CHAPITRE XXXI
Id-tiiIoii de l'Italie par Àloric. — MiEQrs du peuple et du .*<n*t n»aain. — Rome est assiégée trois fuw, Cl mGd pillée porflfc-Golha. — Mort d'AUric. — LM Golhi étacnenl l'Italie. — Chute de Constantin. Lei B»rb»r*i occupent la Gaule et l'Ejpagne. — IndiSpeaâwte do 11 Grande-Bretagne.
Les dissensions et l'incapacité d'an gouvernement faible produisent suavent l'apparence et les effets d'une intelligence coupable avec l'ennemi public. Les ministres d'Honorius ' firent à peu près (ont ce que le roi des Gotbs aurait pu leur dicter pour son propre avantage,' s'il eut été admis dans leurs conseils; peut-être même le généreux Alaric aurait-il conspiré avec répugnance contre le général qui l'avait chassé deux fois de la Grèce et de l'Italie. Hais la cour de Ravenne prévint ses désirs , et la haine active des favoris de l'empereur ne s'arrêta qu'après s'être baignée dans le sang du grand Stilicon. La valeur de Sartre, sa réputation militaire et son influence héréditaire ou personnelle sur les barbares confédérés avaient obtenu l'estime et la confiance des citoyens qui méprisaient la pusillanimité de Turpilton, de Varance et de Yigilantius. Mais, quoique ces généraux se fussent rendus indignes du nom de soldat ", les favoris oTHonorins leur donnèrent le commandement de la cavalerie, de l'infanterie et des troupes du palais. Le roi des Gotbs aurait souscrit, avec plaisir I'édit que le fanatisme «VOlympius lit publier au nom d'Honorius. l.c pieux empereur exclut de tous les emplois de l'état ceux qui n'étaient pas reconnus pour «le fidèles catholiques, rejeta obstinément lès services de tous ceux dont les opinions n'étaient point conformes au sentiment de l'église orthodoxe , et se priva follement d'nn grand ■ombre de militaires braves et tntelligens, attachés au culte des païens ou aux erreurs de l'arianisme1. Alaric aurait approuvé et Conseillé peut-être des dispositions si favo-
' Zosime est 1* seul qui rende compte des éréntmens qui se passèrent depuis la mort de Stilicon jusqu'à l'arrivée d' Alaric aux portes de Rome (1- », p. 347-350).
i L'expression de Zosime est forte et rive, ■««*/»»«« tpwWiMi tue ntu/utic «p«itkï; c'était assez pour exciter le mépris des barbares.
1 • Eos qui calbolicse secte suai iniinici, inlra pala- . tlum militare prohibemus. Nullus nobis si! alloua
de l'empire ; mais os peut douter que le prince barbare eût consenti , pour servir ses projets, à l'expédition absurde et inhumaine qui fut exécutée par la connivence des minisires^mpériaux. Les auxiliaires étrangers déploraient la mort de Stilicon, leur protecteur; mais de justes craintes pour la sûreté de leurs femmes et de leurs enCans, retenus comme otages dans les forteresses de l'Italie, où ils avaient aussi déposé leurs effets précieux , suspendaient l'effet de leur vengeance. A la même heure, et comme au même signal, les villes d'Italie furent souillées par un massacre et un pillage qui accomplirent la destruction générale des. familles et des fortunes des barbares. Les Gotbs, poussés à bout par cette odieuse trahison, désertèrent en foule les drapeaux romains, se rendirent au camp d' Alaric, et jurèrent tous une haine et une guerre implacables à la nation perfide qui violait si bassement les lois de l'hospitalité. Par cette conduite inconcevable, les ministres d'Honorius perdirent non-seulement trente mille des plus braves soldats de leur armée, mais ce corps formidable, qui aurait pu déterminer l'événement de la guerre en leur faveur, passa sous les drapeaux de leur ennemi.
Le roi des Gotbs conserva également sa supériorité dans les négociations et dans les opérations militaires, sur des ennemis qui, n'ayant ni desseins, ni plans fixes, variaient sans cesse dans leurs résolutions. De son camp placé sur les frontières d'Ilalïe, Alaric observait attentivement les révolutions du palais, guettait les progrès des factions et des intrigues ; et, déguisant avec soin ses projets ambitieux, se déclarait l'ami, l'allié et le vengeur du grand Stilicon. Il payait sans peine un tribut de louanges et de regrets aux vertus d'un héros dont il n'avait plus rien a redouter. L'invitation des mécontens, qui le pressaient d'entrer en Italie, s'accordait parfaitement avec le désir de venger sa propre injure. Alaric pouvait se plaindre avec une
• ralione coiu'uoctus, quia nobis tlde et religions dtscor- . dat. ■ Cod. Theod. (I. in, lit. 5, loi 42}, dleCotnmeataire de GodelToy (L vi, p. 164.) On donna à cette loi la plus grande extension, et elle fui exécutée a la rigueur. ',/osîme, I. 5, p. 36I-)
dbyGoogle
apparence de hwdce, que tes ministres <THonorias éloignaient et éludaient même te paiement de quatre mille livres d'or accordées parle sénat de Rome, pour payer ses services ou arrêter ses entreprises. 11 fit ses demandes avec un air 4e modération qui contribua an Succès de ses desseins. Le monarque des Goths demandait aveefermeté One satisfaction légitime; mais il promettait en même temps de se retirer aussitôt qu'il l'aurait obtenue. Ataric refusa de s'en fier au serment des Romains, à moins qu'ils ne lui livrassent pour Otage GEthis et Jason, 61s des deux premiers officiers de l'empire ; mais il offrit de donner en échange plusieurs des jeunes gens les plus distingues de sa nation. Les ministres de Revenue regardèrent la modération d'Alaric comme une preuve évidente de sa faiblesse ; ils ne daignèrent ni entrer en négociation ni assembler une armée, et négligèrent également le moment défaire la paix et celui de se préparer à la guerre. Tandis que, se dissimulant le danger, les ministres d'Honorius s'attendaient tous les jours à voir les barbares évacuer l'Italie,' Alaric passa les Alpes et le Pô, pilla les villes d'Àquîlée, d'Altinum , de Crémone et de Concordia, qui se rendirent à discrétion. II recruta son armée de trente mille auxiliaires, et s'avança, sans rencontrer le moindre obstacle, jusqu'aux marais qui environnaient la résidence inattaquable de l'empereur d'Occident. Trop sage pour perdre son temps et consumer ses forces en assiégeant une ville qu'il ne se flattait point d'emporter, il avança jusqu'à Rimini, continua ses ravages sur tes cotes de la mer Adriatique, et médita une seconde fois la conquête de l'ancienne maltresse du monde. Les barbares respectèrent dans cette occasion le zèle et la sainteté d'un ermite italien, qui vint audevant du monarque victorieux, et lui dénonça l'indignation du ciel contre les oppresseurs de la terre. Hais Alaric embarrassa beaucoup le saint, en lui déclarant qu'il était entraîné presque malgré lui aux portes de Rome par une impulsion inconnue et surnaturelle. Le roi des Goths sentait su fortune et son génie capables d'exécuter les entreprises les plus difficiles, et l'enthousiasme qu'il inspirait aux barbares effaça insensible-
(4M dep. J.-C.) ment leur antique vénération- pour la anjenté du nom rtimain. Se» troupe*, Mnntéc* pur l'espoir d'immenses dépoait{es, mirirat la voie flaminJenne, occupèrent les passages abandonnés de l'Apennin ', descendirent dans les plaines fertiles de l'Ombrie , et purent se rassasier, en campant sur les bords du Clitumnus , des bœufs sacrés , dont la race blanche comme la neige était réservée, depuis plusieurs siècles, à l'usage des sacrifices) par lesquels on célébrait les triomphes *. La position escarpée de la ville de Narai, un orage et le tonnerre qui grondait avec violence , sauvèrent cette petite ville. Le roi des Goths dédaigna de s'arrêter pourune proie si faible; et après avoir passé sous les superbes arcs de triomphe ornés des dépouille* des barbares, il déploya ses tentes sous les murs de Rome ',
Durant le long espacé de six cent quatrevingt-dix ans, la capitale du monde r n'avait jamais été souillée par la i d'une armée ennemie. L'expédition malheureuse d'Annibal * ne servit qu'à faire briller la courageuse énergie du peuple et du sénat de Rome; d'un peuple qui possède, disait l'ambassadeur de Pyrrhns, les ressources intarissables dé l'hydre1, d'un sénat qu'on eut dégradé plutôt qu'ennobli en le comparant à
' Addison (TOjez sel ouvrage^ toî. il, p. 51, Mit. Raskerville), » donné une description très-pittoresque de la route qui traverse l'Apennin. Le» Goths ne s'amusèrent point a admirer les beautés de cette perepectiTe, mais Us rinatavnsatWMkjB que le passage étroit, pratiqué <ta*s le rocher par Veapaaieu , était loui-à-fail a' (Ourler , Jtaiia Jntiq. t, i. p. 618.)
1 HfM dbl Uîtmnui greja, et mutai T; tfcrtaa; «*j«tio ttttak ttmlmatm.
Outre Virgile, la plupart tes pattes latins, Propern, LtKain, Sun» lutta», CteutSm ,«!«., dont he aWMHjt» se ummimaKùméLim Atafltav, ont stsMhi
ï Le Toyaee d'Hosorius , qui fit 1* mai» trajet, jimm a fourni quelques détails sur la nurefa* iTAlarie. CVojas Cbudien, in 6 Consot. Ban. 4M-622.} La dataeee (Mae Rarenne et Rome était de 254apUle» BMtaUhV tftttawar. Weuelirjg, p. 126.)
« Tite-LiTe(l.Em,c 7, 8, 9, 10,11), décrit U «ares* d'Annibal, et présente au lecteur la scenela plus inUi*-
s Cyneas, conseiller de Pyrrhus, se servit de as comparaisons au retour de l'ambassade durant Inquelle il avait soigneusement étudié les mœurs et ta discipline des Romains. (Voyez Plutarque , in pyrrho , |- U , p. <K*. ;
âne assemblé* de rois, Tout sénateur, an tampsdela guerre punique, avait accompli la tenue de service militaire; soit dans un poste supérieur ou dans des emplois subordonnes; al le décret qui assignait uuconunande me et passage r aux censeur», aux consuls et aux dictateurs, à l'expiration de leur dignité, fournissait continuellement à la république le secours actif ti un grand nombre de généraux braies et expérimentés. Au commencement de la guerre, le peuple romain comprenait deux cent cinquante mille citoyens d'âge à porteries armes '.Ciuqnanteinilleavaientdéjà sacrifié leur vie î la défense de leur pays ; et les dihereu camp» de l'Italie, <le la Grèce , de la &rdaig«e,delaSicileetdel'Esp«gne, formant vingt-trois légions, exigeaient environ cent mille hommes. Maisil en restait encore autant dans Rome et dans les environs , tous animés dumemu courage, et accoutumés, dès leur plus tendre jeunesse , aux exercices et à ia discipline du soldat. . Annibal vit avec étonnement la Ganuetédu sénat, qui, sans lever le siège de Capoue, sais rappeler les forces répandues, attendait tranquillement l'approche de l'armée carthaginoise. Ce général campa sur les bords de l' Artio, environ à trois milles de Borne ; sa' surprise augmenta , quand il apprit que le terrain sur lequel sa Lente était placée ,, venait d'être vendu dans une enchère au prix ordinaire, et qu'on avait fait sortir de In ville, par la perte opposée, un
' Dans les trois raHUianeu qui furent faits du peuple romain dus te temps de la seconde guerre punique, on trouva tes nombres dont voici le détail (Voyez Tite-Iive, Épitom., l.xiiHist.,1. mu, 30; xiiï,37), 270,213; 137, 108;214,OOa,UdimiMtToB<oo«id«rahledu second, et l'aogBAMion du troisième , ont paru si extraordinaires, •me Matrr* 1» tauMSgSSfjs nnaiia» des HSS, plusieurs critiques ont soupçonné qoelowe erreur dans le texte de -Tit»-U»e.( V07M DrakeMioreh, cd otii , 38 , M Beau- (brl, rWpuhrtqo* Romaine, 1. 1, p. 335.) us ne considéraient posquote soêond rwsMemenl ne eompretuftquc ta qui se troanlt dans Rome, et «pie 1* nombre des citoyens était diminnenon-seulementporla mort, unis ansi par I' wneedlio grmdnomhrede soldats. nie-Liveaffirme que, dans le troisième recensement, les légions farent comptées, et qne le dénombrement en rot lait par des commissaires particofien. Du nombre que porte la liste, il faut toujours déduire un donnème d'hommes au-dessus de soixante ans, et incapables de porter les armes. (VoveiPopnhrtitu de ht France, p. 72.)
MR ED. GÏBRON. Cit. XXXI.
corps de troupes qui allait joindre tes légions d'Espagne S Annibal condnisit ses Africains aux portes de cette orgueilleuse capitale, et trouva trois armées rangées en bataille et prèles à le recevoir. L'Africain craignît l'issue d'une bataille dont il ne pouvait sortie victorieux sans immoler jusqu'aux derniers de ses ennemis, et sa retraite précipité* prouva que le courage des Romains avait ébranlé l'intrépidité d' Annibal.
Depuis l'époque de la guerre punique, la succession non interrompue des sénatenre conservait encore l'image et le nom de la république, et les sujets dégénérés d'Honcrius prétendaient tirer leur origine des héros qui avaient repoussé Annibal etsoumis toutes les nations de la terre. Jérôme, qui dirigeait la conscience de la dévote Paula \ et qui a écrit sou histoire , a récapitulé soigneusement tous les honneurs et les titres dont cette saille hérita , et dont elle faisait peu de cas, La généalogie de son père Rogatns remontait Jusqu'à Agamemnon. Sa mère Bloasile comptait Paule-Emile, les Seipions et lea Gracqnes au nombre de ses ancêtres; et Toxotias, le mari de Paula , descendait d'Énée, tige de la race Julienne. Les citoyens opnlens voulaient être nobles , et satisfaisaient leur vanité par ces hautes prétentions. Encourages par les applaudissemens de leurs parasites, ils imposaient aisément à la crédulité du peuple, et l'ancienne coutume d'adopter le nom de son patron, qui avait toujours été suivie par les cliens et les affranchis de» familles illustres, favorisait en quelque façon cette supercherie. La plupart de ces anciennes familles avaient graduellement succombé à l'action de la violence extérieure ou de la dégénération intérieure; et l'on aurait trouvé
t Tite-Iive considère ces deux taeidens comme tes efM> du hasard et du courage ; msbje soupçonne qu'ils turent conduits tous deux par l'admirable politique du sénat
» Voyez Jérôme (1. 1, p. 169, 170, ad Eustochium). Il donne 4 Paula le titre de race des Grecques: Sobola Scipionum , Paull hares , cujus wcabulum trahit , Mania Papyrus , ma tris Jfiieani vera et germon* prepago. Cette descriplioa particulière suppose un tilM plus solide que le surnom de Jules que Toxotius portait comme un millier d'autres familles des provinces de l'Occident. (Voyei l'index de Tacite des Inscriptions de Griller, etc.)
plus aisément sans doute une filiation de vingt générations dans les montagnes des Alpes ou dans les contrées paisibles de l'Apulie, que sur un théâtre sujet à tant de révolutions. Sous chaque règne, une fonle d'aventuriers accouraient de toutes les provinces dans la capitale; ceux qui faisaient fortune par leurs vices ou par leurs talens , occupaient les palais de Rome, usurpaient les titres, tes honneurs, et opprimaient ou protégeaient les humbles restes des Tamilles consulaires qui ignoraient peutêtre l'ancienne illustration de leurs ancêtres '. Du temps de Jérôme et de Claudien , les sénateurs cédaient unanimement la préséance à la famille Auicienne ; et un abrégé de leur histoire fera apprécier l'ancienneté des familles nobles qui ne réclamaient que le second rang *. Durant les cinq premiers siècles de la république , le nom des Anicius fut tout-à-fait inconnu. Il parait qu'ils étaient originaires de Préneste, et ce» nouveaux citoyens se contentèrent long-temps des honneurs plébéiens accordés aux tribuns du peuple '. Cent soixante-huit ans avant l'ère chrétienne , cette famille fut anoblie par les honneurs du prétoriat conférés à Anicius qui avait terminé glorieusement la guerre d'illyrie par la captivité du roi et la conquête de la nation *. Après le triomphe de ce général, trois consulats,:! une époque éloignée
■ Tatite ( AnnaL, m, 66 ) , titra» qu'entre ta bttaiUe d'Aclium et le régne de Vespasieu le sénat m remplit
peu « peu de nouvelle» faauiea des tilles Municipales et
Claudr, tn Prob. el Olybr, Cou, 18,
Un M hommage rendu au nom obscur des Auehenïi , a fort étonné les critiques; mais Ils conviennent tous que, quel que soit le véritable texte, on ne peut appliquer le vers de Claudien qu'a la famille desAnl-
* La plus ancienne date des annales de Plghius et celle de M. AucUM GaHns.THb. PI. A. U.C. 506; un autre tribun, Q. Anicius, A. U. C. 508 , est distingué par le surnom de Prtdestimis. Tite-Live ( ht, 43) place les Aniciens au-dessous ries ramilles illustres de Rome.
