CHAPITRE XXX
Ilé»olie 3*a Gotha. — Ils pillent la Grèce. — lieux g.-amjo« mwiona de l'Italie Mr Atari» et lUdagaiio. — Ils ioiiL rcpoiusëi par Slilicon. — Les Germa nu •'emparent de la Gaule. — Usurpation de Constantin en Occident. — -Diagrace «I non de Stilicoo.
Si les sujets de Rome avaient pu îgnorerce qu'ils devaient au grand Théodose, la mort de cet empereur leur aurait bientôt appris avec combien de peine, de courage et d'intelligence, il était parvenu à soutenir l'édifice chancelant de la république. Il cessa de vivre au mors de janvier, et , avant la fin de l'hiver de la même année, toute ta nation des Goths avait pris tes armes *. Les auxiliaires barbares déployèrent leur étendard indépendant, et avouèrent hautement le dessein que leur férocité méditait depuis long-temps. Au premier soit de la trompette, leurs compatriotes , que le dernier traité condamnait a vivre en paix de leurs travaux rustiques , abandonnèrent les fermes, et reprirent leur épée qu'ils avaient posée avec répugnance. Les barrières du Danube furent forcées; les sauvages guerriers de la Scyihie sortirent de leurs forêts, et l'extrême rigueur de l'hiver donna occasion au poète de dire , < qu'ils ■ traînaient leurs énormes chariots sur les
* Les leçons de Théddoee, oo plutM Claudia (rr, Cous- Btmor., 214-418), pourrai™ l fain on excellent traité d'éducation pour le prince ftrtor d'une nation libre. Hélait fort au-dessusd'Honoriusel de ses sujets dégénéré:.
> Claudien parle clairement de la révolte des Golhs et du blocus de Constant inople <jn RufUt., Ht. h, 7-100); Zosirae, lh.,v, p. 292; « Jornandès, de. Rébus geticia , c. 29.
• glaces du fleuve indigné '. » Les .habitait* infortunés des provinces au sud du Danube, se soumirent à des calamités avec lesquelles vingt-deux anncesd'habitiulelei avaient presque familiarisés. Des troupes de barbares, qui tiraient vanité du nom de Goths, se répandirent désordonnénient depuis les cotes de la Daltnatîe jusqu'aux portes de Coustaui tinople *. L'interruption, ou du moins la diminution du subside accordé aux (Joins par la prudente libéralité de Théodose, servit de prétexte à leur révolte. Cet affront les irrita d'autant plus, qu'ils méprisaient les limiiles fils de cet empereur; et ils furent encouragés dans leur ressentimentparla faiblesse ou par ia trahison du ministre d'Arcadius. Les fréquentes visites que Ruftn faisait au camp des barbares, son affectation à imiter leurappareil de guerre , parurent une preuve suffisante de sa correspondance, criminelle, en même temps que les ennemis de la nation, soit par reconnaissance ou par politique, exceptaient avec attention de la dévastatiou générale 1rs domaines du préfet. Les Golhs, au lîeu d'obéir aveuglément aux passions violentes de leurs différens chefs, se laissaient diriger par le génie adroit et profond d'Alaric. Ce général célèbre descendait de la noble race des Bail!1, qui ne le cédait en dignité qu'à l'illustration .royale des Amali. Il avait sollicité le commandement des armées romaines, et lé refus de la cour impériale l'excita a lui en faire sentir la fol ic. Il résolut d'employer contre les Romains
Claudien et Ovide amusent souvent leur imagination par des métaphores, en substituant des glaces épaisses à des eaux liquides.
* Jérôme, 1. 1, p. 26. Il lâche de consoler son ami Hcliudore , èreque d'Àltinum, de la perle de son nereu Népotioa.ea lui faisaul an détail curieux de tous les malheurs publics et particuliers de ces letnps. ( Voyia Tiliemont , Mém. ficelés. . t. ut , p. 200 , etc.)
