GUIDON
leurs travaux le prix de leur rançon '. Les nations qni envahirent l'empire romain avaient chassé devant elles en Italie une multitude de provinciaux affamés et tremblans qui redoutaient plus la famine que l'esclavage. Les calamités de Rome et de l'Italie dispersèrent les nabi tans dans les refuges qui semblaient les plus sûre, parce qu'ils étaient les plus solitaires. Tandis que la cavalerie des Goths répandait la terreur et la dévastation sur les cotes de la Campaaie et de la Toscane, la petite lie d'Igilium , séparée par on cannl étroit du promontoire Argentarien, repoussait ou éludait les attaques; et, A une si petite distance de Rome, un grand nombre de citoyens trouva sa sûreté dans les forets de ce canton écarté *. Les vastes patrimoines qu'un grand nombre de sénateurs possédaient en Afrique offrirent nn asile à cenx qui eurent le temps et la prudence de s'éloigner de la scène de désolation. La plus illustre parmices fugitifs fut la noble et pieuse Proba', veuve du préfet Petronius. Après la mort de son mari, le plus puissant sujet de Rome, elle resta à la tète de la famille Anicienne, et défraya de sa fortune particulière les dépenses du consulat de ses trois fils. Lors-
' AppeudU, Cod. Théod. iti, in Sirmond. Optra,
1. 1, p. 736. Cet édit (ut publié le 11 décembre (A. D. 408) et annonce plus de sagesse qu'on ne pouvait en attendre des ministres d'iionorius.
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Ltle est connue aujourd'hui sous le nom de Giglio. (Voyez Cluver., Ital. Antiquit., 1. », p. 502.)
> Comme les aventures de Proba et de sa famille sont liées avec la vie de saint Augustin, Tillemont s'empresse d'en rendre compte (Mém. Ecdés., t. xm, p. 620-C35). Quelque temps après leur arrivée eu Afrique, Démélrias prît le voile, et III vom de virginité. On regarda cet événement comme très-intéressant pour Rome et pour le monde chrétien. Tous les saints écrivirent à Démélrias des lettres de félicitalion. Celle de saint Augustin eriste encore. C'est un mélange de raisonnemens faibles, de déclamations véhémentes, et de faits assez curieux, dont quelques-uns sont relatifs au siège et au pillage de Rome.
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que les Gollis assiégèrent et emportèrent la capitale, Proba, supportant avec résignation la perte de ses richesses immenses, s'embarqua dans un petit vaisseau, et vit, en naviguant, les flammes qui consumaient son magnifique palais. Elle se réfugia sur la cèle «l'Afrique, accompagnée de sa fille Lœta cl de sa petite-fille, vierge célèbre, connue sous le nom de Démétriaa. La générosité avec laquelle cette respectable matrone distribua les productions et les revenus de ses domaines, adoucit l'infortune des exilés et clos captifs. Mais la famillede Proba ne lut point à l'abride l'oppression du comte Héraçlien, qui vendit les plus illustres des jeunes Romaines aux désirs ou aux vues intéressées des marchands de Syrie. Les Italiens fugitifs se dispersèrent dans les provinces le long descôtes de l'Egypte eUlefAsie, jusqu'à Constanlinopte et Jérusalem; et le village de Bethléem, résidence solitaire de saint Jérôme et de ses nouvelles converties, se trouva rempli d'illustres nwudians desdeux sexes etdetousles âges qui excitaient la compassion par le souvenir de leur ancienne opulence '. L'affreuse catastrophe de Rome répandit duns tout l'empire la crainte et la douleur. Le contraste louchant de la grandeur et de la misère disposait le peuple à exagérer le malheur de la reine des cités. Le cierge, qni appliquait nui événemens récens les brillantes métaphores delà prophétie orientale, était quelquefois tente de confondre la destruction de la capitale avec la dissolution du globe.
Il existe chez tous les hommes un penchant à se grossir les malheurs du temps où ils vivent, et à s'en dissimuler les avantages. Cependant, lorsque le calme fut un peu rétabli , (es contemporains savans et judicieux estimèrent le dommage réel fait par les Golhs fort au-dessous de celui que Rome avait souffert dans son enfance, lorsque les Gaulois s'en étaient emparés'. L'expérience de onze
' Voyez les lamentations pathétiques de saint Jérflme (t. », p. 400) dans Sa préface au second livre de ses commentaires sur le prophète Ezécbiel.
1 Orose établit cette comparaison sans pouvoir cependant se dépouiller de toute partialité théologique (I. H, t. 19. p. 142; I. vu, c. 39, p. S75J. Maïs, daos l'histoire i* la prise de Home par les Gaulois , tout est incertain el
(4<H>u>p.J.-C.) siècles a fourni a la postérité un parallèle bien plus singulier, el elle peut affirmer avec confiance que les ravages des barbares qu'Alaric conduisit des bords du Danube en Italie, furent beaucoup moins désastreux que les hostilités exercées dans cette même ville par les troupes de Charles-Quint, qui s'intitulait prince catholique et empereur îles Romains '. Les Goths évacuèrent la ville au bout de six jours; mais Rome fut, durant neuf mois, la victime des impériaux, et chaque jour, chaque heure était marquée par, quelque acte de cruauté, de débauche eu de rapine. L'autorité d'Alaric mettait des bornes à la licence des barbares, qui le reconnaissaient pour leur chef et leur monarque; mais le connétable de Bourbon perdit la vie :i l'attaque des murs, et la mort du général anéantit toute idée de discipline dais uae armée composée de trois nations différentes, d'Italiens, d'Allemands et d'Espagnols. Au commencement du seizième siècle, les mœurs de l'Italie présentèrent le tableau frappanidelacorrupliondu genre humain, on y voyait les crimes sanguinaires des nations sauvages unis aux vices qui naissent de l'abus du luxe et des arts. Les aventuriers qui, oubliant tous les seotimens de religion et de patriotisme, assaillirent le palais du pontife romain, doivent être considérés comme les plus scélérats des Italiens. A cette même époque, les Espagnols étaient la terreur de l'ancien et du nouveau monde; mais l'avarice el la cruauté ternissaient l'éclat dé leur valeur. Infatigables à poursuivre l'or et la renommée, ils avaient perfectionné, par la pratique, les méthodes les plus féroces de tortu-
peut-élre fabuleux. (Voyei Beaulbrt, sur l'Incertitude, *.
de l'histoire romaine, p. 350, cl Melot , Mém, de TArai
des Inscrip.. I. xv, p. 1-21.) i Le lecteur qui désire connaître les circonstances *«
fameux événement peut lire l'excellent récit du dodeur
Robert son (Hist.de Charles v, vol. i, de notre édition) ;ou
consulter glUnnaliiCItalia, du savant Muratori 't. «>'.
p. 230-244, édit. in-8"). S'il veut examiner les origiiiani. il peut avoir recours au dix-huitième livre de la grande histoire de Guicciardinî. L'ouvrage qui mérite le mirai le litre d'authentique et d'original est un petit livre intitulé : II Sacco iti Roma , composé environ un moi* après le pillage de la ville, par le frère de Hiistonro Guicciardini, qui parait avoir été magistrat habile et écrivain impartial.
(400 dep. J.-C.)
rer leurs prisonniers. Parmi les Castillans qui pillèrent Borne , il se trouvait sans doute des familiers de la sainte inquisition, et peutêtre quelques volontaires nouvellement arrivés du Mexique. Les Allemands étaient moins corrompus que les Italiens, et moins cruels que les Espagnols; et l'aspect sauvage de ces guerriers ultramonlains déguisait souvent un caractère doux et compatissant. Hais, dans la première ferveur d'une réformation récente, ifs avaient adopté la fougue en même temps que les préceptes religieux de Luther. Les Allemands se plaisaient à insulter les catholiques , et à détruire les objets consacrés aux cérémonies de leur religion; ils se livraient sans remords et sans pitié a leur haine contre le clergé de toutes les classes et de toutes les dénominations, qui compose une si grande partie des habitait» de Rome moderne-, et leur zèle fanatique aspirait peut-être à renverser le lro~ne de l'aniechrist, pour purifier par le feu et par le sang les abominations de la Babylone spirituelle '.
' La retraite des Goths victorieux, qui quittèrent Rome le sixième jour *, pouvait être motivée par la prudence; mais elle ne fut pas probablement l'effet de la crainte *. A la tête d'une armée chargée de dépouilles riches et pesantes, Alaric s'avança te long de la voie Appienne dans les provinces méridionales de l'Italie, détruisant tout ce qui s'opposait à son passage, et se contentant de piller le pays qui ne lui résistait pas. Nous ignorons quel fut le sort de Capone, capitale de la Campanie qui, quoique fort déchue de son ancienne grandeur, passait encore pour la huitième ville de l'empire*; mais Kola, située dans ses en-
' Uossuel (Ilist.des. variations des églises proies la 11 tes, I. i, p. 20-36) a attaqué vigoureusement le fougueux esprit de Luther, fruitde son tempérament et de l'enthousiasme ;<?t Seekendorf (Commentaire du Luthéranisme) l'a détodu faiblement (l.i, n°78,pJ20,etl.ni,nM22,p.556).
1 Marccll'ui , dans sa chronique. Orosc (I. tu, c. 39, p. 575) assure qu'il quitta Rome le troisième jour; mai* celle différence peut aisément être conciliée par les mouvemens successifs des ditTcrens corps d'une grande armée.
3 Socrate (1. vu, p. 10) prétend , sans aucune apparence de vérité on de raison , qu' Alaric se relira ;\ la lialc en apprenant que les années de l'empire d'Orient étaient en marche pour venir l'attaquer.
' Ausonius, de Claris L'rbibiu , p. 233 , édit. Toll. Le luxe de Capoue avait surpassé celui de Sybaris. (V. Atne-
virons *, a été illustrée dans cette occasion par la sainteté de Paulin *, qui passa sucessi-
vement du rang de consul à l'obscurité monastique , et enfin à la dignité de l'épiscopat. A l'âge de quarante ans, il renonça aux richesses et aux honneurs, pour embrasser une vie de solitude et de pénitence; et les applaudissemens du clergé l'encouragèrent à mépriser les reproches de ses amis, qui attribuaient une conduite si extraordinaire à quelque indisposition du corps ou de l'esprit s. Son ancien attachement pour la ville de Nola le détermina a fixer son humble résidence dans ses faubourgs , près de la tombe miraculeuse de saint Félix, que la dévotion publique avait déjà environnée de cinq églises vastes et peuplées. Paulin dévoua les restes de sa fortune et de son intelligence au service du glorieux martyr. Il ne manquait jamais de célébrer le jour de sa fête par une hymne. Il lit construire une sixième église plus magnifique que tes autres , et ornée d'un grand nombre de tableaux dont te sujet était tiré de l'ancien et du nouveau Testament. Un scie si assidu lui assura la faveur de ce saint *, ou au moins celle du peuple. Après quarante ans de retraite , on força le consul romain à accepter l'évèché de Nola , peu de mois avant l'époque où celte ville fut investie par les troupes d'Alarie. Durant le siège, quelques dévots se persuadèrent qu'ils avaient aperçu en songe ou en vision la figure divine
mens, Dciplmosopliist., I. m, p. 528, édit. CauubM.)
