagesse des législateurs modernes a mis des bornes à l'opulence et à l'avarice du clergé. On lut publiquement, dans les églises de la ville, un édit adressé àDamase, évoque de Rome *, par lequel le monarque recommandait aux moines et aux ecclésiastiques de ne point fréquenter la demeure des veuves et des vierges , et chargeait les ma-

'Code deThéodose, L m, lit. i, loi «3. Godefror(t. iv, p. 409-413) fait en même temps le métier de commentateur et d'avocat. Tillemonl (Mém. Ecclésiast., I. nu, p. 808; suppose une seconde loi, afin d'excuser ses amis orthodoxes qui avaient défiguré l'édît de Yalens, et supprimé la liberté do choix.

i Voyez d'Anville, Description de l'Egypte, p. 74. J'examinerai dans la suite les institutions monastiques.

3 Soerate, I. it, c. 24, 23; Orose, I. ni, c. 33 ; Jérôme, in Citron., p. 189, et I. H, p. 212. Les moines d'Egypte opérèrent un grand nombre de miracles qui démontrent U sincérité de leur foi. Cela est vrai , dit Jortin (dans ses remarques, vol. îv, p. 79), mais quelle preuve arons-noos de la vérité de ces miracles?

Code de Tnéod. , 1. ivi, lit. 2, loi 20. Godcfroy !t. vi, p. 49} rassemble impartialement, a l'exemple de Baronius, toutes que les Pères ont dit au sujet de cette loi importante, dont l'esprit a été ranimé long-temps après par rempereur Frédéric II , Edouard premier d'Angleterre , et ' d'autres princes cliréliens qui ont régne depuis le douiieme siècle

t>AR ED. GIBBON. CH. XXV.

gîsirais civils de l'informer des désobéissances. Le directeur n'eut plus la liberté de recevoir des dons, des legs ou des successions entières de la libéralité de ses pénitens. Tout testament contraire à cet édit était déclaré nul; on confisquait ta donation illégale au profit du trésor. Un règlement postérieur semble comprendre les religieuses et les évoques; toute personne attachée à l'ordre ecclésiastique devint inhabile à recevoir des dons testamentaires, et fut bornée aux droits d'une succession légitime. Comme gardien dn bonheur et de la vertu de ses sujets, Valentinien appliqua ce remède au désordre qui commençait a se faire sentir. Dans la capitale de l'empire, les filles des familles nobles et opulentes, héritaient d'une propriété considérable et indépendante. Un grand nombre de ces prosélytes dévotes avait embrassé la doctrine chrétienne , non pas avec la conviction tranquille du discernement, mais avec l'enthousiasme de la passion , et peut-être aussi de la mode. Elles sacrifiaient les plaisirs du luxe et de la parure ; et le désir de passer ponr chastes, les faisait renoncer aux douceurs de la vie conjugale. Elles choisissaient quelque ecclésiastique d'nne sainteté réelle ou apparente , pour diriger lenr conscience timorée, et apaiser la tendre inquiétude d'un cœur désœuvré. Mais la confiance illimitée qu'elles accordaient trop légèrement était souvent trahie par des enthousiastes ou par des hypocrites , qui accouraient de l'extrémité de l'Orient pour jouir, sur un théâtre plus brillant, des privilèges de la profession monastique. En renonçant aux plaisirs du monde, ils en obtenaient les plus précieux avantages : le' vif attachement d'une femme peut-être jeune et belle, la jouissance d'une table abondante et délicate , et l'hommage respectueux des esclaves , des affranchis et des cliens d'une famille de sénateurs. Les dames romaines dissipèrent insensiblement leurs fortunes immenses en aumônes inconsidérées et en pèlerinages dispendieux ; et le moine rusé qui s'assurait, dans le testament de sa fille spirituelle, une partie et quelquefois la totalité de sa fortune, osait encore déclarer avec la fausse douceur de l'hypocrisie, qu'il n'était que l'instrument de la charité et

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l'intendant des pauvres. Le métier* lucratif et honteux que les ecclésiastiques exerçaient pour dépouiller les héritiers naturels enflamma l'indignation dans un siècle superstitieux. Deux des plus respectables évéques latins avouèrent que l'ignominieux édit de Valentinien était juste et nécessaire , et que les prêtres chrétiens avaient mérité de perdre un privilège conservé aux comédiens, aux baladins et aux prêtres des idoles. Mais la sagesse et l'autorité du législateur remportent rarement la victoire sur la vigilante adresse de l'intérêt personnel ; et Jérôme ou Ambroîse pouvaient acquiescer patiemment a l'équité d'une loi ou impuissante ou salutaire. Si les ecclésiastiques se trouvaient arrêtés dans la poursuite de leurs acquisitions pécuniaires , ils pouvaient travailler à augmenter La gloire de l'église par une indus* trie plus respectable, et cachaient ainsi leur avidité sous le manteau du patriotisme -et de la piété *-

Damase, évéque de Rome, ayant été forcé de publier la loi par laquelle Valentinien châtiait l'avidité du clergé, eut l'adresse ou le bonheur d'attirer dans son parti le savant et zélé Jérôme, dont la reconnaissance a célébré le mérite et le caractère très-suspect du prélat romain". Mais les vices fastueux de l'église de Rome sont détaillés d'une manière curieuse par Ammien, qui en donne le détail suivant. < Le préfet Juventius faisait t jouir ses provinces de l'abondance et dé la

1 Les expressions dont je me suis servi sont faibles et tris-modérées, en comparaison des violentes invectives de ■uni Jérôme (Li, p. 13, 45, 144, ete.) On lui reproche les fautes qu'il avait reprochées lui-même aux moines, ses confrères, et le sceleratus , le versipellis fut accusé publiquement d'être l'a manl de sainte Paule (t. u, p. 363). Il était , a la vérité , tendrement aimé de la mère et de la fille; mais il affirme qu'il ne s'est jamais servi de sou influence pour satisfaire aucun désir sensuel.

i • Pudet dicere , sacerdotes idolorum, muni et aurïgœ,

> et scorla, h créditâtes capiunt : solis clericis acmona-

> ehls bac lege prohibetur. Et non prohibetur à persecu- ■ loribus, sed a principibus chrislianis. Nec de lege i queror;seddoleocurmeruerirruuluinclegem.> Jérôme (t. i , p. 13) insinue discrètement la politique secrète de son patron Damase.

. s Trois mois de Jérôme, lanetœ memoria Damasus, (I. n, p. 119), le justifient de toutes les inculpations, et eu Imposent au pieux Tilleraont. (Mém. Ecclés., tp. 386-434.) ""

{370dep.J^.) paix; mais la tranquillité de son gouvernement fut bientôt troublée par la sédition sanglante d'une multitude d'insensés. Damase et Lîrsin se disputèrent avec fureur le siège épiscopal, et la violence de leur» efforts excéda la mesure ordinaire de l'ambition 'humaine. Leurs fanatiques partisans prirent les armes, et massacrèrent impitoyablement leurs adversaires. Le préfet, ne pouvant ni les apaiser ni leur résister, se réfugia dans les faubourgs. Apres nn combat opiniâtre , la faction de Damase obtint une victoire complète. On trouva ie lendemain cent trente-sept corps * morts dans la basilique de Sicinius % où les chrétiens tiennent leurs assemblées; et h fermentation des esprits tarda long-temps à se calmer.Quand je considère la splendeur de la capitale, je ne suis point Surpris qu'une acquisition si précieuse enflamme les désirs des hommes ambitieux, et qu'ils la poursuivent avec fureur. Le candidat qui réussit est sur d'être enrichi par la libéralité des matrones * . Il sait que dès qu'il aura orné sa personne d'une parure élégante, il pourra parcourir orgueilleusement les nies de Rome dans un char pompeux, et que sa table l'emportera en délicatesse et en profusion sur celle d'un empereur4. Ces pontifes jouiraient d'un bonheur bien plus pur, ajoute l'honnête païen , si, au lien d'alléguer la grandeur de la ville pour ei-

i Jérôme lui-même est forcé d'avouer , eradelitiima intcrfcctionei diversi sexus perpetratœ {in Chrtrn., p. 186). Mais l'original d'un libelle, ou la requête de deux prêtres du parti adverse, a échappé. Ils affirment que les portes de ta basilique furent brûlées , et sue h voûte hit découverte; que Damase fit son entrée à la 18e de son clergé, des fossoyeurs et d'un nombre de gladiateurs qu'il avait loués; qu'aucun de son parti ne perdit ta vie, et qu'on trouva cent soixante corps morts, te pta Sirmond a publié celte requête dans le premier volume de ses ouvrages.

' La basilique de Sicinius ou Liberius est probablement l'église de Sainte-Marie- Majeure , sur le mont Esquilin. (Baronius, An.D. 367, n"3;et Donat , Roma eutâqua et nova, 1. iv,&S,p. 462.)