3 Baltlia ou bold, en français liardi: Origo mirillca, dit Jornandés, c. 29. Celle race illustre fut long-temps célèbre en France, dans la province gothique de Seplimanie on . Languedoc, sous la dénomination corrompue de Baux; et une branche de cette Humilie forma depuis un établissement dans ieroïaumede?iaples;t;rotiu5, in /Voiegom. attl/Lt. Gothic, p. 53}. Les seigneurs Je Baux, prés d'Arles, cl de soixante-dix terres qui en relevaient , étaient indépeudans des comtes de Provence. (Longuerue, Description de la France, t. i.p, 35Î.
tes talens dont ils s'étaient volontairement privés. Quclqueespoir qu'eût Alariedese rendre maître de Constantinople , ce judicieux général abandonna bientôt cette entreprise impraticable!. Au milieu d'une cour divisée et d'un peuple mécontent, l'empereur Arcadius tremblait a la vue d'une armée de Goths; mais les Fortifications de la ville suppléaient an manque île valeur et de génie. Du coté de la terre et de la nier, la capitale pouvait aisément braver les traits impuissans des barbares. Alaric dédaigna d'opprimer plus longtemps les peuples soumis et ruinés de lu Thrace et de la Dacie, et il alla chercher la ,gloireetrabondoncedansuneprovinceécliappée jusqu'alors aux' ravages de la guerre '. Le caractère des officiers civils et militaires auxquels Rufin avait confié le gouvernement de In Grèce confirma les soupçons publics; cl l'on ne douta plus qu'il n'eût le dessein de livrer an chef des Goths l'ancienne patrie des sciences et de la liberté. Le proconsul Antioclitis était le fils indigne d'un père respectable, et Geron tins, qui commandait les troupes provinciales, semblait plus propre à exécuter les ordres tyranniques d'un despote, qu'à défendre avec courage et intelligence un pays admirablement fortifié par les mains de la nature. Alaric traversa sans résistance les plaines de Macédoine et de Thessalie, ' jusqu'au pied du mont GEta , qui forme une cliaine de montagnes escarpées, dont le sommet, couvert de bois serrés, était presque .impénétrable à sa cavalerie. Elles s'étendaient d'Orient en Occident jusqu'aux bords de la mer, et ne laissaient entre le précipice et le golfe Malien qu'un intervalle de trois cents pieds, qui se réduisaient dans quelques endroits à une route étroite où il ne pouvait passer qu'une seule voiture '. Un général habile aurait facilement arrêté et peut-être détruit l'armée des Goths dans cette gorge étroite des Tlieimopyles, où Léonîdas et trois cents Spartiates avaient glorieuse-
> Zosïme ( L. y, p, 2&V2)5 ; est le meilleur guide pour b conquête de la Grèce; mais les passages et les allusions de Claudicn sont autant de traits de lumière pour rilUloire.
» Compara Hérodote (yii, e. 176) rt Tile-Liw (mn, 15), Ce passage étroit, qui défendait la Grèce, a probablement été élargi suwessi'emcnt par tous les envahis-
EMPlItE ROMAIN, (398 dcp. J.-C.
ment dévoue leur vie ; et peut-être la vne de ce sol sacré aurait-elle ranimé quelques étincelles d'ardeur Militaire dans le cœur des Grecs dégénérés. Les tronpes qui occupaient le détroit des Thermopyles se retirèrent . conformément à l'ordre qu'on leur avait donné, sans entreprendre d'arrêter Alaric ou de retarder son passage '.Les plaines fertile» de la Phocîdeet de la Béûtîefnrentbientotcou vertes d'une mullitudede barbares qui massacraient tous les hommes en état de porter les urmes, et en traînaient avec eux les plus belles femmes et les troupeaux à travers les flammes dort ils incendiaient leurs villages. Les voyageurs qui visitèrent long-temps après b Grec; distinguèrent encore les traces de la marche des Goths ; et la vtHe de Tnebes (int-motii* sa conservation a ses sept portes, qu'à l'empressement qu'Ataric avait de s'emparer d'Athènes et du port du Pirée. La même impatience l'engageait à éviter lo retard et le danger d'un siège en offrant sue cttpibilatnin : et, dès que les Athéniens entendirent la voix de son héraut, ils consentirent à livrer h plus grande partie de leurs richesses pour racheter la ville de Minerve et ses habitant. Le traité fut ratifié par des sermens solennels , et observé réciproquement avec fidr lité. Le prince des Goths entra dans la ville, accompagne d'un petit nombre de troupes choisies. H y prit le rafraîchissement du bain, accepta tin repas splendide cher le magistrat, et affecta démontrer qu'il n'était point étranger aux usagesdes nations civilisées '. Haistoutte territoire de l'Altique , depuis le proutontoip1 de Sunium jusqu'à la ville de Mcgare, fut L-i proie des flammes et de la destruction; et, si nous pouvons nous servir de la comparaison d'un philosophe contemporain , Athènes elle-
i II passa , dit Eutwpius ( in Fît. PhUotaph. , p. Si , «dit. Ccmroelin , 16%) , i.Uivm le «iroit des Ttw-
■OpTle*. /■■ n» iMWMfiidi, wiw/iif(/ini-.
immuffnv mitito "ft^yii.
i Pour me conformer à Jérôme cl a ChnuJïen .'«
Rufin., \. i(, 191), j'ai rharpéun pru le rtetl «> ïosiuw, qui cherche à adoucir hscalamiUs de la Grèce.
