CHAPITRE PREMIER
tteadne et force miiiuire da l'Empire, dam le liacle
Dus le second siècle de l'ère chrétienne , Rooe mît soumis a son empire les pins belles contrées de la terre, et comptait parmi ses njets les peuples les plus civilisés. Le ceorage, U discipline, une réputation acquise par une longue suite de victoires , assuraient les frontières de cette immense monarchie. L'influence douce, mais puissante, des lois et des mœurs, avait insensiblement cimenté l'union de tontes les provinces : leurs habitans jouissaient et abusaient, an sein de la paix, des avantages du luxe et des richesses. On conservait cependant, avec un respect religieux, l'image d'une constitution libre. Le sénat romain possédait en apparence l'autorité1 souveraine, et les empereurs étaient revêtus de la puissance exécutrice. Pendant plus de quatre-vingts ans, l'administration publique fut dirigée par les talens et la vertu de Trajau, d'Adrien et des deux Antonio». Nous décrirons d'abord l'état florissant de l'empire dans cette heureuse période; nous rapporterons ensuite les circonstances les plus intéressante» qui en ont accompagné la décadence et la chute, depuis la mort de Marc-AwéJe : révolution a jamais mémora-
ble, et qui influe encore maintenant sur ton* tes les nations du globe.
Les principales conquêtes des Romains furent achevées dans le temps de la république. Les empereurs se contentèrent, pour la plupart , de conserver ces domaines , dont l'acquisition était le fruit de la profonde sagesse du sénat, de l'émulation active des consuls et de l' enthousiasme militaire du peuple. Les sept premiers siècles n'avaient présenté qu'une succession rapide de triomphes; mais il était réservé à l'empereur Auguste d'abandonner le projet ambitieux de subjuguer l'univers. Ce fut lui qui introduisit l'esprit de modération dans les conseils publics. Porté à la pari, autant par sa situation que par son caractère, il s'aperçut aisément que Rome , parvenue an Faite de la grandeur, avait plus à craindre qu'à espérer en ambitionnant de nouvelles conquêtes. En effet, dans la poursuite de ces guerres lointaines, l'entreprise devenait tous les jours plus difficile, le succès plus douteux, et la possession moins avantageuse. L'expérience d'Auguste vint à l'appui de ces réflexions salutaires. Au lien de s'exposer aux flèches des Parthes , il crut faire assez pour sa gloire d'obtenir la restîtn- . tion des drapeaux et des prisonniers qui avaient été enlevés à l'infortuné Grassus '.
< DwnOnius(l.r,irIp.T3G , avec l«s notes de Rerflar) a*l a rassemblé tout et «ne b vaniU roaudn» nous t
Ses généraux , dans les première! années de son règne, voulurent subjuguer l'Ethiopie etl'Arabie-Heureuse : Us marchèrent l'espace de trois cents lieues environ vers le midi du tropique; mais la chaleur du climat arrêta bientôt les conquérans, et protégea les faibles habitans deces régions éloignées '. Le nord de l'Europe semblait être à l'abri d'une invasion; des neiges et des frimais ne pouvaient dédommager les vainqueurs de leurs dépenses et de leurs fatigues. Couverte de bois et de marais , la Germanie nourrissait dans son sein des barbares Courageux , qui méprisaient ta vie lorsqu'elle était séparée de la liberté. Ils parurent à la vérité se soumettre d'abord à la puissance formidable de Rome-; mais ils se rétablirent bientôt dans leur indépendance. Le désespoir leur donna des forces, et ils imprimèrent dans l'esprit d'Auguste une idée terrible des vicissitudes de ta fortune', A la mort de ce prince, son testament fut lu publiquement dans le sénat : Auguste laissait à ses successeurs , comme la portion la plus utile de son héritage, Favis important de resserrer l'empire dans les bornes que la sature semblait avoir elle-même tracées : à l'occident, l'océan Atlantique; le Rhin et la Danube au nord ; l'Euphrate à l'orient; et, vers le midi, les sablée brùlans de l'Arabie et de l'Afrique1. -Le genre humain était redevable de son
a laissa à cette «cession. Le marbre d'Aneyre, sur lequel Auguste avait (ait graver ses exploits , nous apprend que «empereur força les Parthes a restituer les drapeaux de
«Slrsftta (h xn, p. MO-); «Une (HW. natar.I. w ,0.32, 35), tt Diosv Coasias ( 1. lu, p. 723, et), uv, P- 134), nous ont laissé des détails tris-curieux de ces guerres, tes Romains se rendirent maîtres de Mariaba ou Menti, rute de l' Arabie-Heureuse, bien connue des Orientaux K AtatWa, et ta Géograpkm noMn», p. si). Ils P*WM4»aA, après une marche de trou jours, Jusqu'au r«Kquiproduilleséi«c«s,priiicipaloliieldeleuruiMskin. Par la massacre de Varas et de ses trois légions (V. hr premier nvre des Annales de Tacite, Suétone, Vie d-AugusW, c. 38, et FtlleUta Paterculus, I. q e. W , Ho.). Auguste, m reçut pas m nouvelle d« cette début atec toute la nodénatiou ni Unie la rerm«lé qu« Ton devait naturellement attendre de son caractère.
Tacite, Annal. 1,11; Dion Cassius, 1. m p 833 * * "f0"" <*f»«gusle lui-mSme , dans la Satire des Césars. Sx damer ouvrage est fort éclairci par les savantes notes de sou traducteur français , M. Snanbeùih
bonheur à la sagesse d'Auguste : les vices et la lâcheté de ses successeurs assurèrent encore la tranquillité de l'empire. Les premiers Césars, plongés dans la mollesse, ou engagés dans l'exercice de la tyrannie , se montraient rarement aux provinces et à la télé des armées. Jaloux de la valeur et des succès de leurs lieutenant, ils ne purent consentir à les voir jouir des honneurs du triomphe dont leur indolence les rendait indignes. La réputation militaire d'un sujet devint un attentat à la dignité impériale. Les généraux se contentaient de garder les frontières qui leur avaient été confiées : leur devoir et leur intérêt leur défendaient également d'aspirer à des conquêtes qui ne leur auraient pas été moins fatales qu'aux nations vaincues'.
La Bretagne fut la seule province que les Romains ajoutèrent à leurs domaines dans le premier siècle de notre ère. Les empereurs crurent alors devoir plutôt marcher sur les traces de César que suivre les maximes d'Auguste. La situation d'une île voisine de la Gaule leur inspira le dessein de s'en rendre maîtres : leur avidité était encore irritée par l'espoir agréable, quoique incertain, d'y trouver des perles1. La Bretagne semblait être un monde séparé; ainsi cette conquête formait à peine une exception au plan généralement adopté pour le continent. Après une guerre d'environ quaranteans1, entreprise, soutenue et terminée par les plus stupides,les plus dissolus et les, plus lâches de tous les princes, une grande partie de l'Ile subit le joug des Romains*. Les différentes tribus quicompo-
1 Gcrmanicus,Suetoiuus Paulinna et Agrioola furent traversés et rappelés dans le eours de leurs vietetres. Cor- Biilon tut mis à mort. Le mérite nûnUura, cmum Tacite l'exprime admirablement, était réeUement iwperataria virtus.
■ * César n'allègue point un pareil motir, mais Suétone «n lait mention , c. 47. Au reste , les pertes de la Bretagne eurent peu de valeur A raison 4e lear oauleu* oèttare et livide. Tacite •bserve que c'était un début inhérent (Vie d'Agricola, c 12}. « Ego facitiùs eredtderim naturttm * margaritis déesse , quàm nobis avaritiam. »
3 Sous les règnes de Claude, de Néron etdeDomltien. Vontpoauts Mes», qui écrivait sous le premier deces Prince* , espéra < L in , e, 0 ) , qu'a h) Brreur du sueaès des armes romaines nie et ses sauvages habitans seront bicelêt mieux connus. Il est assez amusant do lire de pareils Passages au milieu de Londres.
* Vo;-«r fadmirable abrégé que Tacite nous a donna
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(100 av. J.-C.) saient la nation britannique avaient un courage aveugle : passionnées pour la liberté , elles ignoraient les avantages d'une union qui pouvait seule les rendre invincibles ; ces peuples inconstans prenaient les armes avec fierté; i.out-à-coup ils les déposaient, ou n'en faisaient usage que pour s'entre-détruire.Ati lieu de se liguer contre l'ennemi commun, ils combattirent séparément, et ils furent subjugués : ni la bravoure de Caractacus , ni le désespoir de Boadicea, ni le fanatisme des druides , ne purent soustraire leur patrie à l'esclavage- Les Bretons lurent incapables de résister aux progrès constans des généraux de l'empire qui soutenaient la gloire nationale, tandis que la majesté du trône était avilie par le crime et par la bassesse. Dans le temps que le farouche Domi tien, renfermé dans son palais , ressentait lui-même la terreur qtr*U inspirait, ses légions, sous le commandement du vertueux Agricola, dissipaient, aux pieds des monts deGrampie, les farces réunies des Calédoniens; et ses flottes , malgré les dangers d'une navigation inconnue, déployaient autour de l'Ile les étendards de Rome. Déjà la Bretagne pouvait être regardée comme soumise : Agricola se proposait d'en achever là conquête, et d'assurer ses succès par la réduction de l'Irlande. Une seule légion et quelques troupes auxiliaires lu! paraissaient suffisantes pour l'exécution de son dessein*. La possession de cette lie occidentale aurait pu devenir très-avantageuse , et les Bretons auraient porté leurs chaînes avec moins de répugnance, si la vue et l'exemple de la liberté eussent été entièrement éloignés de leurs regards.
Mai» le mérite supérieur tf Agricola le fit bientôt rappeler de son gouvernement de Bretagne > alors le plan de conquête qu'il avait formé avec tant de prudence fut pour jamais détruit. Avant son départ , Agricola pourvut à la sûreté du pays qu'il était forcé d'abandonner : il avait observé que l'Ile est
■as h Vie fAtriaUt C« «Jet , malgré les recherctKs de m» mu antiquaires , Camdeii e> Honiey , est bien Toùi fttntp&é.
1 Lu écrisasH Mandat* , Jaloux de la gloire de leur patrie, Hat extrêmement irrites à eetie occasion contre Tacite et centre Agrieola.
presque divisée en deux parties inégales par deux golfes opposés : il construisit des redoutes le long de la petite langue de terre qui les sépare : cette fortification prit une forme plus régulière sous le règne d'Antoninle-Pieux, qui y fit élever un rempart de gazon , dont les fondations étaient eu pierres '. Cette muraille, bâtie uu peu au-delà d'Edimbourg et de Glasgow, servît de limite à l'empire. Les Calédoniens conservèrent leur indépendance dans la partie septentrionale de l'île : leur pauvreté, autant que leur valeur , leur procura ce précieux avantage. Ils faisaient souvent des incursions, mais ils étaient aussitôt repoussés et punis. Cependant leur pays ne fut jamais subjugué*: les souverains des climats les plus rions et les plus fertiles du globe ne regardaient qu'avec mépris des montagnes exposées aux fureurs des tempêtes, des lacs couvents débrouillards épais, et des vallées incultes où l'on voyait le cerf timide fuir à l'approche d'une troupe de barbares nus et hideux1.
Les successeurs d'Auguste étaient restés constamment attachés à ses maximes politiques : tel était , depuis sa mort , l'état des frontières de l'empire, lorsque Trajan monta sur te trône. Ce prince vertueux et rempli d'activité avait reçu l'éducation d'un soldat, et possédait les talens d'un général*. Le système paisible de ses prédécesseurs fut toutà-coup interrompu par des guerres et par des conquêtes. Après un long intervalle , les légions virent enfin paraître à leur tête uu empereur capable de les commander. Trajan se signala d'abord contre les Daces, nation belliqueuse qui demeurait au-delà du Danube , et qui , sous le règne de Domîtien , avait insulté avec impunité la majesté de Rome*. A la
1 Voyei Brilannia Romana, par Horslev, 1. 1, e. 10.
l Le poète Buchanan célèbre , avec beaucoup d'esprit et d'élégance (v. s« Sylva, t), la liberté dont les anciens Écossais ont toujours joui. Mais si le seul témoignage de Richard de Cirecenster suffit pour créer une province romaine au nord de la muraille, cette indépendance se trouve renfermée dans des limites 1res- droites.
* Voyez Appicn (in Proam.) et les descriptions uniformes des poésies erses qui , dans toutes les hypothèses., ont été composées par un Calédonien.
* Voyez le panégyrique de Pline, qui parait éireappavé sur des faits.
1 Dion Cassius , 1. txvn,
force et à F intrépidité des barbares , les Dates ajoutaient un mépris pour la vie, que leur inspirait une persuasion intime de la transmigration et de l'immortalité de l'âme'. Ddcébale, leur roi, n'était pas un mal indigne de Trajan : il ne désespéra de sa fortune et de celle de sa nation qu'après avoir , de l'aven même de ses ennemis , épuisé toutes les ressources de la valeur et de la politique '. Cette guerre mémorable dura cinq années sans presque aucune interruption ; Trajan , qui pouvait disposer à son gré de toutes les forces de l'empire , demeura vainqueur, et soumît entièrement les barbares. La Dacie*, qui faisait une autre exception aux préceptes d'Auguste, avait environ quatre cents lieues de circonférence : les limites naturelles de cette province étaient le Niester, le Teiss ou Tibisque , le Danube et le Pont-Euxin. On voit encore ' aujourd'hui les vestiges d'un chemin militaire depuis le Danube jusqu'auprès de Bender, place fameuse dans l'histoire moderne, et qui sert maintenant de frontière à l'empire Ottoman et a la Russie4.
Trajan brûlait du désir de se faire un nom. Tant que le genre humain continuera de mettre ses destructeurs au premier rang, et d'accorder à ses bienfaiteurs un moindre tribut d'éloges , la soif de la gloire militaire sera toujours le défaut des caractères les plus élevés. Les louanges d'Alexandre, chantées par les poètes et les historiens les plus célèbres, avaient allumé dans l'âme de Trajan une émulation dangereuse. L'empereur romain entreprit , à l'exemple du roi de Macédoine , d'enchaîner les nations de l'Orient ; mais il soupirail eu faisant réflexion que son âge avancé ne lui laissait pas l'espoir d'égaler la réputation du fils de Philippe s. Cependant les exploits de Trajan, quoique de peu de durée, les Césars, avec
' Hérodote,!, r», c. M; Julien, les obsarrations de Spanheûn.
'ïTme.épit. nn,0.
3Di<mCassins,I.n™, p. 1123, 1131; Julien, in taiaribus; Eulrope, vm,2, 6; AurdhU Victor, Lk
* Voje» un mémoire de M. d'Anrilla, sur la province feDacLe, demie Recueil de l'Académie des inscription» . tout, xwm, p. 444-466.
* Les seplûueos de Trajan sont représentés au naturel et d'une minière fort agréable, dans les Césars de l'empereur Julien,
(SO dep. J.-C.) furent brillans et rapides : il mit en déroute les Parthes, dégénérés et affaiblis par des guerres intestines. U parcourut en triomphe les bords do Tigre , depuis les montagnes d'Arménie jusqu'au golfe Persique. Ce prince navigua le premier sur cette mer éloignée; et, de tous les généraux romains, il est le seul qui ait jamais joui de cet honneur : ses flottes ravagèrent les cotes de l'Arabie. Enfin, Trajan se flatta qu'il touchait déjà aux rivages de l'Inde'. Chaque jourle sénat étonné entendait parler de noms obscurs et de nouveaux peuples qui reconnaissaient la puissance de Rome : il ne put apprendre sans la plus grande surprise que les rois du Bosphore,-de Colehos, d'ïbéric, d'Albanie, d'Oshroene, que le souverain des Parthes lui-même tenaient leurs diadèmes des mains de l'empereur; que les Mèdes et les- habitons des montagnes de Gard uchie avaient imploré sa protection , et que les riches contrées de l'Arménie, de la Mésopotamie et de l'Assyrie étaient réduites en provinces *. Ces images magnifiques disparurent à la mort de Trajan, et l'on eut tout lieu de craindre que des nations si éloignées ne secouassent le joug , puisqu'elles n'avaient plus a redouter la main puissante qui le leur avait imposé.
On rapportait que, lorsque le Capitole avait été fondé par un des anciens roèdeRome, le dieu Terme, seul parmi les divinités inférieures , avait refusé de céder sa place à Jupiter même. Ce dieu présidait aux limites, et, selon l'usage de ces temps grossiers, il était représenté sous la forme d'une pierre. Les augures avaient interprété cette obstination du dieu Terme de la manière la plus favorable : c'était, selon eux, un présage certain que les bornes de la puissance romaine ne< reculeraient jamais*. Cette tradition s'était toujours conservée; et, comme il arrive d'ordinaire, la prédiction, pendant un grand nombre de siècles, en assura l'accomplissement. Mais, quoique le dieu Terme eut résisté a la ma-
< Eutrope et Sextus Rufus ont voulu perpétuer cette illusion. Voyez une dissertation Irts-iogèuieuse de M. Preret.dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, ion, nu , p. 55.
* Dion Casslus, 1. txvm, et les abrév&teura.
* 0rid.,Fast.,l. n, v.687. Voyez Tite-Iife et eTBaftap. passe, au règne de Tarquin.
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jesté de Jupiter, il fut obligé de se soumettre à l'autorité d'Adrien1 : cet empereur commença son règne par renoncer aux nouvelles conquêtes de Trajan. Les Parthes recouvrèrent le droit 'd'élire leur souverain, et les troupes romaines abandonnèrent les places eu elles étaient en garnison eu Arménie, en Assyrie et dans la Mésopotamie. Adrien reprit le système d'Auguste; et TEuphrate servit denoaveau de frontière à l'empire* .L'envie, qui ne manque pas de censurer les actions publiques et les vaes particulières des princes, s'est efforcée d'attribuer à des motifs de jalousie une conduite qui peut-être était dictée par la prudence et par h modération. Ce soupçon paraît être fondé sur le caractère singulier d'Adrien, capable tour à lourdes semDmct» les plus bas et les plus élevés : cependant il ne pouvait faire briller avec plus d'éclat la supériorité de son prédécesseur, qu'en s' avouant Iri-méme trop faible pour conserver les conquêtes de Trajan.
Le génie martial et ambitieux de l'un formait un contraste singulier avec la modération de l'autre: la tranquillité douce d'Antooin4«>Pieux ne paraîtra pas moins remarquable , si on la compare avec l'activité infatigable, da son prédécesseur. La vie d'Adrien ne fui presque qu'un voyage perpétuel : ce prince aimait la guerre, cultivait les lettres et possédait les taleus d'un homme d'état ; il satisfit tons ses goûts en se livrant aux soins' de son empire. Insensible a. la différence des saisons et des climats, il marchait à pied et tête nue dans les neiges de la Calédonie et dans les plaines embrasées de la Hante-Egypte.Enfln, lorsqu'il fut sur le trône, il n'y eut pas une province qui ne fut honorée de la présence du sou ver a in \ au lieu qu' Autoun passa des jours paisibles dans le sein de
< S. Angnsn» prend bewueoup de plaisir à rapporter cette fseara de la faiblesse du dieu Terme et de la vanité des augures- Voyez de Civitate Dei,rr,2S.
* Vcyei l'Histoire Augustine, p. 5, la chronique de S. Jértne et Ions ka épitones. Il est assez singulier que cet W—W t mémorable ait été omis par Dion ou plutôt par Xipbilin.
i Non, L lux, p. 1168, Hist. Aug. , p. 5, 8. Si tons ■ta •■nagea des historiens étaient perdus, les médailles, m Inscriptions et le* autres monument de ce siècle sufflnkaj Bear aoui taire connaître les voyages d'Adrien.
PAR ED. GIBBON. Cil. I
l'Italie. Pendant les vingt-trois années que ce prince, si digne d'être aimé, tint les rênes du gouvernement, ses plus longs voyages furent de Rome à Lanuvie , où il se retirait pour goûter les douceurs de la campagne*.
Malgré cette différence dans leur conduit a personnelle, Adrien et les deux Antosins ne s'écartèrent pas du système général embrassé par Auguste. Ils persistèrent dans le projet de maintenir la dignité de l'empire, sans entreprendre d'en reculer les bornes : on vit même ces princes employer toute sorte da moyens honorables pour gagner l'amitié des barbares. Leur but était de convaincre le genre humain que Rome, renonçant à toute idée de conquête, n'était plus animée que par l'amour de l'ordre et de la justice ; la succès couronna pendant quarante-trois ans cette politique respectable; et, si nous en exceptons un petit nombre d'hostilités, qui ne servaient qu'à exercer les légions répandues sur la frontière, l'univers fut en paix sous les règnes fortunés d'Adrien et d'An-' tonin-le-Pïeux". Le nom romain étaitrespecté parmi les nations de la terre les plus éloignées; souvent les barbares les plus fiers soumettaient leurs différends à la décision de l'empereur; et, selon le témoignage d'un historien contemporain, des ambassadeurs, qui étaient venus solliciter à Rome l'honneur d'être admis au rang de citoyens, s'en retournèrent sans avoir pu obtenir cette distinction*.
