‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 53 sur 85 · PAR E1X ÇIBJÎQN. CU. XXXII · texte numérisé non relu

PAR E1X ÇIBJÎQN. CU. XXXII

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science des princesses , et le» saints qui avaient parfaitement oublié la différence des sexes, en furent scrupuleusement exclus, Pulchérie, ses deux sœurs, et une suite choisie de filles d'une naissance distinguée , formèrent une communauté religieuse , et renoncèrent aux plaisirs mondains de la .parure. Malgré la frugalité de leur diète ordinaire , elles jeûnaient souvent , et employaient aux ouvrages de broderie le temps qu'elles ne passaient point en prières. Aux vertus d'une vierge chrétienne, Pulchérie joiçnau, le zèle et la libéralité d'une souveraine. L'histoire ecclésiastique donne le détail des églises magnifiques que l'impératrice fit construire dans toutes les provinces de l'Orient, de ses fondations de bienfaisance en faveur des pauvres et des étrangers , des donations considérables qu'elle fit aux monastères , et de ses pieux efforts pour détruire les hérésies opposées d* Eutychès et de Nestorius. Tant de vérins semblaient mériter la faveur particulière de la Divinité* ; et la pieuse impératrice obtint, en songe ou dans des visions, la découverte des saintes reliques des martyrs, et lu connaissance d'une partie des évéuemens futurs. Cependant la dévotion n'empêchait point Pulchérie de veiller aux affaires du gouvernement; et cette princesse est la seule des descendons du grand Théodose qui semble avoir hérité d'une partie de son courage et de son génie. Elle avait acquis l'usage familier des langues grecque et latine, dont elle se servait avec grâce dans ses discours et dans ses écrits relatifs aux affaires publiques. La prudence présidait toujours à ses délibérations ; son exécution était prompte et décisive. Dirigeant toutes les affaires de l'état sans bruit et sans ostentation, elle attribuait discrètement au génie de l'ent-

1 Elle tut avertie dans se» songes des endroits où les corps des quarante martyrs avaient été enterrés. La terre qui les recelait avatt successivement bit part Lu delà maisnu et du jardin d'une dame dcCoustanlinople, et d'un monastère de moi Des macédoniens, et était en lin occupée par une église de Sainl-Thjrsus, élevée par César i us, qui fut consul (A- D-, 397). Ces reliques étaient presque «n-.licrcmeol oubliées. Maigre le souhait charitable du docteur Jortin, ou ne peut guère se dispenser de soupçonner Pulchérie d'avoir eu quelque, part à cette fraude pieuse. L'impératrice devait être alors a peu pris dans sa Ireolc-ciiiquitw année.

pereur la longue tranquillité do ton règne* Dans les dernières années de sa paisible vie, l'Europe souffrit beaucoupde l'invasion d'Attila ;mais la paix continua toujours à régner dans les vastes provinces de l'Asie ;Théodosele- Jeune ne fut jamais réduit à la cruelle nécessité de combattre ou de punir un sujet rebelle ; et, quoique Pulchérie manquât peutêtre de vigueur dans son administration, an n'en doit pas moins applaudir à sa douceur et à sa longue prospérité.

Le monde romain s'intéressait vivement à l'éducation de sou maître. Son plan d'étude et d'exercices fut judicieusement disposé; les plus habiles maîtres s'empressèrent d'instruire leur auguste élève , qui reçut lem's leçons en commun avec plusieurs jeunes gens de la première qualité, introduits dans le palais pour animer l'empereur par l'influence de f amitié et de l'émulation. Pulchérie se réserva le soin d'instruire son frère dans l'art de gouverner ; mais ses préceptes autorisent à révoquer eu doute l'étendue de sa capacité , ou la pureté de ses intentions. Elle loi apprit à conserver un maintien grave et imposant, à. marcher, à porter sa robe avec grâce, à s'asseoir sur son troue avec majesté , à s'abstenir de rire , a écouter arec complaisance , à faire une réponse convenable, à prendre tour à tour l'air affable ou sérieux, et en un mot à représenter dons toutes les circonstances l'extérieur d'un monarque avec grâce et avec dignité. Mais on n'inspira point à Théodose ' |e désir de mériter son nomet d'en soutenir la gloire. Au lieu d'aspirer à égaler ses ancêtres, il dégénéra encore, si l'on peut mesurer jusque là les degrés de l'incapacité, de la faiblesse de son père et de son

