‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 52 sur 85 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Xreadia». wiparear d'Orient. — Àdaiitristration et dia-race d'Eutiupn. — HévoltedeGaï-as.-PeriCtutîan de Saint-Jean CbrytOJlÛme. — Théodose H , empereur d'Orient. — S* utar FukMrie. — Sa femme Kadoiie. — Goerra de Perte, et partage de l'Arménie.

Le partage du monde romain entre les (ils de Théodose fixa les bornes de l'empire d'Orient, qui subsista mille cinquante- huit ans dans un état de faiblesse et de décadence prématurées, depuis le règne d'Honorius jusqu'à l'époque où les Turcs s'emparèrent de Constantinople. Le souverain de cet empire prit et conserva obstinément le dire vain et bientôt illusoire d'empereur des Romains. Les surnoms brillans de César et d'Auguste annonçaient toujours qu'il était le successeur du premier monarque qui avait régné sur toutes les nations. Le palais de Conslantinople égalait ou surpassait peut-être ceux de la Perse en magnificence ; et' saint Chrysostôme, tout'en blâmant le luxe de la capitale, a célébré dans ses sermons la pompe fastueuse du règne d'Arcadins. i L'empereur, dit-il , » porte sur sa tête ou an diadème, on une

> couronne d'or enrichie de pierres pfécïeu-

> ses d'une valeur inestimable. Ces orne-

■ mens et les vétemens teints en pourpre

> sont réservés à sa personne sacrée. Ses ro-

■ bes de soie sont ornées d'une broderie d'or

> qui représente des dragons. Son trône est

> d'or massif; il ne parait en public qu'envi-

1 Le père MoDtfaueon , forcé par ses supérieurs bénédictins (Voyez Loneuerue, t. i, p. 205) de rédiger la volumineux èiilîoii de JwutChrysoslôine, eo 13 vol. in-foi.. Paria, t738,K'e»Umuseà extraira de cette immense colléelion u^ele^« amiquïtés curieuses qui peignent Ira mœurs dn siècle de TModose. (Vej. Cbrysostoœe, Opéra, t. sur, p. 19VI96, et sa dissertation française, dam te* Mem. de l'Acad. des Inscrip. t. xm, p. 474-4B0.)

ronné de ses courtisans , de ses gardes et de ses serviteurs. Leurs lances, leurs boucliers, leurs cuirasses, lesbrideset les harnais de leurs chevaux sont d'or, on en ont au moins l'apparence. La large plaque d'Or qui brille au centre de leur bouclier est entourée de plus petites, qui représentent la forme d'un œil. Les deux mules attelées au char de l'empereur sont parfaitement blanches, et toute» couvertes d'or. Le char d'or pur et massif excite l'admiration des spectateurs ; ils contemplent les rideaux de pourpre, la blancheur des tapis , le volume des dîamans et les plaques d'or qui jettent l'éclat le plus vif lorsqu'elles sont agitées' parles mouvemens da char. Les portraits de l'empereur sont blancs sur un fond bleu. Le monarque est représenté assis sur Bon trône avec ses armes ; ses chevaux et ses gardes à ses côtés, et ses- ennemis vaincus à ses pieds. » Les successeurs de Constantin fixèrent leur résidence dans la ville impériale qu'il avait construite sur les frontières de l'Europe et de l'Asie. Inaccessibles aux menaces de leurs ennemis , et peut-être aux plaintes de lenrs sujets , ils recevaient à chaque souffle de vent les productions et le tribut de tous les climats, et les fortifications de leur capitale bravèrent, durant une longue suite de siècles, toutes les entreprises des barbares. Leurs vastesétats s'étendaient depuis le Tigre jusqu'à la mer Adriatique; et Tinter* valle de vingt-cinq jours de navigation qui séparait les glaces de la Scythie de la brûlante Ethiopie*, se trouvait enclavé dans les limites de l'empire d'Orient. Ces contrées délicieuses, remplies d'une population immense , étaient le siège des sciences et des

' ■ En calculant qu'un vaisseau pouvait faire par un bon vent I peu près mille stades ou cent vingt-cinq milles en vingt-quatre heures, Diodore de Sicile compte dix jours depuis le» Palus-Méolldesjusqii'a lUe de Rhodes, etqualrè jours de Rhodes à Alexandrie. La navigation du Nil depuis Alexandrie jusqu'à Sienne, bous le tropique du Cancer, exigeait dix jours, parce qu'il fallait remonter le fleure. {Diodore de Sicile, 1. 1, L m, pi 200, «dit Weaatti-g). Il pouvait, MM grand* erreur, mesurer l'extrêiue chaleur

desMftotidcsHtuetsauqaarimta-scptieinB degré de U tudeutoderue, comme si eues «U cercle petaire.

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(415 uep. IX'i

arU,dd luxe et de l'opulence, elles habitaus qui avaient adopté le langage et le» mœurs de la Grèce se regardaient, avec quelque apparence de justice, comme la portion la plus civilisée et la plus éclairée de l'espèce humaine. La forme du gouvernement était absolument monarchique ; les provinces latines conservaient seules le nom de république romaine, et la vaine tradition de l'ancienne liberté. Les souverains de Constantinople ne mesuraient lenr grandeur que par l'obéissance servile de leurs sujets. Ils ignoraient combien cette soumission abjecte énerve et dégrade toutes lès-facultés de l'âne. Des hommes quiavaient aveuglément soumis leurs volontés à tons les caprices d'un maître étaient également incapables de défendre leur vie et leur fortune contre les barbares, et de préserver leur raison des terreurs de la superstition. Les premiers événemens du règne d'Arcadius et d'Houoriiis sont liés si intimement , que la révolte desGotbsetlachutedeRufinont déjà occupé une place dans l'histoire de l'empire d'Occident. On a observé qu'Eutrope ', un des principaux eunuques du palais de Constantinople , succéda au ministre dont il avait précipité la chute, et dont il imita bientôt les vices. Tous les ordres de l'état se prosternaient devant le nouveau favori, et leur bassesse l'encourageait non-seulement à mépriser les lois, mais encore les mœurs et l'opinion publiques, ce qui est infiniment plus difficile et plus dangereux. Sous le plus faible des prédécesseurs <J 'A rcadius , le règne des comiques était secret et presque invisible. Us s'insinuaient dans la confiance de leur maître ; maisleurs fonctions ostensibles se renfermaient dans le service domestique de la garde-robeetdela chambre impériale, Ils dirigeaient sans doute secrètement les conseils publics, et détruisaient, par leurs manœuvres perfides, la fortune et la réputation des plus illustres citoyens. Hais ils n'avaient jamais osé se montrer à la tète du gouvernement et pro- ■ Barthius, qui référait son tuteur ira lutuguncni d'un eommenlateur, donne!» préférence mu deux livra que Claudien codhmm contre Eutrope sur toua ses autres productions. (Baillet, JngoMns de* Savait. «, p, 227.; On prnt les constat™» cmum tute saura trewive et tres- «oflaeote:*llese«ltj*iiut»*à l'histoire, si kl reproches fiaient notai vagua et plus modéré».

faner les dignités de l'état1. Eutrope fut le premier de celle espèce dégradée qui ne craignit point découvrir sa turpitude du caractère respectable dégénérai et de magistrat*. Quelquefois, en présence du sénat Indigné, il montai sur le tribunal pour prononcer on des jsgtmens on des harangues. Dans d'autres orosions, le timide eunuque paraissait sur m cheval à la tête des légions, velu et irai comme un héros. Le mépris de ta décence M des usages décèle toujours nu esprit faible et déréglé; et il ne parait pas qu'Eutrope si compensé l'extravagance de ses'entrepriJts par un mérite supérieur, ou par l'habileté* l'exécution. Les occupations de sa vis ne lui avaient permis ni l'étude des lois, ni les enfonces militaires; ses essais gauches eiciiaiat le mépris des spectateurs. Les Golbsse firliritalent de voîrun tel général commander lesarmées romaines, et te nom du ministre et» chargé d'un ridicule, plus dangereux qwli haine pour la réputation d'un homme poblir. Les sujets d'Arcadius se rappelaient am indignation que cet eunuque décrépit*, (foi voulait singer l'homme , était né dans la servitude ; qu'avant d'entrer dans le palais impérial, il avait été successivement achetin

' Aproiavoirdéflorér*teendsiit4Deles(ai)B>lv>pRiiient de pli» en plus dans le palais, et voir <&£» B fondions qui leur conviennent, Claudien ajoute :

Cependant il ne paraît pas que l'eunuque ait «ou*»' minattrement aucune des dignités de l'empire , puW* dans redit de son baauiiaesKtt , il est déaoniD* pi- ■Mil» êaciitmbiaûi. (Vojw Cod. Tnéod.,1. u, (W kg. 170

unique Mgut 11 ladtt :

tangederauleHttl^

■ïUMSaliw.dwïl*1île de i' empire «lu )*»

Claudien (i. 330470) mail

.... CnM, cm tkkrt UMk, EIuaUtlmteMilm.

1 La description que le poète fait de sa Mann» v*. 110-125) est confirmée par le témoignage & ** ■Mlane (t, Bi.p. â84, édiLMonUaucou),qulolisT,",f lorsque le visage d' Eutrope n'était point fardé, il ** cent hia plu* htidM pins ridé qu'une vieille femme .0» dien remarque (i, 46» ) que eriea les eunuques on w^ marquait presque poiol d'inlerva Ile entre la jeunes*'1 " déerêpitjKie j et m remarque était aans douto feate * l'flinerience.

{41sdep.J.-C.)

revendu par plusieurs maîtres, qui' avaient employé ses forces et sa jeunesse dans les emplois les plus bas et les plus infâmes, et dont le dernier i' avait rendu dans sa vieillesse à la liberté et à la misère '. En même temps que ces détails honteux et peot-étre exagérés frisaient le sujet de la conversation publique, on pjodiguaità la vanité du favori les honneurs les plus extraordinaires. Dans leséoat, dans la capitale et dans les provinces, onélevaitàEutrope des siatuesen marbre et en bronze ; elles étaient décorées des symboles de ses vertus civiles et militaires , et de pompeuses inscriptions lui donnaient le surnom de troisième fondateur de Constanlinople. Il obtint le rang de patrice, mot qui JlM eou acception populaire et même légale commençait à signifier le père de l'empereur, et la. dernière année du quatrième siècle offrit le honteux spectacle du consulat d'un eunuque et d'un esclave. Cette étrange et inexplicable innovation' éveilla cependant le ressentiment des Romains. L'Occident rejeta le vil consul comme une tache indélébile dans les annales de la république ; et , sans invoquer les ombres de Brutus et de Camille, le collègue d'Eutrope, magistrat respectable ', et distingué par ses talens , taisait assez connaître la différence des maximes qui dirigeaient les deux administrations.