La terreur des armes romaines ajoutait de la dignité à la modération des souverains, et la rendait plus respectable. Ils conservaient la paix, en se tenant perpétuellement préparés à la guerre; et, tant que l'équité dirigea leur conduite, les nations voisines s'aper-
< Voyez l'Histoire Augustin* et les éf
i D ne faut cependant pas oublier que, sons le règne d'Adrien, le fanatisme arma les Juifs, et eicila une rébellion violente dans une province de l'empire. Pansaniaa (1. ïiu, c 43) parle de deux guerres nécessaires, terminées heureusement par les généraux d'Antonin-Ie-Pieui ; l'une contre les Maures vagabonds qui furent chassés dans les déserts du mont Atlas; l'autre contre les firigantes de Bretagne, qui aTaknl envahi h prorince romaine. L'Histoire Angntune tait mention, p. t9,deces deux guerres et.de plusieurs autres hostilités.
» Appien d'Alexandrie, dans ta préface de son Histoire des Guerres romaines.
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curent bien qu'ils étaient aussi peu disposés à les attaquer qu'à faire de nouvelles conquêtes. Marc Atiréle employa contre les Germains et les Partîtes ces forces redoutables qu'Adrien et son successeur s'étaient contentes de déployer autour de leurs frontières: Les attaques des barbares émurent le ressentiment de ce prince philosophe : forcé de prendre les armes pour se défendre , Marc
Àurèle remporta, avec ses généraux, plusieurs victoires signalées sur l'Euphrateet sur le Danube '. Examinons maintenant les établissement militaires de l'empire romain. Il est important d'observer comment ils en ont assuré pendant si long-temps la tranquillité et les succès.
Dans les beaux Ages de la république, l'usage des armes était réservé à cette classe de citoyens qui aimaient leur patrie, qui avaient un patrimoine à défendre, et qui, participant à l'établissement des lois, étaient intéressés à les faire respecter. Mais, à mesure que l'étendue des conquêtes affaiblit la liberté publique , ceux qui se destinaient à la profession des armes insensiblement ['étudièrent comme une science , et l'exercèrent comme un métier*. Ou supposait toujours que les légions, quoique souvent levées dans les provinces les plus éloignées, n'étaient formées cependant que de citoyens romains.
Suivant la rigueur des lois, on y admettait seulement ceux qui jouissaient déjà du droit de bourgeoisie; et si quelquefois on enrôlait des étrangers, ce privilège leur était accorde comme la distinction de leur état , ou comme la récompense de leurs services; mais par la suite on s'attacha plus particulièrement au mérite essentiel de l'âge , de la force et de la taille militaire1. Dans toutes les levées de
1 Dion, I. Liai, Histoire Augustin* In îïïarco. Les victoires importées sur les Parthes ont fait naître une foule de relations dont les auteurs méprisable s ont été sauvés de l'oubli, et tournés en ridicule dans une satire très- Ingénieuse de Lucien.
* Le plus pauvre soldai possédait plus de neuf cents livres (Denis il 'Hall ce masse, iv, (7), somme considérable dans un temps où l'espèce était si rare, qu'une once d'argent valait 70 livres pesant d'airain. La populace, qui •Tait été exclue du service militaire par l'ancienne conslllu- Uon,nilindJFKrcmment admise par Marias. Voyez Salluste, guerre de Jugurtna, c. 91.
1 César composa une de ses légion» (nommée atauda ,
troupes, on accordait avec raison la préférence aux climats du nord sur ceux du midi: on cherchait, dans les campagnes plutôt que dans les villes, des hommes nés pour les armes : il était à présumer que les travaux pénibles des charpentiers, dés forgerons et des chasseurs, donneraient plus de vigueur et de force que les occupations sédentaires qui contribuent an luxe*. Lorsque le droit de propriété ne fut plus un titre pour être employé dans les armées, les troupes des empereurs romains furent commandées par des officiers de naissance, élevés à la cour; mais les soldats, semblables aux troupes mercenaires de l'Europe moderne, étaient tirés de la classe la plus vile et souvent la plus corrompue.
L'ancienne vertu du patriotisme prend sa source dan» la ferme conviction que notre intérêt est intimement lié à la conservation et à la prospérité de l'état dont nous sommes membres. Une telle persuasion avait rendu les légions de la république romaine presqn invincibles; mais elle ne pouvait faire qu'une bien faible impression sur les esclaves mercenaires d'un prince despotique. Ce principe une fois détruit, on y suppléa par d'autres motifs d'une nature bien différente, maïs dont la force était prodigieuse : la religion et l'honneur. Le paysan ou le citadin s'imaginait qu'en prenant les armes il exerçait une profession noble, dans laquelle son avancement et sa réputation dépendaient de son courage ; et, quoique les exploits d'un simple soldat échappent souvent à la renommée, il 'ignorait pas qu'il était en son pouvoir de couvrir de gloire ou de honte la compagnie, La légion, l'armée même dont il partageait les triomphes. A peine était-il entré au service, qu'on exigeait de lui, avec la plus grande pompe, un serment solennel. 11 jurait de ne jamais quitter son étendard, de soumettre sa propre volonté aux ordres de ses commandans , et de sacrifier sa vie poor la sûreté de l'empereur et de l'empire1. L'atlaen français v alouette) de Gaulois et d'étrangers, mais ce lut pendant la licence des guerres civiles) et, après ses victoires, il leur donna pour récompense le droit de citoyen romain.
' Voyez Végète, de Re militari, 1. 1 , e. î-7i Le serment de (klcliié, que l'empereur eiùjswl des
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ifWdep^I.-C.) chement des troupos romaines à tenrs drapeaux leur était inspiré par l'influence réunie de la religion et de L'honneur. L'aigle dorée, qui brillait à la tête de la légion, était l'objet «ht culte le plus sacré : c'était se couvrir if ignominie , et se rendre coupable de sacrilège, que d'abandonner, au moment du danger, ce signe respectable1. Ces motifs, qui tiraient leur force de l'imagination , étaient soutenus par des esgérances plus réelles : une paye régulière, des gratifications, une récompense assurée après le temps limité du service, encourageant les soldats à supporter les fatigues delà vie militaire*. D'un autre coté , \a lâcheté et la désobéissance ne pouvaient échapper anx plus sévères çhatimens. Les centurions avaient le droit de frapper les coupables , et les généraux de les punir de mort. Les troupes, élevées dans la discipline romaine , avaient pour maxime invariable que tout bon soldat devait beaucoup pins redouter son officier que l'ennemi. Des institutions aussi sages contribuèrent à fortifier les armées et à leur inspirer une docilité que ne purent jamais acquérir des barbares impétueux, qui ne connaissaient aucune discipline.
La valeur n'est qu'une vertu imparfaite sans la science et sans la pratique. Les Romains étaient si persuadés de cette vérité , que le nom d'une armée, dans leur langue, venait d'un mot qui signifiait exercice s. En effet, les exercices militaires étaient l'objet
PAR ED. GIBBON. CH. ï.
i, était renonrelé tous les ai
e premier de Jan-
1 Tacttc appelle les aigles romaines , bellorum deos. Placées dan* une chapelle ail milieu du camp, elles étaient adorées parles soldai* comme les autres divinités.
9 Vorar Gronovlus.tfe PecuniQ vetere, 1. m, p. 130, etc. L'empereur Dwailien porta la pare annuelle des légion- Mnrasa dam piton d'er, environ deux cent quarante livres. Celle pare s'augmenta insensiblement par la suite , selon le progrès du gouvernement militaire et la richesse de l'étal. Apres vingt ans de service, le vétéran recevait trois mille deniers, environ deux mille trois cents livres, ou une portion de terra de la valeur de cette somme. La paye des gardes était double de celle des légionnaires, et en général les gardes jouissaient de privilèges bien pluscon-
> Exereitm, ab exercitando : Vairon , de Zingud latùtd, l, rr, CiecTon, Tuscul.l. u, 37. On pourrait donner h ouvrage bien intéressant en examinant le rapport fui Bâte entre la langue et les mœurs d'une nation.
le pins important de lenr discipline : soir et matin, les jeunes soldats se tenaient constamment tons les armes ; et les vétérans , malgré lenr âge , malgré une connaissance profonde de leur art, répétaient tous les jours ce qu'Us avaient appris dès lenr plus tendre jeunesse. Lorsque les troupes étaient en quartier d'hiver, on élevait de vastes galeries, afin que les exercices militaires ne fussent point interrompus par les rigueurs de la saison. Dans ces imitations de la guerre, on avait soin de prendre des armes deux fois plus pesantes que celles dont on se servait dans une action réelle' . Une description exacte des exercices des Romains n'entre point dans le plan de cet ouvrage : nous remarquerons seulement qu'ils embrassaient tout ce qui peut ajouter de la force au corps, de la souplesse aux membres et de la grâce aux mouvement.. On apprenait soigneusement aux soldats i marcher, à courir, à sauter, à nager, à porter de lourds fardeaux, à manier toute sorte d'armes offensives et défensives, a former un grand nombre d'évolutions, et à exécuter, au son de la flûte, la danse pyrrhique ou militaire1. Au sein de la paix, les troupes romaines se familiarisaient avec la guerre : si l'on en croit un ancien historien, qui avait combattu contre elles, l'effusion du sang était la seule différence que Ton remarquait entre un champ de bataille et un champ d'exercice'. Les plus habiles généraux, les empereurs même, encourageaient, par leur présence et par leur exemple, ces études militaires; souvent Trajan et Adrien daignèrent instruire les soldats les moins expérimentés, récompenser les plus habiles, et quelquefois disputer avec eux le prix de la force ou de l'adresse*. SouS le règne de ces princes , la tactique fut cultivée avec succès ;
< Végète, 1. n, et le reste de son premier livre.
* M. ta Beau a donné des édalrcissenwni sur la dans* pyrrhique dans le Recueil dol'Acadésue im Inscription! tom. mi, p. 262, ete, Ce savant academlcu» ■ rastem blé, dans une suite d'ejceUens mémoires, tous las passages des anciens qui concernent 1a légion romaine.
s Joseph de Bello Judaico, Lut, «. 6. Non sommes redevables a cet écrivain Juif de quelques détails trts-curieux sur la discipline romaine.
I Panégyrique de Pline, C. 19; Vie d'Adrien «SM 1111»loire Aogustine.
et, tant que l'empire conserva quelque vigueur, leurs institutions militaires forent respectées comme le modèle le plus parfait de la discipline romaine.
Neuf siècles de guerre avaient insensiblement introduit plusieurs changemeus dans le service, et l'avaient perfectionné. Les légions décrites par Polybe* et commandées par les Scîpions différaient essentiellement de celles qui contribuèrent aux victoires de César, et qui firent respecter le nom d'Adrien et des Antonns. Mous rapporterons en peu de mots ce qui constituait la légion romaine1. L'infanterie, qui faisait la principale force1, était divisée en dix cohortes et en cinquante-cinq compagnies, sous le commandement d'un pareil nombre de tribuns et de centurions. Le poste d'honneur et la garde de l'aigle appartenaient à la première cohorte, composée de mille cent cinq soldats , l'élite de l'armée pour la valeur et pour la fidélité. Les neuf autres cohortes en avaient chacune cinq cent cinquante-cinq ; et tout le corps de l'infanterie légionnaire montait à six mille cent hommes. Leurs armes étaient uniformes et admirablement adaptées à la nature de leur service : ils portaient un casque ouvert, surmonté d'une aigrette fort élevée, une cuirasse ou une cotte de mailles et des bottines , et ils tenaient à leur bras gauche un large bouclier d'une forme ovale et concave , long de quatre pieds , large de deux et demi, fait d'un bois léger, couvert d'une peau de bœuf, et revêtu de fortes plaques de bronze. Outre un dard léger, le soldat légionnaire balançait dans sa main droite ce javelot formidable, appelé en latin pilum, dont la longueur était de six pieds, et qui se terminait en une pointe d'acier de dix-huit pouces, taillée en triangle*. Cette arme était bien inférieure à nos armes
< Vorca, dans le sixième livre de son histoire, une digression admirable sur la ditdsiino des Romains.
*V«Btce,rfeJtenaiUI«rf,l.H,c,4, eu. Uns partie eontUérable deton abrégé est prise dea règlemeni de Trajan.La légion, telle qu'il la décrit, nepeut conreiiir a aucun autre siècle de l'empire romain.
> Végète, de Be militari, l.B.cl. Du temps de Cleéronct de César, le mol mita ee bornait presque à l'inmnterie. Dans le bas-empire et dam les laides de chevalerie, il désigna particulièrement les gena-d'armes qui combattaient achevai.
« Du teams de Polrbe et de Denis d'Hancaniuw (I- r.
(50 dep. J.-C.) modernes, puisqu'elle ne pouvait servir qu'une seule fois, et à la distance seulement de dix ou douze pas. Cependant, lorsqu'elle était lancée par une main ferme et adroite , il n'y avait point de bouclier en état de résister à sa force; et aucune cavalerie n'osait se tenir à sa portée. A peine le Romain avait-il jeté son javelot, qu'il s'élançait avec impétuosité sur l'ennemi, l'épëe a la main. Cette épée était une lame dXspagne, courte, d'une trempe excellente , a double tranchant , et également propre à frapper et à percer : mais le soldat préférait cette dernière façon de s'en servir, persuadé qu'il était moins exposé , tandis qu'il faisait a son adversaire une blessure plus dangereuse*. La légion était ordinairement rangée sur huit lignes, et les files , aussi bien que les rangs , étaient toujours à la distance de trois pieds*. Un' corps de troupes accoutumées à conserver un pareil ordre, disposées sur un large front, et prêtes à courir avec rapidité à la charge , pouvait exécuter tout ce qu'exigeaient les événemens de la guerre et l'habileté du général. Le soldat avait un espace libre pour ses armes et pour ses divers mouvemens ; et £S intervalles étaient ménagés avec tant d'art, que les secours arrivaient toujours assez tôt pour soutenir les combattans épuisés J. La tactique des Grecs et des Macédoniens avait pour base des principes bien différens : la force de la phalange consistait en seize rangées de longues piques étroitement unies entre elles*. Mais la réflexion et l'expérience prouvèrent que cette masse immobile était incapable de résister à l'activité de la légion'.
e. 43), la pointe d'acier du pilum semble avoir été beaucoup plus longue. Dans le siMe où Végêce écrivait , elle lut réduite a un pied, ou même a neuf pouces. J'ai pris un milieu.
i Pour les armes des lésion ash-H, voyez Jnrte-Lïpee, de' MUi&d romand, 1. m, e. 2-7.
i Voyez la beDe comparaison de Virgile, Géorg. n , v.579.
s m. Giiichard, Mémoires militaires, 1. 1, c. 4, et Nouveaux mémoires, t. i, p. 293-311, a traité ce sujet en homme instruit et en officier.
i Voyez la tactique d'Arrien. Cet auteur grec, passionné pour les institutions de sa patrie, a mieux aimé déerirela phalange, qu'il connaissait seulement par lesccrit* des anciens, que les légions qu'il avait commandées.
sPoJyb.l.ini.
(Mdep.I.-C.)
La cavalerie , sans laquelle la force de la ■ légion serait restée imparfaite , était divisée en diï escadrons : le premier, comme compagnon de la première cohorte, consistait en cent trente-deux hommes, et les neuf autres chacàa en soixante-six : ce qui faisait en tont , pour nous servir des expressions modernes, sept cent vingt-six chevaux. Quoique naturellement attaché à sa légion respective, chaque régiment de cavalerie en était séparé, suivant les occasions, pour être rangé en ligne, et faire partie des ailes de l'armée '. Sous les empereurs, la cavalerie était bien différente de ce qu'elle avait été dans son origine. Du temps de la république, elle était composée des jeunes-gens les plus distingués de Rome et de l'Italie, qui, en remplissant ce service militaire , se préparaient à acquérir les dignités de sénateurs et de consuls , et s'efforçaient, par leurs exploits, de gagner les suffrages de leurs concitoyens*. Mais, après la révolution arrivée dans les mœurs et dans le gouvernement , les plus puissans de l'ordre équestre se consacrèrent à l'administration de la justice et a la perception des revenus publics1. Ceux qni embrassaient la profession des armes étaient aussitôt revêtus du commandement d'une cohorte ou d'un escadron*. Trajan et Adrien tirèrent leur cavalerie des mêmes provinces et de la même classe de leurs sujets qui fournissaient des hommes aux légions : on faisait venir des chevaux d'Espagne et de la Cappadoce. Au lieu de cette armure complète ,dans laquelle la cavalerie des Orientaux était comme emprisonnée, les Romains portaient un casque, un bouclier ovale, de petites bottes et unecottede maille; une javeline et une large épée étaient leurs principales armes offensives. U parait qu'ils
■ Végète, de Re militari, I. a, c. 6. Son téawigiuge positif, api |MI#. ««appuyé par de» dreonsunee* **dente, "démit bien imposer silence i cet critiques qui refBHsal i U legiMi impériale son corps de cavalerie.
iV«yei''nie-Live presque partout; et spécialement «un, 01. , .
1 Pline, flist. nat- mm , 2. Le véritable sens de ee passage très-curieux a été découvert et éclatai par M. de BeMfort.Jiép. (jMOaine, 1- », C. 2.
'BotaeCetAgncoIa nous en donnent un exemple. Il patstt ftté cette coutume était un vice dans la discipline «■amt'Urf en essaya d'y remédier, en (liant l'âge qu'il Mrt mfr'poiu- être tribun GIBBOK I.
PAR ED. GIBBON. Cfi. I.
avaient emprunté des barbares l'usage de* lances et des massues de fer '.
La sûreté et l'honneur de l'empire étaient confiés principalement aux légions; mais Rome, par politique, consentit à adopter tout ce qui pouvait lui être utile à la guerre. On faisait régulièrement des levées considérables dans les provinces dont les habitant n'avaient point encore mérité la distinction honorable de citoyen. Les princes et les états voisins étaient tenus au service militaire; ils ne conservaient leur Liberté qu'à cette condition'. Il arrivait même souvent que les plus braves d'entre les barbares, transplantés tout-à-coup , par force ou par persuasion , dans des climats éloignés, faisaient servir au bien de l'empire une valeur qui aurait pu lui être lunes te-\Tous ces différens corps étaient connus généralement sous le non d'auxiliaires. Quoique leur nombre variât selon les temps et les circonstances , il était rarement inférieur à celui des légions*. Les plus courageux et les plus fidèles de ces auxiliaii es étaient placés sous le commandement des préfets et des centurions, et élevés dans la disciplinedes Romains; mais ils retenaient, pour la plupart, les armes qu'ils avaient appris à manier dans leur patrie, dès leur plus tendre jeunesse ; et , comme les auxiliaires étaient distribués sous chaque légion, les armées romaines renfermaient toutes les diverses espèces de troupes, et elles avaient l'avantage d'opposer à chaque nation la même discipline et les mêmes armes qui la rendaient formidable1. La légion s'était pas dépourvue de ce que l'on pourrait appeler , dans nos langues modernes, un train d'artillerie; elle avait toujours à sa suite dix machines de guerre de la première grandeur, et cinquante-cinq plus
' Voyez la lactique d'Arrien.
3 Tel était en particulier l'état des Batavcs. Tacite, Moeurs des Germains , c 29.
a Marc Auréle, après avoir vaine» la Qaades et les Marcomans, les obligea de lui fournir un corps de troupes considérables , qu'il envoya aussitôt en Bretagne. Dion,
* Tacite, Annal., rr, 5. Ceux qui partent d'un certain nombre de Fantassins et de deux fois autant de chevaux , confondent les auxiliaires des empereurs avec les Italiens allies de la république..
s Végèce, ii, 2 Amen, dans sa description de la marche et de la bataille contre les Alain».
petite*, qui toutes lançaient, selon diverses directions , des pierres et des dards avec une violence irrésistible'.
Le damp d'âne légion romaine ressemblait à «ne ville fortifiée1. Aussitôt que l'espace était tracé, les pionniers avaient soin d'aplanir le terrain et d'écarter tous les obstacles qui auraient pu nuire ù la régularité parfaite du camp. La forme en était quadrangulaire.il est aisé d'imaginer qu'un carré, dont chaque face était d'environ deux mille pieds, suffisait pour contenir vingt mille hommes , quoique maintenant un pareil nombre de troupes présente à l'ennemi un front trois fois plus étendu. Au milieu du camp, on distinguait, par-dessus les autres tentes, le prétoire ou le quartier du général. La cavalerie, l'infanterie et les auxiliaires occupaient leurs postes respectifs. Les rues étaient larges etfort droites; et l'on ménageait de tous côtés un espace libre de deux cents pieds entre le rempart et les tentes. Le rempart était ordinairement de douze pieds de haut , défendu par de fortes palissades et entouré d'un fossé dont la largeur et la profondeur étaient de douze pieds. Les légionnaires eux-mêmes étaient seuls chargés de cet ouvrage important : la bêche et la pioche ne leur étaient pas moins familières que l'épée et le javelot. Rien ne sert peut-être mieux à prouver l'excellence de la discipline romaine. Le courage intrépide est souvent un présent de la nature; mais une activité soutenue dans l'exécution des travaux, ne peut jamais tftrc que le fruit de l'habitude . et de la pratique*.