* Les ennemis de Damase t'appelaient auriscalpius matronarum, cure-oreille des femmes.

' Grégoire de Narianze {Oral, xxw, p. 536), peint le

luxe et l'orgueil des prélats des villes impériales, leurs

chars dorés, leurs chevaux fougueux, et leur suite noni-

I breqse,ete. La foules'enâoiguaitcomme&bttesféroce.

(370 dep. J--C.)

> case de leurs mœurs , ils Imitaient la rno-

■ dèstie et la sobriété de quelques évêques » des provinces, dont l'humble extérieur et

■ les regards baissés attestent la pureté de » l'Ame, et une modération qui plaît à la dii Yinité , et qui entraîne le respect de ses vé-

> niables adorateurs ', > Le schisme d'Ursin et de Damase fut éteint par l'exil du premier; et la sagesse du préfet Praetextatus rétablit la tranquillité *. Prœtextatus était un philosophe païen plein d'érudition, de goût et de politesse. II fit à Damase une plaisanterie qui cachait un reproche, en lui offrant de se faire chrétien, s'il consentait à se dépouiller en sa faveur de son évéché,etàle lui faire obtenir. 1 Les historiens ne rapportent pas la réponse du riche prélat au philosophe. Ce tableau de l'opulence et du Luxe des papes, dans le quatrième siècle, est d'autant* pins digne d'attention , qu'il représente le degré intermédiaire entre la pauvreté du pécheur apostolique et la puissance royale d'un prince temporel, dont les états s'étendent depuis les confins de Naples jusqu'aux rives du Pô.

Lorsque le suffrage des généraux et de l'armée confia Le sceptre de l'empire à Valeotinien, ils eurent pour motif de ce choix judicieux, sa brillante réputation, sa science militaire, son expérience et sou attachement sévère pour les formes et pour l'esprit de l'ancienne discipline; et la situation des affaires publiques justifiait la demande que les troupes firent d'un second empereur. Valen-

■ Ammien (xxvn, 3.) Perpétua Ifumint, ve risque ejui eulloribus. Singulière complaisance d'un potyUiéùle!

* Ammien , qui fait un tableau brillant de sa préfecture Cxixvui), l'appel ieprteclarœ imlolisgra vitatisque senafor(xxu,7; et Voies, ad loc.) Uue inscription curieuse (Gruler,MCIl, n" 2) relaie, sur deux colonnes, les dignités religieuses et civiles dont H fut successivement revêtu. Sur I une, on trouve qu'il fut grand-prfllre du soleil cl de Vesla, augure, quinzième hiérophante , etc., etc. Sur l'autre sont les litres de questeur, probablement titulaire; 2, préteur; 3, correcteur de la Toscane et de l'Ombrie; 4, consulaire de Lusilanie; 5, proconsul d'Achaïe; (i, préfet de Rome; 7, préfet du prétoire d'Italie ; 8, de l'Illyrie ; 8 consul élu; mais il mourut avant le ce m mèneraient de l'année 3S5. (Voyez Tillemont, Hist. des Empereurs, t. v, p. 241-736.)

3 Facile me Romana urbis episcopum; et croprotinus christiania. (Jérôme, t. n , p. ifiâ.) On peut présumer que Damase n'aurai! pas voulu acheter sa conversion à ce prix.

tinien sentait lui-même que l'homme le plus habile et le plus actif ne pouvait pas suffire à repousser les invasions de frontières vastes et très- éloignées les unes des autres. Dès que la mort de Julien eut délivré les barbares de la terreur de son nom , les nations de L'Orient, du Nord et du Midi , se livrèrent à l'espoir du pillage et de la conquête. Leurs incursions, toujours fatigantes, étaient souvent formidables ; mais, durant les douae années du règne de Valentinlen, savîgîlaole fermeté défendit ses propres états, et l'influence desou géniesembla diriger la conduite du faible Valens. Peut-être la méthode chrenologiquepeindrait-elle plus vivement les embarras pressans et séparés des deux empereurs; mais l'attention du lecteur serait trop fréquemment distraite par le changement d'objets et par des récits sans liaison. Un tableau séparé des cinq grands théâtres de la guerre, I l'Allemagne, II la Bretagne ou Angleterre, III l'Afrique, IV l'Orient et V le Danube, donnera une idée plus juste de l'état militaire de l'empire sous les règnes de Valens et de Valentiuien.

1° Ursace , grand-maître des offices ', avait offensé les ambassadeurs des Allemands , en diminuant , par une économie mal placée, les présens qu'ils se croyaient autorisés a réclamer, soit à titre d'usage ou de convention, a l'avènement d'un nouvel empereur. Ils ne dissimulèrent point leur mécontentement d'une iusulte qu'ils regardaient comme nationale , et dont ils rirent part à leurs compatriotes. Le soupçon du mépris enflamma l'âme irascible des chefs, et la jeunesse guerrière courut aux armes. Avant que Valentinien eût pu traverser les Alpes, les villages de la Gaule furent la proie des flammes; et les Allemands avaient mis les captifs et les dépouilles en sûreté dans leurs forêts , avant que le général Dagalaipbus pût parvenir a les joindre. Au commencement de l'année suivante, les forces militaires de toute la nation s'assemblèrent et passèrent le Rhin durant le froid le plus rigoureux de l'hiver. Les deuxeomtes ro-

k note longue et

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, mains furent défaits et mortellement blessés et l'étendard des Hernies et des Bataves resta entre les mains des Allemands, qui au milieu des cris et des insultes firent parade de ce trophée de leur victoire. On reprit l'étendard; mais la honte des Bataves subis tait encore aux yeux de leur juges sévères. Valentinien était persuadé que ses soldats, avant de parvenir à mépriser leurs ennemis, devaient apprendre à redoater leur commandant. Ilfit assembler ses troupes , et les Bataves se virent avec effroi environnés de toute l'armée impériale. L'empereur monta sur son tribunal, et, dédaignant de punir des lâches par la mort, il imprima une tache d'ignominie indélébile sur les officiers qui avaient été les premiers auteurs de cette défaite honteuse. On dégrada les Bataves de leur rang , on leur ôta leurs armes , et il furent condamnés à être vendus comme esclaves au dernier enchérisseur. A cette épouvantable sentence, les coupables se prosternèrent , tachèrent de fléchir l'indignation de leur souverain, et promirent de se montrer dignes du nom de Romain, si on daignait leur accorder encore une épreuve. Valentinien feignit d'y consentir avec répugnance ; les Bataves reprirent leurs armes avec la ferme résolution de laver leur honneur dans le sang des Allemands '. Dagalaiphus refusa de commander en chef; et cet habile officier, qui avait représenté, peut-être avec trop de prudence , la difficulté de l'entreprise, eut, avant la fin de la campagne, la mortification de voir vaincre toutes ces difficullés par son rival Jovinus, qui eut un avantage décisif sur les forces dispersées des barbares. A la tête d'une armée bien disciplinée, composée d'infanterie, de cavalerie et de troupes légères, Jovinus avança rapidement, mais avec précaution, surScarponna ', dans le territoire de Metz, où il surprit une forte division des Allemands, avant qu'ils eussent le temps de courir aux

i Ammien nvn, 1; Zosime, 1. iv , p. 208 . Le soldat contemporain pane bous silence la bonté des Bataves, paf égard pour l'honneur militaire , qui ne pouvait intéresser on rhéteur grec du siècle suivant.

» Voyez d'Anville , notice de l'ancienne Gaule , p. 587. Hascou (Hist. des anciens Germains, ™, 2) désigne clairement la Moselle, qu'àmmien ne nomme pas.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (370 dep. J.-C.)

armes, et anima ses soldats par l'espoir de vaincre sans danger. Une autre division, ou plutôt une autre armée, se reposait sur les bords de la Moselle, après avoir dévasté tous les pays d'alentour. Jovinus» qui avait examiné attentivement le terrain , s'avança en silence, et couvert par un bois, jusqu'à ce qu'il pût distinctement apercevoir l'indolente sécurité des Germains. Les uns baignaient leurs grands corps dans la rivière, d'autres peignaient leurs, longs cheveux blonds, ou avalaient de copieuses rasades des vins délicieux qu'ils avaient arrachés aux paisibles citoyens. Tout-à-coup la trompette romaine se fit entendre, et les légions s'élancèrent dans leur camp. La surprise produisit le désordre ; et le désordre fut suivi de la déroute et de l'épouvante. Une multitude de braves guerriers tomba sans défense sous les épées et les traits de leurs ennemis. Ceux qui prirent la fuite se réfugièrent à la troisième et principale armée, dans les plaines Catalauniennes, près la ville de Chalon&en Champagne : on fit précipitamment rentrer tous les détachemens; et les chefs des barbares, alarmés et avertis par le désastre de leurs compagnons, se préparèrent à combattre, dans une bataille générale et décisive, les forces victorieuses du lieutenant de Valentinien. Ce combat sanglant et opiniâtre se soutint , durant toute une journée d'été , avec une valeur égale et des succès alternatifs. Les Romains perdirent douze cents hommes, et furent enfin vainqueurs. Les Allemands laissèrent six mille morts sur le champ de bataille, et quatre mille furent blessés dangereusement. Le brave Jovinus, après avoir chassé les restes de cette multitude jusque sur tes bords du Rhin, revint à Paris jouir des applaudissemens de son souverain , et recevoir la dignité de consul pour l'année suivante '. Les Romains déshonorèrent leur triomphe par le traitement indigne qu'ils firent essuyer à un roi captif. Ils le pendirent à un gibet , à l'insit de lenr général. Après cette action honteuse, dont on