1 (Ivs use opp«utonremBf^aMeenire les doux Mslorifns ecclésiastiques, qui en général s'accordent dan» la plupart de leun relations. Soiumene (J. n,c. 1) assure que Pulchérie eut le gouveruement de l'empire, cl dirigea l'éducation de sou frère, dont il daigne a peine faire l'éloge. Socrate, atTectaut de renoncer à tout espoir de laveur et de célébrité, fait un long panégyrique de l'empereur, et ne parle point du tout du mérite de Pulchérie (1. vu, c 22-42). Phuoslorge £1. xn, c. 1) parle de l'influence de Pulchérie en homme de cour. T«r jSxnMuc

ri^uiMni<u>a^r»/wn(iu/iiue>'f>»i.Sutdas(£xc«/p(. p. 53} peint le véritable caractère de Théodose, et j'ai suivi les traces de Tillemont (L 11, p. 25) en tirant quelque traits des Grecs modernes.

oncle. ArcadiusciHonorius avaient eti l'exemple et reçu les leçons du grand Théodosc appuyées de l'an tori lé de père. Mais un prince né surle trône n'entend jamais la voix de la vérité. Le (ils d'Art adius se trouvait condamné à passer sa vie dans une enfance .perpétuelle , environné d'une troupe servilc de femmes et d'eunuques. De futiles amiisemens et des études inutiles remplissaient les heures d'oisiveté que lui laissait son éloignent ent de tout ce qui avait rapport aux devoirs essentiels de souverain. Théodosc ne sortait du palais que pour se livrer au* plaisirs de la chasse. Mais il passait souvent une partie de la nuit à peindre on à graver; et l'élégance avec laquelle l'empereur transcrivait les livres de dévotion) lui mérita le surnom de calligraphe, ou excellent écrivain. Sépare du monde par un voile impénétrable , le jeune monarque donnait sa confiance à ceux qui s'occupaient de flatter ses goûts et d'amuser son indolence ; et, comme il ne lisait jamais les papiers où il mettait sa signature, on exécutait en son nom les injustices les plus opposées à son caractère. Théodose était chaste , sobre, libéral et compatissant ; mais ces qualités , qui ne méritent le nom de vertus que quand elles sont soutenues par le courage et dirigées par la prudence , devenaient rarement utiles, et quelquefois funestes au genre humain. Une éducation défectueuse avait amolli son ame , et In superstition la dégradait encore. U jeûnait, chantait des psaumes, et croyait aveuglément aux miracles et aux préceptes qui nourrissaient sa crédulité. Il croyait dévotement aussi aux saints morts et vivans de l'église catholique ; et l'empereur des Romains refusa une fois de manger jusqtt'àcequ'un moine audacieux, qui avait excommunié son souverain, eut daigné guérir cette blessure spirituelle'.

L'histoire d'une fille chaste , belle et vertueuse, élevée d'une classe obscure snr.le trône impérial , passerait peut-être pour un roman, si elle n'était pas constatée par le mariage de Théodose. La célèbre Athénaïs ',

i Théodore!, 1. v, c. 37. L'évoque de Cyrrhe, un des hommes 1rs plus respectables de son siècle par sa piété ri par son érudition , applaudit S l'obéissance de Théo- , do-e.iul lois divines.