«Trle4,i«(itiT, .W-31 ; ïtT, 3, 26, 13.) !I apprede intpartiilcmimi Ir wnrltr d'ftnirtm, et observe que la gloire du triomphe de l'illyrie fut obscurcie par celui de la Ma cèdoinc, qui vernit de le précéder.
L'EMPIRE ROMAIN, (408dep,J.-q
l'un de l'autre , marquèrent la filiation àa Anicius '. Depuis le règne de DtodtJiicn jusqu'à la destruction totale de l'empire d'Occident, l'éclat de leur nom ne le céda pas, dans l'opinion du peuple, a la pourpre impériale *. lies différentes branches qui le portèrent, réunirent ou par des mariages, on par des successions , les honneurs et les richesses des families Annienne, Pétrosiense et Oiybrienne, et, a chaque génération, le nombre des consulats se multiplia par mie espèce de droit héréditaire*. La famille Ankieane était très-pieuse et trèfr-opatente ; ils furent les premiers du sénat qui embrassèrent le christianisme : on peut supposer qu'A nid us Julien, depuis consul et préfet de Rome , expia le crime d'avoir suivi le parti de Maxence, par sa prompte docilité & accepter la religion de Constantin*. Probus , chef de la maison des Anicius, augmenta parut industrie l'opulence delà famille. B eut l'honneur d'être nommé consul conjointement avec l'empereur Gratien, et occupa quatre fois le poste distingué de préfet du prétoire '. Ses vastes possessions étaient 'répandus
"Les dates des trois cwwulaUsonl A. U. C.»t,8IS. 967. Les deux derniers sous les règnes de Néron et de Caracalla. Le second de ces consuls ne se distingua fut par la bassesse à toute épreuve avec laquelle 11 faisait servilement s* eour.(TaB!le,Anua].,xT, T4.) MaJstaaw sons nobles admettent sans répugnance la bassesse el même le crime dans leur généalogie, pourvu qu'ils pussent servir A eu démontrer l'ancienneté.
.] Dana lediMme aiede ( Cassiodore, Varfar.,1.10, Ep. 1D- 13), nn ministre d'un roi goth d'Italie parle avec le pie grand respect de la noblesse des AnMus.
noMUUtevlRM,MprolfafiliKfBaiilar.
Ctaudien , £n prob et Oljrb. consulat. 12. de Les At-
nieus.doii t le nom se changea ensuite en celui d'Anicieof ,» retrouvent dans les fastes, illustrés par plusieurs consulats, depuis le temps de Vespasien jusqu'au quatrième siècle.
* Le litre de premier des sénateurs chrétiens est justifié par l'autorité de Prudence (in fymmaclt. 1,553), et par Te ressentiment des païens contre la famille Anicicniw. (VoyeiTilleniont, Hist.des Empereurs , L n,p. 183, 5, p. 44; Baron. Annal. A.D. 313, w>78, A. 3B,wl
1 • Probus.. claritudine generis , et potenlia, et
■ opum magniUidine, cognitusorhi Rouan* , fer (ne*1
■ imivereûmposnepatriinooiasjursa pqssedîl , J«** ** • serus non judicioli esl uostri,* ( Anuniau llirceUi" .
i). Ses entons et sa veine lui élevèrent nn superl*
(408 dep. J.--C.)
dans toutes les provinces de l'empire romain ; et, quoique le pmblic blâmât peut-être les moyens dont il s'était servi pour les acquérir, la magnificence et la générosité de cet heureux ministre obtinrent la reconnaissance de ses clîena et l'admiration des étrangers '. Les Romains avaient une si grande vénéralion pour la mémoire de Probus, qu'à la requête du sénat, ses deux fils , encore trèsjeunes, occupèrent conjointement les deux places de consuls; les annales de Kome n'offrent point d'exemple d'une pareille distinction ■.
Les marbres du palais Anlcten passèrent eu proverbe pour exprimer le faste et l'opulence *. Les nobles et les sénateurs s'efforçaient d'imiter la magnificence de cette famille illustre. La description de Home, faite avec soin sous le règne «le Théodose , contient lëasbération de dix-sept cent quatrevingts maisons habitées par des citoyens opulens *. Une partie de ces superbes bâiimens excusent l'exagération du poète, qui prétend que Rome- renferme un grand nombre de palais, dont un seul est aussi grand qu'une petite ville. On trouvait effectivement dons leur enceinte tous les objets de luxe et d'utilité ; des marchés, des hyppodromes , des temples, "des fontaines, des bains, des portiques, des bocages et des volières1. L'historien Olyntpiodore , qui donne la description de
mausolée dans le Vatican, qui rut démoli du temps du pape Nicole* V, pour faire place a la nouvelle église de saint Pierre. Barooiw, qui déplore ta deitruclien de ee monument du christianisme, a conservé avec soin les basreliefs et les inscriptions. (Voyez Annal. Ecdés. A. D.393, n'S-lT.)
* Déni satrape» persans firent le voyaee de Milan et de Kome, pour entendre saint Ambroise et voir Probus. Paulin (m vit. Ambras.), Clauiiien (in consul. Probi «t Offfor., 30-60) semblent manquer de termes pour décrire la gloire de Probus.
* VOyez le poème de C'audién adressé aux deux jeunes
> Secundiiiua le Manichéen, apud. Baron. (Annal Eedés- A.D.aw;n<>34.)
* Voyez Nardînï , Soma antica, p. m , 498 , 500.
S !)n1dlw!mrrtKlus»>ln:«Ma<lDFjrti J|l>ai;
Rome ' au moment où les Goths l'assiégèrent, observe qu'un grand nombre des riches sénateurs tiraient de leur patrimoine un revenu de quatre mille livres pesant d'or , ou cent soixante mille livres sterling, environ quatre millions de francs, sans compter leur provision de blé et de vins , qu'on peut évaluer a un tiers de la somme précédente. En comparaison de ces fortunes énormes , un revenu de mille ou quinze cents livres pesant d'or pouvait paraître comme suffisant à peine à la dignité de sénateur , qui exigeait beaucoup de dépenses publiques et de représentation. On cite plusieurs exemples de nobles qui , sons le règne d'Honorins , célébrèrent l'anniversaire de leur préture par une Fête , dont la durée était de sept jours , et la dépense de cent millelivres sterling *. Les domaines des sénateurs romains, qui excédaient si considérablement les bornes des fortunes modernes, n'étaient pas toujours situés en Italie; ils s'étendaient au-delà delà mer Ionienne et de la mer Egée, dans les provinces les plus reculées de l'empire. La ville de Nicopolis , fondée par Auguste comme nn monument durable de la victoire d'Aclinm, appartenait à la dévote Paula ! ; et Sénèqne observe que les rivières qui avaient séparé des nations en-
In laœ/iatem mris accurrunt, dil Sénèqne, Eplt. 111 (Voyex U note judicieuse de M. Huma dans ses Essais, val. i, p. 562, dernière édiLin-Ë0.)
' On trouve celte description de Home au temps d'Honorins, dans un ïragmtntderhislorieQOtjrapiodore, apud Photiwn., p. 197. .
"lui m int'lJ'Hl ,ili tîiiiiuiisjii nt il h Minium, dépensèrent, durant le temps de leur préture, douze ou vingt où quarante centenaires ,, Ml «ont livres pesant d'or. (Voyez Olympiodore , «pui/ fAnf. p. 397.) Celle estimalion populaire admet quelque restriction , mais il est assez difficile d'expliquer une loi du Code de Théodose (1. vi, leg. 5), qui 11 le la dépense du premier préleur a ■ 25,000 folles , celle du second a. 20,000 , et celle du troisième à 15,000. Le nom de follu ( Voyez Uém. del'Acad.desluscrlpt.,!, uni, P- 727), t'appliquait également à une bourse de cent vingt-cinq pièces d'argent , et à une petite .monnaie de cuivre de la râleur de la -^^ pallie de celle bourse. Dans le premier sens, les viuglcittq mille folles auraient été égales a, 150,0001, aterl; dans le dernier , elles n'auraient valu que cinq ou six livres sterling. Le premier sérail extravagant , et le second ridicule. 11 Ciul qu'il ait exista quelque valeur mo renne, assignée ici sous le nom de follet ; mais l'ambigtûU est une Taule Inexcusable dans la rédaction, d'une loi. ie ne eofifenait que quatre arpen; .(.Val. Mas., n> 4) f 3 ITicopoUs...,,. in Acliaco littote.sita
Outil. Namitlan, Itlnerar.ver. 3. Le poète rivait dans lelenips de l'invasion des Goths. Un e aurait couvert ta ferme de Cinrïiinalus,
tS4 DECADENCE DE
nenries, coulèrent «nsnite entre les cham-w d'an même particulier'. Une partie des Romains Taisaient cHhiverleursterres pardes esclaves, et d'autres les donnaient à bail à un fermier. Les économistes de l'antiquité recommandent la première de ces deux manières de Taire valoir comme la meilleure , lorsqu'elle est praticable; mais, si à raison de l'é- I oigne ment oc de l'étendue, le propriétaire ae pouvait point y veiller lui-même, ils conseillent de préférer tm fermier héréditaire qui s'attache au sol et qui est intéressé a ta récolte, à un intendant mercenaire , souvent négligent et quelquefois infidèle *.
L'opulente noblesse d'une ville immense, peu avide de la gloire militaire, et «"occupant encore moins du gouvernement civil, devait naturellement se livrer aux plaisirs de la vie privée. Les Romains méprisèrent toujours le commerce; mais les sénateurs des premiers siècles de la république augmentaient leur patrimoine, et multipliaient lenrsdiens par la pratique lucrative de l'usure. L'intérêt et l'inclination des deux parties concouraient a éluder ou à violer des lois antiques et oubliées \ II devait y avoir toujours à ftome
vêtira nunc pan vel maxima est. (Jérom. inprœfat. Comment, ad Eputol. ad Tittun, t. m, p. 243). M. de THksnoni suppose , je ne sais sur quel fondement, ««'elle faisait partie de ta sécession d'Àgameniuou. (Mém. Ecdes., 1. xn, p. 85.)
1 Srnéque,épist. 89. Son discours est dans te genre déclamatoire; mais H était éiffleHe de trouver des expre*sious qui pussent exagérer l'avarice et le luxe des Romains. Le phUc40)Ae n'a TmeUhri-mBme exempt de reproche, s'il (si vrai que l»renlféedtçiM<fr«£(*ftf:fes,qirt excédait la somme de trois cent rotHe livres sterling, cl qv/H exigea rigoureusement de ceux auxquels H les watt prêtés 1 gros intérêt, ait excité nue révolte en Bretagne. (Dion Cassius, 1. Lin, p. 1003.) Selon la conjecture de Gale , dans son Itinéraire d'Antonio (ta Brîtann. p. T2), le utêroe Faustus possédait nn domaine dans la province de Sttfloik prés Bnrl, H un antre dans le royaume de Saptes.
1 Volnsins, riche sénateur (Tacit.Aniial., m, 30), préférait toujours pour fermier* ceux qui étaient nés «or ses terres. Colninctle, qnl adopta de lui celte maxime, raisonne très- pertinemment sur ce sujet. ( De tte natte» , 1. 1, e. 7, p. 406, édft. Gesner, Leipsiek, 1735.)
* Ve\efAw(ad Jmmian., xrr.fl), a prouvé par le témoignage de Chrysostome et d'Augustin , qu'il était défendu am sénateurs de prêter leur argent I usure. Cependant il parait, par leCodeThéodosien (Voyei Godefroy ad 1. n, til. 33, 1. 1, p. 230-289) , qu'il leur était permis de prendre ais pour cent, ou une moitié de l'intérêt légal-,
L'EMPIRE ROMAIN, (4M dep. l.-C.)
nue très-grande quantité de métaux, soit eu monnaie courante au coin de l'empire, ou en vaisselle d'or et d'argent, et, du temps de Pline, on aurait trouvé dans le buffet d'un Seul particulier, plus d'argent massif qce Scipion n'en avait rapporté de Carthage '. La majeure partie des nobles qui dissipaient leurs fortunes en profusion se trouvaient pauvres au milieu des richesses et désœuvres au milieu d'un cercle perpétuel d'amusemens. Des milliers de bras travaillaient eu vain à satisfaire leurs fantaisies; ils avaient à leurs ordres une nombreuse suite d'esclaves que la crainte du châtiment rendait actifs, et une multitude d'ouvriers et de marchands excités par U désir et l'espérance de s'enrichir. Les anciens manquaient d'une grande partie des commodités que nous possédons , et les progrès de rindustrie,qui ont rendu le linge et le verre d'un usage général, procurent aux. habitons de l'Europe des jouisancee infiniment préférables à toutes celles que les sénateurs de Rome tiraient de leur fastueuse profusion \ Leur luxe et leurs mœurs ont été l'objet de recherches très-exactes et trés-détaUlées; mais, comme elles m'éloîgruraîfinttrop du plan de cet ouvrage, je présenterai an ler>. leur une description authentique de Rome et de ses uabiuins qui a plus de relation avec l'époque de l'invasion des Goths. Ammieo Marccllin, qui fixa sagement sa résidence dans la capitale comme plus convenable à l'homme qui voulait écrire l'histoire de son siècle, a mélangé le récit des événement publics au tableau animé de scènes particulières dont il était tous les jours témoin. Le lecteur judicieux n'approuvera pas toujours l'amertume de sa censure, le choix des
et, ce qu'H y a de particulier, Cesi que «Ht |lnmUU>lfH accordée aux jeunes sénateurs.
i Pline; «a*. Natur,, uns, 50. Il flnliflMiM (argent A 4,380 livres, que TUe~Live porte Jusqu'à 100,011 (xxx, 45.) I* première estimation paraît fort au-dmous d'une ville opulente , et la seconds Ht aeweup trop considéra»!* pour le buffet d'un paruesltar.
3LesavantArbutbriot(Tabujdes airtmiaw mminufc», etc., p. 153) a observé plaisamment, et Sans doute aveevérité, qu'Auguste n'avait point de vitres I «es erefaéea, et qu'il ne possédait pas une seule ehenrf». Dans ta sàSdcs- suivans , l'usage du liage et du Terre devinrent tm peu
dbyGoogle
(«Bdop.J.-C.)
