CHAPITRE XXXVni
Rèfiw et eoniwaionde Clovi*. — Ses ïicloires sur les Allemand», le» Bourguignon» el le* Viaigotha. — Établissement de la monarchie française dans la Gaule. — Loi* de* barbares. — Situation des Romain*. — Le* Viiigolhs d'Espagne. — Conquête de la Bretagne par Isa Saiona.
Les. Gaulois ', qui supportaient impatiemment le joug des Romains, reçurent une leçon mémorable d'un des lieutenans de Vespasien, dont Tacite ' nous a transmis le discours d'un sens profond, rendu plus puissant encore par la force du génie de l'écrivain. * La
* protection de la république a délivré la
* Gaule des discordes civiles et des invasions
* étrangères.. En perdant votre indépen- > dance nationale, vous avez acquis le nom a et les privilèges de citoyens romains; vous j jouissez eu commun avec nous des avanta-
1 Dana eechapitre, je tirtfai ara aillions du Recueil de* btaUorïeuB des Gaules et de la France, Paris, 1737- 1768, en on» volumes in-folio. Dom Boûquel et d'autres bénédictins ont placé tous tes témoignages authentique* et originaui dans l'ordre chronologique Jusqu'à l'auaee 1080, et v ont ajouté des notes savantes. Cet ouvrage nalional doit se continuer jusqu'à l'année lâOO et devrait exciter notre émulation.
* TteiL, Hfatt., ir, 73, 74, du tom. t, p. 445. Ce serait nseprétoeapUon impardonnable de louloir abréger Tacite; mail il peut «'être poriuii de choisir les idées géné- Mletaa'a apprianeauirèvolutioiis présentes et fuluresde U Gaule.
GIBBON, t.
> ges durables du gouvernement civil; et
• votre éloignement vous met a l'abri desdés-
> ordres accidentels de la tyrannie. Au lieu
• d'exercer les droits de la conquête, nous
• n'avons imposé que des tributs îndispensa-
> blés pour suffire aux dépenses qu'exige vo-
• tre sûreté. La paix ne se maintient que par
> le' secours des armées, et il faut que le
• peuple paie les armées qui le protègent. » C'est pour vous, et non pour nous, que
> nous défendons les barrières du Rhin con-
> tre les féroces Germains qui ont si souvent
> tenté et qui désirent toujours d'échanger
> leurs bois et leurs marais contre le terrain
• riche et fertile de la Gaule. La chute de
> Rome serait fatale à vos provinces; vous a seriez ensevelis sous les débris de l'édifice
> élevé par la sagesse et la valeur de huit » siècles, lin maître sauvage insulterait et op- » primerait la liberté dont vous êtes si jaloux,
> et l'expulsion des Romains vous exposerait
> aux hostilités continuelles des conquérons » barbares. ' • Les Gaulois reçurent favorablement cet avis salutaire, et cette étrange prophétie s'accomplit. Dans l'espace de quatre cents ans , les Gaulois, qui avaient combattu courageusement contre César se confondirent insensiblement dans la masse générale des citoyens et des- sujets. L'empire d'Occident fut anéanti, les Germains passèrent le Rhin, entrèrent en vainqueurs dans la Gaule , et excitèrent le mépris ou l'horreur de ses habitans pacifiques et policés. Séduits par ee sentiment de vanité que les jouissances du luxe, la culture des arts et la supériorité de lumières, manquent rarement d'inspirer, les Gaulois regardaient avec dédain lesgéans sauvagesdu Nord , et tournaient en ridicule leurs manières grossières, leur joie bruyante, leur appétit vorace.Ieur aspect dégoûtant, et leur odeur insupportable. On cultivait encore les belles-lettres dans les écoles d'Autun et de Bordeaux , et la jeuesse gauloise parlait familièrement la lan-
> • Eadem senrper causa Germante transceudendi in Gallias libido alque «vsriti.-p et mutanda: sedis amor;
• ut reliclis paludibus et solitudinibus suis fecundiselmura hoc solutn vosqaeipsoi possiderent. Nain nuisis Romanis, (raid aliud qui m belU omnium inter ee genntun- existent? ■
gue de Cicéron et de Virgile. Le dialecte des Germains frappait désagréablement leur oreille, et ils disaient ingénieusement que la voix rauque d'un Bourguignon Taisait fuir les muses épouvantées. Les Gaulois possédaient tous les dons de la nature et de fart; mais ils manquaient de courage pour se défendre; ils furent justement condamnés à obéir et ils se virent forces de Datter des barbares victorieux , de la clémence desquels dépenpaient leur fortune et leur vie '.
Dés qu'Odoacre eut renversé l'empire d'Occident , il rechercha l'amitié des plus puis&ans barbares. Le nouveau souverain de iUtalîe Gl a Euric, roi des Tisigoths, l'abandon de toutes les conquêtes des Romains audelà des Alpes jusqu'au Rhin et a l'Océan *. Eu ratiliam ce don magnifique, le sénat pouvait faire parade de son pouvoir sans diminuer la puissance on le revenu de l'état. Les succès d'Earic légitimèrent ses prétentions, et les Goths purent espérer, sous son règne, d'envahir les monarchies de l'Espagne et de la Gaule. Arles et Marseille se soumirent; il se rendit maître de l'Auvergne, et révoque exilé consentit à mériter son rappel par un tribut de louanges justes, mais forcées. Sidonius attendit le monarque devant la porte de son palais, parmi une foule d'ambassadeurs et de supplians, dont les différentes négociations à la cour de Bordeaux attestaient la puissance et la renommée du roi des Visigoths. Les Bérules venaient des cotes de l'Océan implorer sa protection, et les Saxons respectaient les provinces maritimes d'un prince dépourvu de vaisseau. Les Bourguignons se soumirent à l'autorité d'Eu» rie, et il ne rendit la liberté aux Francs qn'il tenait captifs*, qu'après leur avoir fait accepter un traité de pain onéreux. Les Vandales de l'Afrique cultivaient son amitié; et son alliance protégeait les Ostrogoths de la Pannoute contre l'ambition des Huns leurs voisins. « D'uncoiipd'œil.dit énergiqnemeni le poète,
• Sidoaim ApoMaarfa tMsante, snf l'art— t« 4c s» ■i|lalfan,d-imlMfcsineqttiiK|anltB«ial utetfe.
I VojŒ Proeope, de Bttlo CobUre, l 1, e. tl 4a kSKn,a. 3t.L«rt»«l»B«ideG«it*Éi bm Ht •jrïa<*|MMMMItMÉiMRM '-'-■ na,(. tT6) «as fautante 4e tjSeftnM
DECABENCÉ DE L'EMPffiE ROMAIN, (4SI sep. I.-C.)
Euric agitait ou apaisait In Nord; le paissait monarque de la Perse consultait rende de l'Occident, et la divinité antique du Tibre était protégée par le génie de laGaronse'.i Le hasard a souvent décidé dn sort des rations ; et la France pent attfibier set toute et sa gloire à ta mort prématurée dn roi ia Goths, an moment où son fils Alsric fait dans l'enfanoe, et que Claris \ son adversaire , entrait dans l'Age où le corps et f esprit jm* sent de leur pins grande activité.
Tant qne Chitdéric vécut exilé uaas fa Germanie, te roi et la reine des Thnriapfm le traitèrent avec distinction. Lorsqu'il fit rétabli sur son rrone, Basine quitta son épon pour suivre sonamant, et dédara que, rieUe eut rencontré nn homme pins hein, plat spirituel et plus vigoureux, elle lui aurai accordé la préférence *. Cktvts dut 1» uà> sance a cette union , et la mort d* soi pète le mit dés l'âge de quinte nus a la tête de la tribu des Francs sahens. Son rayai»
était composé * de rite «te* Bmbvss et st funcien diocèse d*Arnrs et de Tournât *. Ai moment où Clovis reçut te baptême, le ambre de ses guerriers n'excédait pas reloièi cinq mille. Les antres tribus des Frases, qui habitaient tes bords do l'Estant, de b Meuse, de ta Moselle et du Rhin, i' ''
l Sttw*KkLwIeBtl.3,9, L 1. ». SOO.Jonw* (<feffrttMGetf«»,t-47, p. 680), justifie eaqw*iwN» le portnil dn monarque des Gotha.
> Je Musais immâètCHm assuMa*
bkuM diffère pea te cdoi 4e Zorfiun ou Loaii.Çti* derAead. des'lrucriptioas, Lxx.p.OR) a Gre£.4eTem,t.&,e.11,*ltaa.i,*miaaa:
aaa)asss ajaa^aaaa»
(486 dep. J.-C.)
PAA ED. GIBBON. CH. XXJtVHI.
à des. rois indépendans, de race Mérovingienne, les égaux, les alités , et quelquefois les ennemis do prince salieu. Mais les Germains, soumis en temps de paix à la juridiction de leurs chefs, avaient la liberté de suivre à la guerre un général de leur choix, et le mérite de Clovis entraîna sous ses drapeaux toute leur confédération. En entrant en campagne, ils manquaient également d'argent et de subsistances '; mais Clovis imita l'exemple de César, qui dans le même pays s'était procuré des richesses avec son épée, et des soldats avec le fruit de ses victoires,. Après chaque bataille ou expédition heureuse, ou faisait une masse des dépouilles; chaque guerrier recevait une part proportionnée» son rang. Le monarque se soumit comme les autres à la lui militaire, et apprit aux barbares à coonaitre les avantages d'une dwùpuae régulière, *. A la revue générale, du mois de Mars, on faisait soigneusement Tins* pecjwa de leur» armes, et lorsqu'ils iravert on pays neutre, il leur était défendu 1 une pointe d'herbe- Inexorable danssa justice, Clovis condamnait à mort surle-champ les soldats négligeas ou indociles. Il serait superflu de parler de la valeur d'un Franc; mais la valeur de Clovis était toujours dirigée par une prudence froide et consommée1. Il calculait, dau s toutes les occasions, les passions , l'intérêt et l'opinion , et ses mesures étaient quelquefois adaptées aux mœurs sanguinaires des Germains, etquel- «pefoiaà la modération de Rome et du. christianisme. H fnt arrêté dans sa carrière de victoires par la mort qui le frappa dans la quarante-cinquième année de son âge; maïs, dans m règne de trente ans, il avait déjà
i GtéfoiiedeTowa (l.v, c, 1 , t. ■, *. 332) ftucoottsssr mpMWssI su Chelsaymrairtsttw essai sactsfsoun-CeaiDiMi Rémi (t.ir,p.S2)psrlcdcoc#iMfenuu «P«f, MmmmBMtm pou? te ratant du captù*.