Synesius ( EpUt, un, p. 212, édit. Pelav.; obwrqu'Athènes, dont il impute Its malheurs àl'ivariccdu p:.consul , était plus fameuse alors par &■ miel, que par ses écoles de philosophie.
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(àeé dcp. J.-C.)
môrac ressemtdaitâJ^.pettu v'idc.et sanglante d'une victime offerte en sacrifice. La distance de Mégare à Gocinlhe p' excédait guère trente milles; mais la. muuvaite mute, dénomination expressive qu'elle porte encore chez les Grecs, aurait été facilement rendue impraticable pour une armée d'ennemis. Les bois épais et obscurs du mont Citbéron couvraient l'intérieur du pays. Les rochers Scîrouieos, qui bordaient le rivage, semblaient suspendus sur le sentier étroit et tortueux, dans une longueur d'environ six milles, le long des cotes de la mer '■ L'isthme de Corinthe terminait le passage de ces rochers- si détestés, dans tous les siècles ; et un petit nombre de braves soldats auraient facilement déleadir un retranchement temporaire de cinq ou six milles , entre la mer d'Ioaie et la mer QEgée. Les villes du.Péloponèse, se fiant à leur rempart naturel , avaient négligé le soin de leurs mura antiques» et l'avarice des .gouverneurs romains trahit cette .malheureuse province après, l'avoir épuisée '. Argos, Sparte y Corinthe, cédèrent sans résistance aux aimes des Gotha, et les plus heureux des halriians furent ceux qui, premières victimes de la fureur, évitèrent le spectacle affreux de leurs maisons en- cendres et de leurs familles dans les fera *- Dans le partage des vases et des statues, les barbares considérèrent plus la valeur de la matière que le prix.de la maind'œuvre. Les fcxmncs captives se soumirent aux lois de la guerre; In possession de la beauté servit de récompense a la valeur, et
PAR ED. GIBBON. Cil. XXX,
?os
, vanau mttl Mcnitfnfu,
i, tUheU.Gttiea. 188, PaufianiasadeeTillH rochers Se iroui rai (t. i, c.4, p. 107, Mit. Kubn.),e1 nos voyageur* modernes, Whceler (p. 436) et Cbandler (p. 20*1, en «U aussi .<ltemé. m» description. Adrien renaît la route praticable pw dem Toitures de frai.
iCUudïm(tn Jiufin.,Ln,lB6,el de Bell, getito, 611, etc.) peint vaguement, mais pathétiquement, celle scattedcdirasiauoa.
> If « (wnp* àt*" a«' w«f»u!i etc. Ces superbe» vers (i'Ho!Dè».(Odï», l v, 306), «Pt été Inucrits par un des jeunes captifs de Corinthe; elles larmes de Muraraius peuvent servir à prouver que si le grossier conquérant ignorait là valeur d'au portrait original , 11 n'en possédai! pas moins t» véritable source du Mu goal, ira cœur bienfaisant, (Hotarque, fympoaiâe.j 1. n, %■ î; p.737,éiitWecheiV '"
les Grées ne pouvaient pas raisonnablement se plaindre d'un abus justifié par l'exemple des temps héroïques '. Les descendais de ce , peuple fameux, qui avait considéré la videur etto discipline comme les meilleures fortittcattous de Sparte , ne se rappelaient plus la réponse courageu' ■:: d'un de leurs ancêtres à un guerrier plus redoutable qu'Alaric : t Si
> tu es un dieu, tu n'opprimeras point ceux i qui ne t'ont pas offensé ; si tu n'es qu'un » homme, avance, et tu trouveras des hora-
> mes qui ne te cèdent ni en force ni en cou- • rage *. » Depuis les Thermopylcs jusqu'à Sparte, le chef des Goths continua sa marche victorieuse, sans rencontrer un seul ennemi armé ; mais un des prosélytesdu paganisme empirant assure avec confiance que la déesse Minerve, armée de sa redoutable égide, et l'ombre menaçante d'Achille *, défendirent les murs d'Athènes, et que l'apparition des divinités do la Grèce épouvanta le hardi' conquérant. Dans un siècle fécond eu miracles, il serait peut-être injuste de priver Zosime de cette ressource commune; cependant on ne peut pas se dissimuler que l'imagination d'Alarie était mal préparée à recevoir, soit éveillé, soit en songe, les visions de la superstition grecque. Le barbare ignorant n'avait probablement jamais entendu parler ni des chants d'Homère, ni de la renommée ' d'Achille ; et la foi chrétienne qu'il professait dévotement lui enseignait à mépriser les divinités imaginaires de Rome et d'Athèncst L'invasion des Goths, loin de servira relever ■ les autels du paganisme, contribua, au moins accidentellement, A en anéantir les dernières ' traces; elles mystères^do Cérès, qui subsïs-
l Ucu8*rcp»rlesaiscee6oil(liapaliBBcaexera[fciro ifes femmes «aplivus, qui livrèrent leurs dames et donnèrent mémo leurs coeurs, aux meurtriers do leurs frères, de leurs pères, etc. Racine a représente, avec un art admirable, une passion semblable dans le caractère d'E ri pliile éprise dT Achlite.