* Socralr ( l. rn, c. 21 ) nomme Athcnaii , fille d' un

(421 dep. J.-C.) fille de Léonce , philosophe athénien , avait toutes les grâces de. son sexe avec toute la solidité du n gtre. Son père l'éleva dans la religion des Grecs, et l'instruisit daus les belles lettres et dans les sciences. Il en lit un philosophe, un grammairien et un rhéteur. Le vieillard crut qu'avec tant de talens joints :i la beauté sa fille n'avait pas besoin de biens : îl la déshérita, partagea sa fortune entre ses deuxfils, et ne laissa qu'un legs de cent pièces d'or à Athénaïs. Après la mort de Léonce , elle voulut rentrer dans ses droits , mais ses frères les lui contestèrent. Athénaïs, se voyant sans, ressource, -alla à Constant inople porter sa plainte à Pulchérie. L'impératrice , charmée de sou esprit et de sa beauté , recoud avec intérêt , et destina secrètement la fille du philosophe Léonce à devenir femme de Théodosc et impératrice de l'Orient. Elleréussit facilement à exciter la curiosité d'un prince âgé de vingt ans , par une peinture intéressante des charmes d' Athénaïs dont elle vantait les grands yeux, le nez régulier, le beau teint, les cheveux blonds, la taille fine, la démarche gracieuse , l'intelligence cultivée par l'étude, la vertu éprouvée par le malheur. Théodose , caché derrière un rideau dans l'appartement de sa soeur, eut le plaisir de contempler la belle Athénienne , et déclara qu'il était résolu à l'épouser. Les noces furent célébrées au bruit des acclamations de la capitale et des provinces. Athénaïs renonça sans peine aux erreurs du paganisme,, et reçut k baptême et le nom d'Eudoxie. Mais Pulchérie ne lui accorda le titre d'augusta. qu'au moment où elle accoucha d'une fille, qui épousa, quinze ans après, l'empereur de L'Occident. Les frères d' Athénaïs, instruits de sa fortune, se cachèrent pour éviter sa vengeance. Eudoxie les fit chercher, ci les éleva, aux premières, dignités de l'empire. Au faite desgnm-

pnilosophe athénien. Il parle de son baplfme , A-son mariage, et de ses talons poétiques. Jean Malala ert l'auteur le plus ancien qui ail parlé de celle hisloir-- (part. Il, p.20,21,édil.Venet,1733J,etlaCtooiii(ni-' Pasch. (p.31l, 312). Ces auteurs avaient probablement vu le portrait original de l'impératrice Kudoiie. 1/» Grecs modernes, Zouare, Cédréuus, etc., oui monlr.' plus de penchant que de talent pour la fiction. J'ai liasariY de fixer son âge, sur l'autorité de Nicèpliorc. L'n laûru de roman n'aurait point imaginé qu'Alhéuaïs avait pré. de vingt-huit ans lorsqu'elle enflamma le jeune TWvaW.

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(421 Oep. J.-C.) tlciirs , elle cultiva toujours les talcns qui avaient contribué a son élévation, et les consacra sagement à sa religion et a son mari. Eudoxie composa une paraphrase poétique des huit premiers livres de l' Ancien-Testament et des prophéties de Daniel et de Zacliaric ; un centon des vers d'Homère , appliqués a la vie et aux miracles de Jésus-Christ; la légende de saint Cyprien et un panégyrique île Tliéodose , à l'occasion de sa victoire sur les armées persanes. Ses écrits , admires par un peuple d'esclaves superstitieux, n'ont point paru méprisables aux critiques exempts de partialité *. Le temps et la possession n'affaiblirent point la tendresse de l'empereur, et, après le mariage de sa fille, Eudoxie obtint la permission de remplir le vœu de sa reconnaissance par un pèlerinage à Jérusalem. Le faste avec lequel cette princesse traversa l'Orient s'éloigne un peu de l'humilité chrétienne.. Elle prononça sur un trône d'or, enrichi de pierres précieuses , un discours éloquent dans le sénat d'Antiocbe , déclara l'intention d'élargir l'enceinte de la ville, fil un don de deux cents livres d'or pour rétablir les bains publics et accepta les statues que la reconnaissance des habitons offrit d'élever en son honneur. Dans la Terre- Sainte, ses aumônes et ses fondations pieuses surpassèrent la munificence de sainte Hélène; et, si le trésor public souffrit un pou de ses libéralités, elle jouît au moins de la satisfaction de rapporter à Constantinople les chaînes de saint Pierre , le bras droit de saint Etienne et le véritable portrait de la Vierge, peint par saint Luc1. Mais ce pèlerinage marqua le terme fatal de la gloire et de la prospérité d'Eudoxie. Rassasiée d'une pompe fastidieuse et fatigante, oubliant peut-être les obligations qu'elle avait à la sœur de Théodose, elle eut Tarn bition de gouverner l'em-