< Quafaate-huilaaiapréslalbadalioBde Home, environ huit cents ans avant l'ère chrétienne, les Toscans bâtirent Capoue et, Nola, à la distance de vingt-trois milles l'une de l'autre ; mais la dernière ne sortit jamais de la BMdkerHA
* TJtUemoat (Mém. frètes-, t. in, p. 1-146) a compilé avec son activité ordinaire tout ce qui a rapport a la vie ou aux écrits de Paulin , dont la retraite est célébrée dans ses propres écrits, et par les louanges de saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, et Sulpice Sévère, ses contemporains et «s amis.
» Voyez les Lettres d'Ausone (éptt. 19-25, p. 650- 698, édit. Toll.) à son collègue, son ami et son disciple Paulin. La religion d'Ausone est encore un problême (Voyez lesMém. de l'Acad.dalnstript.,t.xv,p. 123-138.) Je crois qu'elle n'était pas moins un problème durant sa vie, et conséqu enraient qu'il était païen dans le' cœur.
« L'humble Paulin cul une Ibis la présomption d'avouer qu'il croyait être aimé de saint Félix , au moins comme un homme aime son petit chien.
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Je leur saint protecteur. Cependant l'événement prouva que Félix manquait ou de pouvoir ou de volonté pour sauver son ancien troupeau. Noln essuya sa pari de la dévastation générale ', ri son evequo captif ne dm son salut qu'à sa réputation d'innocence et de pauvreté. Depuis l'invasion d'Italie par Alaric jusqu'à la retraite volontaire des (iollis sous la conduite d'Adolplie son successeur, ils furent, durant plus de quatre ans, les maîtres de l'Italie , et régnèrent despotîqoement sur un pays qui, au jugement des anciens, réunissait tous les avantages de la nature et tontes les perfections de l'art. Le degré de prospérité auquel l'Italie était parvenue dans le siècle heureux des Antonin avait, à lu vérité, décliné avec la gloire de l'empire. Les fruits d'une longue paix périrent sous la main destructive des barbares, peu susceptibles de goûter les jouissances du luxe efféminé des habilans de l'Italie. Tout soldat réclamait une ample portion de grain, de troupeaux, d'huile et de vin, qu'on arrachait tous les jours aux malheureux provinciaux; les chefs de troupe allaient piller les maisons de campagne et les jardins situés sur la délicieuse cote de Campanie, précédemment habitée parLucullus ou par Cicéron. Leurs captifs iremblans, (ils et filles des sénateurs romains , versaient le vin de Falerne aux barbares dans des vases d'or enrichis de pierreries, tandis qu'ils reposaient à l'ombre des platanes * entrelacés, pour se garantir du soleil. Telles étaient leurs plus douces jouissances. Le souvenir de leurs dangers et de leurs travaux, la comparaison avec les pays stériles et rigoureux de la Scyihîe et les bords glacés de l'Elbe, les faisait jouir délicieusement du climat de l'I-
i Voyez Joruindèa (de Reb, Cet., C. 30, p. 653); Ptùloslorge (I. su, c. 3); Augustin {de Civitat. Ztai, I. i, t. 10); Barooim (Annal. EccJés., A. t). 410, »°45, 46).
) Le platane ou plane était l'arbre favori de* anciens ; ils le multiplièrent, a raison de son ombrage, depuis -l'Orient jusque dam la Gaule. Pline 'Hisl. Nalur., xii, 3,4, 5) en cite plusieurs d'une taille énorme, un, entre antres , dans une maison de campagne impériale a Velilr.-e, que Caligula appelait son nid. Ses branches Mitaient a l'abri une teste table el toute la suite de l'empereur, que Plinenomme finement jws imifow, cNpmtion qui pouvait aussi bien convenir à Alaric.
(409 dep. J.-C.) talie '.Quel qu'ail été l'objet d Marie, la gloire, la conquête, on les richesses, il le pousuivit avec une ardeur infatigable, sans se rebuter des revers ou se laisser amollir par les succès. A peine eut-il atteint l'extrémilé de l'Italie , qu'il tourna ses regards sur l'ile fertile et paisible qui en est voisine, Le roi des Goths ne considérait cependant k possession de la Sicile que comme le premier pas vers l'expédition qu'il méditait déjà contre l'Afrique. Le détroit de Messine * a douze milles de longueur, et environ un mille et demi de largeur dans lo passage If plus étroit; les monstres fabuleux, les rochers de Scylla , et le gouffre de Chante , ne pouvaient effrayer que les plus timides « les plus ignorons des marins. Cependant, après l'embarquement do la première division des Goths, il s'éleva' une tempête qui dispersa et engloutit une partie des baùmens de transport. Les dangers de ce nouvel élément étonnèrent le courage des barbares; h mort prématurée d'Alaric, après une courir maladie, déconcerta l'entreprise et termina ses conquêtes. Les Goths se livrèrent à lomr leur férocité, dans les honneurs funèbres qu'ils rendirent à un héros dont ils célébrèrent la valeur et les succès par leurs applandissemens lugubres. A force de travaux.
leurs nombreux captifs détournèrent le cours. du Itusentin, petite rivière qui baipnc !<■■• murs de Consentis. Après avoir construit « milieu de son lit, mis à sec, le sépulcre dr leur général , orné des dépouilles et des trophées de Rome , ils y firent rentrer les e;iui; et, pour que l'endroit qui recelait lecorpsà victorieux Alaric fût à jamais un secret, ils
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(Voyez les poèmes de Gray, publics par M. .Masse», p. 197.) Au lien de compiler des tables dironologiqurt il d'histoire naturelle, pourquoi M. Gray n'a-l-il pas «Eployé son génie à achever ce poème philosophique, do;i ilnousalaissounsidi'licjoui échantillon ?.
i La meilleure description du détroit de Messine, i CbarybâcetdcScjlla.se Ironie dansUOTÏcr {/bd.^n'- I. iv, p. 1293; ciSicil. Aidiq., I. i, p. GG-ïffî. 11 a -»gncuscnienl étudié 1rs anciens, el cuminc l'c'at atliwt du pays avec exactitude.
(409 dep. J.-C.) massacrèrent inhumainement ions les prisonniers qu'ils avaient employés à l'exécution de cet ouvrage '.L'embarras du moment suspendît les anlmosités personnelles et les rivalités héréditaires des barbares ; ils placèrent, d'une voix unanime, le brave Adolphe sur. le trône de son beau-frère A la rie. Rien nepwt donner an lecteur une idée plus juste du caractère et du système politique de ce nouveau roi des Goths, que sa conversation avec un des premiers citoyens deNarbonne, qui, dans un pèlerinage qu'il fit à la Terre- Sainte, la rapporta à saint Jérôme en présence de l'historien Orose. » Encouragé par la
• valeur et la victoire, dit Adolphe, j'ai conçu
• autrefois lé projet de changer la Tace de
> l'univers, d'en efTacer le nom des Bo- » mains, d'élever le royaume des Goths sur
• leurs ruines, et de devenir, comme Auguste,
• le fondateur d'un nouvel empire. Mais l'cx- » périencem'a peu à peu convaincu qu'il faut
> des lois pour maintenir ta constitution d'un » état , et que le caractère indocile et féroce » des Goths n'est point susceptible de se sou-
• mettre à la contrainte salutaire d'un gon- » vernéinent civil. Dès ce moment, je me
> suis fait un autre plan de gloire et d'ambî-
> tîon, et j'ai aujourd'hui le désir sincère de
> mériter la reconnaissance de la postérité, » en employant la valeur des Goths, non pas » à renverser, mais a dérendre l'empire ro-
> main et a maintenir sa prospérité*. «D'après ces vues pacifiques, le nouveau monarque des Goths suspendit les opérations de la yuerre, cl. négocia sérieusement un traité d'alliance avec la cour impériale. Les ministres d'Honorius, qui se trouvaient dégagés de leur vœu absurde par la mort d'Alaric , avaient le plus grand intérêt à délivrer l'Italie de l'oppression des Goths, qui consentirent avec joie à servir contre les tyrans et les barbares dont les provinces au delà des Alpes étaient infestées *. Adolphe, devenu gé-
> Jornandès, de lie//. Gel.,c. 30, p. 654, 3 Orose, 1. TO, C 43, p. 584, 585. Saint Augustin lViiToya,en4l5, d'Afrique en Palestine, tisiter saint Jtrômc, et le consulter relativement! ta controverse de Pelage. 3 Jornandès suppose, uns beaucoup de probabilité, qu'Adolphe revint à Rome, et la pilla une seconde lois, more tociistarum eratsit. H i»ntieul cependant avee
néral des Romains, dirigea sa marche de l'extrémité de la Campante vers les provinces méridionales de la Gaule. Ses troupes occupèrent de gré ou de force les villes de Karboflne, de Toulouse, et de Bordeaux; et, quoique repoussées des murs de Marseille par le comte Boniface , elles étendirent bientôt leurs quartiers depuis la Méditerranée jusqu'à l'Océan. Les provinciaux se plaignaient avec raison que ces prétendus alliés leur enlevaient le peu qui était échappé à la cupidité des ennemis. Cependant on ne manquait jamais de quelque prétexte spécieux pour pallier ou même pour justifier les violences des Goths. Les villes de la Gaule qu'ils attaquaient pouvaient être considérées comme rebelles au gouvernement d'Honorius, Adolphe avait toujours pour excuse de ses usurpations apparentes les articles du traité ou les instructions secrètesde la cour impériale ; et on imputait à l'indocilité indtsciplinable des barbares les actes d'hostilité irrëgidière qui n'étaient point légitimés par te sUccès. Le luxe de l'Italie avait moins servi à adoucir la férocité des Goths, qu'à amollir leur courage ; ils avaient adopté les vices des nations civilisées , sans en imiter les arts on les institutions1.
Les protestations d'Adolphe étaient probablement sincères, et l'ascendant qu'une princesse romaine prit sur le cœur et sur l'esprit du monarque des Goths devint un garant de sa fidélité pour les intérêts de l'empire. Placidie», fille du grand Théodose et de sa seconde femme Galba, avait été élevée dans le palais de Constantinople ; mais les événemens de sa vie se trouvent liés avec les révolutions qui agitèrent l'empire d'Occident sous le règne de son frère Honorius.
Orose , que le roi des Goths conclut un traité avec Honorius. (Voyez Orose, I. vu, c. 43, p. 584, 5B5; Jornandès, de tteb, Get., c. 31 , p. «54, .C5S.)
' La retraite des Goths hors de l'Italie, et leurs premières opérations dans la Gaule, sont obscures et douteuses. J'ai tiré beaucoup de secours de Mascou (Hisl. des anciens Germains, I. Tin, c 29, 35, 36, 37). Il a delairci et lié les chroniques interrompue» et les u-aguens de ces temps-ln.
i Voyez le portrait de Placidie dans Dueange (Fam. Bruant., p. 72), et Tîtlemont (Ilist. des Empereurs, t. v, p. 200-380, etc., t. n, p. 210).