àrcooatauees et des e%pnaàtmi et découvrira peut-être les préjugés et les animosités personnelles qui aigrissaient te caractère d'Ammîen; mais il verra sûrement avec plaisir te tableau original et intéressant des moeurs de Home *.
* La grandeur de Rome, dit Aramien, était » fondée sur l'alliance rare et presque En- » croyable de l'opulence et delà vert*. La
■ tangue période de son enfance se passa en » effbru contre les tribus de l'Italie , voîsi-
> net et ennemies d'une Tille naissante. Dans
■ lu vigueur de sa jeunesse, elle se livra avec
* ardeur aux travaux et aux périls de la
* guerre j elle porta ses armes victorieuses
* au-delà des montagnes , des Heures et des
* mers, et rapporta des lauriers cueillis dans a tontes les parties du globe. Déclinant enfin
* vers sa vieillesse , et triomphant encore i quelquefois parla terreur de son nom elle » cherena les douceurs du repos. La vénéra*
> blecilé qui avait foirié les têtes orgnelN
* le uses des nations les plus fièree , et établi i Un code de lois pour protéger a jamais la » justice et la liberté, abandonna, en mère a sage et puissante , aux césars, ses en Tans
> favoris, le soin de gouverner ses iminen- » ses possessions ». Une paix solide et pro- » fonde, qui rappelait le régne heureux
* de" Wuma succéda aux révolutions sangtan-
* tes de la république. Rome était toujours t adorée comme la reine de l'univers , et les i nations vaincues respectaient encore la ài~
* gnilé du peuple et la majesté du sénat. Hais
> cette splendeur native, ajoute Ammîeu ,
* estteroîe par la corruption d'une portiedes
* nobles, qui, oubliant et leur propre gloire
t H «wrieat que j'arertisee des caaagenau que j'ai prisbUxrU de faire su texte d'Àmmïes : 1» j'ai fondu Me*aeUeteaia)ame«a«4>itredu tpaterrième fiwa, «t le qwMtet eaaUUrs éa nasUwtàim& Ihtai V J'ai bus an ■an iTunis» «t M uaiasn «an* ees «aUrtaui «juif 9 $* aaJSuaiainsJqiei hjueaboN* ninvaganka, «t supprimé ■fsssjssi aam tuWs et ftrisjawj -, vytà dérdapp* des aestw'Uinns qui «'«taksti iaUquiat sas d'une manière ngac En admettant ees MssMSl , oBtfoaww anave»saw.awa sm nuanle, auaw ssneteetideie.
> Otwnaa , nui wstMe unk U VhiaWrod'ÀBHUUi, ■sots *e eette «rwég rétefcnwn d'un ton eh» stsèce.
et celle de leur pays, se livrent sans pudeur aux plus méprisables excès du vice et de l'extravagance. Se disputant sans cesse de» surnoms et de vains titres, Us choisissent ouiavententdesnomssonores, Reburrus, ou Fabunius, Pagonius, ou Tamuùas>, afin de frapper la foule crédule d'étonuemeBtetde respect. Dans la vaine espérance de perpétuer leur mémoire, ils multiplient leurs statues en broute et ea marbres, et ne sont point content que cet tnoatnnetu de leur vanité no soient couverts de lames d'or; distntetien honorable que le cotisai Àcilius obtint après avoir détruit, par aa valeur et son génie , la puissance du monarque Aaujochut- L'ostentation avec laquelle ils exposent aux regards et enflent peutêtre la liste de Leurs domaines situés dans toutes tes provinces de l'Orient et de l'Occident , en ci te l'indignation, lorsqu'on se rappelle la valeur et la pauvreté de leurs ancêtres, qui ne se distinguaient du simple soldat ni par la nourriture in pur l'habillement ; mois nos nobles modernes calculent leur rang et leur Couskléraùan par f élératiou de leur char *, et par la pesante magnificence de leurs vétemens. Leurs longues robes te pourpre et de soie flottent au gré du veut, et laissent apercevoir ou par adresse , os par hasard, de riches tuniques
< Les recherches les plus exactes des antiquaires ont WleWeJBSaataa aeur TérMer cm noms inconnus. Je suis pvKu&qu'Ui o»iéfei»wKies par l'historien lni-M*nw, ■but éviter Isuts sfUtusAsU de satire farapaueUs. Tau. Jauni esl-il »raj que les Romains adoptent l'usage d'ajau. 1er à leur pom propre , quatre , cinq , et mène jusqu'à sept Bunwras , comme par exemple , Marais, Matelas , Bueaseiiw , Farta, rtarburiw, CsecUiaous , Placions. (Voyet Jiprii/^wftiw*. W**fl. OisterL, ir,».438.)
'Les Ciirrucir, ou voilures des iloniains, étaient souvent d'argent massif ciselé ou gravé. Les nantais des mulet ou des nheiaui étaient relevés d'or en bosse. Cette magnj- Seence continua depuis le règne denéron jusqu'à celui d'Bonorius ; et la voie Appknne fut couverte de magnifiques équipages qui aflérent > la renoantre de sainte Mêlante quand elle revint a Rome, six ans avant le siège des Gotha. (Seneqne, EfûtoU 87 ; Plin. Bist. luOur. xxxm, 49 ; Paulin Notai. , apudBaron. Annal. Ecoles. A. D. 997, t. 5.) Cependant lafaate est bien remplacé par 1* commodalé, dan carrosse uiù, suspendu sur de bons ressorts, vaut infiniment mieux que les cnarreUes d'argent et d'ot dout les anciens faisaient usage , et qui, portant aplomb sur l'ecsien , étaient •rdinaimnenl découvertes et exposées s lautt* le* injures de l'air.
dbyGoogle
i ornées d'une broderie qui représente diffé- » rens animaux1. Escortés d'une suite de
> cinquante valets , leurs chars ébranlent » les pavés et les maisons, eu parcourant >les rues avec autant de rapidité que s'ils » couraient la poste. Les matrones et les
* dames romaines imitent l'exemple des séna-
> leurs , et leurs chars couverts sont sans
> cesse en conrse dans la ville et dans les fau-
> bourgs. Si quelqu'un de celle, classe bril-
> lante daigne entrer dans un bain public , il i donne ses ordres d'un ton impérieux, et
> approprie insolemment à son nsage exclu-
> sif toutes les commodités destinées au pu-
* blicS'îlyrencontreparhasardquelqaetné-
> prisabie agent de ses plaisirs, une tendre
> accolade exprime aussitôt sa satisfaction,
* tandis qu'il évite orgueilleusement le salut » de ses concitoyens, auxquels il permet à
> peine d'aspirer à lui baiser la main ou les
> genoux. En sortant du bain, ces fastueux » personnages reprennent leurs bagues, leurs i bijoux, et les marques de leur dignité; ils
* choisissent dans une garde - robe parti-
> culière garnie du plus beau linge, et suffisante pour une douzaine de personnes, les i vetemens qui flattent le plus leur fantai-
* sie, et conservent jusqu'au départ un main-
* tien arrogant, qu'on aurait a peine exensé
* dans le grand Marcellus après la conquête
> de Syracuse. Quelquefois à la vérité ces i héros entreprennent des expéditions plus
> hardies; ils visitent leurs domaines en Ila- ■ lie, et sont témoins d'une chasse dont leurs
> esclaves prennent tout le soin et la fatigue*. » Si par hasard, et surtout par un soleil brù- » lant, ils ont le courage de faire dans leurs » galères dorées le trajet du lac Lucrin * aux
i M. de Valois a découvert , (Uns une homélie d' Aslerius, évêque d'Âmasia (ail Jmmian, , ht, 6), que c'était une mode nouvelle de représenter en broderie des ours, des loups, des lions et des tigres, el des parties de chasse; el que lesélégans plus dévots y substituaient la ligure ou la légende de leur saint favori.
'Voyeilesépltres de Pline (i,6). Trois énormes sangliers turent attirés et pris dans les filets sans distraire le chasseur philosophe de son élude.
s Le changeaient du mol Avenie, qui se trouve dans Ammien, est de peu de conséquence. Les deux lacs Avcrne et Lucrin se communiquaient, el lurent conduits , par le moyen du mole ï Agrippa , dans le port de Julien , dont l'entrée étroite donnait dans le golfe de Pounole. Virgile,
(«8 dep. JvC] » magnifiques maisons de campagne qnibor- » dent la cote maritime de Pouzsole on de
> Gaète ', ils comparent ces pénibles trs-
> vaux aux marches de César et d'Alexandre, a Si une mouche traverse leurs rideaux de
• soie, si nn pli mal fermé admet nu rayon
• du soleil, ils déplorent le malheur de leur
• situation, se lamentent, dans nn langage
> affecté, de n'être point nés dans le pays » des Cimmériens *, séjour d'étemelle obs- ■ curité. Quand ils parient pour la cam-
> pagne, le martre est suivi de toute s*
• maison1 ; et de même que, dans la mai"
> che d'une armée, les généraux font In dù-
• positions pour la cavalerie et pour l'rnao-
> terie, pour l'avant et!' arrière-garde, Ici of-
> ficiers domestiques qui portent une baguew » en main comme symbole de leur autorité,
> distribuent et rangent la nombreuse suite i de serviteurs et d'esclaves. Le bagage et 11
> garde-robe marchent en tète, ensuite nie i foule de cuisiniers avec tous leurs sabor-
• donnés. Le corps de bataille est compote t des esclaves entremêlés de plébéiens oisifs » ou de cliens. Une bande d'eunuques choisis
qui demeurait sur Ici lien, a décrit (Gtorpe.,n,W) cet ouvrage, et donné la date de son wécuUon. Sestwmeuiateurs , principalement Calrou , ont tiré beano»» de lumières de Slrabon, de Suétone et de Dion, ta tremble m en s de terre et des volcans ont changé la fx» «« pays, et le mont Muoto a pris depuis 15381a plan do ne Lucrin. Voyez Camillo PeUegrino (Discorsi drila Cmpaniaftlice, p. 239-344, etc.; .-IntoiuSaxfdkU Ct* pania, p. 13-88.)
■ Les Régna Cumana et Puteolana; loca cala* qui vaille expetenda, interpellanlium aattm mtiUttudiiic pêne fugienda. (Cit. , adjtlic, xn, 1 7-j
i L'expression proverbiale d'obscurité dmmérianx H originairement prise dans une description d'Homère, <> 7Ïème livre de l'Odyssée , qu'il applique i une contrée ùbuleuse sur les rives éloignées de l'Océan . Voyez Jikp* Ertumi, dans ses œuvres (t. n, p. 593, édition de U!*)-
s Séueque rapporte trois circonstance» curieuses, r*tivemetit aux voyages des Romains {fy& iann). I1* étaient précèdes d'une troupe de cavalerie Numide, q«i annonçait nn grand seigneur par une nuée de poussière, 2° on chargeait sur des unies non-seulement les vue) prédeux, mais encore les ustensiles easuetl de crisW * de murra. Le savant Inducteur français de SéaeiH (t. m, p. 402-422) a presque démontré que murra signifiait des porcelaines delà Chine el du Japon; 3« on enduisait d'une espèce d'onguent les bettes «gares dfs jeunes esclaves, pour les mettra à l'abri des efletea"»leil ou du grand froid
dbyGoogle
(«Adop: LA].}
> forment l'arriire^garde, rangé8>parowlr«e
• d'âge, depuis los plus vieux jusqu'aux pins „ > jeune». Leur nombre et leur difformité
• ■font éprouver nu mouvement d'horreur et
> d'indignation ; et les spectateurs mnudis-
> sent la mémoire de Sémiramis.qtn inventa » l'art cruel de mutiler la nature, etdedé-
• truire, dés sa naissance, l'espoir de la gé- » ce ration suivante. Dans l'exercice de la jn- -» rkliclkm domestique , les nobles de Rome » montrent une sensibilité extrême pour la
> pktt Eaibte injure qui leur est personnelle ,
• etuBcindifféreacedédaigneuseponrtontle
> teste de .l'espèce humaine. Dcmi»dent-Us
> us vase plein d'eau chawle'/Si l'esclave tarde » à l'apporter, trois cents coups de fouet le i corrigent de sa lenteur; mais si ce même
• esclave commet un meurtre, son martre
• l'avertit avec tranquillité qu'il: est on fort » maniais sujet , et que, s'il récidive, il le ■ fera punir connue il le mérite. Les Romains .exerçaient autrefois la vertu de l'hospitalité; » tout étranger avait droit à leur bieafai*
• sauce/, ils récompensaient lo mérite et son» ». logeaient l'infortune. Qu'on introduise au»
> jourd'hui un étranger, même d'un rang
> respectable , cher un de nos riches séna-
> leurs, il sera à la vérité bien reçu à sa pre- » ntière visite, et même avec de si vives
• protestations d'amitié et des questions si
> obIigeantes,uu'iI se retirera eachantédel'af*
> fabilité de- sou illustre ami , et désolé pouttJBtred'avoirdtSet'oÊiloïig-tcmi's son voyage
• à la capitale, centre de la politesse et du
• bon goût. Assure d'une réception gracieuse,
• il répète le lendemain sa visite, et s'aper- » {oit avec surprise que le sénateur a dejàou- >' bliésa personne, son pays et jusqu'à son
• nom. Si sa patience lui permet de persévé-
• rer, Use trouve insensiblement clussé dans
> le nombre des cliens, et obtient la stérile » perirnssion de faire assidûment et inulile-
• ment sa cour à nu patron également in- « capable de reconnaissance et d'amitié , qui
• daigne à peine remarquer sa présence, son » départ ou son retour. Lorsque les hommes ; opuleos préparent une fête publique ' ,
• lorsqu'ils célèbrent avec une profusion fu- * BètàibBtlosoUntniam sportutahtm. Les spùrtutrr,
tu sportcUœ étaient de petits paniers qui étaient SUppO- GinDOH, I.
» neste leurs banquets particuliers , le choix
> des convives est l'objet d'une longue délibérât ton. Les citoyens sobres, savansbl|inodes-
> tes, obtiennent rarement la préférence; » et les n amenda leurs; qui ont presque toil-
■ jour» des motifs particuliers, insèrent adroi- » tentent les noms des pins méprisables cii toyens dans la liste de l'invitation. Hais lés
• compagnons les plus familiers des grands,
* ceux qu'ils chérissent le plus, sont ces para-
> sites obscursqui pratiquent effrontément le
* plus séduisant de tous les artifices, celui cite
• l'adulation ; qui applaudissent avec vivacité
> à chaque action, à chaque parole de leur » patron ; qui contemplent avec ravissement » les eolc-anes de marbre et jusqu'aux pavés
> des appartenons, et qui font continuelle1
> ment l'éloge d'un faste et d'une élégance » que le ficha considère comme une partie » de son mérite personnel. Aux tables des » Romains, les oiseaux, les loirs * ou les » poissons dent la taille excède la grandeur
> ordinaire excitent la plus sérieuse auon-
> lion : on apporte des balances pour s'assu*- » rer du poids; et, tandis que les convives » plus sensés détournent leurs regards de
■ cette fastidieuse répétition , des notaires
ses tonleafr une quantité de^rorhîona chaudes de I» valeur do cent quadrants*, ou environ- lùngl-cïnq sous. OR les rangeait avec osUnlalion dam la première «"lie, et on les distribuait à. la foule affamée qoi assiégeait la porlp. Les satires de Juvénal et les épigrammes de Martial font soavenl mentfon de cette coutume fasineuse et pen délieaie, Voja aussi Sneumlos < in Glaud.,ç. va; (h !fe'~ mit., t. m ; in Oomitiap,, t. iwtrn). Ces pffdcntde pro* visions furent ensuite convertis en large* pièces d'or et d'argent monnayées , ou de vaisselles qui dans les occasions solennelles de mariage ou de consulats, etc., étalent réciproquement données et acceptées par les citoyens da premier rang, (voyez Symmiunc, BpUt. iv, 55 , a , 124 i etlHUceU. p. 256).
i En latin gîte et fow- en rrançais. Ce petit animal habile les bois, et paraît privé de mouvement dans les froids rigoureux. (Voyez Pline, Histoire Naturel le, t. vin, p. 6t; Buffon, Hlst. Pfolur., t. vut, p. 158; et l'Abrégé de Pennant sur les quadrupèdes, p. 2890Ons'occupalt dans, les maisons de campagne d'élever et d'engraisser une grande quantité âeglis ou loirs, et on en Taisait un article d'économie très-lucrauT. (Vairon, de Se RusticA, m, 15.) Ce mets fui plus recherché sur les tables somptueuses , depuis 1» défense ridicule des censeurs. On assure qn'on en fait encore grand cas aujourd'hui à Rome, et que les princes delà maison des Colonna en font souvent dés présens. (Voyez Rrotier, dernier éditeur de Pline,' t. n, p. ibS, apudBarboa;ft79.)