L'ame fière et hardie de Rufin avait montré plus de disposition à la vengeance et à la

< Eutrope était né, à ce qu'il parait , data ï'i on l'Assyrie. Les trois «rjavatjes que CUudien détaille particulièrement turent ceiti «-après : 1° 11 passa plusieurs muées an «mie* de Plolémee , palefrenier ou soldat des écuries impériales ; 2* Ptolémée le donna au vieux général Aryntheus, qu'il servit avec beaucoup d'intelligence m qualité de proiéoele ; 3° Arynlheusen fit présenl a sa Aile, lorsqu'il la maria ; et l'emploi du consul futur était de lui papier les cheveux, de lui présenter l'aiguière, de la laver et de Léventer durant la chaleur. (Voye*l.i,3M8T.)

i Uaudieo (l. t> in Butrop, t, 22), après avoir rapporté un grand nombre de prodiges , tels que la naissance des monstres , des animaux qui parlaient , des pluies de sang ou de cailloux, un double soleil, etc. ajoute :

0<an[) «HCniDl eUKbo «romfe «mur».

Le premier livre finit parus superbe discours delà divinité de Homesariresséafloaorius, seu favori, ù qui dkie plaint delà nouvelle Ignominie qu'elle venait d'éprouver.

■ 11, Mallius Theodorus , dont Claudieo aeeTébré, d^lns on très-beau panégyrique, les honneurs civils et tes oujrrages philosophiques.

cruauté; mais l'avarice de l'eunuque n'était pas moins infatigable que celle du préfet '- Tant qu'il se contenta d'arracher les dépouilles du peuple à ses oppresseurs , il put satisfaireson avidité sans qu'on eût beaucoup à se plaindre de' son injustice ; mais Eutrope attaqua bientôt la fortune des plus respectables citoyens. La succession la plus légitime, le fruit de l'industrie la plus louable, n'étaient pointa l'abri de sa voracité. 11 augmenta et perfectionna les moyens de vexation; et Claudien nousalafesé un tableau original et frappant de la vente publique de l'étatà l'enchère. « L'im-

> puissance de l'eunuque , dit ce poète sali- » rirjue, ne sert qu'à enflammer son avarice. » La main qui s'est essayée par de petits vols » dans le coffre de son maître se saisit aujourd'hui des richesses de l'univers, et cet » infâme brocanteur de l'empire met à prix, » morcelé et vend toutes les provinces ro-

> maines , depuis le Tigre jusqu'au mont » Hœmus. L'un obtient le proconsulat de * l'Asie en' échange de sa magnifique maison i de campagne; l'antre-achète la Syrie avec a les diamans de sa femme. Un troisième se » plaint d'avoir sacrifié son patrimoine pour

> parvenir an gouvernement de la Bithynîe. » On trouve sur une grande liste, publique*

> ment exposée dans l'antichambre d'Eu- » trope , le prix fixé pour toutes les provin- . ces. Les différentes valeurs du Pont, de la » Galatie , et de la Lydie, y sont soigneuse- » ment énoncées. Le prix de laLycîe n'est » que de quelques milliers de pièces d'or; . mais l'opulente Phrygie exige une somme » beaucoup plus considérable. L'eunuque » cherche à cacher sa propre turpitude dans » l'ignominie générale; et, comme il a été . vendu souvent lui-même , il voudrait vent dre à son tour toute l'humanité. La cooeur- » rence des acheteurstient quelquefois longa temps- suspendues les balances qui contiena nent le sort d'une province et la fortune de » ses habitant: , et le juge impartial attend a, avec impatience qu'on ajoute assez d'or

l0ft-an t-i*tw** ■*****, enivré de rithessses, est le terme expressif dont Zoaime. tait usage (I. v, p. 301). Suidas, dans son LeastM.rtMaredlin, dans sa Chronique , détestent également l'avarie» d'Kulrope, Oursostome avait averti aouwnt le bien du danger auquel dcirajidaTirb«wc-'.pnvrî!sa£*osK««1-- "* — ~ ""'

» pour les faire pencher*. Tels sont, ajoute

> le poète avec indignation , tels sont les » fruits de la valeur des Romains , de la ■ dé-

> faîte <J' Amiochns et des triomphes de Pom- * pée. i Cette prostitution vénale des honneurs publics assurait l'impunité des crimes futurs; mais les richesses qu'Eutrope tirait des confiscations étaient déjà souillées par l'injustice. On accusait sans honte , et on condamnait sans remords tous les riches propriétaires dont il était impatient de saisir les dépouilles. Le sang de plusieurs nobles citoyens coula sous la main des bourreaux , et les contrées les plus sauvages 4e l'empire se peuplèrent d'illustres exilés. Parmi-les consuls et les généraux de l'Orient , Abundantius* devait s'attendre a essuyer te premier les effets du ressentiment d'Eutrope. 11 avait à se reprocher le crime impardonnable de Tavoir introduit dans le palais de ConsUntinople; et on peut accorder quelque, sorte d'éloges à an favori ingrat et puissant qui se contente de la disgrâce de son bienfaiteur. Abundantins fut dépouillé de sa fertune par un mandat' do l'empereur, et banni à Pityus, dernière frontière des Romains sur la mer Noire, ou il subsista de la charité des barbares jusqu'à ta mort de son persécuteur, après laquelle cet infortuné obtint un exil moins rigoureux à Sidon , en Phénicie. La chute de Timase* exigea plus d'adresse et de

Claudien (1, 192-20») détaille si originalement lescirciinslances de celte vente, qu'elles semblent toutes appartenir à des anecdotes particulières.

* Claudien (i, 154-170 ) parle du eriœe el de rirait d'À- InuKImthu. H m pouvait pas te dispenser de eiler a «II* occasion l'artiste qui SI le premier lessai du taureau de bronze présenté par lui à Plialaris. (Voyez Zosime, 1. v, p. 302 j Jérôme, 1 1. p. 76. Il est difficile de concilier la différence qui esîsteentreeesdeux auteurs air le lien d'exil d'Abundantius , mais l'autorité décisive d'AsIerius d'Amasée (TUIemonl, llist. des Empereurs, U r, 435) doit foire pencher la balance en faveur de Pityus.

' Suidas a probablement tiré de l'histoire d'Euna plus le portrait défavorable qu'il Tait deTimase.Le rapport -de son accusateur, les juges, le procès, etc. tout est parlai!* ■ ment conforme aux usages des cours ancienne* et nedernes. (VoyezZosime, I. v, p. 298, 2Utt, 300.)Je suis presque tenté de citer le roman d'un grand maître, Ftetding ( L iv, p. tfl, etc. édit- in-8°), qui peut être considéré comme l'histoire de la nature humain*.

(416oep.J.C;

temps.' Maître-général des années sous le règne de Tbéodosë , il avait signalé sa valeur par la défaite des Goths en Tbessalie ; mais, imitant l'indolence de son maître dans les loisirs de la paix, Timase abandonnait sa confiance a des Batteurs perfides , et , méprisant les clameurs du pubKc, il donna le commandement d'une cohorte à un officier inférieur généralement méprisé, qui l'en punit bientôt par son ingratitude. A l'instigation secrète de l'eunuque favori, Bargus accusa son protecteur d'une conspiration contre le souverain. Le général fut cité devant le tribuns! d'Arcadius , et le premier eunuque , place à coté du trône , suggérait à l'empereur les demandes et les réponses. Mais, comme celle manière de procéder aurait pu paraître partinte et arbitraire, on remit te plus ample information des crimes de Timase à Saturnin, consulaire, et à Procopc , beau-père de l'empereur Vnlens , qui jouissait encore des respects do» a cette illustration. La probité de Proeope maintint l'apparence de l'impartialité dans l'instruction , mais il se laissa entraîner malgré lui par l'adresse perfide de son collègue , qui prononça te sentence du maraeareux Timase. Ou confisqua son immense fortune an nom de l'empereur et au profil à favori, et le maître-général fut condamné 1 un exil perpétuel a Oasis , au milieu des déserts de h Libye'. Séquestré de tonte société , ce brave général disparut pour ionjours. Les circonstances du reste de sa vit ont été racontées de différentes manières, les uns prétendent qu'Eutrope envoya secréiement des assassins pour hii oter la vie ' ; d'autres disent que Timase périt d'inanition dans

sables de la libre, et «ai, arasés de sources, sont prepwi

nmJkiM lin !t>lMl 4rs<»d ÎH Mkliin. fin MrfM

sud il fallait environ trois jours pour tetnswrWt.tUuW'1

au couchante peu près une <kini-journee.il «ait ié^ jours de ■tareneà l'occident d'AJiyeos, ssbnViar la sort du Nil. (Voyra d'Aovttto , Description de ÏÉgvste, »- t& 187, 188.) Zosime, eu comparant Oaaisaa désert sWriH qui l'cavironnne , admire an Milite, *t Wefciierspilb* dlle IwlunOe. (&>sUm,I. v, p. SOO; Hérodote, m, K!

CeVersraitéridMBaerrtailnsioDJtamwtdeTiiiraV!,^!) lep^parattnmairMU.

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PAllrED. GIBBON

(4l5dep.J.-C.) le disert , en essaya» % de se sauver d'Oasis , et que l'on trouva son corps dans les salues de la Libye'; et d'autres assurent que sou fils Syagrius , après avoir rassemblé une bande de brigands de l'Afrique , avec lesquels il éluda la poursuite des agens et des émissaires de la cour, délivra 'l'image de son exil et qu'on n'entendit plus parler ni.de l'un ni de l'autre*. Mais le perfide Bargus ne jouit pas long-temps, de sa trahison ; Eutrope ne tarda pas à brissr l'instrument de son crime.