iPlularque (in Fyrrho, t.n, p. 471,édit. Brian.) donna la réponse littérale dans l'idiome laconique. Pyrrhusattaqua Sparte avec vmgt-cinq mille hommes dlnlanterie , deux mitte chevaux et vingt-quatre élèphans , et l».défense decelle ville sans fortWcalions fuit on hcl éfo^edeslois deLyenrguc, même au moment de leur déefin.
a Ta peut-être qu'Homère l'a si noblement représenté (Iliade, n, 164).
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talent depuis dis-huit cents ans , ne survécurent point à la destruction d'Eleusis et aux calamités de la Grèce '.
Un peuple qui n'attendait plus rien de ses armes , de ses dieux , ni de son souverain , plaçait son unique et dernier espoir dans la puissance et la valeur du général de l'Occident; Stilicon, a qui l'on n'avait pas permis de repousser les destructeurs de la Grèce, s'avança pour la délivrer*. II équipa une flotte nombreuse dans les ports de flétrie , et ses troupes , après une navigation heureuse sur la merd'Ionie , débarquèrent sur l'isthme auprès des ruines de Corinthe. Les bois et Tes montagnes de l'Arcadic devinrent le théâtre d'un grand nombre de combats douteux entre deux généraux dignes l'un de l'autre. La persévérance et le génie du romain l'emportèrent; et les Goths, fort diminués par les maladies et par la désertion , se retirèrent lentement sur la haute montagne de Pholoé, près des sources du Pénée et des frontières de l'Elide, pays sacré qui n'avait point encore éprouve les calamités de la guerre '. Stilicon assiégea le camp des barbares, détourna le cours de la rivière * ; et, tandis qu'ils souffraient les maux insupportables de
> Ilunapîus (in vit. Ph'dosaph., p. 60-93) parle d'une troupe de moines qui trahirent la Grèce et suivirent l'armée des Golhs.
2 Pour la guerre de Stilicon en Grèce, compare» le récit Impartial de Zozime (1. v, p. 295, 290), avec le récit rempli d'adulation de Claudicn (> Consul. SBUth., 1. i, 172-186; rv Cons. Honor., 459-467). Comme l'événement ne fut pas glorieux, il est traité avec une obscurité fort adroite.
3 Les troupes qui traversaient l'Elide déposèrent leurs armes. Cette sécurité enrichi! les Ëléens qui s'adonnaient à l'agriculture. Les richesses amenèrent l'orgueil ; ils dédaignèrent leurs privilèges et en lurent punis. Polybe leur conseille de retourner dans leur cercle magique. Voyez un discours savant et judicieux qne M. West 'a mis enléle dosa traduction de Ptndare.
* Claudten ( in rv Cens. Hon., 480) rait allusion ace fait, sans nommer la rivière, peut-ftre l'Alphée (i Cont. StliieH.,l.i,W&}.
ElAIpteoi BHMlMgwtiUaMnlt
TaMIor id ticulcs clhmnum gergit aurore».