< Socrale, 1. vil, c. 21 ; l'holîus, p. 413-420. Le teuton d'Homère existe encore, et a clé imprimé plusieurs rois; mais les critiques 'prétendent que celte insipide production n'est point d'Eudoxie. (Vny. Fabric. , Biblioth. Cnrc., t. i,p. 357). L'ionia, ou Dictionnaire de fables et d'histoires, a été compilé par une autre impératrice du nom <rKudoxie,qu! vivait dans le onzième siècle, et l'ouvrage existe encore manuscrit.

i Barontus (Annal. Ecriés., A. D., 438, 439) est cloquent et abondant; maison l'accuse de mêler indifféremment le< laits apocryphes aux faits les plus nul hratiques.

pire. Le palais, en proie à la discorde, se divisa en deux factions; mais l'ascendant de Pulchérie décida la victoire. L'exécution de Paulin , maître des offices , et la disgrâce de Cyrns, préfet du prétoire de l'Orient, opprirentau publie que la faveur d'Eudoxie ne suffisait pas pour protéger ses plus fidèles amis; et la beauté de Paulin fit soupçonner que son crime était celui (fini amant heureux'., Dès que l'impératrice s'aperçut qu'elle avatt perdu irrévocablement la tendresse et In confiance de Théodose, elle demanda la permission de se retirer à Jérusalem. L'empereur la lui accorda ; mais sa jalousie ou la vengeance de Pulchérie la poursuivît dans sa retraite ; et Saturnin, comte des domestiques, eut ordre d'ôter la vie à deux ecclésiastiques très-aimés d'Eudoxîe. Elle les vengea par la mort du comte ; et l'excès de sa fureur dans cette occasion suspecte sembla justifier la sévérité de Théodose. L'impératrice fut ignominieusement dépouillée des honneurs de son rang , et déshonorée peut-être injustement dans l'opinion publique. Eudoxie passa dans l'exil et dans la dévotion les seize années qu'elle survécut à sa disgrâce*. L'approche de la vieillesse, la mort île Théodose, les infortunes de sa fille unique menée en captivité de Rome à Cnrthagc et la société des saints moines de la Palestine , confirmèrent sa dévotion. Après avoiréprouvé toutes les vicissitudes de la vie humaine , la fille du philosophe Léonce mourut à Jérusalem dans la soixante-septième année de son âge , et protesta jusqu'à son dernier soupir qu'elle n'avait jamais dépassé les bornes de l'innocence et de l'amitié '.

1 Dans ce récit abrégé de la disgrâce d'Eudoxie, J'ai imité la circonspection d'Evagrius (t. i , c 21) et du comte Marcellinus (In Chron., A. D. , 440-444). Us deux datai authentiques fixées par le dernier détruisent une grande partie des fictions des Grecs; et la rameuse histoire de la pomme, etc., n'est propre qu'à Ogurer dans les Mille et une Nuits, où l'on Ironie une histoire qui n'en duTère pat beaucoup.