La haine publique et le désespoir des particuliers menaçaient ou semblaient menacer la sûreté personnelle d'Eulrope et des individus attachés à son service ou élevés par sa faveur. Il inventa, pour la défense commune, une loi qui violait les principes de justiceet d'humanité'. 1. 11 est ordonné, au nom et par l'autorité d'Honorius, qne tous ceux qui, soit sujets ou étrangers, conspireront contre, une des . personnes reconnues par l'empereur comme .membres de sa maison , seront punis par la perle de la vie, et la confiscation de leurs biens. Cette loi contre la trahison était si étendue, qu'elle protégeait non-seulement les premiers officiers de l'état et de l'armée qui siégeaient dans le conseil impérial, mais aussi les principaux domestiques du palais, les sénateurs de Constaniinople, les commandans militaires et les magistrats civils des provinces , que les successeurs de Constantin comprenaient tous d'une manière vague dans le nombre de leurs ministres subordonnés. II. Cette extrême sévérité aurait pu paraître équitable, si elle n'eût tendu qu'à défendre les représeii tans du souverain contre Les violences dont Us pouvaient être mena-

■ Sonata, L «m, c 7. Il parte par «ni dire,** «m

a ZmIdm , L », p. SOO. Cependant il stable «wpç*mt*4iu nbrattaétéripaBdopvtaamUBftiKsd'Eutrope.

* Voyez Code Théod ., I. n, lit. 1 4, ad iegem Corneliam de Sicatiis , leg.3 ; et le code de Justinieo(l. h, Ut. 8, ad legtm Juliam de majeitttie , leg. 5) , La ebangementilu terme &.n meurtre en erimA/ttrahison est une suMUtteèe Tribonien. Godelrov, dans une dissertation qu'il a insérée dans son commentaire, éclairait celte loi d'Arcadins , et explique tons les passages obscurs qui ont ciédéfiguresou corrumpiuparleajuriieoniullea des siècles intérieurs. (Voy. t. m, p. 88-1110

en. xxxii. 775

ces dans l'exercice de leurs fonctions. Maïs tous les serviteurs du palais réclamaient ce privilège, ou plutôt cette impunité qui les mettait à l'abri, dans tous les momens de leur vie, du ressentiment souvent légitime de leurs concitoyens; et, par une étrange absurdité de la loi , une querelle particulière et une trahison préméditée contre l'empereur ou contre l'état encouraient la même punition, comme également criminelles. Le ridicule édit d'Arcadius déclare positivement qu'en matière de trahison les penêies doivent être punies avec autant de sévérité que Les «citons; que la connaissance d'un projet criminel, Lorsqu'il n'est pat révélé à L'instant, devient aussi punissable que l'intention ' ; et que les imprudens qui solliciteront le pardon des traîtres seront eux-mêmes flétris d'une infamie publique et indélébile. 1 III. Quant aux fils des traîtres, ajoute

> 1 empereur, quoiqu'ils dussent être compris j dans le châtiment de leurs pères, parce

> qu'il est très-probable qu'ils ont au moins eu a connaissance du crime, et qu'on ne doit

* pas compter sur leur fidélité pour l'avenir;

• cependant, par un mouvement de notre a indulgence impériale , nous leur faisons a grâce de la vie; mais nous les déclarons a inhabiles à hériter, soit du côté de lenr a père ou de leur mère, ou à recevoir par a testament aucun don ou legs d'jm parent a ou d'un étranger. Couverts d'une infamie a héréditaire , privés de tout espoir d'acqué-

> rir des honneurs ou de la fortune, puisa sent-ils souffrir toutes les horreurs du méa pris et de la misère, détester la vie, et a désrscr la mort comme leur seule resa source! a C'est dans ces termes si propres à insulter a tous les seotimens de l'humanité, que l'empereur , ou son favori , applaudit à la modération d'une loi qui comprend

1 Bariole entend une connaissance pure etsimple sani aucun signe d'approbation. En récompense d'une aussi abominable opinion, dit Baldus, il grille au|oud*hui dans lesenrers. Quant a moi, ajoute te discret Heineceiui , (EUmtnUur. Civil., I. r», p. «1), Jeeuis forcé d'approurerki théorie de Bariole; mais dans la pratique ]' inclinerai» pour le sentiment de Baldus. Cependant les commissaires du cardinal de Ricnelfcn dlérenrgratemenl Bariole, et te méprisable Eatrope fut en quelque feçon cause de la mort du vertueux de Tbou.

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dans Un châtiment injnste et inhumain les enfaas de tous ceux qui ont favorisé ou qui n'ont pas découvert ces conspirations prétendues. Un grand nombre des plus sages règlemens de la jurisprudence romaine sont ensevelis dans l'oubli; mais on a soigneusement inséré dans les codes de Théodose et de Justinien cet odieux instrument de la tyrannie ministérielle, et les mêmes maximes ont été adoptées, dans des temps plus modernes, ponr protéger les électeurs de l'Allemagne et les cardinaux de l'église romaine '.

Cependant ces lois sanguinaires, qui répandaient la terreur parmi des peuples timides et désarmés, ne purent arrêter l'entreprise audacieuse de Tribigild i'Ostrogoth *. La colonie de cette nation guerrière, placée par Théodose dans uu des plus fertiles cantons de la Phrygie*, comparait impatiemment les bénéfices faibles et lents des travaux de l'agriculture, aux rapines heureuses et aux récompenses libérales qu'on obtenait sous les drapeaux d'Aktric ; et leur chef était offensé de la manière désobligeante dont il avait été reçu dans le palais de Constantinople. Une province pacifique et opulente, située au centre de l'empire, entendit avecétonuementlecliquetisdes armes, et le vassal, dédaigné tant qu'il fut fidèle, devint respectable dès qu'il eut repris les armes. Les vignes et les campagnes, situées entre le Harstas et le Méandre* furent dévorées par le

I Godcfroy, l.m, p. 89. On soupçonne cependant que cette loi si contraire aux maxime» de la liberté germanique a été frauduleusement ajoutée i la Balle d'or.

JZozime nous délailfe, dans on c^udiltort circonstancié, qu'il aurait pu r&erier pour no événement plus intéressant (I. v , p. 304-312), la révolte de Tribigild et de Gainas. (Voyez aussi Socrale, 1. vi, c. 6. et Sozomene , 1, m, e. 4.) Le second livre de Claudien est nu ires-beau morceau d'histoire, quoiqu'un parfait.

3 Claudien (in Eutrop., I. u , 237-250) observe trèsjudicieusement que le nom de l'ancienne Phrygie s'étendit au loin de tous la celés, Jusqu'au terme on die fui resserrée par les colonies des Bilhyniens de Thrace, des Grecs, et enOn des Gaulois. Sa description (u, 257-272), de la fertilité de la Phrygie et des quatre rivières qui charrient de l'or, est juste et pittoresque.

'Xénophoo, Jnabtuis, i. i,p. 11-12, édit. Hule.l. m; Strabon, p. 885, edtt.Jnutel; Quint. Cnrt. I. m, e. 1. Claudien compare la jonction du Manias et du Méandre à celle de U Saône et du Ithône, avec cette «fléreocece-

L'EMPIRB ROMAIN, (H5uVP.L-C.)

feu. Les mars des viBes achevèrent de crouler aux premiers eoups.de l'ennemi; les habitai» effrayés se sauvèrent sur las rivet de l'Hellespont : presque toute l'Asie-ttieeure ressentit les fureurs de Tribigild et de ses Ostrogoths. Les paysan* delà Pnmphylie arrêtèrent un moment les progrès de cette invasion. Les Ostrogot hs, attaqués dans un passage étroit , entw la ville de belge ', un marais profond et les roches escarpées du mont Taurus, perdirent les plus braves de leurs soldats. Mais ce revers n'effraya point l'intrépide générai Son armée se recrutait sans cesse de barbares et de malfaiteurs qui cherchaient à exercer leur brigandage, sous le nom plus honorable de guerre et de conquête. La crainte et l'adulation déguisèrent dans les couimenceniens les succès de Tribigild. Mais ils alarmèrent bientôt la cour et ht capitale . On exagérait tous les événemens malheureux ; on ne s'entretenait que des desseins des rebelles, et on s'effrayait à l'idée seule de leurs entreprises. Lorsque Tribigild avançait dais l'intérieur du pays , les Romains lui supposaient l'intention de franchir le mont Taurai et d'envahir la Syrie; s'il descendait di côte de la mer, ils craignaient qu'il ne s'emparât de la flotte qui était dans les ports del'lonie, et qu'il ne s'en servit pour étendre la dévas. tatioa sur toute la côte maritime depuis tes bouches du ISil jusqu'au port de Constasttnople. L'approche du danger et l'obstination de Tribigild, qui refusait toutes les offres de conciliation, forcèrent Eulropeà assembler un conseil de guerre '. Apre» avoir réclamé pour loi le privilège d'un vétéran, il confia la

pendant , que la plus petite des rivières de Phrygie, «lin d'être accélérée, se trouve retardée dans son cours parla plus grande.

■ Selgae , eoloniè des Lacédénoniens, contenait autre lois une popuUtlio» de vingt millefiloyeu*. Huis, t* temps de Zosimc, elle était réduites être uue-"iij;i»t*op*u ville. (Voyez Cellarius, Geograp. Jntiq., t. u, p. 117.)

2 Leconseil d'Eu trope, dans Claudien, peut cire compare à celui de Dotnllien dans la quatrième satire de Juvénal Les principaux membres du premier étaient juvenetprotervi,lateieiqtusents.Vua d'eux avait été cuisinier. l'autre cardeur de laine. Le langage de leur première profession jette du ridicule sur leur nouvelle dignité ; et leur conversation sur la comédie, les actrices , les danseurs, etc. est rendue pins ridicule encore par la chaleur qu "ils mettaient dans ces débats.