■ On trouve la description de (xxvn,2),etdansZoaime £1.

suppose que Valentinien y était en personne.

batailles di

209). Ce dernier

(370 dep. J.-C.)

pouvait accuser la fureur du soldat, on massacra de sang-froid Witbicab, 61s de Vadomair, prince allemand, d'nne constitution faible et valétudinaire , mais d'une valeur ardente et redoutable. Un assassin domestique commit ce crime à l'instigation des Romains '. Cet oubli des lois de la justice et de l'humanité découvrait leur crainte secrète de la faiblesse et dn déclin de l'empire. On recourt bien rarement à l'usage du poignard dans les conseils publics, tant que l'on conserve encore quelque confiance dans la forcede l'épëe. Tandis que les Allemands paraissaient humiliés de lenrs revers, l'orgueil de Valentinien reçut une mortification dans la surprise de Mogontiacum ou Mayencc, la principale ville de la Haute-Allemagne. Au moment ou les chrétiens célébraient une de lenrs fêtes , Rando, chef habile et hardi, qui avait médité son entreprise, passa subitement le Rhin, entra dans la ville, dépourvue de tout moyen de défense, et emmena une multitude d'esclaves des deux sexes. Valentinien résolut de tirer une vengeance sanglante de tout le corps de la nation. Le comte Sébastien reçut ordre d'entrer dans le pays avec les bandes d'Italie et d'Ulyrie , probablement du coté de la Rhélie. L'empereur, accompagné de son fils Gratien, passa le Rhin à la tête d'une puissante armée, dont les deux ailes étaient commandées par Jovinus et par Sévère, maîtres généraux de la cavalerie et de l'infanterie de l'Occident. Dans l'impuissance de s'opposer à la destruction de leurs villages, les Allemands campèrent sur la cime» d'une montagne presque inaccessible, dans le duché moderne de Wirtemberg, et attendirent courageusement l'attaque des Romains. L'intrépide curiosité avec laquelle Valentinien persistait à découvrir quelque sentier sans défense, pour y faire monter ses soldats , pensa lui coûter la vie. Une troupe de barbares sortit précipitamment de son embuscade , et l'empereur, obligé de fuir de toute la vitesse de son cheval dans une descente raide et glissante, laissa derrière lui celui qui portait son armure et son casque enrichi d'or et de

> Studio sollicitante nottroram, uccubuit. (Ammien, uin, 10.)

PAR ED. GIBBOH. CH. XÏV. 6W

pierres précieuses. Au signal de l'assaut, les Romains environnèrent la montagne de Solicinhim, et montèrent de trois cotés. En gagnant du terrain, ils redoublaient d'ardeur et jetaient l'épouvante chez les ennemis. Lorsque toutes leurs forces eurent occupé le plateau, ils précipitèrent les barbares en bas du côté du nord, où le comte Sébastien était posté pour couper leur retraite. Après cette brillante victoire, Valentinien retourna dans ses quartiers d'hiver à Trêves, où il satisfit à la joie publique parla magnifique représentation des jeux triomphaux'. Mais le sage monarque, au lieu d'entreprendre la conquête de l'Allemagne , réserva toute son attention pour la défense des frontières de la Gaule, contre un ennemi dont les forces étaient sans cesse recrutées par une foule d'intrépides volontaires qui accouraient du fond du Nord *. Depuis les sources du Rhin jusqu'au détroit de l'Océan , l'empereur fit construire , sur les bords de ce fleuve, une chaîne de forts et de tours ; il inventa de nouvelles fortifications et de nouvelles armes. Les nombreuses levées de Romains et de jeunes barbares furent sévèrement disciplinées, et soigneusement instruites dans tous les exercices militaires. Malgré l'opposition des barbares , dont quelques-uns se contentèrent de représentations modestes, tandis que d'autres cherchaient à l'arrêter par les armes, Valentinien acheva la barrière du Rhin , qui assura la tranquillité de la Gaule durant les neuf dernières années de son règne*. •

L'empereur, qui avait adopté les habiles maximes de Dioctétien, fomentait et encourageait les dissensions des peuples de Y Allema-

1 Ammien raconte l'expédition de Valentinien (xxvn, 10) et Auwne U célèbre (Mosetl. 421 , etc). It suppose ridiculement que les Romains ne connaissaient pas les sources du Danube.

s Immanil enitn natio , jam Inde ab incunabutis prima varâtatt casuum imminuta; ita saptàt ado- Useit,ut fiasse longissœculû œstimeturintacta. (Ammien, xxvut, 5). Le comte de Bual(Hist. des Peuples de l'Europe , t. iv, p. 370) attribue la population des Allemands à la facilité arec laquelle ils adoptaient des étranger!

3 Ammien htdi.ï; Znslme.l. 4, p. 214. Vicier le Jeune (aitrâoa^dermleUigeiieequel'emperenrysleBlinien awit pour la mécanique. Nova aima imdiiaii ; /ingère terra seu lima tiimUacar.

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gne. An milieu du quatrième siècle, les Bourguignons errons, peuple nombreux et descendant des Vandales ', occupaient sur les deux rives de l'Elbe des contréesquirépondenLprobablement à la Lusace et à la Thuringe. Leur faible tribu forma insensiblement un puissant royaume dont la postérité occupe aujourd'hui une riche province. Le contraste du gouvernement civil et de la constitution religieuse , est la particularité la plus remarquable dans les usages des anciens Bourguignons. Leur roi ou général était connu sous la dénomination à'Hendinos , et leur grand-prêtre portait le nom de Sinhtut. La personne du grandprétre était sacrée, et sa dignité perpétuelle ; maïs leroi n'exerçait qu'une autorité très-précaire. Si les événemens étaient malheureux, on en accusait son défaut de courage, et on le déposait. L'injustice de ses sujets allait jusqu'à le rendre responsable de la fertilité de la terre et de la régularité des saisons, qui semblent plutôt appartenir au département sacerdotal '. Les Allemands et les Bourguignons avaient des contestations fréquentes sur la possession litigieuse de quelques marais salans* ; les derniers se laissèrent facilement tenter par les sollicitations secrètes, et par les offres libérales de l'empereur. L'origine fabuleuse qui les faisait descendre des soldats romains employés à la garde des forteresses de Drusus , fut adoptée de part et d'autre<avec une crédulité d'autant plus docile, que cette opinion favorisait leur intérêt mutuej *. Une armée de quatre-vingt mille

■ BtUicotot et pubis immensœ viribus affltientes ; et itleo metuendos fiaitùnù uaivertis. ( Ammien ,

* Je suis toujours disposé à soupçonner les historiens et 1m voyapf urs d'avoir converti des laits particuliers en lois générales. Ammien prétend qu'une certaine coutume était familière a l'Egypte, et les Chinois l'attribuaient au TaUin ou empire romain. (De Guignes, Hisl. des Huns, t. ii, part, i, p. 79.)

1 Saiinarum fuûumque causa, Aiemannis tape jurgabant. (Ammien, nnu, 5.) Ils disputaient peut-être la possession de la Sala , rivière qui produit du sel , et qui avait bit le sujet d'une ancienne contestation. (Tacite, Annal., sut, 57, et Lipsius ad toc.)

* Jam inde temporibas prisais soboiem se esse HomanOmSurgundiiicùMl;tt cette tradition Tagne prit peu à peu une lormt plus régulière. (Oros. 1. vu. c. 32). Elle est détruite par l'autorité irrécusable de Pline , qui

(370 dep. J.-C.) Bourguignons ne tarda pas à paraître sur les bords du Rhin, et réclama impatiemment le secours et les subsides promis par Valentinien : maïs l'empereur prétexta des excuses et des délais jusqu'au moment où, après une expédition infructueuse, ils furent contraints de se retirer. Les forteresses et les garnisons du Rhin mirent les frontières de la Gaule a l'abri de leur juste ressentiment; et le massacre de leurs prisonniers ne servit qu'à envenimer la haine héréditaire des Bourguignons et des Allemands. En changeant quelques circonstances, on peut aisément expliquer la conduite du sage Valentiuien. Son dessein était probablement d'intimider les Allemands, et non pas de les écraser ; puisque la destruction de l'une ou de l'autre de ces deux nations aurait détruit la balance qu'il voulait conserver en les contenant l'une par l'autre. Parmi les princes allemands, Macrianus, qui, avec un nom romain, possédait dans un degré éminent les talens politiques et militaires, inspirait seul de l'estime et de l'inquiétude à Valentiuien. L'empereur passa lui-même le Rhin à la tête d'un corps de troupes lestes et choisies, et se serait inévitablement saisi de Macrianus , si l'impatience des soldats n'eût pas rompu toutes ses mesures. Ce prince allemand fut admis depuis à l'honneur d'une conférence particulière avec l'empereur; et les faveurs qu'il en reçut en firent jusqu'à sa mort le plus fidèle allié des Romains *.