*Voy«GrtgoiM, !.«,*. 27, M.duKwv «, t- W>
181,113. I* bohsm histoire du ns» s* Soiuont, «piimMtataraeUrseiki seâMMt in Omis. Osât point dt «MUroTerte, elle a été étrangeuiem défigurée par Dllhe* Boalainnuiera, et ïmlm antiquaire*.
i le «la de SBrasM, homme d'état diaungue qui a eaodaM *» i*goà»liwiâiiiip(iftauU»tt«iic)aos, «pUq «e - tBt^isaMÉKtttesrdsmpaiitique de ÇhniUïtën. de I Acad. de* InscriplionÉ, i. m, p. 1*7*1 84.)
8ufl
accompli rétablissement solide de la monarchie française dans les Gaules.
La défaite de Syagrïus, Sis d*jEgidius , l'ut le premier exploit de Clovis ; et il est probable que le ressentiment personnel enflamma cette querelle publique. La gloire du père était un outrage pour la famille des Mérovingiens, et il est possible que le pouvoir du 61s excitât la jalousie ambitieuse du roi des Francs. Syagrius avait hérité de la ville et du diocèse de Soissons. Les restes de la seconde Belgique, Reims, Troyes, Amiens, et Beau vais, avaient probablement reconnu le patrice pour maître', et, après la chute de l'empire d'Occident, il pouvait régner avec le titre ou au moins avec l'autorité de roi des Romains ', Comme ■ Romain , l'étude des belles-lettres et de la jurisprudence faisait partie de son éducation ; mais il s'était attaché, par hasard ou par politique, à parler familièrement l'idiome des Germains. Les barbares indépendans venaient en foule au tribunal d'un étranger , qui possédait le talent d'expliquer dans leur langue les règles de la raison et de l'équité. La diligence et l'affabilité de leur juge le rendaient cher aux peuples ; ils se soumettaient sans murmure à la sagesse impartiale de ses ordonnances; et le règne de Syagrins sur les Francs et&urlesBourguignons semblait faire renaître l'institution primitive de la société civile *. Au milieu de ces occupations paisible», fi reçut et accepta le défi de Clovis, qui, à la manière et a peu près dans le style de lu chevalerie, lui envoyait le gage de bataille , en lui laissant le choix du jour et du lien *.
H. Blet, dans une dim^uon inil ntèriu le prix de demie de Saisons (p. 178-226) a soigneusement détaillé l'état et l'etendue du royaume de STagrîus et de tou père jEgîdKM ; mais il s'en rapporte trop légèrement a 1-anlorilédA Dubaï (t u, p. 5M7) lorsqu'il priiele patrioe d'Ami*»* et de fteauvais.
> Je ferai otaener que Frédégaîre, dans son EpUome de Grégoire de Tours (t. u, p. 398) a prudemment substitué le nom de Patriciut tu titre peu erojaWe 4e An
a Si<kwHw(!.v,£j>irt.5,t.i,p.7M)quile nomme le Soion, l'imphiwi des barbares, emploie, en l'adressant è ee roi imaginaire, le style de l'amitié et de l'égalité. Ce Oit ainsi que Déjoces, premier roi des Mèdes, s'étera an trône par U sagesse deses jugemens. (Hérodote, 1. i,c. 96- 100.)
* Campum sibiparari iussit. M- BH^p. TSt-Tti)
DECADENCE ElE L'EMWRE ROMAIN,
Dès le temps, de César, Sojssoos aurait pu fournir cinquante mille cavaliers, et les armer complètement dans ses trois arsenaux, '; mais le nombre et le courage de la jeunesse gauloise étaient épuisés depuis long-temps , et les volontaires ou mercenaires qui suivirent les drapeaux de Syagrius ne résistèrent point à l'impétuosité des Francs. II. sérail injuste de condamner la fuite de Syagrius, sans connaître ses forces ou ses ressources. Après la perte de h bataille, il courut se réfugier à la cour, de Toulouse. La faible minorité d'Alaric ne put ni le secourir ni le protéger. Les Gotlis pusillanimes ' se laissèrent intimider par les menaces de Clovis, et le roi des Romains fut livré a l'exécuteur. Les villes de la Gaule -Belgique se soumirent au roi des Francs, et Clovis réunit à ses états, du côté de l'Orient, le vaste diocèse de Tongres ' , dont il s'empara dans la dixième année de son règne.
On a mal a propos attribué l'origine du nom des Allemands à leur établissement imaginaire sur les bords du lac Léman *. Cet heureux district, depuis le lac Avenche jusqu'au mont Jura, était occupé par les Bourguignons \ Les Allemands avaient eo-
assure que la bataille se donna à Nogent, abbaye des Bénédictins, éloignée de Soissons d'environ dii milles vers le nord. Le champ de bataille était environné d'un cercle de sépultures païennes , et Clovis Ht présent des terres voisines de Leuilri et de Couoi à l'église de Reins, < Voyez tes Commentaires de César, de Béli. Caille., il, 1, t. i, p. m; elh Xotilia, t. i, p. 128. Les trois fabriques, de Soissons étaient Scittarla, BalLitarta, et' Clinabarùt. La dernière fournissait l'armure complète des cuirassiers.
* Cette épllhéte ne peut convenir qu'à la circonstance , et l'histoire ni- peut pas justifier le préjugé français dé Grégoire,!, n, e.27, t. », p. 175, M Gotfiorvm paven mot est.
* Dubos me démontre (1. i , p.' 277-388) que Grégoire de Tours, ses copislts ou ses-lwtmrs, uni Ions confondu le royaume du T/iuringia au-delà du Rhin, et la ville de Tongria sur ta Meuse, anciennement patrie des Éburons, el plus récemment diocèse de Liège.
* Poputi habitantes jaxta Lemeaatm laeum Alemanni dwuntur. (Sefvtos, ad Fïrgiîii, Géorgie, i»,' 278.) Dom Bouquet (t. î, p. 817) n'a cité quele texte plus récent et moins fidèle d'Isidore de Sévi&e.
■* Grégoire de Tonrs envoie saint Lupirinu* biter-IUà Juremis deserti ircreta, quar, inter Bargundiam Alamanrtiamqite situ, Aventicœ adjacent civitati (t. i, p. 648). M. de Wnteville (Hlst. de la confédération
yahi à la vérité la partie septentrionale de rBelvétie,.mais ils détruisirent de leurs propres mains le fruit de leur conquête. Une province, embellie et civilisée par les Humains, redevînt déserte et sauvage*. On aperçoit encore dans la vallée d'Aar quelques vestiges de la ville de Vindonisse1. Depuis les sources du Rhin jusqu'au confluent du Mein et de la Moselle , les Allemands occupaient les deux rives du fleuve par le droit de possession ancienne ou de victoire récente. Ils s'étaient répandus dans les provinces connues aujourd'hui sons les noms d'Alsace et de Lorraine, et (Invasion du royaume de Cologne appela le prince salieo au secours de ses alliés, les Francs rîpuaires. Clovis attaqua les usurpateurs de la Gaule dans la plaine de. Tolbiac, à vingt milles environ de Cologne; et les deux plus belliqueuses nations de la Germanie s'animèrent au combat par la mémoire de leurs exploits passés, et par l'espérance de leur grandeur future. Après une résistance opiniâtre, les Francs cédèrent, et les Allemands les poursuivirent dans leur retraite en poussant des cris de victoire. Mais le génie, la valeur, el peut-être la piété de Clovis ranimèrent ses troupes; il rengagea te combat, et décida pour toujours l'alternative de l'empire et de la servitude. Le dernier roi des Allemands perdit la vie sur le champ de bataille ; ses peuples vaincus et poursuivis mirent bas les armes, et implorèrent la clémence du vainqueur. Le défaut de discipline leur ôtait les moyens de se rallier ; ils avaient détruit dédaigneusement les murs et les fortifications qui auraient pu leur servir
helvétique, t. i,p. 9, 10) » décrit ies nmiws du duché d'Allemagne et de I* Bonrgogve trmJnnBe; «Mes «ènpremfent les diocèses de Consumée, d'avenene e* 4e Lausanne, et se distinguent encore- dais ta Suisse d'aujourd'hui p»r l'usage des langues française un mieniiadt ' VoyeiGuBlemaiB, de «eftw JfefvMfcfiyl.r.e;», p. 11,12. Dans l'enceinte des utnra de t'asdeun* Vfede-nisse, on a vu s'élever au rressivement te château dTBhhsbourg, l'abbaye de Konigefleld, et la ville de Brnek. Le voyageur philosophe peut comparer les monnuiena de la conquête des Romains, de U tyrannie féodale Des Autrichiens, dé la superstition monasUque, et ceux de l'industrieuse liberté. S'il est réellement philosophe, il sentir» te méritée! le bonheur de son siècle.
d'asile, et l'ennemi, qui ne leur cédait ni en valeur ni en activité , les suivit jusqu'au fond de leurs forêts. Le grand Théodoric félicita de ses succès le victorieux Cïovis, dont ht sœur avait récemment épousé AlhoRéda, roi d'Italie; "mais il intercédai de concert avec son frère , en faveur des supplians et des fugitifs qui implorèrent sa protection. Le conquérant s'empara des territoires de la Gaule occupés par (es Allemands. La nation fière. et indocile, que les Romains n'avaient pas pu dompter, reconnut la souveraineté des rois mérovingiens, et conserva ses usages et ses institutions particulières sous l'administration de gouverneurs, et dans la suite de ducs héréditaires. Après la conquête des provinces occidentales, les Francs conservèrent seuls leur ancien établissement au delà du Rhin. Ils conquirent et civilisé* rent peu à peu toutes les nations jusqu'à l'Elbe et aux montagnes.de la Bohême, et la soumission de la Germanie assura la paix de l'Europe *.
Clovis adora les dieux de ses ancêtres jusqu'à l'âge de (rente ans *. Ses doutes ou son indifférence pour le christianisme pouvaient l'encourager a piller avec m'oins de scrupule les églises d'une nation ennemie; mais ses sujets de la Gaule jouirent de l'exercice libre de leur religion , et les évéques conçurent un espoir plus favorable del'idolairequedes hérétiques. Le prince mérovingien avait épousé Gotilde, nièce du roi de Bourgogne. Élevée dans la foi catholique,, au milieu d'une cour arienne , sou intérêt et son devoir * l.'cn-
1 Grégoire de Tours, 1. 11 , 30, 37 du lom. h, p. 176, 177, lSLLaGata Francorum.i. h, p. 551, et l'épure deTWodorict^esiodore-îfariiM-, 1. u, c.4t, Liv.p.q) décru bdenitedes Allemands. Quelques-unes de Leurs tribw t'établirent dans la Rbétie, mus la protection de TUodoric, dont les successeurs cédèrent leur colonie et leur pays nu, petit-ai» de Qlovis. On peut s'instruire de la situation des Allemands sous les rois mérovingiens, dans Hasceq (Hist. des anciens Germains, w, 8, etc., note 38); e*Guulem*lii,((fcfl«*iw.^d«iùiù',l.H,c.lO,lip.7a.