2Priscus(m£icer7)r.Zcf(i/., p. 69), contemporain et homme de cour, la désigne sèchement par ses deux noms d'AlhénaU et d'Eudoxie, sans y ajouter aucun litre ou épilhète honorable ou resjieclueuse.

3 Relativement aux deux pèlerinages d'Eudoxie, à sa longue résidence a Jérusalem , a sa dévotion , ses aumônes, etc., voyez Socrale {1. to, c. 47) et Eiagrius (1. i, r. 20,21,221.1^ chronique de Pasch. mérite quelquefois

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{422 dcp. J.-C.l

L'ambîtion des conquêtes ou Je la gloire militaire n'avait jamais agité l'âme languissante dupaistblc Théodose, et la faible alarme de la guerre de Perse interrompît à pciu tranquillité de l'Orient. Les motifs de cette guerre étaient aussi justes qu'honorables. Dans la dernière année du règne de Jezdegerd, tuteur supposé de Théodose, unévéque qui aspirait à la couronne du martyre détruisit àSuze un des temples du Feu1, Son zèle et son opiniâtreté attirèrent la vengeance sur tous les chrétiens; les mages irrités excitèrent une persécution violente, et Varanes ou Bahram, qui succéda an trône de Jezdegerd, hérita aussi de son ressentiment. Quelques chrétiens fugitifs s'étaient réfugiés sur les frontières des Romains ; ils furent réclamés avec hauteur, et généreusement refusés. Ce refus et des disputes de commerce firent bientôt éclater la guerre entre les deux empires ; leurs armées couvrirent les montagnes de l'Arménie et les plaines delà Mésopotamie. Mais les opérations de deux campagnes ne produisirent que quelques combats douteux et quelques sièges sans succès. Les Romains essayèrent inutilement de reprendre Nisibis, et les Perses ne réussirent pas mieux devant une ville de Mésopotamie , défendue par son vaillant évoque , qui foudroyait les assiégeant au nom de l'apôtre saint Thomas. Cependant des courriers apportaient sans cesse à Coustantinople la nouvelle de quelque victoire , toujours suivie de fêtes et de panégyriques. Les historiens du siècle oui pu puiser dans ces panégyriques* leurs récits extraordinaires et peut-être fabuleux , le défi d'un héros persan que le Gotn

d'etee consultée, et pour l'histoire d'Antîodie l'autorité de JeaaMalaia n'est point à rejeter. I. 'abbé Guénée. dans ub mémoire sur la fertilité de la Palestine, dont je n'ai vu qu'un f lirait, évalue les dons d'Eudo\ie a 20,488 lir. pesant d'or, environ vingt millions de francs.

' Théodore*, l. t, c. 39; Tukmonl, Mém. Ecclés., i. xii, p. 356-361; Àssemaiini, Biblioth. Orient., L m p. 393; t. IV, p. 61. Théodore! blâme l'action d'Abrlas, mais il loue sa constance a souffrir le martyre. Cependant je ne conçois pas bien clairement Tes principes qui défendent de réparer le dommage qu'on a commis ill^-a-

î Soerale (1. m, r.18, f9,a),5[) mérite la préférence relativement a la guerre de perse. On peut encore consulter les trois ruraniques, la Ch. Pasch. et celles de Mar-

eellin rt de Malais.