LesTortifica lions de Valent inien défendaient l'intérieur du continent; mais les côtes maritimes de la Gaule et de la Grande-Bretagne étaient toujours exposées aux ravages des Saxons. Ce nom célèbre, auquel nous devons prendre un vif intérêt, a échappé à l'attention de Tacite ; et dans les cartes de Ptolémée, cette nation n'occupe que le col étroit

servit dans la Germanie, et composa l'Histoire de Drusus. ( Pline Epist. m , 5 ) moins de soixante ans après la mort de ce héros. Germanontm gênera quoique Fïndili , quorum pars Burgundiones, etc. (Hist. Natnr., it 28 ) 1 On trouve les guerres et les négociations relatives aux Allemands et aux Bourguignons clairement détaillées par Ammien Marcel lia { ïivin , 5 ; ntw , 4; «1,3;, Orose (I. Yii.c.M), et lesCbruniuuesdeJéronieetdeCatsiodore fixent les dates et ajoutent quelques ci

(371 dep. J.-C.) de la Péninsule Clrhbriquo , et les trois petites Iles vers l'embouchure de l'Elbe '.Ce territoire étroit, aujourd'hui le dnché de Sleswiek, ou peut-être de Hotstcïn, n'aurait pas pu fournir les inépuisables essaims de Saxons qui s'ouvrirent l'Océan, remplirent la Grande-Bretagne de leur langage, de' leurs lois et de leurs colonies, et défendirent si longtemps la liberté dn Nord contre les armées de Charlcmagne '. On aperçoit aisément la solution de cette difficulté, dans la ressemblance des moeurs' et de la constitution incertaine des tribus de l'Allemagne, qui se trouvaient confondues ensemble par les moindres événemens de guerre on d'alliance. La position des véritables Saxons les encouragea à embrasser les professions périlleuses de pécheurs et de pirates", et le succès de leurs premières entreprises excita naturellement l'émulation des plus braves de leurs compatriotes, qui se déplaisaient dans la triste solitude des montagnes ei des forêts. Chaque marée pouvait descendre sur l'Elbe des flottes de canots remplis d'intrépides guerriers , avides de contempler le vaste Océan , et de partager les richesses d'un monde qui leur était inconnu. 11 parait probable cependant que les nations qui habitaient le long des cotes de la mer Baltique fournissaient aux Saxons la plus grande partie de leurs auxiliaires. Ils possédaient des armes et des vaisseaux, l'art de la navigation, et l'expérience des combats maritimes; mais la difficulté de passer au nord les colonnes d'Hercule *, où la mer est fermée par les glaces durant plusieurs mois

i E»i toi «X"* ™ Ki^pntt xffnnnt, S«f«f*r. Ftolémée place les restes des Cimbres * l'exlrémilé septentrionale de Is péninsule , le promontoire rimbrlqiie de Pline (iv, 27). Il rempli! l'intervalle qnt séparait les Cimbrtaies Saions.de six tribus obscures qui s'étaient réunies des le sixième siècle sous ta dénomination commune de Danois. ( Voyez Clurier, Germon. Jntiq. , 1. ui , e, 21, 22, 23.)

ï M. d'Auvffle, Établissement des élats de l'Europe, a marqué les vastes limites de la Saxe de Charlcmagne.

a La Boite de Drusus n'avait pu réussir à passer , OU même à approcher le détroit du Sund , appetc , d'après la ressemblance , les colonnes d'Hercule , et celle entreprise natale tut abandonnée sans retour. (Tacit. , de Xoribus Germon. , e. 34.) La connaissance que les Romains acquirent de la mer Baltique , fut due aux voyages qu'ils drenl par terre pour chercher de l'ambre.

CIBBOTf, I.

tm

de l'année, retenait leur courage et leur activité dans les limites d'un lac très-spacieux. Le bruit des armemens qui étaient sortis avec succès de l'embouchure de l'Elbe les enhardit bientôt à traverser le petit isthme de Sleswick, et à lancer leurs vaisseaux dans la grande mer. Les différentes troupes de pirates et d'aventuriers qui combattaient sous le même drapeau , s'unirent insensiblement dans une société permanente, d'abord de brigandage, et ensuite de gouvernement. Une confédération militaire forma peu à peu on corps de nation par les mariages et par la parenté ; et les tribus voisines, qui sollicitaient leur alliance, reçurent le nom et les lois des Saxons. Si le fait n'était pas appuyé de preuves incontestables, on nous soupçonnerait de vouloir tromper la crédulité de nos lecteurs, en donnant la description des vaisseaux dans lesquels les .pirates saxons se hasardaient sur l'Océan d'Allemagne, sur la Manche et dans la baie de Biscaye. La quille de leurs grands bateaux à fond plat était construite de bois mince ; mais ils fabriquaient les flancs et tout ce qui était à (leur d'eau avec de l'osier '- Durant le cours de leurs longues et lentes navigations , ils coururent les plus grands périls, et éprouvèrent dans les naufrages de nombreuses pertes d'hommes et d'embarcations sur les côtes de Gaule et de Bretagne ; mais ces pirates intrépides méprisaient le danger, sur la terre et sur les mers. L'habitude des entreprises éclaira leur intelligence; les derniers de leurs matelots savaient manier une rame, hisser une voile et conduire an vaisseau ; et les Saxons se réjouissaient à l'approche d'une tempête qui cachait leur expédition et dispersait les flottes de leurs ennemis \ Quand Us eurent acquis une con-

Le génie de César imita pourun usage particulier ces vaisseanxgrossicrs,maislét;ers,dontleshabilansdelaBreiaKne se servaient aussi. (Comment. (teBeit. Cii>tf.,i,51;etGuicharl, Nouveaux Mém. militaires, t. h, p. 41, 42.)Les vaisseaux anglais étonneraient aujourd'hui le Renie de César, î Les memeurs guides originaux, relativement aux pirates saxons se trouvent dans Sidonius AppoiliMr. , (1 viir cptt. 0, p.223,édit. Sinnond);. et le meilleur commentaire esl celui de l'abbé Duboa (ItaL ertuqne de

zodhy GoOglC

naissance exacte des provinces maritimes de l'Occident , Us étendirent la scène de leurs brigandages, et les pays les plus recalés n'en étaient pas à l'abri. Leurs bateaux tiraient si peu d'eau, qu'ils s'avançaient aisément à quatre-vingts et à cent milles dans les grandes rivières : ils étaient si légers, qu'on les transportait sur des charriots d'une rivière à une autre ; et les pirates, qui entraient par l'embouchure de la Seine ou du Rhin, pouvaient descendre le cours rapide dn Rhône jusqu'à la Méditerranée. Sous le règne de Valentinien, les Saxons ravagèrent les provinces maritimes de la Gaule. Le comte militaire, chargé de défendre cette côte, appelée limite armoricaine, trouva ses forces ou ses talens au-dessous de celte entreprise, et demanda du secours à Sévère, maître général de l'infanterie. Les Saxons, environnés et vaincus par le nombre, abandonnèrent leurs dépouilles, et donnèrent une partie delenrplus belle jeunesse pour servirdansles années impériales, sous la condition qu'on leur accorderait la liberté de se retirer paisiblement. Le général romain , qui méditait la plus lâche trahison ', accepta, sans balancer, cette capitulation. L'impétuosité de l'infanterie, qu'on avait secrètement postée dans une vallée profonde, trahît l'embuscade; et les Romains auraient peut-être été victimes de leur propre perfidie , si un corps de cuirassiers , alarmé par le bruit du combat , de fut pas venu précipitamment secourir leurs camarades et accabler les Saxons. On épargna quelques prisonniers, destinés a périr plus honteusement dans l'amphithéâtre ; et l'orateur Symmaque ne rougit point de regretter que la mort de vingt-neuf de ces malheureux , qui s'étaient étranglés de leurs propres mains, ait diminué les plaisirs de ses féroces compatriotes. Et cependant les citoyens polis et éclairés de Rome se sentaient saisis d'horreur quand on leur disait que les Saxons sacrifiaient à leurs dieux la dixième partie des

ai p. 77,78.)