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Lorsque Borne fut investie pour la première Tois par Alaric, Placidie, âgée d'environ vingt ans, habitait la capitale; et la facilité avec laquelle cette princesse consentît à la mort de Sérène, sa cousine, pourrait la faire soupçonner d'ingratitude et de cruauté *. Les barbares retinrent la sœur d'Honorius en captivité ou en otage '. Hais , quoique forcée de parcourir l'Italie avec l'armée des barbares, elle fut toujours traitée avec les égards et le respect dus a son sexe et à son rang. Jornandès fait l'éloge de la beauté de Placidie; mais le silence des courtisans de celle princesse peut faire douter raisonnablement des grâces de sa figure. Cependant sa haute naissance , sa jeunesse et l'affabilité de ses manières , firent une impression profonde dans le cœur d'Adolphe ; et le monarque des Gottis eut l'ambition de devenir le frère de l'empereur. Les ministres d'Honorius rejetèrent dédaigneusement la proposition d'une alliance si honteuse pour la vanité romaine, et exigèrent la liberté de Placidie pour premier article du traité de paix. Hais la fille de Théodose se soumit sans résistance aux désirs d'un conquérant jeune et intrépide, qui , ne le cédant a Alaric que par la taille et la force du corps, l'emportait sur son prédécesseur par les avantages séduisans des grâces et de ta beauté. Le mariage d'Adolphe et de Placidie * fut consommé avant que les Gotbs évacuassent l'Italie; et ils célébrèrent la fête ou peut-être l'anniversaire de leur union dans In maison d'Igenuus, un des plus illustres citoyens de Narbonne. La princesse, vêtue comme une impératrice, s'assit sur un
1 Zosime, l. v, p. 330.
î Zo&une , l. vi , p. 383 ; Orme, l. m, c 10, p. 576. Lus chroniques de Marcellin et dïd.tiua semblent supposer que les Gotks n'emmenèrent Placidie qu'après le dernier siège et le sac de Rome.
3 Voyez les portraits d'Adolphe et de Placidie, et le détail de leur mariage dans Jornandès , de Beb. Gct. , t. xxxi , p. 654 , 655 . Quant à l'endroit où cette union Ait contractée, célébrée, nu consommée, les MSS. de Jornandès ne sont point d'accord, et ils nomment deux iiiles voisines l'une de l'autre, Forli et Imola, Foruni livii el Forum Cornelii. Il fsI aisé de concilier l'historien des Golhs avec Olyropiodore. (Voyez Mascou, I. un, C. 36). Mais Tilkmonl prend de l'humeur, et prétend qu'il est inutile de chercher à confiner Jornandès avec des auteurs dignes de fol
EMPIRE ROMAIN, (409 dep. U,)
trône ; et le roi des Godis , babille dans oetle cérémonie a la romaine, se plaça à e&ia d'elle sur un siège moins élevé. Les don» qu'il devait présenter n son épouse , selon l'usage des barbares, étaient composés des plu magnifiques dépouilles du pays de Placidie1. Cinquante jeunes hommes de la plus belle figure, et vêtus de robes de soie, poruùeii un bassin dans chaque main ; l'un éuit-rempli de pièces d'or, et l'autre de diamant d'une valeur inestimable, A ttale , si long-temni k jouet de la fortune et des tioiks, conduisait le chœur des musiciens; Les barbares jouissaient de leur triomphe, et les provindaui se félicitaient d'une alliance qui semblait adoucir, par l'influence de l'as» ou, r et de lu raison, la fierté du conquérant*.
Les cent bassins remplis d'or et de dîiauss que Placidie reçut lors de la fête nuptiale n'étaient qu'nnetrès- petite parâecb» trésors des Gohts sur lesquels l'histoire dea successeur» d'Adolphe offre quelques particularités assez extraordinaires. On trouva dans leur palsli de Karbonne, lorsque les Francs le pillèreit dans le sixième siècle, soixante gobelets ou calices, quinze patènes pour l'usage de la communion, vingt buttes on coffres pour conserver les saintes écritures , tous d'or massif, enrichis de pierres d'an grand prit. Le fils de Clovis distribun ces richesses sacrées s aux églises de ses états ; et sa pies*
' Les Visigoihs, sujets d'Adolphe , mirent depuis la bornes a la prodigalité de l'amour ooujugnli tin mari * pouvait pas légalement taire des dons au des eonsUi lions au profit de sa femme dans la première anaét k son Mariage, et sa libéralité oe pouvait, dans «m teiupi , passer la di.«ie*W partie dosa fcrlM*. LeslWbars* lurent nu pe» plu* ûatvlgaH. Ut •urmetumi » morgingeap le lendemain de la OMSOUUUlioa du » riage; eteedon, la récompense [laiteuse delà Tirgiiitt, pouvait Etre du quart de la fortune du mari. Qudqiis épousées prenaient a la vérité la précaution de siipultrl" veille un présent qu'elles savaient ne pas mériter. (Varrt Montesquieu, Esprit des Lois, I. uut,c. 25 1 Hurolori, Mi Anlichita. Jlaiùins, t. i, dûserUnwn. Si, p. ï&i
î Nous devons le détail de celte file nuptiale à l'historien Olympiodore (ap. Photium, p. 185-188).
3 Voyej dans la grande collection des historiens d* France, par dom Bouquet, t. u; Grégoire de Tours I. ni, c. 10, p. 191 1 Gesta Regum Francérum , c ÏÏ. p. 557. L'écrivain anonyme suppose, avec une igumaocr digne de sou siècle, que ces iustrumehs du culte dn chrétiens avaient appartenu au temple de SatomoG.
(«9 dcp. J.-C.) libéralité sembla inculper les Gotlis de quelque sacrilège, lia conservèrent avec moins de remords le fameux miswrivm, plat d'une grandeur extraordinaire, d'or massif,, du poids de cinq cents livres, destiné à L'usage delà sainte table, et d'une valeur inestimable par la main-d'œuvre et les diamaus dont il était incruste, et pur lu tradition. qui le faisait regarder comme un présent du pairice Al,ûm, offert à Torismoud, roi des Gotbi. Ua des successeurs de Torismoud acheta le secours du roi des Francs par la promesse de ce don magnifique. Lorsqu'il eut pris possession du trône d'Espagne , le prince golh le remit aux ambassadeurs de Dagobert, mais le fit reprendre sur la route; et, après avoir long-temps négocié pour couveuir d'une rançon , il donna la somme, relativement très-modique , de deux cents livres d'or, et conserva le miuoriitm comme le plus glorieux ornemeut de son trésor \ Lorsque les Arabes conquirent l'Espagne et pillèrent ce trésor, ils trouvèrent une curiosité encore plus précieuse qui les {nippa d'admiration; c'était une table fort grande, formée d'uueseiùeémeniude'.entouréede trois rangs de perles , soutenue par soixante-cinq pieds d'or massif, incrustée de diamaus, et estimée a la valeur de cinq cent mille pièces d'or *. Une partie des trésors du roi des Goths pouvait provenir des dons de l'amitié ou des tributs de l'obéissance ; mais la prin-
> Consulta les témoignages originaux clins lw histo- - ries* de France, U u , FredegarU Sctwlastici Chmn., r. 73, p. Ml; Frtxlegar Fragment., ni, p. VO; Gâta régit Itagoberti , c nnt, p. SBT. L'accession île Sisenasrf an tronc de l'Espagne date A. D. «3t. Dagobwt emirte?* les deux cent mille pleeet d'or à la fondation de l'etfbe de SMM-Iienis.
î Le président Goguel (Origine des Lois, de., t m, p. 239) pense que ces émeraudea d'une grandeur si extraordinaire, les ilatoes et les colonnes que l'antiquité prétend avoir existe en Egypte , a Cadix , et à Constanilooplc , n'étaient que des compositions de cristal colore. Le fameux plat d'émeraude mie l'on moutre a Gènes semble appuyer ce soupçon.
* Elmacin, ffist. Saracenwa, 1. 1, p. 85 ; Rodericde Tolède, But. Arab. , c. IX ; Cardoue , Ilisl. de l'Afrique et de l'Espagne sous les Arabes , t I, p. 83. On l'appelait la table de Salomon, selon 1a coutume des Orientaux, ijui attribuent à ce prince tous les ouvrages savans ou magnifiques de l'antiquité.
PAR Kl). GIBBON. Cil. XXXI.
cipale avait sans doute été le fruit de h guerre, et consistait en dépouilles arrachées à l'empire et peut-être à Rome,
Lorsque les Goths curent évacué l'Italie, quelque ministre s'occupa, au milieu des factions du palais, de soulager les maux des provinces dévastées. Un règlement sage ' affranchit pour cinq ans la Campante , la Toscane, le Picenum ou Pisan, le Samnîuin , l'Apulie ou la Pouille, la Calabre, le Bruttium et la Lucarne ou BasUicate. On réduisit le tribut ordinaire à un cinquième, destiné à rétablir et à défrayer l'institution utile des postes publiques. Une autre loi accorda avec une diminution de taxe , aux voisins ou aux étrangers qui, voudraient les occuper, la possession des terres restées sans culture et sans habituas, et ou les mit à l'abri des réclamations futures des propriétaires fugitifs. A peu près dans le même temps, les ministres d'Honorius publièrent en son nom une amnistie générale qui abolissait la mémoire de toutes les offenses involontaires commises par les sujets durant les désordres et les calamités publiques. Ou travailla particulièrement à rétablir la capitale, en encourageant les citoyens à reconstruire les édifices détruits ou endommagés par l'incendie, et en faisant venir des secours extraordinaires de grains des côtes de l'Afrique. L'espoir de l'abondance et des plaisirs rappela bientôt la foule qui s'était sauvée des mains des barbares, Albùius, préfet de Rome, instruisit la cour qu'il avait pris note dans un seul jour de l'arrivée de quatorze mille étrangers*. En moins de sept ans, il ne resta presque plus de vestiges de l'invasion des Gotlis, et Rome avec la tranquillité reprit son ancienne splendeur; elle replaça sur sa tête la couronne do
■ Ces trois lois sort insérées dans le Code de Théodose (l.xi. ttt. 28, loi 7; 1. im.liMi, loi 12;1. xv, lit. 14, loi 14). Les expressions de ta dernière sont d'autant plus remarquables , qu'elles contiennent non seulement un pardon, mais une apologie.
ï Olyuipiodorus, apud Photium, p. 188. Phftostorge (t. xii, c. 5) observe que, qnand Honorius Ht son entrer triomphale , il encouragea les Romains de la nain et de la voix, jiisi **i jura, a rebâtir leur ctté.et la Chronique de Prwper fait l'éloge d'Hcradieu, qviin /tomana urbu reparationem ilrcnuum exhibuerat minute-
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lauriers qu'elle avait perdue pendant le tumulte de la guerre, et, écoutant avec' confiance de vaines prophéties , Gt, jusqu'au moment de sa chute, des projets de vengeance, de victoire et de domination '.