> sont mandés et viennent dresser un procési verbal de ce merveilleux événement. La
• profession de joueur est encore un moyen i sûr de s'introduire dans la familiarité des
> grands. Les confédérés sont unis par un
> lien indissoluble d'attachement , on plutôt . de piraterie ; et un degré de science supé-
> rieure dans l'art tessérarien , ou jeu de
> trictrac ', est un- moyen sûr d'acquérir de
> l'opulence et de la réputation. Un maître
> de cet art sublime, qui, dans nn souper on
• dans une assemblée, setrouverait pincé a u-
> dessous d'un magistrat, manifesterait la
> même surprise et la même indignation qu'a
• pu éprouver Calon, lorsqu'un peuple caprii cieux lui refusa son suffrage pour la préture.
• L'envie de s'instruire tourmente rarement
> des nobles, quiabhorrent toute espèce de fa-
> ligne et méprisent tous les avantages de
• l'étude. Les satires de Juvénal, les verbeu-
> ses et fabuleuses histoires de Marins Maxi-
• mus * sont Tes seuls livres qu'ils daignent
> lire. Les bibliothèques dont ils ont hérité » de leurs pères sont fermées comme des sé- » pujeres, et lejour n'y pénètre jamais1; i mais ils sont toujours environnés d'instm-
> mens de théâtre, de flûtes, d'énormes lyres, » et d'orgues hydrauliques; et leurs palais
< Ce Jeu, qu'on peut nommer trictrac , était le passetemps laTcri des plus graves Romains , et le vieux jurisconsulte Mutins Scevoln avait la réputation de le jouer très-savamment. On H nommait trtttu* duodeeim seriptorum , en raison des douze scripta ou lignes qui partageaient également Vahtolus ou table. Or plaçait régulièrement les deux armées, l'une blanche et l'autre noire, sur celle table, et cloque armée consistait eu quinze soldais ou calculique l'on remuait conformément aui règles du jeu, elaux.cliancwou hasards des tesserte ou déa. Le docteur 11 yde, qui dëlaille soigneusement l'histoire et les variations du nerditutlium , nom lire de la langue persane, depuis l'Irlande jusqu'au Japon, prodigue sur ce sujetpeuintéreasantuDeaboudaiMxd'erudilion classique et orientale. (Voyta Syntagma, Dissertât., t. 2, p. 217-405.)
* Marias Maximus, homo omnium verbosissimus, qui et mythistoricis se voluminibitt impUcavit. (Vopiscus, in Nist. Jugust, p. 242.) Il a écrit la vie des empereurs depuis Trajan jusqu'à Alexandre Sévère. (Voyez Gérard Vossius, de Historicis latin., I. h , c. 3, dans ses œuvres, vol. iv, p. 57.)
3 11 y a probablement de l'ciagéraLiou dans cette satire. Les Saturnales de Macrobc et les Éptlres de Jérôme prouvent d'une manière satisfaisante qu'un grand nombre de Komains des deux sexeset du premier rang cultivaient la littérature classique et la théologie chrétienne.
EMPIRE ROMAIN, (408 dep. J.-C .)
retentissent sans cesse de la voix des chanteurs et du son des instrument Dans ces palais, on préfère le son au bon sens, et on s'occupe beaucoup plus du corps que de l'esprit. On y adopte pour maxime, que le plus léger soupçon d'une maladie contagieuse est une excuse qui dispense les plus intimes amis de se rendre visite: et si, tiras ces occasions, l'on envoie un domestique s'informer des nouvelles, il iie rentre dans la maison qu'après s'être purifié parmi bain. Cependant l'avarice l'emporte sur cetiecraiMe efféminée. Dès qu'il y a quelque chose à gagner, le sénateur le plus goutteux ira jusqu'à Spolète. L'espoir d'une succession m même d'un legs fait disparaître l'arrogance et la fierté. Un citoyen riche et sans enfuis est Le plus respecté, le plus caressé des Romains. Ils sont très-experts dans l:art d'obtenir la signature d'un testament favoralik et même de bâter le moment delà jouissance. 11 est arrivé que, dans la mêmeiuaison, le mari et la femme ont appelé séparément chacun son notaire dans un appartement séparé, et, dans la louable intention df se survivre l'un à l'autre, ont fait au même instant des dispositions ioul--d-ld.it opposées. La détresse, qui est la suite et la punition d'un lu\e extravagant, réduit souvent ces nobles orgueilleux aux plus honteux expédiens. S' agit-il d'emprunter ? Ik deviennent bas et rampans comme l'esclave dans la comédie , mais, quand le mallienreux créancier réclame son argent, »
prennent le ton tragique et impérieux ÙV petits-fils d'Hercule; si le demandeur les importune, ils obtiennent aisément duo des vils agens de leurs plaisirs une accusation, de poison ou de magie contre If créancier insolent, qui sort raremeut de prison sans avoir donné quittance. Aux vices houleux dont les Romains sont inferlés. se joint une superstition ridicule, qui ton honte au bon sens. Ils écoulent avec crédulité les prédictions des aruspices, qui P1^" tendent lire dans les entrailles d'une tiftime les signes de leur grandeur future ci de leur prospérité ; et un grand nombf' d'entre eux n'oserait ni prendre le hain, m dincr , ni paraître en public avant «Tavuir
(408 dep. Ï.-C.)
» consulte , selon les règles de l'astrologie ,
■ la position de Mercure, et l'aspect de In
* Inné '. 11 est assez plaisant de découvrir » cette crédulité chez un sceptique Impie ,
• qui ose nier ou révoquer en doute l'exis- > tence d'nn Dieu tout-puissant. »
Dans les villes très- peuplées, où fleurissent le commerce et les manufactures , la classe moyenne, qui tire sa subsistance du travail de ses mains, se reproduit en plus grand nombre que les autres, est la plus utile, et en ce sens la plus respectable delà société civile. Mais les plébéiens de Rome, qui dédaignaient les arts servîtes et sédentaires, avaient été écrasés, dès les premiers temps de la république , sous le poids des dettes et de l'usure; et le laboureur était forcé d'abandonner la culture de ses champs pendant son service militaire '. Les terres de l'Italie, originairement partagées entre des propriétaires libres et indigens , passèrent insensiblement dans les mains avides de ta noblesse romaine , qui tantôt les achetait et tantôt les Usurpait; et, -dans le siècle qui précéda la destruction de la république , on ne comptait que deux mille citoyens qui possédassent une fortune indépendante1. Cependant, tant que les suffrages do peuple conférèrent les dignités de l'état, le commandement des légions, et l'administration des provinces, ce précieux privilège servit à adoucir tes rigueurs de ïa pauvreté, et le nécessiteux trouvait une ressource dans l'ambitieuse libéralité des candidats, qni voulaient s'assurer la majorité des suffrages des trente-cinq tribus ou des cent
' Hacrobe, ami familier de ces nobles Romains , considère les étoiles comme la cause, on an moins comme l'indice eerlaiu des événenens hUjtttt (De Somu. Sci-
pion,, I. i,c. 19, p. 68.)
2 Les histoires de Tite-Live (voy. particulièrement VI, 36) parlent sans cesse des extorsions des riches et de la misère des débiteurs indigens. La irisle histoire d'un brave et vieux soldat (Deoys d'Haï., I. « , c. 20, p. 317, édit. Hiiitsoïi, ot Tile-Live, n,23) doit s'eut répétée fréquemment dans ces premiers temps dont on a lait mal à propos l'éloge.
* !Ton esse in eivitate duo milita hominum qui rem tiaberent.(Gœm,deOf[lc., n,21; et Comment. Paul. Manut., in edit. Grav.) Philippe, tribun du peuple, Inséra ce dénombrement vague dans son discours (A. U.C., 649); et son objet, ainsi que celui des Gracqucs, était de déplorer et d'exagérer la misère du peuple.(Vo yez Plularque.)
quatre-vingt-treize centuries dont le peuple de Rome était composé. Mais, lorsque les communes eurent aliéné leur puissance et celle de leur postérité , elles furent réduites en peu de temps sous les empereurs à une vile populace qui aurait été bientôt anéantie , si elle n'eût pasété recrutée à chaque génération par la man omission des esclaves et le concours des étrangers. Dès le temps d'Adrien , les Romains se plaignaient que la capitale renfermait tous les vices de l'univers et les mœurs des nations les plus opposées. L'intempérance des Gaulois , la ruse et l'inconstance des Grecs , l'obstination des Juifs et des Égyptiens, la liasse soumission des Asiatiques , et la prostitution efféminée des Syriens, se trouvaient mêlaitgéesdansune multitude d'hommes qui, sousia vaine et fausse dénomination de Romains , dédaignaient leurs concitoyens et même leurs monarques , parce qu'ils n'habitaient point dans l'enceinte de la cité éternelle '.
Cependant oui prononçait encore le nom de Rome avec respect ; on souffrait les tumultes passagers de ses habilans avec indulgence ; et les successeurs de Constantin, au lieu d'anéantir les faibles restes de la démocratie par le despotisme de la puissance militaire, adoptèrent la politique adroite d'Auguste, et s'occupèrent de soulager l'indigence et de distraire l'oisiveté du peuple de la capitale *.
i Voya la troisième sa pUîolavec indignation,
Qii«arb<|uc
;e (60-125) de Juténal qui m
Sénèquelachede consoler sa mère, en luifaisamou server que presque tous les hommes passent leur vie dans l'exil, et lui rappelle que la plupart des habilans de Home ne sont poiul nés dons cette capitale. (Voya Consolât, ad Bclv., c. tt.)
i Un trouve dans le quatorzième livre du Code de Théodose presque tout ce qui a rapport au pain , a In viande, a l'huile el au vin. Il traite particulièrement de la police des grandes villes. (Voyez les tit. 3 , 4 , 15, 16, 17, 21.) Il parait inutile de transcrire les témoignages secondaires qui se trouvent dans le commentateur Ggdelroy. D'après une loi de Thcodose, qui apprécie en argent la ration militaire, une pièce d'or d'environ treize livres tournois était la valeur de quatre-vingts livres de lard , ou de quatre-vingts livres d'huile, ou de donzemorfaou mesures de sel. (Cod.Théod. I. vin , Ut. 4 , loi 17.) Celle évaluation, comparée a one autre de soixante-dix litres de lard pour une amphora (Cod. Théod. 1. x", tlt.4, loi 4), flxe le prixdn vin environ a huil sousia bouteille.
1°. Pour la commodité des plébéiens paresseux, on substitua aux distributions de grains qui se faisaient tons les mois une ration de pain que l'on délivrait tous les jours. Un grand nombre de fours furent construits et entre-, tenus aux frais du public ; et à l'heure fixée, chaque citoyen, muni d'un billet, montait l'escalier qui avait été assigné a son quartier ou à sa division; et recevait, ou gratis, ou à Ires-bas prix , un pain du poids de trois livres pour la subsistance de sa famille. 2°. Les forêts de la Lucanie, dont les glands servaient à engraisser du gros bétail et des porcs sauvages ', fournissaient, en manière de tribut, une abondance de viande saine et à bas prix. Durant cinq mois de l'année, on faisait aux citoyens pauvres une distribution régulière de lard; et la consommation annuelle de la capitale , dans un temps où elle était déjà fort déchue de sou ancienne splendeur , fut fixée et assurée, par un édit de Vaientinien III, à trois millions six cent vingt-huit mille livres *. 3°. Les usages de l'antiquité faisaient de l'huile un besoin indispensable pour la lampe et pour le bain; et la taxe annuelle imposée sur l'Afrique au profit de Rome montait au poids de trois millions de livres. 4°. Le soin qu'Auguste avait pris d'approvisionner sa capitale d'une quantité de grains suffisante, ne s'était étendu à aucun autre article de subsistance; et, lorsque le peuple se plaignait de la cherté du vin , l'empereur publiait une déclaration, dans laquelle il rappelait à ses sujets qu'aucun d'eux ne pouvait se plaindre raisonnablement de la soif dans une ville où les aqueducs d'Agrippa distribuaient de tous cotés une si grande quantité d'eau pure et salutaire '. Celte sobriété sévère se relâcha insensible-
< t'auleuranonyme <te la Description du raon<te(p. 14, t. in , Gtograph. muter. , Hudson) observe sur la Laçante , dans «in latin barbare , Regio op&ma et ipsa omnibus tiabundara, et Utrdum multutn foras emittit. Propter quori est in montibiu , cujui œscam animalium variam, etc.
i Vcy« TioveU.,ad caleem, Coll. Thtod. D. Valent., 1. Mit. iv. Cette loi hit publiée à Rmm, A. D. 452,le29dumaisdejoto.
a Sueion . , in Jugûst. , c 45. La plus forte débauche de cet empereur, a»ec son vin favori de Rhétie, n'eieéd* jamais on sextarius ou demi -ointe. ( Id. c. 77 ; Torrentius, ad loe , et les tables d'Arbulbuol , p. 86.)
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, {408 dep. J.-C)
ment; et, quoique ie dessein d'Aurélien '
n'ait pas été exécuté, à ce qu'il parait, (bas (ouïe son étendue, on facilita beaucoup l'usage général du vin. Un magistrat d'un rang distingué avait l'administration des caves publiques, et une très-grande partie des vendanges de la Campanie était réfrénée pour les habitons de la capitale.
Les admirables aqueducs, si justement calibrés par Auguste, amenaient l'eau dans les thermœ, on bains construits dans tous les quartiers de la ville , avec une magnificence impériale. Les bains de Caracalla , qui étaient ouverts à des heures fixes pour le service des sénateurs et du peuple , contenaient plus de seize cents, sièges de marbre, et on ei comptait plus de trois mille dans lei bains de Dioctétien *. Les murs des apparteniez étaient couverts de mosaïques qui imitaient la peinture par l'élégance du dessin et par lavariété des couleurs. On y voyait le granit d'Egypte ingénieusement incrusté de marbrerai de Numidie. Le réservoir d'eau chaude coulait sans cesse dans de vastes bassins à travers de largesembouchures d'argent massif; elle plu obscur des Romains pouvait, pour une petite pièce decuivre.se procurer tous les jours la jouissance d'un luxe fastueux, qui aurait pu exciter l'envie d'un monarque asiatique'. On voyait fréquemment sortir de ces superbes palais des bandes de plébéiens déguenillés, sans manteau et sans souliers, qui rodaient toute la journée dans les rues ou dans le Forum pour apprendre des nouvelles ou pour s'y quereller, qui perdaient au jeu ce qui aurait dû faire subsister leur famille. et passaient la nuit dans des tavernes on dans des lieux infâmes livrés aux excès îles plus sales débauches *.