'oya aussi p. u,m.)

< Ammien (xmhi , 5) justifie ce masque de foi a des pintes etd«< brigands; dOrose (L nt.e. 32) exprime plu* clairement leur crime réel : rirtute alqae agilitate tÉrrihiim.

(Urtibilm.

(971 dep. J.-C.) prisonniers, et qu'ils tiraient au sort les victimes de ce barbare sacrifice '.

II. La lumière des sciences et de la philosophie a fait oublier peu à peu les colonies fabuleuses des Égyptiens et des Troyens , des Scandinaves et des Espagnols, qui Battaient la vanité de nos ancêtres, et plaisaient à leur crédulité *. On reconnaît assez généralement dans notre siècle que les lies de la Grande-Bretagne et de l'Irlande ont été successivement peuplées par les babitans de la Gaule, Depuis les cotes de Kent, à l'extrémité de Kaitbnesseet d'Ulster, on aperçoit distinctement les traces de l'origine celtique, dans le langage, dans les mœurset dans la religion. Le caractère particulier de quelques tribus de Bretons peut s'attribuer naturellement a l'influence de causes locales et accidentelles ■. Les Romains réduisirent lenr province à un état de servitude policée et paisible. La Calédonie conserva seule les droits d'une liberté sauvage. Dès le règne de Constantin, les deux grandes tribus des Pietés et des Écossais, dont la fortune a été si différente depuis, partagèrent entre eux cette contrée septentrionale*. Les victorieux Écossais ontanéanti plus

< Symmaque, Hv. n, éplt. 46, ose encore prononcer les noms sacrés de Soc rate et de la philosophie. Sidonius, eveque 4e Clennool, condamnait (1. ira, épîl. 6) arec moins d'inconséquence les sacrifices humains des Saxons.

3 Au commencement du dernier siècle, le savant Cambdeo , armé d'un scepticisme respectueux , détruisit le roman de Brunis , enseveli aujourd'hui dans l'oubli, ainsi que Scota, 811e de Pharaon , et sa nombreuse postérité. On assure qu'il se trouve encore en Irlande dos rejetons de la Colonie MUisicnnc. Un peuple mécontent de sa situation présente saisit avidement les tables de sa gloire

i Tacite, ou plutôt Agricota, son beau-père, a pu remarquer le leini des Germains ou des Espagnols cbei quelques tribus bretonnes; mais leur opinion était cependant que : la universum tamen wslinutntl Collai vieinum solum occupasse ertdibiU est. Eorwn sacra

deprehendat sermo haud multum diversus. ( /n

vit. Jgrieola, c. 11.) César avait remarqué qu'ils professaient la même religion. {Comment, de BeUo gallico , n, 13.) Et de son temps, l'émigration de la Ganta Belgique était un événement récent, ou au moins constaté par l'histoire ( v, 10.) Cambden , le Slrabon de la Bretagne , a établi avec modestie nos véritables antiquités . ( Britannia, vol. i, iulrod,, p. n mu)

* Dans l'obscurité des antiquités calédoniennes, j'ai pris pour guides deux montagnards savans et ingénieux , dont la naissance et l'éducation peuvent Inspirer de la confiance. (Voyelles Dissertations critiques sur l'origine,

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(371dqM.-C.) tard par leurs succès la puissance et presque jusqu'à la mémoire des Pietés, leurs rivaux; et, après avoir maintenu durant plusieurs siècles ia dignité de royaume indépendant, ils ont ajouté à l'honneur du nom anglais par une union égale et volontaire. La main de ia nature avait marqué la distinction des Pietés et des Écossais. Les premiers cultivaient les plaines, et les derniers habitaient sur Les montagnes. On peut considérer la cote orientale de la Calédonie comme une vaste plaine unie et fertile, qui, sans de grands travaux , pouvait produire beaucoup de groins ; et l'épithètede cruitnich.ou mangeurs de grains, exprimait le mépris ou l'euvie des montagnards carnassiers. La culture des terres a pu introduire une séparation plus exacte des propriétés, et l'habitude d'une vie sédentaire ; mais te brigandageet la guerre étaient la passion favorite des Pietés, et les Romains distinguaient leurs guerriers , qui combattaient tout nus , par les couleurs saillantes et par les figures ridicules dont ils peignaient leurs corps. La partie occidentale de la Calédonie est hérissée de montagnes escarpées, peu susceptibles de payer le laboureur de ses peines, et très-propres à servir de pâture a des troupeaux. Les montagnards n'avaient pas d'autre occupation que celle de chasseurs et de bergers ; et, comme ils se fixaient rarement dans une habitation, on leur donna la dénomination expressive de Scott, qui signifie en langue celtique, errans ou vagabonds. Les habitans d'une terre stérile étaient forcés de chercher dans la mer un supplément de nourriture. Les lacs et les baies qui occupent leur pays sont très-abondans en poissons; et ils s'enhardirent peu à peu à jeter leurs filets dans l'Océan. Le voisinage des Hébrides,semées le long de la côte occidentale de l'Ecosse , tenta leur curiosité et augmenta leur intelligence. Ils acquirent insensible-

TntiqiiiU, etc., de* Calédoniens, par le docteur Jean Maepberton, Londres, 1768, in-T; et l'Introduction I l'histoire de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, pu Jacques nlaeptterson , Londres, 1773, in-4*, troisième édition.) Le docteur Maepherson était ministre dan 111s de Sky ; et c'est nM circonstance honorable pour notre siècle, qu'un ouvrage plein de saine critique et d'érudition Bit été composé dnns la plus éloignée des Iles solitaires des Hébrides.

ment l'art de conduire leurs bateaux dans une tempête, et de se diriger durant la nuit par la position des étoiles. Les deux pointes occidentales de la Calédonie atteignent presque à la côte d'une lie spacieuse, dont la brillante végétation mérita le nom de Green, qui signifie verte , et elle a conservé , avec un léger changement, celui d'£rin, ou Ierne, on ]reland. Il est probable qu'à quelque époque fort ancienne une colonie d'Ecossais affamés descendit dans les plaines fertiles d'Ulster, et que ces septentrionaux, qui avaient osé combattre les légions romaines, étendirent leurs conquêtes dans une Ile peuplée d'un petit nombre de sauvages pacifiques. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'au temps du déclin de l'empire romain, la Calédonie , l'Irlande et l'île de Man étaient habitées par des Ecossais, et que leurs tribus, qui s'associaient souvent dans des entreprises militaires, prenaient mutuellement le plus vif intérêt l'une à l'autre. Ils entretinrent long-tompa l'opinion d'une origine commune ; et les missionnaires de l'ile des Saints, qui répandirent le christianisme dans le nord de la Bretagne, persuadèrent aux habitans que leurs compatriotes irlandais étaient en même temps les véritables ancêtres et les pères spirituels de la race écossaise. Cette tradition incertaine a été conservée par le vénérable Bède , qui a répandu un peu de lumière sur l'obscurité du huitième siècle. Les moines et les bardes, espèces d'hommes qui abusent également du privilège de la fiction, ont accumulé les fables sur ce faible fondement. La nation écossaise a reconnu avec un orgueil mal entendu son origine irlandaise, et les annales d'une longue suitede rois imaginaires, ont été ornées de toute l'imagination de Boëtius et de l'élégance classique de Buchanan '.

< L'opinion presque oubliée, qui faisait tirer aux écossais leur origine de l'Irlande, s'est ranimée dans ces derniers temps, et a été soutenue par lerévérendH.Wilaker (Hist.de Manchester, vol. i, p. 430, «1, et dans l'Histoire originale des Bretons , p. 134-2930 lt aroue cependant, l"que les Écossais dont parle Ammien-Marceilin., (A.D.348) étaient déjà, établis dans la Calédonie, et que les auteurs romains ne parlent point de leur èrnigratiou d'un autre pays ; 2° que toutes ces émigrations attestées par des bardes irlandais, des historiens écossais ou les antiquaires anglais, Buchanan, Camnden, Usher, Slillingueel, sont entièrement fabuleuses ; nue trois des