La révolte du pays dont Rome dépendait pour sa subsistance troubla bientôt cette apparence de tranquillité. Héraclien , qui semblait avoir donné des preuves évidentes de sa fidélité pour Ilonorius dans les circonstances les plus critiques , démentit , dans l'année de son consulat, sa conduite précédente , prit audacieusement le caractère de rebelle et le titre d'empereur , et se prépara a envahir l'Italie à la tête do toutes les forces maritimes qu'il put rassembler dans les ports de l'Afrique. Lorsqu'il jeta l'ancre à l'embouchure du Tibre, sa flotte surpassait celle do Xercès et d'Alexandre, s'il est vrai que ses bâlimens fussent au nombre de trois mille deux cents , en y comprenant depuis la galère qu'il montait jusqu'au pèus bibles bateaux \ Cependant cet armement, capable de renverser ou de rétablir le plus vaste empire de l'univers, ne procura que de faibles succès à 1'usnrpateur de l'Afrique. Dans sa marche, depuis le port, sur la route qui conduit aux portes de Rome, les généraux de l'empire l'attaquèrent et le mirent en fuite. I.e chef de cette puissante armée désespéra île sa fortune, abandonna ses amis, et disparut avec un seul vaisseau *. Lorsqu'IIéraclien aborda dans le port de Cartilage, la province, pleine de mépris pour un chef si pusillanime,
■ Lii date du voyage de Claudius Kutilins Numalianus est chargée de beaucoup d'obscurités; nais Scatiger prétend prouver par des caractères astronomiques qu'il quitta Rome le 24 septembre, et s'embarqua i Porto le BmMhV, A. D. 416. (Vnyei Tillenioiit , Ilisl. desEmp. t.T, p. 830.) Dans cet itinéraire poétique, Ruliliua (t. i, 1 ! 5, etc.) adresse a Rome ses félicitations. Erige crlBiln lionu, iMlBOqot utriU Vmlri i lu rirldn. Borna, ttrlcgt forais, etr.
1 Orose composa son histoire en Afrique , deux ans après l'événement. Cependant l'improbabilité suffit pour contrebalancer son autorité. La Chronique de MarecHhius suppose à Héraclien sept cents batimens de trois mille hommes. Ce dernier nombre est ridiculement altéré, mais le premier me parait beaucoup plus raisonnable.
3 La Chronique d'Idacius affirme , Bans la plus légère apparence de probabilité, qu'il s'avança jusqu'à Ortie utnm dans l'Umbrie, et qu'il lut délai! dans une bataille avec perte de cinquante mille hommes.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, ( 409 de». IX)
était rentrée sons l'obéissance d'Honoré. Le rebelle eut la tète tranchée dans l'ancien temple de la Mémoire; son consulat fut aboli', et on accorda le reste de sa fortune, qui ne montait qn'à quatre mille livres priant d'ur, au brave Constantîiis , qui défendait déjà le
trône qu'il parvint depnîs à partager faible souverain. Ilonorius regardait avec indifférence les calamités de Hoirie et de l'Italie ■; mais les révoltes d'Attale et dHéraclien, qnl attaquaient sa sûreté personnelle, le tirèrent ponr un moment de son indolence habituelle. Il n'était probablement informe ni des causes ni des événemens qui Pavaient délivré de ces dangers ; et l'Italie se trouvant débarrassée de ses ennemis étrangers et domestiques, il végétait paisiblement dans le I palais de Ravenne, tandis que ses lieutenant I poursuivaient les usurpateurs, et rempor- I [aient des victoires au-delà des Alpes et au nom de l'indigne fils du grand Théodose ". Occnpé d'un récit intéressant et rem- | pliqué, il serait possible que j'oubliasse d'annoncer l'époque de sa mort ; et je prendrai d'avance la précaution d'avertir qu'il ne | survécut qu'environ treize ans au dernier | siège de Rome.
L'usurpateur Constantin , revêtu de la pourpre par les légions de la Bretagne, avait en des succès qui semblaient devoir être durables. On reconnaissait sa puissance depms le mur d'Antonln jusqu'aux colonnes d'IIer-
i Voyet Code Théod., 1. iv, «t. M, loi 13. Les »««
les plus réguliers de ton autorité Parent déclares aals , « jusqu'à la nwuumission des «sciaM*, qu'on obusta »" faire affranchir une seconde fois.
* J'ai dédaigné de raconter une histoire absurde * probablement fausse. Procopc (de Bell, fondai., 1. 1, c. 2) assure qu'Huoorlu* fut alarmé de tu perte de Ban* Jusqu'au niomeotou il s'assura qu'il m s'agissait priai d'un pigeon favori auquel il donnait ce nom, inw qu'il n'était question que de la capitale de son empire. Cependant ce conte pronte l'opinion publique.
i J'ai tiré tout mes édairàssemeW sur ta lisde» dincreas usurpateurs de sii historiens contemporabn, deux latins et quatre grecs: Orose (I- vu, c 42, p. 581, 682 , 583) ; Renalus l'rofuturus Frigeridus (apuil Gngor. ftc/wt.,1. u.c.») dansées Historiens ne France (in, p. 105, 166);Zosln»(l- ▼«. »• 370, 3TI>; OlrmpiotonÇapud Pkot., p. 1», tM, 1M, 18fi);SoiuBW. (I vi, e. 12,0);DisseruaioosdeGodelroy (p.*77-iBli; ei les quatre Chroniques de rrosper Tyro, rrosper n'Aq nitaine, lilacius,rt Marcel Mu.
(410 dep. J.-C).
cule; et, au milieu de» désordres publics, il partageait le pillage de la Gaule et de l'Espagne avec les barbares, dont les entreprises n'étaient plus arrêtées ni par le Rhin ni par les Pyrénées. Taché du sang d'un parent d'HoQorius, il obtint de la cour de Ra venue, avec laquelle il tenait une correspondance secrète, l'approbation de son crime et de ses prétentions. Constantin, s étant engagé par serment àdélivrcr l'Italie des Gotbs, s'avança jusqu'aux rives du Pô; et après avoir donné plus d'alarmes que de secours à son allié pusillanime) il se retira précipitamment dans le palais d'Arles pour célébrer par un luxe déréglé son triomphe inutile. Mais sa prospérité passagère fut bientôt troublée et détruite par la révolte du comte Geromius , le plus brave de ses généraux, qui, durant l'absente desouûlsConstans, prince déjà revêtu do la pourpre impériale, commandait dans les provinces de l'Espagne. Au lieu de se placer lui-même sur le trône, Gerontius, par des raisons dont nous ne sommes pas instruits, disposa du diadème en faveur de son ami Maxime* qui Usa sa résidence à Tarragone , tandis que son général traversait les Pyrénées pour surprendre les deux empereurs, Constantin et Constans, avant qu'ils Tussent |tréparcsà se défendre. Le (Us fut pris à Vienne elaussitôtmisàmort; et ce jeune infortuné eut à peine le loisir de déplorer la funeste élévation de sa famille, qui l'avait pressé ou forcé de connue tire un sacrilège , en quittant la paisible obscurité de la vie monastique. Le père s'enferma, dans Arles et y soutînt un siège; mais In ville aurait infailliblement été prise par Gerontius, si une armée d'Italie ne lût pas promptement venue à son secours. Le iiuoi d" llonorins et la proclamation de l'erapeiMir légitime effraya également les deux rebelles ennemis; Gerontius, abandonné de ses troupes, s'enfuit sur les frontières d'Espagne, et sauva son nom de l'oubli, par le courage tout romain qu'il fit paraître dans ses derniers momens. Au .milieu de la nuit, un corps de ses soldats perfides attaquèrent sa maison , qu'il avait fortement barricadée. N'ayant avec lui que sa femme, un intrépide Alain de ses amis et quelques esclaves fidèles, il se servit avec tant de courage cl d'adresse d'une pro-
PAR ED.. GIBBON. Cil. XXXI.
vision de dards et de flèches, que trois cents des assaillant perdirent la vie. Au point du jour, toutes les armes étant épuisées , ses es- ■ claves prirent ta fuite. Gerontius aurait pu les suivre , s'il n'eût été retenu par l'amour conjugal. Les soldats , irrités d'une défense si opiniâtre, mirent te feu aux quatre coins de la maison. Dans cette extrémité funeste , il serenditaux pressantes instances du brave Alain son ami, et lui abattit la tête. La femme de Gerontius le supplia de la délivrer d'une vie de misère et d'ignominie, et présenta la poitrine à son glaive. Cette scène tragique fut terminée par la mort dn comte, qui, après s'être frappé troisfois de son épée, tira Bon poignard et se l'enfonça dans le cœur1. Maxime, abandonné deson protecteur, n'eut obligation do lu viequ'à sa faiblesse et à son incapacité. Le caprice des barbares qui ravageaient l'Espagne plaça une seconde fois ce fantôme impérial sur le trône ; mais ils- l'abandonnèrent bientôt à la vengeance d'Horcorius; et l'usur patcur Maxime, après avoir servi de spectacle a la populace de Bavenne etde Rome, fut exécuté publiquement.
Le général Constantius, dont l'approche fit lever le siège d'Arles et dissipa les troupes de Gerontius , était né romain. Celle observation prouve que les sujets de l'empire avaient bien dégénéré de leur ancien esprit militaire. Sa force et son air majestueux le faisaient regarder par un peuple timide comme digne du trône , où il monta par la suite'. Ses manières étaient affables dans la société ; il se livrait volontiers à la gaité , et ne dédaignait pas de jouter, dans la joie d'un festin, avec les pantomimes les plus célèbres i mais quand la trompette guerrière l'appelait aux armes, lorsque, penché sur le cou de son cheval, Constantius parcourait rapidement
i Les louanges que Soromêne a données a tel acte de désespoir «rat déplacées dans la bouche d'un eccléjiastique. U observe (p. 379) quela femme de Géronliui était chrétienne, et que sa .mort fuldignede sa religion et de la gloire éternelle.
i Eittc ■£»' Tupa?nJ3c est l'expression d'Ulyrapicdore , qu'il paraît avoir tirée SEale, tragédie d'Euripide , dont les fragmeus existent encore, (fcuripid. Uarnes, t. n, p. 443, vers 38.) Celle allusion annonce que les tirées du cinquième siècle lisaient encore les anciens poêles tragiques.