Je supposerais cependant plutôt le Pénée , dont le cours faible rouie dans uu lit vaste et profond à travers l'Élide et se jette dans la mer au-dessous de Cylléne. Il avait été joint a l'Alphée , pour nettoyer les établcs d'Augias. ( Ccllarius, t. i, p. 760 ; Voyages de Uiaudlor
EMPIRE ROMAIN, (398 dep. I.-C.)
la soif et de la faim, le général romain, pour prévenir leur fuite, fit entourer leur camp d'une forte ligne de circonvallation ; maïs, comptant trop sur la victoire, après avoir pris ces précautions, Il alla se délasser de ses fatigues en assistant aux jeux des théâtres grecs cl à leurs danses lascives. Ses soldats quittèrent leurs drapeaux , se répandirent dans le pays de leurs alliés, et les dépouillèrent de ce qui était échappé a l'avidité des Barbares. H parait qu'Aîaric saisit ce moment favorable pour exécuter une de ces entreprises hardies dans lesquels l'habileté d'un général se déploie avec plits d'éclat que dans le tumulte d'un jour de bataille. Pour se tirer de sa prison du Péloponèse , il fallait forcer les retranche mens dont son eamp était environné, exécuter une marche difficile et dangereuse de trente milles jusqu'au golfe de Corinthe, et transporter- ses troupes , ses captifs et ses dépouilles de l'autre côté d'un bras de mer, qui, dans l'endroit le plus étroit, entre Rhium et la cote opposée, est larged' environ un demi-mille'. Ces opérations furent sans doute secrètes, prudentes et rapides , puisque le général romain apprit avec la plus grande surprise que les Goths, après avoir éludé tous ses efforts, étaient en pleine et paisible possession de l'importante province d'Épire- Ce malheureux délai donna le temps à Marie de conclure le traité qu'il négociait secrètement avec les ministres de Con'stantïnople. La Jet* tre hautaine de ses rivaux, et la crainte d'une guerre civile, forcèrent Stilicon à se retirer des états d'Arcadins, et à respecter, dans l'ennemi de la république,, le «tractera honorable d'alité et de serviteur de l' empereur d'Orient.
Un philosophe- grec*, qui visita ConftUnt> nopte peu de temps après ht mon de Théo-
i Straoon,. 1. vu, p. 517; Pline, Hist. Mrtur-, rr, 3; Wheeler, p. 308; Chandler, p. 275. Us mesurèrent de différens points l'intervalle des deux cotes.
J Synesius passa trois ans ( A. D. 397-400) à Conslantinopte, comme député de Cyrènc i l'emperear Arradhis. Il lui présenta une couronne d'or, et prniMnça devant lui ce discours instructif !jlc Rcçno,.?. 1-32, édiL Petav. htris, 1612). I* philosophe fut faiteveque de Ploie-maïs, A. D. 110, «mourut à peu près en 430. (Voyez TlDement, Hém. Ecclês., t. m ., j>. 409-554, 083485. )
(398 dep. J.-C.)
dose, a publié des opinions libérales sur les devoirs des souverains, ei sur l'état de la république romaine. Syneslus observe et déplore l'abus funeste que l'imprudente bonté de l'empereur défunt avait introduit dans le service militaire. Les citoyens et les sujets achetaient, pour une somme d'urgent fixe,!' exemption du devoir indispensable de défendre la patrie, dont la sûreté se trouvait confiée à des barbares mercenaires. Les fugitifs de la Scythie possédaient et déshonoraient une partie des plus illustres dignités de L'empire. Leur jeunesse féroce, qui dédaignait le joug salutaire des lois, s'occupait plus des moyens d'acquérir rapidement des richesses, que d'imiter les arts d'un peuple qu'elle baissait et méprisait également; et lu puissance dcsGotlis, semblable à la pierre de Sisyphe perpétuellement suspendue , menaçait toujours la paix et la sûreté de l'état. Les moyens que Synesius recommande annoncent les senlimens d'un patriote hardi et zélé. 11 exhorte l'empereur à ranimer )a valeur de ses sujets par l'exemple de ses. vertus et de sa fermeté , à bannir le Uxe de la cour et des camps , à substituée ù la place des barbares mercenaires une armée d'hommes intéressés ù défendre leurs lois et leurs propriétés, à tirer, dans ce moment, de crise générale, l'ouvrier de «a boutiqueet le philosophe de son école, a réveiller le citoyen indolent du songe de ses plaisir», et a armer, pour la protection de l'agriculture* les mains rustiques des robustes laboureurs. Il excite le Sis de Théodose a se meure a la tête d'une telle armée, qui mériterait le nom de romaine et en déploierait le courage ; à attaquer la race des barbares,qoi n'ont d'antre valeur qu'une impétuosité peu durable, et à ne point quitter les armes qu'il ne Les ait repoussés dans les déserts de la Scythie , on réduits dans l'état de servitude où le» Lacédémoniens tenaient précédemment les Ilotes1. La cour d' Arcadins lona le zèle, applaudit à l'éloquence et négligea l'avis de Syncsîus. Peut-être le philosophe , en adressant à l'empereur de l'Orient un discours vertueux et sensé qui aurait pu convenir à un roi de Sparte , avait-il négligé de
* Syncnni, dt Hfgno, p. 21-36.