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(415 dep. J.-C.)

garde de la Thraee et de rHeHespont à -Gainas le Goth, etil donna àLéon, son favori, le commandement de l'armée d'Asie. Ces dent généraux favorisèrent l'un et l'antre- le succès des rebelles, mais d'une manière différente. Léon *, qu'à raison de sa taille massive et de son esprit lourd on surnommait l'Ajax de l'Orient, avait quitté son premier métier de cardenr de laine, pour exercer, avec moins d'intelligence et de succès, la profession militaire. Incertain dans ses opérations, 3 se décidait par caprice, et entreprenait sans prévoirles difficultés de l'exécution et sans en apercevoir les avantages: Les Ostrogoths s'étaient engagés imprudemment dans une position dangereuse entre les rivières de Mêlas et d'ËDrvraédon , où ils furent presque cernés par les paysans de la Pamphilie. Hais l'arrivée d'une armée impériale , loin de les détruire, servit à leur délivrance et à leur triomphe. Tribigild surprit le camp des Romains dans l'obscurité de la nuit , séduisit la plus grande par lie des auxiliaires barbares , et dissipa sans peine des troupes amollies dans la capitale par le luxe et par l'indiscipline. Gainas, qui avait si adroitement concerté et si audaciensement exécuté le meurtre deVafin, était Irrité contre Eutrope, et 1 jaloux de sa fortune. Il accusait de bassesse honteuse sa longue patience sons le règne d'an vit ennuqae, et l'ambitieux barbare fut convaincu, au moins dans l'opinion publique, d'avoir fomenté la révolte de Tribigild, son compatriote et son alHé *. Lorsque Gainas passa THellespont pour réunir sous ses drapeaux les restes des troupes de l'Asie, il conforma tous ses mouvemens aux désirs des Ostrogoths : tantôt il se retirait du pays qu'il» voulaient envahir, et tantôt H s'approchait des ennemis pour faciliter la désertion des auxiliaires barbares. Le perfide Goth exagérait daas ses lettres à la cour impériale

1 CUudka (1. u, p. 376-461) le peint comme un misérable, et Zosune , quoique beaucoup plus modéré dans «es expressions, confirme tous les reproches de Claudieu (1. t, p. 305),

'La conspiration de Gainas et de Tribigild, que l'historien grec atteste, n'était pas parvenue a U coanaissaaee de Claudieii, qui attribue là révolte de l'Ostiogolb a sa passion pour la guerre et aux avis de M femme.

la valeur, le génie etles ressources de Tribigild , et avouait qu'il manquait de moyens et de taleas pour soutenir une guerre aussi difficile. Gainas obtint la permission de négocier avec son adversaire. Tribigild dicta impérieusement les conditions de la paix, et 1a demande de la tête d'Eutrope , exigée pour préliminaires, révéla l'auteur et le dessein de la conspiration.

L'écrivain qui , dans ses satires, a satisfait son ressentiment par la censure outrée des empereurs chrétiens, offense moins la vérité que la dignité de l'histoire, lorsqu'il compare le fils de Théodose à un de ces animaux doux et timides qui sentent à peine qu'ils appartiennent' au berger qni les conduit. Deux sentimens , la crainte et l'amour conjugal , éveillèrent un moment l'âme indolente d'Arcadius. Les menaces du rebelle victorieux l'effrayèrent , et il se laissa toucher par les prières de l'impératrice Eudoxie, qui , tout en larmes et portant soa enfant dans ses bras , vint demander justice d'une insulte réelle ou imaginaire dont elle accusait l'audacieux eunuque ', L'empereur signa l'arrêt d'Eutrope, et rompit le talisman qni retenait depuis quatre ans le prince et ses sujets sous la puissance d'un esclave. Les échos qni répétaient de toutes parts les louanges du favori puissant, l'éloge de son mérite et de ses vertus, ne firent plus entendre que le reproche des vices de l'eunuque disgracié, la liste de ses crimes et la demande réitérée de son supplice. Eutrope n'eut d'autre asile , dans sa détresse, que le sanctuaire de l'église, dont il avait essayé, sacrilégement ou sagement, de limiter les privilèges. Le plus éloquent de tous les saints, Jean Chrysostôme, eut la gloire de protéger un ministre disgracié, auteur de sa fortune et de son élévation sur le siège archiépiscopal de Constantino-» pie. Le prélat prononça du haut de sa chaire un discours pathétique sur l'instabilité des choses humaines , en présence de la foule

i Cette anecdote, que Phiioetorge a conservée (1. xi,e. 6) et Gelhotred. (Dissertât., p. 45M5Û), est eurie*»ei intéressante . en ce qu'eue lie la révolte des Gotha avec les intrigue» du palais. Ces deux auteurs sont les seuls qui es

immense qui remplissait la cathédrale, et la vue du favori autrefois si redoutable, étendu alors, pale et tremblant, sons la table de l'autel, présentait un spectacle frappant et instructif. L'orateur, qu'on accusa depuis d'avoir insulté au malheur d'Eutrope, cherchait peut-être à exciter le mépris du peuple pour tempérer sa fureur*. L'humanité , la religion et l'éloquence remportèrent. L'impératrice , retenue par ses propres préjugés ou par ceux de ses sujets, n'entreprit point de violer le sanctuaire de l'église, et Eutrope consentit à en sortir après qu'on lui eut promis par serment de lui laisser la vie \ Sans égard pour la dignité de leur souverain, les nouveaux ministres du palais déclarèrent, par on édit , que l'ancien favori avait déshonoré les noms de consul et depatrice; ils renversèrent ses statues, confisquèrent toutes ses richesses, et le condamnèrent à un exil perpétuel dans l'île de Chypre1. Ua eunuque, disgracié et flétri par les années, n'inspirait point de craintes à ses ennemis ; mais il n'était plus susceptible de goûter les biens qui lui restaient encore, la tranquillité, la solitude et la beauté du climat. Leur haine implacable le poursuivit jusqu'au dernier moment de sa vie. A peine Eutrope était arrivé dans File de Chypre , qu'ils le rappelèrent précipitamment , dans l'espérance d'éluder,

■ Voyez l'homélie de saint Cbrjsoslome (t. m, p. 381- 386), donU'exordeest d'un* grande beauté; Socratc (1. ri, e. 5); Sozomène (1. toi, *■ 7). Monlfauroii dans sa «e de CbrysoaUme (l. un, p. 139), suppose un peu légèrement que Trihlgild était alors à CoroUniiiMple, et que ce fut loi qui donna l'ordre aux soldats de se saisir d'Eutrope. Claadien lui-même , poète païen ( préface , ad lib. n , In Eutrvp., 27) , parle de la lutte de l'eunuque dans le «•actuaire.

SujipIlfUcnpf plu Immllli pnulrltnt ad nriu , MiiHn mm nu trtmntc osnn.

1 Chr fsostSme, dans une autre homélie (l. m, p. 386) , •sure qn'Euirope n'aurai! pas été pris s'il ne fût pas sorti de l'église. Zœime(l. *, p. 313) prétend au «on traire que ses ennemis l'arracherait du sanctuaire, •£<t?«C*f- ■ne ai>Toi. Cependant la promesse est la 'preuve d'une convention ; et le témoignage de Claudien, dans la préface de son second livre, p. 46 :

SU IUB «EDlpIO BOO trrierc tu,

est sûrement la preuve de quelque promesse.

3 Cod.Ttaeod, I. «, lit. », leg. 17. Cettetotest mal i propos datée dn 17 de Janvier 399, puisque la disgrâce

«"Eutrope n a pu arriver que dans l'aulomnede cette année. (Voyci Tîllemont, tlist, des Empereurs, I. v, p. 780.)

L'EMPIRfi ROMAIN, (415 dep. J.-C.

par le changement de lieu, l' obligation du serment. L'impératrice lit transférer de Consiantiaople nu faubourg adjacent de Chalcédoîoe le jugement et l'exécution. Le raisu! Aurélieu prononça la sentence; et les griefs sur lesquels il la motiva font connaître la jurisprudence d'un gouvernement despotique.

Les attentats -d'Eutrope » les fortunes envahies , le sang des citoyens injustement répandu, suffisaient pour justifier sa mort; mais le crime principal dont il est inculpé est d'avoir attelé à sou propre char les animaux tacréi dont la race et la couleur étaient exclusivement réservés au service du suzerain *.

Tandis que celte révolution se consommait, Gainas se révolta ouvertement, réunit set forces avec celles de Tribigild à Thyatire en Lydie, et conserva toujours l'ascendant de h supériorité sur le chef rebelle des Ostrogotbs *, Les armées confédérées s'avancèrent sans obstacle jusqu'au détroit de l'Hcllespoat et du Bosphore ; et Arcadius, pour éviter la perte de l'Asie, consentit à remettre sa personne et son autorité entre les mains des barbares. On choisit pour le lieu de l'entrevue l'église de Sainte-Euphémie , située sur une éminence près de Chalcédoine '. Gainas, après s'être prosterné respectueusement m pieds de l'empereur, exigea le sacrifice d'Anrélien et de Saturnin, deux ministres consulaires, qui virent le glaive suspendu sur leur tête et prêt à les frapper, jusqu'au moment où l'audacieux rebelle daigna leur accorder un sursis honteux et précaire. Conformément aux articles du traité, les Goths passèrent sur-le-champ d'Asie en Europe ; leur chef victorieux, revêtu du titre de maiire-genéral des armées romaines, remplît Consum* tinople de ses troupes, et distribua parmi ses

> Zosime. I. v, p. 323; Phtiostorge, 1. xi.e. 6.

i Zosime (L », p. 313-323.1 Socrate(l. vi, e. ftS*» mène (1. vin, e. *), et Théodoret (l. », c. 32,33),™* tent,avee quelques ditKrenees dans les circoostiace^ " conspiration , la défaite et ta mort de Gainas.

J Zosime lui-même lait «sage de reipressslon >G« >■" ••fi«c papivpiti, sans faire attention qu'il envole * langage des chrétiens. Evagrius décrit (1. », t. 3). f*reniteelnre, la situation , les reliques et les MÉrarta * cette église célèbre , dans laquelle se tint depuis le cor* le Chalcédoine.