.(4<Lifcft.JX
la plaîm, la fierté de son maintien et 4e feu tic ses regards- semaient la terreur chez ses ' ennemis , et tes soldats encourages ne doalaient plus de la victoire. La cour de Ravtinne l'avait chargé de faire rentrer les provinces rebelles de l'Occident dans la soumission ; et l'tisurpatenr fut assiégé une seconde fois dans sa capitale par un ennemi pins formidable. Cependant l'intervalle de ces deux sièges lui donna le temps de négocier un traité avec les Francs et les Allemands; et Edobtc, son ambassadeur, revint bientôt à la tête d'une armée pour délivrer Arles et l'em- ■ pereur prétendu. Le général romain, an lieu d'attendre qu'on l'attaquât dans ses Ligne» , se détermina hardimentet peut-être sagement a passer le Rhône et à prévenir les barbares. Ses dispositions furent conduites avec tant de secret et d'intelligence , que, tandis que l'infanterie de Constantius les attaquait, en tétn, son lieutenant Ulpbilas, qui avait gagné en silence un poste avantageux sur leurs derrières , les environna avec sa cavalerie , en fit un grand carnage et détruisit toute leur armée. Les restes do cette armée sauvèrent leur vie par la fuite ou par la soumission, et leur général Edobic trouva la mort dans la maison d'un ami perfide, qui se flattait d'obtenir du général de l'empire un présent magnifique pour récompensa de sa- trahison. Constantius se conduisit dans cette occasion avec la magnanimité d'un vrai Romain. Dédaignant tout sentiment de jalousie, il reconnut devant l'armée le. mérite et le service important d'Ulphilas; mais il détourna ses regards avec horreur de l'assassin d'Edobic et ordonna d'un ion sévère que l'on fit surle-champ sortir de son camp un misérable qui avait violé les lois de l 'honneur et de l'hospitalité. L'usurpateur, qui , du haut des murs d'Arles, voyait anéantir sa dernière espérance , résolut de confier sa vie ù un vainqueur si généreux. Après avoir exigé sûreté pour sa personne, et s'être fait donner, par l'imposition des mains, le caractère sacré i l'ecclésiastique, il ouvrit les portes d'Arles. Mais Constantin éprouva bientôt que les principes d'honneur et d'intégrité qui dirigeaient la conduite ordinaire de Constantius étaient subordonnas aux préceptes flexibles
de la moralité politique. Le général rewin dédaigna de souiller ses lauriers da a% d'un rebelle; mais il lit partir, sons une font garde, Constantin et son fils Julien pour l'Italie; et, avant d'arriver à Ravenoe, ib rencontrèrent les ministres de la mort.
Dans un temps ou l'on convenait génénlement qu'il se trouvait a peine un seul ritorei dans tout l'empire dont le mérite personnel ne fût pas supérieur à celui du prince qw le hasard de la naissance avait placé sur le trône, une fonte d'usurpateurs se succédait! rapidement. Bans réSéchirsKrlesortdekein prédécesseurs. Ce désordre se faisait particolièrement sentir dans les provinces de ii Gaule et de l'Espagne , oà les ravages de b guerre et l'esprit de révolte avaient oaéuii tous les principes d'ordre et d'obéissance. Durant le quatrième mois da siège d'Ado, avant que Constantin eut quitté la pourpre, on apprit dans le camp impérial que Joiint, couronné à Mayence dans la Haute-(ienrtMk, a l'instigation de.Goar, roi des Alaias.etot GunUariua, roi des Bourguignons, s'avança' des bords du Rhin vers ceux du Rhône à l» léie d'une nombreuse armée de barbare* La courte histoire du règne de Jovisiu en extraordinaire et obscure datas toutes set circonstances. On devait naturellement supposer qu'un général habile et courageux, ib tète d'une armée victorieuse, saurait taire valoir sur le ehamp de bataille les droits légitimes d'Honoriua. On pourrait peut-être justifier par de fortes raisons laretraite précipitée de Constantius; mois il abandonna sons nécessité, la possession entière de b Gaule; et Darda nus, préfet du prétoire, « cité comme le seul magistrat qui refusa <Jf se soumettre à l'usurpateur '. Lorsque les Golbs , deax an» après le siège de Rome, établirent leurs quartiers dans la Gaule , on
> Sidoniui Àpollinaris, I. v, epist. 9, p. 139; ri le Hôtes de Sinnond, p. 58. Après avoir raille: lïnwnstoftee et ta doeWU de Jorfant, et ta perldie de fin* lius, il remarque que Us Ttces deloas cet usurpateurs trouvaient réunis dans la personne de Dardanus. Ctp** dut ce préfet eonsena une réputation honorable dans * monde et menie dans l'église. Il entretint une pieuse wre&pondance arec saintjérftme et avec saint Augustas;^ le premier lui donna les épilbetes de ehrûilonorw» mbilitt'me et de nobMuat chrûtùiniuimt.
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(Jlidtp. J.-C-) ponvailcroir© qtu leurs nffectien* ne seraieu t ' partagées qu'ftatre l'empereur Hongriu*,dont ib étaient récemment devenus le» alliés* et Attole, monarque dégradé, qu'ils réservaient dans leur camp pour y jouer, selon l'occasion , le personnage d'empereur ou de musicien. Cependant, dans «a montent d'humeur dont on ne découvre ni la date ni la cause, Adolphe entra en pourparler avec l'usurpateur de ht Gaule , et chargea Aiiule de lu commission uumiiînute de négocier un traité qui eonûniurit sa propre ignominie. Nous lisons encore avec étonnement, qu'au lieu de considérer l'alliance des Goths comme le plus ferme appui de son trône, Jovinus fit une réponse obscure et ambiguë à l'officieuse ira port unité d'Attale ; que, méprisant les avis de son puissant allie , il revêtit sou frère Sébastien de la pourpre, et qu'il accepta très-imprudemment les services de Sarus, lorsque ce brave soldat d'Honorius quitta , dans un mouvement de colère, ta cour d'un prince qui ue savait ni punir « récompenser. Adolphe , élevé parmi une race de guerriers qui regardaient la vengeance comme le plus doux des plaisirs et lé pins sacré des devoirs, s'avança, sinri de-dix mille Gotha j à la rencontre de l'ennemi héréditaire de la maison des Haïti, et le surprit, accompagné pour toute escorte d'une vingtaine de ses intrépides compagnons. Unie par l'amitié , animée par la désespoir et écrasée par In multitude, cette petite troupe de héros mémo l'estime de ses ennemis, sans obtenir leur compassion; et dés que le lion fut pris dans les filets, on lui arracha la vie1. Là monde Saraa rompit Falliaoce incertaine qu'Adolphe entretenait avec les usurpateurs delà Gaule. 1 1 écouta ta voix de l'amour et de la prudence, et promit au frère de Placidie de loi' porter Bientôt à Ràvenne les têtes .de Jovinus et de Sébastien. Le roi des Goths exécuta sa promesse sans délai et sons difficulté. Les deux frères sans amis et sasa mérite personnel virent déserter tous ' On peut prendre reïpressien presque i la lettre; Olrmpiodorea dit : f*iM j««mc *(•-»* w. i<u» ou '«H peut signifier un sac on nn habit flottant ; et cette manière d'embarrasser un ennemi, on de s'en rendre mal' Ire, se pratiquait souvent ehe* tes Huns. (Ammien.nit, 2.) H lut pris vivant avec des Blets ; c'est ainsi nue le traduit Tfileraont CHht.de» emper., t. r,p.60S).
BAR m GIBBON. GH. XXXI.
leurs auxiliaires barbares; et Valence, une des pins belles villes de la Gaule, expia, par sa raine, sa courte résistance. L'empereur choisi par le sénat de Borne , après avoir été successivement élevé sur le trône, dégradé, insulté, rétabli et dégradé une seconde fois avec ignominie, fut enfin abandonné à son triste sort. Lorsque le roi des Goths lui retira totalement sa protection, le mépris ou la pitié l'empêcha de faire aucune violence au malheureux Attaie. Ce fantôme d'empereur, sans alliés et sans sujets , s'embarqua dans un port de l'Espagne, pour se réfugier dans quelque retraite solitaire; mais il fut pris en mer, traîné en présence d'Honorius, conduit en triomphe dans tes mes de Rome et de Ravetine et publiquement exposé sur ta seconde marche du trône aux regards de la multitude. Attaie subit le châtiment dont on t'accusait d'avoir menacé Honorius dans ses jours de prospérité. Après lui avoir coupé deux doigts de la. main, on le condamna à un exil perpétuel dans l'Ile de Lipari, où il reçut du gouvernement une honnête subsistance.
Il n'y eut pins de révolte durant le reste du règne d'Honorius ; et on peut observer que, dans le court espace de cinq ans , sept usurpateurs avaient été terrassés par la fortune d'un prince également incapable d'agir et de commander.
La situation de l'Espagne , séparée de tous côtés des ennemis de Rome par des mers ou des montagnes et par des provinces intermé* diatres , avait conservé long-temps sa mm. qniMité, et nous pouvons remarquer, comme une preuve de son bonheur, que, durant un espace de quatre siècles, l'Espagne a fourni très-peu de matériaux à l'histoire de l'empire romain. Le retour de la paix effaça rapidement les traces des barbares qui fran^ chirent les Pyrénées sous le règne de Galien , et dans le quatrième siècle de l'ère chrétienne on comptait tes villes d'Emérrtia ou Hérida, de Cordoue , de Bracara et de Séville , au nombre des plus belles et dos plus riches du monde romain. L'habileté d'nn peuple industrieux employait aux usages de la vie, et dans ses nombreuses manufactures, ses, belles races d'animaux et les richesses végétales et minérales de son sol fécond; et l'as
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vanlage particulier des productions néecs- ' saires à la marine contribuait a soutenir un commerce lucratif et très-étendu*. Les arts et les sciences florissaicm sous la protection des empereurs ; et le courage des Espagnols, un peu affaibli par l'habitude de lu paix et de la servitude , sembla se ranimer lorsque les Germains répandirent la terreur depuis les bords du Rhin jusqu'aux Pyrénées. Tant que la fidèle milice du pays conserva la garde de ces montagnes, ils repoussèrent avec succès toutes les entreprises des barbares. Mais dès que les troupes nationales Turent forcées de remettre leurs postes aux bandes Honorîennes qui combattaient pour Constantin, ces troupes perfides livrèrent les barrières de l'Espagne aux ennemis, environ dix mois avant le sac de Rome par les Goths '. Coupables de rébellion contre leur souverain légitime, affamées de pillage, les gardes mercenaires des Pyrénées appelèrent, après la mort de Constantin, lesSuèves, les Alains et les Vandales , et, se mêlant à ces hordes de barbares , elles semèrent le ravage et la mort depuis les frontières de la Gaule jusqu'à la mer d'Afrique. Un des plus éloquens historiens de l'Espagne a décrit les malheurs de sa patrie dans un discours concis , où il a rassemblé les déclamations violentes et peutêtre exagérées des auteurs contemporains \
• L'irruption de ces peuples fut suivie des » plus affreuses calamités. Les barbares pil-
• laient et massacraient indifféremment les » Romains et les Espagnols , et ravageaient
• avec la même fureur les villes et les campa-
' Saas recourir à des auteurs plus anciens, je citerai
trou témoignages respectables du quatrième et du septième siècle : Expositio totius muadi, p. 16, dans le troisième volume des Géographes de Hndson; Ausone, tle Clara Urbibus, p. 242, edit. Toll-j Isidore de Seville, Préface de la Chronique, ap. Grotùtm, Bisl. Goth., p. 707. Ou peut trouver beaucoup de particularités relatives au commerce d'Espagne dans Konoius (Hispania aitutrala)-, et dans Iluet (Hist. du commerce des Anciens, c. 30. p. 228-234).
s La date est fixée soigneusement dans les Aubet dans les Chroniques d'Idarius. Orose(l. ni, c. 40, p. 578) assure que la trahison des Honoriens livra l'Espagne ; mais Soiomène(l. ii,e. 12) neles accuse que de négligence.