> Le chevalier Folard (dans son commentaire sur Polybe, tom. n, p. 233-290) a traité des anciennes machines arec beaucoup d'érudition et de sagacité : il les préfère même, à beaucoup d'égards, aux canons et aux mortiers que nous employons. Il faut observer que chez les Romains l'usage des machines devint plus commun à mesure que la valeur personnelle et les lalens militaires disparurent dans l'empire. Lorsqu'il ne fut plus possible de trouver des hommes, il fallut bien y suppléer par des instrumens de différente espèce. V. Végète, n,25, et Amen.
ï • Universa quain qitoque belli génère necesmria
■ eue creduntur, secum legio débet ubique portare ; > in quovis loeo (Lcerit castra, armalam faç.iat civi-
■ totem. • C'est par ces mots emphatiques que Végece termine son second livre et la description de la légion.
1 Pour la wstruuétation des Romains , voyez l'olybe ,
(50 Hepi J.-O.) A peine la trompette avait-elle donné le signal du départ , que le camp était levé ; et les troupes se plaçaient à leurs rangs , sans retard et sans confusion. Les légionnaires, outre leurs armesidont ils sentaient à peine le poids , étaient encore chargés de leurs instrumens de cuisine, des outils nécessaires pour les fortifications , et de provisions pour plusieurs jours'. Malgré un fardeau si considérable , qui accablerait la délicatesse d'un soldat moderne , les Romains étaient accoutumés à marcher d'un pas régulier, et à faire près de sept lieues en six heures*. A l'approche de l'ennemi, ils se débarrassaient de leur bagage, et, par des évolutions aisées et rapides , l'armée , qui marchait sur une ou sur plusieurs colonnes , se formait en ordre de bataille1. Les frondeurs et les archers escarmouchaient à la tête; les auxiliaires formaient la première ligne, et ils étaient soutenus par les légions : la cavalerie couvrait les flancs; enfin on plaçait derrière le corps d'armée les machines de guerre.
Tels furent les moyens dont les empereurs se servirent pour défendre leurs vastes domaines , et pour conserver l'esprit militaire dans nn temps oii les progrès du despotisme avaient étouffé toute autre vertu. Si nous considérons maintenant le nombre des troupes romaines , nous verrons combien il estdiffi- ' cile de l'apprécier avec une certaine exactitude. Il parait cependant que la légion était un corps de douze mille cinq cents hommes, parmi lesquels on comptait six mille boit cent trente-un Romains : le reste comprenait les auxiliaires. Adrien et ses successeurs, qui n'avaient d'autre vue que de faire fleurir la paix dans leurs états, entretinrent trente de ces brigades redoutables. Ainsi, selon toute apparence, leurs forces se montaient à trois cent soixante-quinze mille hommes. Loin de se renfermer dans des villes fortifiées , qui
1. ti , avec Juste Lipsc , de Militià romand ; Joseph , de Bel. Judaïc, I. ni , c 5 ; Végece , i, 21-25, ni, 9 ; et Mémoires de Guichard.lom. i, c. 1.
' Cicérou, TascoL n, 37 ; Joseph, de Bel. Judaïc. ], m, 5; Frontal, ir, 1.
> Végece ,i,9. Voyez Mémoires de l'Académie des inscriptions , tome ixt , p. 187.
* Ces évolutions sont admirablement expliquée* par M. Guichard, nouveaux mémoires, tome I , p. 141-234.
(M dep. J.-C.) n'étaient aux yeux des Romaine que le refuge de la faiblesse et de la lâcheté, les légions restaient toujours campées sur les bords des grands Heures ou le long des frontières des barbares. Comme elles changèrent rarement de place, nous pouvons nous former une idée de la distribution des troupes dans tout l'empire. Trois légions suffisaient pour la Bretagne. Les principales forces étaient employées sur le Rhin et le Danube, et consistaient en seize légions, distribuées de la manière suivante : deux dans la Basse-Germanie et trois dans la Haute, une dans la Rhétie, une dans le Borique, quatre dans la Pannonie , trois dans la Haaie et deux dans la Dacie. L'Euphrate avait pour sa défense huit légions, dont six étaient placées en Syrie , et les deux autres dans Ja Cappadoce. Gomme le siège de la guerre se trouvait bien éloigné de l'Egypte , de l'Afrique et de l'Espagne, une seule légion maintenait la tranquillité dans chacune de ces provinces. L'Italie même ne manquait pas de troupes. Environ vingt mille hommes choisis, connus sous le nom de cohortes de la ville ci do gardes du palais, veillaient à la sûreté du monarque et de la capitale. Ces soldats prétoriens ont joué un si grand rôle dana les révolutions de l'empire, qu'ils sont dignes de unie notre attention : ils occuperont bientôt une place considérable dans notre histoire. Leurs armes et leurs institutions n'avaient rien qui les distinguât des légions; seulement il parait que leur discipline était moins rigide, et leur extérieur plus pompeux*.
La marine des empereurs répondait peu à la grandeur de Rome; mais elle suffisait pour remplir toutes les vues du gouvernement. L'ambition des Romains ne s'étendait point au-delà du continent ; ce peuple guerrier n'était pas animé de cet esprit entreprenant des Tyriens, des Carthaginois et des habitues de Marseille , qui avait porté ces hardis navigateurs a reculer les bornes du monde et à découvrir les cotes les plus éloignées. L'Océan
> Tadle (Annal., ir,5) mai ■ donné un état des ié-
tfwtwm Tibère, et Dkm(l. vr, p. 7M) sous Aleiandre-Sértre. J'ai lâche de prendra un juste milieu entre as deux période*. Voyw aowi Jutte-Iipie, de Mapùd, l.i, Cl, 5.
était plutôt pour les Romains on objet de terreur que àe curiosité'. Après la ruine de Carthage et la destruction des pirates , toute l'étendue de la Méditerranée se trouva renfermée dans leur empire. La politique des em- • perenrs n'avait pour but que de maintenir en paix la souveraineté de cette mer, et de protéger le commerce de leurs sujets. Guidé par ces principes de modération, Auguste ordonna que l'on tiendrait toujours deux flottes équipées dans les ports les plus convenables de l'Italie, l'une à Ravenne sur la mer Adriatique, l'autre à Misène dans la baie de Naples. L'expérience semblait enfin avoir convaincu les anciens que leurs galères étaient plus propres a une vaine pompe qu'à un service réel, lorsqu'elles avaient plus de deux ou trois rangs de rames : Auguste lui-même, à la bataille d'Actîum , s'était aperçu de la supériorité de ses frégates légères, appelées Liburniennes,sur les citadelles élevées et massives de son rival'. C es Libn miennes lui servirent à former les deux flottes de Ravenne et de Misène, destinées à commander, l'une dans la partie orientale, l'autre dans l'occident de la Méditerranée ; et il les fit monter par un corps de plusieurs milliers d'hommes. Outre ces deux ports , où les Romains avaient établi leur principale marine , Ils entretenaient encore un grand nombre de vaisseaux à Fréjus sur les côtes de Provence. Le Pont-Euxln était gardé par quarante voiles et par trois mille soldats. A toutes ces forces, il faut ajouter la flotte qui assurait la communication entre la Gaule et la Bretagne , et une Infinité de bâti mens qui couvraient le Rhin et le Danube pour harasser les pays ennemis, et intercepter le passage des barbares'. Cette description peut nous donner une idée générale des forces de l'empire sur mer et sur terre : cependant, si nous voulons faire l'émanera» Uon de toutes les troupes employées dans les
l Les Humains Murerait de cacher leur Ignorance et leur teneur «nu le voile d'un respect religieux. Voyei Tache , Moeurs de* Germains , c. 34.
iPlularmie, vie de Marc-Antoine ; et cependant, >i nous en croyons Oroee , ecs énormes citadelles ne s'é* levaient pas de plus de diipiedi au-dessus de l'eau, vi, 19
îVove Jusle-Upte, de Magnittidùie romand, h i, c. 5. Les wiïe derniers chapitre* de Véfèce ont rapporta la marine.
légions, les auxiliaires , les gardes du palais et la marine , nous verrons que leur nombre n'excédera pas quatre cent cinquante mille hommes. Quelque formidable que paraisse cette puissance, le dernier siècle a vu avec étonnement des forces semblables , entretenues par un monarque dont les états étaient renfermés dans une seule province de l'empire romain'.
* Nous avons essayé de développer les ressorts du gouvernement sous les régnes d'Adrien et des Antonias ; tachons maintenant de décrire avec clarté et précision ces mêmes provinces réunies autrefois sous un senl chef, et maintenant divisées en un si grand nombre d'états indépendans et ennemis les uns des autres.
Située à l'extrémité de l'empire , de l'Europe et de l'ancien monde, l'Espagne a conservé d'âge en âge ses limites naturelles : les monts Pyrénées, la Méditerranée et l'océan Atlantique. Cette grande péninsule , aujourd'hui partagée si inégalement entre deux souverains, avait été divisée par Auguste en trois provinces : la Lusitanie, la Bétîque et ta Taragonaise. Les Portugais habitent les mêmes contrées où les braves Lusitaniens se sont autrefois distingués par leurs exploits : leur royaume a gagné vers le nord le terrain qui lui avait été enlevé du côté de l'Orient . La Grenade et l' Andalousie ont à peu près les mêmes confins que l'ancienne Bétique ; le reste de l'Espagne, la Galice, les Asturies, la Biscaye, la Navarre, le royaume de Léon, les deux Castilles, la Marcie, le royaume de Valence, la Catalogne et l' Aragon formaient la troisième province romaine : c'était en même temps la phu considérable, et on l'appelait Taragonaise, dn nom de sa capitale *. Parmi les naturels dn pays , les Celtibériens étaient
■ VnlUdre, Sièdt ée LenU XIV , c. t ». U m IM cepndant pas oublier que la France M reaeenl essora de cet effort extraordinaire.
i Voyez Strabou, L n. Il art assez naturel desapposer q£ Aragon Tient de Taraconemis : plusieurs auteurs modernes , qui ont écrit en Mal, te serrent deees deux mois comme synonymes. U est cependant certain que ■'Aragon, petite rivière qui tombe des Pyrénées dam FEIra , donna d'abord soi nom I une province, et enfuie à nu royaume. Voyea d'Anriue, géographie du moyen Ige, p. 181,
(60 dep. J.-C.) les plus puissans : une opiniâtreté invincible distinguait surtout les Asturiens et les Cantabres. Surs de trouver un asile dans leurs montagnes , ces peuples furent les derniers qui se soumirent aux armes de Rome ; et, quelques siècles après , ils secouèrent les premiers le joug des Arabes.
L'ancienne Gaule, qui comprenait tout le pays situé entre les Pyrénées, les Alpes, le Rhin et l'Océan , était beaucoup plus étendue que la France moderne. Aux domaines de celte puissante monarchie, et à l'acquisition récente qn' elle a faite de la L'orraine et de l'Alsace, il faut encore ajouter le duché de Savoie , les cantons de la Suisse , les quatre éiectorats du Rhin , le pays de Liège , le Luxembourg, leHainaut, la Flandre et leBrabant. Après la mort de César, Auguste ent égard, dans la division de la Gaule, à l'établissement des légions , au cours des rivières et aux distinctions déjà connues dans ce pays, qui renfermait plus de cent états indépendans avant qne les Romains s'en fussent rendus maîtres1. La colonie de Narbonne donna son nom au Languedoc , à la Provence et an Dauphiné. Le gouvernement d'Aquitaine s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à 1a Loire. Entre ce fleuve et la Seine, était situé la Gaule celtique, qui reçut bientôt nne nouvelle dénomination delà fameuse colonie deLyon.
Au-delà de la Seine était la Belgique, bornée d'abord seulement par le Rhin ; mais, quelque temps après le siècle de César , tes Germains, profitant de la supériorité que donne la bravoure , s'emparèrent d'une partie considérable de la Belgique. Les empe- reurs romains virent avec joie un événement qnt flattait leur vanité ; et la frontière du Rhin, qui s'étendait depuis Leyde jusqu'à Bàle, fut décorée du nom pompeux de haute et basse Germanie *. Telles étaient, sous les An tonras, les six provinces de la Gaule ; la Narbonnaise, l'Aquitaine, la Celtique ou Lyonnaise, la Belgique et les denx Germantes.
1 Cent quinze àtés paraissent dans la notice de la Gaule : on sait que ce nom était donné, noo-setuément à la rille capitale , mais encore au territoire entier de ebaqueéUL Plntanrue et Aapieo font monter te nosbrado) tribut i trois on quatre cents.
JD'AnvUle, Notice de l'an "
(M dep. J.-C.)
Nous avons déjà parlé de l'étendue et des bornes de la province romaine en Bretagne : elle renfermait toute l'Angleterre , le pays de Galles et la partie d'Ecosse qui s'étend jusqu'à Dunbarlon et Edimbourg. Avant que la Bretagne eût perdu sa liberté , elle était divisée en trente tribus de barbares , dont les pins considérables étaient: les Belges àl' occident, les Brigantes au nord, les Silures au midi du pays de Galles , et les Icéniens dans les comtés de Norfolk et de Suflblk'. Autant qu'il est possible de s'en rapporter à la ressemblance des mœurs et des langues, il est probable que l'Espagne , la Gaule et la Bretagne avaient été peuplées par la même race de sauvages, hardis et entreprenans. Us disputèrent souvent le champ de bataille aux Romains, et ils ne furent subjugués qu'après argir livré une infinité de combats. Enfin, lorsque ce» provinces eurent été soumises , elles formèrent la division occidentale de l'einflire ea Europe , qui s'étendait depuis le murd'Anton in jusqu'aux colonnes d'Hercule, et depnis. l'embouchure du Tage jusqu'aux sources du Rhin et du Danube.
Avant, les conquêtes des Romains , la LombardÏB ne faisait point partie de l'Italie. Des Gaulois avaient fondé une colonie puissante le Wng des rives du Pô, depuis le Piémont jusque dans la Bomagne : ils avaient porté leurs armes et leurs- noms dans les plaines bornées par les Alpes et les Apennins. Les Liguriens habitaient les rochers où s'est éiosée la république de Gènes. Venise n'existait point encore ; mais la partie de cet état située à l'orient de l'Adige était occupée par les Venètes*- Le milieu de l'Italie, qui composennutteftant-le duché de Toscane et l'état ï'îeclésiasÉqse , était l'ancienne patrie des KuaHfm etdes Ombriens. Les Etrusques, célèbres fbas L'histoire des arts , furent les pi MÛers qui adoucirent les mœurs grossières des nations voisines, et qui contribuèrent à 1m civiliser*. Le Tibre roulait ses ondes aux
tr , sar-WHUker , voL 1 , e.
* Isa-Vente* d'halle, «munie «ou M ha Gnatrts , étalent probablement lllyr lens- d'orign»-V«f«r*|. Fiv*«,M««i*Lrt»d«l'A«(£ànie des ius- «ristioti, terne m
} y<7ttmttcitréroii<hia<utrata lh
pieds des superbes collines de Rome ; et, depuis cette rivière jusqu'aux frontières de Naples , le pays des Sabins , des Latins et des Volsques, servit, pendant plusieurs siècles, de théâtre aux victoires de la république. Ce fut dans celte contrée si renommée que les premiers consuls méritèrent des triomphes ; leurs successeurs l'embellirent par la magnificence de leurs palais : maintenant on n'y aperçoit que des couvens élevés par les descendais de ces anciens héros*. Capoue et la Campanie possédaient le territoire immédiat de Naples. Le reste de ce royaume était habité par plusieurs nations belliqueuses: les Marses , les Samnites , les Apuliens et les Lucaniens. Enfin , les côtes de la mer étaient couvertes des colonies florissantes des Grecs. L'Isirie était au nombre des onze régions qui partageaient l'Italie du temps d'Auguste; et cette petite province se trouvait jointe au siège de la souveraineté romaine '.
Les provinces de l'empire en Europe étaient défendues par le Rhin et le Danube. Ces deux beaux fleuves prennent leur source à use très-petite distance l' un de l'autre. Le Danube, dans un cours de plus de trois cents lieues de long, reçoit le tribut de soixante rivières navigables , et va se perdre ensuite par six embouchures dans la mer Noire, qui, malgré une pareille augmentation, porte une si petite quantité d'eau à la Méditerranée *. Les provinces qu'arrose leDanube étaient généralement connues sous le nom d'Illyrieoude frontière Illyrienne4: c'était une pépinière de guerriers. Mais elles méritent bien que nous les considérions dans leurs principales divisions : la Rhétie , le Norique , la Pannonie , la Dalmatie , la Mcesie.la Thrace, la Macédoine et la Grèce.
La province de Rhécie , habitée autrefois par les Vindélicîens , s'étendait depuis les
1 Le premier cevtrasle lut euterwi par let anciens. ( Voyez l'Tonii, 1,11). Le second doit frappe* tout toyageur moderne.
ira» (ffiii. nrt.,I.m)suilladlviatondentiHe]>ar l'empereur Auguste.
■ Touroelbrl, Voyage en Grèce et en Asie mineure, lettre CTm. Voyez M. deBwlïon, Hlst. aal.,lom t, p. 411.
* Le nom d'ilh rie appartenait original rem eut un cfltes de la mer Adriatique. Les Romains retendirent par degrés, depuis les Alpes josqu' su Font-Euxin. Voyet Sevtrini Paimonii, 1. 1, c. 3.
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Alpes jusqu'aux rives du Danube, et depui la source de ce fleuve jusqu'à son confluent avec l'Inn. La plus grande partie de cette contrée obéit à l'électeur de Bavière; la ville d'Augsbourgest sous la protection de l'empire d'Allemagne; les Grisons vivent en sûreté dans leurs montagnes ,et le Tyrol est au rang des nombreux états qui appartiennent à la maison d'Autriche.
Toute l'étendue de pays comprise entre le Danube , l'Inn et la Save, l'Austrie , la Stirie, la Carinthie , la Carriole , la basse-Hongrie et l'Esclavonïe, étaient connues par les anciens sous les noms de Norique et de Pannonie. Dans leur premier eut d'indépendance, les fiers babitans de ces provinces étaient étroitement liés entre eux ; Us restèrent fréquemment unis sous le gouvernement des Romains; et de nos jours ils sont devenus le patrimoine d'une seule famille. Leur souverain est un prince d'Allemagne , qui prend le titre d'empereur des Romains, et dont les états forment le centre et la force de la puissance autrichienne. Si nous en exceptons la Bohème, la Moravie, l'extrémité septentrionale de l'Autriche, et cette partie de la Hongrie qui est située entre le Teiss et le Danube , les autres domaines de cette puissante maison étaient renfermés dans les limites de l'empire romain.
La Dalmade, ou Iltyrie proprement dite, était ce pays long, mais étroit, qui se trouve entre la Save et la mer Adriatique. La partie maritime a conservé le même nom : c'est une province de la dépendance de Venise. On y voit aussi une faible image de la liberté, que la petite république de Raguse a conservée au milieu des barbares qui l'entourent. Dans l'intérieur, la Croatie est soumise à un gouverneur autrichien, et la Bosnie obéit à nu pacha turc. Mais toutes ces régions sont sans cesse ravagées par des nations féroces, qui exercent leur brigandage au milieu des limites incertaines des puissances chrétiennes et mahométanes1.
1 Va voyageur vénitien . l'abbé Forts, nous a donné récemment une description de ces contrée» obscure*. Hais noua ne pouvons attendre la geograpbie et les antiquités de l'Urne occidentale que de la rempereur, sourenrâ de eeUe contrée.
(60 dep. J.-C.) Le Danube prenait le nom d'Ister, après avoir reçu les eaux du Teiss et de la Save1 . Il séparait autrefois la Moeaie de laDacie, province conquise par Trajan, et la seule qui fût située au-delà de ce fleuve. Si. nous voulons jeter les yeux sur l'état présent de ces contrées, nous trouverons, sur la rive gauche du Danube, Temeswar et la Transylvanie, annexés à la couronne de Hongrie, après un grand nombre de révolutions, tandis que les principautés de Moldavie et de Valachie reconnaissent la souveraineté de la Porte Ottomane. Sur la rive droite, la Moesie gémit sous le despotisme des Turcs, qui se sont rendus maîtres des royaumes barbares de Servie et de Bulgarie.
Les Turcs, en donnant le nom de Roméiie à- la Macédoine , à la Tbrace et à la Grèce , semblent reconnaître que ces contrées faisaient partie de l'empire romain. La Tbrace, habitée par des nations belliqueuses , avait pris, sous les Antonins, la forme d'une province qui s'étendait depuis le mont Hœnuis et le Rhodope , jusqu'au Bosphore et l'Hellespont. Malgré de nouveaux souverains et une religion nouvelle , la ville bâtie par Constantin est toujours la capitale d'une grande monarchie. La Macédoine avait retiré moins d'avantages des brillantes conquêtes d'Alexandre, que de la politique des deux Philippe. L'Epire et la Thessalie étaient sous sa dépendance. Ainsi ce royaume comprenait tout le pays situé entre la mer Egée et celle d'Ionie. Lorsque nous pensons à la réputation immortelle de Thèbes, d'Argos, de Sparte et d'Athènes, nous avons peine à nous persuader que tant de républiques si célèbres aient été confondues dans une seule province de l'empire romain. L'influence supérieure de la ligue Achéenne , dans le temps où la Grèce luttait contre la puissance de Rome, fit donner à cette province le nom d" Achaîe.