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(■Mdep. J.-C.) PAR ED. GIBBON, CH. XXXII.

matures les honneurs et les richesses de l'empire. Dans sa jeunesse, Gainas avait passé le Danube en fugitif, et s'était présenté en suppliant. II devait son élévation à sa valeur, secondée de la fortune ; et l'imprudence ou la perfidie de sa conduite précipita rapidement sa destruction. Malgré la vigoureuse opposition de l'archevêque, il réclama obstinément la possession d'une église particulière pour ses barbares ariens ; et l'orgueil des catholiques s'offensa devoir tolérer publiquement l'hérésie '. Les murmures, le tumulte et le désordre éclataient dans tous les quartiers de Constantinople ; les barbares contemplaient avec des yeux avides les boutiques des joailliers, et for qui couvrait les comptoirs des banquiers. On jugea qu'il était prudent de les éloigner de ces objets de tentation. Irrités de celte précaution injurieuse, les Goths essayèrent de mettre le feu au palais pendant la nuit '. Dans ces dispositions mutuelles de soupçon et d'animosité, les gardes et le peuple de Constantinople fermèrent les portes et prirent les ormes pour prévenir la conspiration des Goths , ou pour s'en venger. Dans l'absence de Gainas , ses troupes fnrent surprises, et sept mille barbares perdirent la vie dans ce massacre. Les catholiques, animés d'un saint zèle, découvrirent les toits de l'église arienne, oui leurs adversaires s'étaient réfugiés, et les écrasèrent en leur lançant des poutres enflammées. Gainas avait ignoré l'entreprise des Goths, ouen avait espéré trop légèrement le succès. Il apprit avecélonnement que la fleur de son armée avait péri sans gloire, qu'il était déclaré lui-même ennemi de l'empire, et que son compatriote Fravitta , général habile et affectionné à la cour impériale , commandait les armées de terre et de mer. Gainas attaqua plusieurs villes de la

< Théodoret parle beaucoup des pieuses remouininces de Chrysostflme, dooloe saint u'a point cependant laissé de traces dans ses écrits. Mai* c'està torique Théodoret prétend qu'elles eurent du succès, puisque les faits démontrent le contraire. TiUemont ( UUt. des Empereurs, t. v , p. 383), a découvert que, pour satisfaire mi demandes de Gainas, l'empereur tut obligé de fondre l'argenterie de l'église des apôtres.

1 Lai historiens ecclésiastiques, qui tantôt dirigent et UnUM suivent l'opinion publiipie.assurenlquatoiurtanunople était gardé par une légion d'anges.

Thrace ; mais il les trouva toutes préparées à une défense vigoureuse, et ses soldats, manquant de subsistance, furent réduits à se nourrir de l'herbe qui croissait autour des remparts. Regrettant trop tard l'abondance des provinces de l'Asie, le chef des rebelles résolut, dans sou désespoir, de forcer le passage de l'IleUespont. Il manquait de vaisseaux ; mais les forêts de la Chersonuê&e offraient abondamment de quoi construire des radeaux; et les intrépides barbares étaient prêts à braver tous les dangers. Mais Fravitta guettait attentivement l'instant de leur entreprise, et, dès qu'il les vit au milieu du canal, les galères romaines ' , serrées l'une contre l'autre, s'élancèrent avec toute l'impétuosité des rameurs, du courant, et d'un vent favorable. L'IleUespont fut couvert en un instant des débris des radeaux et des cadavres flottans des barbares. Après avoir vu périr ses plus braves soldats. Gainas , forcé de renoncer à ses espérances, et n'aspirant plus a gouverner ni à vaincre les Romains, conçut le projet de reprendre la vie errante et sauvage, Un corps de cavalerie barbare , débarrassée de son infanterie et des gros bagages, pouvait aisément faire en huit ou dix jours le trajet de cent lieues qui sépare l'Hetlespont du Danube * : les garnisons de cette frontière importante avaient été peu à peu réduites à rien ; le Deuve était glacé profondément , et la Scythie offrait une vaste perspective à l'ambition de Gainas. Il communiqua secrètement son dessein aux troupes de sa nation, qui consentirent à suivre le sort de leur chef;

< Zosime (L v, p. 319) donne à ces galères le nom de Libumiennes, et observe qu'elles égalaient par la rapidité de leur course les galères à cinquante rameurs ; mais 11 n'en explique point la différence. 11 convient cependant qu'elles n'égalaient pas celles qu'on nommait Triremet , dont on ne faisait plus usage depuis long-temps. 11 ajoute, eu citant le témoignage de PulyUe , qu'on avait construit dans les guerres puniques des vaisseaux beaucoup plus grands. Depuis l'établissement de l'empire romain sur la Méditerranée, la construction des grands vaisseaux fut négligée comme inutile , et bientôt toul-a-fait oubliée.

* Voyages de Chishull, p. 61-C3-72-7B. 11 alla de Gallipoli par Andrinoplc Jusqu'au Danube en quime Jours. 11 était de la suite de l'ambassadeur d'Angleterre, dont la bagage consislaiten soixante-dix chariots. Ce savant voyageur a le mérite d'avoir tracé une routa curieuse et peu fréquentée.

mais, avant de donner le signal du départ, ils massacrèrent tom les provinciaux auxiliaires soupçonnés de quelque attachement pour leur pays natal. Les Goths s'avancèrent par des marches rapides à travers les plaines de la 'l'brace, et la vanité de F ravina leur ôla bientôt tome crainte d'être poursuivis. Au lien d'achever d'éteindre la révolte, it retourna précipitamment à Constanlinople , pour jouir des applatidissemens du peuple ei des paisibles honneurs du consulat. Mais un allié formidable vengea les Romains, et dcfenditlapaix et la liberté de la Scytliie '.Les forces supérieures d'Uldin, roidesHnns, arrêtèrent la marche de Gainas ; et un pays ennemi et ruiné s'opposa a sa retraite. Le général des Goths dédaigna dé capituler. Après avoir inutilement tenté plusieurs fois de s'ouvrir un chemin dans les rangs des ennemis, il périt strrle champ de bataille avec ses intrépides compagnons. Onze jours après la bataille navale sur l'Hellespont, l'empereur reçut a Constantinople la tète de Gainas , comme un présent inestimable, et avec la plus vive expression de reconnaissance. On célébra la mort du rebelle par des fêtes et des illuminations; les victoires d'Arcadius devinrent le sujet de poèmes épiques * ; et le monarque, délivré de ses terreurs, subit nonchalamment le jong paisible et absolu de la bette et artificieuse Eudoxie, qui avait terni sa gloire par la persécution de saint Jean Cfarysostome.

Après la mort de l'indolent Hectnrius, successeur de Grégoire de Kaiianie, l'église de Constantinople fut déchirée par la rivalité de deux candidats, qui n'avaient pas rougi d'em-

■ Le récit de Zosùnc, qui conduit Gainai en delà du Danube, est contredît par Soerale et par Sozomène, qui assurent uu'il tut tué dans la Tance, „i paries dates précises et authentiques de la chronique Atexandrienue ou PttcW., (p. 307.) La victoire navale de l'Hdkapont est datée du mois appelleus, le 10 des calendes de janvier (décembre, 23), et la tête de Gainas fut apportée t ConsUnlinople, le 3 des noues de Janvier ( 3 janvier) , dus le mois audruseus.

i Eusebius Scbolastkns acquit de la réputation par son poème sur la guerre des Goths, cnnmiesqùelsilaTSjiservi, Environ quarante ans après , Amutonius récita un poéoio sur le même sujet, en présence de l'empereur TUéodose. (Voyei Socrate, I. n, e, 6.)

(415ucp.J.-C) ployer l'or eila séduction pourobienir les suffrages du peuple et du favori. Eulrope semble avoir dérogé, dans celle occasion , à ses maximes ordinaires ; le mérite supérieur d'un étranger avait fixé son choix. H avait eu recemment l'occasion , en voyageant dans l'Orient, d'entendre les sermons éloquens de Jean, prêtre et natif d'Anlioche, dont le nom a été distingué par i'cpitlièlc de Chrysosiùme ou bouche d'or ', On expédia un ordre particulier au gouverneur de Syrie; et, comme le peuple aurait pu s'opposer au départ de kir prédicateur favori , on le transporta secrètement dans un chariot de poste d'Antiocbei Constanlinople. Le consentement uuafliiw de la cour, du clergé et du peuple , ratifia le choix fait d'un prélat qui n'avait ries sollicité, et dont les vertus et l'éloquence surpassèrent tout ce que le public en attendait. Né dans la capitale de la Syrie, d'une famille noble et opulente, ChrysostEme avait été élevé par une mère tendre , sons la ■ conduite des maîtres les plus habiles. Il Si son cours de rhétorique à l'école de Lins.nius;ei ce philosophe célèbre, qui découvrit bientôt les taleas de son disciple, déclara que Jean aurait clé digne de lui succéder, s'il ne se fut pas laissé séduire par les chrétiens. Sa piété le disposa de bonne heure à recevoir 1( sacrement de baptême, ù renoncer à la profession honorable et lucrative de la jurispra-

■ LesiiiânieltvredflSoorale, le huitième de Sowœfc! et 1e cinquième de Théoderel, offrent des malérùuic*rieui et authentiques pour la vie de Chrysostooif- f* outre de ces historiens, j'ai pris pour guides les qisiut principaux biographes de ce saint: ("L'aulenrdebDi- Tense partiale de rarthevfeaiede ConstaMiuople cwsaw en forme de dialogue et sous le «ko de son parti»»**, l'éveque d'Hélénopolis (Tillemont , Mém. Ecriés., t. n p. 500-533). Elle est insérée dans les ouvragesde Chrysoslome [t. un, p. 1-90 , édil. Montlaucw). V U m*** Erasma( Liii,épist.i«cL,p.l33l-tM7,édîtLug*.B»l'- Sa rivaciléet la justesse de son jugement lui apparu*»»'; ses erreurs doivent être attribuées à l'obscurité des saliquilés ecclésiastiques. 3" Usa vaut Tillemont fAlësp. trclésiastiques, L ». p, 1-405-547-626, etc., etc.; Il »mf* la vie des saints avec une patience incroyable et la pin* dévote allenlion. Il a scrupuleusement «aminé les omflges volumineux de Chryslome tui-mÈme. V Le part M<*i- Ihucon, qui a lu ees outrages avec toute l'exactitude diï» éditeur, a découvert plusieurs nouvelles homélies, rt. » f ■ vu et composé une seconde vie de CnrvsoslôuK ( Opf*. ChiysoHom., I. mi, p. 91-117).