Mais les amusemens les plus chers à la
■ Son dessein était de planter des vignes tout le Ions de la côle d'ËLniru* ( Vopisens, inBist. Âugust.,?. B4\ les stérile» et malsaines maremmej de la Toscane moderne.
* Olynplodor., apudPkot., p. 197.
a Scnèquc ( £/<«(., l.xixn) compare les baiMdeSripion l'Africain, dans sa maison de campagne * LtteraaB, aux bains publies de Rome.
* A m mien (I. *i»,e. fi.rtl. nvni, e. 4), «ni* ■"■ décrit te luxe et 1'orgoeil des nobles Hautains, dedmw arec la même indignation centre le» vices et i'enravagaitf du peuple.
dbyGoogle
f 408 Vlep. J.-C.) multitude oisive -étaient les jeux du cirque et les spectacles, La piété des princes chrétiens avait supprimé les combats de gladiateurs; mais le peuple romain regardait encore le cirque comme sa demeure, comme son temple, et comme le siège de la république. La foule impatiente se levait avant le jour pour s'assurer une place; et quelquesuns passaient la nuit sous les portiques des environs. Depuis le lever de l'aurore jusqu'à la unit, trois ou quatre cent mille spectateurs , peu sensibles à la pluie ou à l'ardeur du soleil , restaient les yeux fixés avec attention sur les chars et sur leurs conducteurs, et l'unie alternativement agitée decrainte etd'espérance pour le succès de la couleur a laquelle ils s'attachaient. A les voir, on aurait pu penser que l'événement d'une coursedevait décider du destin de la république '. Ils n'étaient pas moins impétueux dans leurs clameurs et dans leurs applatidisscmeas, soit qu'on leur donnât une chasse d'animaux sauvages ou quelque pièce de théâtre. Dans les capitales modernes, les représentations théâtrales peuvent être considérées comme l'école du bon goût , et quelquefois de la vertu ; mais la muse tragique et comique des Romains , qui n'aspirait guère qu'à une imitation servile du génie attique *, était presque condamnée au silence depuis la chute de la république * : on n'entendit plus sur la scène
< Juvénal, Satire xi, 191, etc. Les expressions de l'historien Ammien ne sont ni moins Tories ni mous animées que celtes du poète satirique; et l'un et l'autre peignaient if après nature. Le nombre de spectateurs que le cirque pouvait contenir est tiré îles Notitia de la fille. Les différences que l'on y rencontre prouvent qu'elles ne se copiaient pas; et cette multitude paraîtra moins incroyable, si l'on considère que dans ces occasions tous les habitans de la campagne accouraient en foule dans la capitale.
i Ils composaient à la vérité quelquefois des pièces originales.
{Horace (Epitt.wt Pûonet, 385), et la savante et obscure noie de Dacier, qui aurait pu accorder le nom de IngMeaaaAruAuetanMeûMde Pacuviun, ou mCa- (iifnteMalercus). L'Ocfavieaitribuée i existe encore, et ne donne pas grande opinion tragédie romaine.
a Da temps rie Pline et de Qnmtilien, un poète tragique fut réduit a m triste ressource de louer une grande salle pour y lire sa pièce a l'assemblée qu'il y avait invitée.
que des farces indécentes et de la musique efféminée. Les pantomimes ', qui soutinrent leur réputation depuis le temps d'Auguste jusqu'au sixième siècle, exprimaient, sans le secours de la parole, les différentes fables des dieux de l'antiquité ; et la perfection de leur art, qui désarmait quelquefois la gravité du philosophe, excitait toujours les applaudissemens et l'admiration du peuple. Les vastes et magnifiques théâtres de Borne avaient toujours à leurs gages trois mille- danseuses et autant de chanteuses, avec les maîtres de différens chœurs. Telle était la faveur dont elles jouissaient, que, dans un temps de disette, le mérite d'amuser le peuple les fit excepter d'une loi qui bannissait tous les étrangers de la capitale, et qui fut si strictement exécutée, que les professeurs des ans libéraux ne purent pas obtenir d'en être dispensés *:
On prétend qu'Elagabale eut l'extravagance de vouloir juger du nombre des habitans de Rome par la quantité des tories d'araignée. Il eût été digne des plus sages empereurs d'employer à cette recherche des moyens moins ridicules. Ils auraient pu facilement résoudre une question si importante pour le gouvernement romain , et si intéressante pour la postérité. On enregistrait exactement la mort et la naissance de tous les habitans; et si un des écrivains de l'antiquité avait daigné faire mention du résultat 'une année ou même du chiffre des années communes, nous pourrions présenter un calcul qui détruirait probablement les assertions exagérées des critiques, et confirmerait peut-être les conjectures plus modestes et plus pro-
(Voyex Dialog. de Oratoribat, en, 11, et Pline, Epist, vu, 17.) ■ Voyea le dialogue de Lucien, intitulé de Saltatione,
Lu, p.265-317, edit-ReiU. Les pantomimes obtinrent le nom honorable de £"f>*°*"> et on exigeai! qu'il* eussent une teinture de tous les arts et de toutes les sciences, burette (dansles mémoires de l' Académie des-Inscriptions, 1. 1, p. 127, etc.) a donné une histoire abrégée de l'art des pantomimes.
1 Ammien, I. nv,c. 6. 11 se plaint de ce que les rues de Rome sont pleines île tilles qui auraient pu donner des enfanta létal et qui n'ont d'autre oocupalion que celle de friser leurs cbevenx ; etjaatan volubUibus tyri», dùm exprimant injiamtra simaleci ■■« , qutt finxérv fabulas théâtrale*.
bables des philosophes1. Les meilleures tccherche&à cette occasion sont fondées sur les preuves suivantes, qui, toutes faibles qu'elles paraissent, peuvent cependant éclairer jusqu'à un certain point la question de la population de l'ancienne Rome. 1° Lorsque la capitale de l'empire fut assiégée par les Goth s, le mathématicien Ammien mesura exactement l'enceinte de Rome, et trouva que la circonférence était de vingt-un milles1. Ou ne doit pas, oublier que Le plan de la ville formait presque un cercle , et que .cette figure géométrique est celle qui contient le plus d'espace dans une circonférence donnée. 2° L'architecte Vitruve , qui vivait du temps d'Auguste > et dont l'autorité a un grand poids dans cette occasion , observe que les habitations du peuple romain se seraient étendues fort au-delà des limites de la ville, et que le manque de terrain , probablement resserré de tous côtés par des jardins et des maisons de campagne , suggéra la pratique ordinaire, quoique incommode, d'élever les maisons à une hauteur considérable3 : mais l'élévation de ces batimens, souvent construits à la hâté et avec de mauvais matériaux, occasiona des accidens fréquens et funestes , et les édits d'Auguste et de Néron défendirent plusieurs fois d'élever les maisons des particuliers, dans l'enceinte de Rome, à plus lie soixante-dix pieds du niveau des fon.demens*. 3°. Juvénal déplore, probablement par sa triste expérience , les souffrances des citoyens mal aisés, auxquels il conseille de
< (Lipse,t. m. , p. 423, de Magnitudlne romand, I. m , r. 3), et Isaac Vossius (Obtavat. far., p. 28-34), adoptent l'étrange idée de quatre, huit, et même quatorze millions cihabilans A Rome. M. Hume, dam ses Essais (vol. i, p. 450-457), montre, à travers beaucoup dé bon sens et de scepticisme, une envie secrète de rabaisser In population des anciens temps.
1 Olympiodore, apad Phot. .p.VîJ . (Voyez Fabricius, (Bibt. Grac, t. n, p. 400.)
1 • ineâautcuiniajestateurbis, et ririom infini ta fre-
• quenliâ imiu niera lu les bal i tationes oput luit eïplieare.
• Ergo ciim recipere non posselarea plana tanlammaui-
• tudincm in urbe, ad auxiiium allitudtnis Eediliciorum » res ipsa wegit devenire. • (Vitruv.,u, 8.)Cepassage, dont je suis redevable à Nonius, est fort clairet concis.
* Les témoignages successifs dePline, Aristide, Clattdien , Kutitius , etc. prouvent que les édits ne suffisent point pour arrêter l'abus. (Voyez Lipse, de Magnitudme romand ,1. in, c. 4.)
(408 aep. IA.) s'éloigner itu plus vite de ht fuméede Rome1, et d'acheter, dans quelque petite ville de l'Italie , une maison commode , dont le prii n'excéder? pas celui qu'ils paient anoueuV ment pour occuper un galetas dans la capitale. Les loyers vêtaient donc excessivement chers. Les riches sacrifiaient des sommes immenses à l'acquisition du terrain où ils construisaient leurs palais et leurs judos; mais le peuple romain se trouvait entassé dans un petit espace, et les familles des plébéiens se .partageaient , comme à Paris et dans beaucoup d'antres villes, les différais étages et les appartemens d'une même maison. 4" On trouve dan» une description exacte de Rome , faite sous le règne de Tfaéodose , que la totalité des maisons montait à quarante-huit mille trois cent quatre-vingt-deux'. Les deux classes de domiciles comprenaient, sous les noms de domvs et d'iiuute, tomes les habitations de la capitale, depuis le superbe palais des Aniciens avec de nombre» logemens pour les affranchis elles esclaves inclusivement, jusqu'à la petite maison borgne ouïe poète Codrus occupait avec sa femme un coin de grenier sous les tuiles. En adoptant le calcul appliqué à la ville de Paris % et ea ac-
Izsex la troisième satire entière , nuis partiailitrtment 166, 223, etc. La description de la toute entis<rt dans une insula on auberge (Voyez Pétrone, c. 95, 9ï. justipe les complainte de Juvénal ; cl Heiucccius ( But Jaris Roman., c. iv,p. 181) dont l'autorité n'est pssrrcusable, nous apprend que du temps d' Auguste les difTérros canaeuia, ou appartemens d'une insula, produisit*! ordinairement un revenu de quarante mille sesterces, eptn trois et quatre cents livres sterling (Pandect., l-i". til. Il , a. 30), somme qui prouve i la fois l'étendue ri la valeur de ces logement.
* Cette somme totale est composée de mille sept cti quatre-vingts donuajMl maisons principales , et de quarante-six mille six cent deux insula; ou habitations du peuple ( voyez Nardini, Roma Ântica ,\- m, p. 88); <l ce dénombrement est justifie par la eonfonnilé des teùes des difTèrtailesnotilior. (Nariini, 1. vin, p. 496-600.)
s Lisez les Recherches de M. de Musant» , écrinu exact, sur m population (p. 176-197). 11 assigne 1 Paris, d'après des calculs sûrs eu probables, vingt-trois mi* cinq ont aouUHUHiaq maisons, soixaute-onie nulle cwt quatorze familles, et cinq cent soûanle-sôzeioiUeiU cent trente habitai s.
dbyGoogle
(408 dep. J.-C.)
cordant vingt-cinq personnes parmaison de tonte espèce, nous évaluerons les balntaus de Rome à douze cent mille ; et ce nombre ne peut pas paraître incroyable pour la capitale d'un empire immense , quoiqu'il excède la population des plus grandes villes de l'Europe moderne '.
Tet était l'état de Rome sous le règne d'Honorias , au moment où les Golhs en formèrent le siège ou plutôt le blocus* . Par une disposition habile de sa nombreuse armée , qni attendait avec impatience le moment de l'assaut , Alarie environna toute l'enceinte de la capitale , masqua les douze portes , intercepta tonte communication avec le pays voisin, et, fermant soigneusement la navigation du Tibre, priva les Romains de la seule ressource qni pouvait maintenir l'abondance et leur procurer de nouvelles provisions. La noblesse et le peuple romain éprouvèrent un mouvement de surprise et d'indignation , en apprenant qu'un barbare avait l'audace d'assiéger la capitale du monde; mais le malheur abattît bientôt leur fierté. Trop lâches pour entreprendre de repousser un ennemi armé, lis exercèrent leurs fureurs sur une victime innocente et sans défense. Peut-être les Romains auraient-Us du respecter dans la personne de Scrène la nièce du grand Théodose, la tante et la mère adoptive de l'empereur régnant; mais la veuve de Stilicon leur faisait horreur, et ils adoptèrent avec autant de plaisir que de crédulité la calomnie qui accusait cette princesse d'entretenir une correspondance criminelle avec le monarque des Goûts. Les sénateurs, séduit» ou entraînés malgré eux par la frénésie populaire, prononcèrent l'arrêt de sa mort, sans exiger aucune preuve de sou crime. Sérène fut ignominieusement étranglée, et la multitude aveuglée ne pouvait concevoir comment cette action barbare n'avait pas encore opéré la
1 Ce calcul ne difnrc pas beaucoup de celui que M. Brotier, dernier éditeur de Tacite (t. n, p. 380), • bit d'après te» mènes principes, quoiqu'il semble prétendre à unnpréeisKH» qui n'est ni possible, ni fort importante.
2 Reubvement aux événement du premier aiege de Honte , qu l'-on confond souvent avee le second et avec le troisième, voye» Zosime 0- >. P- 350-354), SotomUK (I. u,c.fl), Olympiodor. (apiut Phot.,p. 1H0), l'hiloslorge (1. m , c. 3), et Goden-oy(Oi«erf<tt, p. «7-475).
PAR ED. GIBBON. Cil. XXXI. 743
délivrance de Rome et la retraite des barbares. La disette commençait à se faire sentir dans la capitale, et ses malheureux habitans éprouvèrent bientôt toutes les horreurs de la famine. La distribution du pain fut réduite de trots livres à une demi-livre, ensuite a un quarteron et enfin à rien ; et le itlé monta peu à peu à un prix on les citoyens indigens ne pouvaient point atteindre. Privés de tout moyen de subsister, ils sollicitaient humblement les secours de l'opulence. L'humanité de Laeta , veuve de l'empereur Gratien , qui avait fixé sa résidence u Rome , soulagea quelque temps la misère publique , et répandit sur l'indigence l'immense revenu, que les sucesseurs de son mari payaient a la veuve de leur bienfaiteur ', Mais ces charités, quelque considérables qu'elles fussent , ne suffirent pas long-temps à la populace affamée d'une ville où les vivres devenaient tous les jours plus rares et puis chers, et la calamité publique s'étendit jusque dans le palais des sénateurs. Ceuxàqui l'éducation et l'habitude avaient fait du luxe un besoin indispensable, apprirent combien peu de chose il fallait pour satisfaire la nature ; et ils répandirent leurs trésors pour obtenir quelques alimens grossiers, dont ils auraient détourné dédaigneusement leurs regards dans des temps plus beareux. Les Romains se disputaient avec acharnement, s'arrachaient avec fureur et dévoraient avec aridité la nourriture la plus dégoûtante et la plus malsaine. Le' bruit se répandit alors que quelques malheureux , devenus féroces parle désespoir, avaient massacré d'autres hommes pour se nourrir secrètement de la chair de leurs victimes : et tel dut être le combat affreux des deux plus puissansinstinctsdelanature.que même des mères avaient égorgé leurs propres enfans pour en faire un horrible repas * I Des milliers
' la mire de Lcrta portait le nom de Pinnmet». On ignore le paya, la famille et le nom de ion père.(Dueange. Fam. ByzÂnt., p. 69.)