Tel était l'état de l'Europe sous les empereurs. Les provinces d'Asie , sans en excepter lès conquêtes passagères de Trajan, se trouvaient tontes renfermées dans les limites de la puissance des Turcs. Hais, au lieu desui-
1 La Save prend sa source près des confins de l'islrie. Les Grecs des première agss regardaient ce Imita cvjnne la principale branche du Uanubs.
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(50 de* J.-C.) PÏR ED. GIBBON. CH
vre les divisions arbitraire! imaginées par l'ignorance et par le despotisme, prenons une route plus sûre , et en même temps pins agréable pour nous : observons les caractères ineffaçables de la nature . On a pelle Asie mineure cette péninsule qui, bornée par l'Euphrate dn cote de l'orient, s'avance vers l'Europe entre le Pont-Enxin et la Méditerranée. Les Romains avaient donné le titre exclusif d'Asie au pays situé à l'occident du mont l'auras et dû fleuve Halia. Cette province renfermait le» anciennes monarchies de Troie, de Lydie et de Phrygie, les contrées maritime» des Lyciens, des Pampblliens et des Carient , et les colonies grecques fondées en lonie et non moins célèbres dans l'histoire des arts, quoiqu'elles eussent dégénéré de lu gloire militaire de leurs ancêtres. Les royaumes de Pont et de Mthynîe occupaient tout le nord 4e la péninsule, depuis Constantinople jusqu'à Trébûonde. A l'extrémité opposée, la Gificie était bornée par les montagnes de Syrie. Les provinces intérieures, séparées de l'Asie romaine par le fleuve Halis , et de l' Arménie par l'Eupbrate, avaient autrefois formé le royaume indépendant de Cappadoce. La souveraineté des empereurs s'étendait jusqu'au nord du Pont-E uxin ; ces princes eurent toujours soin d'y envoyer des garnisons, et ils exigeaient des tributs des habitans de ces contrées sauvages , connues maintenant Sens les noms de Budziack, de Tartarie-Crimée, de Cireassïe et de Mingrélte1.
Sous les snccesseursd' Alexandre, la Syrie devint le siège de l'empire des Séleucides , qui régnèrent sur toute la Haute- Asie , jusqu'à ceqne la révolte des Partbes eut resserré les domaines de ees monarques entre l'Euphrate et ta Méditerranée. Lorsque cette proviace fat soumise par les Romains, elle servit de frontière à leur empire du côté de l'orient; ses insites étaient, an nord la Cappadoce, et vers le midi l'Egypte et la mer Bouge. La Phénicie et la Palestine se trouvèrent quelquefois annexées an gouvernement de bSyrie; dans d'autres temps elles en furent séparées, la première de ces deux provinces
1 v«Kt N>*Mripi» iTArrieo. Cet auteur avait «aminé te sNNlrtastJHEnES tompru était gounmear de la Cappadm. i
1S est une suite de rochers, une lisière étroite entre la mer et les montagnes; l'autre pourrait être comparée au pays de Galles, pour son étendue et pour sa fertilité. Cependant leur nom passera d'âge en âge jusqu'à ta postérité la plus reculée, puisque l'Europe et le nouveau monde doivent à la Palestine leur religion, etàla Phénicie la connaissance des lettres'. Depuis l'Euphriite jusqu'à la mer Rouge, , la Syrie n'est bornée que par des sables et des déserts. La vie errante des Arabes était inséparablement liée a leur indépendance: toutes les fois qu'ils voulurent former des établîssemens sur un terrain moins stérile que le reste de leurs habitations, ils devinrent aussitôt esclaves des Romains1.
Les géographes de l'antiquité semblent avoir été incertains sur la partie dn globe à laquelle appartenait l'Egypte1. Située dans la péninsule immense de l'Afrique , elle n'est accessible que du coté de l'Asie, dont elle a recula loi dans presque toutes les révolutions. Un préfet romain occupait le trône pompeux des Ptolémées ; maintenant le sceptre de fer des Mameluks est entre les mains d'un pacha turc. Le Nil arrose cette contrée dans un espace de deux cents lieues, depuis le tropique du Cancer jusqu'à la Méditerranée; les inondations périodiques de ce fleuve font toute la richesse du pays, sur lequel il répand la vie et la fécondité. Cyrène, située vers l'occident, avait été d'abord une colonie grecque ; elledevintensuiteuneprovinced'Égypte:elleestaujourd'hui ensevelie dans les déserts deBarca.
De Cyrène jusqu'à l'Océan, la côted'Afriqueaplus de cinq cents lienes de long;elle est cependant si resserrée entre la Méditer-
' Le progrès de la religion est bien connu. L'usage des lettres s'introduisit parmi les sauvages de l'Europe, environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, et les Européens les portèrent en Amérique, environ quinze siècles après la naissance du Sauveur.
L'alphabet phénicien fut considérablement altéré dans une période de trois mille ans , en passant par les mains des Grées et des Romains.
* Dion, lxvui, p. 1131.
3 Selon Ptolémée, Strabon et les géographes modernes , l'isthme de Suez est la borne de l'Asie et de l'Afrique. Denis, Meta, Pline, Sailusle, Hirlius et Sofia, en étendant les limites de l'Asie Jusqu'à la branche occidentale dn M , on même jusqu'au grand Catabauuuae , renfermait dans cette partie du monde, non-seulement l'Egypte , mais encore presque tonte ja Libye.
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ranée et les déserts de Sahara, que sa larg eor excède rarement treot« lieues. C'était à la partie orientale que les Romains avaient principalement donné le nom de province d'Afrique. Avant l'arrivée des colonies phéniciennes, cette fertile contrée était habitée par les Libyens, les plus sauvages de tous les peuples de la terre : elle devînt le centre d'un commerce et d'un empire très-étendus, lorsqu'elle fut gouvernée par les Carthaginois. Les faibles états de Tunis et de Tripoli se «ont élevés snr les ruines de cette république fameuse. Le royaume de Massinissa et de Jugurtha est soumis à la puissance militaire des Algériens. Do temps d' Auguste, les limites delaNumîdie avaient été fort resserrées, et les deux tiers au moins de cette contrée avaient pris, le nom de Mauritanie-Césarienne. La véritable Mauritanie, ou la patrie des Maures, s'appelait Tingitane, de l'ancienne ville de Tingi ou Tangicr : elle forme aujourd'hui le royaume de Fez. Salé, sur l'Océan , cette retraite des. pirates, était la dernière ville de l'empire romain. Les connaissances géographiques des anciens s'étendaient à peine au-delà. On aperçoit encore des vestiges d'une cité romaine près de Méquïaez , résidence d'an barbare que nous voulons bien appeler l'empereur de Maroc : mais il ne parait pas que les étais méridionaux de ce monarque, ni même Maroc, aient jamais été compris dans la province romaine. L'occident de l'Afrique est coupé par différentes chaînes du mont Atlas, nom rendu célèbre par les fictions des poètes1, mais que l'on donne mainteuuit à l'immense océan qui roule ses eaux entre le Nouveau- Monde et l'ancien continent'.
Après avoir parcouru toutes les provinces de l'empire romain, nous pouvons remarquer
< la longue étendue, la hauteur modérée, et la pente douce do mont Atlas (Voy. les Voyages de Show, p. 5.) le s'accordent pas avec l'idée d'une montagne isolée , qui cache sa tête dans les nues, et qui pavait supporter le ciel. Le pie de Tènérffe , au contraire , s'élève a plus de deux mule deux cents toises au-dessus du niveau de la ruer; et, comme il «ait fort connu des Phéniciens, peutêtrea-l-ïl donné lieu soi fictions des poètes grecs. (Voy. BuflWi, Hist. nat., ton. i, p. 317; Hist. des Voyages, ton. n.)
1 M. de Voltaire, lom. nt, p. 207, donne trop généreusement aui Romains les îles Canaries, Il ne parait pas qu'elle» leur aient jamais appartenu.
DECADENCE.DE L'EMPIRE ROMAIN, (M sutp. J.-C.) .
que l'Afrique est itàparée^el'fcipegjw paroia détroit de quatre lieues environ , qui sert de communication à la Méditerranée avec la «ter Atlantique. Les colonnes d'Hercule , si fameuses parmi les ancien», étaient deux .montagnes qui paraissent avoir été séparées arec violence dans quelque convulsion de monture, La forteresse de Gibraltar est bâtie, au pied de celle qui est située en Europe. Toute la Méditerranée, ses cotes et ses lies, étaient- rît*-: fermées dans les vastes domaines de l'empire. . Les Baléares, aujourd'hui Majorque et MVi norque, ainsi nommées à cause de leur grandeur respective, appartiennent, l'une aux Espagnols, et l'autre à la Grande-Bretagne'. Il serait plus facile de déplorer le sort1 des Cor- ' ses que de décrire leur condition actuelle. La Sardaigne et la Sicile ont e^. érigé» en royaumes en faveur de deux prùrtes sHtaJie. ■ Crète ou Candie, Chypre,, et la plupart des t iles de la Grèce ou do l'A*ie,'«béù*wai*<fenT. Turcs, tandis que le. petit itoaberode'Mclta i brave toute la ptrissaac* oHomm»ivet'estjc}e» venu à jamais célèbre sous le-tçoowaemeal d'un' ordre religieux et militaire, i *
Cette longue «numération des; provisoes ■ d' imen^re dont ks débris ont f Mme tantde ■ royaumes si pnissans, ne doit pas nous faim oublier l'ignorance ou la vanité ides anciens. Éblouis par l'autorité immense, par la force irrésistible, par la modération réelle ou af- • fectée des empereurs, ils se croyaient permis ■ de mépriser ces contrées éloignées oùlos ' barbares jouissaient d'une heureuse iadépe». dance ; souvent même ils affectaient d'en me* ■ connaître le nom. Insensiblement H s'aocou- ■ tomèrentà confondre la monarchie romaine avec le globe de la terre'. Mais ce» idées vit* gués et peu exactes ne conviennent pas à an historien moderne : guidé par des- opaataw < sances plus sûres, il est en état de présenter à ses lecteurs un tableau mieux proportionné, en leur faisant observer que l'empire «tait
1 Nom ne vmtiamns bm eu aoto fra diwraetaajlalions géographiques survenues depui* i'apoqite.où Gtbboa • écrit son histoire, notre but étant de ne reproduire Mi ■ — ". qui est de lui et te qui doit r '"" "
de fréquentes variations qui atnwai M wnaBMt "Su.
1 Bergler.ffist. des grandi éternisa, ij^ es l.^J, i, ouvrage rempli de recherches très-ulilcs.
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plu 4a iflMMI Hfciw de large depuis le mnr d" Artoeîn et les limites septentrionales de la Deefe Jwqtfaa BMtt Adts et jœrqo'au tropi- CjwdtCHkBHt étqtfH VeYeadtiten longueur
ikl — i«|hiiih1ii pies de mille Henes depnis i Jwwfer'i rocéaa Occidental. Il • te pis» bel endroit de la zone «le M* et le 50» degré de tarifa il renfermait enTh-on cent jt mille lieues carrées, dont lapins frmfayanie nossillait en terres fertiles et
CffAMTBE ït
Ba tmàm et éa ta ■roapé/ué tattrtam da leutph* roeaain «uu le liecle de» Ishnio».
C« arase pas seulement par l'étendue et par b rapidité' des conquêtes que bous devons fager oavfefe aanmdeor de Rome. Le souverain de* «Mser* d*> ht Russie donne des toi» a une partie dB gtebe bien plus considérable. Sept «e apsss ■— départ de Macédoine , AlexaneVeavaic êtigê des trophées sur les rives de rHvphase1. En BMaMoTnii siècle, l'invincible ZjajrJB et/te* princes mogels , ses successeurs, répsadèreM In désolation depuis la mer de la CMnsjenainfsnrT. confins de l'Egypte et de r ABesaaaae*. Vtmt la puissance de Rome portait as* a*e base bien plus solide. Ce superbe flhHl léiaiirniiTTijnilr jitiinîrnnriifrtrn T n contrées tustsaises à Trajan et aux Antonins étaient étreitesaont unies entre elles par les lois et tmabettes par les arts. Il pouvait arriver csn'eUes souffrissent de quelque abus d'autorité; au», en général, le principedu gourer- Besassa, était sage, simple et établi pour le boauseur osa peuples . Les babitaos des pro- " lement le culte de a avec les conquéitdes mômes avantages, et iflTam pas éfesl ht carrière des
tta*^*arTe»J>«**w. Mû cal • réraittai ai aat cartes de cet tennan.
*sbn«aaén^ «aire Utor et Mi, enrlroa ièple
«aasmaa «m txvninux. Le» conquêtes d'AIwamlre
twi naamaii sa twwwil au Punjab , contrée arrosée
par as shs pmêt* ■raBchei éc I1*nw.
| » veng» d» OsatSe», B*. sa Bons, 1. rr, m
I. La politique du sénat et des Bonrerains de Rome fut heureusement secondée, dans tout ce qui concernait la religion, par les lumières de quelques-uns de leurs sujets et par la superstition aveugle des autres. Les difleV rens cultes admis dans l'empire étaient tous considérés par le peuple comme également vrais , par le philosophe comme également faux , et par le magistrat comme également □oies. Ainsi la tolérance entretenait la concorde et inspirait nue mdttlgence réciproque.
ritée par l'aigreur théofogique, ni renfermée dans les chaînes d'un système spéculatif. Fidèlement attaché aux cérémonies de son pays, le polythéiste recevait avec une foi implicite les différentes religions de la terre1. La crainte , la reconnaissance , la curiosité enflammaient son imagination ; un songe, un présage , un accident extraordinaire , un voyage entrepris dans des régions éloignées, étaient autant de causes qui rengageaient perpétuellement à multiplier les articles de sa foi, et à augmenter le nombre de ses dieux tutélaires. Le frêle tissu de la mythologie païenne était composé d'une foule de matériaux, différens, à la vérité, mais non mal assortis. Aussitôt que Ton avait décerné les honneurs de l'apothéose aux héros et aux sages dont la vie ou b mort avait été utile à leur patrie, il était universellement reconnu que, s'ils n'étaient pas dignes d'être adorés, ils méritaient au moins la vénération du genre humain. Partout les bois et les fleuves étaient peuplés de divinités dont l'influence était propre à chaque canton particulier; et, lorsque le Romain conjurait la colère du Tibre , il ne pouvait mépriser l'habitant de
i Hérodote eateeUrlêo tau fc* «dément rit 1b anan décrit le rentable génie do polrtheione. Le plu» excellent eonunenUire de ce qu'il non» a bine sur ce sujet m trouT* dan» l'Histoire nslurdle de la Religion, de M. Hume-, et H. Koaiuet , dans «m Histoire Universelle, Dont présente k contraste le plu frappant. On aperçoit, due la conduite dea Égyptiens, esebtna bibles traces d'intolérance (voy. Juvénal, saL xr). Le» Juifs et ka C" '"'
qui nuiiuii bot» Kl empereur» rainait sac m
bien importante, et «importante mente, que u™ ......
proposons d'en examiner les causes dans un chapitre particulier de cet ouvrage.
i£ DÉCADENCE DE L'EMPIBJt ROMAIN,
VtflBUt qui i prosterné aux pieds dn Nil,
remerciait ce fleuve de ses bienfaits. Les puissances Visibles de la nature , les planètes et les élémens étaient les mêmes dans tout l'univers : les gouverneurs invisibles du monde moral no pouvaient être représentes que par des fictions et des allégories entièrement semblables. Toutes les vertus devinrent autant de divinités; le vice même eut ses autels. Chaque art, chaque profession reconnut parmi les habitai» du ciel un protecteur dont les attributs , dans les siècles et les contrées les plus éloignés, tenaient au caractère particulier de ses adorateurs. Des intérêts et des dispositions si contraires semblaient exiger une main habile qui gouvernât dans chaque système la république des dieux. On s'aperçut combien l'existence d'un premier Etre était nécessaire ; et ce chef unique dut à cette conviction et à la flatterie les perfections les plus ' sublimes : insensiblement il fut appelé le monarque tout-puissant et le souverain créateur1, La différence des religions ne troublait point la paix de l'univers. Les nations n'étaient attentives qu'aux rapports qui se trouvaient entre leurs cultes. Souvent le Grec, le Romain , le Barbare venaient offrir leur encens dans les mêmes temples : malgré la diversité de leurs cérémonies , ils se persuadaient aisément que, sous des noms différons, ils invoquaient la même divinité. Les ebants d'Homère embellirent la mythologie; et ce poète donna le premierune forme presque régulière an polythéisme de l'ancien monde'. Les philosophes de ta Grèce avaient puisé leur morale dans la nature da l'homme, plutôt que dans celle de l'Être suprême. La divinité était cependant à leurs yeux l'objet «fane méditation profonde et très-importante : ils développèrent dans leurs sublimes recherches la force et la faiblesse de l'esprit humain *. On distinguait parmi eux quatre sectes
' < Lttdrotts, tapotante et les prétentions dn souve- Nfn de l'Orjnu* mt Irts-bien décrits dus le quinzième ltméentMe.
■*Yoyei pour exemple Cfaar, de BeUo GaUico, n, If. Dans le cours d'an oa de deux siècles, les Gaulois en-nèiMs donnèrent* leurs ditiniUa les noms deMeresre.MiTB, Apollon, etc.
■ i L'sdmirable ouvrage de Cicérôn sur la nature des «ton, est kt mutent guide ne nous puissions suivre au
(fQ^dap-Jjtii)', principales. Les Stoïciens et las Platonicien* s'efforcèrent de concilier les intérêts opposé» de la raison et de la piété. Us noua ont laissa les preuves les plus sublimes de l' existence , et ^perfections d'une cause première; mais, comme il leur était impossible de concevoir la création de la matière, l'ouvrier, dans, la, philosophie de Zenon, n'est pas aaseï dîstia* gué de l'ouvrage. D'un autre coté, le die» intellectuel de Platon et de ses disciples est trop idéal, et ne peut être saisi parles sens, . Les opinions des épicuriens et des Braderai ciens tenaient moins à la religion ; la science modeste des uns- ne leur permettait pas.de prononcer; ils doutaient d'une Providence que l'ignorance positiva des autres leur lai-, sait entièrement rejeter. Quoique divisésentra eux, les sages de. la Grèce s'accordaient tousà n'ajouter aucune foi aux superstitions du peuple. Ce grand principe leur servait 4e base commune, et ils s'empressaient- àfi 1*> communiquer aux jeunes élèves qui, nempUs d'une noble émulation, accouraient en fosde à Athènes et dans les autres contrées def empire où l'on cultivait les sciences. En effet , comment un philosophe aurait-il pu .reconnaître l'empreinte de la divinité dan* las. con* tes puérils des poètes et dans les traditions informes de l'antiquité? . Pouvait-il adorer comme dieux ces êtres vicieux qui n'auraient été sur la terre que les plus vils des mortels? Cicéron se servit des armes de la raison a de l'éloquence pour combattre les systèmes absurdes du paganisme ; mais la satire da Lucien était bien plus faite pour les détruire ; aussi ses traits eurent-ils plus de s ne ces. Un écrivain répandu dans le monde ne se hasarderait pas à jeter du ridicule sur des divinités qui ne seraientpas déjà secrètement un, objet de mépris auxyeuxde la classe U plus éclairée de la société '.
Malgré l'esprit d'irréligion qui s'était introduit dans le siècle des Antonins, on respectait encore l'intérêt des prêtres et la cré-
mlïieu de ces ténèbres et dans un sblrae si profond. Cet . écrivain représente sans déguisement et réfute aveu as- bUeté les opinions des philosophes.
< Je ne prétends pas assurer que, dans ce siècle Jm-ngicui, la superstition eût perdu son empire, et que, les songes, les presses, ks apparitions, etc. j nlnsniras&wt ■ plus de terrear.
(ûQ dep. J.-C.) dulitédu peuple. Les philosophes, dans leurs écrit» el dans leurs discours , soutenaient la dignité de la raison, mis ils soumettaient en même temps leurs actions à l'empire des lois et delà coutume. Remplis d'indulgence pour ceserreors qui excitaient leur pitié, ils pratiquaient avec soin les cérémonies de leurs ancêtres, et on tes voyait fréquenter les temples des dtaax ; quelquefois même ils ne dédaignaient pas de jouer un rôle sur le théâtre de la soperstitiau; et la robe d'un pontife cachait
Arec de pareilles dispositions, les sages de l'antiquité étaient bien éloignés de vouloir s'engager dans aucune dispute sur les dogmes et les dMerens cnltes du vulgaire. Ils voyaient avec ta plus grande indifférence les formes variées que prenait l'erreur pour en imposer à la multitude ; et ils s'approchaient arec respect des autels de ce Jupiter qu'ils méprisaient intérieurement, mais qu'on invoqnaflt BVectant de pompe dans le Capitole, au mnfetr des sables de la Libye et sur la cime dt* mont -Olympe1.