3 Macius voudrait appliquer les prophéties de Daniel & ces calamités publiques, et il tâche d'arranger les éTénemens d'une manière conforma aux Irrnvs delà prédic-
at I dep. J.-C.i gnes. La famine réduisit les malheureux habitans à se nourrir de chair humaine ; et les animaux sauvages qni se multipliaient sans obstacle, rendus plus furieux par l'habitude du sang et par la faim, poursuivirent les hommes pour les dévorer. La peste , suite inévitable de la lamine, vint bientôt mettre le comble à la désolation; la plus grande partie des habitans en fat la victime , et ht vue des mourons n'excitait que l'envie de ceux qni leur survivaient. Enfin les barbares, rassasiés de meurtres et de brigandages, et' atteints eux-mêmes de la maladie contagieuse dont ils étaient les funestes auteurs, se renfermèrent dans le pays qu'ils avaient dépeuplé. Les Sttèveset les Vandales se partagèrent l'ancienne Galice, où le royaume de la Vieille-Castille se trouvait enclavé. Los Alains se répandirent dans les provinces de Carthagène et de Ltisitanie , depuis la Méditerranée jusqu'à l'océan Atlantique. Les Sellttges, branche de la nation desVaodales, s'emparèrent d a territoire fertile de la Bétïqnc. Après avoir réglé ce partage , les conquérans contractèrent avec leurs nouveaux sujets quelques engagemens réciproques d'obéissance et de protection. Les villes et les villages se remplirent peu a peu d'un peuple de captifs, et les terres furent insensiblement cultivées. Une partie des Espagnols préféra la misère de sa nouvelle situation aux anciennes vexations dn gouvernement romain ; mais un grand nombre, et particulièrement dans les montagnes de la Galice, refusèrent de se soumettre an joug des barbares *. »
La mort de Jovinus et de Sébastien et la soumission de la Gaule avaient démontré l'attachement d'Adolphe pour son beau- frère Honorius. La paix, était incompatible avec le caractère du monarque des Goths; il accepta avec joie la proposition de tourner ses armes victorieuses contre les barbares de l'Espagne.
' Mamna,(/eRre«î flispanich ,\. v,t. i,t. i, p. 'S, ffag. Comit, 1773. Il avait lu dans Orose {1. tii, f. 4! . p. 579) que les barbares avaient quitté l'épécpour rimduireta charrue, cl qu'une grande partie des pronnriaui préféraient inter barbavos paiipervm liberlatem, qutim inlcr Romanes tribtilariam soltlcitirttincm ntstim •
(414 dep. J.-C.) I^eslroupesdeConslantuisluicoitpèrenttoiite communication avec les ports de la Gaule, et hâtèrent sa marche vers les Pyrénées. Il franchit ces montagnes, et s'empara de Barcelone au nom de l'empereur1. Le temps et la possession ue diminuaient point la tendresse d'Adolphe pour Placidie , et la naissance d'un Gis qu'il nomma Théodose, par vénération pour son illustre aïeul , semblait lier son intérêt avec celui de l'empire. La mort de cet enfant, inhumé dans une église auprès de Barcelone, fut un sujet d'affliction pour ses parens ; mais les soins de la guerre parvinrent aisément à. distraire le roi des Gotha de sa douleur, et une trahison domestique mit bientôt un terme à ses victoires. Il avait imprudemment reçu à son service un tics compagnons de Sarus. Cet audacieux barbare cherchait secrètement l'occasion de venger la mort de son général , et sou nouveau maître réveillait sans cesse son ressentiment, en le plaisantant sur la petitesse de sa taille. Adolphe fut assassiné dans le palais de Barcelone. Une faction tumultueuse viola les lois de. la succession1 j un prince d'une maison étrangère. Singerie, frère de Sarus, s'empara du trône d'Adolphe et de son diadème. Il commença son règne par le meurtre inhumain de six en fans que son prédécesseur avait eus d'un premier mariage, et qu'il arracha sans pitié des bras d'uu.véaérable evéque \ L'infortunée Placidie, au lieu de la respectueuse compassion, qu'elle avait droit d'attendre, essuya de» iraitemens barbares et ignominieux. La fille de l'empereur Théodose, confondue dans une foule de vils captifs, fut forcée de faire à pied un trajet de plus de douze milles, devant le cheval d'un barbare, assassin de son mari qu'elle avait toujours tendrement aimé *.
1 Ce mélange de force et de persuasion acquiert une furie probabilité" par la comparaison d'Orose et de Jornanilès . Historiens , l'un des GoOis , cl l'autre des Romains.
3 Selon le syettme de Jwnamlcs ((. mm, p. 6591; le véritable droit héréditaire au sceptre des Goths passait dans {a maison des Amali ; mais ces princes , vassaux des Huns, commandaient les tribus des Oslrogolhs dans quelque canlon de la Germanie ou de la Scylbie.
1 Olympiodore raconte le meurtre, mais le nombre des enrans est lire d'une épïlaphc suspecte.
' On célébra à Constantinople la mort d Adolphe par
Mais Placidie ne larda pas à jouir du plaisir de la vengeance. Les indignités qu'on ' lui faisait souffrir irritèrent peut-être les barbares contre leur nouveau monarque. Quoi qu'il en soit , après sept jours de règne , Singerie éprouva le sort d'Adolphe ; et le choix libre de la nation plaça sur le trône Wallia, dont le caractère hardi et ambitieux donna dans les commeucemens beaucoup d'inquiétude a l'empire. Il conduisit son armée de Barcelone aux côtes de l'océan Atlantique, que les anciens révéraient et redoutaient comme les bornes de l'univers. Hais, quand il fut arrivé au promontoire méridional de l'Espagne ', et que, du haut du rocher oùGilbraltar est situé aujourd'hui , il eut contemplé les côtes fertiles de l'Afrique, Wallia reprit le projet de conquête que la mon d'Alaric avait suspendu. Les vents et les vagues s'opposèrent encore à l'entreprise des Goths, et ce nouvel essai , suivi de tempêtes et de naufrages, en détourna des peuples livrés à la superstition. Le successeur d'Adolphe écouta les propositions de l'ambassadeur romain, et se laissa déterminer par la nouvelle de l'approche réelle ou supposée d'une armée conduite par Constantius. Le traité fut conclu, et Placidie retourna dans le palais de son frère. Les Goths' reçurent six cent mille mesures de grains, et Wallia fit le serment de n'employer ses armes qu'ait service de l'empire. Dans ces circonstances, une guerre sanglante éclata entre les barbares de l'Espagne. On prétend que les princes rivaux écrivirent à l'empereur d'Occident, et lui envoyèrent des ambassadeurs et des otages, pour l'engager à ne point se mêler de leur querelle, dont l'issue ne pouvait qu'être avantageuse aux
nne exhibition des Jeux du cirque et m (Voyez Chron. Alexandrin.) Un ne sait pas bien si les Grecs furent excités dans cette occasion par la haine des barbares ou des Latins.
t Quoi Tatttaiaris nui biilu Vitlli terril
Strott rx ocrUwn tatn
(Sirion. Apollinaris , û p. 300, édit. Sirmond.)
1 Ce secours leur était très-nécessaire. Les Vandales de l'Espagne donnaient aux Goths l'épilhèle insultante de Turli, parce que, durant la disrite, ils avaient donné une pièce d'or pour une turia , environ une demi-livre de farine. (Olympiodor, ap. Phot.,p. 189-)
Romains, par le massacre et l'affaiblissement de leurs ennemis '.La guerre d'Espagne continua durant trois campagnes arec fureur et avec des succès variés; et Wailia y acquit la réputation d'un héros. Il extermina les Siliuges, qui avaient ruiné la fertile province de la Bétique ou Andalousie ; il tua de sa propre main le roi des Alain» dans une bataille; elles Scythes errans quiecnappèreainuferduvainqut'iir, au lieu de choisir un nouveau chef, se réfugièrent sous les drapeaux des Vandales, avec lesquels ils restèrent confondus. Les Vandales eux-mêmes et les Suèves cédèrent aux efforts irrésistibles des Gotbs. Les restes de tous ces barbares furent forcés dans leur retraite, et chassés jusque dans les montagnes de Galice, où ils continuèrent à occuper le coin d'un eanlon aride, et a se livrer à leurs querelles et a leurs fureurs. Au faite de la gloire et de la prospérité, Wailia n'oublia point ses engngemens. Il remît ses conquêtes d'Espagne sous l'obéissance d'Honorius ; et la tyrannie des officiers de l'empire fit bientôt regretter aux peuples le joug des barbares. Tandis que l'événement de la guerre était encore douteux, les premiers snecès de Wailia engagèrent les ministres de Ruvenne a décerner les honneurs du triomphe 5 leur faible souverain. 11 entra dans Rome comme les anciens conquérans; et si les vils monumens de la flatterie n'avaient pasété ensevelis depuis long-temps dans l'oubli qu'ils méritent, nous trouverions sans doute encore en vers et en prose les ouvrages des poètes, des orateurs , des magistrats et des évéques qni applaudirent a la fortune, à la sagesse et au courage invincible d'Ho-
Ce triomphe aurait pu être décerné avec
1 Orose donne une copie de tes lettres prétendues.
* Tu, coin omnibus pacem habe, omniumque obsldes
* aceipe;DOtnobIsconflIglmm, nobis périmas, tftrivin-
• cImus;imraorlalis rem qua-slns état reipubb'ae lux,
• si ulrique pérorant. • L'idée est juste, nais je ne puis pas croire qu'elle ail été sentie et avouée parles barbares.
« Romain triomphons irtgredihtr. Telle est l'expret- 6ïon de l'rasper dans sa Chronique. Les fuit* relatifs I la mort d'Adolphe et am exploits de Wailia m trouvent dansOiympiodore{iipi/rf7)*«t.,p. 188); Orose (Lin, c 43, p. 684-567); Jornandes (de Reh. (ici., e, 31, 82); et dans les Chroniques d'Idadns et d'Isidore.