1 Ad nefandoi cibot erupU esuriaitiam rabies , et sua invieem membralanidrunt dàm mater non partit tactanti infantkr; et reeipit utero, qaempauia luUèeffuderat (Jérôme, ail Principiam, l. i, p. 121.) On raconte les nrfmes horreurs du siège de Jérusalem et de («lai de Paris. Relativement au dernier, compares le dixième livre de U Ileuriade avec le Journal de Henri IV
de Romains expirèrent d'inanition dans leurs maisons et dans les rues. Comme les cimetières publics, situés hors de la ville, étaient ati pouvoir de l'ennemi , la puanteur qui s'exhalait d'un si grand nombre de cadavres restés sans sépulture infecta l'air; et une maladie contagieuse et pestilentielle augmenta les horreurs de la famine. Les assurances que la cour de Ravenne donna plusieurs fois d'un prompt et puissant secours soutinrent quelque temps l'espérance dans le cœur des timides Romains. Privés de tout secours humain, ils acceptèrent l'offre d'une délivrance surnaturelle. Des magiciens toscans avaient persuadé à Pompeiauus , préfet de la ville , que, par la force mystérieuse de charmes et de sacrifices, ils pouvaient extraire la foudre des nuages , et lancer ces feux célestes dans le camp des barbares'. On communiqua ce secret important à Innocent, évéque de Rome, et le successeur de saint Pierre est accusé , peut-être légèrement, de s'être relâché, en faveur de la sûreté publique, de la sévérité des régies dn christianisme. Mais lorsqu'on agita cette question dans le sénat, lorsqu'on exigea comme condition essentielle que les sacrifices fussent célébrés dans le Capitole en présence et sous l'autorité des magistrats, la majeure partie de celte respectable assemblée, craignant d'offenser ou Dieu ou l'empereur, refusa de participer à une cérémonie qui paraissait équivalente à la restauration du paganisme *.
( 1. 1 , p. 47-83) -, «I vrais observerez qu'un simple récit de cet faits est infiniment plus pathétique que les descriptions [es plus recherchées d'un poème épique.
' Zosime(l. v, p. 355, 356) parle de ces cérémonies comme un Grec qui n'avait aucune connaissance des superstitions romaines ou toscanes. Je soupçonne qu'elles consistaient en deux parlies, l'une secrète et l'autre publique. La première était probablement une imitation desenchanlemens , au moyeu desquels Numa avait Ail descendre Jupiter, armé de la foudre, sur le mont Aven tin.
. . QplilicMtiKiDcli.qwnrBlurilait, QuiHlic MkHI ujpols »] ibm arU Joitm,
Les anciliafiu boucliers de Mars , tes pignora Imperii
quel'on portait en procession aux calendes de mars, tiraient leur origine de cet événement mystérieux. (Ovid. Fast. m, 239-308.) Le dessein était probablement de réiabur«elleanri«incflHe. que Tbéodose avait supprimée. En ce ras-là, nous retrouvons une date chronologique que l'on n'a point encore observée.
i SozuntK (■- «, c. 8) insinue que celle expérience
EMPIRE ROMAIN, (408 dep. IX)
Il ne resta de ressource aux Romains que dans la clémence ou du moins dans la modération du roi des Goths. Le sénat, qui, dans ces tristes circonstances, avait pris les renés dn gouvernement, lui envoya deux ambassadeurs. On confia cette commission importante à Basilius, Espagnol d'extraction, qui s'était distingué dans l'administration des provinces , et à Jean , le premier tribun des notaires, également propre à cette négociation par sa grande habileté dans les affaires, et par son ancienne intimité avec le prir.ee barbare. Après avoir été admis en sa présence , ils déclarèrent avec pins de hauteur que leur humble situation ne semblait le permettre , que les Romains étaient résolus de maintenir leur dignité , soit en paix , soit es guerre; et que, si Alaric refusait de leur accorder une capitulation honorable, il pouvait donner le signal et se préparer à combattre une multitude de guerriers exercés aux armes et animés par le désespoir. « Plus l'herbe ■ est serrée, et mieux la faux y mord, i leur répondit laconiquement le roides Goths, en accompagnant cette réponse d'an éclat de rire insultant, qui annonçait son mépris pour les menaces d'un peuple énervé parle luxeeiëpoisf parla famine. Il condescendit à stipuler la rançon qu'il exigeait pour se retirerdes portes de Rome ; tout l'oret L'argent qui se trouvait dans la ville, sans distinction dece qui appartenait i l'état et aux particuliers, tous les meubles it prix et tous les esclaves, barbares de naissant ou d'origine. Les députés du sénat se permirent de lui demander d'un ton modeste et suppliant : • O roi, si telles sont vos intentiots, > que comptez -vous donc laisser auxRoi mains?» — < La vie, répliqua rorgueilletn » vainqueur. » Avant leur départ, on convint cependant d'une courte suspension d'arme;, qui facilita une négociation moins rigoureuse. Alaric se radoucit, et rabattit beaucoup de sa première demande ; il consentit enfin à lever le siège aussitôt qu'il aurait reçu cinq mille livres pesant d'or et trente mille livres pesant d'argent , quatre mille robes de soie ,
fut tentée sans succès -.mais 11 ne parle pedit dlimoceat, et Tillemont (Meïs. Eeelés., t. 10, p. 645) est décidé à« point croire qu'un pape ailélé capable de participer t«w cérémonie aussi impie.
dbyGoogle
(•-[Q8 dep. J.-C.)
trois mille pièces de fin drap écarlate et trois mille livres de poivre1. Hais le trésor public était épuisé et les calamités de la guerre interceptaient les revenus de tous les grands domaines de l'Italie et des provinces. Durant lu famine , on avait échangé l'or et l'argent contre les alimens les plus grossiers; l'avarice des citoyens s'obstinait à cacher les trésors, et il ne resta de ressource à la ville, pour éviter sa destruction, que dans les dépouilles consacrées. Dès que les Romains curent satisfait aux demandes d'Alaric , ils commencèrent à jouir, en quelque façon, de la paix et de l'abondance. On ouvrit avec précaution plusieurs portes de la ville. Les barbares laissèrent passer sans opposition les provisions sur la rivière et sur les chemins , et les citoyens coururent en foule au marché, qui tint trois jours de suite dans les faubourgs. Tandis que les marchands s'enrichissaient a ce commerce lucratif, on assurait la subsistance future delà ville, en remplissant do vastes magasins publics et particuliers. Alaric maintint dans son camp une discipline plus exacte qu'on ne pouvait l'espérer; et le prudent barbare prouva sa fidélité pour les traités par le châtiment sévère d'un parti de Goius , qui avait insulté des citoyens de Rome sur le chemin d'Ostie. Son armée, enrichie des contributions de la capitale , s'avança lentement dans la fertile province de Toscane, où il se proposait de prendre ses quartiers d'hiver. Quarante mille esclaves barbares, délivrés de leurs chaînes , se réfugièrent sous ses drapeaux, et aspirèrent a se venger, sous la conduite de leur libérateur, des souffrances de leur servitude. 11 reçut en même temps un renfort plus honorable de Goths et de Huns, qu'Adolphe ', frère de sa
< Le poivre (Hait l'ingrédient favori de la cuisine la plus recbcrcbfe des Romains, la meilleure espèce te vendait communément vingt deniers, ou environ doue francs la livre. Voyez Pline {But. lïatur., xa, 14). On l'apportait des Indes, el le même pays, b cale du Malabar, en fournit encore abondamment. Mats le commerce et la navigation ont multiplié la quantité et diminué le pffa. (Voyez Htst. polit, et pnuosopb., etc. , 1. 1, p. 457.)
* Ce rhef des Golhs est nommé par Jornandès et par Isidore, JUiaiUpte-.par'ù&imeel Orose, Jtaulphe, et par Olympiodore, Jdoidphc. Je me sub servi du nom plus connu d'Adolphe , adopté par les Suédois , frères ou fils des anciens Golhs.
femme , lui amenait , d'après ses pressantes invitations , des bords du Danube sur ceux du Tibre ,' et qui s'étaient frayé un passage, avec un peu de perte et de difficulté, a travers un nombre bien supérieur des troupes de l'empire. Un chef victorieux, qui joignait à l'audace d'un barbare, l'art et la discipline d'un général romain, se trouvait à, la tête de cent mille combattais, et le nom formidable d'Alaric inspirait dans toute l'Italie un sentiment de terreur et de respect '.
Après une révolution de quatorze siècles, mous devons nous contenter de raconter les exploits militaires des conquérant de Rome, sans prétendre discuter les motifs de leur conduite politique. Alaric sentait peut-être , au milieu de sa prospérité, quelque faiblesse cachée , quelque vice intérieur qui menaçait sa puissance , ou peut-être sa modération apparente ne tendait-elle qu'à désarmer les ministres d'Honorius en trompant leur crédulité. Alaric déclara plusieurs fois qu'il voulait être l'ami de la paix et des Romains, Trois sénateurs se rendirent, a sa requête , comme ambassadeurs à la cour de Ravenne , pour solliciter l'échange des otages et la ratification d'un traité; et les conditions qu'il proposa clairement durant le cours des négociations, ne pouvaient faire soupçonner sa sincérité que par l'excès de leur modération. Alaric aspirait encore au rang de maître général des armées de l'Occident. Il stipula un subside annuel en grains et en argent, et choisit les provinces de Dalmatie, de Nonque et de Vénétie , pour l'arrondissement de son nouveau royaume , qui l'aurait rendu maître de la communication importante entre l'Italie et le Danube. Alaric paraissait disposé , en cas que ces demandes modestes fussent rejetées, à renoncer au subside pécuniaire, et à se contenter même de la possession de la Norique , province dévastée , appauvrie et continuellement exposée aux incursions des Germains*. Mais l'espérance de la paix fut anéantie par l'obstination aveu-
< Le trailé entre Alaric elles Romains, etc., es! lire de Zosime (l.v, p. 354, 355, 358,33), 362, 363). Le reste des circonstances n'est pas assez intcressanl pour exiger
gle ,011 par les vues intéressées du ministre
- Olympius. Sans écouter les sages remontrances du sénat , il renvoya les ambassadeurs avec une escorte militaire , trop nombreuse comme snite d'honneur, et trop faible comme armée défensive. Six mille Dalmatiens, la fleur des légions impériales, marchèrent de Ravenne à Rome à travers un pays oavert , occupé par des myriades de barbares. Ces braves légionnaires payèrent de leur vie l'imprudence du ministre : Valens, leur général, échappa du champ de bataille suivi de cent soldats; et un des ambassadeurs, qui
- n'était plus autorisé à réclamer la protection de la loi des nations; se vit réduit à racheter sa liberté au prix de trente mille pièces d'or. Cependant AJaric , au lieu de s'offenser de cette hostilité impuissante , renouvela ses propositions de paix ; et la seconde ambas-
■ sade du sénat romain , à laquelle Innocent donnait dn poids et de la dignité par sa présence , évita les dangers de la route par la protection d'un détachement de l'année des barbares1.
Olympius* aurait peut-être encore insulté long-temps au juste ressentiment d'un peuple qui l'accusait hautement d'être l'auteur des calamités publiques ; mais les intrigues secrètes du palais minaient sourdement sa puissance. Les eunuques favoris confièrent le gouvernement d'Honorins et de l'empire à Jovius, préfet du prétoire , serviteur indigne et méprisable , qui ne compensa point par la fidélité de son attachement les fautes et les malheurs de son administation. L'exil ou la fuite du coupable Olympius l'exposa à de nouvelles vicissitudes de fortune ; il mena quelque temps la vie errante d'un aventurier, remonta ensuite au faite des grandeurs, tomba une seconde fois dans la disgrâce , eut les oreilles coupées et expira sons les coups de fouet , à la grande satisfaction des amis de Sliiicon , qui regardèrent son supplice ignominieux comme le plus doux des
■ Zostme, I. v, p. 360, 361, 362. L'éveqne évita, en restant I Ravenne, les calamités dont la ville fut la victime. (Orose, I. vu, C. 39, p. 573.)
> Relativement aux aventures d'Olympia» et île se? successeurs au ministère, voyez Zosime (I- v, p. 334, 365 , 368) ; et Olympiodore (<yj. Phot., p. 180, 181).
(4W dep. J.-C.) spectacles. Après la retraite d'Olympia* , dont un des vices était le fanatisme religion, les hérétiques et les païens Tarent délivrés de la proscription impoRtiqne qui tes excluait de toutes les dignités de Fêtât. Le brave Gennerid , soldai d'extraction barbare1 , qui suivait encore le culte de-ses ancêtres , avait été forcé de quitter !e bawWer mîBtaire ; et quoique l'empereur refit assuré plnsieun fois lui-même que les hommes de son range) de son mérite ne devaient point se regarder comme compris «tans la loi , il refusa touii dispense particulière , et persévéra dans un* disgrâce honorable , jusqu'au moment on il arracha un acte de justice générale à rembarras du gouvernement romain. La conduite de Gennerid dans la place importante de maitre-général de la Dalmatte , de la Pannonie , de la Norique et de la Rhétie , à laquelle il fut élevé , «t quril avait peut-être occupée précédemment, sembla ranimer fo discipline et y esprit de la république. Les troupes oisives et manquant de tout , répriment leurs exercices et eurent oue subststatra assurée; et sa générosité suppléa souvent aux récompenses que l'avarice on la pauvreté de la conr de Ravenne leur refnsaii. Les barbares voisins redoutaient la valeur* Gennerid. Il défendit efficacement la frontière d'niyrie , et ses soins vigilans procurèrent à l'empire un renfort de dix mille Hwis, qui vinrent des confins de l'Italie, snivh de troupeaux de bœufs et de moutons , en si grand nombre, qu'ils auraient suffi non-seulement pour la marche d'une armée, mais pour l'établissement d'une colonie. La cour et les conseils d'Honorins offraient toujours le spectacle de la faiblesse, de l'ignorance, de la corruption et de l'anarchie. Les gardes, excités par le préfet Jovius , se révoltèrent, et demandèrent la tête de deux génépui et
' Zosime (L 5 , p. j364) raconte i une satisfaction visible, et célèbre le canclcTe de GeHerid, comme le dernier qui fit honneur au pagaïkne «P*' rant. Le concile de Cannage n'était pas de cette opinfcp. lorsiu'il députa quatre eveqvies i la conr de Ravenne pw se plaindre d'une loi nouvellement publiée, qui eiiçaH que toutes les conversions au christianisme fusent lib"» et volontaires. (Voyez Baronius, Annal. Ëcclës-, »■ n" 109, a"»; A. I)., 410, n" 47, 18.)
(409 dep. J.-C.) .des deux principaux eunuques. Les généraux, Uîompés par une promesse perfide de leur sauverla vie, s'embarquèrent, et furent exécutés sevelameat, tandis que les vils eunuques obtinrent la sûreté dans un exil commode à Milan et à Constantinople. L' eunuque Eusèbe et le barbare Allabich succédèrent au commandement de la chambre et des gardes, et ces ministres subordonnés périrent tous deux victimes de leur jalousie mutuelle. Par les ordres du comte des domestiques, le granoVcbambeUan expira sous les coups de bâton en présence de l'empereur étonné ; et, lorsque peude temps après Allobich fuiassassiné au milieu d'une procession publique, Hcnorius fit paraître pour la première fois quel* ques lueurs de courage et de ressentiment. Avant de succomber, Eusèbe et Allobich contribuèrent à la chute de l'empire, en arrêtant la conclusion du traité que Jovius avait négocié avec Alaric, par des motif» personnels et peut-être coupables, dons une entrevue sous les murs do Rimini. Durant l'absence de Jovius, l'empereur voulut prendre un ton de hauteur et de dignité qui ne convenait ni a sa situation nia son caractère. 11 lit expédier eu son nom au préfet du prétoire une lettre qui lui accordait la permission de disposer des richesses publiques , mais par laquelle Honorius refusait dédaigneusement de prostituer les honneurs militaires de l'empire au chef orgueilleux des barbares. On communia qua imprudemment celte lettre à Alaric ; . et le roi des Goths , qui s'était comporté avec décence et modération durant tout le cours de lu négociation , exhala, dans les termes les plus outrageons, la violence de son ressentiment de l'insulte faite si gratuitement à sa personne et à sa nation. Les conférences de Rimini cessèrent immédiatement, elle préfet Jovius se vit force, a son retour de Ravenne, d'adopter et même d'encourager les opinions favorites de la cour. Entraînés par son avis et par son exemple , les principaux officiers de l'état et de l'armée jurèrent que, sans égard aux circonstances , sans écouter aucune condition de paix, ils continueraient une guerre perpétuelle et implacable contre l'ennemi de la république. Cette convention imprudente mit un obstacle insurmontable à
toute nouvelle négociation. On entendit déclarer aux ministres d'Honorius que, s'ils n'avaient invoqué dans leur serment que le nom de la divinité , ils pourraient encore consulter l'intérêt de la sûreté publique et se confier a la miséricorde du Tout-Puissant; mais qu'ayant juré par la tête sacrée de l'empereur, qu'ayant touché de la main, dans une cérémonie solennelle, le siège auguste de la sagesse et de la majesté, ils s'exposeraient, en violant leur engagement, aux peines temporelles du sacrilège et de la rébellion1.