B 'est difficile d'imaginer comment l'esprit de persécution aurait pu s'introduire dans l'administration de l'empire. Les magistrats ne se laissaient point entraîner par les prestiges d'un zèle aveugle, puisqu'ils étaient eux-mêmes philosophes, et que l'école d'Athènes avait donné des lois au sénat de Rome ; ils ne pouvaient être guidés ni par l'ambition ni par l'avarice dans un état où la juridiction ecclésiastique était réunie à la puissance temporelle. Les plus illustres sénateurs remplissaient les fonctions augustes du sacerdoce , et les souverains furent constamment revètns delà dignité de grand pontife. Cette unwnifcls religion avec le gouvernement civil entretenait l'harmonie dans tous les ordres de l'empire ; les fêtes publiques avaient été instituées pour adoucir les mœurs des peuples : Fart des augures était un instrument utile dans les mains de la politique, si mlér*»é*,à établir la croyance d'une vie à venin. Le parjura devait être puni tôt on tard
' »"ïtaérïte ,' È4éa» ', CtoerM et PhitarqtK «il toujours
■snWkp^ £r^iwpett pcmrla religion deleurpsys. ^BsBnVmsun^-MurexaBple, et s» ttrotiwfit - - — ■ " "«0,1,10.)
par les dieux vengeurs, et il tremblait sans cesse à la vue des supplices cruels qui lui étaient réserves : cette conviction intime formait le lien le plus ferme delà société1. Persuadés de tous ces avantages , les. Romains croyaient aussi que toutes les différentes espèces de culte ne contribuaient pas moins an bonheur de l'empire; des institutions consacrées dans chaque pays par. le temps ei.par l'expérience leur paraissaient pouvoir seules convenir au climat et aux habitanfi. Il est vrai que les statues des dieux et les omemens des temples devenaient souvent la proie de l'ava-: rice et de la cupidité*. Mais tes nations vaincues éprouvaient, dans l'exercice de la religion de leurs ancêtres, l'indulgence et même la protection des vainqueurs; la Ganle seule semble avoir été exceptée de cette tolérance universelle. Sons le prétexte spécieux d'abolir les sacrifices humains , Tibère et Claude détruisirent l'autorité .dangereuse des druides' ; cependant ces prêtres échappèrent à la proscription ; ils subsistèrent en paix dans l'obscurité, avec leurs dieux et leurs autels, jusqu'à la destruction du paganisme1,
Rome était sans cesse remplie d'étrangers qui se rendaient en fonlede toutes les parties du mondedans cette capitale de l'empire1, et qui tous y introduisaient les superstitions' de leur patrie8. Chaque ville avait le droit de maintenir son ancien culte dans sa pureté : le sénat romain usait quelquefois de m privilège commun pour opposer une. digne :à' l'inondation de tant de cérémonies- ridicules. De toutes les religions , celle des Égyptiens était la plus vile et la plus méprisable ; .aussi l'exercice en fut-il souvent défendu ;«• démolissait les temples d'Isis et de Sérapi», « leurs adorateurs étaient bannis de Rome et
iPolybe, Ln,c 53., 54. Juvénal se plaint £sat. yji) que , de son temps , celte appréhension était devenue presque sans effet.
1 Vovexlesort de Svracuse , de Tarante , 'd'atatatela, . deCorintbe, etc., la conduite de Verrec , dans Cieéntt, (set. n, or. 44} , et la pratique ordinaire des goerefneuri, dans la vnr satire de juvénal.
J Suétone , Vie de Claude ; PBne , Hist. nat. m, û > Pettotfler, Htst des Cènes, Mm. vt; p. 3SB4KL s Séneque, Consolât, ad Bdviam, p. 71, éétt ta* Justfr-Upee.
sDenisd'HailwiïieswJAnt[!îuitè»»ïCiiiW,lH.
de ï'JtaUe1...,M»Js.qDe,peuvqni les faibles efforts delà politique centre le zèle ardent du fanatisme? Biecilô^les exiles reparaissaient; on voyait s'augmenter fia même temps le nombre des prosélytes; -les temples étaient rebâtis, avec encore plus de magnificence: enfin. Isis et .Sérapis. prirent place parmi les divinités rpjnaiues*. Cette, indulgence n'avait rien cte contraire aux anciennes maximes du
Souvernement. Dans les plus beaux siècles e la république, Cybèle et EficuJapn avaient été invites, par. des, ambassades soîeimeJies*,, à -venir prendre, s^aAce.dans le. Capitule ; et Ton avait çoutunw de. déduire les divinités tu-» télaircs dpa villes assiégeas , en lour promettant des honneurs plus distingués et ua rang plus illustre*. .Insensiblement Borne devint le temple de ses sujets, et tous les dieux de l'univers, eurent, la liberté dfl résider dans cette sugerjbe ; .ville*.
J\ \#s anciennes, républiques de la Grèce crurent devoir .conserver sans, aucun mélange le sang.. de leurs premiers citoyens. Cette fauise politique renversa là fortune et hàia, la wine d'Athènes et de Lacédémone;,mais le génie entreprenant de Rome sacrifia l'orgueil a l'ambition. La prudence et,... la, .gloire .firent disparaître devant lui toute , distinction ;, d'esclaves , d'étrangers , d'ennemis ;.e(, :doj#irJ»açefi.8. Partout où il put
f Dam l'année de Rome TOI , le temple d'Isis et de Sérapigf*q ëhaMerrértn d'an erdrt du sénat (Dion, l xt» p. »ÎJ , e» nrime-par les Burfts du oonful (Valère- Majàpie, 1 , 3). Apres li.mprt àe César, il fut rebâti aux dépens du public (Dion, *xvn, p- 681). Auguste, dans •on séjour en Egypte , respecta la majesté de Sérapig (1. il, p. 617)j'mallHl 'défendit le alite des d!cm égyptiens dinaljaiumirBiiwie Bpjm, ttk mmUé aut «mirons (Dio(i,l,un,p.f}7flil.,w>P.T3S). Ce toi si tes furent rependant adorées sous «ni régne COid. , de Art. 4Uiimi.,\.'i) et sous celui de son successeur, jusqu'à ce qnrtaf^iiitl*è;dD:-*I!libére eut' porté ce prince a quelques actes de sévérité. ( Vove* Tacite, Annal, n, 85; Joseph*, Antiquit., 1. xvm , e. 3.)
iTertulJjen, 4polûg^*»^-74,,édil. Hawre.Jla>e semble que l'on peut attribuer cet établissement»: la piété de lafamiUe FlaTieune. . , ,
'7^Ti^liveJ.iieiixtL,' . -
*Maé>obe, Saturnales, 1. ni, c. 9. Cet autair. donna
DECADENCE DE "ï/EMPIliEiïtOMÀlN, (5* dcp. I.-C-)
découvrir lie mérite et la vertu, il s'empreSsa de les adopter. Dans l' époque la pins florin santé delà répnbliqued' Athènes, trente mlHel citoyens ! furent insensiblement réduits au nombre de vingt- un mille*. ïtorne nqu»1 présente dans son accroissement un tabltam bien différent : le premier cens de Servira Tullius ne se montait qu'à quatre-vingt-trwis mille hommes; ce nombre s'augmenta rapidément malgré des guerres pe'rpéttwIleBvet les colonies que l'on envoyait souvent1 na dehors : enfin , avant la .gu,emr»ociaïe , «n, comptait quatre cent soiKaHteKroUurtiHft^itoyenaen état depoiterles'arraeBft.'tèiaHie» demandèrent avec haotenr à -être» Compris dans la distribution des honneurs «t des prf" viléges; mais le sénat aima mievx reoottrir ' aux armes que de se déshonorer pat1 >une concession forcée. Les Samnjtes et'lJwLwetH niens furent punis sévèrement de kmMéme^i: rite. La république ouvrit son sein aux autres états d'Italie, à mesure qu'ils renuieren tth/àii i leur deyoir*, et bientôt là liberté pjibiiqas© fat anéantie. Dans nn gouvernement dtaeoiwnV que, les citoyens exercent l'aulorité-sourte-' » raine : entre les mains d'une multitude in> mense, incapable de suivre la même direction, cette autorité est une source d'abus, et finit par s'évanouir. Mais, lorsque les etnpo-i reurs eurent supprimé les assemblées) jnajtw- ■ laires, les vainqueurs se trouFwr«ntr cemJbndus avec les autres nations: seulement ils.1 tenaient le premier rang parmi les sujets. Lonr accroissement, quoique rapide, n'était f&tu accompagné des mêmes dangers. Cependant les princes qui adoptèrent les sages maximes d'Auguste maintinrent avec le plus 'grand soin la dignité du nom romain , *$ ih) ftircni très-réservés à accorder Je titre de citoyen'*.' ■*
i Élnuttus 'rau.in àciavio, page «; Ajnobe,L vi, b.115. '■' ,',' ■■."■"■'-• ■ •Tadlè,' Annal.ii',' 34. Le Monde Romain du savant est une histoire flnnnMte, de, l'admission
progressive du lalium,de l'Italie cl des nrcvinies,^ la, liberté de Rome. ' .
érodote, «. 97. Ce nombre parait considérai) H;; on serait tenté de croire qm l'auteur s'en eat raapoilé * de* bru ils populaires.
* Athénée, Mpustetfat, 1. w,p. B^nmVataOMHt-tHm-iiencwiS^UForhuxtAUied,!!.*. ; .. ^. .
« Voyra,daoa«.4«Beaiif9rt<Kép..»cai,,.Lff^a4>j ' le uqnbn ewut dea-citoyens querearérm* "
' Appien, île Bello eiviii, I. ig Vektew Ri C. 15, 16, 17. ,. . ....Mi,.,:
' * Mécène lui conseilla de donner, par un édk^ i tatat ^^H^.lél^decitnr^wjra^WMWF^minow^t
(50 (tep. i.-c.)
: Afflntfflué les privilèges de* Romains se biftseut étendus à tous les habitons de l'einpirt(il'lta&e , bien différente des autres provinces,.était le centre du gouvernement et la bue la. plnssoUde de la constitution; elle se notait d'être le berceau ou du moins la réiideno^ de» »éoateur» et dc3 césars'. Lester' a»dee; italien* étaient exemptes d'imposition»', <ot leur* personnes de Ut juridiction arbitraire de? gouverneurs. Formées d'après te medèle parfait de la capitale , leurs villes jouissaient de la puissance exécutrice, sous rinspection inmédiaie de l'autorité soure» rotau. Depuis Ira Alpes jusqu'à l'extréfni té de 1» KjfktbtQ nies i. naturels da paya 'Baissaient touBi «t»»)«n»iuei:iRotBe. Ils avaient oublié lean éBeieaeei'baîatM, et insensiblement ils étaJAOtaenKnuft * former use grande nation, réunie.' par ta langue, les mœurs et les institBtiora «ffifcs, et digne de soutenir le poids d'un pBÎAftsot empire. La république se gloriÊwt de eetts noble politique ; elle en était sauveat, récoippansée par le mérite et par les semàae*<4es eulaas qu'eue avait adoptés. Si l^distMCliûiidu-JttoaironKÛn.-reiïferméedanB le» marsiêe ht ville , n'eut été le partage que des aooieuue» famille , ce nom immortel aurait, été privé de ses plus riches ornemens. MaHaac est devenue célèbre par la naissance de Virgile. Horace ne sait s'il doit être appelé Lucanien en citoyen d'Apulie. Ce fut à Padouo que Je peuple romain trouva un peintre digne de faire passer à la postérité l'histoire «majestueuse de ses triomphes. Les Cat«« étaient venus d» Tuscele déployer dai*.k«apitale toutes les vertus du patriotisme;.et lapetite ville d'Arpinum eut l'honneur d'avoir produit deux illustres citoyens : Marias ,- qui mérita après Romulus et Camille le titre glorieux de fondateur de Rome; «Cîfiérou, qui ;! arrachant sa patrie aux fureurs deÇajilioa, la mit en état de disputer a la Grèc*ù fpalne.de L'éloquence*.
>i li HfcQnhiiHlwîïïli 0m |f mJ raan iTlin f min nlT 11T Til 1 11
■dapté i l'esprit ià «ffitote, e4 st peu I U poSWqne. < L» *BtHiM«M«rt.*fcU»*'ir»Tufr h» Hé» rie leurs bÛMnt4hU«.(T«f«if«>«,b>n; ep. 10'.' Maré-Aortle ' tewifaU1baei?«'nn#ôju« le quart. Depuis le ftçftc de Tn)H, l'Italie commença i n'être plus distinguée' des
Les provinces de l'empire, dont nous avons déjà donné la description, étalent «échues de leurs forces et privées de toute liberté: Dans la Grèce1, en Étrurie et dans la Gaule', lé premier soin du sénat fut de détruire des associations qui pouvaient éclairer des sujets conquis. Il était dangereux dd faire connaître à 1* univers que les Romains avaient su profiter de ta division de leurs ennemis, et qu ainsi l'union pouvait arrêter le progrès de leurs' armes. Souvent leur ambition prenait le masque de la générosité ou dé la reconnaissance. Des souverains devaient pendant quelque temps leur sceptre à ces fausses vertus ; mais , aussitôt qu'As avaient rempli là tâche qui leur avait été imposée, de façonner au jongles nattons vaincues, ils étaient précipités do trône. Les états libres qui avaient embrasse ht cause de Rome, admis d'abord au rang d'alliés, furent ensuite réduits en servi-' tride. Des ministres, nommes par le sénat et les empereurs, exerçaient une autorité absolue et sans bornés. Haie lés maximes salu- . taires du gouvernement , qui avaient assuré ' la pais fit la soumission de l'Italie , pénétra- ' rent dans les contrées les plus éloignées. ' L'établissement des colonies, et lètitre 8é citoyen accordé aux sujets distingués par leur* mérite et leur fidélité , multiplièrent la na-' ' tien ; bientôt ou vit des Rttmams1 dans 'tout l'empire.
• Le Romain s'établit partout où il pem<: i les armes, t <fc't très-bien Sénèqie3;- et les" faits aussi bien que l'expérience Ont confirmé cette observation. Les lia bit ans de ,1'tyaUe r attirés par l'aurait du plaisir. et.de l'iptérêti, se hâtaient de jouir desfr*i»d© la *tct»irêi ' Quarante ans après la réduction de "PAsiè ,' ' [ quatre-vingt mille Romains furent massacrés ,. en un seul jour par les ordres du. cruel Mi-;.-
'U fKanrafWueet UiiP'«W»<r«iurtr«fl* Ai m
quis de M*lfet demiëU deserlptlbn'fa plus tWfé et L plus '.. étendue de rétot de l'Ittlfe «miles César*' '";.'' ', m p * > i Voyez Pausanias, 1. vn. Lorsque «es asSHnljMes Df. furent plus dangereuses, les* lli-inains «lisfritifent àfeb , rétaWr les'noms. ' ■' '■ '. ■ "' ' "' '. ' ,"' . ,',. | ,, ,,,„.
i César eu fait sourent mention, fifibë Puftos à"à pu . réusrfr*pnwcrqué'les<Aoïo!si>teïil*((DlInuë. wws le*. , erapereurs, $ tenir des assemblées,. f(Ust. de, rétabli!»,, d»'.. ' laMBnVfranr.l't. I'i't'1.} " ' " ' \ . .'\ , ' ., ,..,., ' *Senèqué,i«^OTwW.«rfâ,eft^lm,,e.*.
thridate !. Ces exilés volontaires consentaient à Vivre loin de leur patrie pour se livrer au commerce , à. l'agriculture et à la perception dés revenus publics. Dans la suite, lorsque, sous les empereurs , les légions eurent été rendues perijiaiieni.es , toutes les provinces furent remplies de soldats; les vétérans, après avoir reçu la récompense de leurs services en argent ou en terre , avaient coutume de s'établir avec leurs familles dans le pays qui avait été le théâtre de leurs exploits. Dans tout l'empire, mais principalement dans la parlie.occidcntale, on réservait les terrains les plus fertiles et les positions les plus avantageuses pour les colonies , dont les unes étaient d'institution civile et les autres tenaient au gouvernement militaire. Dans leurs mœurs et dans l'administration intérieure, elles présentaient une image parfaite de la métropole. Elles contribuaient à Taire respecter le nom romain ; les habitans du pays où elles étaient situées , unis bientôt avec elles par des alliances et par les nœuds de l'amitié) ne manquaient pas d'aspirer aux mêmes honneurs et aux mêmes avantages , et ne négligeaient rien pour les obtenir*. Les villes Municipales parvinrent insensiblement au rang et à la splendeur des colonies; sous Adrien l'on ne savait quelles étaient celles dont le sort devait être préféré*. Le droit de Laiium était d'une espèce particulière : dans les villes qui jouissaient de cette faveur, tes magistrats seulement prenaient, à l'expiration de, leurs offices, la qualité de citoyen romain; mais, comme Us étaient annuels , les princi-
mttsmam.apudPliûtàiin, c 33. Valère-Maxime , . il, 2. Plutvque et Dion Cassius font monter le massacre S cent cinquante mille citoyens ; nudsje pente qu'un moindre nombre est plus que suflhttnt.
1 "Wnet-tinq colonies lurent éUbUcs en Espagne (?oyez Plir*;MW.n*t.,iii,3,t n,36), etneur en Bretagne, parmi lesquelles Londres, Colchestcr, Lincoln, Chesler , Clouant ef et Batb.mnt encore des filles considérables. {Vores Richard de Cïrecentter, p. 36; el l'Histoire de Hinfbe<tert par Wnitaker, 1. 1 , c. 3.)
*Aulo-G*lle, Ifœtes attica , m, 13. L'empereur AdriMîiUMtitWt^quelesTaiesii'Ulique, de Cadix et d'IlaJica, qui jouissaient deji des privilèges attachés aux rilleiauuufyaW, sollicitassent le titre de colonies ; leur exemj*: fut cependant bientôt suivi, et l'empire se trouva rempli de colonies honoraire*. (Voyez Spanbeim , * Utunumùmat; dissert, un.)
(oOdép.J..C.) pales familles se trouvaient bientôt revêtue» de cette dignité '. 11 suffisait de porter les armes dans les légions *, d'exercer quelque emploi civil, en un mot, de rendre service èv l'état, ou de développer quelque talent pet> sbnnel, pour recevoir un présent dont le prit diminuait tons les jours parla libéralitéexcessive des empereurs. Cependant , dans le siècle des Antonins, ce titre était accompagné d'avantages réels, quoiqu'il eût été accordé à un très-grand nombre de sujets. 11 procurait au peuple le bénéfice des lofs ro* maines, principalement dans les mariages, les successions et les testamens, et il ouvrait une carrière brillante à ceux dont les prétentions étaient secondées par la faveur et parle mérite. Les petits-fils de ces Gantois que Jules Césaravait assiégés dans Alésie commmdaient des légions, gouvernaient des provinces, et étaient admis dans le sénat de Rom*/*'; leur ambition, au lien de troubler la trarjqtiu* lîté publique, se trouvait étroitement lié»*» la grandeur et a la sûreté de Tétat. ' ■
Les Romains n'ignoraient pas' Phritomee du langage sur les mœurs : aussi B'bcrjflpèrcnt-ils sérieusement des moyens d'éfeadre avec leurs armes l'usage de la langue latine*. Il ne resta aucune trace des dîfTérena dialectes d'Italie ; l'Étrusque, le Sabin et le Venèto disparurent. Les provinces de l'Orient ne furent pas aussi dociles a la voix d'mi maître victorieux. L'empire se trouva ainsi partagé en deux parties entièrement différentes. Cette distinction se perdit dans l'éclat de la prospérité; mais elle devint plus sensible à mesure que les ombres de l'adversité s'abaissèrent sur l'univers romain. Les contrées de l'Occident avaient été civilisées par les même mains qni les avaient soumises. '
A peine les barbares furent-ils réduits à l'obéissance, que leurs esprits, susceptibles de toutes les impressions , reçurent avec avidité les premières lueurs delà politesse et des sciences. La langue de Virgile et de Cicéroo
< Spanbeim, Orn.mm.,e.B, pi 8k.
1 Aristide, in Roma fnromio, 1. 1 , p 2 18, «dit. Jet*, i Tacite, Annal., xi, 33,34. HW., tr. M. • Pline, HIst.Ml-, m. 5; S.'Algimnt, de CàitateBti, ni, 7. Juste-Iipw , de proiumciatime tingua latin** ,
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ht sniwtelleraeit adoptée en Afrique, en Espatjne, dans la Gaule» ea Bretagne et dans la Pamncme'. Il est vrai qu'elle y perdit de sa patrie. Le* paysans seuls conservèrent dans leui montagne» de faibles vestiges dés idiobhs celtes et paniques *. L'étude et l'éducation inspirèrent, par degré, des sentimens romain* aux babitans de ces contrées , qui avaient combattu pendant si long-temps pour leur libertés Ainsi les provinces latines adoptèrent tea lois et les coutumes de leurs vainmMim; elles sollicitèrent avec plus d'ardeur •t.obtinrnBtaYec pins de facilité le titre et les ■tumeurs de citoyen romain; elles souriaient \a dignité de la république dans les ar- «es. aussi bien que dans les lettres1. Enfin elles produisirent dans la personne de Trajan un empereur que les Scipions n'auraient pas désavoué pour lenr compatriote. La situation de» Grecs était bien différente de celle des barbare*. 11 s'était écoulé plusieurs siècles dépens que ce peuple célèbre avait été civilisé et corrompu. 11 avait trop de goût pour abandonner unelapgue harmonieuse, et en même temps trop de vanité pour adopter des Institntàoas étrangères. Constamment attaché à se» préjugés, même après avoir perdu les vertus de ses ancêtres , il affectait de mépriser Les mœurs grossières des Romains, dont S était forcé d'admirer la haute sagesse et de respecter- la puissance supérieure*. Les smhi» et la langue des Grecs n'étaient pas renfermées dans les limites étroites de cette
' Ayulie (t S. Augustin répondront pour l' Afrique , Knfc«»»é*rTEtp»gneet la Saule; Tteite, dans la »i« fAgrtrtta, tour b Bretagne, et VeUeius Paterculus pour ta Puansfc- A lots ère Unwiguaees nous saurons «jouter Mb I»eripUMS écrites en latin.