1 CJttulde ou plutôt Grégoire suppose que Clovis .adoraitlcsdieuidolaGrèceetdeKome; le fait est incroyable et prouTe seulement qu'en moins d'un siècle la religion nationale des Francs tut abolie et eomptélemeal oubliée.
3 Grégoire de Tours raconte le mariage et la conversion
gageaient également à essayer de convenir son mari; et la voîx de l'amour disposa peu à peu Clovis à écouter celle de la religion. Il consentit à faire baptiser son fils aîné; mais cette clause fut peut-être stipulée avant son mariagm Quoique la mort subite de ce jeune prince excitât quelques craintes superstitieuses, on fit encore l'expérience du baptême sur son frère. A la bataille de Tolbiac, les troupes dé Clovis ayant commence à plier, le monarque invoqua à haute voix le dieu de Gotilde et des chrétiens. La victoire le disposa à écouter , avec une respecteuse reconnaissance , l'éloquent ' Rémi, archevêque de Reims*, qui sut faire valoir tous les avantages temporels et spirituels qu'apporterait au roi des Francs sa conversion. Le roi se déclara convaincu de la vérité de la foi catholique, et les raisons politiques, qui avaient pu suspendre sa profession publique , cédèrent aux légales et pieuses acclamations des Francs, qui se montrèrent préparés à suivre leur chef partout où il voudrait les conduire, que ce fût au champ de bataille ou aux fonts de baptême. Cette imposante cérémonie eut lieu dans la cathédrale de Reims, avec toute la magnificence et là solennité capables d'inspirer aux nouveaux prosélytes un sentiment de respect pour la religion *. Le nouveau Constantin fut immé-
de.ClMis (l. u, c 28 , 31 ; t. h , p. 175-178) ; Frédégaire lui-même (L u, p. 308-408), ainsi que l'auteur des Getta Fnuioonim (L n, p. 546-552) et Aimoin (t. i, c 13; t. iu, p. 37-40) ne daivenl pas tire loul-a-bit rejetes. La tradition peut avoir conserve long-temps quelques eèreonstances curieuses de ces événemens important;
> Un voyageur qui retournait de lleùas en Angleterre a dérobé au secrétaire ou au libraire du modeste archevêque une copie de ses discours, (Sidonius Apollinar.. La, épit. 7). On a conservé quatre épîtrea de saint Rémi , qui existent encore (1. iv, p. 61, .62, 63). Eues ne répondent point, aux louanges, et à l'ad&urauon de Sidonius.
1 Hincmar., l'un des successeurs tte saint Rémi, A. D. 845-68% a composé une histoire de ta vie (t: m, p. 373- 380), L'aatorilé des anciens manuscrits de l'église de Rein» pourrait inspirer quelque confiance ; mais les 8etions ridicules d'Hinenur la détruisent. Saint Rémi fut consacré* l'âge de vingt-deux ans, A. D. 457, et occupa la chaire éptaccpgUi durant iwixante-quatorie ans. (Pagi.critica, in Hatvn.,1. u, p. 384-672.)
» Une noie d'huile sainte, ou plutôt céleste, connue sous le nom de sainte-ampoule, lut apportée par une colombe pour le baptême de Clovis, et on s'en serl encore
diatemenlbaplisé avec trois mille de ses braves compagnons. Leur exemple fut bientôt imité par le reste de ces dociles barbares qui , cédant aux ordres du prélat victorieux , adorè> rem la croix qu'ils avaient brûlée, et brûlèrent les idoles qu'ils avaient adorées *. L'imagination de Clovis était susceptible d'une ferveur passagère ; le récit pathétique de la passion et de la mort de Jésus-Christ excita sa colère, et, au lieu de réfléchir aux suites salutaires de ce divin sacrifice, il s'écria, avec une fureur indiscrète : < Que n'étais- je là, à la tête
> de mes invincibles Francs, j'aurais bien su
> venger son injure *. » Mais le conquérant sauvage des Gaules était hors d'état d'examiner les preuves d'une religion qui exigeaient une recherche longue et pénible de faits historiques eide théologie spéculative. Il pouvait encore moins goûter la modération des préceptes de l'Évangile, qui persuadent et purifient l'âme d'un prosélyte sincèrement converti. Son règne fut une violation continuelle des lois du christianisme et de l'humanité. Ses mains furent toujours teintes de sang, au sein de la paix comme au milieu de la guerre. A peineavait-îl congédié un synode de l'église gallicane , qu'il faisait assassiner tous les princes mérovingiens '. Cependant le roi des Francs pouvait adorer sincèrement ie Dieu des chrétiens comme un être plus puissant que ses divinités nationales; et la victoire de Tolbiac encouragea Clovis à se confier dans
il des roi* de Fiance. Uinonar, qui aspirait a devenir primai des Gaules, est le premier auteur de celle table (t. m, p. 377) . L'abbé de Vertot (Mém. de l'Acad. des luscrip. , t. n, p. 619-633 ) en a détruit les rcodemetu fragiles avec autant d'adresse que de rircontpecUoo-
■ Mitiidepcneaolla,Sicamber; adora guadinetnditti, inetnde quod adwatti, (Grég. de Tours, 1. a, c.31, dulont. u,p. 177,) |
3 Si ego ibidem cwm Francis meis flùsiem, injuriai tjut viiuUcastein. Grégoire a gardé prudemment k silence sur cette exclamation ; mail elle est citée tonne une effusion de zèle et de piété, par FrédegaireCEpiloin,, c. 21, du toux, u, p. 400), par Aimoic (1. t, c 16, L, m, p. 40),etparlesohroniques de saint Denis ( 1. 1, c. 20, t. m, p. 1J1).
3 Grégoire (1. n, c. 40, t. n, p. 183-185), après avoir raconté froidement les crimes de Clovis et ses remords affectés, termine, pcul-fire huis intention, par une leçon que l'ambition n'écoutera Jamais: >His ita transaci tu.... abiit. »
(4*>dép. I-C.) l'avenir à ta protection du Dieu des armées. Saint Martin, le plus renommé des saints, avait rempli l'Occident du bruit des miracles que son sépulcre opérait contûmelMment à Tours; il accorda son secours visible ou invisible à un prince orthodoxe et libéral ; et, quoique Clovis ait dit lui-même que famine du saint était un peu conteuse * , cette observation ïi'anullemem les symptômes d'un scepticisme permanent et rationel. La terre se félicita aussi bien que le ciel dé h conversion des ha rbares.E n sortant des fonts baptismaux, Clovis se trouva le seul îles rois chrétiens qui méritât le nom et les privilèges de prince catholique. L'empereur Anastase avait adopté quelques erreurs relatives à la natare de la divine incarnation ; et les barbares d'Italie , d'Espagne, del' Afrique et de la Garais* étaient imbus de l'hérésie d'Anus. Le fils amé, ou plutôt le fils unique de l'église , tut recousu par le clergé comme son souverain légitime et son libérateur ; et les armes de Clovis trouvèrent de grands secours dans le xeta du puti catholique*.
Sous l'empire romain, l'opulence et la jaridictîondesévéqHes,leurcuraPtére,saeré;.riuamovibilittë de leur office, le 'nombre de lears subordonnés, leur éloquence ctteorsassemblees provinciales, les rendaient toujours respectables, et souvent dangereux. Le progrès de la dévotion augmenta leur influence; et on peut atlribueren quelque façon t'étaJifÉsement de la monarchie française à tVtHiance (Tune centaine de prélats, qui commandaient dans les villes révoltées on indépendantes des Gaules. Les fondemens fragiles de la république armoricaine avaient été fréquemment ébranlés ou plutôt renverses; mais les peuples conservaient encore leur liberté domestique; Us soutenaient ta dignité du nom rossai* , et
I Après la victoire remportée sur les Gotas, Clovlsfjt de riches offrandes asaintMsrtindeTours.il Toulol racheter son cheval de bataille par le don de ceol pièces d'or; mais un enrïianlement retjiitle coursier dans l'écurie , et U ne put en sortir que lorsque le roi eut doublé le prix de sa rançon. '
. î Voyez répttre du pape Anastaseau monarque converti, (U iv, p. 50, 51.) Avilus.éveque de Vienne, félicite Clovis à la même occasion (p. 48); et la plupart des êteques latins s'empressèrent de lui témoigner leur joie et leur
(■l»7tlep.J.-C.) rapwrttajCnt courageusement lei ineurstons et teaatusntet. régulières de Clovis, qui cherchalt.à éwnilre tes conquêtes de ta Setneàla Loire. Le succès de leur résistance leur obtint une adjonction honorable. Les Francs estimaient Ut valeur des Armoricains', qui seré- •concttièrenl avec les Francs, aussitôt après la conversion de ces derniers au christianisait;. Les forces militaires qui protégeaient les taules étaient composées de cent différentes .troupes d'infanterie et de cavalerie; et, quoiqu'elles prétendissent au nom et aux privilèges de soldats romains , la jeunesse barbare servait depuis long-temps à les recruter. Leur courage indomptable défendait encore les dernières fortifications et les débris de l'empire; mais leur retraite fut interceptée, et leur Jonction devint impraticable, Abandonnés des princes grecs de Cousis ntiaople, ils rejetèrent toute communication avec les usurpateurs ariens de la Gaule, et acceptèrent, sans honte M Bans répugnance, la capitulation avantageuse offerte par un héros catholique. Cette postérité .légitime ou illégitime des légions ro» naines n'en fut pas moins distinguée dans le siècle suivant par ses armes, ses enseignes, son habillement et ses institutions particulières^esaccesaionavoloatairesaujntentaieot lesTorces nationales, et les peuples voisins des Francs redoutaient leur nombre autant que leur intrépidité. Au lieu de s'opérer rapidement par l'effet d'une seule victoire, la rédaction des provinces septentrionales de la Gaule s'opéra lentement, tantôt par la guerre, et tantôt par les traités. Clovis n'obtint les différons objets de son ambition que par de*, effort* ou par des concessions proportionnées a le tir valeur. Son caractère féroce et les vertus de Henri IV présentent les idées les plus opposées; on aperçoit cependant quelque ressemblance dans la situation de deux princes qui conquirent la France par leur
■ Au Uni de Atttfux'f, peuple Inconnu, dont le nom m trouve dans le tente de Procope, Adrien de Valois a replace' le nom vèrita'ile At/t»fux"t et celle correction a été presque universellement approuvée. Cependant un lecteur qui ne sérail pas prévenu Imaginerait que Procope parle d'une tribu de Germains alliés de Home, et non pu d'une confédération des villes de Ta Gaule qui avaient secoué le Joug de l'empire.