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Six ans après la mort de Constantin , les incursions funestes des Pietés et des Écossais avaient exigé la présence du plus jeune de ses fils, qui régnait sur l'empire d'Occident. Constans visita la Grande-Bretagne; nous pouvons juger de l'importance de ses exploits par le langage de son panégyriste, qui ne célèbre que son triomphe sur les élémcns, ou, pour. parler sans métaphore, son passage heureux sur une mer tranquille depuis Boulogne jusqu'au port de Sandwich'. L'administration corrompue des eunuques de Constance aggrava les calamités d'une province déchirée par des guerres étrangères et des divisions intestines. Les vertus de Julien ne la soulagèrent que passagèrement; son absence et sa mort lui enlevèrent bientôt son bienfaiteur. L'avarice des commanditas militaires retenait les tributs levés avec peine, et destinés au paiement des soldats; on vendait publiquement des exemptions de service militaire; les troupes qui ne recevaient ni solde, ni subsistance, désertaienlen foule, et les grands chemins étaient infestés de voleurs *. L'oppression des bons citoyens et l'impunité des scélérats contribuaient également a répandre dans l'île l'esprit de mécontentement et de révolte ; et tout sujet ambitieux, tout exilé sans ressource pouvait aisément renverser le gouvernement faible et odieuxde la Bretagne. Les audacieuses tribus du nord, qui détestaient

tribus Irlandaise», citées par Ptolémee (A. D. 1501, tMt d'extraction calédonienne ; 3° qn" une branche cadette des princes calédoniens de la maison de Fuigal acquit et posséda la monarchie d'Irlande. D'après ces concession*, il ne reste plus qu'un très-mince différend entre M. Wîtaker et ses adversaires. L'histoire originale ouït donne d'un Fergas, cousin d'Ossiau, qui lût transplanté (A. D. 310} d'Irlande en Calédonie, est bâtie sur un supplément conjectural de poésie Perse , et sur l'autorité suspecte de Richard de CIrencesler , moine do quatoraième siècle. Là vivacité d'esprit de cet ingénieux et savant antiquaire luia fait oublier la nature de la question qu'il discute avec tant de véhémence, et qu'il décide d'un ton si absolu.

■ • Hvemetumentesaeaaetienteaundascalcaslis Oceanl

> sub remis veslrïs ; inspentam Imperatoris laciem

» Britannusexpavit. (JulinsFirmicus Materons, (fefrrow • Profan. Helig. , p. 464, édit. Gronov. , ad calcem Minuc. FeL Voyez Tillemonl , Histoire des Emoer- , t.rr, p. m)

1 Libanius ( Oral. Parent. , c 39, p. 261.) Ce pusage curieux a échappé aux recberebes de no* antiquaires anglais.

(371 dep. J.-C.) l'orgueil et la puissance des Romains, suspendirent leurs dissensions particulières; et les brigands de la terre et de la mer, les Pietés , les. Écossais et les Saxons, étendirent leurs ravages furieux et rapides depuis le mur d'Autonin jusqu'à la cote maritime de Kent. La province riche et fertile de la Bretagne * possédait abondamment tous les objets de luxe et de jouissance que ces barbares ne pouvaient se procurer uî par le commerce , ni parleur propre industrie. En déplorant la discorde éternelle des humains, on sera, je crois, forcé de convenir que l'avidité du butin est un motif de guerre plus raisonnable que la vanité de la conquête. Depuis le siècle de Constantin jusqu'à celui des Plantagenels, les Calédoniens , pauvres et audacieux , firent leur principale occupation du brigandage; et le même peuple dont la généreuse humanité inspirait les chants ossianiens , se déshonorait par une ignorance sauvage des vertus pacifiques et des lois de la guerre. Les Pietés et les Écossais ont ■ troublé long-temps la, tranquillité de leurs voisins méridionaux, qui ont peut-être exagéré leurs déprédations;. et les Attacotes'.une de leurs tribus guerrières, d'abord ennemis, et ensuite soldats de Valentinien , sont accusés de s'être nourris de chair humaine. Quand ils cherchaient une proie dans les bois, le berger leur paraissait un régal plus succulent que ses troupeaux; et ils choisissaient les parties les plus charnues, des hommes et des femmes pour en faire leurs repas abominables *. S'il a réellement

' Les Calédoniens admiraient et enviaient l'or, les chevaux , les arts , etc. des étrangers. ( Voyia la dJsscrtaUon du docteur Blair sur Ossian, vol. Il, p. 343, et l'introduction du docteur Macpherson , p. 242-280.)

* Lord LyUleion a raconté dans le plus grand détail (HisL de Henri II, voL i p. 182), et le chevalier David Dalryronlc (Annales de l'Ecosse, vol. i, p. 68)a eiléd'nrje manière peu affirmative une invasion des Écossais qui lut accompagnée d'actes de férocité ( 4. D. 1137), dans un siècle où les lois, la religion et la société devaïentavoir adouci leur» mcruri primitives.

3 Mtaeotti betlwosa homimim natic. ( Anunien , txTii ,8.) Cambden(p. clii de son introduction) a replacé te véritable nom dans le texte deJérèœe. Les bandes d'AttacoUi, que Jérôme avait vues dans la Gaule, furent placées depuis en Italie cl dans niijrie. (Notilia, S. un ,

■ Cura ipseadolescentulua In Gallia viderim Attaoetoa ScotlosJGenlembrilaiiuicam hunianis tesci camibus;

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(»Ti dep. J.-C.) existé une race d'anthropophages dans les environs de la ville commerçante et littéraire de Glascow, nous pouvons trouver dans l'histoire de l'Ecosse les deux extrêmes de la vie sauvage et de la vie civilisée. Ces réflexions servent à étendre le cercle de nos idées, et à nous faire espérer que la Nouvelle-Zélande produira peut-être dans quelques siècles à venir un Hume de cet hémisphère méridional.

Tous ceux qui pouvaient s'échapper en traversant le canal apportaient à Valentinien les nouvelles les plus alarmantes. L'empereur apprit bientôt que les deux commandans militaires de cette province avaient été surpris et massacrés par les barbares. Il y envoya, mais rappela précipitamment Sévère, comte des domestiques. Les représentations de Jovinus ne servirent qu'à faire connaître à la cour de Trêves l'étendue du danger. Aprèsde longues délibérations, Valentinien chargea le brave Théodose du soin de défendre , ou plutôt de recouvrer la Bretagne. Les historiens de ce siècle ont célébré les exploits de ce général , qui fut la tige d'une suite d'empereurs ; mais ses brillantes qualités méritaient leur éloge , et la nouvelle de sa nomination fut reçue de la province et de l'armée comme un présage heureux de la victoire. Il saisit un moment favorable pour s'embarquer, et aborda sans accident en Bretagne, suivi des nombreux vétérans qui composaient les bandes des Hernies , des Bataves, des Joviens et des Vîctors. Dans sa marche de Sandwich a Londres, Théodose défit plusieurs troupes de barbares, rendit la liberté aune multitude de captifs, et, après avoir distribué une petite partie des dépouilles à ses soldats, il établit sa réputation de générosité en restituant le reste aux propriétaires légitimés. Les citoyens de Londres , qui commençaient a désespérer de leur délivrance, ouvrirent leurs portes; et, dès que Théodose eut obtenu de la cour de Trêves le secours nécessaire d'un lieutenant

• et eùm per salves porcoram grèges . et armentoruni

• ^ecodoicque reperiant , pastorum nales et feminamm > papiHus sotere abeindere ; et has soins ciborum ic\U ■ lias arbitrer!. • Tel est le témoignage de Jérôme , t. ii,» 7i, doit ]e ne trouve aucune raison de soupeaoiiit la ventilé.

et d'un magistrat civil, il exécuta avec sagesse et vigueur l'entreprise difficile de délivrer la Bretagne. Les soldats errans furent rappelés à leurs drapeaux ; une amnistie générale dissipa leurs terreurs; le général, en donnant lui-même l'exemple, lit supporter plus patiemment la sévérité de la discipline militaire, La dispersion des troupes de barbares en différens corps , qui exerçaient leurs ravages sur terre et sur mer, ne lui permit pas de remporter des victoires éclatantes ; mais l'habile général déploya la supériorité de ses talens dans les opérations de deux campagnes consécutives, et, délivra par sa prudence et son activité, la province entière de ses barbares ennemis. Les fortifications diligemment réparées rendirent aux villes la sûreté et leur première splendeur; la main ferme de Théodose repoussa les Calédoniens sur la pointe septentrionale de l'Ile, et perpétua la gloire de Valentinien parla constitution d'une nouvelle province qu'il nomma Valentte '. Les poètes et les panégyristes ont pu ajouter, avec une apparence de vérité, que les régions inconnues de Thule furent teintes du sang des barbares , que les vagues de l'Océan byperboréen blanchirent sous les rames des galères romaines , et que Théodose remporta une victoire navale sur les pirates saxons daus le voisinage desOrcades*. Il est constant qu'il quitta la province avec une réputation brillante et sans tache , et que l'empereur Valentinien , incapable d'envier le mérite qu'il admirait, récompensa les services de Théodose, en l'élevant au grade de maître-général de la cavalerie. Décoré de ce titre, le libérateur de la Bretagne défit, sur

i Auitnien a raconté (Tune manière concise ( xx , 1 ; xxvi, <j;xxvn, 8;xxvm,3) toute l'histoire «te ta guerre de Bretagne.

Inpactli Ttwie.