Aréobinde tua, après l'avoir jiris dans son filet , les dix mille immortel* massacrés à l'attaque du camp des Romains, et les cent mille Arabes ou Sarrasins qui, frappés de terreur, se précipitèrent dans l'Eupliratc. On peut ré voquer en doute ou négliger rtctclsévéncmens: mais on ne doit point passer sous silence la charité d'Acacitis , évêque d'Ainida, dont le nom méritait une place dans le calendrier. Ce digne prélat , regardant les vases d'or et d'argent comme inutiles an culte de Dieu, vcndîttousccuxquiappartenaientàsoii église, racheta du produit sept mille Persans captifs, leur fournit libéralement tout ce dont ils avaient besoin, et les renvoya dans leur patrie apprendre au monarque persan quel était le véritable esprit de la religion qu'il persécutait. Des actes de bienfaisance, exercés au milieu des fureurs de la guerre , réussissent presque toujours à diminuer l'anîmosité des nations ennemies ; et j'aime a me persuader que la générosité d*Acacius contribua au rétablissement de la paix. Dans ta conférence tenue sur les confins des deux empires, tes ambassadeurs romains donnèrent une idée méprisable de leur souverain , en voulant exagérer l'étendue de sa puissance; ils conseillèrent sérieusement aux Persans de prévenir, par une prompte conciliation , la colère de Théodose, qui n'était pas encore instruit de cette guerre éloignée. l!ne trêve de coin ans fut ratifiée solennellement ; et, quoique b tranquillité publique ait été menacée par les révolutions de l'Arménie, cependant les successeurs d'Artaxçrcès et de Constantin respectèrent, durant près dé quatre-vingts années, les conditions principales 'de ce traité. Depuis le premier combat entre' lesPurthes et les Romains sur les bords de l'Euphraie, les puissans protecteurs de l'Arménie ' l'opprimèrent tour à tour. Nous avons tlëjà rapporté dans le cours de cette histoire une partie

' l'.t réeil de la ruine <'l «lu partage du royaume d'Arménie est lire du IruLsiemo Imc de l'histoire d'Arménie. de Mo'isedeChorene. Quoiqu'il n'ait aucune des qualité* estimées dans un historien, ses cou naissances locales, sapassions et ses préjugés indiquent suffisamment un habi tant an pays el un contemporain. Procope (t/e .fJ>/«-jj-, I. ui, c. l-j; raconte les mimes faits d'une manîerr fo.i différente; j'ai «Irait les circonstances les plus prohahln es-raernes, el les, moins npposees' au récit de Morde Choréne.'

(422 dep. J.-t») des événemeiis qui contribuèrent tantôt à la guerre et tantôt à la paix. L'ambitieux Sapor avait acquis la possession de I* Arménie par un traité honteux pour ses rivaux, et la puissance de la Perse ont un moment la prépondérance. Mais les descendons d'Arsace obéissaient avec impatience à la postéritédeSassan; les nobles réclamaient et reprenaient souvent leur indépendance héréditaire, et les peuples conservaient encore de l'attachement pour les prince» chrétiens de Constanlinople. Au comlueiicement du cinquième siècle, la guerre et les factions déchirèrent l'Arménie1, et ces divisions intestines précipitèrent la chute de cette ancienne monarchie. Cliosroès, vassal du monarque persan , régnait a Test sur ia plus vaste partie de ce royaume, et les provinces moins étendues de l'Occident étaient soumises à l'autorité d'Arsace et à la suprématie de l'empereur A rcailius. Après la mort d'Arsace, les Romains supprimèrent la monarchie nationale , et les alliés de l'empire devinrent ses sujets. On nomma un comte militaire de la frontière d'Arménie. La ville de Tbéodosiopolis ', située avantageusement, lut construite et fortifiée sur un terrain élevé et dans un canton fertile, près des sources de l'Euphrate; et cinq satrapes gouvernèrent Les provinces qui obéissaient aux Romains. Leur dignité fut indiquée par un vêtement particulier de pourpre et d'or. Le reste de nobles moins bien traités , qui regrettaient la perte de leur monarque et enviaient la faveur de leurs égaux» négocièrent leur paix à la cour de Perse, obtinrent leur pardon, retournèrent avec leur suite au palais tTAstaxau, et reconnurent Cliosroès pour leur souverain légitime. Environ, trente ans après, Artasire, neveu et successeur de

■ Les Arméniens d'Occident se serraient des caractères et de la langue grecque dam leurs prières et dans les offices feuglemev Hais les Perses riraient praserH l'ange de celte langue dans 1rs provinces de l'Orient. Ils se sertirent de l'Idiome syriaque jusqu'au commencement du cinquième siècle, ou Mrsroues inventa les lettres arméniennes, et traduisît la fiihle en langue arménienne. Cet événement affaiblit la liaison de l'église et de In nation avec Constanlinople.