(415 dep. J.-C.) dence, et à s'enfoncer dans le désert voisin , où il dompta la tangue de ses sens par une pénitence austère de six années. Ses infirmités le ramenèrent malgré lui dans le monde, et l'autorité dé Meletius dévoua ses tatens au service de l'église. Hais au milieu de sa famille, et ensuite sur le siège archiépiscopal , Chrysosiâtne pratiqua toujours les vertus monastiques. H employa a fonder des hôpitaux les revenus que ses prédécesseurs dissipaient en luxe inutile; et la multitude qui subsistait de ses charités préférait lès discours édîfians de l'éloquent archevêque 'aux jeux du cirque et aux aiiiusemens du théâtre. Les monumens de cette éloquence, qu'on admira pendant plus dé trente ans à Antioche et à Constant in ople, ont été soigneusement conservés; et la possession de plus de mille sermons on homélies a mis les critiques des siècles suivans ' en état d'apprécier le mérite de'Chrysoslôme. Ils reconnaissent unanimement dans l'orateur chrétien, l'abondance et l'élégance del'élocution ; la sagacité à cacher les avantages qu'il tirait delarbéto-i riqneet de la philosophie ; un fonds inépuisable de métaphores, d'idées et d'images qui varient et embellissent les sujets les plus simples et les plus communs; enfin l'art heureux de faire servir les passions a la vertu, et de démontrer la honte et l'extravagance duvice avec' Joute l'énergie et la vérité tl'uue représentation dramatique.

Les travaux pieux du prélat de Constantinople irritèrent et réuwrent peu à peu centre loi des ennemis de deux espèces différentes : le clergé , qui enviait ses succès; et les pécheurs endurcis , que ses reproches offensaient. Lorsque Chrysoatome tonnait dans la chaire de Sainte-Sophie contre la corruption des chrétiens, il attaquait le vice en général, sans tracer de portrait particulier; lorsqu'il déclajnah contre h» vices de l'opulence, la

» Comme Je n'ai qu'une connaissance fort légère des

Ouvrées volumineoi de Cliry sos tome, j'ai donné ma confiance aux éewains ecclésiastiques dans lesquels j'ai cru trouver le plus d'Impartialité et de modération : Erasme t. m, p.mi.eiDupin.BlMiot.Eeclesiast., t. '",P- 38. Cependant le bon goflt du premier esteerrorapn qodqdemts par l'excès de son al lâchement pour l'antiquité j rtle'bon sens du second est toujours retenu par des considérai ioirt d« prudence.

pauvreté éprouvait peut-être une consolation passagère ; mais le grand nombre des' coupables servait a les déguiser, et le reproche était même adouci par quelques idées de grandenret.de supériorité. Mais pins il portait haut ses regards, et moins ils embrassaient d'objets. Les magistrats, les ministres, les eunuques favoris, les dames de la cour', et l'impératrice' Endoxie elle-même , sentaient vivement des personnalités qui ne pouvaient tomber que sur un petit nombre. Les auditeurs, convaincus par leur propre conscience , s'en faisaient eux-mêmes l'application ; et le aélé prédicateur usait du privilège dangereux de dévouer l'offense et le conpaiileal «xécration publique. Le ressentiment secret de b cour encouragea celui du clergé et des moines de Constantinople, dont le zèle de leur archevêque avait entrepris trop précipitamment la réforme. U s'était élevé en chaire contre les femmes qui servaient le clergé de la capitale sous le nom de domestiques ou de sœurs , usage qu'il regardait comme une occasion continuelle de péché ou de scandale. Chrysostôme accordait une protection particulière aux solitaires qui se séquestraient du monde; mais il censurait avec aigreur, et méprisait comme la honte de leur profession, les moines -qui, attirés par des motifs de plaisir ou de profit , remplissaient sans cesse tes rues de Constantinople. A la voix de- la< persuasion, le prélat fut obligé de joindre celle de son autorité; et son ardeur dans l'exercice de la juridiction ecclésiastique ne l'ut pas toujours exempte de passion, ni guidée par la prudence. Chryiostômc, d'un oarnotère naturellement emportés tachait

< Les femmes de Constantinople se dislinguaîcnt par leur haine ou par leur attachement pour Chrysoslôme. Trois reuTes nobles et opulentes , Màrse, Cast ride et Eugraphie, étalent à la tète de la persécution, (Fallait. Diafog., t. xm, p. H.) EHes ne pouvaient pas pardonner a un prédicateur <pri leur reprochait de chercher S meunier leur Jgc et leur laideur par la parure et la multiplicité des ornement tPallad., p. 27.) Le même zèle, déployé pour une cause plus pieuse, valut 1 Olpnpias le titre desain le. (Voyez TiHemont, Mém. Ecriés., t. u, p. 416-440.)

3 Soiomène, et plus particulièrement Sirabon, onl dépeint le caractère de CVrsostome arec une liberté qui a offensé ses admira tenrs. Ce* historiens, qui paraissent «ans passion, ftisâonl partie de la génération qui succéda aux contemporain»*! saint archevêque, d us tarent occasion

tu

de te soumettre aux préceptes de l'Évangile, en aimant ses ennemis personnels ; mais il se livrait sans résistance à la haine des ennemis de Dieu et de l'Église, et s'exprimait quelquefois avec trop de violence dans la parole et dans le maintien. Par des motifs de santé, ou peut-être d'abstinence, l'archevêque conservait son ancienne coutume de prendre ses repas en particulier, et cette habitude ' , que ses ennemis attribuaient à l'orgueil , contribuait au moins à nourrir son humeur insociable. Renonçant en quelque façon a toute communication avec tes hommes, il mettait sa confiance dans le diacre Sérapion , et se servait rarement de ses connaissances spéculatives de la nature humaine pour approfondir le caractère de ses égaux ou de ses subordonnés. Se fiant à la pureté de ses intentions , ou peut-être à la supériorité de son génie, l'archevêque de Constantinople étendit la juridiction de la ville impériale, et en même temps celle de ses soins épiscopaux. Cette conduite, que les profanes imputaient à l'ambition, paraissait à Chrysostôme un devoir sacré et indispensable. En visitant les provinces d'Asie, il déposa treize évéques de Lydie et de Phrygie , et déclara indiscrètement que l'esprit de débauche et de simonie infectait tomTordreépiscopaP-La condamnation rigoureuse de ces évéques, en supposant qu'ils fussent innocens,dutexciter leur juste indignation ; et, en supposant , au contraire , qu'ils fussent coupables, la plupart de ceux qui craignaientd' éprouver le même sort, sentirent bientôt que leur sûreté ne pouvait s'établir

i Palladiiu ( t. im, p. 40, etc. ) défend Ires-sérieusesemenl l'archevêque, l'ilnebuvait jamais de vin. 2°La faiblesse de son estomac exigeait une diêle particulière. 3* Les allures, l'étude on la dévotion , le faisaient Murent jeûner jusqu'au coucher du soleil. 4* Il détestait le broitfl lesconrersalionsoiaeusefldes grands repas. 5° Il épargnait sur la dépense de sa table , pour secourir le» pauvres. 6° Il craignait dans une Tille comme Constantinople d'accepter des invitations qui pouvaient le rendre suspect a quelque [action.

ï CkrïBOSlùme (1. h, Hoid. in, inact. Jpostol.,p. 28) déclareque le nombre des évoques qui seront mutés est relativement très-petit, en comparaison de ceux qui tarant

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN , {415 dep. J.-C)

que sur la ruine de l'archevêque , qu'ils ta-

égala

chaient de représenter comme le tyran de l'Église.

Théophile ■ , archevêque d'Alexandrie, prélat actif et ambitieux , qui dissipait Satueu sèment le fruit de ses rapines, conduisit la conspiration ecclésiastique. Sa vanité nationale lui inspirait de l'aversion pour une ville dont la grandeur naissante le faisait descendre du second au troisième rang dam le monde chrétien; et quelques querelles personnelles avaient achevé de l'irriter contre Chrysostômti '.D'après l'invitation secrète de l'impératrice, Théophile débarqua dans le port de Constantinople; accompagné d'usé nombreuse troupe de matelots, pour dissiper la populace, et d'une longue suite d'évêques ses suffragans , pour s'assurer la majorité des voix dans le synode *. On assembla ce synode dans le faubourg de Cbalcédoine, surnommé le Chêne, on Rafln avait construit une église et un monastère. Les séances continuèrent dnrant quatorze jours. Un évfque et un diacre se portèrent pour accusateurs de l'archevêque de Constantinople ; mais les quarante-sept articles des griefs frivoles os improbables qu'ils présentèrent contre ce prélat peuvent être considérés comme nie preuve évidente de son innocence. Chrysostôme fut cité quatre fois à comparaître ; mais il refusa toujours de confier sa personne ou s» réputation à la haine implacable de ses ennemis, qui abandonnèrent prudemment l'examen des accusations, et le condamnèrent i être déposé comme rebelle et contumace. Le synode du Chine fit demander immédiatement à L'empereur la ratification de la le*

< Yoier. TulemoDt , Mém. Ecdés. , t. », p. Ui-

1 J'ai cru devoir omettre la controverse qui s'élcra parai les moines de l'Egypte concernant le* opinions d'Origew

ftU'anUifnpnmnrphûm». tu d|S»HBPlaHBi ■"""■«■

Théophile i son adresse à séduire Epipbaoe ; b persécution et U fuite des frères dits Us Longtoa les granâi; le secours douteux qu'Us reçurent de ChrysostâmeaCeaslanlinople, etc., etc.

3 Pholius {p. 63-60) a conserve les actes original es sjnodedu Chine, et ils prouvent qu'on a nul a pf»pM prétendu que Curysosiome n'avait été Kourfawaé su' P" trente-six éveques, dont vingt-neuf étaient egypti*- Quarante-cinq évéques souacririrout ta sentence. (Voth finement, Mém. Ecclés., t. n, p. 686.)