VOT" aussi Pacatus, in Poiugjr. yU., iu, 5. Mai» il est difficile d'apprécier au juste les métaphores et la valeur intrinsèque de l'adulation. Comparez les île lolree da Bolamis (Sistius, Silc, v,2) avec son caracUre( Tacite, in tit. Jgricol.,*. 15.)

le haut Danube, les armées des Allemands, avant qu'on l'eût choisi pour apaiser la révolte de l'Afrique.

III. Le prince qui refuse de punir ses ministres coupables passe pour leur complice dans l'esprit îles peuples. Le comte Romanus avait exercé long-temps eu Afrique le commandement militaire, et ses talens n'étaient point indignes de son emploi. Mais, comme la plus sordide avarice déterminait toujours sa conduite, il se montrait souvent l'ennemi de sa province, et le protecteur des barbares du désert. Les trois villes florissantes d'Oea, de Leptis et de Sabrata , qui formaient depuis long-temps une confédération sous le nom de Tripoli *, se trouvèrent pour la première lois forcées de se mettre à l'abri d'un invasion en fermant leurs portes. Les sauvages de Gétulie surprirent et massacrèrent plusieurs de leurs plus honorables citoyens ; ils pillèrent les villages et les faubourgs des villes, et arrachèrent par méchanceté les vignes et les arbres fruitiers. Les habitans consternes implorèrent le secours de Romanus ; mais ils éprouvèrent que leur gouverneur n'était ni moins cruel ni moins avide que les barbares. Avant do marcher contre les ennemis, Romanus exigea des Tripplitains quatre mille chameaux et une somme d'argent exorbitante, qu'ils n'étaient point en état de fournir. Cette demande équivalait à un refus, et on pouvait le regarder justement comme l'auteur de la calamité publique. Dans L'assemblée suivante de leurs trois villes, qui avait lieu tous les ans , ils choisirent deux députés, qu'Us chargèrent de portera Valent inien le don annuel d'une Victoire d'or massif, et de lui représenter en même temps ce qu'ils avaient souffert de l'ennemi et de la perfidie de leur gouverneur. Si la sévérité de l'empereur avait été clairvoyante, elle serait tombée sur la tète du coupable Romanus; mais le comte, qui connaissait depuis long-temps par expérience l'influence de l'or, s'assura

■ Ammim cite souvent te Condition annuum , légitimant,<A Leptis et Sabrata sont détruites depuis longlemps , mais la Tille d'Oea, patrie d'Apulée, est encore 0o ■ rUsanle sous le nom de Tripoli. (Voyez Cellarius, Géogr. Auliq., t. u,p.l81-, d'Aimlle, Géographie ancienne, t. m, p. 71, 72; rt Marmot, Afriirue, t. u,p. 562.)

(372 dep. J.-C.) la faveur vénale de Remigius, grand maître des offices , dont les artifices trompèrent le conseil impérial et l'attente des Tripolitaius. Une seconde incursion les ayant obligés de renouveler leurs plaintes , la cour de Trêves envoya Palladius examiner l'état de l'Afrique et la conduite de Romanus ; mais le gouverneur séduisit aisément le commissaire. Une partie du trésor qu'il avait apporté pour payer les troupes fut le prix de sa perfidie; et dès qu'il etil commis ce crimeil attesta l'innocence de Romanus, et déclara l'accusation des Tripolitains fausse et calomnieuse. Palladius retourna de Trêves en Afrique, avec une commission spéciale pour chercher et punir les auteurs d'une conspiration contre les représentans du souverain. Les informations se firent avec tant d'adresse et de succès, que les habitans de Leptis , qui venaient de soutenir un siège de huit jours, se dédirent et blâmèrent la conduite de leurs députes. Valentinien condamna injustement à moitié président du conseil de Tripoli , qui avait osé gémir sur les malheurs de la province, et on l'exécuta publiquement à Utique, avec qaatre des principaux citoyens, qui passèrent pour ses complices ; deux autres eurent la langue arrachée par ordre de l'empereur ; et Romanus conserva son commandement militaire jusqu'au moment où les Africains, poussés à bout par ses vexations , entrèrent dans la révolte du Maure Firmus '.

Son père Nabal était un des pins puissans princes maures qui reçussent la loi des Romains. Il avait laissé en mourant de ses femmes et concubines une postérité nombreuse, qui se disputa sa riche succession ; et Zamma, l'un de ses fils , fut tué dans une querelle par son frère Firmus. Le zèle avec lequel Romanus poursuivit la vengeance de ce meurtre ne peut guère s'attribuer qu'à des motifs d'avarice ou de haine personnelle; mais son entreprise était juste, et sa puissance lui donnait les moyens de l'exécuter. Firmus, réduit à l'alternative de porter sa tête à la hache du bourreau, ou d'appeler an peuple et à sonépée delà sentence du conseil impérial, prit le der-

i Animicn, xnn , 6. TnlemoM (Hist.desemper., I. *, p. 26, 676,)a discuté les difficultés enranatogimi» 4e l'histoire du comte Romanus.

(373 dep. J.-C.)

nier parti, et on te reçut comme le libéra teurde son pays *. Dèsque les Africains s'aperçurent queRomanus n'était formidable que dans «ne province soumise , le tyran devint l'objet du mépris général. Firmus réduisit Cësarée en cendres , et apprit aux autres villes qu'il était dangereux de lui résister. Il commandait aux provinces de Numidie et de Mauritanie, et douta un moment s'il prendrait le diadème d'nn roi maure, ou la pourpre d'un empereur romain. Mais les Africains reconnurent bientôt que leur imprudente entreprise était an-dessus de leurs forces et de l'habileté de leur chef. Us ignoraient encore le choix d'un général que des vaisseaux de transports attendaient a l'embouchure du Rhône, lorsque le grand Théodose débarqua près d'Igilgilis ou de Gigeri , sur la côte d'Afrique, suivi d'un corps de vétérans. La terreur de son nom fit perdre tout espoir au timide Firmus; et, quoiqu'il lui restât des troupes et des trésors, il eut recours aux artifices employés par Jugurtha dans le même pays et dans une situation semblable. L'usurpateur essaya de tromper la vigilance du général romain par une soumission apparente, de séduire ses troupes, et de traîner la guerre en longueur, en engageant successivement les tribus indépendantes d'Afrique à épouser sa querelle, on à faciliter sa fuite. Théodose imita la conduite et obtînt le succès desonprcdcoesseurMétetlus. Lorsque Firmus, d'un ton de suppliant, vint déplorer sa propre imprudence, et solliciter humblement la clémence de l'empereur, le lieutenant de Yalentïnîen le reçut amicalement, et ne s'opposa point à sa retraite ; mais il exigea des preuves évidentes de son repentir, et les insidieuses protestations du prince maure ne lui tirent pas ralentir un seul instant ses opérations militaires. Tbéodose découvrit par sa vigilance celte conspiration , et il satisfit sans répugnance l'indignation du peuple qu'il avait secrètement

i L* chronologie d'Ammien «si wgue et otucare ; et OroH (Lïn,t. 33 , p. S51 . édit Hsvercamp ) semble placer la révolte Je Firmus «près la mort de Valenlinien et de Valent. TUlemont (Hist des Emper. , t. v, p. 691 )

liclie de taire san cliuminà IraTera lee Um'bres. Lus raule< des Alpes mwcheiit d'nn pied eùrsur les passages les plus giissani et In pins escarpes.

excitée. On abandonna, selon la coutume, une partie des complices de Firmus à la fureur des soldats; d'autres eurent les deux mains coupées, et servirent à inspirer la crainte et l'horreur. Au milieu des plaines immenses de Gélulie et des nombreuses vallées du mont Atlas, il était impossible d'empêcher la fuite de Firmus, et, si l'usurpateur avait pu lasser la patience de son adversaire, il aurait pu se cacher dans la profondeur de quelque solitude, en attendant une révolution plus heureuse. Mais la persévérance de Théodose ne se démentit point, et ii poursuivit sans relâche la résolution de terminer la guerre par la mort du rebelle et le châtiment de toutes les tribus d'Afrique qui partageaient son crime. A la tête d'un petit corps de troupesqui excédait rarement trois mille cinq cents hommes, le générai romain s'avança dans le cœur du pays, et unissant la prudence à l'intrépidité, il repoussa quelquefois des armées de vingt, mille Maures. L'impétuosité de ses attaques les frappait de terreur, et l'habileté de ses retraites les déconcertait. Les ressources inconnues de l'art militaire déjouaient tous leurs plans, et ils furent Forcés de reconnaître la supérioritéd«cherd'nne nation civilisée. Lorsque Théodose en Ira dans les vastes états d'Igmazen, roi des Isaflenses, le sauvage arrogant lui demanda d'un ton de mépris son nom et l'objet de son expédition. * Je suis, loi répondît lé comte, d'un ton fier i et dédaigneux , je suis le général de Va- » lentinien , le monarque de l'univers ; il

> m'envoie ici pour poursuivre et punir un

> scélérat déterminé, Lrvre-le à l'instant , et

> sois sûr que, si tu n'obéis pas an comman- » dénient de mon invincible souverain, toi et

> ton peuple, vous serez bientôt exterminés. > Dès qu'Igmazen fut persuadé que son ennemi avait des forces suffisantes pour exécuter sa menace, il consentit a acheter une paix nécessaire par le sacrifice du fugitif. Les gardes placés pour s'assurer de Firmus lui ôtaient tout espoir de s'échapper; mais le Maure rebelle, après avoir banni la crainte de la mort par l'ivresse, évita le triomphe insultant des Romains, en s'étranglant pendant la nuit. Son cadavre était le seul présent qu'Igmazen put faire au général. On le jeta sur un

chameau , et Théodose reconduisit ses troupes victorieuses a Sitifi, ou le reste de son armée le reçut avec des acclamations de joie et de fidélité *.