2 Moïse de Chorèoe, I. m, c 49, p. 300 et p. US; Procop., dé Mititiciiï. 1. nr, e. 5. Théodosiopolis était *itut!eeu*ir[iii à irente-cinq milles, vers l'orient, d'Arreroum ]a moderne capitale de l'Arménie oltomane. (Voy. «i'Àti ville, Géographie ancienne, t. n, p. 90..IW.)

Cliosroès , perdit la confiance et l'affection de ia noblesse capricieuse d'Arménie, et ils demandèrent, au lieu de leur roi, un gouverneur persan. La réponse de l'archevêque Isaan, dont ils sollicitaient le consentement, peint parfaitement le caractère d'un peuple superstitieux. Il déplore les vices évidens et inexcusables d'Artasire, • et n'hésiterait pas, disail-it, à

> l'accuser devant le tribunal d'un empereur

> chrétien, qui le châtierait sans le détruire. >

• Notre roi, ajoutait Isaac, se livre à des

> plaisirs obscènes; mais il a été purifié par

> les saintes eaux du baptême. 11 aime les

• femmes, maïs il n'adore ni le feu ni les élé-

• mens. Oo peut l'accuser de débauche; mais

• il est évidemment catholique , et sa foi peut

• être sincère, quoique ses mœurs soienl cor-

> rompues, le ne consentirai jamais à livrer

> mon troupeau à la voracité des loups; et

• vous auriez bientôt .lieu de vous repentir » d'avoir troqué les faiblesses d'un fidèle

> contre les vertus apparentes d'un païen '. * La fermeté d'Isaac enflamma le ressentiment des nobles; ils dénoncèrent le roi et l'arche- ■ véque comme partisans secrets de l'empereur romain, et entendirent, avec satisfaction, lia lira m prononcer lui-même la sentence. Les descend ans d'Arsace furent dégradés de la dignité royale1, qu'ils possédaient depuis plus de cinq cent soixante ans ' ; et les étals du malheureux Artasire prirent la forme et l'administration de provinces sous la dénomination nouvelle et expressive de Persarménie. Cette usurpation excita la jalousie du gouvernement romain ; maïs le différend se termina bientôt à l'amiable, au moyen d'un partage

■ Moïse deClioreiw, J.iu,c. 63, p. 310. Selon l'institut de saint Grégoire, jpilre de l'Arménie, l'archevêque faisait toujours partie de la famille rurale; circonstance «fui cornerait, en quelque façon , l'ascendant du caractère sacerdotal en unissant la nuire avec (a couronne.

1 Une nranene de ta maison royale des Arsactt continua d'exister, probablement avec le rang et l'autorité de satrapes. (Voyez Moïse de Çhorcnc, j, ni, c. 6a, p. 321.)

3 Immédiatement après la défaite d'Amiochus-Sidetes , Valarsace lui nommé roi de l'Arménie par son frère, monarque des Partlies {Moïse de diurèse, I. u, c. 2, p. 85), cent trente ans avant Jésus-Christ. Saus noua en rapporter aux époques incertaines du règne des derniers rois , nous pouvons regarder comme évident que le royaume d'Arménie ne fui détruit que postérieurement a la tenue divcQnciledeChalcedoine (A. D., 431,1. m,c. 61, p. 312), et sous le reçue de Vrraiinu ou de Ualiratu , roi de Perse

iuégal de l'aucun royaume d'Arménie; et l'acquisition d'un faible territoire, qu'Auguste aurait méprisé, jeta un peu de lustre sur l'empire expirant du jeune Théodore.

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