*L« «rJUsue M eouserrt dam les montagnes da pays #â*^*ûffloiudUe3rt de l'Armorique. Apulée re- |««*ér«S»(?»ieUtaiigu« panique i uijeine Africain «sftfnKsnilM dents» de la populace, tandis qu'il avait plWjlUftBMié le grec, et qu'il ne pouvait ou ne »ou- Wtpa» parler Htta (Apolog., p. 596). S. Augustin ne reTr^mtutrtt-rarementen pcjiique dsnï se» eongré-
!L-E^«jMMApr«4y1aitCohnncSe,lM deux Sene-
«neftris Dénia jirasn'S Ubatrioc, aucun critique grec,
f*Trï.aiMlsMsillnan1rr*"-r!l--'J''' nsiefia
sMssUwéHhhh niiliirnmniin nmim flaw — éerl
contrée , jadis si fameuse ; les armes et tel colonies en avalent répandu l'influence dépôts lai mer Adriatique jusqu'au Nil et a l'Eaphrate. L'Asie était remplie de villes grccqnes; et des princes de Macédoine avaient été longtemps paisibles possesseurs des trônes de* Syrie et d'Egypte. Ces monarques réunissaient dans leur extérieur pompeux l'élégance d'Athènes et le luxe de l'Orient; et lés sujets les plus riches s'empressaient, sans' sortir de leur rang, de suivre l'exempte de ta cour, et de déployer une grande magnificence. Telle était la division générale de l'empire romain, relativement aux langues grecque et latine. On peut cependant renfermer dans une troisième classe les naturels de* Syrie, et surtout ceux de l'Egypte. Attaché* à leurs anciens dlalecteB, qui leur interdisaient tout commerce avec le genre humain , ils restèrent plongés dans une ignorance profonde'.' La vie molle et efféminée des uns les exposait au mépris ; la sombre férocité des autres leur attira la haine des vainqueurs*. Ces peuples cherchèrent rarement à se rendre dignes de la qualité éminente de citoyen romain; et l'on a remarqué qu'après la chute des Ptolémées il s'écoula plus de deux cent trente ans avant qu'un Égyptien eut été admis dans le sénat da Rome \
Rome triomphante fut subjuguée par tea arts de la Grèce. Cette réflexion, quoique devenue commune, n'en est pas moins juste; Ces écrivains immortels , qui font encore les délices de l'Europe savante, furent bientôt connus en Italie et dans les provinces occidentales; ils Tarent lus avec transport, et devinrent l'objet de l'admiration publique. Mais les occupations agréables des Romains n'avaient rien de commun avec les maximes profondes de leur politique. Quoique séduits par" les chefs-d'œuvre de la Grèce, ils surent conserver la dignité de leur langue, qii sente
- ' Le lecteur eurleni peut tc-Ir, dut b BMolh*fjw teclésiastique de Dupln (tome m, p. 1, e.8), «lorbhuiwt éUiUttenutiwnsOTer l'usage des bngtet syrfaqtwet égyptienne.
i Toyei Jurerai, «t. m et »; âaantai MrJrtaa ,m, 16.
î Dion Cawnis, l.tnrn, p. 1275. CefbliSMIeragnev de Scptlme Sévère qu'un Égyptien fut tinti* *M)r a« première foSa danile sénat.
DÉCADES W.J^WiflOKAIN,
étatypn usage dans MWW.lÇS.SPM "•""#* 1'»*
ininistraUon civile ef le gouvernement mililaixe,,,,i<« jgrecet Ifi I^tio exerçaient en même t«0pa d»s .l'empire, une juridiction séparée, l'un comme j'idi^me naturel des sciences , l'autre connue le dialecte légal de toutes les t^ansactw^spub^ques.,^ deux langues étaienlfgaleme'nl .connues de ceux qui, livrés, aux affaires, cultivaient, les Muses ; et, parmi les sujets deft,o,mç qui oyaient reçu une éducation, tionnjSte, iï était difficile d'en trouver qui tgnorassenjruncetVautce.de ces langues utuSrejselJes.., ..;-,, ,i .,..,.. . . .
.Tant de moyens réunis contribuèrent à res&errerjes. liens des différens peuples de l'empire, %,ne formèrent plus qu'un seul corps* connu sous le nom général de la nation. romaine. .Jlais il existât toujours au centra de toutesjes provinces, ,et dans le, sein de chaquç.fainille, une classe d'hommes infortunés, dèstin^sâ supporter toutes les charges delà société sans en' partager les avantages. Cbez Jes anciens , même dans les états libres, les. esclaves domestiques étaient exposés à toutes (es. rigueurs du despotisme. Les beaux âges, de l'empire, romain avaient été précédés par des siècles de barbarie et d'ignorance. Lès es.cla.ves étaient, pour la plupart, des captifs., que le sort des armes faisait tomber entre les mains du vainqueur, et que l'on Tendait à vil prix*. Impatiens de briser leurs fers,, Us né respiraient que la vengeance, et déploraient sans cesse cette vie indépendante a lâquelleils avaient été accoutumés. Le désespoir leur donna souvent des armes, et leur soulèvement mit plus d'une fois la république sûr Jcpenchant dp sa ruine1. On établît contre ces ennemis dangereux de sévères règlei»ena*rçtdes,cbâlimens cruels, que la nécessité seule pouvait justifier. Bais, lorsque les prin-
/.VjllèsHï^iM^fl, «. ?, a, 7. L'empereur Claude dégradai (in tuibile.Grec, .parce qu'il n'eflteiidait pu le latin; ii était probablement revfttu de quelque charge rW*K- (iiwH-, Vie de.ÇJwde, c. 16.) .
^pjjii.laiajnp de Lucullus, on Tendit un bœuf un dr^We^ et un .esclave quatre drachmes, environ trois Une dii tous. (Plularque, Yie.de Lucullus, p. 5B0.)
.» Piodore. deSicUe.,ûf Edpg , tyr,'). xxpv et x^m Florus, ni, 19, 20.
« Voyez un exemple Kxnarqu'ahk de sévérité dan* C«*ron.in rcmm,i.9. ,■ .. .' . ,
ej»l^,Wr'?»S(dfl'U»i^n.dS.-^W(îïrS (mite l'Afrique,, euKen^.é^é r,énnies,is^;,na|1^BMl gouvernement, on ^mpta^upouDj m^ d^traflgçrçparmi Jea^^ses^e^ur^iBflr.
tretenir, t^ujour^l«,^n^e,.poiïd)reClJes0^o-. mains eurent recours j des -tue jfins prusJdiQ.uX|iJ mais moins.. prompts.. Ils ea^puragèrfini,^ mariages parmi leurs nombr^itx',4omW>ftufiW et surtout à la campagne. ^.s^imep»,.^ la nature, les liens de Védn^|u>gHi;assu^PM de quelque propriété, c^itfribittère^iid^ cir les peines de.Uservi^(ie,SjL^'!ex^s^c^:jjft esclave devint., un. .objet .plus pr^eu^ ^ quoique son bonheur tint toujours s,* caja.cn 1ère et.à Infortuné de çelm^oatjiLdépemdflik, la crainte n'étouffait'phis, 1?. vo^de,ïa.,ijiiii*j(j etl'jntérêi du maître lui djçfait^qwi&rBe.Hf. plus . humains.., La vertu, , pu^ppl^i^ u% souverains accéléra le progrès.. .de^^agHf^^ et, par les édita. d'Adrien, et de^^nj^ins^ j^ protection des lois s'étendit jusfln^.lp $mg{ la plus vile de la société. A,pr& teBi&fi $0 clés, ledroit.de vie et de mprt^^es^c^gfi fut enlevé aux.pariiçuliers/ .gm.eij ava^af, souvent abusé : il ne fut réservé qu'au||ma^^ trat. Les prisons souterraines furentdéjf iuf?s, et, dès qu'un esclave se plaignit, fôixfflfêfâ maltraité injustement, il obtenait s^^yvpmç^;. ou un maître moins cruel*., ( p ' jv» | L'espérance, cette unique consa^jp^d^s, malheureux, n'était pas refusée,^ ^esc^e.
romain. S'il trouvait quelque pcça5Jyn,de se rendre utile ou agréable , il devait, na^r^dlement s'attendre qu'après un petij..noml\fpei d'années son zèle et sa fidélité seraient r^-L compensés par le présent inestimaMe,, de. p, liberté. Souvent les maîtres n'étaient portés à ces actes de générosité que par la vanité et par l'avarice [aussi Jçs^crweo^i^itkw,:
nécessaire de restreindre que d'encosmagw une libéralité prodigue et «vftui(rte,.«(trI;*Srajt po dégénérer en' un ; abus trés-da'ng*féltiîfi*(
1 Grut«etI«iftglTO«^pgateq»rapfwt«T!]TiBgri»d nombre d'uttwipuons iir«ssÉ>s,iw>e«:jWUïtî>.,jemi femmes, .teurs eofaut, leur* compagnons, Jeu»iW*i i 1res, etc., et qui, iselttn toulfl.ajipaifluce, .fPiH^L^ApJI»-. des empereur». .„,j .^ n| . ,
: *Ywea;i'^^A£S^«,,*Lu^^ ■Bungn? sur (es fe^es.ram»i»K, *!»#.*» pBWiVSJhcbSie de r Académie des BeHesrl*Ur«. , ,;.^..,yv,.\.,VJ ,t.t , L, .JVorei une«utre Bmrtatiofl.dt.,,*», iclhwwmt
(sWfefS**.)
.m'^.ft««Èéd!f. ch. '■#:■■
Si
BMPBf iJHSH^unra1 ■flans la'socrere polluons afâfgrW'tikttbn^Éfiïfft^toP'Hn'Yértu dé i^ltall^WfiftKâ1 d*"cltiWen serait alev^n^kTia^VcTHitié'Vh'é multitude. On JÊ^m&it'pMpoà a'éfabnV d'utiles éxcepfi&tiFifWtiM&fëtitafctoft hdnorable fnt ac- «éMW^ëtOèdieih aux esclaves qnr S'en ftàflén* Wbbni' «ifeiW* ; et qui avaient été solâtn^éxntënl'afn&ichis devant le magistrat : éTàte'tf UtAbÂem^b 'que les droits privés d& cHtrptàl? eï'as'étalent rigoureusement «iHfc «s^ptti* civils et du service mili- •ÙbPtJUWW étaient pareillement mcapah&'^rkBre's'éWéidans le sénat, quels <|Sê'p^«eift'Àfé-ieUr A^rhe et leur fortune. J& fiWtf<tfuUe"brigïfaè' setvile ne s'effa- &Wléti&Jteibm'itï&'là troisième ou quatfb^e'iftte/aC4i.'C'EStiiDsique, sans conftttdfeoy Hi^,J,W faisait entrevoir, dans ^^pèèfc^èWignéè, on état libre «des ftdnrntfrsfal eëui'que Torgueltet le préjugé ÀigttJffeift £?'i>élne mettre au rang de l'espèce
•^j^lrVÉ^jrVJibsé'de donner aux esclaves tfWfi&^ra^uitèr'qui les distinguât; mais otilstafërçWtc tonblen il était dangereux de leur faire connaître leur propre nombre*. SânsTm{emrëtiér^!la rigueur les mots de ïegnitâf'ét oenSyriadés*, nous pouvons avance qw?ta^>rcVrJoYilon des esclaves regardés .cimnleprtaMé était bien plus considérable ^'BâîeUfô^lnestiques, à ne considérer qije fj^'&^dt'ou paie lé service*. On euhif'ctéS'Sétlnèé esclaves qui mon-
M^JMJàtrMnAU i dkWietixfa* volume fie la même ■ ,■/!. -,.., .-,.'... ■■ ■ ,
: .QùWu'm pèriciUumïmmineret,6i • servi nostri Dumcrare mm eoepissent. ■ ^T^m*aM.\1»;iBK;t. ***nr); el Attende [ftàpnos. , LtnpitJQnrf l«uWS't»ta(«r hardiment qw'H a connu ■kaîfcm'Qft y*viart1" Romains qui possédaient, non ftÊ^n^kël éjiS'plit'&mUtiÙHen , dii et même vingt
* dUlW;« Ae-Tiiotpte paréos de BttaTanW-lrois
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GIMOfl i.
traient de la disposition' pour 'WrfciBifciérf; leur prix était réglé suf leurt tàïttli èttiirik leur habileté *. Presque tons lés arïslRfttSràbnt** et mécaniques étaîem exercés dans fardais^ des sénateurs opofën's. tes bras 'employés aux objets de luxe et dé sensualité' étaient multipliés à un point qui surpasse dé" beaucouples efforts de la magnificence' motfe'rhé*;; Le marchand ou le fabricant prouvait' '^ntti, d'avantage à acheter1 les' ouvriers' <j.tfa' lés louer. Dans les campagnes'. lés1 esclaves étaient employés comme les' tnstrïuneus les moins chers et les plus utiles de l'agriculture;. Quelque^ exemples viendront 'à f appui 'de ces observations générales', et' nous donneront une 'idée de cette multitude dé malheureux condamnés à un état si humfflaru. Un triste événement fit connaître qu'un' seul palais à Route renfermait quatre cents escla-: ves*. On en comptait un pareil ' nombre dans une terré en Afrique, qu'une veuve,' d'une condition très-peu relevée, cédait à sonfiïs'j tandis qu'elle se réservait des BiehS beaucoup' plus considérables'. Sous le règne (F Auguste,1 on affranchi, dont la fortune avait' été fort' diminuée dans les guerres civiles,' Taîssaàpres sa mort trois mille six cents paires1 dé bœufs,; deux cent cinquante mille tètes de menu be-( tail, et, ce qui était presque compté parmi' les animaux, quatre mille cent seize esclaves." Nous ne pouvons fixer, avec'" ce 'degré d'exactitude que demanderait l'importance' du sujet, le nombre do ceux qui rëccjuanisaient les lois de Rome , Citoyens, esclaves*,' ou habitans des provinces. Lé dénombrement ' fait par l'empereur Claude , 'lorsqu'il exerça la fonction de censeur, était de six millions'' neuf cent quarante-cinq mille citoyens} ro- ' mains , ce qui pourrait se monter environ" à ;
i Un esclave instruit se vendait plusieurs centaines de louis. Àlticus en avait 'tc^Mriqtfff élevait ;éVa'u^net« il donnait lul-mftoe des leçons". (Corndl." Nrp.,;,v'ies'des': grands Hommes , e. lS\) "'',. "* ; '""
* La plupart des médecins romains étaient esclave*. (VweiUDissfrtaUoTi"ctladé(tûsed\ic;6ctfflirMfriiî1HOnO
apignorius, dé Servis, fait une cmnnéYaîlori 'ittë,m\ longue de leur* rangs 'et' de leurs emplois.' *"' "' '"' ' . '
* Tnelle; .\thÉA.,tir, 4». «S hlrent «écutts $otf iMw pas prévenu le meurtre de leur maître, ''" ■'" ., , 1
«PUiw,Hiït.nat.,l.XXXUi,47. ! *
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«ngt miltions d'urnes , en comprenant les femmes et les enfuis. Il est difficile de connaître la multitude des sujets d'un rang inforieur) mais, après avoir pesé avec attention tout ce qui peut entrer dans la balance, il est probable que, du temps de Claude , il existait à peu près deux fois autant de pro» vmcraux que de citoyens de tout âge, de l'un et de l'antre sexe. Les esclaves étaient an moins- égaux en nombre aux habitans libres de -l'empire. Le résultat de co calcul imparfait serait donc d'environ cent vingt millions d'âmes , population qui excède peuUétre eeUe de l'Europe moderne1, et qui forme la société la plus nombreuse que l'on ait jamais -rue réunie sous un seul gouvernement.
La tranquillité et la paix intérieure étaient les suites naturelles de la modération des Romains et de leur politique éclairée. Si nous jetons les yeux sur les monarchies de l'Orient , nous voyons le despotisme dans le centre et l'anarchie aux extrémités ; la perception des revenus ou l'administration de la justice, soutenue par la présence d'une armée. Des satrapes héréditaires , des barbares prêts à tondre sur nn état languissant, des provinces portées a la rébellion, mais incapables de jouir de la liberté : tels sont les objets qui frappent nos regards. L'obéissance qnî retenait- les Romains était volontaire, uniforme et permanente. Les nations vaincue» ne formaient phts qu'un grand peuple : elles avaient perdu l'espoir, le désir même de recouvrer leur indépendance; et elles séparaient à peine leur propre existence de celle de Rome. L'autorité des empereurs pénétrait, sans le moindre obstacle, dans toutes les parties de leurs vastes domaines; et elle était exercée sur les bords de la Tamise ou du Nil avec la même facilité que sur les rives même dn Tibre. Les légions menaçaient sans cesse l'ennemi de l'état, et
i Si l'on compte vïugt millions d'âmes en France, vttgtctaneri Allemagne, quatre. en Hongrie, dix en Italie et dans les Des voisines , huit dans la Grande-Bretagne et en Irlande, huit en Espagne el en Portugal, dii ou- douze dans la Russie européenne , six en Pologne , six en Grèce «en Turquie, quatre err Suéde, trois «l Danemafek et en Ncrwége, et quatre dans les Pays-Ras, le total se montera i cent cinq ou cent sept minions. (Vor. l'Histoire g» nérate de M. de Voltaire.)
'(M>4ep. I.-CJ) le magistrat civil avait rarement recours à Jk force militaire1. Dans ces jours fortunés, la prince et ses sujets emple-y aient leur loisir et leurs richesses à l'erabellias amant et à la grandeur de l'empire.
Parmi les nombreux monumena d'architecture que eunstruisirent Les Romains, combien ont échappé aux recherches, de L'histoire! et qu'il en est peu qui aient résisté ans, ravages des temps et de La barbariel Et ne* pendant ces ruines majestueuses, épuras* dans l'Italie et dans les provinces , prouvent assez que ces contrées ont été le siège d'un illustre et puissant empire. La grandeur etla beauté de ces superbes débris mériteraient seules toute notre attention; mais deux eu», constances les rendent encore plus dignes d'attirer nos regards : la plupart de ces mai gnifiqnes ouvrages avaient été élevée par de* particuliers, et tous étaient consacrés à Vutt» lité publique: considération importante qui unit l'histoire agréable des arts a I**» tatou* bien plus instructive des mœurs et de l'esprit humain.
11 est naturel d'imaginer que le plu* grand nombre et les plus considérables des édifices romains ont été bâtis par les empereurs, qui pouvaient disposer de tant de bras et de tpfsors si immenses. * J'ai trouvémacapitalu-ou i briques, s'écriait Auguste, et je la- laissé en > marbre âmes successeurs1. > L'économie de Vespasien fut la source de sa magnificence. Les ouvrages de Trajan portent l'empreinte de son génie. Les monumens publics dont Adrien orna toutes les provinces de l'empire .furent exécutés , non seulement par ses ordres, mais encore sous son inspection immédiate. Ce prince était lui-même artiste, et il aimait tout ce qui peut contribuer i la
' Josèphe, de Bello Jttdateo, 1. n, c. 16. Le discouru d' Agrippa , ou plutôt celui de l'historien , est une belle description de l'empire de Rome.
1 Suétone, Vie d'Auguste, c. 28. Auguste bfitit 1 nome, le temple et la place de Mars te Vengeur; le temple de JupfterTonumtd*nsteCapilole;e«lui d'Apollon Paurffn, avec des bibliothèques publiques-, ie portique et 11 basïfl.que de Catos et Litchis; les portiques de Urte'et ÈTOelavie, et le théâtre de Marccllna. L'exemple du souverain rut Imité par ses ministres et par ses géneran ; et son ami Agrippa a fait élever le Panthéon , un des phtt beaux tttonnjneui qui noua soient rené* de rantftnttté.