Les vices de Romanus avaient fait perdre l'Afrique, les vertus de Théodose la rendirent aux Romains; et la conduite que la cour impériale tint avec ces deux généraux , peut servir de leçon en satisfaisant la curiosité. En arrivant en Afrique, Théodose suspendit l'autorité du comte Romanus; il fut mis, jusqu'à la fin de la guerre, sons une garde sûre , mais traité avec distinction. On avait les preuves les plus incontestables de ses crimes, et le public attendait avec impatience qu'on le livrât à la sévérité de la justice ; mais la protection puissante de Mellobaudes lui facilita les moyens d'embarrasser ses juges, et d'obtenir des délais qui lui donnèrent le temps de se procurer des témoins favorables, et de couvrir sa conduite criminelle par des mensonges et des calomnies. A pen près dans le même temps, on trancha ignominieusement, a Carlhage, la tête du libérateur de la Bretagne et de l'Afrique, sous ie prétexte odieux que ses services et sa réputation le rendaient suspect. Valenlînien n'existait plus; et on peut imputer aux ministres qui abusaient de l'inexpérience de ses fils, la mort de Théodose et l'impunité de Romanus *.

Si Ammieu eût heureusement employé son exactitude géographique à décrire les exploits de Théodose dans l'Afrique, nous aurions détaillé avec satisfaction toutes les circonstances de sa marche et de ses victoires; mais la fastidieuse énumérulion des tribus inconnues de l'Afrique peut se réduire à la remarque générale qu'elles étaient toutes de la race noire des Maures, qu'elles habitaient, surles derrières des provinces de Kumidie et de Mauritanie, le pays que les Arabes ont nommé depuis la patrie des dattiers et des sauterelles ", et que , comme

< Ammien, nu, 5. Le texte de ee long chapitre de quatorze pages 10-4" est corrompo et déftguré, ri le récit tst obscurci, lautede jalons géographiques et de rensetgnemens chronologiques.

ï Ammien , «uni, 1; Orose, I. m, c. 33, p. 551, 552 ; Jérôme, dans sa chronique, p. 187.

1 Léo An-icanhis , dans les Kiaggide Bamusio{\. i,

la puissance des Romains déclinait en Afrique, la culture des terres et les mœurs civilisées y diminuaient eu proportion. Au-delà des limites des. Maures, ie vaste désert du sud s'étead à plus de trois cent cinquante lieues jusqu'aux bords du Niger. Les anciens , qui connaissaient très -imparfaitement la grande péninsule d'Afrique, ont cru long-temps que la zone torride n'était point susceptibled'être habitée par des hommes ', et ils la peuplaient, au gré de leur imagination , de monstres et d'êtres fantastiques *, de satyres *, de centaures* et de pygrnées humains qui faisaient la.guerre aux grues1. Les Carthaginois auraient tremblé, s'ils avaient su que le pays coupé par l'équateur recelait des deux cotés une multitude de nations qui ne différaient des hommes ordinaires que par la couleur; et les Romains auraient pu craindre que les p. 78-83), a tait nue description curieuse des peuples et du pays, queMarmol (Afrique, t, m, p. 1,51) décrit d'une manière encore beaucoup plus détaillée.

1 Les progrès de l'ancienne géographie réduisirent peu à peu celte zone inhabitable de quarante-cinq à vingtquatre , ou même à seize degrés de latitude. { Voyez une note savante du docteur Roberlson, llist. d'Amérique, vol. i, p. 426.)

ilnira, si crederc liict.vix jam homîaes et rnagâ semifeiï...SatyrirJHemmye',etc.(Vomjfoida&Ht$a,i,4, p- 26, edit. Voss. , in-o"*.) Pliueeiplique philosophiquement les irrégularités de la nature , que sa crédulité avait admises (v, 8.)

* Si le saLyre était le mente que l'orang-outang , ou singe de la grande espèce ( Bu flou , llist. .\a t . , t. m , p. 43, etc.) , il est possible qu'on en ait vu un à Alexandrie sous le règne de Constantin. Il reste cependant toujours un peu de dinicullé relativement a ta conversation que saint Antoine eut avec un de ces pieux sauvages dans tedésertdelaThebaide.(Jerom., in nt.Paul. eranit. L 1, p. 238.)

' Saint Antoine rencontra aussi un de ces monstres dont l'empereur Claude affirme sérieusement l'existence. Le publie s'en moquait ; mais son prêta d'Égyteenl l'adresse d'envoyer, al'aide d'une préparation artificielle, le soi-disant corps embaumé d'un faippoeenlaure, que l'on conserva durant plus d'un siècle dans le palais impérial. (Voyez Plioe, HisLNaL, vu, 3, et les Observa*, judicieuses de Frerel , Métn. de l'Acad. , t. va, p. 321, e*e.)

s La table des pygrnées est aussi ancienne qu'Homère. (Iliade, m, 6). Les pygrnées ne l'Inde et de l'Ethiopie, Trispilhami, n'avaient que vingt-sept pouces de hauteur, et.desle commencement du printemps, leur cavalerie) montée sur des béliers, se menait tous les ans en campagne pour détruire les œufs des grues. Miter, dit Hine, fUturis greg&tu non resati. Ils non si ru liaient leurs maisons de boue , de plumes et île coquilles d'cculs. ( Vov. Hine , vi , 35 ; vu, 2 ; et Strahon, I. u , p. 121.)

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(373 dep. J.-C.) sauvages habitans du Midi ne vinssent bientôt appuyer les ravages des barbaresduNord. Une connaissance plus particulière du géuîe des Africains aurait sans doute anéanti ces vaines (erreurs. On ne doit, àce qu'il me semble, attribuer l'inaction des nègres, ni a leur venuni à leur pusillanimité. Ils se livrent, comme tous les hommes, à leurs passions et à leurs appétits, et les tribus voisines se font fréquemment la guerre *. Mais leur ignorance grossière n'a jamais cherché a perfectionner les armes pour l'attaque ou pour la défense. Ils paraissent également incapables de former un plan vaste de conquête ou de gouvernement ; et les nations des zones tempérées abusent cruellement de l'infériorité reconnue de leurs facultés intellectuelles. On embarque annuellement sur la côte de Guinée soixante mille noirs , qui ne reviennent jamais dans leur patrie. On les charge de chaînes », et cette émigration continuelle, qui, dans le cours de deux siècles , aurait pu fournir des armées susceptibles de subjuguer l'univers, atteste les crimes de l'Europe et la faiblesse de l'Afrique.

IV. Les Romains observèrent fidèlement le traité ignominieux qui avait sauvé l'armée de Jovien; et leur renonciation solennelle à l'alliance de l'Arménie et de l'Ibérie exposa ces deux royaumes aux entreprises du monarque persan *. Sapor entra dans l'Arménie à la tète d'un corps formidable de cuirassiers, d'archers et d'infanterie mercenaire. Mais ce prince s'était fait une habitude de mêler les négociations aux opérations militaires, et de considérer le parjure et la trahison comme le plus précieux instrument de la politique des souverains. Il affecta de donner des louanges à la conduite prudente et modérée du roi

< Lm troisième et quatrième volumes de l'excellente llisliiira des voyages décrivent l'étal actuel des nègres. Le commerce des Européen* a chilisé les habitons des rôt*» maritimes, et le» colonies des Maures ont amélioré l'intérieur du par» en s'y répandant.

i Hist. PhUoeopu. et Polit. , etc. , t. iv , p. 192.

1 L'autorité d'Amnrien est décisive («vu , 12). Moïse de Chorène-fL in, e, 17, p. 249, el c. 34 , p. 269) et Procope.(4kB*U. penU. , 1. 1, c 5, p. 17, édil. du Louvre) ont été consultés. Mais ces historien» , qui confondent des faits différais, répètent les mentes événemens, et font d'étranges histoires. On ne doit leur donner confiance qu'avec beaucoup de restriction el de circonspection. m

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