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(416 dep. J.-C)

tence, et insinua charitablement qu'on pouvait punir comme coupable de h aute trahison le prédicateur insolent qui avait insulté l'impératrice Eudoxie sous le nom odieux de Jésabel. Vu officier du palais s'empara de Chrysostôme , le (raina ignominieusement dans les rues de la capitale , et le descendit, après une courte navigation, à l'entrée de l'Euxin, d'où, moins de deux jours après, on le rappela glorieusement.

Dans le premier instant de sa surprise, le peuple était resté muet et immobile ; mais il se livra bientôt à l'impétuosité de sa fureur. Théophile s'échappa ; mais les moines et les matelots d'Egypte Tarent impitoyablement massacrés dans les mes de Coastantinople-'. Un tremblement de terre, qui augmenta la terreur et la confusion, semblait annoncer l'interposition du ciel en faveur de l'archevêque, et le peuple irrité approchait des portes du palais. L'impératrice, agitée par la crainte, et peut-être par le remords, se jeta aux pieds de l'empereur , et avoua que le rappel de Chrysostôme pouvait seul apaiser la révolte. Un nombre infini de vaisseaux couvrirent le Bosphore,- puilLuminasur les cotes de l'Europe et de l'Asie ; et les acclamations d'un peuple victorieux accompagnèrent l'archevêque depuis le port jusqu'à la cathédrale. Le prélat consentit indiscrètement à reprendre l'exercice de ses fonctions , avant que s» sentence eût été révoquée par un synode ecclésiastique.Ignorant ou méprisant le danger, Chrysosiôme, suivit l'ardeur de son zèle, on peutêtre de sud, ressentiment ; il déclama avec violence contre les vices des femmes, et condamna les honneurs profanes qu'on accordait à la statue de l'impératrice , presque dans l'enceinte de Sainte-Sophie. Ses ennemis profitèrent de cette imprudence pour irriter l'orgueilleuse Eudoxie, eu lui rapportant ou en inventant l'exorde d'un sermon, t Hérodiade

» reprend sa fureur, Hérodiade recommence à » danser, elle demande use seconde fois la * tète de Jean. * Comme femme et comme souveraine, elle ne pouvait pardonner cette insolente allusion '. Durant le court intervalle d'une trêve perfide, on concerta des moyens plus surs pour consommer sans retour la ruine de l'archevêque. Un concile nombreux d'évèques de l'Orient, dirigés par les instructions de Théophile, confirma la validité de la première sentence, sans en examiner la justice; et un détachement de soldats barbares entra dans la ville pour comprimer les murmures du peuple. La veille de Pâques, l'arrivée des soldats interrompît indécemment les cérémonies du baptême; et leur présence alarma ht pudeur des catéchumènes, en exposant leur nudité aux regarda profanes, et en violant les mystères du christianiaioe. Arsaoe occupa l'église de Sainte-Sophie et letrone archiépiscopal. Lok catholiques se réfugièrent dons lesbainsde Constantin, et ensuite dans la campagne, ou les gardes, les évoques et les magistrats continuèrent à les poursuivre et à les insulter. Le jour funeste du second et dernier exil de Chrysostôme fut marqué par l'incendie de la cathédrale , du palais où le sénat s'assemblait, et des bAtimens voisins. On imputa cette calamité sans preuve, mais non pas sans vraisemblance, au désespoir de la faction persécutée *.

Cicéron mérita quelque reconnaissance de sa patrie ', si son exil volontaire lui conserva la tranquillité; mais la soumission de Chrysostome était le devoir indispensable d'un sujet et d'un chrétien. 11 demanda inutilement la permission d'habiter Kicomédre ; l'impératrice le fit transportera Cucusus, dans

«noue (p. 30} que, Biles habitons tin CouslanliBopie iraient rencontré Théophile, in l'auraient jeté dan* la mer. Sociale bit le récit (I. n, c 17) d'un combat entra tapocautoe et les matelot* d'Alexandrie, oùilyeut MMieoupda moade tué ou Messe. Zockne esl'le teal qui pariais maencre «es moine* (l. it, p. 32d);il convient de Tfabiott de CstysMUo» a condamne mutitwlfligmwtect Brandira; m- w » ■te>HNe «u>n

• <fxat <m-y*ytCb*t A. il t.

1 Vojw Sacrale, 1. n,& 18;Sozomèse, l.nn , p. 20. Zosime 0- », p. 324-331) parla en termes ngues de ses iDYecUvcs contre l'impératrice Eudoxie. L'homélie nui commence par ces expressions rameuses est rejetée comme une inreolioude« ennemis de Chrysostome. (MontfuKoi, t. mi , p. ISI; Tiuemont, Mém. EecMs., t. n, P.&33.)

* Nom défions naioreuement a! ttendre de Zosime uno pareille accusation (I. v, p. 327) ; maie eu* devrait être confirmée par Sacrale (1- n , c. 18) , et par la Cnroniquo de Pasenel (p. 307).

* n fait pende de ees motift tpérinn , post reditum (c. 13, H), dans le style d'un orateur et d'un politique.

la Petite-Arménie , au milieu des rochers du mont Taurns. On espérait que l'archevêque ne résisterait point à une marche pénible de sortante-dix jonrs, pendant les plus grandes chaleurs de l'été, à travers l' Asie-Mineure, et continuellement exposé aux attaques des Isauriens et à la fureur implacable des moines. Cependant Chrysostome arriva sans accident au lieu de son exil : et les trois années qu'il passa à Cucusus et dans la ville voisine d'Arabissus furent les dernières et les plus glorieuses de sa vie. La persécution et l'absence augmentèrent la vénération publique; les fautes de son administration furent oubliées; on ne se souvint que du mérite et des vertus de Chrysostome, et l'attention du monde chrétien se fixa sur un coin désert du mont Taurus. Du fond de sa solitude, l'archevêque , dont l'âme s'était fortifiée par l'infortune, entretint une correspondance régulière avecles provinces les plus éloignées '; il exhorta les membres de la congrégation chrétienne à persévérer dans leur fidélité; pressa la destruction des temples de Phénicie, et l'extinction de l'hérésie de l'île de Chypre ; étendit son attention pastorale aux missions de Perse et de Scythic ; négocia par des ambassadeurs avec le pontife romain et avec l'empereur Honorius, et en appela d'un synode partial au tribunal suprême d'un concile libre et général. Le génie de cet illustre exilé conservait son indépendance ; mais son corps était à la merci de ses persécuteurs, qui ne cessaient point d'exercer leur vengeance en abusant du nom et de l'autorité d'Arcadius *.

i Deux cent quaranle-deuxépHres de Chrysostome exis tant encore (Opéra. L m, p. 528-738). Elles ml adressées àuu grand nombre de personnes rtifftren les et déploient unerermetedlmetortEupérieureicelledeCieerou dans son exil, la quatorzième épltrecon tient un détail curieux des dangers de m route.

* Apres l'exil de ChrjsosWme, Théophile publia contre lui un volume inorme H horrible , dans lequel il répète souvent les expressions de hoatem humanitatû , tatri- Ugorum prineipem , ùnmuiulum dœmonem. Il assure que Jean Chrysostome a livré sou une au diable , et il loubaite qu'on lui inflige quelque nouveau châtiment qui égale, s'il est possible, l'horreur de ses crimes. Saint Jérôme, i la requête de sou ami Théophile .traduisit du grec en la tin cet outrage édifiant. ( Voyez Facundus Herntian,, Dafrtu. pn 3 c.apiïul., 1. n, c v, publié par Sirracod., Optra, t u, 586, 586, 507.)

EMPIRE ROMAIN, (416 dep. J.-C.)

On expédia un nouvel ordre de transférer sans délai ChrysoBlonie au fond du désert de Pityus; et ses gardes obéirent si fidèlement à leurs instructions, qu'avant d'atteindre la cote de l'Euxin le vertueux prélat mourut a Comana, ville du Pont, dans la soixantième année de son âge. La génération suivante reconnut son mérite et son innocence. Les archevêques de l'Orient, honteux sans doute d'avoir succédé aux ennemis de Chrysostome , et encouragés par la fermeté du pontife romain, concoururent tous à réhabiliter la mémoire et les honneurs de ce nom vénérarable1. Trente ans après la mort de Chrysostome, à la pieuse sollicitation du peuple et du clergé de Constantinople, ses reliques furent transportées dans la ville impériale *. L'empereur Théodose alla les recevoir jusqu'en Chalcédoine , et, se prosternant sur le cercueil , il implora le pardon du saint, as nom d'Arcadius et d'Eudoxie '.

On peut cependant douter qu'Arcadius eût transmis à son successeur la tache d'un crime héréditaire. Eudoxie, jeune et belle, méprisait son mari, et se livrait sans contrainte à ses passions. Le comte Jean jouissait au moins de la confiance intime de l'impératrice , et le public le désignait comme le père du jeune Théodose4. L'empereur n'es regarda

1 Soi non tut inséré par son successeur Attieus dams les dyptktues de l'église de Coustaulinopie ( A. D. 418 ). Dix ans après, on le révéra comme un saint. Cyrille, qui hérita de la place et de la haine de son oncle Théophile , céda avec beaucoup de répugnance. ( Voyez Faeund. Kermian., 1. ît, C 1 ; Tillemont, Mém. Keelés., t xrr, p. 277-283.)

iSocrale, 1. vu, c. 45, Théodore*, I. T, 3.36. Cet événement ramena les Joannites qui avaient refusé de reconnaître ses successeurs. Durant sa vie, les Joannites étaient respectés des catholiques, comme la congrégation orthodoxe de Constantinople ; leur obstination tut 1resvoisine du schisme.

ï Selon quelques auteurs (Baronius, Annal. EeeUt. A. D. 438, n. 9, 10), on ne transporta son corps, de Comana a la capitale , que lorsque l'empereur eut écrit une lettre d'eicuse et d'invitation.