rendre son projet praticable dans les circon-
stances où se trouvait un peuple dégénéré. Peut-être la vanité des ministres, qui prennent rarement la peine de réfléchir, rejeta-t-ellc comme ridicule et insensé tout ce qui excédait la mesure de leur intelligence , ou s'éloignait des formes et des préjugés établis. Tandis que le discours de Syncsius et la destruction des barbares faisaient le sujet de la conversation publique, un édit publié à Constantinople déclara la promotion d'Alaric au rang de maître général de l'Hlyrie orientale. Les provinciaux romains, et les alliés qui avaient respecté la foi des traités, virent avec une juste indignation récompenser si libéralement le destructeur de la Grèce et de l'Épire. Le barbare victorieux fut reçu en qualité de magistrat légal par les villes qu'il avait récemment pillées- Les pères dont il avait massacré les fils, les maris dont il avait violé les femmes, furent soumis à son autorité, et le succès de sa révolte encouragea l'ambition de tous les chefs des étrangers mercenaires. L'usage qu'ALaric fit de son nouveau commandement annonce l'esprit ferme et judicieux de sa politique. IL envoya immédiatement aux quatre magasins ou manufactures d'armes offensive^ et défensives , Hargus , Batiaria , Naissus et Thessaloniqiic , l'ordre de fournira ses troupes une provision extraordinaire de boucliers, de casques, de lances et d'épées. Les infortunés provinciaux furent contraints de forger Les instrumens de leur propre destruction ; et les barbares virent disparaître l'obstacle qui avait quelquefois rendu inutiles les efforts de leur courage*. La naissance d'Alaric, la renommée de ses exploits , et la connaissance de son ambition , réunirent insensiblement sous ses étendards tont le corps de la nation des Goths. Du consentement unanime des chefs barbares, le maître général de l'Hlyrie fut élevé sur un
Qnorma conlupltuispotllur, ualDupie ptfmlL'1
Claudia, in Eutrop., I. n, 212. Alaric applaudit a sa propre politique (de Bell. Gctic. 533-543 }, dans l'usage qu'il Dt de son autorité en Illyrie.
bouclier, selon l'ancienne coutume, et proclame solennellement' roi (1rs Visigolbs '. Armé de cette double autorité, et posté sur les limites de deux empires, il vendait alternativement ses trompeuses promesses aux 'cours des deux souverains*; mais enfin , las de dissimuler, Alaric osa déclarer et exécu- , ter l'audacieuse résolution d'envahir l'empire do l'Occident. Les provinces d'Europe qui appartenaient à l'Orient étaient épuisées ; celles de l'Asie étaient inaccessibles; et Cou* slantinople avait bravé tous ses cd'orts. L'opulente contrée de l'Italie , qu'il avait visitée deux fois, tenta son avidité ; il se flatta d'arborer ses étendards sur les murs de Rome, et d'enrichir son armée des dépouilles que trois cents triomphes y avaient rassemblées1.
Le petit nombre de faits * constates , et l'incertitude dès dates*, ne nous permettent point de donner des délàils sur la première invasion d' Alaric en Italie. Sa marche, sans doute depuis Thessalonique jusqu'aux pieds des Alpes Juliennes , à travers les provinces ennemies et belliqueuses de la Pannonic , son passage à travers ces montagnes fortîlices par des troupes et des rclranchcmcns , ie BÎ^e d'Aquiléc et la conquête de ÏTstric et
t luruandùs-, f. 2», p, Gâl.I/bitioritn des Gothsnjante »». -'m- tsnTKie Qui lut rsi peu ordinaire : Gain suis i(ctlhiraiv, mtnsit tito lobore quarcre régna , quant •talents per olium subjacerc.