(4lSdrp.U.) justicea l'aUié de Rome, si Walliaeût anéanti les semences de la guerre d'Espagne avant de repasser les Pyrénées. Ses Gâtas victorieux, quarante-trois ans après avoir passé le Danube, obtinrent, conformément aux articles du traité , la possession de la seconda Aquitaine, province maritime entre la Loire et la Garonne, et soumise à la jurisprudence civile et ecclésiastique de Bordeaux. Cette capitale, avantageusement située pour le commerce de l'Océan, était bâtie sur un plan régulier, et ses habîtans nombreux se (lutinpuaient du reste des Gaulois par leurs richesses, leur érudition, et l'affabilité de leurs manières. Tout le pays des environs jouit d'ut sol fertile et d'un climat tempéré. On rencontrait partout les inventions de l'art et les fruits de l'industrie; et les Golfes, se reposant de leurs travaux glorieux, se rassasiaient délicieusement des excelkns vins de l'Aquitaine1. Leurs limites s'étendirent par le don de quelques diocèses voisins ; et lo sucesseurs d'Alaric fixèrent la résidence de leur cour à Toulouse, qui comprenait dans l'enceinte de ses murs cinq villes ou quartiers très-peuplés. A peu près au même temps, et dans les dernières années du règne d'Hooorius, les Gotha , les Francs et lea Bourguignons obtinrent on établissement fixe et indépendant dans les province» de la Gaule. L'empereur légitime confirma la concession de l'usurpateur J avions aux Bourguignon* ses alliés. Les terres de la Première ou de h Haute- Germanie devinrent la propriété de cet barbares formidables, qui occupèrent ioseasiblemcnt, par droit de conquête on par convention, les deux provinces connues depeis sous le nom de duché et de comté de Bourgogne '. Les Francs, ces vaitlana et fidèles
' Ausone (de Claris IWtfaw, p. 257-262.'- udl fr loge de Bordeaux avec Unit reutiout&Moe 4'ni riWï« qui célèbre sa ville natale. Ve-rez dans (Salrten de Cubera. Dei.p. 228, Paris, 1608) une description éloawn« des provinces d'Afluilaineel de KoveApojwlanie.
* Oroie(l.™,c.32,|h4M)làill'étOBedeia«ta»Mtr et delà madérauoa des Bo«nruiga«u,4ui traitaient laai sujet* gaakri* comme «et [hères eJaretiew. Maseai < éclaire! l'aria™ de leur royaume , dans tas «nain pre miereaaoleaaiiiaelroineatata fin de aaalllttoire ta anciens Germains. (Vol. u, p. u6Sr672ue U Iradadw anglaise.)
(415 dep. l.-C) alliés de Rome , se laissèrent bientôt tenter d'imiter les usurpateurs auxquels ils avaient résisté si courageusement. Leurs tribus indépendantes pillèrent la Tille de Trêves, capitale de la Gaule ; et la faible colonie qu'ils conservaient depuis si long-temps dans le district de Toxandrie, enclavée dans le Brabant, se multiplia pea à peu sur les bords de la Meuse et de l'Escaut, an point qu'ils occupèrent toute l'étendue de la Seconde ou Basse Germanie. Ces faits sont sulfisammetn prouvés par le témoignage de l'histoire; mais la fondation de la monarchie française par Pharamond, ses conquêtes, et même son existence, ont été révoqués eu doute avec justice par la sévérité impartiale des critiques modernes '.
On peut dater la ruine des pins riches provinces de la Gaule dn moment ou elle devînt la résidence de ces barbares , dont l'alliance était dangereuse et oppressive , et qui ne respectaient jamais la paix publique, lorsqne leur intérêt ou leur caprice les disposait à la troubler. Ils exigèrent nne forte rançon de tous les provinciaux dont ils épargnèrent la vie, s'emparèrent des terres les plus fertiles et des de meures les pins commodes ponr leurs familles, leurs esclaves et leurs troupeaux. Les malheureux habitons s'éloignaient en soupirant , et cédaient sans résistance à ces avides étrangers leurs biens et leurs maisons paternelles. Les Romains «valent exercé la même injustice, non -seulement sur leurs conquêtes, au temps de leur orgueil et de leurs victoires , mais sur leurs propre» sujets dans les circonstances funestes de leurs discordes civiles. Les triumvirs proscrivirent dix-huit colonies florissantes, toutes situées en Italie, et distribuèrent les terres et les maisons aux vétérans qui vengèrent la mort de César, et donnèrent des fers à la république. Deux poètes, dont la réputation est bien différente, ont déploré, dans des circonstances scmbla-
' Voyez Maseon, I. vin, p. 43, 44, 45. A l'exception d'une ligne suspecte de la Chronique de Prosper ( 1. 1 , p. 638), on ne trouve nulle part le nom de Pharamond avant le septième siècle. L'auteur des (lesta Francorum (t. ii, p. 543) suppose, avec aswx de probabilité, que Mareomir, perc de Pharamond , exile en ToKam, engage» le* l'ranes i ftùrc ehoix de tH SU ou du motet d'un
blés , la perte de leur patrimoine. Mais les légionnaires d'Auguste semblent avoir surpassé l'injustice et la violence des barbares qui envahirent la Gaule sons le règne d'ilonorius. Virgile eut bien de la peine a sauver sa vie des fureurs du centurion qui s'empara de sa ferme de Mantoue * ; et Paulin de Bordeaux reçut du Goth qui s'établit dans sa maison une somme d'argent qu'il accepta , avec autant de joie que de surprise, quoiqu'elle fût très-inférieure au prix de son bien. La violence se déguisait sous le masque de la modération et de l'équité *. Le nom redoutable de conquérons se changeait dans la dénomination plus douce d'hâtes des Romains; et tes barbares de la Gaule, particulièrement les Goths , déclaraient constamment qu'ils étaient attachés aux peuples par les liens de l'hospitalité , et a l'empereur par ceux du devoir et de l'obéissance militaire. On reconnaissait, on respectait encore le titre d'Honorins et de ses successeurs ; leurs lois et leurs magistrats civils étaient reconnus dans les provinces.de la Gaule cédées aux barbares; et les rois, qui exerçaient une autorité indépendante sur leurs sujets , sollicitaient comme un honneur le rang de maître-général des armées de l'empire1. Telle était la vénération involontaire que le nom de Romain inspirait aux farouches guerriers qui avaient pillé le Capitol».
Tandis que les Goths ravageaient l'Italie, et que de faibles usurpateurs opprimaient suc- ■ cessivement les provinces au-delà des Alpes, l'île de la Grande-Bretagne secoua le jougdu gouvernement romain. On avait retiré peu à
I 0 Licldj ! vit i ptrtfliticiH : Mmia nortri Dloml : Km ma nul; vetem Blgrate cul oui.
Voyez la neuvième églogue tout entière , arec te corn meotaire de Servius. On assigna aux vétérans quinte milles du lerritoire de Mantoue, avec une réserve de trois milles autour de la ville en laveur des habilans. Allenus Varus, diûieu* jurisconsulte, et l'un des commissaires nommés pour cette occasion , parvint à diminuer la réserve en y faisant comprendre huit cents pas d'eau et de marais.
ï Voyez le passage remarquable de VEuehatisticon de Paulin, 575, ap. Moscou, \. vin, c. 42.
» Cette importante vérité «et prouvée par Tillement (Hist. de* Bstper.), et par l'abbé Dube* (Histoire de l'élalilitsement de la monortbie française duna tes Gaules. 1. >, p. 253).
D.iizodhvGoOgle
peu tontes les forces régulières qui gardaient cette province éloignée; et la Grande-Bretagne se trouvait abandonnée sans défense aux pirates saxons et aux sauvagesdelaCalédonîe. Les Bretons , réduits à cette extrémité , ne comptèrent plus sur le secours tardif et douteux d'une monarchie expirante. Ils prirent les armes, repoussèrent les barbares, et se réjouirent d'avoir essayé si heureusement leurs propres forces'. Les mêmes calamités inspirèrent te même courage aux provinces armoricaines, qui comprenaient, sous cette dénomination, les cotes maritimes de la Gaule entre fa Seine et la Loire *. Les habi tans chassèrent les magistrats romains qui commandaient sous l'autorité de l'usurpateur Constantin, et établirent un gouvernement libre chez un peuple qui obéissait depuis si longtemps au despotisme d'un maître. Honorins, empereur légitime de l'Occident, confirma l'indépendance de la Bretagne et de l'Armoriqtie; et les lettres que le' fds de Théodose écrivit aces nouveaux états, et dans lesquelles il les abandonnait à leur propre défense, peuvent être considérées comme une renonciation formelle aux droits et à l'exercice de la souveraineté. L'événement justifia , en quelque sorte, cette interprétation. Lorsque tous les usurpateurs eurent succombé, l'empire reprit la possession des provinces maritimes; mais leur soumission fut toujours imparfaite et précaire. Le caractère vain et inconstant de ces peuples, et leurs dispositions turbulentes, étaient également incompatibles avec la servitude et avec la liberté *. L'Armoriquc
i Zosime (1. vi, p. 375-383) raconte en pou de nioli la révolte de la Bretagne cl de l'Arraorique. Nos antiquaires, et le grand Camden lui-mâine, ont été entraînas dans de grandes erreurs, bute d'une connaissance suffisante de l'histoire du continent,
> MIH.de Valois et d'AovilIe, géographes nationaux, Axent les limites de l'Arniorique dans leurs Tfotitia de l'ancienne Gaule. Le pays connu sous ce nain eut d'abord une grandecteuducclpluslaràellecu eut une beaucoup moins considérable.
i Cto, IdlcrgciuliiojSotlMtm:) ftauiiltnr awn«, AriiiOriuoi priiin IrWil rsglwslIK dSctn. Ton», fcmi, îgnuu, proni, IncsniM, [Mil,
PraUgï verborui,Md non tf iirodkgn tadl. KrricusMoïKich., invit.sanetl Cciinani, 1. v, ap. l'aies., JVotit. Galtiarum, p. 43). Valois rapporte, pour confirmer ce caractère, plusieurs témoignage* aux
WiMtf.U.) ne put pas conserver long-temps la forme d'une république ' ; mais elle fat sans cestf agitée de révoltes et de factions, et la Bretagne fut perdue sans retour *. Mais, cornait: 1rs empereurs consentirent sagement a l'indépendance de cette province éloignée, la séparation n'entraîna le reproche ni de rébellion, ni de tyrannie; et les services volontaires it l'amitié nationale succédèrent aux devoirs de l'obéissance et de la protection '.
Cette révolution détruisit tout l'édifiée du gouvernement civil et militaire , et , durcît une période de quarante ans, la Bretagne» gouverna jusqu'à la descente des Saxons, sons rauiorilé du clergé , des nobles et des villes municipales *. 1° Zosime , le seul qui ait conservé la mémoire de celle transaction , remarque que les lettres d'IIonorius étaient adressées aux villes de la Bretagne \ Qftatre-vmjfr dix cités considérables avaient pris naissanet dans celte vaste province sous la proteriiw des Romains; et , dans ce nombre, trente-trois jouissaient de privilèges très-avantageux '.
quels J'ajouterai celui du prtlre Constantin, A. Ft., (S Dam la vie de saint Germain , il appelle les Arawriu» rebelles • mvbiletn et indiseiptinabii* popuiua • (Voyez lesttietorimsde France, t.|, p. &U.)
i J'ai cru devoir Taire ma protestation contre cette Flie du système de l'abbé Dubos, contre lequel Mont* qnieu s'est élevé si fortement. Voyez l'BsprH des lis (Lm.cMO
I B;iTtiuilfUKIiîii^uu tn™«ni'(lH":"("
sont les expressions de ITocope [de ticil. }'aniici..Vt c. 2, p. ISI.edit. Louvre) dans un passage qui a et' «•'■? négligé. Bède lui-même {Hbtt. Cent. Angtie., I. i,r. lï. p. 50, édii. Smlib ) convient qan les Kanurias abat** nereol loul-à-foit la Bretagne sous le règne d'Hôte Cependant nos historiens modernes et nos antiquairri* sont poinl de celle opinion; et quelques-uns prtteniqu'il ne se passa que peu de mois entre la retrait* des K> mains et l'Invasion des Savons.
a Hède n'a point nuit le secours passager des Içiw contre les Pides cl les Ecossais; et nous présent"""comme une preuve plus autlienlique, ta levée de **> mille hommes que les Bretons in dépend» os (ouroirnt i l'empereur Aniberatwi pour la guerre de la ftault
« Je me dois à moi-même et à la wil* de l 'bi*"* de déclarer que qualqvee cireoaslaaces de CC paragMpta ne sont fondées que sur des analogies et des eonjeeUn*
s n,»(Tj(.fBf.T*TT.a-txi,c. (Zosime, 1. n, n. SSÏ
6 Deui villes delà Bretagne étaient manieipia, nr* colonies, dû Latii jure donata, douze slipn^"rue. Ce détail esl tiré de Richard Je Cireneotr-r ■'' situ Brittuutùr, p. 36); et, quoiqu ou puisSednnt" ^ ail érril d'après le MSS. d'un général romain, il mxn!»