(M dsp* £4.) PAR ED. GIBBON. CÏL II.
gloire d'un monarque. Toujours occupés du bien- As l'état, les Antonins encouragèrent les am«pi'ib crurent propres à Taire le bonheur et leôra sujets. Mais, si les souverains donnèrent l'exemple , ils furent bientôt imités. Les priactpaux. citoyens ne craignirent pas de montrer qa'ils avalent assez de courage pour fermer les pins grands desseins, et assez de richesses pour les exécuter. Rome se vantait à peine de son Colysée , que les villes de Capot» et de Vérone1 avaient fait élever à leurs dépens des édifices moins vastes, à la vérité , mais construits sur les mêmes dessins et avec le* mêmes matériaux. L'inscription trouvée à Alcantara prouve que ce pont mer- Teilloun avait été jeté Bar le Tage aux frais de qoddaea étaa de la Lusitanie. Lorsque Pline fat nommé gouverneur de la Bithynie et du Ptoztï provinces qui n'étaient ni les plus riche» ni les plus considérables de l'empire, les viUes' -de. son département s'efforcèrent à I'cbm «^élever des monumens utiles et magniiqneS<<f*M passent attirer la curiosité des étrangers et mériter la reconnaissance des ohopenjE, 11 arrivait souvent que les richesses des hatùtans ne répondaient pas au désir qa'îla avaient de s'illustrer : il était alors du deveâr d'un proconsul de suppléer a leurs
«, de diriger leur goût, quelquefois e modérer leur émulation. A Rome',
■ soutes les contrées de l'empire , les I opatlens croyaient devoir contri- - baer à In splendeur de lenr siècle et de leur patrifii Souvent l'exemple tenait lieu de goût, «faisait naître la générosité. Entre cette tamis de particuliers qui se signalèrent par des «Kwsraiens publics, nous distinguerons Bérode Atûeus , citoyen d'Athènes , qui vivait dis» le siècle des Autonins. Quel que pût être le motif de sa conduite, sa magnificence était digne des plus grands monar-
' V«r> afanld, r<TOM Uliutrata, 1. ir, p. 68. . i fanai la anaaw line des lettres de Pline- Parmi lat saunas** sntranB» aax fais des citoyens, cet auteur |saTaA>asaa 4*1 tuneut : à HiconnJdie, une nouvelle plM*,'**.a*pediic et an canal, qu'un de* ancien» rois mmÏ0mi Inanulaitj > Hict, un pansai et un iMàtre m mmtéèjk coûta pres do deux million* ; da bain» à Prase«UCk«diflpolû,ctuji aqueduc de daa Usa» de
Lorsque la famille d'Hérode se trouva dans l'opulence, elle compta parmi ses ancêtres Cimon et Miltiade, Thésée etCécrops, Kacus. et Jupiter. Mais ia postérité de tant de dieux et de héros était bien déchue do son antique grandeur. L'aïeul d'Hérode avait été livré entre les mains de la justice » et Juliua Atûeus son père aurait fini ses jours dans la pauvreté et le mépris, s'il n'eût pas découvert un trésor immense dans une vieille maison, seul reste de son patrimoine. Selon la loi , une partie de ces richesses appartenait à l'empereur: Alticus prévint prudemment, par un libre aveu, le zèle des délateurs. Le trôno était alors occupé par Nerva, qui ne voulut rien accepter; sa justice ne lui permettait pas de priver un de ses sujets du présent dont la fortune l'avait favorisé.. L'Athénien poussa plus loin la circonspection : il représenta que le trésor était trop considérable pour lui, et qu'il ne savait comment en user. < Abu- > ses-en donc, car il t'appartient', > répliqua l'empereur avec un mouvement d'impatience qui marquait la bonté de son naturel. La fortune d'Atticus se trouva bientôt après fort augmentée par un mariage avantageux: il en consacra la plus grande partie à l'utilité publique. Il avait obtenu pour son fils Hérode la préfecture des villes libres de l'Asie, Le jeune magistrat, voyant que celle de Troade manquait d'eau , reçut d'Adrien , pour ia construction d'unnouvel aqueduc, trois cents myriades de drachmes, environ deux millions de livres. Mais l'exécution de l'ouvrage se monta à plus du double de l'évaluation; et les Officiers publics commençaient à murmurer , lorsque le généreux Atticus mit lin à leurs plaintes en leur demandant la permission de prendre sur lui le surplus de la dépense*.
Attirés par de grandes récompenses , les maîtres les plus habiles de la Grèce et de l'Asie présidèrent à l'éducation du jeune Bérode. Leur élève devint bientôt un célèbre orateur; mais il ne connut d'autre rhétorique que celle de ce siècle où l'éloquence , renfermée dans l'école, dédaignait de se
i Adrien ut ensuite un régiment irès-équlUbte, qui partageait tout Iresor trouve entre le droit Je la propriété et celui de la découverte. (Uisl. Aug.,p. 9. )
î l'iiiloslrale, in VXtà Sophut., I. n, p. 548.
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montrer au sénat on au barreau. Il exerça le consulat dans la capitale de l'empire; mais il passa la plus, grande partie de sa vie à Atlièim Ou1 dans différons, palais situés aux environs do ee(te ville : c'était là qu'il se livrait à l'étudeMe ta philosophie, au milieu d'une foule de' sc-phiâtes qui reconnaissaient sans peine la supériorité d'un rivât riche et généreuxVLes monumens de son goûtont disparu; quelques vestiges servent encore à faire connaître sa magnificence. Des voyageurs ont mesure les raines du stade qu'il avait fuit bâtir a Athènes; sa longueur était de six cents pieds i il était entièrement de marbre blanc , et ifc pouvait contenir tout le peuple. Ce bel ouvrttgefBtacbevéenqnatre ans, lorsque Hérede était président des jeux athéniens. Il dédia à la mémoire de sa femme Regilla un théâtre dont il eut été difficile de trouver un modèle dans tout l'empire : on n'avait employé à cet édifice que du cèdre , chargé des plus précieuses sculptures. L'Odeum, destiné par lo faraeUx Périclès à donnerdes concerts publics et à représenter des tragédies nouvelles , était un trophée de la victoire remportée par les arts sur la grandeur asiatique; les débris de la flotte des Perses eu composaient presque toute la charpente. Ce monument avait été déjà réparé par un roi de Cappadoee ; mais il était encore sur le point de toBtbor-on ruines. Hérode lui rendit sa beauté ■et sa magnificence. La générosité de cet illustre citoyen n'était pas renfermée dans les mursd'Athènes: un théâtre à Corinthe , les plus riches ornemens du temple de Neptune dans l'isthme, un stade à Delphes, des bains aux, Thermopyles et un aqueduc' à Canarium, en Italie, ne purent, épuiser ses vastes trésors. L'Épirej la ï'hessalie, l'Eubée, la Béotie et le Péloponèse partagèrent ses bienfaits ; et les villes île l'Asie et de la Grèce , dans le transport de le.ur reconnaissance , élevèrent plusieurs inscriptions où Hérode Atticus était appelé leur patron et leur bienfaiteur*. Dans les étais libres d'Athènes et de Rome,
1 Aaki;P*flt .NuilS.atttUWS , i, 2; u, 2; xrin, 10; m,
•* VoT. i'biloU., 1. n, p. MB, 666-, Pausanias, 1. 1 et m , 10 ; ta Vie d'Hérode dans le m* volume des de l'Académie.
(M tfep. J.-C.) la modestie et la simplicité des maisons particulières annonçaient!' égalité des conditions, tandis que la souveraineté du peuplé brillait avec éclat dans la majesté' des' édifices publics1. L'introduction dès richesses et l'établissement de la monarchie n'éteignirent! pas tout-à-rait cet esprit républicain. Ce fut dans les ouvrages destinés a la gloire et à l'utilité de la nation qne les plus vertueux empereurs déployèrent leur magnificence. Le palais d'or de Néron avait excité à juste titre l'indignation ; mais cette vaste étendue de terrien, envahie par un luxe effréné, servit bientôt à de pins nobles usages. On y admiraU , sons les règnes suivans, le Colyséc, lesbaïns de'Tjtus, le portique Clandien et les temples élevés a la déesse de la Paix et au génie de Rome1! Ces monumens étaient l'ouvrage des Romains; mais ils étaient remplis des chefs-d'œuvre delà Grèce en peinture et en sculpture." 'Les savans trouvaient dans le temple delà'Paix une bibliothèque curieuse. A quelque dis-' lance était située ta place dé Trajah; elfe' était environnée d'un vaste portique, et au ' milieu s'élevait une colonne de marbre, haute' ' de cent dix pieds, et qui marquait ainsi te (evation de la montagne qu'il avait fallu couper. Cette colonne n'a rien perdu dé sa' , beauté ; on y voit encore une représentation exacte des exploits de son fondateur dans la Dacîc. Le vétéran contemplait l'histoire de ses campagnes; et, séduit par l'illusion delà vanité nationale , le paisible citoyen partageait les honneurs du triomphe. Les autres parties de la capitale et toutes les provinces de l'empire se ressentaient de la magnificence publique; des amphithéâtres, des temples , des portiques , des arcs-de-triomphe , des bains et des aqueducs contribuaient à la santé de tous les habit ans, servaient à l'cxer-
' Celte remarque est principalement appliquée i la république' d'Athènes par Dteœarcbus , de Statu Graciai, p. H. Intergesgrapiiot mineres , édit. lludson: '
* Doaatus , de Ftonut veetre, 1. m, c. 4. 5, 6. Nardinl, ffomiont^, l.n, m, 12, 13;etunmanuscrit quîconlient une descriptif de Tmoleme Home par SenuW OriceuViiH «u RtHtM > -doniy»! obtenu «n* copie de la ' ' bibliothèque du chanoine Hicardi a Florence. PAne'farlB "' de dan, célèbres tabteaDK de TiBuiflUWet "de ProtogUe ', places, à oe qu'il paraît, rfatofe -teAph ■& tt'Htt, LT "' Laocoon tut trouvé dans les bains de Titus. '-' '"
cïce de leur culte , e$ leur procuraient en mie'me Wmus une foule Je plaisirs, l''iiprix«as-|Qous .si^r ces vastes édifices qui tfèméhniOTt tes, fleuves dans leur sein : leur oufté, la hardiesse dt*. l'entreprise et la solidifie de l'exécution les mettent an rang des nia* beaux monumeus du génie et delà puissance, de Rame. Les aqueducs de la capitale méritent à tous égards la préférence; mais le voy agtur curieux qui examinerait ceux de Spolète , oe Metz et de Ségovie, sans être éclairé pajr le flambeau de l'histoire, croirait qup ces jiÛfs Q»t été autrefois la résidence d'un grand, monarque. Les déserts de l'Asie et dcTÀfrigpe étaient remplis de cités florissantes, qui ne devaient leur population, leur existence inéme , qu'à ces courans artificiels d'une jeu salaire et toujours prête à fournir àfeursfeesoHis.1.
nous avons fajt l'énumération des habitans de ^empire, et nous venons de contempler le spectacle. nqmpqux de Ses. ouvrages publics : nos.1 obseryajfoHS paraîtront plus exactes si nom' .mettons sous les yeux du lecteur le nombre et ï? grandeur des villes. Mais, en rassemblant quelques faits, il ne faut pas oublier (jùé'ïfl Vanité des nations et la disette des tangnes ont fait donner indifféremment le nomyague. <Te ville à Rome et à Laurence.
jf. On' prétend que l'Italie renfermait autrefoB,.onie'.,cpn( quatre-vingt-dix-sept villes : quéHe qn'ait été sa population dans les temps les plus «ciliés*, il n'existe aucune raison poOTçrçfirêqîie,dansle siècle des Antonins, le nondjre de ses habitans ait été moins considérabîeqqe sous le rpgae obscur deRoroulus. Auprès par. une influence supérieure, les
s. Aiflres par une petits éutidu .Latium furent insensiblement codera, $^.l^,mctrQpo le, de l'empire. Ces mêmes cpstreM, qui ont langui si long-temps sous Je gourera cm eut faible ettyrannique des prêtres, et des vice-rois , n'avaient rien perdu de ^l(l>rcë"fi/rsqui'elles furent soumises aux empereurs» Elles n'avaient éprouvé alors que
PÀJl £B, GIBBON. CH. Il ... M
les malheurs plus supportables delà guenre, et, dès les premiers symptômes de déradence, elles trouvèrent des ressources prodigieuses dans l'accroissement rapide de la Gaule. Ci&- . alpine. La splendeur de Vérone parait encore par ses ruines; et cependant Vérone. était moins illustre que les villes d'AquilcVv de Padoue, de Milan ou de Ravciute. . <>i
II. Au-delà des Alpes, dans iesforètjsinêaia de la Bretagne, on s'occupait des moyens de; rendre l'empire florissant. York était le siège. d'un gouvernement ; déjà Londres s' enrichis* sait par le commerce : douze cents villas faisaient la gloire de la Gaule'. Dans les parties septentrionales, elles n'étaient, pour la plu-, part, sans en excepter Paris mène, que la retraite sauvage d'un peuple à peine civilisé. Mais les provinces du midi imitaient l'élégance et la pompe de l'Italie*: Marseille, Arles, Nîmes, TSaruonne, Toulouse, Bordeaux , Autun , Vienne , Lyon , Langrcs et Trêves , étaient déjà célèbres ; et leur ancienne condition pourrait être comparée à leur état présent , si même ces villes n'étaient pas alors plus florissantes. L'Espagne , si ■ brillante dans les temps qu'elle n'était qu'une ; simple province , est bien déchue depuis qu'elle a été érigée en monarchie. L'abus de ses forces, la superstition et la découvert»" de l'Amérique l'ont entièrement épuisée. Son . orgueil ne serait-il pas confondu si non* M ' demandions ce que sont devenues ces trois cent soixante villes dont Pline a parlé sons le règne de Vespasien1? -' ' ■-
III. Trois cents villes en Afrique avaient . été soumises à Cannage*: iln'estpas probable que ce nombre ait diminué sous l'admi-nistralion des empereurs. Cartilage elle* même sortit de ses cendres aveo an nuuwef éclat; et cette ville, aussi bien *que"Ga" poueet Corinlhe, recouvra bientôt iouS'l» '■•
'^TII(fWr»,aa^,e»lien»t,lw»iT,p.a,l.t,c.
t. Ifefft tumn+mtn/U fttt swnl sur les aque-
Én«JsJlea)ni| ,-,.. n ■■» -
, „=■ Iw.,(i.fin,.ftift.,«at-aeteBf viïaitso»s
:..-Ve>«j. V&r'im*; Bibtietli.grœca,
■ joséphe, de Bfllo ludaieo, u, 10: ce n trouve rapporté ; peut-être ne doit-il pas être pris à la ri-r j ' gueur.
i Pline , Hist. n,it.,m , 5.
»Pbne, Bist-Dat., ia,3,4;tf, 36. La ll*U piarslt'sll- " Ihenlique cl exacte. La division des provinces « 1» en-' J dilion différente des villes- sont marquées aV' > lesj * grands détails.
<Strabon,Gcog.,l.iTn,p.tl89. ■ ■"
avantages qui peuvent être sépares d'une autorité indépendante.
i\. L'Orient présente le contraste le plus frappant entre la magnificence romaine et la barbarie des Turcs. Des campagnes incultes offrent de tous côtés des ruines superbes, que l'ignorance regarde comme l'ouvrage d'un pouvoir surnaturel. Ces restes précieux de l'antiquité servent maintenant d'asile au malheureux paysan et à l'Arabe vagabond. Sous les Césars , l'Asie , proprement dite , contenait seule cinq cents' villes riches, peuplées, comblées de tous les dons de la nature , et embellies par les arts. Ouïe d'entre elles se disputèrent l'honneur de dédier un temple à Tibère ; et leur mérite respectif fut examiné dans le sénat de Rome1. Il y en eut quatre dont la proposition fut rejetée, parce qu'on ne les crut pas en état de fournir aux dépenses nécessaires pour une~si grande entreprise. De ce nombre était Laodicée , dont la splendeur parait encore dans ses ruines' : elle retirait des revenus immenses de la vente de ses moutons, renommés pour la finesse de leur laine ; et, peu de temps avant la dispute dont nous venons de parler, un citoyen généreux lui avait laissé plus de huit millions de livres par son testament*. Telle était la pauvreté de Laodicée : elle peut nous faire juger dos richesses des villes qui avaient obtenu la préférence, et principalement de Pergame, de Smyrne et d'Éphèse, qui se disputèrent loug-temps le premier rang en Asie1. Les ca-
i Joseph* , <te Betto Jwtttico , n , t« ; des SopbisL, L n, p. 548. Mit. Olear.
. s Tacite, Annal., n, .15. J'ai prix quelque peine à consulter et à comparer les voyageurs modernes , pour connaître le sort de ces onze villes asiatiques. Sept ou huit sont entièrement dêtruHw, Hypaepe, Trailes , Laodicée , Bion, HatttarSM», Milet, Kpaéw, M mus pmndi ajouter Sardes. Dm trois qui subsistent encore , Pergsm est un bourg de deux ou trois mille habitais. Magnésie , sous le nom de Guzelhissar, est aœea considérable, et Smyrne est uoe grande ville peuplée de cent mille âmes. Hate.aSmvme, tandis que les Francs soutenaient le «emmena , les Turcs ont ruiné le* arts.
a Le voyage de Cbandler , dans l'Asie mineure , p. 225 , etc., contient une description agréable et fort exacte des ruines de Laodicée.
' Strabon , 1. in , p. 8M. n avait étudié i TraB»
* voyez use Dissertation de M. « Ban, Mémoire de lAwckaoie, tome xra. H triste eseore un diaews fl-
EMPIRE ROMAIN , (M dap. J.-C.)
pitales de Syrie et d'Egypte étaient d'un ordre encore supérieur dans l'empire : Antioche et Alexandrie regardaient les autres villes avec dédain ', et le cédaient à peine à la majesté de Rome elle-même.
Toutes ces villes étaient unies entre elles , et avec la capitale de l'empire, par de grands chemins qui partaient du milieu de la place de Rome, traversaient l'Italie, pénétraient dans les provinces, et ne se terminaient qu'à l'extrémité de cette vaste monarchie. Depuis le murd'Antonîn jusqu'à Jérusalem, la grande chaîne de communication s'étendait du nordest an sud-est, dans une longueur de quatre mille quatre-vingts milles romains'. Toutes les routes étaient exactement divisées par des bornes milliaires; on les traçait en droite ligne d'une ville à l'autre, sans avoir égard aux droits de propriété ni aux obstacles de la nature ; on perçait les montagnes ; et des arches hardies bravaient l'impétuosité des' fleuves les plus rapides er les plus larges*. Le milieu du chemin , qui s'élevait par une pente insensible au-dessus de la campagne voisine , était composé de plusieurs couches de sable, de gravier et de ciment; on se servait de lar-
rUttide, qu'il prononça pour recommander la concorde aux villes rivale*.
i Le nombre des Égyptiens , uns compter les habitons d'Alexandrie, se montait i sept minions et demi (Joeèphe, de Sel. Jud., n, 10). Sous le gouvernement militaire des Mameluks , la Syrie était supposée renfermée soixante mille villages. (Histoire 'de Tlmurbee, 1. v, c. 20.)
i L'itinéraire suivant peut nous donner une idée de la direction de la route et de la distance entre les principales villes : 1 depuis le mur d'Antonin jusqu'à York, deux cent vingt-deux millet romains; 2 Londres, deux cent ringt-aept; 3 Rbutupia: ou Sandwieh , satxsntesept ; 4 trajet jusqu'à Boulogne, quarante-cinq ; S Keims, centfoiiante-quatorie; 6 Lyon, trois cent trente; 7 Hilan , trois cent vingt-quatre j 8 Honte , quatre cent rfcnftsix; 9 Blindes, trois cent soixante; tO trajet jasas** DirneUnm, quarante; 11 Bizance, sept cent son; 11 Aneyre, deux cent quatre-vingt-trois; 13 Tarse, trais cent un; M Anlioebe, cent quaraate-ui ; 16 Tyr.daunr. cent cinquante-déni; 16 Jérusalem, cent soiiiDlotmit ; en tout quatre mine quatre-ringti milita Re.-oains , qui font un peu plus que doue cents lieue*. Voya les ftùiriraires publiés par Wessdin , avec «es noies. Voy/s aussi Galle et Stnketey pour la Bretagne, et M. fàmfltBmwmt la Gaule et Htatle.
s. 5) a décrit les ponts 4e Hsrai, d'ilesntara., fc
(w'dép, iïC.)
PAÏt-ED. GIBBON. €H. Iï.
ges pierres pour pàveri et, dansquelques endroits près de la capitale, on avait employé le marbre J,' '.*
^èue&aïhafcon^lruetron solide des grands chemins de l'empire ,'qinïs n'ont pn litre déifiai après un effort de quinze siècles. Ils procuraient aux babitans des provinces les plut, éloignées les .moyens d'entretenir une correspondance aisée ; mais leur premier objet avtft éjé de faciliter la marche des légions. I,9t Rpmains né se croyaient entièrement maître* d'une contrée que lorsqu'elle était devenue* dans toutes ses parties, accessible aux a^nus et à l'autorité du. vainqueur.