courage , par leur politique et par le mérite d'une conversion faite à propos '•
Le royaume de Bourgogne, borné par la £aône et le Rhône , s'étendait depuis la forêt des Vosges jusqu'aux Alpes et à la mer de Marseille *. Gondebaut occupait le trône; ce prince ambitieux s'en était frayé le chemin par le meurtre de deux de ses frères, dont l'un était le père de Clotikle ». Godégésil , le plus jeune, vivait encore, et Gondebaut hii abandonnait le gouvernement subordonné de la principauté de Genève. Le monarque arien fut justemeut alarmé de la joie et des espérances dont la conversion de Clovis semblait animer ses peuples et son clergé; et Gondebaut convoqua, dans la ville de Lyon, une assemblée de ses évèques pour concilier, s'il était possible, les querelles politiques et religieuses. La conférence entre les deux fac- ■ lions fut sans résultat utile. Les Ariens reprochèrent aux catholiques d'adorer trois dieux , et les catholiques se défendirent par des distinctions ihéo logiques. Lesdemandes, les objections et les réponses se firent avec les clameurs et l'obstination ordinaires, jusqu'au moment où le monarque révéla ses craintes par une question claire et concise, qu'il adressa aux évèques orthodoxes. < Si
» Use HjMtktt M Ptoeoae («VM CMhle. 1 1, e. 1 2j l.n p. 39-30) «daifdt t'«rigiw de la moMKhie (raavalse; ctpenéint Je dois observer la que L'historien grée montre une ignorance Inexcusable de la géographie de l'Occident ; 2° que ces traités et ces privilège», dont il devrait rester quelques traces , ne se trouvent ni dans Grégoire de Tours, ni dam les Lofs saflqoes, ete
* fttgnum cired Rhodanum mit Ararim eamprevin. eût iUassitimsi retùubant. (Greg. Tnr., 1. n, & 32, du tom. n, p. 178.) La province de Marseille jusqu'à la Duranee lut cédée par la suite aux Ostrogotes ; et la signature de vbigi-dnq évèques est supposée représenter k royaume de Boargogne, A. D. 619, (ContfJe épaon., I. rr, p. 101, 106.) Cependant j'en voudrais excepter Vlodonisse. L'éveque, qui virait sons' le gouvernement d'Allemand» qnl professaient le paganisme, devait naturellement se rendre aux synodes des royatrmes chrétiens et voisins. Mascou, dans sa quatrième remarque, a expliqué plusieurs circonstances relatives au royaume de Bourgogne.
* Mascou (Hùt. des Germain*, «i, 10) se méfie avec raison de Grégoire de Tours, et ■ produit un passage sTAvUni, épil. 5, pour prouver que Gondebaut affectait de déplorer les événemens tragiques queses sujets feignaient d'ap-
> vous professez Véritablement ia religion » chrétienne, .pourquoi m reteoeH-voufl pas i Je rot des Francs? Il m'a déclaré la guerre;
> il fait des alliances avec mes ennemis, -et
> médite avec eus ma destruction. Une âme
* aride et sanguinaire n'annonce point une
* pieuse conversion. Qu'il prouve b sincérité
* de sa foi par l'équité de sa conduite. * Avitus , évéqtie de Vienne , répondit au nom de ses confrères, dn ton et de l'air d'an ange. < Nous ignorons les motifs et les in- » tentions du roi des Francs ; mais l'Écriture
> nous apprend que les royaumes qui uban- » donnent la loi divine ne lardent pas à être » détruits ; et que ceux qui se déclarent les » ennemis dé Dieu trouvent de tontes parts
> des ennemis à combattre. Retournez ainsi » q e vos peuples à la loi de Dieu, il tous
* donnera la paix et la sécurité. » Le roi de Bourgogne n'étant point disposé a accepter cette condition, que les catholiques considéraient comme essentielle au traité, différa et enfin congédia l'assemblée ecclésiastique , après avoir reproché à ses évéquos que Clovis, leur ami et leur prosélyte,' avait taché secrètement de faire révolter son frère *.
La fidélité de son frère était déjà séduite, et l'obéissance que Godégésîl fit paraître en joignant l'étendard royal avec- les troupes de Genève, contribua an succès de la conspiration. Tandis que les Francs et les Bourguignons combattaient aven une valeur égale, sa désertion décida l'événement de la journée; et, comme Gondebaut était faiblement sontenu par les Gaulois peu affectionnés, il céda aux armes deClovis, et se retira précipitamment du ehamp de bataille, situé, à ce qu'il semble , entre Langres et Dijon. Dijon ne lui parut point assez sûre, quoique environnée de deux rivières, d'ua mur de trente pieds de hauteur et de quinze pieds d'épaisseur , fermé par quatre portes, et garni de trentetrois tours ■*. Gondebaut laissa Clovis maître
i Voyez l'original de Ni conférence (I. rr, p. 9*102). Aïilus, principal acteur , et probablement secrétaire de l'assemblée, était ér&que de Vienne. On pm\ trunter quelques détail sur sa personne et sw ses ouvrages dans Dupin (Bibliot. Ecclésiastique, t. v, p. 6-10).
ï Grégoire de Tours Jl. in,c lï), t. n, p. 197) «livre à son imagination, oncopiequelqueerrivainphiséloqiient dans la description qu'il bit de Dijon, clialeau qui méri-
DECÀJWHC» DE L'EMPIRE ROMJJN,
(W^p. J.-G.j d 'attaquer Lyon et Vienne, et s'enfwk jwaqn'à Avignon, éloignée. d'environ deux, cent cinquante milles du champ de bataille. Un long siège, appuyé d'une habile négociation, fit sentir au roi dos Francs le danger et la -difficulté de .cwte entreprise. Il imposa m tribut au prince bourguignon, l'obligea à pardenjner à son frère, et à récompenser sa perfidie; et retourna glorieusement dans ses états avec les dépouilles et les captifs des provinces méridionales. Son triomphe fut bientôt troublé par la nouvelle que Gondebaut, oubliant ses nouveaux engagamens, avait surpris et massacré son frère Godegésil dans la ville de Vienne, où il était resté avec une garnison de cinq mille Francs '. Un pareil affront aurait enflammé la colère du souverain le plus pacifique; cependant' le conquérant des Gaules dissimula cette injure, renonça au tribut , et accepta l'alliance et le service militaire du roi de. Bourgogne. Clovis ne possédait plus les avantages qui avaient assuré le succès de la guerre précédente ; et son rival, instruit par l'adversité , s'était créé de nouvelles ressources en gagnant l'affection de ses peuples. Les Romains et les Gaulois chérissaient la douceur et ["impartialité des lois de Gondebaut, qui leur procuraient un sort presque égal à celui des conquérans. Le monarque adroit gagna les évéques» en les flattant de l'espoir prochain de sa conversion; et, quoiqu'il en ait différé l'accomplissement jusqu'à sa mort , sa modération maintint la paix et différa la ruine du royaume de Bour-
laitdeja le nom 'de eue. Dijan. dépendit des évêasn a>
langres jusqu'au douzième siècle , et devint ensuite la capitale des dues de Bourgogne. (Longuerue, descrip. de la France, part, i, p. m)
1 L'abréviafeur de Grégoire de Tenta swpplee * sow auteur en fixant le nombre e» Frauet ; mais il suppose légèrement que nondebaul tes tailla en pièces. Leprudeat Bourguignon épargna le» «MaisneCiovis, et les reerov» au roi des VMgoths, qui leur donna un etabBasesuan nam le territoire de TOUMUM
' J'ai euM dans celte gwerre de Bourgogne l'autorité de Grégoire de Tours (!.n, e. 32, 33, tom. n, p. 178, 173). Son reuit parait si incompatible avec eenudePracape ((toM.dK*., I.i, e. I2,dutcrm. n, p. 31, 32) , que quelques critiques ont suppose deati guerres différentes, [/abbé Dnboff (Hisl. crit., etc., t. n, p. 126- 162) a présenté les causes et les eveoejtensawecuute.
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(5:0(lép.J.-C.)
- Je sais impatient d'achever l'histoire de ce royaume ; qaî fut détrnit sous le règne de Sigismond, fllsde Goridebuiit. Le pierre Sigismond a' obtenu tes honneurs de saint et de martyr'; mats cet. auguste saint teignit seg' mains du sang d'an fils innocent, qu'il sacrifia au ressentiment et à la vanité de sa beliemère. Il découvrit bientôt son erreur, et déplora cette perte irréparable .Tandis que SfgisnipndpIeHraitsurlecorpsinanimédeson malheureux fils, il reçut tm avertissement sévère d'un de ses officiers : « 0 roi , lui dit-il, ce • n'est point le sort de votre fils, mais le vo- » tre qui doit inspirer de la douleur et de la > compassion! > Le monarque coupable tâcha d'apaiser le cri de sa conscience par les libéralités qu'il fit au monastère d'Agauuam eu de Saint-Maurice dans le Valais, qu'il avait fondé lui-même en l'honneur des martyrs Imaginaires de la légion thébaine *. Sigismond y institua une psalmodie de prières continuelles; il pratiquait les dévotions austères des moines, et suppliait le maître du monde de le punir de ses péchés avant sa mort. Une armée de Francs envahit ses provinces, et sa prière fut exaucée.' Après la perte d'une bataille, Sigismond, qui voulait conserver sa vie pour prolonger sa pénitence, se cacha dans le désert sous un habit religieux ; mais «es sujets découvrirent sa retraite, et le livrèrent a leurs nouveaux irialtres. On transporta à Orléans le monarque captif avec sa femme et deux enfans ; les fils de Clovis, dont la cruauté peut tirer quelque excuse des maximes et des exemples de ce siècle barbare, firent enterrer tout vifs dans un puits Sigismond et les siens. Leurambi-
> Voyez sa rie on sa légende, L ui, p. 402. Un martyr! OuadwDgeltica étrangement wseoedece mot, quinjgninut dans son origine un simple témoin. Saint Sigismond avait la réputation in guérir de la fterre.
l Arant ta Ib du cinquième «iécfe. l'Église de saint Mzmtt rt m légion Utéawùu ireient bit d'Agauuwte no lira de pèlerinage. L'établissement du monastère régulier de SigUmond abolit, A. D. 516, quelques pratiquai introduites par une ancienne communaelé de* deux sexes. Cinquante an* âpre*, les moines, que Sigiwtond appelait ses anges de lumière, firent une sortie uocUirne, dan» le dessein de massacrer l'évoque et son clergé. ( Voyci dans la BibUolb(aue raisonnée, t. xuii, p. 433-438, les savantes rmurques 4e récriYaiu de GeBére.)
lion, qiiilespoussatt as'assurcria conquête, fut enflammée et déguisée par la piété filiale; et Clotilde , dont la sainteté ne consistait pas dans le pardon des injures, les pressa de venger la mort de son père sur la famille de son assassin. Quoique les Bourguignons eussent essayé de rompre leur chaîne, ou leur laissa leurs lois nationales, sous la redevance d'un tribut et du service militaire ; et les princes mérovingiens régnèrent paisible- ment sur une nation conquise par la valeur de Clovis '.