(4l6dep.J.-C) Chacune de ces villes formait, comme dans les autres provinces de l'empire, une administration municipale qui réglait la police intérieure , et l'autorité de ce gouvernement se partageait entre des magistrats annuels , un sénat choisi et l'assemblée du peuple , conformément au modèle de la constitution romaine'. Ces petites républiques administraient le revenu public, exerçaient la juridiction civile et criminelle, et décidaient sur les intérêts politiques; et lorsqu'elles défendaient leur indépendance, la jeunesse de la ville et des environs accourait sons l'étendard du magistrat. Mais le désir aveugle d'obtenir tous les avantages de la société civile, sans s'asservir à aucune des charges qu'elle impose , est une source inépuisable de troubles et de discorde; et nous ne pouvons pas raisonnablement supposer que l'indépendance de la Bretagne ait été exempte de tumulte et de factions. Les citoyens méconnaissaient fréquemment la supériorité du rang et delà fortune ; les nobles se plaignaient d'être devenus les sujets de leurs anciens serviteurs*, et regrettaient souvent le gouvernement arbitraire des empereurs. 2° Les possessions territoriales des sénateurs leur donnaient sur le pays voisin nue autorité , qui maintenait la juridiction de la ville. Les villages et les propriétaires des campagnes reconnaissaient l'autorité de ces républiques naissantes, afin d'y trouver, dans l'occasion, leur sûreté. Hais les seigneurs héréditaires de vastes possessions, qui n'étaient point gênés par levoîsinage d'une grande ville, aspiraient au rangde princes indépendans, et exerçaient les droits de paix et de guerre ■ au gré de leur caprice on de leur intérêt. Les jardins et les maisons de campagne, dans lesquels on cherchait à imiter l'élégance italienne, se convertirent bienlot en forteresses, où les habitans des environs se réfugiaient dans les momens de danger *.
EtHTIHhaialii Hum ilnet mt iqli.
BlHârar. Ralfl., 1. 1, t. îli.
> Uns imcripiion (aputl Sirmond. JVoi, ad SUlon. jiptiUinar., p. 59) décrit un château, ciun mûrit et partis, tuitioni omnium, conUruit par Dardamii dus ses
PAR ED. GIBBON. Cil. XXXI.
Du produit de la terre, on achetait des armes et des chevaux pour soutenir des forces militaires composées d'esclaves , de paysans et d'aventuriers. Le chef exerçait dans son domaine l'autorité d'un magistrat civil. Une partie de ces chefs bretons tiraient peut-être leur origine d'anciens rois; un plus grand nombre encore prétendait à cette distinction honorable, et réclamait des droits héréditaires suspendus par l'usurpation des césars '. Les circonstances et leur ambition les disposaient à -se vêtir à la manière de leurs ancêtres, a en imiter les mœurs et le langage. Si les prince» de la Bretagne retombèrent dans la barbarie, tandis que les ville» conservaient soigneusement les mœurs et les lois des Romains, l'île entière dut insensiblement se diviser en deux partis subdivisés eux-mêmes en un nombre infini de différentes factions , tantôt par l'intérêt , et tantôt par le ressentiment. Les forces publiques , au lieu de se réunir contre un ennemi étranger, se consumaient en querelles intestines ; le mérite personnel, qui plaçait un chef heureux à la tête de ses égaux, lui facilitait les moyens d'étendre sa tyrannie sur les villes voisines , et de réclamer un rang parmi les tyrans * qui opprimèrent la Bretagne après la dissolution du gouvernement romain. 3° L'église bretonneétait composée de trente ou quarante évéques ' , et d'un nombre proportionné de clergé inférieur. Leur pauvreté ' devait les enterres près de Sisleron , dam la seconde Narbonnaise , et qu'il avait nomme Théopolis.
1 L'établissement de leur autorité n'avait pas souffert de grandes difficultés, si l'opinion d'un garant antiquaire était fondée. It suppose que les chefs des tribus bretonne* continuèrent toujours de régner, quoiqu'avec un pouvoir limité, depuis le règne de Claude jusqu'il celui d'Honorius. (Voyez l'Histoire de Manchester, par WhlUker, , tcLi, p. 2*7-257.)
a a >.>.«»»■■ u*o «viwttit a* Vu tu iptu. (Précoce, de Bell. Fondai. ,1.1, c.2,p. l&l. )Britannia,f'ertilisprcvincia fyrannorum. Telle fut l'expression de Jérôme en 415 (Lu, p. 255, ad Ctesiphont). Le moine deBelhléem recevait les nouvelles les plus récentes et les plus circonstanciées, par le moyen des pèlerins qui visitaient tous les ans la Terre-Sainte.
3 Voyez les antiquités ecclésiastiques de Bingham, roi. i, c 6, p. 301.
* L'histoire rapporte que les trois évêques de la Bretagne qui assistèrent au concile de Ri mini (A. D. 359), lam paupera fuisse ut nifiil haberent. (Sulplce Sévère,
gager à mériter l'estime publique par l'exemple des vertus. L'intérêt et l'inclination du clergé tendaient à maintenir la paix et à réunir les différais partis. Ils répandaient souvent des leçons salutaires dans leurs instructions publiques , et les synodes des évoques étaient les seuls conseils qui pussent prétendre à l'autorité d'une assemblée nationale. On débattait également les affaires de l'église et celles de l'état dans ces assemblées , où les princes et les magistrats siégeaient indistinctement avec les évéques. On conciliait les différens, on contractait des alliances, on. imposait des contributions , et l'on y formait souvent des projets sages, qui étaient même quelquefois exécutés. 11 y a lieu de croire que dans les dangers pressans les Bretons choisissaient un Pendragon ou dictateur. Ces soins pastoraux, si dignes du caractère épïscopal, furent suspendus par le zèle de ta superstition ; et le clergé de la Bretagne s'occupa exclusivement a déraciner l'hérésie de Pelage, qu'il abhorrait, et qu'il considérait comme la honte particulière de sa patrie '.
Nous ferons observer, quoique cet événement paraisse assez naturel, que la révolte de la Bretagne et de l'Armorique introduisit une apparence de liberté dans les provinces souaises de la Gaule. Dans un édit * rempli des plus fortes assurances de l'affection paternelle, dont la plupart des princes emploient le langage sans en connaître le sentiment , l'empereur Honorius publia son intention de convoquer tous les ans une assemblée des ttpt province*; dénomination particulière à l'Aquitaine et à l'ancienne Narbonnaise , d'où les arts utiles et agréables de l'Italie avaient fait disparaître depuis long-temps la gros-" sièreté sauvage des Celtes, leurs premiers habitans *. Arles, siège du commerce et du
fli&t. Sacra, l. n, p.. 430.) Quelques-uns de leurs confrères jouissaient cependant d'un sort plus doux.
1 Cumuliez Usher, de Jntiq. Eeelet. Britannùn,
i Voyeile texte exact de cet édit, td que Sirmond l'a publié. (Not. ad Sidon. Jpollinar., p. 117.) Hïncmar, qui assigne une pbee aux éveques, avait probablement tu dans te neuriéme tiède une copie plus parfaite. (Datas , Hisl. Crit, de la Monarchie Française, t. i, p. 241-355.) ' ' Les Ifotitia prouvent évidemment que le* sept pro-
(415 oVp. J.-C.] gouvernement , fut choisi pour le Iku de l'assemblée, qui tenait régulièrement tons les ans ses séances durant vingt-huit jours, depuis le 15 d'août jusqu'au 13 septembre. Elle était composée du préfet du prétoire dej Gaules, des sept gouverneurs des provinces, d'un consulaire et six présidons, des magistrats , et sans doute des évéques d'environ soixante villes , et d'un nombre suffisant « non fixé des pins honorables et des plus opulens propriétaires de terres , qu'es pouvait raisonnablement considérer comme les représentons de leur nation. Us étaient autorisés à interpréter et ù communiquer les loisà souverain, à exposer les griefe et les demandes de leurs constitoans, à modérer os à répartir également les impots , et à délibérer sur tous les objets d'intérêt local ou national qui pouvait tendre à maintenir la 'pais et la prospérité des sept provinces. Si cette institution , qui accordait aux peuples une influence sur leur gouvernement , eût été oublie par Trajan ou par les Anlonin , ces semences de sagesse et de vertu publique auraient pu germer et se multiplier dans l'empire des Romains. Les privilèges des sujets auraient soutenu le trône des monarques; l'interposition des assemblées nationales aurait arrêté ou corrigé les abus d'une administration arbitraire; et des citoyens attachés à une constitution si satisfaisante auraient défendu leur patrie avec courage contre liavasion d'un ennemi étranger. Sous la gmrelise et bénigne influence de la liberté, l'empire romain fût resté peut-être toujours invincible ; ou , si sa trop vaste étendue « l'instabilité des choses humaines se fussent opposées a la conservation de son ensemble ses parties séparées auraient pu conserver leur indépendance et leur vigueur. Mais dais la caducité de l'empire, lorsque ses forces et son courage étaient également épuisés, « remède tardif ne pouvait plus être salutaire. L'empereur Honorius s'étonna de la répugnance avec laquelle les provinces acrep-
rinces étaient le Viennois , le* Alpes nurUûMt, ta r*
miere et la nrrnmlr Nirrwnmim . I» rjii'iu^ftpnlmir H la première ellnseconoé Aquitaine. Au lieu de l» f*1" m iere Aquitaine, l'abbé Mm , veut substituer la première l^oflnùse.
(415 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XXXH.
tnient un privilège qu'elles auraient dû solliciter. H fur. obligé d'imposer une amende de cinq livres pesant d'or aux représentai» qui ne se présenteraient pas à l'assemblée, et il paraît qu'ils- regardèrent ce don imaginaire d'une constitution libre , comme la dernière ettaptascrnelle insulte que pussent leur faire leurs oppresseurs.