' <Zoeime,l,T, p. 315. H parait Injuste d'attaquer la chasteté de l'impératrice , sans citer la moindre preuve de son inconduite ; et il parait eucore plus étonnant «rue l'accusateur ait osé vivre décrire dans le* étatsd'un prince dont il révoquait en doute la légitimité. Cette histoire était probablement le libelle de quelque (action que h» païens Hnmuniquaient secrètement. (

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(*15dep. J.-C.)

pas moins la naissance d'un lils comme l'événement le plus heureux pour lui , pour sa famille et pour l'empire; et l'auguste enfant, par une faveur sans exemple, futrevétu des titres de césar et d'auguste. Environ quatre ans après, les suites d'une fausse-couche enlevèrent Eudoxie dans son printemps, et sa mort déconcerta la prophétie d'un saint évêque', qui, au milieu de la joie et des Tètes publiques, avait hasardé de prédire que l'impératrice serait témoin du règne long cl glorieux de son fils Théodose. Les catholiques applaudirent à La justice du ciel, qui vengeait la persécution de Chrysostôme ; et l'empereur lut peut-être le seul qui regretta sincèrement l'avide et impérieuse Eudoxie. Celte perte l'affecta plus que toutes les calamités publiques *. Des brigands isauriens ravageaient depuis le Pont jusqu'à lu Palestine , et leur impunité prouvait la faiblesse du gouvernement. Les incendies, les tremblemens de terre, les sauterelle» * et la famine désolaient l'empire; et le peuple mécontent imputait également tous ces fléaux à l'incapacité du monarque. Enfin , dans la trente-troisième année de Bon âge, et après avoir régné, si l'on peut abuser ainsi de celte expression , treize ans, trois mois et quinze jours , Arcadius mourut à Constantinople. 11 est impossible de définir son caractère, puisque, dans nn temps fertile en é-vénemens , on ne découvre pas une seule action qui appartienne personnellement au fils du grand Théodose. L'historien Procope * a découvert, à la vérité , dans l'esprit du monarque expirant, un rayon de prudence humaine ou de prévoyance

HLst. des Empereurs, t. v, p. 782, semble disposé a inculper Eudoije.)

' Porphyre de Ga/a. Snn ïèle éclata lorsqu'il reçut l'ordre de détruire huit temples païens de celle ville. (Voyez tes détails rurïeuit de sa vie, uarnnUn, A. I). 40!, n. 17- .j1 .) L'original a élé écril en grec , ou peul-élre en syriaque, par un nioine, son diacre favori.

* ptiiloslorge, I. n , c. 8 , et Godclroi , Dissertât, p. 467.

a Jérôme (t. ti, p. 73-76) fait un tableau frappant de la marche destructive des sauterelles qui étendirent un nuage (■fiais enlrn le satwl et la terre , et couvrirent les champs <t« la Palestine. Des vents heureux en poussèrent une parlie dans la mer Morte et l'autre dans la Méditerranée:

* Procope, lie Belt. Persie. , 1. 1 , e. 2 , p. 8 , édit. Louv.

GJEUO.X, [.

céleste. Arcadius considérait avec inquiétude la situation dangereuse dans laquelle il laissait son fils 'lliéodose, âgé de sept ans, les factions d'nne minorité, et le caractère ambitieux de Jezdegerd, roi de Perse. Au lieu de s'assurer la fidélité de quelque sujet distingué par sa valeur et par son mérite, en l'admettant à partager les honneurs du rang suprême , il remit hardiment son empire et son lils entre les mains du monarque persan, et lui laissa par testament son autorité sur l'un et l'autre. Jezdegerd remplit avec fidélité les devoirs de tuteur de Théodose et de gardien de l'empire; les conseils et les armées de la Perse protégèrent l'enfance de l'empereur romain. Tel est l'étrange récit de Procope; et Agathias 'en reconnaît la vérité, quoiqu'il ne soit pas de l'avis de Zosïroe et qu'il blâme l'empereur romain d'avoir confié si imprudemment,- quoiqu'avec succès, son royaume ù un étranger, un rival, et un païen. Après une distance de cent cinquante ans, on pouvait débattre cette question politique à la cour de Justin ien. Mais un historien sage n'entreprendra point d'examiner les motifs d' Arcadius, avant de s'être assuré d'abord de l'existence de son testament. Comme l'histoire du monde entier n'offre rien de semblable , on peut raisonnablement exiger qu'un fait si extraordinaire soit attesté par les contemporains. L'événemeut qui excite nos doutes doit avoir attiré leur attention ; et leur silence universel anéantit cette tradition recueillie dans le siècle suivant.

Si on eut suivi les maximes de la jurisprudence romaine dans les affaires publiques comme daus celles des particuliers, elles auraient donné a Honorius la régence et la tutelle de son neveu, au moins jusqu'à ce qu'il eut atteint sa quatorzième année. Maisla faiblesse d'IIonorius et les calamités de son règne l'empêchèrent de réclamer ses droits; et les deux empires étaient si divisés d'intérêt et d'affection , que les habilans de

■ Agath., I. it. p. 138, 137. Quoiqu'il adopte la vérité de rd le tradition, il assure que Procope est le premier qui «n ai l consacré la meinoire dans ses écrits. IHlemoni {Hlst. des timper. , t. vi , p. 597 ) évalue très-jndicieusemenl ■■rite fable. Sa critique n'était retenue par aucune autorité .■cclésiaslique. l'roeope et Agalhiat «aient l'un «• l'autre à moitié païens.

Coasiantinople auraient obéi avec moins de répugnance ans ordres du monarque persan qu'un gouvernement de la cour de Ravennc. Sot» un prince qui cacbe sa faiblesse sous l'extérieur d'un homme parvenu à l'âge déraison, les plus méprisa blés favoris peu vent se disputer secrètement l'empire du palais, et dicter aux provinces les ordres d'un maître qu'ils dirigent et qu'ils méprisent; mais les ministres d'un enfant incapable do les autoriser par sa sanction acquièrent et exercent nécessairement une autorité indépendante.

Les grands-officiers de l'état et de l'armée, qui avaient été mis en place avant la mort d'Arcadius, formèrent une aristocratie, et chargèrent heureusement du gouvernement de l'empire le préfet Anthemîus, qui conserva nn ascendant durable sur ses égaux par la supériorité de son mérite Ml prouva sa fidélité par le soin qu'il prit du jeune Théodose, et l'étendue de ses talens par la fermeté avec laquelle il conduisit P administration difficile d'une minorité. Uldin campait au milieu de la Thrace avec une nombreuse armée, et rejetait insolemment toutes les propositions de paix • Les conquêtes des Huns ne se terml- • neront qu'avec le cours de cet astre, « dit Uldin anx ambassadeurs romains , en leur montrant du doigt le soleil. Hais ses confédérés , convaincus de la justice et satisfaits de la libéralité des ministres impériaux , l'abandonnèrent, et il repassa le Danube, La tribu des Scyrrcs , qui formaient son arriére-garde, fut presque entièrement détruite ; et on dispersa plusieurs milliers de captifs dans tes plaines de l'Asie *, où ils servirent utilement anx travaux de l'agriculture. -Au milieu de la victoire, Aothemius ne négligea point les précautions; il fit environner Constantin ople d'un nouveau mur plus épais et plu» élevé.

1 Sotrate , I. m, c, i.Aalhemtui «tait peUt-flude Philippe , un des ministres de Constance , et grand-pêre de l'empereur de ce nom. Au retour de son ambassade de l'erse , il fut désigné consul et préfet du prétoire de l'Orient dans l'innée 405. ItconaEmse préfecture environ dix ans. (Voyez son éloge dans Godefroi, Code Theod., I.ti p. 360; TUIemoBt, Histoire des Empereurs, t.w, p. I, de.)

> Sowmène, l. ix, c. 5. 11 vit quelques Seyrres qui travaillaient sur le mont Olympe, en Bithynie, et se plut a croire qu'il) étaient les derniers de leur nation.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (4li dep. 1.-C.)

Ses soins s'étendirent aux fortification* dn villes (flllyrie , et le projet sage d'établir bm

flotte de deux cent cinquante toujours armés sur le Danube aurait défendu invinciblement te passage de ce Dem* en très-peu d'années.

Mais les Romains étaient acroulnmésde ntiii si long-temps à l'autorité d'un monarque, que ta première personne, même parmi les femmes de la famille impériale, qui montra un j>eu de courage et de capacité, put s'emparer facilementdu trônede Tbéodosc ; et cette persoDK fulPolchérie*. sœur du jeune souverain, ei son alliée de deux ans . qui obtint dans a seizième année le titre d'augusta. Quoique Ir caprice ou l'intrigue ait quelquefois diminué passagèrement sa faveur, elle gouveru l'empire durant près de quarante années h nom de l'indolent Théodose. Apres la mon de ce prince, elle continua à régner en son propre nom et sous celui de Marcien, qu'elle épousa , sous la clause qu'il n'userait jamais des droits de mari. Par des motifs de prudence ou de dévotion , Pnlchérie lit vœu île virginité ; et, malgré quelques soupçons vagues sur la chasteté de cette princesse*, sa résolution, adoptée pur ses deux sœurs, Ai" cadie et Marine, fut célébrée par les cliréûetï comme le plus sublime effort de la piété- En présence du peuple et du clergé , les iruis sœurs d'Arcadius4 dédièrent à Dieu leur virginité ; et ce vœu solennel fut inscrit sur ils tablettes d'or enrichies de diamans, dont les princesses firent publiquement l'offrande dans la cathédrale de Constântinople. Le pilais devint un monastère; et tous les hommes , excepté ceux qui dirigeaient la ce*

' Cod. Théodos., 1. vu, lit. xm; t. s», fil.i, loi»

* Soiomeiw a rempli trois chapitres du pantejtriqr

de Pukbéri* (I. a, e. 1, 2, 3) , et Tilkuioui (Mém- &**

Ln, p. 171-184) a consacré un article séparé ans ton M*"»

de sainte Pulchérie, vierge et impératrice.

ï Suidas {Excerpta, p. 68, In Script. fysant'' P"" tend , sur l'autorité des Nestoriens, que Puldiérie M irritée contre leur Fondateur, parce qu'il blâma sa f«n ilïaril* avec le jeune Paulin, et son inceste avec son frère Tbto-

< Voyei Dueange, Pamil. Bjiantin., p. 70. FlanOltfilieataée de Tbéodosc , mourut avant son frire Aw dius ; ou , si elle vécut jusqu'à l'année 431 , quelques infirmités dn corps ou de l'esprnbpûvéft^ probables*»1 des honneurs dus a son rang.

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{41,5 Jep. J.-C)

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