Tandis que l'orgueil aveugle de l'empereur et de la cour se soutenait à L'abri des fortifications et des marais impénétrables de Ravenne, ils abandonnaient Rome sans défense au ressentiment d' Alaric. Le prince barbare, conservant encore une modération réelle ou affectée , envoya , tout en conduisant son armée sur la voie ï'iaminienne , plusieurs évêques des villes d'Italie, conjurer l'empereur de sauver Rome et ses habitans de la fureur des barbares1. La ville évita cette affreuse calamité, non pas par la sagesse d'Honorius , mais par la prudence ou par l'humanité du roi des Golïis, qui se servit , pour s'emparer de Rome , d'un moyen plus doux mais non moins efficace. Au lieu d'assaillir la capitale , il dirigea ses efforts contre te port d'Ostie, uu des plus étonnans ouvrages de la magnificence romaine1. Les accidens aux-
1 Zosime, 1. v, p. 367, 368, 369. Cet usage de Jurer par la tête, la vie, la sûreté ou le génie du souverain, était très-ancien en Egypte et en Scylhie. (Genèse., xin, 15.) L'adulation le flt bientôt passer étiez les C&ara; et Tertullieu se plaint de ce que, dam son temps, ce sèment tialt le seul pour lequel les Humains conservaient du. respect. Voyez l'élégante dissertation de l'abbé Massiea sur les serai en s de l'antiquité. (Mém. de l'Acad. deslnscr., L 1, p. 208, 209.)
3 Zosime, 1. v, p. 968, 369. J'ai adouci les expressions d'Alaric, qui s'étend trop pompeusement sur l'histoire de Home.
a Voyez Suétone (in Claud., e. 20): Dion Casaius,
0. IX. 949, édit. Reimar), et la description de Juvénal {Salir, in, 76, etc.). Dans le seizième siècle, tandis que les. restes du port d'Auguste étaient encore visibles, les antiquaires en esquissèrent le plan (Voyez d'An ville, Menu del'Acad. deslnscripl., t. 30, p. 198); et ils déclarèrent avec enthousiasme que tous les monarques dej'fcurope réunis ne parviendraient point à exécuter un pareil ouvrage. (Bcrgier, Hisl. des grands chemins des Romains,
dbyGoogle
quels la subsistance précaire de la capitale était exposée , suggérèrent au premier des Césars un dessein qui s'exécuta sous le règne de l'empereur Claude. Le mole artificiel, qui en formait la passe étroite, s'avançait dans la meret repoussait victorieusement la violence des vagues; tandis que les plus gros vaisseaux étaient en sûreté à l'ancre dans trois bassins vastes et profonds, qui recevaient la branche septentrionale du Tibre à environ deux milles de l'ancienne colonie d'Ostie '. I.e port des Romains devint insensiblement une ville épiscopale*, où l'on déposait les grains de l'Afrique dans de vastes greniers pour l'usage de la capitale. Dès qu'Alaric se fut rendu maître de cette place importante , il somma les Romains de se rendre a discrétion, en leur déclarant que sur leur refus, ou même sur leur délai , il ferait détruire les magasins dont la subsistance de leur ville dépendait. L'orgueil du sénat fut contraint de céder aux clameurs du peuple et à la terreur de la famine. Il consentit à placer un nouvel
i Ostia Tvberin» tyoftx durer., Itaiia Jntiq., I. m, p. 870-879}. Lee deux bouches du Tibre étaient séparées par l'île sacrée , triangle équitatéral dont les deux côtés étaient évalués à la distance d'environ deux milles. La colonie d'Ostie rut fondée entre la branche gauche ou méridionale de la rivière, tt le port au-dessus* de la branche droite ou septentrionale; et la distance entre leurs restes, selon la carte de Cingolani, est d'un peu plus de deui milles. Du temps de Slrabon, le sable et la vase avaient presque obstrua le port d'Ostie; le progrès de celle même cause a auçmentri l'étendue de l'île Sainte, et insensiblement Oslie et le port se sont trouvés a une distance considérable du rivage. Les canaux à sec, fiuini tnorti, et les vastes «ravalions , stagno di ponente , di levante, marquent les retraites de la rivière et les efforts de la mer. Consultez l'excellente carte de l'état eedésias . tique par les mathématiciens de Benott ut, une vue de l'étal présent des Jgro romano en six cartes par Cingotani, qui contient cent treize mille huit mil dix-neuf rubbia, environ cinq cent soixante-dix mille acres, et les huit cartes lopographiques d'Ameli.
! Dés le troisième siècle (I-ardner , Vérités de l'Evangile, part. 2, vol. 3, p. 89-02) , ou du moins des le quatrième {Corel, a sancto Paulo, Notit. Eccles., p. 47), le port de Rome était devenu une ville épiscopale , qui a été démolie, a ce qu'il paraît, dans le neuvième siècle, par le pape Grégoire iv, au temps où les Arabes taisaient leurs incursions. Elle se trouve aujourd'hui réduite à une auberge ,une église, et une maison ou palais de l'ëreqne, qui est un des six cardinaux de l'église romaine. (Voyez Eschinard, Detcraione di Raina, cl deW Agro Itom<«u.,p.328.)
(409dep.J.-C.) empereur sur le trône du méprisable Honori us, et le suffrage du victorieux Ahric donna la pourpre à Attale , préfet de la ville. Ce monarque reconnaissant nomma son protecteur maitre-général des armées de l'Ocrideai, Adolphe, avec le rang de comte des domestiques, obtint la garde de la personne du nouvel empereur; et les deuxnatioos semblèrent réunies par l'alliance et par l'amitié '.
Les portes de la ville s'ouvrirent, et Allait se rendit, environné d'un corps de barbares, au palais d'Auguste et de Trajan. Après avoir distribué à ses favoris les honneurs civils « militaires, le nouveau monarque convoqn une assemblée du sénat, où il annonça, dm un discours pompeux, le dessein de rétablit la majesté de la république, et de réunir te provinces de l'Egypte et de l'Orient, anquelles Rome avait si long-temps donné des lois. Ces promesses extravagantes, faites uw un usurpateur sans expérience et sans talas pour la guerre, excitèrent le mépris de m les citoyens sensés, qui regardaient son élévation comme l'injure la plus humiliant que l'arrogance des barbares eût encore osé faire à la république. Hais la populace applaudissait , avec sa légèreté ordinaire, à ce changement de maître, elle mécontentement public favorisait le rinl d'Honorins. Les sectaires, persécutés parsts édita espéraient trouver un peu plus d'adulgence chez un prince né en lonie, élen dans la religion païenne, et qtû avait recale baptême des mains d'nuévêquearien'.Ls commencemens du règne d' Attale s'ani* cèrent d'une manière favorable. On envoya un officier de confiance avec un faible corps de troupes, pour assurer l'obéissance de l'Afrique. Presque toute l'Italie se soumit i li puissance des barbares ; et, malgré la résistance opiniâtre de Bologne, le peuple d*
■ Relativement a l'élévation d' Attale, consultez Zosto (I. vi, p. 377-380), Soïomène (t. n, c. 8, D), 01)Bpi«dore (op. Phot., p. 180, 181) , Philostorge [1. m. s. I. et Godetroy {DUsertat., p. 470).
i Nous pouvons admettre le témoignage de Sows* relativement au baptême arien d'AtUle, etcelni derV lostorge relativement i son éducation païenne. Lijw visible de Zosime et le mecoBtenleraenl de la familleÀ* demie dont il rend compte , ne (ont pas présumer i"*1blemenl du christianisme du nouvel empereur.
dbyGoogle
{4M dep. J.-C.) Milan, irrité peut-être de l'absence d'IIonolius, accepta le choix du sénat. A la tète d'une armée formidable, Alaric conduisit son captif couronné presque jusqu'aux portes de Ravenne ; et une ambassade des principaux ministres, de Jovius, préfet du prétoire, de Valens, maître de la cavalerie et de l'infanterie, du questeur Potamius et de Julien, chef des notaires, se rendît au camp des Goths. Us consentirent, au nom de leur souverain, à reconnaître l'élection de son compétiteur pour légitime, et à partager les provinces de l'Italie et de l'Occident entre les deux empereurs. Leurs propositions furent rejetées avec mépris; etAitale, affectant une clémence plus insultante que ie refus, daigna promettre que, si Honorais avait la sagesse de renoncer volontairement à la pour- - pre, U loi permettrait de passer tranquillement le reste de sa vie dans quelque lie éloignée '. La situation du fils de Théodose paraissait si désespérée à ceux qui connaissaient le mieux ses forces et ses ressources , que Jovius et Valens, son ministre et son général, trahirent sa confiance, désertèrent honteusement le parti de leur bienfaiteur, et passèrent au service de son rival. Effrayé de cette trahison, Honorins tremblait à l'approche de tous ses serviteurs, craignant sans cesse de rencontrer des ennemis dans sa capitale, dans son palais , et jusque dans sa chambre; il tenait des vaisseaux prêts dans le port de Ravenne, pour le transporter au besoin dans les états de son neveu , l'empereur dé l'Orient.
Mais il existe , dit l'historien Procope , une Providence ' qui protège la faiblesse et la sottise; et elle ne pouvait raisonnablement refuser son secours à Honorins. Au moment où , incapable d'une entreprise sage ou hardie, il prenait dans son désespoir le parti d'abandonner ses états , nn renfort de quatre mille vétérans entra dans te port de Ravenne.
< Il noria l'insolence jusqu'à déclarer qu'il ferait mutiler Efiworiu* avant de l'envoyer en exil. Mais cette assertion de Zosimc est contredite, par le témoignage plus roparlial dtMrmptodore. '< impute -cette proposition tdieose an perfide Jorfass, et Mura qu'elle Dit «jetée par Atlale.
z Vrocup., <te Bett.Fandal.,]. i,e.2.
L'empereur confia la garde des murs et des portes de la ville à ces braves étrangers, dont la fidélité n'était point corrompue par les intrigues de cour; et son âme timide se tranquillisa sur le danger dont le menaçaient ses ennemis domestiques. Les nouvelles favorables qui arrivèrent d'Afrique changèrent l'opinion pnblique et l'état des affaires. Les troupes et les officiers , envoyés par Altale dans cette province, furent défaits et massacrés. Le zèle actif d'Héraclien maintint l'obéissance des peuples soumis à sou gouvernement. Il envoya une somme d'argent considérable pour assurer la fidélité des gardes impériales. Par sa vigilance à arrêter l'exportation d'huile et de grains, Rome éprouva la famine, et le mécontentement du peuple fit naître le tumulte et les séditions. Le mauvais succès de l'expédition d'Afrique devint la source de plaintes mutuelles et de récriminations entre les partisans d'Attale. Sou protecteur se dégoûta insensiblement d'un prince qui manquait de talons pour commander, et de docilité pour obéir. Il adoptait les mesures les plus imprudentes sans en donner connaissance à Alaric, ou même contre son avis ; et le refus que le sénat fit d'admettre cinq cents barbares au nombre des troupes qui s'embarquèrent , annonça une méfiance imprudente dans la circonstance. Jovi , nouvellement élevé au rang de patrice, enflamma par ses artifices le ressentiment du roi des Goths , et voulut ensuite excuser cette double perfidie en assurant qu'il n'avait feint d'abandonner le service d'Honorius que pour détruire plus facilement le parti de sou rival. Dans une vaste plaine, auprès de Rimini, et en présence d'une multitude de Romains et de barbares, Altale fut publiquement dépouillé de la pourpre et du diadème. Alaric envoya ces ornemens de la royauté au fils de Théodose, en signe de paix et d'amitié'. Les officiers qui rentrèrent dans le devoir reprirent leurs cm-
i Voyez la cause et les circonstances de la chute d'Attale, danaZosime (1. n, p. 300-383), Sozomêne (I. m, c. 8), Philostorg. (1. m, e. 3). Les deu* amnisties (Ood. Théod., I. tx, ttt. 38, loi 1 1 , 12) qui lurent publiées le 12 de février et le H d'août (A. D., 410), sont évidemment relatives a cri usurpateur.
dbyGoogle
(409 dep. J.-Q
plois, et le repentir le pins tardif ne resta point sans récompense. Mais l'empereur dégradé , moins sensible à ta honte qu'au désir de conserver sa vie , demanda la permission de se' mettre à la suite du roi Goth'.
La déposition d'Anale faisait cesser le seul obstacle réel qui pût s'opposer à la conclusion de la paix; et Alaric s'avança jusqu'à trois milles de ÏUïenne, pour fixer l'irrésolution des ministres impériaux, dontle retour de la fortune avait ranimé l'insolence. Il apprit avec indignation que Sarus, on des chefs des Golhs, ennemi personnel d'Adolphe et le rival héréditaire de la maison des Ratti, était reçu dans le palais. A la tète de trois cents guerriers, ce fougueux barbare sortit des portes de Ravenne, surprît et tailla en pièces un nombreux corps de Goths, rentra dans la ville en triomphe, et obtint la permission d'insulter son adversaire par un héraut, qui annonça publiquement que le crime d'Alaric le rendait irrévocablement indigne de l'alliance et de l'amitié de l'empereur *. Les calamités de Rome expièrent, pour la troisième fois , les fautes et l'extravagance de la cour de Ravenne. Le roi des Goths ne dissimulant plus le désir du pillage et de la vengeance , parut sous les murs de Rome à la tète de son armée, et le sénat se prépara, sans espoir de secours , à retarder du moins la destruction de la capitale. Mais leurs soins furent împuissans contre la perfidie de leurs esclaves et de leurs domestiques, que la naissance ou l'intérêt attachait au parti des barbares. A minuit, ils ouvrirent sans bruit la porte Salarienne, et les habita us se réveillèrent an bruit redouté de la trompette des Goths. Onze cent soixante-trois ans après la fondation de Rome, cette cilé impériale, qui avait soumis et policé la plus grande partie de la terre ,
y In hoc, Mariaa, imperatore, facto, infecta,
refecto, ac de fecto. ... Mimumrisit, et ludion $pcctavit imperii. (Orose, 1. vn,e. 42, p. 582.)