■ La première victoire de Clovis avait hpmilié l'orgueil des Goths. Ses succès rapides leur inspirèrent un sentiment de terreur et de jalousie ; et la renommée du jeune Alarie se trouva obscurcie par la supériorité de son rival. Quelques contestations inévitables s'élevèrent sur les confins des deux royaumes, et,aprèsdesdélaisetdes négociations inutiles, les deux rois proposèrent et acceptèrent une entrevue. Clovis et Alarie tinrent cette conférence dans une petits Ele do la Loire , près d'Amboise. Ils s'embrassèrent, conversèrent familièrement , mangèrent ensemble, et se séparèrent avec des protestations mutuelles de paix et d'amitié- Hais cette réconciliation apparente cachait , sous l'air de la confiance, des soupçons réciproques d'-ambi tion et de perfidie. Les deux monarques sollicitèrent, éludèrent et rejetèrent également un arrangement final. De retour à Paris, dont il faU . sait déjà le siège de son gouvernement, Clovis annonça , devant une assemblée de princes et de guerriers , ses motifs de déclarer la guerre aux Goths. < Je ne puis souffrir,
> leur dit-il , de voir des Ariens posséder la
> plus belle partie de la Gaule. Marchons » contre eux avec l'aide de Dieu; et quand » nous aurons vaincu les hérétiques, nous
> partagerons et posséderons leurs fertiles * provinces *. * Les Franc», pleins de zèle et
i Marius, évèque d'Avenche {Ckron., t. n, p. 15) a aurqué les dates autbenlupies; et Grégoire de Tours (l.in,c.6.,6,t-u, p. 188, 1^) a explique les laits principaui de la vie de Sigismond et de la conque le de la Bourgogne. (Proeope, t. il, p. 34 ; et Agalhias, 1. îi, p. 40.)
1 Grégoire de Tours (I. 2, G. 37, t. n, f. 181) insère le discours persuasif et concis de Cloris. l'aidé molesté feroquod lit Ariani parlent leneant Galiiarum. L'auteur des Getta t'ranccrwu (I. il, p. 553) ajoute l'épi-
>y GoOglc
de valeur, .applaudirent an dessein de leur monarque, promirent de vaincre ou de mourir, et firent le vœo de laisser croître leur barbe jusqu'à ce qu'ils eussent remporté la victoire. Les instances publiques et secrètes de ClotHde hâtèrent l'exécution de l'entreprise; elle représenta au roi des Francs combien quelques foudotions pieuses pouvaient r aider à obtenir la bénédiction de Dieu et de ses serviteurs. Le héros chrétien, lançant d'un bras nerveux sa hache du bataille ; < le » promets, dit-il, d'élever dans l'endroit où
■ ma francitque * tombera, une église en i l'honneur des saints apôtres. * Cette ostentation dé piété confirmait et justifiait en quelque façon l'attachement des catholiques avec lesquels il entretenait secrètement une correspondance; et le vœu des dévots seconvertit insensiblement en une conspiration formidable. Les peuples de l'Aquitaine étaient justement alarmés des reproches indiscrets des Goths , qui les accusaient de préférer le gouvernement des Francs; et leur partisan, Quinttanus, évéque de Rhodez *, prêchait plus hardiment dans sou exil qu'il n'avait fait dans son diocèse. Pour résister à ■es ennemis domestiques et étrangers , Alariç rassembla ses forces militaires , infiniment supérieures en- nombre à celles de Clovis. Les Yîsîgoths reprirent l'exercice des armes, qu'ils avaient négligé durant une longue paix *. Une troupe d'esclaves choisis se mit
IMte A'opttmam. Eama ernn Dei atijatoriâ, et, tw peratis eu, redigamus terrain in ditùmem nçttram,
' Tune rer projecit d se in directum bipchncm tuam quod est fcanàxa , etc. (Cest. Franc., t. n, p. 554.) La Ibrme et l'usage de celle arme ont été décrites par Proeope (t. n, p. ST). On peut trouver dans le Glossaire de Dueange, et dans le grand Dictionnaire de Tréïuui, des exemples de sa dénomination nationale en Utia el en français.
i n est assez singulier de trouver plusieurs bits importans et authentiques dans une rie de Quin tlanus , composée en vieux patois du Rouergne, et en vers. (Dubos, fflsL trit., etc., I. n, p. 179.) « 3 ■ Quamvls fortitudinl Testra confldenliam tribuat
• parentum Tedrarum InnumerabDis uiultiludus quaairâ
■ Attilam potentem reminisatmini Vtsigotbarugi tfriboB
• indinalnm ; Uunen quia popuiorum ftroria eorda longa
■ pace moteseunl, eatete subito in akam mittere, qnoe > constat tantis temporibus eierdtia non habere. • Td Ail le salutaire arts que lui donna inutilement Théodorie. (Cas*wdore,'I.3,éptt. 2.)
EMPIRE ROMAIN, (600 dep. J.-C.)
en ««mpagae i la suite de leurs maîtres- '. et les villes de la Gaule fournirent *ve« répugnance leur contingent. Théodoric, roi des Ostrogotbs, qui régnait en Italie, maintenait, par sa médiation , sa tranquillité de la Gaule. Mais lea conquêtes de Clovis l' alarmèrent , et il résolut de soutenir lea Gotha dans leur guerre nationale et religieuse.
Les prodiges accidentels ou artificiels qui accompagnèrent l'expédition de Clovis passèrent, dans an siècle de superstition, pour une preuve évidente de la faveur divine. Il partit de Paris:, et voulut, en traversant le diocèse de Tours, consulter saint Martin, oracle de la Gaule. Ses envoyés eurent ordre d'être attentifs aux paroles du psaume que l'on chanterait lorsqu'ils entreraient dans l'église) ces paroles exprimaient heureusement la valeur et la victoire des champions dn ciel , et il fut aisé d'en faire l'application an nouveau Jdmtéqui allait combattre les ennemis d* Seigneur-*. Orléans assurait aux Francs un pont sur lu Loire; mais à environ quarante mille de Poitiers, la crue extraordinaire des eaux de la Vienne leur ferma le passage, et les Visigotbs campaient sur la rive opposée. Les défais sont toujours funestes potfrdes barbares qui saccagent les pajs où Hs passent; et, lora même que Clovis aurait eu le loisir et des matériaux, il paraissait impraticable dfl construire un pont, ou de forcer le passage en présence oTnn ennemi supérieur. Mais les paysans, qui regardaient les Francs comme leurs libérateurs, indiquèrent uri gué, et l'interposition utile de la fraude et de lit fiction rehaussa le mérite de cette découverte. Une biche blanche, remar-
(fcspril dot lois, t-av» c 14) cita et apprend la loi deaVisigolbaflL «, tit. n, t. it, p. 425) qui obligeait tous les maîtres i armer et à envoyer ou conduire i l'armée h dixième partie de leurs te
lesaa«ieww*oAit*prt*CTtaie«l*r«wl«(nH na*>paiôsl l'ouïe, était tiret de la coutume des païens. Ou substitua le psautier on la Bible aux poèmes d'Homère cl de Virgile. Depuis le quatrième jusqt'au quatorzième siècle, ces sorte» laneuman, comme on le» ipnHail alors, turent eoaatanaés ptosamrs taîssm- les enaeBea, et pratiqué* malgré les défenses far km rois, Imetesmea, et les saints. (Voy. une Dissertation curieuse de l'abbé do Reinel. dans les Mem.del'Aeâd., I. «a. p. 2J7-3I0.)
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(SOT dep. J-.-C.)
Pllt ED. G1BBOM. CH. XXXV1IÏ.
quable par sa taille et par sa beauté , sembla condure et aniaserlarm&des catholiques. Le trouble etl'irrésolution régnaient dan» le conseil des Visigoths. Une foule de guerriers impatiens et présomptueux, et dédaignant de fuir devant les brigands de la Germanie, excitèrent Alaricà soutenir La gloiredusang et du »Km de l'ancien conquérant de Rome. Les plus prudeas des chefs l'engageaient à éluder la pre-> mière impétuosité des Francs, et à attendre dans les prorinces méridionales de la Gaule les vieilles bandes des victorieux Ostrogoths , que le roi d'Italie avait fait partir pour joindre son armée. Les momens décisifs se passaient en vaines délibérations : les Gotlis abandonnèrent peut-être trop lot une position avantageuse; ils perdirent, par leurs manœuvres lentes et incertaines , l'occasion d'opérer sûrement leur retraite. Lorsque, Clovis eut passé le gué, nommé le Gué du Cerf, il avança rapidement et fièrement pour prévenir la fujte de l'ennemi; ut météore enflammé, suspendu au-dessus de la cathédrale de Poitiers , dirigeait sa marche pen-r daut ta nuit; et ce signal, qui pouvait avoir été concerté avec le successeur orthodoxe de saint Hilaire , fut comparé à la colonne de l'eu qui guidait les Israélites dans le désert. A la troisième heure du jour, a, environ .dix milles au-dessus de Poitiers,, Clovis atteignit et attaqua sans délai l'armée des. Gotha, dont la terreur et la confusion préparaient la dé- , faite. Ils se rallièrent ce-pendant. au fort du combat, et les jeunes guerriers qui avaient demandé la bataille ne voulurent point survivre à la honte d'une fuite. Les deux rois se rencontrèrent, et Aluric périt de la main de son rival. La bonté de sacuirasseet la vigueur de son cheval sauvèrent le victorieux Clovis de la poarsaite de deux cavalier» Goths, qui vonlafrat venger la mort de leur souverain. L'expression vague d'une montagne de morts indique dit moins sa grand carnage; mais Grégoire n'oublie pas d'observer que ton vaillant compatriote,' Apollinaris, fifs de Sidonîus , perdit la vie à la tête des nobles de l'Auvergne. Peut-être ces catholiques suspecta, iurem-ita exposée «xprèsà la première fureur de fennemi, et petrt-étre 1 attachement personnel ou l'honneur mjili*
taire ' l'emportèrent-ils snr l'influence de la religion.