. Ï>e8 poftet, régulières, établies dans les pro^iacès, instruisaient en peu de temps le aptmfap.dfl ca qui se passait dans ses vastes <IomjU#es, et pé-rtaiejit de tous cotés ses ordrtji' avec proniptttHde *. On avait distribué, i. la distance seulement de deux lieues . dos. relata ,.pù l'on avait soin d'entrelepir qua- Wf chevaux ; et l'on pouvait faire environ trent* lieiwa par jour aur toutes les routes9. Pow VOjagar ainai, il fallait être autorisé par l'euipercur; niai», quoique ces postes n'eussent été instituées que pour le service public, m permettait quelquefois aux citoyens d'en ni» «sage pour leurs affaires particulières4.
La communication, n'était pas moins libre panser; la Méditerranée se trouvait renfermée dans les provinces de l'empire; et l'Italie s'araaçait en forme de promontoire au milieu de ce grand lac. En général, les cotes d'Italie ne présentent aux vaisseaux aucun abri as-
1 ItftVr, Histoire des gonds chemins de l'empire,].
* *mm*mlfifL Artaud, c.30. Bergier, Hisl. des goads IRMÏM..L «.-Code Tbéodosieu, ]. vui, lit. v , «*■■■, m. 06403, mcc le unat commentaire de Go- Mmt,'
■*D|**aa*M de Théata», Cesarius, magistrat d'u» aps|éM. m rendit «A tttto d'Anlitcha h CamUntina- •fe: 11 te triicaretite pendent ta nuit, passa le lendemain MGafpedot», ànwiiuinte-tiwilLeiwod'AjitLcicho, ir àCeuatanlinople, vers le milieu ' MA *t sept erat ringl-ebiq milles Dgt beues. -Voyei liban*s, orat. »u; et les itinéraires, p. 5J2-S81. "■*&* uiSMSjut usauiùu et faroride l'osantrcur , fut ***mmïÉO*m ■ncaenffl âyH rih dooeer de&thft- "■*" de pwte a sa femme pour une affaire traft-prntstf, "-*,«. 121, 122
sure; mais l'industrie humaine avait réparé ce défaut de la nature. Le port artificiel d'Ostie, creusé par les ordres de l'empereur Claude à l'embouchure du Tibre, était un des monumens les plus utiles de la grandeur romaine Ml n'était éloigné que de cinq lieues de la capitale; et, avec un veut favorable, on pouvait parvenir en sept jours aux colonne* d'Hercule, et aborder en neuf ou dix dans la ■ ville d'Alexandrie en Egypte*.
La politique prescrit des bornes aux empires ; elle envisage leur trop grande étendue comme une .source de maux. Malgré tontes ces déclamations , l'on ne peut disconvenir que la puissance de Rome n'ait été fort utile au genre humain. La même liberté de commerce répandait avec une égale profusion les vices et les avautages de la vie sociale. Dans l'antiquité la plus reculée, le globe présentait sur sa surface des parties bien différentes. L'Orient , depuis un temps immémorial, était en possession du luxe et des arts , tandis que l'Occident était habité par des barbares grossiers et belliqueux qui , ou dédaignaient l'agriculture , ou n'en avaient pas même la moindre idée. À l'abri d'un gouvernement fixe et assuré, le commerce introduisit insensiblement en Europe les productions dont la nature avait enrichi des climats plus fortunés; elles y furent cultivées avec succès ; et des peuples sauvages , instruits par l'exemple des nations civilisées, profitèrent de leur industrie , et la portèrent même à une plus grande perfection. Il serait presque impossible de faire l'énumération de toutes les plantes et de tous les animaux qui furent transportés en Europe de l'Asie et do l'Egypte1. Nous ne parlerons que des principaux, persuadés que ce sujet peut être utile, et qu'il n'est pas indigna de la majesté de l'histoire. !
I. Les fleurs , les herbes et les fruits qui croissent aujourd'hui dans nos jardins sont pour la plupartd'extraction étrangère, commo il parait souvent par le nom qni leur a été
■ Bergier, Histoire des grands chemins, 1. nr,e. 49.
îl'Hw, liisi.Mt.,xit,f.
- *âe*un totaai te apparences, In Grecs et les PheeJ- <S»s pefUMmi.de snsimualBl es des pnxtuetiaas a**- , de Cadix et de U '""
ré. La pomme était une production naturelle d'Italie ; mais, lorsque les Romains eurent connu le goût délicat de la pèche , de l'abricot, de la grenade , du citron et de l'orange, 3s donnèrent le nom de pomme a tous cas nouveaux fruits , et ne les distinguèrent qncporleMHidmyaçs-A'oùihi avaient été transplantes.
il. Du teams (f Homère, la vigne croissait sas» culture en Sicile, et vraisemblablement dans le contineat voisin. Hais l'art ne l'avait pas perfectionnée; et les habitans de ces pays , alors barbares' , ne savaient point en extraire une liqueur agréable. Mille ans après , l'Italie pouvait se vanter de produire plus dos deux tiers des vins les plus renommés, dont on comptait quatre-vingts espèces différentes1. Cette denrée précieuse passa bientôt dans la Gaule narbonnaise; mais, du temps de Strabon , le froid était si excessif dans le nord des Cévenues , que l'on croyait impossible d'y faire mûrir le raisin *; cet, dani cet obstacle disparut; et il y a lien de penser que la culture des vignes ea Bourgogne est aussi aBcienno que le siècle des AatosÙH *. .
ID. Dana rOr^dettt l'olive éhsit le symbole de li paix. Deux siècles après la fondation de Borne, l'Italie et l'Afrique ne connaissaient point cet excellent fruit. L'olivier fut bientôt naturalise dans ces contrées, et enfin planté dans le centre de la Gaule et de l'Espagne. Les anciens s'imaginaient qu'il ne pouvait croître qu'à un certain degré de chaleur, et seulement dans le voisinage de la mer j ■ mais cette erreur fut insensiblement détruite pur l'industrie et par l'expérience1.
ïf. La euknr* du lia passa de l'Egypte
i Vova Homère, Odjt., L n , v. 3S8.
I Pline, Hist. ml., 1. ht. *
> Strabon, Geogr., 1. ir, p. 223. Le froid derasif d'un Hier gaulois était presque proverbial parmi Us anciens.
«Dans le commencement du quatrième tiède, l'orateur Eumène (Panegyr. rai, 6,édit. Ddph.) parie des lins d'Anton , qui avaient perdu de leur qualité par la vétusté; et l'on ignorait alors entièrement [e temps où les ttgna étaient plantées pour ut première fois dans le territoire de cette riHe. H. d'Amille place le Pogu» Jtrtirtgmu dans le district de Beaiuie , célèbre encore a ■rènst pour la bonté de set fiât.
•aàm^Bat ittur., t av.
DECADENCE DE L'EMPEKÈ MJftlAIN, (&**epJi»Ô)
dans b Gaule, et fit h richesse de temVfc pays, quoique cette ptacne pût appaiHrtrieS terres particulières dans lesquelles efle éaaV
V. Les gazons artificiers deviww-#etss* mus dans l'Italie et dans les province» , ' particulièrement m luzerne, qui tarait leur nom et son origine de là Médîe*; Des -prévisions assurées, d'une nourriture same et abondante pour le bétail pendant TbïVh', multiplièrent le nombre des troupeaux, 'qui, * de leur côté , contribuèrent à ll> 1s*tjsï> du" sol. A tous ces avantages*l'on peut ajouter une attention particulière pour la pèche et pour l'exploitation des mines. Ces travaux employaient une multitude de sujets,., et servaient également aux plaisirs darieWcti
Columelle bous a don lent ouvrage , la description de 1* état InraV sant de l'agriculture en Espagne soWler*- ■' gne de Tibère ; et l'on peut observer qshTees i famines, qui désolaient si souvent U Nptf''' brique dans seu enfonce , se firent i-pefo*'1 sentir lorsque Borne dorme an* lor^l'BeV ' vaste empire. S'il arrivait na/une rjrtJvrnW A éprouvât quelque disette , eBe trouvait aev sitôt des secours prompts dans faboftdatice d'un voism plus fortuné.
L'agriculture est la base des manufactures , puisque l'an ne peut mettre en œuvre que les' productions naturelles. Ches les Domains , «n peuple entier d'ouvriers industrieux Suit sans cesse employé a servir, déraille ftomra) ' différentes, les gens riches , dans leurs nants, leurs tables, leurs maisons et leurs meuWe»; Les favoris de la fortune réunissaient toute» ' les richesses de l'élégance, de l'utilité et delà magnificence ; on voyait briller autour d'eux ' tout ce qui pouvait flatter leur vanité et satisfaire à ienr sensualité. Ce sontees raffinement ' si connus sous lenom odieux de luxe qui 'oui excité, dans tous les siècles, l'indignation des moralistes. Peut-être la société serait-elle plus parfaite et plus heureuse si tous les hommes possédaient le nécessaire,
<Phne,rfiaLaat.,l.sBi.
* Voyca l'agréable Esta! sur p«\l qui a raatemUé daui cet •urrage tut» «t^is.ies- m etleanoderaeiaMimdeUiuacrue.
^d^supjsj-JJln^flfais^ dans l'état, actuel, pique né du vice au de la folie, jiouvoir corriger lit distribution biens. L'ouvrier laborieux, l'ar-
je., possèdent, aucune terre; mais
h ont enijsrtafçccoofienteot àlcur
*-3-C esj^ainsi que les métiers et
t à, "la, perfeeliou de l'a-
ïpelaires sont portés, par
(Jtiyer avec plus de soin des
*y ^changent pour d'autres
aÇÛon, dont toute société
i- p^utiçttl'?1"5.. sc fit sentir
bîètfc,p'Ius puissante dans ;s provinces auraient été j, les 'manufactures et le a i) pussent rendu à des sus richesses que leur avaîen( jsarnies,ei.Hia. puissance de Iîoraeawrculutipn'ne s'êteudit pas au- Vites dè( I empire, e|lc imprima fc*^£»FA .4?c^vî1^ * 'a wchine ."M.5gsroitets, souvent utiles, ne -gjlAy^ereux.
B^.^st peui-etre plus difficile que Htr Ie.4uxe dans lee bornes d'un i. 'contrées les .plus éloignées étaient 1 pour fournir de nouveaux ab'mens 6 et à la pompe de la capitale. Les forges dp. )a Scjilùe donnaient des fourrures préawuqf^ On, transportait l'ambre par terre, aepiwTe» jrivçs de la Baltique jusqu'au Dahfâf (fer^jares étaient étonnés du prix 'leKueqt en échange pour une produc-
^'utilité '. Les tapis de Babylone
[Ujyr.agcs de l'Orient étaient fort lais c'était avec l'Arabie et avec i faisait le commerce le plus et, le plus riche. Tous les ans, «{l'été, une flotte de cent vingt de Myos-IIormos , port d"EKËje™3[lué sur la mer Rouge. A l'aide deç Mousson*., die traversait l'Océan en qiuirângé gojârs ; la côte de Malabar et l'île
'M* r* "i"'1!* '' riini mu ut ■ --i -i
CÉMMWWM »««« plaisamment que U mode n'avait
/I^lPAi! fpyÇifQOK. Cil. II. 33
deCeylan ■ étaient le terme ordinaire de cette navigation; et les marchands des régions de l'Asie les plus éloignées s'y rendaient pour y attendre l'arrivée des sujets de Rome. Le retour de la flotte d'Egypte était fixé au mois de décembre ou de janvier. Aussitôt ses riches cargaisons, transportées sur des chameaux depuis la mer Rouge jusqu'au Ni!, descendaient ce fleuve et abordaient au port d'Alexandrie ; de là elles affluaient dans la capitale de l'Empire *.
Les objets du commerce de I" Orient étaient brillans, mais au fond de peu d'utilité. Ils consistaient en soies qui se vendaient au poids de l'or", en pierres précieuses, parmi lesquelles la perle tenait le premier rang après le diamant4, et en différentes espèces d'aromates que l'on brûlait -dans les temples et dans les pompes funèbres. Un proGl presque incroyable dédommageait des peines et des fatigues du voyage. Mais ce commerce ne contribuait' point à la prospérité de l'état; et un très-petit pombre de particuliers s'enrichissaient aux dépens de leurs concitoyens.
Comme les Arabes et les Indiens se cou- ' tentaient des manufactures et des productions ' de leur pays, les Romains étaient obliges de donner leur argent en échange. Le sénat se plaignait que les richesses de l'état, ' employées à la parure des femmes, passaient sans retour entre les mains des nattons étrangères et ennemies*. Un écrivain, connu par son exactitude, fait monter la perte à plus de seize millions de livres8; mais c'était le cri
.. l'utilité de l'ambre. Héron .
NT les côtes de la mer Baltique, ^fantfte ie cette denrée pré-'
< Appelée Taprobanc par Iw Ba—iii , etSeraadib par
[es Arabes, telle île fui découverte sous le règne de Claude, et devin l lu*: Lisiblement le principal lieu de commerce de l'Orient.
i Pline, But. nat., 1. n. Strabon, 1. ira.
3 Histoire Aug., p. 324. Une robe de soie était regardée comme un ornement pour une femme , et comme indigne d'un homme. . .
* Les deux grandes pèches de perles étaient les mêmes qu'à présent , Ormuz et te cap Comorin. Autant que tous pouvons comparer la géographieaiiciciine avec la moderne, Rome tirait ses dtamans de la mine de Jumdpur, dan* le Bengale, dont on trouve une description au loin, n des voyages rie Taveruier, p. 281. . . ..
* Tacite, Ann-, in, 52 dans uadiscours de Tibère.
* Pline, Hist. nat., jji, 18. Dans un autre endroit, 11 cal- n cule ta moitié de cette somme ;. quingentics B. S. pour l'Inde, sans coffinrendre l'Arabie ..' ,
d' un esprit inquiet qui , livré à la mélancolie, croyait sans cesse voir approcher la pauvreté; et si nous comparons la proportion qui existait entre l'or et l'argent du temps de Pline, et sous le règne de Constantin, nous trouverons à cette dernière époque le numéraire considérablement augmenté '. Rien ne nous porte  croire que l'or fût devenu plus rare; il est donc évident que l'argent était pins commun. Ainsi, quelles qu'aient été les sommes exportées dans l'Arabie et dans l'Inde elles furent bien loin d'épuiser les richesses de l'empire; et les mines fournirent toujours au commerce des ressources immenses.
Malgré le penchant qu'ont tous les hommes à vanter le passé et à se plaindre du présent, les Romains et les habitans des provinces sentaient vivement, et reconnaissaient de bonne foi,, l'état heureux et tranquille dont ils jouissaient. • Us conviennent tous , que les
• vrais principes de la loi sociale, les lois, » l'agriculture, les sciences, enseignées d'a- » bord dans la Grèce par les sages Athéniens,
> ont pénétré dans tonte la terre avec la » puissance de Route , dont l'heureuse in-
> Uuence sait enchaîner, par les liens d'une
• langue commune et d'un gouvernement
> égal , les barbares les pins féroces. Ils pro-
> testent que le genre humain , éclairé par
> les arts, leur est redevable de Bon bonheur » et d'un accroissement visible i ils célèbrent » la beauté majestueuse des villes et l'aspect
• riant de la campagne, ornée et cultivée » comme un jardin immense: ils chantent
• ces jours de fêtes, où tant de nations ou-
> blient leurs anciennes animosités au milieu » des douceurs de la paix, et ne sont plus
• exposéesàaucundanger'.iQuelquedoute que puisse faire naître le ton de rhéteur et l'air de déclamation que l'on aperçoit dans ces passages, ces descriptions sont entièrement conformes a la vérité historique.
Il était presque impossible que l'œil des
1 Li proportion, qui était de uni dit, et à douze et demi, fi'amjusqir'a quatorze sept cimuiinM»,)WB»eloi de Constantin. Voyez les tables d'Arbulauot, «ir les »dcienn&s monnaies, c v.
3 i'armi plusieurs autres passages, voyez Pline (HieU ■ut., m, 5); Aristide* (de urbe Jtome), el Terbdnen (de anima, c. 30.)
(»d«p.MJ.)
contemporains découvrit, dans la félicité publique , des semences cachées de décadence et de destruction. Une longue paix , un gouvernement uniforme , introduisit un poison lent et secret dans toutes les parties de l'empire : les âmes perdirent cette foret) cens énergie , si capables de produire de grandes choses; le feu du génie disparut; l'on vit même s'évanouir l'esprit mit» taire. Les Européens étaient braves et robustes. Les provinces de la Gaule, d'Espagne , de la Bretagne, donnaient aux légions d'exceUens soldats, et constituaient la force renfle de la monarchie. Les habitans de «es pro* vinces conservèrent toujours leur valeur personnelle ; mais bientôt ils ne furent plus animés de ces nobles sentiment qu'inspirent l'honneur national, l'amour de la liberté, la vue des dangers et l'babiiudeda coaamandement. Leurs lois et leurs gouverneur* ■dépendaient de la volonté du souverain, et leur détense était confiée à une troupe de awreenaires. Les deseesdans de ces chefs invincibles qui avaient combattu pour leur patrie, se contentaient du rang de citoyens et de sujets; les plus ambitieux se rendaient i m Cour des empereurs ; et les provinces abandonnées, sans force et sans union, éprouvèrent enfin les suites funestes de la tangueur et de l'engourdissement.
L'amour des lettres est presque inséparable de la paix et de l'opulence : elles furent cultivées sous le règne d'Adrien et*es deux Ahtonin , princes curieux , et eux-mêmes fort instruits. Ce goût pour les sciences eu répandit dans toute l'étendue de l'empire : la rhétorique était connue dans le nord de la Bretagne : les rives du Rhin et du Danube retentissaient des chants d'Homère, de Virgile; et les plus faibles lueurs de mérite littéraire ' étaient magnifiquement réeotnpen-
i Herode Attfcm dons* in wpKrtePoWoos «xattru*tre-vlngt mille livres pourtr™ déclamations. Voyer Pkitostrale, 1. 1, p. 658. Les Antonins fondèrent à Albènes nue école dans laquelle on
politique* les vrtectjKS'dei eastwtwnSjni unswdnÉa-
sopb«4Uùwife4hixBBe0tanaM,cBMMa'«l «eut
galle forts par». On faraui toi i 11 Élu nitliinw» dans les «lires grandes villes de l'empire. Voiez LnSWn
sées : la médecin» et l'astronomie ne furent pas négligées. Mais, si nous en exceptons l'inimitable Lncïen , ce siècle ne produisit aucun écrivain de génie, digne d'attirer les regards de la postérité. L'autorité de Platon et &Amlote, de Zenon et d'Epicure, était constamment strïrîe dans les écoles : leurs systèmes, transmis d'âge en âge par leurs disciples avec une déférence aveugle, étouffaient les efforts do génie qnî auraient pu corriger les erreurs on reculer les bornes de l'esprit humain : les beautés des poètes et des oratean n'inspirèrent que des imitations froides et servîtes , au lien d'allumer dans l'âme du leeaenr et feu sacré dont ces nommes divins étaient embrasés; et ceux quiosaîents' écarter dacea exceBeas modèles perdaient bientôt darne broute de la raison et du bon sens.
A 1m renaissance des lettres , , le génie de l'Earope parut tout-à-conp : une imaginaûm active et pleine de force , l'émulation nationale, nne religion nouvelle , de nouvelles langues, un nouvel univers, tout l'invitait à sortir de f engourdissement où il était enseveli ; mais, dans f empire de Rome, les habitais des provinces , subordonnés au système [□ufot-me d'une éducation étrangère, ne pouvant entrer es tice avec ces anciens qui , jouissant de f avantage d'exprimer dans leur langue naturelle la hardiesse de leurs pensées, s'étaient emparés des premiers rangs. La nom de poète était presque oublié : les sophistes défiguraient l'éloquence : une nuée de erfôqnes, de compilateurs et de commentateurs obscurcissait le champ des sciences ; et U corruption du goût suivit de près la décadence du génie.
Ikuncuue période moins reculée, on vit paraître à h cour d'une reine de Syrie un homme qui, ' élevé en quelque sorte au-dessus de son siè*le,8i revivre l'esprit de l'ancienneAthènes. Le sublime Longin observe et déplore cette dépravarion end avilissait ses contemporains,'
'■n— cm, tini ■.(! wi.Miii r m l'tiiiini . i. a,
P- mm*. *4tj,p,M.BiM Casséus, 1. ini, p. 1195. ImMUli ■fim, mil[,i< Filiii il l'tameur cbngrine
MÊàtémmim^àiâtttÈiÊ'îMduigaaûi
énervait leur courage et étouffait les talens. i Comme on voit, dit-il, les enfans, dont les
> membres ontété trop comprimés, restertoui jours dans le même étatde faiblesse; ainsi,
> lorsque nos âmes ont été enchaînées par la
> préjugé et par la servitude, elles sont inca-
* pables de s'élever. Jamais elles ne connal-
> iront cette véritable grandeur si admirée
* dans les anciens qui, vivant sous tm gou-
> vernement républicain , écrivaient avec la
> même liberté qui dirigeait leurs actions1.' Poursuivre cette métaphore, le genre humain éprouva de jour en jour une dégradation sensible ; et réellement l'empire romain n'était peuplé que de pygmées , lorsque les fiers géans du Nord accoururent sur la scène, et firent disparaître cette race abâtardie, lis déployèrent une noblesse de sentimens et des vertus dont la trace était entièrement effacée; -et, après une révolution de dix siècles , la liberté enfanta le goût et la science.