3 zosime (I. vi, p. 384), S>»omène (I. «, c. 9), Pbiloslorge (t. xn, c 3). Dans cet endroit le texte de Zoshne se trouve mutilé, et nous avons perdu le reste de son sixième . «I dernier livre , qui Unissait par le sac, de Rome. Quoique cet historien puisse cire accuse de partialité et rie crédulité, Dow oe bmu en voyons point privés sans quelque regret. \
fut livrée à la fureur des Scythes et des Ger-
Cependant , avant d'entrer dans la ville Alatic fit Toir qu'il n'était point dépourvu des sentimens de religion et d'humanité. Il recommanda à ses soldats d'épargner la vie des citoyens désarmés , et de respecter les églises des saints apôtres, de saint Pierre et de saint Paul , comme des asiles et des sanctuaires inviolables. Au milieu des horreurs d'un tumulte nocturne, plusieurs Goths firent admirer le zèle de leur conversion récente; et les écrivains ecclésiastiques rapportent et exagèrent peut-être un grand nombre d'exemples de leur piété et de leur modération *. Tandis que les barbares parcouraient la vifle pour satisfaire leur avidité, un de leurs chefs força la maison d'une vierge âgée , qui avait dévoué sa vie au service des autels. Il lui demanda, sans lui faire aucune insulte, tout l'or et l'argent qu'elle possédait, et fut étonné de la complaisance avec laquelle cette vierge le conduisit à un irésor plein de métaux précieux et de bijoux du travail le plus exquis. Le barbare, saisi de joie et d'admiration , contemplait en silence la riche proie qu'il venait d'acquérir; mais la vénérable gardienne l'avertit que ces vases consacrés appartenaient à saint Pierre. « Si vous; • touchez, lui dit-elle, c'est sur vous qui » tombera le sacrilège : quant à moi , je n'ose » point garder ce que je ne suis pas en état » de défendre. > Le capitaine des Goths.
■ Adest Alaricui, trépidant Jtomamcbndet, buta, irrumptt. (Orose, I. vu, c. 39, p. 573.) II raconte cet ««ucment en sept mots; mais il remplit des pages eulitfe de la dévotion des Goths. j'ai tiré, d'une histoire imw* de Procope, les circonstances qui m'ont paru les |ite probables. (Procop., de BtU. Vatuiol.,1. i,c 2.)ll suppose que la ville tut surprise tandis que les sénateurs dormaient après leur dîner ; mais Jérôme assure quecr fit dans la nuit: Nocte Moab capta est; noete ctct&L muruse]ut.(T. i, p. 121, ad Priiicipiani).
î Orose (1, m, c 39, p. 573-576) applaudit à la pWé des Goths chrétiens, sans réfléchir que le pus grand nombre était de la secte dÀrius. Jomaodès (c. 30, p. 653) et Isidore de Scvule (Chron., p. 714, édit. GroL), qui étaient fart attachés au parli des Goths, ont réptté fl embelli ces histoires édifiantes. Selon Isidore, ou entendit dire à Alaric lui-même qu'il ïïilsaïl la guerre ai" Romains el non pasaui saints apôtres. Tel était le st}!' du septième siècle. Deux cents ans plus loi, te méritée! Il gloire étaienl attribués eu Christel non pas ascsapùtres
dbyGoogle
(4» dep. J.-C.) Trappe d'étonnement et de respect, fit savoir à son roi ce qu'il venait de découvrir, et Abric ordonna de transporter sans dommage et sans délai toits les vases et tous les ornemens consacrés dans l'église de saint Pierre. Un nombreux détachement de Goths escortèrent en ordre de bataille leurs pieux compagnons, qui portaient sur leurs têtes les richesses du saint apôtre ; et cette espèce de procession, où les cris de guerre étaient mêlés à la psalmodie religieuse , marcha dévotement depuis l'extrémité du mont Quiriual jusqu'au quartier du Vatican. Une foule de chrétiens sortait des maisons voisines pour suivre cette édifiante cérémonie , et des fugitifs de tout âge, de tousles rangs, et peut-être de toutes les secte», eurent le bonheur de se sauver dans le sanctuaire du Vatican. Saint Augustin composa son savant ouvrage sur la Cité de Dieu, pour justifier les moyens dont la providence s'était servie pour détruire la puissance des Romains. Il célèbre avec une complaisance particulière ce mémorable triomphe du Christ , et insulte ses adversaires, eu les provoquant ù lui citer un exemple d'une ville prise d'assaut , où les divinités fabuleuses de l'antiquité aient pu se sauver elle-mêmes, ou proléger leurs crédules prosélytes '. En même temps que les barbares se livraient au pillage, ils donnèrent quelques exemples de vertu dignes d'être admirés. Mais l'enceinte du Vatican et les églises des apôtres ne pouvaient contenir qu'une petite portion du peuple romain. Des milliers de soldats, et principalement les Huns, qui suivaient les drapeaux d'Alaric, ne connaissaient ni la foi, ni peut-être le nom du Christ; et nous pouvons présumer, sans manquer à la charité , que les Goths chrétiens ne se conduisirent pas tous selon les préceptes de l'Évangile, dans ces moraens de licence et de désordre , oh les passions enflammées avaient la force et le droit de se satisfaire. Les écrivains les plus disposés à exagérer leur clémence , avouent qu'un grand nombre de Romains furent massacrés *, et que les rues
1 Voyez saint Augustin (de Civitate Dei, 1. i. c. 1-C1). Il cite les exemples de Truie, de Syracuse et de Tareole.
ï Jérôme, t. j, p. 121, ad l'rincipiam. 11 applique au sac de Rome tes expressions énergique* de Virgile.
étalent remplies de cadavres qui restèrent sans sépulture jusqu'à la fin du tumulte. Le désespoir des citoyens se changeait quelquefois en fureur ; et lorsque les barbares éprouvaient la moindre résistance , le châtiment s'étendait jusque sur le faible et sur l'innocent. Quarante mille esclaves exercèrent leur vengeance personnelle sans pitié et sans remords , et lavèrent dans le sang de leurs maîtres les injures et les mauvais traitemens qu'Us en avaient reçus. Les matrones et les vierges de Rome essuyèrent des insultes plus affreuses, aux yeux de la chasteté, quelamort; et l'historien ecclésiastique raconte, pour l'édification de la postérité , la manière courageuse avec laquelle une de ces femmes sut défendre sa pudeur1. Une dame romaine, d'une dévotion fervente et d'une grande beauté, avait enflammé par sa vue les désirs impétueux d'un jeune barbare, que Sozomène a grand soin de nous faire connaître pour un prosélyte zélé de l'arianisme. Irrité de sa résistance , il tira sou sabre, et lui fît au cou une blessure légère. L'héroïne vit couler son sang, mais n'en continua pas moins à braver le ressentiment et à repousser les. entreprises de son ravisseur, qui, frappé d'admiration pour son courage cl sa vertu, cessa ses efforts criminels, et la conduisit respectueusement dans le sanctuaire du Vatican : il donna même six pièces d'or aux gardes de l'église, et leur commanda de la rendre ù son mari sans lui faire la moin-
Elplkii. tic
PTocope (l.i, c. 2) aflirnie que les Goths massacrèrent un grand nombre de Romains. Augustin {de Civil. Dei, 1. 1, c. 12, 13) offre aux chrétiens des motifs de se consoler de la mort de «us dont les cadavres , multa corpora, restèrent sans sépulture, in. tanld titrage. Baronius a tiré des écrits de différais Pères de l'église, quelques lumières sur le pillage de Rome. (Annal. Eoelés. , A. D., 410, n° 16-44.)
< Soiomène, 1. ix, c 10. Saint Augustin (de Cwit. Dei, I- 1, e. 17) assure que quelques vierges ou matrones se donnèrent la mort pour éviter d'être violées ; et, quoiqu'il admire leur courage , les opinions Ihéologiques le forcent i blâmer leur présomptueuse imprudence. Peut-être le bon érêque d'Hippone crut-il trop facilement a des actions d'héroïsme qu'il blâmait avec trop de sévérité. Les vingt vierges . supposé qu'elles aient existé, qui se jetèrent dans l'Elbe lorsque Hagdebonrg fut pris d'assaut, ontété multipliées au nombre de doute cents. ( Voyez l'Histoire de Gustave Adolphe, par llarle, i. i, p. 808.)
dre insulte. Cestraiis de courage etde générosité ne furent pas sans doute très-nombreux. Les féroces soldats satisfirent leurs appétits sensuels sans s'embarrasser des devoirs et de l'inclination de leurs captives, et les casuistes agitèrent sérieusement une question assez singulière. Il s'agissait de décider si les victimes violées, malgré leurs efforts pour s'en défendre, avaient perdu la glorieuse couronne de la virginité par un crime commis sans leur consentement '. Les Romains essuyèrent des pertes d'une autre espèce et d'un intérêt plus général. On ne peut pas supposer que tous les barbares fussent continuellement disposés au crime du viol ; et le manque dejeunesse, de beauté, oude chasteté mettait beaucoup de Romaines à l'abri delà violence. Mais l'avarice est une passion universelle et insatiable, dont les succès peuvent procurer toutes les sortes de jouissances que les hommes sont susceptibles de désirer. Dans le pillage de Rome , l'or et les diamans obtinrent une juste préférence, comme contenant une plus grande valeur que tous les autres objets relativement au poids ou au volume. Mais lorsque les plus diligens eurent enlevé ces richesses portatives, les antres se partagèrent tous les meubles et les ornemens des palais. Ils empilaient dans le même chariot l'argenterie et les robes de pourpre et de soie , brisaient et morcelaient les chefs-d'œuvre de l'art , fondaient les vases et les statues , ou les rompaient avec leurs haches d'armes. L'acqnisitîon de ces richesses enflammait l'avarice des barbares, et ils employaient les menaces et les tortures pour forcer les citoyens à découvrir l'endroit qui recelait leurs trésors *. Une maison riche-
' i Voym saint Augustin, de CivU. Dei, 1. 1, c 16-18. 11 traite ce sujet avec beaucoup d'attention, et, après avoir admis qu'il ne peut point y avoir de crime sans consentement, il ajoute : • Sed quia non solum quod ad doloretn ,
• vcnim eliam quod ad libidiuem pertinet, in corpore
■ alieno perpétra* i polest, quicquid laie factnm fuerit , et
■ si retenlam constant issimo animo pudicillam non eicu-
• Ut, pudoreni lamen inculit, ne credatur faclum cum
• mentis eliam vuluntate, quod ficri fortasse sine tamis
• aliquàvoluplalenonpotuit. ■ Dans le chapitre xviii , il Tait quelques distinctions curieuses entre la virginité morale el physique.
' Marcella, Romaine également distinguée par son rang.
(408,4*. 14.) ment meublée leur faisait supposer une grande fortune, et ils attribuaient l'apparence de la pauvreté à l'avarice ou à l'économie. 1 -'obstination nveclaqnellequeLquesRonuiiis avaient souffert Les traitemens les plus cruels avant de trahir le dépôt de leur richesses, devint funeste à des malheureux que les bar bares faisaient expirer sous les coups de fouet, pour les forcer à déclarer des trésors imaginaires. Les Golhs détruisirent ou mutilèrent quelques édifices de Rome; mais le dommage a été fort exagéré. En entrant par la porte Salaricnne, ils mirent le feu aux premières maisons, pour éclairer leur marche et distraire l'attention des citoyens. Le* flammes , que personne ne s'occupait d'éteindre, consumèrent pendant la nuit des batimens publics et particuliers ; et les ruines du palais de Salluste * offraient encore, du temps de Juslinien, un triste monument des fureurs et de l'incendie des Goilis '■ Cependant un hfclorien de ce siècle a rcnurquc que le feu pouvait difficilement consumer descouvert tires et des poutres de cuivre massif, el que lesellorlsdcs hommes étaient insuûlsans pour détruire les fondemens des anciens édifices. Peut-être sa dévote assertion n'eslelle pas iout-à-fait dénuée do vérité, lorsqu'il affirme que la colère du ciel suppléa a
parson fige, et par sa piété, fut renversée à terrée! Hhirnininemeul battue et fouettée : c-axom [hsiibia **■ gelUtque.etû. (Jérôme, t. i,p. 121, tut MKtQfUmi Voyez saint Augustin (ite CieUal. Pei, 1. 1, e. »). 1* moderne Saeco di Borna (p. 206) donne une Met A* différentes tortures que l'on Taisait souffrir au* prisonnier! pour découvrir leur trésor.
( L'historien Salluste, qui pratiquait utilement In vices qu'il a censurés avec éloquence, employa les kpouilles de la Numldie à embellir son palais el ses jardin* sur le mont Quirinal. L'endroit oûll était situé est «fin* aujourd'hui par l'église de Sainle-Susanne, séparée ea une seule rue des bains de Diodétien , et peu éloignée it la porte Salaricnne. Voyei Nardini ( Homa àntien, p. 192, 193), et le grand plan de Rome moderne, f* Molli.
i Les expressions de Procope sont claires et modéras (jie Belt. yamial.,\. \,t.ti. La chronique de Marre* parait exagérée , partem urbis Roma crtmm'it; el le* expressions de PhilosLorgC, n ifim«« fi «( **"* ■iifii»; (1- xii, c. 3) donnent une idée fausse et gigantesque. Barg.Teus a composé une dissertation particulier. pour prouver que les édifices de Home ne turent point détruits par les Goths et par les Vandales.
dbyGoogle
(ioo d«p. 3.-0.) .
la faiblesse des barbares, et que la foudre réduisit en poussière le Forum de Rome et les statues dont il était décoré '.
Quel que puisse être le nombre des citoyens de tontes les classes qui perdirent la vie dans le massacre de Rome, on assure qu'un seul sénateur périt parle fer des barbares*. Mais il n'est pas aisé de calculer la multitude d'hommes qui, d'un étal aisé et honorable, forent réduits en un insiant à lu situation cruelle de captifs et d'exilés. Gomme les barbares avaient plus besoin d'argent qne d'esclaves, ils fixèrent à un prix modique la rançon de leurs prisonniers indigens; leurs amis, et souvent des étrangers, la payaient par bienfaisance *. Des captifs vendus en plein marché ou par convention auraient ainsi repris légalement leur liberté, qu'un citoyen ne pouvait ni perdre ni aliéner * ; mais comme on sentit qu'en usant de ce droit les Romains courraient le risque delà vie, et que les Goths, en perdant l'espoir de vendre des prisonniers qui leur étaient inutiles, pourraient être tentés de les massacrer, un règlement sage dans la circonstance ordonna qu'ils seraient esclaves durant cinq ans pour acquitter par
) Orose, l. n, c. 19, p. 143. 11 semble désapprouver toutes sortes de statues ; vel Deum vel hominem mentiuntur. Elles représenta ient les roisd'Albe et de Rome depuis Eoée, les Bemuu qui s'étaient illustrés par les armes ou par les arts, et les Césars qu'on avait misait rang des dieux. Le nom de Forum, dont il se sert, est un peu équivoque, puisqu'il en existai! cinq priucipaui; mais, comme ils étaient tous contiens les uns aux autres dans la plaine qui tsl environnée par les monte Capilolia, Quirinal, Esquilin et Palatin, ou peut le* regarder comme ne faisant qu'un seul forum. (Voyez la Borna Antica de Uonat, p. 162-301 , et la Roma Antica de Nardini, p. 212-273.) La première est plus utile pour les anciennes descriptions, et la seconde pour la topographie actuelle.
i Orose (1. n, c 18, p. 142) compare la cruauté des Gaulois a la clémence des Goths. Jbi vix quemquain invention tenatorem qui vet alitent évasent ; hic vix quemquam reqairi, qui forte ut latent perierit. Mais cette antithèse n'a point un air de vérité; et Socrate (1. vu, c. 10) affirme, peut-être tout aussi faussement , qu'un grand nombre de sénateurs lurent massacrés après avoir souffert les plus cruelles tortures.
* lUulti chrittiani in captifitalem ducti
sunt (saint Augustin, de Civitate Dei, I. i,c H); elles chrétiens n'éprouvèrent aucun mauvais traitement.
' Voyez tleineccius, Antiquitat. Juris Roman., I. i, p. 96.