Tel est l'empire du hasard, s'il nous-est permis de déguiser sous ce nom notre ignorance, qu'il parait également difficile de prévoir les évéuemens de la guerre et d'en expliquer les dîfférens effets. Une victoire sanglante et complète n'a souvent fait perdre que le champ de bataille, et la perte de dix mille hommes a quelquefois suffi pour détruire en un jour l'ouvrage de plusieurs siècles. La conquête de l'Aquitaine fut le prix de la bataille de Poitiers. Alaric laissait, en mourant, un fils dans l'enfance, un bâtard ambitieux pour lui disputer le trône , une noblesse factieuse, et des peuples perfides. Les forces qui restaient aux Goths étaient ou abattues par la consternation, ou divisées par les discordes civiles. Le roi des Francs assiégea Angouléme sans perdre de temps. Au son de sa trompette, les murs de la ville imitèrent l'exemple de Jéricho, et tombèrent de toutes parts. On pourrait, réduire ce brillant miracle, à la supposition que quelques clercs firent le métier d'ingénieurs, et minèrent les fonde mens dn rempart '. Bordeaux se soumit sans résistance ; Clovis y établit ses quartiers d'hiver, et y transporta prudemment le trésor royal qui était déposé à Toulouse, capitale de la monarchie. Le conquérant pénétra jusqu'aux confins de l'Espagne \ rétablit
■ Apres avoir corrigé le texte ou excusé la méprise de Frocop*, awi place la détail* d'Aiarie près se Canataoune, nom pouvons conclure, hit l'autorité de Grégoire. 4e ForUiutui et de l'auteur des Gâta Franeontm, que la bataille se don» la campa Focladaui, sur les borda du Clain, environ a dix milles au nid de Poitiers. Clovis atteignit et attaqua les Vuigoths près de VItodds , et la victoire M décida dans les environs d'un village appelé enmre aujourd'hui Champagné-Sainl-Hylaire. (Voyea les Dissertations de l'abbé Le Bœuf, L i , p. 304-331.)
> Angoulftme est sur la route de Poitiers à Bordeaux ; et quoique Grégoire dîners le siège, j'aime mieux croire qu'il a dérangé Tordre historique , que d'imaginer que Clovis ait négligé les régies de la guerre,
* Pjmaot monta usque PerpUtfanum mibjer.it, dit RoricoD, qui tr Mt sa date récente, puisque Perpignan n'existait point avant le dixième siècle. (Marca Bispanica, p. 458.) Ce brillant et fabuleux écrivain, pent-étre moine d'Amiens (voyez l'abbé LsBœuf, Mém. del'Acad., t. xvu, p. 338-245) raconte, sous le personnage allègori (ne d'un berger, l'histoire générale de ses rompu iriolts les Franat; mats son récit finit 1 ta mort de Clovis.
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les honneurs de l'église catholique, plaça une colonie de Francs ' dans l' Aquitaine, el remit à ses lieutenans la tâche facile de soumettre on de détruire les Visigoths, Mais le monarque de l'Italie protégeait cette nation vaincue. Tant que la balance parut égale, Théodoric retarda peut-être la marche des Ostrogoths ; mais à leur arrivée ils repoussèrent l'ambitieux Clovis; el l'armée des Francs et des Bourguignons leva honteusement le siège d'Arles avec perte, dit-on, de trente mille hommes. Ce revers disposa Clovis à accepter un traité de paix avantageux. Les Visigoths conservèrent ta Septimanie, dont le territoire étroit s'étend le long des cotes de la mer, depuis le Rhône jusqu'aux Pyrénées ; mais |a province d'Aquitaine, depuis ces montagnes jusqu'à la Loire, fut indissolublement unie au royaume de France.* Après le succès de la guerre des Goths, Clovis accepta les honneurs du consulat romain. L'empereur Anastase décora politiquement de cette dignité le plus puissant rival de Théodoric. Cependant, par quelque raison inconnue, le nom de Clovis ne se trouve inscrit ni dans les fastes de l'Orient , ni dans ceux de l'Occident*. Dans un jour
< L'anleurdea Gesta Francarum affirme posiLireinent que Clovis établit «ne colonie de Francs dans la Sainlongeel dans le Bordelais; el Rorieon est avec raison de sou sentiment ; F.lectos milites algue fortissimos, cum parvulis atquc mulieribus. Cependant il est probable «u'ils tarent confondus avec les Romains de l'Aquitaine, Jusqu'au loups ou Cbartëmagne j condilaf l use seconde colonie plu» nombreuse. (Dubos, Hisl. eriL, I. n, ». 21S.)
* En écrivant la guerre des OÔthi ,je me suis servi des matériaux su'rrans avec la circonspection nécessaire pour le* réduire a leur râleur : quatre éptlres de Théodoric, roi d'Italie, Cassfodore, I. m, éplt. 1-1, p. 3-5; Procope, de Bell. Goth., 1. 1, c. 12, L n, p. 32, 33; Grégoire de Tours,]. n,c 35, 36,37, du tome n, p. 181,183; Jornenâés, de Rébus Geticis,c. 58, du tome n, p. 28; For- Unatus, innt. S. HOarti, l.m, p. 380; Isidore, in Ckron. Goth., t. u, p. 702; l'Abrégé de Grégoire de Tours, t. u, p. 401 ; l'auteur des Gesta Francorum, t. u, p. 553-555; les Fragmens de Fredegaire, t. u, p. 463; Aimoin, 1. 1, c 20, t. in, p. 41, 42; et Roricoa, I. », 1. m, p. 14-19.
3 Les fastes de l'Italie pouvaient rejeter le nom d'un consul ennemi de leur souverain ; mais toutes les raisons ingénieuses qui pourraient expliquer le silence de Coustantinopté et de l'Egypte sont détruites par le silence gardé aussi par Marins, evèque d'Avencbe, qui composa ses faste» dans le royaume de Bourgogne. Si l'autorité de
de solennité, le monarque delà Gaule plaça lui-même son diadème sur sa tête, et se laissa revêtu; d'une tunique ef d'un manteau de pourpre., Après celte cérémonie, il se rendit à cheval à la catbédraje de Tours, sema de sa propre main dans les rues des pièces d' or et d'argent en profusion, et jouit des acclama lions de la populace, qui, en les ramassant, répétait à grands cris les noms de consul et d'auguste. Ladiguité consulaire ne pouvait rien ajouter à l'autorité légale on réelle de Clovis. Ce n 'était qu'un yaîn titre ; et, si le conquérant eût réclamé les privilèges de ce brillant office, ils auraient cessé en moins d'une année. Mais les Romains révéraient dans la personne de leur maître ce litre antique que les empereurs ne dédaignaient pas de porter ; le barbare sembla, contracter l'obligation de respecter la majesté de la république ; et les successeurs de Théodose, en recherchant son amitié ,' pardonnèrent tacitement et ratifièrent en quelque façon l'usurpation de la Gaule.
Vingt-cinq ans après la mort de Clovis, cette importante concession fut déclarée plus formellement dans un traité entre ses fils et l'empereur Justinien. Les Ostrogoths de l'Italie , ne pouvant pas défendre leurs acquisitions éloignées, cédèrent aux Francs les villes d'Arles et de Marseille. Arles était encore le siège du préfet du prétoire, et Marseille* jouissait des avantages de la navigation ' et d'un commerce florissant. L'autorité impériale confirma cette transaction ; et Justinien, en cédant aux Francs la souveraineté des provinces au-delà des Alpes qu'ils possédaient déjà, dispensa généreusement les provinciaux de leur serment de fidélité, et donna une base plus légitime, maïs non pas plus solide, au. trône des JMcro-
Grègoire de Tours était moins respectable on moins positive {I. n, c 38, t. n, p. 183), je croirais que Clovis reçut, comme Odoacre, le litre de patrice. (l'agi, Crltica, t «
l Sous les rois menmogieM, Mmelk tMt «acere de l'Orient du papier, du vin, de l'huile, 4e ta Me » des soieries, des pierres précieuse», des épiées', <*c. Les Gaulois ou les Franc* eorowereweDl en SvUe,« les Syriens 'établissaient dans la Gaule. (VoyexM. de Guignes, Méni "-*-}. t. nxni, p. 471-4T5.)
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vingiflns *. Depuis cette époque, ils jouirent du droit de céie*brer les jeux du cirque dans la ville d'Arles ; eti par un privilège particulier que lé roi de Perse n'avait pas pu obtenir, la monnaie d'or, frappée à leur coin et à leur image, était reçue dans toutes les provinces de l'empire1. Un historien grec a loué les vertus publiques et privées des Francs avec un enthousiasme dont on ne trouve point la justification dans leurs annales3. 11 célèbre leur politesse et leur urbanité, la régularité de leur gouvernement , et l'orthodoxie de leur religion ; et assure hardiment qu'on ne pouvait distinguer ces barbares des sujets de Borne, que par le langage et l'habillement. Peut-être les Francs annonçaient-ils déjà ces dispositions sociales, ces grâces et cette vivacité qui, dans tous les siècles, ont déguisé leurs vices et souvent caché leur mérite naturel. Peut-être Agathias et les Grecs furentils éblouis par les succès rapides de leurs armes et- par l'éclat de leur empire. Depuis la conquête de la Bourgogne, toute la Gaule, en exceptant la province de Septimanie' occupée par les Goths, obéissait aux fils de Clovis. ' lis avaient envahi le royaume de Thuringe, et leur puissance s'étendait audelà du 'Rhin jusqu'au fond des forêts, leurs primitives habitations. Les Allemands et les
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T*ra fi. Cette déclaration de Procope (de Bell. Goth,, I. m,c 3a, t. n, p.. 4l>sufBraii presque pour justifier l'ahbéDiUMS. . ■
î Les Frases, qui exploitèrent probablement les min» de Trêves, de Lyon' et d'Arles, imitèrent la monnaie de l'empire, 'en faisant vingt-deux solùli ou pièces d'une litre d'or. Mali comme les Francs n'établissaient qu'une proportion décuple entre l'or et l'argent , on pont évaluer leursolidus d'ori dix sehdlings. C'était le prix de l'amende ordinaire cbei les barbares. Il contenait quarante deniers ou pièces d'argent de six sous ; douze de ces deniers taisaient un actions ou scbeUing, h tingtiéme partie du poids de la livra numérique, et du poids d'une livre d'argent, <rôi a été si étrangement réduite dans ta France moderne. (Voyez Le Blanc; Traité historique des Monnaies de France, p. 37-43, etc.)
3 Agathias, t. u , p. 47. Grégoire de Tours présente un tableau fort différent. Peut-être ne serait-il pas tacite de trouver dans l'histoire d'un même nombre d'armées plus de Tien et moins de vertos ; on est continuellement choqué deUrdmiMNi étrange de moeurs sauvage» et de mœurs corrompues.
PAR ED. GIBBON. Cfl. XXXY11I. ' 809
Bavarois, établis dans les provinces romaines de Bhctie et de Norique, au fond du Danube, se reconnaissaient vassaux des Francs, et la faible barrière des Alpes était incapable de résister à leur ambition. Lorsque le dernier des fils de Clovis réunit l'héritage et les conquêtes des Mérovingiens, son royaume excédait de beaucoup les limites de la France moderne : tels ont été cependant les progrès des, arts et dé la politique, que la France moderne surpasse de beaucoup en richesse, en puissance et en population, les vastes et sauvages états de Clotaire et de Dagobert '.
Les Francs ou les Français sont le seul peuple de l'Europe dont l'origine remonte , par une succession non interrompue, jusqu'aux conquérans de l'empire d'Occident ; mais la conquête de la Gaule fut suivie de dix siècles d'ignorance et d'anarchie. A la renaissance des lettres, lesérudits, formés dans les écoles de Borne et d'Athènes, dédaignèrent leurs barbares ancêtres ; et U fallut de grands travaux et beaucoup de temps pour rassembler des matériaux qui pussent satisfaire ou exciter la curiosité de siècles plus éclairés '. Enfin l'oeil de la critique et dç la philosophie se dirigea sur les antiquités de la France ; mais les philosophes eux-mêmes n'ont pas été exempts de passions et de préjugés. On a inventé et défendu avec une chaleur égale les deux systèmes opposés sur la servitude personnelle des Gaulois , et sur leur alliance volontaire et égale avec les Francs. Les deux partis se sont accusés mutuellement de conspirer contre les prérogatives de la couronne et la dignité de la noblesse , ou contre la liberté des peuples. Ce-
< H. de Foneemagne a tracé, dans une dissertation correcte et élégante (Méat, de l'Àrad., t..viu, >. 505-528), l'étendue et les limites de la monarchie française.
1 L'abbé Dubos (Hist. criL, L i , p. 29-36) a représenté agréablement et avec vérité le progrès lent de ces études [ et il observe que Grégoire de Tours ne lut imprimé que Ters l'an 1560. Heineceius (Opéra, U ta, sylloge 3, p. 248, etc.) se plaint que l'Allemagne recevait avec mépris les codes de lois barbares qui furent publiés par Hcroldns et Lindenbrog, etc. Ces mêmes lois, au moins celles qui sont relatives à la Gaule, k l'histoire de Grégoire de Tours, et aux monumens de la race mérovingienne, se trouvent aujourd'hui publiées d'une manière fort correcte dans les quatre premiers volumes des Historiens de France.
r**bnt celte controverse a exercé utilement le génie de l'érudition ; et chaque antagoniste, alternativement vainqueur on vaincu, dissipait quelques antiennes erreurs, et établirait quelques vérités intéressante*. Un étranger impartial, instruit par Iran découvertes, par leurs disputes , et même par leursfaute», eu aujourd'hui en état, avec le secours de ces matériaux, de présenter l'état des provinces romaines après la conquête de la Gaule par les rois mérovingiens '.
La société humaine , même dans l'état le plus servileou le plus grossier, adopte quelques règles générales de conduite. Lorsque Tacite étudia la simplicité primitive des Germains, il y découvrit quelques maximes ou coutumes permanentes relatives à la vie publique et privée , qui se conservèrent par tradition jusqu'au temps où us acquirent l'usage de l'écriture et de ta langue romaine *. Avant l'élection des rois mérovingiens, la puissante nation ou tribu des Francs nomma quatre de ses chefs pour composer les lois sq- Uques *. Le peuple revit et approuva leurs travaux dans trois assemblées succesûves- Après avoir reçu le baptême, Clous réforma ditférens articles qui paraissaient incompatibles avec le christianisme : ses fils corrigèrent encore la loi salique ; et Dagobert fit réviser et publier le code dans la forme actuelle. cent ans après rétablissement de la mooar-
i Dans un espace d« trente, ans (1728-1765), «sujet a été traité par le comte de Boulai nvilliers (Mém. historiques sur l'état de la France , particulièrement 1. r, p. 15- 49); par l'abbé Duhos (Hist. crit. de l'établissement de la monarchie française dans lee Gaules, 2 vol. in-8*); par le président de Montesquieu (particulièrement H», mu, ixx, xx.ii); el par l'abbé de Mably (Observations sur l'Histoire de France, 2 vol. in-12).
a J'ai tiré de grandes instructions de deux SHans outrages d'ilâiitxv'uii, Y Histoire et les Elément de la loi germanique. Dans sa préface judicieuse desFJémeni, il considère et lâche d'excuser les débuts de cette jurispimdeace barbare.
i H parait que la loi salique- lut ongstirement rédigée en latin, et composée probablement as commence» ait du cinquième siècle (A. D. 421) aratii le régne réel ou fatmlenx de Pbaramoud. La préface cite les quatre cantons qui fournirent le» quatre législateurs; et plusieurs provîntes, LFraiicoaie.laSsxe, leHauurre, d le ISrabsinl, les ont réclamés comme leur appartenant. (Voya une eiceucnu dissertation d'Heinecdns, dt legt Sattcd, t m, Sriloge 3, p. 247-267.1
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obie française. Vers la mêa)e époque, les Rîpuaires écrivirent et promulguèrent leurs coutumes, Charlemagae lui-même, législateur de son pays et de son siècle , avait étudié avec attention les deux lois nationales , toujours en vigueur parmi les Francs '. Ils prirent le même soin de leurs vassaux ; et les institutions grossières des Allemands et des Bavarois furent rédigées et ratifiées par l'autorité des. rois mérovingiens. Les Viaigotbe et les Bourguignons , dont les conquêtes dans la Gaule précédèrent celle des Francs , montrèrent moins d'empressement d'alttwdrq à cet- avantage principal de la société civilisée. Euric fut le premier roi des Gains qui fît rédiger par écrit ses usages et coutumes de sou peuple , et la politique présida plus quais justice à la composition des lois des Bourguignons. Ils sentirent la nécessité d'adoucir la situation de leurs sujets gaulois, et de regagner leur affection '. Ainsi , par un concours de circonstances extraordinaires, les Germains formèrent leurs simples institutions à une époque où le système; compliqué de la jurisprudence romaine était arrivé à sa dernière perfection. En comparant les lois saliques aux Pandecles de Justieien, on peut distinguer les élémens primitifs de la vie sociale et la pleine maturité de la sagesse civile ; et, quels que soient les préjugés eu faveur des barbares, la réflexion accordera toujours aux Bomains les avantages nonseulement de la science et de la raison, mais aussi de la justice et de l'humanité. Cependant les lots des barbares étaient adaptées à leurs besoins et a leurs désirs, à leurs occupations et à leur intelligence ; elles contribuaient à maintenir la paix et À perfectionner la société à l'usage de laquelle on les avait originairement établies. Au lieu .d'imposer
' Eejnhard, in PU. Caroli Mèfti, c 29, t v, p. MO. Farces déni lois, ta plupart des critiques entendent la Salique ellaRipunire; la première s'étendait a tout te pays depuis la fortl Carbonnalre Jusqu'à la Loire (I. îv, p. 151); et l'autre était en rigueur depuis cette même fort* jusqu'au Rhin (t. iv, p. 222).
* Consultes les préfaces anciennes et modernes des dlr- Hrans codes, dans le quatrième volume des Historiens de France, Le prologue à ht toi salique, quoique dans au idiome étranger, peint pins fortement le caractère «tas Francs, que dix volumes de Grégoire de Tours.
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(530dep.J>C.) une i^t» de coaArito uniforme à tous leurs sujets, tes princes mérovingiens permettaient à chaque peuple, à disque famille de leur empire, de conserver librement ses institutions domestiques * ; et les Romains n'étaient point exclus de cette tolérance lé»gale *. les enrans suivaient la loi de leurs parens ; la femme , celle de son mari ; l'affranchi, celle de son patron ; et , dans toutes les causes où les parties appartenaient à une nation différente, le plaignant ou accusateur était Forcé de plaider devant Te tribunal do détendeur; qui avait toujours pour lui la présomption du droit et de l'innocence. On poussa plus loin l'indulgence, s'il est vrai fpte chaque citoyen frit libre de déclarer , en présence du juge , la loi sons laquelle il préférait vivre , et la société nationale a laquelle il désirait appartenir. Hais cette liberté aurait anéanti lès avantages de la victoire ; et les provinciaux romains devaient supporter patiemmentlesdésagrémensdeleurBituation, puisqu'il aurait dépendu <f eux de conserver les privilèges des barbares s'îte avaient en lé courage d'en adopter les habitudes guerriè-
< La toi Rîpuaire déclare et explique cette indulgence m faTonr du plaignant (tri. 31, t. IV, p. 340), efltroime toléra** «»t «primée ou ftsu^fnteadwidaM towlt» «de*, excepté dans celui des Viiùjolh* d'Espagne,
• Tanla diTecsitas leguj* (dit Agobard dans le neuvième
• siccle) quanta non solum in regiouibus, aul civitaluius, ■ sed etiam In mnllis doraibus habelur. Tf«m pteniDsque
(L vi, p. 350}- H propose d'introduire l'uniformité de loi comme de religion.
' InUr Romain» ntgotui causanim romanis Icgibui préelpzntas terminait. Tes» sont la exprmtow deUeofntitaJfcmgénéndepiwingoée par QouuTe,flla de Clovts, et, seul monarque des Francs (t. a, p. 1 W, ver» l'an 560).
> M. de Montesquieu (Esprit des Lois, I. xxxvm, 2) s'est adroitement fondé sur une constitution de Lothaire 1, pour prouver cette liberté de choix. (£eg. Lwigobard. , 1. 9, lit- 57 du code de Llndenbrog , p. 664.) Mais cet exemple est trop récent. D'après une variante de la loi aalî- •ue (lit. 44) l'abbé de Mabty a conjecturé que les barbares OUteat d'abord seulaledraitde auivre ta loi salique, et qu'insensible ment elle dfinlconunuQel tous, tl par conséquent aux Romains. Je suis fâché de contredire cette ingénieuse conjecture, en observant que le sens esl exprimé strictement dans ta copie corrigée du temps do Ctaarleaugne par le mot barbarum, et qu'il est confirmé par le
Lorsque la loi^ondamne irrémissibleàsent le meurtrier à la mort, chaque citoyen considère la loi et le gouvernentent comme les ga» rana de la sûreté personnelle ; mais, dans la société licencieuse des Germains, la vengeance était toujours honorable et souvent méritoire. Tout guerrier indépendant châtiait de sa propre main l'ennemi dont il avait à se plaindre, on qu'il avait lui-même offensé, sans craindre d'autre danger que le ressentiment des fib ou des parens de ceux qu'il avait sacrifiée a ses passions. Le magistrat, sans autorité , n'osant entreprendre de punir, tâchait de réconcilier , et se trouvait heureux lorsqu'il pouvait obtenir dn meurtrier une réparation pécuniaire , comme prix du sans; versé , et la taire accepter '. Le caractère fongueux et- indocile des Francs ne se serait point sonnais à une sentence pins rigoureuse, et des punitions légères n'étaient pas susceptibles do les arrêter. Lorsque le luxe de ht* Gaule ent corrompe: la simplicité de leurs moeurs, la tranquillité publique fnt continuellement troublée pardes actes de violence et par des crimes prémédités. Dans tous les gouvernemeng équitables , la même peine pour1 le meurtre est infligée, ou an moins imposée , au prince « au paysan. Hais riaégalité établie par les Francs, dans leur procédure criminelle , fut. la dernière insulte et le plus cpttel abus de h victoire *. Ils prononcèrent solennellement , dans le calme de la réflexion , et arrêtèrent légalement que la vie d'un Romain était moins précieuseque
manuscrit royal et ce! ni de WoUenbultel. L'interprétai ion plus lague ikominem D'est autorisée que par le manuscrit de Fnlde, où Heroldus publia son édition. (Voyez le* quatre textes originaux de la loi satique, l. iy, p. 147,173, 196, 300.)
' Dans les temps héroïques de la Grèce , le meurtre s'expiait par une satisfaction pécuniaire offerte aux parens du mort. (Feîlhius, Aniiqmtat. Bomerica, 1. h , e. 8.) HeinecciuB, dans sa prérace des Démens de la loi germanique, remarque qu'a Rome el a Athènes rbumjcide n'était puni que de l'exil. Le fait est vrai ; mafs l'exil était une peine capitale pour les citoyens de Rnmeel d'Athènes.
1 Celte proportion est Qxée par la loi salique (lit. 44, t. iv, p. 147) et dans la Kipuaire (lit. 7, 11,36, t. iv, p, 237). Hais la dernière n'observe aucune différence entre les Romains de taules les classes. Cependant l'ordre du clergé est placé au-dessus des Francs eux-mêmes, et les Bourguignons sont placés, conjointement arec tes Allemands, entre les Francs el les Romains.
celle d'un barbare. L'antrastion *, deot le nom annonçait la naissance ou la dignité la plus illustre parmi les Francs , fut apprécié a une somme de six cents pièces uTor ; el on pouvait assassiner, en payant trois cents pièces , le noble de province que le» rois admettaient à leur table ; deux cents pièces expiaient le meurtre d'un simple Franc ; mais la vie d'un Romain des dernières classes était peu garantie par la faible amende de cent ou même cinquante pièces. Si l'équité ou la raison avait pu se faire entendre dans la rédaction de ces lois , la protection publique aurait dû augmenter en proportion de la faiblesse et du danger des citoyens ; mais le législateur pesait dans la balance de la politique, et non pas de la justice, la perte d'un guerrier et celle d'nn esclave. La tête d'un barbare avide et arrogant était assurée -par nne amende considérable , tandis que ' la vie d'nn sujet faible et pacifique n'obtenait qn'une insignifiante protection. Après un certain temps , les vaincus devinrent moins dociles, et les vainqueurs moins orgueilleux. L'expérience apprit aux plus fiers d'entre eux que l'impunité dont ils profitaient quelquefois les exposait à des dangers continuels. A mesure que les Francs devinrent moins féroces , leurs lois devinrent plus sévères et les rois mérovingiens essayèrent d'introduire dans leurs états la rigueur impartiale des Visigoths et des Bourguignons '. Sous le règne de Charlemagne , te meurtre
■ Les Jntrttstiones , qui in truste donùnicd sont, leudi, fidèles, représentent évidemment la première classe de» Francs; maie on ne sait â leur dignité était personnelle ou héréditaire. L'abbé de Mably (t. i, p. 334- 347) n'est pas* taché de mortifier l'orgueil des nobles (Esprit, 1. xxi, e." 25) en ne laisant remonter l'origine delà noblesse française qu'au régne de Clotalre II (A. D. 615).
'Voyei les lois bourguiguoDe»(Ul. 2, t. rv, p. 257}; le rode des Visîgolhs (I. vi, til. 5, t. rr, p. 384) ; et la constitution de Childebert, non pas de Paris, mais trés-évidemmenl d' Australie (t. rr, p. 112). Leur séïériW prématurée fat quelquefois imprudente et excessive. Childebert condamnait a mort non-seulement les assassins, mais les voleurs : Quomodo sine Uge Uwolavit, sine lege moriatur; et le luge négligent se trouvait enveloppé dans la même sentence. Les Visigoths abandon riaient un chirurgien qui n'avall pu guérir son malade aux parens du délunt : Ut quod de eo facerc voluerint habeanlpotestalent (I. m, lit. 1/1. rr, p. 435).
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIft , (536uep. J. C.)
fut universellement pTtni dé mort, et les peine» capitales se multiplièrent depuis avec excès dans la jurisprudence de l'Europe moderne '.
Les Francs réunirent les professions civiles et militaires que Constantin avait séparées. On substitua les titres latins de duc , de comte et de préfet aux dénominations barbares de la langue teutoniqne ; et le même officier Tut chargé, dans son district, dn commandement des troupes et de l'administration de La justice \ Hais la plupart de ces chefs illettrés et fongueux étaient peu capables d'exercer les fonctions de jnge qui exigent tontes les lumières d'un esprit philosophique, laborieusement cultive par Fe'xpérience et par l'étude , et leur grossière ignorance les força de recourir a quelque méthode simple qui pot distinguer visiblement la vérité du mensonge. Dans tous les temps n dans tontes les religions, les hommes ont recours au témoignage de la divinité pour faire triompher la vérité on punir le mensonge. Hais la simplicité des législateurs germains abusa de ce paissant moyen. L'accusé pouvait se justifier, en présentant un certain nombre de témoins qni déclarassent solennellement, devant le tribunal, qu'ils étaient, sûrs ou même persuadés de son innocence. Plus l'accusation était grave , et plus il fallait de ces témoins à décharge appelés eompurgatom. il fallait soixantedouze voix pour disculper un incendiaire ou un assassin ; et, dans une circonstance où la chasteté d'une reine de France parut suspecte, trois cents nobles jurèrent sans hésiter que l'enfant dont elle était accouchée appartenait légitimement au défunt Chilporic •. La fréquence et le scandale de parjures
■ Voyez dans le sixième volume des oeuvres «THetaercius, Elementa Jaris Germanici, l. n, p. 2, n* 261, 262, 280, 283. Cependant On trouve dans la Germanie,
Jusqu'au seiiienie siècle, dis traces delà composition pécuniaire pour le meurtre.
1 Hdneccius (Elément. Jur. Germanie.) a Iratté fort eu détail des juges delà Germanie et de leur jurisdietion (1. m, n" i-72). Je n'ai trouvé aneuse preuve qui m'autorise à croire que les scabini ou issesseurô fassent choisis par le peuple.
3 Grég. de Toun, I. vm,cB, t. n, p. m Montesquieu remarque .(Esprit des Lois, I. nviii, c 13) que la
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(53fl dep, J.-C.) PAR EO.-GJMKW. CH.
manifestes déterminèrent les magistrats à faire cesser ces dangereuses tentative* et à suppléer au défaut des témoignages humains par les fameuses épreuves du feu et de l'eau. Ces étranges procédures étaient si arbitrairement combinées que, dans beaucoup d'occasions, le crime, et dans d'autres l'innocence, ne pouvait pas se découvrir sans le secours d'un miracle. La fraude et la crédulité y pourvurent bientôt. Les causes les plus obscures se décidaient par cette méthode facile et jugée infaillible ; et les barbares indisciplinés, qui auraient dédaigné la sentence d'un, magistrat, se soumettaient docilement «u jugement de Dieu.'.
Mais les épreuves du combat singulier obtinrent bientôt une confiance et une autorité supérieure chez on peuple qui ne croyait pas que l'homme vaillant put Cire coupable, et que le tache méritai de vivre *. En matière civile et criminelle , le plaignant ou accusateur, le défenseur et même le témoin s'exposaient à recevoir un défi à mort de l'adversaire qui n'avait point de preuves légales à offrir; et Us étaient forcés, ou d'abandonner leur cause, ou de soutenir .publiquement leur honneur en champ des. Ils combattaient à pied ou à cheval, selon l'usage- de leur nation * ; et la décision de la lance ou de l'épée était ratifiée par la sanction du ciel , du magistrat et du peuple. Les Bourguignons introduisirent dans la Gaule celte loi
loi salique n'admettait point les preuves négatives si uuverselleiDeDl établies dans les codes des barbares. Cependant Fredégonde, cette concubine obscure, qui devint la femme do petiMrfc de Clorb, «rirait sans doute la loi saJinue.
> Muratori, dans tes Antiquité» d'Italie, a donné deux dissertations (38, 39} sur les Jugemens de Dieu. Oa supposait que Je feu ne brillerait poi al l'innocent , et que, Veau ne voulant point recevoir un coupable, il devait y
3 Montesquieu (Esprit des Lois, 1. xxrra, e. tt)i entrepris d'expliqué? et d'excuser la manière- de penser de nos pères au sujet des combats judiciaires. H suit cette étrange institution depuis le siècle de Goudemwl jusqu'à ceint de saint Loult, et le pbihwaptie ■'égara quelquefois an milieu des recherches de l'antiquaire.
* Dans un duel mémorable à Aii-m-Chapelle (A. D. 820) en présence de l'empereur Lottia-4e-Débounaire , son biographe observe, secundum Ugem propriam, utpt'lc quia uterque Ootiui erat, equettri pugnd ctmgressut m. (fit Lwi. PU, e,33, t. m, P. 108.) firmatthw Nlgel- GlBBOrf, i.